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Document téléchargé depuis www.cairn.info - univ_oran - THÉRAPIE FAMILIALE ET TROUBLES DE LA RÉGULATION

THÉRAPIE FAMILIALE ET TROUBLES DE LA RÉGULATION ÉMOTIONNELLE

Nathalie Duriez

Médecine & Hygiène | Thérapie Familiale

2011/1 - Vol. 32 pages 41 à 58

ISSN 0250-4952

Article disponible en ligne à l'adresse:

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http://www.cairn.info/revue-therapie-familiale-2011-1-page-41.htm

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Pour citer cet article :

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Duriez Nathalie , « Thérapie familiale et troubles de la régulation émotionnelle » ,

Thérapie Familiale, 2011/1 Vol. 32, p. 41-58. DOI : 10.3917/tf.111.0041

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Thérapie familiale, Genève, 2011, 32, 1, 41-58

Thérapie familiale et troubles de la régulation émotionnelle

Nathalie Duriez Maître de conférences en psychologie clinique et psychopathologie à l’IED-Université Paris 8 (IED), Laboratoire de Psychopathologie et de Neuropsychologie, EA 2027, Thérapeute familiale au CSAPA Monceau

Résumé

Thérapie familiale et troubles de la régulation émotionnelle. – Mon travail avec les familles à transaction addictive m’amène à rencontrer des personnes borderline souffrant de graves troubles de la régulation émotionnelle. Pour mieux comprendre ces phénomènes, je pro- pose dans cet article d’explorer le concept de régulation émotionnelle à partir des travaux de Scherer (1984, 2005), Gross (1998, 2002) et Philippot (2000). Selon le style d’attachement de la personne et les singularités des interactions familiales, les stratégies de régulation émotionnelle mémorisées sous forme de schémas depuis la petite enfance vont différer. A partir d’un cas clinique et de l’analyse de quelques extraits d’entretien, nous verrons com- ment les interventions empathiques du thérapeute peuvent aider certaines familles à lutter contre l’agressivité qui s’exprime spontanément quand ils ne contrôlent plus les situations anxiogènes. La thérapie familiale leur permet de faire l’expérience de nouveaux coping et de nouveaux mécanismes de régulation émotionnelle. La verbalisation des émotions, la cons- truction de liens entre ces émotions identifiées et le comportement de chacun, l’évaluation des effets des émotions et du comportement dans les interactions familiales, l’identification d’un modèle circulaire des stratégies de régulation émotionnelle propres à la famille sont autant d’étapes qui pourront déboucher sur un changement systémique.

Ces 11 es Journées Francophones de Thérapie Familiale Systémique nous amènent à nous interroger sur nos représentations de la famille et de leurs influences sur nos pratiques. Au début de la thérapie familiale, les cliniciens se sont inté- ressés aux comportements qui maintiennent l’homéostasie du système. Puis avec la deuxième cybernétique et l’émergence du constructivisme et du cons- tructionnisme social, ils ont fait un lien entre les comportements et les cogni- tions, explorant comment certains agissements s’articulaient de façon para- doxale entre un programme officiel et une carte du monde. Depuis quelques années, la place des émotions dans les dynamiques familiales occupe une place de plus en plus importante dans les réflexions des thérapeutes familiaux. Dans cet article, nous proposons une revue de la littérature afin d’estimer l’intérêt des concepts d’émotion et de régulation émotionnelle dans le travail avec les

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familles. A partir d’un cas clinique, nous analyserons ensuite quelques extraits d’entretien pour découvrir comment la réflexion sur la régulation émotionnelle vient nourrir notre écoute et notre compréhension des interactions familiales.

Cadre théorique

Le modèle des processus composants de Scherer (1984, 2005)

Si nous voulons commencer notre revue de la littérature par une définition de l’émotion, nous sommes d’emblée confrontés à la complexité de cette notion. Du fait de la diversité des formes que peut prendre l’émotion, sa définition varie considérablement d’un auteur à l’autre : Kleinginna et Kleinginna (1981) ont recensé pas moins de 92 définitions proposées entre 1971 et 1981, reflétant cha- cune différents aspects du processus émotionnel. Cependant nous cheminons aujourd’hui vers une définition consensuelle des états émotionnels, en particu- lier à partir d’une compréhension de l’émotion comme un système général qui s’organise à partir de cinq types de processus inter-reliés que Scherer (1984) différencie comme des composants de l’expérience émotionnelle (« General Component System ») :

la composante cognitive qui évalue le caractère nocif ou utile de l’émotion en

fonction des besoins, projets, préférences ou expériences antérieures de l’individu ; 2) la composante physiologique de l’émotion aux manifestations physiologiques de l’émotion : des changements du système endocrinien, du système ner- veux autonome (rythme cardiaque, pression sanguine, rythme respiratoire, activité électrodermale, activité gastro-intestinale, réponses pupillaires, etc.) et enfin, des changements électrocorticaux avec notamment la rupture du rythme alpha (système nerveux central) ; 3) la composante motivationnelle inclut les ébauches d’actions et les prépara- tions comportementales ; 4) la composante comportementale de l’émotion fait référence aux comporte- ments gestuels et vocaux qui accompagnent un état émotionnel : l’expres- sion faciale, les changements de la posture, les mouvements du corps et des bras, le toucher, le regard ; 5) la composante subjective, enfin, comprend l’ensemble des processus men- taux qui se développent suite à une émotion et qui interviennent dans la perception d’une situation, dans son maintien et sa transformation en mémoire.

1)

L’émotion serait un épisode de synchronisation temporaire des principaux sous-systèmes du fonctionnement organique représenté par cinq composantes (cognition, régulation physiologique, motivation, expression motrice et sentiment subjectif) en réponse à l’évaluation d’un stimulus, externe ou interne. Scherer (1984) envisage l’émotion comme un processus continu d’évaluation cognitive ou « appraisal » et montre que ces phénomènes activés par différents sous-sys- tèmes organiques s’influencent mutuellement dans des boucles de rétroaction.

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Ainsi un changement dans une des composantes peut conduire directement à un changement dans les autres composantes. De plus ces composantes sont en interaction avec d’autres systèmes fonctionnels comme l’attention, la mémoire, la motivation, le raisonnement et le soi (Scherer, 2005).

Tableau 1. Les cinq composantes de l’émotion (Scherer, 1984)

Composantes Fonctions Sous-systèmes organiques (substrat majeur) Composante cognitive Evaluation d’événements
Composantes Fonctions Sous-systèmes organiques (substrat majeur) Composante cognitive Evaluation d’événements

Composantes

Fonctions

Sous-systèmes organiques (substrat majeur)

Fonctions Sous-systèmes organiques (substrat majeur) Composante cognitive Evaluation d’événements et de

Composante cognitive

Evaluation d’événements et de stimulus

Traitement de l’information (SNC)

Composante

Système de régulation

Support (SNC, SNE, SNA)

physiologique

Composante

Préparation et direction de l’action

Exécutif (SNC)

motivationnelle

Composante

Communication des réactions et des intentions comportementales

Action (SNS)

comportementale

(expressive motrice)

Composante du sentiment subjectif

Contrôle et interactions états internes- environnement

Moniteur (SNC)

Composante du sentiment subjectif Contrôle et interactions états internes- environnement Moniteur (SNC)
Composante du sentiment subjectif Contrôle et interactions états internes- environnement Moniteur (SNC)
Composante du sentiment subjectif Contrôle et interactions états internes- environnement Moniteur (SNC)

SNC : système nerveux central ; SNE : système neuro-endocrinien ; SNA : système nerveux autonome ; SNS : système nerveux somatique. Les sous-systèmes organiques sont théoriquement des unités ou des réseaux fonctionnels.

Le modèle processuel de James Gross (1998, 2002)

Dans ce terme de régulation émotionnelle, deux sens sont possibles :

• régulation par les émotions : les émotions régulent nos comportements ;

• régulation de nos émotions : différents mécanismes nous permettent de réguler nos émotions.

C’est ce second sens qui nous intéresse dans cet article. La régulation des émotions est un ensemble de processus par lesquels une personne influence les émotions qu’elle ressent, quand elle les ressent, et comment elle les ressent et les exprime. Les stratégies de régulation émotionnelle peuvent être centrées sur les antécédents de la situation ou sur les réponses émotionnelles. La théorie de James Gross (1998, 2002) sur la régulation émotionnelle s’avère un outil per- tinent pour explorer les interactions familiales. Selon Gross (1998), la régula- tion émotionnelle comprend cinq familles de stratégies de régulation, lesquelles suivent les différentes étapes du processus émotionnel.

1) Evaluation de la pertinence de la situation vécue par la personne par rap- port à ses propres objectifs. Par exemple si l’objectif c’est de pouvoir se rapprocher d’un homme, un regard tendre ou insistant de cet homme sera

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évalué positivement et au contraire une absence d’attention, de regard, d’écoute sera évaluée négativement.

2) Evitement de la situation qui déclenche une émotion négative ou recherche de la situation qui déclenche une émotion positive. Par exemple, un adoles- cent choisit de manger dans sa chambre plutôt que de manger avec sa famille afin d’éviter de ressentir des émotions négatives liées aux tensions intra-familiales.

3) Modification de la représentation de la situation de manière à ce qu’elle perde sa signification émotionnelle. Le sujet dirige son attention vers cer- tains aspects de la situation non-menaçants au détriment d’autres aspects de façon à influencer les émotions ressenties.

4) La réévaluation cognitive est une des stratégies de régulation émotionnelle centrée sur les antécédents. Elle consiste à changer la façon de percevoir la situation afin de modifier sa signification émotionnelle et de prévenir ainsi des émotions indésirables : le sujet va donner un certain sens à la situation de façon à influencer les réponses émotionnelles subséquentes (Gross, 1998). Cette stratégie implique une modification de la signification de la situation de façon à en altérer le sens afin de diminuer les émotions néga- tives (Gross et Thompson, 2007 ; Lazarus, 1991). C’est souvent en prenant en compte le contexte que le sujet opère cette réévaluation cognitive.

5)

La suppression expressive est une des stratégies de régulation émotionnelle centrée sur les réponses émotionnelles. Elle implique la suppression (inhibi- tion) des manifestations subjectives, comportementales et physiologiques des émotions, en particulier la suppression de l’expression faciale des émo- tions. Ces stratégies peuvent inclure la suppression d’une expression faciale de colère (par exemple contrôler un froncement des sourcils) ou la simula- tion d’une émotion (par exemple activer les muscles faciaux impliqués dans un sourire).

Situation

Sélection Modification Déploiement attentionnel Réévaluation

Réponses émotionnelles

Modification/suppression :

– des réponses physiologiques

– des réponses expressives

– des pensées émotionnelles

Les antécédents
Les antécédents
Les réponses émotionnelles
Les réponses émotionnelles

Les réponses

Les réponses émotionnelles
Les réponses émotionnelles

émotionnelles

La régulation est centrée sur :

Figure 1. Le modèle processuel de James Gross (1998, 2002)

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Chacun dans la famille va avoir ses propres stratégies de régulation émo- tionnelle. Ces stratégies auront une composante individuelle, intrapersonnelle mais aussi une composante familiale, interpersonnelle car c’est au sein de notre famille que nous apprenons ces stratégies et intégrons des normes culturelles concernant l’expression des émotions.

Le modèle bi-mnésique (Philippot, 2000)

Philippot (2000) critique l’aspect linéaire du processus de régulation émotion- nelle proposé par Gross. Il développe un modèle à plusieurs niveaux qui intègre les contributions des théories des émotions provenant de la psychologie sociale (Leventhal, 1984), de la psychologie cognitive (Teasdale, 1999) et de la neuro- psychologie (Bechara, 2000 ; Damasio, 1994 ; Lane, 2000). Il insiste tout particu- lièrement sur le caractère rapide, automatisé et en grande partie non-conscient des émotions, échappant au contrôle volontaire et caractérisé par un ensemble de manifestations non verbales.

Son modèle bi-mnésique postule que les processus émotionnels sont orga- nisés par le système de réponses corporelles mais aussi par deux types de sys- tèmes de mémoire ou de représentation qui travaillent en parallèle : le système schématique et le système propositionnel.

1)

Le système schématique est constitué par des « schémas » (Leventhal, 1984), c’est-à-dire des structures abstraites de représentation de nature non-décla- rative qui émergent des associations récurrentes entre stimuli et réponses dans l’ensemble des expériences émotionnelles d’une personne. Ce système est régi par des processus automatiques et implicites. « Le système schéma- tique reçoit des informations du système perceptif – qu’il peut influencer en retour – et induit un ensemble de changements dans le système corporel » (Philippot, et al., 2002).

2) Le système propositionnel est constitué d’un ensemble de connaissances explicites, qui peut être représenté sous forme d’un réseau propositionnel sémantique. Cette base de données peut être exploitée volontairement par l’individu. Le système propositionnel reçoit des informations principale- ment du système de reconnaissance d’objet, mais également du système schématique. Le système propositionnel sert de base à deux fonctions. D’une part, il contribue à l’organisation des réponses volontaires de l’indi- vidu pour faire face à la situation, en d’autres mots, le « coping » ou action volontaire. D’autre part, il constitue une structure indispensable à l’identifi- cation consciente du sentiment émotionnel. Il participe au processus qui permet à l’individu de réaliser qu’il est, par exemple, en colère.

Le modèle de Philippot nous éclaire sur la violence observable dans les familles à transaction addictive. Les boucles de rétroaction entre le système perceptif, le système de réponses corporelles et le système de représentations propositionnelles/conceptuelles réalimentent le schéma émotionnel et peuvent ainsi provoquer des « emballements ». Philippot développe également une idée intéressante concernant la genèse de la dysrégulation émotionnelle. Il observe

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que chez les personnes qui inhibent leurs émotions parce qu’elles ont été punies dans leur enfance lorsqu’elles les exprimaient, l’intensité émotionnelle sera beau- coup plus forte du fait d’une triple activation : celle de l’émotion en elle-même, celle de la peur conditionnée de la punition, et celle résultant des efforts d’inhi- bition (Philippot, et al., 2002, pp. 98-99). Nous retrouvons bien ce phénomène chez les patients toxicomanes que nous rencontrons au CSAPA 1 Monceau.

L’apprentissage des stratégies de régulation émotionnelle

Les travaux sur la micro-analyse des interactions mère-enfant (Als, Tronick, Lester et Brazelton, 1977 ; Malatesta-Magai, 1991 ; Fivaz-Depeursinge et Corboz-Warnery, 2001 ; Downing, 2003 ; Stern, 2003) nous révèlent comment l’enfant apprend dans les interactions à réguler les émotions et aussi comment se met en place une dysrégulation. Un bon ajustement aux états d’éveil et d’excitation de l’enfant permettra un apprentissage optimal de la régulation émotionnelle.

Les théories de l’attachement ont montré que le développement affectif et comportemental de l’enfant est corrélé à la qualité de son environnement fami- lial. Byng-Hall (1995) met en évidence le lien entre le style d’attachement de la mère et le style d’attachement de l’enfant. Pierrehumbert (2003) examine les influences réciproques entre le style d’attachement et les mécanismes de régu- lation émotionnelle. Un attachement sécure favorisera une bonne régulation des émotions, caractérisée par un équilibre d’activation et de désactivation de ses émotions. La personne qui présente un attachement insécure-ambivalent sera davantage envahie par ses émotions. La personne qui présente un attache- ment insécure-évitant a tendance à se couper de ses émotions. La personne qui présente un attachement insécure-désorganisé ne sera pas stable dans ses mécanismes de régulation émotionnelle. L’insécurité semble s’expliquer par une difficulté pour distinguer l’affect du cognitif. Nous retrouvons la théorie de Bowen sur la différenciation du soi (Delage, 2004).

Schore (2003) étudie la dimension psychobiologique de cet apprentissage. Il reprend les théories de l’attachement de Bowlby et étudie d’une part le lien entre le style d’attachement et « la capacité à gérer le stress » et d’autre part, le « système de contrôle » situé dans le cerveau de l’enfant qui permet de réguler les fonctions de l’attachement. Schore considère la relation d’attachement comme le régulateur de l’excitabilité, d’où l’idée que « l’attachement est, par essence, la régulation dyadique de l’émotion ». Il développe l’idée que les inter- actions avec la mère et/ou le père auront des répercussions sur le plan physio- logique, les parents peuvent alors être envisagés comme des « régulateurs psy- chobiologiques externes ». La régulation des émotions dans les transactions mère-enfant fournit le cadre de la maturation cérébrale. Les interactions émo- tionnelles précoces influencent donc directement l’organisation des systèmes cérébraux qui régulent l’affect et la cognition. Selon Schore, seuls des liens d’at- tachement stables permettent un développement neurobiologique satisfaisant. Les interactions mère-enfant qui sont déterminantes pour le développement

1 Centre de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie.

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d’un modèle d’attachement et pour l’apprentissage de stratégies de régulation émotionnelle se situent à un niveau infrasémantique qui s’avère être plus impor- tant que le niveau sémantique (ce qui est dit en termes de contenu) (Schore, 2003 ; Cozolino, 2006). Schore insiste donc sur l’importance de la communication non verbale.

Favez (2001) a mené une recherche exploratoire sur les stratégies de régula- tion émotionnelle des mères. L’enfant prend part à une pièce de théâtre dont l’histoire est articulée autour du thème de la séparation. La mère doit ensuite demander à son enfant de raconter ce qui s’est passé. L’analyse de ces situa- tions observées par Favez met en évidence trois catégories : un mode de régula- tion par « omission émotionnelle active », un mode par « facilitation émotionnelle » et un mode par « désinvestissement émotionnel ».

1)

l’« omission émotionnelle active » caractérise les mères qui interrogent ample- ment leur enfant sur les détails factuels de l’histoire, laissant peu de place à l’élaboration émotionnelle.

2) la « facilitation émotionnelle » caractérise les mères qui peuvent évaluer la charge émotionnelle de la narration de l’enfant. Elles prennent en compte de manière égale les informations factuelles et l’élaboration du vécu émotion- nel de l’enfant.

3) le « désinvestissement émotionnel » caractérise les mères en difficulté pour soutenir l’enfant. Elles ne font pas de relance ni sur les informations fac- tuelles, ni sur les éléments émotionnels de l’histoire. La narration prend donc fin rapidement sans qu’elles aident l’enfant à développer davantage (Favez, 2001, pp. 360-361).

Pour réguler leurs émotions, les individus ont des mécanismes défensifs mais également des stratégies de coping 2 lorsqu’une situation les touche. Le coping peut être centré sur le problème ou centré sur l’émotion.

Mythe familial et stratégies de régulation émotionnelle :

un même attracteur ?

S’interroger sur les cartes du monde des familles nous amène dans notre travail de thérapeute à nous interroger sur les stratégies de régulation émotionnelle, terme que nous n’avons pourtant pas l’habitude d’utiliser dans la communauté des thérapeutes familiaux systémiques. Mony Elkaïm a amorcé la réflexion sur le lien entre carte du monde, programme officiel et émotion avec son concept de résonance mais de nouvelles recherches s’avèrent indispensables pour mieux comprendre ces processus.

2 Le coping est défini comme étant l’ensemble des efforts cognitifs et comportementaux qu’un individu interpose entre lui et l’événement perçu comme menaçant, pour maîtri- ser, tolérer ou diminuer l’impact de celui-ci sur son bien-être physique et psychologique (Lazarus & Folkman, 1984).

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La question des relations entre les cognitions et les émotions a fait l’objet d’une controverse. Pour Zajonc (1980), le système émotionnel a la primauté car il est antérieur au système cognitif du point de vue phylogénétique et ontogéné- tique. Pour Lazarus (1982), c’est le système cognitif qui domine mais il n’envisage pas la cognition de la même manière que Zajonc, il s’intéresse aux processus non contrôlables et inconscients qui relèvent du système cognitif.

Comme le mythe familial (Ferreira, 1963), les stratégies de régulation émo- tionnelle constituent un élément auto-organisant du système familial. Ma recherche doctorale (Duriez, 2007, 2009) m’a amenée à envisager le mythe fami- lial comme un attracteur dans la mesure où il régit les coordinations préférées de la famille. Il est à l’origine de tout son système de références et pilote aussi bien les cognitions, les comportements et les stratégies de régulation émotion- nelle. Comme toutes ces composantes sont en relation les unes avec les autres, une intervention à un niveau pourra modifier un autre niveau (Davis, 2005). L’élément déterminant dans le processus de changement n’est pas le point sur lequel intervient le thérapeute ou comment il intervient, ce serait plutôt son objectif de modifier les interactions entre les différentes composantes de la dynamique familiale. Travailler sur les stratégies de régulation émotionnelle amènera donc des changements de la communication, des cognitions et des comportements mais va permettre aussi à la famille de retrouver sa fonction mythopoïétique. Prendre conscience de la manière dont circulent les émotions au sein de la famille, repérer les évitements, apprendre à resituer l’émergence des émotions dans leur contexte, réévaluer la situation sont autant d’apprentis- sages qui permettent l’émergence de nouvelles coordinations préférentielles au sein de la famille.

Etude clinique

Une recherche qualitative et exploratoire

Dans son ouvrage, Le langage du changement, Watzlawick (1986) insistait sur le langage du cerveau droit, siège des émotions. Mes recherches sur le processus thérapeutique m’ont amenée à creuser davantage la question du rôle des émo- tions dans les difficultés relationnelles que nous pouvons observer chez les familles en thérapie. C’est avec cet objectif que j’ai commencé à mettre en place une recherche qualitative et exploratoire sur les mécanismes de régulation émotionnelle des familles à transaction addictive. Cette recherche vise égale- ment à repérer les interventions du thérapeute familial centrées sur les émotions et à évaluer les changements que ces interventions permettent.

Six familles en thérapie ont été sélectionnées pour constituer la population de recherche. Pour organiser le corpus des données, nous avons enregistré les entretiens dont nous avons retranscrit une partie. Nous avons ensuite opéré un découpage de ces séances retranscrites en séquences de façon à mieux cerner la dynamique de l’entretien. Dans les analyses qui suivent, les séquences sont indiquées par des chiffres romains et les prises de parole à l’intérieur de la séquence par des chiffres arabes.

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Présentation de la famille C.

M me C. vient consulter un thérapeute familial avec sa fille, Hélène C., 33 ans, car

elle vient de découvrir que sa fille consomme de la cocaïne. Elle a appelé Drogue Info Services qui l’a orientée vers le CSAPA Monceau. La famille C. est composée de M me Dominique C., 70 ans et ses trois enfants, Emilie C., 43 ans, Sébastien C., 41 ans, qui vit aux Pays-Bas et Hélène C., 33 ans, conseillère financière. Le père des enfants, M. C. est décédé l’an dernier d’un cancer du poumon. M. et M me C. ont divorcé quand Hélène avait 3 ans. Hélène a eu peu de contacts avec son père qui vivait en Pologne. Seules M me C. et Hélène sont venues à ce premier rendez-vous.

Le contexte de cette demande nous apporte des informations concernant les processus de régulation émotionnelle de la famille. Toute la famille ignorait la consommation de cocaïne d’Hélène. Nous retrouvons la cécité familiale décrite par Angel et Angel (1989). Du point de vue émotionnel, chacun est cen-

tré sur ses propres difficultés et ne peut voir celles des proches, peut-être pour ne pas être submergé par les émotions, peut-être pour rester dans la place de celui qui souffre le plus. Hélène rend visite à son frère aux Pays-Bas à un moment où sa consommation a pris de telles proportions qu’elle ne peut plus être ignorée. Elle a beaucoup maigri et apparaît très fatiguée. Sébastien se rend compte que sa sœur ne va pas bien, ils discutent et elle lui dit qu’elle prend de

la cocaïne. A ce moment-là, cela fait deux ans que Sébastien refuse tout contact

avec sa mère. Il appelle donc leur sœur aînée Emilie qui va informer M me C., bien qu’elle soit elle-même dans une relation tendue et teintée d’agressivité avec leur mère. Immédiatement M me C. se rend chez Hélène et la bombarde de ques- tions. Nous observons que le partage des émotions entre le frère et la sœur aînée devient possible dans cette famille quand il y a danger de mort. Du côté de la mère, l’émotion est intense et après avoir été dans la cécité, elle passe à l’action avec une volonté de contrôler tous les paramètres pour aider au mieux sa fille. Le coping est centré sur le problème, elle gère la situation en cherchant des informations. Ce besoin de contrôler, de tout savoir est insupportable pour Hélène et ne fait qu’augmenter sa culpabilité. Un coping davantage centré sur l’émotion serait probablement plus adapté et aiderait davantage Hélène.

En focalisant l’attention sur le problème de cocaïne plutôt que sur les diffi- cultés affectives d’Hélène, M me C. renforce le sentiment de culpabilité de sa fille et la rend seule responsable de la situation. Hélène va alors osciller entre des tentatives pour arrêter la cocaïne et le besoin de consommer pour échapper à l’emprise de sa mère et sortir de la culpabilité. Pour Hélène, le plus grand stres- seur n’est pas la cocaïne mais l’attitude de sa mère. Quand M me C. appelle Drogue Info Services, les écoutants comprennent d’emblée le type d’interactions qui organisent les relations mère-fille et les orientent vers une thérapie familiale. Avant que la thérapie ne commence, le contexte de la demande nous permet déjà de poser ces hypothèses concernant la manière dont chacun gère les émotions.

Dépasser l’« omission émotionnelle active »

Je les reçois seule et je suis confrontée à une mère qui veut aider sa fille mais ne

la laisse pas parler et une fille qui ne peut pas parler en son nom propre, qui ne

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peut pas dire ce qu’elle sent, ce qu’elle veut, ce qui fait mal, ce qui fait du bien. Dès le premier entretien, nous voyons que M me C. présente un mode de régula- tion par « omission émotionnelle active ». Chaque fois qu’Hélène tente de faire part de ses émotions, Mme C. l’incite à se taire et lui demande des faits.

Hélène reste le plus souvent mutique, ricanant probablement sous l’effet de la cocaïne. Elle est là sans être là et M me C. envahit l’espace. Je ne parviens pas à entrer en contact avec Hélène et je m’inquiète de voir cette mère parler à la place de sa fille, tout en m’appuyant sur elle puisqu’elle est mon seul interlocu- teur réel. M me C. est insupportable et touchante à la fois. Elle veut aider sa fille mais la harcèle pour savoir si elle a pris de la cocaïne. Comme les écoutants de Drogue Info Services, je dis à M me C. de ne rien demander à Hélène, de ne pas chercher à savoir, donc renoncer au coping centré sur le problème et faire face à l’émotion qui est là. « Si vous me dites qu’il faut faire comme cela, je le ferai mais cela va être dur », me dit-elle dès le premier entretien. Sa première réac- tion face à l’angoisse de voir sa fille en grande difficulté, c’est de chercher des informations, elle a besoin de connaître ce qui se passe dans le détail mais s’illu- sionne quand elle croit pouvoir agir sur les faits. Cependant cela l’aide à mieux supporter l’impuissance. Par contre, cela n’aide pas Hélène qui n’est toujours pas autorisée à exprimer ses propres émotions. Plus elle la questionne, plus Hélène fuit avec l’aide de la cocaïne. Mon hypothèse de travail au début de cette prise en charge, c’est qu’en aidant M me C. à renoncer à ses stratégies de coping centrées sur le problème, un dialogue mère-fille pourra s’amorcer, des émotions de part et d’autre pourront être verbalisées et Hélène n’aura plus besoin de cocaïne.

Cette mère me donne très tôt sa confiance et Hélène commence à se sentir plus en sécurité pour accepter l’aide de sa mère quand c’est pertinent et la mettre à distance quand elle devient envahissante. De séance en séance, elle se met à parler et insiste sur sa peur. Dès l’enfance, elle a eu peur que sa mère refuse de prendre soin d’elle parce qu’elle l’aurait contrariée auparavant. Elle a développé au fil des années une angoisse d’abandon qui caractérise ses rela- tions avec sa mère. Les entretiens nous amènent à faire l’hypothèse que l’ambi- valence de la mère a favorisé l’émergence de cette peur. M me C. veut aider sa fille mais elle ne peut s’empêcher de la disqualifier, probablement dans une lutte contre l’anxiété. Elle la blesse, l’humilie, lui disant par exemple : « Tu as mis des bottes de pétasse ». Hélène est incapable de réagir à de telles paroles en recadrant sa mère, elle reste dans une position d’enfant puni, avec probablement un ressenti de honte. Nous commençons à identifier un schéma émotionnel :

Hélène anticipe l’agressivité de sa mère, elle a peur. La mère, mal à l’aise, est frustrée de ne pas pouvoir être plus proche de sa fille, elle se sent rejetée et pour lutter contre l’anxiété, s’attache à une chose (un détail vestimentaire, un choix d’Hélène, etc.) et disqualifie sa fille. Hélène ressent de la honte et ne parvient pas à s’affirmer face aux autres.

A la quatrième séance, Hélène peut dire à sa mère que quatre ans aupara- vant, dans un contexte où elle était mariée, chaque fois qu’elle devait voir sa mère, elle vomissait. A la séance suivante, toutes les deux ont pensé que l’autre ne viendrait pas. La séance commence dans un climat émotionnel intense. M me C. verse des larmes :

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V.1 M me C. (essuyant ses larmes) : Ah oui puis alors non seulement tu vomissais avant de me voir mais en plus, je t’ai terrorisée toute ta vie. Il y a aussi le fait que nos relations étaient toujours en somme… alors le fait que je ne m’en sois pas aperçue… parce que pour moi…

M me C. est secouée par l’émotion mais immédiatement elle retrouve son mécanisme de défense préféré pour éviter de se confronter à cette émotion, elle cherche des explications, elle cherche à comprendre, elle rationalise, elle se raccroche à une interprétation plausible pour ne pas être dépassée par ses émotions. Hélène la ramène du côté de l’émotion et commence à parler de la peur qu’elle ressent depuis longtemps.

V.2

Hélène : J’avais peur…

V.3

M me C. : Hein ?

V.4

Hélène : J’avais peur d’une chose : j’avais peur de que je te dis maman

ce n’est pas méchant ce

V. 5

Mme C. : Mais je sais que ce n’est pas méchant !

V.6

Hélène : J’avais peur… j’avais peur que tu te venges !

V.7

M me C. (levant les yeux au ciel) : Mais comment je peux me venger enfin ? C’est ridicule !

V.8

Hélène : Mais ce n’est pas physique ! J’avais peur…

V.9

M me C. : Dis les choses !

V.10

Hélène : J’avais peur d’avoir besoin de toi…

V.11

M me C. : Et que je ne sois pas là ! ?

V.12

Hélène : Et que tu me dises : « tu te rappelles… »…

V.13

M me C. : Oh enfin…euh… (Petit rire d’Hélène qui se tourne vers le thérapeute)

V.14

M me C. : Je ne sais pas quoi dire !

M me C. ne comprend pas tout de suite cette peur chez sa fille et la minimise :

« C’est ridicule ! ». Il lui faudra plusieurs séances pour accepter et assumer qu’elle ait pu influencer les difficultés de sa fille. La souffrance d’Hélène la place dans une position de coupable, elle se sent jugée par sa fille. Hélène prend d’ailleurs beaucoup de précautions pour lui dire sa peur : « Ce n’est pas méchant ce que je te dis maman ». Elle connaît le fonctionnement de sa mère et sait que celle-ci va réagir sur la défensive. Les émotions sont intenses et je veux les aider à les identifier pour mieux prendre du recul vis-à-vis de ces émotions. Pour les amener à transformer leur relation, la partialité multidirectionnelle s’impose. Je vais d’abord être en empathie avec Hélène dans sa place de fille

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blessée puis en empathie avec Mme C. dans sa place de mère maladroite mais qui néanmoins aime sa fille.

Les interventions empathiques

En reconnaissant le vécu émotionnel de part et d’autre, le thérapeute montre comment la propagation de l’émotion réduit le champ de l’expérience. La peur d’Hélène a été nourrie par la violence verbale de sa mère qu’elle subit depuis l’enfance. Cette agressivité permet à M me C. de lutter contre la dépression. M me C. reconnaît cette violence verbale mais ne parvient pas à évaluer les consé- quences de cette impulsivité sur leur relation mère-fille. Elle la minimise, sans comprendre combien Hélène est meurtrie par ses remarques blessantes.

Hélène blessée par l’impulsivité de sa mère

XXVII.1

M me C. : C’est vrai que je suis violente, c’est vrai… et c’est vrai qu’Emilie (la fille aînée) a par exemple la même violence et que je ne peux pas la suppor- ter. Elle ne peut pas la supporter et finalement aucun de mes enfants ne peut supporter ma violence.

M me C. pense qu’elle ne pourra pas fonctionner autrement.

XXII.2

M me C. : Mais comment voulez-vous que je… Je ne peux pas, je ne peux pas me changer…

XXII.3

Thérapeute : Si… !

XXII.4

M me C. : Ah non ça ! A 70 ans on va se changer ! Vous rigolez ?

XXII.5

Thérapeute : Je pense que oui… Je pense que oui…

XXII.6

M me C. : Je peux p… C’est impossible si j’ai quelque chose à dire, il faut que je le dise et…

XXII.7

Thérapeute : Mais vous pouvez le dire… vous pouvez le dire

XXII.8

M me C. : Et il faut que je puisse le dire de façon impulsive !

XXII.9

Thérapeute : Regardez par exemple là vous pouvez dire : « Ce que tu dis là Hélène ça me touche beaucoup… Je ne vois vraiment pas (rire d’Hélène) comment ça a pu se passer…enfin comment… ». Vous voyez ?

XXII.10

Hélène : J’en reviens pas que tu ne le voies pas !

XXII.11

Thérapeute : … je suis sûr que vous pouvez le faire parce que vous aimez votre fille

XXII.12

M me C. : Mais qu’est-ce que j’ai pu te faire faire pour te le reprocher après ? Hélène je ne comprends pas…

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Dans un premier temps, M me C. dit qu’elle ne peut pas changer (XXII.1). Je l’incite à verbaliser son émotion plutôt que de demander à Hélène des faits comme elle le fait généralement. Je lui propose de faire part à sa fille de son étonnement, de son trouble, de son incompréhension. Dans un phénomène d’imitation, probablement parce qu’elle se sent comprise, en sécurité, elle met ses défenses de côté et se met à parler comme je l’ai fait sans s’en rendre

compte : « Hélène, je ne comprends pas

» (XXII.11). Un pas décisif dans leur

relation mère-fille est accompli. Par la suite, j’encouragerai le discours centré sur les émotions plutôt que le discours centré sur le problème de façon à ren-

forcer cette nouvelle façon de communiquer entre elles.

M me C. étonnée et déstabilisée par les émotions et les interprétations d’Hélène

Il est difficile de travailler sur ce sentiment d’être jugée car M me C. le sup- porte mal, je souligne alors son étonnement, sa surprise, son impuissance quand sa fille lui parle de sa peur. Je leur raconte une anecdote qui va permettre de clarifier la charge émotionnelle qui pèse dans leurs relations et renforcer la confiance que m’accorde M me C. Ce moment sera décisif pour les deux femmes dans la découverte de nouveaux mécanismes de régulation émotionnelle.

XXIII.1

Thérapeute : Je pense… J’ai un fils qui a un peu ce fonctionnement… hier voilà j’ai une étudiante qui m’a appelée pendant une demi-heure pour me demander un truc, j’étais débordée, ce n’était pas le moment et j’étais un

peu énervée. Après il fallait que je prépare à manger vite, vite, vite ! Et j’ai

un de mes enfants qui descend et me dit

la viande n’était pas prête alors

que les légumes sont prêts (rire de tous). Je dis : « Ben oui mais bon vous m’auriez aidée à cuire la viande pendant que je mixais les épinards, ce serait prêt ! » J’ai simplement dit ça mais j’ai un fils qui a justement cette sensibilité à tout ce que je dis… (regardant Hélène), vous voyez ça ne dépend pas seulement de vous (regardant la mère) c’est aussi quelque chose qui appartient à Hélène… c’est aussi au niveau biologique que ça se passe… Et mon fils qui a ce fonctionnement un peu… qui m’aime énormé- ment… c’est le problème, c’est le problème les enfants qui aiment trop leurs parents et donc qui me voient là un peu stressée et tout… il me dit :

« Mais maman tu ne me l’as pas dit ! Tu ne me l’as pas demandé ! » Ça y est il se sent coupable ! Je lui dis : « Ecoute je suis énervée, j’ai le droit d’être éner- vée et de dire que je suis énervée ça me fait du bien !… Donc c’est pas à toi que je demande de faire cuire la viande mais si la viande n’est pas prête c’est parce que vous êtes tous là-haut et que je suis toute seule à … » Vous voyez ?

XXIII.2

Hélène : Ben moi j’aurais cru que vous disiez ça pour me faire comprendre moi j’aurais cru que c’était exprès pour que je comprenne que j’aurai dû de moi-même vous aider… si j’avais été lui

XXIII.3

Thérapeute : Oui exactement comme mon fils…

XXIII.4

Hélène : Et que… qu’il fallait que je m’excuse absolument, que je vous dise :

« Je vous assure, j’ai pas fait exprès, je n’ai pas pensé, ça ne m’est pas venu à l’esprit je suis vraiment désolée » et pendant des heures…

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XXIII.5

Thérapeute : Voilà ! Voilà ! Il se sent coupable de ne pas être le fils parfait qui va anticiper tous les désirata de sa mère et il réagit comme ça… (Se tour- nant vers la mère) Vous voyez ? Ce n’est pas quelque chose qui est propre à vous… c’est qu’il y aussi, je pense que c’est au niveau des neurotransmet- teurs enfin il y a toute une dimension biologique qui fait que l’on est comme ça hypersensible… plus finement là je ne suis pas très douée en biologie je ne pourrais pas vous dire exactement…

XXIII.6

M me C. : Mais vous savez… bon tout ça quand même (montrant le sol avec sa main du côté de sa fille)

XXIII.7

Hélène (riant) : Ça c’est moi ? (refaisant le geste de sa mère)

XXIII.8

M me C. : Non tout ça tout ce que tu décris. Non ce n’est pas toi.

XXIII.9

Thérapeute (s’adressant à Hélène) : Vous voyez ? Vous voyez ?

XXIII.10

M me C. : Voyez l’exemple tout ça c’est pas toi, tout ça, tout ce que tu décris

XXIII.11

Hélène (en riant) : T’as fait ça (montrant à nouveau le geste de sa mère)

XXIII.12

Thérapeute : Parce que pour votre maman… pff (soupir) (S’adressant à la mère) les bras vous en tombent ? Enfin… j’imagine…

XXIII.13

M me C. : Oui les bras m’en tombent ! C’est exactement ça !

XXIII.14

Hélène : J’ai du mal…

XXIII.15

Thérapeute : Vous voyez parce que… enfin moi hier je me dis : « Merde je suis énervée et en plus il faut que je sois là, que je le contienne, que je sois la bonne mère qui est psy en même temps qui comprend bien ce qui se passe en lui et du coup qui… » (fait le geste de contenir puis soupire)

Au niveau émotionnel, Hélène ne supporte pas de voir que sa mère n’est pas bien. Cela la rend triste mais surtout elle se sent coupable du mal-être de sa mère. Elle intériorise progressivement l’idée qu’elle est fautive et cela crée un climat émotionnel pesant entre la mère et la fille, une tension permanente entre les deux femmes, non pas parce que M me C. désigne sa fille comme responsable de ses propres difficultés mais parce que Hélène s’auto-désigne comme respon- sable. L’agressivité de M me C. et ses remarques déplacées qui infantilisent Hélène viennent faciliter cette auto-désignation et alimenter un sentiment de honte. Dans la séquence précédente, après avoir montré à M me C. comment son impulsivité pouvait blesser Hélène, plutôt que de lui expliquer que son compor- tement violent a pu induire chez Hélène une façon particulière d’interpréter tout ce qu’elle dit sans différencier les intentions positives des intentions néga- tives, je ne reviens pas sur sa responsabilité de mère mais je rentre dans son monde qui est celui d’une femme toujours surprise et blessée d’être mise à distance : « les bras vous en tombent ? ». Elle ne perçoit pas ce qui vient d’elle dans ce type de transactions et comme elle est déjà culpabilisée par Emilie et Sébastien, je sens qu’il est plus utile de travailler sur sa stupéfaction, plutôt que

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sur sa responsabilité ou son histoire personnelle qui l’a rendue si vulnérable, si anxieuse et si agressive.

A la différence de ses aînés, Hélène ne rejette pas sa mère pour cette vio- lence. Elle reste attentive à la souffrance de sa mère mais ne s’autorise pas à exprimer ses besoins, ayant l’idée qu’on ne va pas lui répondre ou qu’elle ne mérite pas qu’on lui réponde. La tristesse peut alors se transformer en frustra- tion, en colère mais une colère qui ne peut s’exprimer et qui est anesthésiée par la drogue. Elle est donc ambivalente dans ses demandes vis-à-vis de sa mère. Elle a besoin de son aide et elle communique cette demande de manière impli- cite, par exemple en prenant de la cocaïne. Mais en même temps elle l’évite, ne répond pas au téléphone, décline ses invitations à dîner et même la rejette de manière implicite, ce que sent bien M me C.

En mettant en scène une situation mère-fille, comme pour un jeu de rôle, des identifications se mettent en place immédiatement. C’est beaucoup moins effractant sur le plan émotionnel qu’un jeu de rôle et cela contribue à l’alliance thérapeutique car le thérapeute dévoile son humanité. Dans les familles à tran- saction addictive, quand l’affiliation est satisfaisante, une relation d’apparente- ment entre la famille et le thérapeute se met en place (Vallée, 1995). Toujours avec le souci de partialité multidirectionnelle, je soutiens Mme C. qui se sent comprise : « c’est exactement ça » et je valorise Hélène dans sa loyauté vis-à-vis de sa mère : « les enfants qui aiment trop leurs parents ». Je dédramatise la situa- tion en lui proposant en quelque sorte d’appartenir à un groupe. Elle n’est plus seule à vivre une chose insupportable, elle découvre qu’elle appartient au groupe des « enfants qui aiment trop leurs parents ». Chaque fois que je fais des parallèles avec d’autres familles, d’autres personnes, Hélène exprime un soula- gement tandis que Mme C. réagit de façon négative, probablement parce qu’elle a le sentiment de perdre le contrôle de la situation, comme si le destin venait se mêler de leur relation mère-fille. Dans ces moments-là, elle doit renoncer à son coping préféré centré sur le problème et doit faire face à ses émotions.

Ces petits extraits de séance nous montrent que l’analyse des processus de la régulation émotionnelle peut être opportune dans le travail avec les familles. Elle est particulièrement judicieuse avec les familles à transaction addictive qui présentent toutes des troubles de la régulation émotionnelle. A travers ces quel- ques extraits d’entretien, nous voyons comment l’insécurité caractérise les relations familiales, M me C. comme sa fille s’observent mutuellement en anticipant une attaque, un rejet, un abandon, une douleur relationnelle. Hélène ajuste son comportement par rapport à ce qu’elle anticipe venant de sa mère : c’est le mutual monitoring and mind reading décrit par Byng-Hall (1995) et Werner-Wilson, Davenport (2003). Une expression revient régulièrement dans la bouche des enfants, c’est le « coup de pied de l’âne ». Dès qu’ils baisseront leur garde et se montreront en difficulté devant leur mère, ils recevront le coup de pied de l’âne. Dans la fable de La Fontaine, « Le lion devenu vieux », le lion autrefois très fort est devenu si faible que chacun de ses anciens sujets en profite pour le mal- traiter. Le cheval lui donne un coup de pied, le loup un coup de dent, le bœuf un coup de corne. Le lion, pouvant à peine rugir, supporte ces offenses mais quand il voit l’âne s’apprêter à lui donner un coup de sabot, il ne supporte plus car l’âne était très proche de lui au temps de sa splendeur. De même M me C. est très

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proche de ses enfants à certains moments quand elle se conduit comme une mère dévouée, sur laquelle ils peuvent compter et brusquement, quand le coping centré sur le problème n’est plus efficace et qu’elle est débordée par ses émo- tions, sous l’effet de l’anxiété, elle va leur donner le « coup de pied de l’âne » avec des paroles disqualifiantes et leur ôter l’énergie qu’ils avaient pu trouver pour faire face à leurs difficultés affectives et matérielles. Cette métaphore proposée par la famille résume bien l’insécurité palpable dans les transactions entre Hélène et sa mère et les troubles de la régulation émotionnelle dans leur rela- tion. Nous proposons d’explorer l’idée qu’il existe un modèle de la régulation émotionnelle propre à chaque famille comme il existe un modèle phénoménolo- gique et un modèle mythique (Caillé, 1985) qui caractérisent chaque famille. Ces modèles sont en interaction les uns avec les autres. La peur partagée par Mme C. et Hélène organise les relations intra-familiales et elle contribue à l’émergence d’un mythe familial. Cette relation entre les mécanismes de régula- tion émotionnelle et l’émergence d’un mythe familial mérite d’être explorée davantage dans des recherches futures.

Bibliographie

Correspondance :

Nathalie Duriez Université Paris 8 2, rue de la Liberté 93256 Saint-Denis, France

nathalie.duriez@iedparis8.net

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Summary

Family therapy and emotion regulation troubles. – My work with families with addictive tran- saction leads me to meet borderline people suffering from serious emotion regulation troubles. In order to understand these phenomena better, I explore in this article the concept of emotional regulation from works of Scherer (1984, 2005), Gross (1998, 2002) and Philippot (2000). According to the person’s pattern of attachment and to the singularity of family interactions, emotion regulation strategies memorized in form of schemas since childhood are going to differ. From a clinical case and the analysis of some extracts of the conversation, we shall see how the therapist’s empathic interventions can help certain fami- lies to struggle against agressivity which arises spontaneously when they no more control anxiogen situations. Family therapy allows them to experience new coping and new emotion regulation mechanisms. The verbalization of emotions, the building of links between these identified emotions and each person’s behaviour, the evaluation of emotions and behaviour effects inside the family interactions, the identification of a circular model of emotion regula- tory processes specific to their family are so much stages which will be able to outcome to a systemic change.

Resumen

Terapia familiar y trastornos de la regulación emocional. – Mi trabajo con las familias con transacción adictiva me lleva a conocer a personas con personalidad límite, que sufren graves desórdenes de la regulación emocional. Para comprender mejor estos fenómenos, propongo en este artículo explorar el concepto de regulación emocional, a partir de los trabajos de Scherer (1984, 2005), Gross (1998, 2002) y Philippot (2000). Las estrategias de regulación emocional memorizadas en forma de esquemas desde la primera infancia, van a diferir según el estilo de apego de la persona y de las singularidades de sus interacciones fami- liares. A partir de un caso clínico y del análisis de algunos extractos de entrevista, veremos cómo las intervenciones empáticas del terapeuta pueden ayudar a ciertas familias a luchar contra la agresividad, que se expresa espontáneamente cuando ya no pueden controlar más las situaciones ansiógenas. La terapia familiar les permite experimentar nuevas maneras de enfrentar estas emociones y nuevos mecanismos de regulación emocional. La verbalización de las emociones, la construcción de lazos entre estas emociones identificadas y el compor- tamiento de cada miembro de la familia, la evaluación de los efectos de las emociones y del comportamiento en las interacciones familiares, la identificación de un modelo circular de las estrategias de regulación emocional propias de la familia, son varias de las etapas que podrían desembocar en un cambio sistémico.

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