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Les voies de recours ordinaires

:

Il arrive parfois que certaines décisions de justice soient
entachées d’erreur ou d’injustice, ou encore c’est le plaideur lui-même
qui n’est pas satisfait de ces décisions. Pour une meilleure garantie de
justice, il existe plusieurs voies de recours qui permettent au plaideur
ou aux justiciables de contester ou remettre en cause les décisions de
justice rendues, qu’elles émanent d’une juridiction de premier degré,
ou de second degré. Ces voies de recours se divisent en deux sortes :
les voies de recours ordinaires, et les voies de recours extraordinaires.
Notre exposé traitera simplement des voies de recours ordinaires.
Quelles sont donc alors ces voies de recours ordinaires ? quand est-il
possible d’y accéder ? comment se déroule la procédure ? Pour
répondre à toutes ces questions, nous verrons séparément l’opposition,
qui est la première voie de recours ordinaire, pour ensuite enchaîner et
finir avec l’appel, la seconde voie de recours.

I/ L’opposition :

C’est une voie de recours ordinaire dirigée contre les jugements par
défaut. C’est aussi une voie de recours de rétraction : on demande au
tribunal de revenir sur son propre jugement. On remet en question
devant le même tribunal ou le même juge les points jugés par défaut
pour qu’il soit à nouveau statué en fait et en droit.
Nous verrons donc ses conditions et ses effets.

a) Les conditions de l’opposition :
1-Les jugements susceptibles d’opposition

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nous verrons qu’elle obéit à certaines règles.C stipule que « : Les jugements par défaut du tribunal de première instance. alors qu’il est de 15 jours pour l’autre forme de 2 . L’opposition est aussi écartée :  devant les juridictions communales et d’arrondissement  à l’encontre des arrêts de la Cour Suprême. La partie opposante qui fait l’objet d’un nouveau jugement par défaut. les voies de recours ordinaires sont ouvertes à tous les plaideurs. Le plaideur ne peut donc former d’opposition que lorsque les intérêts mis en jeu sont inférieurs à 3. le délai de l’opposition est de 10 jours seulement.C. Donc. 2-les délais d’opposition :  Les formes de l’opposition : o L’opposition est formée soit par moyen d’une requête écrite similaire à celle prévue pour l’introduction des instances.  D’après l’article 130 du C. des ordonnances d’injonction de payer ou celles rendues en matière de baux commerciaux. Mais en ce qui concerne l’opposition. soit par voie de déclaration orale consignée dans un procès-verbal établi par le greffe du tribunal compétent. en l’occurrence lorsque la procédure suivie devant le tribunal de première instance est écrite.P. n’est pas reçue à former une nouvelle opposition. Cela est aussi valable contre les arrêts de la Cour d’appel. mais seulement lorsqu'ils ne sont pas susceptibles d'appel. En principe.  Contre les jugements rendus en matière d’immatriculation foncière  Finalement : le principe d’après lequel « opposition sur opposition ne vaut » persiste toujours. peuvent être attaqués par voie d'opposition …».  Les exceptions : d’abord.P. ce n’est que lorsque l’appel est écarté que le plaideur peut recourir à l’opposition. l’article 130 du C. o Mais la voie orale n’est pas toujours admise.  à l’encontre des ordonnances de référé ou sur requête.000dh.

b) Les effets de l’opposition : L’opposition produit deux effets : un effet suspensif et un effet de rétraction. l’opposition fait revenir le procès devant la même juridiction ou le même juge qui a rendu la décision défaut. Quelle que soit la personne qui a recourt à l’opposition. c) La procédure : 3 . celui qui était défendeur garde son rôle de défendeur. même s’il est opposant. l’article 132 du C. c’est la première instance qui continue. Malheureusement. Si l’exécution est suspendue. la chambre du conseil statue préalablement sur la défense à exécution provisoire en se conformant aux dispositions de I'article 147 ». Le délai d’opposition comme la formation de ce recours suspendent l’exécution. ce délais n’est pas triplé comme l’est celui de l’appel pour les parties qui n’ont ni domicile ni résidence au Maroc. Le même article stipule que : « si la partie condamnée en fait la demande. C'est-à-dire comme pour l’appel. voie ordinaire qui est l’appel. 1-l’effet suspensif : Comme les voies de recours ordinaire. sauf si cette décision est dotée de l’exécution provisoire. le jugement n’en est pas moins anéantit : si l’opposition est rejetée. Les parties conservent donc leur rôle primitif.C stipule que : « L'opposition suspend l'exécution à moins qu'il n'en ait été ordonné autrement par le jugement qui a statué par défaut ».P. les actes qui auraient été faits antérieurement en exécution du jugement resteront valables. 2-l’effet de rétractation : Contrairement à l’appel qui est formé devant une juridiction supérieure. Rappelons juste que la «la chambre du conseil » dont il est question doit obligatoirement être une chambre collégiale.

Cela est aussi valable contre les arrêts de la Cour d’appel. On donne cependant une seconde chance aux plaideurs pour faire juger leur affaire. c’est le jugement rendu sur opposition qui anéantit le jugement par défaut ou bien il y apporte juste des modifications. ou intimé. Il existe deux sortes d’appel : l’appel principal.  Les formes de l’opposition : o L’opposition est formée soit par moyen d’une requête écrite similaire à celle prévue pour l’introduction des instances. c'est-à-dire sur les prétentions des parties. formé le premier par l’appelant. qui est formé par le défendeur à l’appel principal. pour le plaideur. La règle du double degré de juridiction est. qui anéantit le premier jugement.  En cas d’échec de l’opposant. une garantie de bonne justice : on réduit les risques d’erreur ou d’arbitraire. en l’occurrence lorsque la procédure suivie devant le tribunal de première instance est écrite. ou le jugement frappé d’opposition. On étudiera progressivement les conditions d’appel. contre le jugement déjà attaqué par l’appel. 4 . ce dernier est débouté de son opposition (sa demande en justice est refusée). les effets de l’appel et enfin l’instance d’appel. et l’appel incident.  Le tribunal statue sur la recevabilité de l’opposition : si l’opposant a respecté les formes et les délais. c'est-à-dire si son opposition est acceptée. o Mais la voie orale n’est pas toujours admise.  En cas de réussite de l’opposant. ou le jugement rétractant. c’est le second jugement. Plus clairement. II/ L’appel : L’appel est une voie de réformation qui est introduite devant une juridiction hiérarchiquement supérieure à celle qui a rendu le jugement attaqué.  Ensuite le tribunal statue sur le fond. soit par voie de déclaration orale consignée dans un procès-verbal établi par le greffe du tribunal compétent.

a) Les conditions de l’appel : 1-les jugements susceptibles d’appel :  L’article 134 du C. o Les jugements d’avant dire droit.  Si l’appel est un droit. o Avoir intérêt à faire appel : l’appelant a succombé sur un point en première instance.C qui dispose que : « L'appel est de droit dans tous les cas qui ne sont pas formellement exceptés par la loi ». Le principe est donc que toute décision judiciaire est susceptible d’appel. il faut un texte législatif pour l’écarter. L’appel est écarté dans les conditions suivantes : o A l’égard des affaires de faible importance comme les sentences prononcées par les tribunaux communaux et d’arrondissement.P. et des jugements rendus en premier et dernier ressort par le tribunal de première instance jusqu’à valeur de 3. les jugements sur contestations relatives aux indemnités temporaires en matière de réparation d’accident de travail. L’intimé peut renoncer à ce recours soit en laissant 5 . il n’en demeure pas moins que quelques exceptions existent. o Avoir capacité pour faire appel : c’est la même capacité que pour introduire une nouvelle demande. comme partie principale ou intervenante. 2-qui peut appeler contre qui ?  L’appelant : il faut 3 conditions pour être appelant : o Avoir été partie ou représenté au procès en première instance.  L’intimé : c’est toute personne qui a été l’adversaire de l’appelant à la première instance. et qui bénéficie du jugement à entreprendre par voie d’appel. les relatifs à des contestations sur les voies d’exécution. o Du fait de la nature de certaines affaires comme les ordonnances sur ordonnance de taxe d’un expert.000 dh.

Il en est de même de l’appel provoqué. o 3 mois pour ceux résident dans un autre Etat Africain.PC : « Le délai d'appel et l'appel interjeté dans le délai légal sont suspensifs.  L’appel incident peut être formé en tout état de cause. sur l’appel principal ou incident qui le provoque. l’appel suspend l’exécution. à moins que l'exécution provisoire n'ait été ordonnée … ». 3-le délai d’appel :  Le délai d’appel principal est de : o 30 jours. Si ce cas existe. retarder la solution de l’appel principal. o Le délai d’appel principal est triplé pour les personnes qui n’ont ni domicile ni résidence au Maroc  le délai de comparution est de : o 2 mois si la partie convoquée demeure en Algérie. courir le délai d’appel. o 4 mois pour ceux qui demeurent en Océanie. soit en le précisant dans un acte écrit. Tunisie ou en Europe. sur requête. C’est ce qui ressort de l’article 134 du C. en aucun cas. de toute personne même intimée ayant été partie en première instance. l’acquiescement au jugement comporte renonciation aux voies de recours. en Asie ou en Amérique. pour les jugements statuant sur les actions en faillite ou nées de la faillite ou s’y attachant nécessairement. b) Les effets de l’appel : 1-effet suspensif : Comme l’opposition. Mais l’appel provoqué ne peut. Mais elle ne peut être faite avant la naissance du litige. D’un autre côté. C’est dire que le tribunal de première instance peut ordonner l’exécution provisoire de son jugement nonobstant appel. o 15 jours pour les ordonnances de référé. c’est-à-dire de celui qui émane. l’appelant admis à former 6 .

l’introduction de l’instance en appel est toujours une requête écrite.  Cet effet dévolutif connaît des limites : le rôle de la Cour d’appel se limite à examiner les dispositions du jugement qui sont contestées par l’appelant : « Il n’est dévolu qu’autant qu’il est appelé » c) L’instance d’appel : 1-procédure devant la Cour d’appel :  La formation de l’appel : o contrairement au tribunal de première instance qui permet la le procédé de la déclaration. Elle doit contenir les informations nécessaires et les pièces justificatives contenues dans le dossier ou la requête. ce dernier accepte généralement. vu que c’est un juge des référés. Le transfert de cette requête vers la juridiction supérieure est sans frais. 7 .une défense à exécution provisoire devant la juridiction d’appel ou saisir le premier président. Cet appel se fait près du greffe qui le note dans un registre spécial. Une copie de la requête est délivrée à l’appelant portant le timbre du greffe. o La formation de l’appel se fait devant le tribunal de premier degré dont le jugement est attaqué. mais l’appelant doit s’acquitter des taxes judiciaires avant la fin du délai d’appel.  La constitution d’un avocat : l’appelant doit en principe constituer un défenseur. 2.effet dévolutif :  L’ensemble du dossier de l’affaire est soumis à la Cour d’appel qui est appelée à l’apprécier sous tous ses aspects. ce qui prouve le respect des délais d’appel. en reprenant l’examen à la fois des questions de droit et des questions de fait. Mais il arrive que l’appelant demande au premier président d’ester lui-même en justice. Vaut mieux se référer aux avocats qui connaissent mieux les points de droit.

lorsque l’appel est recevable. o Ensuite. toutes mesures qui ne se heurtent à aucune contestation sérieuse ou que justifie l’existence d’un différend. un magistrat. l’instruction est suivie par un conseiller rapporteur. qui veille au déroulement loyal de la procédure. Lorsque l’instruction est complétée ou les délais de fourniture des réponses est expirée. c’est le tribunal de première instance qui s’en chargera. Il prend donc une ordonnance de clôture ou de dessaisissement. la décision des premiers juges. 8 .  L’exécution de l’arrêt : la Cour d’appel n’ayant pas de bureau des exécutions.  Sa saisine n’est régulière que si les demandes qui lui sont soumises sont liées à un appel interjeté dans la même affaire. Elle peut confirmer ou infirmer. la Cour statue sur le fond. en tout ou en partie. Il peut également ordonner l’exécution provisoire. o L’appel ne préjudicie pas à son auteur. Elle peut aussi déléguer cette tâche à une juridiction de premier degré. Cette chambre est forcément collégiale. 2-procédure devant le premier président :  Ce haut magistrat peut dans tous les cas d’urgence ordonner en référé au cours de l’instance d’appel. Ensuite. il peut aussi l’arrêter dans certains cas quand elle a été ordonnée en première instance. le conseiller rapporteur se dessaisie de l’affaire et fixe la date de l’audience. la Cour d’appel statue d’abord sur la recevabilité de l’appel.  L’arrêt de la Cour : o Comme vu précédemment pour l’opposition. Mais l’exécution des arrêts de la Cour lui appartient lorsqu’elle infirme le jugement entrepris devant elle. L’instruction du procès : o Le rôle du conseiller rapporteur : c’est le premier président qui désigne la chambre devant laquelle l’affaire sera portée.

Driss BOUSSIF 9 . Quant à la procédure. elle est relativement simple et rapide. Ce sont les mêmes dispositions relatives au référé devant le tribunal de première instance qui sont appliquées.