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Baudelaire

(127) A UNE PASSANTE


La rue assourdissante autour de moi hurlait.
Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,
Une femme passa, dune main fastueuse
Soulevant, balanant le feston et lourlet ;
Agile et noble, avec sa jambe de statue.
Moi, je buvais, crisp comme un extravagant,
Dans son il, ciel livide o germe louragan,
La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.
Un clair puis la nuit ! : Fugitive beaut
Dont le regard ma fait soudainement renatre,
Ne te verrai-je plus que dans lternit ?
Ailleurs, bien loin dici ! trop tard ! jamais peut-tre !
Car jignore o tu fuis, tu ne sais o je vais,
toi que jeusse aime, toi qui le savais !