INJS

Intitulé de l’enseignement : Arts de la scène
Enseignant : Yao Kouamé Gérard, Maître-Assistant à l’UFR ICA / UFBH
Cible : C1
Plan du cours
Introduction
1- Théorie de l’art
1.1- L’essence de l’art
1.2- Le principe de la classification des arts

22.12.22.3-

Les concepts constitutifs des arts de la scène
L’action
Le lieu
Le public

33.13.23.3-

Analyse de quelques arts du spectacle
Le théâtre
La danse
Le cinéma

44.14.24.3-

La production des arts de la scène
Les enjeux socio-économiques des arts de la scène
Les circuits d’exploitation des arts de la scène
Les ressources de la création des arts de la scène

Conclusion

1

Mais la part de l’homme dans cette représentation du beau a évolué en fonction des pensées. Dès lors. Cette étude nous amène à prendre pour point de départ l’art en lui-même. répétable à souhait et transmissible par l’enseignement que le résultat de cette démarche créatrice. voire inexistante. le sublime dans lequel se maîtrise et se résorbe tout geste humain. l’art s’est mis à désigner aussi bien la démarche créatrice maîtrisée que le résultat de cette démarche. une œuvre qui. Dans son acception antique. Mais cette diversité des pratiques artistiques. Uranie (astronomie) 2 . Aristote appelle art l’œuvre humaine dans ce qu’elle a de réussie : cette réussite lui venant de la façon assurée de procéder pour rendre belle la chose produite. sous l’emprise d’une muse. à la technè ou à la mèchanè. il s’entend aussi bien de la démarche créatrice qui doit être totalement maîtrisée. Suivant la vulgate. l’art était le résultat d’une possession ou folie divine. l’art est la représentation du beau. l’art désignait tout simplement l’idéalité de la beauté ou la beauté idéalisée. Calliope (éloquence. elle s’atteste dans la réalisation d’un telos et d’une dunamis. le complément indispensable de la vie. d’art graphique. 1 Cette conception ancienne est réfutée par Platon. en grec un deinon. Or l’art est une notion générique qui englobe différentes expériences et pratiques humaines dont chacune repose sur une spécificité. il se présente comme le point culminant de toute praxis dont est capable l’être humain. d’art martial sans oublier les arts de la scène. désigne la beauté humainement créée. en grec mania1. Polymnie (lyrisme).Théorie de l’art 1. L’artiste était sensé créer. Euterpe (Musique). la poésie héroïque). selon Nietzsche. est avant tout un art et doit absolument s’étudier comme tel. D’où la nécessité d’en faire un objet d’étude et de penser. 2 Clio (histoire). Terpsichore (danse) 2. Plus précisément.1. de ce fait. ne lui appartient pas vraiment. par exemple. La problématique fondamentale de ce cours est la suivante : qu’est-ce qu’un art de la scène ? À partir de quand ou de quoi avons-nous en face un art de la scène ? Quelles en sont les concepts constitutifs ? 1. Cette part humaine était d’abord tenue pour insignifiante. Dans la mythologie grecque.L’essence de l’art ? « Qu’est-ce que l’art ? » L’art est la représentation du beau. On parle aujourd’hui d’art visuel. en effet. Il s’agit en somme de bien cerner le domaine propre des arts de la scène dans le système général des arts. pour qui une œuvre créée sous l’emprise des muses ne peut pas être élevée au rang d’œuvre d’art. contribuer à la rendre plus obscure. loin de rendre plus explicite la notion de l’art. Contre cette beauté musaïque ou divinement créée. A ce titre. Avec Aristote. Il est. Erato (élégie). de surcroit. c’est-à-dire au travail de création artisanal d’un artéfact qui est entièrement œuvre de l’homme lui-même. L’art de la scène. l’art. Associé à l’action divine sur l’homme. au sens platonicien. L’art rime donc avec l’idéalité. on dénombre neuf muses dont Melpomène (tragédie).Introduction : L’étude des arts de la scène nous situe dans le domaine des catégories des arts. Thalie (Comédie). peut au contraire. d’art culinaire. l’horizon utopique que vise à réaliser ce geste humain au point de faire de l’homme un être étrange. cette conception évolue pour faire place au poièn.

mais aussi et surtout inclure « le caractère assurée » et non accidentelle de la démarche de création. apprise et répétée à souhait 3. c’est bien parce que lui seul détermine de façon consciente et en dernier ressort la beauté de la forme à obtenir au terme du procès de création. En d’autres termes. l’œuvre. si « le caractère assuré » du conditionnement de l’œuvre importe plus que le résultat et vaut critère décisif de qualification de l’œuvre d’art. L’œuvre sera dite belle et. 3 . va se fragmenter et ses disperser en plusieurs catégories. mais elle ne sera pas dite « œuvre d’art ». considérée comme une œuvre d’art. sans que le créateur puisse en rendre compte en toute conscience. l’art est le revers du réel. Après Aristote. 1998. bien que l’art vise le beau. p.c’est-à-dire un but visé qui est un effet initialement assigné à l’œuvre créée. quoique belle. En fonction des modalités de son exécution. traduction franç. un univers fictionnel qui surgit et se développe en marge et au revers de l’univers réel. et comme l’exprime le schéma cidessus. au naturel. ce singulier qui regroupe une pluralité des gestes créateurs. par Philippe Lacoue-Labarthe. C’est d’ailleurs ce qui rend l’art « connaissable ». En premier lieu. Le critère du moyen vient répondre à la question « avec quoi ou à partir de quoi crée-t-on ? ». il est tout aussi infini de possibilités. Hölderlin assigne à l’art un triple contenu : représentation. et donc un territoire consistant de la vie. S’inspirant de cette conception aristotélicienne de l’art. l’art. En fait. on peut déduire que l’art désigne l’humainement construit par opposition au déjà-là. A ce titre. c’est-àdire toute chose belle et dont la procédure ou la manière d’être conditionnée peut être déterminée. in Œdipe le tyran. Toute œuvre d’art est un mélange savant et maîtrisé de ces trois éléments constitutifs. à ce titre. l’art est une forme plurielle qui se distribue sans s’épuiser. Paris. 1. est art toute création reposant sur une « loi calculable ». Finalement. le critère du mode aide à répondre à la question « comment on représente ? ». en suivant les mêmes lois et procédures. Ce sont : le moyen. il permet de répondre à la question « qu’est-ce qu’on représente ? » Enfin. Si la beauté n’est plus considérée comme un critère déterminant pour dire s’il y a art ou non. dès lors qu’elle pourra produire son effet attendu. En revanche. Ou encore. ne pourra pas être dite « œuvre d’art ».2- Le principe de la classification des arts Au regard de ce qui précède. Aristote avait défini dans sa Poétique. 207). il réaffirme l’idée suivant laquelle l’art ne doit plus être réduit seulement à une forme et une création visant à apprivoiser le beau. Christian Bourgeois Editeur. le philosophe allemand Hegel a établi une première classification des arts en 6 catégories : 1. trois critères au regard desquels on pouvait opérer une distribution et une classification des arts ou des formes mimétiques. Le disant. Comme ce dernier. Dans ce cas précis. Quant au critère de l’objet. c’est en raison du fait que la beauté peut être atteinte aussi de façon accidentelle ou hasardeuse. tout art ne le vise pas de la même manière.Architecture 3 Le hasard ou l’accidentel peut faire une chose belle. Hölderlin met en garde contre la tentation de juger les œuvres d’art « plutôt d’après les impressions qu’elles font que d’après leur loi et les autres procédures grâce auxquelles le beau est produit » (« Remarques sur Œdipe ». sentiment et raisonnement. l’objet et le mode de la représentation.

Bande dessinée 3.Univers interactif/ numérique 2. trois nouvelles catégories se sont ajoutées aux précédentes .Danse. théâtre. l’action s’entend aussi bien des discours prononcés que des faits et des gestes. en retour. Ce caractère immédiat. le théoricien italien Canudo Riccioto ajoute le cinéma comme 7 e art.Peinture 4. sous le regard participatif du public . « arts de la scène » 7.Cinéma 8. rend évanescent. c’est-à-dire des rôles déterminés et purement fictionnels. et même des silences des acteurs-personnages. théâtre. 4 . 1.Architecture 2. contrairement au tableau qui est achevé dans un atelier avant son exposition publique. c’est dire.Photographie/ Télévision/ radio/ « arts médiatique » 2. l’action scénique se signale à l’attention par une immédiateté entre l’idée et sa réalisation ou sa représentation. cirque. C’est dire que. Elle surgit directement sur la scène. Aujourd’hui. La représentation est donc dynamique et non figée comme dans un tableau.Les concepts constitutifs des arts de la scène Les arts de la scène se reconnaissent facilement par leur mode de constitution dont un indice est contenu dans le nom même de ces arts.Univers interactif/ numérique Au total. « arts de la scène » A cette première liste. dire c’est faire et faire. on dénombre aujourd’hui 10 catégories d’art. non saisie via un médium. non différée. cirque.Sculpture 3. 2.Musique 5. mime. On dira par exemple qu’au théâtre. Du point de vue de sa construction.Poésie 6. ce sont : 1. Elle est mise en œuvre par des acteurs qui incarnent des personnages. Celle-ci est directe. Qui plus est. mime.Bande dessinée 10.1- L’action L’action est le contenu de la représentation. lequel est rendu contemporain des événements et des personnages représentés sur la scène par les acteurs.Photographie/ Télévision/ radio/ « arts médiatique » 9. Il s’agit de la notion de scène. l’œuvre d’art du spectacle ne préexiste pas à sa représentation devant un public. Celle-ci est le réceptacle d’une action se déroulant devant un public-spectateur.23456- Sculpture Peinture Musique Poésie Danse.

et ils la font ici et maintenant.2- Le lieu L’art de la scène se dresse nécessairement en un lieu déterminé et prévu à cet effet. ils convoquent d’autres formes d’art. aussi bien pour sa création que pour sa réception. En outre. En raison de ce caractère immédiat de sa réalisation et de la matière vivante et de la procédure particulières qu’il utilise pour sa réalisation. il consacre l’existence de l’œuvre scénique. Il peut se lire comme pièce écrite tout comme se donner à voir comme représentation scénique. 5 . De même et de plus en plus. entre ces acteurs personnages et le public-spectateur d’autre part. Ainsi pour voir une pièce de théâtre.1- Le spectacle théâtral Le théâtre est à la fois un genre littéraire et un art du spectacle. 3. Ils déploient une logistique impressionnante. Non seulement pour être créé. Ce passage du général au particulier se fera en considérant deux exemples significatifs : le théâtre et le cinéma. pour être vu. C’est lui. En effet. Par sa présence. le lieu est indispensable à l’art de la scène. Après avoir jeté un regard panoramique sur les arts de la scène. pour exister. Ces arts viennent animer la scène pour relever le goût du spectacle. bien souvent. la danse. 3. Celle-ci vient servir de point d’appui ou d’ancrage au spectacle artistique proposé au public-spectateur. le public-spectateur est une entité réelle . ils demandent un lieu qui est un cadre de partage et de communion entre les acteurs-personnages d’une part. l’étymologie du terme reste cependant sans ambiguïté. Qu’en est-il du lieu ? 2. tout comme pour voir un film. le destinataire de l’œuvre représentée scéniquement. il convient à présent de regarder quelques-unes de ses espèces pour voir de quoi elles retournent. il faut aller au cinéma. l’art du spectacle est aussi appelé « art vivant ».impermanent le spectacle créé. comme dit Aristote. Si ce devenirlittéraire du théâtre est une conséquence de la critique philosophique dont cet art a fait l’objet dans La Poétique d’Aristote. C’est le cas du cinéma. L’acteur cesse d’être le personnage qu’il vient à peine d’incarner pour reprendre son identité sociale antérieure au spectacle. faut-il aller au théâtre . il ne fait pas partie de la fiction proposée sur la scène. les arts de la scène ont besoin d’un lieu . « art de la scène » ou « art de la performance ». Il disparaît à mesure que la performance se réalise et n’existe plus une fois celle-ci achevée. en tant qu’ils forment un carrefour géométrique des autres arts. En effet. c’est ce lieu de déroulement des spectacles artistiques qui est désigné par la notion de « scène ».Analyse de quelques arts du spectacle Certes l’art vise le beau. les arts de la scène font appellent aussi à la technique. ce sont des « personnages agissants ». mais tout art ne le vise pas de la même manière. en suivant les mêmes lois et procédures. qui font l’action . En somme. notamment que la musique. etc. Mais aussi. 2. le public ne reste pas moins un acteur important des arts de la scène. En dernier ressort. la peinture. de la régie technique son et lumière. et situé ces arts dans le système général des arts. en effet. En effet. les arts de la scène se reconnaissables par leur complexité.3- Le public Sans appartenir au spectacle artistique proprement.

le temps théâtral se scinde en deux entités hétérogènes : le temps de la représentation et le temps représenté. La scène n’est jamais prise pour une simple portion d’un ensemble . Ce n’est que par glissement ultérieur de sens que le théâtre en vient à désigner aussi l’objet offert au regard. désigne originellement le « lieu d’où l’on regarde ». Le premier est le temps externe de l’horloge.le mot grec « theatron ». Ce lieu obéissait à une triple organisation : d’abord l’espace dédié au jeu des acteurs (le proskenion au dessus de la skènè). Gallimard. il est celui où est supposé se dérouler l’action. 2006. Le théâtre repose sur une superposition de deux lieux en principe hétérogènes : le lieu de la représentation et le lieu représenté. Coll. en forme d’amphithéâtre taillé sur le flanc de colline. à juger »4. 4 Biet Christian et Triau Christophe. En somme il faut savoir repérer la continuité et/ou la discontinuité du lieu théâtral dans les éléments constitutifs du théâtre. sa détermination obéit à une contrainte : l’action théâtrale devait tenir en une seule révolution du soleil. p. 260). Il découle d’un aménagement de la scène et de son enrichissement par des éléments de décor et toute sorte d’accessoires. Seul ce temps fictionnel est expressif pour le théâtre. Cette suggestion de lieu faite au moyen de la case peinte peut être renforcée par le costume des personnages. Le premier fait référence à l’édifice abritant le spectacle. Pour une meilleure intelligence du spectacle théâtral. Cet édifice a connu une évolution au fil des siècles. le temps et le discours. Au théâtre. Christian Biet et Christophe Triau répondent ceci : « le théâtre se donne comme lieu. Quant au lieu représenté. en tant que toute action théâtrale se situe dans des coordonnées spatiotemporelles définies par l’auteur. Mais chaque fois. Folio Essai. Plus tard. Le temps est suggéré par divers éléments. elle est aussi le support fictionnel déroulement de déroule l’action. Le second est le temps interne de la fiction. c’est-à-dire un jour. nous allons considérer ces éléments séparément. ce qui pourrait être interprété comme l’expression d’un lieu en pleine mutation. en référence au spectacle rituel offert à Dionysos lors des concours dramatiques. 6 . le lieu physique et le lieu fictionnel se résument dans la notion de scène. Or de quoi est fait un spectacle théâtral ? A cette question. une séparation nette est faite entre l’espace proprement dédié au jeu des acteurs et celui réservé au public-spectateur. un cadre a été aménagé pour servir de lieu permanent de représentation du spectacle théâtral : par exemple le théâtre de Dionysos. comme temps et comme discours à interpréter. Dans la Grèce antique par exemple. Tout l’être du théâtre s’éclaire donc dans ce jeu de correspondance entre l’espace. d’où est issu le mot français « théâtre ». essentiellement fictionnel. Tout comme il peut avoir une rupture entre la case et le costume . Par exemple une simple case ronde peinte sur une toile de fond peut suggérer le monde rural du nord de la Côte d’Ivoire. c’est-à-dire le spectacle dramatique ou opsis. Qu’est ce que le théâtre ? (Paris. ensuite celui servant à l’évolution du chœur (l’orchestra) et la grande partie où prenait place le peuple (le theatron). Tout comme le lieu. C’est pourquoi il est à lire et à reconstituer. Depuis La Poétique aristotélicienne. le lieu théâtral va se scinder en deux parties : la scène et la salle. celui au cours duquel la représentation a lieu : en journée et en soirée. Le lieu fictionnel peut être suggéré par différents éléments. durant trois heures d’horloge. D’abord le lieu de la représentation.

3. au théâtre. devant un public. Le discours théâtral est le ti esti. L’artiste devra prendre position soit en se situant dans la continuité de la règle soit en se situant en marge de cette loi. Toutefois ce langage théâtral ne saurait se réduire au seul discours articulé.Le cinéma Le cinéma. il survit à sa projection sur écran. le théâtre est un carrefour des autres arts. le film. Dans la mesure où tout ce qui répond d’une présence voulue par l’auteur dans l’œuvre devient signe. c’est-à-dire une des manifestations possibles de la vie de l’esprit. est né le 28 décembre 1895. »5 Alors que la performance théâtrale. (discours comme événement central focalisant le déroulement de l’action théâtrale). En somme. encore appelé 7e art. comme dit Barthélemy Kotchy. voire du fictionnel. D’où le fait que l’action obéisse à une structuration particulière tenant compte du genre théâtral considéré. Même un monologue ou un soliloque ne prend sens que par rapport au vide qui est créé autour du sujet parlant. p. sous l’apparence du vrai. demeure . devant public. à travers le monde entier6. en raison de son impermanence. Chaque signe théâtral participe d’un tout qu’est l’expressivité dramatique . Comme langage. En effet. A ce dernier titre. Le théâtre est essentiellement discours ou langage. divers signes visuels et sonores et même divers arts. Le jeu théâtral est fait d’un agencement harmonieux de différents signes. op. grâce aux frères Auguste et Louis Lumière. Le théâtre se présente comme un jeu dynamique de simulation du faux. En ce qui concerne la tragédie. Cet art consiste dans la restitution du mouvement au moyen d’un ensemble de procédés techniques d’enregistrement de l’image et du son puis de leur projection sur un écran. dire c’est faire et faire c’est dire.. avec la projection de leur première réalisation : « La sortie des usines ». Le dire et le faire se rejoignent dans un espace figuré et structuré pour se féconder mutuellement et donner sens au théâtre afin que le public-spectateur puisse y tirer sa nourriture spirituelle. C’est dire qu’un signe n’est jamais isolé. l’action doit être organisée en vue d’un renversement du bonheur vers le malheur. le théâtre suppose un réseau de relations entre les personnages et entre les personnages et les choses qui les environnent. Dans le cadre de la comédie. et le discours du théâtre deviendrait lacunaire si l’un ou l’autre signe fait défaut. Ce qui fait dire à Georges Sadoul : « Le cinéma est différent des autres spectacles parce que son support matériel. meurt au lieu et au moment même où elle naît devant le public. 1620 Ibid 7 . des paroles. cit. au sens où Walter Benjamin entend ce concept de langage.2. il convoque et tisse ensemble des gestes. La touche d’originalité de chaque auteur apparaît alors dans la façon de faire advenir le bonheur ou le malheur des personnages engagés dans l’action dramatique. Il peut également être projeté simultanément dans différentes salles. l’épaisseur de chaque signe. Comme le livre. Il se constitue en vue d’une finalité. il peut être reproduit en plusieurs exemplaires. le renversement de l’action doit se faire dans le sens contraire. c’est-à-dire sa puissance de signification sera fonction des relations qu’il entretient avec les autres signes de l’univers théâtral. quant à lui. ce dont il s’agit. verbal. Histoire des spectacles. 5 6 Georges Sadoul. c’est-à-dire d’une crise vers un dénouement heureux. chaque création est un espace de négociation avec la règle qui gouverne l’art. l’enregistrement sur pellicule des images et des sons. Pour ce faire. possède un double caractère : l’ubiquité et la pérennité.Vient enfin le discours théâtral.

il y a aussi la qualité de la prise de vue et de son. Le cinéma est le résultat de la rencontre des arts vivant et de la technique. le cinéma s’est transformé en art et son évolution se fait en même temps que celle de la technologie. Donc en plus de la qualité à rechercher dans le jeu des acteurs. Des spectacles peuvent ainsi être investis au service de la recherche de la paix sociale et de la cohésion nationale après des années de crises dans un pays comme le nôtre.1- Les enjeux socio-économiques des arts de la scène Tout d’abord. Au-delà du jeu des acteurs. il contient et déborde à la fois les arts vivants. le cinéma se distingue une fois de plus des autres formes d’arts du spectacle. c’est-à-dire par sa présentation via des supports intermédiaires tels que la pellicule et l’écran. 1620 8 . L’art a bien une utilité sociale qui va bien au-delà de son aspect esthétique. Pour cette raison. le cinéma ne se lira ni ne se critiquera pas exactement de la même manière qu’une une pièce de théâtre parce qu’il est constitué différemment. la production s’entend des mécanismes de financement de la création artistique et de circulation des œuvres créées. En ce sens. Ce qui montre bien que la arts de la scène ont un grand enjeu socio-économique. Mais cette performance ne devient véritablement cinématographique ou ne vaut film que lorsqu’elle est effectivement filmée à l’aide de caméras. Un travail artistique. plus précisément un art du spectacle par assimilation. dit-on. le cinéma est un art vivant enfermé dans une pellicule et projeté ensuite sur un écran par un moyen technique. en font un art du spectacle de type particulier. Sa résistance au temps (pérennité). Le cinéma présuppose la performance des acteurs. C’est aussi une industrie…et un commerce »7 Simple curiosité scientifique au départ. de brassages des peuples et des individualités. Selon Louis Delluc. il offre de plus une large possibilité de création : ici ni le lieu. En raison de ses caractéristiques propres qui fondent sa différence. 4. Sous l’ange de l’art.De plus le cinéma ne vaut art que par les plans et leur agencement ou montage. les arts de la scène sont des occasions de communion et de communication. différée. l’art pour l’art est 7 Histoire des spectacles. Cette différence fondamentale qui les oppose. Des segments parallèles de l’action peuvent se dérouler simultanément dans des lieux différents et au même moment.La production des arts de la scène Entre le moment de sa conception comme une idée née dans l’esprit d’un créateur donné et celui de sa mise en œuvre devant un public spectacle. Le spectacle projeté est vécu de façon indirecte. Le cinéma se caractérise donc par sa "médiateté". voire poétique de montage et de finition viendra lui donner sa forme définitive. « Le cinéma n’est pas qu’un art…ce moyen d’expression est beaucoup d’autres choses. Le film n’existe pas encore une fois le tournage terminé. Car. 4. De ce point de vue. En effet. En ce sens ils sont parfois utilisés comme des moyens ou des supports de propagandes politiques pour asseoir des idéaux. ni le temps ne sont enfermés dans des contraintes. son ubiquité et de sa "médiateté". il y a la façon d’enregistrer et d’agencer les images qui détermine en dernier ressort le sens et l’effet à prêter à ces images. en Afrique. s’impose la production qui ne doit pas être confondue avec la création.

2- Les circuits d’exploitation des arts de la scène Une fois créés. Tout d’abord vient la définition de la nature propre des arts de la scène. l’art est très méconnu et très peu financé. Par 9 . mais aussi lorsqu’elle emploie des personnages eux-mêmes vivants pour représenter l’action. Des métiers comme ceux de metteurs en scène. 4. Et même quand l’œuvre d’art de la scène existe déjà. 4. sa représentation demande des ressources techniques et financières dont l’importance varie en fonction des arts de la scène concernés. c’est un art qui vise à représenter. il existe quelques mécanismes nationaux et internationaux de financement de la création artistique. sur un plan purement fictionnel. Il ne suffit donc pas d’avoir affaire à un art de la représentation. les arts de la scène sont des bassins de créativité et d’auto-emploi répondant parfaitement à la politique gouvernementale de promotion de l’entreprenariat jeune notamment. l’acteur se transforme pour le temps de la performance en personnage . il faut en plus que cette représentation soit vivante. Par ailleurs. Il y montre à juste titre comme l’art théâtral se met au service de la construction d’une communauté responsable et mature. Conclusion Au terme de ce cours portant sur les arts de la scène. Néanmoins. Le basculement du réel au fictionnel s’atteste dans l’emploi superposé des notions d’acteur ou être physique réel à celle de personnages ou êtres fictionnels dont la réalité se limite à la représentation sans la déborder. Elle l’est effectivement lorsqu’elle a lieu en donnant l’illusion que l’action est sensée se déroulement tout naturellement au présent. etc. il acquiert ainsi une autre identité qui vient doubler et cacher celle qu’il revêt dans la vie réelle. Au plan économique. de l’action. autrement dit. Par exemple. la vie. Au cours de la représentation scénique. le monde. Ainsi le Fond National du Cinéma vient-il en aide aux réalisateurs nationaux porteurs de projets de films. de la vie elle-même. sous le regard participatif du public-spectateur. Ce sont en un mot des outils didactiques dont l’avantage réside dans leur facilité d’accès à tous. de régisseurs.3- Les ressources de la création des arts de la scène Certes. Les arts de la scène participent souvent également à l’éveil des enfants et à l’éducation des jeunes.une vue de l’esprit. les arts de la scène suivent des circuits nationaux. de réalisateurs. Ce sont les mêmes opportunités qui sont offertes par le FESPACO (Festival Panafricain du Cinéma de Ouagadougou) dans le domaine du cinéma africain. en marge de la vie réelle. il convient de souligner les traits suivants. sous quelque forme qu’il se manifeste. l’art du spectacle repose sur l’idée du mouvement. de monteur. le MASA (Marché des Arts et du Spectacle Africain) donne à de multiples créateurs des occasions de faire connaître et/ou de vendre leurs œuvres. C’est ce débat que Bakary Traoré soulève dans son étude intitulée : Le théâtre africain et ses fonctions sociales. en Afrique. africains et internationaux d’exploitation des œuvres. est d’abord une forme d’expression artistique . En ce sens. la vision du monde de son auteur. Un art de la scène. de cadreurs. le fictionnel absorbe le réel et se déploie ici et maintenant. sont à la portée de tous.

permettent d’affirmer l’universalité et la diversité des arts du spectacle.conséquent. c’est-à-dire la scène. Ceux-ci offrent une possibilité infinie de création telle qu’on peut dire que ces arts ne peuvent plus être considérés comme l’apanage d’un peuple ou d’une époque qu’il s’agirait ensuite d’universaliser. l’acteur et le public. les conditions mêmes d’existence des arts du spectacle. Au contraire. les arts du spectacle se pratiquent librement et s’observent dans toutes les sociétés. un art qui ne restitue pas le mouvement inhérent à la vie sur scène ne peut pas entrer dans la catégorie des arts du spectacle. 10 . Au surplus.

– Fragments de poétique et autres textes (Paris. 211 p. Le théâtre des origines à nos jour. Aube africaine et autres poèmes africains. 3 tomes. par Philippe Lacoue-Labarthe. franç. Guy DUMUR.). 216 p. 2003. Thèse du doctorat d'Etat sous la co-direction des professeurs Jean Levaillant et Anne Ubersfeld. Remarques sur Antigone.fr/encyclopedie/divers/le_th %C3%A9%C3%A2tre_contemporain/186019 11 . de Michel MAGNIN (Paris. pp. Paris VIII Vincennes St-Denis. Trad. 1957. 1983.fr/encyclopedie/divers/spectacle_vivant/93291 http://www. 2006 KOTCHY N'GUESSAN (Barthélemy). 1998. 1994. Christian Bourgeois Editeur. 247 p. par Philippe Lacoue-Labarthe (Christian Bourgeois Editeur.. – Antigone de Sophocle.larousse. MOUSSINAC Léon. 469 p. Paris. Le Livre de Poche. (inédit). collection Le livre contemporain. .). . Eléments culturels et formes de représentation en Afrique Noire : L'exemple de la Côte d'Ivoire. nouvelle édition.La Poétique (traduit du grec par Roselyne DUPONT-ROC et Jean LALLOT. – Œdipe de Sophocle. Présence Africaine.Bibliographie ARISTOTE.). trad. 2010 p. 77-85 René Girard HÖLDERLIN (Friedrich). franç. 1998.larousse. 1965. Imprimerie Nationale Editions. 1980. Kéita Fodéba. Paris. Amiot-Dumont. 438 p. Paris. Remarques sur Œdipe. . Paris Editions du Seuil. Histoire des spectacles. Paris. Gallimard.larousse. . 1005 p. trad.La poétique. http://www.fr/encyclopedie/divers/histoire_du_th%C3%A9%C3%A2tre/96913 http://www.