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AMOS VII, 7.

RITUEL DE COMPAGNON, Rite ancien YORK :

Lors de la déambulation rituelle, au moment de l’admission du candidat en Loge, les


yeux bandés, il est donné lecture par le Chapelain de l’extrait suivant, tiré du Livre
d’Amos :

« Le Seigneur, l’Éternel m’envoya cette vision :


Voici, le Seigneur se tenait sur un mur tiré au cordeau,
Et il avait un niveau dans la main.
L’Éternel me dit : Que vois-tu, Amos ?
Je répondis : Un niveau.
Et le Seigneur dit : Je mettrai le niveau au milieu de mon peuple d’Israël.
Je ne lui pardonnerai plus. »

La menace, explicite, doit alors paraître aux oreilles du candidat à l’avancement


comme une incongruité.
Pourquoi cette menace ? S’adresse-t-elle à lui qui, le pense-t-il, a bien travaillé et
mérite aujourd’hui sa promotion dans l’Ordre maçonnique ?

LA BIBLE DE JERUSALEM :

7 - Voici ce qu'il me fit voir : Le Seigneur était debout sur un mur d'étain il avait dans
sa main de l'étain.
8 - Yahvé me dit : «Que vois-tu, Amos?» Je dis : «De l'étain.» Le Seigneur dit :
«Voici que je mets l'étain au milieu de mon peuple, Israël; désormais je ne lui
pardonnerai plus.

Variante Jérusalem :

7 – Voici ce qu’il me fit voir : Le Seigneur se tenait près d’un mur, un fil à plomb dans
la main.
8 – Yahvé me dit : « Que vois-tu Amos ? » Je dis « un fil à plomb ».
Le Seigneur dit : « Voici que je vais mettre un fil à plomb
Au milieu de mon peuple d’Israël,
Désormais je ne lui pardonnerai plus ».

LA BIBLE T.O.B. :

7 – Voici ce qu’il me fit voir : Mon Seigneur, debout sur une muraille d’étain, tenait de
l’étain à la main.
8 – Le Seigneur me dit : « Que vois-tu Amos ? » Je dis : « De l’étain. »

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Mon Seigneur me dit : « voici que je viens mettre l’étain au milieu d’Israël, mon
peuple ; pour lui, je ne passerai pas une fois de plus. »

LA BIBLE SEGOND :

7 – Il m’envoya cette vision :


Voici que le Seigneur se tenait sur un mur (égalisé) au niveau,
Et il avait un niveau dans la main.
8 – L’Éternel me dit : « Que vois-tu Amos ? »
Je répondis : « Un niveau ».
Et le Seigneur dit :
« Voici que je mets le niveau au milieu de mon peuple d’Israël
Je ne lui passerai plus rien ».

LA BIBLE DE TOURS (Version autorisée de la Vulgate) :

7 – Le Seigneur m’envoya encore cette vision :


Le Seigneur était debout sur une muraille crépie, et il tenait à la main une truelle de
maçon.
8 – Et il me dit : « Que voyez-vous, Amos ? »
Je répondis : « Je vois la truelle d’un maçon ».
Il ajouta : « Je ne me servirai plus à l’avenir de la truelle au milieu de mon peuple
d’Israël, et je ne crépirai plus ses murailles ».

LA BIBLE KING JAMES : (ou du Roi Jacques)

7 – Thus he shewed me ; and, behold, the Lord stood upon a wall made by a
plumbline, with a plumbline in his hand.
8 – And the Lord said unto me, Amos, what seest thou ? And I said a plumbline.
Then said the Lord. Behold, I will set a plumbline in the midst of my people Israël ; I
will not again pass by them any more.

7 – Alors il me fit voir : Voyez, le Seigneur se tenait debout sur un mur dressé au fil à
plomb, et il avait un fil à plomb dans sa main.
8 – Et le Seigneur me dit, Amos que vois-tu ? Je lui dis alors un fil à plomb.
Alors dit le Seigneur, vois, je mettrai un fil à plomb au milieu de mon peuple d’Israël,
et je ne lui passerai plus jamais rien désormais.

Il est frappant de constater à quel point les différentes versions s’éloignent pour
traduire le mot « aanak » par plomb, étain, truelle, fil à plomb, ou niveau… Il faut dire
que ce mot ne se rencontre dans aucune autre circonstance dans la Bible, ce qui
rend sa traduction incertaine dans le contexte. D’après l’assyrien « AN-NA », il
s’agirait de minerai d’étain, très recherché pour en faire l’alliage dont on forgeait les
meilleures armes (ère du bronze récent). La vision évoquerait l’arsenal redoutable
que Dieu va forger pour ruiner son peuple. Certaines traductions ont vu aussi un
terme technique désignant le fil à plomb, instrument servant à contrôler la rectitude
d’un mur. On aurait alors une vision du jugement auquel Dieu va soumettre Israël, en
passant lui-même une dernière fois au milieu de son peuple.
Le mot de même racine en akkadien, syriaque et arabe signifie étain ou plomb. L’art
des bâtisseurs nous apprend comment mettre en place un objet vertical avec un fil à

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plomb, ou horizontal en y adjoignant l’aide d’une équerre. Cette dernière opération
peut aussi être envisagée dans le contexte, dans la mesure où Dieu se propose de
raser Israël au niveau du sol.

Dans la Vulgate (traduction latine des pères de l’Église), le mur dont il est question,
est un mur crépi, fini et appareillé comme pour une habitation et non de pierre sèche
comme une limite séparative de champs par exemple. Ce genre de mur a
effectivement été nécessairement maçonné au mortier à l’aide de la truelle.

On peut tirer quelques constats de ce texte à la traduction évasive ; tout d’abord, il


s’agit de métal en effet, et d’un métal semi précieux dont on fait l’alliage de bronze ou
d’airain sans aucun doute. Il s’agit de métaux connus lors de l’écriture supposée de
ce texte, sans doute rédigé de la main même du prophète qui vécut au VIIIème siècle
avant notre ère.
Le contexte politique de cette époque est celui du règne de JEROBOAM 2 en Israël,
et d’Ozias en Juda. Israël a repoussé momentanément l’expansion assyrienne et
même récupéré les anciens territoires au-delà du Jourdain, autrefois habités par les
premiers Hébreux. Le commerce est florissant avec les ports du Liban et cette
situation réveille des rêves de grandeur parmi le peuple, fustigés par le prophète
Amos en 6, 13-14.
Alors que la tranquillité paraît acquise et la prospérité installée pour longtemps, une
terrible menace approche de l’Est vers la Palestine. Néanmoins, l’ancienne solidarité
n’est plus de mise entre le peuple de l’Alliance, et les écarts de fortunes entre riches
marchands et indigents est plus que jamais visible.
La mission d’Amos revêt une portée œcuménique spéciale : en effet, ce ressortissant
de Juda reçoit l’ordre de prêcher pour le royaume d’Israël et sans doute à Béthel,
l’autre capitale religieuse qui fait pendant à Jérusalem (voir 7, 15 et 1,1). Sa venue
dans le royaume du nord est signe d’unité ; Israël, tout divisé qu’il soit au plan
politique ou même religieux, reste pour le Seigneur un seul et même peuple à qui il
va demander compte.

Nul doute que la désunion des peuples du Nord et du royaume de Juda sera source
d’affaiblissement pour toute la nation, et que cette situation, maintenue en dépit des
avertissements d’Amos puis après lui d’Osée et de Jérémie, sera fatale à la nation
juive et conduira à sa déportation en captivité ainsi qu’à la destruction des cités et du
Temple de Jérusalem lors de la conquête de Nabuchodonosor.

Comme nos rituels ne sont jamais le fruit du hasard, ainsi que nous le constatons
bien souvent, il est aisé de se persuader que l’utilisation d’AMOS 7, 7-8 dans le rituel
de Compagnon, est volontaire, et que ces divergences matérielles de traduction
permettent en effet de suggérer la mise à disposition de tous les outils exclusivement
métalliques utilisés en Loge par les trois officiers principaux pour assurer la tâche du
nouveau Compagnon. Sur le fond, toutes ces traductions suggèrent toutes la même
menace à l’adresse de ceux qui ne suivent pas les préceptes et la Loi donnés par le
Seigneur à son peuple élu.

Il s’agit donc également d’une mise en garde au candidat de faire bon usage des
outils et donc de la connaissance que le nouveau Compagnon acquiert pour assurer
sa progression sur la voie initiatique qu’il a choisie.

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