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ALCHIMIE

Études générales de symbolisme alchimique

revu le 5 octobre 2006

Plan : 1. Introduction - 2. l'alchimie revisitée - 3. les Principes - 4. le chêne -


5. la fontaine - 6. l'antimoine et l'étoile - 7. le messager des dieux - 8. l'eau
ignée - 9. la pierre noire - 10. la salamandre et le renard - 11. les
hiéroglyphes célestes - 12. la grande coction - note sur la pierre du coignet
de Fulcanelli et une chapelle absidiale, du côté de la rue du
Cloître-Notre-Dame.

1)- Introduction
Nous étudions dans ces pages les principaux points du symbolisme
alchimique en essayant d'en relier chacun de façon rationnelle avec
des procédés chimiques véritables : ce sont les ouvrages de Fulcanelli
(Le Mystère des Cathédrales, les deux tomes des Demeures philosophales) et
d'Eugène Canseliet (Études alchimiques in Alchimie, Deux Logis

1
alchimiques, l'Alchimie expliquée sur ses Textes classiques) qui retiennent
e
l'attention au XX siècle. Précisons immédiatement que l’alchimie n’est
nullement une discipline ésotérique. Le processus alchimique est
commenté habituellement sous une forme allégorique et cabalistique
qui en voile le sens mais il n’a point de rapport avec l’ésotérisme tel
qu’il peut être assimilé à l'occultisme ou à la théosophie. L’approche
que nous abordons s’efforce donc de concevoir de manière rationnelle
l’ensemble du grand oeuvre. Nous ajouterons que chaque auteur
alchimique (encore appelé par tradition Philosophe Chymique ou Adepte quand il
parvenait à fabriquer la pierre philosophale) avait son propre système de
codage. Fulcanelli, par exemple, a dispersé les phases du grand
oeuvre dans ses trois livres. Nous avons choisi le système de la toile et
des renvois alternés.

« le Lut de Sapience », frontispice du Philaletha Illustrasta de Michael Faust,


cf. aussi Huginus à Barma

L'étude des grands classiques de l'alchimie, auxquels nous ne


pouvons que renvoyer le lecteur intéressé [textes, plan], permet de
compléter les enseignements parfois énigmatiques de Fulcanelli
ou de son élève. À ce sujet, ajoutons quelques remarques qui
s'adressent au profane : la première fois que l'on jette les yeux sur
un traité d'alchimie, on ressent souvent une impression de dégoût
et l'on est tenté de refermer aussitôt l'ouvrage que l'on croit rédigé
par un fou ou par un illuminé. L'un des premiers livres d'alchimie à
recommander est le Trésor des Alchimistes de Jacques Sadoul [J'ai
Lu, 1969] ; c'est un ouvrage de bonne vulgarisation historique qui
évoque les vieux alchimistes et qui n'aborde que de façon
sommaire [mais bien faite au demeurant] les grands arcanes de l'Art.
Le deuxième ouvrage à recommander est la Pierre philosophale de

2
Georges Ranque [Laffont, 1972], très différent du premier livre en
ce qu'il insiste davantage sur le symbolisme ; qui plus est,
plusieurs traités y sont annexés, chose rare vers la fin du XXe
siècle : leur lecture peut être pénible et plonger dans la perplexité.
Au vrai, on peut ne rien comprendre à ce qui y est dit ; à cela peut
s'ajouter comme une sorte de dégoût, résultant de l'impression
que l'on perd pied dans un dédale égarant le sens ; la lecture de
certains passages donne plus l'impression d'un poème surréaliste
que d'un texte auquel, en bonne éducation cartésienne, on est
habituellement confronté. En ce sens, ces textes se révélent d'une
remarquable modernité ; en même temps, le style en est
archaïque et bien sûr, on n'y trouve pas trace de la moindre
substance chimique... Dès lors, l'impression de se trouver devant
un texte écrit par un fou ou un illuminé va croissant et l'on a plus
qu'une envie : refermer le livre pour ne plus jamais l'ouvrir... C'est
là que les vieux alchimistes arrivent encore et toujours à séparer
les impétrants : les vrais étudiants vont au-delà des difficultés et
arrivent à démêler l'écheveau entrelacé ; les autres prenant à la
lettre les indications données par les hermétistes se perdent en «
mille brouilleries » pour reprendre l'expression de Nicolas Flamel.
Mais ce n'est pas tout que de tenter d'expliquer des textes, des
allégories ou de risquer des jeux de cabale improbables. Encore
faut-il tâcher de faire oeuvre utile en structurant l'ensemble, ce qui
revient à disposer les fils de son propre labyrinthe. Le lecteur sera
donc amené par le biais de liens alternés, à errer sur les crêtes
des vieux textes ou dans les remous de commentaires ou encore
dans l'eau étale de sections d'explication rationnelle. Dans ce
travail, nous essayons toutefois d'éviter le plus possible la
redondance et de présenter dans chaque section, dans chaque
texte, une nouveauté permettant d'isoler ici, un point particulier de
symbolisme, là un point de pratique chimique ancienne, ailleurs
enfin un point relevant du plus pur hermétisme. Dans tout ce que
nous écrivons, nous sommes charitables [c'est ainsi qu'on appelle
vulgairement les alchimistes qui ont écrit des choses vraies, par opposition
aux « envieux », c'est-à-dire à d'autres alchimistes qui disent
systématiquement le faux pour le vrai] ce qui ne veut pas dire «
simplistes ». Au lecteur de s'éclairer lui-même sur des points, et
ils sont vraiment rares, où l'obscurité demeure et, s'il s'intéresse à
cette discipline d'Hermès, c'est pour lui un devoir que de
s'acquitter d'un minimum d'effort personnel. La seule chose que
nous réclamons du lecteur, c'est de bien considérer qu'il ne s'agit
pas ici d'un site à vocation ésotérique mais d'un lieu où la lumière
s'efforce de sortir des ténèbres pour reprendre le titre, Lux
obnubilata..., d'un des classiques de l'alchimie. Cela ne signifie
pas que les personnes qui goûtent l'ésotérisme soient à mépriser ;
du moins est-il nécessaire que cet intérêt ne soit pas entaché d'un
caractère sectaire, qui représente le contraire de la liberté. Que
des savants aussi éminents que Carl-Gustav Jung, Eugène
Chevreul, Marcelin Berthelot, Isaac Newton, Robert Boyle,
Ferdinand Hoefer et bien d'autres encore, aient consacré plus
qu'une part non négligeable de leur activité, de leur vie en un mot,

3
doit forcément peser dans l'un des plateaux de la balance qui
jauge l'honnêteté et les scrupules qu'habitent tous les « vrais
disciples d'Hermès », auxquels s'adresse dans une Lettre, Limojon
de Saint-Didier.

2)- l’alchimie revisitée

L’imagerie populaire caricature volontiers les choses et l’alchimie,


pour un grand public, ne renvoie plus qu’à des superstitions du
passé où des illuminés « cherchaient à faire de l’or » avec des
recettes alambiquées. La critique historique rend justice de cette
représentation à la fois simpliste et facile. Les travaux alchimiques
de Newton (1) sont de plus en plus connus. L’hypothèse la plus
vraisemblable d’après Newton était que :

" tout corps peut être transformé en un autre, de quelque sorte qu’il soit, et
tous les degrés intermédiaires de qualités peuvent être produits en lui ."

Il ne faisait, au demeurant, que reprendre les conjectures des


philosophes de la Grèce antique [cf. Timée]. Les philosophes
actuels sont bien sûr plus réservés et estiment que :

" l’alchimie de Newton est le lien historique entre l’hermétisme de la


Renaissance et la chimie et la mécanique rationnelles du XVIIIe siècle ."(2)

Il reste qu’un problème historique se pose dans la mesure où


l’hermétisme date d'une époque bien antérieure à celle de la
Renaissance. Il nous faut donc remonter au temps où alchimie et
astrologie étaient unies. C’est au IIe et IIIe siècle après J.-C.
qu'ont été rédigées, en fait, les œuvres qui ont inspiré les mages
et les philosophes de la Renaissance (3) (on citera : Giordano Bruno,
Tommaso Campanella, Marsile Ficin, Giovanni Pic de la Mirandole) . Ces
œuvres ont été attribuées à Hermès Trismégiste et Hermès fut
identifié par les Grecs au dieu égyptien Thot. D'Hermès
Trismégiste (4), on ne peut à vrai dire totalement séparer les
traités philosophiques comme ceux inclus dans le Corpus
Hermeticum ou l’Asclepius de la littérature d’inspiration
astrologique, alchimique et magique qui lui sont aussi attribués.
Par exemple, les traités philosophiques, en des visions mystiques
qui nous laissent perplexes à notre époque, tentaient de révéler
l’organisation astrologique du cosmos. Cette philosophie, alors
considérée comme suprême et à laquelle nous ne pouvons plus
adhérer, préconisait l’usage de mots de passe et de signes
magiques qui permettaient au gnostique - au sens d’érudit (5) -
pessimiste d’écarter l’influence de la matière malfaisante des
astres lors de leur ascension à travers les sphères ; de même, le
gnostique optimiste tâchait d’attirer des cieux, par la magie
sympathique et des procédés talismaniques, les pouvoirs
bienfaisants des astres. Les méthodes de magie sympathique
procédaient de la connaissance des animaux, des plantes et bien

4
sûr des métaux que gouvernaient les planètes [cf. mon zodiaque
alchimique]. Un livre semble émerger des écrits attribués à
Hermès-Thot qui pourrait bien être un pont jeté entre l’alchimie et
l’astrologie : le Liber Sacer ou livre sacré d’Hermès où se trouvent
des catalogues de décans ainsi que de pierres et de plantes en
sympathie avec chaque décan. À la Renaissance, c’est pour
l’essentiel Paracelse (6) qui impulsa une force nouvelle à
l’alchimie - créant d’ailleurs pratiquement une néo-alchimie - par
l’intrusion, dans les concepts issus du Moyen Âge, d’éléments
hermético-kabbalistiques ; ces éléments précipiteront la survenue
du mouvement R+C. Nous retrouverons Paracelse lorsque nous
aborderons le chapitre consacré à la matière première des
alchimistes mais nous pouvons préciser qu'il est fort douteux que
Paracelse ait été alchimiste ; sans nul doute, il est pour une
bonne part à l'origine du mouvement R+C de même que l'un de
ses élèves Gerhard Dorneus [sur lequel Jung a beaucoup travaillé dans
ces études d'herméneutique alchimique ; cf. Jung, Synchronicité et
e e
Paracelsica, § 4, pp. 223-237]. Au XVII et XVIII siècles,
apparaissent d'une part les grands recueils d'alchimie [cf.
bibliographie], ceux que l'on verra commentés [cf. textes divers] et
d'autre part les premières grandes études historiques et critiques.
Deux noms émergent alors : l'abbé Lenglet Dufresnoy [Histoire de
la Philosophie hermétique, Paris, 1742] et Dom Pernety qui a laissé
une somme considérable avec ses Fables Égyptiennes et Grecques
[Paris, 1786] et son Dictionnaire mytho-hermétique [Paris, 1788].

L’alchimie peut être représentée soit d’une façon purement


spéculative [avec plusieurs points de vue : spirituel, religieux, ésotérique -
voir à ce sujet la voie humide] soit d’une façon pragmatique et
pratique mais dont le sens des informations recueillies est crypté
par un langage argotique (7). Jung a étudié de manière
approfondie l’alchimie (8). Il a été conduit à déduire que
l’ensemble du formalisme alchimique renvoyait - de même que le
zodiaque et les planètes en astrologie - à des archétypes (9)
universels. En résumé, Jung considère que l’alchimiste ne connaît
pas en fait, matériellement, les substances qu’il trouve décrites
dans les traités... car elles n’existent tout simplement pas. À force
de travail cependant, l’alchimiste arrive à une sorte de révélation
intérieure, par projection de lui-même dans un processus relevant
d’une sorte de rêve éveillé, où il est conduit dans un état
certainement proche d’une expérience mystique (10) ; ce
processus nécessite un moyen ou un médiateur [on pourrait presque
dire un catalyseur] dont l’aspect est par nécessité protéiforme et
riche d’ambiguïté : l’alchimie use d'un langage allégorique et
argotique permettant des interprétations multiples. On se retrouve
finalement confronté à des phénomènes qui ne sont pas si
éloignés que cela de la perception de la musique (11). Le

5
problème posé par l’interprétation de Jung réside dans son
absence de prise en compte d’une part d’une perspective
historique [les auteurs sont cités surtout à titre d'exemple d'un point de
psychologie ou de mythologème] et d’autre part d’une perspective
chronologique des différentes phases du grand œuvre. On
ajoutera que pas une seule entrée de l'appareil critique n'existe,
chez Jung, pour des substances chimiques ; son abord est donc
purement spéculatif et nie d'emblée toute possibilité factuelle [ce
qui le conduit peut-être à des contresens dans l'opposition Dieu-Soufre :
θειον-θειος, dans l'interprétation de l'υδορ θειον,
l'Eau divine de
Zosime]. Enfin, Jung a surtout étudié les images que ses patients
voyaient et qu'il a identifiées à celles que l'on retrouve dans
l'iconographie [notons que l'analyse de certains rêves de Psychologie et
Alchimie provient d'un matériel que Jung tire de sa relation thérapeutique
avec Wolfgang Pauli, l'un des pères de la mécanique quantique] ; mais
l'iconographie va bien au-delà de la représentation de cercles ou
de mandalas et la version que donne Jung de l'alchimie nous
paraît parfois réductrice. Il n'en reste pas moins que nous
sommes en droit de voir en Jung l'un des derniers grands témoins
de la quête hermétique et que les ouvrages qu'il a consacrés à
l'alchimie sont incomparables. Citons Psychologie et Alchimie,
Psychologie du Transfert, Essais sur la symbolique de l'esprit, Racines
de la conscience et surtout le Mysterium conjunctionis en deux
ème
volumes, un 3 volume ayant été publié par Marie-Louise von
Franz : l'Aurora consurgens.

Carl Gustav Jung vers 1960

Il est à présent clair que l’alchimie a joué un rôle important dans


l’édification de la science. Cela n'est plus à montrer dans le
domaine de la chimie [cf. Ferdinand Hoefer, Histoire de la Chimie].
Elle a, en plus, contribué à la mise en commun d’un savoir qui a
pris, d’une manière de plus en plus accusée, une inflexion
méthodologique et critique. B. Teeter Dobbs (12) l'observe quand

6
elle analyse l’alchimie de Newton et en particulier le climat
intellectuel de l’époque. Elle révèle notamment l’existence d’un
véritable groupement d’intellectuels, autour de la figure de
Samuel Hartlib (13). Hartlib (1600-1662) fut l’âme d’un cercle
d’érudits et d’amis qui avaient pour but de favoriser le
rassemblement, la communication et la diffusion d’informations
diverses dans des domaines très variés. Les hommes ont
commencé alors à découvrir un nouveau modèle de coopération
sociale dans leurs efforts pour rassembler et diffuser les
connaissances. L’alchimie « scientifique » qui fut pour beaucoup
dans ce nouvel état d’esprit attira ainsi - et a priori
paradoxalement - des esprits soucieux de réforme et de raison.
Ce nouveau modèle de référence devait permettre par la suite à
l’homme de science de jouer un rôle de plus en plus influent dans
la société. Ben David (14) situe le moment crucial de cette
évolution au milieu du XVIIe siècle au sein des cercles influents
de Hartlib et dans l’Angleterre de cette époque alors que le génie
de Newton rayonnait en plein et que ses amis (Isaac Barrow (15),
Henry More (16) et sans doute Ezekiel Foxcroft (17)) lui révélaient les
traités d’alchimie. À cette époque donc, l’expérimentation en
alchimie était des plus actives : l’alchimie dans sa forme pratique
a bel et bien existé. Trois siècles plus tard, l'alchimie continue
d'intéresser les esprits et plusieurs livres de vulgarisation sont
publiés notamment au début des années 70 ; ils ont contribué
auprès d’un large public à créer une prise de conscience
renouvelée de l’alchimie ; on citera Le Trésor des alchimistes [J’ai
Lu, 1970] et Le Grand art de l’alchimie [J’ai Lu, 1975] de Jacques
Sadoul, la Pierre philosophale [Laffont, 1972] de Georges Ranque,
les Transmutations alchimiques [J’ai Lu, 1974] de Bernard Husson.
On peut y rattacher le Savoir caché des alchimistes, de C.A.
Burland [Laffont, 1969]. L'iconographie a fait l'objet d'une recension
poussée de la part de Jacques Van Lennep [l'Alchimie, Dervy,
1985]. La plupart des traités d’alchimie sont en effet devenus
introuvables et ce sont, essentiellement, des compilations et des
recensions qui ont pu nous éclairer sur les textes anciens.

[des sites spécialisés proposent sur internet des copies de nombreux textes
originaux ; quelques-uns en français, parmi lesquels se distinguent la
Librairie du merveilleux et le site Chrysopée. Ces deux sites proposent un
choix de textes importants et on peut y consulter en particulier le
Dictionnaire mytho- hermétique et les Fables Egyptiennes et Grecques.
D'autres sites sont en anglais, en particulier le levity.com qui propose un
nombre de textes et des références impressionnantes. Citons encore, en
Espagne la bibliothèque Complutense ; en Italie le site Azogue. En
allemagne, la Herzog August Bibliothek et en France, la BIUM].

Mettons à part les textes du XXe siècle, dus à Fulcanelli (18) et E.


Canseliet (19) qui permettent pratiquement de vivre de l’intérieur,
pour qui y est sensible, la splendeur de nombreuses allégories.
Ces allégories dissimulent un savoir réel qui n’est en rien
ésotérique mais seulement voilé. Signalons au lecteur
l’importance extrême que revêtent chez ces auteurs les notes de

7
bas de page, si souvent négligées ainsi que les préfaces. Ces
livres ont succédé aux études du XIXe siècle où s'illustrèrent, en
particulier, Eugène Chevreul et Marcelin Berthelot.

3)- les Principes

Cette section est illustrée par le texte et l'image. Des textes, je cite
les extraits de quelques traités classiques où se sont illustrés
plusieurs noms :

- Lambsprinck (De Lapide Philosophorum) ;


- Nicolas Flamel (le Livre des Figures Hiéroglyphiques, le Livre des
Laveures) ;
- Bernard le Trévisan (Verbum dimissum) ;
- Alexandre Sethon (Novum Lumen chymicum) ;
- Eyrénée Philalèthe (Introitus apertus ad occlusum regis patatiumn)
;
- Artephius (Artephii antiquissimi philosophi de arte occulta) ;
- Altus (Mutus Liber) ;
- Basile Valentin (Currus triumphalis antimonii, Zwölff Schlüssel,
dadurch die Thüren zu dem Uraltesten Stein).

La première chose que le lecteur doit savoir, c'est que nombre de


textes alchimiques sont en fait apocryphes : ils ont été écrits soit
par un individu qui a tenu à garder l'anonymat, soit par un groupe
d'alchimistes ; certains auteurs ont aussi joué le rôle de simple
prête-noms : c'est avéré pour Djabir [la Somme de Perfection est
attribuée de nos jours à Paul de Tarente] et très probable pour Nicolas
e
Flamel ou Artéphius. Au XX siècle, la parution des trois livres de
Fulcanelli a de nouveau constitué une énigme ; certains ont
pensé que Fulcanelli était un personnage bien réel [c'est ce qu'a
laissé entendre son disciple, E. Canseliet], d'autres ont considéré qu'il
s'agissait d'un personnage fictif sous lequel s'étaient dissimulés
un libraire érudit, Pierre Dujols, et un peintre, Jean-Julien
Champagne ; il est de fait que les partisans de cette deuxième
hypothèse se sont appuyés sur des arguments assez
convaincants ; il ne nous appartient pas de trancher la question.

8
Pierre Dujols (1862-1926), alias Magophon

Nous dirons simplement que la lecture attentive du Mystère des


Cathédrales et des Demeures Philosophales [tome I et II] permet
d'observer que l'auteur est érudit, au fait des découvertes les plus
récentes de la science de son temps et qu'il lit les Comptes rendus
de l'Académie des sciences ; de plus il anticipe bien souvent sur
des notions qui furent plus tard développées par Jung [qui ne
connut sans doute pas l'existence des écrits de Fulcanelli]. L'hypothèse
que Jean Julien Champagne [cf. http://archer.over-blog.net/ pour une
étude sur le peintre] soit Fulcanelli nous paraît bien difficile à
accepter : il paraît que Champagne aurait puisé son inspiration
dans des parfums enivrants qui auraient augmenté ses capacités
cognitives. Mais les textes que nous avons sont d'une clarté,
d'une simplicité et d'une justesse de ton que l'on ne saurait
attribuer à un esprit exalté. Bien au contraire, ils donnent
l'impression d'un véritable cours, professé du haut d'une chaire
d'Académie.

Jean Julien Champagne (1877-1932)

Passons à Eugène Canseliet : on a récemment envisagé que


c'était lui qui avait rédigé les Fulcanelli. Mais là encore, il nous
semble impossible que ces textes, où se devine un poids
immense d'érudition et de sagesse, aient pu provenir d'un homme
qui n'avait en 1924 que 30 ans. Seul, Pierre Dujols se dégage de

9
ce trio mais Jacques Sadoul [le Trésor des Alchimistes] a observé
qu'il signait ces ouvrages du pseudonyme de Magophon
[Hypotypose au Mutus Liber] et que donc, il ne voyait pas l'intérêt
qu'il en ait signé d'autres sous un second pseudonyme. Cela ne
nous semble pas constituer un argument valable et l'on a vu des
écrivains qui signaient sous différents pseudonymes. Les autres
hypothèses sont bien improbables et notamment, celle qui verrait
en Jules Violle [né le 16 novembre 1841 à 1 heure du matin, à Langres,
Haute-Marne ; décédé en 1923] Fulcanelli. C'est aussi sur la date de
sa mort que l'on s'est fié (1923) car elle précède d'un an la
publication des Demeures Philosophales. Mais là encore, ce n'est
pas une raison suffisante. La seule chose qui paraît assurée, c'est
que le Mystère des Cathédrales a été écrit d'une seule main, alors
qu'on en devine plusieurs dans les Demeures philosophales. Les
notes de bas de page indiquent des dates dépassant l'année
1900 et il est possible qu'elles aient été ajoutées par E. Canseliet
; cette assimilation de Fulcanelli à J. Violle repose enfin sur un
malentendu. Il s'agit de la couleur violet où l'on a voulu voir un
signe. Or, la couleur violet est une constante dans les textes
alchimiques parce qu'à un certain moment dans l'oeuvre, cette
couleur symbolise des chaux métalliques qui s'apparentent aux
roches cyanées [les Symplegades] qui se signalent à la sortie du
Pont-Euxin par analogie à la fin de la période de dissolution. Cela
dit, on ne voit pas comment Jules Violle aurait eu le temps, non
seulement d'oeuvrer au fourneau, mais encore de rédiger les
textes qu'on lui a attribués. De plus, J. Violle n'était pas en bonne
santé alors que le travail que l'on devine derrière les trois
Fulcanelli est considérable. Cette hypothèse ne nous convainc
donc pas. Certains ont vu dans Camille Flammarion un autre
Fulcanelli mais rien dans la biographie de l'astronome ne vient
conforter cette hypothèse. Du même tonneau : des chimistes qui
auraient gravité du côté de chez Eugène Chevreul, l'académicien
féru d'alchimie, qui possédait une bibliothèque considérable,
acquise en partie grâce à son fils [cf. biographie de Chevreul] : le
nom de Ferdinand Hoefer surgit naturellement... Au vu des textes, là
encore, rien ne vient étayer cette hypothèse [cf. minéralogistes]. Le
mystère Fulcanelli demeure une énigme et il paraît probable que
plusieurs auteurs ont collaboré à la rédaction de cette somme.
Jusqu'à preuve du contraire, nous défendrons l'hypothèse que
Fulcanelli est un personnage de légende comme tant d'autres
dans l'alchimie.

Qu'est-ce-que l'alchimie, que faisaient réellement les alchimistes,


quelle est la prima materia ? qu'est-ce que la pierre philosophale
? C'est aux auteurs modernes qu'il faut faire appel car leur
langage, pour voilé qu'il soit, exprime des idées ou des concepts
appartenant à notre époque : ils abordent des points de chimie,
même s'ils distinguent soigneusement la spagyrie de l'alchimie
mais ils ne nous parlent plus du « phlogistique » qui avait cours

10
encore au temps de Philalèthe ou du Cosmopolite. Il faut ensuite
mettre ces textes en parallèle avec ceux du passé ; certains sont
d'un abord relativement aisé comme le De Lapide Philosophorum
de Lambsprinck que l'on va voir immédiatement, d'autres se
révèlent des plus délicats à interpréter comme l'Introïtus de
Philalèthe ou même l'Hermès Dévoilé de Cyliani qui est pourtant un
auteur du XIXe siècle. Voici d'abord un texte de Ferdinand Hoefer
:

Ferdinand Hoefer (1811-1878)

le centre autour duquel gravitaient toutes les opérations du grand


oeuvre était la pierre philosophale (λιθος ϕιλοσοϕιων), le mercure
des sagesa, la panacée universelleb, ou comme on voudra l'appeler.
Santé et richesses, voilà le côté pratique du grand oeuvre tandis que
le coté théorique se rattachait aux mystères de la religion, de
l'astrologie, de la cosmogonie, en un mot à toutes les connaissances
religieuses et spéculatives de l'hommec. Or, qu'était la pierre
philosophale ? Il est arrivé ici ce qui arrive toujours lorsqu'on
abandonne la voie de l'expérience, pour se confier exclusivement à
l'essor de l'imagination : tout est vague, incertain. La pierre
philosophale était tantôt le cinabre, tantôt le soufred ; pour les uns,
c'était l'arsenic qui blanchit le cuivre ; pour les autres, c'était la cadmie
qu'elle jaunite ; enfin, pour d'autres, c'était quelque chose de
surnaturel, qui ne pourrait être saisi que dans certaines conditions
physiques, enveloppées de mystères. Pour tous, la pierre
philosophale était une substance ayant la vertu de transformer les
métaux imparfaits en or ou en argent, et de procurer ainsi
immédiatement la richesse.Mais comme la richesse n'a aucune
valeur si celui qui la possède ne peut en jouir, la pierre philosophale
devait être nécessairement accompagnée de cette autre pierre
philosophale qui donnait le secret de guérir toutes les maladies, et de
prolonger la vie même au delà du terme ordinaire. C'est là la pierre
philosophale pour ainsi dire à l'état liquide, qui porte le nom d'élixir
philosophal ou de panacée universelle, que les uns croyaient avoir
trouvée dans une teinture mercuriellef, les autres dans une teinture
d'or ou d'argent. Atteindre le bonheur suprême, dans ce monde, tel
était le but de ceux qui s'occupaient exclusivement de la recherche de

11
la pierre philosophale et de la panacée universelle. Mais comme cette
recherche était intimement liée à des croyances mystiques et
religieuses, et que d'ailleurs le plus grand nombre ne trouvait pas
dans ce monde le bonheur qu'ils y cherchaient, il fallait absolument
franchir les limites de la sphère terrestre pour venir planer dans les
régions supérieures de la vie spirituelle. C'est alors que l'adepte
cherchait à s'identifier avec l'âme du mondeg, cette troisième pierre
philosophale (que l'on pourrait appeler la pierre philosophale à l'état
spirituel), afin de jouir par anticipation, dans la communauté des
démons, des anges et des esprits, à ce bonheur qu'il lui avait été
impossible de se procurer par la voie naturelleh. En résumé, il y a
trois catégories distinctes de l'art sacré, ainsi que de l'alchimie : 1° la
pierre philosophale ; 2° la panacée universelle; 3° l'âme du monde.
Dans la première, on cherchait la richesse matériellei ; dans la
seconde, une longue viej ; et dans la troisième, le bonheur au sein de
la Divinité ou dans le commerce avec les démonsk. Mais qu'on ne
s'imagine pas que ces trois catégories soient toujours bien tranchées
dans les oeuvres des adeptes, et faciles à démêler. Le ciel et la terre,
tout se confond dans le labyrinthe des doctrines néo platoniciennes,
labyrinthe où la raison se perd et l'imagination s'égarel. Cependant,
au milieu de cette confusion même, on remarque toujours un principe
fondamental : la suprématie de l'esprit sur la matière. Avant de rien
entreprendre, l'opérateur invoque le Saint des saints pour la réussite
de son oeuvre; il emploie les combinaisons dans lesquelles les
démons ou les anges sont supposés se complaire. Aussi l'œuvre qu'il
pratique s'appelle-t-il grand, et l'art qu'il cultive, sacré et divinm. Les
derniers commentateurs païens de Platon et d'Aristote sont comptés
au nombre des maîtres de l'art sacré. Mais ils appartenaient plus
particulièrement à la troisième catégorie, qui avait pour objet l'âme du
monde, ou la félicité suprême au sein de la Divinité ou dans le
commerce des démons. Comme la vie et les doctrines mystiques des
néo platoniciens semblent avoir en quelque sorte servi de modèle aux
alchimistes des siècles suivants, nous allons en communiquer ici un
aperçu rapide, afin de n'avoir pas besoin d'y revenirn. [...]

Histoire de la Chimie, t. I, p. 245

a - mercure des sages : qualifie le Mercure philosophique ou double


Mercure, à ne pas confondre avec le Mercure des philosophes,
équivalent du Typhon grec. Il s'agit du serpent qui se confond avec la
figure christique ou avec Attis. [cf. Aurora consurgens, III]
b. contrairement à ce que l'on pourrait croire, la panacée universelle
ne guérit point les plaies extérieures mais rend pures les susbtances
impures : c'est l'instrument permettant à l'Artiste de transformer en
anima le spiritus corruptus qui s'échappe du corps mort des métaux.
c. c'est le côté chimérique de l'alchimie ; mais celui de la
transformation intérieure, aboutissant logiquement à ce que Jung a
appelé l'individuation, est positif : c'est la distinction classique entre le
laboratoire et l'oratoire. Quant à la spéculation, elle est omni présente
dans les textes. Que nul ne s'aventure ici s'il n'est philosophe,
pourrait-on dire avec quelque raison.
d. la pierre philosophale - que l'on nomme le lapis - n'est ni le cinabre
ni le soufre mais un Mixte au sens où pouvait l'entendre Platon ; pour
autant c'est aussi un mixte - compris comme SEL - comme pouvait
l'entendre Lavoisier. Le cinabre ou κινναβαρις des Anciens est
appelé cambar dans les vieux textes [Turba, Artephius] et désigne le
mercurius . Quant au soufre, il procure le coeur du lapis ou teinture
: c'est le sulphur ou . Il désigne ce spiritus corruptus que nous

12
venons d'évoquer, qui doit être dépuré dans la susbtance du mercure
avant d'être remis dans un corps neuf : c'est le processus dit de
réincrudation. [cf. Aurora consurgens I et II] : il consiste dans la
descente de l'Âme dans le corps, ce que l'on peut aussi appeler
anima consurgens .
e. l'arsenic est souvent appelé Zandarith dans les vieux textes par
assimilation avec l'arsenic rouge ou σανδαρακη. Quant à la
cadmie, il ne s'agit pas d'oxyde de zinc comme nous l'avons précisé
en note de l'Introduction à la Chimie des anciens, VII de Berthelot.
f. stricto sensu, la teinture mercurielle symbolise le Lion rouge ou
Mercure philosophique.
g. harmonia mundi ; Robert Fludd en traite dans ses ouvrages, cf.
Utriusque Cosmi. Cette âme du monde personnifie le sulphur; Jung
en parle comme de l'anima mundi qui est une des formes du
Mercure.
h. C'est là un point de connexion fondamental entre le monde
matériel et le monde spirituel : la sublimation du Soufre dans le
Mercure est l'exact équivalent de la Passio Christi, cf. retable
d'Issenheim et saint Jean Baptiste. Par ailleurs, la proximité de l'ange
et du démon permet de passer de la trinité à la quaternité . Cf.
Aurora consurgens II.
i. à traduire, en terme d'alchimie non chimérique, par la dépuration
des matières viles.
j. idem : le mercure est nommé aqua permanens parce que la coction
doit durer longtemps pour des raisons que nous exposons ailleurs.
k. idem : sublimation dans le Mercure ou incarnation de l'âme, cf.
gravures du Rosarium Philosophorum.
l. nous venons de montrer très simplement qu'avec une grille de
lecture tenant compte de la connaissance des textes et du
symbolisme, on peut se retrouver dans ce labyrinthe par un fil
d'Ariane : la caable hermétique.
m. cette prééminence de l'esprit de la matière s'exprime à deux
reprises : lors de la 1ère sublimation où le métal perd sa forme dans
la dissolution mercurielle ; lors de la 2ème sublimation où la
réincrudation n'opère que si l'esprit lui-même se dissipe.
n. sur Platon et la doctrine alchimique, cf. idée alchimique, V.

Baissons le regard à notre tour sur les textes anciens et voyons


d'abord le Petit traité sur la Pierre Philosophale [De Lapide
Philosophorum] de Lambsprinck, republié par les soins de Gorges
Ranque dans la Pierre Philosophale. Ce traité fut publié dès 1625
dans le Dyas Chymica Tripartita [compilation de Grasseus ou Grasshoff,
alias Condeesyanus] et on le croit très ancien ; le pseudo-Flamel
(1330-1418) s’y réfère dans le Livre des Figures Hiéroglyphiques.
Ce nom de Lambsprinck est un pseudonyme qui est destiné à
attirer l’attention sur le signe du Bélier dont la vieille tradition
astrologique attribue la maîtrise à Mars. Nous verrons bientôt
toute la complexité du symbolisme du Bélier et de Mars. Ce traité
se compose de dix-sept gravures allégoriques dont quinze sont
accompagnées de légendes et de commentaires.

13
De Lapide Philosophorum, prima figura [Musaeum hermeticum, p. 343]

texte :
« Faites attention et comprenez bien que deux poissons nagent dans notre
mer. »

légende :
« La Mer est le Corps, il y a deux Poissons, l'Esprit et l'Âme. »

On observe sur la 1ère figure deux poissons flottant dans une


grande mer avec au loin un bateau. L’analyse des textes anciens
permet d’interpréter ces poissons comme deux principes résultant
de la destruction de matières primaires dont certains composés
sont soumis à leur tour à une dissolution : ces poissons ont
rapport avec le Sel des philosophes et le principe Soufrequ'il faut
conjoindre. Mais déjà se pose un problème d'interprétation ! Car
la légende annexée au texte ne s'accorde pas avec le symbolisme
géénralement adopté dans les textes : la mer a toujours constitué,
chez les alchimistes, l'épithète de l'Eau permanente qui est le
symbole du dissolvant, c'est-à-dire du Mercure philosophique. Ces
deux poissons que l'on voit sont donc l'Âme et le Corps et c'est
l'Esprit qui est le Mercure. Disons tout de suite pour être aussi
clair que possible : le Corps, l'Esprit et l'Âme sont omniprésents
dans le symbolisme alchimique ; je vais établir les
correspondances avec les principes voilés sous ces symboles, qui
s'avèrent très proches de ceux qui constituent la substance même
de la trinité chrétienne.

[le Corps est identifié à la résine de l'or : c'est le squelette de la future Pierre
dont la forme physique est une chaux métallique ; on peut dire qu'il s'agit du
principe SEL. Il est d'habitude associé au signe mais ce n'est pas là le
principe SEL des vieux alchimistes. Nous proposons l'idéogramme suivant,

14
qui associe l'idée de feu et celui de terre : .
- l'Esprit est le Mercure philosophique : c'est l'Alkaest des anciens
alchimistes ; il est vraisemblablement constitué d'au moins deux substances
dont l'une est congénère de l'alkali fixe. On peut identifier cet alkali au
serpent Python que Cadmus cloue contre la croix [cf. les Figures
Hiéroglyphiques]. Le moyen de fixation du Mercure - le lien du Mercure - est
l'un des grands secrets de l'Oeuvre et constitue la 2ème partie de l'Alkaest ;
l'ensemble forme le Mercure philosophique. C'est le principe MERCURE.
Mais là encore, il faut distinguer deux Mercure : l'un est le 1er Mercure, qui
correspond à l'eau-vive prime de Limojon de Saint-Didier, avant l'infusion des
Soufres. C'est le 2ème qui forme vraiment le double Mercure ou Mercure
Philosophique.
- l'Âme est la teinture ; Artéphius et tant d'autres en parlent comme d'une
substance qui teint non seulement en surface mais aussi en profondeur :
c'est la teinture radicale qui oriente définitivement la Pierre. Il s'agit là
encore d'une chaux métallique. C'est le principe SOUFRE.]

Ces principes, les auteurs n'en parlent bien sûr jamais en


employant un langage clair ; ce sont les allégories, les gravures,
qu'il faut aller traquer pour y débusquer la vérité qui semble se
révéler aussi volatile que le Mercure... Il n'y a qu'un auteur qui ait
parlé des trois principes séparément, c'est le Cosmopolite. Encore
n'a -t-il lui-même écrit que la partie sur le Mercure puisque le traité
sur le Soufre et sur le Sel [Traité du Sel que l'on voit annexé à la
Nouvelle Lumière Chymique] ont été compilés par Michel
Sendivogius.

Le Soufre [plus exactement le Soufre rouge ou sulphur] s'apparente au


des astrologues et désigne le principe fixe ou « mâle » des
alchimistes ; il échange d'étroits rapports sur le plan hermétique et
héraldique avec le lion et l'aigle. C'est au Soleil aussi que
correspondent des arbres comme le chêne, le palmier -
fréquemment retrouvés dans le symbolisme hermétique -. Au plan
héraldique [cf. la section héraldique et alchimie], c'est avec le lion
rampant [καµαι−λεων] que s'identifie le Soufre et c'est ainsi
qu'en parle, d'ailleurs, le mystérieux adepte Philalèthe quand il
évoque, dans son Introïtus, le caméléon hermétique. Ce lion
rampant, ou plutôt ce lion nain est apparenté aux gnomes de la
cheminée alchimique du château de Fontenay-Le-Comte dont il
possède ce trait chthonien, épithète du principe sulfureux [καµαι:
terre]. Quant à , elle se voit affecter le chat - cité comme un
emblème majeur par Fulcanelli- à cause de ses moustaches qui
rappellent la « mérelle » ou coquille Saint-Jacques, arcane majeur
se rapportant à la préparation du Mercure. Elle prête aussi, ce qui
est moins connu, sa signification au lièvre, au cygne et au limaçon
- que l'on retrouve sur la septième figure de Lambsprinck. Les
correspondances pour le Mercure, personnification planétaire de
l'inconstance, hermaphrodite et multicolore, passent par le renard,
le singe, le poisson volant et l'abeille qu'on retrouve assez
souvent dans les textes alchimiques modernes [le singe est évoqué

15
par E. Canseliet dans ses Deux Logis alchimiques ; l'abeille se retrouve
sur le poêle alchimique de Winterthur entre autres]. Le renard, en
particulier, s'avère être un hiéroglyphe hermétique de transition, ni
fixe, ni volatile ; il se rapproche du phénix, l'oiseau fabuleux
d'Égypte.

Pour en revenir à ces principes, ils doivent d’abord être extraits de


roches dont l'origine est toujours voilée par les alchimistes ;
certains parlent à mots couverts de terre de Chio, de terre
cimolienne, mais leurs propos semblent souvent confus et
sonnent comme de vaines paroles ; une constante cependant : ils
sont symbolisés par un dragon écailleux [pour signifier feuilleté : il
s'agit de roches à caractère sédimentaire] et d'aucuns évoquent alors le
dragon babylonien [Babylone et Rome étaient confondues au début du
christianisme]. L'évocation seule du Dragon est d'ailleurs équivoque
car les alchimistes ont décrit au moins deux dragons : l'un, qui se
rattache aux matières primaires, et l'autre qui est le symbole de la
putréfaction. Mais il nous faut poursuivre. Notez donc bien que
l'Esprit est le symbole du Mercure et que l'Âme est le symbole du
Soufre. Revenons pour l'heure aux images de Lambsprinck : dans
la 3ème figure, deux animaux sont cachés dans une forêt et il faut
savoir les prendre au filet ;

De Lapide Philoosphorum, quarta figura, Musaeum Hermeticum, p. 349

texte :

« C'est le suprême prodige de deux lions en faire un. »

légende :
« L'Esprit et l'Âme doivent être conjoints et ramenés à leur corps. »

16
Ici, ce sont les composants du feu secret qui sont décrits ; nous
verrons dans une autre section que ce feu secret (ou Mercure)
peut comporter des substances différentes selon la voie d'attaque
qu'on utilise [voie sèche ; voie humide] et selon la « résine » de la
Pierre que l'on a décidée d'élaborer [la nature de la Terre employée].
Manifestement, Lambsprinck ne donne pas à l'Esprit ou au Corps
le même sens que d'autres Adeptes [en suivant les écrits d'alchimistes
comme Senior, il aurait dû écrire que le Corps et l'Âme doivent être
conjoints en étant ramenés à l'Esprit, cf. Azoth]. Attardons-nous à
présent sur le filet. Il s’agit d’une substance cristallisée à laquelle
Isaac Newton a consacré un certain temps, substance au moyen
de laquelle il pensait « extraire » le Soufre et le Mercure des
métaux. Newton écrit à ce sujet :

"De même que sont cueillies les violettes pourpres, de même les poissons
gras (c'est-à-dire sulfureux) et les poissons argentés sont pêchés : il est sûr
que le mercure devient blanc dans les dernières sublimations."

Il s'agit d'une référence à un traité de Jean D'Espagnet, l'Oeuvre


secret d'Hermès. Newton a vu ce filet après de nombreuses
expérimentations et il se présente comme un réseau de lignes
apparaissant lors du refroidissement des métaux. La formule
optimale pour la confection de ce filet nécessite la présence de
cuivre et de régule étoilé d'antimoine [c'est-à-dire du métal antimoine,
lui-même préparé avec du plomb, du fer, de l'étain, etc.] préparé avec du
fer. Fulcanelli, dans le Myst. cath., parle de ce filet en signalant
que certaines allégories recommandent de saisir les poissons au
moyen d’un rets délié, allégorie de mailles, formées de fils
entrecroisés [cf. section des blasons alchimiques pour le filet]. Ce filet a
fait l'objet de contresens évidents par suite d'une confusion entre
la première matière [qui a un sens différent de celui de prima materia ou
matière première] et le trichlorure d'antimoine. Cette confusion a été
savamment orchestrée et entretenue par les alchimistes, en
particulier B. Valentin [ou le pseudo-moine bénédictin] dans son Char
de Triomphe de l'antimoine, par Artephius dans son Livre secret et
par Philalèthe [Introïtus]. Nos auteurs modernes, Fulcanelli et E.
Canseliet, se sont penchés aussi sur ce métalloïde. L'un pour
nous en dissuader l'usage comme parfaitement impropre à
l'œuvre ; l'autre au contraire, dans L'Alchimie expliquée sur ses
Textes classiques, pour nous persuader de son importance. Quant
à J. Sadoul, il pensait que la matière première pouvait être un
cinabre à base de pyrite antimoniée

[ce qui n'est pas faux en soi... le cinabre est le nom de cabale du Mercure
que les Anciens nommaient κινναβαρις ou cambar, cf. Artephius,
Turba. La pyrite contient du vitriol vert, source du ; quant à l'antimoine, il

s'agit de l'ανθος µονος ou seule étoile des alchimistes].


G. Ranque dans La Pierre Philosophale envisageait lui aussi
l'emploi du trichlorure d'antimoine, lié selon lui à des
considérations de température et de pression que peut supporter

17
un matras scellé. Enfin, Newton a travaillé sur l'antimoine et
notamment sur l'obtention du fameux régule étoilé d'antimoine.
Laissons-le (12, p.196 ; 31) s'exprimer sur le sujet :

"... par le pouvoir de notre soufre qui gît caché dans l’antimoine, car
l’antimoine était dénommé Ariès par les Anciens. Parce que Ariès est le
premier signe du zodiaque dans lequel le Soleil commence à être exalté et
que l’or est surtout exalté dans l’antimoine".

Ariès est le fameux bélier à la Toyson d'or évoqué dans la fable


de Jason [cf. Antoine Faivre, Toison d'or et alchimie, Archè edidit, 1990
pour une étude spécifique]. Les hermétistes se sont emparés de cette
fable et ont en donné une magnifique représentation dans le
Splendor solis. Newton s'est fourvoyé en s'accrochant à « l'antimoine
vulgaire » comme l'appelle Fulcanelli. Il en va autrement pour le
sulfure d'antimoine (stibine) (1, 2, 3) et nous prions le lecteur de
se reporter infra pour un commentaire global sur ce sujet. Il est
nécessaire de décrypter l'insistance d'E. Canseliet sur la stibine
qui contraste avec la prévention manifestée par Fulcanelli : cela
peut paraître de prime abord paradoxal mais est tout à fait logique
si l'on considère le processus chimique qui se cache derrière le
concept de la réincrudation. [J'ai développé dans une autre section un
supplément d'interprétation sur l'antimoine : les Gardes du corps de
François II].

Voyons maintenant la 2ème figure de Lambsprinck :

De Lapide Philosophorum, secunda figura, Musaeum Hermeticum, p. 345

légende :

18
"putréfaction"

texte :

"... Qu’il y a dans la forêt une bête sauvage, toute environnée d’une couleur
noire, Si quelqu’un lui coupe la tête, Alors elle rejette la noirceur et prend la
couleur blanche la plus resplendissante... la noirceur est nommée tête de
corbeau". (32)

Cette décapitation fait partie des « serpents de mer » du


symbolisme alchimique : tous ceux qui sont intéressés par l'Art
sacré ont lu des commentaires sur la séparation ; ils ont vu des
emblèmes, des gravures, sur cette opération mais bien peu y ont
compris quoi que ce soit... Il s'agit de la 2ème sublimation qui
révèle la blancheur par laquelle la lumière fait place,
progressivement, à l'obscurité : cette phase de l'oeuvre est
intermédiaire entre le régime de et celui de la . Par là
s’exprimerait la séparation réalisée entre le Mercure et la matière
saline, réalisée à partir de la prima materia qui correspond au corps
minéral (33). L'emploi du conditionnel est de rigueur car cette «
putrefactio » peut symboliser un simple changement de couleur ; la
séparation renverrait alors à la précipitation d'une substance
tandis que la deuxième resterait dissoute. Naturellement, on ne
peut exclure du champ de l'interprétation une hypothèse purement
spéculative qui serait, alors, davantage du domaine
transcendantal [cf. philosophie et alchimie]. Quoi qu'il en soit, cette
putréfaction semble avoir d'étroits rapports avec le dissolvant
universel [autrement appelé le « feu secret » ou le « Lion vert »].
Fulcanelli (Myst., p.120) insiste, pour ce point, sur un symbole fort
complexe : celui du Lion. D’abord, le Lion a pour maître le Soleil
(Soufre) à ce qu'en disent les Chaldéens. Ensuite, il renvoie dans
une autre acception au dissolvant universel et se nomme alors le
Lion vert. Le Lion représente la partie fixe qui perd, au contact de
la volatilité adverse [souvent représentée par un aigle] la meilleure
partie d’elle-même, c’est-à-dire la tête. En effet, les auteurs
insistent sur le fait que le Lion vert - ou Alkaest, qui représente
donc le dissolvant universel - est un fruit vert et acerbe, comparé
au Lion rouge, le fruit mûr et l’objet du corps à dissoudre. D’autres
allégories peuvent être mentionnées qui toutes tournent autour de
ce processus de dissolution, telles ces luttes d’animaux
dissemblables décrites par le pseudo-Flamel (34) (l’aigle et le lion)
ou par Basile Valentin (le coq et le renard) ou encore par De
Cyrano Bergerac (le rémora et la salamandre). Le Lion rouge
semble correspondre à l'association des deux Soufres qui
constituent les natures métalliques. Il faut prendre garde ici de ne
pas se laisser abuser par l’association entre la putréfaction et la
dissolution car la putréfaction est d’habitude liée à un stade
particulier de l’œuvre. En fait, d’après M. Le Breton (les Clefs de la
Philosophie Spagyrique, 1722), il y aurait quatre putréfactions
différentes (chapitre II : de la Putréfaction des minéraux, aphorisme 52), la

19
1ère survenant dans la séparation (dissolution par destruction du sujet
initial). Nous retiendrons que la putréfaction, telle qu'elle est
envisagée par la plupart des auteurs, se place au début du 3ème
oeuvre, lorsque les Soufres sont infusés dans le Mercure [en son
premier état] et y disparaissent. Il s'agit donc d'une putréfaction qui
est, bien sûr, totalement cabalistique. Il ne faut pas y voir une
noirceur qui s'exprimerait par la couleur noire. Mais il y a dans la
préparation du Mercure [et c'est alors le 2ème oeuvre] des moments
où une couleur noire peut réellement apparaître [par exemple, le
résidu qui se dépose dans la cornue, lors de l'attaque du salpêtre par un
vitriol, en vue d'obtenir le Nitre philosophique].

En continuant l'étude du texte de Lambsprinck, nous trouvons un


cerf et une licorne dans la 3ème figure. Sous le cerf se cache le
médiateur entre le ciel et la terre et le symbole du soleil levant [cf.
Aurora consurgens] ; caractérisée par sa couleur orange, l'aurore
évoque un sel produit par l'attaque du sulfure d'antimoine par le
moyen de l'esprit de sel [acide chlorhydrique] qui procurerait «
l'humide radical métallique » qui est l'allégorie, selon Fulcanelli, sous
laquelle est voilé le médiateur salin. En fait, il s'agit là d'un
composé intermédiaire et qui n'agit que dans la voie sèche ; nous
verrions plutôt le spath fluor (fluorine ou fluorite) dans cette
incarnation de l'aurore (voir notre réincrudation).

De Lapide Philosophorum, tertia figura, Musaeum hermeticum, p. 347

texte :

"Désormais sans inquiétude, sachez que dans la forêt sont cachés le cerf et

20
l'unicorne".

légende :

"Dans le Corps sont l'Âme et l'Esprit"

La qualité de médiateur du cerf est attestée, en outre par le fait


qu'il s'agit d'un animal véloce (caractère mercuriel) et qu'il était
consacré dans l'Antiquité à Diane (Artémis) ; on gardera aussi en
mémoire qu'Actéon, voulant rivaliser avec Artémis, fut transformé
en cerf et dévoré par cinquante (L) chiens : il pourrait s'agir d'une
allégorie touchant la dissolution radicale des métaux brûlés car
les cinquante chiens symbolisent, pour certains, le nombre de
jours durant lesquels la végétation [dont Actéon est l'un des
emblèmes] cesse totalement de vivre. On remarquera ici un point
de concordance avec la légende de Cadmos, tuant le serpent
Python - qui se rattache au mythe de Léto, et donc à Artémis et Apollon -
avant de le clouer sur un chêne. Quant à la licorne, elle semble
symboliser le sulphur qui doit pénétrer, et ce de façon
irréversible, le Corps ou Sel, qui représente la « semence métallique
ou résine de l'or ». Cette licorne est évoquée plusieurs fois par E.
Canseliet dans ses Deux Logis alchimiques (La Licorne domptée,
p.313) :

"La licorne est aussi la longue opération par laquelle les artistes, en de
fréquentes réitérations, recueillent et rassemblent l'âme sulfureuse montant,
peu à peu, du sein de la terre rouge, à travers le bain mercuriel, afin qu'elle
prenne un corps nouveau à la surface. Dans la parfaite réunion des deux
principes, spirituel et corporel, celui-ci, qui est le sel, prend la belle couleur
verte de celui-là, expliquant le rôle allégorique de la végétation, de la forêt..."

La licorne symbolise donc ce moment de la pénétration par


accrétion du Soufre ou teinture au Corps (ou Sel des Sages).
C'est donc une sorte de flèche spirituelle, l'équivalent d'un rayon
solaire. [sur la licorne, cf. Fontenay] Fulcanelli (Myst., p.101) nous dit
enfin - toujours pour en rester à la putréfaction - que l’hiéroglyphe
du corbeau cache un point important de l’art. Il exprime la cuisson
du Rebis philosophal, c’est-à-dire du Sel uni au Soufre [et c'est
l'ensemble Rebis et Mercure qui correspond au Mercure philosophique ou
double Mercure]. Fulcanelli évoque ensuite (Myst., p.93) le bonnet
phrygien qui coiffait les sans-culottes et constituait - selon ses
dires - un talisman au milieu des hécatombes révolutionnaires
(sic) ; ce bonnet constituait le signe distinctif des Initiés et il était
de couleur rouge ; il rappelle la pétase, chapeau à large bord des
anciens Grecs et attribut d’Hermès. Ce commentaire cache en fait
une allégorie se rapportant à Cybèle, la grande déesse de l’Asie
Mineure.

21
Cybèle

Κυβελλα donne plusieurs indications précieuses à l’étudiant en


alchimie ; elle révèle d’abord la couleur de la matière première car
les Romains l’accueillirent officiellement en 204 av. J.-C. en
faisant venir de Pessinonte la " pierre noire " qui symbolisait la
déesse. Des observations intéressantes sur ce sujet ont été
recueillies par M.A. Daubrée :

"Parmi les pierres vénérées, celles qu’on avait vues tomber () du ciel, les
météorites, paraissent avoir occupé une place à part. Telle était la masse
recueillie à Pessinonte, en Phrygie, qui devint l’objet d’un culte sous le nom
de Cybèle ou de Mère des dieux et qui fut transportée, en 204 avant notre
ère, à Rome, au temple de la Victoire, avec la plus grande pompe, suivie
d’un cortège brillant de dames romaines..."

Cybèle se présente coiffée d’une sorte de couronne murale mais


qu’un examen plus attentif permet de rapprocher d’une sorte de
palais crénelé en miniature [en fait, dans l’iconographie romaine, de
petites tours qui représentent les villes qu’elle protège]. Elle est montée
sur un char traîné par deux lions et elle tient en sa main gauche
une clef qui ouvre la porte de la Terre où sont enfermées des
richesses. Elle symbolise l'athanor secret, c'est-à-dire le « vase
de nature » dans lequel se déroule la 3ème partie du processus
alchimique. Nous ajouterons qu’à partir de l’empereur Claude
(Claude Ier, 10 av. J.-C. - 54 apr. J.-C.) qui fut contemporain du Christ,
furent pratiqués des rites secrets : le taurobole (sacrifice d’un
taureau) et le criobole (sacrifice d’un bélier). Le mythe de Cybèle
est inséparable de celui d'Attis [cf. Aurora consurgens III].

22
En relisant le Mystère des Cathédrales, on aura noté que Fulcanelli
cite les Figures Hiéroglyphiques de Nicolas Flamel : il donne le
texte original - attribué faussement à Nicolas Flamel -
accompagnant la troisième figure. En effet, le Livre d’Abraham le
Juif n’a jamais existé et c’est le pseudo-Flamel, peut-être Arnauld,
sieur de La Chevalerie, qui en introduction à son propre voyage
initiatique, semble l'avoir inventé de toutes pièces :

N. Flamel, Figures Hiéroglyphiques, Oeuvres chymiques, Hamburg, 1681

"Est dépeint et représenté un jardin clos de hayes, où il y a plusieurs


quarreaux..."

Nous y voyons des lattes de bois - dans lesquelles on peut


deviner des douves de tonneaux :

"Au cinquième feuillet, il y avoit un beau Rosier fleuri au milieu d'un beau
jardin, appuyé contre un Chêne creux ; au pied desquels bouillonnoit une
Fontaine d'Eau très blanche, qui s'alloit précipiter dans des abîmes, passant
néanmoins premièrement entre les mains d'infinis Peuples qui fouilloient en
terre, la cherchant ; mais parce qu'ils étoient aveugles, nul ne la connoissoit,
hormis quelqu'un qui en considéroit le poids"

L'heureux élu qui trouve cette fontaine d'eau très blanche connaît
le poids : cela doit nous rappeler l'une des sentences de Basile
Valentin que Fulcanelli évoque (DM II, p.75), dans un passage où
le poids n'apparaît pas de manière explicite puisque c'est en
apparence du feu secret qu’il est question :

"Allume ta lampe et cherche la dragme perdue."

Or, le terme dragme renvoie à drachme, c'est-à-dire khalkos en


grec, soit chalcus en latin qui est une mesure de poids valant ¼
d'obole

[la parabole de la drachme ou dragme perdue renvoie à un passage de Luc,


cité dans Marie-Louise von Franz, Aurora consurgens, trad. Fontaine de
Pierre, 1983 - Luc 15, 8-10 sur la parabole de la pièce retrouvée, la Bible,

23
trad. oecuménique :

« L'image alchimique du flilus philosophorum est plus complète que celle du


Christ, puisqu'elle unit en elle un aspect clair et un aspect obscur, car la
partie inférieure de la nature humaine y est incluse. » [M.-L. von Franz,
Aurora consurgens, commentaire de la IIe Parabole, op. cit., p. 259]

En cherchant plus loin, on trouve que chalcos se rapproche aussi


de chalcitis, minerai de cuivre [couperose ou vitriol bleu] dont on sait
que ceux de Chypre étaient des plus réputés et qu'un sel y était
fréquemment mêlé, sur lequel s'attarde Pline l'Ancien ; et plus loin
de citer à nouveau Flamel :

"... Or, comme le tonneau est fait de bois de chesne, de même le vaisseau
doit être en bois de vieux chesne, tourné en rond en dedans, comme un
demi globe, dont les bords soient fort épais en quarré ."

Arrêtons là cette digression et concentrons-nous sur le chêne


dont nous avons déjà parlé en commentaire de la tertia figura.
Examinons à cet égard la figure suivante :

Duodecim clavibus, Clavis XII [cliquez pour agrandir]

Il s’agit de la XIIe Clef des Douze Clefs de la Philosophie (20)


attribuées à Basile Valentin (1659). Elle se rapporte certainement
à l’un des secrets les mieux dissimulés (Verbum dimissum) du
magistère : le feu secret. On distingue un tonneau duquel
s’échappe un feu violent. Par la fenêtre ouverte, on voit briller
et . Un pot se trouve sur la table située derrière le philosophe,
surmonté du symbole du . Derrière l’adepte, un lion aux prises
avec un serpent [il s'agit d'une parabole sur le Leo viridis] et sur la
table, une balance. À l’époque, les tonneaux étaient constitués de
bois de chêne et les vieux tonneaux (« bois de vieux chesne ») se

24
couvraient en leur face interne de sel de tartre. C’est ce dont parle
très exactement Nicolas Flamel. La fontaine d'eau très blanche
dont parle Flamel tombe dans les abîmes, c'est-à-dire dans le «
Tartare » ; cette fontaine voile la préparation du Mercure
philosophique. Le pot contient deux fleurs [allusion aux principes] et
une tige verticale : il s’agit du symbole du tartre tel qu’il apparaît
dans la table des principaux caractères chymiques du Cours de
chymie de Nicolas Lemery (30) :

Tables des principaux caractères chimiques, Cours de chymie de Nicolas


Lemery

Venons-en au lion Lion : rappelons que le Lion rouge est le


symbole du double Mercure - appelé aussi Compost philosophal -
au stade premier de la pierre philosophale. Dans ses Deux Logis
Alchimiques, E. Canseliet nous présente ce lion sur plusieurs
peintures sur bois du château du Plessis-Bourré. Dans la Fontaine
indécente, le Lion projette un liquide sulfureux ; dans le combat de
l’Aigle et du Lion, qui nous est désormais familier, le Lion figure le
principe fixe ou Soufre des philosophes, par opposition au
principe volatile (Mercure).

[Du moins est-ce une première approximation. Cette interprétation nous


semble à présent inexacte. Nous verrions plutôt dans le combat de l'aigle et
du lion, l'illustration du conflit entre le Mercure et son lien, le tout formant le
dissolvant. Le Mercure est représenté par l'aigle et le lien du Mercure est
représenté par le Lion. Ce serait la même analogie avec le combat du coq
et du renard, ou de la salamandre et du rémora ; le lien dans ce dernier cas
est le rémora. Il figure le corps fixe qui maintient le Mercure, en l'empêchant
de s'évaporer. Il y a un autre Soufre qui n'a rien à voir avec le lien du
Mercure ; ce second Soufre se rattache à la préparation du Rebis
philosophal et il s'agit d'une chaux métallique, c'est-à-dire d'un « métal brûlé
».]

Enfin, dans l’Homme-Lion [in Deux Logis alchimiques] quelle n’est


pas notre surprise de voir un bouclier de métal avec lequel
l'animal se protège. Ce bouclier est un symbole assez complexe
et nous en parlons avec détail ailleurs (1, 2, 3). Certains textes
donnent le même nom à la matière réceptive du feu secret dans
l’élaboration du dissolvant universel. Il s’agit alors du Lion vert
que certains Adeptes appellent aussi le Vitriol vert (Basile Valentin)
et d’autres la rosée de Mai. Ce Lion vert, Fulcanelli nous en reparle
dans ses Demeures philosophales (DM, I, p.243) :

25
"C’est la substance qui, au cours des sublimations, s’élève au-dessus de
l’eau, qu’elle surnage comme une huile ; c’est l’Hypérion et le vitriol de
Basile Valentin, le lion vert de Ripley... en un mot la véritable inconnue du
grand problème."

Sur le plan de l'équivalence chimique, cette substance pourrait


avoir quelque rapport avec le natron. Ce sel dont nous parlons
dans la section sur le Bain des astres a en effet la curieuse
propriété de « grimper » par-dessus le liquide dans lequel il est
dissous. L'efflorescence propre au natron fait que le sel, une fois
produit, sort, pour ainsi dire, du théâtre de la réaction, qu'il grimpe
et s'élève au-dessus des matières réagissantes.

Si nous examinons d'autres textes anciens, on ne laisse pas


d’être surpris que, tous, préconisent d’éliminer des résidus dont
Fulcanelli nous dit qu'on pourrait facilement les rejeter comme
impropres à l'oeuvre :

"Le résultat de la coagulation de l’eau, dès le début, se présente sous une


forme telle, qu’on est souvent porté à le rejeter sans seulement se donner la
peine du plus modeste examen." [Myst. Cath., préface, p. 33]

E. Canseliet, dans ses Deux Logis alchimiques étudie l’origine de


l’expression tête de corbeau [caput corvii] : il s’agit d’une déjection
du mercure philosophal qui constitue l’origine de l’âme métallique.
C'est ce que les alchimistes appellent humide radical. Toutefois, il
n'est pas sûr qu'à chaque fois, les alchimistes parlent du même
stade de l'oeuvre ainsi que cela arrive souvent. Il faut donc tenir
sa garde haute dans l'interprétation de cet arcane. Dans ses Clefs
de la Philosophie Spagyrique, M. Le Breton dans le chapitre III
consacré à la Solution (dissolution) nous dit dans l’aphorisme V
qu’il faut dissoudre le sel fixe seul :

"... pour le dégager de son épaisseur grossière, et le rendre par ce moyen


capable de pénétrer ."

Cela est à rapprocher de ce que Fulcanelli évoque plus haut


quand il nous dit que selon Le Breton, il y a quatre putréfactions
dont la première survient dans la séparation initiale. La séparation
initiale est à rapporter, pour beaucoup d'artistes, à la captation de
l'antimoine « crû ». [voir le commentaire du Char triomphal de
l'antimoine et la section sur la Pierre philosophale]. À Bourges, dans la
chapelle de l’Hôtel Lallemant, Fulcanelli ajoute que :

"La mort du corps laisse apparaître une coloration bleu foncé ou noire,
affectée au Corbeau, hiéroglyphe du caput mortuum de l’Oeuvre. Tel est le
signe et la première manifestation de la dissolution, de la séparation des
éléments... la cendre, calcinée, abandonne ses impuretés grossières et
adustibles..."

26
Cette mort du corps ressemble fort à la calcination d'un métal où
l'on recueille sa cendre, c'est-à-dire sa chaux ; le caput mortuum
serait donc une chaux métallique, un métal brûlé ce qui
expliquerait la coloration - à prendre au sens figuré - qui
désignerait un corps de couleur violet, rappelant l'ιος des Grecs.
Mais il faut que l'étudiant fasse bien attention à ceci, que le
corbeau est le signe allégorique de la putréfaction qui survient
dans le travail au début du 3ème oeuvre, alors que l'opération
décrite par Fulcanelli semble se rapporter à une substance bien
déterminée. Rapprochons ces textes de ce que nous dit Philalèthe
dans son Introitus (IV, 2 : De l’Aimant des Sages) :

"En outre, je déclare que notre aimant a un centre caché, où gît une
abondance de sel. Ce sel est une menstrue dans la sphère de la Lune, et
peut calciner l’or."

Comme d'habitude avec Philalèthe, on peut se perdre en


conjectures sur l'interprétation exacte à donner à chaque
fragment. Ce « menstrue » ou « crachat de Lune » peut renvoyer à
une chaux métallique. Il pourrait s'agir d'un résidu du traitement
d'argiles ou de schistes par de l'huile de vitriol, qui sépare le
sulfate de fer [vitriol vert] du sulfate d'alumine. Mais il est plus
vraisemblable de penser que l'Aimant est le symbole du Mercure,
que le centre figure le « punctum », qu'il désigne aussi le sel fixe
voilé par l'arcane de la salamandre. La lune étant l'épithète du
Mercure [du moins quand elle est dans son premier quartier, cf. Mutus
Liber, frontispice], on comprend mieux pourquoi Philalèthe signale
que ce sel correspond à un dépôt qui dépend de la matière voilée
sous l'hiéroglyphe céleste. On peut continuer avec cet autre
passage de Philalèthe (VI, 3 : L’Air des Sages) :

"... Mais, si tu sais irriguer cette terre aride avec une eau de son propre
genre, tu élargiras les pores de cette terre, et ce larron externe sera chassé
au-dehors avec les opérateurs du désordre, l’eau sera purgée par l’addition
d’un soufre véritable de ses ordures lépreuses..."

Philalèthe est plus explicite au (VII, 4 : De la première opération de la


préparation du Mercure philosophique par les aigles volantes) :

"... prends quatre parties de notre Dragon igné, qui cache dans son ventre
l’Acier magique, et neuf parties de notre Aimant ; mêle-les ensemble avec
l’aide du torride Vulcain, de façon qu’ils forment une eau minérale où
surnagera une écume qu’il faut rejeter..."

Le dragon igné est la même matière qui est exprimée par


l'expression « homme double igné » [B. Valentin] ou substance
hermaphrodite. L'Acier magique est le premier état de l'Airain,
c'est-à-dire de l'amalgame philosophique. Tout cela est à
rapprocher de la préface de la deuxième édition du Mys. cath.
(p.23) où E. Canseliet assure que :

"Plusieurs préparations sont donc nécessaires pour provoquer la dilatation


du métal, en séparer les impuretés les plus grossières et les éléments
périssables..."

27
Cette dilatation correspond à une « ouverture » du métal,
c'est-à-dire à une oxydation. Fulcanelli dans ses Demeures
philosophales (DM, I, p.275) ajoute :

"Car notre pierre noire, couverte de haillons, est souillée de tant d’impuretés
qu’il est fort difficile de l’en débarrasser complètement "

et cite Nicolas Flamel et ses fameuses laveures [le Livre des


Laveures] dont le but est de débarrasser cette pierre noire de ses
souillures et crasses hétérogènes. Au total, il semble bien que
toutes ces scories ne soient point à rejeter mais au contraire à
considérer comme des plus importantes. Philalèthe donne à cet
égard d’autres indices précieux dans l’Introitus (XI, 4 : De l’invention
du parfait Magistère) :

"... Ainsi les sages observèrent-ils finalement que dans le Mercure il y avait
des crudités aqueuses et des impuretés terreuses qui... ne pouvaient être
éliminées qu’en renversant tout le composé."

à rattacher à l'Introïtus, XI, 7:

" Enfin ils s’intéressèrent à un enfant de Saturne... mais l’expérience leur a


montré qu’il conservait ses propres scories... il renfermait cependant en
abondance le sel le plus pur de la Nature ."

Il se pourrait donc que ces scories aient un rapport avec le Sel


des philosophes et que par « propres scories », il faille peut-être
entendre les résidus obtenus dans l'eau de cristallisation, des
suites de l'attaque de la substance primitive. Ce rapprochement
paraît conforté par l’examen de la 4èmeClef de Basile Valentin dont
nous donnons ici la gravure :

Duodecim Clavibus, Clavis IV

De cette scène macabre, E. Canseliet donne, dans la préface aux

28
Demeures philosophales, une explication qui nous semble adaptée
:

"... nous avons parlé de cette matière, symboliquement désignée par le


fumier, que les chimistes connaissent bien, lors même qu’ils la considèrent
comme un négligeable résidu et qu’ils n’en fassent aucun cas... Pourtant,
c’est bien cette substance, en apparence immonde, que les Philosophes
dénomment bave du dragon et dont ils affirment qu’elle est à la fois très vile
et très précieuse."

Le mot résidu [faex] peut se traduire par tartre [lie, dépôt]. En grec,
nous trouvons λειµµα [avec l'acception demi-ton, dièse], proche
phonétiquement de λειµων [tout lieu humide, pré, prairie], épithète
évidente pour signifier le salpêtre [à entendre comme un sel contenant
du potassium comme le tartre vitriolé ou le sel de Seignette de La Rochelle].
Nous voyons qu'une grande partie du symbolisme dégagé par ces
« impuretés, résidus, fèces » tourne autour de composés qui
cristallisent lentement. Nous renvoyons le lecteur à un passage
cité infra où nous examinons davantage ce « truc » de l'oeuvre
dont parle E. Canseliet. Il nous précise que la couleur de cette
matière est noire, d’odeur cadavérique [à entendre dans un sens
allégorique, comme le disait Nicolas Flamel « ayant reconnu la senteur forte
», c’est-à-dire le bon sentier, la bonne voie] et a l’aspect d’une écume
infecte, bulleuse et putride, c'est-à-dire en fait d'une substance
efflorescente, d'apparence « affreuse » et friable. Selon Canseliet,
c’est cette écume que recueille le couple du Mutus Liber dans
l’allégorie de la planche 4 que voici :

29
Mutus Liber, planche IV

Un autre recoupement nous est donné par Philalèthe (XV, 5 : De la


purgation accidentelle du Mercure et de l’Or) :

" Mais outre cette purgation essentielle, il faut au Mercure une purification
accidentelle pour laver les fèces externes que l’opération de notre vrai
soufre a rejetées du centre à la surface..."

à rapprocher de Canseliet :

"De couleur noire, d’odeur cadavérique, elle s’élève du fond de la mer


hermétique et s’étend à la surface, comme la sanie sort d’une plaie..."

Tel se présente donc le Rebis des philosophes, dans son premier


état, en un corps noir, désigné et dissimulé à la fois tour à tour
sous les noms de laton, laiton, corbeau, Saturne, Vénus, cuivre,
airain. Plus loin dans son Introïtus, Philalèthe semble nous parler
à nouveau de cette matière à (XX, 1 & 2 : De l’arrivée de la noirceur
dans l’œuvre du Soleil et de la Lune) :

"... examine si ta matière est enflée comme de la pâte, bouillante comme de


l’eau, ou plutôt comme de la poix fondue..."

Il semble ensuite confondre à escient les deux premières phases


du magistère (XX, 4 à 6).

30
Ici s’arrête pour nous provisoirement l'intérêt du texte de
Philalèthe. Il nous faut poursuivre avec d’autres auteurs. Peut-être
Cyliani dans son Hermès dévoilé (1831) nous apportera-t-il
quelque secours... Dans une allégorie en forme de rêve, son
héros voit une nymphe qui le transporte dans un palais dont
l’entrée est gardée par un dragon [analogue au dragon Ladon qui
garde l'entrée du jardin des Hespérides] possédant un dard à trois
pointes ; Cyliani tue le dragon et s’empare dans le temple de
plusieurs bocaux bouchés à l’émeri. Il ouvre le premier en forme
d’urne qui contient la matière androgyne et les deux natures
métalliques puis en remplit son vase. En sortant du temple, il
passe près du monstre :

"... que j’avais vaincu, je vis qu’il ne restait plus de lui que ses dépouilles
mortelles et de nulle valeur."

Dans la première opération ou confection de l’azote (Mercure des


philosophes), il nous explique qu’il obtient par fermentation une
matière noire et ajoute :

"... Faites bien attention ici qu’à la suite du gonflement de la matière dans la
fermentation qui suit la dissolution, il se forme à la partie supérieure de la
matière une espèce de peau sous laquelle se trouvent une infinité de petites
bulles qui contiennent l’esprit. C’est alors qu’il faut conduire avec prudence
le feu, vu que l’esprit prend une forme huileuse et passe à un certain degré
de siccité."

Ces petites bulles dont Cyliani parle, les vieux alchimistes en


paraient aussi comme des « yeux de poissons » [cf. Aurora consurgens
II]. Il recommande ensuite que pour cette opération, l’artiste doive
observer le poids, la conduite du feu et la grandeur du vase. Nous
voici renvoyés à une autre énigme de la XIIe Clef des Douze Clefs
de la Philosophie attribuées à Basile Valentin, la balance, que
d’autres auteurs symbolisent par le compas. Fulcanelli nous sera
là encore d’un grand secours ; dans Myst., p.125, il nous dévoile
l’allégorie du poids de nature en la personne de l’alchimiste
retirant le voile qui enveloppait la balance. L’Adepte nous assure
que :

"... nous savons que le mercure philosophique résulte de l’absorption d’une


certaine partie de soufre par une quantité déterminée de mercure ; il est
donc indispensable de connaître exactement les proportions réciproques des
composants, si l’on opère par l’ancienne voie."

Par ancienne voie, faut-il entendre voie sèche ou voie humide ?


L'histoire de la chimie montre qu'il s'agit de la voie sèche, celle
dont parle le pseudo Djabir. Dans les Demeures philosophales,
Fulcanelli revient sur ce point (p. 252) et assure que :

"... le poids de nature se réfère aux proportions relatives des composants


d’un corps donné."

à différencier du poids de l’art qui désigne :

31
"... les quantités réciproques de matières diverses, en vue de leur mélange
régulier et convenable..."

L’Adepte semble formel quand il décrète ensuite que :

"... le poids de nature est toujours ignoré, même des plus grands maîtres.
C’est là un mystère qui relève de Dieu seul et dont l’intelligence demeure
inaccessible à l’homme."

Plus loin, Fulcanelli aborde à nouveau ce point de l’art et cite


Linthaut :

"La vertu du soufre ne s’étend que jusqu’à certaine proportion d’un terme."

De ce terme, nous n’en saurons pas davantage mais nous


suivrons le conseil de l’Adepte qui préconise des opérations
supplémentaires que les bons auteurs ont nommé imbibitions et
réitérations. En conclusion provisoire de cet examen sommaire de
la XIIe Clef de Basile Valentin, nous avons donc dégagé plusieurs
pistes.

[À la lumière de développements ultérieurs (1, 2, 3, 4, 5), notre position a


néanmoins évolué :

a)- plusieurs matières premières (dont l'une au moins, le sujet minéral, est
symbolisée par un dragon écailleux) sont indispensables à la conduite de
l'oeuvre ; la chaux et un alcali semblent à cet égard incontournables ;
b)- ces matières fournissent d'une part les éléments du dissolvant universel
des vieux auteurs et d'autre part les éléments chaulés de la Pierre à partir
d'argiles pures ;
c)- l'attaque de la matière première conduit à une « séparation » qui procure
une substance se présentant sous forme d'un résidu que l'on nomme caput
mortuum ; le moment où cette opération intervient n'est pas évident car
cette couleur noire (nommée aussi tête de corbeau) peut survenir à
différents niveaux de l'oeuvre ; le caput mortuum est une substance que
nous analysons en détail dans la section du tartre vitriolé ;
d)- le composé qui doit être traité par le feu secret est nommé soit sel des
philosophes soit mercure des philosophes ; dans Myst., p. 141, Fulcanelli
assure qu’il faut : "cuire le Sel céleste qui est le Mercure des philosophes
avec un corps métallique" ;
e)- ce sel des philosophes est en rapport avec le principe « Corps » de la
Pierre et correspond à la résine de l'or ou Toison d'or décrite par
Trismosin.]

Examinons à présent le Traité chymico-philosophique de Basile


Valentin. Dans le chapitre V consacré à l’esprit de Mars, il nous dit
que le métal de Mars contient un certain sel épais en grande
quantité. Gardons cela en mémoire. Le chapitre VI traite de «
l’esprit de l’or ». B. Valentin nous dit que le Soleil est :

" un feu ardent et consumant... vertu qui associe l’intelligence, l’opulence et


la santé "

La Lune est abordée au chapitre VII [de la teinture de la Lune]. B.


Valentin trouve à la Lune une double signification ; elle présente
en effet une couleur bleu sombre (tirant vers le violet) ou blanche et

32
cela vaut qu’on s’y attarde :

a)- bleu sombre, cela nous renvoie au filet de Newton. En effet,


les deux métaux cuivre et antimoine mêlés donnent des alliages
offrant diverses nuances de pourpre ; il s’agit d’un état
intermédiaire. Le filet est le principe par lequel la matière
première fournit le Soufre, retenu [D’Espagnet, dans son Arcanum
Hermeticae philosophiae Opus parle du Soufre comme d’un petit poisson
gras et du Mercure comme d’un poisson mouvant à écailles argentées]
tandis que le Mercure passe à travers le régule étoilé d’antimoine.
Cette couleur pourpre a des rapports avec le phénix et le palmier. la
Lune sombre, de couleur pourpre, peut renvoyer à l'un des
composants du Rebis. Cette Lune sombre doit avoir un rapport
avec le caput mortuum ou corbeau ; en effet, Fulcanelli, dans Myst.,
p.198 explique que :

"La mort du corps laisse apparaître une coloration bleu foncé ou noire... Tel
est le signe et la première manifestation de la dissolution, de la séparation
des éléments et de la génération future du soufre, principe colorant et fixe
des métaux... Le corps mortifié, tombe en cendre noire ayant l'aspect du
poussier de charbon..."

Par là, Fulcanelli veut parler de la « mort des métaux », réduits en


chaux - ou cendre - métallique. C'est l'éclipse du soleil et de Lune
décrite par Raymond Lulle. C'est aussi cette partie du voyage des
Argonautes près du Pont-Euxin au moment où ils abordent les
roches cyanées [Symplegades]. Cette mortification métallique est
signifiée par l'idéogramme .

b)- blanche, où par un traitement correct, elle se transforme en


lune fixe, totalement blanche. Si l’on reprend les expériences de
Newton, on voit que dans ses premiers essais (vers 1669) il
dissout du vif-argent dans de l’Aqua fortis en y versant une once de
grenaille de plomb et obtient :

"... un précipité blanc comme un limon, lequel étant le Mercure précipité par
le soufre du Plomb..."

Nous verrons plus loin que l'on ne saurait accorder beaucoup de


crédit au vif-argent vulgaire qui n'a nul rapport avec l'argent-vif
hermétique. Cette référence à la blancheur est néanmoins
capitale car elle permet de comprendre que des sels blancs ou
des minéraux cristallins puissent par un jeu de cabale phonétique
conduire aux étoiles des cieux alchimiques. La Lune blanche
correspond aussi à un sel qui apparaît sous sa forme hydratée, ou
qui se présente comme un composé gélatineux ; il se peut que ce
soit cela qu'évoque Fulcanelli (Myst., p.171) à propos des
caractéristiques du nostoc :

"Tous ces caractères combinés, - apparition soudaine, absorption d'eau et


gonflement, coloration verte, consistance molle et gluante,- ont permis aux
Philosophes de prendre cette algue comme type hiéroglyphique de leur
matière."

33
Nous aurons l'occasion d'aborder l'étude d'autres algues qui
semblent davantage se rapporter à Poséïdon qu'à Zeus. La Lune
renvoie aussi à Artémis (Diane). E. Canseliet sans son Alchimie
expliquée sur ses Textes classiques (p.31) nous prévient de la
difficulté :

"... d'établir le contact et la collaboration, de manière permanente, avec le


soleil, la lune, les planètes et les étoiles..."

Raccourci saisissant du 3ème oeuvre où il faut obtenir, par


l'entremise du dissolvant universel, le contact puis l'amalgame
entre le principe Mercure [ou plutôt le Sel des Sages] et le principe
Soufre. La Lune est directement citée par Fulcanelli dans les DM,
II, p. 259, sur la sirène, monstre fabuleux servant à caractériser
l'union du soufre naissant - le poisson, cf. Jung, Aïon - et du
mercure commun, appelé vierge. Plus loin, p. 275, l'Adepte
évoque le règne d'Héliogabale qui avait amené à Rome sa pierre
noire et avait célébré ses noces avec la statue de Coelestis, qui
représentait la Lune. Il avait épousé une vestale [qu'on peut
identifier avec Vesta Ops ou Cybèle]. Nous parlons de cette partie
dans la section sur les Gardes du corps de François II.

Nous l'avons déjà dit, il importe de ne pas confondre le Mercure


commun ou eau-vive prime de Limojon et le Sel des Sages. Le
Mercure commun dissimule un corps qui est sans doute un alcali
dont parlent les Adeptes sous l'épithète de Lune des philosophes
[blancheur ou éclat argentin, tels sont ses attributs ; voir à ce sujet les DM,
II, p.150] ; ce corps a été placé aussi sous la protection de Diane
aux cornes lunaires [Lune cornée] et il n'a rien à voir avec le
sublimé corrosif [sublimé vénitien] ou bichlorure de mercure.
C'est enfin sous l'appellation de Lune des Sages, de ce Mercure
ou dissolvant, qu'il est question dans les DM, I, p. 290 sur la
captation progressive de la teinture que le roi abandonne pendant
son immersion et qui est la propriété spécifique de cet agent ou
moyen. Cet agent est le sulphur et le patient correspond au
Soufre blanc . On peut ainsi trouver une explication à la tertia
figura, où le cerf figure le principe Sel et la licorne le principe
Soufre. Mais, dans le De Lapide Philosophorum, les pistes sont
brouillées puisqu'on a vu que Lambsprinck n'avait pas donné aux
mots Esprit et Corps, le sens que leur donne habituellement les
autres philosophes.

Plus loin dans son Traité Chymico-philosophique, B. Valentin


débute une assez longue allégorie où il décrit le maniement du lin
qui, dit-il, doit être putréfié après dissolution avant d'être, enfin,
lavé. C'est encore une allégorie mais quand on saura que la
culture du lin exige une fumure particulière, riche notamment en
sulfate de potasse, on aura aussi identifié la matière du
disssolvant. Cela ne saurait nous étonner car le mot lin, en grec,
λινον, a aussi le sens de filet, ce même filet par lequel on
emprisonne les poissons sulfureux de D'Espagnet. En effet,

34
Fulcanelli (dans le Myst. Cath.) semble formel quand il nous parle
(p. 107) du feu secret qui est censé conjoindre le Soufre et le Sel
des Sages [à propos de l'un des bas-reliefs du portail central de Notre
Dame de Paris ; il s'agit de l'un des médaillons des Vices et des Vertus : la
Charité, cf. Gobineau] :

"un homme expose l’image du Bélier et tient de la dextre un objet qu’il est
malheureusement impossible de déterminer aujourd’hui. Est-ce un minéral,
un fragment d’attribut..."

et de citer Pernety :

"Les Adeptes disent qu’ils tirent leur acier du ventre d’Aries, et ils appellent
aussi acier leur aimant." [Dictionnaire mytho-hermétique]

Cet aimant, en fait, chez les Anciens, constituait un repère qui


leur permettait de montrer que tel métal avait plus ou moins
d'affinité pour un autre : l'expérience consistait à mêler des
métaux en solution ; certains avaient la propriété de déclencher
une précipitation, d'autre pas. Cette différence de comportement
témoignait du degré d'oxydation différent des métaux mis en
présence, ce qui nous renvoie à l'idéogramme qui donne le secret
de l'oeuvre : . Quoi qu'il en soit, l'allégorie reste complexe mais
le Dictionnaire de Pernety permet de montrer que l'Aimant est à
rapprocher du Mercure acué du Sel. Quant à l'Acier, le lecteur se
rapportera au commentaire que nous donnons des Douze Traités
d'Alexandre Sethon ; en reprenant nos données, nous savons que
:

a)- en premier lieu, Mars est le symbole du fer, qui peut jouer un
rôle en tant que principe Soufre - la teinture du Sel - dans

35
l'élaboration de la pierre ;
b)- en second lieu, Mars fait référence à l’antimoine à en croire
Newton [rapprochement par cabale phonétique entre Arès et Ariès] ; Mars
est de façon générale le symbole de toute substance vitriolique : il
peut donc s'agir d'argile, de gypse, sans compter les vitriols bleu,
vert, blanc, calciné en blancheur et les « gurhs » vitrioliques - [cf.
dragon écailleux] ;
c)- en troisième lieu, le Bélier pouvant aussi faire référence à
Jupiter Ammon, nous avons émis l'hypothèse que l'ammoniac jouait
un rôle dans l'Oeuvre -sous forme combinée à de l'alun mais ce
qui n'était pas satisfaisant (pourquoi les Anciens auraient-ils eu l'idée de
joindre de l'ammoniac à l'alun ?) ; mais l'ammoniaque est de l'alkali
minéral, volatil, qui n'a pas sa place dans la voie sèche. Voyez ce
que nous en disons dans la voie humide ;
d)- en dernier lieu, une lecture des Figures Hiéroglyphiques nous a
conduit à rapprocher Jupiter (figuré par Mars) de la figure de
Thémis, déesse de la Justice et à poser l'hypothèse que sous
Thémis - dont notre FIGURE I illustre le « lut de Sapience » - se
dissimulait par symbolisme la chaux.

Ce Lion vert, certains Adeptes [B. Valentin entre autres] le nomment


l’Émeraude des philosophes ou la rosée de mai [le Soleil traverse
alors le signe des Gémeaux dont le maître est Vénus ; pour la Rosée, voir la
section héraldique et alchimie].

Pour Newton, le Lion vert représente :

"le régime de l’œuvre de l’or commun après l’élaboration du Mercure


philosophique."

Nous y verrions plutôt la maturation du Rebis au sein du compost


mais c'est, du reste, ce que Newton imagine à propos du « régime
de l'oeuvre de l'or commun ». L’alchimiste en œuvrant au magistère
se sert d’un vase particulier dans l’une des voies possibles ; la
voie sèche, celle qui est utilisée par les plus grands adeptes,
nécessite un creuset dont le symbole est † et c'est la seule que
nous analysons ici [cf. voie humide ]. Il manque un élément
important dans cette analyse : le temps. La chronologie est en
effet capitale ; en alchimie, le temps se conçoit selon des étapes
bien précises qui renvoient à des couleurs retrouvées en
héraldique (argent = blanc - sinople = vert - sable = noir - gueules =
rouge). Le temps alchimique se confond également avec certaines
opérations qui exigent des tours de main spéciaux : ainsi la
cohobation ; Fulcanelli l’évoque (p.123) sur la planche XVIII
illustrant un autre médaillon du portail central :

36
portail central de Notre-Dame de Paris, l'Orgueil

Cette allégorie de la cohobation [il s'agit de l'un des médaillons des


Vices et des Vertus : l'Orgueil, cf. Gobineau] traite de l’extraction du
fixe et du volatil dans la dissolution philosophique. En
pharmaceutique, l’opération consiste à distiller la même eau sur
de nouvelles plantes afin d’obtenir un produit plus chargé. Cette
opération peut être symbolisée par un mouvement de rotation qui
renvoie au serpent Ouroboros des Anciens et à la roue zodiacale.
En alchimie, la roue [cf. Aurora consurgens I sur les rapports entre rota
et rosa] est l’hiéroglyphe du temps nécessaire à la Coction de la
matière philosophale et au degré de chaleur requis dans l'oeuvre,
en particulier à la fin de la Grande Coction. Le feu que l’alchimiste
utilise doit être constant et égal dans certaines parties du
magistère : on l’appelle le feu de roue. Il assure la rotation régulière
des éléments, c'est-à-dire leur conversion, au cours des
opérations alchimiques [voir Ripley]. Cette « rotation » est une pure
allégorie dont l'image exacte est plutôt représentée par le serpent
qui se dévore lui-même [dans la section sur le Mercure, nous verrons
que la méthode par volatilisation du fondant reflète très exactement cette
vision]. Le temps intervient aussi par le moyen du lien du Mercure
dont très peu d'Adeptes ont parlé : le sel harmoniac ; harmoniac
parce qu'il assure l'harmonie en captivant les éléments du
Mercure, à l'instar d'Orphée avec sa lyre ; seule l'agriculture
céleste permet de savoir pourquoi le blé et le seigle donnent l'un,
le nom vulgaire de la résine de l'or et l'autre le nom vulgaire de ce
sel [cf. section des blasons alchimiques].

Un autre feu que l’on a déjà évoqué et dont les Adeptes nous
assurent qu'il ne mouille point les mains, est le feu secret des
philosophes (le dissolvant universel sur lequel le chimiste Kunckel a
glosé, cf. Chevreul, critique de Hoefer). C’est ce dernier feu, excité par
la chaleur vulgaire émanée du feu de roue, qui fait littéralement
tourner la roue et évoluer le Rebis. Une autre technique

37
alchimique typique est la réincrudation : il s’agit d’un terme de
technique hermétique qui signifie « rendre cru », c’est-à-dire
remettre dans un état antérieur à celui qui caractérise la maturité
ou rétrograder [paradoxalement, selon Jung, cette rétrogradation
constitue l'individuation]. Nous y consacrons une section spéciale.
Nous avons mis en évidence plusieurs types de réincrudation :

a)- la première se rapporte à l'état d'un métal que l'on peut «


rajeunir » en le transformant en son sulfure, d'où il est
habituellement tiré des gîtes métallifères (par exemple, la stibine) ;
b)- la seconde se rapporte à l'état d'un métal, qui, conjoint à une
chaux métallique peut donner un corps composé dont la synthèse
demande à la nature des millions d'années et c'est ainsi qu'on
peut l'extraire des gîtes miniers ou des filons (par exemple, le
grenat) ; l'Art sacré seul permet de l'obtenir facilement et en peu de
temps en réduisant d'abord les métaux en chaux métalliques ou
métaux morts, réincrudés en un Corps neuf et subtil, résultat de la
parturition hermétique ;
c)- la troisième - plus subtile - se rapporte à l'obtention d'un des
composés du Lion vert et notamment à la préparation de la potasse
;
d)- à côté de ces trois types, on doit mentionner une réincrudation
mieux nommée regressus qui est de l'ordre de l'alchimie
spéculative [cf. philosophie et alchimie].

Comme on peut le voir, la réincrudation est protéiforme. Celle


dont nous entendons parler consiste dans l'incarnation de l'âme et
représente - au plan opératoire le point b) -, cf. Aurora
consurgens. Le point d)- est abordé dans la section où nous
étudions l'alchimie par le filtre de la philosophie kantienne.

4)- Le chêne

Que n’a-t-on écrit sur le chêne dans la littérature alchimique...


Examinons d’abord l’étymologie de ce mot : il s’agit d’un terme
d’origine gauloise, dérivé du latin populaire cassanus. En latin, le
chêne se traduit quercus, dont le deuxième sens est le vaisseau
Argo et le troisième sens, la javeline [à noter qu'un célèbre alchimiste,
Quercetanus, en a fait son pseudonyme]. La javeline est le dard long et
mince qui était l’arme de jet des Romains portée plus tard par les "
gens de pied " au XIIe siècle. Il est intéressant de noter que la
javeline en latin se dit " hasta " dont une traduction possible est
thyrse, sceptre de Bacchus, souvent cité en Alchimie. Le pseudo
Flamel, dans ses Figures Hiéroglyphiques en parle dans le dernier
commentaire de la troisième figure :

" Quelque tems après, l’Eau commence à s’engrossir et coaguler davantage,


venant comme de la Poix très-noire ; et enfin vient Corps et Terre, que les
Envieux ont appellée Terre fétide et puante ... Cette Terre a été appellée par
Hermès la Terre des feuilles, néanmoins son plus propre et vrai nom est le

38
Laiton qu’on doit laver puis après blanchir. Les anciens Sages Cabalistes
l’ont décrite dans les Métamorphoses sous l’Histoire du Serpent de Mars, qui
avoit dévoré les Compagnons de Cadmus, lequel le tua en le perçant de sa
Lance contre un Chêne creux. Remarque ce Chêne ."

Livre d'Abraham Juif, in N. Flamel, Oeuvres chymiques, Hambourg, 1681,


p. 22

Cette allégorie se rapporte à l'évolution du Rebis au cours de la


Grande Coction. Les deux serpents que l'on voit enlacés sont les
Soufres, dans un état de dissolution total, sublimés dans le
Mercure et la tige centrale représente l'image du résultat, qui est
leur réincrudation en une substance fixe : c'est la véritable
signification à donner au signe des Gémeaux [cf. humide radical -
Triomphe hermétique]. La terre des feuilles représente l'état du
Rebis tel qu'il est représenté sur la figure XIV du Rosaire des
Philosophes [Artis Auriferae, vol. II, 12, Bâle, 1593] et l'on aurait tort d'y
voir un rapport avec la terre foliée de tartre qui est une matière
que l'on emploie dans l'un des modes de préparation du Mercure.

[Plus précisément, la préparation de ce Mercure, le dissolvant des Sages va


nécessiter du carbonate de potasse (1, 2, 3, 4), le but étant d'obtenir soit de
la potasse caustique soit du sulfate de potasse (1, 2, 3, 4, 5, 6) ; dans le
processus de synthèse de la potasse, on passe d'abord par l'utilisation de
crème de tartre (1, 2, 3, 4) et de salpêtre (1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8). Et c'est là où
les problèmes de correspondances viennent à se poser car les alchimistes
ont décrit exactement de la même façon la matière au 3ème oeuvre quand
elle passe par la phase de dissolution et la préparation des matières, au
2ème oeuvre, qui permettent d'obtenir le dissolvant... Cette eau qui
commence à s'engrossir et à prendre la couleur de la poix peut donc
correspondre aussi bien à la purification du salpêtre qu'à l'apparence de la
matière lors de la putréfaction, étape obligée du 3ème oeuvre. La pureté du
produit obtenu est signalée par sa blancheur ; ensuite on utilise de la chaux
dont on « nourrit » littéralement le carbonate pour obtenir la potasse. On
peut voir ici une possible explication pour l'allégorie de Diane et d'Apollon...
On se permettra d'attirer l'attention du lecteur sur le danger évident d'établir
de telles relations « textuelles » qui ne valent que par la projection que l'on y
intègre.]

Le chêne représente plusieurs symboles entrelacés : on peut y


retrouver : les douves des vieux tonneaux sur lesquelles le tartre

39
est adsorbé, l'allégorie du Mercure fixé, le Mercure et les
colombes de Diane symbolisées elles-mêmes par la noix de galle.
Le symbolisme alchimique du chêne (1) est des plus complexes et
renvoie à des corps différents en fonction de la voie utilisée, et
pour la même voie, plusieurs Mercures philosophiques peuvent
être employés ; il est clair, toutefois, que la voie du Mercure qui
passe par le carbonate de potasse a dû être la plus fréquemment
utilisée par les Adeptes. Le terme de laiton désigne l'amalgame
au 3ème oeuvre, c'est-à-dire le mélange des deux Soufres. Ce
terme ne doit pas nous abuser. Pour les chimistes modernes,
c’est un mélange de cuivre et de zinc [corps qu'employaient - sans
savoir qu'il s'agissait d'un métal particulier - les Romains dans la fabrication
de l'airain ; cf. chimie et alchimie] ; d’autres auteurs l’ont appelé airain
et nous avons montré que l'Airain était le Rebis dans son premier
état [cf. Limojon : 1, 2]. Fulcanelli (Myst., p.60) insiste sur
l’équivalence hermétique entre le signe ank (pour croix ansée) et
l’emblème de Vénus ou Cypris, le cuivre vulgaire. Bernard le
Trévisan parle aussi du « laton non net » dans son Verbum dimissum
dans la phase où le compost est en putréfaction :

"Observez donc que quand notre Compôt commence à être abreuvé de


notre Eau permanente, alors il est entièrement tourné en manière de Poix
fondue, et devenu noir comme charbon ; en cet état, il est appelé la Poix
noire, le Sel brûlé, le Plomb fondu, le Laiton non net, la Magnésie et le Merle
de Jean..."

On relève une similitude entre ce texte du Trévisan et le passage


que nous avons donné supra, extrait du Myst. Cath. Notez que
l'animal attribué d'habitude à saint Jean est l'Aigle [cf. l'arcane du
Monde, Tarot alchimique]. Manifestement, le pseudo-Flamel et le
Trévisan n'évoquent le même stade de l'oeuvre avec des mots
parfaitement différents : et l'on serait abusé en pensant qu'il s'agit
du 2ème oeuvre dans le premier cas (obtention du Mercure) et du
début du 3ème oeuvre dans le second cas. Du merle de Jean,
voilà ce que Pernety nous dit :

"Merle de Jean. Un Philosophe s'est exprimé ainsi, pour signifier le noir qui
survient à la matière par la putréfaction. Merle blanc; c'est la pierre au blanc,
la Lune des Sages, Diane, etc." [Dictionnaire mytho-hermétique]

et, sur la Magnésie :

"magnésie , plomb , chaos . C'est une matière minérale. Le Philalèthedéfinit


ce mercure une eau ou vapeur sèche, visqueuse, remplis d'acidités, très
subtile, se dissipant aisément au feu, qui dissout les métaux par une
dissolution naturelle, et qui réduit leur esprit de puissance en acte. Le
mercure composé est celui dont nous venons de parler, auquel on a ajouté
une seconde matière, et qu'en conséquence ils appellent Rebis, laton, airain
des Philosophes, etc. Presque tous les Philosophes ne parlent que de
celui-ci dans leurs ouvrages. Nous avons déjà défini le mercure commun.
Magnésie. Matière d'où les Philosophes extraient leur mercure. Souvent ils
donnent ce nom de Magnésie à leur plomb, ou la matière au noir pendant la
putréfaction, quelquefois à leur mercure préparé.
MAGNESIE BLANCHE . C'est le soufre ou or blanc, la matière dans le vase

40
pendant le règne de la Lune.
MAGNESIE ROUGE . C'est le soufre rouge des Philosophes, leur or, leur
Soleil.
Raymond Lulle ( Theor , cap. 30.) donne le nom simple de Magnésie à la
terre feuillée des Philosophes, ou leur matière parvenue à la blancheur.
Cette terre est, dit-il notre magnésie dans laquelle consiste tout notre secret;
et notre secret final est la congélation de notre argent-vif dans notre
magnésie au moyen d'un certain régime.
MAGNESIE DES PHILOSOPHES est le nom que Planiscampi donne à un
amalgame fluide d'argent et de mercure.
MAGNESIE LUNAIRE est le régule d'antimoine, de même que la
MAGNESIE SATURNIENNE . Qui est aussi appelée Plomb des Philosophes
et le premier Être des métaux." [Dictionnaire]

On doit aussi rapprocher le Laiton de la déesse Latone, employée


de façon symbolique par d’autres auteurs comme M. Maier
[Atalanta fugiens]. Leto ou Latone est la mère de Diane [Artémis] et
d'Apollon ; ce sont les principes principiés [cf. Chevreul, critique
d'Artephius]. E. Canseliet [Deux logis alchimiques, p. 107] semble
attacher une importance toute particulière à cette phase et
renvoie aux gravures de Théodore de Bry qui complètent l’Atalanta
fugiens de M. Maier (1618). Il s’agit manifestement de la phase du
3ème œuvre là où, précisément, le Laiton doit être « blanchi ». Ce
laiton représente l'amalgame philosophique [Rebis dans son premier
état] qui nous renvoie au symbolisme du chêne. Passons en revue
les correspondances habituellement citées : une variété de chêne
méditerranéen s’appelle le chêne kermès ; de nombreux critiques
des textes anciens ont noté bien sûr que le kermès renvoyait à la
kermésite qui n’est autre que de l’oxysulfure naturel d’antimoine.
Un autre sel, dérivé de l'antimoine est le kermès des
pharmaciens, oxy-sulfure ; il se rapproche du soufre doré.
Lorsqu'on fait fondre ensemble deux parties et demi de sulfure
d'antimoine et une partie de carbonate de potasse, on obtient une
précipitation de kermès. Mais le kermès peut aussi renvoyer à un
parasite du chêne ou cochenille dont on tirait autrefois la teinture
écarlate. Ce dernier point est des plus importants et nous y
revenons dans trois sections : le rébus de St Grégoire ; les blasons
alchimiques ; Introïtus, VI. Nous avons vu plus haut, enfin, que le
chêne peut faire évoquer le javelot, point qui nous semble aussi
des plus importants. En effet, dans le combat qu’oppose le
chevalier au dragon écailleux [considéré comme Materia prima], il est
fait référence au javelot de façon constante ; on peut citer
Fulcanelli (Myst., p.95) :

"Aussi, dédaignant l’arc et les flèches avec lesquelles, à l’instar de Cadmus,


il transperça le dragon..."

La légende veut en effet que Cadmus reçut de la Pythie l’ordre de


suivre une vache qui porterait sur ses flancs un disque semblable
à celui de la Lune. Cadmus trouve l’animal en Phocide et le suit
jusqu’en Béotie. L’animal vient alors à se mettre sur le flanc et
Cadmus veut l’immoler : à ce moment, il s’aperçoit que la fontaine
où il va puiser l’eau du sacrifice est gardée par un dragon. Il le tue

41
et sème les dents du monstre, qui donnent naissance à une
multitude de géants [kadmoi] qui s’entre-tuent. Ces géants
s'apparentent bien sûr aux Titans que, par cabale, on peut
rapprocher de τιτανος qui constitue l'un des composants du feu
secret. Notons que dans cette version, Cadmos ne tue point le
serpent mais un dragon [cette fable est davantage commentée dans la
section Matière]... Fulcanelli nous reparle de Cadmus (Myst. Cath.,
p.119) en nous renvoyant à Philalèthe ainsi qu’à l’une des Douze
Clefs de Basile Valentin :

"Presque tous les philosophes ont parlé de ce vaisseau absolument


nécessaire pour cette opération [la fabrication du dissolvant universel ou
eau vive]. Philalèthe le décrit par la fable du serpent Python, que Cadmus
perça d’outre en outre contre un chesne..."

et là encore, il n'est pas aisé de savoir si ce que dit Basile se


rapporte à la préparation du 1er Mercure [eau-vive prime] ou au
Mercure philosophique [Compost philosophal]. Nous retrouvons
Cadmos (p.181) quand Fulcanelli commente le mythe de Tristan
de Léonois :

"Ce combat singulier des corps chimiques dont la combinaison procure le


dissolvant secret (et le vase du composé), a fourni le sujet de quantité de
fables profanes et d’allégories sacrées. C’est Cadmos perçant le serpent
contre un chêne..."

L’arbre est aussi évoqué par Canseliet dans la préface à la


deuxième édition des Demeures Philosophales (DM, I, p.23) où il
évoque l’analogie entre le chêne et la matière première des
alchimistes :

"... Contentons-nous de signaler, sur la jolie gravure du Typus mundi, ce


lièvre que cache l’arbre à demi et qui ronge l’herbe rare..."

42
Typus Mundi, 25ème gravure

Retenons aussi cette allusion au lièvre (mis pour lepus : lupus, loup)
que nous retrouverons quand Fulcanelli examinera la cheminée
alchimique du château de Fontenay-le-Comte.

Dans les DM, I, p.167, on trouve encore une intéressante allégorie


où De Cyrano Bergerac fait parler des chênes séculaires :

"... ils demeuroient en Epire, dans la forêt de Dodone..."

Or, Dodone était l’un des plus anciens oracles de la Grèce. On


posait au dieu suprême des questions auxquelles il répondait par
l’intermédiaire des branches de chênes et l’on avait placé sur les
cimes des arbres des vases d’airain qui s’entrechoquaient au
moindre courant d’air. L’airain, en alchimie, trouve sa
correspondance dans l’acier [Chalybs] ou l’aimant qui renvoient
tout deux à des adjectifs tels que " inébranlable, implacable,
impitoyable ", rendant bien compte du caractère destructeur de ce
feu secret ou feu de nature. L'Aimant est le Mercure et l'Acier, le
Soufre qui se trouve dans le Dragon igné. Dans ses DM, Fulcanelli
(p. 399) évoque la matière première et ses rapports avec « l’étain
grenaillé et la noix de galle ». Et certes, le dissolvant peut être
comparé à ces graines de rebut servant à nourrir la volaille...
Quant à l'étain, ce plumbum album, sa blancheur n'en fait pas pour
autant l'astérie [ανθος µονος] des Sages. La noix de galle
renvoie à kekis [κηκις] : il s’agit d’un hyménoptère cynipidé [de
κυνοσ, chien et ιπσ, ver] qui attaque les feuilles de chênes : on

43
récoltait le suc de ces tumeurs pour leur richesse en tanin. Un
secret de cabale se cache derrière la galle et le tan [voir : Introïtus,
VI - Fig. Hier. - Matière - voie humide]. Galle, employé au masculin,
renvoie au prêtre de Cybèle et d’Attis [voir Aurora consurgens, III] et
nous voici revenus à la FIGURE VI qui est probablement l’allégorie
de l’Athanor et partant, du feu secret. Et, au vrai, la fonction des
Galles était à l'identique de ce que nous dit Philalèthe des
colombes de Diane. La XIIe Clef de Basile Valentin est donc un
condensé des opérations nécessaires à l’élaboration du feu
secret. Quant à ce parasite du chêne, cette noix de galle, il s'agit
d'une des allégories les plus subtiles du symbolisme alchimique :
c'est en quelque sorte la « rouille » du chêne, assimilable à un
métal brûlé ; c'est donc un oxyde. Le chêne et la noix de galle
représentent le Compost tel qu'il doit être préparé dans le 3ème
oeuvre. Nous l'évoquons davantage dans le commentaire sur
l'Introïtus, VI de Philalèthe. Nous ajouterons ici les différentes
acceptions de κηκις [matière qui fond sous l'action du feu ; bave de la
poix ; noix de galle] qui ne feront que nous conforter dans le sens
hermétique à lui donner. Le sens cabalistique du chêne nous est
à présent devenu plus familier par le truchement de son parasite,
la galle. Cette noix de galle a des rapports avec l'ionosphère dont
parle E. Canseliet dans ses Études de symbolisme. En effet, sous
le rapport même du volume, on ne sera pas étonné que les
proportions soient presque semblables entre d'un côté la masse
du Compost et celle du Soufre, comparées de l'autre côté à celles
du chêne et de la galle ou teinture. Sous cette allégorie d'une
grande poésie, les alchimistes ont caché un haut point de science
sur lequel nous pouvons donner à présent quelque
éclaircissement. Et d'abord, prenons le chêne ; en latin, on a vu
qu'il en existait de plusieurs sortes : le chêne kermès ou chêne
méditerranéen, le chêne rouvre, dédié à Jupiter [donc à Thémis] et
le chêne robur [variété très dure qui symbolise l'airain, i.e. l'amalgame
philosophique]. En grec, le chêne [δρυς] contracte des rapports,
par voie d'assonance avec πρις, la fleur du chêne kermès [i.e.
kermès] par le truchement de πρινος [chêne yeuse et aussi chêne
kermès] et aussi avec l'action de « fixer, attacher, serrer fortement »
par πριω. Le chêne constitue donc cet Airain sur lequel vient se
fixer la « noix de galle » ou κηκις

[l'airain est cette matière qui fond sous l'action du feu : il s'agit de la matière
philosophique qui se dissout par l'intermédiaire du feu secret ; elle permet
par κηκας de comprendre pourquoi les adeptes parlent de façon imagée
« d'outrages, d'insultes »].

Le pseudo-Flamel, sans doute Arnauld sieur de la Chevalerie,


dans les Figures hiéroglyphiques écrit à un moment qu'il faut se
souvenir « d'un vieux chêne creux ». Or, en grec, un vieux chêne
creux se dit σαρωνις [qui se rapproche de Σαρωνιτικη : syrte, qui
a rapport avec le sable]. Et nous verrons, dans les belles

44
expériences d'Ebelmen, que le constituant du cristal de roche sert
de « fixateur » au médiateur salin qu'il empêche de se volatiliser
précocement : il peut s'agir du lien du Mercure. Nous reverrons
bientôt l'emblème du chêne en liaison avec le bouclier lors de
l'évocation de l'écu de Tentzel.

5)- la fontaine

En alchimie, parler de fontaine, c'est parler aussi de cheval, ou


plus exactement de cavale ou mieux encore, de cabale. Le cheval
est associé à des opérations qui semblent davantage relever de
quelque magie formelle : séparations, décapitation,
transformations multiples... On peut d'abord citer Pégase dont
l'étymologie renvoie à πηγη, source. Pégase est associé à la
Méduse ; Persée, en décapitant la Gorgone, libère la source d'eau
vive qui est l'un des composants du dissolvant des alchimistes.
Cette allégorie de la source ou de la fontaine a permis à l'auteur
des Myst. d'élaborer tout un système de renvois cabalistiques
dignes du labyrinthe de Salomon :

"Mais quelle est donc cette Fontaine occulte ?"

se demande Fulcanelli dans Myst., p. 95. Il nous indique que :

"La mythologie la nomme Libéthra et nous raconte que c’était une fontaine
de Magnésie, laquelle avait, dans son voisinage, une autre source nommée
la roche. Toutes deux sortaient d’une grosse roche dont la figure imitait le
sein d’une femme..."

Azoth, figure 3, Moët, 1659

45
Les Anciens nommaient sous l'épithète de magnésie toutes sortes
de terres argileuses ou calcaires, parmi lesquelles la terre de
Chio ou la terre Cimolienne ; autre exemple, la creta cirulis faisait
partie des terres magnésiennes. Libéthra renvoie aux Muses et à
deux fontaines, celle d’Aganippé et celle d’Hippocrène. Aganippé
est une source située en Béotie au pied de l’Hélicon et la légende
raconte que cette source a jailli sous le sabot du cheval Pégase ;
dans une autre acception, Aganippé est aussi l’épouse d’Acrisius
et la mère de Danae. La légende raconte que Danae fut enfermée
dans une tour d’airain par son père à qui un oracle avait prédit
qu’il serait tué par le fils de sa fille ; Zeus se métamorphosa en
pluie d’or et parvint jusqu’à la couche de Danae [voir les sections
Cosmopolite et les Douze Traités pour la pluie d'or] ; de leur union
naquit Persée qui tua par accident son grand-père Acrisius. Nous
parvenons ainsi à comprendre que de cette fontaine doit jaillir un
composé à caractère « dur et inébranlable ». Voyons à présent cette
autre source nommée « la roche ». De roche ou rocher, il est
question aux DM, I, p. 276 où Fulcanelli précise :

"Sachez aussi que notre rocher, - voilé sous la figure du dragon - laisse
d’abord couler une onde obscure, puante et vénéneuse, dont la fumée,
épaisse et volatile, est extrêmement toxique. Cette eau, qui a pour symbole
le corbeau, ne peut être lavée et blanchie que par le moyen du feu..."

que l'on peut rapprocher d'un apophtegme de la porte alchimique


de la villa Palombara à Rome :

"L'azoth et le Feu en blanchissant Latone, paraîtra Diane sans vêtement."

Notez que l'on retrouve cet embarras de savoir si les alchimistes


parlent ici de la préparation du Dissolvant [2ème oeuvre] ou de
l'évolution du Rebis [3ème oeuvre]. On voit bien d'ailleurs que le
résultat, qu'il s'agisse du dissolvant ou de la Pierre, sera une
matière fixe : l'Eau qui ne mouille pas les mains dans un cas et un
cristal particulier dans l'autre cas. Ailleurs, DM, I, p. 376 :

"... frappe le rocher, c’est-à-dire la matière passive, et en fait jaillir l’eau pure
cachée dans son sein"

et enfin, DM, II, p. 205 :

"Pour l’obtenir [l’eau permanente], disent-ils, il convient de frapper trois fois


le rocher, afin d’en extraire l’onde pure mêlée à l’eau grossière et solidifiée,
généralement figurée par des blocs rocheux émergeant de l’océan..."

Quel est donc ce rocher, s'agit-il du Sujet des Sages ? Un


flambeau, quelque lanterne pourrait nous aider de son éclat...
Précisément, dans ses DM, I, p. 401, Fulcanelli propose le secours
de l’Adepte Lintaut (ou Linthaut) en citant l’Aurore et l’Ami de
l’Aurore [Bibl. de l’Arsenal, XVIIe siècle, n°3020 ; Oeuvre Chymique du
docte Henri de Lintaut, réed. Guy Trédaniel] qui nous montre (cf. note
de bas de page) l’âme d’un roi couronné, inerte, s’élevant vers une
lanterne flottant au sein de nuages épais [gravure remployée

46
manifestement du Rosarium Philosophorum].

L'Aurore - Fac fixum volatile -

Dans les Deux Logis alchimiques de Canseliet figure un dessin


(figure XII) d’après le croquis de Henri de Lintaut. On y voit :

"... une petite créature qui file, jambes, ailes et bras parallèlement étendus,
vers une lanterne suspendue dans le ciel au milieu d’un cercle de lumière
radiante ."

L’apophtegme dit en légende : FAC FIXUM VOLATILE. E. Canseliet


a glissé cette image dans le chapitre intitulé : La Conversion des
Élément. H. de Lintaut est également cité par Fulcanelli (Myst.,
p.142) :

"Ce secret icy surpasse tous les secrets du monde, car vous pouvés en peu
de tems, sans grand soin ny travail, parvenir à une grande projection, de
laquelle voyés Isaac Hollandois qui en parles plus amplement "

Sur Isaac le Hollandais, voyez le Traité du Sel de Michel


Sendivogius. Dans les DM, II, p. 71, Fulcanelli laisse entrevoir une
liaison cabalistique qui peut être riche d’enseignement quand il
aborde ensuite la séparation des corps :

"Chacune de ces réitérations prend le nom d’aigle... [ce mot], d’où les sages
ont tiré leur terme d’aigle, signifie éclat, vive clarté, lumière, flambeau..."

L'aigle est l'un des trois principes, si l'on se souvient de l'allégorie


de l'aigle et du lion. On trouve dans l'Introïtus, IX de Philalèthe ce
passage :

47
"... et sache que le Mercure d'une, deux ou trois aigles commande à
Saturne, à Jupiter et à Vénus, de trois à sept aigles, il commande à la Lune,
enfin il commande au Soleil quand il en a de sept à dix."

Cette gradation des Aigles semble conforme à la température de


fusion du plomb [Saturne], de l'argent [Lune] et de l'or [Soleil],
encore que l'or n'entre en fusion qu'à une température un peu
supérieure à « dix aigles »... L'aigle peut ainsi représenter une
indication sur la chaleur à apporter aux corps. [voir aussi sections :
Oeuvre secret ; Matière ; humide radical ; le Triomphe hermétique]. Pour
l’instant, nous retiendrons qu'un aigle, en latin, se dit aquila et que
son sens est, pour l'une de ses acceptions : « portant l’éclair de
Jupiter » [cf. Atalanta fugiens, XLVI]. La Pierre d’aigle ou aétite, par
ailleurs, est une variété d’oxyde ferrique hydraté parce que,
suivant une légende, les aigles portaient cette pierre dans leur
nid. L'aigle peut aussi représenter l'apposition - on dirait presque
l'onction - d'une substance « fusant » facilement avec grand
dégagement de chaleur.
Enfin, on trouve dans l’Alchimie de Canseliet une autre allusion au
flambeau dans un article intitulé LesTrois flèches de la Rédemption, p.
246, où est cité un hermétiste portant le nom de Chaudet.

vitrail des Jacobins, Myst. Cath.

On le retrouve sur un vitrail des Jacobins que Fulcanelli analysa


dans Myst., p. 153. Cet écusson se voyait sur une verrière
éclairant la chapelle de saint Thomas d’Aquin au couvent des
Jacobins. Écartelé où l'on distingue le 1er agent ou épée du
chevalier, la matière première étant indiquée par trois étoiles [les
réitérations] et les sept pointes. Les serpents sont la marque du
Mercure, les épis de blé et la masse sous-jacente représentent le
plus haut sommet de l'oeuvre : le nom commun de la substance
cachée sous cette germination n'a jamais été révélé ; peut-être y
a-t-il un rapport avec le « vieux chêne creux » ?
Le matras inversé nous rappelle que le cercle crucifère et le

48
symbole de Vénus sont semblables aux deux faces d'une même
médaille [ou d'une Vertu, voir la Prudence dans la section des Gardes du
corps ; cf. aussi Gobineau]. Enfin, la double couronne tressée est
l'illustration du feu de roue qui est la manifestation de la coction.
Cette couronne d'épines est de sinople sur un champ de sable ;
où l'on trouve la couleur de la chaux métallique et la qualité du
lien mercuriel. La croix d'or est le creuset où s'élabore le travail
dans le 3ème oeuvre ; Quant aux trois globes d'azur en pointe, ils
rappellent les trois clous de la crucifixion [ηλος], en rappelant la
nature soufrée [ηλιος] intervenant à ce stade de l'oeuvre. E.
Canseliet nous donne deux autres versions de cet écusson,
figurant à la fin de L’Harmonie Chymique de David Laigneau dont
nous analysons complètement la deuxième version dans le rébus
de St Grégoire. S’il en était besoin, nous ajouterions qu’une note de
bas de page [on ne dira jamais assez l’importance des notes et des
préfaces d’E. Canseliet qui se révèle en la matière plus redoutable que son
maître Fulcanelli] de son Alchimie, pp. 132-135, se révèle au sens
hermétique absolument lumineuse :

"A la suite du manuscrit original de l’Aurore, déjà fort mal écrit, se trouve un
autre traité, destiné sans doute à le compléter, et qui porte pour titre : L’Ami
de l’Aurore. Cette seconde partie de l’ouvrage est absolument illisible. Les
lignes du recto et celles du verso, par dommage superposées, se sont
interpénétrées à travers la pâte du papier. L’encre, acide et trop peu
gommée, s’est étalée dans les intervalles, rongeant les caractères, soudant
les mots en larges traits opaques... L’ami de l’Aurore, ruiné par l’influence
du temps et des réactions chimiques, demeure indéchiffrable, et la pensée
de l’auteur est probablement perdue à jamais."

Texte d'une clarté exemplaire ! A méditer. On y trouve nommés, à


peine voilés, les Soufres rouge et blanc.

6)- L'antimoine et l'étoile

Nous allons d'abord essayer de comprendre pourquoi l'antimoine


revêtait une telle importance au cercle d'Hartlib en parcourant les
travaux alchimiques de Newton. B.J. Dobbs nous décrit (op. cité, p.
181) les premières expériences de Newton par la voie dite
humide, utilisant non pas le feu usuel mais ce que l'on pourrait
presque appeler le feu secret dans sa forme vulgaire, c'est-à-dire
en l'occurrence de l'aqua fortis (acide nitrique HNO3) qui s'apparente
davantage à l'épée ou au glaive qu'à la rosée de mai ; on obtenait
la précipitation du plomb (Saturne) en une poudre blanche. A noter
que du mercure était ajouté au mélange ce qui ne modifiait pas la
précipitation de plomb, celui-ci étant plus oxydable que le
mercure. Même chose pour l'étain (Jupiter) et le cuivre (Vénus). Par
contre, on obtenait un limon formé d'oxyde noir - B.J. Dobbs se
trompe, p.183, en affirmant que cet oxyde est blanc - de mercure par
réduction de celui-ci à son plus bas degré d'oxydation. Ces
opérations n'ont pas convaincu Newton et il s'orienta vers d'autres

49
procédés. Il se rendit compte néanmoins de la différence
fondamentale - que l'on connaît maintenant en terme de degré
d'oxydation - dans les termes suivants :

"... [Une] solution de mercure dans de l'Aqua fortis, étant versée sur du fer,
du cuivre, de l'étain ou du plomb, dissout le métal et libère le mercure ; cela
ne démontre-t-il pas que les particules acides de l'Aqua fortis sont attirées...
plus fortement par le fer, le cuivre, l'étain et le plomb que par le mercure" (in
Newton, Opticks, p. 381, cité par Dobbs).

Newton se tourna alors vers la voie sèche ; il s'agissait d'utiliser


du sublimé corrosif (rappel : bichlorure de mercure HgCl2, appelé encore
sublimé vénitien) pour ouvrir [dissoudre] les corps de l'antimoine, de
l'argent et de l'étain. Suite à une idée de Robert Boyle d’utiliser de
manière conjointe le sublimé mercuriel et le Sal Armoniack
(chlorure d’ammonium NH4Cl, à ne pas confondre avec le sel Harmoniac
ou liant du Mercure) afin d’augmenter le pouvoir d’ouverture des
métaux, Newton avec son esprit systématique décida « d’ouvrir »
le corps de tous les métaux. B. J. Dobbs, p. 186, fait une
remarque pleine d’intérêt quand elle signale que le plan de travail
du physicien n’avait pas pris en compte le concept des poids
équivalents et qu’il ne pouvait, de ce fait, utiliser les proportions
définies dans chaque cas pour analyser la nature des substances
obtenues ; B. J. Dobbs note que Newton avait déjà eu un doute
quant au résultat du traitement du cuivre par l’Aqua fortis qui
dégageait une coloration bleue (typique du cuivre). Cette remarque
doit être mise en parallèle avec l’attention qu’apportent les
alchimistes au poids de nature, si important pour obtenir le
résultat voulu (cf. la XIIe Clef de B. Valentin). Dans la 2ème édition de
son Chymiste septique, R. Boyle avait déjà signalé qu’il savait
n’obtenir que du mercure simple lors de pareil traitement d’un
métal par de l’Aqua fortis. Il semble que Newton n’ait pas eu
connaissance du texte où Boyle relate cela [Works, I, p. 632].
Plus tard, la recherche du Lion vert de Ripley – le Mercure
philosophique - se poursuit par les expériences sur le régule
étoilé d’antimoine. L’antimoine (stibium) est un corps argenté dont
le minerai le plus important est la stibine (Sb2S3). C’est un corps
que l’on trouve sur des vases chaldéens (4000 av. J.-C.) et que la
Bible mentionne (Jézabel se fardait les yeux de stibine, en fait de l'un de
e
ses composés, le kohol ou khôl). B. Valentin décrit au XV siècle ses
propriétés, la préparation du métal et de ses alliages dans le Char
de Triomphe de l’antimoine (25). L’antimoine a la propriété – entre
autres - de libérer l’or de ses impuretés et B. Valentin lui attribua
les mêmes effets sur l’organisme humain… La préparation de la
stibine se fait par action du fer en utilisant le borax comme
fondant. Le fer se combine avec le sulfure de la stibine et monte à
la surface (Fe2S3) tandis que l’antimoine tombe au fond de la cuve
de fusion. Si de bonnes conditions sont réunies lors du
refroidissement et de la purification du minerai, il apparaît une
étoile centrale que l’on appelle une retassure. C’est cette étoile
qui a exercé une fascination singulière chez de nombreux

50
chercheurs ; mais s’agit-il vraiment de la bonne étoile ? E.
Canseliet l’affirme, Fulcanelli semble très sceptique… Autre
énigme désespérante. Quoi qu’il en soit, Newton préconisait la
formule suivante pour obtenir le régule étoilé d’antimoine :

"Le Régule Martial est fait en jetant 2 parties d’antimoine sur 1 de fer
chauffée au blanc dans un creuset et en les mélangeant bien ensemble avec
un peu de salpêtre pour activer la fusion. Lorsque c’est froid, on trouve au
fond le régule, lequel, de nouveau mélangé 3 ou 4 fois avec du salpêtre, est
ainsi purifié et lorsqu’il est froid il possède une surface plane (sous le
salpêtre qui est alors couleur d’ambre claire) avec des dessins en étoile et
on l’appelle Regulus Martis Stellatus." [MS Don.b.15, f. 4v, cité in Dobbs, p.
190]

À l’époque, le terme de régule ne s’appliquait qu’à l’antimoine. Si


l’on préparait l’antimoine avec de l’étain, le régule de l’étain
pouvait correspondre au Mercure extrait de l’étain, présent avec
l’antimoine dans le « régule ». Je pense que la correspondance
que B. J. Dobbs propose entre le mot regulus (petit roi) et
Regulus, l’étoile de 1ère grandeur de la constellation du Lion et
qui est aussi appelée Cor leonis, c’est-à-dire Cœur de Lion, n’est
pas tout à fait adéquate ou du moins ne recouvre pas la
signification exacte du regulus en question. C’est un point qui est
examiné infra. Plus loin, B. J. Dobbs évoque ces lignes de cristaux
du régule étoilé, non pas divergentes pour former l'étoile du
régule, mais au contraire convergentes, vers le centre, cette
manière de voir impliquant des caractères d'attraction plutôt que
d'émission. B. J. Dobbs formule alors l'hypothèse selon laquelle
ces lignes de force auraient pu prendre tout-à-coup pour Newton
une dimension nouvelle ; il voulait bâtir une théorie de l'attraction
des petits corps semblable à celle qu'il avait élaborée pour les
grands corps dans ses Principia.

Les alchimistes ont très souvent fait référence à leur Aimant, leur
Acier, à l'Étoile du Nord mais toujours de façon imagée. Plusieurs
étoiles, au moins deux, sont citées ; Fulcanelli, dans Myst., parle
de l'étoile de Jacob, de l'étoile des Mages, de l'étoile du matin, de
l'étoile hermétique, de deux étoiles et de l'étoile terrestre. Est-ce
la même étoile, diversement interprétée ? Nous donnerons
d'abord la définition de l'étoile hermétique, selon Pernety :

"Étoiles des philosophes. Ils donnent communément ce nom aux couleurs


qui surviennent dans le vase pendant les opérations du grand œuvre. Mais
ils prennent ordinairement les termes de Planetes et d’Etoiles pour signifier
leurs métaux; ou les planètes terrestres, c’est-à-dire les métaux vulgaires.
ÉTOILE AU COUCHANT. Sel armoniac.
ÉTOILE DE LA TERRE. Talc. " [Dictionnaire mytho-hermétique]

a)- voyons d'abord l'étoile des philosophes. Dans Myst., p. 73,


Fulcanelli fait s'écrier Balaam :

"Comment pourrais-je maudire celui que son Dieu ne maudit pas ? Comment
donc menacerai-je celui que Jéhovah ne menace pas ? Ecoutez ! ... Je la
vois, mais pas maintenant ; je la contemple, mais pas de près... Une étoile

51
se lève de Jacob et le sceptre sort d'Israël..." (Num., XXIV, 47)

On sait que Jacob lutta une nuit entière contre un ange du


Seigneur, ce qui lui valut le nom d'Israël [Celui qui lutte contre Dieu].
L'ange est souvent associé au corps qui détruit le Sujet des
Sages afin d'en extraire la première matière ou Mercure. C'est la
même allégorie qui est utilisée dans l'Annonciation. Le sceptre est
un attribut de Jupiter.

b)- L'étoile des Mages est évoquée p. 66 :

"C'est une figure radiée... dite Etoile des Mages... qui rayonne à la surface
du compost, c'est-à-dire au-dessus de la crèche où repose Jésus,
l'Enfant-Roi."

Ici, le symbolisme est clair : il renvoie au brillant [Apollon], épithète


du sujet des Sages [στιλβεω] ; quant à la crèche, ϕατνη, c'est
aux lambris d'un plafond, formés de panneaux de marbre qu'elle
fait penser ; ces lambris désignent aussi des planchettes de
chêne. En latin, laqueo [lambrisser, mais aussi lier]. Cette étoile, donc,
rayonne sur le compost et Fulcanelli nous assure que la surface
du compost est composée de lignes entrecroisées qui ont valeur
d'un filet qui retient. Cette étoile des Mages possède ici le même
sens que le rémora hermétique. Ailleurs, toujours dans Myst., p.
75, Fulcanelli s'attarde sur un vitrail de l'ancienne église
Saint-Jean à Rouen -aujourd'hui détruit- :

"La conception était figurée par une étoile qui brillait sur la couverture en
contact avec le ventre de la femme..."

et les bordures de cette vitre étaient ornées de médaillons où


figuraient les planètes. Même allégorie pour le même spectacle.

c)- L'étoile hermétique, c'est E. Canseliet qui nous en parle en sa


préface à la 2ème édition des Myst. en citant Philalèthe :

"C'est le miracle du monde, l'assemblage des vertus supérieures dans les


inférieures ; c'est pourquoi le Tout-puissant l'a marqué d'un signe
extraordinaire.." [Introïtus, III]

C'est-à-dire, en grec, d'un signe « effrayant », ce qui rapproche


singulièrement cette étoile du sujet des Sages. Quant au signe, il
possède le même sens hermétique que l'antimoine saturnin
d'Artéphius. L'étoile qui brille sur la Vierge mystique est la même
que l'étoile du Berger (Vénus), le matin, à l'aurore c'est-à-dire à
l'Orient. Vénus n'est visible qu'avant le lever du soleil lorsque le
ciel a une couleur rougeâtre (jaune tirant sur le rouge) ; la couleur
de l'aurore se réfère à la matière première. La deuxième étoile est
le signe de l'oeuvre au rouge.

Dans les DM, nous retrouvons l'étoile à plusieurs reprises :

- DM, I, p. 243, où est décrit dans la Salamandre de Lisieux :

52
"[...] un homme richement vêtu du pourpoint à manches, coiffé d'une sorte de
mortier, et la poitrine blasonnée d'un écu montrant l'étoile à six pointes."

d)- leo viridis

Fulcanelli assure que cet astre est la substance qui, au cours des
sublimations, s'élève au-dessus de l'eau, qu'elle surnage comme
une huile et que c'est l'Hypérion de l'oeuvre [qu'il faut lire par cabale,
υπερ−ιον] C'est le lion vert de Ripley. Le mortier désigne deux
matières entrant dans la préparation du dissolvant [αµµοκονια =
poussière et chaux] et la coiffe [καλυπτηρα] est l'épithète de ce
qui recouvre ; analogie avec le tombeau qui correspond à la
dissolution radicale des corps et à l'ouverture des métaux. On
relèvera la liaison, riche de cabale, entre αµµοκονια et la «
Maistre Pierre du coignet » [les Mystères, p. 61] par laquelle l'Adepte
définit la pierre angulaire de l'Oeuvre. Nous ferons remarquer au
lecteur que αµµοκονια peut s'écrire par permutation
αµµονιακο ; nous retrouvons le sel ammoniac des Anciens.
- DM, I, p. 375 :

" C'est le signe de l'union et de la concorde qu'il faut savoir réaliser entre le
feu et l'eau... les deux superposés forment l'image de l'astre, marque
certaine d'union... car étoile (stella) signifie fixation du soleil."

Voyez ce que nous disons dans les Douze Portes de Ripley sur les
éléments. C'est cette digamma que nous présentons à la FIGURE
XVI d'après le traité alchimico- kabbalistique attribué à Abraham
Eleazar (Erfurt, 1735 - Jung semble confondre Abraham Eleazar avec
Abraham Juif ; il est beaucoup plus ancien, cf. Psychologie et Alchimie,
réf. 162). Nous retrouvons aussi le symbole de la Terre et du
Mercure. Le cercle figure une roue et symbolise également le feu
de roue. La digamma est le « scel » de l'Eau et du Feu ; elle
représente l'eau pontique qui assure la dissolution des corps tout
en constituant le lien du Mercure.

Abraham Eleazar, Uraltes Chymisches Werk, Leipzig, 1760

53
Au centre, le cercle crucifère figure l'albâtre des Sages. La
conjonction de la digamma montre avec assez d'insistance à quel
point le feu est lié à l'eau dans la préparation du lait d'Apollon.
Encore dans l'Aureum Seculum Redivivium de Mynsicht.

- DM, I, p. 436 :

"L'humble et commune coquille... s'est changée en astre éclatant... Matière


pure, dont l'étoile hermétique consacre la perfection : c'est maintenant notre
compost, l'eau bénite de compostelle... et l'albâtre des sages."

Attaque de la « pierre du Coignet ». L'étoile hermétique symbolise


ici l'ensemble des composés du Mercure philosophique ;

- DM, II, p. 57 :

"On comprend sans peine que l'étoile - manifestation extérieure du soleil


interne,- se représente chaque fois qu'une nouvelle portion de mercure vient
baigner le soufre indissous, et qu'aussitôt celui-ci cesse d'être visible pour
reparaître à la décantation, c'est-à-dire au départ de la matière astrale... À
sept reprises successives, les nuées dérobent... tantôt l'étoile, tantôt la
fleur."

Cette étoile et cette fleur dont parle Fulcanelli sont strictement


superposables à celles de la planche X du Mutus Liber ; la Clef XII
de Valentin nous montre la fleur, en utilisant le symbole du tartre.
Cette fleur, on la retrouve sur l'un des plateaux de la balance de
la planche X du Mutus Liber et la scène mythologique du bas
décrit la naissance d'Apollon et de Diane [dont on aperçoit le
croissant de lune, à droite et en haut du soleil]. Cette opération doit être
réitérée un certain nombre de fois. L'ensemble de l'opération
conduit à l'acquisition du mercure philosophique,

"substance vivante, animée, issue du soufre pur radicalement uni à l'eau


primitive et céleste."

et à son animation ; l'union radicale renvoie à la Rosée de


mai. Apollon et Diane sont considérés comme des homonymes
spirituels du Soleil et de la Lune ou du Soufre et du Mercure ;
ambiguïté qui représente une difficulté supplémentaire dans
l'examen des traités alchimiques. Pour l'étudiant, rappelons une
fois encore l'alternative :

- soit on considère qu'Apollon et Diane symbolisent les


composants du dissolvant ou eau-vive : alors nous sommes au
2ème oeuvre ;
- soit on considère qu'Apollon est le signe du Soufre rouge et que
Diane masque le Soufre blanc : alors nous sommes au 3ème
oeuvre ;

Notez encore que cette alternative vaut pour un texte, mais que
dans le même texte, elle peut encore s'exprimer : le Livre secret
d'Artéphius est à cet égard édifiant. Dans ce traité sur l'Eau
permanente apapraît un changement de ton qui exprime la

54
transition entre l'eau-vive prime et l'eau-vive seconde,
considérées selon Limojon de Saint-Didier.

- DM, II, p. 113 :au caisson 6 de la 4ème série, une banderole où


se trouve gravée cette devise : .LVZ.IN.TENEBRIS.LVCET. : « La
lumière brille dans les ténèbres » proche du titre d'un traité lapidaire
sur l'Art sacré [Lux obnubilata...] ; Fulcanelli de commenter :

"Ainsi, le travail de l'art rend manifeste et extérieur ce qui, auparavant, se


trouvait diffus dans la masse ténébreuse, grossière et vile du sujet
primitif...Tous les chimistes ont connu... ce sujet."

Nous ne pouvons ici que renvoyer le lecteur à nos observations


relevées sur le flambeau. Nous rappellerons aussi qu'il faut
interpréter avec prudence tout ce que Fulcanelli semble nous dire
en clair quant aux composés chimiques qu'il nous décrit
régulièrement : ainsi, de l'oxyde rouge d'hydrargyre, nom ancien
de l'oxyde du mercure (oxyde mercurique, variété rouge). Notons enfin
que ce sujet primitif n'a rien à voir avec la Prima materia ou le Sel
des Sages. Dans les DM, I, p. 441, Fulcanelli écrit que :

"La matière a subi une première préparation, le vulgaire vif-argent s'est mué
en hydrargyre philosophique... La route suivie est sciemment tenue secrète."

Ici, le secret a valeur d'interdit [απορρητος], proche par cabale


de απορρηγνυµι [qui a rompu ses liens, dissolu] ; cette dissolution
ne peut effectivement intervenir si l'on ne suit pas le bon sentier
[στιβεω], c'est-à-dire si l'on néglige d'employer l'albâtre des Sages.

Pour en revenir à l’exposé de B.J. Dobbs, la conception de l’étoile


d’antimoine était celle des philosophes alchimistes. Du moins
est-ce l'avis de Mary Anne Atwood dans son Hermetic Philosophy
and Alchemy. A suggestive inquiry in : the Hermetic Mystery (1850, puis
Julian Press, New York, 1960). Ce caractère « attractif » que B.J.
Dobbs croit déceler dans l’étoile d’antimoine provient d’un
contresens - ainsi que nous venons de le voir - entre le moment
où l’étoile apparaît et l’étoile symbolique qui est simplement le

55
signe (stella) d’un traitement correct des matières employées. Il
convient d’indiquer aussi que Basile Valentin sous-entendait que :

"Certains ont pensé que cette étoile était la véritable substance de la pierre
philosophale. Mais ceci est une idée fausse et ceux qui l’entretiennent
s’égarent…"

Pour l’interprétation correcte de ce pouvoir attractif, je renvoie le


lecteur à la note 37 et aux remarques concernant l’allégorie de la
salamandre et du rémora (De Cyrano Bergerac) et celle concernant
l’aimant et l’acier (Philalèthe).

Après Basile Valentin, Newton étudie Alexandre Sethon (les Douze


Traités, cf. note 29). Newton extrait un passage du pseudo-
Sendivogius qui mentionne l'Aimant ou Chalybs et il identifie
l'antimoine à l'Aimant. Newton note :

"Cet autre Chalybs (justement nommé) est l'antimoine, car il est créé
naturellement de lui-même (sans artifice) et c'est le commencement de
l'oeuvre ; et il n'y a pas là plus de deux principes, le plomb et l'antimoine."

Newton avait sans doute vu juste pour le plomb qui fait sans doute
partie du dissolvant universel dans certains procédés - ces
procédés ont plutôt à voir avec la spagyrie qu'avec l'alchimie - mais
l'antimoine vulgaire n'est d'aucun usage pour l'obtention de la
pierre au rouge. Plus loin, voici un autre passage ou Sendivogius
parle de l'eau mercurielle (ou eau permanente) :

"Notre eau est attirée comme par merveille, et c'est la meilleure chose qui
est attirée par le pouvoir de notre Chalybs, lequel est trouvé dans le ventre
d'Aries."

Nous ajouterons ici une remarque de Pernety :

"Aries ou Bélier. Ces termes sont mystérieux dans les écrits des
Philosophes Chymiques; ils disent que leur matière se tire du ventre d’Ariès.
Quelques-uns prenant ces termes à la lettre ont cru que cette matière était
de la fiente de Bélier; mais les Philosophes parlent du Bélier, signe du
Zodiaque, et non du Bélier animal." [Dictionnaire mytho-hermétique]

Et j'ajoute le bélier mythologique puisque l'explication complète


requiert la connaissance de la fable de Jason et des argonautes.

L'explication de cette allégorie nous est fournie par Fulcanelli,


dans Myst., p. 189, quand il examine la ceinture que porte
Saint-Christophe (planche XLII, Hôtel Lallemant, Légende de saint
Christophe - cf. aussi le Tarot alchimique, lame de l'ermite) :

56
saint Christophe, bas relief de l'hôtel Lallemand, Bourges

"La ceinture d'Offerus est piquée de lignes entrecroisées semblables à


celles que présente la surface du dissolvant lorsqu'il a été canoniquement
préparé...Et ce signe, les vieux auteurs l'ont appelé Sceau d'Hermès, Sel
[Scel] des Sages..., la marque et l'empreinte du Tout-Puissant, sa signature,
puis encore Etoile des Mages, Etoile polaire, etc..."

Ceinture en latin peut se traduire par cingulum (ceinture,baudrier,


ventrière), zona (ceinture, constellation d'Orion) ; ventre peut se traduire
par alvus (ventre, ceinture, excréments, déjections, ruche, coque de
navire). Tous ces termes sont familiers à ceux qui ont jeté les yeux
sur les textes hermétiques : ils ont tous un rapport avec le vase de
nature. Les « fèces » sont souvent citées par les Anciens et
l'expression « crachat de Lune » s'emploie couramment pour
désigner l'un des composants du dissolvant. Nous avons vu qu'il
pouvait s'agir du tartre [ρυπος, τρυγ]. La ruche peut être
assimilée à l'Aimant qui attire les abeilles. Nous en avons un
exemple dans la représentation qui en est donnée sur le poêle
alchimique de Winterthur ; Fulcanelli (Myst., p. 200) commente

"[cette] ruche commune, en paille, [qui] est entourée de ses abeilles"

dont voici l'image :

57
poêle alchimique du Winterthur : la ruche

La ruche se traduit par alvarium que l'on peut donc rapprocher


d'alvus : ventre [cf. Offerus]. Il y a plus : vas en latin possède comme
sens vase, vaisseau et ruches (au pluriel). Enfin, l'abeille (apis)
renvoie à Apis, boeuf adoré en Égypte, incarnation de Ptah qui
avait trois taches, l'une au front (croissant blanc), l'autre dans le dos
(vautour, à rapprocher de l'aigle) et la dernière sous la langue, un
scarabée ; ensuite un point des plus spécifiques : le suc des
abeilles [leur venin] se dit ιος dont une traduction possible est
notre vert-de- gris vulgaire. Le miel agit aussi comme un aimant et
les abeilles peuvent être comparées à cet hyménoptère [κηκις]
que nous avons vu plus haut. C'est exactement la même allégorie
et la ruche tient lieu de chêne. L'allégorie se poursuit si l'on tient
compte que le mot ruche [en grec, σµηνος] a pour racine σµαω
[oindre, laver, nettoyer] ce qui décrit avec précision l'une des
fonctions du Mercure. Voyez encore le frontispice du Summum
Bonum de Fludd.
Enfin, le vautour, en grec, se dit γυϕ et le cercle ou le rond se
traduisent par γυρος. Ces termes, en proche assonance,
désignent l'un des composants du feu secret : γυϕοσ qui est du
gypse et désigne aussi la chaux vive par opposition à κονια [lait
de chaux]. Nous sommes très près ici du Lait de Vierge
d'Artephius. On voit, par là combien sont proches au plan
symbolique l'aigle et le serpent Ouroboros ; on pourrait même
envisager comme lien entre les deux l'image du lion rampant
[καµαι−ληων], le caméléon des Sages... Nous ne pouvons que
rapprocher cette image de Diane, déesse de la lumière que l'on
connaît sous deux versions : Diane en Aulide et Diane en Tauride,
ou Artémis, montée sur un char traîné par deux taureaux ; elle
porte un flambeau et son front est surmonté d'un croissant de
lune. Des étrangers lui étaient sacrifiés. Nous verrons plus tard le
sens caché de cette allégorie [cf. héraldique et alchimie]. La coupe
dans laquelle se dirigent les abeilles est décrite par Fulcanelli,

58
aux DM, I, p. 381 quand il parle des :

"... chercheurs qui ont, avec succès, surmonté les premiers obstacles et
puisé l'eau vive de l'antique Fontaine, possèdent une clef capable d'ouvrir
les portes du laboratoire hermétique."

avec en annexe :

"Cette clef était donnée aux néophytes par la cérémonie du Cratère qui
consacrait la première initiation dans les mystères du culte dionysiaque."

Car ce cratère n'est autre que cette coupe, ou vase sacré, ou urne
funéraire (arcula, arca). Arca est là pour l'arche de Noé et Arcas est
le fils de Jupiter et de Callisto en rapport avec l'ours et l'étoile
polaire, outre qu'Arcas renvoie aussi à Mercure.

Newton était convaincu que le mot regulus (petit roi) était la


dénomination réelle du régule de l'or obtenu par l'antimoine
métallique ; au XVIIe siècle, il s'agissait d'un processus courant de
raffinage de l'or. Il considérait en outre l'antimoine comme un
corps capable d'agir par attraction, avec en arrière pensée le
souci d'élaborer une théorie attractive ou gravitationnelle pour les
petits éléments, à l'instar de ses découvertes en astronomie.
Après l'or, Newton, toujours systématique, s'attaqua aux autres
métaux pour obtenir le régule étoilé. Il fit d'abord des expériences
avec quatre métaux : l'antimoine, le fer, le plomb, le cuivre puis
ajouta les proportions concernant le régule de l'étain. Cette
question de proportion nous est précieuse puisqu'elle fait
directement référence au « poids de nature ou poids de l'art » dont ont
parlé de manière si évasive Philalèthe, Basile Valentin ou même
Fulcanelli.

[j'ouvre une parenthèse pour assurer le lecteur que les alchimistes étaient
parfaitement informés de l'augmentation de poids des matières dans le
processus dit de « l'ouverture des métaux » :

« Certes, les Alchimistes savaient que les métaux augmentent de poids par
oxydation, Stahl lui-même l’avait constaté; mais ce n’est point l’exactitude
des pesées, c’est l’idée que la matière seule est pondérable qui a fait la
Chimie de Lavoisier. C’est encore l’idée de molécule avec les conséquences
qu’elle comporte qui a fait la Chimie organique. » [Albert Colson, contribution
à l'histoire de la chimie, chap. I, Hermann, 1910, p. 12 ]

cf. Chevreul, critique de Hoefer, II et Berthelot, Chimie des Anciens, III. Eck
de Sulzbach est de ceux qui, au XVe siècle, ont eu la prescience de ce que
le génie de Lavoisier put conceptualiser ; l'apport de Jean Rey est
indiscutable]

Newton utilisa l’antimoine et chacun des métaux que nous avons


évoqués. Dans son ouvrage sur Newton (op. cité, pp. 295-296,
Annexe B) B.J. Dobbs reprend le manuscrit de Newton de l’essai

59
de la préparation des régules étoilés (University Library, Cambridge,
collection Portsmouth MS Add. 3975, f. 42 r, v pp. 81-82). Au cours des
années 1670-75, Newton pratiqua un autre type d’expériences :
les amalgamations. Il s’agit d’opérations qu'il menait à des
températures élevées. Dans tous les cas, figurait le régule étoilé
d’antimoine et très souvent le mercure commun (vif-argent vulgaire).
Il est remarquable que deux métaux apparaissent très souvent
cités dans les essais réussis : l’étain et le plomb qui sont des
métaux mous et relativement fusibles. Il semble aussi que Newton
ait employé le bismuth. Ces amalgames avaient une note
commune : le mercure est instable par rapport aux autres métaux
et il n’est pas toujours possible de former un amalgame en
ajoutant du mercure à la suite d’un autre métal en fusion, car le
mercure se volatilise à cause de la chaleur dégagée par la masse
en fusion. Le point de fusion bas de l’étain et du plomb permettait
donc d’y inclure du mercure avant que celui-ci ne se volatilise.
B.J. Dobbs met très bien en évidence, en outre, que la démarche
de Newton faisait intervenir un concept alchimique très important :
la médiation.

7)- Le messager des dieux

Effectivement, on retrouve souvent cette image dans


l’iconographie, par exemple dans la VIe Clef de Basile Valentin : un
évêque consacre le mariage d'époux royaux. J. Van Lennep voit
dans l'évêque le principe du Sel. Rapprochons cette image de la
figure XI du traité de Lambsprinck.

60
De Lapide Philosophorum, undecima figura, Musaeum hermeticum, p. 363

légende :

"Le Père et le fils sont unis par les mains avec le conducteur. On doit
sous-entendre ici le corps, l'Esprit et l'Ame"

texte :

"Le père, un vieillard est issu d'Israël, - Il n'a qu'un fils unique... - Un
conducteur lui impose douleur sur douleur... - Le conducteur a parlé en ces
termes au fils : - Je suis venu ici afin de te conduire en tous lieux, - À
l'extrême cime de la montagne la plus haute..."

(in G. Ranque, la Pierre Philosophale, pp. 180-181).

Le conducteur, figurant sous l'aspect d'un vieillard avec des ailes


représente le Mercure au même titre que l'évêque de Basile
Valentin. Il s'agit du messager, de l'appariteur (viator), c'est-à-dire
du moyen, milieu ou procédé par lequel le principe Soufre peut
être uni au Sel. L'extrême cime de la montagne symbolise une
couleur bleu foncé (caerula, caeruleus), violette, qui n'est pas sans
nous rappeler la couleur de la fève, noir bleuâtre. La violette, le
lys, l'amarante sont désignées sous des dehors hermétiques par
Jean d'Espagnet dans son Oeuvre secret d'Hermès. Le symbolisme
de cette couleur est capital : ιον désigne la violette noire et par
assonance phonétique, le javelot [ιος], le venin des abeilles [ιος,
cf. supra], la rouille du fer ou du cuivre [ιος] ; enfin, ιο−στεϕανος
[couronné de violettes] est l'épithète d'Aphrodite dont le rapport avec
le sujet des Sages est des plus étroits. Cette couleur désigne La
fève [κυαµος] et, en cabale hermétique, est synonyme du basilic
[cf. Aurora consurgens, fig. XX], du rémora : c'est le début de la
coagulation, le mariage des deux principes. Il n'est pas sans
intérêt d'évoquer ici le Cosmopolite car Louis Figuier rapporte
dans son ouvrage l'Alchimie et les Alchimistes cette anecdote
concernant le 1erCosmopolite [Alexandre Sethon] :

"Le 5 août 1633, un étranger entra chez l'apothicaire... et demanda du


lapis-lazuli... Plusieurs personnes se trouvaient en ce moment dans la
boutique... L'une d'elles prétendit que l'on avait déjà essayé en vain de faire
de l'or avec le lapis-lazuli."

Or, le lapis-lazuli, en grec, se dit κυανος. Nous en discutons au


Soufre. De même, la violette noire [κυβελιος] contracte
d'inattendus rapports avec Cybèle [Κυβελη] et le char que l'on
guide [κυβερναω]. Il est clair que le Char de triomphe de
l'antimoine attribué à Basile Valentin ne désigne pas autre chose
que la conduite de la Coction au 3ème oeuvre. On peut en
rapprocher le chabot (petit poisson noirâtre que cite Fulcanelli au début
des Myst.) et la sole (le poisson) qui se dit solea (sandale, sabot).
Dans une autre acception, la sandale peut aussi être une

61
indication sur l'un des composés du Lion vert [calx] : la chaux.
Toujours en grec, la chaux [τιτανος] se dit aussi καλιξ,
homonyme grec du latin : calix [coupe à boire, cette même coupe que
l'on aperçoit sur l'un des panneaux du Winterthur qui est semblable au
cratère qui consacrait la cérémonie dionysiaque].

Cette chaux participe du lien du Mercure [καλινος] : c'est en


effet Athéna [καλινιτις, la déesse au frein] qui donna à
Bellérophon le frein dont il se servit pour dompter Pégase [cf.
Gardes du corps], qui symbolise la première matière recueillie du
sang de Méduse par Persée. Cette matière qu'il convient de
dompter implique l'usage de brides appropriées [ρυτηρ ou
ρυτος] afin d'en préparer un corps « coulant » [ρυτος] qui n'est
autre que le Mercure commun [à ne pas confondre avec le vif-argent
vulgaire : il s'agit là, cf. Lulle, du Mercure de la voie commune].

Sur le vieillard :

"On l'appelle encore dragon noir couvert d'écailles, serpent venimeux, fille
de Saturne..." [DM, I, p. 241]

L'allusion au venin [ιον] rappelle que ce serpent venimeux, cette


fille de Saturne, est semblable à ce stade de l'oeuvre au Lion
rouge. Le Dragon a le sens de Mercure dans son premier état et
que ses écailles ne sont peut-être pas sans rapport avec la
mérelle de Compostelle. De même, Limojon de Saint-Didier nous
assure dans sa Lettre aux Vrays disciples d'Hermès (in Le Triomphe
hermétique) :

"notre vieillard est notre mercure ; que ce nom lui convient parce qu'il est la
matière première de tous les métaux ; le Cosmopolite dit qu'il est leur eau..."
(DM, I, p. 338) ;

C'est encore le pèlerin ou voyageur de Saint-Jacques de


Compostelle, où N. Flamel s'est incarné sous l'allégorie du
Mercure. Fulcanelli insiste aussi sur une cithare que tient un
grand vieillard [portail occidental de Chartres (XIIe siècle)] : cette
cithare est semblable à la lyre d'Orphée ; Orphée est coiffé du
bonnet phrygien, ce qui est un signe de liaison avec Cybèle. Une
gravure du musée de Palerme nous montre à propos des animaux
domestiques ou sauvages, des oiseaux de toute espèce faisant
cercle autour de lui : ils écoutent et s'arrêtent, soudain charmés
ou domptés par les accents magiques que le musicien tire de son
instrument. Ailleurs :

" (il faut) unir un vieillard sain et vigoureux avec une jeune et belle vierge."
[DM, II, p. 279]

C'est ce que préconise Le Trévisan dans le Songe verd. Fulcanelli


est-il sincère en nous assurant que le composé formé de soufre et
de mercure, appelé à se combiner, implique la possession
préalable d'un soufre et d'un mercure précédemment isolés ou

62
extraits ? Nous sommes enclins à le croire...

Azoth, figure 4, Möet, 1659

Une autre image, tirée de l'Azoth, attribué à Basile Valentin (Paris,


1624) montre, sous des dehors plus âpres, la même allégorie : la
conjonction du Soufre rouge et du Sel [Soufre blanc] assurée par le
Mercure philosophique dont l'image est saisissante de vie.
L'enlacement est en effet réalisé par un serpent dont les
extrémités sont un lion dévorant un aigle [dans la Clef XII de Basile,
c'est un lion dévorant un serpent, cf. supra]. On ne peut mieux
symboliser cette bataille que se livrent le fixe et le volatil pour
assurer la cohésion, puis la coagulation du Soufre et du Mercure
commun (Sel). Il faut décidément méditer les expériences de
Newton sur les amalgames (voir aussi infra). Notez la confusion
voulue que certains ont fait en parlant du Mercure commun là où
ils donnaient à entendre le Sel [cf. Traité du Sel, Michel Sendivogius].

Le Cosmopolite affirme :

"(L'air) est la matière des anciens philosophes... C'est l'eau de notre rosée,
de laquelle est extrait le Salpêtre des philosophes... c'est notre pierre
d'aimant... [à laquelle] j'ai donné le nom de Chalybs ou Acier... et que ce que
le vent porte dans son ventre, à savoir le Sel Alkali, que les philosophes ont
appelé Sal Armoniacum, et végétal, est caché dans le ventre de la
Magnésie." [Novum Lumen chymicum, cité in B.J. Dobbs, op. cit., pp.
200-201]

La rosée de mai constitue cette eau minérale qui forme le Mercure


philosophique. L'eau de la rosée est le dissolvant à l'état liquide,
tel qu'il est obtenu à une haute température. Cette rosée se
rapporte à Jupiter et à Thémis dont nous avons montré, dans les
Gardes du corps de François II, qu'elle représentait l'allégorie

63
masquant un sel de chaux. Des détails supplémentaires sur la
rosée sont donnés dans héraldique et alchimie. Le salpêtre des
philosophes se rapporte au sel alkali qui conttribue à former le
Mercure philosophique ; il n'a donc à voir qu'indirectement avec le
nitre dont l'emploi est antérieur et se place plus tôt, lors de la
préparation du Mercure. Le texte du Cosmopolite se place à un
moment du travail qui se situe au début du 3ème oeuvre et dont
l'objet est d'animer ce Mercure qui, seul, peut « ouvrir » les
métaux. Cette eau des sages, c'est aussi le lait de la Virgo paritura,
maintes fois évoquée, dont le nectar nourrit Apollon. Notre
observation, finalement, se rapproche d'une note de bas de page
(DM, I, p. 350) où Fulcanelli précise qu'Ammon-Râ était
ordinairement représenté avec une tête de bélier et parfois avec
des cornes spiralées. Fulcanelli rappelle que :

"... le bélier est l'image de l'eau des sages... Ammon, médiateur salin..."

qui réalise la concorde, l'unité et la perfection dans la pierre


philosophale. Voyez ce que dit Pernety au sujet d'Ammon :

"Ammon. Le même que Jupiter, Dieu des Égyptiens Voyez le livre 1 des
Fables Egypt. et Grecq. Dévoilées, sect. 3, chap. 8. Ammon fut adoré en
Libye sous la figure d’un bélier, soit parce que Jupiter, en se sauvant avec
les autres Dieux en Égypte, pour se soustraire à la poursuite des Géants,
prit la forme de cet animal; soit, comme le disent d’autres, que Jupiter sous
la figure d’un bélier, ait fait sourdre une fontaine, pour désaltérer l’armée de
Bacchus." [Dictionnaire mytho-hermétique]

Nous ferons remarquer au lecteur qu'il ne faut point confondre le


sel ammoniac des Sages [αµµοκονια évoqué supra] et le sel
harmoniac que Fulcanelli attribue au bélier [cf. héraldique et
alchimie]. Il reste que l'interprétation ultérieure que donne B. J.
Dobbs du Cosmopolite nous paraît douteuse même s'il n'est pas
faux de supputer :

"Newton supposait-il dès lors que le régule étoilé extrayait directement le


"mercure philosophique" de "l'air" ? D'une certaine manière sans doute..."

Dans un quatrième groupe d'expériences, nous en revenons à ce


fameux filet : c'est dans un texte de Jean d'Espagnet - dont
Fulcanelli nous indique que l'anagramme était : « Spes mea est in
agno » :

64
De Lapide Philosophorum, préface, in Musaeum hermeticum, 1678, p. 339

"Ainsi les philosophes ont une mer à eux... où viennent à naître des petits
poissons gras ou d'autres mouvants dans leurs écailles argentées ; celui qui
apprend à les envelopper dans un filet finement noué et à les extraire mérite
d'être considéré comme un pêcheur d'une grande habileté." [D'Espagnet,
Oeuvre secret d'Hermès, cap. 54]

On ferait d'ailleurs une erreur en confondant l'agneau et le bélier :


l'agneau représente la figure du Christ, c'est-à-dire en alchimie, la
naissance du Βασιλευς. Voilà qui nous renvoie directement à la
1ère figure de Lambsprinck. Nous y voyons deux poissons dans la «
mer mercurielle » et l'on remarque aussi un bateau avec des marins
qui nous saluent. C'est l'équivalent en somme de l'allégorie d'Argo
qui se rapporte au rémora et que l'on peut en outre rapprocher de
l'une des planches du Mutus Liber. Sur l'Argo :

"Argo. Nom que la Fable a donné au navire que montait Jason, quant il fut à
la conquête de la toison d’or avec Hercule, Hylas, Orphée, Etalide, Amphion,
Augias, Calais, Castor, Pollux, Céphée, Iphicle, Eson, Lyncée, Meopse,
Méléagre, Pélée, Télamon, Zetis et plusieurs autres. Les Alchymistes
expliquent cette expédition comme une allégorie de la pierre Philosophale, et
particulièrement parce que le navire était fabriqué des chênes parlants de
Dodone. Voir. JASON, ARGONAUTES, et le traité des Fables Egypt. et
Grecques dévoilées, liv. 2, chap. 1." [Dictionnaire myhto-hermétique]

Voyez là-dessus l'Atalanta fugiens où nous commentons souvent le


voyage des Argonautes. L'expression « poisson gras » à elle seule
mériterait d'importants commentaires : nous signalerons
l'homonymie entre certaines îles Éoliennes [Λιπαρα] et le sujet
des Sages [λιπαρµος] ; cette action d'oindre, de graisser a le

65
même sens cabalistique que χρισµα [graisse liquide, mélange de
plâtre et de chaux] et explique les supplications incessantes
[λιπαρεω] à Dieu [au Soufre] que les alchimistes recommandent
aux impétrants d'effectuer fréquemment. Encore : le lien à établir
entre les îles Liparies et le dieux boiteux Héphaïstos [cf. Philalethe,
Introïtus, VI].
Quant aux « poissons mouvants », c'est bien sûr à Aphrodite
[Ασταρτη, déesse phénicienne reconnue par les Grecs comme
Aphrodite] qu'ils font allusion par le truchement d'assonances,
telles que αστασια [instabilité], ασταθµτος [non fixé, instable,
mobile] et αστατεω [être errant, vagabond], tous qualificatifs
mercuriels. Sur l'habileté requise à la capture des poissons, elle
livre le nom du composé non assujetti au joug, au mors, de
caractère ardent et impétueux : δεξιος [Arès]. On a vu plus haut
que Newton considérait que sous Arès était voilé l'antimoine.
Nous retiendrons qu'Arès fut retenu en prison dans un vase
d'airain durant de longues années et que seule Aphrodite conçut
un fol amour pour ce dieu qui symbolisait la force passionnelle et
sensuelle ; on retient de lui qu'il est ivre de carnage, buveur de
sang et qu'il est le dieu des larmes. Tous ces épithètes le
désignent comme un « Mercure » non contrôlé. Arès a aussi un
rapport avec le dragon que Cadmos tua et dont il sema les dents
d'où émergèrent les σπαρτοι [les Thébains]. Newton considérait
que les dents du dragon constituaient la première matière. Ce
dragon gardait une source, à Thèbes, nommée αρηδια. Le
rapport entre Thèbes et le grand Oeuvre est direct : c'est Cadmos
qui fonda la ville ; plus tard, Zéthos et Amphion régnèrent sur la
ville, le premier transportant des pierres pour établir les remparts
de la ville, le second jouant de la lyre et charmant, même, les
matériaux de construction.

Dans un cinquième groupe d'expériences, Newton s'efforce de


trouver la bonne recette du Mercure Philosophique. Nous avons
plusieurs notes où l'on peut conclure que Newton tentait d'éclaircir
des processus alchimiques :

"...en particulier trois préparations spécifiques : l'eau sèche, l'aigle d'étain


(ou de Jupiter) et le sceptre de Jupiter (ou de l'étain)." [in B.J. Dobbs, op.
cit., p. 209]

Voyez sur ce sujet notre voie humide. L'aigle de Jupiter peut


symboliser la sublimation de l'étain. Nous avons vu ailleurs le peu
de crédit à accorder à l'étain [plumbum album] qui ne vaut que pour
son cousinage phonétique spirituel avec l'ammoniac des Sages.
L'aigle symbolise la sublimation en général :

"La série d'opérations dont l'ensemble aboutit à l'union intime du soufre et du


mercure porte aussi le nom de sublimation. C'est par la réitération des Aigles
ou Sublimations philosophiques que le mercure exalté se dépouille de ses

66
parties grossières et terrestres..." [Myst., p. 115]

[L'aigle de Jupiter symbolise certes une sublimation mais elle ne se


rapporte en aucune manière à l'étain. L'aigle - ou vautour - que l'on a vu
supra désigne sans doute la préparation d'un sel alcali. Il y a cependant une
contradiction dans la phrase de Fulcanelli ; car l'union du soufre et du
mercure n'intervient qu'au 3ème oeuvre : c'est la Grande Coction du Rebis
philosophal. Or, ici, c'est bien de la préparation du Mercure philosophique
dont parle l'Adepte. C'est l'occasion de rappeler que les alchimistes
nommaient le composé tantôt soufre, tantôt mercure en fonction de son
aspect corporel. Nous renvoyons donc le lecteur à la préparation du Bain
des sages. Sur une interprétation spéculative, cf. philosophie et alchimie,
notamment Prométhée.]

- l'eau sèche ne pose guère de problème ; les alchimistes


l'appellent d'habitude eau ignée ou feu aqueux. De l'avis de tous,
c'est un corps dégoûtant fait du rebut de la Terre, préalablement
plongé dans le Tartare et condamné à subir mille tourments sous
le joug d'Héphaïstos.
- le sceptre de Jupiter possède une autre envergure cabalistique :

"Or, la mère des fous, la Mère folle, n'est autre que la science hermétique...
le grand fou sculpté [l'homme des bois]... est en réalité un sage, puisqu'il
s'appuie sur la Sapience, arbre sec et sceptre de la Mère folle." [DM, I, p.
422 - sur le Mercure]

Maison de l'Homme des Bois, détail, Thiers, Puy-de-Dôme

Sur l'arbre sec, voir héraldique et alchimie. Il contribue à assagir


Éros. Le plus jeune des dieux, on le considérait comme l'enfant de
Vénus. En réalité, inconnu à l'époque homérique, Éros apparaît
comme le fils d'Erèbe et de la Nuit [cf. Philalethe, Introïtus, VI].
Primitivement, il a pour rôle de coordonner les éléments
constitutifs de l'univers [ici, de notre microcosme philosophal] : c'est lui
qui apporte l'harmonie dans le chaos. Par cabale, on joue ici
d'une part avec la valeur symbolique primitive d'Éros et d'autre
part avec la valeur symbolique qu'on lui connaît et dont la

67
physionomie ne s'est constituée que tardivement. En effet, il est
aussi connu comme un enfant ailé dont les caprices et les
espiègleries causèrent maints tourments. Sa malice ne respectait
même pas sa mère. Celle-ci devait parfois le punir en le dépouillant
de ses ailes et de son carquois [c'est-à-dire en le calmant, en
l'adoucissant]. En bref, ce sage nous apparaît comme un
personnage à la fois raisonnable et patient. Pour nous, il constitue
l'hiéroglyphe du sel harmoniac. E. Canseliet, dans ses Études de
symbolisme, s'est aussi penché sur ce sceptre sous la figure du
bâton en commentant la page de titre du Musaeum Hermeticum dont
une partie de l'illustration reproduit l'emblème XLII de l'Atalanta
fugiens de M. Maier. J'ajouterai que l'homme des bois se confond
avec l'homme de nature, l'homme primitif [cf. les états symboliques de
Rousseau in philosophie et alchimie].

8)- l'eau ignée

Fulcanelli aborde comme il l'écrit lui-même « le plus haut secret de


l’Oeuvre » :

"Ce feu, ou cette eau ardente, est l'étincelle vitale communiquée par le
Créateur à la matière inerte..." [Myst., p. 106]

Il y a là une cabale voilée par le mot inerte qui renvoie à αργος ;


outre la référence évidente à Argo et au bateau des Argonautes,
αργος est le signe brillant [l'étoile, cf. supra chap. 6] par lequel se
distingue la matière première, blanche [αργος], inerte, brute ;
c'est aussi le nom du chien [agile, i.e. blanc] d'Ulysse qui n'est pas
sans rapport avec celui que l'on voit sur le bateau de la fontaine
du Vert-bois à Paris.

68
fontaine du vertbois, à l'angle des rues st Martin et du Vertbois (1712)
à coté d'une tour de l'enceinte du prieuré de St Nicolas - détail

Pontanus (27) est l'un des alchimistes qui, avec Artephius et


Lavinius, ont le plus parlé du Mercure. Dans son Epistole de Igne
Philosophorum, Pontanus commence à se lamenter sur de
multiples opérations qui n’ont mené à rien ; la putréfaction du
corps de la matière pendant neuf mois, la calcination poursuivie
pendant trois mois ainsi que toutes sortes de distillations et de
sublimations. Il parle ensuite de fèces et de superfluités dont nous
savons à présent qu'elles ne sont point à négliger [elles évoquent le
νατρον des Grecs] Il nous décrit ensuite la pierre des philosophes
par des adjectifs qui se rapportent manifestement à une planète et
l'on peut établir les correspondances suivantes :

aqueux : Lune - aérien : Mercure - ardent : Soleil - terreux : antimoine (ou


autre métal assimilé, cf. infra) - flegmatique : Vénus - cholérique : Arès -
sanguin : Mars - mélancolique : Saturne.

Nous soupçonnons Pontanus d’avoir à escient masqué sous un


discours très simple et innocent quelques étapes importantes : le
nombre de mois (neuf) indiqué pour la putréfaction se rapporte en
vérité à un nombre de jours et l’énumération des adjectifs se
rapporte vraisemblablement aux régimes que subit l’œuvre dans
la 3ème partie ; ces régimes constituent une énigme que nul
Adepte, à notre connaissance, n'a dévoilé... Philalèthe et Cyliani
seuls auraient résolu ce redoutable arcane mais leurs propos sont
tellement évasifs que c'est à peine si l'on arrive à en saisir
quelque bribe... Nous tâcherons d'y revenir.

Le Traité du Ciel terrestre de Vinceslas Lavinius de Moravie (1612)

69
semble avoir une certaine importance dans l'analyse du feu secret
des philosophes. Fulcanelli (DM, I, p. 103) évoque avec nostalgie
l’ésotérisme égyptien renié et corrompu par la Renaissance en
citant Lavinius. L'importance de ce texte est confirmée (DM, I, p.
208) par une nouvelle citation lors de l’examen de l’eau ignée au
sein de laquelle se baignerait le soleil hermétique :

"Captez un rayon de soleil, condensez-le sous une forme substantielle,


nourrissez de feu élémentaire ce feu spirituel corporifié, et vous posséderez
le plus grand trésor de ce monde."

Il y a là, malgré les apparences d’un langage abscons, des


indications : il est dit, en clair, que par le biais d'un Esprit
convenablement préparé, un Corps nouveau apparaît afin de
servir de réceptacle à l'Âme ; celle-ci orientera la Pierre selon la
volonté de l'Artiste :

"Vinceslas Lavinius de Moravie donne le secret de l’œuvre, en une


quinzaine de lignes, dans l’Énigme du mercure philosophal que l’on trouve
au Traité du Ciel terrestre." [DM, I, p. 438]

Ce texte de Lavinius n’est cité ni par E. Canseliet ni par J. Sadoul,


G. Ranque ou L. Gérardin. Lavinius nous décrit la matière
première en terme habituel de condensé de Soufre, de Mercure,
et de Sel. Il insiste sur le fait que l’Eau pure (Mercure) n’est pas
spontanément visible et que sa manifestation nécessite l'action
humaine [spirituelle]. Cette substance est double [hermaphrodite,
renvoyant au phénix, l'oiseau fabuleux de l'Égypte] ou du moins elle
semble être obtenue de deux manières. Cette Eau pure reçoit
aussi l’appellation de Ciel terrestre (Mercure). Lavinius décrit ensuite
la façon dont elle se présente après action d’un limon terrestre
(qui doit avoir un rapport avec le feu secret), sous la forme d’un
excrément substantiel. Il assure que cette Eau, qui s’est propulsée
dans les cieux [suite à une dissolution], est la première matière - à
différencier de la matière première - . Lavinius professe qu’il faut
considérer deux formes de son suc et de son venin [ιος] (à propos
de l’Esprit assimilé au Sel) et parle de sel amer [i.e. sal harmoniac, cf.
supra]. Il évoque ensuite la limbe

[limbus : frange, bord, évoque aussi selon la cabale hermétique le lieu où


les âmes des justes attendent leur délivrance ; entendez le lieu où s’effectue
une précipitation de substances tenues en solution ; la frange en outre
s'apparente au Caput par κρας et à un alliage par κρασις ; le rapport
avec la précipitation précédente ne peut plus nous étonner et, s'il n'était des
bornes infranchissables, nous certifierions qu'une eau d'une certaine vertu
que l'on trouvait près du temple d'Ammon-Râ pourrait déterminer la chute
des Âmes aux Enfers de même que la dissolution des Corps. Les deux
formes du venin représentent les colombes de Diane qui parviennent à
tempérer l'Esprit chaotique dont parle Philalèthe dans l'Introïtus, VI) et le
chaos (c’est ainsi que les alchimistes qualifient leur matière première)]

d’où il faut tirer les substances nécessaires par dissolution


radicale avant leur réincrudation par voie hermétique. La frange, en

70
grec, se dit par ailleurs κρασπεδον et possède comme acception
la crête d'une montagne ; on peut rapprocher ce mot de κρας,
sommet de montagne et de κρασις, action de mêler deux
substances qui se combinent en une seule [ιος].
Dès lors, on comprend mieux pourquoi, dans le De Lapide
Philosophorum de Lambsprinck, le conducteur porte le prince au
sommet d'une montagne. Il peut s'agir d'un alliage de métaux, et
ici, de l'amalgame philosophal ou Rebis où doit s'exprimer l'union des
contraires. On trouve très bien décrit dans les Deux logis
alchimiques [op. cit., p. 227] cette allégorie de l'union des contraires
lors du combat de l’Aigle et du Lion ; E. Canseliet examine l’un des
vingt-quatre caissons où l’on aperçoit un aigle hybride ayant un
corps en forme de serpent et une tête de rapace. Il rapproche ce
caisson de l'une des Figures Hiéroglyphiques où l’on voit deux
dragons, l’un ailé, l’autre aptère :

N. Flamel, Figures hiéroglyphiques, détail du portail des Innocents

Le dragon ailé représente le Mercure ou principe volatile et le


dragon aptère, le Soufre ou principe fixe. Cela pourtant ne nous
donne guère de renseignements sur le fait de savoir à quel
moment ce combat du fixe et du volatil se déroule dans le grand
œuvre. Le Mercure a toujours été considéré par les auteurs
comme leur " Eau permanente et qui ne mouille pas les mains ". Selon
Fulcanelli, il existe deux « Soufres » ;

- le 1erSoufre est dit corporifié et l’adepte écrit :

" ... nous dirons cependant que l’Esprit universel, corporifié dans les
minéraux sous le nom alchimique de Soufre, constitue le principe et l’agent
efficace de toutes les teintures métalliques. Mais on ne peut obtenir cet
Esprit, ce sang rouge des enfants qu’en décomposant ce que la nature avait
d’abord assemblé en eux." [Myst., p.138]

Cette longue phrase signifie qu’un élément métallique - sur la


nature duquel nous reviendrons - doit être préalablement extrait.
On notera au passage la confusion que Fulcanelli entretient par
l'emploi de l'expression « Esprit universel » pour évoquer le Soufre

71
alors qu'il s'agit d'une allégorie concernant le Mercure.
- Sur le 2èmeSoufre :

"... cette quintessence, transfusée dans un corps pur, fixe, parfaitement


digéré, donnera naissance à une nouvelle créature..." [Myst., p.148]

Le corps pur forme pour ainsi dire l'hypostase du 2ème Soufre : il


s'agit du Soufre blanc ; la terre de Chio, la terre cimolienne
pourraient constituer des équivalents spagyriques de cette
substance qui ressemble au cristal de roche. Quant à la nouvelle
créature, il s’agit d’un amalgame qui :

"... ne peut acquérir cette puissance que par une série de cuissons
ultérieures avec le Soufre... ce qui constitue la multiplication."

Le corps pur dont il est question est la résine de l'or ou semence


métallique et, mieux que des multiplications, ce sont des
accroissements qu'il convient alors de réaliser. On touche là un
des points les plus obscurs du symbolisme alchimique : s'agit-il de
cohobations ? Il s'agit d'imprégnations.
Dans les DM, I, p.457 et sq., Fulcanelli indique qu’il s’agit du combat
de deux dragons (version N. Flamel), de l’aigle et du lion (version B.
Valentin, passim Canseliet), de l’aimant et de l’acier (version Philalèthe)
ou du rémora et de la salamandre (version De Cyrano Bergerac). A
chaque version cependant, ce ne sont pas toujours les mêmes «
équivalents chimiques » que l'on trouve et certains combats trouvent
plus que d'autres leurs réelles correspondances. A ce titre, nous
choisirions la version de De Cyrano Bergerac : elle tient compte, en
effet, du caractère incombustible des deux natures métalliques et
elle fait prendre part le sel harmoniac au combat ; l'arcane se
trouve ainsi aux trois-quart résolu pour l'étudiant qui dispose d'un
fonds suffisant de teinture philosophique. En somme, il s’agit d’un
processus dynamique, qui s’étale dans le temps et qui, peu à peu,
va conduire à une précipitation cristalline. Le propre de cette
précipitation est qu'elle s'effectue à la surface du Mercure. Elle
nécessite qu’au préalable certaines substances soient conjointes
en une « Eau permanente ». On notera qu’une des figures de
Lambsprinck serre de près celle du cimetière des Innocents de
Flamel.

72
De Lapide Philosophorum, octava figura, Musaeum Hermeticum, p. 357

Il s’agit de la huitième figure qui montre deux aigles, tête-bêche


(ce qui évoque la cohobation. Cette figure est équivalente au bas-relief de
l'Orgueil du portail central de Notre-Dame de Pairs, cf. Gobineau).

texte :

"On trouve dans l’Inde une très agréable forêt - En laquelle sont réunis deux
oiseaux - L’un est de couleur très blanche, l’autre rouge - Ils s’entre-tuent en
se mordant à l’envi - L’un dévore l’autre et le consume..."

légende :

"Il y a deux oiseaux nobles et de grand prix, le corps et l’Esprit, l’un consume
l’autre"

La forêt est assimilée à la gangue minérale et les oiseaux les


Soufres hypostasiés. A quel stade de l'oeuvre se situe l'opération
chimique voilée sous cette allégorie ? Nous pensons qu'il s'agit de
l'opération au 3ème oeuvre. La cohobation consiste en une série de
distillations par lesquelles on concentre une substance. Selon
Fulcanelli, à chaque cohobation, le volatil quitte le fixe jusqu'à ce
que la prise en masse s'opère : c'est la définition dynamique des
tableaux statiques qui nous sont offerts par le combat de l'aigle et
du lion, etc. Dans Myst., p. 133, l'Adepte évoque les motifs des
médaillons des vitraux de la rose centrale de Notre-Dame ; l'on y
voit dans l'allégorie de la cohobation un prince couronné d'or, à
veste rouge et bas rouges ; le dissolvant universel est figuré par
deux enfants batailleurs, l'un vert, l'autre violet gris. On voit même
des Gémeaux dont l'un est de rubis et l'autre d'émeraude.
Plus précisément, l'Esprit [le Mercure] assure la dissolution radicale
des deux principes Corps et Âme ; au bout d'un certain temps, cet

73
Esprit se sublime en se dévorant lui-même et laisse un nouveau
Corps formé des éléments du Rebis, réincrudés en une nouvelle
forme qui est le lapis philosophorum. L'orientation de cette Pierre est
déterminée par l'Âme [cf. Soufre]. Celui qui sait trouver le moyen
de faire en sorte que l'Esprit « retarde » à s'évaporer - il s'agit du
lien du Mercure - connaît le secret de faire l'oeuvre par le seul
Mercure. Cet Esprit, c'est le Mercure philosophique, objet des
travaux du 2ème oeuvre : il se présente comme une « eau sèche -
seiche » qui a le pouvoir de procurer « l'humide radical métallique » en
brûlant les métaux. C'est donc d'une action ignée que procède sa
nature. Il nous faut étudier le mécanisme qui catalyse et entretient
cette action ; cette médiation passe par ce que les alchimistes
appellent le « vase de nature » dont bien des caractéristiques le
rendent proches de celles qui sont les attributs du potier, du
céramiste qui travaillent, l'un sa pâte, l'autre sa glaçure.
Revenons à Cybèle qui constitue par excellence l'hiéroglyphe de
ce feu, à la fois igné et aqueux.

9)- la pierre noire

La cabale permet de dire qu'au ciel chymique, après la


sublimation du soufre, s'opère une résolution qui prend le nom de
rosée de mai. Que c'est de cette rosée que procède la
coagulation progressive de l'eau mercurielle. On peut affirmer
sans beaucoup se tromper que cette pierre noire, qui tombe du
ciel, n'est autre que la manne céleste par laquelle tous les trésors
enfouis peuvent être ouverts. Fulcanelli s'en exprime ainsi :

"Cybèle était adorée à Pessinonte, en Phrygie, sous la forme d'une pierre


noire que l'on disait être tombée du ciel." [Myst., p.80]

Il s'agit d'une météorite, plus anciennement connue sous le nom


d'aérolithe, c'est-à-dire de pierres tombées de l'air [de αηρ, air et
λιθος, pierre]. C'est le philosophe Anaxagore de Clazomène qui,
le premier, s'est livré à l'étude des météorites ; c'est d'après lui
que Pline, Plutarque et d'autres ont décrit la fameuse pierre
tombée dans la seconde année de la 78e olympiade [année 467 av.
J.-C.], près du fleuve AEgos, en Thrace, et qui s'y voyait encore au
commencement de l'ère chrétienne. Suivant Pline, cette pierre
était de la grosseur d'un char, de couleur sombre comme si elle
avait subi l'action du feu [calore adusto]. Ces corps célestes, dont
l'existence fut niée très longtemps par la science, dévoilèrent
enfin l'énigme de leur origine, quand vers le mois d'avril 1803, on
apprit qu'un phénomène prodigieux était subitement apparu aux
environ de la ville de l'Aigle [Orne. Il est de ces hasards qui ne
s'inventent pas...] : des pierres étaient tombées. Leur consistance
était grenue, fendillée, elles étaient grises à l'intérieur, remplies
de parcelles brillantes et métalliques et toutes recouvertes d'une

74
sorte de vernis de couleur noire. Les minéralogistes reconnurent
que ces pierres étaient composés de minéraux parmi lesquels les
alliages de fer et de nickel et les silicates magnésiens comme le
péridot, le pyroxène ; on reconnut aussi que la structure des fers
météoriques présentait des réseaux très réguliers et qu'ils étaient
attaqués de façon singulière par les acides, qui leur donnaient un
aspect moiré. Enfin, fait troublant, le chimiste Laugier reconnut le
chrome, dont la fréquence est très remarquable. Nous arrêterons
là cette digression un peu fastidieuse en ne nous empêchant pas,
au demeurant, de signaler de possibles rapprochements avec ce
que nous avons dit des « possibilités de nature » quand nous avons
soulevé, dans héraldique et alchimie, l'hypothèse que le Mercure
existait dans la nature [cf. Nature de la Pierre].
La Phrygie, Κονιαιος, est en proche assonance de κονια
[chaux, cendre] et de κονιαµα [enduit de chaux]. Cybèle est liée, par
cabale, à l'une des matières premières, expressément désignée
par les auteurs comme brillante et rayonnante, resplendissante,
tous épithètes du marbre [µαρµαρος]. C'est la pierre angulaire
de l'Oeuvre, appelée aussi la « maîstre pierre du Coignet » par
Fulcanelli [Myst., p. 61]. Cette pierre noire est donc en fait une
pierre on ne peut plus blanche :

« Notre-Dame de Paris possédait un hiéroglyphe semblable, qui se trouvait


sous le jubé, à l'angle de la clôture du chœur. C'était une figure de diable,
ouvrant une bouche énorme, et dans laquelle les fidèles venaient éteindre
leurs cierges ; de sorte que le bloc sculpté apparaissait souillé de bavures
de cire et de noir de fumée. Le peuple appelait cette image Maistre Pierre du
Coignet, [...] mais qui est pierre d’achoppement et pierre de scandale, contre
laquelle ils se heurtent à leur ruine. Quant à la taille de cette pierre
angulaire, – nous entendons sa préparation, – on peut la voir traduite en un
fort joli bas-relief de l'époque, sculpté à l’extérieur de l’édifice, sur une
chapelle absidiale, du côté de la rue du Cloître-Notre-Dame. » [Myst. Cath.,
p. 61]

75
Notre Dame de Paris, chapelle absidiale, du côté de la rue du
Cloître-Notre-Dame

Marcel Aubert, dans La cathédrale Notre-Dame de Paris [Notice


historique et archéologique - P. Longuet 1909 1 vol. Petit In - 8. br. VIII -168
pp] décrit ce bas-relief :

« Le dernier de ces bas-reliefs représente les différents épisodes de la


légende de Théophile : le diacre est au pouvoir du diable, qui l'entoure de sa
grosse patte armée de griffes énormes, et saisit de l'autre la charte où le
malheureux a signé le terrible marché ; puis, pris de remords, il se prosterne
aux pieds de la Vierge qui l'arrache des griffes du diable, tremblant de colère
et de crainte. »

L'orgueil [voir aussi Gobineau de Montluisant] est ici le véritable


acteur. Voici cette légende, support d'un arcane important. Nous
avons extrait ces lignes de Joseph von Görres, la Mystique
divine [Paris, Mme Vve Poussielgue-Rusand, 1854-1855. in-8 °]

Le coupable est Théophile, économe de l'église d'Adana en Cilicie,


qui est devenu par là célèbre dans tout le moyen Age. Il vivait
probablement du temps de l'empereur Justinien, avant la grande
invasion de Chosroès, roi des Perses, dans l'empire romain, vers l'an
537, comme le rapportent dans leurs chroniques le moine Albéric et
Sigebert. Son histoire a été écrite par Eutychien, qui était né dans sa
maison, comme il le déclare lui-même, et qui l'avait ensuite servi
comme clerc dans son église. Il avait été témoin oculaire des faits
qu'il rapporte, ou les avait appris de la bouche même de Théophile.
Le diacre Paul traduisit cette histoire en latin, et la dédia à Charles, roi
des Francs, probablement Charles le Chauve. C'est ainsi qu'elle s'est
répandue en Occident, tandis que Métaphraste la faisait connaître en

76
Orieut, où elle fit plus de bruit encore. Rosvitha de Ganderesheim, au
dixième siècle, la mit en vers latins, de même que Marbod, évêque
de Redon, dans le onzième. Elle a été également le sujet d'un poème
allemand, et il est peu d'histoires qui aient eu autant de vogue au
moyen âge. Pierre d'Amiens, saint Bernard, saint Bonatenture, Albert
le Grand et les missels des couvents eu font souvent mention.
Théophile était économe de l'église d'Adana. C'était un étant venu à
vaquer, le clergé et le peuple le désignèrent unanimement pour
remplacer l'évêque défunt; mais il refusa cet honneur. Porté devant le
métropolitain, il se jeta à ses pieds, embrassa ses genoux, se
déclarant indigne à cette charge. L'assemblée, touchée de ses
prières, lui accorda trois jours de réflexion ; et comme au bout de ce
temps il persistait dans son refus, le métropolitain en nomma un autre
à sa place. Quelques hommes, jaloux à l'économe, persuadèrent au
nouvel évèque de donner sa place à un autre, et Théophile se retira
chez lui. Il supporta d'abord avec résignation cet affront ; mais bientôt
le démon sut exciter des pensées coupables dans son cœur; la
vengeance et l'ambition s'emparèrent de lui : il commença à mettre la
gloire temporelle au-dessus des biens célestes, et pour arriver à la
première il ne craignit pas d'avoir recours à la magie. Il y avait dans la
ville un Juif exercé dans tous les arts diaboliques, et qui avait entraîné
beaucoup d'âmes dans l'abime. Théophile alla le trouver la nuit, se
plaignit du tort que l'évêque lui avait fait, et réclama son assistance.
Le juif lui répondit :

« Reviens demain à la même heure; je te présenterai à mon maître, et


il te donnera ce que tu désires. »

II s'en alla content, et revint le lendemain à minuit. Le juif le conduisit


au cirque, après l'avoir averti de ne pas se laisser effrayer par les
choses qu'il verrait ou entendrait, et surtout de ne pas faire le signe
de la croix. A peine l'eut-il promis qu'il vit une multitude d'homme
vêtus de manteaux blancs et portant des flambeaux, et le démon
assis au milieu d'eux. Le juif lui présenta l'économe et lui exposa
l'objet de sa demande.

« Comment puis-je, répondit le démon, secourir un homme qui sert


Dieu ? S'il veut me servir et faire partie de mon armée, il s'en trouvera
bien; il aura plus de pouvoir qu'auparavant, et commandera à tous,
même à l'évêque. »

L'économe promit tout, et baisa les pieds de son nouveau maître,


Puis le diable dit au juif :

« Qu'il renie le Fils de Marie et tout ce que je hais, et qu'il mette cela
par écrit, s'il veut obtenir ce qu'il désire. »

L'économe renonça donc au Christ et à sa mère ; puis il fit un écrit


qu'il scella de son sceau. Le lendemain, l'évêque, par une inspiration
sans doute de la Providence, se décida à rappeler avec honneur
l'ancien économe, et lui rendit sa charge devant le clergé et le peuple,
s'accusant de l'avoir renvoyé et d'avoir mis à sa place un autre moins
habile que lui. Bientôt Théophile prit des airs de hauteur et de fierté à
l'égard de tout le monde, et pendant quelque temps on trembla
devant lui. Le juif venait souvent le voir en secret, et lui disait:

« Vois-tu comme mon maître est venu promptement à ton secours. —


Je le vois bien, répondait l'économe, et je te remercie de ta médiation.
»

77
Cependant Dieu, se souvenant de la vie édifiante qu'il avait menée
autrefois, toucha le coeur de cet orgueilleux; de sorte que, rentrant en
soi-même, il se mit à considérer ce qu'il avait fait, et à penser qu'il se
préparait un malheur éternel, et qu'il avait changé la lumière contre
les ténèbres. Ses angoisses angmentaient encore quand il se
demandait ce qu'il répondrait au jugement dernier, à cette heure ou
les secrets des coeurs seront dévoilés, qui aurait pitié de lui et le
protégerait alors. Après avoir été tourmenté pendant longtemps par
ces pensées, il se sentit inspiré d'invoquer le secours de Marie,
refuge de tous les pécheurs. S'adressant à son âme plongée dans
l'état du péché, il lui dit :

« Lève-toi des ténèbres qui t'enveloppent, et va te prosterner devant


Marie; car elle est puissante et peut guérir tous les maux.»

II se rendit aussitôt à l'église de Notre-Dame, et la pria jour et nuit


pendant quarante jours de l'arracher à la gueule du dragon. Il jeûna
aussi pendant tout ce temps, après quoi la sainte Vierge lui apparut à
minuit, et lui dit :

« Comment oses-tu, malheureux ! invoquer mon secours après avoir


renié mon Fils, ton Sauveur ? Comment puis-je intercéder pour toi
auprès de celui à qui tu as renoncé? Comment puis-je ouvrir la
bouche en ta faveur devant le tribunal terrible du souverain juge dont
tu t'es éloigné ?

— Je sais, répondit-il, je sais que j'ai beaucoup péché contre vous et


celui qui est né de vous, et que je ne mérite aucun pardon; mais si le
repentir n'était rien, comment les habitants de Ninive, et David, et
saint Pierre auraient-ils été sauvés ? Comment Nôtre-Seigneur
aurait-il accueilli
Zachée le publicain ? Comment saint Paul, d'un vase de colère qu'il
était, serait-il devenu un vase d'élection ? Eh bien, dit la sainte Vierge,
confesse donc celui que tu as renié, et je le prierai de t'accueillir
favorablement, »

Il confessa Notre-Seigneur, et la sainte Vierge lui dit qu'à cause du


baptême qu'il avait reçu et de la compassion qu'elle portait à tous les
chrétiens elle prierait pour lui son divin Fils. Pendant trois jours il resta
étendu par terre, pleurant, priant et jeûnant. La Sainte des saintes lui
apparut alors d'un visage gai, et lui dit :

« Homme de Dieu, le Seigneur a vu tes larmes, et accepte ta


pénitence. Il t'a pardonné à cause de moi, si tu veux persévérer
jusqu'à la mort. »

Il promit tout avec un visage reconnaissant, et pria la sainte Vierge de


l'aider à reprendre au démon l'écrit qu'il lui avait donné. Au bout de
trois ou quatre jours cet écrit lui fut rendu dans une vision. Lorsqu'il
s'éveilla, il le trouva sur sa poitrine, et trembla d'étonnement et de
joie. le peuple étant assemblé dans l'église, Théophile, après
l'évangile, alla se jeter aux pieds de l'évêque, lui
confessa tousses péchés, et lui raconta sa délivrance. L'évêque rendit
grâces avec tout le peuple a Dieu et à la sainte Vierge pour ce
miracle de miséricorde ; le contrat fut brûlé, et la foule se mit à
chanter Kyrie, Eleyson. Mais Théophile s'en alla à l'église de
Notre-Dame, prit un peu de nourriture, tomba malade et mourut ; et
l'église l'a mis au nombre des saints. (A. S., 4 febr.)

78
Si nous envisageons ce bas-relief sous une vision hermétique, il
est facile de voir dans la scène de droite, la materia prima - sous les
dehors de Théophile - en proie au Diable, c'est-à-dire au Mercurius
: il s'agit d'une allégorie sur la nigredo . À gauche, il s'agit au
contraire de l'allégorie de l'albedo, par l'appel de Théophile à la
Vierge [voir les aquarelles de l'Aurora consurgens]. L'acte de contrition
de Théophile est tout autant une rédemption qu'une remise de la
corruption du diacre. Par le pacte qu'il scelle avec le Diable,
Théophile est l'une de ces nombreuses figures qui illustrent la
légende de Faust. Ce pacte funeste par lequel Théophile devient
riche est celui-là même qui le corrompt et fait de lui l'équivalent -
dans l'oeuvre alchimique - d'une chaux dissoute, illustrée par
l'hiéroglyphe ou ιος. Dans un temps ultérieur, miné par le
remords, c'est-à-dire travaillé par l'esprit [animus = spiritus

sanctus], Théophile va chercher secours près de la Vierge qui joue


le rôle de paraclet [avocat, consolateur] en le tirant de ce mauvaix
pas, c'est-à-dire en déchirant ce pacte comme l'Artiste lorsqu'il
libère les enfants de Latone après sa victoire contre le serpent
Python. Théophile sauve son âme, ce qui correspond à l'une des
figures [figure 17] du Rosarium philosophorum. Sur le sujet, nous
renvoyons le lecteur à l'Aurora consurgens II et au Ripley
Scrowle. On trouve d'autres représentations de cette scène
illustrant le travail de l'esprit [conflit MOI SOI] et la repentance.
D'ailleurs, le remord et la repentance me semblent fort à voir avec
la cohobation : ne s'agit-il pas, après tout, de la circulation
spirituelle d'une idée fixe qui finit par obscurcir l'esprit ?
À Souillac en Quercy, où la Vierge apparaît en rêve à Théophile
[le songe de Théophile peut être mis en relation avec celui de l'arbre, de
Nabuchodonosor, voir Ripley Scrowle].

79
relief de Théophile, détail, abbaye de Souillac

On aperçoit dans cette scène l'église dans laquelle Théophile pria


après avoir pris conscience de la portée de son acte. En haut à
gauche est illustré le troisième épisode de cette légende :
Théophile dort et la Vierge, accompagnée par des anges,
descend d'un nuage figuré par des lignes ondoyantes pour
reprendre et annuler le pacte. Ce fameux rouleau qui scelle le
pacte ne peut manquer d'évoquer le Ripley's scrowle : la partie
inférieure du volumen montre un personnage vagabond,
probablement un alchimiste, qui tient un curieux bâton où est
enroulé un parchemin.

Après cet aparte sur Théophile, reprenons ce que nous disions de


cette pierre noire. C'est peut-être la légende de Persée et de
Méduse qui en constitue l'allégorie la plus claire puisque Méduse
pétrifiait [µαρµαρ−ωπις] les étrangers qui la regardaient sans
prudence. Par là aussi s'établit une transition avec les rayons
lumineux de l'égide [le bouclier de Zeus, fabriqué par Héphaistos, cf.
Introïtus, VI]. La transition est facile à trouver entre l'air et le feu :
les Anciens avaient bien relevé que ces pierres tombées du ciel
avaient été « brûlées » et qu'elles avaient éprouvé la fusion ignée
[calore adusto]. Or, en latin, tomber se dit cado qui peut renvoyer à
cassito : dégoûter. Combien de fois les alchimistes ne nous ont-ils
pas dit que le sujet des Sages était :

80
"... d'aspect peu engageant. Il joint à la noirceur une odeur désagréable,
souille les mains de ceux qui le touchent, et, fort disgracié de la nature,
réunit de la sorte tout ce qui peut déplaire..." [L'alchimie, E. Canseliet, in Le
Symbolisme alchimique, p.138, paru dans le Trésor des Lettres, janvier
1936] ;

Cado renvoie donc - par cabale - à un corps susceptible de se


liquéfier facilement et sans doute pas à l'étain : les chimistes
connaissent bien ces corps très fusibles que constituent les
alcalis. Un autre sens de cado est mourir, disparaître, tomber en
disgrâce ce qui explique le début du texte de Cyliani [Hermès
Dévoilé], certainement allégorique :

"... la position pénible où je me trouvais jetait naturellement une défaveur sur


moi... "

Ailleurs, dans le Théâtre de l'Astronomie Terrestre tiré des écrits


alchimiques de l'illuminé Edward Kelly, nous trouvons d'autres
allusions à une chute :

"Il prophétisa, avant comme après la Chute [cado], que le monde devrait être
renouvelé, ou plutôt purifié, par l'eau. Ses successeurs érigèrent en
conséquence deux tables de pierre sur lesquelles ils gravèrent un abrégé de
tous les arts physiques, afin que cet arcane puisse être connu de la
postérité. Après le Déluge [stagnum], Noé trouva l'une de ces tables au pied
du Mont Ararat."

Cette allégorie du Déluge peut se rapporter à la première


opération sur la matière première, c'est-à-dire à la séparation
initiale provoquée par le 1er agent [l'épée du chevalier] ; la chute, ici,
renverrait à la précipitation d'une substance, l'autre restant
dissoute dans la liqueur. Ainsi, cassito [pour cassiteris] pourrait
n'être qu'un piège fabriqué par Fulcanelli et son disciple ; cela
pour dire qu'à chaque fois que les alchimistes donnent
l'impression de parler « clairement » de la matière première, on
peut être certain que notre premier réflexe sera une erreur... Le
mythe de Cybèle, envisagé dans sa symbolique alchimique
s'avère complexe. L’allégorie semble renvoyer d’une part à
l’Athanor et au vase de nature, d’autre part à la matière première.
J. Sadoul [Le Trésor des alchimistes, op. cit., pp. 319-334] pensait qu’il
pouvait s’agir d’un sel double de tartre et de potasse. Il était sur la
bonne piste mais s'égarait ensuite sur le but à atteindre. Quant
aux deux lions de Cybèle, Atalante et Hippomenês, ils
symbolisent les deux composants du feu secret. Atalante renvoie
aux légendes béotiennes et arcadiennes. La légende est bien
connue :

Atalante est battue à la course à pied par Hippomenês qui devient


son mari. Hippomenês utilise un stratagème pour battre Atalante :
Aphrodite lui conseille de semer trois pommes d’or, cueillies dans le
jardin des Hespérides, dans la carrière où devait se dérouler la course.
Atalante s’arrête par trois fois pour les ramasser et ne peut l’emporter
sur Hippomenês, qu’elle épouse. Ayant insulté Zeus [mais d’autres
disent Cybèle] en se livrant, dans son sanctuaire à leurs transports
amoureux, les deux époux sont métamorphosés en lions, que Cybèle

81
attèle à son char.

On trouve souvent dans les allégories ces chars traînés par des
chevaux. Le char, en latin, se dit jugum, qui est aussi la
constellation de la Balance et le sommet d'une montagne [avec
idée de hauteur, de cime et idée aussi d’une couleur bleu foncé : violette
ιον]. Le char de triomphe représente l'allégorie suivante : il s'agit
de l'entrée solennelle à Rome du général victorieux qui monte au
Capitole sur un char traîné de chevaux blancs, revêtu lui-même
de la toga picta et de la tunica palmata, la tête ceinte de lauriers [
tenue de Jupiter Capitolin]. La tunica palmata fait référence par tunica
au cocon (coque, coquille) et palmata renvoie à « victoire » et
cabalistiquement au mont de la Victoire, c’est-à-dire au Mont-Joie
dont Fulcanelli nous parle dans Myst., p. 68 : c’est une allégorie
sur la Rosée de mai qui s’élève jusqu’au mont de la Magnésie
(Mont-Joie). Le mot coquille donne là encore une indication sur le
sujet minéral qui est brillant et étincelant. Là encore, le sommet de
la montagne donne une idée de rapprochement entre deux
Principes.

Dans l’œuvre hermétique, Atalante symbolise l'un des


constituants du feu secret : elle aime la chasse et les exercices
violents ; elle est la première à porter un coup mortel au sanglier
de Calydon [c'est sans doute Arès qui est caché derrière ce sanglier].

C’était une bête monstrueuse qui ravageait le territoire de Calydon. Il


tuait le bétail et terrorisait les habitants du pays. Il fut tué par
Méléagre. Méléagre est le fils d’Oenée, roi de Calydon, et d’Althée.
Lorsqu’il naquit, les Parques révélèrent à sa mère que son enfant
vivrait aussi longtemps que durerait le tison qui brûlait dans l’âtre...
Une fois le sanglier vaincu, Méléagre désira offrir les dépouilles à
Atalante. Vexés qu’on leur préférât une femme, les frères d’Althée
proférèrent des menaces. Irrité, Méléagre les frappa et les tua. Althée
-la mère de Méléagre- reprit alors dans sa cachette le tison,
l’enflamma et lorsque s’éteignit la dernière braise, la vie s’échappa du
corps de Méléagre.

On ne saurait être plus explicite... Le sanglier représente Arès et


Méléagre, le Mercure philosophique. Le tison est semblable au
bâton ou au bourdon du pèlerin de Compostelle : c'est le lien du
Mercure. Quand le tison s'éteint, le lien lâche et le Mercure se
volatilise, manière pour lui de mourir. Le sanglier est l'une de ces
thériomorphoses que l'on retrouve assez souvent dans le
symbolisme hermétique, par exemple dans le Quinta Essentia
(Munster, 1570) où il représente le mercure comme matière
première. Il apparaît ensuite dans l’Atalanta fugiens de M. Maier
(Oppenheim, 1617) sur l’emblème XLI où Adonis est tué.

82
M. Maier, Atalanta fugiens, emblème XLI

Pour Dom Pernety, la légende d’Adonis retrace le passage de la


pierre au blanc à la pierre au rouge.

Adonis est le fils de Cinyras, roi de Chypre et de Myrrha, transformée


en un arbre à myrrhe. Adonis fut blessé à l’aine par le sanglier et
mourut de cette blessure. Son sang se transforma en anémone (la
première - et éphémère - fleur de Printemps) tandis que le sang
d’Aphrodite, venue au secours d’Adonis, qui s’était écorchée dans
des ronces, colorait les roses blanches en roses rouges.

Adonis représente donc l’image de la végétation qui descend au


royaume des morts (putréfaction ou obscurité) pour s’épanouir et
fructifier ensuite. C'est encore Python que Cadmos cloue sur la
croix ; il tient le même rôle que la salamandre dans le De Lapide
Philosophorum de Lambsprinck : il figure le Sel des Sages tandis
qu'Aphrodite est l'Âme ou teinture. Un dernier personnage se
dissimule à l'arrière-plan : c'est Ares :

"Adonis. La Fable nous rapporte qu’Adonis fut aimé de Vénus; qu’il fut tué à
la chasse par un sanglier furieux, et que Vénus en étant informée, accourut
à lui pour le secourir; elle rencontra dans son chemin un rosier à fleurs
blanches, aux épines duquel s’étant piqué le pied, il en sortit du sang qui
changea en rouge la couleur blanche des fleurs. Les Syriens adoraient
particulièrement Adonis, comme les Égyptiens Apis; l’un et l’autre
signifiaient la matière Philosophique, qui aimée de Vénus, c’est-à-dire de la
Lune Philosophique, se réunissent ensemble et se prêtent un secours
mutuel. Isis et Osiris étaient le mari et la femme, le frère et la sœur, le fils et
la mère; et les deux histoires sont tout à fait semblables. Un sanglier tue
Adonis, Venus y court; Typhon tue Osiris, Isis y accourt : celle-ci ramasse
les membres dispersés d’Osiris; Vénus cache Adonis blessé sous une laitue.
Tout cela représente allégoriquement ce qui se passe dans le vase
Philosophique, comme le savent les Adeptes. Voyez l’explication de cette
fiction dans les Fables Égyptiennes et Grecques dévoilées, T. 2."
[Dictionnaire mytho-hermétique]

83
Ici, Pernety assimile Adonis et Vénus, respectivement au Soleil et
à la Lune, dès qu'il évoque Isis et Osiris. Adonis figure le Soufre à
l'état de dissolution. Mais en ce cas, le sanglier, loin de figurer
Arès, doit être Cronos... Revenons un instant aux parents
d’Adonis ; ils ont un rapport inattendu avec le sel des Sages :
Cinyras renvoie à Chypre (île de la mer Égée où l’on honorait Vénus). Il
serait trop facile de penser qu'il existe une liaison directe entre
Chypre et le cuivre ; le cuivre, en latin, aes, a aussi la valeur
d'airain, de laiton [M. Berthelot a bien insisté sur le sens vague du mot
aes, dans son Introduction à la chimie des Anciens]. À Chypre, Pline
nous parle encore d'une terre astringente [d'une qualité inférieure à la
terre de Chio] qui pourrait avoir un rapport avec l'une des deux
colombes de Diane. Enfin Cyprium aes, cité par Pline, est du cuivre
cyprien [fait avec le minerai nommée cadmie, oxyde de zinc]. Cinyra est
encore un instrument à cordes (lyre) et cinnus signifie mixtion,
breuvage composé.

Myrrha (ou Smyrna) était la fille de Cyniras et elle conçut un amour


incestueux pour son père : elle engendra ainsi un fils qui était aussi
son petit-fils, Adonis. Réalisant son crime, le roi chassa sa fille et
parvenue au sommet d’une colline, Myrrha fut changée en arbre à
myrrhe.

La myrrhe est une gomme-résine (Myrrha = murra = arbrisseau d’où


provient la myrrhe) et murra est une matière minérale dont on faisait
les vases précieux. Là encore, cette gomme-résine est très
proche de la terre de Chio et on y devine la « résine de l'or » dont
nous parlent de nombreux alchimistes. Notez que l'on retrouve
encore cette transformation qui s'effectue au sommet de la
montagne, comme chez Lambsprinck.

On rapprochera cette résine de l'or de ce que Fulcanelli écrit, en


comparant la richesse respective de l’or, du plomb et du fer. De
l’or, nous dit-il :

Dampierre-sur-Boutonne, caisson n°1, série 7 = les tables de la Loi

"Dépouillé de son manteau, il révèle alors la bassesse de ses origines et


nous apparaît comme une simple résine métallique, dense, fixe et fusible..."
[DM, II, p. 181]

Et de revenir à la description du sujet des Sages :

"C’est donc à la pierre brute et vile qu’il faut s’adresser, sans répugnance
pour son aspect misérable, son odeur infecte, sa coloration noire, ses
haillons sordides. Car ce sont précisément ces caractères peu séduisants

84
qui permettent de la reconnaître, et l’ont fait regarder de tout temps comme
une substance primitive... Mais les philosophes ont découvert qu’en sa
nature élémentaire et désordonnée, faite de ténèbres et de lumière... ce rien
contenait Tout..."

On ne saurait mieux décrire la materia prima. Ce texte est important


: outre des caractères descriptifs du sujet des Sages, Fulcanelli
nous indique que ce n’est pas au sein d’un corps pur que l’on
trouvera la première matière mais il entretient l’équivoque en
citant le plomb et le fer. Il faut prendre garde une fois encore aux
textes de l’Adepte et aux interprétations hâtives qui risquent d’en
découler.

Pour finir, il est donc possible que ce mythe d’Adonis et


d’Aphrodite ait des rapports avec le vase de nature où s’élabore
l’œuvre, après obtention du premier Mercure. Il s'agirait alors d'un
moment du 3ème oeuvre, où, de commun, le Mercure devient
double par adjonction du Soufre. Quelques critiques ont parlé du
sanglier en tant que :

« Mercure philosophique, dont les esprits corrosifs détruisent tout ce qu’on


leur donne à dissoudre ».

C'est aussi ce que pense Pernety dans sa description du sanglier


d'Erymanthe, qu'il assimile au Mercure des Sages. Mais il semble
y avoir méprise quant à l’emploi du terme corrosif auquel nous
préférerions substituer les épithètes de « résolutif, dissolvant». Nous
examinerons plus loin ce point de science. On notera à propos de
Cybèle que son mythe est inséparable de celui d’Isis et de Cérès.
Isis (= Demeter) renvoie à la Terre et, au vrai, à la matière
première, Cérès représente la sève sortie de la terre, c’est-à- dire
la première matière (= crescere = croître, grandir). Isis, Cérès et
Cybèle constituent le triptyque de début de l’œuvre et comme le
signale Fulcanelli :

"... trois têtes sous le même voile." [Myst., p.81]

Nous ajouterons que l'étude du mythe de Déméter permet


d'identifier la matière première et de comprendre qu'elle soit de
couleur noire [cf. section sur le rébus de St- Grégoire]. Sur la phrase
que nous citons, se clôt l’introduction générale aux Myst., où
Fulcanelli se livre à un compendium très travaillé du grand œuvre.

Outre l’intérêt du mythe de Cybèle dans l’analyse des éléments de


l’Athanor (ou vase de nature), la référence à cette pierre noire de
Pessinonte est d’une importance capitale. Dans la première
préface que donne E. Canseliet, nous trouvons une allusion à une
couleur :

" ... la clef de l’arcane majeur est donnée, sans aucune fiction, par l’une des
figures qui ornent le présent ouvrage. Et cette clef consiste tout uniment en
une couleur, manifestée à l’artisan dès le premier travail..." [Myst,

85
introduction, p. 13]

Certes, nous avons l’allusion aux Vierges noires et notamment à


celle des cryptes de Saint-Victor à Marseille (planche I des Myst.)
mais cela ne suffit pas, car la couleur noire se présente à
plusieurs reprises dans l'Oeuvre. Le mythe de Cybèle est
inséparable du Pont-Euxin (mer Noire) et la déesse est originaire
de Phrygie. Pline a laissé dans son Histoire Naturelle des allusions
nettes à la Phrygie ; il y traite notamment des sels. On pourra
compléter cette étude par l’examen du traité sur les sels, comme
celui de Gay- Lussac. Ces ouvrages permettent de mesurer les
apports incomparables de savants comme Bernard Palissy,
rationaliste qui combattait les croyances établies et ne se fiait
qu’aux résultats de ses propres expériences, d'Eilhard Marggraf
(1709-1782), apothicaire et chimiste allemand, qui découvrit la
magnésie, tant citée par les alchimistes et dont le nom est surtout
attaché à l’extraction du sucre de betterave, d'Eilhard Mitscherlich
(1794-1863) qui découvrit l’isomorphisme, de Pierre-Joseph
Macquer (1718-1784) qui s’intéressa au bleu de Prusse et à la
teinture de la soie par la cochenille, d’Alfred Werner (1866-1919),
chimiste suisse et prix Nobel en 1913 dont les beaux travaux le
conduisirent à introduire le concept de coordinence. À propos de
betterave, Fulcanelli y fait référence quand il évoque les apports
de Blaise Pascal :

"Il serait intéressant de savoir pourquoi nos enfants, entre tant d'admirables
découvertes dont ils ont sous les yeux l'application quotidienne, connaissent
plutôt Pascal et sa brouette, que les hommes de génie auxquels nous
devons la vapeur, la pile électrique, le sucre de betterave et la bougie
stéarique." [DM, I, p.76]

Il s'agit d'une allusion directe à l'un des moyens d'obtenir l'un des
composants du feu secret (1) : c'est dans l'une de ces phrases
d'apparence trompeuse que l'on trouve les clefs fondamentales
qui permettent à l'étudiant de progresser ; l'invention de la bougie
stéarique est due à Eugène Chevreul [1, 2] dont l'intérêt pour
l'alchimie a toujours été très vif.

10)- la salamandre et le renard

Le vase de nature est la clef sans laquelle rien ne peut être


compris du Grand œuvre. Il y a certes plusieurs vases ou
réceptacles qui servent à entreposer les divers corrosifs et sels
(esprit de sel, huile de vitriol, huile de tartre, eau de soufre, etc.) mais il n’y
a qu’un seul vase, dit de nature, dans lequel va naître et croître la
Pierre. Ce vase, Fulcanelli l’aborde en ses Myst. (p.183) lorsqu’il
examine le Vaisseau du Grand Oeuvre, à l’Hôtel Lallemand. Ce
vaisseau indispensable et secret a été appelé « œuf philosophal et
Lion vert ». Il renferme le rebis philosophal, formé de blanc et de
rouge ce qui est une indication exacte, à la manière d’un œuf

86
d’oiseau. Il est cependant incontestable que la partie blanche
l’emporte et de loin sur la partie rouge. La partie introductive des
Myst. nous aidera à y voir plus clair ; Fulcanelli nous y décrit ce
que devait être une initiation dans un temple voué à Cybèle ou à
Cérès. Rappelons au passage que le prêtre qui officiait au temple
de Cybèle et d’Attis était appelé « Galle ». Les ministres du culte
se répartissaient en quatre degrés et l’on portait dans les
processions un œuf, symbole du monde. A Rome, on appelait ces
processions les Céréalies ; elles se déroulaient alors que le Soleil
était dans le signe du Bélier et elles duraient huit jours. On y
sacrifiait des porcs. Dans son Alchimie, J. Van Lennep nous
précise qu’en néerlandais, le sanglier se dit wild zwijn,
littéralement porc sauvage. Cela nous ramène à l’emblème XLI de
l’Atalanta fugiens et dévoile un peu mieux la nature hermétique du
sanglier : il s’agit bien du Mercure dans son 1er état, non assagi,
c'est-à-dire et de façon paradoxale, non animé. Car c'est de son
animation que procède son contrôle.

Notre-Dame de Paris, portail central, la Persévérance

a)- De l’œuf philosophique

Fulcanelli décrit la planche XII, au porche central de Notre-Dame


[figure XXVI ; il s'agit de l'un des médaillons des Vices et des Vertus : la
Persévérance, cf. Gobineau] : " l’athanor et la pierre". On notera au
début du IVe chapitre, une allégorie de la durée de la coction et
des indices d’un feu soutenu et puissant :

"Balayés par les vents d’ouest, sept siècles de rafales... ont effrités [les
motifs]..." [Myst., p. 115]

87
À un siècle, en langage hermétique, correspond un jour ou plutôt
une génération. Il s’agit d’une indication concernant l’œuvre au
rouge ainsi qu’en témoigne l’allusion au griffon : il symbolise le
résultat de la réincrudation du Soufre, désormais corporifié et du sel
: le griffon emprunte sa tête et sa poitrine à l’aigle et au lion le
reste du corps. Les corps se sont fixés et nous avons passé le
stade des combats dont nous parlions supra. Le vent d'ouest,
c'est-à-dire Zéphyre, atteste de cette évolution ; quant aux sept
siècles, ils renvoient indirectement à Apollon ; il n'est pas jusqu'au
terme « effrité » qui n'évoque quelque fondant bien connu des
potiers... :

"[il s’agit de] l’un des emblèmes majeurs de la science, celui qui couvre la
préparation des matières premières de l’Oeuvre... Le griffon marque le
résultat de l’opération... Du combat que le chevalier, ou soufre secret, livre
au soufre arsenical du vieux dragon, naît la pierre astrale, blanche, pesante,
brillante comme pur argent, et qui apparaît signée..." [DM, II, p.274-277]

[En fait, nous pensons qu'il y a deux matières premières. L'une, symbolisée
par des adjectifs comme « brillant, resplendissant », et dont l'art se sert en
ronde bosse ; les Anciens utilisaient surtout les flambeaux et Fulcanelli nous
dit que lors des processions, c'était des cierges verts qui étaient utilisés
[κερος] ; c'est cette substance qui a une couleur blanche ; l'autre est une
terre cimolienne d'où l'on extrait deux substances qui sont d'essence divine.
La confusion entre les deux matières est entretenue du fait que la blancheur
les caractérise toutes les deux ; µαρµαρος pour l'une et αργινοεις
pour l'autre, dévoilant ainsi l'hydrargyre philosophique.]

Cette Pierre au blanc, on en peut même donner l’exacte


description : c’est une fine poudre blanche à l’état anhydre et,
hydratée, elle forme un précipité gélatineux. C'est un corps
indifférent qui est évoqué directement par Fulcanelli dans sa
description de l'église de Melle, dans les DM, II à l'Embrasement.
Elle tient véritablement de l’acier par sa consistance et de la
salamandre par sa résistance au feu. Voici l’occasion de
s’attarder sur le symbolisme de la « bête à feu » : Là encore,
Fulcanelli nous sera d’un grand secours

88
Notre-Dame de Paris, portail central, la Chasteté

puisqu’il décrit l’animal figurant au porche central de Notre-Dame


sur la planche VIII [ce bas-relief se nomme la Chasteté, cf. Gobineau] et
la légende indique : « calcination ». C’est tout dire. Il s’agit :

"[du] sel central, incombustible et fixe, qui garde sa nature jusque dans les
cendres des métaux calcinés, et que les Anciens ont nommé Semence
métallique."

Mais là encore, nous le répétons, il peut y avoir confusion entre


les deux natures. Les cendres des métaux calcinés désignent ce
que les anciens chimistes appelaient les chaux métalliques, que
nous caractérisons par l'idéogramme .

b)- de l'animation du Mercure.

Il nous faut parler à présent d’une étape non décrite jusque là, qui
résulte de l’animation du Mercure. C’est de ce combat dont parle
Savinien De Cyrano Bergerac dans une partie de son Histoire
comique, contenant les Estats et empires du soleil (Paris, Charles de
Sercy, 1662). Fulcanelli rapproche ce combat d’une lutte à outrance
de créatures dissemblables. Voici le texte auquel se réfère
l’adepte :

" Au monde de la terre d’où vous êtes, et d’où je suis, la bête à feu s’appelle
salamandre, et l’animal glaçon y est connu par celui de remore. Or vous
saurez que les remores habitent vers l’extrémité du pôle, au plus profond de
la mer glaciale ; et c’est la froideur évaporée de ces poissons à travers leurs
écailles, qui fait geler en ces quartiers-là l’eau de la mer, quoique salée. La
plupart des pilotes, qui ont voyagé pour la découverte du Groenland, ont
enfin expérimenté qu’en certaine saison les glaces qui d’autres fois les
avaient arrêtés, ne se rencontraient plus ; mais encore que cette mer fût libre
dans le temps où l’hiver y est le plus âpre, ils n’ont pas laissé d’en attribuer

89
la cause à quelque chaleur secrète qui les avait fondues ; mais il est bien
plus vraisemblable que les remores qui ne se nourrissent que de glace, les
avaient pour lors absorbées. Or vous devez savoir que, quelques mois après
qu’elles se sont repues, cette effroyable digestion leur rend l’estomac si
morfondu, que la seule haleine qu’elles expirent reglace derechef toute la
mer du pôle. Quand elles sortent sur la terre, car elles vivent dedans l’un et
dans l’autre élément, elles ne se rassasient que de ciguë d’aconit, d’opium et
de mandragore... Cette eau stigiade de laquelle on empoisonna le grand
Alexandre et dont la froideur pétrifia les entrailles, était du pissat d’un de ces
animaux. Enfin la remore contient si éminemment tous les principes de
froidure, que, passant par-dessus un vaisseau, le vaisseau se trouve saisi
du froid en sorte qu’il en demeure tout engourdi jusqu’à ne pouvoir démarrer
de sa place. C’est pour cela que la moitié de ceux qui ont cinglé vers le nord
à la découverte du pôle, n’en sont point revenus, parce que c’est un miracle
si les remores, dont le nombre est si grand dans cette mer, n’arrêtent leurs
vaisseaux. Voilà pour ce qui est des animaux glaçons."

Nous avons pointé les passages qui nous ont semblé les plus
importants. Comme d’habitude, nous serons obligé de passer par
quelques digressions et de nous arrêter aussi sur le rémora. La
salamandre symbolise l'un des composants issus de l'attaque du
dragon écailleux [pris dans le sens de vieux Mercure]. C'est l'occasion
d'évoquer la difficulté d'interprétation des textes quand l'auteur
veut tenir le bon chemin sciemment caché : ainsi, lorsque
Fulcanelli évoque la salamandre dans Myst., p. 181 par le mythe
de Tristan de Léonois [groupe de Tristan et Yseult, dans la chambre du
Trésor du Palais Jacques-Coeur], il confond la première opération de
l’œuvre [l’obtention du premier Mercure par séparation initiale] avec les
opérations qui conduisent à l’obtention du dissolvant universel. Il
vaut qu'on s'arrête sur ce passages des Myst. où Fulcanelli se
montre particulièrement envieux :

"C'est Cadmos perçant le serpent contre un chêne ; Apollon tuant à coups


de flèches le monstre Python et Jason le dragon de Colchide ; c'est Horus
combattant le Typhon du mythe osirien ; Hercule coupant les têtes de
l'Hydre et Persée celle de la Gorgone ; Saint Michel, Saint George, Saint
Marc terrassant le dragon, répliques chrétiennes de Persée, tuant le monstre
gardien d'Andromède, monté sur son cheval Pégase ; c'est encore le combat
du renard et du coq... celui de l'alchimiste et du dragon [Cyliani], de la
rémore et de la salamandre [De Cyrano Bergerac], du serpent rouge et du
serpent vert, etc."

Au coeur du labyrinthe hermétique, comment les néophytes ne


seraient-ils pas découragés, sans le repère de l'étoile du Nord ?
Etablissons un semblant de vérité : les allégories de Cadmos, les
combats des bêtes dissemblables s'adressent au 2ème oeuvre et
à la préparation du Mercure philosophique ; le combat contre le
Dragon est l'allégorie consacrée à l'obtention des matières
premières par le biais d'un agent igné qui n'est pas celui utilisé
dans le feu secret ; tout les oppose au contraire et de leur union
naîtra un corps sans vie, indifférent à tout.
Dans les DM, I, p. 31, E. Canseliet, dans la préface de la 2ème
édition (1958) indique que l’ouvrage débute par la salamandre de
l’Hôtel du Bourgtheroulde (XVIe siècle) à Rouen, posé en

90
frontispice et se termine avec le Sundial d’Édimbourg en manière
d’épilogue : c’est indiquer exactement le résultat de l’œuvre au
blanc et la nature saline de certains des composants du Lion vert
ou encore la forme que peut acquérir la Pierre au rouge dans
certaines conditions. Profitons-en pour signaler dans les DM, I, p.
250, une chausse-trape tendue à nouveau par l’Adepte : il crée
une confusion entre le feu secret et le résultat de la destruction
[i.e. la mort, dissolution ou véritable putréfaction] du dragon écailleux. Le
discours s’éclaircit néanmoins à la citation de Limojon de
Saint-Didier, extraite de la Lettre aux vrays disciples d’Hermès (in le
Triomphe hermétique, Henry Wetstein, Amsterdam, 1699) :

"Je vous plaindrois beaucoup si comme moy, apres avoir connu la véritable
matière, vous passiés quinze années entierement dans le travail, dans
l’estude et dans la meditation, sans pouvoir extraire de la pierre le suc
precieux qu’elle renferme dans son sein, faute de connoistre le feu secret
des sages, qui fait couler de cette plante seiche et aride en apparence
uneeau qui ne mouille pas les mains" [DM, I, p. 250]

Si nous examinons l’étymologie de salamandre, salamandra est


emprunté au grec ; au XVIe siècle, Paracelse indique que cet
animal vit dans le feu ; au XIXe siècle, c’est le nom d’une marque
de poêles puis le nom d’un type de poêle à combustion lente. On
ne suivra pas Fulcanelli dans le labyrinthe où il mène le lecteur
par la réduction du mot salamandre en : sal et mandra. En effet, par
cabale sel et mandra donne αλς + µανδρα [écurie, étable],
c'est-à-dire le salpêtre... Nous laisserons au lecteur tout loisir
pour approfondir ce dernier point et discuter de savoir si l'on peut
voir dans la salamandre le salpêtre des Sages. M. Maïer, en son
Atalanta fugiens, nous montre la salamandre dans l'emblème XXIX.
Il est vrai que la Pierre doit être menée au plus haut point de la
fixité et de résistance au feu ; encore faudrait-il s’entendre sur la
qualité et la couleur de la Pierre en ce moment précis de l’Oeuvre.
Nous reprendrons à cet effet le De Lapide Philosophorum de
Lambsprinck à la dixième figure où la légende indique :

"Réitération, gradation et amélioration de la Teinture, ou plutôt Augmentation


de la Pierre des Philosophes"

91
De Lapide Philosophorum, decima figura, Musaeum Hermeticum, p. 361

Le texte annexé à la légende dit assez clairement que la


salamandre, percée de coups, doit d’abord mourir ; elle habite la
montagne et doit passer par l’attaque de plusieurs feux :

"De sorte qu’elle meurt et laisse écouler la vie avec son sang... Elle gagne
par son sang une vie éternelle - Et ne peut plus périr d’aucune mort après
celle-ci... Car son sang chasse toute maladie...Les Sages y ont puisé leur
Science - Et par là sont parvenus au don céleste - Qu’on nomme Pierre des
Philosophes... La Salamandre vit dans le feu - Et le feu l’a changé en une
couleur excellente" (in la Pierre Philosophale, G. Ranque, op. cit., pp.
178-179).

L’allégorie est claire : la salamandre, qui participe du sujet


minéral, doit d’abord en être extraite, d’où sa mort initiale ; suite à
quoi, elle renaîtra en un corps de couleur blanche, fixe qui a été
évoqué supra. Dans les DM, II, p. 129 et sq., Fulcanelli nous
précise que la salamandre sulfureuse symbolise l’air et le feu dont
le Soufre possède la sécheresse ainsi que l’ardeur ignée, et le
rémora, le champion mercuriel qui possède des qualités froides et
humides. Ici, la salamandre, dont on a vu qu’elle correspondait au
1er Mercure, se corporifie. Si l'on examine bien la gravure de
Lambsprinck, on voit que le personnage est muni d'un trident : il
s'agit de Neptune et ce que nous observons correspond à des
lavages ignés [les Laveures de N. Flamel], époque de l'oeuvre
représentée par le régime de Jupiter, où la matière - selon
Pernety - apparaît grise. Dans la lettre que cite E. Canseliet dans
la préface à la 2ème édition des Myst., pp.18-20, il est spécifié que
:

"Celui qui sait faire l’œuvre par le seul mercure a trouvé ce qu’il y a de plus

92
parfait, - c’est-à-dire a reçu la lumière et accompli le Magistère."

Il semble bien qu’en fait, deux substances soient appelées


Mercure ou Soufre en fonction de leur qualité [liquide ou solide] ou
de leur couleur [blanche ou rouge]. Les alchimistes ont d’ailleurs dit
que deux matières étaient nécessaires à l’ouvrage, un minéral et
un métal. Il y a donc lieu d’être prudent et il est presque certain
qu’à un moment donné, le métal, qui doit correspondre au Soufre,
est incorporé au Mercure ; dans un premier temps, le Mercure, à
l’état hydraté, doit apparaître sous une forme pâteuse ou
gélatineuse après sa séparation du sujet minéral, lequel est
proprement détruit lors de cette opération ; ce Mercure, ensuite,
devient anhydre et il possède alors une qualité qui le rapproche
du soufre et du principe fixe. C’est peut-être ce qu’évoque
Fulcanelli sur du soufre corporifié :

"C’est pourquoi les Sages, sachant que le sang minéral dont ils avaient
besoin pour animer le corps fixe et inerte de l’or n’était qu’une condensation
de l’Esprit universel, âme de toute chose ; que cette condensation sous la
forme humide, capable de pénétrer et rendre végétatifs les mixtes
sublunaires, ne s’accomplissait que la nuit, à la faveur des ténèbres, du ciel
pur et de l’air calme... les Sages, pour ces raisons combinées, lui donnèrent
le nom de rosée de Mai" [ Myst., p.138]

Ce texte ne peut s’appliquer qu’au dissolvant universel. Le sang


minéral correspond à une chaux métallique à l'état dissous ;
l’Esprit universel se rapporte à l’Ether (= Jupiter) ; la rosée de mai et
surtout les qualités du ciel (pur, calme) sont encore des symboles
se rapportant à Jupiter (Maius : mois de Jupiter). On aura garde
d'oublier enfin que la rosée de mai ne se forme jamais que par
temps de nuit calme [arcana nox] ; il s'agit là d'une indication. Le
rémora (du latin remora, qui retarde) des auteurs classiques tire son
origine hermétique du fait que les Anciens le croyaient capable
d’arrêter un navire. Il symbolise le point central et fixe du Mercure
; il doit être rapproché d’autres termes utilisés par les Anciens,
tels que lupus (mors armé de pointes et non loup) et Chalybs (mors
d’acier), homonyme de Chalybes, désignant le peuple du Pont,
renvoyant à l’eau pontique, c'est-à-dire au Mercure. Ces termes
se rapportent au lien du Mercure qui empêche une évaporation
précoce [cf. sections :Mercure , héraldique et alchimie] On notera pour
finir que ce lien [καλινος] se rapproche de moellon ou pierre
meulière [καλιξ].

93
Dampierre-sur-Boutonne, caisson n°3, série 3

"... [l’eau pontique], notre mercure, la mer repurgée avec son soufre... l’eau
de notre mère, c’est-à-dire de la matière primitive et chaotique appelée sujet
des sages..." [DM, II, p. 205]

Le rémora apparaît donc soit comme le symbole d’un agent


fixateur soit comme le symbole de la fixation elle-même :

"C’est aussi, selon la version du Cosmopolite, le poisson sans os, échénéis


ou rémora qui nage dans notre mer philosophique..." [DM, I, p. 322]

Ce poisson, il nous faudra le préparer, l'assaisonner et le cuire ; «


échénéis » se rapproche d'un mot crypté dans un texte attribué à
Artephius (Livre Secret) et à N. Flamel (cf. Figures Hiéroglyphiques,
note 123). Il est diversement comparé à la fève (noir bleuâtre), à un
cocon (tunica = coque, coquille), au chabot, petit poisson noirâtre, au
basilic, i.e. regulus ou petit roi, à la sole

[poisson, solea = sandale, pantoufle, garniture de sabot, sabot - on notera


que Fulcanelli, dans le Myst. Cath. parle du sabot : il s'agit d'un jeu de
cabale sur le crapaud, par le biais de βατραχιου qui désigne la partie
supérieure du sabot d'un cheval, la grenouille ou un poisson plat. C'est
assez dire si le chabot désigne l'un des états du Soufre rouge des
philosophes].

La couleur bleu foncé habituellement associée au rémora évoque


l’azur du sommet des montagnes (caerula). Le rémora est aussi
assimilé au dauphin (petit roi). Enfin tous ces termes, qui évoquent
une couleur violette, se rapportent aux caractères des métaux
brûlés, c'est-à-dire à des chaux métalliques [ιος]. Une des
gravures de Lambsprinck évoque cet animal :

94
De Lapide Philosophorum, nona figura, Musaeum Hermeticum, p. 359

Il s’agit de la 9ème figure où l’on voit un vieillard couronné,


terrassant un dragon et portant une Terre, un bourdon [ou
sceptre] et la figure du dauphin, à sa gauche. Le trône montre
assez l’analogie avec l’athanor, avec l’escalier figurant les degrés
requis pour la coction hermétique (7 marches), l’évasement du bas,
voûté, enfin, sur lequel il n’y a pas lieu de s’étendre et qui figure le
foyer de l'athanor.

texte (extrait) :

"Je donne la puissance, la santé durable - Et en outre l’or, l’argent, les


gemmes et les pierres précieuses... Hermès m’a octroyé le nom de Seigneur
des forêts"

légende :

"Si la fortune voulait de Rhéteur tu deviendrais Consul. Si aussi elle voulait,


de Consul tu deviendrais Rhéteur. Comprends que le premier Degré de la
Teinture est réellement apparu"
(in G. Ranque, op. cit., pp. 176-177).

La forêt constitue la chevelure de la montagne ; en lui permettant


de provoquer la pluie, elle donne une indication sur les bienfaits
du Ciel qui dispense la Rosée de mai : il s'agit d'une évocation de
Jupiter et des Dryades, notamment Eurydice. Dans les DM, II,
p.129, nous avons vu que le rémora est comparé à l’échéneis du
Cosmopolite ou au pilote de l’onde vive, à l’énergie ignée de la
salamandre. Le processus de coagulation du Mercure est souvent
symbolisé par une ancre marine :

"La longue opération qui permet de réaliser l’empâtement progressif et la


fixation finale du Mercure, offre une grande analogie avec les traversées
maritimes... Le dauphin nage à la surface des flots impétueux, et cette

95
agitation dure jusqu’à ce que le rémora... arrête enfin, comme une ancre
puissante, le navire allant à la dérive" [DM, II, p. 187]

Fulcanelli nous dresse ainsi un processus de cristallisation


progressif où par l’action du rémora dont le dauphin représente le
résultat provisoire de même que la sirène [caisson n°3 du château de
Dampierre, septième série] se réalise la coagulation du Mercure. Par
là est évoqué le lien du Mercure, soufre fixe [à rapprocher de uncus =
grappin, crochet et de uncino = pêcher à l’hameçon ; en grec, le grappin se
dit κοραξ, qui signifie corbeau]. De là, ces ancres, ces pêches à la
ligne que l’on retrouve sur les planches du Mutus liber ou sur le
poêle alchimique de Winterthur. L’ancre [ancora] peut aussi être
rapprochée de ancon [coude, crochet] qui nous explique l’allusion à
la cubitière d’un des caissons du château de Dampierre (caisson
n°5, sixième série) : une main céleste, dont le bras est bardé de fer,
brandit l’épée et la spatule. Sur le phylactère, on lit :

.PERCVTIAM.ET.SANABO.

« Je blesserai et je guérirai », parabole de la conjonction du soufre et


du mercure.

Dampierre-sur-Boutonne, caisson n°5, série 6

"Nous pourrions faire une intéressante remarque au sujet du moyen, ou


instrument, expressément figuré par le brassard d’acier dont est muni le bras
céleste... nous... préférons laisser à qui voudra s’en donner la peine le soin
de déchiffrer cet hiéroglyphe complémentaire." [DM, II, p. 167]

Cet hiéroglyphe est évoqué dans héraldique et alchimie. Ce moyen ,


ce n’est pas la première fois que l’Adepte en parle :

"C’est l’unique matière dont nous avons besoin. En effet, cette eau sèche,
quoique entièrement volatile, peut, si l’on découvre le moyen de la retenir
longtemps au feu, devenir assez fixe pour résister au degré de chaleur qui
aurait suffi à l’évaporer en totalité... son endurance au feu... lui font attribuer
le renard." [Myst., p. 140]

Même chose dans Cyliani :

"Je vis alors un nuage qui sortait du sein de la terre, qui nous enveloppa et
nous transporta dans l'air. Nous parcourûmes les bords de la mer où
j'aperçus de petites bosses." [Hermès Dévoilé]

Ce renard a un rapport avec la salamandre et explique l'allégorie


qui lui est prêtée dans la IIIe Clef de B. Valentin. Il s'agit du

96
symbole de l'artifice ou ruse qui permet de fixer le Mercure avant
qu'il ne se dérobe par sublimation [c'est l'équivalent du filet de
Vulcain]. Ailleurs, cette autre allusion à propos de la planche de
l’Hôtel Lallemant (cf. supra).
Georges Ripley (mort en 1490), chanoine de Bridlington, rassembla
son savoir dans le Compound of Alchemy ou les Douze portes
d’Alchimie (d’abord édité à Londres, en 1591), puis sous le titre
(Cassel, 1649), traduit en français en 1979 (Bernard Biebel). Voici
cette note :

"Il n’entre qu’un seul corps immonde dans notre magistère ; les Philosophes
l’appellent communément Lion vert. C’est le milieu ou moyen pour joindre les
teintures entre le soleil et la lune." [Liber 12 Portarum]

idem chez Artéphius [Livre secret]. Il nous faut comprendre que


les corps du soleil et de la lune doivent être conjoints. Cette
conjonction ne peut se faire sans l’aide d’un milieu adéquat, qui
est véritablement le Mercure philosophique. Mais ici, le moyen
dont parle Ripley n'est pas le lien du Mercure [on reviendra plus loin
sur un extrait capital des DM, I, pp. 382-385). Le moyen ou milieu [dans
le sens littéral de « ce qui sert pour arriver à une fin »] peut se traduire
par via ou consilium

[via = passage, conduit, canal, moyen, procédé, méthode mais aussi


chemin, voie, route ; consilium = réflexion, prudence, stratagème ; viator =
messager, appariteur].

L'une des acceptions, « canal » trouve sa signification, de prime


abord insolite, avec E. Canseliet. Voilà un extrait de la porte
alchimique de la villa Palombara, à Rome :

"De ce que virent,en ce quartier Esquilino, Cancellieri d'abord, en l'an 1806,


Bornia ensuite, treize lustres plus tard, voici donc la photographie sur
laquelle on remarquera, qui surmonte la muraille, le chaperon de tuiles dites
canal, qualifiées aussi rondes ou romaines."

L’allégorie s’éclaire parfaitement : le Mercure philosophique où


figure le Compost (le soleil et la lune des philosophes) est un milieu
dissolvant et résolutif ; les avatars subits par ce composé sont
souvent racontés par les alchimistes dans des récits allégoriques,
de voyage initiatique par exemple, où les Adeptes eux-mêmes se
prennent comme hiéroglyphe du Mercure [cf. le voyage de N. Flamel
à St Jacques de Compostelle]. Mais il y a plus : on se souvient de la
FIGURE XXIX dont le texte parle de consul et de rhéteur. Le consul,
un des magistrats chargés du pouvoir exécutif, réfléchit, prend
des résolutions, des mesures tandis que le rhéteur (rhetor = orateur)
est expert dans l’art de la persuasion (convinco = vaincre
entièrement). Les grands discours, l’éloquence, les beaux parleurs,
les gloseurs (discutio = fendre, fracasser mais aussi dissoudre) en
somme, nous en trouvons un bon exemple dans La Toyson d’Or de
Salomon Trismosin (5ème figure), cité par E. Canseliet, dans son
Alchimie (, in Atlantis, 1934) dont voici le texte :

97
"Portant ainsi, sur une branche supérieure, un oiseau noir, l’arbre symbolise,
plus clairement encore, cette racine métallique qui résiste à merveille au
pouvoir d’oxydation, et qui assure, dans l’harmonie, la naissance du
corbeau, de cette terre obscure et nettement distincte de la partie
sous-jacente, blanche et volatile. Deux hommes, âgés et remplis
d’expérience, discutent, avec animation, sur le problème de la capture pour
laquelle vigueur et habileté sont nécessaires." [L’arbre alchimique,
p.105-125]

La Toyson d'Or de Salomon Trismosin, 5e figure, André le Sage

Discussorius signifie dissolvant et résolutif. On voit que le vieillard -


auquel on attribue trop souvent le caractère propre au sujet des
sages - représente en réalité le Mercure qui va s’animer. Nous
revenons à présent au renard. Il s’agit du symbole du stratagème
ou artifice par lequel on arrive à maintenir ou à retenir à l’état
dissous un corps qui devrait normalement se volatiliser sous un
feu très nourri. De ce renard, il est question dans Myst., p.163,
lors de l'examen du porche central de la cathédrale d’Amiens.
Cette allégorie est chère à Basile Valentin. Dans le quatre-feuilles
décrit par Fulcanelli, un coq se tient perché sur une branche de
chêne. Sous cette allégorie se cache la dissolution des corps,
symbolisés par ce coq de « Galle » qui a pour pendant le kermès
de la galle du chêne. C'est le prélude à la réincrudation ; à partir de
là commence véritablement l’accroissement de la pierre «
végétale». Redisons donc ici que le Sel (Mercure des philosophes ou
Soufre blanc) est une poudre blanche et que son autre symbole est
la salamandre. Cette teinture sèche ne peut pas être utilisée en
l'état et elle nécessite une dissolution pour permettre sa
conjonction avec le Soufre rouge. C’est donc bien justement que
l’Adepte préconise de :

"… redissoudre cette terre ou ce sel dans la même eau qui lui a donné

98
naissance, ou, ce qui revient au même, dans son propre sang, afin qu’elle
devienne une seconde fois volatile, et que le renard reprenne la complexion,
les ailes et la queue du coq... Ainsi naîtra la première pierre, non absolument
fixe ni absolument volatile, toutefois assez permanente au feu, très
pénétrante et très fusible..."

C’est l’union du fixe et du volatil tel qu’il s’exprime au porche


central de Notre-Dame (Myst., planche XVI, p.86 : bas-relief
représentant la Douceur, cf. Gobineau). C’est le manteau ou Sel des
astres, nous dit Basile Valentin, qui suit ce soufre céleste :

" ... et les faict voller comme un oyseau, tant qu’il sera besoin, et le coq
mangera le renard, et se noyera et estouffera dans l’eau, puis, reprenant vie
par le feu, sera [afin de jouer chacun leur tour] dévoré par le renard "

Il est difficile d’exprimer un processus au départ réversible dont


tout l’art, précisément, consiste à le rendre irréversible : c'est la
coagulation progressive en masse. Exacte réplique de la fable de
l’aigle et du lion ou de la rémore et de la salamandre. Le
rajeunissement du roi si l’on préfère (Myst., p.181) -dont l'épithète
hermétique est la réincrudation- provient de l’action de ce
dissolvant universel dont peu d’Adeptes ont parlé, mis à part
Artephius ou Pontanus. J. Van Lennep rappelle que :

" Canseliet se référant à la cabale linguistique dont il fut un expert,


rapprocha le nom du coq de celui du kermès donnant la teinture
écarlate..." [Alchimie, p. 199]

Malheureusement, J. Van Lennep ne donne aucun commentaire


sur le sens à accorder à ce rapprochement. Pour s'aider à
contourner la difficulté, on se tournera vers E. Kelly.
On trouve en effet une figure très semblable à celle de la IIIe Clef
de B. Valentin dans le Théâtre de l'Astronomie Terrestre d'Edward
Kelly au chapitre sixième consacré à l'Exaltation de l'Eau Mercurielle :

E. Kelly, Théâtre de l'Astronomie Terrestre

Près de l'urinal, un Lion vert arrache un morceau du dos d'un Lion


rouge, autre variante du fixe et du volatil... On peut trouver une

99
semblable analogie avec le blé dont on connaît l’importance du
symbolisme en alchimie ; tout comme il existe une noix de galle,
maladie de la feuille de chêne, le blé à aussi sa maladie, qui
s’appelle la nielle ou rouille du blé. Sa racine renvoie à rubig, robig
ou robigo. C’est une divinité peu connue, Robigus, à laquelle un
culte était rendu dans le souci de défendre les blés contre cette
maladie. L’adjectif français rubigineux évoque ce qui est couleur
de rouille et la rubine (ruber) était l’ancien nom de divers corps
chimiques de couleur rouge. Nous noterons pour finir avec la
nielle, qu'elle se traduit par nebula dont le sens signifie obscurités
et ténèbres.

11)- les hiéroglyphes célestes

Le superbe emblème de Limojon de Saint-Didier [frontispice du


Triomphe hermétique, ou la Pierre philosophale victorieuse, Amsterdam,
Henry Wetstein, 1699], reproduit ci-dessous, nous montre les trois
premiers signes du zodiaque suivant l'équinoxe de Printemps.

100
frontispice du Triomphe hermétique, Limojon de saint Didier

a)- les alchimistes ont écrit que les travaux hermétiques devaient
débuter à l'équinoxe de Printemps, époque où sont réunies les
conditions optimales « d'influx astral ». Ces signes zodiacaux sont
décrits par Fulcanelli () quand il aborde le portail nord de la
cathédrale de Paris :

"On rencontre en premier lieu, et de bas en haut, Ariès, puis Taurus, et,
au-dessus, Gemini. Ce sont les mois printaniers indiquant le début du travail
et le temps propice aux opérations." [Myst., p. 137]

Il s'agit là d'une pure cabale : il s'agit des trois principes


hypostasiés par ces constellations.

101
- le Bélier ou Jupiter Ammon ; nous attirons l'attention du lecteur sur
le piège possible tendu ici par Fulcanelli quant à l'équivalence
posée entre Jupiter et l'étain. L'examen des textes - en particulier
les Figures hiéroglyphiques - est sans équivoque à ce sujet et
donne à penser que, derrière le symbolisme de Jupiter, pourrait
se cacher celui de la Justice, Thémis, qui permettrait de
comprendre pourquoi cette déesse occupe une place si
importante dans l'iconographie (Clef VII de B. Valentin, frontispice du
lut de Sapience de M. Faust) ; en outre, le Bélier masque sans doute
le sel des Sages [dont le nom vulgaire est le vitriol, quelle que soit sa
couleur ; on peut en rapprocher la terre de Chio, la terre cimolienne et sans
doute aussi la pierre à Jésus] par le biais d'Aries.

- le Taureau ou Vénus (= cuivre). cf. Fulcanelli :

"Saint-Pierre, nul ne l'ignore, fut crucifié la tête en bas..." (Myst., p. 165) ;

Le taureau est [cf. le Tarot alchimique, lame du Monde] l'animal


consacré à saint Paul. Il faut compléter cette citation d'une
allusion aux gnomes dans les DM, I, p. 367 sur lequels on va
bientôt revenir. Dans la mythologie, on connaît la légende des
Cercopes :

ces gnomes, à la fois malicieux et malfaisants, enfants de Théla,


osèrent un jour s'attaquer à Heraclès ; le héros n'eut aucun mal à les
attraper et à les attacher la tête en bas à un bâton. Par la suite,
comme ces gnomes poursuivaient leurs mauvaises actions, Zeus
décida de les transformer en singes.

Vénus en se renversant : se transforme en Terre, non par


référence à l'antimoine mais par rapport au sujet dont on extrait
l'un des composants du feu secret. E. Canseliet estime que ce
symbole n'est autre que celui de la stibine, désigné par les
Anciens comme leur étoile. Mais, ce sel d'antimoine, Fulcanelli
pense qu'il renvoie lui-même à l'albâtre des Sages. Ce renversement
polaire qualifie un sel double : à l'endroit, la prima materia qui
permet de le préparer, et à l'envers, le résultat de cette opération
qui n'est autre que le Caput, obtenu par la séparation du sujet
initial sous l'influence du 1er agent [huile de tartre per deliquum,
salpêtre, foie de soufre].

"C'est, en quelque sorte, la description type des catastrophes périodiques


provoquées par le renversement des pôles... L'arche salvatrice nous semble
représenter le lieu géographique où se rassemblent les élus à l'approche de
la grande perturbation." [DM, II, p. 339, le Déluge]

102
L'arche de Noé », fresque de la nef de St-Savin-sur-Gartempe (Vienne) ©
M.Deneyer/CIAM

chez Cyliani :

"Une comète, qui a été en premier lieu une nébuleuse peut par son action en
s'approchant trop près d'une planète soulever ses eaux, donner lieu à un
déluge en abaissant ou relevant son axe, ce qui change le lit des mers, met
à jour ce qui était couvert par les eaux..." [Hermès Dévoilé]

De même, cette autre allusion d'un sens plus exotérique, d'E.


Canseliet :

"Retourné sur sa croix, le signe de la Terre devient celui de Vénus, de cette


Aphrodite que les adeptes désignent, plus précisément comme étant leur
sujet minéral de réalisation." [DM, I, p. 24, seconde préface]

Le glossaire des DM renvoie p.197 à une note sur Aphrodite où ce


nom ne figure pas ; Il s'agit en fait du tome II des DM, p.197 ; en
revanche le chapitre qui s'y rattache, Alchimie et spagyrie, est très
riche d'enseignement. Fulcanelli y passe en revue les différents
métaux, l'usage que l'on en peut faire en spagyrie ; il rapproche la
spagyrie de l'antique Alchimie (« l'aïeule réelle de notre chimie est
l'ancienne spagyrie», DM, I, p. 176) puis cite Zosime et Ostanès - dont
nous parlons ailleurs, notamment à l'occasion de l'Eau Divine de
Zosime [cf. aussi Chevreul et Berthelot] -, considère qu'il y avait alors
deux ordres de recherche dans la science chimique : la spagyrie
et l'archimie [dont parlent très bien J. Sadoul et B. Husson]. Certains
mot-clefs sont cités, tels que céramiste, verrier, émailleur et
potier. Fulcanelli reconnaît aux archimistes - dans le jargon, les «
petits particuliers », un peu comme les grands joueurs d'échecs
appellent des joueurs de club modestes, des « pousseurs de bois
» - d'avoir fourni à la chimie moderne les méthodes et opérations
qui ont culminé au XVIIIe siècle avec Lavoisier. Il cite ensuite

103
Basile Valentin et certaines de ses découvertes, dont le colloïde d'or
rubis :

"Quelques chercheurs, cependant, poussèrent leurs investigations beaucoup


plus loin ; ils étendirent singulièrement le champ des possibilités chimiques,
à tel point même que leurs résultats nous semblent douteux sinon
imaginaires. Il est vrai que ces procédés sont souvent incomplets et
enveloppés d'un mystère presque aussi dense que celui du Grand Oeuvre."
[DM, I, p. 183]

Fulcanelli fait-il allusion aux travaux de synthèses minéralogiques


exécutés par Jacques- Joseph Ebelmen ou Marc-Antoine Gaudin ?

L'examen de la cheminée de Louis d'Estissac, transportée au


château de Fontenay- Le-Comte [primitivement au château de
Terre-Neuve],

fronton de la cheminée alchimique du château de Terre-Neuve,


Fontenay-Le-Comte

donne à voir deux gnomes du caisson central : les deux principes


métalliques. Il s'agit des génies sulfureux et mercuriel, autre version
des dragons hermétiques de Flamel. Ces génies représentent, à
leur manière, l'alambic des Sages, c'est-à-dire le vase de nature.
Voici l'interprétation exotérique qu'on peut tout d'abord en donner
:

- Le gnome de droite qui correspond au principe masculin ou


agent est l'équivalent du chien de Corascène décrit par Artephius
dans son Livre Secret ; il a un casque strié (stria, striatus avec idée de
resserrement ou de pouvoir astringent). L'Adepte commente ce terme
et le compare à rayé et vergeté (= virgatus, tressé avec des baguettes
d'osier), au bâton (bastum, qui signifie aussi le lin ou la syllabe imitant le
bruit produit quand un trompette retire son instrument de sa bouche, cf. la

104
planche I du Mutus Liber), au sceptre. Le sceptre ou
aspalathus [plante qui fournit la gomme adragante et qui est une sorte
d'armoise : sa traduction en latin est artemisia, plante d'Artémis, et
phonétiquement, proche de artemo (voile de proue, mât) et de arte (d'une
manière serrée)]. Artémis renvoie bien sûr à Diane.
- Le gnome de gauche qui correspond au principe féminin
(Mercure) présente un bec- de-lièvre (et permet de jouer sur
l'assonance lepus : lupus) c'est-à-dire une gueule de loup et un
casque écailleux. Le loup (lupus) peut être aussi une espèce
d'araignée ou un mors armé de pointes (assimilable au rémora, au
grappin) et évoque aussi le loup gris - assimilé alors à la stibine -
que l'on voit sur la planche I des Douze Clefs attribuées à B.
Valentin.

Il ne faudrait pas se méprendre ici sur le symbolisme à attribuer


au gnome de droite dont Fulcanelli assure qu'il s'agit du principe
Soufre, par l'examen du casque strié. En le comparant au
caducée, au bâton, il faut avoir en tête l'image des Gémeaux dont
l'hiéroglyphe est constitué de deux serpents s'enroulant autour du
caducée. Le gnome de gauche s'apparente au Mercure : la
conjonction des deux est le Lion rouge canoniquement préparé :

"C'est là le premier dissolvant, mercure commun des Sages, loyal serviteur


de l'artiste." [DM, I, p. 377]

Par premier dissolvant, il faut comprendre le Mercure commun ou


eau-vive prime de Limojon, avant l'infusion des Soufres. Le
Mercure commun, cet enfant turbulent, est comparé à Éros [cf.
Philalethe, Introïtus, VI] :

"C'est pourquoi, si tu veux travailler par nos corps, prends le Loup gris très
avide qui, par l'examen de son nom, est assujetti au belliqueux Mars, mais,
par sa race de naissance est le fils du vieux Saturne...Jette, à ce loup même
le corps du Roi, fais un grand feu et jettes-y le Loup pour le consumer
entièrement, et alors le Roi sera délivré. Quand cela aura été fait trois fois,
alors le Lion aura triomphé du Loup..." [Les Douze clefs de la Philosophie]

Le Loup gris ne peut faire référence qu'à l'un des composants du


feu secret ou dissolvant universel - alias le vase de nature : il doit
s'agir d'un alcali. Mais le loup est aussi inséparable d'Apollon [dont
l'un des épithètes est λυκειος : Λικηιοσ, destructeur de loup] ; c'est
un animal sauvage personnifiée par Arès. Il contracte des
rapports avec l'antimoine saturnin d'Artéphius, c'est-à-dire avec
l'albâtre des Sages ; du moins s'agit- il d'une substance
participant de cet albâtre, déjà travaillée, préparée et qui est
extrêmement caustique. Mars renvoie à Jupiter Ammon et en
dernière hypothèse à la Justice, Thémis, sous laquelle est voilée
l'eau que les lavandières utilisaient jadis [et dont on trouve une autre
version avec l'Eau divine]. Le corps du Roi (ou Soufre) représente un
métal qui doit être incorporé au Sel des Sages où il formera une
empreinte ; quant à la délivrance du Roi [cf. Atalanta fugiens,
ème
emblème XXIV], elle correspond à l'époque du 3 oeuvre où le
dissolvant s'est presque entièrement volatilisé et c'est alors

105
seulement qu'il faudra que l'artiste, après s'être armé d'endurance
et de patience, s'arme de courage pour briser, l'épée à la main, le
sceau vitreux d'Hermès. Du Mercure philosophique, nous parlons
plus avant dans la section qui lui est consacrée

[cf. aussi : 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18, 19, 20, 21, 22, 23,
24, 25, 26, 27, 28, 29, 30, 31, 32, 33, 34, 35, 36, 37, 38, 39, 40, 41, 42, 43, 44, 45]

Nous ajouterons que les Adeptes ont l'habitude de dire que la


materia prima est un sujet disgracié de la nature et qui offre une
apparence repoussante, littéralement dégoûtante :

"... d'où cette difformité buccale, cabalistique, qui imprime au visage de notre
gnomide sa physionomie caractéristique." [DM, II, p. 378]

Mais il faut avoir à l'esprit que Fulcanelli parle ici de la matière


préparée... :

tableau représentant la villa Palombara

"Dans la description détaillée qui fut, en somme, rédigée pour le passant,


nous nous arrêterons aussi sur les trois premiers mots, Hoc in rure - dans ce
parc - si l'on préfère, qui n'était pas suffisamment étendu ni sauvage, afin
que le loup et le lièvre s'y pussent trouver... Lupus, lepus ; le rapprochement
du loup et du lièvre ne vient pas seulement d'une fantaisie poétique... le
mieux, ici, est de revoir ce qu'observa Fulcanelli, à propos du loup de Basile
Valentin, en sa première clef..." [E. Canseliet, Deux Logis alchimiques, p.
53]

C'est ni plus ni moins du dissolvant universel dont nous parle ici


Canseliet : le passant est assimilé au Mercure ; le parc représente
le vase de nature

[parc : consaeptum pour enceinte et saeptum : clôture, barrière ; enfin


saeptuose : d'une manière embarrassée, obscure qui évoque la prochaine
dissolution des métaux brûlés par quoi débute la "putréfaction"].

L'adjectif sauvage renvoie à la forêt (silva) et à Silvanus, surnom


donné à Mars ; c'est encore une variation sur le thème du

106
Mercure philosophique. Le texte étudié par Canseliet est une
partie de la traduction établie par Cancellieri :

"... HABENS LACUM, PROPE LUCUM, UBI LUPUS NON, SED LEPUS SEPE LUDIT...
: il y a un lac près de la clairière, ou non le loup mais le lièvre souvent
s'amuse..."

Fulcanelli nous précise qu'il s'agit d'une substance minérale qui


est écailleuse, noire, dure et sèche, certains l'ayant qualifié aussi
de lépreuse. C'est le premier dissolvant, mercure commun des
Sages et loyal serviteur de l'artiste (loyal = probe et serviteur =
conducteur). On peut aussi remarquer l'importance que prennent
les phylactères - c'est- à-dire des banderoles gravées que l'on
retrouve à Dampierre-sur-Boutonne ou ailleurs ; sait-on qu'un
phylactère, en latin, phylacterium (amulette, préservatif) est également
le nom donné à la plante artemisia

[employée comme alexipharmacon contre le mal... il s'agissait d'une «


préservation du mal » par les pouvoirs que l'on attribuait - faussement
évidemment - à cette plante].

Notre-Dame de Paris : servus fugitivus

Ailleurs, cette autre remarque :

"Le taureau et la vache, le soleil et la lune, le soufre et le mercure sont donc


des hiéroglyphes de sens identique et désignent les natures primitives
contraires, avant leur conjonction, natures que l'Art extrait de mixtes
imparfaits."

-les Gémeaux : on pourrait penser qu'il s'agit du symbole du double


Mercure. Mais le sens hermétique des Gémeaux est plus
complexe [cf. l'Olympe hermétique]. Mais, en première
approximation, on peut l'entendre comme l'allégorie du Mercure
philosophique au sein duquel est plongé le Rebis. Cette partie n'est
en général abordée que de manière allusive par les Adeptes.
Fulcanelli est-il sincère à ce sujet, quand il nous donne son
interprétation de l'énigme de la crédence de la chapelle de l'Hôtel
Lallemant ?

107
L'Hôtel Lallemant [voir caissons de la chapelle] a été aménagé à
partir de 1951 en Musée des Arts Décoratifs. Les collections
comportent du mobilier, principalement français, dont un rare
cabinet d'ébène sculpté et gravé (XVIIe siècle), des meubles en
marqueterie ou en laque de Chine, un ensemble de tapisseries du
XVIe et XVIIe siècles, ainsi que des objets d'art: faïences, émaux,
ivoires, verrerie, horlogerie, mobilier miniature, meubles de
maîtrise. Des peintures des XVe-XVIIIe siècles (France, Italie,
Pays-Bas) complètent cette présentation intimiste. On y remarque
des oeuvres du peintre berruyer Jean Boucher (1575-1633), un
chef d'oeuvre de Simon Vouet et de Nicolas Tournier (XVIIe siècle),
des natures mortes hollandaises et des portraits ainsi qu'une
peinture de Lemoyne (XVIIIe siècle).

crédence de la chapelle de l'Hôtel Lallemand, Bourges [cliché Alain


Mauranne]

Une petite crédence attire le regard, nous dit l'Adepte, par le


mystère d'une énigme considérée comme indéchiffrable [la
crédence est située dans le mur de droite de la chapelle quand on a le
regard tourné vers le vitrail, cf. section]. Fulcanelli y dénombre de
nombreux symboles alchimiques :

- la mérelle : c'est une coquille (testa = tuile, vase en terre cuite,


écaille, carapace de tortue mais aussi concha = coquillage d'où l'on tire la
pourpre cf. Cassius et calyx = coquille, carapace, corolle des fleurs) ; on
trouve aussi κογχος [coquille, partie centrale d'un bouclier et lentille] :

108
"C'est un corps minuscule, - eu égard au volume de la masse d'où il
provient, - ayant l'apparence extérieure d'une lentille biconvexe, souvent
circulaire, parfois elliptique. D'aspect terreux plutôt que métallique, ce bouton
léger, infusible mais très soluble, dur, cassant, friable, noir sur une face,
blanchâtre sur l'autre, violet dans sa cassure..."

Dans héraldique et alchimie, nous analysons de façon détaillée cette


description du bouton de retour, comme l'appelle E. Canseliet. Cet
objet est semblable à l'étoile que l'on trouve sur ce singulier
personnage que l'on trouve coiffé d'un mortier et que nous avons
évoqué plus haut :

"... Mais il ne subsiste rien, rien que le calcaire rongé, grisâtre et fruste. Le
lion de pierre conserve son secret !" [Myst., p. 123]

En une phrase, Fulcanelli résume presque tout le 1er oeuvre. Le


calcaire rongé renvoie au carbonate de chaux, au marbre
statuaire, blanc et éclatant ; le gris est un mélange de blanc et de
noir [ϕαιος] : c'est le bouton de retour qui est violet dans sa
cassure, c'est-à-dire lorsqu'il est ouvert et dont la forme, en
lentille, est redevable à l'empreinte qu'exerce sur lui la substance
voilée sous l'épithète de mérelle. Quant au terme fruste, il se
traduit en grec de façon indirecte par τριβος [action de frotter, d'user
mais aussi broyer, triturer], proche phonétiquement de τρι−βολος [à
trois pointes ; trident ; harpon].

- l'énigme elle-même composée de deux termes : RERE et RER


répétés trois fois sur le fond concave de la niche. Voici
l'interprétation que nous en donnons. Ces répétitions consistent
au vrai en trois opérations qui se suivent dans l'ordre
chronologique :

a)- acquisition de la première matière (envisagée ici


dans le sens du composé principal du Mercure
philosophique et qui a relation avec la Rosée de mai,
cf. infra) ;
b)- coagulation par fusion du Soufre philosophal ;
c)- accroissement (i.e. la multiplication ou
cristallisation progressive).

Le terme RERE renvoie à la conjonction du Soufre et du 1er


Mercure (Mercure commun) ; le terme RER renvoie au Mercure
philosophique ou Lion rouge, constitué de deux composants
[cheminée alchimique] :

"Qu'est-ce donc que RER ? - Nous avons vu que RE signifie une chose, une
matière ; R, qui est la moitié de RE, signifiera une moitié de chose, de
matière. RER équivaut donc à une matière augmentée de la moitié d'une
autre ou de la sienne propre. Notez qu'il ne s'agit point ici de proportions,
mais d'une combinaison chimique indépendante des quantités relatives."
[Myst., p. 205]

109
Quant à la grenade, elle symbolise la forme de la Pierre [ροµβος
= toupie, losange ou rhombe] et une substance liquide [ροιας = qui
coule, par assonance avec ροια = grenadier]. Le mot ροια évoque en
français la rouille commune mais nous laissons au lecteur le soin
d'apprécier le sens de cette réflexion. La grenade est aussi un
fruit qui est consacré à Aphrodite et qui est évoqué dans le Jardin
des Hespérides et dans les Figures hiéroglyphiques. [cf. encore
l'Atalanta fugiens, cap. XLII].

12)- la Grande Coction

Le tartre est souvent évoqué dans les textes et n'est certainement


pas sans rapport avec le feu secret ; E. Canseliet évoque l'acide
tartrique quand il parle du salpêtre qui se transforme, en fusant,
en carbonate de potassium ; le carbonate était appelé auparavant
sel de tartre, dont l'étymologie grecque renvoie à vin, scorie,
sédiment. E. Canseliet écrit ensuite :

"[le tartre] a pour racine le verbe trugô - dessécher, sécher, qui exprime
l'action même du feu, et l'on pourrait, au surplus, le comparer, de manière
fort suggestive, au français familier " truc", ayant le sens de procédé caché,
de moyen adroit ou subtil... [le mot truc]... signifie surtout user par le
frottement, épuiser, fatiguer, harceler, tourmenter... C'est en tourmentant [la
matière philosophale] que le feu la dessèche, la calcine et la scorifie." [DM, I,
p. 37, préface]

Tartre date du XIIIe siècle (tartharum) du latin médiéval tartarum,


sans doute par croisement du latin Tartarus, le Tartare, les Enfers
et d'un mot arabe. Le tartre en latin est évoqué, on l'a vu plus
haut, par le mot « résidu ». En grec, la lie du vin, qui s'apparente
au tartre, se dit τρυξ [sédiment, dépôt d'un liquide, mais aussi scorie
d'un métal]. Par cabale phonétique, d'autres mots s'offrent à nous :
- τρυος

[peine, labeur: combien d'artistes ont-ils écrits sur le tourment et la peine


que leur avait valu la quête de l'Oeuvre ? Cela d'ailleurs a été l'occasion de
méprises de la part d'Eugène Chevreul] - τρυγαω [récolter, moissonner,
cf. planche IV du Mutus Liber où le couple alchimique « récolte » la rosée
de mai].

Néanmoins, les conclusions qu’on peut tirer de ce dernier extrait


nous semblent conformes à ce que nous avons évoqué plus loin
dans la conduite du feu au 3ème œuvre ou à ce que les Adeptes
appellent la Grande Coction. Il faut rapprocher cette remarque de
ce que dit Fulcanelli quand il assure que celui qui connaît le
moyen de laisser pendant un temps suffisant la matière à l'état
fusible est sur le bon sentier... Le « scel » ou vase de nature est
donc le contenu du récipient [matériau réfractaire capable de supporter

110
pendant 6 jours au moins des températures supérieures à 1200°C] ; c'est
là que s'élabore la Grande Coction qui aboutit au rajeunissement
du roi. Cette étape est évoquée par E. Canseliet en ses Deux
Logis alchimiques, au chapitre L'Homunculus ou le Fils de l'homme
consacré à l'une des évocations de la porte alchimique de la villa
Palombara où une phrase est à retenir et à méditer :

"Notre fils mort vit. Le roi revient du Feu et par le mariage caché se réjouit"

M. Maier, Atalanta fugiens, emblème XXIV

C'est ce que l'on observe sur l'emblème XXIV de l'Atalanta fugiens ;


nous noterons aussi l'analogie entre cette dépouille dont se repaît
le loup gris et l'emblème XLI où le sanglier de Calydon culbute
Adonis. Il s'agit de l'allégorie touchant à la dissolution des
Soufres. C'est la véritable putréfaction où disparaissent le Sel des
Sages [Soufre blanc] et le Soufre rouge, préludant à leur
réincrudation, c'est-à-dire à la coagulation progressive [dont l'un des
symboles est la sirène] puis à la cristallisation en masse.
Assurément, cette partie du grand-oeuvre est-elle assurée par
une circulation au sujet de laquelle nous renvoyons le lecteur infra
; le dissolvant universel sert - contre toute attente - à réunir les
deux Soufres.
Quant aux couleurs qui apparaissent au 3ème oeuvre, elles sont
liées aux régimes planétaires, eux-mêmes ne constituant que des
allégories de phases thermiques : il s'agit, là encore, d'une partie
que les Adeptes n'ont traité qu'avec la plus grande réserve, sinon
la plus grande confusion. Ainsi, Fulcanelli nous dit-il (DM, II, p.208)
que la réalisation de l'oeuvre à des températures croissantes de
quatre régimes du feu ne peut conduire qu'à une impasse :

"... ils seront infailliblement victimes de leur ignorance et frustrés du résultat


escompté."

111
L'Adepte veut par là signifier que le composé sera volatilisé [de
frustrer = frustrari : voler], faute de la connaissance du lien du
Mercure.

Nous suspendons ici cet aperçu de la symbolique alchimique.


Pour aller plus loin, voyez les sections suivantes : Gardes du corps
- réincrudation - blasons alchimiques - Mercure de nature - Cosmopolite -
Introïtus, VI - et les nombreux points de symbolisme examinés dans
les textes.

Notes
1. Newton, Richard Westfall, Flammarion (1994) ; voir aussi Loup
Verlet, la Malle de Newton, Gallimard, 1993
2. Isaac Newton, un alchimiste pas comme les autres, Pierre
Thuillier, in La Recherche, 876-887, 212, 1989 ;
3. Giordano Bruno et la tradition hermétique, Frances A. Yates, trad.
Dervy (1996) ;
4. Sur Hermès Trismégiste, André Marie Festugière : La révélation
d’Hermès Trismégiste, Les Belles Lettres, (3 vol., réed. 1990) ;
5. cf. Les Demeures philosophales, Fulcanelli, Pauvert (1964) (DM,
II) p. 307 ;
6. Mystiques, spirituels, alchimistes du XVIe siècle allemand,
Alexandre Koyré, Gallimard (1971), notamment pp. 75-129, texte
tiré de la Revue d’Histoire et de Philosophie religieuses (1933) ;
7. Fulcanelli est formel sur ce point :

"...les dictionnaires définissent l’argot comme étant un langage particulier à


tous les individus qui ont intérêt à se communiquer leurs pensées sans être
compris de ceux qui les entourent. C’est donc bien une cabale parlée..."
(Myst., p.56) ;

8. Psychologie et Alchimie, Carl Gustav Jung, Buchet-Chastel


(1970) ;
9. The collected works of C.G. Jung, Bollingen Series XX ; New York
: Pantheon Books ; Princeton : Princeton University Press ;
Londres : Routledge et Kagan Paul, 1953.
10. St Thomas d’Aquin (1225-1274). On fait circuler sous son nom
de nombreux traités tel que le Liber lilii benedicti et une Aurora
consurgens. Les arguments qui permettraient éventuellement
d’accorder foi - notamment pour l’Aurora - à cette hypothèse
tiennent au style visionnaire de ce texte qui pourrait avoir été
inspiré à ce savant, coutumier de l’extase. C’est l’opinion
qu’expriment en tout cas d’une part Marie-Louise von Franz dans
un document sur le problème de l’opposition des contraires
[Zurich, 1957 et Aurora consurgens, trad. La Fontaine de Pierre, Paris,
1982, pp. 407-432] et d’autre part Johann Hector von Klettenberg

112
dans son Entlarvte Alchemie (1713). La majorité des historiens
tiennent l’Aurora consurgens comme un écrit pseudo-aquinate ; le
titre du livre est un extrait du Cantique des Cantiques (VI, 10) ;
rappellons qu’il s’agit d’un des livres de la Bible, signifiant le
Cantique par excellence, attribué à tort à Salomon et qui a dû être
rédigé au Ve siècle av. J.-C. ;
11. L’orientation de cette vision renvoie sans doute par analogie
au sens très particulier qui s’exprime au travers de la musique.
La musique en effet ne veut rien dire (beaucoup de grands
musiciens le pensent comme Stravinsky par exemple) et pourtant
elle est signifiante en ce sens que, par sa perception, elle renvoie
à notre conscience l’image même de son miroir ;
12. Les Fondements de l’alchimie de Newton, Betty J. Teeter Dobbs,
Guy Trédaniel (1981) ; étude remarquable mais Dobbs ne semble
pas connaître Alexandre Sethon et cite toujours Sendivogius en lieu
et place du Cosmopolite.
13. Un commentaire sur Hartlib et son groupe a été édité dans
Samuel Hartlib and the Advancement of Learning, University Press,
Cambridge (1970) où y est traité notamment l’influence des textes
antiques sur Hartlib, de ses prédécesseurs et ses amis. On peut
consulter aussi : Les réformistes anglais en médecine des la
révolution puritaine : un aperçu sur la Société des Physiciens
chimistes, Ambix, 16-41, 14, 1967 ;
14. The Scientist’s Role in Society, A Comparative Study, Joseph Ben
David, Prentice-Hall (1971), notamment pp. 69-74 ;
15. Isaac Barrow (1630-1677) fut le premier professeur de
mathématiques de Newton. Isaac Barrow. His Life and Times, Percy
H. Osmond, Society for Promoting Christian Knowledge, Londres
(1944) ;
16. Henry More (1614-1687) a entrepris une étude critique de la
philosophie de Descartes. Il a notamment publié L’Immortalité de
l’âme (1659) que Newton mentionne dans ses carnets de
1661-1665 ;
17. Il s’agit d’un personnage qui apparaît dans les papiers de
Newton comme " Mr F " et qui est donc probablement Ezekiel
Foxcroft, nommé membre de King’s College en 1652 ; il a traduit
Les Noces Chymiques de Valentin Andreae [alias Christian
Rosencreütz] (1459). Dans cet ouvrage, l’action se passe du jeudi
Saint au mercredi d’après Pâques. C’est un voyage au ciel qui
ressemble à ceux représentés par des alchimistes arabes dans
des récits initiatiques - on pourra se rapporter aux travaux de
l’historien des religions et de la philosophie antique R.
Reitzenstein (Himmelwanderung und Drachenkampf in der
alchemistischen und früschriftlichen Literatur, Festschrift, Leipzig,
1916) ;
18. Le Mystère des Cathédrales et l’interprétation ésotérique des
symboles hermétiques du grand œuvre, Fulcanelli, Pauvert (1979
pour la dernière édition) apparaissant dans mon texte comme Myst. -
Les Demeures philosophales et le symbolisme hermétique dans ses
rapports avec l’art sacré et l’ésotérisme du grand œuvre, Fulcanelli,
Pauvert (1983 pour la dernière édition) apparaissant dans mon texte

113
comme DM, I ou DM, II ;
19. Deux Logis Alchimiques, Eugène Canseliet, Pauvert (1979 pour
la dernière édition) - Alchimie. Études diverses de Symbolisme
hermétique et de pratique Philosophale, Eugène Canseliet, Pauvert
(1978 pour la dernière édition) - L’Alchimie expliquée sur ses Textes
classiques, Eugène Canseliet, Pauvert (1988 pour la dernière
impression, réédition 1980) ;
20. LesDouze Clefs de Philosophie, attribué à Basile Valentin (Moët,
Paris, 1659, réédition Éditions de Minuit, 1956) ;
21. Azoth sive Aureliae occultae philosophorum, attribué à Basile
Valentin (Londres, 1613 ; Paris, 1624). Selon Fulcanelli, l’auteur
de ce traité serait Senior Zadith à qui l’on doit la Tabula chymica,
e
ex arabico sermone latino facta (XII siècle) ; cf. bibliographie.
22. Chymische Werke, Nicolas Flamel (Hambourg, 1681, rééd Vienne,
1751) - Le Livre des Figures Hiéroglyphiques (Explications des figures
hiéroglyphiques du cimetière des Saints Innocents à Paris, in Salmon, tome
II). Ce livre a été publié en 1612 par Arnauld de la Chevalerie,
auteur présumé et réédité par A. Poisson (Paris, 1893) et par R.
Alleau (Paris, 1972) avec une introduction d’E. Canseliet ; l’édition
de R. Alleau correspond au Sommaire philosophique ;
23. La Fontaine des Amoureux de Science, attribué à Jean de
Meung ou Meun (auteur du Roman de la Rose). L’œuvre est en fait
de Jehan Perréal, enlumineur ; elle fut écrite en 1516 et dédiée à
François Ier. C’est Jacques Gohorry qui publia en 1561 ce recueil
avec le Sommaire philosophique de Flamel (réédité par S. Klossowski
de Rola in : Alchimie, s.l., pp 19-29, 1974) ;
24. Opera omnia, George Ripley (1649) dont Newton prit des notes
et qu’il copia intégralement (Trinity College, NQ. IO149). Georges
Ripley fut chanoine de Saint-Augustin à Bridlington (York) et fit,
comme Flamel, un voyage initiatique, mais qui semble réel, à
Rome (1477). Il a écrit The Compound of Alchimy or the ancient
hidden Art of Archemie, Londres, 1591 (Ferguson, vol II). Ce recueil
a été traduit sous le titre Les Douze Portes, Paris (1979) par B.
Biebel. On lui attribue les Ripley Scrowles qui sont des rouleaux
peints et manuscrits dont certains revêtent une importance
certaine dans la conduite de certaines opérations, notamment la
cohobation, sur laquelle nous reviendrons.
25. Currus triumphalisantimonii. Fratris Basilii Valentini Monachi
Benedicti. Opus Antiquioris Medicinae et Philosophiae Hermeticae
studiosis dicutum. E. Germanico in Latinum versum opera, studio et
sumptibus Petri Ioannis Fabri Doctoris Medici Monspeliensis. Et notis
perpetuis ad Marginem appositis ab eodem illustratum (Tolosae:
apud Petrum bosc., 1646).
26. Le Secret Livred’Artephius, dans Trois Traitez de la Philosophie
naturelle non encore imprimez. A Paris, chez Guillaume Marette
(1612) ainsi que le précise - de façon toujours si désuète et assez
précieuse - Eugène Canseliet dans son Alchimie (Pauvert, 1978),
p.160, dans le Talisman de Marly-Le-Roi (article publié dans le Trésor
e
des Lettres, 1935). Le texte pourrait dater du XII siècle ; Ces Trois
Traitez incluent les Figures Hiéroglyphiques de Flamel et le Livre du
docte Abbé Synésius ;

114
27. L’Épître, John Pontanus (Epistole de Igne Philosophorum, MS du
XVIe siècle, n°19969 de la Bibliothèque Nationale) sur le feu secret et le
De Lapide Philosophico, Francofurti, 1614 ; Cet alchimiste n'est cité
ni par Louis figuier [l'alchimie et les alchimistes, Hachette, 1860] ni
par Albert Poisson [Théories et symboles des alchimistes, Chacornac,
1891]. Fulcanelli en parle d'une part dans Myst. (p. 205) quand il
aborde le Vase des philosophes, c’est-à-dire le fameux vase de
nature sans lequel rien n’est possible. Fulcanelli le met à l'égal
d'Artephius pour avoir été un des rares à parler du dissolvant
universel ou Lion vert. Dans les DM, Pontanus est évoqué au
tome II, p.74 et p.76 lorsque Fulcanelli aborde le thème de la
lanterne :

" [à propos du feu secret] Artephius et Pontanus en parlent si obscurément


que cette chose importante reste incompréhensible ou passe inaperçue. "

et :

" Pontanus affirme que toutes les superfluités de la pierre se convertissent,


sous l'action du feu, en une essence unique, et qu'en conséquence celui qui
prétend en séparer la moindre chose n'entend rien à notre philosophie. "

E. Canseliet revient sur Pontanus dans son Alchimie expliquée sur


ses Textes classiques (p. 283-284) dans le chapitre : la Grande
Coction, où il nous dit :

" Ce feu, ou cette eau ardente, est l'étincelle vitale communiquée par le
créateur à la matière inerte ; c'est l'esprit enclos dans les choses, le rayon
igné...Nous touchons ici au plus haut secret de l'oeuvre... "

et encore, ce clin d'oeil à l'étudiant qui possède quelque teinture


de science :

" Le chat des contes hermétiques de Charles Perrault, réservés aux enfants,
fait, à lui seul, la fortune de Carabas, c'est-à-dire de bas carat, et figuratif de
l'or jeune, vert et immûr. "

C'est bien nous signifier que l'enseignement de Pontanus et


d'Artephius vaut pour cette période de l'oeuvre où débute la
Grande Coction au 3ème oeuvre.
28. Traité du Ciel terrestre, Vinceslas Lavinius de Moravie (1612).
29. La Nouvelle Lumière Chymique du Cosmopolite, in Theatrum
chemicum (1661) ;
30. Nicolas Lemery (1645-1715) - Apothicaire et chimiste français
; célèbre par son cours public de chimie professé plusieurs
années durant à Paris. Adepte de la théorie corpusculaire, il
développa une théorie fantaisiste sur la forme des particules pour
expliquer leur cohésion. Le premier, il compartimenta la chimie en
minérale, végétale et animale. Son Cours de chymie est le premier
traité de chimie utilisable. On trouve des extraits de planches
dans B.J. Teeter Dobbs (12), notamment pp. 157-160 ;
31. manuscrit Keynes, 19, f. 1r :

" Sulphures nostri quod latet in Antimonio. Antimonium enim apud Veteres

115
dicebatur Aries quioniam Aries est primumu Zodiaci in quo Sol incipit
exaltari & Aurum maxime exaltature in Antimonio " ; cf. mss. alchimiques de
Newton.

32. in Georges Ranque, la Pierre Philosophale, p.162-163 (Robert


Laffont, 1972) ;
33. La FIGURE IV représente effectivement l'une des matières
premières à l’état brut ; elle doit d’abord être calcinée et on en
retire le sel ou semence, figuré par la tête. Des commentaires plus
précis peuvent être trouvés dans notre section sur les liens entre
chimie et alchimie.
34. La Génération des Minéraux métalliques, dans la pratique des
Mineurs du Moyen Âge, d’après le BergBüchlein, extrait du
Journal des Savants, juin-juillet 1890, M. A. Daubrée

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