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Critère de plasticité

Un critère de plasticité, ou critère


d'écoulement plastique, est un critère
permettant de savoir, sous des
sollicitations données, si une pièce se
déforme plastiquement ou si elle reste
dans le domaine élastique. De nombreux
essais ont montré que l'on pouvait
utiliser deux critères principaux : le
critère de Tresca-Guest ou le critère de
von Mises. En résistance des matériaux,
on désire parfois rester dans le domaine
élastique, on parle alors de critère de
résistance.

La contrainte de comparaison n'est pas


une contrainte réelle existant à un instant
donné à l'intérieur d'un solide, mais est
utilisée en mécanique pour prédire la
rupture. Néanmoins, la plupart des
ingénieurs l'utilisent pour déterminer si
un champ de contrainte donné dans une
pièce est acceptable ou non. On parle
aussi de contrainte équivalente ou de
contrainte effective. Elle découle des
critères de plasticité.

Cette contrainte est comparée à la limite


d'élasticité ou encore la contrainte de
rupture obtenue par essai de traction.
Problématique
Approche élémentaire

Sollicitation de la pièce selon deux axes : si l'on a de


la traction sur les deux axes, les cissions
résultantes sur le plan à 45° s'opposent ; si l'on a de
la traction et de la compression, les cissions
s'ajoutent
Contraintes nécessaires pour atteindre la limite
d'élasticité

Plaçons nous dans le cas d'un état de


contraintes planes. Dans le cas de la
traction uniaxiale d'une pièce d'un
matériau ductile, la limite de contrainte
au-delà de laquelle on a une déformation
plastique est la limite d'élasticité Re :
pour une traction d'axe x, on reste dans le
domaine élastique si la contrainte σxx
vérifie :
σxx < Re

Ceci représente en général à une limite


admissible pour des pièces en service :
au-delà de cette valeur, les pièces se
déforment de manière irréversible, et si la
géométrie de la pièce est importante
pour le système, cela provoque une
défaillance.

On provoque de la déformation plastique


si :

cette situation est recherchée dans le


cas de la mise en forme (laminage,
forgeage, pliage, emboutissage, etc.).
On sait que la déformation plastique se
fait par cisaillement : il est bien plus aisé
de faire glisser des atomes les uns sur
les autres. La cission (ou contrainte de
cisaillement) est maximale pour un plan
incliné de 45° par rapport à l'axe de
traction (voir l'article Cercle de Mohr).

Supposons maintenant que l'on sollicite


la pièce selon x et y. On obtient la cission
résultante en projetant les forces de
traction ou compression sur le plan à
45°. Nous voyons que :

si l'on a de la traction sur x et sur y, les


cissions résultantes s'opposent, on
atteint donc moins vite la limite
élasticité ; la situation est identique si
l'on a de la compression sur les deux
axes ;
si l'on a de la traction sur x et de la
compression sur y, les cissions
résultantes s'ajoutent, on atteint donc
plus vite la limite d'élasticité.

Si nous représentons la frontière R entre


domaine élastique et domaine plastique
sur un graphique (σxx, σyy), alors

les contraintes valent Re sur les axes


(traction ou compression uniaxiale) ;
les contraintes pour atteindre R sont
plus élevées que Re lorsqu'elle sont de
même signe ;
les contraintes pour atteindre R sont
plus faibles que Re lorsqu'elle sont de
signes opposés.

Dans un cas plus général, on considère


les contraintes principales σI et σII. Dans
le cas de contraintes tridimensionnelles,
on considère σI, σII et σIII.

Critère de ruine

Comme mentionné précédemment, la


limite d'élasticité Re est souvent une
limite ultime à ne pas dépasser pour des
pièces en service. Cependant, la
contrainte réelle que subissent les pièces
peut être plus élevée que la contrainte
que l'on calcule ; en effet, l'effort peut
être accidentellement plus élevé que
prévu, et en ce qui concerne les pièces,
les variations de forme (entailles, trous,
congés…) entraînent des concentrations
de contraintes. Dans tous les cas, la
contrainte nominale, si elle correspond à
une condition d'équilibre statique, doit
rester inférieure à la limite d'élasticité.

Pour prendre en compte ces


phénomènes imprévus, on utilise une
valeur limite pratique Rp qui est inférieure
à Re. On divise pour cela Re par un
coefficient de sécurité s dépendant du
domaine d'utilisation de la pièce ; du fait
de ce coefficient de sécurité, on utilise en
général un signe inférieur ou égal :
Rp = Re/s
σxx ≤ Rp

Le respect de cette limite est un critère


de validation du système. Le
dépassement de cette limite est
considéré comme provoquant la
défaillance du système, cela constitue
donc un critère de ruine.

Notez que l'on peut dans certains cas


admettre localement un dépassement de
la limite d'élasticité qui ne produirait pas
de déformation significative de la
structure.

Article détaillé : État limite ultime.

Généralisation
L'espace des contraintes est à six
dimensions (le tenseur des contraintes
comporte neuf termes mais est
symétrique, voir Notation de Voigt). Le
domaine élastique et le domaine
plastique sont séparés par une
hypersurface à cinq dimensions, appelée
surface de charge. Cette hypersurface
correspond à une équation de la forme

ƒ(σij) = 0

où ƒ est appelée fonction d'écoulement


plastique.

On peut représenter cette hypersurface


dans l'espace des contraintes principales
(σI, σII, σIII). Cette surface est donc de la
forme :

ƒ(σI, σII, σIII) = 0.

Elle est souvent représentée en deux


dimensions dans le cas des contraintes
planes (σIII = 0). Elle est alors réduite à
une courbe, qui est intersection de la
surface de charge avec le plan (σI, σII).

Si le milieu est isotrope, on peut réécrire


cette équation avec les invariants du
tenseur des contraintes (voir Contrainte
principale > Détermination) :

ƒ(I1, I2, I3) = 0.


La compression ou l'extension isotrope
ne sont pas susceptibles de créer de
l'écoulement plastique. On peut donc se
contenter de considérer le déviateur du
tenseur des contraintes, et donc les
invariants de ce déviateur, J2 et J3 (on a
J1 = 0). L'équation peut donc se réécrire :

ƒ(J2, J3) = 0.

Critères de limite d'élasticité


Critères de Tresca-Guest et de von Mises

Critère de Tresca (critère de la


contrainte de cisaillement
maximal)

Puisque la déformation plastique se fait


par cisaillement, le critère de Tresca[1]
(ou critère de Tresca-Guest) considère la
cission déterminée selon le cercle de
Mohr. Dans le cas de contraintes planes,
la condition de déformation élastique
devient :

|σI - σII | ≤ Re.

Le graphique est un hexagone.

Dans le cas de contraintes


tridimensionnelles, on a :

|σI - σII | ≤ Re et |σI - σIII | ≤ Re et |σII - σIII |


≤ Re

ou encore :

maxi ≠ j(|σi - σj |) ≤ Re.

La fonction d'écoulement plastique est


alors
ƒ(σI, σII, σIII) = maxi ≠ j(|σi - σj |) - Re.

La surface limite est un prisme à base


hexagonale dont l'axe est la trissectrice
des trois axes (σI, σII, σIII).

Critère de von Mises (critère de


l'énergie de distorsion élastique)

Le critère dit de von Mises fut formulé


par Maxwell en 1865. Huber (1904) la
développa partiellement dans un article
en polonais[2]. Cependant, sa paternité
est généralement attribuée à von Mises
(1913)[3]. On parle aussi parfois de la
théorie de Maxwell–Huber–Hencky–von
Mises, ou de critère de Prandtl-Reuss.
Le critère de von Mises est un critère
énergétique : l'énergie de déformation
élastique s'écrit dans les cas simples :

U = ½σε en traction-compression
— ou —
U = ½τγ en cisaillement

et de manière générale

U = ½σijεij

(avec la convention de sommation


d'Einstein).

Cette énergie peut se séparer en deux


termes :

U = Uv + Uf
avec

Uv : énergie due au changement de


volume sans changement de forme,

 ;
Uf : énergie due au changement de
forme sans changement de volume, ou
énergie de distorsion plastique

Notations
σ' = pI : tenseur sphérique, isotrope,
p : pression isostatique,
I : matrice unité ;
σ'' : déviateur du tenseur des
contraintes ;
E : module de Young ;
ν : coefficient de Poisson ;
G : module de cisaillement.

Comme indiqué précédemment, la


dilatation/compression isotrope n'est
pas susceptible de provoquer un
écoulement plastique, le critère de
plasticité ne porte donc que sur Uf. On
peut écrire :
.

où J2 est le second invariant du déviateur


du tenseur des contraintes et G est le
module de cisaillement.

Cette énergie ne doit pas dépasser une


valeur limite si l'on veut rester dans le
domaine élastique. La valeur critique de
l'énergie est donc, en prenant comme
référence la traction uniaxiale (σII = σIII =
0, σI = Re à la limite) :
.

En contraintes planes, le critère de von


Mises s'écrit :

ce qui est l'équation d'une ellipse, ou


encore

Ceci peut également s'écrire

ou encore
.

La surface limite est un cylindre dont


l'axe est la trissectrice des trois axes (σI,
σII, σIII).

La fonction d'écoulement plastique peut


s'écrire

Dans le cas de poutres soumises à une


flexion (générant une contrainte normale
maximale σmax) et à une torsion
(générant une cission maximale τmax), le
critère devient (forme de Huber) :

.
Notes

1. Il existe un autre critère de von Mises


qui évalue la fragilité intrinsèque d'un
matériau cristallin en fonction du nombre
de modes de déformation plastique
possible du cristal, voir Fragilité.

2. Les deux critères précédents (Tresca


et von Mises) écartent toute influence de
la pression hydrostatique. Ainsi, un solide
soumis à une traction (ou une
compression) uniforme suivant les trois
axes ( ) est placé,
au vu de ces deux critères, dans une
situation équivalente à celle du repos. Or
il existe une limite à la pression
hydrostatique qu'un solide est capable de
supporter. Elle survient lorsque l'on quitte
le domaine de la mécanique pour
atteindre le domaine atomique :

La force nécessaire à écarteler les


atomes est telle que placer un solide
dans le vide ne suffit pas, à
température ambiante. Pour séparer
des atomes, il faut leur apporter une
autre énergie. On peut atteindre la
sublimation dans certaines conditions
de température et de pression.
Au niveau compression, les atomes
étant jointifs sur un solide, il se passe
à très haute pression une
réorganisation cristalline (du carbone
en diamant, par exemple). Dans ce cas,
le solide a changé de structure et donc
de propriétés. Les modèles
macroscopiques utilisés en résistance
des matériaux ne s'appliquent plus.

Contrainte de comparaison
La contrainte de comparaison, ou
contrainte effective, ou encore
contrainte équivalente, est une valeur
calculée à partir du tenseur des
contraintes ; elle est notée σe. On
compare cette valeur à la limite
d'élasticité pour savoir si l'on est dans le
domaine élastique ou plastique. Cela
revient en fait à ramener tout problème à
de la traction uniaxiale.

La fonction d'écoulement plastique


devient :

ƒ(σij ) = σe - Re.

On définit classiquement deux


contraintes effectives :

la contrainte de Tresca :

 ;
la contrainte de von Mises :
.

Dans un cas de sollicitations planes, pour


lequel on n'a que deux contraintes
normale σ et de cisaillement τ, les
définitions deviennent :

contrainte de Tresca :
 ;

contrainte de von Mises :


.

La frontière entre le domaine plastique et


le domaine élastique est la surface σe =
Re :

σe < Re : domaine élastique ;


σe > Re : domaine plastique.

En résistance des matériaux, la condition


de résistance s'écrit :

σe ≤ Rp, avec Re/s.

Les programmes de calcul par éléments


finis représentent en général le champ de
contrainte équivalente par une carte de
couleur, le bleu correspondant à une
contrainte nulle et le rouge à la contrainte
équivalente maximale. On peut ainsi
détecter le ou les points critiques de la
pièce.

« Notons que les deux critères


[de Tresca et de von Mises]
peuvent s'interpréter en termes
de cisaillement critique, ce qui
est compatible avec la théorie
des dislocations ; la différence
réside en quelque sorte dans la
moyenne à effectuer : la théorie
microscopique de la plasticité
prend en compte des critères
cristallographiques qui sont
absents de la théorie continue
de la plasticité. [Représentons
dans l'espace des contraintes
principales], pour une
sollicitation plane (σ3 = 0), le
lieu de plastification
correspondant au critère de
von Mises et de Tresca : on voit
que ces deux critères sont
qualitativement proches. Le
critère de von Mises est plus
maniable d'un point de vue
mathématique, on a tendance à
le préférer au critère de
Tresca. »
— Métallurgie : du minerai
au matériau[4]

« Si, pour les matériaux


ductiles, von Mises est un peu
plus précis que Tresca, de
nombreuses vérifications
expérimentales ont donné des
résultats situés sur la frontière
entre les deux critères. Tresca,
plus simple et souvent utilisé,
est plus conservatif[5] en
laissant une marge de sécurité
légèrement plus grande.
Cependant, beaucoup de
programmes commerciaux
d'analyse des contraintes et
d'éléments finis s'appuient sur
von Mises ; de ce fait, il existe
une tendance naturelle à
utiliser celui-ci en toutes
circonstances. »
— Jean-Louis Fanchon,
Guide de mécanique —
Sciences et technologies
industrielles[6]

Autres critères de limite


d'élasticité
Critère de Rankine

Le critère de Rankine énonce simplement


que pour rester dans le domaine
élastique, aucune contrainte principale
ne doit dépasser la limite d'élasticité :

max(|σ1|, |σ2|, |σ3|) ≤ Re.

Dans le cas de contraintes planes, la


frontière dessine un carré dans le plan
(σ1, σ2).

Critère de Mohr-Caquot

Le critère de Mohr-Caquot est un critère


de rupture pour les matériaux fragiles ;
c'est donc un critère de limite d'élasticité,
mais pas de plasticité (puisqu'il n'y a pas
de domaine plastique pour les matériaux
concernés).

L'accroissement de la pression
isostatique σm diminue l'amplitude des
cercles de Mohr critiques. Pour les
matériaux fragiles, les courbes
enveloppes des cercles de Mohr sont
deux droites[7]. La valeur de cisaillement
à ne pas dépasser, τmax, s'exprime par :

τmax, c = a + k × σm.

où a et k sont des constantes.

Critère de Coulomb

Le critère de Coulomb s'applique aux


ouvrage en terre. Là encore, s'il s'agit d'un
critère de limite d'élasticité, ce n'est pas
un critère de plasticité. La condition de
stabilité est :

τ + σ⋅tan (φ) - C ≤ 0

avec:
φ : angle de frottement interne
compris entre 0 et π/2 ;
C : cohésion du matériau.

Autres systèmes de coordonnées

L'hypersurface délimitant le domaine


élastique peut aussi être représentée
comme une surface de dimension deux
dans l'espace des invariants du tenseur
des contraintes I1 et du déviateur J1 et
J2. Cette surface est donc de la forme :

ƒ(I1, J1, J2) = 0.

Dans le cas des matériaux dont la


cohésion est assurée par l'adhérence
(frottement), comme les sols, on utilise
les variables p, q et r :
ƒ(p, q, r) = 0

avec :

 ;

, la contrainte
équivalente ;

On peut aussi décrire l'espace par des


coordonnées cylindriques, les
coordonnées de Haigh-Westergaard (ξ, ρ,
θ) :

ƒ(ξ, ρ, θ) = 0

avec :

 ;
 ;

θ est l'angle de Lode[8], défini par

Dans les coordonnées de Haigh-


Westergaard, les contraintes principales
s'écrivent :

Notes
1. Tresca, H. (1864). Mémoire sur
l'écoulement des corps solides
soumis à de fortes pressions. C.R.
Acad. Sci. Paris, vol. 59, p. 754.
2. R. Hill, The Mathematical Theory of
Plasticity, Oxford, Clarendon Press
(1950)
3. Ford, Advanced Mechanics of
Materials, Longmans, London, 1963
4. PABC 2002, p. 790
5. prudent
6. Fan 2001, p. 445
7. Guy Pluvinage, « Principe 11 : la
ténacité d'un matériau dépend des
conditions de confinement de la
plasticité » , sur UNIT (consulté le
21 janvier 2016)
8. Lode, W. (1926). Versuche ueber den
Einfuss der mitt leren
Hauptspannung auf das Fliessen der
Metalle Eisen Kupfer und Nickel

Voir aussi
Bibliographie

[PABC 2002] J. Philibert, A. Vignes, Y.


Bréchet et Combrade, Métallurgie, du
minerai au matériau, Paris, Dunod,
2002, 2e éd. (ISBN 978-2-10-006313-0),
p. 789-792
[Fan 2001] Jean-Louis Fanchon, Guide
de mécanique, Nathan, 2001
(ISBN 2-09-178965-8), p. 380-381, 413-
416, 445-452
Claude Hazard, Frédy Lelong, Bruno
Quinzain, Mémotech — Structures
métalliques, Casteilla, 1997
(ISBN 2-7135-1751-6), p. 343
D. Spenlé, R. Gourhant, Guide du calcul
en mécanique, Hachette, 2003
(ISBN 2-01-16-8835-3), p. 204

Articles connexes

Écrouissage
État limite ultime

Liens externes

(fr) Les critères de plasticité :


complément d'information , ENS
Cachan

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