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La douleur

par Thierry PILORGE


Jean-Marie Besson
La Douleur
Odile Jacob, 268 p. 140 F
La douleur n'est pas seulement un signal d'alarme, comme le veut une idée répand
ue. Sinon, pourquoi souffre-t-on après un coup de soleil et non avant ? Pourquoi
la douleur due à un cancer ne se manifeste-t-elle souvent que lorsqu'il est tro
p tard ? Non, la douleur, surtout la douleur chronique, celle qui nous empoisonn
e la vie, est une maladie comme une autre. Et c'est le devoir du médecin de la s
oulager. C'est en tout cas la thèse de Jean-Marie Besson.
Ce spécialiste de la douleur explique d'abord ce que sont « les douleurs », car
il en est de plusieurs sortes ; puis leurs mécanismes physiologiques. Sans doute
« décroche »-t-on parfois un peu devant certains termes ou certaines notions sc
ientifiques complexes, qui mériteraient de plus amples explications. Mais l'inté
rêt principal du livre réside dans les chapitres sur les méthodes de neutralisat
ion de la douleur. La neurochirurgie n'est certes pas une panacée, mais elle fut
un temps le seul moyen disponible. Et on l'a beaucoup affinée. Mais la douleur
est un phénomène trop complexe pour être résolu en intervenant à un endroit préc
is et un seul. La stimulation cérébrale devrait, à l'avenir, pouvoir remplacer l
a neurochirurgie et les médicaments lorsqu'ils sont inefficaces. Elle n'en est,
toutefois, qu'au stade expérimental.
L'acupuncture ? Pour l'auteur, cette méthode ne peut en aucun cas être considéré
e comme scientifique : les méridiens n'existent pas, pas plus que les points. Et
pourtant, ça marche, dans de nombreux cas au moins aussi bien que les technique
s considérées, elles, comme scientifiques. Quoi qu'il en soit, on est encore bie
n loin de comprendre les mécanismes sous-jacents à cette pratique millénaire. Il
n'est d'ailleurs pas exclu que l'effet placebo y ait sa place.
Besson est particulièrement sensible à la douleur cancéreuse. A ses yeux, seule
la morphine est actuellement en mesure de la soulager. Il s'emploie donc à vainc
re la peur qui s'attache à l'usage de cette drogue. Utilisée à bon escient et de
manière modérée, ses effets secondaires restent minimes, surtout comparés aux b
ienfaits qu'elle apporte.
On devrait bientôt parvenir à soulager toutes les douleurs, même les plus récalc
itrantes, estime l'auteur. Il faut pour cela qu'elles soient reconnues comme de
vraies maladies par les pouvoirs publics. Médecins généralistes, spécialistes, p
sychologues et travailleurs sociaux doivent recevoir une formation adaptée. Enfi
n, il faut multiplier les centres spécialisés dans son traitement. Alors, peut-ê
tre arrivera-t-on à vivre sans douleur.
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Science & Vie N°906, Mars 93, page 156