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COLLECTION D'ESTHETIQUE Sous la direction de Mikel DUFRENNE

29------------------------

Déjit paras

:

1. Mikel

DUFRENNB.

-

Esthétique el philosophie, tome

1 (2<> tirage).

2. P. A. MICHEJ.IS. - Eludes d'esthé'tique.

3. Christian METZ. -

4. Jean LAUDE. - La peinture fram;aise (1905-1914) el [' «Art Negre:l> (2 vol.)

Essais sur la signification au cinéma, tome 1 (3$ tirage).

(épuisé).

5. Michel ZÉRAFFA. -

Personne el personnage. Le romanesque des années 1920

aux années

Jean-Pierre

1950 (2 C til'age).

MARTlNON.

-

-

Poétique de

6

d' Eros ou le corps perdu.

7. Jean-Fran~ois LYOTARD. -

Les métamorpllOses da désir el ['amure.

Discours,

figure

la ville (2 6 tinge).

(21!

tirage).

8.

Pi erre

SANSOT.

Le texte

9. J.,'Année 1913

:

Tomes

l' et n.

Les

formes

esthétiques de l'<:euvre 'd'arf Textes et docnments réunis

a

la

et présentés sous la direetion de L. BRION-GUERRY.

veille de la Premiere Guerre

mondiale. -

10. Margit ROW&LL. - La peinture, le geste, l'action.

11. LOU)8 MARIN. - Etudes sémiologiques.

12. Christian BRUNET. -

13. Stefan MOHAwsln. - UAbsolu et la forme. L'Esthétique d'André Malraux.

14. Christian METZ. - Essais sur la signification au cinéma, tome II (2~ tirage).

La création artistique et les promesses de

15. Olivier REVAULT n' ALLONNES.

Braque el l'espace, langage et peinlure.

-

la

liberté.

16. Mare LE BOT. - Peinture et machinisme.

17. L'Année 1913, tome 111. Manifestes et témoignages. -

Textes et dúcuments

réunis et présentés sons la

direction de L. BRION-GUERRY.

18.

Gilbert

LASCAUL'l'.

-

Le monstre dans ['m't occidental, Un

probIeme esthé-

tique.

19. Aldra TAMBA. - La structure musicale du (1 vol. avec deux disques).

20. P. A. MICHEUS. - I/Estltétique de l'archUecture.

21. T. 'V. ADORNO. - Théorie esthétique.

22. GROUPE

DE

RECHERCHES

ESTHÉTIQUES

DU

C.N.R.S.

Recherches

poi'étiques,

tome 1.

23. GnOUl'E

DE

RECHERCHES

ESTHÉTIQUES

DU

C.N.n.s.

Recllerc1ws

poi'étiques,

24.

tome n.

G.

DORFL&S. -

MytIles

el rifes d'aujourd'hui.

25.

T.W.

ADORNO.

-

Autour de ,la Théorie

estIlétique

" Paralipomena.

Intro-

26.

premrere. Raymond COURT. - de l'art.

duction

Le Musical: Essai sur les fondements anthropologiques

27. Mikel

DUFRENNE.

-

Estltétique

et phi·losophie, tome n.

 

28. André VILLJERS. - La sc?me centrale. Esthétique et pra'fique du théátre

en rondo

29. Christian METZ. -

Essais sémiotiques.

CHRISTIAN METZ

ESSAIS

SÉMIOTI@ES

ÉDITIONS

1977

en rondo 29. Christian METZ. - Essais sémiotiques. CHRISTIAN METZ ESSAIS SÉMIOTI@ES ÉDITIONS 1977 KLINCKSIECK

KLINCKSIECK

Le per~u et le nornrné

Les codes de nomination iconi'ques

Quelle partie de l'image, quelle partie de la langue ? Lexique « Reconnaltre l'objet » Du mot au sémeme Taxinomie culturelle des objets A propos de la «nomination» Détermination par la pratique sociale

Les traíls pertinents de l'identification perceptive, Le schématisme Exclusions et inclusions perceptives

Languejperception

métacodique Le transit par les signifiés La représentation comme métalangage Transcoderjmétacoder : rapports des deux opérations Retour du signifiant

: leur double relation, intercodique el

Des objets aux actions Les bl'uits, Les objets sonores Abaissement idéologique de la dimension sonore Sur un snbstantialisme sauvage Le «son-off» au cinéma

Sémiologie et phénoménologie

Le propre du

«monde» est de renvoyer indéfini-

ment d'ohjef en objeto

(M. DUFRENNE 1

Phénoménologie de

l'expérience

esfhétiqlle.)

Le spectateur de l'image éprouve le besoin de «reconnai- tre» (d'identifier) les objets qui y sont représentés, Lorsque l'image est figurative, qu'il s'agisse de la photographie, du tableau, du film, etc" eIle va au-devant de ce besoin et propose d'elle-meme des objets a reconnaitl'e ; il pent arriver cependant, meme avec des images fortement représentatives, que la demande du consommateur reste plus ou moins insatisfaite :

l'occidental qui voi! un film ethnographique demeure souvent perplexe devant les objets qu'il y discerne, mais qu'il ne saurait nommer ni classer (ustensiles de cuisiue, armes de chasse ou de peche, etc,), Nommer, classer : ici commence notre probleme, celui des taxinomies culhirelles, par quollITauteñteno.re'¡¡ussr- lfierr'Ia"taxinol1i!é'ilés"ó15jéfií'cuIturels (objets de civilisation) qne la taxinomie cnlturelledes objets naturels, eomme daus les cIassements zoologiques ou botaniques, variables d'une société a une autre, La phénoménologie a bien montré qne nons vivons dans un monde d'objets, que notre pereeption immédiate est une perception d'objets, etqne cette disposilion n'est pas snper- ficielle ni transitoire (d'autant, ajouterai-je, qu'elle est profon- dément rassurante et que e'est sans doute ,l'une des racines de son existenee meme), Mais eomment ne pas mettre en rapporls ce earactere si frappant de notre vécu conscienl avec la force plus souterraine des c1assifieations cu]turelles el socio-linguis- tiques?

132

Le perc;u et le nommé

Le cas des images non-figuratives (peinture moderne, films d' « avant-garde », etc.) ne fait que confirmer les impressions initiales dont est sortie celle étude, ear il est remarquable que le spectatenr a tres souvent tendance a y réintroduire de force, par le regard qu'il leur consacre, les objets que I'auteur en a voulu absents : ainsi les formes vagues, eourbes, estompées vont-elles devenir nuages ou jeux d'eau, les dessins reetilignes rails de ehemin de fer, etc. ; il Y a beaucoup moins d'images non-figuratives a la réeeption qu'jJ n'y en a a I'émission; et meme a I'émission, la lendanee a la représentation est parfois plus forte que ne le croient ceux qui désirent consciemment I'éviter (les contours libres qu'i1s nous proposent sont souvent d'involontaires variations autour d'objets a la forme connue) :

il y a beaucoup moins d'images non-figuratives que d'images voulues telles.

Les codes de nomination iconiques

La philosophie, la psychologie de la perception et_!~obseJ:ya­

tioriCoiii;anlenoii¡¡Qñr"apprts~d:epnis=longtenrp:s:qu:e_J'identifi­

caHoo'desoj)Jeissensibles et

1e.ur uomina!iouJing¡¡isJ!q.ll.e

soJ).t

étfóiteifíeñrmeréesi'~llílaJ)l!!lríl. L'organisation sémantique

des Iangües·Í1áturefies, dans certains de leurs secteurs lexicaux, vient recouvrir avec une marge variable de décalage les confi- gurations et les découpages de la perception ; le monde .y:illlJ:¡.le

et l'idiome ne sO aélionsstruCtliii!e.s,jiiJi n'Olit pasen¿<¡i~·étUtlldiée.~.da!!s leur défiiÍÍ;"eñ"fermes techniques de l'~latioRsillter-cQdiques.l: c'est

Q!"'p~_s¡l!!~Jt~.~!!ltiple~e.Lp,gf9.!!.º!i§_j¡;tj.er­

justement a une telle étude que I'on voudrait id

Mais une chose me paralt déja certaine : meme sU.tl,X.a.pp.oILde

contribuer.

la la!lli.~Lg.!Llª, Y.ne

ne.·peu{··guere··:·et¡;e:::coñ~·eomme-.une

lni<l,".1'l!lltre

pi:tl'Tüne)~ily'ahfénl,lne fOJ).ctiondda lang)1c (ParmÍg)utres) gufesf dénoIrlIl1er 'Ies .unité.~gu~déco)1pe la vue (mai s al1ssi de l'aidera'les' découper), et une.fonction de la vue.(p.armi

d'ªlltl'cs)guiesL4'inspirer.les configuratious ~é.mantique~<1e la

langue.Jlllajs

"A' date récente et dans une perspective sémiologique, ces problemes en eux-memes fort anciens ont été abordés de deux cótés : depuis leur versant Iinguístique, par A. J. Greimas', el

« copie» intégrale

de.l:.un., par.l'.autre

i'!.11~~ide

s'eninspire:t:l,

1. «Conditions d'une sémiotique du

monde naturel », p. 3-35 de Pratiques

et langages gestuels, 1968, nO) 10 de Lallgages, París, Didier et Larousse.

Le per,u et le nomme

133

depuis leur versant iconique par Umberto Eco '. Je leur ai pour ma part consacré quelques esquisses d'analyses, trop breves', ou I'articulation des deux versants était au centre de I'intéret.

Car e'est ~í~n,gIleffet,Jíleceurdelª.qll~stion. J'ai proposé le terroe der;o1~tljenprninationícon;quesJ;pour les systemes de

correspondances qui explIquent que dans les images figuratives, meme schématisées, on puisse tout a la fois reconnaltre et nommer des objets (ces codes sont done au nombre des méca- nismes constitutifs de l' «analogie », de l' «iconicité », de l'im- pression de ressemblance et de réalité que nous dor:nent}es,.

imag~sre.prés~nt?:tiy:es; i1s eontribuent a eréer la ~\ctíon'iiJ!j:

d}égese,Jepsel1docréeIY Il est

desrecherches antérieures ne prive pas I'entreprise de toute

temps a présent - et I'état général

plus détaillée et plus

systématique de ces !1íSP8sitif~cpas~erell\l~ par lesquels devienl possible, entre la languéef l'itD.age, Ia.·productíon objectiue de tout un réseau de jonctions tellement intériorisées par la culture que les phénoménologues ont pu les décrire comme spontanées (et qu'elles le sont en effet), de ces dispositifs qui, d'autre part,

sont profondément Iiés, en occident, a la tradition aristotéli- cienne (quantitativement dominante de nos jours encore) de I'ar! diégétíque ou mimétique, bref de I'art de représentation.

chance - de s'essay~rá.llIle

?~seriptiOll

QuelIe partie de l'image, quelle partie de la langue '!

Il faut d'abord délimiter I'objet meme de la recherche, et le délimiter sur ses deux flanes. Les codes de nomination iconiques ne mellent pas en rapport le tout du langage et le tout de l'image ; leur étude ne doit pas prétendre a épuiser la vaste question des Iiens entre le perceptif et le Iinguistique, mais se concentrer au contraire sur ,un de ses niveaux pour tenter de mieux I'éclairer.

2. La struttura assenl'e, Milan, Bompíani, 1968; trad. fr., Paris, Mercure de Franee 1972; plus spécialement la Section B, intitulée «Lo sguardo discreto- Semiología dei messaggi visivi» (pp. 105-188); c'est eette partie qui a été traduite en fran~ais dalls le numéro de Communications consacré a I/analyse des ima;ges (15, 1970, p. 11-51), sous le titre «Sémiologie des messages visuels ». 3. A propos de la noUon de schématisme, dans le chapo X.6 (<< Cinéma et idéographie») de Langage et cinéma, París, Larousse, .1971) a propos de ceHe

d'analogie (ou d'iconicité),

dans

Communications 15, cité a la note précédente, et reprls dans le tome 11 de mes Essais sur la signification au cinéma, Paris, Klincksieck, 1973); et surtout, comme il est dit un pen plus loin dans le texte, en. proposant le concept de

«codes de nomillation iconiques» dans Langage el clnéma, p. 22-25, 150, 172,

dans

«Au-dcla

de l'analog1~, l'lmage»

(paru

202-203, 207-209.

~r34

Le per«;u et le nornmé

LEXIQUE

,Du eóté de la langue, on s'en tiendra au lexique (notion qui 'sera~p!:écisée plus loin). Il ne parait guere possible, pour l'ins- tant, d'établir sérieusement des corrélations un peu précises ,entre la perception des objets dans une sóciété et les structures phonologiques ou grammaticales de la langue correspondante. Cette difficulté, qui ne sera peut-étre pas éternelle, se rattache a une autre, plus générale et bieu connue des linguistes : en dépit de certaines tentatives intéressantes" on n'est jamais parvenu jusqu'ici a mettre en relation de fagon convaincante les systemes phonologiques ou syntaxiqúes avec les structures sociales, et e'est a travers ces deux systemes que la langue conserve pour l'heure cette forte autonomie relative par rapport aux autres institutions ou se fonde l'existence méme de la lin- guistique en tant que discipline distincte de la sociologie (mais faisant partie des sciences sociales, puisque la langue est une

les secteurs internes de la langue, c'est au

contraire;k}~~iquf¡:cgui apporte le matériel le plus important et le plusin.'ftíJ:édiiil:tmeut exploitable a tous ceux qui veulent fonder une socio-linguistique'; il est dair que les mots sont liés a la civilisation (et entre autres a celle de la vue) selon un circuit plus court et plus direct que ne le sont les phonemes ou les regles de grammaire. D'ailleurs, le lexique est la seule partie

cc;!_el~ langue qui exerce immédiatement la fonction

institutioq)

Q,te,tou~,

de"lI,oroillUs""

tlQ~;lc'est-a-direqJ)_!_~l1u~e~~le~?bjetsdum?nde et leurdoñrie

tiñe appellation ;'I~dilliéÍÍsionré~éfentiel1e-;hui carac!érise le

langage tout entier; n'apparaitde fa«on dil:ecte qne dans le lexiquc. Cette dissymétrie de situation se reflete bien dans les 'conceptions d'un sémanticien comme A. J, Greimas' : des semes

4. J e pense bien entendu a la fameuse «hypothese de Sapir- Whorf », et aussi a des tClltatives isolées, comme ceHe d'Alf Sommerfélt sur la langue et la civilisation d'une ethnie australienne, les Aranta (La langue el la société. caracteres sociaux d'une langue de type archafque, Os10, 1938, Publicatiolls de

l'Instituttet foz S~m~en.ugnende Kulturfo!skning),

"

.

hngUlstIque

,~énérative transformationnelle, essaie justement de dépasser ce stade purement 1cxical. Elle voudrait aussi dép~sser la ,distinct,ion chomskyenne entre «compé- tence », et « performance », qUl aboubt a reJeter dans la pure performance .d'importantes variations sociales dans l'usage d'nrie méme langue nationale. D'on, .a l'entrecroisement de ces deux perspectives, !'idée de construire

~des grammaires (syntaxiques ct/on phonologiques) propres. par cxemple au negro-english », c'est-a-dire a l'anglais tel qu'U est parlé par les Noirs d'Amé-

ou a d'autres groupes socio-lingnistiques. Cf, les travaux de Labov et

,de l'école «variationniste ». 6. Voir tout le début (jusqu'ñ la page 118) de Sémantique structurale, p'aris, Larousse, 1966, et plus spécialement le chapitre intitu1é «L'organisation de l'llnivers sémantique », p. 102-118.

"

,5.

La

soclo-hngmshque

actuelIe,

qUl

se

sItue

«apres»

la

'l'iquc,

Le

per~u et le nornrné

135

proprement dits, qui constituent le «niveau sémiologique» (c'est-a-dire justement celui ou la langue s'articule sur le «monde naturel »), iI distingue les « dassemes» dont l'ensemble forme le «niveau sémantique» (niveau d'autonomie de l'orga-

nisalion Iinguistique) ; et on voit en effet la différence entre des

sémantismes comme A une forme

oblongue, Est {aíl en euir,

Appartient ti la raee {éline (= semes proprement dits, ou encore «nucléaires »), a la limite aussi divers et particuliers que les objets perceptifs d'une culture, qu'ils désignent et constituent a la fois -, et d'autre part des unités de sens comme Humainj

Non-humain, Objet matérieljNotion abstraite ou Animéjlnanimé

(= classemes, ou «semes contextuels »), qui ont une portée plus générale a l'intérieur du lexique, qui interviennent dans la nomi- nation d'objets sensibles nombreux et par ailleurs tres différents, les soumettant ainsi a une deuxieme c1assification (aux mailles bien plus larges que la premiere, opérée par les nominations elles-mémes), et qui débordent d'ailleurs le lexique pour la grammaire, ou i1s correspondent souveut a des marques for- melles (ainsi, pour «HumainjNon-humain >, Qui? jQuoi? en fran\,ais, WhojWhieh en anglais, etc). Si les c1assemes, dans une langue, sont communs au lexique et a la grammaire, les semes «nucléaires» (que j'appellerai désormais «semes», tout court, puisque ce travail se limite a eux) sont propres au lexique et a lui seu!. Encore n'envisagerai-je pas tous les semes lexicaux, mais seulement ceux qui interviennent dans le lexique des objets visuels.

«RECONNAiTRE L'OBJET »

Sur l'autre versant, celui de l'image, les codes de nomina- tiolliconiq!lesn'engagent pas non plus l'ense'i.nbledii'm~té:,;¡el sérnJQlqgique.,Qn.ne saurait rendré,.compte,ay~g éúxseuls, de

tql!t le sen s (de tous le'; sens)deYimageJ:epr~sentative.

Reconnaitre I'objet, ce n'est pas comprcndre l'image, meme si

c'en esq~.g.~!:>1¡1,.Jlnes'agit qJ¡~.gi!n!ljy-$llJ) dl'lsen~, celuigu'on

appelle

sonentIer.'CarTappréhension dés rapports entré objets, ou du moins de leurs rapports les plus factuels, participe encore du

sens littéral maJs,te~t,p¡:isfl en charge par d'autres codes, notam-

ment eeux {lu ~'mq!l'!age!dans le sens le plus généraL.dn

mot

(englobant lacoñiPOi¡Itró,[}lífé:rñe-d'Un¡Uíña~:iiléi1ie'íillique) :

cómprefil:l'r,,"~t¡ti'ün objet, dans la diégese,apParait seulement

quelques'minUtés apres un a!ltre, Ol,lqu'au cql).tr:ii¡:'l j)ssollt

galj(;hil de.J'autre

(ou tres lohi dcirriere, etc.), c'~s.!tléja autre chose qu'identifier

~ií~famIíiéiirc6:présenfs, ou que l'U!les.t.jl

ril}érar(

.•·.c;!él)

()t:iti()ll,··011J:~I>résenta~i.()¡f),'et'pasdans

136

Le pergu el le nommé

visuellemeut chacun de ces objets. La «reconnaissance»

donc etre·comprlse···C"omme··uric·oper¡¡üon:··quí·llEli.<S.li1T·cCi;t¡}ins

doit

sgd~ñisl;1~J~ªéHvité·.IIíigi!i$tigXi~.¡;iii'·éer¡aiiis.secteurs··oe·I'acti-

vitel?ercel?tive,et ríon I?as directement ·la .langue eritiere sur la

pe~c:~pii?~=eríti~re:

DU MOT AU SÉMEME

Si l'on pose ainsi le probleme, il devient essentiel de savoir

a quelIe sorte d'unité linguistique correspond au juste l'objet

optiquemenl identifiable, puisque la langue comporte des unités

tres diverses par leur taille comme par leur slatut. Pou.r le sens commun, la réponse ne fait pas de doute :

c'est le moto L'acle de nomination, considéré dans sa forme

concrete et direclement observable, correspond le plns souvent

a un mot, celui qui nous vient a l'esprit lorsque notre mil a

reconnu l'objet (= «Cest un chien », «Cest une lampe », etc.). Pourtaut, la pertinence du mol ne résiste pas a l'analyse. Le mot

est une unité a deux faces, avec son signifiéet son signifiant phonique. Or ce qui pent « correspondre» a un élément iconique sera forcément nne unité du signifié linguistique et de lui seul, une unité «mouo-faciale». Lan()~~l1ati()l1 des objets visibles est un cas parmi d'autres de ~~ií~sC?;<raie:Jet dans tout trans- codage (dans la traduction proprement· dlfe, par exemple), le

seul transit direet est celui qui passe par les deux signifié8 respectifs. Je reviendrai p. 145 sq sur ce point, qui est en fait plus complexe. La nomiuation est davantage qu'un transcodage. Mais elle en est aussi un. 11 est clair qu'entre le signifiant d'une image représentant une maison et le signifiant du mot « maison » (ou« house », ou« easa », etc.), aucune correspondance directe n'est concevable (c'est une des Conséquence8 de l' «arbitraire » du signe Jinguistique), puisque les deux matieres signifiantes sont absolument hétérogenes l'une a l'autre : iel, des tracés, des cou- leur8, des ombres, etc., la une émission de la voix humaine. L'aspect optique de la maison n'est pour riendans le fait que le mot frangais ait quatre phonemes plutót que trois ou cinq,

et justement ces quatre-Ia. Ce sont les signifiés qui s'articulent

l'un sur I'autre : I'objet reconnu et le sens du mol. Le lexeme (morpheme lexical), autre sorte d'unité Jinguis- tique, plus petite que le mot, ne convient pas davántage a ~otre propos, et pour les memes raisons. Cest encore une unIlé a deux faces, qui comporte des éléments phonétiques. Alors, le signifié-de·mot, ou le signifié-de·lexeme ? Toujours paso Mais cette fois pour d'autres raisons. Au niveau d'un mot

et meme d'un lexeme, le signifié peut recouvrir plusieurs unités

Le pergu et le nommé

137

qui sur le plan optique sont tout a fait distincles, par exemple la « chevre» comme animal et la «chevre» comme instrument de levage. Cest le probleme des acceptions multiples. En somme, la correspondance visuelle devrait s'étabJir avec une unité linguistique de pur signifié, et qui serait plus «petite» que le signifié-de-Iexeme : le signifié d'une aceeption d'un lexeme (ou de l'acception unique d'un lexeme a acception unique). Mais d'un autre coté, l'unité liuguistique que nous recher- chons peut cOlncider dans certains cas avec un segment plus long que le lexeme ou meme que le mot, a condition que l'on envisage toujours une seule acception du signifié de ce segment. L'objet que ron nomme «betterave» est reconnaissable dans uue image, el il correspond en fran\,ais a deux lexemes (groupés dans cet exemple en un seul mot) ; celui que l'on nomme «pomme de terre» eorrespond a trois lexemes (qui, iei, sont aussi trois mots) ; et pourtant, comme éléments perceptifs, ils sont évidemment sur le meme plan que la «carotte», dont la nomination engage un seul lexeme (coIncidant avec un mot). Ce n'est pas un hasard, puisque dans I'ordre linguistique lui- meme il s'agit en ces cas de séquences de plusieurs lexemes (éventuellement de plusieurs mots) qui sont IcxÍcalement figées et commutent avec un lexeme unique. Dans les termes d'André Martinet', ce ne son! pa~ dessYl1tagmes (= libres combinaisons syntaxiques) mais des !~i~t~~~esiJcombinaisons opérées par la langue une fois pour fóutes &t qui entrent dans le lexique au meme titre que les segments indécomposables ; si une pomme de terre est de couleur rouge, OIl parle d'une «pomme de terre rouge» et non d'une « pomme rouge,deJ~J:l'e}. Comme Martinet propose d'autre part le terme de «tJ;¡sm~~Y pour désigner en

commun I es synt~,~w.!"§,c~!\,lf

4Ms"

nous,

s:J,~~Mi~l>,~f,()ÍlfMm~pL

,PQ}lY()ll~ pQse r

a

.;P;~tr;~,it(),~r:~s

,l;?l\j~ty¡~lI~lr~IJl.~I1!

·.í~ª~lltid

~~k~¿K~!~~~~~~~t¡!~~~¡,j~i~f:~~r~f~~~~~t~aW~y~~~~~~iift¡~~

\.u11\ sémeme.·

:;, ,"

"'~i}

1967,

8. Sémantique structurale (op. cit.) : est un sémeme chaque «acception» d'u~ lexeme (p. 43-45), ou d'uo «paralexeme» (p. 38). - Le paralexemc de Grelmas correspond a peu pres au syntheme de Martinet. - Greimas ne pro-

7.

2,

p.

«Syntagme

1-14.

et

syntheme »,

dans

La

linguistiqlle,

Paris.

P.U.F.,

pose pas de terme spécial pon! désigner en commun le lexeme et le paralexeme. comme le fait justemenl le «theme» de Martinet. Je reprends done ce dernier, qui. m'est part.iculierement utile puisque l'objet perceptif peut eorrespondre indlfféremment a un lexeme ou a un paralexeme (syntheme), mais uniquement dans sa faee signifiée et dans une seule acception (et ¡eí, le terme greimassien de «sémeme» est le seul qui s'offre),

138

TAXINOMlE

Le pergu et le nornmé

CULTURELLE

DES

OB,lETS

Chaque sémeme (unité spédfique du plan du signifié) dessine une dasse d'occurrences et non une occurrence singu- liere. Il existe des milliers de «trains», meme dans la seule acception de «convoi ferroviaire », et ils diffhent beaucoup les uns des autres par leur couleur, leur hauteur, le nombre de leurs wagons, etc. Mais la taxinoniie culturelle que porte en elle la langue a décidé de tenir ces variations pour irrelevantes, et de considérer qu'i! s'agit toujours d'un meme objet (= d'une meme classe d'objets); elle a décidé aussi que d'autres variations étaient pertinentes et suffisaient pour « changer d' objei », comme par exemple ceUes qui séparent le «train >} de la «micheline». Cest la. meme répartition, si variable selon les sociétés, des traits pertinents et des traits irrelevants - en somme, le meme prín- cipe «arbitraire» de dénombrement des objets - qui préside aux classifications spontanées qu'opere la perception des objets correspondants dans la meme cnlture. La vue, elle aussi, est légerement embarrassée tant que l'image ne lui permet pas de décider s'íl s'agit d'un train ou d'une micheline ; des qu'eUe a pu trancher, le spectateur de l'image a le sentiment d'avoir «reconnu l'objet» ; et i! est remarquable, alors, qu'une mau- vaise perception de la couleur de cette micheline (si c'en est une), ou de son exacte longueur, ou du métal dont elle est faite, etc., n'entraine pas un embarras comparable, un embarras de meme niveau. Tout se passe comme si les traits qui ne participent pas au découpage des objets étaient culturellement éprouvés comme

des sortes de qualités secondes, déterminati~nss~raj()llt~es ~t.

~q-\li)ldi~peps¡¡J:¡lesal;intellection immédiate, !JlJ3Jit~sadjectives¡'

plut9tqlle~llbsta.ntivelEt i! est vrai le plus sOll.vent que l'expres- ' síüíilinguiStique de ces particularités visuelles passe par des adjectifs (= «une longue micheline »), ou par certains détermi- nants de plus grande taille mais syntaxiquement commutables avec des adjectifs, comme par exemple la proposition subor- donnée relative (= «une micheline qui allait tres vite» ; cf.

« tres rapide >}). Au contraire, les qualités visueUes pertinentes,

ceHes qui, par leurs groupements en «paquets >}, déterminent la liste des objets a reconnaltre, s'expriment dans la langue par des substantifs. Comme on le sait depuis longtemps, la nomi- ,nation des objets _ car il y a aussi celle des actions, sur laqueUe je reviendrai - procede par noms. Les grammaires tradition- nelles disaient que le substantif correspond a un objet, l'adjectif

a une« qualité », le verbe a une action. Simplement, les «objets»

Le perc;u et le nommé

139

ne sont que des ensembles de qualités considérées comme défi- nitoires, et ce qu'on appelle qualités recouvre seulemenl certaines qualités, dont le propre est de ne pas entrer dans les définitions des objets. Les objets optiquement identifiables sont done des cIasses d'occurrences, comme les sémemes qui les nommel!oh.;",c:est ,;pQ~,rq)1qi" A.J. Greimas propose de les appeler '"«fig)1re~ ,visll~W~s.>! (ce sont les unités pertinentes), et d'en disfinguer lés'«'sigrles visuels» qui seraient les occurrences singulieres' :

chaque dessin d'nne maison, chaque photographie d'un arbre, etc. Mais le terme de sigile, dans la tradition linguistique, évoque vraiment trop l'unité pertinente pour que l'on ait quelque chance de lui faire désigner le contraire. Il me semble préférable de ne pas adopter de terme spédal, et de parler simplemenl d'objets visuels reconnaissables, en les opposant aUx occurrences visuelles.

A propos de la «nomination »

On voit que le phénomene fondamental de la nominatioll est lui-meme fort mal nommé. Dans le mot «nomination», le sémeme de nom qui apparait est celui qui correspond a l'anglais name, et non a l'auglais IlOUIl; mais i1 désigne de toute fa90n une unité lingnistique qui est de l'ordre du mo!. 01', c'est seulement au niveau de surface que la nomination procede par mols. Les correspondances véritables entre le monde visible el la langue s'établissent au niveau des traits pertinents, unités plns profondes et inapparentes, et le mot (le «nom») qui désigne l'objet optique ne constitue que la partie émergée du systeme, la conséquence manifeste du jeu des traits pertinents et de leur organisation intyrne : lorsqu'une plage iconique don- née comporte tous les !ráits définitoires requis pour qn'on y reconnaisse une ampoule (électrique) et que 1'0n accede au sémeme correspondant (= «ampoule >) en tant qu'accessoire d'électricité), ce dernier nous amene uu lexeme don! il eontribue a articuler le signifié (id «ampoule» dans toules ses accep- Hons -, qui forme d'ailleurs un mot a lui seul), et ce mot, a son tour, fonclionne comme une entité a deux faces, qui a aussi un signifiant propre et peut done se prononcer : le spectateur

9. «CondHions d'une sémiotique du monde naturel» (op. cit., p. 6-7). Greimas parle de figures et de signes «naturels» ; le contexte montre qu'il entend par la «perceptífs» (e'est un peu comme quand les linguistes parlent des «langues naturelles », par opposition aux langages formalisés et aux métalangages, et sans penser le moins du monde que ces langues sont vraiment nalurelles), Dans roan texte, j'ai préféré éviter le mot «naturel ».

140

Le pert;u et le nornmé

de l'image s'écriera «C'est une ampoule •. Dans le processus complet de la nomination, le mot aura done joué un role, mais seulement en fin de parcours. Le terme de « nomination » n'est pas propre a la linguistique el a la sémiologie modernes. II vient de tres loin : du passé de la langue, et aussi de toute une tradition philosophique. Il porte en lui a J'état condensé une certaine conception du rapport entre la langue el le monde, une conceplion que critiquai! déja Saussure, ou le logicien Gilhert Ryle, ceHe du «réalisme naIf •. Pour celui-ci, il y aurait une sorte de liste des objets, préexistant a leur appellation, et les mots viendraient «nommer» ces objets apres coup et un par un. Aussi longtemps qu'on se limite au niveau de surface (celui du mot, ou meme du lexeme), on est inévitablement attiré vers des croyances de ce genre. Le mot, le lexeme (et sur J'autre face du probleme J'objet visuel une fois reconnu) ne sont que des produits terminaux, alors que le décou- page du monde en objets (et de la langue en sémemes) est un processus complexe de production culturelle au sein duquel le role central est dévolu aux traits pertinents : traits d'identifi- cation visuelle d'un coté (Eco), semes linguistiques de l'autre (Greimas).

DÉTERMINATION PAR LA PRATIQUE

SOCIALE

Ce double découpage ne préexiste pas a l'activité sociale et aux caracteres de chaque civilisation. II est déterminé par eux, et en meme temps i! ,en fait partie. On sait que les Eskimos dis- posent d'une dizaine de lexemes différents (et donc de sémemes différents) pourdésigner la neige, selon qu'elle est friable, dur- cíe, glissante, amoncelée, etc." Chacune de ces unités consiste en un lexeme indécomposable, alors qne les langues de l'Europe

occidentale sont obligées, pour

« objets » correspon-

dants, de former un syntagme nominal qui combine chaque fois l'adjectif approprié (= « poudreuse », etc.) avec un substantif qui est invariablement neige (ou snow, ou Schnee, ou nieve, etc.).

Ainsi, nos cultures voient un objet unique avec des détermina- tions variables la ou les Eskimos voient dix objets distincts. Un trai! sensible comme «friable» on «durci» (avec le seme qui lui correspond) est posé comme irrelevant dans nos langues - du moins lorsqu'i! s'agit de la nomination de la neige -, alors qu'il est pertinent pour les Eskimos. Cette différence d'organisation lexicale est évidemment en

désigner les

10. Cf.

Adaro

Schaff,

«Langage

et

réaHté ». dans

numéro spécial de Diogene. 1965, nO 51, p. 153-175.

ProbIemes

du

langage,

Le per\,u et le nommé

141

rapport avec une différence dans la perception de la neige, qui est plns fine et plus différenciée chez les Eskimos. Chaque société lexicalise les distinctions qu'elle per\,oit le plus nettement, et en retour per\,oi! avec une particuliere netteté les distinctions qu'elle lexicalise. Ce serait une vaine querelle d'antériorité que de chercher a savoir si c'est au départ la Iangue qui a informé la perception ou la perception qui a informé la langue. Eu fai!, I'une et J'autre ont été fa<;onnées par la société". Dans nos civili- sations, les modes de travai! et de production sont tels que la neige y joue un faible role et qu'une attention précise portée a ses différents états serait sans utilité immédiate, alors que l'Eskimo qui chasse et qui peche dans des paysages largement enneigés, et dont la survie meme en dépend, est obligé de bien conna1tre la neige dans ses diverses variétés, celles qui per- mettent la chasse, celles qui représentent un danger d'enlise- ment, celles qni annoncent la tempete, etc. Une société lexicalise et per<;oit les distinctions dontelle a le plus besoin.

Les traits pertinents de l'identífication perceptive. Le schématisme

La vision n'identifie pas un objet d'apres l'ensemble de son allure sensible (ni d'apres l'ensemble de la surface du papier s'i! s'agit du meme objet a l'état de «représentation» dans u~ dessin ou nne photographie, c'est-a-dire de l'objet visuel relayé par les codes de l'analogie). Ainsi s'explique que les représen- tations schématisées des objets, ou la majeure partie des carac- teres sensibles ont été délibérément supprimés, soient aussi reconnaissables (et parfois davantage) que des représentations beaucoup plus fideles et beancoup plus completes sur le plan de la matiere de l'expression (, respect plus exhaustif du détail des ,forn:es,. des couleu~s, etc.), 'représentations dont le degré de schemalIsalIon est momdre et le degré d'iconicité supérieur, pour reprendre les termes d' Abraham Moles ". 01', i! est remar- quable que les images fortement schématisées sont tres identi- fiables (tout l'art de la caricature repose la-dessns). C'est que la reconnaissance visuelle se fonde sur .certains traits sensibles de l'objet ou de son image (a l'exc!usion des autres), ceux-la justement qne conservent et pour le coup en les isolant maté-

11. Méme idee chez Adam Schaff, op. cit.

:

il

est vrai que le langage esi

perceptives

mais i1

«produit »,

le prod~it de

la

un

«instrument », car il contribue a découper les unités

(comme

la

perception

eHe-meme)

un

e~t aus,si

VIe

SOCIale.

12. «Théorie informationnelle du

tion, Paris. 1968, vol.

1,

nO

1,

p.

22-29.

schéma »,

dans Schémas et schématisa-

142

Le

perC;u et le nornmé

riellement - le schéma et la caricature : s'ils sont parfois plus «parlants» qu'une figuration détaillée, c'est paree qu'ils évitent le risque de noyer ces traits au mílieu des autres et d'en retarder ainsi le repérage ; au contraire, l'image fouillée devient parfois image-fouillis. Les traits que retient le sehéma - ou du moins le schéma figuratif, car il y en a aussi d'autres (diagrammes, etc.) - corres-

pondentexactement aux traits pertinents des codes de recon-

naissance fort bien décrits par Umberto Eco qui en cite divers exemples u. D'autres pourraient etre empruntés a la caricature:

des bras levés au-dessus de la tete, une haute taille, et c'est assez pour que nous reconnaissions de Gaulle; des sourcils brous- sailleux un visage arrondi, et c'est le président Pompidou ; dans certains dessins comiques, ji suffit qu'un personnage presente deux protubérances d'un coté et deux de l'autre, censées fi~urer les seins et les fesses, pour qu'on comprenne «~emme » (11 est. inutile de dire ce qu'un tel choix des traits pertinents doit a une idéologie a la fois misogyne et maternaliste, assez cara:té- ristique du monde ou nous vivons ; les codes sonl des machmes formelles, mais c'est justement comme telles qu'elles ont un contenu historíque et social; dans cet exemple comme dans d'autres, l'opposition de la forme et du contenu mene a une impasse).

,

,

Ainsi le,. schématisme déborde de beaucoup la schématisa"

~~i~~~~~.~f~1t~~~¡I~~r:~~~~4tlf~~~g~(.s~~~~~f":~~~i~~

prefiiéhtdíts}:Leprell1ier est1iiCéüñrfaíre·un príncipe ~ental, perceptif et socio-linguistique de portée tres général~, '}:UI rend possible la compréhension des schémas comme aUSSI bIen celle des images détaillées a fort degré d'iconicité et cel~e de.s sl.'ec- tacles de la vie réelle. En dehors meme de toute schematIsatlOn, c'est paree que certains traits sensibles importent seuls a l'iden-

13. In

«Sémiologie des mcssages visuels », op. cit., partie de· La struttura

:

«Nons sél~c­

assente traduite daD s Communications 15. Par exemple, p. 16

)

),

et

pour dessiner un zebre, il

sera plus

tionnODs les aspects fondamentaux dü perS(u d'apres des codes de reconnalS-

sanee: quand, an jardin zoolo&ique, nous voyaDs de loin un, zebre,.les éléments que nous reconnaissons immédlatement (et que notre roémolre retIent) sont les

rayures, et non la silhouette gui r~ssemble vaguement acepe. de l'ane on dn

muleto (

uadrupedes connus soient le zebre et l'I~yene, et ou sOlent lll~onnus chevau~, lnes, mulets : pour reeonnaitre le zebre, 11 ne sera pas née,essalre de p~rc~vOlr

des rayures (

Mais supposons qn'Il eXIste une eommunauté. afrI~alOe on les seuls

~mportant d mSlster

sur la forme du museau et la longueur des pattes, pour dlshnguer le quad~- Me représenté de l'hyene (qui a elle aussi des rayures : les rayures ne eonstl-

fnent done pas un faeteur de différenciation). )}

Le

per~u et le

nommé

143

tification, .que des occurrences visuelles différant par tous leurs a.utres t;aIls p,euvent .etre per<;ues comme des exemplaires mul- tIple.s d un m?me obJet, et non comme des ob.i·ets distincts. Si

~ess.ms ~nt en commun de comporter les traits défini-

100res de lobJet vIsuel elef (= une tete et une tige, un ccrtain t:v:p~de dentelures, etc.), ils peuvent par ailleurs, et sans ineon- v~n~entpO,ur la permanence socio-taxinomique de l'item «cIef », dIffere: tres largement par leur taille, leur couleur, le diametre de la tete, la profondeur des échancrures, etc. Dans la perception ordinaire, ou dans ceHe des images for- te:ner: t figurative~,c'est le sujet social, le spectateur, qui fabrique

lUl-meme ler;~í<b¡:.¡¡;Vk2Pc~rc.sgll§tmcti911 mentale d~s traUs non-

pl?SIeUrS

,tiJi~~ftti~~~~~~Z[~:~tfiltl~~~ii~flf~~~~~i~~~~~iPI~;Yl

§9lJS~~c;tion;!lLen~aInateria:IisaÍi1JLa différence, c'est que le

processus d abstractIon et de cIassification - la «soustraction»

la réception, dans l'autre

au Ulveau de la confection ; la, il est absent du stimulus mais réintroduit par l'acte perceptif, ici il est intégré au stimulus artificiellement construit H.

- in~ervient dans un cas au niveau de

EXCLUSIONS

ET

INCLUSIONS

PEHCEPTIVES

, .Cest enc,ore le sché:natism~, et de fa<;on plus générale 1 eXIstence meme des tralts pertments et des classes d'occur- rences, qui est responsable d'une particularité structurale assez frappante: commune aux découpages perceptifs el aux décou- pages lexlCaux : deux «objets» peuvent etre incIus l'un dans l'au.tre tout en continu.an.t par. ai~leurs a compter chacun pour un Item auto~ome et dIsbnct, SI bIen qu'on ne saH plus s'ils sont ou non de meme rango En termes de théorie des ensembles on dirait qu'il s'agit de deux ylasses qui entretiennent a la 'rois des relations d'exclusion et d'incIusion. Ainsi des sémemes (et des objets visuels) aufomobile et roue : la roue est une partie d; l'automobile e.t ~ourl'aitetre mentionnée a l'articIe « automo- bIle » dans un dlCtlOnnaire des nominations iconiques, mais la roue est aussi une. unité a part entii~re de meme «rang» que l'automobile, et notre dictionnaire lescomporterait toutes deux comme des enfrées ex.térieures I'une a l'autre et de niveau égaL eette apparente bizarrerie, qui se constate de fa<;on géné-

J'avais été a.m~né a distipguer deux eus exactement semblables, p. 207-

réeiscr

la tradl~lOnnelle eomparalson ~nlre l'lmage emématographique ¿t l'idéolramme. Je noUl.ls que, d~.ns l~ premlere, ~'est le s:pectateur ql1í «faH» lui-mcme le

sehéma, al.ors

dans eertallles de ses formes, notamment le plctograrnme el le morphogramme.

209 a 4 .

e .Lpngage et cwemq ropo cIt.), ~n repr<;nant et en m'cffor ant de

qu ¡} 1m est propose tout falt. dans le sccond, Ol! en tout eas

144

Le perc;u et le nommé

rale et permanente, tient a la natnre foncierement classificatoire et «arbitraire» des nominations. Lórsque I'objet anquel on a

a faire est l'antomobile (l'antomobile vue ou dite), la roue

n'intervient que comme trait de reconnaissance, an meme titre que le volant par .exemple. Mais 1'0bjet auquel on a a faire, dans d'autres circonstances de la vie, peut etre la roue elle-meme (ainsi en cas de crevaison et de réparation) : c'est elle, alors,

qni fonctionne comme objet reconnu, ou a reconnaltre, et qúi comporte a son tour des traits de reconnaissance (= forme extérieure circnlaire, repérage d'un «centre» et d'une structure radiale, etc.). En somme, un seu) et meme élément mat'Í.¡;j~Lp¡gut opérer

<~~'":c'<'>\<"",',,,~--':,'40:

~~W~~fl;~~ecl1~~i~~~~~~J~~~:~~~1~a\~~i~tt~ffir;n0~

idéirtíficandum »): Cónstarnment, des objets qu'il fatit 'i-econ- naItre servent a en reconnaltre d'autres. Selon les exigences multiples et diverses de la pratique, la perception et le lexique

se réservent le droit de regrouper autremeut leurs traits de base,

en des «paquets» variables par leur contenu et par leur taille ; mais tout paqnet qui apparalt de fagon un peu stable et fréquente

est un objet, et les objets sont tons a égalité comme objets, meme si l'un est susceptible de se «perdre» parmi les traits de l'autre dans les occasions - et sculement dans les occasions

- ou le second reste un objet tandis que le premier, cessant un

moment de l'etre, se contente de participer au découpage du second. C'est pourquoi i! n'existe jamais, a proprement parler, d'objets q1!t~9ien,tjndus dans d'autres : ce que 1'0n trouve,

ce sont de~?l!i~p;iE1it~fsémantiques et perceptifs) que le code faH

jouer tant'b'f,é¿oilihi¡§l des objets et tantót comme des parties d'objets, puisque de toute maniere ce meme code dispose souve- rainement de la liste des objets, et pas seulement de ceux d'entre eux qni ont des éclipses.

Langue/perception : leur double relation, intercodique et métacodique

Les réflexions qui précedent montrent que. la correspon- dance entre vision et Iangne s'établit a deux niveaux différents :

d'une part entre les sémemes et les objets optiquement identi- fiables, d'autre part entre les semes et les traits pertinents de reconnaissance visuelle. La portée de eette dnalité mérite d'etre examinée un peu plus longuement.

Le perc;u et le nommé

LE TRANSIT PAR LES SIGNIFIÉS

145

Dans la mesure ou les sémemes correspondent aux objets optiques (ou vice versa), le transit intercodique - l'articulation réciproque du code lingnistique et du code perceptif - passe par les deux signifiés. Le sémeme, dans la langue, est une unité spécifique du plan du signifié; pour l'activité perceptive, l' « objet» est également un signifié : signifié déja trouvé s'i! s'agit de l'objet une fois reconnu, signifié recherché Iorsque 1'0bjet est ressenti comme identifiable (c'est-a-dire comme étant un objet) mais n'est pas encore identifié. Dans le code de la reconnaissance visuelle, le signifiant n'est jamais l'objet (repéré ou soupgonné), mais 1'ensemble du matériel grace auquel on le repere ou on le soupgonne : formes, contours, tracés, ombrages, etc. : c'est la substance visuelle elle-meme, la matiere de l'expression dans le sens de Hjelmslev. Si 1'0n considere les correspondances entre la langue et la vision comme résultant d'un processus social de production intellectuelle qui consiste .iustement a les établir de fayon active, le transit par les signifiés représente le niveau terminal, direc- tement observable, le produit final de ce processus d'ensemble. Grace aux traits pertinents du signifiant iconique, le sujet idcn- tifie l'objet (= il établit le signifié visuel) ; de la, il passe au sémeme correspondant dans sa langue maternelle (= signifié linguistique) : c'est le moment précis de la nomination, du fran- chissement de la passerelIe intercodique ; disposant du sémeme, iI peut prOfl'oncer le mot ou le lexeme auquel se ratlache ce sémeme : iI peut produire le signifiant (phonique) du code lin- guislique. La boucle est ainsi bouclée. Elle peut aussi etre parcourue dans I'autre sens, depuis le signifiant phonique jusqu'au repérage perceptif, au sein d'un spectacle visue! complexe, qe 1'objet correspondant et donc des traits opliques pertinents ; óu encore (en l'absence de tout «sti- mulus », réel ou iconique) jusqu'a l'évocation mentale de ¡'objet, c'est-a-dire de nouveau de ses traits optiques pertineuts. Ces deux opérations sont tres courantes dans la vie quotidienne, au point que 1'0n n'y pense meme plus. Pourtant, sans elles, on ne saurait comprendre comment i! se peut que, si je dis a un ami «Passe-moi le taille-crayon qui est quelque part sur la Jable », iI arrive en effet a le trouver et a me le donner -, comment iI se peut, anssi, que si 1'on me déclare « Ma s,,"ur porte des luuettcs de soleil », je sois capable de me représenter en esprit un objet- lunettes meme si la sceur de mon interlocuteur est abscnte et que j'ignore Jout du modele exact de luneUes qu'elIe porte. Lorsque le trajet va du signifiant perceptif (traits de reCOll-

146

Le

per~u et le nommé

naissanee) au signifiant Iinguistif\l}~,í~wi;s,§lpn phonique, elle aussi réelle ou mentale), e'est la ~'iwI~ª,11~I1'¡proprement dite ; lorsqu'i1 va du signifiant linguistique-úu- signillant vis~.eJ'.c!:pmme dans les exemples pris a l'instant, on a affaire a une~fs1!:alis.aUºª:.·f qui est l'inverse et l'inséparable eorrélat de la nominatíí:m (e'est bien pourquoi ce dernier terme, dans un sens un peu plus large, peut sans íneonvénient désigner le phénomime d'ensemble índé- pendamment de son orientation dans ehat¡ue eas). Le point eommun anx deux orientations, e'est que le passage dn linguis- tique an pereeptif, on vice versa, a lieu au niveau des deux signifiés respeetifs, sémeme et objet :

,

,

,

,

I

I

I

I

SIGNIFIANT LlNGUISTIQUE

Emissíon phonique du "rheme"

SIGNIFIANT VISUEL

(Formes, contours, etc.)

avec ses Ira'lts. pertinents

(Formes, contours, etc.) avec ses Ira'lts. pertinents SIGNIFIÉ VISUEL O b j e t r e
(Formes, contours, etc.) avec ses Ira'lts. pertinents SIGNIFIÉ VISUEL O b j e t r e
(Formes, contours, etc.) avec ses Ira'lts. pertinents SIGNIFIÉ VISUEL O b j e t r e
(Formes, contours, etc.) avec ses Ira'lts. pertinents SIGNIFIÉ VISUEL O b j e t r e

SIGNIFIÉ VISUEL

Objet reconnaissab!e

I

I

Code perceptif ICode linguistique

I

,

I I

TRANSIT INTER·COOIQUE OBSERVABLE

SIGNIFIÉ LlNGU1STIQUE

Sémeme désignant ¡fobje!

Aussi longtemps qu'on le considere sous eet aspect, qni n'e.st pas le plus profond maís qui a sa réalité propre, le rapport entre lexique visuel et pereeption visuelle reste de l'ordre du transeo- dage ordinaire. Comme trait définitoire de ce dernier, je propose de retenir le fait du transit par les sígnifiés. Le transeodage est une opération socio-sémiologique fort eommune ; sa forme la plus typique est la traduetion : sous-eas de transcodage ou les deux codes sont des langues.

Le transit par les signifiés n'est pas une partieularité empi- rique ou un fait exeeptionnel ; il repose au eontraire sur une donnée permanente et fondamentale : si les divers eodes en usage se distinguent les uns des autres - s'i1s son! plusiellrs, tout simplement-, e'est par la matiereet l'organisationinterne de leur signífiant (eodes visuels, eodes auditifs, etc.), ou bien par son organisation senle lorsque la mali"re est identique (exem- pIe: la pluralité des langues), et done de toute fa90n par I'orga- nisation de leur signifié (= «forme dn eontenu» ehez Hjelms-

Le per¡;u et le nommé

147

ley), puisqu'elle est le eorrélal direet ou índireet" de eeHe du signifiant ; mais ce n'est pas par la matiere du siguifié (<< mati"re du eontenu »), quí est eommune a tous les codes et t¡ui esl tou- jours le «sens », l'étoffe sémantique : aussi le sens constitue-t-il la passerelIe intercodique universelIe. On peut «embrayer» d'un code sur un autre lorsque deux unités de forme du signifié, appartenant respectivement a chacun des deux (et qui ne sont donc jamais tout a fait superposables) occupent néanmoins une position assez voisine dans la matiere du signifié (ou, eomme on le dit plus couramment, «ont a peu pres le meme sens») :

ainsi lorsque le traducteur, partant d'un mot de la langue-source, est a la recherche d'un « mot ét¡uivalent» dans la langue-ciblc. En somme, il existe bien un niveau des relationsentre codes quí autorise toujours a dire que le passage s'effectue a travers les signifiés.

LA

REPRÉSENTATION

COMME MÉTALANGAGE

Mais dans beaucoup de cas, el notamment dans celui qui nous occupe, ce niveau u'est pas le seul ni sans doute le plus importan!. Certaines reIations intercodiqnes sont bien plus que des transcodages (sans cesser d'en etre). Le rapport entre la langue et la pereeption est tres différent de celui qni unit deux langues (= traduction), car eette fois les deux codes n'ont plus un statut sémiologit¡ue identique et n'oeeupent plus la meme place daus le processus général de la socialisation. Face a tous les codes non-linguistiques, et faee a eIle-meme quand il le faut, la langue est en position de métalangage :

métalangage non-scientifique universel, «équivalent majeur» échangeable contre tout autre code, comme l'argent contre toul

15. Direct lorsque chaque unit~ de forme du signifié correspond a une unité de forme du sigmfiant, sans que l'une ni l'autre ait ensuite d'articulations internes propres (= codes de type «symbolique» chez Hjelmslev). Indirect

dans

le

cas

contraire

(=

codes

«linguistiques»

flU

sens

large,

formés

de

«signes»

et

non

de

symboles),

lorsque

le

plan

du

signifiant et

le

plan

du

signifié ont chacun leurs «figures» (unités plus peHics que le signe), qui ne

50nt pas isomorphes les unes flUX autres ; ainsi, l'organisatioll interne du signifié n'est pas le décalque de eeHe du signifiant. Elle en dépend pourlant (d'oú mon expression de «corrélat indirect»), car la forme du signifiant et eeHe du signifié eontinuent a eOlncider au niveau du signe, quitte a diverger ensuilc au niveau des figures. Dans eette conception, le symbole est done un signe sans figures (ou le signe un symbole avec figures). Les langues propl'ement dites sont le méilleur exemple de systeme du type «Jjllguistique» (avcc figures) : il n'y a pas de correspondance bi-nnivoque entre les phonemes ou

les traits pboniques (figures du signifiant d'nn

si,gnifié de ce me me signe. -

menes a une lhéorie du langage, traductioll frnn<;aise d'un ouvragc danois de

1943, Paris, Ed. de Minuit. 1968. - La distinetion hjelmslévienne des systemes symboliques et des systemes linguistiqnes est plus connue sous le llom de «systemes symboliques/systemes sémiotiques », OH «systemes symholiqncsl Jangages» (qui figure d'ailIeurs chez l'autenr).

signe)

et

les

semes, figures

139-153, des Prolégo-

du

cr. Hjelmslev, chapo 21, p.

148

Le perru el le nommé

autre bieu. Il y a aussi des métalangages scientifiques (langages formalisés, notation mathématique, chimique, etc.), mais c'est encore la laugue qui sert a les introduire, a les expliciter préala- blement, a définir leur champ de validité; el dans d'autres domaines, la langue elle-meme, une fois soumise a un travail spécifique qui la transforme en terminologie, c'est-a-dire en théorie, fournit direclement le métalangage scientifiqne hors de toute notation spécialisée, ou en n'en prenant une qu'a titre d'auxiliaire intermittente ; ce métalangage consiste alors en un eorps d'énoncés linguistiques, il se confond avee le discours meme de la scienee. Ainsi la voeation métalangagiere de la langue, universelle au niveau non-scientifique, est encore tres affirmée au niveau scientifique ; les deux ehoses vont de pair, e! les classifieations sociales courantes sont d'ailleurs des sciences a leur maniere : e'est le probleme de la «pensée sau- vage », si bien posé par Lévi-Strauss (et toute société est une société de sauvages, tout homme est l'indigime d'une culture). Si la langue est le principal métalangage, c'est évidemment paree qu'aueun autre code n'est lié aussi étroitement qu'elle a la eommunication sodale quotidienne ainsi qu'a une eertaine forme (abstraite, explicite) de la pensée, qui n'est pas la seule mais qui est par nature la plus apparentée aux opérations de métalangage. Tous les sémiologues ont noté que la langue, par rapport aux autres eodes, occupe une position dissymétrique et priviJégiée" en ce qui concerne l'extension quantitative de la matiere du signifié (le champ total des « ehoses que l'on peut dire ») : la langue peut dire, meme si e'est parfois avec approl\i- mation, ce que disent tous les autres codes, alorsque l'inverse n'est vrai dans nulle mesure (iJ n'existe par exemple aucun degré d'approximation, fUt-il eonsidérable, a partir duquel on pourrait admettre qu'un chant de pipeau ou un jeu de couleurs es! capable de «dire» ee que di! une phrase meme tres simple,

comme Le train est arrivé <i Lyon avec trois guarts d'heure de

¡ ,

Chaque code «occupe» une partie, et une partie seule-

ment, de la matiere sémantiq·ue totale, e'est-a-dire de l'ensemble

1. des assertions Esotciallcmlent posstiblles, adlors quel' la ~atr:gue lels 1 oceupe toutes. < n re a angue e es co es non- mgms lques, e

retard).

I

16. cr. par exemple Elllile Benveniste, «Sémiologie de la langue », dans Semiotica, Revue de l'Assoeiation internationale de Sérniotique, La Haye, Mou-

ton, r, 1, 1969, p. 1-12, et l, 2, 1969, p. 127-135 : la langue est le seul systeme sémiotique qui soit universeUement «interprétant» (p. 130-131 du r, 2). - La meme idée figure dllns toute l'reuvre de Hielmslev, et notarnment p. 178, 179

de

guage»). cours profess.é a l'Université d'Edimbourg, traduction fran~aise en

«La structure fondamentale dll langag'e» (<< Structural Analysis of Lan-

a 227) a ceHe des Prolégomfmes a une théorie du langage,

París,

sont

des

annexe

(p.

Ed,

173

de

Minuit. 1968. Les

différents

codes

<'lutres

que les

langues

«langages restreints. ». les langues des

« langages

non restreints ».

». les langues des « langages non restreints ». Le per9u el le nommé 1 4

Le per9u el le nommé

149

quantum de «traductibilité» s'équilibre assez mal et penche largement d'un seul cOté. Cet avantage d'extension sémantique est également pour beaucoup dans le sta tu! social de la langue

comme commentatrice universelle.

tu! social de la langue comme commentatrice universelle. L'une des conséquences les plus notables de cette

L'une des conséquences les plus notables de cette situation dans la vie de chaque jour (perception courante, déchiffrement des nombreuses images qui s'offrent au regard dans les villes . modernes, conversations spontanées a leur sujet, etc.), c'est que I! la langue fait beaucoup plus que transcoder la vision, que la

traduire ·en un autre signifiant de meme rang (que la «verba- liser », comme disent parfois les spécialistes de la pédagogie ¡I, audio-visuelle) : elle l'accompagne en permanence, elle en es!

:I.

(

\

i

la glose continue,. elleI'e"xQrí'iiie;eI1e-:-l'e,ltPY~l!~,Alali[liitgeUe

i

'Te{feCffie:quecesólt a haute voix?u

mñesíque. du

si?nifiant PhonétiqUe.«Bal;'iel'd;;il¡iIIJ.ag~, 2'e~t"h •.~

ii!~~;t!~~!~~~~~~fr,~~:s~1~:~~~;~:~~~~:JI:.~:~~c~~:~~:~l·r

acheve la perception autant qu'elle la traduit ; une perception \ insuffisamment verbalisable n'est pas pleinement une perception, au sens social du mot. Si je dispose mentalement d'un sémeme (hélicoptere par exemple) e! que je ll'arrive pas a dessiner l'objet correspondan! SUr ma feuilJe de papier, il ne s'agit que d'une maladresse acci- dentelle, je suis quelqu'un qui «ne sait pas dessiner », et uul ne me soupqonne d'ignorcr ce qu'est un hélicoptere. Mais si l'hélicoptere est dessiné sur une autre feuille e! que je n'arrive pas a le nommer - ou en tgut cas a trouver le sémeme, a défau,t du signifiant phonique, comme lorsqu'on a le mot «sur le bout de la langue» -, la situa!ion, inversée de cent quatre-ying!s dégrés, devient beaucoup plus grave : je n'ai pas compris le dessin, j'ignore réellement ce qu'il est, jc suis incapable de le faire exister (du moins au plan de la représentation, seu! ,envi- sagé tont au long de cette étude). La langue n'es! pas seulement un autre code, elle es! le métacode.

J

'

TRANSCODER/MÉTACODER

: RAPPORTS DES DEUX OPÉRATIONS

Il faut done distinguer la relatioll métacodique (relation d'un métacode a son code-objet) de la relatioll intercodigl1e qui unit deux codes situés sur le meme palie!., c'est-a-dire dont cha-

150

Le

per~u et le nommé

cun peut fonctionner a l'occasion comme «interprétant» de l'autre, mais a titre toujours réversible. Dans la relation métacd- dique, le transit par le signifié (ou s'exprime l'égalité de statut des deux codes) n'est pas le principal. On sait depuis Hjelmslev" b" que le signifié du métacode s'articule sur le total signifiant- signifié du eode-objet ; e'est la une autre sorte de transit, de type dissymétrique, qui engage, en plus des deux signifiés, un signifiant et un seul (celui du code-objet). Quant au signifiant du métacode, il eonstitue, dans cette strueture «décrochée» aujourd'hui bien connue, la partie qui «dépasse», ceHe qui parle le code-objet tout entier ; ainsi, dans un exposé oral, les émissions phoniques de la langue frall(;aise me servent-elles a décrirc les signifiants et les signifiés dn code iconique :

Signifié du

Signifiant du

 

code.objet

code·objet

Signifié du métacode

Signifiant du métacode I

La relation intercodique simple pourrait au contraire etre représentée de la fac;on suivante :

ISignifiant du cade X

Signifié du cade X

 

Signifié du cade Y

Signifiant du code Y I

Senls les signifiés assurent le contaet entre les deux codeso Les signifiants «dépassent» tous les deux, chacun peut «tra- duire» le signifié de l'autre ; la dissymétrie s'abolit.

Ces rappels théoriques trouvent une illustration frappante

\ dans le probleme qui nous occupe. Evoquant la taxinomie cultu- relle des objets visibles, A. J. Greimas considere que les traits

16 bis. Chapitre 22 (<< Langages de connotation el métalangages ») des Prolé-

fhéorie du langage.

gomenes a une

Le

per~u et le

nommé

151

pertinents dn signifiant iconique (= traits de reconnaissance chez Umberto Eco) coincident avec ceux du signifié linguistique, c'est-a-dire avec les semes du sémeme ". Cette proposition mc parait etre de grande importance. On pourrait reprendre icí, mais dans une perspective de sémiologie visuelle et non de purc linguistique, l'analyse que fait Greimas, ailleurs ", du mot fran- c;ais «tete» dans une de ses aceeptions (= objet matériel) ; on se permettra de la simplifier un peu, pour abréger l'exposé. Greimas releve dans ce sémeme quatre semes : exfrémité (d'un objet plus vaste), extrémité discontinue (= culturellement res- sentíe comme distinc!e du reste, que l'on appellera volontiers le «corps»), extrémité «supérative » (= supérieure eUou anté- rieure), extrémité sphérique (ou en tont cas «renflée»). Ce sont quatre traits pertinents du signifié linguistique. Mais ce sont aussi - et a ce point les deux choses se confondent - quatre traits pertinents du signifiant iconique : si dans un film ethnographique nous apercevons un objet qui nous est inconnu (arme de chasse, par exemple, ou instrument de musique), el si cet objet présente a son extrémité antérieure une partie dis- tinete de forme arrondie, nous n'hésiterons pas a la percevoir comme la «tete» de cet ustensile d'ailleurs impossible a iden- tifier plus avant ; tout ce que saura nafre regard, c'est que I'une de ses parties consiste elle-meme en un objet connu, une tete. Les quatre semes correspondaient donc a quatre caracteres phy- siques (optiqnes) du signifiant visuel, c'est-a-dire de la «tache» visible que formait sur l'écran la photographie de cette tete. - De meme, nous reconnaissons une «maison», que ce soit dans une image ou lors d'une promenade a la campagne, grace a certains traits perceptifs séparables de l'ensemble ; la silhouette que nous avons sous les yeux évoque un obj et qui a été construit par I'homme, elle comporte plusieurs murs, elle a un toit, une porte, etc. Or, ces différents caracteres sont aussi les semes du mot «maison» dans I'une 'de ses acceptions (= édifice).

RETOUH DU SIGNIFIANT

II se confirme ainsi que l'articulationentre les taxinomies de la vue et la partie visuelle du lexique, au seill d'ulle meme culture, s'établit a deux niveaux a la fois : entre les signifiés respeetifs (objet et sémeme) pour autant que I'on considere la relation intercodique ordinaire, la simple «traduction», la liste terminale des correspondances de surface -, entre les traits

17. «Conditions d'nne sémiotique du monde naturel », op. cit., p. 9. 18. Sémantique structurale, op. cit., p. 43-50.

152

Le

per~u el le nommé

pertinents du signifiant (du cóté du code-objet) et ceux du signifié (du cóté dn métacode) 10rsque1'on envisage le classement culturel des objets comme une opération active de type métaco- dique dont l'essentiel se joue a travers des unités plus «petites» que l'objet-entier et que le sémeme-entier, en de<;a de la nomi- nation concrete qui n'en est que le résultat : lorsqu'on le con<;oit comme production historique de cette nomination, production dont la ¡angue, commentatrice universelle, vient dire la loi et les partages, hien qu'en derniere analyse elle soit elle-meme, comme le monde visible,entierement informée par les forces sociales. Dans le tabIeau qui suit, on a essayé de représenter cette double relation de la langue et de la vue. On constate que les deux versants du code-objet (signifiant et signifié) s'articulent l'nn et l'autre sur le signifié du métacode et sur lni seulement ; le signifiant du métacode, formé de séquences phonétiques qui désignent les nnités perceptives, n'a aucune relation directe avec le code-objet ; il ne pent que le «parler » globalement et comme de l'extérieur, par l'intermédiaire de son signifié propre, dn signifié métacodique :

ISIGNIFIANT LlNGUISTIQUEJ

Séquences phoniques

SIGNIFIÉ LlNGUISTIQUE

¡Sémeme)

avec ses traits pertinents

(Sernes)

SIGNIFIANT VISUEL

(Formes,contours,etc. )

avec ses traits pertinents

corresPOndo

é'inCes

entre tra1ts

prOfOfldes

Pertlnents

SIGNIFIÉ VISUEL

Objet reconnaissable

1 Correspondan ces de SUfface

I

entre unités globales

Des objets aux actions

On n'a parlé jusqu'ici que des « objets ». Mais il existe aussi des «actions» visuellement reconnaissables. Le probleme de la nomination va alors se déplacer du substantif vers le verbe, au moins dans nos sociétés et dans nos langues ou le nom et 1", verbe, l'objet et l'action, sont nettement distincts. A cctte réserve pres, le principe d'analyse reste le meme. Ainsi, dans un film dont les images sont confuses et peu Jisibles, il nous suffit de quelques traits optiques nettement repérables pour percevoir que quelqu'un a dí't lancer quelque chose. En cet exemple, il me semble que les traits pertinents de l'action perceptible, et du lexeme «lancer» dans l'acception correspondante, sont au

Le

per~u el le nommé

153

nombre de denx (décompte minimal qne d'autres mises en para- digme viendraient allonger) :

- Objet matériel qui s'éloigne du corps de la personne (oppositíon avec «recevoir », «elre atteint par », etc., dans les- quels l'objet se rapproche).

- Action musculaire de la part de la personne (opposition avec «laísser échapper », «laisser tomber », «perdre », etc., 011 I'objet s'éloigne aussi mais ou la personne est passive). Il est clail' que l'analyse devrait etre poussée plus loin. Il faudrait commuter, de proche en proche, avec une bonne partie des verbes fran~ais de mouvement, avec I'organisation d'ensemble dn monde visuel (ou au moins des principales unités gestuelJes) dans les sociétés qui parlent fran~ais. Par exemple, les deux traits que faí retenus comme les plus immédiatement frappants en pré- supposent deux autres par relation implicative : «obje! maté- riel» ou du moins inerte (icí, le projectile), dans son opposition avec un «etre animé» (personne, animal) ou meme avec nn autre obj'et matériel mais con~u et per~n comme « actif» (nne catapulte peut aussi lancer quelque chose).

Les bruits - Les objets souores

La perspective qui est ici proposée peut également s'appli- quer au monde sonore (= brnits reconnaissables) et au secteur correspondan! du lexique. Cet aspec! du probleme est particu- licrement important dans le cas du cinéma sonore (qui est a notre époque le cinéma tou! court), de la télévision, de l'émission radiophonique, etc. Pourtant, iI a été jnsqu'ici beaucoup moins étudié, car notre civiJisation accorde un for! priviJege au visuel et ne porte attention a la spMre auditive que 10rsqu'i1 s'agit des sons du langage : pris entr~ les deux, le «bruit» est souvent laissé pour compte ". Comment expliquer que dans la bande sonore d'un film de paysages, ou dans le bruissement confns d'une fore! 011 nous marcbons, nous soyons capables de reconnaitre et d'isoler un clapotis, meme si nous en ignorons l'origine et meme si nons identifions comme clapotis, d'nne occasion a I'autre, des bruits qui different beaucoup par ailleurs ? Il faut admettre que le clapotis existe comme objet sonore autonome, avec les traits

19. Une apinion tres répandue vent qnc le privilege du laugage phoniquc ahoutisse dans notre civilisation a un sous-dévelop,Pement de la richesse

la

richesse sonore des

faH méme que ce dernier a lni aussi un signifiant d'ordrc auditif ,1

«bruHs », tres directement concurrencée par le langage <lu

visuelle. Et ce n'est pas

faux. Mais combien

plus vra¡

pour- ce

qui

est de

154

Le pert;u et le nommé

pertinents de son sígnífiant acoustíque quí correspondent a eeux du sígnifié linguistique, aux semes du sémeme «cIapotis ». Quatre d'entre eux apparaissent assez vite, qui résultent des commulations les plus «proehes» :

- Ce bruil esl relativement faible (opposition avee «vacarme », «hurlement », «fraeas », etc.).

«sÍffie-

ment », un «bruit de fond» ne l'esl paso

- Il est acoustiquement «d'ouble », ou en toul cas non-

simple, si l'on entend par la que chacune de sesémissions se

décompose au moins en deux sons successifs : / - - /

(A cel égard, les deux premiers phonemes du signi-

Il

est discontinu,

-

alors

qu'une

«rumeur »,

un

/ - - /

/ - - /

fianl linguistique, c-l-apolis, peuvent etre considérés comme

onomalopéiques.) La commutation montre que d'autres bruits

identifiables ne présenlent pas ce caractere et que ehacune de

leurs émissions est «simple» ; aínsi «détonation», on encore

« coup» et «choc» dans leur acception auditive. Cest l'oppo-

sition du FLOC el du TAC '"o

- Ce bruit est ressenti comme «liquide », ou comme pro-

voqué par un liquide ; cf. au contraire «froltement» ou «racle- menl» dans leur sémeme auditif, qui préseute le lrait «solide», ou bien« chuintement» el «siffiemenl », avec le lraí! «gazeux». Ces qualre lraits, et tous ceux du meme genre que foublie, sonl slrictemenl communs a la p,erception auditive et a la langue ; il n'y aurait aucun sens a se demander s'ils définissenl le clapotis comme bruit caractérístique ou le mol fran<;ais «c1a- potis », puisque ce bruit et ce mot n'existent que l'un par l'autre. Nos quatre traits sont constitutifs du niveau d'articulation on les deux choses cOlncident,en vertu du statut métacodique de

la langue.

ABAISSEMENT IDÉOLOGlQUE

DE LA

DIMENSION

SONORE

Il y a toutefois une différence entre le visuel et le sonore dans leur définition culturelle. Lorsque fai reconnu un «lampa- daire» et que je peux le nommer, l'identification est terminée et tout ce que je pourrais ajouter serait de l'ordre de l'adjectif ou des déterminants. Au contraire, si fai distinctement entendu un «c1apotis» ou un «siftlement », et si je peux le dire, je n'ai que le sentiment d'une premiere identification, d'un repérage encore incomplet. Cette impression disparait seulement lorsque fai reconnu qu'i! s'agit du clapotis d'une riviere, ou du siffiement

20. Les onomatopées, qui font exception a l' «arbitraire» de la signification

seul cns ou il existe un lien direct entre le signifiant

du métacode (langue) et l'ensemble du code-objet (code perceptif). POUf les cas de ce genre, ou apparait une «motivation» du signifiant linguistiqlle, voir les importants travaux de Pierre Guíraud.

linguistique, représelltent le

Le per9u et le nornrné

155

du vent dans les arbres ; en somme, la reconnaissance d'un bruit conduit directement a la question «Un bruit de quoi ? ». Au premier abord, i! y a la quelque paradoxe, puisque les sémemes de l'identification initiaIe «< siffiemenl >, «chuintement », «frot- tement », etc.) correspondent a des profils proprement sonores alors que ceux de l'identification finale (le vent, la riviere), qui n'ont rien d'auditif, énoncent la source du bruit et non le bruit lui-meme. Dans la langue comme métacode des bruits, l'identification la plus achevée est évidemment ceUe qui désigne a la fois le son et sa source «< un grondement de tonnerre»). Mais si l'une des deux indications doit clre supprímée, il est curieux de constater que c'est ecHe de l'objet sonore lui-meme qui peut l'etre av,ec le moins de dommagepour le degré global de reconnaissance. Si je per<;ois uu «grondement », sans autre précision, i! subsiste quelque mystere et comme un suspense (les films de terreur el d'épouvante ne manquent pas de jouer la-dessus) ; l'identifi- cation esl seulement ébauchée. Si je per<;ois «le tonnerre» sans preter la moindre atteulion a ses caracteres acoustiques, l'iden- tification est suffisante. On répondra peul-etre que l'exemple est tendancieux, car le tonnerre est un objet qui n'est ríen d,autre que sonore (ainsi, on ne peut pas le voir, c,est l'éclair que 1'0n voit). Mais la silua- tion reste la meme, avec des objets qúi ne s'épuisent pas dans leur bruil. Si je fais aUusion au «vrombissement d'une méca- nique », mon interlocuteur considere qu'i! ne sait pas tres bien de quoi je parle (= «QueUe mécanique ?») ; j'ai pourtant été précis dans la classification du bruit ; mais je suis resté vague dans ceHe de la source. Il suffit que j'inverse mes axes de pré- cision, que je dise «Cest un bruil d'avion a réaction », pour que chacun estime que je .me suis exprímé clairement, et se sente satisfait. A partir du moment on la source sonore est reconnue (= avion a réactidh), les laxinomies du bruit lui-meme (vrombissement, siffiement, etc.) ne peuvent fournir, au moins a notre époque et sous nos latitudes, que des précisions supplé- mentaires et ressenties comme non indispensables, de nature au fond adjectivale, meme lorsqu'elles s'expriment linguistique- ment par des substantifs : au niveau du discours, ou n,est plus tout a fai! dans la nomination, déja un peu dans la description.

*

* *

Idéologiquement, la source

meme

un

caractere.

Comme

sonore est un ob jet, le son lui-

i!

tout

caractere,

est

atlaché

a

156 Le per9u et le nommé l'objet, et c'est pourquoi l'identification de ce dernier suffit

156

Le per9u et le nommé

l'objet, et c'est pourquoi l'identification de ce dernier suffit a évoquer le bruit, alors que I'Ínverse n'est pas vrai. « Comprendre» une donnée perceptive, ce n'est pas en saisir exhaustivement tous les aspects, c'est etre capable de la classer, de la mettre dans une case" : de désigner I'objet dont elle est une occurrence. Aussi les bruits sont-i1s classés beaucoup plus d'apres les objets qui les émettent que d'apres leurs partages propres.

Mais cette situation n'a rien de naturel : d'un point de vue logique, le «;Yl'()])1J:¡isse])1eIjct » est un objet, un objet acoustique, au meme titre que la tulipe est un objet optique. La langue

en tient d'ailIeurs compte - ou du moins le lexique, a défaut du

discours -, puisqu'un grand nombre de bruits reconnaissables, ravalés cependant au rang de caracteres, correspondent encor·e

a des substantifs : c'est la une sorte de compromis, qui

n'empeche pas les traits auditifs de participer plus faiblement que d'autres au principe dominant de reconnaissance des objets. D'ailIeurs, lorsqn'on veut nommer le concept meme d:objet sonore, il est nécessaire, comme je viens juste de le falre et comme le font souvent les tenants de la musiqne dite concrete, d'ajouter au mot «objet» l'épithete sonore, alors que nulle précision n'est reqnise pour ce qne ron devrait logiquement appeler « objet visuel» : nous considérons comme évident qn'nn étendard est un objet (tout court), mais pour un hululument nous hésitons : c'est un infra-objet, un objet seulement sonore.

SUR

UN SUBSTANTIALISME

SAUVAGE

Il y a ainsi, profondément enraciné dans notre culture (et sans doute dans d'autres, mais pas forcément dans toutes), une sorte de substantialisme sauvage qui distingue assez strictement les qualités premieres, d'apres lesqueUes se détermine la liste

des objets (= substances), et les qualités secondes qui corres- pondent a autant d'attributs susceptibles d'etre rapportés a ces objets. Conception qui se reflete dans toute la tradition plliloso- pllique de l'Occident, a commencer par les notions de Descart,:s

et de Spinoza que reprenait la phrase précédente. Il est cl~lr

également que cette «vision du monde» a quelque cllose it falre avec la structure sujet-prédicat, partieulierement forte dans

les langues indo-européennes.

21. Dans le champ de la sémiolo$"ie, eette i<!-ée a ét~ dévdoppée de fac;on particulierement claire et démonstrahve par LUIS J. PrIeto, notamment dans

Messages et signaux, Paris. P.U.F., collection «Le linguiste », 1966; cf. :par exemple le chapo JI, «Le mécanisme de l'indication », p. 15-27 : toute indicatlOD est indication d'une classe, une classe n'a de sens que par rapport a la classe (ou aux classes) complémentaire(s) dans l'univers du dlseours qui est présup- posé en ehaque cas, etc.

Le

per~u el le

nommé

157

chez nous

d'ordre principalement visue! et tactile. Tactile parce que le toucher est traditionnellement le eritere meme de la matéria- lité ". Visuel paree que les repérages nécessaires a la vie cou- ranteet aux techniques de productiou font appel a l'<:eil plus qu'a tout autre sens (c'est seulement dans le langage que l'ordre auditif, eomme pour compenser, se trouve «réhabilité»). Le sujet es! trop vas!e pour etre utilement abordé ici. En revanche, il est possible de commencer it cerner des maintenant certaines qualités qui semblent bien etre «secondes» : ainsi les bruits, évoqués a l'instant, ou encore les qualités olfactives (un «par- fum» est a peine un objet), et meme telles ou telles sous-dimen- sions de l'ordre visue! comme la couleur ". Dans un magasin de vetements, si deux articIes sont de coupe indentique et se distinguent par la couleur, on estime qu'il s'agit «du meme' pull-over (ou du meme pantalon) en deux teintes» : la culture ressent la permanence de robjet, la langue l'affirme : seull'atlribut a varié. Mais si les deux articles ont la meme couleur et une coupe différente, nul ne dira ni ne pensera que la boutique lui offre «la meme teinte en deux vetements » (formule incorrecte, et non par hasard, dans laquelle la couleur serait en position de sujet grammatical) ; on décIarera plutO! que ces «deux vetements», ceHe écharpe et cetle jupe par exemple, «sont de ·la meme teinte» : l'énonciation remet la couleur a sa place, celle du prédica! : ce sont deux objets dis- tincts qui on! un atlribut en commun.

On peut penser que;cles,qualités;,premieres,

sont

LE

«SON-OFF»

AU CINÉMA

La répartition des qualités premieres et des qualilés secondes joue un grand role dans l'un des problemes cIassiques de la théorie du cinéma, celui du .'« son-off ». Oans un film, un son ·est considéré comme off (littéralement : hors de l'écran) lorsque c'est la source sonore qui l'est ; ainsi, on définit la «voix-off» comme celle d'un personnage qui n'apparait pas (visuellement) a l'écran. On oublie que le son lui-meme n'est jamais « off» : ou

22. J'avais déja été amené a eette reI?arque par. un tout, a,utre ehemin,

dans mon arUcIe «A propos de l'impress.lon

repris p. 13-24 du tome 1 des Essais sur la signzficat/On all cznéma, ParIs, Klincksieek, 1968; notamment, p. 18-19, 23. Ce n'est pas pour rien que le film sanso couleurs, le film en noir et blanc, a été «possible» (culturellement, par rapport a la demande) durant de longues années et J'est encore dans une large mesure -, que le film odorant ne correspond 1. aueune attente forte et généralisée -, Iilue le film «sonore et parlant» (le film ordinaire d'aujourd'hui) est fresque touJours parlant beaucoup plus que sonore, tellement les bruits y son pauvres et stéréotypés. En fait, les seuls éléments cinématographiques qui"intéressent tout le monde, et non pas seulement quelques spéciahsles, sont 1 ¡mage et la paro le.

de :r:éaht~ au clll~ma» (196~),

158

Le pert;u et le nornmé

bien il est andible, ou bien il n'existe pas ; quand il existe, il ne saurait elre situé a l'intérieur du rectangle ou en dehors, puisque le propre des sons ,est de diffuser plus ou moins dans tout 1'espace environnant : le son est a la fois «dans» l'écran, devant, derriere, autour, dans toute la salle du cinéma M. Au contraire, lorsqu'on dit qu'un élément visue! du film est off, c'est qu'ill'est vraiment : on pent le rétablir par inférence a partir de ce qui est visible dans les limites du rectangle, mais on le voit pas; nn exemple bien connu serait cclui de l' « amorce» : on devine la présence d'un personnage dont on aper<;oit senlement, sur un coté de l'écran, la main ou 1'épaule ; tout le reste est (réellement) hors du champ. L'affaire est claire : le langage des technicienset des "ludios, sans s'en apercevoir, applique au son une conceptualisation qui n'a de sens que pour 1'image : on prétend parler du son, on pense en fait a l'image visuelle de la SOurce sonore.

eette confusion se trouve évidemment favorisée par un caractere du bruit <¡ui est physique et non social : l'ancrage spatial des données sonores est beaucoup plus vague et plus flou que celui des données visuelles, les deux ordres sensoriels n'ont pas le meme rapport a 1'espace, celui du son est bien moins contraignant, meme lorsqu'i! indiqne une direction généraIe (mais rarement un emplacement tout a fai! précis, comme il est au contraire de regle pour le visible). On comprend que les techniciens du cinéma aient fondé lem classification sur celui des deux éléments qui est le moins insaisissable. (11 faut d'ailleurs se souvenir que le choix phylogénétique d'un matériau acous- tique, le son de la voix, pour les signifiants du langage humain tient assez probablement a des raisons du meme ordre : la communication phonique n'est pas interrompue par l'obscurité, par la nui!, on peut parler a quelqu'un qui se trouve derriere

24. Ceci est en rapport avec un autre.fait caractéristiquc du ciné,ma ac~uel :

les données. visuelles n'y sont «reprodmtes» que moyennant certulllcs dlstor-

sions perceptives (= absellce des facteurs binoculaires du relicf, présellce du

rectangle écranique qui fait un contraire défaut en vision réelle, etc.), alor8 que les données auditives, a condition que l'enregistremeut soit bien fait, n'accusent

allcun déficit phénoménal par rapport au bruit correspondant du monde réel

:

rien ne distingue en principe un coup de fen entendu dans un film d'un conp

de feu entendu

théoricien du cinéma Béla Balázs. Ainsi, les son s du cinéma diffusent dans

d 7 .statut

VIsIble et

ce a quoi on donne le méme nom ponr l'audible m'avalt déja paru importante

dans

perceptif entre ce qu'on appelle

l'espace comme les sons de la vie, ou p:r:esque. Cett~. diffé~ence

dan s la ruco «Les sons n'ont pas d'image », disaH déja le

«reproductlon»

lorsq;n 11 s aglt

du

«Problemes actuels de théol'ie du cinéma », p. 57-58 du tome II des Essais

sur la

signification

au

cinéma, et dans Langage

et ci1l'éma,

p. 209-210.

Le per9u et le nornmé

159

soi, ou quiest caché par un obstacle, ou dont on ignore la place, etc. La relative faiblesse du rapport a l'espaee procure ici des avantages muItiples dont la raee humaine anrait perdu le béné- fice si elle avait choisi un langage visue!.) Mais pour en revenir au son-off du cinéma, les données de la physique ne suffisent pas a expliquer la confusion persistante entre 1'objet sonore lui-meme et I'image visuelle de sa source (01', des sa définition la plus littérale, le concept de son-off repose sur cette confusion). Il y a autre ehose derriere, et qui est culturel, que nous avons déja rencontré dans cette étude : la conception dn son comme attribnt, comme non-objet,et donc la tendance a négliger ses caracteres propres au profit de ceux de la «substance» correspondan te, quí est íci l'objet visible émet- teur du son.

Sémiologie el phénoménologie

Le sous-titre quí précede dessíne une ínterrogation épisté- mologique qui n'est pas nouvelIe. Il me semble pour ma part que l'entreprise sémiologique tout entiere, a travers son ancrage initial dans le souci du signifiant perceptible, de ses écarts per- ceptibles, etc., s'inscrit d'une certaine fa90n dans le prolongement de I'inspiration phénoménologique. J'ai moi-meme «accusé » cette étape nécessaire (cette dette, aussi) dans le premier chapitre de mon premier livre, publié grace a l'auteur de la Phénoménologie de /'expérience esthétique, auque! nous rendons hommage aujomd'hui par les études, a divers égards si diverses, quí composen! ce volume collectíf u. Bien sur, les «prolongements» sont toujours aussi des retournements, des réactions. Les phénoménologues ont voulu « décrire» l'appréhension spontanée des choses (et ils l'ont fait parfois avec une justesse qpi se démodera moins vite que cer- taines inflations sémiologiques). Ils n'ont pas assez pris garde que cette «aperception» es! elle-meme un produit, qu'elle peut donc etre tres autre dans les cultures qui ne sont pas eelIe du descripteur. Pourtant (et je ne recherehe pas le paradoxe), il reste vrai qne ces formatioIls terminales sont aussi des points de départ. Cest une grande illusion du scielltisme positiviste que de s'aveugler sur tout ce qu'i! y a de non-scielltifique dans la science ou dans l'effort vers elle, et sans quoi elle ne saurait meme exister. Nous sommes lous a nos heures des phénoméno- logues, et ceux qui se déclarent tels ont au moins le mérite

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Le per<;u et le nomrné

d'avouer un certain type de rapport au monde, qui n'est pas le seul possible ni le seul souhaitable, mais qui existe chez chacun meme si chez beaucoup il s'ignore ou se cache. Lorsque je songe a mon propre champ de recherches, l'analyse cinématographique, comment pourrais-je me dissimu- ler et a quoi hon le faire ? - que tout un savoir culturel préalable, sans lequel ne serait meme pas une vision la «pre- miere vision» du film, ni par conséquent les suivantes, plus décomposantes, moins descriptíves (ou bien dans un autre sens), plus «sémiologiques» si l'on tient au mot -, que tout un savoir déja présent dans la perception immédiate se trouve nécessaire- ment mobilisé pour que je puisse seulemenl travailler ? Et ce savoir, comment ne pas comprendre qu'il est - qu'il est et qu'il n'est pas - le «cogito perceptíf» de la phénoménologie ? Le contenu est le meme, le statut qu'on lui accorde ne rest paso

Dans celte étude, j'ai voulu montrer que l'objet perceptif est une unité construite, socialemenf consiruite, et aussi (pour une part) une unité línguistique. Nous voiCÍ déja loin, dira-t-on, de ce «spectacle adverse» du sujet et de l'objet, de cet il y a cosmologique autant qu'existentiel (de toute fa90n transcendau- tal) dans lequel la phénoménologie a voulu installer notre pré- sence aux objets, et la présence des objets a nous. - Je n'en suis pas si sur, ou alors cet «éloignement» n'est tel que sur certains axes, et n'emporte pas une complete rupture d'horizon. Évidemment j'ai parlé de semes, de traits optiques pertinents, ele., c'est-a-dire d'éléments dont le propre est de n'avoir aucune existence vécue et qui sont au contraire - au contraire, ou jus- tement ? - les conditions de possibilité du vécu, les structures de production qui le fagonnent et s'abolíssent en lui, qui trouveut en lui le líeu de leur manifestation et de leur négation a la fois :

les déterminations objectives du sentíment subjectíf. Concentrer l'intéret sur cetle strate inapparente, c'est s'écarter du chemin phénoménologique. Mais la strate manifeste - outre qu'elle a sa réalité propre, autorisant des études possibles ou déja menées a bien - est également la seule dont dispose au départ celui que son mouvement va ensuite éloigner d'elle. J'ai essayé de mieux comprendre pourquoi la perception procede par objets. Mais j'ai d'abord sentí, et vivement sentí, qu'elle procede en effet ainsi : les phénoménologues ne disent pas autre chose. Pour que faie tenté de démonter les «objets» qui frappent tant I'indigene (et d'abord pour que j'en aie eu

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envie), il a falIu que je sois moi-meme cet indigene, et que je sois frappé par les memes choses que luí. On sait que toute entreprise psychanalytique commence par une «phénoménolo- gie », selon le terme des analystes eux-memes. Ce n'est pas vrai que dans ce domaine. Toutes les fois que l'on veut expliquer quelque chose, il est plus prudent de commencer par l'éprouver.