MOBILISONS-NOUS POUR l’EDUCATION NATIONALE

Paris, le 7 septembre 2016
Notre pays est face à un défi éducatif de grande
ampleur. Il en va de l’avenir de notre jeunesse, de la
vitalité et de la solidité de notre pacte républicain,
comme du rayonnement économique, social, culturel
de la France. L’éducation, l’école publique exigent
désormais une mobilisation générale de la Nation
toute entière.
Car, le doute qui mine la société Française n’épargne
pas l’école et il est impératif que très vite les français,
singulièrement les plus modestes, retrouvent une
confiance pleine et entière dans notre Éducation
Nationale. C’est pour moi une priorité absolue.
Cette confiance ne peut naître que si nous sommes
capables de renouer avec la réussite scolaire du plus
grand nombre, de combattre les inégalités et leur
reproduction et si l’école publique joue pleinement
son rôle de pilier de notre République.
Ne la laissons pas seule, soutenons là et donnons-lui
les moyens de nos ambitions, qui sont grandes.
Il n’y a pas de fatalité au recul de la France dans le
classement international PISA qui non seulement
sanctionne l’importance de l’échec scolaire mais
aussi l’impuissance à combattre les inégalités qu’elle
reproduit et parfois aggrave.
Il n’y a pas de fatalité à la persistance du malaise des
enseignants. Ils devraient pourtant être valorisés,
reconnus, soutenus.
Il n’y a pas de fatalité au fossé qui s’est creusé entre
l’Éducation Nationale et les citoyens.

Décidons ensemble de la France que nous voulons

Après de terribles années de réduction des moyens,
la suppression de la formation des maîtres et des
structures psychopédagogiques, et de stigmatisation
du corps enseignant, que le quinquennat de Nicolas
Sarkozy a poussé au paroxysme, l’arrivée de François
Hollande a tenté d’ inverser la tendance, ouvert
de nouveaux espoirs sans pour autant incarner
l’indispensable renaissance de notre système éducatif.
La refondation n’a été que timidement amorcée ; il y a
loin de la coupe aux lèvres, il est urgent de parachever
ce travail, d’en réorienter certains aspects et de le
reprendre autrement. Il faut regarder avec lucidité
la situation. La réalité n’est pas au rendez-vous des
attentes et elle demeure alarmante.
Les Français ont massivement soutenu la priorité
que François Hollande accordait à l’éducation et à la
jeunesse. Ils ont apprécié ses engagements de dégager
60 000 postes supplémentaires, de cibler les efforts sur
le premier degré. Mais, sur le terrain, les améliorations
ne sont guère tangibles, en tout cas pour l’heure et les
postes supplémentaires annoncés ne se concrétisent
pas toujours devant les élèves.
Ainsi, à cette rentrée 2016, la dernière du quinquennat,
seuls 46 500 nouveaux postes ont été budgétés donc
13 500 de moins que prévus (42 500 à comparer au 54
000 en primaire et secondaire, 4 000 à comparer aux
6 000 dans le supérieur).
Une très large partie des postes créés les premières
années correspond à des postes de stagiaires,
des enseignants en formation qui ne sont pas en
permanence devant dans une classe.
Dans le même temps, notre pays a connu une forte
hausse de la démographie scolaire. L’amélioration

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de la présence enseignante dans les écoles n’est pas
perceptible.
Par ailleurs, pour lutter contre l’échec scolaire,
l’une des mesures les plus importantes devait être
la mise en œuvre du dispositif « plus de maîtres
que de classes », pour améliorer l’apprentissage en
primaire. Il n’a bénéficié depuis 3 ans que de 2 090
postes supplémentaires, alors même que la loi pour la
refondation de l’école en prévoyait 7 000 d’ici la fin du
quinquennat. C’est pourtant, de mon point de vue, une
disposition majeure pour combattre l’échec scolaire
et améliorer l’acquisition de la lecture et des savoirs
fondamentaux en primaire.
Il faudra donc poursuivre la création de postes dans
l’Éducation Nationale pour assurer la scolarisation
avant 3 ans, pour tenir compte de la hausse
démographique en collège, pour alléger le nombre
d’élèves par classe et surtout assurer dans tous les
territoires et établissements en difficultés plus de
maîtres par classe.
Il est aussi très important d’assurer la présence de
psychomotriciens, psychologues et d’orthophonistes
dans les établissements scolaires car leur intervention
est, dans bien des cas, indispensable pour accompagner
les élèves en difficultés et soutenir l’équipe éducative.
L’effort budgétaire devra être prolongé pour dégager
des moyens nouveaux et les affecter vraiment aux
priorités, à savoir la lutte contre l’échec scolaire en
primaire et le décrochage ensuite au Collège.
Fixons-nous l’objectif de retrouver notre place dans
les 15 premiers pays du classement PISA au cours
du prochain quinquennat et de combattre de toutes
nos forces les déterminismes sociaux. Assuronsnous que dès qu’un enfant semble rencontrer des
difficultés significatives, les équipes éducatives vont
pouvoir agir et auront à leur disposition les moyens de
lui permettre de réussir.
La première année du futur quinquennat, devra
être votée par le Parlement une programmation
quinquennale du recrutement des enseignants,

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de personnels spécialisés et leur répartition
territoriale. Elle sera préparée par les États généraux
de l’Éducation Nationale, associant largement les
acteurs de l’école.
La réforme du temps scolaire a été mise en œuvre de
façon très hétérogène selon les communes et pose
souvent de réelles difficultés aux familles. Les activités
périscolaires sont parfois payantes et pas toujours à la
hauteur des attendes éducatives, ce qui va à l’encontre
de l’objectif de réduction des inégalités.
C’est pourquoi je propose la création d’un grand
ministère de l’éducation populaire qui complétera
l’action éducative de l’école publique. Il prendra en
charge le financement, la coordination des temps
d’activités périscolaires qui doivent redevenir
gratuites. Il assurera un maillage et une diversité
d’activités de qualité partout et pour tous ; il sera
garant de l’égalité républicaine, de la compétence
des personnels éducatifs et promouvra une éthique
civique. Il devra aussi veiller et suivre le développement
des activités d’éducation populaire dans les quartiers
et les territoires défavorisés. Il travaillera en lien
étroit avec le monde de la culture, du sport, tant au
niveau local que national. Les activités périscolaires
ne peuvent être simplement juxtaposées aux activités
scolaires sans lien, sans finalités explicitement
partagées, sans objectifs généraux communs. Ce
ministère devra agir pour que le projet éducatif de
territoire soit un vrai levier de changement et non un
acte formel, administratif, sans portée.
La réforme du Collège est le contre-exemple de la
méthode à suivre.
Aujourd’hui, la réforme, et même les avancées
qu’elle voudrait consacrer, se heurte à une grande
incompréhension, au mieux au doute des enseignants
et des parents et souvent à leur désaccord. Elle va entrer
formellement dans les faits, mais, probablement, sans
atteindre les objectifs fixés. Cette réforme n’a pas été
débattue au parlement et le gouvernement suivant
en cela son attitude de « réformer » en force accroît
à la démoralisation collective. Le risque est grand
que derrière les mots ou concepts séduisants comme
« interdisciplinarité », « suivi individualisé des élèves »,

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«  apprentissage plus précoce de plusieurs langues
vivantes  » se profile une réalité tout autre. Derrière
cette réforme apparaît une forme de pensée unique sur
« les bonnes méthodes pédagogiques » – sans compter
le verbiage qui parfois l’accompagne – qui mériterait
davantage de confrontations et de débats pour que
soit trouvé un meilleur équilibre entre des approches
qui ne peuvent pas être tranchées à l’emporte-pièce.

Je crois nécessaire de promouvoir massivement le
pré-recrutement des enseignants qui garantirait
une meilleure diversité du recrutement, l’accès des
jeunes des milieux populaires. Je crois indispensable
de favoriser la formation continue et le soutien
des enseignants par leurs pairs plus expérimentés,
qui peuvent devenir des personnes ressources
incomparables.

Il va falloir reprendre le dialogue avec les enseignants
des collèges, assurer une évaluation participative
sérieuse pour remettre sur de bons rails une
réforme dont on peut cependant partager l’ambition
principale : élever le niveau de tous nos enfants et
combattre le décrochage massif.

En tout cas, il doit être clair aux yeux des enseignants
que le temps est révolu où l’on prétendait faire une
bonne réforme sans eux, voire contre eux !

C’est pourquoi je propose une grande consultation par
internet qui devrait permettre à l’ensemble de ceux qui
sont concernés par cette réforme de faire remonter
leurs observations et analyses de la situation, leurs
attentes, préoccupations et propositions.
Rien n’est possible sans résoudre le malaise des
enseignants. Il est multiforme et témoigne des
difficultés croissantes à exercer leur mission, à
atteindre les objectifs, à faire face aux difficultés
des enfants, de leur famille et aux fragilités de notre
société. Il est largement renforcé par un manque de
reconnaissance, de valorisation de cette profession
que l’insuffisance des rémunérations révèle de façon
redoutable. Une réorganisation des services centraux
et déconcentrés ainsi qu’une réflexion sur le rôle et les
missions des corps d’inspection afin de faire évoluer
les formes de management par l’encadrement
supérieur et de mener une véritable politique de
ressource humaine, s’impose désormais.
J’ai plaidé depuis des années pour une augmentation
importante des salaires ; il faut franchir dès à
présent une étape significative et engager un plan
de rattrapage pour rejoindre la moyenne haute
des rémunérations des pays développés. Des
négociations devront s’ouvrir avec les organisations
syndicales pour redéfinir avec les conditions de
travail et d’exercice de leurs missions.

L’école est confrontée, comme toute la société, à
de profondes transformations qui percutent l’acte
d’enseigner. Les enseignants doivent être partie
prenante de la réflexion collective et permanente
sur les programmes, les pratiques, les mutations
en cours. Je propose que soit organisée, tous les
ans, une conférence pédagogique dans chaque
académie, temps de débat et d’information, pour
qu’apparaisse plus clairement, à tous, les diverses
approches possibles, les complémentarités utiles,
les innovations engagées et leur pertinence. Il faut
assurer un bouillonnement collectif et confiant sur les
réponses que l’Éducation Nationale peut apporter à
nos enfants. La diversité des approches est possible,
tout en respectant un principe essentiel : programmes
et diplômes nationaux.
L’école n’est pas un monde clos. D’ailleurs il serait
injuste et illusoire de lui demander de résoudre seule,
tous les problèmes auxquels notre pays est incapable,
aujourd’hui, de trouver des solutions. Par exemple,
le recul de la mixité sociale, l’importance du nombre
d’enfants vivant en dessous du seuil de pauvreté
accroissent les difficultés de l’école. L’école ne peut
agir isolée et la société française doit s’attaquer à
bras le corps à ces fléaux majeurs, qui minent notre
République.
Depuis trop longtemps, bon nombre de nos
concitoyens se sentent exclus, éloignés, peu pris
en compte par l’institution scolaire et finissent par
douter même qu’un redressement soit possible.
Là est l’une des premières urgences de l’élection

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présidentielle de 2017 : engager une mobilisation
sans précédent de la Nation pour un grand projet
éducatif global, inscrit dans une perspective sociétale
à long terme. Et il ne suffira pas de quelques paroles
et engagement des candidats, je propose que soit
organisée chaque année une conférence nationale
de l’éducation qui rassemble parents, enseignants,
élèves, collectivités, parlementaires, administration
et gouvernement ; car le débat sur notre système
éducatif ne saurait demeurer dans un espace confiné,
feutré entre spécialistes sous l’influence indirecte
mais décisive du ministère de budget. Ce temps annuel
de débat public doit aussi assurer une confrontation
concrète entre les annonces et le vécu du terrain…
plutôt des terrains, tant les inégalités territoriales
sont inquiétantes.
Notre pays et nos dirigeants ne peuvent plus se mettre
la tête sous le sable devant ces réalités.
Je forme le vœu que les responsables de l’Éducation
Nationale, les recteurs et les directeurs académiques
des services départementaux participent à des
réunions dans les quartiers populaires, transmettent
un message d’engagement et de confiance à leurs
habitants et à leur jeunesse, rappelant que leur
première préoccupation et leur priorité est la réussite
de ces enfants, de tous les enfants, qu’il expliquent
comment cette grande institution républicaine
compte y parvenir, dialogue avec ces familles pour
qu’elles sachent qu’elles ont toute leur place dans ce
défi collectif.

désuètes, n’ayant jamais fait la preuve de leur
efficacité, si ce n’est pour sélectionner une élite étroite.
Il ne faut pas les laisser caricaturer les débats et y
imposer une prétendue alternative entre les tenants
de l’autorité et les laxistes post soixante-huitards,
entre l’enseignement des savoirs et l’acquisition des
compétences, entre l’indispensable sens de l’effort et
le plaisir d’apprendre, entre l’ouverture à la vie et la
culture générale.
Prenons garde aux dogmes qui nous éloignent de
l’essentiel :
• Élever le niveau culturel de tous nos concitoyens
et de tous nos enfants ;
• Permettre à chacun de maîtriser, comprendre,
critiquer le monde qui l’entoure et de trouver la
voie de son épanouissement et de son insertion
sociale, professionnelle ;
• Transmettre les valeurs de notre République,
réussir le vivre ensemble, développer l’esprit
civique et l’implication citoyenne ;
• Combattre les inégalités.
La présidentielle de 2017, je l’espère, fédérera la
gauche, les progressistes pour donner force et
crédibilité à l’école publique laïque, gratuite et
obligatoire qui doit demeurer la grande chance pour
notre jeunesse et la grande promesse d’une France,
confiante en son avenir et sûre de sa République.

En tout cas, il nous faut combattre avec force
l’offensive réactionnaire qui se profile dans les
programmes des candidats de droite et d’extrême
droite qui ne proposent qu’un retour à des pratiques

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