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ALCHIMIE

Études générales de symbolisme alchimique

A L C H I M I E Études générales de symbolisme alchimique revu le 5

revu le 5 octobre 2006

Plan : 1. Introduction - 2. l'alchimie revisitée - 3. les Principes - 4. le chêne - 5. la fontaine - 6. l'antimoine et l'étoile - 7. le messager des dieux - 8. l'eau ignée - 9. la pierre noire - 10. la salamandre et le renard - 11. les hiéroglyphes célestes - 12. la grande coction - note sur la pierre du coignet de Fulcanelli et une chapelle absidiale, du côté de la rue du Cloître-Notre-Dame.

1)- Introduction

Nous étudions dans ces pages les principaux points du symbolisme alchimique en essayant d'en relier chacun de façon rationnelle avec des procédés chimiques véritables : ce sont les ouvrages de Fulcanelli

(Le Mystère des Cathédrales, les deux tomes des Demeures philosophales) et d'Eugène Canseliet (Études alchimiques in Alchimie, Deux Logis

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alchimiques, l'Alchimie expliquée sur ses Textes classiques) qui retiennent

l'attention au XX e siècle. Précisons immédiatement que l’alchimie n’est nullement une discipline ésotérique. Le processus alchimique est commenté habituellement sous une forme allégorique et cabalistique qui en voile le sens mais il n’a point de rapport avec l’ésotérisme tel qu’il peut être assimilé à l'occultisme ou à la théosophie. L’approche que nous abordons s’efforce donc de concevoir de manière rationnelle l’ensemble du grand oeuvre. Nous ajouterons que chaque auteur

alchimique (encore appelé par tradition Philosophe Chymique ou Adepte quand il parvenait à fabriquer la pierre philosophale) avait son propre système de

codage. Fulcanelli, par exemple, a dispersé les phases du grand oeuvre dans ses trois livres. Nous avons choisi le système de la toile et des renvois alternés.

choisi le système de la toile et des renvois alternés. « le Lut de Sapience »,

« le Lut de Sapience », frontispice du Philaletha Illustrasta de Michael Faust, cf. aussi Huginus à Barma

L'étude des grands classiques de l'alchimie, auxquels nous ne pouvons que renvoyer le lecteur intéressé [textes, plan], permet de compléter les enseignements parfois énigmatiques de Fulcanelli ou de son élève. À ce sujet, ajoutons quelques remarques qui s'adressent au profane : la première fois que l'on jette les yeux sur un traité d'alchimie, on ressent souvent une impression de dégoût et l'on est tenté de refermer aussitôt l'ouvrage que l'on croit rédigé par un fou ou par un illuminé. L'un des premiers livres d'alchimie à recommander est le Trésor des Alchimistes de Jacques Sadoul [J'ai Lu, 1969] ; c'est un ouvrage de bonne vulgarisation historique qui évoque les vieux alchimistes et qui n'aborde que de façon sommaire [mais bien faite au demeurant] les grands arcanes de l'Art. Le deuxième ouvrage à recommander est la Pierre philosophale de

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Georges Ranque [Laffont, 1972], très différent du premier livre en ce qu'il insiste davantage sur le symbolisme ; qui plus est,

plusieurs traités y sont annexés, chose rare vers la fin du XX e siècle : leur lecture peut être pénible et plonger dans la perplexité. Au vrai, on peut ne rien comprendre à ce qui y est dit ; à cela peut s'ajouter comme une sorte de dégoût, résultant de l'impression que l'on perd pied dans un dédale égarant le sens ; la lecture de certains passages donne plus l'impression d'un poème surréaliste que d'un texte auquel, en bonne éducation cartésienne, on est habituellement confronté. En ce sens, ces textes se révélent d'une remarquable modernité ; en même temps, le style en est archaïque et bien sûr, on n'y trouve pas trace de la moindre

substance chimique

un texte écrit par un fou ou un illuminé va croissant et l'on a plus

qu'une envie : refermer le livre pour ne plus jamais l'ouvrir

là que les vieux alchimistes arrivent encore et toujours à séparer les impétrants : les vrais étudiants vont au-delà des difficultés et arrivent à démêler l'écheveau entrelacé ; les autres prenant à la lettre les indications données par les hermétistes se perdent en « mille brouilleries » pour reprendre l'expression de Nicolas Flamel. Mais ce n'est pas tout que de tenter d'expliquer des textes, des allégories ou de risquer des jeux de cabale improbables. Encore faut-il tâcher de faire oeuvre utile en structurant l'ensemble, ce qui revient à disposer les fils de son propre labyrinthe. Le lecteur sera donc amené par le biais de liens alternés, à errer sur les crêtes des vieux textes ou dans les remous de commentaires ou encore dans l'eau étale de sections d'explication rationnelle. Dans ce travail, nous essayons toutefois d'éviter le plus possible la redondance et de présenter dans chaque section, dans chaque texte, une nouveauté permettant d'isoler ici, un point particulier de symbolisme, là un point de pratique chimique ancienne, ailleurs enfin un point relevant du plus pur hermétisme. Dans tout ce que nous écrivons, nous sommes charitables [c'est ainsi qu'on appelle

vulgairement les alchimistes qui ont écrit des choses vraies, par opposition aux « envieux », c'est-à-dire à d'autres alchimistes qui disent systématiquement le faux pour le vrai] ce qui ne veut pas dire «

simplistes ». Au lecteur de s'éclairer lui-même sur des points, et ils sont vraiment rares, où l'obscurité demeure et, s'il s'intéresse à cette discipline d'Hermès, c'est pour lui un devoir que de s'acquitter d'un minimum d'effort personnel. La seule chose que nous réclamons du lecteur, c'est de bien considérer qu'il ne s'agit pas ici d'un site à vocation ésotérique mais d'un lieu où la lumière s'efforce de sortir des ténèbres pour reprendre le titre, Lux

, pas que les personnes qui goûtent l'ésotérisme soient à mépriser ; du moins est-il nécessaire que cet intérêt ne soit pas entaché d'un caractère sectaire, qui représente le contraire de la liberté. Que des savants aussi éminents que Carl-Gustav Jung, Eugène Chevreul, Marcelin Berthelot, Isaac Newton, Robert Boyle, Ferdinand Hoefer et bien d'autres encore, aient consacré plus qu'une part non négligeable de leur activité, de leur vie en un mot,

Dès lors, l'impression de se trouver devant

C'est

obnubilata

d'un des classiques de l'alchimie. Cela ne signifie

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doit forcément peser dans l'un des plateaux de la balance qui jauge l'honnêteté et les scrupules qu'habitent tous les « vrais disciples d'Hermès », auxquels s'adresse dans une Lettre, Limojon de Saint-Didier.

2)- l’alchimie revisitée

L’imagerie populaire caricature volontiers les choses et l’alchimie, pour un grand public, ne renvoie plus qu’à des superstitions du passé où des illuminés « cherchaient à faire de l’or » avec des recettes alambiquées. La critique historique rend justice de cette représentation à la fois simpliste et facile. Les travaux alchimiques de Newton (1) sont de plus en plus connus. L’hypothèse la plus vraisemblable d’après Newton était que :

" tout corps peut être transformé en un autre, de quelque sorte qu’il soit, et tous les degrés intermédiaires de qualités peuvent être produits en lui ."

Il ne faisait, au demeurant, que reprendre les conjectures des philosophes de la Grèce antique [cf. Timée]. Les philosophes actuels sont bien sûr plus réservés et estiment que :

" l’alchimie de Newton est le lien historique entre l’hermétisme de la

Renaissance et la chimie et la mécanique rationnelles du XVIII e siècle ."(2)

Il reste qu’un problème historique se pose dans la mesure où l’hermétisme date d'une époque bien antérieure à celle de la Renaissance. Il nous faut donc remonter au temps où alchimie et

astrologie étaient unies. C’est au II e et III e siècle après J.-C. qu'ont été rédigées, en fait, les œuvres qui ont inspiré les mages et les philosophes de la Renaissance (3) (on citera : Giordano Bruno,

Tommaso Campanella, Marsile Ficin, Giovanni Pic de la Mirandole) . Ces

œuvres ont été attribuées à Hermès Trismégiste et Hermès fut identifié par les Grecs au dieu égyptien Thot. D'Hermès Trismégiste (4), on ne peut à vrai dire totalement séparer les traités philosophiques comme ceux inclus dans le Corpus Hermeticum ou l’Asclepius de la littérature d’inspiration astrologique, alchimique et magique qui lui sont aussi attribués. Par exemple, les traités philosophiques, en des visions mystiques qui nous laissent perplexes à notre époque, tentaient de révéler l’organisation astrologique du cosmos. Cette philosophie, alors considérée comme suprême et à laquelle nous ne pouvons plus adhérer, préconisait l’usage de mots de passe et de signes magiques qui permettaient au gnostique - au sens d’érudit (5) - pessimiste d’écarter l’influence de la matière malfaisante des astres lors de leur ascension à travers les sphères ; de même, le gnostique optimiste tâchait d’attirer des cieux, par la magie sympathique et des procédés talismaniques, les pouvoirs bienfaisants des astres. Les méthodes de magie sympathique procédaient de la connaissance des animaux, des plantes et bien

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sûr des métaux que gouvernaient les planètes [cf. mon zodiaque alchimique]. Un livre semble émerger des écrits attribués à Hermès-Thot qui pourrait bien être un pont jeté entre l’alchimie et l’astrologie : le Liber Sacer ou livre sacré d’Hermès où se trouvent des catalogues de décans ainsi que de pierres et de plantes en sympathie avec chaque décan. À la Renaissance, c’est pour l’essentiel Paracelse (6) qui impulsa une force nouvelle à l’alchimie - créant d’ailleurs pratiquement une néo-alchimie - par l’intrusion, dans les concepts issus du Moyen Âge, d’éléments hermético-kabbalistiques ; ces éléments précipiteront la survenue du mouvement R+C. Nous retrouverons Paracelse lorsque nous aborderons le chapitre consacré à la matière première des alchimistes mais nous pouvons préciser qu'il est fort douteux que Paracelse ait été alchimiste ; sans nul doute, il est pour une bonne part à l'origine du mouvement R+C de même que l'un de

ses élèves Gerhard Dorneus [sur lequel Jung a beaucoup travaillé dans ces études d'herméneutique alchimique ; cf. Jung, Synchronicité et

Paracelsica, § 4, pp. 223-237]. Au XVII e et XVIII e siècles,

apparaissent d'une part les grands recueils d'alchimie [cf. bibliographie], ceux que l'on verra commentés [cf. textes divers] et d'autre part les premières grandes études historiques et critiques. Deux noms émergent alors : l'abbé Lenglet Dufresnoy [Histoire de

la Philosophie hermétique, Paris, 1742] et Dom Pernety qui a laissé

une somme considérable avec ses Fables Égyptiennes et Grecques

[Paris, 1786] et son Dictionnaire mytho-hermétique [Paris, 1788].

L’alchimie peut être représentée soit d’une façon purement

spéculative [avec plusieurs points de vue : spirituel, religieux, ésotérique -

voir à ce sujet la voie humide] soit d’une façon pragmatique et pratique mais dont le sens des informations recueillies est crypté par un langage argotique (7). Jung a étudié de manière approfondie l’alchimie (8). Il a été conduit à déduire que l’ensemble du formalisme alchimique renvoyait - de même que le zodiaque et les planètes en astrologie - à des archétypes (9) universels. En résumé, Jung considère que l’alchimiste ne connaît pas en fait, matériellement, les substances qu’il trouve décrites

dans les traités

de travail cependant, l’alchimiste arrive à une sorte de révélation intérieure, par projection de lui-même dans un processus relevant d’une sorte de rêve éveillé, où il est conduit dans un état

certainement proche d’une expérience mystique (10) ; ce processus nécessite un moyen ou un médiateur [on pourrait presque dire un catalyseur] dont l’aspect est par nécessité protéiforme et riche d’ambiguïté : l’alchimie use d'un langage allégorique et argotique permettant des interprétations multiples. On se retrouve finalement confronté à des phénomènes qui ne sont pas si éloignés que cela de la perception de la musique (11). Le

car elles n’existent tout simplement pas. À force

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problème posé par l’interprétation de Jung réside dans son absence de prise en compte d’une part d’une perspective

historique [les auteurs sont cités surtout à titre d'exemple d'un point de

psychologie ou de mythologème] et d’autre part d’une perspective chronologique des différentes phases du grand œuvre. On ajoutera que pas une seule entrée de l'appareil critique n'existe, chez Jung, pour des substances chimiques ; son abord est donc purement spéculatif et nie d'emblée toute possibilité factuelle [ce

qui le conduit peut-être à des contresens dans l'opposition Dieu-Soufre :

qeion-qeioV, dans l'interprétation de l'udor qeion, l'Eau divine de

Zosime]. Enfin, Jung a surtout étudié les images que ses patients voyaient et qu'il a identifiées à celles que l'on retrouve dans

l'iconographie [notons que l'analyse de certains rêves de Psychologie et Alchimie provient d'un matériel que Jung tire de sa relation thérapeutique avec Wolfgang Pauli, l'un des pères de la mécanique quantique] ; mais

l'iconographie va bien au-delà de la représentation de cercles ou de mandalas et la version que donne Jung de l'alchimie nous paraît parfois réductrice. Il n'en reste pas moins que nous sommes en droit de voir en Jung l'un des derniers grands témoins de la quête hermétique et que les ouvrages qu'il a consacrés à l'alchimie sont incomparables. Citons Psychologie et Alchimie,

Psychologie du Transfert, Essais sur la symbolique de l'esprit, Racines de la conscience et surtout le Mysterium conjunctionis en deux

volumes, un 3 ème volume ayant été publié par Marie-Louise von

Franz : l'Aurora consurgens.

par Marie-Louise von Franz : l' Aurora consurgens . Carl Gustav Jung vers 1960 Il est

Carl Gustav Jung vers 1960

Il est à présent clair que l’alchimie a joué un rôle important dans l’édification de la science. Cela n'est plus à montrer dans le

domaine de la chimie [cf. Ferdinand Hoefer, Histoire de la Chimie].

Elle a, en plus, contribué à la mise en commun d’un savoir qui a pris, d’une manière de plus en plus accusée, une inflexion méthodologique et critique. B. Teeter Dobbs (12) l'observe quand

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elle analyse l’alchimie de Newton et en particulier le climat intellectuel de l’époque. Elle révèle notamment l’existence d’un véritable groupement d’intellectuels, autour de la figure de Samuel Hartlib (13). Hartlib (1600-1662) fut l’âme d’un cercle d’érudits et d’amis qui avaient pour but de favoriser le rassemblement, la communication et la diffusion d’informations diverses dans des domaines très variés. Les hommes ont commencé alors à découvrir un nouveau modèle de coopération sociale dans leurs efforts pour rassembler et diffuser les connaissances. L’alchimie « scientifique » qui fut pour beaucoup dans ce nouvel état d’esprit attira ainsi - et a priori paradoxalement - des esprits soucieux de réforme et de raison. Ce nouveau modèle de référence devait permettre par la suite à l’homme de science de jouer un rôle de plus en plus influent dans la société. Ben David (14) situe le moment crucial de cette

évolution au milieu du XVII e siècle au sein des cercles influents de Hartlib et dans l’Angleterre de cette époque alors que le génie de Newton rayonnait en plein et que ses amis (Isaac Barrow (15),

Henry More (16) et sans doute Ezekiel Foxcroft (17)) lui révélaient les

traités d’alchimie. À cette époque donc, l’expérimentation en alchimie était des plus actives : l’alchimie dans sa forme pratique a bel et bien existé. Trois siècles plus tard, l'alchimie continue d'intéresser les esprits et plusieurs livres de vulgarisation sont publiés notamment au début des années 70 ; ils ont contribué auprès d’un large public à créer une prise de conscience renouvelée de l’alchimie ; on citera Le Trésor des alchimistes [J’ai

Lu, 1970] et Le Grand art de l’alchimie [J’ai Lu, 1975] de Jacques Sadoul, la Pierre philosophale [Laffont, 1972] de Georges Ranque, les Transmutations alchimiques [J’ai Lu, 1974] de Bernard Husson.

On peut y rattacher le Savoir caché des alchimistes, de C.A. Burland [Laffont, 1969]. L'iconographie a fait l'objet d'une recension poussée de la part de Jacques Van Lennep [l'Alchimie, Dervy, 1985]. La plupart des traités d’alchimie sont en effet devenus introuvables et ce sont, essentiellement, des compilations et des recensions qui ont pu nous éclairer sur les textes anciens.

[des sites spécialisés proposent sur internet des copies de nombreux textes originaux ; quelques-uns en français, parmi lesquels se distinguent la Librairie du merveilleux et le site Chrysopée. Ces deux sites proposent un choix de textes importants et on peut y consulter en particulier le Dictionnaire mytho- hermétique et les Fables Egyptiennes et Grecques. D'autres sites sont en anglais, en particulier le levity.com qui propose un nombre de textes et des références impressionnantes. Citons encore, en Espagne la bibliothèque Complutense ; en Italie le site Azogue. En allemagne, la Herzog August Bibliothek et en France, la BIUM].

Mettons à part les textes du XX e siècle, dus à Fulcanelli (18) et E. Canseliet (19) qui permettent pratiquement de vivre de l’intérieur, pour qui y est sensible, la splendeur de nombreuses allégories. Ces allégories dissimulent un savoir réel qui n’est en rien ésotérique mais seulement voilé. Signalons au lecteur l’importance extrême que revêtent chez ces auteurs les notes de

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bas de page, si souvent négligées ainsi que les préfaces. Ces

livres ont succédé aux études du XIX e siècle où s'illustrèrent, en

particulier, Eugène Chevreul et Marcelin Berthelot.

3)- les Principes

Cette section est illustrée par le texte et l'image. Des textes, je cite les extraits de quelques traités classiques où se sont illustrés plusieurs noms :

- Lambsprinck (De Lapide Philosophorum) ;

- Nicolas Flamel (le Livre des Figures Hiéroglyphiques, le Livre des Laveures) ;

-

Bernard le Trévisan (Verbum dimissum) ;

-

Alexandre Sethon (Novum Lumen chymicum) ;

-

Eyrénée Philalèthe (Introitus apertus ad occlusum regis patatiumn)

;

-

Artephius (Artephii antiquissimi philosophi de arte occulta) ;

-

Altus (Mutus Liber) ;

- Basile Valentin (Currus triumphalis antimonii, Zwölff Schlüssel, dadurch die Thüren zu dem Uraltesten Stein).

La première chose que le lecteur doit savoir, c'est que nombre de textes alchimiques sont en fait apocryphes : ils ont été écrits soit par un individu qui a tenu à garder l'anonymat, soit par un groupe d'alchimistes ; certains auteurs ont aussi joué le rôle de simple

prête-noms : c'est avéré pour Djabir [la Somme de Perfection est attribuée de nos jours à Paul de Tarente] et très probable pour Nicolas

Flamel ou Artéphius. Au XX e siècle, la parution des trois livres de Fulcanelli a de nouveau constitué une énigme ; certains ont pensé que Fulcanelli était un personnage bien réel [c'est ce qu'a

laissé entendre son disciple, E. Canseliet], d'autres ont considéré qu'il

s'agissait d'un personnage fictif sous lequel s'étaient dissimulés un libraire érudit, Pierre Dujols, et un peintre, Jean-Julien Champagne ; il est de fait que les partisans de cette deuxième hypothèse se sont appuyés sur des arguments assez convaincants ; il ne nous appartient pas de trancher la question.

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Pierre Dujols (1862-1926), alias Magophon Nous dirons simplement que la lecture attentive du Mystère des

Pierre Dujols (1862-1926), alias Magophon

Nous dirons simplement que la lecture attentive du Mystère des

Cathédrales et des Demeures Philosophales [tome I et II] permet

d'observer que l'auteur est érudit, au fait des découvertes les plus récentes de la science de son temps et qu'il lit les Comptes rendus de l'Académie des sciences ; de plus il anticipe bien souvent sur des notions qui furent plus tard développées par Jung [qui ne

connut sans doute pas l'existence des écrits de Fulcanelli]. L'hypothèse que Jean Julien Champagne [cf. http://archer.over-blog.net/ pour une

étude sur le peintre] soit Fulcanelli nous paraît bien difficile à accepter : il paraît que Champagne aurait puisé son inspiration dans des parfums enivrants qui auraient augmenté ses capacités cognitives. Mais les textes que nous avons sont d'une clarté, d'une simplicité et d'une justesse de ton que l'on ne saurait attribuer à un esprit exalté. Bien au contraire, ils donnent l'impression d'un véritable cours, professé du haut d'une chaire d'Académie.

cours, professé du haut d'une chaire d'Académie. Jean Julien Champagne (1877-1932) Passons à Eugène

Jean Julien Champagne (1877-1932)

Passons à Eugène Canseliet : on a récemment envisagé que c'était lui qui avait rédigé les Fulcanelli. Mais là encore, il nous semble impossible que ces textes, où se devine un poids immense d'érudition et de sagesse, aient pu provenir d'un homme qui n'avait en 1924 que 30 ans. Seul, Pierre Dujols se dégage de

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ce trio mais Jacques Sadoul [le Trésor des Alchimistes] a observé qu'il signait ces ouvrages du pseudonyme de Magophon [Hypotypose au Mutus Liber] et que donc, il ne voyait pas l'intérêt qu'il en ait signé d'autres sous un second pseudonyme. Cela ne nous semble pas constituer un argument valable et l'on a vu des écrivains qui signaient sous différents pseudonymes. Les autres hypothèses sont bien improbables et notamment, celle qui verrait

en Jules Violle [né le 16 novembre 1841 à 1 heure du matin, à Langres,

Haute-Marne ; décédé en 1923] Fulcanelli. C'est aussi sur la date de sa mort que l'on s'est fié (1923) car elle précède d'un an la publication des Demeures Philosophales. Mais là encore, ce n'est pas une raison suffisante. La seule chose qui paraît assurée, c'est que le Mystère des Cathédrales a été écrit d'une seule main, alors qu'on en devine plusieurs dans les Demeures philosophales. Les notes de bas de page indiquent des dates dépassant l'année 1900 et il est possible qu'elles aient été ajoutées par E. Canseliet ; cette assimilation de Fulcanelli à J. Violle repose enfin sur un malentendu. Il s'agit de la couleur violet où l'on a voulu voir un signe. Or, la couleur violet est une constante dans les textes alchimiques parce qu'à un certain moment dans l'oeuvre, cette couleur symbolise des chaux métalliques qui s'apparentent aux

roches cyanées [les Symplegades] qui se signalent à la sortie du Pont-Euxin par analogie à la fin de la période de dissolution. Cela dit, on ne voit pas comment Jules Violle aurait eu le temps, non seulement d'oeuvrer au fourneau, mais encore de rédiger les textes qu'on lui a attribués. De plus, J. Violle n'était pas en bonne santé alors que le travail que l'on devine derrière les trois Fulcanelli est considérable. Cette hypothèse ne nous convainc donc pas. Certains ont vu dans Camille Flammarion un autre Fulcanelli mais rien dans la biographie de l'astronome ne vient conforter cette hypothèse. Du même tonneau : des chimistes qui auraient gravité du côté de chez Eugène Chevreul, l'académicien féru d'alchimie, qui possédait une bibliothèque considérable, acquise en partie grâce à son fils [cf. biographie de Chevreul] : le

nom de Ferdinand Hoefer surgit naturellement

encore, rien ne vient étayer cette hypothèse [cf. minéralogistes]. Le

mystère Fulcanelli demeure une énigme et il paraît probable que plusieurs auteurs ont collaboré à la rédaction de cette somme. Jusqu'à preuve du contraire, nous défendrons l'hypothèse que Fulcanelli est un personnage de légende comme tant d'autres dans l'alchimie.

Au vu des textes, là

Qu'est-ce-que l'alchimie, que faisaient réellement les alchimistes, quelle est la prima materia ? qu'est-ce que la pierre philosophale ? C'est aux auteurs modernes qu'il faut faire appel car leur langage, pour voilé qu'il soit, exprime des idées ou des concepts appartenant à notre époque : ils abordent des points de chimie, même s'ils distinguent soigneusement la spagyrie de l'alchimie mais ils ne nous parlent plus du « phlogistique » qui avait cours

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encore au temps de Philalèthe ou du Cosmopolite. Il faut ensuite mettre ces textes en parallèle avec ceux du passé ; certains sont d'un abord relativement aisé comme le De Lapide Philosophorum de Lambsprinck que l'on va voir immédiatement, d'autres se révèlent des plus délicats à interpréter comme l'Introïtus de Philalèthe ou même l'Hermès Dévoilé de Cyliani qui est pourtant un

auteur du XIX e siècle. Voici d'abord un texte de Ferdinand Hoefer

:

siècle. Voici d'abord un texte de Ferdinand Hoefer : Ferdinand Hoefer (1811-1878) le centre autour duquel

Ferdinand Hoefer (1811-1878)

le centre autour duquel gravitaient toutes les opérations du grand oeuvre était la pierre philosophale (liqoV jilosojiwn), le m ercure des sagesa, la panacée universelleb, ou comme on voudra l'appeler. Santé et richesses, voilà le côté pratique du grand oeuvre tandis que le coté théorique se rattachait aux mystères de la religion, de l'astrologie, de la cosmogonie, en un mot à toutes les connaissances religieuses et spéculatives de l'hommec. Or, qu'était la pierre philosophale ? Il est arrivé ici ce qui arrive toujours lorsqu'on abandonne la voie de l'expérience, pour se confier exclusivement à l'essor de l'imagination : tout est vague, incertain. La pierre philosophale était tantôt le cinabre, tantôt le soufred ; pour les uns, c'était l'arsenic qui blanchit le cuivre ; pour les autres, c'était la cadmie qu'elle jaunite ; enfin, pour d'autres, c'était quelque chose de surnaturel, qui ne pourrait être saisi que dans certaines conditions physiques, enveloppées de mystères. Pour tous, la pierre philosophale était une substance ayant la vertu de transformer les métaux imparfaits en or ou en argent, et de procurer ainsi immédiatement la richesse.Mais comme la richesse n'a aucune valeur si celui qui la possède ne peut en jouir, la pierre philosophale devait être nécessairement accompagnée de cette autre pierre philosophale qui donnait le secret de guérir toutes les maladies, et de prolonger la vie même au delà du terme ordinaire. C'est là la pierre philosophale pour ainsi dire à l'état liquide, qui porte le nom d'élixir philosophal ou de panacée universelle, que les uns croyaient avoir trouvée dans une teinture mercuriellef, les autres dans une teinture d'or ou d'argent. Atteindre le bonheur suprême, dans ce monde, tel était le but de ceux qui s'occupaient exclusivement de la recherche de

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la pierre philosophale et de la panacée universelle. Mais comme cette recherche était intimement liée à des croyances mystiques et religieuses, et que d'ailleurs le plus grand nombre ne trouvait pas dans ce monde le bonheur qu'ils y cherchaient, il fallait absolument franchir les limites de la sphère terrestre pour venir planer dans les régions supérieures de la vie spirituelle. C'est alors que l'adepte cherchait à s'identifier avec l'âme du mondeg, cette troisième pierre philosophale (que l'on pourrait appeler la pierre philosophale à l'état spirituel), afin de jouir par anticipation, dans la communauté des démons, des anges et des esprits, à ce bonheur qu'il lui avait été impossible de se procurer par la voie naturelleh. En résumé, il y a trois catégories distinctes de l'art sacré, ainsi que de l'alchimie : 1° la pierre philosophale ; 2° la panacée universelle; 3° l'âme du monde. Dans la première, on cherchait la richesse matériellei ; dans la seconde, une longue viej ; et dans la troisième, le bonheur au sein de la Divinité ou dans le commerce avec les démonsk. Mais qu'on ne s'imagine pas que ces trois catégories soient toujours bien tranchées dans les oeuvres des adeptes, et faciles à démêler. Le ciel et la terre, tout se confond dans le labyrinthe des doctrines néo platoniciennes, labyrinthe où la raison se perd et l'imagination s'égarel. Cependant, au milieu de cette confusion même, on remarque toujours un principe fondamental : la suprématie de l'esprit sur la matière. Avant de rien entreprendre, l'opérateur invoque le Saint des saints pour la réussite de son oeuvre; il emploie les combinaisons dans lesquelles les démons ou les anges sont supposés se complaire. Aussi l'œuvre qu'il pratique s'appelle-t-il grand, et l'art qu'il cultive, sacré et divinm. Les derniers commentateurs païens de Platon et d'Aristote sont comptés au nombre des maîtres de l'art sacré. Mais ils appartenaient plus particulièrement à la troisième catégorie, qui avait pour objet l'âme du monde, ou la félicité suprême au sein de la Divinité ou dans le commerce des démons. Comme la vie et les doctrines mystiques des néo platoniciens semblent avoir en quelque sorte servi de modèle aux alchimistes des siècles suivants, nous allons en communiquer ici un aperçu rapide, afin de n'avoir pas besoin d'y revenirn. [

]

Histoire de la Chimie, t. I, p. 245

a - mercure des sages : qualifie le Mercure philosophique ou double Mercure, à ne pas confondre avec le Mercure des philosophes, équivalent du Typhon grec. Il s'agit du serpent qui se confond avec la figure christique ou avec Attis. [cf. Aurora consurgens, III]

b. contrairement à ce que l'on pourrait croire, la panacée universelle

ne guérit point les plaies extérieures mais rend pures les susbtances

impures : c'est l'instrument permettant à l'Artiste de transformer en anima le spiritus corruptus qui s'échappe du corps mort des métaux.

c. c'est le côté chimérique de l'alchimie ; mais celui de la

transformation intérieure, aboutissant logiquement à ce que Jung a appelé l'individuation, est positif : c'est la distinction classique entre le laboratoire et l'oratoire. Quant à la spéculation, elle est omni présente

dans les textes. Que nul ne s'aventure ici s'il n'est philosophe, pourrait-on dire avec quelque raison.

d. la pierre philosophale - que l'on nomme le lapis - n'est ni le cinabre

ni le soufre mais un Mixte au sens où pouvait l'entendre Platon ; pour

autant c'est aussi un mixte - compris comme SEL - comme pouvait

l'entendre Lavoisier. Le cinabre ou kinnabariV des Anciens est

appelé cambar dans les vieux textes [Turba, Artephius] et désigne le

mercurius

: c'est le sulphur ou

. Quant au soufre, il procure le coeur du lapis ou teinture

le sulphur ou . Quant au soufre, il procure le coeur du lapis ou teinture .
le sulphur ou . Quant au soufre, il procure le coeur du lapis ou teinture .

. Il désigne ce spiritus corruptus que nous

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venons d'évoquer, qui doit être dépuré dans la susbtance du mercure avant d'être remis dans un corps neuf : c'est le processus dit de

réincrudation. [cf. Aurora consurgens I et II] : il consiste dans la descente de l'Âme dans le corps, ce que l'on peut aussi appeler

anima consurgens

e. l'arsenic est souvent appelé Zandarith dans les vieux textes par

assimilation avec l'arsenic rouge ou sandarakh. Quant à la

cadmie, il ne s'agit pas d'oxyde de zinc comme nous l'avons précisé en note de l'Introduction à la Chimie des anciens, VII de Berthelot.

f. stricto sensu, la teinture mercurielle symbolise le Lion rouge ou Mercure philosophique.

g. harmonia mundi ; Robert Fludd en traite dans ses ouvrages, cf.

Utriusque Cosmi. Cette âme du monde personnifie le sulphur; Jung

en parle comme de l'anima mundi qui est une des formes du Mercure.

h. C'est là un point de connexion fondamental entre le monde

matériel et le monde spirituel : la sublimation du Soufre dans le Mercure est l'exact équivalent de la Passio Christi, cf. retable d'Issenheim et saint Jean Baptiste. Par ailleurs, la proximité de l'ange

et du démon permet de passer de la trinité

Aurora consurgens II.

i. à traduire, en terme d'alchimie non chimérique, par la dépuration des matières viles.

j. idem : le mercure est nommé aqua permanens parce que la coction

doit durer longtemps pour des raisons que nous exposons ailleurs.

k. idem : sublimation dans le Mercure ou incarnation de l'âme, cf.

gravures du Rosarium Philosophorum.

l. nous venons de montrer très simplement qu'avec une grille de lecture tenant compte de la connaissance des textes et du symbolisme, on peut se retrouver dans ce labyrinthe par un fil d'Ariane : la caable hermétique.

m. cette prééminence de l'esprit de la matière s'exprime à deux

reprises : lors de la 1 ère sublimation où le métal perd sa forme dans

la dissolution mercurielle ; lors de la 2 ème sublimation où la réincrudation n'opère que si l'esprit lui-même se dissipe.

n. sur Platon et la doctrine alchimique, cf. idée alchimique, V.

.
.
et la doctrine alchimique, cf. idée alchimique, V . . à la quaternité . Cf. Baissons

à la quaternité

alchimique, cf. idée alchimique, V . . à la quaternité . Cf. Baissons le regard à

. Cf.

Baissons le regard à notre tour sur les textes anciens et voyons

d'abord le Petit traité sur la Pierre Philosophale [De Lapide

Philosophorum] de Lambsprinck, republié par les soins de Gorges Ranque dans la Pierre Philosophale. Ce traité fut publié dès 1625

dans le Dyas Chymica Tripartita [compilation de Grasseus ou Grasshoff,

alias Condeesyanus] et on le croit très ancien ; le pseudo-Flamel

(1330-1418) s’y réfère dans le Livre des Figures Hiéroglyphiques.

Ce nom de Lambsprinck est un pseudonyme qui est destiné à attirer l’attention sur le signe du Bélier dont la vieille tradition astrologique attribue la maîtrise à Mars. Nous verrons bientôt toute la complexité du symbolisme du Bélier et de Mars. Ce traité se compose de dix-sept gravures allégoriques dont quinze sont accompagnées de légendes et de commentaires.

13

De Lapide Philosophorum, prima figura [Musaeum hermeticum, p. 343] texte : « Faites attention et

De Lapide Philosophorum, prima figura [Musaeum hermeticum, p. 343]

texte :

« Faites attention et comprenez bien que deux poissons nagent dans notre mer. »

légende :

« La Mer est le Corps, il y a deux Poissons, l'Esprit et l'Âme. »

On observe sur la 1 ère figure deux poissons flottant dans une grande mer avec au loin un bateau. L’analyse des textes anciens permet d’interpréter ces poissons comme deux principes résultant de la destruction de matières primaires dont certains composés sont soumis à leur tour à une dissolution : ces poissons ont rapport avec le Sel des philosophes et le principe Soufrequ'il faut conjoindre. Mais déjà se pose un problème d'interprétation ! Car la légende annexée au texte ne s'accorde pas avec le symbolisme géénralement adopté dans les textes : la mer a toujours constitué, chez les alchimistes, l'épithète de l'Eau permanente qui est le symbole du dissolvant, c'est-à-dire du Mercure philosophique. Ces deux poissons que l'on voit sont donc l'Âme et le Corps et c'est l'Esprit qui est le Mercure. Disons tout de suite pour être aussi clair que possible : le Corps, l'Esprit et l'Âme sont omniprésents dans le symbolisme alchimique ; je vais établir les correspondances avec les principes voilés sous ces symboles, qui s'avèrent très proches de ceux qui constituent la substance même de la trinité chrétienne.

[le Corps est identifié à la résine de l'or : c'est le squelette de la future Pierre dont la forme physique est une chaux métallique ; on peut dire qu'il s'agit du

principe SEL. Il est d'habitude associé au signe

principe SEL des vieux alchimistes. Nous proposons l'idéogramme suivant,

au signe principe SEL des vieux alchimistes. Nous proposons l'idéogramme suivant, mais ce n'est pas là

mais ce n'est pas là le

14

qui associe l'idée de feu et celui de terre :

- l'Esprit est le Mercure philosophique

alchimistes ; il est vraisemblablement constitué d'au moins deux substances dont l'une est congénère de l'alkali fixe. On peut identifier cet alkali au serpent Python que Cadmus cloue contre la croix [cf. les Figures Hiéroglyphiques]. Le moyen de fixation du Mercure - le lien du Mercure - est

l'un des grands secrets de l'Oeuvre et constitue la 2 ème partie de l'Alkaest ; l'ensemble forme le Mercure philosophique. C'est le principe MERCURE.

Mais là encore, il faut distinguer deux Mercure : l'un est le 1 er Mercure, qui correspond à l'eau-vive prime de Limojon de Saint-Didier, avant l'infusion des

Soufres. C'est le 2 ème qui forme vraiment le double Mercure ou Mercure Philosophique.

- l'Âme est la teinture

substance qui teint non seulement en surface mais aussi en profondeur :

c'est la teinture radicale qui oriente définitivement la Pierre. Il s'agit là encore d'une chaux métallique. C'est le principe SOUFRE.]

.
.

: c'est l'Alkaest des anciens

principe SOUFRE . ] . : c'est l'Alkaest des anciens ; Artéphius et tant d'autres en

; Artéphius et tant d'autres en parlent comme d'une

Ces principes, les auteurs n'en parlent bien sûr jamais en employant un langage clair ; ce sont les allégories, les gravures, qu'il faut aller traquer pour y débusquer la vérité qui semble se

révéler aussi volatile que le Mercure

parlé des trois principes séparément, c'est le Cosmopolite. Encore n'a -t-il lui-même écrit que la partie sur le Mercure puisque le traité

sur le Soufre et sur le Sel [Traité du Sel que l'on voit annexé à la

Il n'y a qu'un auteur qui ait

Nouvelle Lumière Chymique] ont été compilés par Michel Sendivogius.

Le Soufre [plus exactement le Soufre rouge ou sulphur] s'apparente au

exactement le Soufre rouge ou sulphur ] s'apparente au des astrologues et désigne le principe fixe

des astrologues et désigne le principe fixe ou « mâle » des alchimistes ; il échange d'étroits rapports sur le plan hermétique et héraldique avec le lion et l'aigle. C'est au Soleil aussi que correspondent des arbres comme le chêne, le palmier - fréquemment retrouvés dans le symbolisme hermétique -. Au plan

héraldique [cf. la section héraldique et alchimie], c'est avec le lion

rampant [kamai-lewn] que s'identifie le Soufre et c'est ainsi qu'en parle, d'ailleurs, le mystérieux adepte Philalèthe quand il évoque, dans son Introïtus, le caméléon hermétique. Ce lion rampant, ou plutôt ce lion nain est apparenté aux gnomes de la cheminée alchimique du château de Fontenay-Le-Comte dont il

possède ce trait chthonien, épithète du principe sulfureux [kamai:

terre]. Quant à

emblème majeur par Fulcanelli- à cause de ses moustaches qui rappellent la « mérelle » ou coquille Saint-Jacques, arcane majeur se rapportant à la préparation du Mercure. Elle prête aussi, ce qui est moins connu, sa signification au lièvre, au cygne et au limaçon - que l'on retrouve sur la septième figure de Lambsprinck. Les correspondances pour le Mercure, personnification planétaire de l'inconstance, hermaphrodite et multicolore, passent par le renard, le singe, le poisson volant et l'abeille qu'on retrouve assez souvent dans les textes alchimiques modernes [le singe est évoqué

souvent dans les textes alchimiques modernes [ le singe est évoqué , elle se voit affecter

, elle se voit affecter le chat - cité comme un

15

par E. Canseliet dans ses Deux Logis alchimiques ; l'abeille se retrouve sur le poêle alchimique de Winterthur entre autres]. Le renard, en

particulier, s'avère être un hiéroglyphe hermétique de transition, ni fixe, ni volatile ; il se rapproche du phénix, l'oiseau fabuleux d'Égypte.

Pour en revenir à ces principes, ils doivent d’abord être extraits de roches dont l'origine est toujours voilée par les alchimistes ; certains parlent à mots couverts de terre de Chio, de terre cimolienne, mais leurs propos semblent souvent confus et sonnent comme de vaines paroles ; une constante cependant : ils sont symbolisés par un dragon écailleux [pour signifier feuilleté : il

s'agit de roches à caractère sédimentaire] et d'aucuns évoquent alors le dragon babylonien [Babylone et Rome étaient confondues au début du

christianisme]. L'évocation seule du Dragon est d'ailleurs équivoque car les alchimistes ont décrit au moins deux dragons : l'un, qui se rattache aux matières primaires, et l'autre qui est le symbole de la putréfaction. Mais il nous faut poursuivre. Notez donc bien que l'Esprit est le symbole du Mercure et que l'Âme est le symbole du Soufre. Revenons pour l'heure aux images de Lambsprinck : dans

la 3 ème figure, deux animaux sont cachés dans une forêt et il faut savoir les prendre au filet ;

dans une forêt et il faut savoir les prendre au filet ; De Lapide Philoosphorum, quarta

De Lapide Philoosphorum, quarta figura, Musaeum Hermeticum, p. 349

texte :

« C'est le suprême prodige de deux lions en faire un. »

légende :

« L'Esprit et l'Âme doivent être conjoints et ramenés à leur corps. »

16

Ici, ce sont les composants du feu secret qui sont décrits ; nous verrons dans une autre section que ce feu secret (ou Mercure) peut comporter des substances différentes selon la voie d'attaque qu'on utilise [voie sèche ; voie humide] et selon la « résine » de la Pierre que l'on a décidée d'élaborer [la nature de la Terre employée]. Manifestement, Lambsprinck ne donne pas à l'Esprit ou au Corps

le même sens que d'autres Adeptes [en suivant les écrits d'alchimistes comme Senior, il aurait dû écrire que le Corps et l'Âme doivent être conjoints en étant ramenés à l'Esprit, cf. Azoth]. Attardons-nous à

présent sur le filet. Il s’agit d’une substance cristallisée à laquelle Isaac Newton a consacré un certain temps, substance au moyen de laquelle il pensait « extraire » le Soufre et le Mercure des métaux. Newton écrit à ce sujet :

"De même que sont cueillies les violettes pourpres, de même les poissons gras (c'est-à-dire sulfureux) et les poissons argentés sont pêchés : il est sûr que le mercure devient blanc dans les dernières sublimations."

Il s'agit d'une référence à un traité de Jean D'Espagnet, l'Oeuvre secret d'Hermès. Newton a vu ce filet après de nombreuses expérimentations et il se présente comme un réseau de lignes apparaissant lors du refroidissement des métaux. La formule optimale pour la confection de ce filet nécessite la présence de cuivre et de régule étoilé d'antimoine [c'est-à-dire du métal antimoine,

lui-même préparé avec du plomb, du fer, de l'étain, etc.] préparé avec du

fer. Fulcanelli, dans le Myst. cath., parle de ce filet en signalant que certaines allégories recommandent de saisir les poissons au moyen d’un rets délié, allégorie de mailles, formées de fils

entrecroisés [cf. section des blasons alchimiques pour le filet]. Ce filet a

fait l'objet de contresens évidents par suite d'une confusion entre

la première matière [qui a un sens différent de celui de prima materia ou

matière première] et le trichlorure d'antimoine. Cette confusion a été savamment orchestrée et entretenue par les alchimistes, en particulier B. Valentin [ou le pseudo-moine bénédictin] dans son Char

de Triomphe de l'antimoine, par Artephius dans son Livre secret et

par Philalèthe [Introïtus]. Nos auteurs modernes, Fulcanelli et E. Canseliet, se sont penchés aussi sur ce métalloïde. L'un pour nous en dissuader l'usage comme parfaitement impropre à l'œuvre ; l'autre au contraire, dans L'Alchimie expliquée sur ses Textes classiques, pour nous persuader de son importance. Quant à J. Sadoul, il pensait que la matière première pouvait être un cinabre à base de pyrite antimoniée

[ce qui n'est pas faux en soi

que les Anciens nommaient kinnabariV ou cambar, cf. Artephius,

Turba. La pyrite contient du vitriol vert, source du

le cinabre est le nom de cabale du Mercure

vert, source du le cinabre est le nom de cabale du Mercure ; quant à l'antimoine,

; quant à l'antimoine, il

s'agit de l'anqoV monoV ou seule étoile des alchimistes].

G. Ranque dans La Pierre Philosophale envisageait lui aussi l'emploi du trichlorure d'antimoine, lié selon lui à des considérations de température et de pression que peut supporter

17

un matras scellé. Enfin, Newton a travaillé sur l'antimoine et notamment sur l'obtention du fameux régule étoilé d'antimoine. Laissons-le (12, p.196 ; 31) s'exprimer sur le sujet :

" par le pouvoir de notre soufre qui gît caché dans l’antimoine, car

l’antimoine était dénommé Ariès par les Anciens. Parce que Ariès est le premier signe du zodiaque dans lequel le Soleil commence à être exalté et que l’or est surtout exalté dans l’antimoine".

Ariès est le fameux bélier à la Toyson d'or évoqué dans la fable

de Jason [cf. Antoine Faivre, Toison d'or et alchimie, Archè edidit, 1990

pour une étude spécifique]. Les hermétistes se sont emparés de cette fable et ont en donné une magnifique représentation dans le Splendor solis. Newton s'est fourvoyé en s'accrochant à « l'antimoine vulgaire » comme l'appelle Fulcanelli. Il en va autrement pour le sulfure d'antimoine (stibine) (1, 2, 3) et nous prions le lecteur de se reporter infra pour un commentaire global sur ce sujet. Il est nécessaire de décrypter l'insistance d'E. Canseliet sur la stibine qui contraste avec la prévention manifestée par Fulcanelli : cela peut paraître de prime abord paradoxal mais est tout à fait logique si l'on considère le processus chimique qui se cache derrière le

concept de la réincrudation. [J'ai développé dans une autre section un supplément d'interprétation sur l'antimoine : les Gardes du corps de François II].

Voyons maintenant la 2 ème figure de Lambsprinck :

Voyons maintenant la 2 è m e figure de Lambsprinck : De Lapide Philosophorum, secunda figura,

De Lapide Philosophorum, secunda figura, Musaeum Hermeticum, p. 345

légende :

18

"putréfaction"

texte :

" Qu’il y a dans la forêt une bête sauvage, toute environnée d’une couleur

noire, Si quelqu’un lui coupe la tête, Alors elle rejette la noirceur et prend la

couleur blanche la plus resplendissante

la noirceur est nommée tête de

corbeau". (32)

Cette décapitation fait partie des « serpents de mer » du symbolisme alchimique : tous ceux qui sont intéressés par l'Art sacré ont lu des commentaires sur la séparation ; ils ont vu des emblèmes, des gravures, sur cette opération mais bien peu y ont

compris quoi que ce soit

révèle la blancheur par laquelle la lumière fait place,

progressivement, à l'obscurité : cette phase de l'oeuvre est

intermédiaire entre le régime de

s’exprimerait la séparation réalisée entre le Mercure et la matière saline, réalisée à partir de la prima materia qui correspond au corps minéral (33). L'emploi du conditionnel est de rigueur car cette « putrefactio » peut symboliser un simple changement de couleur ; la séparation renverrait alors à la précipitation d'une substance tandis que la deuxième resterait dissoute. Naturellement, on ne peut exclure du champ de l'interprétation une hypothèse purement spéculative qui serait, alors, davantage du domaine transcendantal [cf. philosophie et alchimie]. Quoi qu'il en soit, cette putréfaction semble avoir d'étroits rapports avec le dissolvant

universel [autrement appelé le « feu secret » ou le « Lion vert »].

Fulcanelli (Myst., p.120) insiste, pour ce point, sur un symbole fort complexe : celui du Lion. D’abord, le Lion a pour maître le Soleil (Soufre) à ce qu'en disent les Chaldéens. Ensuite, il renvoie dans une autre acception au dissolvant universel et se nomme alors le Lion vert. Le Lion représente la partie fixe qui perd, au contact de la volatilité adverse [souvent représentée par un aigle] la meilleure partie d’elle-même, c’est-à-dire la tête. En effet, les auteurs insistent sur le fait que le Lion vert - ou Alkaest, qui représente donc le dissolvant universel - est un fruit vert et acerbe, comparé au Lion rouge, le fruit mûr et l’objet du corps à dissoudre. D’autres allégories peuvent être mentionnées qui toutes tournent autour de ce processus de dissolution, telles ces luttes d’animaux dissemblables décrites par le pseudo-Flamel (34) (l’aigle et le lion) ou par Basile Valentin (le coq et le renard) ou encore par De Cyrano Bergerac (le rémora et la salamandre). Le Lion rouge semble correspondre à l'association des deux Soufres qui constituent les natures métalliques. Il faut prendre garde ici de ne pas se laisser abuser par l’association entre la putréfaction et la dissolution car la putréfaction est d’habitude liée à un stade particulier de l’œuvre. En fait, d’après M. Le Breton (les Clefs de la Philosophie Spagyrique, 1722), il y aurait quatre putréfactions

différentes (chapitre II : de la Putréfaction des minéraux, aphorisme 52), la

Il s'agit de la 2 ème sublimation qui

des minéraux , aphorisme 52 ), la Il s'agit de la 2 è m e sublimation

et celui de la

des minéraux , aphorisme 52 ), la Il s'agit de la 2 è m e sublimation

. Par là

19

1 ère survenant dans la séparation (dissolution par destruction du sujet

initial). Nous retiendrons que la putréfaction, telle qu'elle est

envisagée par la plupart des auteurs, se place au début du 3 ème oeuvre, lorsque les Soufres sont infusés dans le Mercure [en son premier état] et y disparaissent. Il s'agit donc d'une putréfaction qui est, bien sûr, totalement cabalistique. Il ne faut pas y voir une noirceur qui s'exprimerait par la couleur noire. Mais il y a dans la préparation du Mercure [et c'est alors le 2 ème oeuvre] des moments où une couleur noire peut réellement apparaître [par exemple, le

résidu qui se dépose dans la cornue, lors de l'attaque du salpêtre par un vitriol, en vue d'obtenir le Nitre philosophique].

En continuant l'étude du texte de Lambsprinck, nous trouvons un

cerf et une licorne dans la 3 ème figure. Sous le cerf se cache le médiateur entre le ciel et la terre et le symbole du soleil levant [cf. Aurora consurgens] ; caractérisée par sa couleur orange, l'aurore évoque un sel produit par l'attaque du sulfure d'antimoine par le moyen de l'esprit de sel [acide chlorhydrique] qui procurerait « l'humide radical métallique » qui est l'allégorie, selon Fulcanelli, sous laquelle est voilé le médiateur salin. En fait, il s'agit là d'un composé intermédiaire et qui n'agit que dans la voie sèche ; nous verrions plutôt le spath fluor (fluorine ou fluorite) dans cette incarnation de l'aurore (voir notre réincrudation).

incarnation de l'aurore ( voir notre réincrudation ). De Lapide Philosophorum, tertia figura, Musaeum hermeticum,

De Lapide Philosophorum, tertia figura, Musaeum hermeticum, p. 347

texte :

"Désormais sans inquiétude, sachez que dans la forêt sont cachés le cerf et

20

l'unicorne".

légende :

"Dans le Corps sont l'Âme et l'Esprit"

La qualité de médiateur du cerf est attestée, en outre par le fait qu'il s'agit d'un animal véloce (caractère mercuriel) et qu'il était consacré dans l'Antiquité à Diane (Artémis) ; on gardera aussi en mémoire qu'Actéon, voulant rivaliser avec Artémis, fut transformé en cerf et dévoré par cinquante (L) chiens : il pourrait s'agir d'une allégorie touchant la dissolution radicale des métaux brûlés car les cinquante chiens symbolisent, pour certains, le nombre de jours durant lesquels la végétation [dont Actéon est l'un des emblèmes] cesse totalement de vivre. On remarquera ici un point de concordance avec la légende de Cadmos, tuant le serpent

Python - qui se rattache au mythe de Léto, et donc à Artémis et Apollon -

avant de le clouer sur un chêne. Quant à la licorne, elle semble

symboliser le sulphur

irréversible, le Corps ou Sel, qui représente la « semence métallique ou résine de l'or ». Cette licorne est évoquée plusieurs fois par E.

Canseliet dans ses Deux Logis alchimiques (La Licorne domptée, p.313) :

Deux Logis alchimiques ( La Licorne domptée , p.313 ) : qui doit pénétrer, et ce

qui doit pénétrer, et ce de façon

"La licorne est aussi la longue opération par laquelle les artistes, en de fréquentes réitérations, recueillent et rassemblent l'âme sulfureuse montant, peu à peu, du sein de la terre rouge, à travers le bain mercuriel, afin qu'elle prenne un corps nouveau à la surface. Dans la parfaite réunion des deux principes, spirituel et corporel, celui-ci, qui est le sel, prend la belle couleur verte de celui-là, expliquant le rôle allégorique de la végétation, de la forêt

"

La licorne symbolise donc ce moment de la pénétration par accrétion du Soufre ou teinture au Corps (ou Sel des Sages). C'est donc une sorte de flèche spirituelle, l'équivalent d'un rayon

solaire. [sur la licorne, cf. Fontenay] Fulcanelli (Myst., p.101) nous dit

enfin - toujours pour en rester à la putréfaction - que l’hiéroglyphe du corbeau cache un point important de l’art. Il exprime la cuisson du Rebis philosophal, c’est-à-dire du Sel uni au Soufre [et c'est

l'ensemble Rebis et Mercure qui correspond au Mercure philosophique ou

double Mercure]. Fulcanelli évoque ensuite (Myst., p.93) le bonnet phrygien qui coiffait les sans-culottes et constituait - selon ses dires - un talisman au milieu des hécatombes révolutionnaires (sic) ; ce bonnet constituait le signe distinctif des Initiés et il était de couleur rouge ; il rappelle la pétase, chapeau à large bord des anciens Grecs et attribut d’Hermès. Ce commentaire cache en fait une allégorie se rapportant à Cybèle, la grande déesse de l’Asie Mineure.

21

Cybèle Kubella donne plusieurs indications précieuses à l’étudiant en alchimie ; elle révèle d’abord la

Cybèle

Kubella donne plusieurs indications précieuses à l’étudiant en alchimie ; elle révèle d’abord la couleur de la matière première car les Romains l’accueillirent officiellement en 204 av. J.-C. en faisant venir de Pessinonte la " pierre noire " qui symbolisait la déesse. Des observations intéressantes sur ce sujet ont été recueillies par M.A. Daubrée :

"Parmi les pierres vénérées, celles qu’on avait vues tomber () du ciel, les météorites, paraissent avoir occupé une place à part. Telle était la masse recueillie à Pessinonte, en Phrygie, qui devint l’objet d’un culte sous le nom de Cybèle ou de Mère des dieux et qui fut transportée, en 204 avant notre ère, à Rome, au temple de la Victoire, avec la plus grande pompe, suivie "

d’un cortège brillant de dames romaines

Cybèle se présente coiffée d’une sorte de couronne murale mais qu’un examen plus attentif permet de rapprocher d’une sorte de

palais crénelé en miniature [en fait, dans l’iconographie romaine, de petites tours qui représentent les villes qu’elle protège]. Elle est montée

sur un char traîné par deux lions et elle tient en sa main gauche une clef qui ouvre la porte de la Terre où sont enfermées des richesses. Elle symbolise l'athanor secret, c'est-à-dire le « vase

de nature » dans lequel se déroule la 3 ème partie du processus alchimique. Nous ajouterons qu’à partir de l’empereur Claude

(Claude I er , 10 av. J.-C. - 54 apr. J.-C.) qui fut contemporain du Christ,

furent pratiqués des rites secrets : le taurobole (sacrifice d’un taureau) et le criobole (sacrifice d’un bélier). Le mythe de Cybèle est inséparable de celui d'Attis [cf. Aurora consurgens III].

22

En relisant le Mystère des Cathédrales, on aura noté que Fulcanelli cite les Figures Hiéroglyphiques de Nicolas Flamel : il donne le texte original - attribué faussement à Nicolas Flamel - accompagnant la troisième figure. En effet, le Livre d’Abraham le Juif n’a jamais existé et c’est le pseudo-Flamel, peut-être Arnauld, sieur de La Chevalerie, qui en introduction à son propre voyage initiatique, semble l'avoir inventé de toutes pièces :

initiatique, semble l'avoir inventé de toutes pièces : N. Flamel, Figures Hiéroglyphiques, Oeuvres chymiques,

N. Flamel, Figures Hiéroglyphiques, Oeuvres chymiques, Hamburg, 1681

"Est dépeint et représenté un jardin clos de hayes, où il y a plusieurs "

quarreaux

Nous y voyons des lattes de bois - dans lesquelles on peut deviner des douves de tonneaux :

"Au cinquième feuillet, il y avoit un beau Rosier fleuri au milieu d'un beau jardin, appuyé contre un Chêne creux ; au pied desquels bouillonnoit une Fontaine d'Eau très blanche, qui s'alloit précipiter dans des abîmes, passant néanmoins premièrement entre les mains d'infinis Peuples qui fouilloient en terre, la cherchant ; mais parce qu'ils étoient aveugles, nul ne la connoissoit, hormis quelqu'un qui en considéroit le poids"

L'heureux élu qui trouve cette fontaine d'eau très blanche connaît le poids : cela doit nous rappeler l'une des sentences de Basile Valentin que Fulcanelli évoque (DM II, p.75), dans un passage où le poids n'apparaît pas de manière explicite puisque c'est en apparence du feu secret qu’il est question :

"Allume ta lampe et cherche la dragme perdue."

Or, le terme dragme renvoie à drachme, c'est-à-dire khalkos en grec, soit chalcus en latin qui est une mesure de poids valant ¼ d'obole

[la parabole de la drachme ou dragme perdue renvoie à un passage de Luc, cité dans Marie-Louise von Franz, Aurora consurgens, trad. Fontaine de Pierre, 1983 - Luc 15, 8-10 sur la parabole de la pièce retrouvée, la Bible,

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trad. oecuménique :

« L'image alchimique du flilus philosophorum est plus complète que celle du Christ, puisqu'elle unit en elle un aspect clair et un aspect obscur, car la partie inférieure de la nature humaine y est incluse. » [M.-L. von Franz,

Aurora consurgens, commentaire de la II e Parabole, op. cit., p. 259]

En cherchant plus loin, on trouve que chalcos se rapproche aussi de chalcitis, minerai de cuivre [couperose ou vitriol bleu] dont on sait que ceux de Chypre étaient des plus réputés et qu'un sel y était fréquemment mêlé, sur lequel s'attarde Pline l'Ancien ; et plus loin de citer à nouveau Flamel :

" Or, comme le tonneau est fait de bois de chesne, de même le vaisseau

doit être en bois de vieux chesne, tourné en rond en dedans, comme un demi globe, dont les bords soient fort épais en quarré ."

Arrêtons là cette digression et concentrons-nous sur le chêne dont nous avons déjà parlé en commentaire de la tertia figura. Examinons à cet égard la figure suivante :

tertia figura . Examinons à cet égard la figure suivante : Duodecim clavibus, Clavis XII [cliquez

Duodecim clavibus, Clavis XII [cliquez pour agrandir]

Il s’agit de la XII e Clef des Douze Clefs de la Philosophie (20) attribuées à Basile Valentin (1659). Elle se rapporte certainement à l’un des secrets les mieux dissimulés (Verbum dimissum) du magistère : le feu secret. On distingue un tonneau duquel s’échappe un feu violent. Par la fenêtre ouverte, on voit briller

et

surmonté du symbole du

fenêtre ouverte, on voit briller et surmonté du symbole du . Un pot se trouve sur
fenêtre ouverte, on voit briller et surmonté du symbole du . Un pot se trouve sur

. Un pot se trouve sur la table située derrière le philosophe,

pot se trouve sur la table située derrière le philosophe, . Derrière l’adepte, un lion aux

. Derrière l’adepte, un lion aux prises

avec un serpent [il s'agit d'une parabole sur le Leo viridis] et sur la

table, une balance. À l’époque, les tonneaux étaient constitués de bois de chêne et les vieux tonneaux (« bois de vieux chesne ») se

24

couvraient en leur face interne de sel de tartre. C’est ce dont parle très exactement Nicolas Flamel. La fontaine d'eau très blanche dont parle Flamel tombe dans les abîmes, c'est-à-dire dans le « Tartare » ; cette fontaine voile la préparation du Mercure philosophique. Le pot contient deux fleurs [allusion aux principes] et une tige verticale : il s’agit du symbole du tartre tel qu’il apparaît dans la table des principaux caractères chymiques du Cours de chymie de Nicolas Lemery (30) :

chymiques du Cours de chymie de Nicolas Lemery ( 30 ) : Tables des principaux caractères

Tables des principaux caractères chimiques, Cours de chymie de Nicolas Lemery

Venons-en au lion Lion : rappelons que le Lion rouge est le symbole du double Mercure - appelé aussi Compost philosophal - au stade premier de la pierre philosophale. Dans ses Deux Logis Alchimiques, E. Canseliet nous présente ce lion sur plusieurs peintures sur bois du château du Plessis-Bourré. Dans la Fontaine indécente, le Lion projette un liquide sulfureux ; dans le combat de l’Aigle et du Lion, qui nous est désormais familier, le Lion figure le principe fixe ou Soufre des philosophes, par opposition au principe volatile (Mercure).

[Du moins est-ce une première approximation. Cette interprétation nous semble à présent inexacte. Nous verrions plutôt dans le combat de l'aigle et du lion, l'illustration du conflit entre le Mercure et son lien, le tout formant le dissolvant. Le Mercure est représenté par l'aigle et le lien du Mercure est représenté par le Lion. Ce serait la même analogie avec le combat du coq et du renard, ou de la salamandre et du rémora ; le lien dans ce dernier cas est le rémora. Il figure le corps fixe qui maintient le Mercure, en l'empêchant de s'évaporer. Il y a un autre Soufre qui n'a rien à voir avec le lien du Mercure ; ce second Soufre se rattache à la préparation du Rebis philosophal et il s'agit d'une chaux métallique, c'est-à-dire d'un « métal brûlé ».]

Enfin, dans l’Homme-Lion [in Deux Logis alchimiques] quelle n’est

pas notre surprise de voir un bouclier de métal avec lequel l'animal se protège. Ce bouclier est un symbole assez complexe et nous en parlons avec détail ailleurs (1, 2, 3). Certains textes donnent le même nom à la matière réceptive du feu secret dans l’élaboration du dissolvant universel. Il s’agit alors du Lion vert que certains Adeptes appellent aussi le Vitriol vert (Basile Valentin) et d’autres la rosée de Mai. Ce Lion vert, Fulcanelli nous en reparle

dans ses Demeures philosophales (DM, I, p.243) :

25

"C’est la substance qui, au cours des sublimations, s’élève au-dessus de l’eau, qu’elle surnage comme une huile ; c’est l’Hypérion et le vitriol de

Basile Valentin, le lion vert de Ripley grand problème."

en un mot la véritable inconnue du

Sur le plan de l'équivalence chimique, cette substance pourrait avoir quelque rapport avec le natron. Ce sel dont nous parlons dans la section sur le Bain des astres a en effet la curieuse propriété de « grimper » par-dessus le liquide dans lequel il est dissous. L'efflorescence propre au natron fait que le sel, une fois produit, sort, pour ainsi dire, du théâtre de la réaction, qu'il grimpe et s'élève au-dessus des matières réagissantes.

Si nous examinons d'autres textes anciens, on ne laisse pas d’être surpris que, tous, préconisent d’éliminer des résidus dont Fulcanelli nous dit qu'on pourrait facilement les rejeter comme impropres à l'oeuvre :

"Le résultat de la coagulation de l’eau, dès le début, se présente sous une forme telle, qu’on est souvent porté à le rejeter sans seulement se donner la peine du plus modeste examen." [Myst. Cath., préface, p. 33]

E. Canseliet, dans ses Deux Logis alchimiques étudie l’origine de l’expression tête de corbeau [caput corvii] : il s’agit d’une déjection du mercure philosophal qui constitue l’origine de l’âme métallique. C'est ce que les alchimistes appellent humide radical. Toutefois, il n'est pas sûr qu'à chaque fois, les alchimistes parlent du même stade de l'oeuvre ainsi que cela arrive souvent. Il faut donc tenir sa garde haute dans l'interprétation de cet arcane. Dans ses Clefs de la Philosophie Spagyrique, M. Le Breton dans le chapitre III consacré à la Solution (dissolution) nous dit dans l’aphorisme V qu’il faut dissoudre le sel fixe seul :

" pour le dégager de son épaisseur grossière, et le rendre par ce moyen capable de pénétrer ."

Cela est à rapprocher de ce que Fulcanelli évoque plus haut quand il nous dit que selon Le Breton, il y a quatre putréfactions dont la première survient dans la séparation initiale. La séparation initiale est à rapporter, pour beaucoup d'artistes, à la captation de

l'antimoine « crû ». [voir le commentaire du Char triomphal de l'antimoine et la section sur la Pierre philosophale]. À Bourges, dans la

chapelle de l’Hôtel Lallemant, Fulcanelli ajoute que :

"La mort du corps laisse apparaître une coloration bleu foncé ou noire, affectée au Corbeau, hiéroglyphe du caput mortuum de l’Oeuvre. Tel est le

signe et la première manifestation de la dissolution, de la séparation des

éléments

la cendre, calcinée, abandonne ses impuretés grossières et

adustibles

"

26

Cette mort du corps ressemble fort à la calcination d'un métal où l'on recueille sa cendre, c'est-à-dire sa chaux ; le caput mortuum serait donc une chaux métallique, un métal brûlé ce qui expliquerait la coloration - à prendre au sens figuré - qui désignerait un corps de couleur violet, rappelant l'ioV des Grecs. Mais il faut que l'étudiant fasse bien attention à ceci, que le corbeau est le signe allégorique de la putréfaction qui survient

dans le travail au début du 3 ème oeuvre, alors que l'opération décrite par Fulcanelli semble se rapporter à une substance bien déterminée. Rapprochons ces textes de ce que nous dit Philalèthe

dans son Introitus (IV, 2 : De l’Aimant des Sages) :

"En outre, je déclare que notre aimant a un centre caché, où gît une abondance de sel. Ce sel est une menstrue dans la sphère de la Lune, et peut calciner l’or."

Comme d'habitude avec Philalèthe, on peut se perdre en conjectures sur l'interprétation exacte à donner à chaque fragment. Ce « menstrue » ou « crachat de Lune » peut renvoyer à une chaux métallique. Il pourrait s'agir d'un résidu du traitement d'argiles ou de schistes par de l'huile de vitriol, qui sépare le sulfate de fer [vitriol vert] du sulfate d'alumine. Mais il est plus vraisemblable de penser que l'Aimant est le symbole du Mercure, que le centre figure le « punctum », qu'il désigne aussi le sel fixe voilé par l'arcane de la salamandre. La lune étant l'épithète du

Mercure [du moins quand elle est dans son premier quartier, cf. Mutus

Liber, frontispice], on comprend mieux pourquoi Philalèthe signale que ce sel correspond à un dépôt qui dépend de la matière voilée sous l'hiéroglyphe céleste. On peut continuer avec cet autre passage de Philalèthe (VI, 3 : L’Air des Sages) :

" Mais, si tu sais irriguer cette terre aride avec une eau de son propre

genre, tu élargiras les pores de cette terre, et ce larron externe sera chassé au-dehors avec les opérateurs du désordre, l’eau sera purgée par l’addition "

d’un soufre véritable de ses ordures lépreuses

Philalèthe est plus explicite au (VII, 4 : De la première opération de la préparation du Mercure philosophique par les aigles volantes) :

" prends quatre parties de notre Dragon igné, qui cache dans son ventre

l’Acier magique, et neuf parties de notre Aimant ; mêle-les ensemble avec l’aide du torride Vulcain, de façon qu’ils forment une eau minérale où "

surnagera une écume qu’il faut rejeter

Le dragon igné est la même matière qui est exprimée par l'expression « homme double igné » [B. Valentin] ou substance hermaphrodite. L'Acier magique est le premier état de l'Airain, c'est-à-dire de l'amalgame philosophique. Tout cela est à rapprocher de la préface de la deuxième édition du Mys. cath. (p.23) où E. Canseliet assure que :

"Plusieurs préparations sont donc nécessaires pour provoquer la dilatation du métal, en séparer les impuretés les plus grossières et les éléments "

périssables

27

Cette dilatation correspond à une « ouverture » du métal, c'est-à-dire à une oxydation. Fulcanelli dans ses Demeures philosophales (DM, I, p.275) ajoute :

"Car notre pierre noire, couverte de haillons, est souillée de tant d’impuretés qu’il est fort difficile de l’en débarrasser complètement "

et cite Nicolas Flamel et ses fameuses laveures [le Livre des Laveures] dont le but est de débarrasser cette pierre noire de ses souillures et crasses hétérogènes. Au total, il semble bien que toutes ces scories ne soient point à rejeter mais au contraire à considérer comme des plus importantes. Philalèthe donne à cet égard d’autres indices précieux dans l’Introitus (XI, 4 : De l’invention

du parfait Magistère) :

" Ainsi les sages observèrent-ils finalement que dans le Mercure il y avait

des crudités aqueuses et des impuretés terreuses qui éliminées qu’en renversant tout le composé."

ne pouvaient être

à rattacher à l'Introïtus, XI, 7:

" Enfin ils s’intéressèrent à un enfant de Saturne

montré qu’il conservait ses propres scories abondance le sel le plus pur de la Nature ."

mais l’expérience leur a

il renfermait cependant en

Il se pourrait donc que ces scories aient un rapport avec le Sel des philosophes et que par « propres scories », il faille peut-être entendre les résidus obtenus dans l'eau de cristallisation, des suites de l'attaque de la substance primitive. Ce rapprochement paraît conforté par l’examen de la 4 ème Clef de Basile Valentin dont nous donnons ici la gravure :

f de Basile Valentin dont nous donnons ici la gravure : Duodecim Clavibus, Clavis IV De

Duodecim Clavibus, Clavis IV

De cette scène macabre, E. Canseliet donne, dans la préface aux

28

Demeures philosophales, une explication qui nous semble adaptée

:

"

nous avons parlé de cette matière, symboliquement désignée par le

fumier, que les chimistes connaissent bien, lors même qu’ils la considèrent

comme un négligeable résidu et qu’ils n’en fassent aucun cas

c’est bien cette substance, en apparence immonde, que les Philosophes dénomment bave du dragon et dont ils affirment qu’elle est à la fois très vile et très précieuse."

Pourtant,

Le mot résidu [faex] peut se traduire par tartre [lie, dépôt]. En grec,

nous trouvons leimma [avec l'acception demi-ton, dièse], proche

phonétiquement de leimwn [tout lieu humide, pré, prairie], épithète évidente pour signifier le salpêtre [à entendre comme un sel contenant

du potassium comme le tartre vitriolé ou le sel de Seignette de La Rochelle].

Nous voyons qu'une grande partie du symbolisme dégagé par ces « impuretés, résidus, fèces » tourne autour de composés qui cristallisent lentement. Nous renvoyons le lecteur à un passage cité infra où nous examinons davantage ce « truc » de l'oeuvre dont parle E. Canseliet. Il nous précise que la couleur de cette matière est noire, d’odeur cadavérique [à entendre dans un sens

allégorique, comme le disait Nicolas Flamel « ayant reconnu la senteur forte », c’est-à-dire le bon sentier, la bonne voie] et a l’aspect d’une écume

infecte, bulleuse et putride, c'est-à-dire en fait d'une substance efflorescente, d'apparence « affreuse » et friable. Selon Canseliet, c’est cette écume que recueille le couple du Mutus Liber dans l’allégorie de la planche 4 que voici :

29

Mutus Liber, planche IV Un autre recoupement nous est donné par Philalèthe ( XV, 5

Mutus Liber, planche IV

Un autre recoupement nous est donné par Philalèthe (XV, 5 : De la

purgation accidentelle du Mercure et de l’Or) :

" Mais outre cette purgation essentielle, il faut au Mercure une purification accidentelle pour laver les fèces externes que l’opération de notre vrai "

soufre a rejetées du centre à la surface

à rapprocher de Canseliet :

"De couleur noire, d’odeur cadavérique, elle s’élève du fond de la mer "

hermétique et s’étend à la surface, comme la sanie sort d’une plaie

Tel se présente donc le Rebis des philosophes, dans son premier état, en un corps noir, désigné et dissimulé à la fois tour à tour sous les noms de laton, laiton, corbeau, Saturne, Vénus, cuivre, airain. Plus loin dans son Introïtus, Philalèthe semble nous parler

à nouveau de cette matière à (XX, 1 & 2 : De l’arrivée de la noirceur

dans l’œuvre du Soleil et de la Lune) :

"

l’eau, ou plutôt comme de la poix fondue

examine si ta matière est enflée comme de la pâte, bouillante comme de "

Il semble ensuite confondre à escient les deux premières phases du magistère (XX, 4 à 6).

30

Ici s’arrête pour nous provisoirement l'intérêt du texte de Philalèthe. Il nous faut poursuivre avec d’autres auteurs. Peut-être Cyliani dans son Hermès dévoilé (1831) nous apportera-t-il

quelque secours

héros voit une nymphe qui le transporte dans un palais dont l’entrée est gardée par un dragon [analogue au dragon Ladon qui

garde l'entrée du jardin des Hespérides] possédant un dard à trois

pointes ; Cyliani tue le dragon et s’empare dans le temple de plusieurs bocaux bouchés à l’émeri. Il ouvre le premier en forme d’urne qui contient la matière androgyne et les deux natures métalliques puis en remplit son vase. En sortant du temple, il passe près du monstre :

Dans une allégorie en forme de rêve, son

" que j’avais vaincu, je vis qu’il ne restait plus de lui que ses dépouilles mortelles et de nulle valeur."

Dans la première opération ou confection de l’azote (Mercure des

philosophes), il nous explique qu’il obtient par fermentation une matière noire et ajoute :

" Faites bien attention ici qu’à la suite du gonflement de la matière dans la

fermentation qui suit la dissolution, il se forme à la partie supérieure de la matière une espèce de peau sous laquelle se trouvent une infinité de petites bulles qui contiennent l’esprit. C’est alors qu’il faut conduire avec prudence le feu, vu que l’esprit prend une forme huileuse et passe à un certain degré de siccité."

Ces petites bulles dont Cyliani parle, les vieux alchimistes en

paraient aussi comme des « yeux de poissons » [cf. Aurora consurgens

II]. Il recommande ensuite que pour cette opération, l’artiste doive observer le poids, la conduite du feu et la grandeur du vase. Nous voici renvoyés à une autre énigme de la XII e Clef des Douze Clefs de la Philosophie attribuées à Basile Valentin, la balance, que d’autres auteurs symbolisent par le compas. Fulcanelli nous sera là encore d’un grand secours ; dans Myst., p.125, il nous dévoile l’allégorie du poids de nature en la personne de l’alchimiste retirant le voile qui enveloppait la balance. L’Adepte nous assure que :

" nous savons que le mercure philosophique résulte de l’absorption d’une

certaine partie de soufre par une quantité déterminée de mercure ; il est donc indispensable de connaître exactement les proportions réciproques des composants, si l’on opère par l’ancienne voie."

Par ancienne voie, faut-il entendre voie sèche ou voie humide ? L'histoire de la chimie montre qu'il s'agit de la voie sèche, celle dont parle le pseudo Djabir. Dans les Demeures philosophales, Fulcanelli revient sur ce point (p. 252) et assure que :

" le poids de nature se réfère aux proportions relatives des composants d’un corps donné."

à différencier du poids de l’art qui désigne :

31

"

régulier et convenable

les quantités réciproques de matières diverses, en vue de leur mélange "

L’Adepte semble formel quand il décrète ensuite que :

" le poids de nature est toujours ignoré, même des plus grands maîtres.

C’est là un mystère qui relève de Dieu seul et dont l’intelligence demeure inaccessible à l’homme."

Plus loin, Fulcanelli aborde à nouveau ce point de l’art et cite Linthaut :

"La vertu du soufre ne s’étend que jusqu’à certaine proportion d’un terme."

De ce terme, nous n’en saurons pas davantage mais nous suivrons le conseil de l’Adepte qui préconise des opérations supplémentaires que les bons auteurs ont nommé imbibitions et réitérations. En conclusion provisoire de cet examen sommaire de la XII e Clef de Basile Valentin, nous avons donc dégagé plusieurs pistes.

[À la lumière de développements ultérieurs (1, 2, 3, 4, 5), notre position a néanmoins évolué :

a)- plusieurs matières premières (dont l'une au moins, le sujet minéral, est symbolisée par un dragon écailleux) sont indispensables à la conduite de l'oeuvre ; la chaux et un alcali semblent à cet égard incontournables ; b)- ces matières fournissent d'une part les éléments du dissolvant universel des vieux auteurs et d'autre part les éléments chaulés de la Pierre à partir d'argiles pures ; c)- l'attaque de la matière première conduit à une « séparation » qui procure une substance se présentant sous forme d'un résidu que l'on nomme caput mortuum ; le moment où cette opération intervient n'est pas évident car cette couleur noire (nommée aussi tête de corbeau) peut survenir à différents niveaux de l'oeuvre ; le caput mortuum est une substance que nous analysons en détail dans la section du tartre vitriolé ; d)- le composé qui doit être traité par le feu secret est nommé soit sel des philosophes soit mercure des philosophes ; dans Myst., p. 141, Fulcanelli assure qu’il faut : "cuire le Sel céleste qui est le Mercure des philosophes avec un corps métallique" ; e)- ce sel des philosophes est en rapport avec le principe « Corps » de la Pierre et correspond à la résine de l'or ou Toison d'or décrite par Trismosin.]

Examinons à présent le Traité chymico-philosophique de Basile Valentin. Dans le chapitre V consacré à l’esprit de Mars, il nous dit que le métal de Mars contient un certain sel épais en grande quantité. Gardons cela en mémoire. Le chapitre VI traite de « l’esprit de l’or ». B. Valentin nous dit que le Soleil est :

" un feu ardent et consumant la santé "

vertu qui associe l’intelligence, l’opulence et

La Lune est abordée au chapitre VII [de la teinture de la Lune]. B. Valentin trouve à la Lune une double signification ; elle présente en effet une couleur bleu sombre (tirant vers le violet) ou blanche et

32

cela vaut qu’on s’y attarde :

a)- bleu sombre, cela nous renvoie au filet de Newton. En effet, les deux métaux cuivre et antimoine mêlés donnent des alliages offrant diverses nuances de pourpre ; il s’agit d’un état intermédiaire. Le filet est le principe par lequel la matière première fournit le Soufre, retenu [D’Espagnet, dans son Arcanum

Hermeticae philosophiae Opus parle du Soufre comme d’un petit poisson gras et du Mercure comme d’un poisson mouvant à écailles argentées]

tandis que le Mercure passe à travers le régule étoilé d’antimoine. Cette couleur pourpre a des rapports avec le phénix et le palmier. la Lune sombre, de couleur pourpre, peut renvoyer à l'un des composants du Rebis. Cette Lune sombre doit avoir un rapport avec le caput mortuum ou corbeau ; en effet, Fulcanelli, dans Myst., p.198 explique que :

"La mort du corps laisse apparaître une coloration bleu foncé ou noire

est le signe et la première manifestation de la dissolution, de la séparation des éléments et de la génération future du soufre, principe colorant et fixe

des métaux

poussier de charbon

Tel

Le corps mortifié, tombe en cendre noire ayant l'aspect du "

Par là, Fulcanelli veut parler de la « mort des métaux », réduits en chaux - ou cendre - métallique. C'est l'éclipse du soleil et de Lune décrite par Raymond Lulle. C'est aussi cette partie du voyage des Argonautes près du Pont-Euxin au moment où ils abordent les roches cyanées [Symplegades]. Cette mortification métallique est signifiée par l'idéogramme

.
.

b)- blanche, où par un traitement correct, elle se transforme en lune fixe, totalement blanche. Si l’on reprend les expériences de Newton, on voit que dans ses premiers essais (vers 1669) il dissout du vif-argent dans de l’Aqua fortis en y versant une once de grenaille de plomb et obtient :

"

le soufre du Plomb

un précipité blanc comme un limon, lequel étant le Mercure précipité par "

Nous verrons plus loin que l'on ne saurait accorder beaucoup de crédit au vif-argent vulgaire qui n'a nul rapport avec l'argent-vif hermétique. Cette référence à la blancheur est néanmoins capitale car elle permet de comprendre que des sels blancs ou des minéraux cristallins puissent par un jeu de cabale phonétique conduire aux étoiles des cieux alchimiques. La Lune blanche correspond aussi à un sel qui apparaît sous sa forme hydratée, ou qui se présente comme un composé gélatineux ; il se peut que ce soit cela qu'évoque Fulcanelli (Myst., p.171) à propos des caractéristiques du nostoc :

"Tous ces caractères combinés, - apparition soudaine, absorption d'eau et gonflement, coloration verte, consistance molle et gluante,- ont permis aux Philosophes de prendre cette algue comme type hiéroglyphique de leur matière."

33

Nous aurons l'occasion d'aborder l'étude d'autres algues qui semblent davantage se rapporter à Poséïdon qu'à Zeus. La Lune renvoie aussi à Artémis (Diane). E. Canseliet sans son Alchimie

expliquée sur ses Textes classiques (p.31) nous prévient de la

difficulté :

"

soleil, la lune, les planètes et les étoiles

d'établir le contact et la collaboration, de manière permanente, avec le "

Raccourci saisissant du 3 ème oeuvre où il faut obtenir, par l'entremise du dissolvant universel, le contact puis l'amalgame entre le principe Mercure [ou plutôt le Sel des Sages] et le principe Soufre. La Lune est directement citée par Fulcanelli dans les DM, II, p. 259, sur la sirène, monstre fabuleux servant à caractériser l'union du soufre naissant - le poisson, cf. Jung, Aïon - et du mercure commun, appelé vierge. Plus loin, p. 275, l'Adepte évoque le règne d'Héliogabale qui avait amené à Rome sa pierre noire et avait célébré ses noces avec la statue de Coelestis, qui représentait la Lune. Il avait épousé une vestale [qu'on peut

identifier avec Vesta Ops ou Cybèle]. Nous parlons de cette partie dans la section sur les Gardes du corps de François II.

Nous l'avons déjà dit, il importe de ne pas confondre le Mercure commun ou eau-vive prime de Limojon et le Sel des Sages. Le Mercure commun dissimule un corps qui est sans doute un alcali dont parlent les Adeptes sous l'épithète de Lune des philosophes

[blancheur ou éclat argentin, tels sont ses attributs ; voir à ce sujet les DM,

II, p.150] ; ce corps a été placé aussi sous la protection de Diane aux cornes lunaires [Lune cornée] et il n'a rien à voir avec le sublimé corrosif [sublimé vénitien] ou bichlorure de mercure. C'est enfin sous l'appellation de Lune des Sages, de ce Mercure ou dissolvant, qu'il est question dans les DM, I, p. 290 sur la captation progressive de la teinture que le roi abandonne pendant son immersion et qui est la propriété spécifique de cet agent ou

moyen. Cet agent est le sulphur

Soufre blanc

figura, où le cerf figure le principe Sel et la licorne le principe Soufre. Mais, dans le De Lapide Philosophorum, les pistes sont brouillées puisqu'on a vu que Lambsprinck n'avait pas donné aux mots Esprit et Corps, le sens que leur donne habituellement les autres philosophes.

sens que leur donne habituellement les autres philosophes. et le patient correspond au . On peut

et le patient correspond au

les autres philosophes. et le patient correspond au . On peut ainsi trouver une explication à

. On peut ainsi trouver une explication à la tertia

Plus loin dans son Traité Chymico-philosophique, B. Valentin

débute une assez longue allégorie où il décrit le maniement du lin qui, dit-il, doit être putréfié après dissolution avant d'être, enfin, lavé. C'est encore une allégorie mais quand on saura que la culture du lin exige une fumure particulière, riche notamment en sulfate de potasse, on aura aussi identifié la matière du disssolvant. Cela ne saurait nous étonner car le mot lin, en grec, linon, a aussi le sens de filet, ce même filet par lequel on emprisonne les poissons sulfureux de D'Espagnet. En effet,

34

Fulcanelli (dans le Myst. Cath.) semble formel quand il nous parle (p. 107) du feu secret qui est censé conjoindre le Soufre et le Sel

des Sages [à propos de l'un des bas-reliefs du portail central de Notre Dame de Paris ; il s'agit de l'un des médaillons des Vices et des Vertus : la Charité, cf. Gobineau] :

des Vices et des Vertus : la Charité , cf. Gobineau ] : " un homme

"un homme expose l’image du Bélier et tient de la dextre un objet qu’il est malheureusement impossible de déterminer aujourd’hui. Est-ce un minéral, "

un fragment d’attribut

et de citer Pernety :

"Les Adeptes disent qu’ils tirent leur acier du ventre d’Aries, et ils appellent aussi acier leur aimant." [Dictionnaire mytho-hermétique]

Cet aimant, en fait, chez les Anciens, constituait un repère qui leur permettait de montrer que tel métal avait plus ou moins d'affinité pour un autre : l'expérience consistait à mêler des métaux en solution ; certains avaient la propriété de déclencher une précipitation, d'autre pas. Cette différence de comportement témoignait du degré d'oxydation différent des métaux mis en présence, ce qui nous renvoie à l'idéogramme qui donne le secret

de l'oeuvre :

le Dictionnaire de Pernety permet de montrer que l'Aimant est à rapprocher du Mercure acué du Sel. Quant à l'Acier, le lecteur se rapportera au commentaire que nous donnons des Douze Traités d'Alexandre Sethon ; en reprenant nos données, nous savons que

:

Sethon ; en reprenant nos données, nous savons que : . Quoi qu'il en soit, l'allégorie

. Quoi qu'il en soit, l'allégorie reste complexe mais

a)- en premier lieu, Mars est le symbole du fer, qui peut jouer un rôle en tant que principe Soufre - la teinture du Sel - dans

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l'élaboration de la pierre ; b)- en second lieu, Mars fait référence à l’antimoine à en croire

Newton [rapprochement par cabale phonétique entre Arès et Ariès] ; Mars

est de façon générale le symbole de toute substance vitriolique : il peut donc s'agir d'argile, de gypse, sans compter les vitriols bleu, vert, blanc, calciné en blancheur et les « gurhs » vitrioliques - [cf.

dragon écailleux] ;

c)- en troisième lieu, le Bélier pouvant aussi faire référence à Jupiter Ammon, nous avons émis l'hypothèse que l'ammoniac jouait un rôle dans l'Oeuvre -sous forme combinée à de l'alun mais ce

qui n'était pas satisfaisant (pourquoi les Anciens auraient-ils eu l'idée de

joindre de l'ammoniac à l'alun ?) ; mais l'ammoniaque est de l'alkali minéral, volatil, qui n'a pas sa place dans la voie sèche. Voyez ce que nous en disons dans la voie humide ; d)- en dernier lieu, une lecture des Figures Hiéroglyphiques nous a conduit à rapprocher Jupiter (figuré par Mars) de la figure de Thémis, déesse de la Justice et à poser l'hypothèse que sous Thémis - dont notre FIGURE I illustre le « lut de Sapience » - se dissimulait par symbolisme la chaux.

Ce Lion vert, certains Adeptes [B. Valentin entre autres] le nomment l’Émeraude des philosophes ou la rosée de mai [le Soleil traverse

alors le signe des Gémeaux dont le maître est Vénus ; pour la Rosée, voir la section héraldique et alchimie].

Pour Newton, le Lion vert représente :

"le régime de l’œuvre de l’or commun après l’élaboration du Mercure philosophique."

Nous y verrions plutôt la maturation du Rebis au sein du compost mais c'est, du reste, ce que Newton imagine à propos du « régime de l'oeuvre de l'or commun ». L’alchimiste en œuvrant au magistère se sert d’un vase particulier dans l’une des voies possibles ; la voie sèche, celle qui est utilisée par les plus grands adeptes,

nécessite un creuset dont le symbole est et c'est la seule que nous analysons ici [cf. voie humide ]. Il manque un élément important dans cette analyse : le temps. La chronologie est en effet capitale ; en alchimie, le temps se conçoit selon des étapes bien précises qui renvoient à des couleurs retrouvées en

héraldique (argent = blanc - sinople = vert - sable = noir - gueules =

rouge). Le temps alchimique se confond également avec certaines opérations qui exigent des tours de main spéciaux : ainsi la cohobation ; Fulcanelli l’évoque (p.123) sur la planche XVIII illustrant un autre médaillon du portail central :

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portail central de Notre-Dame de Paris, l'Orgueil Cette allégorie de la cohobation [ il s'agit

portail central de Notre-Dame de Paris, l'Orgueil

Cette allégorie de la cohobation [il s'agit de l'un des médaillons des Vices et des Vertus : l'Orgueil, cf. Gobineau] traite de l’extraction du

fixe et du volatil dans la dissolution philosophique. En pharmaceutique, l’opération consiste à distiller la même eau sur de nouvelles plantes afin d’obtenir un produit plus chargé. Cette opération peut être symbolisée par un mouvement de rotation qui renvoie au serpent Ouroboros des Anciens et à la roue zodiacale.

En alchimie, la roue [cf. Aurora consurgens I sur les rapports entre rota

et rosa] est l’hiéroglyphe du temps nécessaire à la Coction de la matière philosophale et au degré de chaleur requis dans l'oeuvre, en particulier à la fin de la Grande Coction. Le feu que l’alchimiste utilise doit être constant et égal dans certaines parties du magistère : on l’appelle le feu de roue. Il assure la rotation régulière des éléments, c'est-à-dire leur conversion, au cours des opérations alchimiques [voir Ripley]. Cette « rotation » est une pure allégorie dont l'image exacte est plutôt représentée par le serpent

qui se dévore lui-même [dans la section sur le Mercure, nous verrons que la méthode par volatilisation du fondant reflète très exactement cette

vision]. Le temps intervient aussi par le moyen du lien du Mercure dont très peu d'Adeptes ont parlé : le sel harmoniac ; harmoniac parce qu'il assure l'harmonie en captivant les éléments du Mercure, à l'instar d'Orphée avec sa lyre ; seule l'agriculture céleste permet de savoir pourquoi le blé et le seigle donnent l'un, le nom vulgaire de la résine de l'or et l'autre le nom vulgaire de ce

sel [cf. section des blasons alchimiques].

Un autre feu que l’on a déjà évoqué et dont les Adeptes nous assurent qu'il ne mouille point les mains, est le feu secret des

philosophes (le dissolvant universel sur lequel le chimiste Kunckel a glosé, cf. Chevreul, critique de Hoefer). C’est ce dernier feu, excité par

la chaleur vulgaire émanée du feu de roue, qui fait littéralement tourner la roue et évoluer le Rebis. Une autre technique

37

alchimique typique est la réincrudation : il s’agit d’un terme de technique hermétique qui signifie « rendre cru », c’est-à-dire remettre dans un état antérieur à celui qui caractérise la maturité

ou rétrograder [paradoxalement, selon Jung, cette rétrogradation constitue l'individuation]. Nous y consacrons une section spéciale.

Nous avons mis en évidence plusieurs types de réincrudation :

a)- la première se rapporte à l'état d'un métal que l'on peut « rajeunir » en le transformant en son sulfure, d'où il est habituellement tiré des gîtes métallifères (par exemple, la stibine) ; b)- la seconde se rapporte à l'état d'un métal, qui, conjoint à une chaux métallique peut donner un corps composé dont la synthèse demande à la nature des millions d'années et c'est ainsi qu'on peut l'extraire des gîtes miniers ou des filons (par exemple, le grenat) ; l'Art sacré seul permet de l'obtenir facilement et en peu de temps en réduisant d'abord les métaux en chaux métalliques ou métaux morts, réincrudés en un Corps neuf et subtil, résultat de la parturition hermétique ; c)- la troisième - plus subtile - se rapporte à l'obtention d'un des composés du Lion vert et notamment à la préparation de la potasse

;

d)- à côté de ces trois types, on doit mentionner une réincrudation

mieux nommée regressus qui est de l'ordre de l'alchimie

spéculative [cf. philosophie et alchimie].

Comme on peut le voir, la réincrudation est protéiforme. Celle dont nous entendons parler consiste dans l'incarnation de l'âme et représente - au plan opératoire le point b) -, cf. Aurora consurgens. Le point d)- est abordé dans la section où nous étudions l'alchimie par le filtre de la philosophie kantienne.

4)- Le chêne

Que n’a-t-on écrit sur le chêne dans la littérature alchimique Examinons d’abord l’étymologie de ce mot : il s’agit d’un terme d’origine gauloise, dérivé du latin populaire cassanus. En latin, le chêne se traduit quercus, dont le deuxième sens est le vaisseau Argo et le troisième sens, la javeline [à noter qu'un célèbre alchimiste,

Quercetanus, en a fait son pseudonyme]. La javeline est le dard long et

mince qui était l’arme de jet des Romains portée plus tard par les "

gens de pied " au XII e siècle. Il est intéressant de noter que la javeline en latin se dit " hasta " dont une traduction possible est thyrse, sceptre de Bacchus, souvent cité en Alchimie. Le pseudo Flamel, dans ses Figures Hiéroglyphiques en parle dans le dernier commentaire de la troisième figure :

" Quelque tems après, l’Eau commence à s’engrossir et coaguler davantage,

venant comme de la Poix très-noire ; et enfin vient Corps et Terre, que les

Cette Terre a été appellée par

Envieux ont appellée Terre fétide et puante

Hermès la Terre des feuilles, néanmoins son plus propre et vrai nom est le

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Laiton qu’on doit laver puis après blanchir. Les anciens Sages Cabalistes l’ont décrite dans les Métamorphoses sous l’Histoire du Serpent de Mars, qui avoit dévoré les Compagnons de Cadmus, lequel le tua en le perçant de sa Lance contre un Chêne creux. Remarque ce Chêne ."

sa Lance contre un Chêne creux. Remarque ce Chêne ." Livre d'Abraham Juif, in N. Flamel,

Livre d'Abraham Juif, in N. Flamel, Oeuvres chymiques, Hambourg, 1681, p. 22

Cette allégorie se rapporte à l'évolution du Rebis au cours de la Grande Coction. Les deux serpents que l'on voit enlacés sont les Soufres, dans un état de dissolution total, sublimés dans le Mercure et la tige centrale représente l'image du résultat, qui est leur réincrudation en une substance fixe : c'est la véritable signification à donner au signe des Gémeaux [cf. humide radical - Triomphe hermétique]. La terre des feuilles représente l'état du Rebis tel qu'il est représenté sur la figure XIV du Rosaire des

Philosophes [Artis Auriferae, vol. II, 12, Bâle, 1593] et l'on aurait tort d'y

voir un rapport avec la terre foliée de tartre qui est une matière que l'on emploie dans l'un des modes de préparation du Mercure.

[Plus précisément, la préparation de ce Mercure, le dissolvant des Sages va nécessiter du carbonate de potasse (1, 2, 3, 4), le but étant d'obtenir soit de la potasse caustique soit du sulfate de potasse (1, 2, 3, 4, 5, 6) ; dans le processus de synthèse de la potasse, on passe d'abord par l'utilisation de crème de tartre (1, 2, 3, 4) et de salpêtre (1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8). Et c'est là où les problèmes de correspondances viennent à se poser car les alchimistes

ont décrit exactement de la même façon la matière au 3 ème oeuvre quand elle passe par la phase de dissolution et la préparation des matières, au

2 ème oeuvre, qui permettent d'obtenir le dissolvant

commence à s'engrossir et à prendre la couleur de la poix peut donc correspondre aussi bien à la purification du salpêtre qu'à l'apparence de la

matière lors de la putréfaction, étape obligée du 3 ème oeuvre. La pureté du produit obtenu est signalée par sa blancheur ; ensuite on utilise de la chaux dont on « nourrit » littéralement le carbonate pour obtenir la potasse. On peut voir ici une possible explication pour l'allégorie de Diane et d'Apollon On se permettra d'attirer l'attention du lecteur sur le danger évident d'établir de telles relations « textuelles » qui ne valent que par la projection que l'on y intègre.]

Cette eau qui

Le chêne représente plusieurs symboles entrelacés : on peut y retrouver : les douves des vieux tonneaux sur lesquelles le tartre

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est adsorbé, l'allégorie du Mercure fixé, le Mercure et les colombes de Diane symbolisées elles-mêmes par la noix de galle. Le symbolisme alchimique du chêne (1) est des plus complexes et renvoie à des corps différents en fonction de la voie utilisée, et pour la même voie, plusieurs Mercures philosophiques peuvent être employés ; il est clair, toutefois, que la voie du Mercure qui passe par le carbonate de potasse a dû être la plus fréquemment utilisée par les Adeptes. Le terme de laiton désigne l'amalgame

au 3 ème oeuvre, c'est-à-dire le mélange des deux Soufres. Ce terme ne doit pas nous abuser. Pour les chimistes modernes, c’est un mélange de cuivre et de zinc [corps qu'employaient - sans

savoir qu'il s'agissait d'un métal particulier - les Romains dans la fabrication

de l'airain ; cf. chimie et alchimie] ; d’autres auteurs l’ont appelé airain et nous avons montré que l'Airain était le Rebis dans son premier état [cf. Limojon : 1, 2]. Fulcanelli (Myst., p.60) insiste sur l’équivalence hermétique entre le signe ank (pour croix ansée) et l’emblème de Vénus ou Cypris, le cuivre vulgaire. Bernard le Trévisan parle aussi du « laton non net » dans son Verbum dimissum dans la phase où le compost est en putréfaction :

"Observez donc que quand notre Compôt commence à être abreuvé de notre Eau permanente, alors il est entièrement tourné en manière de Poix fondue, et devenu noir comme charbon ; en cet état, il est appelé la Poix noire, le Sel brûlé, le Plomb fondu, le Laiton non net, la Magnésie et le Merle "

de Jean

On relève une similitude entre ce texte du Trévisan et le passage que nous avons donné supra, extrait du Myst. Cath. Notez que l'animal attribué d'habitude à saint Jean est l'Aigle [cf. l'arcane du Monde, Tarot alchimique]. Manifestement, le pseudo-Flamel et le Trévisan n'évoquent le même stade de l'oeuvre avec des mots parfaitement différents : et l'on serait abusé en pensant qu'il s'agit

du 2 ème oeuvre dans le premier cas (obtention du Mercure) et du

début du 3 ème oeuvre dans le second cas. Du merle de Jean, voilà ce que Pernety nous dit :

"Merle de Jean. Un Philosophe s'est exprimé ainsi, pour signifier le noir qui survient à la matière par la putréfaction. Merle blanc; c'est la pierre au blanc, la Lune des Sages, Diane, etc." [Dictionnaire mytho-hermétique]

et, sur la Magnésie :

"magnésie , plomb , chaos . C'est une matière minérale. Le Philalèthedéfinit ce mercure une eau ou vapeur sèche, visqueuse, remplis d'acidités, très subtile, se dissipant aisément au feu, qui dissout les métaux par une dissolution naturelle, et qui réduit leur esprit de puissance en acte. Le mercure composé est celui dont nous venons de parler, auquel on a ajouté une seconde matière, et qu'en conséquence ils appellent Rebis, laton, airain des Philosophes, etc. Presque tous les Philosophes ne parlent que de celui-ci dans leurs ouvrages. Nous avons déjà défini le mercure commun. Magnésie. Matière d'où les Philosophes extraient leur mercure. Souvent ils donnent ce nom de Magnésie à leur plomb, ou la matière au noir pendant la putréfaction, quelquefois à leur mercure préparé. MAGNESIE BLANCHE . C'est le soufre ou or blanc, la matière dans le vase

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pendant le règne de la Lune. MAGNESIE ROUGE . C'est le soufre rouge des Philosophes, leur or, leur Soleil. Raymond Lulle ( Theor , cap. 30.) donne le nom simple de Magnésie à la terre feuillée des Philosophes, ou leur matière parvenue à la blancheur. Cette terre est, dit-il notre magnésie dans laquelle consiste tout notre secret; et notre secret final est la congélation de notre argent-vif dans notre magnésie au moyen d'un certain régime. MAGNESIE DES PHILOSOPHES est le nom que Planiscampi donne à un amalgame fluide d'argent et de mercure. MAGNESIE LUNAIRE est le régule d'antimoine, de même que la MAGNESIE SATURNIENNE . Qui est aussi appelée Plomb des Philosophes et le premier Être des métaux." [Dictionnaire]

On doit aussi rapprocher le Laiton de la déesse Latone, employée de façon symbolique par d’autres auteurs comme M. Maier [Atalanta fugiens]. Leto ou Latone est la mère de Diane [Artémis] et d'Apollon ; ce sont les principes principiés [cf. Chevreul, critique

d'Artephius]. E. Canseliet [Deux logis alchimiques, p. 107] semble

attacher une importance toute particulière à cette phase et renvoie aux gravures de Théodore de Bry qui complètent l’Atalanta fugiens de M. Maier (1618). Il s’agit manifestement de la phase du

3 ème œuvre là où, précisément, le Laiton doit être « blanchi ». Ce laiton représente l'amalgame philosophique [Rebis dans son premier état] qui nous renvoie au symbolisme du chêne. Passons en revue les correspondances habituellement citées : une variété de chêne méditerranéen s’appelle le chêne kermès ; de nombreux critiques des textes anciens ont noté bien sûr que le kermès renvoyait à la kermésite qui n’est autre que de l’oxysulfure naturel d’antimoine. Un autre sel, dérivé de l'antimoine est le kermès des pharmaciens, oxy-sulfure ; il se rapproche du soufre doré. Lorsqu'on fait fondre ensemble deux parties et demi de sulfure d'antimoine et une partie de carbonate de potasse, on obtient une précipitation de kermès. Mais le kermès peut aussi renvoyer à un parasite du chêne ou cochenille dont on tirait autrefois la teinture écarlate. Ce dernier point est des plus importants et nous y revenons dans trois sections : le rébus de St Grégoire ; les blasons alchimiques ; Introïtus, VI. Nous avons vu plus haut, enfin, que le chêne peut faire évoquer le javelot, point qui nous semble aussi des plus importants. En effet, dans le combat qu’oppose le chevalier au dragon écailleux [considéré comme Materia prima], il est fait référence au javelot de façon constante ; on peut citer Fulcanelli (Myst., p.95) :

"Aussi, dédaignant l’arc et les flèches avec lesquelles, à l’instar de Cadmus, "

il transperça le dragon

La légende veut en effet que Cadmus reçut de la Pythie l’ordre de suivre une vache qui porterait sur ses flancs un disque semblable à celui de la Lune. Cadmus trouve l’animal en Phocide et le suit jusqu’en Béotie. L’animal vient alors à se mettre sur le flanc et Cadmus veut l’immoler : à ce moment, il s’aperçoit que la fontaine où il va puiser l’eau du sacrifice est gardée par un dragon. Il le tue

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et sème les dents du monstre, qui donnent naissance à une multitude de géants [kadmoi] qui s’entre-tuent. Ces géants s'apparentent bien sûr aux Titans que, par cabale, on peut rapprocher de titanoV qui constitue l'un des composants du feu secret. Notons que dans cette version, Cadmos ne tue point le

serpent mais un dragon [cette fable est davantage commentée dans la

section Matière]

Fulcanelli nous reparle de Cadmus (Myst. Cath.,

p.119) en nous renvoyant à Philalèthe ainsi qu’à l’une des Douze Clefs de Basile Valentin :

"Presque tous les philosophes ont parlé de ce vaisseau absolument nécessaire pour cette opération [la fabrication du dissolvant universel ou eau vive]. Philalèthe le décrit par la fable du serpent Python, que Cadmus "

perça d’outre en outre contre un chesne

et là encore, il n'est pas aisé de savoir si ce que dit Basile se

rapporte à la préparation du 1 er Mercure [eau-vive prime] ou au Mercure philosophique [Compost philosophal]. Nous retrouvons Cadmos (p.181) quand Fulcanelli commente le mythe de Tristan de Léonois :

"Ce combat singulier des corps chimiques dont la combinaison procure le dissolvant secret (et le vase du composé), a fourni le sujet de quantité de fables profanes et d’allégories sacrées. C’est Cadmos perçant le serpent "

contre un chêne

L’arbre est aussi évoqué par Canseliet dans la préface à la deuxième édition des Demeures Philosophales (DM, I, p.23) où il évoque l’analogie entre le chêne et la matière première des alchimistes :

"

Contentons-nous de signaler, sur la jolie gravure du Typus mundi, ce "

lièvre que cache l’arbre à demi et qui ronge l’herbe rare

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Typus Mundi , 25 è m e gravure Retenons aussi cette allusion au lièvre (

Typus Mundi, 25 ème gravure

Retenons aussi cette allusion au lièvre (mis pour lepus : lupus, loup) que nous retrouverons quand Fulcanelli examinera la cheminée alchimique du château de Fontenay-le-Comte.

Dans les DM, I, p.167, on trouve encore une intéressante allégorie où De Cyrano Bergerac fait parler des chênes séculaires :

" ils demeuroient en Epire, dans la forêt de Dodone

"

Or, Dodone était l’un des plus anciens oracles de la Grèce. On posait au dieu suprême des questions auxquelles il répondait par l’intermédiaire des branches de chênes et l’on avait placé sur les cimes des arbres des vases d’airain qui s’entrechoquaient au moindre courant d’air. L’airain, en alchimie, trouve sa correspondance dans l’acier [Chalybs] ou l’aimant qui renvoient tout deux à des adjectifs tels que " inébranlable, implacable, impitoyable ", rendant bien compte du caractère destructeur de ce feu secret ou feu de nature. L'Aimant est le Mercure et l'Acier, le Soufre qui se trouve dans le Dragon igné. Dans ses DM, Fulcanelli (p. 399) évoque la matière première et ses rapports avec « l’étain grenaillé et la noix de galle ». Et certes, le dissolvant peut être comparé à ces graines de rebut servant à nourrir la volaille Quant à l'étain, ce plumbum album, sa blancheur n'en fait pas pour autant l'astérie [anqoV monoV] des Sages. La noix de galle renvoie à kekis [khkiV] : il s’agit d’un hyménoptère cynipidé [de kunos, chien et ips, ver] qui attaque les feuilles de chênes : on

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récoltait le suc de ces tumeurs pour leur richesse en tanin. Un secret de cabale se cache derrière la galle et le tan [voir : Introïtus,

VI - Fig. Hier. - Matière - voie humide]. Galle, employé au masculin,

renvoie au prêtre de Cybèle et d’Attis [voir Aurora consurgens, III] et nous voici revenus à la FIGURE VI qui est probablement l’allégorie de l’Athanor et partant, du feu secret. Et, au vrai, la fonction des Galles était à l'identique de ce que nous dit Philalèthe des colombes de Diane. La XIIe Clef de Basile Valentin est donc un condensé des opérations nécessaires à l’élaboration du feu secret. Quant à ce parasite du chêne, cette noix de galle, il s'agit d'une des allégories les plus subtiles du symbolisme alchimique :

c'est en quelque sorte la « rouille » du chêne, assimilable à un métal brûlé ; c'est donc un oxyde. Le chêne et la noix de galle

représentent le Compost tel qu'il doit être préparé dans le 3 ème oeuvre. Nous l'évoquons davantage dans le commentaire sur l'Introïtus, VI de Philalèthe. Nous ajouterons ici les différentes

acceptions de khkiV [matière qui fond sous l'action du feu ; bave de la

poix ; noix de galle] qui ne feront que nous conforter dans le sens hermétique à lui donner. Le sens cabalistique du chêne nous est à présent devenu plus familier par le truchement de son parasite, la galle. Cette noix de galle a des rapports avec l'ionosphère dont parle E. Canseliet dans ses Études de symbolisme. En effet, sous le rapport même du volume, on ne sera pas étonné que les proportions soient presque semblables entre d'un côté la masse du Compost et celle du Soufre, comparées de l'autre côté à celles du chêne et de la galle ou teinture. Sous cette allégorie d'une grande poésie, les alchimistes ont caché un haut point de science sur lequel nous pouvons donner à présent quelque éclaircissement. Et d'abord, prenons le chêne ; en latin, on a vu qu'il en existait de plusieurs sortes : le chêne kermès ou chêne méditerranéen, le chêne rouvre, dédié à Jupiter [donc à Thémis] et

le chêne robur [variété très dure qui symbolise l'airain, i.e. l'amalgame

philosophique]. En grec, le chêne [druV] contracte des rapports, par voie d'assonance avec priV, la fleur du chêne kermès [i.e.

kermès] par le truchement de prinoV [chêne yeuse et aussi chêne kermès] et aussi avec l'action de « fixer, attacher, serrer fortement »

par priw. Le chêne constitue donc cet Airain sur lequel vient se fixer la « noix de galle » ou khkiV

[l'airain est cette matière qui fond sous l'action du feu : il s'agit de la matière philosophique qui se dissout par l'intermédiaire du feu secret ; elle permet

par khkaV de comprendre pourquoi les adeptes parlent de façon imagée « d'outrages, d'insultes »].

Le pseudo-Flamel, sans doute Arnauld sieur de la Chevalerie, dans les Figures hiéroglyphiques écrit à un moment qu'il faut se souvenir « d'un vieux chêne creux ». Or, en grec, un vieux chêne

creux se dit sarwniV [qui se rapproche de Sarwnitikh : syrte, qui

a rapport avec le sable]. Et nous verrons, dans les belles

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expériences d'Ebelmen, que le constituant du cristal de roche sert de « fixateur » au médiateur salin qu'il empêche de se volatiliser précocement : il peut s'agir du lien du Mercure. Nous reverrons bientôt l'emblème du chêne en liaison avec le bouclier lors de l'évocation de l'écu de Tentzel.

5)- la fontaine

En alchimie, parler de fontaine, c'est parler aussi de cheval, ou plus exactement de cavale ou mieux encore, de cabale. Le cheval est associé à des opérations qui semblent davantage relever de quelque magie formelle : séparations, décapitation,

transformations multiples

l'étymologie renvoie à phgh, source. Pégase est associé à la Méduse ; Persée, en décapitant la Gorgone, libère la source d'eau vive qui est l'un des composants du dissolvant des alchimistes. Cette allégorie de la source ou de la fontaine a permis à l'auteur des Myst. d'élaborer tout un système de renvois cabalistiques dignes du labyrinthe de Salomon :

On peut d'abord citer Pégase dont

"Mais quelle est donc cette Fontaine occulte ?"

se demande Fulcanelli dans Myst., p. 95. Il nous indique que :

"La mythologie la nomme Libéthra et nous raconte que c’était une fontaine de Magnésie, laquelle avait, dans son voisinage, une autre source nommée la roche. Toutes deux sortaient d’une grosse roche dont la figure imitait le "

sein d’une femme

deux sortaient d’une grosse roche dont la figure imitait le " sein d’une femme Azoth, figure

Azoth, figure 3, Moët, 1659

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Les Anciens nommaient sous l'épithète de magnésie toutes sortes de terres argileuses ou calcaires, parmi lesquelles la terre de Chio ou la terre Cimolienne ; autre exemple, la creta cirulis faisait partie des terres magnésiennes. Libéthra renvoie aux Muses et à deux fontaines, celle d’Aganippé et celle d’Hippocrène. Aganippé est une source située en Béotie au pied de l’Hélicon et la légende raconte que cette source a jailli sous le sabot du cheval Pégase ; dans une autre acception, Aganippé est aussi l’épouse d’Acrisius et la mère de Danae. La légende raconte que Danae fut enfermée dans une tour d’airain par son père à qui un oracle avait prédit qu’il serait tué par le fils de sa fille ; Zeus se métamorphosa en pluie d’or et parvint jusqu’à la couche de Danae [voir les sections

Cosmopolite et les Douze Traités pour la pluie d'or] ; de leur union

naquit Persée qui tua par accident son grand-père Acrisius. Nous parvenons ainsi à comprendre que de cette fontaine doit jaillir un composé à caractère « dur et inébranlable ». Voyons à présent cette autre source nommée « la roche ». De roche ou rocher, il est question aux DM, I, p. 276 où Fulcanelli précise :

"Sachez aussi que notre rocher, - voilé sous la figure du dragon - laisse d’abord couler une onde obscure, puante et vénéneuse, dont la fumée, épaisse et volatile, est extrêmement toxique. Cette eau, qui a pour symbole "

le corbeau, ne peut être lavée et blanchie que par le moyen du feu

que l'on peut rapprocher d'un apophtegme de la porte alchimique

de la villa Palombara à Rome :

"L'azoth et le Feu en blanchissant Latone, paraîtra Diane sans vêtement."

Notez que l'on retrouve cet embarras de savoir si les alchimistes parlent ici de la préparation du Dissolvant [2 ème oeuvre] ou de l'évolution du Rebis [3 ème oeuvre]. On voit bien d'ailleurs que le résultat, qu'il s'agisse du dissolvant ou de la Pierre, sera une matière fixe : l'Eau qui ne mouille pas les mains dans un cas et un cristal particulier dans l'autre cas. Ailleurs, DM, I, p. 376 :

" frappe le rocher, c’est-à-dire la matière passive, et en fait jaillir l’eau pure cachée dans son sein"

et enfin, DM, II, p. 205 :

"Pour l’obtenir [l’eau permanente], disent-ils, il convient de frapper trois fois le rocher, afin d’en extraire l’onde pure mêlée à l’eau grossière et solidifiée, "

généralement figurée par des blocs rocheux émergeant de l’océan

Quel est donc ce rocher, s'agit-il du Sujet des Sages ? Un flambeau, quelque lanterne pourrait nous aider de son éclat Précisément, dans ses DM, I, p. 401, Fulcanelli propose le secours de l’Adepte Lintaut (ou Linthaut) en citant l’Aurore et l’Ami de

l’Aurore [Bibl. de l’Arsenal, XVII e siècle, n°3020 ; Oeuvre Chymique du docte Henri de Lintaut, réed. Guy Trédaniel] qui nous montre (cf. note

de bas de page) l’âme d’un roi couronné, inerte, s’élevant vers une lanterne flottant au sein de nuages épais [gravure remployée

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manifestement du Rosarium Philosophorum].

manifestement du Rosarium Philosophorum ]. L'Aurore - Fac fixum volatile - Dans les Deux Logis alchimiques

L'Aurore - Fac fixum volatile -

Dans les Deux Logis alchimiques de Canseliet figure un dessin (figure XII) d’après le croquis de Henri de Lintaut. On y voit :

" une petite créature qui file, jambes, ailes et bras parallèlement étendus, vers une lanterne suspendue dans le ciel au milieu d’un cercle de lumière radiante ."

L’apophtegme dit en légende : FAC FIXUM VOLATILE. E. Canseliet a glissé cette image dans le chapitre intitulé : La Conversion des Élément. H. de Lintaut est également cité par Fulcanelli (Myst., p.142) :

"Ce secret icy surpasse tous les secrets du monde, car vous pouvés en peu de tems, sans grand soin ny travail, parvenir à une grande projection, de laquelle voyés Isaac Hollandois qui en parles plus amplement "

Sur Isaac le Hollandais, voyez le Traité du Sel de Michel Sendivogius. Dans les DM, II, p. 71, Fulcanelli laisse entrevoir une liaison cabalistique qui peut être riche d’enseignement quand il aborde ensuite la séparation des corps :

"Chacune de ces réitérations prend le nom d’aigle

ont tiré leur terme d’aigle, signifie éclat, vive clarté, lumière, flambeau

[ce mot], d’où les sages "

L'aigle est l'un des trois principes, si l'on se souvient de l'allégorie de l'aigle et du lion. On trouve dans l'Introïtus, IX de Philalèthe ce passage :

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" et sache que le Mercure d'une, deux ou trois aigles commande à

Saturne, à Jupiter et à Vénus, de trois à sept aigles, il commande à la Lune,

enfin il commande au Soleil quand il en a de sept à dix."

Cette gradation des Aigles semble conforme à la température de fusion du plomb [Saturne], de l'argent [Lune] et de l'or [Soleil], encore que l'or n'entre en fusion qu'à une température un peu

supérieure à « dix aigles »

indication sur la chaleur à apporter aux corps. [voir aussi sections :

Oeuvre secret ; Matière ; humide radical ; le Triomphe hermétique]. Pour

l’instant, nous retiendrons qu'un aigle, en latin, se dit aquila et que son sens est, pour l'une de ses acceptions : « portant l’éclair de Jupiter » [cf. Atalanta fugiens, XLVI]. La Pierre d’aigle ou aétite, par ailleurs, est une variété d’oxyde ferrique hydraté parce que, suivant une légende, les aigles portaient cette pierre dans leur nid. L'aigle peut aussi représenter l'apposition - on dirait presque l'onction - d'une substance « fusant » facilement avec grand dégagement de chaleur. Enfin, on trouve dans l’Alchimie de Canseliet une autre allusion au flambeau dans un article intitulé LesTrois flèches de la Rédemption, p. 246, où est cité un hermétiste portant le nom de Chaudet.

L'aigle peut ainsi représenter une

le nom de Chaudet. L'aigle peut ainsi représenter une vitrail des Jacobins, Myst. Cath. On le

vitrail des Jacobins, Myst. Cath.

On le retrouve sur un vitrail des Jacobins que Fulcanelli analysa dans Myst., p. 153. Cet écusson se voyait sur une verrière éclairant la chapelle de saint Thomas d’Aquin au couvent des

Jacobins. Écartelé où l'on distingue le 1 er agent ou épée du chevalier, la matière première étant indiquée par trois étoiles [les réitérations] et les sept pointes. Les serpents sont la marque du Mercure, les épis de blé et la masse sous-jacente représentent le plus haut sommet de l'oeuvre : le nom commun de la substance cachée sous cette germination n'a jamais été révélé ; peut-être y a-t-il un rapport avec le « vieux chêne creux » ? Le matras inversé nous rappelle que le cercle crucifère et le

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symbole de Vénus sont semblables aux deux faces d'une même

médaille [ou d'une Vertu, voir la Prudence dans la section des Gardes du

corps ; cf. aussi Gobineau]. Enfin, la double couronne tressée est l'illustration du feu de roue qui est la manifestation de la coction. Cette couronne d'épines est de sinople sur un champ de sable ; où l'on trouve la couleur de la chaux métallique et la qualité du lien mercuriel. La croix d'or est le creuset où s'élabore le travail

dans le 3 ème oeuvre ; Quant aux trois globes d'azur en pointe, ils rappellent les trois clous de la crucifixion [hloV], en rappelant la nature soufrée [hlioV] intervenant à ce stade de l'oeuvre. E. Canseliet nous donne deux autres versions de cet écusson, figurant à la fin de L’Harmonie Chymique de David Laigneau dont nous analysons complètement la deuxième version dans le rébus de St Grégoire. S’il en était besoin, nous ajouterions qu’une note de

bas de page [on ne dira jamais assez l’importance des notes et des préfaces d’E. Canseliet qui se révèle en la matière plus redoutable que son

maître Fulcanelli] de son Alchimie, pp. 132-135, se révèle au sens hermétique absolument lumineuse :

"A la suite du manuscrit original de l’Aurore, déjà fort mal écrit, se trouve un

autre traité, destiné sans doute à le compléter, et qui porte pour titre : L’Ami de l’Aurore. Cette seconde partie de l’ouvrage est absolument illisible. Les lignes du recto et celles du verso, par dommage superposées, se sont interpénétrées à travers la pâte du papier. L’encre, acide et trop peu gommée, s’est étalée dans les intervalles, rongeant les caractères, soudant

les mots en larges traits opaques

du temps et des réactions chimiques, demeure indéchiffrable, et la pensée

de l’auteur est probablement perdue à jamais."

L’ami de l’Aurore, ruiné par l’influence

Texte d'une clarté exemplaire ! A méditer. On y trouve nommés, à peine voilés, les Soufres rouge et blanc.

6)- L'antimoine et l'étoile

Nous allons d'abord essayer de comprendre pourquoi l'antimoine revêtait une telle importance au cercle d'Hartlib en parcourant les travaux alchimiques de Newton. B.J. Dobbs nous décrit (op. cité, p. 181) les premières expériences de Newton par la voie dite humide, utilisant non pas le feu usuel mais ce que l'on pourrait presque appeler le feu secret dans sa forme vulgaire, c'est-à-dire en l'occurrence de l'aqua fortis (acide nitrique HNO 3 ) qui s'apparente davantage à l'épée ou au glaive qu'à la rosée de mai ; on obtenait la précipitation du plomb (Saturne) en une poudre blanche. A noter que du mercure était ajouté au mélange ce qui ne modifiait pas la précipitation de plomb, celui-ci étant plus oxydable que le mercure. Même chose pour l'étain (Jupiter) et le cuivre (Vénus). Par contre, on obtenait un limon formé d'oxyde noir - B.J. Dobbs se

trompe, p.183, en affirmant que cet oxyde est blanc - de mercure par

réduction de celui-ci à son plus bas degré d'oxydation. Ces opérations n'ont pas convaincu Newton et il s'orienta vers d'autres

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procédés. Il se rendit compte néanmoins de la différence fondamentale - que l'on connaît maintenant en terme de degré d'oxydation - dans les termes suivants :

" [Une] solution de mercure dans de l'Aqua fortis, étant versée sur du fer,

du cuivre, de l'étain ou du plomb, dissout le métal et libère le mercure ; cela ne démontre-t-il pas que les particules acides de l'Aqua fortis sont attirées plus fortement par le fer, le cuivre, l'étain et le plomb que par le mercure" (in Newton, Opticks, p. 381, cité par Dobbs).

Newton se tourna alors vers la voie sèche ; il s'agissait d'utiliser

du sublimé corrosif (rappel : bichlorure de mercure HgCl 2 , appelé encore

sublimé vénitien) pour ouvrir [dissoudre] les corps de l'antimoine, de l'argent et de l'étain. Suite à une idée de Robert Boyle d’utiliser de manière conjointe le sublimé mercuriel et le Sal Armoniack

(chlorure d’ammonium NH 4 Cl, à ne pas confondre avec le sel Harmoniac

ou liant du Mercure) afin d’augmenter le pouvoir d’ouverture des métaux, Newton avec son esprit systématique décida « d’ouvrir » le corps de tous les métaux. B. J. Dobbs, p. 186, fait une remarque pleine d’intérêt quand elle signale que le plan de travail du physicien n’avait pas pris en compte le concept des poids équivalents et qu’il ne pouvait, de ce fait, utiliser les proportions définies dans chaque cas pour analyser la nature des substances obtenues ; B. J. Dobbs note que Newton avait déjà eu un doute quant au résultat du traitement du cuivre par l’Aqua fortis qui dégageait une coloration bleue (typique du cuivre). Cette remarque doit être mise en parallèle avec l’attention qu’apportent les alchimistes au poids de nature, si important pour obtenir le

résultat voulu (cf. la XIIe Clef de B. Valentin). Dans la 2 ème édition de son Chymiste septique, R. Boyle avait déjà signalé qu’il savait n’obtenir que du mercure simple lors de pareil traitement d’un métal par de l’Aqua fortis. Il semble que Newton n’ait pas eu connaissance du texte où Boyle relate cela [Works, I, p. 632]. Plus tard, la recherche du Lion vert de Ripley – le Mercure philosophique - se poursuit par les expériences sur le régule étoilé d’antimoine. L’antimoine (stibium) est un corps argenté dont le minerai le plus important est la stibine (Sb 2 S 3 ). C’est un corps que l’on trouve sur des vases chaldéens (4000 av. J.-C.) et que la

Bible mentionne (Jézabel se fardait les yeux de stibine, en fait de l'un de

ses composés, le kohol ou khôl). B. Valentin décrit au XV e siècle ses propriétés, la préparation du métal et de ses alliages dans le Char de Triomphe de l’antimoine (25). L’antimoine a la propriété – entre autres - de libérer l’or de ses impuretés et B. Valentin lui attribua les mêmes effets sur l’organisme humain… La préparation de la stibine se fait par action du fer en utilisant le borax comme fondant. Le fer se combine avec le sulfure de la stibine et monte à la surface (Fe 2 S 3 ) tandis que l’antimoine tombe au fond de la cuve de fusion. Si de bonnes conditions sont réunies lors du refroidissement et de la purification du minerai, il apparaît une étoile centrale que l’on appelle une retassure. C’est cette étoile qui a exercé une fascination singulière chez de nombreux

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chercheurs ; mais s’agit-il vraiment de la bonne étoile ? E. Canseliet l’affirme, Fulcanelli semble très sceptique… Autre énigme désespérante. Quoi qu’il en soit, Newton préconisait la formule suivante pour obtenir le régule étoilé d’antimoine :

"Le Régule Martial est fait en jetant 2 parties d’antimoine sur 1 de fer chauffée au blanc dans un creuset et en les mélangeant bien ensemble avec un peu de salpêtre pour activer la fusion. Lorsque c’est froid, on trouve au fond le régule, lequel, de nouveau mélangé 3 ou 4 fois avec du salpêtre, est ainsi purifié et lorsqu’il est froid il possède une surface plane (sous le salpêtre qui est alors couleur d’ambre claire) avec des dessins en étoile et on l’appelle Regulus Martis Stellatus." [MS Don.b.15, f. 4v, cité in Dobbs, p.

190]

À l’époque, le terme de régule ne s’appliquait qu’à l’antimoine. Si l’on préparait l’antimoine avec de l’étain, le régule de l’étain pouvait correspondre au Mercure extrait de l’étain, présent avec l’antimoine dans le « régule ». Je pense que la correspondance que B. J. Dobbs propose entre le mot regulus (petit roi) et

Regulus, l’étoile de 1 ère grandeur de la constellation du Lion et qui est aussi appelée Cor leonis, c’est-à-dire Cœur de Lion, n’est pas tout à fait adéquate ou du moins ne recouvre pas la signification exacte du regulus en question. C’est un point qui est examiné infra. Plus loin, B. J. Dobbs évoque ces lignes de cristaux du régule étoilé, non pas divergentes pour former l'étoile du régule, mais au contraire convergentes, vers le centre, cette manière de voir impliquant des caractères d'attraction plutôt que d'émission. B. J. Dobbs formule alors l'hypothèse selon laquelle ces lignes de force auraient pu prendre tout-à-coup pour Newton une dimension nouvelle ; il voulait bâtir une théorie de l'attraction des petits corps semblable à celle qu'il avait élaborée pour les grands corps dans ses Principia.

Les alchimistes ont très souvent fait référence à leur Aimant, leur Acier, à l'Étoile du Nord mais toujours de façon imagée. Plusieurs étoiles, au moins deux, sont citées ; Fulcanelli, dans Myst., parle de l'étoile de Jacob, de l'étoile des Mages, de l'étoile du matin, de l'étoile hermétique, de deux étoiles et de l'étoile terrestre. Est-ce la même étoile, diversement interprétée ? Nous donnerons d'abord la définition de l'étoile hermétique, selon Pernety :

"Étoiles des philosophes. Ils donnent communément ce nom aux couleurs qui surviennent dans le vase pendant les opérations du grand œuvre. Mais ils prennent ordinairement les termes de Planetes et d’Etoiles pour signifier leurs métaux; ou les planètes terrestres, c’est-à-dire les métaux vulgaires. ÉTOILE AU COUCHANT. Sel armoniac. ÉTOILE DE LA TERRE. Talc. " [Dictionnaire mytho-hermétique]

a)- voyons d'abord l'étoile des philosophes. Dans Myst., p. 73, Fulcanelli fait s'écrier Balaam :

"Comment pourrais-je maudire celui que son Dieu ne maudit pas ? Comment

donc menacerai-je celui que Jéhovah ne menace pas ? Ecoutez ! vois, mais pas maintenant ; je la contemple, mais pas de près

Je la

Une étoile

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se lève de Jacob et le sceptre sort d'Israël

"

(Num., XXIV, 47)

On sait que Jacob lutta une nuit entière contre un ange du Seigneur, ce qui lui valut le nom d'Israël [Celui qui lutte contre Dieu]. L'ange est souvent associé au corps qui détruit le Sujet des Sages afin d'en extraire la première matière ou Mercure. C'est la même allégorie qui est utilisée dans l'Annonciation. Le sceptre est un attribut de Jupiter.

b)- L'étoile des Mages est évoquée p. 66 :

"C'est une figure radiée

du compost, c'est-à-dire au-dessus de la crèche où repose Jésus, l'Enfant-Roi."

dite Etoile des Mages

qui rayonne à la surface

Ici, le symbolisme est clair : il renvoie au brillant [Apollon], épithète du sujet des Sages [stilbew] ; quant à la crèche, jatnh, c'est aux lambris d'un plafond, formés de panneaux de marbre qu'elle fait penser ; ces lambris désignent aussi des planchettes de chêne. En latin, laqueo [lambrisser, mais aussi lier]. Cette étoile, donc, rayonne sur le compost et Fulcanelli nous assure que la surface du compost est composée de lignes entrecroisées qui ont valeur d'un filet qui retient. Cette étoile des Mages possède ici le même sens que le rémora hermétique. Ailleurs, toujours dans Myst., p. 75, Fulcanelli s'attarde sur un vitrail de l'ancienne église Saint-Jean à Rouen -aujourd'hui détruit- :

"La conception était figurée par une étoile qui brillait sur la couverture en "

contact avec le ventre de la femme

et les bordures de cette vitre étaient ornées de médaillons où figuraient les planètes. Même allégorie pour le même spectacle.

c)- L'étoile hermétique, c'est E. Canseliet qui nous en parle en sa

préface à la 2 ème édition des Myst. en citant Philalèthe :

"C'est le miracle du monde, l'assemblage des vertus supérieures dans les inférieures ; c'est pourquoi le Tout-puissant l'a marqué d'un signe "

extraordinaire

[Introïtus, III]

C'est-à-dire, en grec, d'un signe « effrayant », ce qui rapproche singulièrement cette étoile du sujet des Sages. Quant au signe, il possède le même sens hermétique que l'antimoine saturnin d'Artéphius. L'étoile qui brille sur la Vierge mystique est la même que l'étoile du Berger (Vénus), le matin, à l'aurore c'est-à-dire à l'Orient. Vénus n'est visible qu'avant le lever du soleil lorsque le ciel a une couleur rougeâtre (jaune tirant sur le rouge) ; la couleur de l'aurore se réfère à la matière première. La deuxième étoile est le signe de l'oeuvre au rouge.

Dans les DM, nous retrouvons l'étoile à plusieurs reprises :

- DM, I, p. 243, où est décrit dans la Salamandre de Lisieux :

52

"[

]

un homme richement vêtu du pourpoint à manches, coiffé d'une sorte de

mortier, et la poitrine blasonnée d'un écu montrant l'étoile à six pointes."

d)- leo viridis

Fulcanelli assure que cet astre est la substance qui, au cours des sublimations, s'élève au-dessus de l'eau, qu'elle surnage comme une huile et que c'est l'Hypérion de l'oeuvre [qu'il faut lire par cabale, uper-ion] C'est le lion vert de Ripley. Le mortier désigne deux matières entrant dans la préparation du dissolvant [ammokonia = poussière et chaux] et la coiffe [kalupthra] est l'épithète de ce qui recouvre ; analogie avec le tombeau qui correspond à la dissolution radicale des corps et à l'ouverture des métaux. On relèvera la liaison, riche de cabale, entre ammokonia et la «

Maistre Pierre du coignet » [les Mystères, p. 61] par laquelle l'Adepte

définit la pierre angulaire de l'Oeuvre. Nous ferons remarquer au lecteur que ammokonia peut s'écrire par permutation ammoniako ; nous retrouvons le sel ammoniac des Anciens.

- DM, I, p. 375 :

" C'est le signe de l'union et de la concorde qu'il faut savoir réaliser entre le

feu et l'eau

certaine d'union

les deux superposés forment l'image de l'astre, marque

car étoile (stella) signifie fixation du soleil."

Voyez ce que nous disons dans les Douze Portes de Ripley sur les éléments. C'est cette digamma que nous présentons à la FIGURE XVI d'après le traité alchimico- kabbalistique attribué à Abraham

Eleazar (Erfurt, 1735 - Jung semble confondre Abraham Eleazar avec Abraham Juif ; il est beaucoup plus ancien, cf. Psychologie et Alchimie,

réf. 162). Nous retrouvons aussi le symbole de la Terre et du Mercure. Le cercle figure une roue et symbolise également le feu de roue. La digamma est le « scel » de l'Eau et du Feu ; elle représente l'eau pontique qui assure la dissolution des corps tout en constituant le lien du Mercure.

dissolution des corps tout en constituant le lien du Mercure. Abraham Eleazar, Uraltes Chymisches Werk, Leipzig,

Abraham Eleazar, Uraltes Chymisches Werk, Leipzig, 1760

53

Au centre, le cercle crucifère figure l'albâtre des Sages. La conjonction de la digamma montre avec assez d'insistance à quel point le feu est lié à l'eau dans la préparation du lait d'Apollon. Encore dans l'Aureum Seculum Redivivium de Mynsicht.

- DM, I, p.

436 :

"L'humble et commune coquille

pure, dont l'étoile hermétique consacre la perfection : c'est maintenant notre

compost, l'eau bénite de compostelle

s'est changée en astre éclatant

et l'albâtre des sages."

Matière

Attaque de la « pierre du Coignet ». L'étoile hermétique symbolise ici l'ensemble des composés du Mercure philosophique ;

- DM, II, p. 57 :

"On comprend sans peine que l'étoile - manifestation extérieure du soleil interne,- se représente chaque fois qu'une nouvelle portion de mercure vient

baigner le soufre indissous, et qu'aussitôt celui-ci cesse d'être visible pour

reparaître à la décantation, c'est-à-dire au départ de la matière astrale

sept reprises successives, les nuées dérobent fleur."

À

tantôt l'étoile, tantôt la

Cette étoile et cette fleur dont parle Fulcanelli sont strictement superposables à celles de la planche X du Mutus Liber ; la Clef XII de Valentin nous montre la fleur, en utilisant le symbole du tartre. Cette fleur, on la retrouve sur l'un des plateaux de la balance de la planche X du Mutus Liber et la scène mythologique du bas décrit la naissance d'Apollon et de Diane [dont on aperçoit le

croissant de lune, à droite et en haut du soleil]. Cette opération doit être

réitérée un certain nombre de fois. L'ensemble de l'opération conduit à l'acquisition du mercure philosophique,

"substance vivante, animée, issue du soufre pur radicalement uni à l'eau primitive et céleste."

et à son animation ; l'union radicale renvoie à la Rosée de mai. Apollon et Diane sont considérés comme des homonymes spirituels du Soleil et de la Lune ou du Soufre et du Mercure ; ambiguïté qui représente une difficulté supplémentaire dans l'examen des traités alchimiques. Pour l'étudiant, rappelons une fois encore l'alternative :

- soit on considère qu'Apollon et Diane symbolisent les

composants du dissolvant ou eau-vive : alors nous sommes au

2 ème oeuvre ;

- soit on considère qu'Apollon est le signe du Soufre rouge et que

Diane masque le Soufre blanc : alors nous sommes au 3 ème oeuvre ;

Notez encore que cette alternative vaut pour un texte, mais que dans le même texte, elle peut encore s'exprimer : le Livre secret d'Artéphius est à cet égard édifiant. Dans ce traité sur l'Eau permanente apapraît un changement de ton qui exprime la

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transition entre l'eau-vive prime et l'eau-vive seconde, considérées selon Limojon de Saint-Didier.

seconde, considérées selon Limojon de Saint-Didier. - DM, II , p. 113 :au caisson 6 de

- DM, II, p. 113 :au caisson 6 de la 4 ème série, une banderole où se trouve gravée cette devise : .LVZ.IN.TENEBRIS.LVCET. : « La

lumière brille dans les ténèbres » proche du titre d'un traité lapidaire

sur l'Art sacré [Lux obnubilata

] ; Fulcanelli de commenter :

"Ainsi, le travail de l'art rend manifeste et extérieur ce qui, auparavant, se trouvait diffus dans la masse ténébreuse, grossière et vile du sujet

primitif

Tous

les chimistes ont connu

ce sujet."

Nous ne pouvons ici que renvoyer le lecteur à nos observations relevées sur le flambeau. Nous rappellerons aussi qu'il faut interpréter avec prudence tout ce que Fulcanelli semble nous dire en clair quant aux composés chimiques qu'il nous décrit régulièrement : ainsi, de l'oxyde rouge d'hydrargyre, nom ancien de l'oxyde du mercure (oxyde mercurique, variété rouge). Notons enfin que ce sujet primitif n'a rien à voir avec la Prima materia ou le Sel des Sages. Dans les DM, I, p. 441, Fulcanelli écrit que :

"La matière a subi une première préparation, le vulgaire vif-argent s'est mué