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Le mariage dans l'hérésie de l'an Mil
In: Annales. Économies, Sociétés, Civilisations. 32e année, N. 6, 1977. pp. 1074-1089.
 AbstractThis study is part of an investigation of the heritical sects that appeared in the Latin West between 1020 and 1030. In his firstarticle on this subject, which appeared in the Annales in 1974, the author revealed the historical value, despite its late date, of areport on the sect of Monteforte in Piedmont and showed how the precept of virginity proclaimed by the heresiarch was thefoundation of his profession of faith. The critical examination of the sources now extended to the sects of Orleans and of Arras,enables the author to ascertain that the refusal of legitimate marriage served, above all, to discredit those who professed it. Inaddition, the period in which the heresy spread was also one which saw the emergence of new ideas concerning a societydivided into orders. In this context, the existence of fraternities in which men and women, from both the clergy and the laity, metto undergo a heteredox initiation could only be sub- versive. The rejection of marriage, the major rite of sociability, reflectedcondemnation of sexuality as a consequence of original sin. The true significance of this rejection becomes evident only in theeschatological language of the heresyCiter ce document / Cite this document :Taviani Huguette. Le mariage dans l'hérésie de l'an Mil. In: Annales. Économies, Sociétés, Civilisations. 32e année, N. 6, 1977.pp. 1074-1089.
 
LE
MARIAGE
DANS
SIE
DE
N
MIL
II
est difficile
on
le
sait
approcher hérésie
apparue en Occident
entre
1020
et
1030
en
raison
du
laconisme
et
du
parti
pris
de
nos
sources
informa
tion
Chroniques
comptes
rendus de
synodes
sont
rédigés
par
les
défenseurs de
orthodoxie
dont
le
premier
souci
est
évidemment
pas
de
faire
la
propagande
de
la
déviation
En outre
rares
sont les témoignages proches
de
événement
et
il
est
curieux
de constater
que
les
plus
prolixes
en
sont
aussi
le
plus
éloignés
Ceux-ci
ne méritent
pas
pour autant
un
surcroît
de
suspicion
nous avons pu
déjà
le
constater
en
étudiant
la
secte
de Monteforte
en Piémont
partir
de
His
toire
de
Milan
rédigée
par
Landolf
Senior
la
fin
du
xie
siècle
plus
de
cin
quante
ans
après
le
procès
de
1028
Un
procès-verbal
de
interrogatoire
des
sus
pects
servit
certainement
de
source
Landolf
et
il
en
retint
que quelques bribes
du
moins
eut-il
le
mérite
de
laisser
la
parole
au
maître de
la
secte
Ce
est
malheureusement
pas
le
cas
de
tous
les
témoignages
qui
nous
sont par
venus
sur
les
autres
communautés
découvertes
en
France
et
dont
nous
retien
drons
celles pour
qui
information
est
relativement
fournie
Il
est
certain
que
le
châtiment
exemplaire
infligé en
1022 par
le
roi
Robert
le
Pieux
des
clercs de
son
entourage
frappa
davantage
les
esprits
que
ne
pouvait
le
faire
la profession de
foi
jugée
perverse
Ou
du
moins
était il
pas
prudent de
en
faire
écho
même pour
la
critiquer
dans
un
monde
les
lettrés
étaient minorité
et
le
dogme orthodoxe demandait encore
être
précisé sur bien
des
points
Arras
en
1025
évêque
de
Cambrai
interrogeait
avec
prudence
un groupe
de
laies
anonymes
pour
nous
et
empressait
de
rappeler
devant
eux
ou
après
coup
la
vraie
doctrine
sur
glise
et
les
sacrements
glise
qui
dut faire face
hérésie
était
vulnérable
Certes
elle
voulait alors
commémorer
la
Passion
du
Christ
dans
un
vaste
élan
de
pénitence
qui
aurait
rassemblé
tous les
fidèles
et
renoué
alliance
avec
Dieu Mais
elle
était
en
core
aux
mains
des puissants dont
certains
prélats
ne
se
faisaient
pas
faute
usurper
leur
tour
les privilèges
Des
conciles avaient
commencé
de
attaquer
aux
problèmes
de
discipline
et
des groupes
monastiques
montraient
la
voie
de la
réforme
Mais
celle-ci
était
encore
le
fait
que
expériences
isolées
Aucune
coordination ne
venait
de
Rome
dont la
primauté
était
contestée
par
les
évêques
1074
 
TAVIANI
SIE
ET
MARIAGE
Les
fausses notes de
hérésie
ne
faisaient
ajouter
la
diversité
mais
elles étaient plus
dangereuses que
les
conflits
entre
diocèses
le
trafic
des
honneurs ecclésiastiques ou même
incurie
et
ignorance
une
grande
partie
du clergé
Du
moins
furent-elles
jugées
ainsi
par
les
autorités
laïques qui
livrèrent
au
feu
les
coupables
les
plus irréductibles
Mena
aient-elles
surtout
voire
plus
la
socié
que la
foi
Poser
ainsi
le
problème
serait ignorer
que
dans
le
discours sociolo- gique
de
glise
le
seul
qui
nous
soit
parvenu
les
deux
sont
indissociables
Le
moment
de
hérésie
est
aussi
celui
une
réflexion
nouvelle
sur la
théorie des
or
dines
fondement
de
idéologie
de
la
paix
de
Dieu La
déviation
de
la
foi
ébranle
Vordre
dans
son
acception
théologique
et
risque
de
bouleverser
même
si
ce
est
pas
son
propos
initial
aménagement
un
ordre
terrestre
considéré
comme
indissociable
du
règne
de
Dieu
Ainsi
la
condamnation
du
mariage par
tous les hérétiques
Orléans
Arras
et
Monteforte
bafouait-elle une
règle
de
sociabilité
dont
les
décrets
canoniques
avaient
établi
les
modalités
et
au nom
de
laquelle
on
excommuniait même
les
rois
Le
rejet du
mariage
ne
saurait
pour
autant
être
considéré
comme
une
manifestation de révolte contre
la
société
Nous
avions
pu
constater
dans
notre
étude de la secte de
Monteforte
la
place
centrale
tenue
dans
la
profession de
hérésiarque
Gérard par
la
louange
de
la
virginité
et
par
le
refus
des
relations
sexuelles même
entre
époux
Or
ce
refus
se justifiait
essentiellement
au
sein
une
conception
particulière
du
salut
et
de
la
relation
entre
Homme
et
Dieu
est
donc
par
référence
ce
que
nos
sources
laissent
filtrer
du
dogme
hérétique
l
st
possible
de
comprendre un
trait
de mentalité dont
les
conséquences
sociales
sont
indéniables
mais
qui
est
pas
le
fruit
un
malaise
social
Le
mariage
dans
enquête
sur
hérésie
interrogatoire auquel
archevêque
de
Milan
Aribert
Intimiano
soumet
tait
en
1028
hérésiarque
de
Monteforte
Gérard
suivait
nous
avions
remar
qué
un
ordre
rituel
celui
des
points du
dogme
chrétien
réunis
depuis
le
ve
siè
cle
dans
la
profession de
foi
prononcée
par
évêque
lors de
sa
consécration
Cette profession
est
celle
de
Gerbert
de
Reims
au
xe
siècle
et
aussi
celle
de
Gauziin
dans
le
récit
de sa
vie
par
André
de
Fleury Chez
ce
dernier
elle
suit
immédiatement
exposé
de
hérésie
des
clercs
Orléans2
Ce
est
pas
un
hasard
et
elle
pourrait
même
le
précéder
car
le
témoignage
André
se
borne
imputer
aux
hérétiques
la
négation
point
par
point
de
ce
que
proclame
évêque
au nom
de
orthodoxie
Credo
trinitaire
Incarnation
du
Fils
acceptation
du
baptême pour
seule
voie
de
salut
un salut
qui passe
nécessairement par
glise
ses
sacrements
son
enseignement
Enfin
la
confession
précise
que
le
mariage
ne
doit
pas
être
condamné
Je
empêche
pas
les
mariages
je
ne
condamne
pas
les
secondes
noces
Le
rejet
de la doctrine de
glise
englobe
donc
inévitablement
le
mariage
mais ce
niveau
le
témoignage
masque la
nature
de
hérésie
en
se
bornant
la
stigmatiser
par
rapport
un
Credo
établi
Le
refus
du
mariage
permet
toutefois même
dans
le
déroulement
un
interrogatoire de
routine
de
dépister
lui
seul
erreur
Nous
avions remarqué dans
le
plus ancien
manuscrit
de
Historia
Mediolanensis
de
Landolf
Senior
la
mention
de primus
error
en
marge de
la
profession de
foi
de
Gérard
de Monteforte
et
plus
précisément
en
regard
de
son
1075

Évaluer

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