Des traditions politiques nationales au fédéralisme européen - résumé

La notion de « fédéralisme européen » est très présente aujourd’hui dans les débats politiques et académiques. Néanmoins, son contenu reste incertain et sa compréhension diffère d’un Etat membre à l’autre. Nous proposons, à travers cet étude, l’hypothèse selon laquelle la compréhension différente, voire divergente, de ce qu’est le fédéralisme européen pourrait représenter l’un des freins sur le chemin d’une intégration plus avancée. Actuellement, l’architecture institutionnelle de l’Union ne s’inscrit ni dans la catégorie des confédérations ni dans celle des fédérations. Ainsi, nous considérons que le fédéralisme européen se référerait plutôt à une forme de fédération qui n’est pas en même temps un Etat. L’existence d’une structure fédérale peut se faire en dehors de l’Etat dans un contexte d’ « indépendance dans l’interdépendance » des différents niveaux de pouvoir, et dans des conditions de rapports institutionnels strictement réglementés. Pourtant, le fédéralisme européen est très souvent compris dans un sens autre que celui-ci. En nous appuyant sur cinq études de cas, nous suggérons que les traditions et sensibilités politiques nationales empêchent une vision commune sur ce que serait le fédéralisme européen. La Belgique, parmi les quelques pays fédéraux de l’Union s’avère un Etat fédéral structurellement fragile et instable. La fédéralisation de la Belgique peut être perçue comme une démarche visant à prévenir la désintégration de l’Etat. Alors, la conception belge du fédéralisme suppose, à la fois, l’idée d’unité et celle d’autonomie pour des communautés distinctes. L’Allemagne, traditionnellement attachée au fédéralisme, le projette au niveau européen comme étant le rapprochement de la décision politique du citoyen, par le biais de la subsidiarité, donc, comme étant à l’opposé d’un super Etat centralisé. Dans une situation économique complètement différente de celle de l’Allemagne, la Grèce manifeste un affaiblissement du soutien à l’égard de l’Europe. Néanmoins, les traces d’un mouvement en faveur d’un fédéralisme européen existent dans l’espace public grec. Au contraire, en Roumanie, ce débat reste imperceptible. La question du fédéralisme est monopolisée par le niveau infra étatique dans un débat qui oppose la revendication d’autonomie de la minorité magyare et la crainte de sécession du territoire national. En ce qui concerne le Royaume-Uni, qui a une tradition d’Etat centralisé, le fédéralisme européen est perçu comme une centralisation du pouvoir à Bruxelles. Ce phénomène n’est pas la cause unique mais une des sources de l’euroscepticisme. En mettant ensemble les conclusions tirées de ces cinq études de cas, plusieurs questions communes sont apparues. Il s’avère qu’une fédéralisation de l’Union européenne ne

serait pas automatiquement perçue comme une démocratisation de l’Union. La démocratie et la légitimité apparaissent comme nécessitant des efforts supplémentaires. Du côté de

l’économie, la crise actuelle montre le besoin d’avancer vers plus d’intégration. Les déséquilibres existants entre les pays ne semblent pas pouvoir être résolus par la politique monétaire seule. En investiguant si une constitution européenne apporterait plus de cohérence à la construction européenne, nous observons que l’absence d’une constitution formelle ne semble pas pour le moment empêcher l’intégration. Néanmoins, même si du point de vue institutionnel et économique les avancées sont perceptibles, l’identification des citoyens avec l’Europe se construit plus lentement. L’identité européenne qui est en train de se forger aujourd’hui est encore en quête de repères, mais elle ne recopiera certainement pas l’identité nationale ; elle s’orientera plutôt vers des configurations d’identités multiples. Ainsi, à travers la question de l’identité européenne, le débat met en avant l’importance d’une vision et d’une compréhension commune de la direction poursuivie par l’Union.