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Thème 2/ CORPS NATUREL/CORPS ARTIFICIEL/ ACCEPTER SON CORPS

Voici des articles ou des références qui ouvrent sur des pistes de réflexion :

 Articles sur la dépigmentation des peaux noires noires :


https://www.afrikactuelle.com/societe/33-dossiers/1006-depigmentation-le-douloureux-secret-des-femmes-
noires-en-europe.html
https://www.leral.net/Depigmentation-volontaire-un-phenomene-de-societe-et-un-probleme-de-
sante-publique_a203121.htmlhttps://www.lexpress.fr/styles/minute-beaute/beyonce-accusee-de-se-
blanchir-la-peau_965951.html

 Articles sur les risque du piercing :


https://www.planetesante.ch/Magazine/Autour-de-la-maladie/Hepatite/Risques-lies-aux-piercings-
mythe-ou-realite
http://www.aufeminin.com/beaute/album1216660/stars-qui-n-ont-pas-fait-dechirurgie-esthetique-
0.html#p30

 Référence sur les malformations


Le film Elephant man de David Lnch
Il peut vous être aussi utile le fait de savoir que le personnage d’Elephant man (film de Lynch),
Merrick, était atteint d’une maladie génétique héréditaire : la neurofibromatose (apparition de
tumeurs disséminées sur tout le corps et parfois à l’intérieur de l’organisme. De nos jours, la
chirurgie esthétique et la chimiothérapie permettent de réduire ces excroissances.
Pensez aussi à Cyrano de Bergerac, pièce d’Edmond Rostand et/ou film de Rappeneau) Cyrano est affligé
d’un nez proéminent mais doté d’un don pour les mots grâce auquel il aide le beau Christian à conquérir
le cœur de Roxane. Également amoureux de la jeune fille, il choisit de ne pas lui révéler que chaque mot
que Christian prononce sort de son propre cœur…

 Articles sur l’anorexie


Chère anorexie, documentaire de 2016 : témoignages de soignants et d’anciennes malades.
https://www.youtube.com/watch?v=NrKVuIrchrM
A quoi rêvent les jeunes filles, documentaire d’Ovidie : dans ce documentaire, elle se demande, entre
autres, si la pornographie sur Internet n'est pas le "meilleur ennemi de la liberté sexuelle", et quelles sont
les conséquences des nouvelles exigences que la société impose aux femmes aujourd'hui. "Être
présentable, c'est avoir une fente lisse et sèche, rien ne doit dépasser", assène-t-elle par exemple en
parlant de l'épilation intégrale qui serait devenue "banale" chez les femmes, ou encore celles qui se font
opérer pour réduire la taille de leurs petites lèvres. "Au final, cette génération n'est ni plus libre, ni plus
aliénée que les précédentes (..) Avant on encourageait les femmes à être des parfaites fées du logis.
Aujourd'hui on leur explique que la fellation est le ciment du couple."
vidéo visible sur ces 3 sites
http://www.lesinrocks.com/inrocks.tv/a-quoi-revent-les-jeunes-filles-le-documentaire-dovidie-sur-les-
femmes-qui-ont-grandi-avec-internet-et-leur-rapport-au-sexe/
https://www.youtube.com/watch?v=kZQ8GUDscOw&has_verified=1
https://www.youtube.com/watch?v=kZQ8GUDscOw

 . « La nudité produit de la norme», par Marie-Joëlle Gros, entretien avec Arnaud Baubérot,
historien, qui relativise la notion naturel-artificiel, Libération, 15 octobre 2012
Comment analysez-vous cette campagne du Conseil des femmes du Danemark qui milite pour
des seins naturels ?
Il me semble que trois points de vue sont à considérer. D’abord celui de ce conseil pour qui des
seins à prothèses sont l’expression d’un désir masculin, et l’on sait que cette norme esthétique vient
de la pornographie. Selon cette assemblée, les femmes à prothèses mammaires se soumettent donc à
des exigences masculines de domination ; elles renoncent à être elles-mêmes pour accepter de
1
devenir objet du désir sexuel des hommes. Donc, l’objectif du Conseil des femmes, c’est de les
inciter à se libérer de cette domination. Ensuite, du point de vue des hommes, on peut également
souscrire à cette requête : tout le monde ne recherche pas l’hypersexualisation, elle peut même être
dérangeante. Les hommes aussi sont soumis à des normes esthétiques comme l’image de corps
masculins très musclés qui sont parfois pesantes. Enfin, du point de vue des femmes qui portent des
prothèses, il ne s’agit sûrement pas d’un rapport de domination. Elles considèrent au contraire que
la séduction implique une concurrence et elles veulent pouvoir la tenir. Pour elles, il ne s’agit pas de
se soumettre mais d’avoir prise sur son destin. Il existe donc plusieurs façons de vivre son identité
de genre.
Mais pourquoi focalise-t-on autant sur les seins ?
Les attributs de la féminité varient selon les époques. C’est une question de mode. A la fin du XIXe,
le corset s’est démocratisé, dessinant une silhouette qui mettait en valeur les seins et les hanches :
cette dimension érotique soulignait dans le même temps les formes de la maternité. Dans les années
20, avec les garçonnes qui se bandent les seins pour les aplatir, c’est tout l’inverse : liberté,
mouvement, dynamisme. Aujourd’hui, c’est la mode des fortes poitrines mais sans hanches : c’est-
à-dire une dimension érotique déconnectée de la maternité. Cela signifie que les femmes peuvent
envisager une vie sexuelle et érotique dont elles ont l’initiative, sans la justifier par la maternité.
Nos goûts, en Occident, sont formés par les stéréotypes de l’art classique, de la peinture. Et ils n’ont
pas grand-chose à voir avec la variété des corps nus : en réalité, la beauté est toujours une
construction. On trouve aussi très beau le corps de quelqu’un qu’on aime ou dont on partage
l’intimité : il y a, dans notre jugement, quelque chose en plus de la nudité crue.
La nudité est-elle synonyme de naturel ?
Il n’y a pas d’expérience de groupes humains qui vivent nus, sans scarifications, tatouages, parures.
Inscrire sur son corps la marque du groupe, c’est cela l’état naturel de l’homme. Vivre tout nu dans
son coin, sans vêtements qui sont chez nous la première marque de codification sociale, c’est une
invention de l’Occident moderne. La distinction entre naturel et artificiel n’a pas vraiment de sens.
En fait, la nudité comprend une part de relativité ; chaque société définit ce qui est pudique ou
impudique. Dans celles qui ont une pratique de bains collectifs, les regards sont très codifiés : on ne
scrute jamais le corps de l’autre. Donc la nudité produit de la norme, du code social, des codes de
comportement comme le refoulement de la sexualité sur les plages naturistes familiales.
Les pays du Nord ont longtemps vanté une « esthétique naturelle», était-ce un leurre ?
C’est là encore une esthétique construite. La Suède est le premier pays à avoir autorisé la
pornographie, à la fin des années 60. On voyait des cartes postales «naturelles» montrant des
femmes nues, mais pas n’importe lesquelles : il s’agissait de femmes jeunes, minces. Ce que l’on
présente comme naturel n’a souvent pas grand-chose à voir avec la réalité. On peut, du coup, se
demander si trouver des seins à prothèses beaux est vraiment artificiel. En fait, ce n’est ni plus
artificiel ni moins naturel que d’autres transformations du corps. Prenons les Papous qui se percent
la cloison nasale pour se mettre un bijou en bois dans le nez : ce n’est pas naturel mais, à leurs yeux,
c’est beau. De même, certains trouvent les poitrines refaites belles, même si elles semblent
artificielles. Les conceptions du «naturel» et du «beau» fluctuent selon les époques, les cultures et le
goût des individus. Dans cette pluralité, je vois un signe de démocratie.
Mais les canons de la chirurgie esthétique ne font-ils pas partie des diktats d’aujourd’hui ?
Le goût dominant a toujours existé. Notre époque offre des marges de manœuvre, de choix et de
distances par rapport aux normes sociales qui sont assez inédites dans l’histoire. Les Papous n’ont
pas le choix : ils doivent se percer la cloison nasale et ils n’en ressentent même pas la pression. En
Occident, si nous ressentons les goûts dominants comme une pression, c’est paradoxalement parce
que notre société nous donne la liberté de les refuser et de faire d’autres choix.

 « Tatouage : quand la société de consommation investit les corps », entretien de Marie-


Laetitia Bonavita avec David Le Breton, 07/07/2014, www.lefigaro.fr/vox/societe
Footballeurs du Mondial, passants dans la rue… la pratique du tatouage semble se généraliser. Comment
expliquer ce phénomène ?

2
On ne peut plus parler de phénomène de mode tant cette pratique connaît un véritable raz de marée depuis
une quinzaine d'années, notamment chez les jeunes, tant filles que garçons.
Il s'agit là d'une véritable révolution culturelle qui est apparue aux États-Unis dans les années 70 pour
s'élargir à l'Europe fin 80. Elle a pris naissance avec le mouvement hippie, sur fond de libération sexuelle, et
a été largement relayée par les actrices et les acteurs, à l'image de Jack Nicholson, Angelina Jolie ou encore
Estelle Halliday. Cette tendance rompait ainsi avec le tatouage des générations précédentes qui avait une
connotation de rébellion. Le tatouage d'alors était exclusivement masculin et se limitait au milieu ouvrier,
routier, carcéral ou militaire. Ces tatouages possédaient une connotation virile, souvent agressive.
Maintenant la recherche de beauté, d'harmonie prend le dessus.
Désormais, on peut parler d'une massification du tatouage qui se veut une véritable forme d'art
populaire, un body art généralisé. Les tatoueurs sont des artistes qui dessinent des œuvres souvent stylisées
et finement travaillées. Cet engouement se perçoit à travers la multiplication des salons, des Mondiales ou
encore à travers l'exposition «Tatoueurs Tatoués», qui se tient actuellement au musée du Quai-Branly à
Paris. Ce phénomène poursuit son essor avec l'exhibition des tatouages des nageurs et des coureurs lors des
Jeux Olympiques ou, par exemple, lors du mondial de football cette année. Les sportifs sont de gros
consommateurs de tatouages, ils en font leur logo, leur image de marque.
Le tatouage semble s'être même embourgeoisé…
Sans doute. Le tatouage traverse tous les milieux sociaux, de la classe populaire à celle plus BCBG1.
Sa signification est désormais la recherche de l'embellissement, de l'esthétisation de soi. A travers le
tatouage, il y a une volonté de s'approprier son corps, de le signer. Une manière de dire: «mon corps est à
moi».
La démarche chez les jeunes est-elle la même, qu'ils soient filles ou garçons?
Pas tout à fait. Chez le garçon, il y a le franchissement d'un seuil symbolique, celui de l'âge d'homme. Le
tatouage est un attribut de masculinité: il conserve une connotation un peu démonstrative, «virile». C'est un
peu comme lorsque les adolescents fument une cigarette. Chez les filles, il s'agit plus d'une démarche
esthétique. Elles choisissent des motifs plus apaisés: fleurs, animaux, paysages, etc. Le tatouage est vécu
comme un bijou cutané. Et puis, que l'on soit fille ou garçon, le tatouage participe de la séduction. Sans
parler des tatouages réalisés sur des parties plus intimes du corps qui viennent érotiser les relations
amoureuses. Une certitude: la théorie du genre n'a pas encore tout à fait investi le monde du tatouage2.
Vous parliez de l'embellissement du corps. Les dessins tatoués sur le corps ont-ils une signification?
Très stylisés, les tatouages ressemblent souvent à des signatures, voire à des griffes de grandes
marques. Beaucoup de jeunes vont jusqu'à se faire tatouer la virgule de la marque Nike, révélant ainsi le
fantasme autour de grands noms de vêtement ou de luxe à la mode. Le corps devient un logo de soi. D'une
certaine façon la société de consommation investit le corps. L'écran de télévision, qui diffuse des publicités,
transforme le corps en écran.
Otiz, l'homme des glaces d'il y a 5 300 avant notre ère, a été le premier tatoué de tous les temps. Le
tatouage a donc fortement évolué au fils des temps?
En effet. Sans remonter jusqu'à Otiz, on peut dire que le tatouage chez nos ancêtres était une façon de
se fondre dans une communauté. C'était un rite d'initiation qui renvoyait à Dieu, à la cosmologie3. De
communautaire, le tatouage est devenu aujourd'hui individuel, relevant ainsi l'individualisme croissant de
nos sociétés.

1
acronyme pour « bon chic bon genre », expression désignant le look et le mode de vie de la bourgeoisie française traditionnelle
et catholique. Sur le plan vestimentaire, on retrouve de façon caractéristique : les tissus Liberty, le carré Hermès, l'écharpe
Burberry, le collier de perles (on parle du style « Collier de perles-carré Hermès », ou « CPCH »), etc. Cette façon d'être et de
s'habiller permet, ainsi, de se différencier des autres groupes sociaux et de revendiquer un côté prestigieux et élitiste. Cette
volonté de se distinguer socialement du reste de la population fait qu'un certain nombre de fabricants de vêtements et
accessoires ciblent exclusivement cette clientèle : Jacadi, Cyrillus, Acanthe, par exemple.
2
Le genre est ce qui, dans le masculin et le féminin, relève de la construction sociale (comportements suggérés ou imposés par la
société) et non de la nature. Ici Le Breton veut dire que dans les tatouages choisis, les garçons et les filles se cantonnent dans ce
qui est considéré comme masculin d’une part et féminin d’autre part sans remettre en question ces assignations culturelles.
3
Science qui étudie les lois du fonctionnement de l'Univers (cosmos).

3
 « Laverne Cox : “Je suis transgenre, si je ne veux pas devenir folle, je dois en être fière” »,
Télérama, 13 juillet 2015, entretien avec Pierre Langlais

Révélée par la série “Orange is the New Black”, Laverne Cox est la première actrice transgenre à
atteindre le haut de l'affiche. Une notoriété qui donne de la visibilité à sa communauté.
Elle est exactement ce qu'on attend d'elle. Et tout l'inverse. Laverne Cox entre dans la chambre d'hôtel où
l'on patiente en yodlant, moulée dans une robe orange fluo. Sourire éclatant, voix chaude, mains balayant
l'air, elle rit à gorge déployée quand on la qualifie d'icône de la communauté transgenre — « Je suis bien
trop jeune pour être une icône », s'offusque-t-elle en roulant des yeux. C'est pourtant ce que l'actrice de la
série de Netflix Orange is the New Black est devenue ces dernières années, passant de l'anonymat aux
couvertures d'Entertainment Weekly et du Time (qui l'a élue parmi les cent personnalités les plus
influentes de 2015), et devenant la première actrice transgenre à être nommée aux Emmy Awards.
Entre deux tournages de la série, où elle incarne Sophia Burset, la coiffeuse trans d'une prison pour
femmes, elle sillonne les Etats-Unis pour tenter d'ouvrir les esprits, de faire disparaître les peurs, pour que
cessent les discriminations contre les femmes et les hommes transgenres. « Pour que tout un chacun
puisse se reconnaître en eux, en leurs combats intimes et universels, en ce qu'ils disent de la complexité
de nos identités », glisse-t-elle, comme si elle répétait son prochain discours.
Laverne Cox offre un visage fier et charismatique à une communauté encore méconnue. Elle
raconte deux histoires, l'une à l'écran, l'autre dans les médias de plus en plus nombreux à lui donner la
parole. Celle du personnage de Sophia, femme lumineuse au douloureux passé, dont la « transition » est
mise en scène avec douceur et humour. Mais surtout la sienne, « celle d'une femme noire transgenre de la
classe moyenne élevée par une mère célibataire », lâche-t-elle d'un souffle. Un récit fait de souffrances et
d'incompréhensions, mais qui débouche sur un succès comme les aime tant l'Amérique, obtenu à force de
travail et de patience.
Elle est née au milieu des années 1980 à Mobile, en Alabama, dans un Sud pauvre et conservateur où l'on
voit d'un mauvais œil les petits garçons qui « ne se comportaient pas comme tout enfant déclaré homme à
la naissance est censé se comporter ». Laverne Cox dit « avoir toujours été une femme » et a connu une
enfance faite de solitude, d'insultes et de brimades. Elle trouve refuge dans la danse, s'essaye au ballet lors
de ses premières années d'étude, puis s'installe à New York au début des années 2000. Là, elle peut enfin
s'exprimer, sortir dans les clubs fréquentés par la communauté LGBT, porter des faux cils, avouer son
admiration pour les drag-queens, et enfin entamer sa transition.
C'est aussi dans la Grosse Pomme qu'elle fait ses premiers pas d'actrice. Loin de Hollywood, où les
personnages de transgenres font la gloire des acteurs « cisgenres » (terme désignant les personnes non
trans), de Hilary Swank (Boys Don't Cry) à Jared Leto (Dallas Buyers Club), Laverne Cox multiplie
gratuitement les apparitions dans des films d'étudiants et sur les scènes du off-Broadway.
Quand la télévision lui propose ses premiers rôles, c'est pour l'engoncer dans les robes outrancières
de prostituées assassinées dans des séries policières comme New York, Unité Spéciale — « J'en ai joué
sept », s'amuse-t-elle à répéter dans toutes ses interviews. Pour se faire connaître, elle ose alors la télé-
réalité. En 2008, elle s'inscrit à l'émission I Want to Work for Diddy, dans laquelle le rappeur Puff Daddy
recrute sa nouvelle assistante. Elle est éliminée, mais VH1, le diffuseur, lui offre son propre programme
de relooking, TRANSform me, qui, malgré son échec, fait d'elle une figure identifiable de la communauté
transgenre.
Orange is the New Black est lancée par Netflix en juillet 2013, dans le sillon de House of Cards. La
série de Jenji Kohan (Weeds) offre une galerie de femmes « atypiques », de toutes origines, de toutes
confessions, hétérosexuelles et lesbiennes, jeunes et vieilles, sveltes et girondes. Elle prend à contre-pied
les stéréotypes en creusant leur humanité, leur sensibilité. Rapidement, Laverne Cox est comparée à
Sophia Burset, son personnage — « Nous sommes émotionnellement connectées, mais nos parcours sont
radicalement différents, insiste-t-elle pourtant. Je ne suis pas intéressée par les femmes, je n'ai jamais été
mariée... et je n'ai jamais fait de prison. »
Une héroïne qui lui permet de mettre le doigt sur de véritables problématiques transgenres,
notamment l'accès aux traitements hormonaux — Sophia en est un temps privée dans la première saison.
« Les gens doivent comprendre que certains d'entre nous ne se reconnaissent pas dans le genre qui leur a
été assigné à la naissance, explique-t-elle. Si quelqu'un veut se définir différemment, on ne devrait pas lui
refuser l'accès à des soins médicaux ni le harceler. Il ne devrait pas être victime de violences. »
4
Les héroïnes trans trouvent une place grandissante dans les séries, de Sense8, autre création de
Netflix signée par les Wachowski, à la superbe Transparent, en passant même par Amour, gloire et
beauté. Mais ce sont bien souvent des actrices et acteurs cisgenres qui sont embauchés pour les incarner.
Les comédiennes trans comme Candis Cayne (Dirty Sexy Money) ou Alexis Arquette (aperçue dans Pulp
Fiction) n'ont jamais eu la popularité de Laverne Cox. Elle est invitée à la Maison-Blanche, pose avec
Michelle Obama, figure dans la liste des « femmes les plus belles de l'année » des magazines Glamour et
People, collectionne les prix récompensant son engagement.
Malgré les tribunes haineuses de certains médias conservateurs, elle réaffirme à chaque prise de
parole son identité. « Je n'ai jamais pu et je n'ai jamais voulu faire oublier que je suis transgenre. C'est ce
que je suis, et si je ne veux pas devenir folle, je dois le revendiquer, en être fière », martèle-t-elle, le
visage soudain grave, avant de s'élever contre ceux qui se désolent de ne lui voir jouer que des trans, au
risque de s'enfermer dans cette identité. « Qu'y a-t-il de mal ? Il y a beaucoup d'histoires à raconter sur
ces femmes-là, en veillant à ne pas les réduire à leur seule identité sexuelle. Sophia est une mère, une
épouse, une coiffeuse. Et une transgenre. »
Pas question de céder à la pression, de s'emporter, de risquer de gâcher cette visibilité offerte aux
trans, renforcée par l'exposition médiatique de Caitlyn Jenner (l'ex-champion olympique et star de la télé-
réalité, autrefois connu sous le nom de Bruce Jenner, qui vient d'officialiser sa transition en faisant la
couverture de Vanity Fair). Laverne Cox ne jure que par l'amour de son prochain, cite l'écrivaine Maya
Angelou — « Il est bon d'être en colère, mais ne soyez pas aigri. L'aigreur est un cancer » — et Simone
de Beauvoir (« On ne naît pas femme, on le devient »), et se déclare féministe, adepte des écrits de
l'Américaine Bell Hooks.
À voir
Orange is the New Black, saison 3, disponible sur Netflix France depuis le 12 juin.
Elle est exactement ce qu'on attend d'elle, haute en couleur, bavarde, chaleureuse, débordante d'énergie.
Mais elle est aussi tout l'inverse, sérieuse, studieuse, mélancolique. Comme Orange is the new black, elle
semble satisfaire les stéréotypes pour mieux les dépasser. « Je suis imparfaite. Je suis humaine. Je suis
comme tout le monde. »