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3ème Grand Prix V.I.

E
Grèce et Chypre
Innovation, créativité,
performance commerciale

Baptiste Curtet
VIE de 12 mois en Grèce
VCGP – EKPPT Project
Motivations et intérêts
pour la mission V.I.E

A près une formation généraliste à l’École Centrale de Lille, il

était temps pour moi d’intégrer le monde du travail. A l’heure de faire mon choix,
mon année de césure m’avait décidé à m’orienter vers les grands projets de
construction et mes nombreux voyages me poussaient à regarder vers l’étranger.
Néanmoins on ne peut être sûr à 25 ans, que la vie d’expatriés est faite pour nous et
que l’on sera capable de rester pour la durée complète, assez floue au départ, d’un
chantier de construction. C’est donc tout naturellement que la formule VIE s’est
imposée. En effet d’une durée d’un an, cette expérience permet une immersion
complète dans un pays, une entreprise, un projet et offre au volontaire une fois sa
mission terminée, soit l’opportunité de rester sur place (avec l’accord de
l’entreprise) ou alors la possibilité de s’orienter vers un poste différent pour raisons
professionnelles ou personnelles avec néanmoins une expérience solide d’une année.
Aussi, bien que n’étant pas considéré comme salarié a part entière, le volontaire
s’ouvre plusieurs portes dans la société concernée, en France comme à l’étranger, les
entreprises étant françaises la plupart du temps. Cette formule permet donc de
mettre le pied à l’étrier tout en se laissant la possibilité de changer de monture au
bout d’une année …
Une fois la forme validée, restait le fond. De ce coté-ci la proposition de Vinci
Construction Grands Projets répondait complètement à mes attentes car le poste de
conducteur de travaux sur un projet de tunnel, alliant connaissances techniques,
capacités managériales et responsabilités conséquentes, s’inscrivait parfaitement
dans l’évolution que j’avais imaginée suite à mon cursus scolaire (spécialisation génie
civil, année de césure sur un tunnel en France et volonté de travailler à
l’international). Un deuxième pas vers le départ était donc franchi.
Partir à l’étranger c’est bien. Vivre dans un pays qui nous plaît c’est mieux ! Alors
quand on vous propose : « La Grèce ça te dit ? », traduire « Vivre au bord de la mer
dans un pays qui recèle de trésors aussi bien historiques que géologiques », la
réponse est assez rapide à trouver. Certes ce n’est pas le pays le plus exotique ni le
plus dépaysant par rapport à l’Europe occidentale, mais j’étais curieux de venir
découvrir ce pays, finalement pas si jumeau que ça de ces autres cousins d’Europe
occidentale et dont le nom ramène à l’Histoire des civilisations. De plus il est assez
méconnu de la plupart de gens en France et le fait de s’immerger dans une culture
nouvelle pour une durée conséquente ne pouvait qu’avoir des vertus tant en terme de
découverte et de communication que d’ouverture.
Si l’on résume on obtient donc une formule VIE intéressante pour le jeune diplômé
que je suis, un poste en adéquation complète avec l’évolution souhaitée et tout ceci
dans un pays attirant à de nombreux égards. Je crois donc que tous les ingrédients
étaient réunis pour que ce VIE se concrétise et que la mission démarre sous les
meilleurs auspices ! Je sautai donc le pas, et me retrouvai dans le Péloponnèse en
moins de temps qu’il n’en faut pour écrire ce préambule.
V
L’entreprise d’accueil
et le projet
inci Construction Grands Projets (VCGP) est une

filiale du groupe Vinci Construction. Elle intervient dans les grands projets de génie civil
(tunnels, ponts, barrages, etc.) et de bâtiment, essentiellement à l’international.
S’appuyant sur un savoir-faire certain, VCGP met en place une politique de partenariat
avec les entreprises locales ce qui permet des solutions, globales et modulables,
répondant aux besoins des clients publics ou privés.

En terme d’effectif VCGP compte 3700 collaborateurs à


travers le monde, répartis dans plus de 30 pays et sur
60 chantiers. Les graphiques ci-dessous donnent une
idée de l’évolution du CA, ainsi que sa répartition par
métier et par secteur géographique (en M€).

Parmi la multitude de projets réalisés par VCGP à travers le monde, on


peut noter le pont Rion-Antirion, inauguré en 2004, joyau technologique permettant de
relier la Grèce continentale au Péloponnèse.

Le projet EKPPT
Le projet EKPPT a pour but de relier les villes de Elefsina, Corinthe,
Patra, Pyrgos et Tsakona par une autoroute à 2 ou 3 voies. C’est un
axe très important notamment vers l’Italie. Ceci représente une
distance cumulée de 365 km.
Il est réalisé dans le cadre d’un contrat de type concession –
construction, d’une durée de 30 ans (construction + exploitation).
VCGP participe à hauteur de 36% dans le groupement d’entreprises (Hochtief 23%, Aktor
18%, J&P Avax 18%, Athena SA 5%). Les lots de construction ont ensuite été répartis de
manière géographique, VCGP héritant de 73 km autour de Patra (lot 2).
Ce lot est divisé en deux parties : les tunnels (8,3 km) et les parties extérieures. Nous
nous intéresserons seulement à un ouvrage, celui sur lequel s’est déroulée ma mission, le
tunnel T26
Mission

Les tunnels de Panagopoula


Le chantier sur lequel porte ma mission est la partie tunnel. En particulier
celui de Panagopoula. D’une longueur de 3 et 4 kilomètres, les deux tubes de circulation
ont une section de 100 m2 environ. Différents points d’attaque ont été décidés : un à l’est
(attaque des deux tubes), un à l’ouest (sortie d’un tube + galerie d’urgence) et un depuis la
galerie de ventilation. Ci-dessous un schema du projet et des points d’attaque.

Est

Ventilation

Ouest

Le point d’attaque Est, ma mission


En tant qu’ingénieur excavation, ma mission consiste à mener les travaux
de creusement sur l’attaque Est et ce sur les deux tunnels. Aussi il a fallu d’abord
superviser les travaux sur les portails effectués par un sous-traitant. Une fois ce travail
accompli, à l’aide des équipes Vinci, des chefs de chantier et d’équipes, il a fallu lancer ces
ouvrages. Le creusement d’un tunnel est assez répétitif et les phases les plus importantes
sont donc le lancement des travaux et la mise en cadence. Mon rôle est donc de planifier,
commander le matériel nécessaire, faire évoluer le process, accompagner les équipes sur
le terrain pour que les travaux se déroule dans des conditions de sécurité et arriver au
résultat voulu dans les meilleurs délais. Il faut aussi apprendre aux gens à pianoter entre
les deux tubes car on ne possède pas une équipe par tube mais une pour le front est.

Mon expérience en Grèce : un passeport pour l’avenir


Cette expérience en Grèce représente pour moi une chance. Pourquoi me
direz vous ? Parce qu’elle présente beaucoup d’avantages par rapport à une expérience
disons classique. Pour commencer les responsabilités engagées sont conséquentes. En
effet les équipes de management travaux sont moins denses qu’en France et là où on
aurait trouvé un conducteur principal et un conducteur débutant pour mener à bien
l’excavation, on a ici un seul conducteur de travaux par attaque, ce qui amène
nécessairement plus de responsabilités pour celui-ci.
Ensuite, il faut bien parler du pays en lui-même. De par plusieurs effets (procédures
lancées tard, propriétaires mieux protégés, pays souffrant de la crise financière) le
projet se retrouve confronté à des difficultés non négligeables, la principale étant le
manque d’expropriations. Et ceci impacte directement sur les travaux car, à l’Est par
exemple, une propriété se trouve directement à la sortie du tunnel et nous impose une
adaptation forte à cet environnement défavorable. Les travaux de préparation des
portails ont été très difficiles avec des conditions de securité à repenser complètement.
Les accès ne sont pas non plus des plus pratiques, les zones de dépôt sont plus loins, etc.
En définitive c’est beaucoup de difficultés en plus et arriver à s’organiser dans ces
conditions est nécessairement plus enrichissant que si tout était facile.
En conclusion c’est une expérience dans un milieu culturel nouveau, avec des difficultés
certaines, et des responsabilités conséquentes : un cocktail détonnant, ne pouvant être
que positif pour l’avenir.
Action du V.I.E

Préparation du chantier et méthodes


Arrivé sur le chantier début juin (CDD pré VIE), j’ai été au cœur de la
phase de préparation. Cette étape a été menée, en collaboration avec les autres
membres de l’équipe travaux. Les tâches sont nombreuses avant le démarrage du
chantier, pour que celui-ci ne soit pas un fiasco :
• Documents contractuels : pour chaque étape d’un cycle d’excavation un document
contractuel (“Work Method Statement”) est nécessaire. Il doit détailler les
méthodes de travail, le matériel utilisé, les critères qualité ainsi que la securité
(analyse des risques detaillée).
•Méthodes de construction : il faut définir la manière de travailler, les solutions
retenues, à travers des documents écrits et des plans. Prise en compte des
avantages / inconvénients de diffèrentes solutions, estimation des interférences,
optimisation des travaux, etc.
•Documents de chantier : Création de plusieurs documents et outils nécessaires au
suivi de la production : rapport d’activité journalier, rapport d’analyse hebdomadaire,
fiches de formation au poste de travail, etc. Collaboration avec les différents acteurs
du chantier pour arriver à un document convenant à tout le monde.
•Évolution du design : Modification des éléments du design n’optimisant pas les
travaux sur le terrain. Le but ici n’est pas de refaire des notes de calcul et des
structures de soutènement mais simplement de suggérer des petits changements
pouvant simplifier la construction.
• Commande du matériel : outillage, équipements de protection, etc. Les machines sont
gerées par le service materiel. Nous reviendrons plus tard sur la commande
d’éléments de soutènement.
• Design de matériel : Conception des traineaux métalliques servant de supports aux
ventilateurs en tunnel, analyse du besoin, conception par ordinateur, évolution du
modèle, fabrication par les services mécaniques.
• Installation de chantier : Définition des installations, plan de mise en place des
containers, achat du mobilier, etc.

Suivi du sous-traitant sur les portails


La préparation des portails de tunnel (terrassement,
soutènement, pieux, etc.) fut sous-traitée. Dans ce cadre-ci, et pour le
portail Est, il a fallu suivre les avancements des travaux de ce sous-
traitant et le guider pour une optimisation du travail ainsi qu’une sécurité
accrue. En effet du fait de la présence du terrain non exproprié dans la
zone de sortie, les travaux furent très compliqués et il a fallu déterminé
le mode opératoire permettant la totalité des travaux, ainsi que la
sécurité des différents acteurs. De plus certains travaux étaient
effectués dans la partie inférieure et l’interférence entre les deux
chantiers a dû être surveillée de près. De plus, comme toute intervention
de sous-traitants sur un chantier, celle-ci a dû faire l’objet de documents
contractuels.
Action du V.I.E

Conduite de travaux excavation


La partie principale de ma mission se situe ici. Il n’est pas des plus simple
de donner une définition exacte du poste de conducteur de travaux. Dans mon esprit je
dirais de maniere assez simple que ça ressemble à une phrase comme celle-ci : “faire le
maximum pour que le chantier avance”. Plusieurs tâches incombent au conducteur de
travaux, en l’occurrence moi sur cette partie du chantier.

• Responsable des équipes travaux


Gestion de trois équipes regroupant trente personnes, de deux
chefs de chantier, de trois chefs d’équipes (optimisation du potentiel, congés,
etc.). Participation au recrutement. Définition des équipes types et des profils
recherchés. Suivi horaire. Formations sécurité.

• Planification des travaux


Plannings travaux pour l’avancement en tunnel, le béton, le
matériau excavé, pour les interventions ponctuelles (installation électrique,
maintenance, etc.).
• Matériel
Commande du matériel nécessaire au soutènement (boulons HA et ancrages
autoforants, outils de foration, cintres HEB et réticulés, drains, etc.) en fonction de la
planification des travaux. Gestion des stocks d’accélérateur de béton, des fibres
polypropylènes. Commande des pièces d’usure pour les machines. Suivi des fournisseurs.
Achat du petit outillage, du matériel de levage, des nettoyeurs haute pression, des
equipements pour le personnel (gants, masques contre la poussière).
• Optimisation du travail – analyse de cycle
Le travail en tunnel est cyclique. Si l’on fait abstraction des problèmes de
type géologiques pouvant être rencontrés, des pannes sur le matériel et de manière générale
des impondérables modifiant le travail et donc sa durée, on peut même qualifier la tâche de
répétitive. Pour améliorer les rendements, il est donc essentiel de mener à bien des suivis
quotidiens. Des rapports journaliers détaillant toute l’activité par tunnel ont donc été créés
et mis en place. Ensuite ils sont repris dans un document hebdomadaire, nous calculant le
cycle moyen, les quantités utilisées, l’influence et la nature des pannes, etc.
Ce document est une très bonne base pour cibler les activités du cycle pouvant être
améliorées.
Aussi il a fallu s’adapter aux paramètres extérieurs. Par exemple,
la centrale à béton est fermée à partir de 22h. Or les équipes
tunnel travaillent 24 heures sur 24. L’activité a donc été
aménagée, en accord avec le client, pour que l’influence soit
minime. Ainsi quatre pas d’excavation sont ouverts pendant la
journée avant d’être boulonnés lors du poste de nuit. En
choisissant ce fonctionnement on optimise de plus les temps
incompressibles de chaque activité (e. g. le temps de mise en place
de la machine forant les ancrages / boulons, non proportionnel au
nombre de boulons à réaliser).
De plus, dans le but d’adapter au mieux les équipes au travail voulu, nous avons décaler
certains postes (e. g. chauffeur de camion) pour que les personnes soient présentes dans le
laps de temps où elles sont le plus nécessaires.
Action du V.I.E

Conduite de travaux excavation

• Méthodes
Tout au long du projet, il faut définir des méthodes de construction dans le
but de préparer les travaux et de donner un fil conducteur aux équipes sur le terrain. Tout
ceci se réalise en partenariat avec les chefs de chantier, les autres membres de l’équipe
travaux ainsi que les projeteurs. En plus des méthodes générales de construction (abordées
précédemment), des travaux plus particuliers ont demandé une certaine réflexion. En effet
deux phases importantes du tunnel ne font pas partie de l’avancement « au front » mais
nécessitent un traitement particulier car devant être effectuées à « l’arrière » tout en
étant intégrées dans le processus global. Il s’agit de l’excavation de la partie basse du tunnel
(le tunnel est excavé en deux parties : une supérieure (~ 6,5m) et une inférieure (~ 2m)) et
de celle des galeries de secours reliant les deux tunnels. Pour ces deux phases il faut donc
réfléchir à quand insérer le travail dans le cycle, comment réaliser les travaux (matériel,
phasage, énergies, etc.). Ces deux étapes n’ont pas encore été réalisées sur le terrain mais
elles ont été préparées, planifiées et définies.

• Qualité Sécurité Environnement


On le sait les entreprises de construction porte un grand intérêt à ce
domaine. Et c’est bien légitime ! Le chantier EKPPT n’échappe pas à cette très bonne règle.
Mon travail a donc aussi consisté à faire en sorte que les conditions de travail soient
sécuritaires.
Ceci demande une vigilance quotidienne. En effet il faut s’assurer que les équipes portent les
équipements de protection individuelle (chaussures, casque, baudrier, lunettes de protection
pour certaines activités), que les accessoires de levage soient en état (chaînes, élingues,
crochets, etc.), que les machines soient utilisées dans de bonnes conditions. Rien ne doit être
laissé au hasard ! De plus nous avons mis en place des quart d’heure sécurité dans le but de
sensibiliser, en début ou en fin de poste, les ouvriers sur un sujet précis. Ceci doit aller à
l’essentiel pour ne pas rebuter les gens et que le message soit assimilé. Différents sujets ont
été abordés (contrôle du bruit, circulation en tunnel, accessoires de levage, stockage, etc.).
Concernant la qualité il faut s’assurer que le travail réalisé répond aux attentes du design et
du client. La grosse partie de ce travail n’est pas réalisée par le service travaux (service
qualité dédié) néanmoins le contrôle des sous profils et les problèmes de béton par exemple
devaient être suivis par nos soins. Et dieu sait que les travaux de reprise ne sont pas les plus
appréciés …
Enfin pour la partie environnement le principal problème vient de la gestion des eaux de
chantier et des résidus de béton (présence d’accélérateur et de fibres). Des bacs de
décantation ont donc été installés malgré le manque de place et des solutions ont été
développées pour récupérer les fibres.

• Administratif et budget
Tout un pan du travail réalisé a aussi concerné la partie administrative et
commerciale. En effet les travaux doivent être imputés suivant des codes, et un comparatif
avec le budget est nécessaire pour analyser au mieux les avancements des travaux. J’ai donc
réalisé des études budgétaires ramenées au mètre linéaire excavé en comparant les
éléments du marché à ce qui a été réalisé sur le terrain (suivi des quantités, des heures de
main d’œuvre, etc.)
Points forts du dossier

Préparation des portails

Comme abordé précédemment, la présence d’un terrain non exproprié dans la


zone de sortie du tunnel a rendu les travaux de préparation assez ardus. En effet on ne
pouvait pas monter de remblai d’accès pour aller réaliser les travaux en hauteur, du fait du
manque de place. Néanmoins, grâce à un suivi pointilleux, à des ajouts de soutènement au
design, et à des aménagements difficiles, nous avons réussi à réaliser les deux portails,
condition nécessaire au démarrage des travaux du tunnel. Peu de gens y croyaient et
pourtant nous avons réussi ! Et heureusement car le voisin est toujours bien installé chez lui
à l’heure où nous comptons presque 900 mètres de galeries en cumulé. Sur les photos ci-
dessous on voit bien les difficultés inhérentes à la présence du voisin, les difficultés d’accès
pour les parties en hauteur et le peu de place disponible pour les travaux de soutènement en
hauteur.

Portails
Voisin

Terrain non exproprié en sortie Vue des portails

Le fait d’avoir pu réaliser tous les travaux dans cette


zone difficile d’accès peut être considéré comme un
succès important pour le chantier du tunnel, car cela a
permis le démarrage du tunnel Sud.
Néanmoins ceci a été difficile et ne s’est pas réalisé en
un coup de baguette magique. Il a fallu beaucoup de
présence sur le terrain et se jeter un peu dans l’inconnu
avec des idées neuves. Aussi je suis fier de pouvoir dire
que les conditions de sécurité ont été respectées, ce qui
n’est jamais trivial dans ce genre de situation.
Soutènement dans les pentes du portail

Rendement d’excavation
Juger du travail de quelqu’un n’est jamais évident, juger le nôtre encore
moins. Trop de paramètres rentrent en compte, indépendants de notre volonté. Néanmoins
et sans prétention aucune je pense avoir fourni un travail de qualité jouant sur le fait que
l’excavation des tunnels depuis le front Est se fait plutôt vite et plutôt bien. Le but n’est pas
du tout de tirer la couverture à moi car, par exemple, le chef de chantier en place a une
énorme part dans la réussite des travaux. Je pense juste avoir apporté ma pierre à l’édifice
et dire que c’est une des pierres fondatrices ne me paraît pas usurpé. Mes chefs me
jugeront peut-être différemment, allez savoir…
Mais, car il y a toujours un mais, certains éléments peuvent être analysés dans le but de
décrypter ma « performance ». Bien sûr ils doivent être pondérés par de nombreux facteurs
extérieurs mais ils donnent une image assez parlante. Dans cet esprit j’ai choisi de me baser
sur une comparaison planning travaux et une comparaison planning budget.
Points forts du dossier

• Planning
La base de comparaison n’est pas le planning budget car, du fait des
difficultés rencontrées sur le projet, celui-ci n’a plus vraiment valeur d’étalon. Un planning a
donc été remis à jour début du mois de mai 2010, de type « chemin de fer » et il est aussi
reporté sur ce planning le réalisé. On peut voir un léger retard sur le tube sud mais une
avance confortable sur le tube nord. Les deux tubes étant traités en même temps, il est
important de voir les deux avancements simultanément. De plus les plannings étant toujours
théoriques et donc légèrement optimistes (ah la légende des travaux publics…), le fait
d’avoir une petite avance permet de dire que les rendements d’excavation sont relativement
bons. Tout ceci est le fruit de l’investissement des équipes et de la bonne préparation du
chantier.

Légende :
Tunnel Nord théorique
Tunnel Sud théorique
Réalisé

Plusieurs tendances peuvent être


observées sur ces courbes. On voit
clairement les montées en cadence
sur chaque tube, le retard du tube
Nord s’expliquant par une géologie
plus compliquée et donc un
soutènement plus lourd à mettre en
place.
Ensuite on peut voir que les
cadences actuellement tenues sont
conformes au budget.
Enfin on peut en déduire que le
chantier côté Est est dans la bonne
direction.
À titre d’information le pas
d’avancement est de 1,2m et
l’avance journalière est de 5m
environ. Les avancements sont à mi-
juillet de 530 mètres pour le Sud,
et de 320 mètres pour le Nord.

Mètres
Points forts du dossier

• Budget
Si on compare maintenant en terme d’argent (car être dans les temps c’est
bien, l’être sans dépasser le budget prévu c’est mieux) on peut voir qu’après un démarrage
« dans le rouge » (montée en cadence nécessaire) le mois de juin présente un bilan positif. Ce
mois de juin, bien qu’ayant été témoin de grèves générales (paralysant le chantier car
cassant la continuité), représente une sorte d’objectif avec des avancements réguliers et un
métré mensuel important. Sur le graphique ci-dessous on peut voir les prévisions de début
2010 pour le tunnel en global (Est et Ouest). Le tunnel Ouest après des problèmes de
stabilisation de terrain monte lui aussi en cadence, ce qui aboutit à des avancements
importants sur le tunnel et on voit aisément qu’un travail dans la continuité amènera un
dépassement des objectifs. En cumulé il existe encore un retard (~ 170m) mais la courbe
actuelle peut laisser espérer un retour dans les tendances d’ici 3 ou 4 mois. Certes la vérité
d’un jour n’est pas nécessairement celle du lendemain mais je pense que, mis à part un
accident géologique (phénomène indépendant et assez difficile à prévoir et à planifier) qui
réduirait forcément les rendements, les prévisions peuvent être relativement optimiste.
Tout ce crédit est à mettre au bénéfice de tous les acteurs du chantier, du simple
manœuvre au directeur de projet.
Points forts du dossier

Vécu dans les équipes


Dans tout travail impliquant d’autres personnes, il est très important
d’entretenir de très bonnes relations avec les autres membres de l’équipe.
De ce côté-ci je pense aussi que mon VIE a été une expérience concluante. En effet d’un
naturel plutôt communicant et ouvert, j’ai su lier des relations fortes avec les différentes
personnes aussi bien de l’encadrement que des équipes de production (tâche rendue plus
ardue par la barrière de la langue, peu parlant anglais). Je pense aussi que ma bonne humeur
a été appréciée et a favorisé les bonnes conditions de travail, celles-ci étant un plus pour
arriver à la performance à mon avis. Je ne suis pas pour autant tombé dans le familier et
donc cette bonne humeur n’est pas venue contredire mon autorité mais au contraire est
venue la renforcer. Il est très important sur un chantier d’être par moment autoritaire, tout
en prenant soin d’être toujours juste dans les décisions prises.
En forme de clin d’œil à ce grand prix VIE, mon collègue et ami Benjamin, lui aussi volontaire
chez Vinci, m’a d’ailleurs remis, lors de mon pot de départ une coupe de « Best VIE Ever ».
C’est une fierté pour moi de recevoir un tel prix et c’est une reconnaissance de mon travail
sur site, de même que les différentes marques de reconnaissance de mes supérieurs
hiérarchiques.

Appréciation de l’entreprise
« L’arrivée d’un volontaire dès le commencement du chantier des tunnels de
Panagopoula nous paraissait être une bonne chose. Baptiste a donc été engagé dès le mois de
juin en CDD (le VIE ne pouvant débuter que début août) dans le but de participer pleinement
aux premiers pas du projet, ce qui est un plus aussi bien pour le volontaire que pour
l’entreprise. Disposant de connaissances bien établies sur les travaux souterrains, datant
d’une expérience passée, il a pu se mettre assez rapidement au diapason de l’équipe déjà sur
site. Sa bonne humeur et ses facilités de communication ont été un plus pour son intégration.
Le fait que le chantier était en période de préparation lui a aussi permis de s’immerger
pleinement et de manière douce dans le projet.
Lors du travail de préparation, il a fourni un travail complet et varié, allant de la rédaction
de documents contractuels aux méthodes. Son apport a été important et a contribué au bon
déroulement de cette phase.
Ensuite il a été amené à suivre le sous-traitant préparant les portails et il a su apporter
rigueur, dynamisme et nouvelles idées dans le but de réussir ce pari que représentaient ces
travaux rendus difficiles par les conditions in situ.
Enfin lors du démarrage de l’excavation il a pleinement assumer son rôle de conducteur de
travaux au sein des équipes de production pour amener le chantier à une vitesse de croisière
actuelle très satisfaisante.
Tout au long de ces 14 mois de mission, Baptiste a fait preuve d’une conscience
professionnelle certaine. Il a commis certaines erreurs, comme tout un chacun, mais a
toujours su en tirer des enseignements et ne les a jamais reproduites. N’hésitant jamais à
demander conseil aux personnes plus expérimentées, il a su s’imprégner de l’expérience de
chacun pour arriver à mener, avec un succès certain, sa mission sur ce site.
Pour la suite il a émis le souhait de s’orienter vers d’autres types de projet (ouvrages d’art
principalement) et je suis convaincu qu ’il saura s’adapter dans un environnement différent et
connaître une carrière réussie dans le monde des travaux publics. »
Thierry Roma, directeur de travaux Tunnels de Panagopoula
Conclusion

V oilà l’aventure tire à sa fin en même temps que ce dossier. Il

me reste à écrire la conclusion et à finir mes bagages, mon départ étant prévu pour
ce soir. Pas évident de faire le bilan « à chaud ». Je pense qu’il sera plus facile de
tirer les conclusions dans un mois. Néanmoins ce dossier me permet de jeter un œil
dans le rétroviseur. Pour rédiger tout ça il a fallu se poser calmement, reprendre les
chiffres, analyser les actions passées. L’exercice fut plaisant ! Moi qui m’était juré
qu’une fois le chemin scolaire abandonné, on ne me reprendrait pas à rédiger des
rapports sur mes accomplissements, je dois avouer que déroger à la règle ne m’a pas
gêné, bien au contraire.
Ces 14 mois en Grèce sont à marquer d’une pierre blanche dans le cheminement de
ma vie. En effet l’expérience fut grandiose, je dirai même que ce qui devait être un
coup d’essai fut un coup de maître. Et là vous vous dites « il en rajoute ! Un coup de
maître il ne faudrait tout de même pas exagérer ». Néanmoins j’ose l’affirmer. À
titre personnel seulement car je ne saurai m ’exprimer pour d’autres personnes.
Je m’explique.
Tout d’abord j’ai découvert un pays. Et dans le genre la Grèce n’est pas le plus moche
! Les week-ends et congés ont été utilisés à bon escient pour découvrir les
nombreuses richesses de ce pays. Les Cyclades, le Péloponnèse, les Ioniennes, la
Crête, les Météores, etc. Peu de sites ont échappé à mon appétit de découvertes.
D’ailleurs je pense maintenant mieux connaître la Grèce que mon propre pays.
Beaucoup d’amis et de membres de ma famille sont venus me rendre visite et sont
repartis enchantés.
Ensuite, professionnellement parlant, cette expérience a été un succès. Je repars
d’ici confiant dans mes capacités et conscient du chemin restant à parcourir. En
septembre je me dirigerai vers un autre domaine des travaux publics, fort de ces 14
mois d’expérience réussie et avec une confiance en moi renouvelée. Je tenais donc à
remercier Pierre Morand directeur du projet, Thierry Roma directeur de travaux et
tous les collaborateurs Vinci présents sur le chantier.
On dit toujours qu’on garde le meilleur pour la fin. Donc je voulais juste vous parler
de ce qui me semble le plus essentiel dans ce dernier paragraphe de la conclusion. Et
donc dédier toute cette expérience et aussi ce dossier à Bruno Martinasso, mon
tuteur lors de mon stage en travaux souterrains en France, sans qui rien de tout ça
ne serait arrivé. En ce triste mois de juillet durant lequel il nous a quittés
brutalement, mes pensées ainsi que ma reconnaissance éternelle vont à lui ainsi qu’à
sa famille.