Vous êtes sur la page 1sur 9

GLOSSAIRE de droit constitutionnel

ALTERNANCE~ Se dit d’un changement de majorité au pouvoir résultant d’élections –


ordinaires ou anticipées - au suffrage universel direct : l’opposition devient majorité à
l’Assemblée Nationale et/ou son candidat à la présidence de la République est élu ; la majorité
parlementaire sortante devient l’opposition. Sous la V° République, les alternances
successives attestent depuis 1981 de la vitalité de la démocratie, mais manifestent aussi une
crise de confiance envers les institutions représentatives, suffisamment souples pour composer
avec deux types de configurations qui peuvent se succéder : le présidentialisme et la
cohabitation.

BICAMERALISME ou bicamérisme~ Ce système consiste en la division du


Parlement en deux assemblées : la « chambre haute » (dénommée Sénat sous la III° et la V°
République et Conseil de la République sous la IV° République), assure la représentation de
l’aristocratie, des notables et/ou des collectivités territoriales ; la « chambre basse »
(dénommée Chambre des députés sous la III° République et Assemblée Nationale sous la IV°
et la V° Républiques) assure la représentation populaire. Pour ses partisans, le bicaméralisme
présente deux grands avantages : la « chambre haute » fait équilibre à la « chambre basse » en
vue de la « résistance au suffrage populaire autrefois, [de la] modération politique du pouvoir,
[de la] limitation de tout pouvoir majoritaire à tendance hégémonique, [de la] stabilisation des
mouvements d’opinion trop brusques » ; « Deux chambres permettent une division du travail
parlementaire et un double examen, gage de confrontation des idées et de meilleure qualité de
la législation » (O. Duhamel, Y. Mény).

BIPOLARISATION~ Structuration de la vie politique en deux pôles antagonistes


regroupant chacun les partis politiques de la même sensibilité, sur la base du clivage
traditionnel droite/gauche. Cette structuration offre aux électeurs un choix binaire, ce qui
favorise l’alternance. Sous la V° République, la bipolarisation est une conséquence de
l’élection du Président de la République au suffrage universel direct (à partir de 1965) et du
choix du scrutin uninominal majoritaire à deux tours pour les élections législatives et
présidentielle.

BLOC DE CONSTITUTIONNALITE~ Expression doctrinale promue par le doyen


Louis Favoreu pour prendre acte de l’extension de la notion de Constitution découlant de la
décision du Conseil Constitutionnel du 16 juillet 1971 : « la Constitution ne se limite pas aux
articles numérotés qui la composent dans ses différents titres, mais intègre les textes auxquels
fait référence son Préambule : la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen [de 1789], le
Préambule de la Constitution de 1946, ainsi que, sur renvoi de ce dernier, les principes
fondamentaux reconnus par les lois de la République » (Michel de Villiers). A ces normes de
référence du contrôle de constitutionnalité, s’est récemment ajoutée la Charte de
l’environnement de 2004, « adossée à la Constitution » par l’effet d’une loi constitutionnelle
du 1er mars 2005.

COHABITATION~ Configuration politique du régime semi-présidentiel de la V°


République résultant, de la défaite aux élections législatives, ordinaires (1986 et 1993) ou
anticipées (1997), de la majorité sortante soutenant le Président de la République, et de la
décision de ce dernier de poursuivre son mandat pour la durée restant à courir. La
cohabitation entraîne un partage de l’exercice du pouvoir exécutif davantage conforme à la
lettre parlementariste de la Constitution du 4 octobre 1958 : « le Président arbitre, le Premier
ministre gouverne ». Elle introduit aussi le conflit au plus haut niveau de l’Etat entre le
Président de la République, chef de l’opposition, et le Premier ministre, chef de la majorité à
l’Assemblée Nationale. Ce conflit entre les deux « têtes » de l’exécutif préfigure la plupart du
temps leur duel à la prochaine élection présidentielle (1986-1988 ; 1997-2002), qui –jusqu’à
maintenant- a entraîné le retour du présidentialisme.

CONSTITUTION
- Au sens formel, la Constitution est la « norme des normes », fruit de l’intervention du
pouvoir constituant, pouvoir suprême dans l’Etat : son élaboration et sa révision
obéissent à une procédure solennelle, plus lourde que celle de la procédure législative
ordinaire (ex : assemblée constituante, majorité qualifiée). Ce formalisme, que traduit
l’expression Constitution rigide, place la Constitution au sommet de la hiérarchie des
règles de droit. Par opposition, la Constitution était dite souple –dans l’histoire
constitutionnelle française- lorsqu’elle ne se distinguait pas, par sa forme des lois
ordinaires et pouvait donc être modifiée aussi facilement qu’une loi ordinaire.
- Au sens matériel –quant à son contenu, la Constitution est l’ensemble des règles de
droit public relatives à la conquête et à l’exercice du pouvoir politique dans un Etat.
En ce sens, selon le doyen Maurice Hauriou (1856-1929), toute Constitution comporte
deux volets :
. La Constitution politique correspond aux règles définissant le statut des gouvernants ; elle
détermine, en particulier, qui a qualité pour vouloir et agir valablement au nom de l’Etat : elle
règle le mode de désignation et la condition des organes de l’Etat, elle répartit les
compétences entre ces organes, elle définit leurs rapports mutuels.
. La Constitution sociale revêt une importance primordiale : comprenant tous les principes et
les règles qui renvoient à un projet d’organisation de la société, elle définit le statut des
gouvernés, en énumérant, dans sa version libérale, les droits de l’homme et du citoyen.

CONSTITUTIONNALISME
*« Courant d’idées apparu au XVIII° siècle en Europe et en Amérique du Nord qui préconise
l’adoption de constitutions écrites dans le but de faire obstacle à l’exercice arbitraire du
pouvoir (Jean-Claude Zarka).
* « Le constitutionnalisme strictissimo sensu est l’idée selon laquelle le résultat souhaité
(impossibilité du despotisme ou liberté politique) ne peut être atteint que si au nombre des
principes sur lesquels se fonde la Constitution figure le contrôle juridictionnel de
constitutionnalité des lois » (Michel Troper) ; il renvoie à l’Etat de droit.

CONTENTIEUX CONSTITUTIONNEL~ Désigne « l’ensemble des litiges portant


sur une contestation de la constitutionnalité d’actes subordonnés à la Constitution ainsi que les
procédés et techniques ayant pour objet de résoudre ces contestations » (Guillaume Drago).
Sous la V° République, le contentieux constitutionnel des lois est cette partie du contrôle de
constitutionnalité exercé par le Conseil Constitutionnel qui, régie par les articles 61 alinéa 2
(révisé en 1974 pour élargir la saisine à une minorité parlementaire) et 61-1 (introduit en 2008
pour élargir la saisine aux justiciables) des de la Constitution, se distingue du contrôle
obligatoire des lois organiques et des règlements des assemblées, organisé par l’article 61
alinéa 1 de la Constitution.

CONTRESEING~ Se dit de la ou des secondes signatures qui doivent être apposées au


bas de certains actes émanant, soit du Président de la République, soit du Premier ministre, et
conditionnent la validité de ces actes. En régime parlementaire, le contresignataire endosse la
responsabilité politique de l’acte contresigné. Sous la V° République, les actes du Président
de la République, qui nécessitent le contreseing du Premier ministre et, le cas échéant des
ministres responsables, sont pris dans l’exercice des « pouvoirs partagés » ; ceux qui en sont
dispensés renvoient aux « pouvoirs propres » du Président de la République. Le contreseing
perd sa signification classique en période présidentialiste, puisque le Premier ministre est
politiquement subordonné au Président de la République qui prend les grandes décisions. En
période de cohabitation, le contreseing recouvre en partie sa signification classique, mais c’est
alors le Président de la République qui, en fonction du rapport de forces politique, peut refuser
sa signature (ou poser des conditions) à un acte que lui présente le Premier ministre.

CONTROLE DE CONSTITUTIONNALITE~ « Procédure ou ensemble de


procédures ayant pour objet de garantir la suprématie de la Constitution en annulant, ou en
paralysant l’application de tout acte [généralement une loi], qui lui serait contraire » (Michel
de Villiers). Le contrôle peut être diversement organisé.
- L’identité du contrôleur : le contrôle concentré est celui confié à juge spécial (ex :
Cour Constitutionnelle allemande), par opposition au contrôle diffus exercé par les
juges ordinaires (ex : USA).
- Le moment du contrôle : le contrôle a priori porte sur une loi avant son entrée en
vigueur, tandis que le contrôle a posteriori porte sur une loi en vigueur.
- Le type de contrôle : le contrôle abstrait par voie d’action vise à vérifier la
constitutionnalité d’un acte, en dehors de tout procès, à la différence du contrôle
concret par voie d’exception qui s’exerce à l’occasion d’un procès.
En France, jusqu’à la révision de 2008, le contrôle de constitutionnalité des lois, confié au
seul Conseil Constitutionnel, était exclusivement préventif et par voie d’action : si une loi en
instance de promulgation, déférée au Conseil Constitutionnel par le Président de la
République, le Premier Ministre, le président d’une assemblée parlementaire, 60 députés ou
60 sénateurs, est déclarée contraire à la Constitution, elle ne peut être promulguée. La révision
de 2008 a introduit dans la Constitution un nouvel article 61-1 prévoyant un contrôle a
posteriori concret par voie d’exception
Soumettre la loi, expression de la volonté générale, au contrôle de constitutionnalité est un
principe discuté : un juge non élu, serviteur de la Constitution, peut-il anéantir la volonté de la
représentation nationale élue ? le « gouvernement des juges » (expression due à Edouard
Lambert qui caractérisait de la sorte, en 1921, la puissance de la Cour suprême américaine)
est-il légitime et souhaitable en démocratie ?

CONVENTIONS DE LA CONSTITUTION~ Ce sont des « pratiques qui règlent le


comportement et les devoirs des autorités publiques. Ces pratiques ne sont pas définies par un
texte, mais résultent de précédents, d’usages, d’accords informels considérés comme
obligatoires » (Yves Mény), en l’absence de toute sanction par le juge constitutionnel. « La
convention de la Constitution se distingue de la coutume constitutionnelle. En effet, le nombre
de précédents est indifférent à la formation d’une convention alors que la coutume est
notamment caractérisée par l’existence d’une pratique répétée de nombreuses fois pendant
une assez longue durée » (Jean-Claude Zarka).

COUP D’ETAT~ « Action de force contre les pouvoirs publics exécutée par une partie des
gouvernants ou par des agents subordonnés, notamment des militaires, qui vise à renverser le
régime établi (exceptionnellement à le défendre : ex. les coups d’Etat « en chaîne » du
Directoire pour rétablir l’harmonie souvent rompue entre les pouvoirs publics » (Lexique
Dalloz).
COUTUME CONSTITUTIONNELLE~ C’est une « règle de droit non écrite qui
résulte de précédents concordants respectés par les pouvoirs publics d’un Etat. Comme dans
d’autres branches du droit, la coutume doit effectivement répondre à deux conditions :
l’existence d’une pratique répétée durant une assez longue durée et la conviction généralisée
que cette pratique est obligatoire » (Jean-Claude Zarka).

CRISE MINISTERIELLE~ C’est à la fois, dans un régime parlementaire, l’événement


qui provoque la chute du Gouvernement (adoption d’une motion de censure ou rejet de la
question de confiance) et la période pendant laquelle le Gouvernement démissionnaire n’est
pas remplacé par un nouveau.

DEMOCRATIE
- « Le terme français de démocratie vient en droite ligne du grec, qui désigne par là le
pouvoir (ou la domination : kratos) du peuple (demos). La démocratie … se ramène
très exactement à ces deux éléments ni plus ni moins : à l’idée que le pouvoir
souverain doit être détenu et exercé, en droit comme en fait, par le peuple. Elle se
résume au fond à la fameuse formule du président Lincoln, reprise dans la
Constitution de 1958 : « le pouvoir du peuple, pour le peuple, par le peuple » (F.
Rouvillois).
- « La démocratie n’existe que si plusieurs conditions sont remplies : l’équilibre des
pouvoirs, la participation du peuple à l’exercice du pouvoir lors d’élections
périodiques et concurrentielles, le pluralisme politique qui s’exerce dans le cadre des
partis politiques, et la reconnaissance de garanties au profit des citoyens concernant le
respect des droits fondamentaux » (J.-C. Zarka).
La démocratie revêt trois formes principales : elle est directe lorsque les citoyens exercent
eux-mêmes le pouvoir politique sans intermédiaires ; elle est représentative lorsque les
électeurs donnent mandat aux représentants élus d’exercer le pouvoir politique en leur nom et
à leur place ; enfin, la démocratie semi-directe combine les deux autres formes de
démocratie : le pouvoir politique est normalement exercé par des représentants élus, mais les
électeurs peuvent dans certaines conditions intervenir directement dans son exercice.

DICTATURE~ « Régime dans lequel les détenteurs du pouvoir, qui s’en sont souvent
emparé par la force (coup d’Etat, révolution), l’exercent autoritairement, sans véritable
participation du peuple et sans tolérer d’opposition » (Lexique Dalloz).

DISSOLUTION~ « Acte par lequel le Chef de l’Etat ou le Gouvernement met fin par
anticipation au mandat de l’ensemble des membres d’une assemblée parlementaire. Le droit
de dissolution est un élément essentiel du régime parlementaire, dans lequel il contrebalance
le droit pour le Parlement de mettre en jeu la responsabilité politique du Gouvernement »
(Lexique Dalloz).

DOMAINE RESERVE~Expression désignant sous la V° République les affaires de la


Nation que le Président de la République règle directement, nonobstant l’article 20 de la
Constitution qui confie au Gouvernement la tâche de déterminer et de conduire la politique de
la Nation. Lors des assises de l’UNR –parti gaulliste- en 1959, Jacques Chaban-Delmas, alors
Président de l’Assemblée Nationale, avait défendu la distinction de deux secteurs : « le
secteur présidentiel comprend l’Algérie sans oublier le Sahara, la Communauté [franco-
africaine], les affaires étrangères, la défense. Le secteur ouvert se rapporte au reste, un reste
d’ailleurs considérable… Dans le premier secteur, le Gouvernement exécute, dans le second il
conçoit ». L’existence d’un domaine réservé a été discutée. Reste que le développement du
présidentialisme a dilaté le champ d’intervention du chef de l’Etat : « le Président peut sortir
de son domaine constitutionnel lorsque le Gouvernement y consent et que l’Assemblée
[Nationale] ne s’y oppose pas. Le Président peut agir directement, au grand jour et sans
complexe, là où il le veut. Il n’existe pas de domaine réservé aux frontières rigides –même si
on y retrouve toujours la politique extérieure et la défense- mais en fonction des circonstances
et de leurs goûts propres les présidents s’intéresseront à des matières variables » (Philippe
Ardant), en usant –voire abusant- de leur droit –non écrit- d’évocation. En période de
cohabitation, le domaine réservé se trouve -presque totalement- anéanti, le Président de la
République étant politiquement contraint à une lecture davantage littérale de la Constitution.

ETAT~ L’Etat, au sens moderne du terme, se caractérise par trois éléments principaux :
1) un territoire : sans territoire, il ne peut y avoir d’Etat ; le périmètre géographique sur
lequel l’Etat exerce sa compétence est délimité par ses frontières –terrestres, maritimes
et aériennes-, résultant des traités internationaux ;
2) une population identifiée : chaque Etat se compose d’un certain nombre d’individus
qui sont ses ressortissants, ont la nationalité de cet Etat et, en général, forment une
nation ;
3) et un pouvoir souverain : l’Etat est la personne morale de droit public titulaire de la
souveraineté -autrement dit l’organisation dont la compétence ne relève d’aucune
autorité supérieure- sur son territoire et vis-à-vis de sa population.

ETAT DE DROIT~ C’est un Etat où les titulaires des fonctions publiques – en particulier,
les élus – sont tenus de respecter le droit qui a été édicté. Un Etat de droit suppose aujourd’hui
que :
- sur le plan formel, conformément au principe de la séparation des pouvoirs, des juridictions
indépendantes puissent sanctionner toute violation d’une norme juridique, tout manquement à
la hiérarchie des normes ;
- sur le plan substantiel, le respect des droits fondamentaux de l’individu soit la valeur
primordiale de l’ordre juridique.
La démocratie et l’Etat de droit, quoique renvoyant à des réalités distinctes, sont intimement
liés.

INVESTITURE~ C’est l’obligation faîte au nouveau chef du Gouvernement (investiture


personnelle) ou à l’ensemble du nouveau Gouvernement (investiture collective) d’obtenir, en
régime parlementaire, un vote de confiance de la « chambre basse » -l’assemblée élue au
suffrage universel direct- avant de pouvoir exercer ses responsabilités.

LOI~C’est une catégorie précise de règle de droit, votée (sauf référendum) par le Parlement
à la majorité simple, après délibération, et promulguée par le Chef de l’Etat. A ce critère
formel, de définition s’ajoute, sous l’empire de la Constitution de 1958, un critère matériel
résultant de la délimitation du domaine de la loi. Il s’agit là de la loi ordinaire, par opposition
aux lois spéciales qui sont principalement les suivantes : porte le nom de loi constitutionnelle
tout texte de révision de la Constitution, adopté –par référendum ou par les assemblées
réunies en Congrès- dans le respect de l’article 89 de celle-ci ; constitue une loi organique un
texte qui, complète et précise la Constitution, sur renvoi exprès de celle-ci, et est adopté selon
une procédure spéciale, moins contraignante que celle requise pour une révision
constitutionnelle et un peu plus exigeante que la procédure législative ordinaire.

MOTION DE CENSURE~ C’est l’acte par lequel, dans un régime parlementaire, mais
aussi dans un régime semi-présidentiel, une assemblée met en jeu la responsabilité du
Gouvernement en désavouant sa politique. L’adoption effective d’une motion de censure
provoque la démission forcée du Gouvernement. Sous la V° République, compte tenu de
l’existence constante d’une majorité à l’Assemblée Nationale, « le dépôt d’une motion de
censure, même sans aucune perspective d’adoption, demeure la seule procédure contraignant
le Gouvernement à s’expliquer sur sa politique » (O. Duhamel, Y. Mény). C’est donc une
arme constitutionnelle de l’opposition.

NORME JURDIQUE~ Terme synonyme de règle de droit qui désigne une règle générale
et impersonnelle émanant d’une autorité habilitée et dont la violation expose, en principe, à
une sanction. Il existe plusieurs catégories de normes juridiques (Constitution, loi,
ordonnance, règlement…) hiérarchisées entre elles.

ORDONNANCE
1- Acte du pouvoir exécutif, délibéré en Conseil des ministres et signé par le Président de la
République (article 13 de la Constitution), intervenant, soit sur habilitation de la Constitution,
soit sur habilitation du Parlement prévue par la Constitution, dans une matière relevant
normalement de la loi.
- Aux termes de l’article 38 de la Constitution, le Parlement, via une loi d’habilitation, peut
autoriser le Gouvernement à légiférer par ordonnance pour l’exécution de son programme,
pendant un délai limité. Une ordonnance entre en vigueur dès sa publication au journal
officiel ; elle devient caduque si le projet de loi de ratification n’est pas déposé dans le délai
prévu par la loi d’habilitation. Sa valeur juridique est liée à la question de sa ratification par
une loi : avant sa ratification, une ordonnance a la même valeur qu’un règlement et peut faire
l’objet d’un recours pour excès de pouvoir devant le Conseil d’Etat ; après sa ratification, elle
a valeur législative, mais ne peut être déférée au Conseil Constitutionnel. Depuis la loi
constitutionnelle du 23 juillet 2008, la ratification doit être expresse.
- Le Gouvernement peut mettre en vigueur par ordonnance un projet de loi de finances,
lorsque le Parlement ne s’est pas prononcé dans un délai de 70 jours suivant son dépôt
(article 47 de la Constitution), ou un projet de loi de financement de la sécurité sociale,
lorsque le Parlement ne s’est pas prononcé dans un délai de 50 jours suivant son dépôt
(article 47-1 de la Constitution).
- Aux termes de l’article 74-1 de la Constitution, introduit par la loi constitutionnelle du 28
mars 2003, le Gouvernement bénéficie d’une habilitation constitutionnelle permanente, pour
prendre des mesures d’adaptation de la législation dans les collectivités d’outre-mer et la
Nouvelle-Calédonie. Ces ordonnances deviennent caduques si elles ne sont pas ratifiées dans
un délai de 18 mois suivant leur publication.
2- Dans le domaine juridictionnel, une ordonnance est une décision prise par un magistrat
unique, notamment en matière de référé.

PARLEMENTARISME RATIONALISE~ Notion forgée par Boris Mirkine-


Guetzevitch qui désigne un ensemble de mécanismes prévus par le texte constitutionnel pour
préserver dans un régime parlementaire l’autorité et la stabilité du Gouvernement, même en
l’absence d’une majorité parlementaire constante. La « chambre basse » est, notamment,
contrainte de respecter des procédures particulières si elle entend renverser le Gouvernement.

PLEBISCITE~ Désigne l’expression dénaturée du suffrage universel, lorsque le Chef de


l’Etat lie son maintien au pouvoir à l’approbation d’un texte par référendum ; les électeurs
sont avant tout appelés à exprimer leur confiance à un homme –« moi ou le chaos »- et à lui
donner tous les moyens d’action qu’il juge nécessaires. Signe de la personnalisation du
pouvoir, le plébiscite a été un instrument de prédilection de la dictature de Napoléon
Bonaparte, puis de Louis-Napoléon Bonaparte; la déviation plébiscitaire caractérisait, selon
les opposants et nombre de commentateurs, les référendums qui ont eu lieu de 1958 à 1969, le
dernier ayant provoqué la démission du général de Gaulle, immédiatement après la victoire du
« non ».

POUVOIR CONSTITUANT~ « Pouvoir mis en œuvre pour l’élaboration et la révision


d’une constitution.
Pouvoir constituant originaire : Pouvoir d’élaboration d’une constitution. Il est inconditionné
et confié, en principe, à une assemblée constituante (Constitution de 1946) et,
exceptionnellement, au pouvoir exécutif (Constitution de 1958). Dans cette circonstance, le
peuple est appelé à se prononcer par référendum.
Pouvoir constituant dérivé : « Pouvoir de révision de la Constitution. Il est institué (c’est-à-
dire prévu à l’avance) et par voie de conséquence conditionné. Il est exercé soit par une
assemblée, soit par le peuple » (P. Avril, J. Gicquel)

PRESIDENTIALISME~ Au sens large, c’est le fait – permis ou non par la lettre de la


Constitution - pour le Président de la République de s’affirmer comme l’institution
prédominante, en régime présidentiel comme en régime semi-présidentiel.
Au sens étroit – celui de présidentialisme majoritaire -, il s’agit d’une configuration politique
du régime semi-présidentiel de la V° République, née des élections présidentielle et
législatives : la primauté du Président de la République, élu au suffrage universel direct,
découle de l’existence à l’Assemblée Nationale, elle aussi élue au suffrage universel direct,
d’une majorité disciplinée qui le soutient ; elle est variable selon l’importance de cette
majorité et la qualité du soutien apporté au chef de l’Etat.
En période présidentialiste, une « relecture » de la Constitution de 1958 s’impose : le Premier
ministre, malgré l’autonomie que lui confère le texte constitutionnel, apparaît politiquement
comme le « second » du Président de la République, l’exécutant de ses volontés ; la lettre de
la Constitution est formellement respectée, mais la pratique la contredit. Selon Valéry Giscard
d’Estaing en 1974 : « c’est un régime qui n’est pas présidentiel parce qu’il existe au sein de
notre régime constitutionnel les pouvoirs propres du Parlement qui lui permettent de remettre
en cause par la voie de la motion de censure l’orientation de la politique qui est suivie par le
gouvernement nommé par le Président de la République ». La réforme du quinquennat
(2000), accompagnée de la remise en ordre du calendrier électoral (2001) pour éviter la
survenance d’une cohabitation, accentue le présidentialisme, comme le démontrent les débuts
du mandat de Nicolas Sarkozy, élu le 6 mai 2007.

QUESTION DE CONFIANCE~ Procédure par laquelle, dans un régime parlementaire,


le Gouvernement met lui-même en jeu sa responsabilité devant une assemblée en lui
demandant d’approuver sa politique, faute de quoi il démissionnera. « La question de
confiance est un moyen de pression du Gouvernement sur le Parlement, les députés pouvant
hésiter à assumer la responsabilité d’une crise ministérielle » (Lexique Dalloz).

REFERENDUM~ En démocratie, le référendum est un instrument au moyen duquel les


électeurs expriment par « oui » ou par « non » leur volonté sur une question politique ou un
texte (tel qu’un projet de loi constitutionnelle, organique ou ordinaire).

REGIME PARLEMENTAIRE~ Régime de séparation souple des pouvoirs législatif


(avec un Parlement en général bicaméral) et exécutif (en général dualiste avec un chef de
l’Etat irresponsable et un Gouvernement responsable politiquement) reposant sur des relations
d’interdépendance. Ces dernières se matérialisent par :
- une collaboration fonctionnelle : le Gouvernement participe à la fonction législative
(ex. il a l’initiative des lois comme les parlementaires), et réciproquement le Parlement
participe à la fonction gouvernementale (ex. questions au Gouvernement) ;
- des moyens d’action réciproques : la « chambre basse » (Chambre des députés de la
III° République ou Assemblée Nationale de la IV° et de la V° républiques) élue au
suffrage universel direct (mais aussi sous la III° République le Sénat, « chambre
haute ») peut renverser le Gouvernement (en adoptant une motion de censure ou en
rejetant la question confiance), et réciproquement le Chef de l’Etat de sa propre
autorité ou avec l’aval du Gouvernement peut prononcer la dissolution de cette
chambre.
Le texte de la Constitution et/ou la pratique constitutionnnelle engendrent deux variantes :
* Le régime parlementaire dualiste (ou orléaniste) : il « se caractérise, à la manière d’un
« ménage à trois », d’une part, par l’existence d’un chef de l’Etat qui conserve des pouvoirs
politiques personnels (« le trône n’est pas un fauteuil vide ni une machine inerte », affirmait
Guizot), et, d’autre part, par un Gouvernement … doublement responsable, devant le chef de
l’Etat et le Parlement » (P. Avril, J. Gicquel).
* Le régime parlementaire moniste : il se caractérise, d’une part, par l’effacement de droit ou
de fait du Chef de l’Etat qui n’exerce qu’une magistrature morale, d’autre part, par le
renforcement de droit ou de fait du Gouvernement et de son chef qui gouverne et en porte la
responsabilité devant le seul Parlement.

REGIME PRESIDENTIEL~ Ce régime pratiqué aux Etats-Unis repose sur une stricte
séparation des pouvoirs législatif et exécutif : le Président des Etats-Unis, élu par un collège
de « grands électeurs », est le seul détenteur du pouvoir exécutif qu’il exerce avec le concours
du Vice-président et d’un cabinet ; il ne peut dissoudre le Congrès (composé du Sénat et de la
Chambre des représentants), seul détenteur du pouvoir législatif, et le Congrès ne peut
renverser le Président. Ce régime ne peut être confondu avec le présidentialisme.

REGIME SEMI-PRESIDENTIEL~ Désigne, selon Maurice Duverger, un régime


mixte qui emprunte ses traits, d’une part, au régime présidentiel avec en particulier l’élection
au suffrage universel direct d’un Président de la République doté de pouvoirs réels, d’autre
part, au régime parlementaire puisque le Gouvernement répond de sa politique devant la
« chambre basse » et que cette chambre peut être dissoute.

RESPONSABILITE~ Obligation de répondre d’un acte ou d’une activité et d’en


assumer les conséquences. La responsabilité peut être politique, en particulier dans les
hypothèses suivantes :
- la Constitution, dans un régime parlementaire, oblige le Gouvernement qui n’a plus la
confiance de la « chambre basse » à démissionner ;
- en période présidentialiste, sous la V° République, le Président de la République peut
de fait demander et obtenir du Premier ministre la démission du Gouvernement qui est
donc politiquement responsable devant le Président ;
- un chef de l’Etat qui lie son maintien au pouvoir au résultat d’une élection ou d’un
référendum engage sa responsabilité politique.
La responsabilité des gouvernants est aussi pénale. A titre d’exemple, selon la Constitution de
1958 révisée en 1993, les membres du Gouvernement répondent devant la Cour de justice de
la République des crimes ou délits commis dans l’exercice de leurs fonctions.

SAISINE~ Acte de procédure ayant pour objet de déclencher l’intervention d’une


juridiction.
SUFFRAGE~ C’est une manifestation de volonté des électeurs dans le cadre d’une
élection ou d’un référendum. Le suffrage est censitaire lorsque la Constitution réserve le droit
de voter et d’être élus à ceux qui payent un impôt, le cens électoral ; il est universel lorsque le
même droit est reconnu à tous les citoyens, sous les seules conditions raisonnables concernant
l’attachement à la chose publique (âge, nationalité, capacité mentale…). Le suffrage est direct
lorsque les électeurs élisent eux-mêmes, sans intermédiaires, leurs représentants ; il est
indirect lorsque les électeurs choisissent des « grands électeurs », qui procèdent ensuite à la
désignation des élus.