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RECHERCHES SUR LES ü<I><I>IKIA

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DE L'EGLISE BYZANTINE
ARCHIVES DE L'ORIENT CHRÉTIEN
------11

RECHERCHES
SUR LES Ü(1)(1)IKIA
,

DE L'EGLISE BYZANTINE
PAR

J. DARROUZÈS

Sceau de l'ekdikcion : Corpus, 114.

INSTITUT FRANÇAIS
D'ÉTUDES BYZANTINES
P A RIS
197 0
A la Mémoire
de noire confrère, maître el ami,
Venance Grumel A. A.
(t 13 aoûl 1967)
INTRODUCTION

Les Byzanlins désignenl par ocpcp(x'~ov les charges qui enlraînenl


une responsabilité adminislrative dans l'Élal ou dans l'Église;
bien que le terme ne prête pas à confusion dans le conlexle grec,
la traduction par offices, dès le tilre d'un ouvrage, peut dérouter.
Sur ce point comme en d'autres, la terminologie n'esl pas cependant
rigoureuse et absolument stable. Dans le domaine civil, les termes
relatifs à une charge ou à un titre, à une fonction ou à un rang
honorifique ('n(.L~, &.1;LW(.La, 't'cX.1;~ç, oepcplx'wv, Àe:~'t'ouPyLa ... ), offrent des
sens qui se compénètrent. Pour l'Église byzantine, 6cpcpLx'~OV garde
une acception plus constante : par opposition au degré d'ordre
(~lXe(.LOç te:p6ç), conféré par ordination sacramentelle, il signifie une
fonction sans rapporl essentiel avec l'un des degrés, quoique
réservée aux ordres inférieurs à l'épiscopat, le plus souvent à des
diacres. Les membres du clergé qui détiennent une charge officielle
prennent le nom d'archonte et forment une classe avec sa hiérarchie
propre: un évêque, même pourvu exceptionnellement d'un office,
n'est pas et n'est pas appelé archonte; lorsqu'on veut indiquer
son pouvoir général sans insister sur des divisions, du patriarche
au simple évêque, on emploie couramment &.pX~e:pe:uç, dont le
pluriel équivaut souvent à membres du synode. L'office est donc
une charge administrative dépendant de l'autorité épiscopale mais
dont les attributions ne sont pas définies uniquemenl par les
ordres de la cléricature; en traduisant 09CPLx'~1X et oèpxov't'bua par
office, charge, fonction archontale, on sous-entend toujours une
distinction avec les ordres qui forment la hiérarchie primaire de
l'Église et dont les attributions sont définies par rapport au culte
et au ministère traditionnels.
La dissociation entre degrés d'ordre et fonctions administratives,
bien qu'elle ne soit pas radicale, introduit dans les institutions un
certain dualisme, sensible dans la doctrine du sacrement de l'ordre
et dans les rites d'investiture à toute époque, mais dont les effets
n'ont rien de comparable à ceux que l'on a observés dans les
institutions civiles. Dans l'État, on constate une progression

1-1
2 INTRODUCTION

continue des charges palatines et à des inversions de rapport


entre les titres et les charges, produites en grandI' partie par
l'arbitraire. L'Église, qui n'admet pas de titres nobiliaires propre-
ment dits, conserve le cadre hiérarchique des ordres fixés par les
canons, tout en laissant les offices éyoluer avec le temps et les
usages. Mais notre objectif n'cst pas d'établir une comparaison
entre les deux secteurs, car lrs institutions impériales, représentées
par des sourc(~s plus précises et plus nombreuses, ont aussi
l'avantage d'a\'oir été mieux exploitées par les éditeurs et les
historiens; par contre, les institutions ecclésiastiques continuent à
leur apparaître à travers des documents abstraits et quasi intem-
porels, dont on ne s'est pas soucié de fixer la date ni d'étudier
la tradition.
Toutes les études sur les offices de l'Église byzantine sont
tributaires des éditions anciennes de Codinus le Curopala te, en
particulier de l'édition annotée par Gretser et complétée, en 1648,
par Goar qui venait de publier, l'année précédente, son Euchologion.
Quoique grec et bon canoniste, Chrysanthos Notaras, dans son
Syniagmaiion, ne dépasse guère l'information des Gretser et Goar :
son schéma des offices n'est autre que celui de la notice annexée
à Codinus. J. Zhishman renouvela le sujet en utilisant la nouvelle
source des actes du patriarcat révélée par l'édition de Miklosich
et Müller, mais son schéma de la hiérarchie des archontes, en deux
chœurs, est emprunté à la notice la plus excentrique publiée par
Goar. Et tout récemment, Th. Papadopoullos, étudiant la période
post-byzantine, recourt encore au schéma de Codinus et de Notaras,
comme à la liste classique des archontes de l'Église byzantine.
Le problème de l'autorité de ces notices éditées par Goar est à
l'origine de mes recherches sur la tradition générale des listes
d'offices. Des études récentes ont montré, en effet, que les sources
utilisées n'ont pas la portée voulue pour couvrir toute la durée
des institutions, depuis la fondation du patriarcat jusqu'à la chute
de l'empire. Ainsi les notices de l'Euchologe de Goar proviennent
de manuscrits tardifs, dont l'un, déclaré antiquissimus, est un
rituel chypriote daté des environs de 1576; par une curieuse
fortune, ce texte, le plus éloigné de la tradition byzantine, se
trouve inséré encore aujourd'hui, grâce à l'édition de Goar, dans
les euchologes officiels de l'Église grecque. D'autre part, l'édition
de J. Verpeaux, par le seul examen de la tradition manuscrite,
établit que la notice ecclésiastique n'appartient même pas au
Traiié des offices du Pseudo-Kodinos : celui-ci n'étant pas antérieur
à la seconde moitié du XIVe siècle, la notice ecclésiastique perd ce
prestige d'antiquité qui l'entourait. Les textes imprimés ont donc
joui d'un crédit immérité, faute d'une étude critique de la tradition.
INTRODUCTION 3

La sécheresse des listes, la rigueur apparente d'un classement


numériquC', le préjugé aussi qu~ ]es Byzantins sont par C'xcellenec
conservateurs, ont faussé toute perspective: l'impression a prévalu
que le temps et le lieu ne comptaient pas en la matière et que
les neuf penta des d'archontes évoluèrent depuis les origines autour
<lu patriarche, aussi immuables que les neuf chœurs ors anges
autour de l'Éternel.
J'ai étudié par conséquent, en premier lieu, ]a tradiLion manus-
crite de ces listes et d'autres notices éparses dans quelques centaines
de manuscrits. Cette recherche --- parLie centrale de l'ouvrage -
aboutit à la constatation suivante: parmi les nombreux types
inventoriés, dont certains sont représentés par deux et trois
recensions, deux ou trois listes à peine sont antérieures au
XIIIe siècle. A partir de là, il devenait indispensable, pour l'intel-
ligence des textes, de les replacer dans le contexte historique et
juridique. Au lieu de conduire plus avant une édition critique, de
peu d'intérêt en raison de la variété et de ]a qualité des témoins,
ou qui exigeait des recherches de détail disproportionnées aux
avantages escomptés, il m'a semblé plus urgent de tracer une
esquisse de l'évolution des offices, dont les listes ne sont pas sans
doute le vestige le plus important. L'aperçu historique - première
partie - répond à ce besoin: i] s'agit de dégager des principaux
témoignages ce qu'ils nous apprennent de l'organisation des sékréta
à leur époque; cela nous conduit à insister sur les titres et les
charges les mieux attestés aussi bien que sur des mentions spora-
diques et des phénomènes passagers qui jalonnent l'évolution de
]a hiérarchie archontale. Le but n'est pas de dresser un inventaire
des offices, ni d'écrire l'histoire des services administratifs, mais
de cerner les sources qui nous les font connaître. Divers problèmes
se sont posés en permanence, qui mériteraient des développements
particuliers: rapports des archontes avec la hiérarchie épiscopale
et avec le pouvoir impérial, modalités de la promotion, de l'avance-
ment et du cumul; sur ce point j'ai essayé de suivre la progression
des sources elles-mêmes, qui ne sont ni nombreuses ni explicites
avant les Xe-XIe siècles. En définitive, tandis que le traité du
Pseudo-Kodinos, reflet lointain de la nolilitia dignilalum, est le
dernier chaînon d'une tradition plus continue, les notices ecclésias-
tiques, pratiquernmcnt inexistantes durant toute la période
antérieure, nous apparaîtront comme une image de la hiérarchie
postérieure à l'époque des Comnènes.
Dans la troisième partie, j'applique tout d'abord à la description
des sékréta, ou offices directeurs, les conclusions de l'enquête
historique et critique. L'état des sources et la direction de mes
recherches, axées sur l'étude des actes patriarcaux, me conduisent
4 INTHODUCTIO~

à accorder désormais plus de place au chartophylax et à la


chancellerie. La connaissance concrète des institutions se heurte
principalement à la pénurie d'actes officiels, qui n'affecte pas au
même degré tous les secteurs administratifs. Nous n'avons aucun
acte, en original ou en copie, d'un grand-économe, d'un grand-
skévophylax ni de la plupart des chefs de bureau ecclésiastiques :
pour la définition des grands ofliciers, on se trouve donc devant
la difficulté de concilier les renseignements fournis par les auteurs
de notices, soit avec les mentions antérieures, soit avec la réalité
mouvante de leur époque, puisque les actes témoins, qui doivent
servir au contrôle, font défaut. En l'absence d'actes de ces bureaux
spécialisés, nous pouvons recourir aux actes patriarcaux et
synodaux, dans lesquels intervient au moins l'office qui en prend
charge : la chancellerie, confondue avec le chartophylakion. En
effet, bien que Balsamon attribue au chartophylax la présidence
d'un dicastère analogue, selon lui, à un tribunal impérial, la
tradition ne nous a légué aucun acte émis en propre par un tel
dicastère : elle rattache au contraire toutes les activités du fonction-
naire à la juridiction du patriarche et au fonctionnement du
synode. La contradiction, apparente ou réelle, ne peut être levée
que par l'examen attentif de tous les actes de chancellerie; c'est
la diplomatique qui détient la clé pour la définition réelle de
l'office et nous permet de vérifier autant que possible l'exactitude
des définitions théoriques.
Les auteurs modernes, dans les monographies et les articles
d'encyclopédie, développent en général la doctrine de Balsamon
et des notices connues, en additionnant les témoignages relatifs à
la fonction du chartophylax. On admet, en gros, qu'il sert de
vicaire au patriarche et de secrétaire au synode, sans aller au fond
du problème ni définir en quoi consiste l'autonomie du sékréton
proclamée par Balsamon. Il restait à confronter ces données avec
l'ensemble des actes qui subsistent et qui représentent deux pôles
différents, sinon tout à fait opposés, de l'exercice du pouvoir dans
l'Église byzantine: actes personnels du patriarche qui manifestent
sa juridiction suprême, actes synodaux qui émanent d'une
assemblée épiscopale souveraine. Que fait la chancellerie et que
signifie son intervention dans les deux cas? Quelle est sa position
entre la tête de l'Église et les membres supérieurs de la hiérarchie
qui composent le synode? Telles sont les questions auxquelles il
faut répondre par l'étude des actes les plus significatifs.
La diplomatique nous enseigne de plusieurs côtés que le pouvoir
des archontes, y compris les plus élevés, tient dans les limites que
suggèrent autant la désignation commune de la charge par
OcpcptXLOV, Ù7t'YJpE(jtIX, ÀEL't'OUpytIX, que l'attribution de ces services à
INTHODUCTION 5

l'ordre diaconal. Ces archontes, même associés au patriarche, ne


peuvent partager pleinement la juridiction de l'évêque, qui détient
personnellement tous les pouvoirs en matière dogmatique, adminis-
trative et judic.iaire. La rareté des actes de sékréton, qui touche
le chartophylakion autant que les autres bureaux, ne s'explique
pas uniquement par la disparition des archives; ce doit être un
indice positif commun de leur moindre importance dans le système
administratif de l'Église byzantine. Si le chartophylax occupe une
place privilégiée dans les actes et les mentions, parce que son
office est davantage lié à la conservation des documents oflicicls,
ou même à l'exercice du pouvoir patriarcal et synodal, il reste
dans tous les secteurs un exécutant; en particulier, malgré la
terminologie qui assimile le chartophylax à un juge, ni lui, ni les
autres archonte& n'exercent cette fonction au for ecclésiastique,
car leurs interventions ne vont pas au-delà des opérations auxiliaires
de justice et de chancellerie. D'autre part, conformément à la
constitution de l'empire byzantin, l'autonomie administrative de
l'Église - pour nous en tenir aux aspects les plus temporels des
actes - est très réduite par la juridiction de l'empereur, qui peut
empiéter jusque dans le synode sur les pouvoirs épiscopaux; dans
ces conditions, il est normal que les services extérieurs du patriarcat
dépendent étroitement de l'administration impériale, que ses
sékréta soient moins sollicités dans la vie courante et témoignent
d'une activité moindre que des bureaux civils analogues, comme
nous l'indiquent la proportion et l'origine des actes conservés, la
forme et la teneur d'un bon nombre d'actes synodaux eux-mêmes.
Lf' XIVe siècle nous a légué un registre synodal, modèle de
l'édition Miklosich et Müller, mais dont les originaux ne sont pas
encore décrits. Plus encore que les listes d'offices, ces documents
exigeaient un retour en arrière et des vues d'ensemble sur l'organisa-
tion administrative. La description archéologique et diplomatique
pose des difficultés d'interprétation insurmontables si l'on ignore
surtout les grandes lignes de l'histoire de la chancellerie, dont les
actes synodaux sont l'œuvre la plus originale et la plus importante.
Bien que j'aie conscience, au cours de cet exposé, d'avoir soulevé
plus de questions que je n'en ai résolu, ces recherches préliminaires
étaient également indispensables pour l'étude du registre qui fera
l'objet d'un travail complémentaire.
En terminant, je dois évoquer le souvenir du regretté Père
Venance Grumel, auquel j'ai dédié cet ouvrage. Mon premier
contact avec la diplomatique patriarcale date du jour où il me
demanda de dresser les index des trois premiers fascicules des
Regestes dont il est l'auteur; depuis j'ai eu très souvent l'occasion de
discuter avec lui et de recevoir la solution de nombreux problèmes
6 INTRODUCTION

de chronologie, d'authenticité et de droit: chacun peut constater


par ks référencf's que ce travail n'aurait pas vu le jour sans lui,
ni sans le R. P. Laurent qui relança l'entreprise des regestes
patriarcaux dans la voie des réalisations. Avec. l'espoir que cet
essai contribuera à l'achèvement de cette œuvre, en préparant
d'autres étapes, j'ai la cerLitude qu'il répond à la vocation reconnue
de notre institut.
Cependant, dans les circonstances actuelles, je n'aurais pas
achevé, ni peut-être entrepris, ce travail sans le concours de la
Recherche Scientifique, ni sans la ferme et claire direction que
son représentant pour moi, le professeur Paul Lemerle, a donnée
à mes recherches : si le résultat a quelque intérêt pour les
byzantinistes, il m'est agréable de reconnaître à qui ils le doivent.
SIGLES ET ABRÉVIATIONS

J'en ai limité l'usage à quelques titres; souvent la référence à


Regesles, Regeslen, implique aussi le renvoi au texte qu'ils citent
ou analysent. J'inscris ici quatre instruments ordinaires de travail
(ouvrages de Beek, Bréhier, Notaras, Zhishman) que je ne cite
pas souvent, mais que j'ai utilisés un peu part.out. Au cours de
l'exposé je renvoie à Notice ou à Lisle avec des sigles (A à R)
ct des numéros qui correspondent aux divisions des textes de
l'Appendice.

H. G. BEeK, Kirche und iheologische Lileraiur im byzantinischen


Reich, München, 1959.
L. BRÉHIER, Le Monde Byzantin, II. Les insiitutions byzaniines
(L'Évolution de l'humanité, 32 bis). Paris, 1949.
J. B. BURY, The imperial administrative system in the ninih ceniury,
wilh a revised texl of ihe Kleiorologion of Philolheos (The
Brit. Acad. Suppl. Papers 1). London, 1911; cité :
Klèlorologion.
DMITRIEVSKIJ, EÔX0À6ytCl : A. DMITRIEVSKIJ, Opisanie lilurgi-
ceskich rukopisej, t. II, EÙXOÀOYtCl, Kiev, 1901.
A. DMITRIEVSKIJ, Drevnêjsie palriarsie lipikon Svjalogrobskij
Jerusalimskij i velikoj Konslanlinopolskoj cerkvi, Kiev,
1909; tiré à part de Trudy K ievk. Duchov. Akadem. déc.
1901, p. 519-579. Je cite sous l'abréviation Trudy., n'ayant
pas l'autre édition.
DOLGER, Finanzverwaliung : F. DOLGER, Beilrage zu,. Geschichie der
byzantinischen Finanzverwaltung besonders des 10. und
Il. Jahrhunderts (Byz. Archiv, 9), Leipzig-Berlin, 1927.
F. DOLGER, Aus den Schalzkammern des heiligen Berges, München,
1948 ; cité Schalzk.
F. DOLGER, Regeslen der Kaiserurkunden des Oslromischen Reiches,
München, 1924-1965; cité Regeslen, suivi du numéro de
l'acte.
8 SIGLES ET ABRÉVIATIONS

DCCANGE, Glossarium: Du FRESNE Du CANGE, Glossarium ad


scriptores mediae et infimae graecitalis, Lugduni, 1688.
FISCHER, De caialogis: B. FISCHER, De patriarcharum consiantino-
poliianorum caialogis ... accedunl ejusmodi caialogi duo adhuc
inediii (Comment. philo!. Ienenses, 3), Leipzig, 1884.
V. GRU:\1EL, Les Regesles des actes du palriarcal de Conslanlinople.
I. Les Actes des palriarches, fase. 1-3, 1932-1947; cité
Regesles, suivi du numéro de l'acte.
JGH. lus Graecoromanum, en général d'après l'édition J. ct
P. ZEPOS.
Klèlorologion: voir J. B. Bury.
LAUREl\;T, Corpus: V. LAURENT, Le Corpus des sceaux de l'empire
byzanlin. Tome V, 1-2, Paris, 1963-1965 ; renvoi au numéro
du sceau.
MAi'OSI : J. D. MANSI, Sacrorum conciliorum nova el amplissima
colleclio, Florentiae, 1769.
MM: F. ~hKLOSICH et J. MULLER, Acla el diplomala graeca medii
aeui sacra el profana collecla, Vindobonae, 1860-1890. Les
renvois aux volumes l, II, se font au numéro de l'acte
(la numération étant continue dans les deux volumes);
cependant lorsque le renvoi à la page ct à la ligne est
nécessaire, il est accompagné toujours de l'indication du
tome.
NOTARAS, CHRYSANTHOS (de Jérusalem), kUV't"oc"([.LcX:no\l 7tEpL 'f~\1
ocpc;md.w\I, xÀ'1JpLxchw\I XOCL eXpxo\lnx(w\I -rijç 'fOÜ XPL(1'fOÜ aytct!:;
,ExxÀ'Y) (1(ct!:; , 2 e éd., Venise, 1778.
ÜUDOT, Acla : J. ÜUDOT, Palriarchalus Conslanlinopolilani aela
seleela (Codificazione canonica orientale. Fonti, II, fasc. III),
Vatican, 1941.
PSEUDO-KoDINOS, Trailé des Offices. Introduction, texte et
traduction par J. Verpeaux (Le Monde byzantin, 1), Paris,
1966.
RHALLES-POTLES, Synlagma : G. A. RHALLES et M. POTLES,
kUV't"ocy[.LOC 'f~\1 6dw\I XOCL LEp~\1 XOCVO\lW\I... Athènes, 1852-1859.
Urgesles, voir V. GRUMEL.
Regesien, voir F. DOLGER.
Schaizk., voir F. DOLGER.
Trudy, voir A. Dmitrievskij.
J. ZHISHMAN, Die Synoden und die Episkopal-Amler in der morgen-
liindischen Kirche, Wien, 1867.
PREMIÈRE PARTIE

APERÇU HISTORIQUE
SUR L'ÉVOLUTION DES OFFICES

1. Du ye AU Xe SIÈCLE

II. LOIS, DOCTRINE ET PRATIQUE DES XIe ET XIIe SIÈCLES

III. LES DERNIERS SIÈCLES (Xllle-XV e )


1. DU ye AU xe SIÈCLE

Depuis la fondation du patriarcat jusqu'à la fin du IX e siècle,


nous ne possédons aucun état des archontes de la Grande-Église
comparable à ceux qui permettent, à partir de la N olilia dignilalum
et des sources juridiques, d'étudier les charges et les dignités
impériales. Des novelles, des canons et des actes conciliaires citent
les noms des officiers les plus marquants de la chancellerie et de
l'administration ecclésiastique, comme des membres isolés d'un
organisme dont nous ne connaissons pas la constitution de
l'intérieur. D'autre part, les mentions de charges ecclésiastiques
contenues dans les vies des saints et les chroniques s'éparpillent
dans toutes les régions de l'empire: ce n'est pas en additionnant
ces citations que l'on reconstituera les cadres d'une administration
centrale qui s'ordonne autour du patriarche de Constantinople.
Ainsi un archonte tel que le diadotès 1 , attesté à Alexandrie,
n'existe peut-être nulle part ailleurs. Inversement, des cadres
institués par la législation impériale ne valent pas nécessairement
pour tous les diocèses. Notre recherche, limitée aux offices de la
Grande Église, s'attachera donc presque exclusivement aux sources
qui lcur sont propres.
D'après l'état général des sources relatives à la vie de l'Église
byzantine, son histoire se partage en deux grandes périodes, l'une
partant de la fondation du patriarcat de Constantinople, l'autre,
de la fin du XIe siècle. Elles sont mises en évidence, spécialement
par rapport aux offices, par deux siècles de transition durant
lesquels se produit une évolution des institutions du patriarcat,
connue d'ailleurs indirectement, par comparaison entre les données
du Livre des Cérémonies, récapitulation d'une période révolue, et
les premiers textes législatifs de l'époque des Comnènes.

(1) H. GELZER, Leon/jas' von Neapolis Leben des heiligen Iohannes des Barmherzigen,
Erzbisho{s von Alexandrien, Freiburg-l.eipzig, 1893, p. 120-123; l'éditeur consacre
une noUce aux archontes du patriarcat d'Alexandrie attestés dans cette Vie et les
sources parallèles; en plus du 8~cx86TIjç, les 8wLXlI't"cxt ne paraissent pas à Constantinople.
Inversement, le noumodotès connu par les listes du XIIIe siccle, ne déborde pas le témoi-
gnage des listes.
12 APEUÇU HISTOHIQUE SUH L'ÉVOLUTION DES OFFICES

1. J uslinien el lléraclius,
Le premier statut du clergé de Sainte-Sophie remonte à
Justinien!, le fondateur de l'église autour de laquelle graviLeronL
les archontes jusqu'à la fin de l'Empire, Un personnel très nombreux
et de fonctions peu différenciées, rattachées au seul titre ecclésias-
tique, est afTecté en premier lieu au service liturgique, dans les
conditions fixées de plein droit par le fondateur. Bien que l'empereur
exerce en même temps à l'égard de l'Église tout court et tout
entière son droit de tutelle en tous les domaines, y compris le
dogme et les ordres sacrés, il ne précise pas l'affectation de cc>s
ministres divers de la liturgie à des services de l'administration
générale. Entre la noveIle de Justinien et celle d'Héraclius 2 se fait
donc jour une différence notable: dans la seconde, avec le terme
oqlqlb<Loc, apparaissent de nouvelles catégories du clergé, qui sr
distinguent des desservants de l'église au moins par des noms de
fonctions ajoutés au titre de l'ordre sacré. La novelle fixe, en efTet,
comme la précédente, le nombre des ministres destinés au culte;
puis elle énumère des officiers spécialisés dans une charge: syncelles,
chanceliers, ekdikoi, notaires, skévophylakés, ces derniers partagés
en trois ordres sacrés, quatre prêtres, six diacres et deux lecteurs.
Entre la novelle de 535 et celle de 612, la terminologie indique
une évolution; mais pour en évaluer l'étendue, il faudrait précisé-
ment connaître la constitution des services du patriarcat et les
diverses affectations des membres du clergé dans ses bureaux.
L'Église, en effet, ne dépend pas uniquement des lois impériales
pour sa constitution et son développement, parce que son
administration, centrée sur le pouvoir épiscopal, obéit à des lois
internes. C'est pourquoi la novelle d'Héraclius reste encore dans
les généralités, règle une question d'effectifs et de traitements,
sans légiférer sur l'organisation interne du patriarcat. Bien avant
cette date et indépendamment des lois civiles, le patriarche est
entouré d'archontes que la novelle ne mentionne pasa. Vers la
même époque, le patriarcat s'enrichit d'un nouvel édifice, le
Thomaïtès, appelé ainsi du nom de son fondateur, le patriarche

(1) NO/lelle 3 (éd. ZACHARIAr:, Leipzig, 1881, n. l-t, p. 67-74). En général, la légis-
laLion de Juslinien est plus détaillée en ce qui concerne l'administl'aLion des biens
temporels.
(2) JGR, ZEPOS, l, p. 27-30 (Zachariae, III, 33-38). La noveUe d'Héraclius emploie
l'expression: otp({mdOLç, 'fi 'rOLÇ ÀE:YOfLévotç km'riXYfLClcH (p. 30, Il); les ordres sacrés
étant désignés par 'riXYfLCl (p. 28,22), faut-il comprendre que l'épitagrna est un degrù
administratif ajouté à l'ordre sacré? Le terme n'a pas survécu avec ce sens technique;
dans la novelle, il a valeur de glose.
(3) Les Actes des conciles citent surtout les employés de chancelleric.
DU yi! AU X· SIÈCLE 13

Thomas (607-610)1; il comprenait divers locaux destinés aux


réunions synodalrs rt il des srrviccs administratifs, en particulier
une bibliothèque.
Des mesures particulières prises par les empereurs ne peuvent
expliquer tout à fait, de l'intérieur, le développement des institu-
tions du patriarcat byzantin. La cause la plus profonde est sans
doute, grâce au pouvoir impérial, la transformation du diocèse de
Byzance en patriarcat de la nouvelle Rome; ce fait conditionne
toute l'évolution postérieure, mais les empereurs eux-mêmes
interviennent pour limiter l'aLLirance que la capitale exerce
sur tout le clergé. Les deux novelles principales ont pour objet de
fixer un numerus clausus. Or des évêques, de leur côté, malgré
les lois et les canons qui les contraignent à la résidence, affiuent
dans la capitale, poussés à la fois par la nécessité de recourir au
pouvoir impérial et patriarcal et par le souci d'assurer la collégialité
du corps épiscopal. Ainsi se constitue peu à peu un véritable
corps tout à fait particulier à la capitale, la synodos endèmousa,
que J. Pargoire qualifie assez justement d'endémique 2 • L'existence
de ce collège donne une apparence œcuménique au corps des
archontes lui-même. A la fois desservants de la Grande Église et
ministres du patriarche, ces clercs et ces archontes occupent des
charges dont la responsabilité tend à dépasser le diocèse d'origine;
par là, ils entrent en concurrence avec le corps des métropolites
de province pour l'administration de l'Église. Ainsi, durant tout
le cours de l'histoire, le rapport entre les degrés d'ordres sacrés
et les fonctions officielles est au centre de tous les problèmes
concernant les institutions.

2. Ordres el offices.
En principe, selon les canons, la répartition des offices respectait
la hiérarchie fondée sur le sacrement de l'ordre : un prêtre, par
exemple, n'occupait pas une charge qui l'eut subordonné à un
diacre. La hiérarchie administrative suivait en quelque sorte une
hiérarchie liturgique. On est frappé, en effet, par la variété des
charges confiées à des prêtres, à une époque où les diacres étaient
relativement plus nombreux. A cet égard, la liste des patriarches,
qui cite les fonctions antérieures de l'élu 3, fournit des renseigne-

(1) H. JAN):", Constantinople byzantine, 2" éd., Paris, 1964, p. 179.


(2) J. PARGOIRE, L'É[Jlise byzantine de 527 à 847, Paris, 190~, p. ;16.
(3) Il faut toujours se référer en principe à l'élude et édilion de B. FISCHER,
De patriarcharum conslantinopolilanorum calalogis (Dissert. Ienenses III) p. 282-294,
texte des Vindob. lheol. gr. 302 el lheol. gr. 40; néanmoins la liste de l\icéphore Callisle
est utilisable: PG, 147, 449-461l (ou 119, 909-9'2-1). La liste de Nicéphore est plus
concise: Nicephori opuscula, éd. de Boor, p. 112.
14 APEnçu HISTOHIQUE sun L'ÉVOLlJTIO~ DES OFFICES

ments significatifs; le nombre des prêLres, anejpns é(;onomes,


sacellaires, syncelles, rtc., qui montèrent durant ces premicrs
siècles sur le trône patriarcal, dépasse de beaucoup celui des
diacres l • Faute de listes complètes ct de documents signés, nous
ne pouvons dresser un état même approximatif de ces offices ct
de leur répartition variable suivant les ordres sacrés; mais on
imagine sans difficulté que le groupe des skévophylakés, formé de
quatre prêtres, six diacres ct deux lecteurs, du temps d' Héraclius,
composait un collège hiérarchisé où les prêtres n'étaient pas
subordonnés aux diacres.
Déjà, à l'occasion de la liturgie, naissaient des querelles de
préséance. A plus forte raison risquaient-elles de se multiplier hors
de l'église, dans les réunions administratives, lorsque des fonction-
naires prêLres et diacres, appartenant à des services différents, sont
appelés à siéger. L'importance de la charge tend à concurrencer
le degré d'ordination. Au concile de Nicée (325), le canon 18
interdisait les empiétements des diacres sur les prêtres, mais
uniquement autour de l'autel; de même le canon 54 de Laodicée
interdit aux prêtres d'entrer dans le bèma et de siéger avant
l'arrivée de l'évêque. Au concile In Trullo, à la fin du VIle siècle,
le canon 7 mentionne pour la première fois les àcpCflbwx ; on constate
que la dignité de l'office (&;LWfLlX) devient une occasion pour les
diacres de s'arroger en séance une place supérieure à celle des
prêtres. Que cette usurpation se produise au cours d'une cérémonie
sacrée, ou loin de l'autel, car les Pères du concile ne semblent pas
l'avoir spécifié, la sanction en tout cas se réfère à l'ordre sacré:
celui qui usurpe une place supérieure à son ordre (~1X6fL6c;) sera
condamné à siéger au dernier rang de sa classe (-rOCYfLlX) ; par exemple
au dernier rang des diacres, s'il est diacre 2• Il est donc probable
que la préséance des diacres, malgré leur ascension vers les charges
les plus estimées, ne comportait pas encore à cette date une
dérogation importante à la préséance de l'ordre et de la liturgie.
La seule exception admise par le concile concerne, en effet, le
diacre de fonction quelconque présent, comme légat du patriarche
ou du métropolite, dans une localité de leur territoire. Le principe
du pouvoir délégué et de l'honneur dû au représentant personnel,

(1) L. RRElIIER, Le Monde Byzantin, Paris, 1~49, Il, ·t~·!-·t83. \" oir aussi Fr. D\OR:"' ....
Les Légendes de Constantin el de Met/IOde vues de Byzance, Prague, 1933, p. 58-5!).
(2) Zonaras el Balsamon tirent le texte dans un sens possible, mais non évidenl :
PG, 137, 540-544. Ils se fondent sur une dilTérence de sanction :par rapport au concile
de Nicée) pour distinguer un double empiétement; on peul supposer aussi que la
progression générale des diacres rendait plus dil1icile ulle sanGlion radicale cornille
la déposition pure el simple.
DU v" AU Xe SIÈCLE 15
è:x npoO'ûmou, sera mis plcinement en lumière dans le prostagma
(l'Alrxis l Comnime r,onccrnant les offices l .
En conséquence, la titulature enregistre un cumul par la super-
position d'un emploi bureaucratique ou d'une charge administrative
au degré de l'ordre sacré; au ministère sacramentel s'ajoutent des
fonctions profanes ou extérieures, qui tendent il former une
hiérarchie secondaire parallèle et même indépendante, dans la
mesure où ses activités n'ont pas un rapport essentiel ni permanent,
mais arbitraire et variable, avec l'institution sacrée. Pour définir la
part de l'Église comme telle dans la formation et le développement
des offices, il faudrait connaître l'origine des rites et formules
d'ordinations secondaires qui finirent par être appliqués aux
difTérents degrés de la hiérarchie archontale. Nous en parlerons,
lorsque les traités et les rituels poseront le problème de manière
concrète; ce n'est pas avant le XIIe siècle. Il faut constater ici
que ces rites ne sont pas attestés durant la période conciliaire et
que des textes canoniques distinguent clairement l'ordination
proprement dite et la fonction conférée sans imposition des mains,
par promotion 2.
Cette distinction capitale doit être soulignée et précisée, car elle
s'estompe par la suite, même chez les canonistes, au point que
l'on trouve encore dans des manuels modernes 3 une division
radicale, sans fondement, qui serait signifiée par les deux termes
XE:LPOTOVLIX - XE:Lpo6o:O'[IX. La difTérence n'est pas dans ces deux termes,
ni même peut-être dans le rite de l'imposition des mains, mais
dans la signification sacramentelle et l'intention du consécrateur.
C'est ainsi que Tarasios, au concile de 787 (Nicée Il), avance, à
propos du terme XE:LPOTOVoufLÉvouÇ du premier concile de Nicée
(canon 8), la distinction entre E:ÙÀOYLIX et XE:LpO't'OVtlX (XE:Lpo6E:cr[lX) qui
ne soulève aucun remous". Toute promotion ecclésiastique pouvait
donc s'accompagner d'un rite, mais celui-ci n'a pas la même valeur
dans tous les cas. De là vient en particulier la distinction, sur

(1) Voir p. 57 et 66.


(2) Je note simplement ici : cXXe:~po'T6"7J'ToC; Ô7njpe:aloc (Basile, cano ~1) ct 1tpoôcD.-
Àe:aGocL (Chalc. cano 2) ; voir p. B9-90.
(3) Par exemple :'{. MILACI/, To txxÀ7Ja~ocanxo\l 8lKOCLO" rijc; bpGo86~ou •A"oc'To-
ÀLKijC; tXKÀ7Jalocc; (Biblioth. Marasli), Athènes, 1906, p. 3BO, voir ci-dessous, p. BI, n. 5.
(4) MANSI, 12, 10'22 D : fL~1t(o.IC; è1t' e:ùÀoylcxC; EVTCXüGOC T1J" Xe:~poGe:a[cxv À~ye:~ xocl
OÙXL Xe:~poTovlocc;; cf. les scolies éditées par VI. BE!'IE5EVlè, .synagoga L titulorum,
München, 1937, p. 167 (ou du même, Nomocanon, priloi.., p. 12). Le patriarche emploie
Xe:Lpo9e:a!1X uniquement parce que la recension du canon de Nicée qu'il avait sous les
yeux comportait la variante Xe:~po9E:TOUfLévouC; pour xe~po'TO"oufLtvouC; du texte plus
l'épandu; la distinction porte sur bt."nMicLion-consôcration, non sur la dilTércnce des
termes xe~po'Tov!OC - xeLpo6ea!lX.
16 APERÇU HISTORIQUE SUR L'ÉVOLUTION DES OFFICES

laquelle insistera Balsamon 1 , entre t€pwlJ.€voc:; et xÀ"I)p~x6c:;; le sens


technique apparaît d'une autre façon par l'emploi équivalent des
termes t€pwlJ.€vm - OCVL€pm. Cette distinction s'applique en particulier
aux moines; dès que l'évèque a reçu leur profession, ils sont
considérés comme clercs, tout en restant OCVL€PO~2 ; ils ne deviennent
t€PWIJ.€VOL, comme les autres clercs, qu'à partir du diaconat.
Le principe constitutif de la hiérarchie ecclésiastique n'a jamais
subi d'atteinte, en ce sens que la dignité de la personne est toujours
fondée sur le titre d'ordination. Mais, de l'extérieur, les fonctions
exercées par les différents ordres provoquent des perturbations et
des développements qui sont en relation constante avec les
mutations de la société et des institutions civiles. Ainsi, du v e
au XIe siècle, nous voyons que le rapport entre le titre sacré
(prêtre, diacre, etc.) et la fonction (économe, syncelle, etc.) varie
continuellement, mais de manière inégale suivant les fonctions. Il
n'existe peut-être qu'un groupe insensible aux changements et qui
soit resté fidèle au principe d'équivalence entre un ordre et une
fonction; c'est celui des EXOLXOL ou è:xxÀ"I)cr~iXOLXOL attestés à
toute époque comme prêtres 3 • Pourtant, au XIIe siècle, leur chef,
le prôlekdikos, appartient à la hiérarchie archontale et diaconale.
A titre individuel, le chartophylax est en règle générale un diacre
depuis les origines. En vue de faire apparaître les facteurs
d'évolution durant cette première période, examinons sommaire-
ment le cas de l'économe et du syncelIe, et plus longuement, celui
du chartophylax. Le choix de ces noms n'est pas indifférent, car
ils appartiennent au vocabulaire propre de l'Église, à la différence,
par exemple, de notaire, référendaire, sacellaire. Économe et
syncelle sont parmi les plus notables de la hiérarchie primitive et
le syncelle disparait pourtant au XIe siècle, tandis que le charto-
phylax, à partir d'un emploi secondaire, accède aux premiers rangs
par une lente progression.

3. Économe el syncelle.
L'économe est, à l'origine, un fonctionnaire strictement
ecclésiastique, l'un des rares mentionnés par les canons : Cha/co 26
et auparavant Théophile 10. Au cours du v e siècle, les économes
sont souvent des prêtres; mais le concile ln Trullo, cano 16, en
décrétant que le nombre des diacres n'est pas limité à sept par

(1) ,"oir j'exposé de sa doctrine, p. 87-91.


(2) On insiste souvent sur ce terme dans les controverses: J. DARROliZÈS, Documents
inédits d'ecclésiologie byzanline, Paris, 1966, p. 326 6, 389 5, 408 9, 412 2.
(3) Citons pl'incipalement le sceau collectif (LAURE:-lT, Corpus, 112) qui date des
dèbuts de l'institution: voir un exemplaire (no 114) sur notre page de couverture.
DU ,.e .H: Xe SIÈCLE 17

église, rappelle' que leur rôle e'st de yeiller ù l'administration des


biens en vue dr déchargrr prHrfs pt, rvêqups df's soueis matérie'ls.
Le canon de Chalcédoine spécifie que l'économe doit appartenir
au clergé ft le canon Il de Nicée] 1 rappellt> l'obligation pour lrs
évêchés et les monastilres d'avoir leur économe. Parmi les économes
devenus patriarches nous avons deux prêtres: Cyriaque (595-606) et
Paul II (641-653), et deux diacres: Pierre (654-666) et Constantin 1
(675-677) ; la succession des titres (prêtre ct diacre) est significative.
Le prêtre économe Marcien a laissé un nom dans l'histoire et
l'hagiographie; Théodore lecteur dit qu'il fut promu par Gennade
pt lui attribue une ordonnance d'intérêt général, mais limitée
probablement à la ville de Constantinople l . L'économe était donc
un personnage important, d'autant plus qu'il gérait. les biens de
l'évêché, en cas de décès et de vacance; c'est ce qui a pu guider
à l'origine le choix d'Un prêtre, justifié par l'étendue des responsa-
bilités plus que par la nature de l'emploi, compatible avec l'ordre
diaconal. Cependant, à Constantinople, on ne voit pas de règle
absolue fixant la titulaturc de l'économe, puisqu'après Marcien
prêtre (vers 458-471), nous rencontrons l'archidiacre Théodose,
en 519 2 •
Mais l'anomalie la plus flagrante se rencontre beaucoup plus
tard. Nous n'avons aucune raison de penser que le pouvoir impérial
intervenait dès cette époque dans le choix et la nomination de
ce haut fonctionnaire d'Église. Or, par diverses sources, nous
apprenons que la charge passe, vers le xe siècle, sous le nom d'un
métropolite et de divers dignitaires auliques : rektôr, patrice,
protospathaire, notaire impérial 3 . Ces titulaires n'apparaissent pas
avant le xe siècle. Tout ne fut pas parfait durant les siècles
antérieurs, mais la discipline primitive ne sc relâcha jamais au
point que l'économe fut nommé régulièrement par l'empereur et
choisi en dehors des prêtres et des diacres. La réforme des Comnènes
portera en premier lieu sur cette usurpation de pouvoir.
Le cas du syncelle souligne encore plus nettement l'importance
de l'autorité impériale, qui, après avoir accaparé le titre, en a

(1) PG, 86, 172 C-173 A; même terme 7tPOtl)CX}.ETO que d:ms Cha/co 2. D'après
une Vie ancienne, :\larcien est élu Èx xow'iic; ljii)<pou, WC; d7tdv, TWV 1X1h'ov ÈmaTIXI-Lévwv
I-LlXp-rupllXc; : A. PAT'ADOT'OIJLOS-KrmA~IEus, 'AVa.ÀEXTIX 'Ie;poaoÀul-L~T~x'ijC; aTotxuOÀoyllXC;,
4, 260 (cf. PG, 114, 432). Le témoignage (I-LlXpTupllX) est requis pour Irs ordinations;
l'hagiographe veut surtouL signifier qllr If' choix est ratifié par la voix commnne,
mais nous ne savons absolument rien de votes de ce genre pour le choix des
fonctionnaires.
(2) Destinalaire d'une leUre du pape Hormisdas: PL, 63, 43U; ccci est une preuve
que l'archidiacre ne cumulait pas n6cessairement la charge de prirnicier des notaires;
voir p. '20-21.
(3) Ces cumuls sont attesL('s surtout par des sceaux; voir p. 38 cL 304.
18 ,\PERÇU HISTOIUQUE sun L'ÉVOLUTION DES OFFICES

provoqué l'inflation et la faillite. La fonction primitive ne doit rien


à une institution civile l, puisque jr terme ôésigne tout ô'ahord le
clerc commensal de l'évêque, et même plus : qui partage sa
chambre (glose cruOïOjVOÇ) ; en soi, le titre est unique. L'intimité
favorise évidemment l'ascension très rapide du synkellos, au point
que plusieurs titulaires, dès le VIe siècle, deviennent patriarches ou
se mettent en évidence. Au palais impérial, le praeposilus sacri
cubiculi, puis le parakoimôménos, dont le rang et le pouvoir
dépendent de leur place auprès de l'empereur, suivent une progres-
sion analogue en passant de la chambre impériale à une direction
administrative 2. La seule différence est que la charge du syncelle
n'est pas clairement définie pur les mentions.
Nous constatons aussi que la plupart des syncelles sont prêtres.
Jean IV le Jeûneur (582-595) est le premier diacre syncelle dans
la liste des patriarches. Mais la novelle d'Héraclius donne deux
titulaires pour cette charge, en 612 ; il Y a place par conséquent
pour une répartition hiérarchique entre prêtre et diacre. La fonction
du prêtre syncelle n'est pas si distincte qu'elle ne puisse être
cumulée avec une autre; le seul cas clairement attesté est celui
du prêtre Stéphanos, syncelle et chartophylax vers 638; si le
sceau d'un chartophylax Étienne appartient au même personnage,
il doit être de date antérieure, car le sceau ne mentionne ni
le sacerdoce, ni le titre de syncelle 3 . A ce point de vue, les listes
de patriarches ne sont d'aucun secours, parce que l'énumération
de leurs titres antérieurs n'indique jamais un cumul, mais enregistre
une succession confuse de charges diverses.
Une note de date indéterminée, mais postérieure au XIe siècle
ct même à la disparition des syncelles de toute sorte\ considère les
syncelles comme un équivalent, auprès du patriarche, du sénat qui
entoure l'empereur; elle parle également des titres de syncelle
donnés par l'empereur à des moines et à des prélats qui servaient
comme de trait d'union et de conseillers pour les affaires communes
à l'Église et à l'Empire. Le Livre des Cérémonies est le premier

(1) ATHÉNAGORAS de Paramythia, '0 6tcr(.Loc; TWV crl,ryxéÀÀwv, dans 'E7t' 'ET. Bu~.
I:7t.,4 (1927), 3-38. V. GRUMEL, Titulaturc de métropolites byzantins, 1. Les métropolites
syncelles, dans (Rev. des) Ét. byz., 3 (1945), 92-114. DUCANGE, Glossarium, 1470-1472.
(2) L. BRÉHIER, Le Monde Byzantin, Il, p. 96 et 107.
(3) LAURENT, Corpus, 83 ; l'identification d'Étienne chartophylax avec le syncellc
et chartophylax de même nom ne doit pas être considérée comme acquise.
(4) Éditée par VI. Benesevic, en note, dans son étude sur les laklika : Byz. Neugr.
Jahr., f> (1927) p. 149, d'après Petropol. (Leningr.) 716, du XVIe s. ; autre copie dans
Atheniens. B. N. 1379, f. 395". L'imparfait employé par le rédacteur et l'incise O!!LClL
nous éloignent du moment historique; la note vient d'un juriste assez compétent,
mais, en désignant les syncelles au pluriel, il montre qu'il connalt surlout ceux du
XIe siècle.
DU \,e AI: Xe SIÈCLE 19

témoin d'une évolution manifeste du titre et de la charge; il


rapporte les rites de promotion du syncelle et la formule prononcée
par l'empereur 1 • Après la cérémonie au Palais, le nouveau syncelle
est mené en cortège jusqu'au patriarche qui le bénit 2 • La description
de sa place et des mouvements d'entrée, avec une allusion à la
xoc't'ocO''t'ocmç ecclésiastique que l'on doit respecter, témoigne d'un
certain embarras; on veut à la fois ménager aux syncelles une
place supérieure et maintenir inaliénable celle des membres du
synode. En lisant ce passage, on ne peut que songrr à la querelle
de préséance qui opposera plus tard métropolites syncelles et non
syncelles, puis métropolites et chartophylax. L'analogie de la
position du syncelle avec la situation acquise par le chartophylax
est remarquable du fait que leur préséance porte ombrage aux
prérogatives des métropolites. Mais la fortune du syncelle n'a guère
duré: après avoir figuré dans l'opinion comme un successeur
attitré du patriarche régnant 3 et pris un rang très élevé dans les
dignités auliques, il tombe en complète décadence; le titre,
multiplié durant tout le XIe siècle, ne correspond plus à aucune
charge spécifique. Tel est le résultat d'une intervention impériale.

4. CharlophyLax.
La connaissance des fonctions du chartophylax durant la
première période jusqu'au IXe siècle dépend des actes des conciles
œcuméniques. Ceux qui se tinrent à Constantinople ou aux
environs requirent la collaboration de divers officiers du patriarcat et
principalement des fonctionnaires de la chancellerie. Mais ces assem-
blées, convoquées par l'empereur et présidées souvent par des légats
du pape, ne sont pas à proprement parler des manifestations de la
vie propre du patriarcat; elles ne nous donnent pas une image
complète et exacte de son administration et de ses divers bureaux.
Les mentions de fonctionnaires civils produiraient la même
impression, si les historiens ne disposaient pas d'autres sources
pour reconstituer la hiérarchie des bureaux impériaux. Le paral-
lélisme de certains titres a du moins l'avantage de fournir un
élément de comparaison.

(I) r.omparer la promotion du synccllc avec celle du patriarche: De Cerem. II 8


et II 14 : PG, 112, 996 A, 1044 A.
(2) Le text.e dit o"'PPIXY(~F;(V; mettons en parallèle ln promotion d'un taboularios
décrite par le Liure de l'éparque l, 3: JGR, ZEPOS, 2, 372; o"'PPlXyra~ 7t"pOXe:~pL~e:o"elXt
est réservé à l'éparque et le prêtre dit ensuite une prière.
(3) Liste des anciens syncelles devenus patriarches dans ATHÊNAGORAS, art. cit.,
p. 9·10. L'idée de la régularité de succession est exprimée comme usage ancien et
périmé par KF,DRÈNOS-SKYJ.ITZf.:S, //istoire, Bonn, II 581, 7 (PG, 122, 313 A) ; elle
peut provenir du début du xe siècle (succession des patriarches Étienne, Euthyme) ;
en d'autres époques nous n'avons pas de cas aussi rapprochés.
20 APEIt(.:U HISTorUQUE sen L'ÉVOLUTION DES OFFICES

A première vur, la situation du chartophylax est mise en valeur


par le fait que le nom apparti(mt à un fonctionnaire uniquC'.
Son titre contraste avec celui d'une fonction équivalente dans les
bureaux impériaux ct dans certains bureaux patriarcaux: chartu-
laire est un nom commun, de même que notaire, chancelier,
sacellaire, etc. Le chef de ces collèges a besoin d'un titre de mégas
ou de prôto- pour se distinguer de la foule. Le titre paraît de
création ecclésiastique. On rencontre une fois un chartophylax du
palais d'Hormisdas; c'est une exception et, pour cette raison
même, un cas suspecV. L'erreur sc produit une fois à propos du
patriarche Jean VI, dit tantôt chartophylax, tantôt chartoularios
de l'économat, avant son patriarcat z ; il ne peut s'agir que d'un
chartulaire. Le nom unique signifie donc un emploi spécialisé; il
n'y a qu'un chartophylax par diocèse ou par évêché, tandis qur
de nombreux établissements peuvent recevoir un économe, un
skévophylax ou un notaire 3 , el dans le même diocèse ou la même
ville.
Il ne s'ensuit pas que le chartophylax occupe dès l'origine une
place éminente et en rapport avec sa fonction propre. La garde
des archives exigeait une certaine culture, des connaissances
historiques, juridiques et théologiques; l'emploi prédisposait son
titulaire à jouer tôt ou tard un rôle de premier ordre dans une
société où le document écrit régissait toutes les activités. Mais
pourquoi le chartophylax a-t-il émergé, plutôt que le primicier des
notaires ou le protonotaire, à la haute direction de la chancellerie
ct du secrétariat? Quelques mentions par siècle, du VIe au IX e ,
attestent l'existence de ces trois fonctionnaires, aussi qualifiés l'un
que l'autre pour diriger l'office; entre les trois se produit un
chassé-croisé qui laisse le champ libre à plusieurs hypothèses.
Avant même que paraisse le nom de chartophylax, le patriarche
disposait d'un secrétariat et d'une chancellerie bien organisée. On
a tendance à attribuer à l'archidiacre, qui tient parfois la charge
de primicier des notaires, une importance particulière 4 ; cependant

(1) THEoPHANEs, Chronographie, éd. de Boor, 295, 13.


i2) Nicephori opuscula, éd. de Baal', 119, 12 : un seul lémoin pour ;(IXP'TOuÀ&FwC;
dans l'apparat. Les deux calalogues de Fischer (p. 290) donnenl : charloularios soil
-rijc; obdClC; -rijc; Me;yciÀ7jC; 'ExxÀ7ja(ClC;, soit 'TOÜ otxovofLdou. On admelLra plutôt ce
dernier d'aprrs UllC lilulature des sceaux : LAl:RENT, Corpus, 66 : un chartulairc
de l'économe. S'il a jamais existé un charlophylax ailleurs qu'aux évêchés, ce doit
êlre un cas très rare.
(3) Dans les monastères il n'y a pas de charlophylax. De Mcesler cile a ce propos
Théodore Stoudile : PG, 99, 1212; mais dans ce passage je nc erois pas qu'il s'ugil
d'un employé du monastère; voir Pl. DE MEESTER, De monachico slalu jll:I.'la disci-
plinam byzanlinam, Roma, 1942, p. 179.
(4) Olllil dans l'article archidiacre: Dicl. de dr. call. 1, 1001: ,L'archidiacre oriental
D1- v" AV X· SIÈCLE 21

l'associalion ùu tilr(~ avec la fonction n'est ni obligatoire ni très


commune. Elle déco\ll(~ probablement du fait que le premier des
notaires est aussi en principe l'un des plus cn vue dans sa profession
ct dans l'ordre des diacres, soit par son mérite personnel, soit par
son ancienneté dans la eharge. La carrière d'Aétius est assez bien
connue de 448 à 454 1 . Au synode de CP, en 448, il figure en bonne
place comme diacre notaire; le primicier, il cette date, est inconnu.
Au êoncile de Chalcédoine, il est archidiacre et primicier des
notaires, véritable chef de la chancellerie; c'est lui qui propose le
schéma (crx.sMp~ov) du célèbre canon 28. Sous prétexte d'avance-
ment, Anatole l'ordonne prêtre el nomme à sa place l'archidiacre
André, un diacre destitué auparavant; mais le pape Léon le Grand
oblige Anatole il chasser André et à rétablir Aétius dans son
rang 2 , c'est-à-dire, malgré l'élévation à la prêtrise, dans les fonctions
du primicier qu'il cumulait avec celles de l'archidiacre. Le pape
précise que la promotion d'André, qu'il réprouve, consistait à lui
donner l'administration de toutes les affaires ecclésiastiques 3; le
pape juge en ce cas avec son expérience de l'administration romaine
et ne veut pas déclarer que cette juridiction appartient de droit
à tout archidiacre. Vcrs la même date, à Alexandrie, le poste de
primicier est tenu par le prêtre Jean et nous constatons que la
grande majorité des représentants d'évêques au concile est constituée
par des prêtres, contre deux archidiacres 4 • Si donc le chartophylax
s'est substitué à quelqu'un d'autre, ce n'est pas à un degré d'ordre
qu'il faut se référer pour en juger, mais uniquement à un titre de
fonction: primicier des notaires, ou protonotaire, qui se maintien-
nent avec une fortune très diverse jusqu'à la fin de l'empires.
L'archidiacre sc maintient également ct, cn premier lieu, comme

ful lui aussi supplanté par un pcrsonnag-e nouveau, le chartophylax, qui finalenll'ul
ajouta il son litre pl'incipal celui de l'ar'chicliacre dépossédé .• Or la plupart des charlo-
phylaques ne Curent pas archidiaer('s. On trouve une esquisse de l'évolution un peu plus
nuancée dans Fr. DVOR~IK, Les légendes de Constanlin e/ Mé/hode pues de JJyzance,
Prague, 1933, p. 49-66; l'auLeur considère cepcndanl lui aussi l'archidiacre commc Ic
chef nalurel de la chancellerie et poursuit en oulre une thèse à prouver qui lui fait
négliger la perspective d'ensemble; tout n'est pas. vu de Byzance ,) dans ce passage.
(1) MANSI, 6, 735 el 765. Voir surlout l'index des Actes de SCIIWARTZ, Acta II
Chalced, 6, p. 72 (prosopographie) ; aux côlés d'Aétius travaillait un notaire prêtre;
SCHWARTZ, Ac/a II, l, l, p. 176,30.
(2) Reges/es, 133; Dict. de dr. can., l, 952.
(3) PL, 54, !O21 B : disprnsationem lotius caus;:\c ct curae eeclcsinsticae.
(4) Ind('x des clercs l'cpl'ésenlants les évêqul's aLJsenls : SCliWARTZ, .Itc/a II, Chale.
1,6, p. 68-71 ; ]rs drllx archidiacres sont Porphyrios et Photeinos; II' l'(~sle comprend
quelques diacres el une grande majorité dc prêtres. Au concile (1' L;:ph<'sc, même
proportion avec un seul archidiacre; dans les synodes provinciaux, les diacres sont
il peu près il égalité avec les prêll'es, Ac/a Ill, index,
(5) Voir la nolice sur protonolaire et primicier, p. 355-359.
22 APEUÇU HISTOHIQUE SUR L'ÉVOLUTIO:-f DES OFFICES

diacre le plus élevé en dignité. l\tIême à l'époque des premiers


conciles il n'y a aucun lien nécessaire entre ce titre et une fonction
quelconque dans l'administration, à plus forte raison avec celle du
chartophylax, puisqu'il est la plupart du temps simple diacre.
Le plus ancien chartophylax, le diacre Cosmas, apparaît en 536,
au synode de Mènas ; il fournit les documents aux quatre notaires
qui font la lecture 1, Son rôle est très modeste, car Euphèmios,
diacre et primicier des notaires, introduit les causes et présente
les personnes au synode 2 • En 553, au concile de Constantinople,
le chartophylax ne figure pas au procès-verbal, tandis que l'archi-
diacre et primicier des notaires Diodore intervient une dizaine de
fois, comme premier secrétaire qui dirige l'activité des notaires 3 .
A propos d'Étienne, prêtre syncelle et chartophylax, se pose pour
la première fois, vers 638, le problème du cumul. Le personnage
est mentionné dans une action de la synodos endèmousa"'; il lit
un texte officiel, mais nous ne savons à quel titre, parce que nous
n'avons qu'un extrait des actes. Nous pouvons en conclure seule-
ment que le chartophylax, élevé au sacerdoce et à la charge de
syncelle, continue à exercer sa charge antérieure.
Deux personnages de la même époque joignent à divers titres
celui de chartophylax. Le premier est Georges Choiroboskos, dont
la date est incertaine et la tradition manuscrite peu convaincante 6 •
J'aurai à parler de son titre de didascale œcuménique qui ne peut
signifier, à la date supposée du VIe siècle, un rapport quelconque
avec le patriarcat, gêné lui-même pour un emploi officiel et constant
de l'épithète « œcuménique ». Quant à la valeur de la désignation
comme chartophylax, je me contenterai de faire remarquer qu'un
seul manuscrit ajoute chartophylax à l'appellation plus commune

(1) MANSI, 8, 1035 D.


(2) ibid., 879 B, 938 D, 951 A-B, 978 C; je note que ce primicier n'est pas archi-
diacre et qu'à une date très proche, en 519, l'archidiacre Théodose est économe:
PL, 63, 439.
(3) MANSI, 9,178 A, 194 B, 201 A, 202 C, 230 C, 274 B, 297 D, 346 D, 350 B, 368 A.
(4) MANSI, 10, 1000 B; extrait d'un synode de CP, lu au concile de Latran de 649.
Il existe un sceau de Stephanos chartophylax tout court: LAURENT, Corpus, 83;
rien ne dit que ce chartophylax est de CP et qu'il s'identifie à Étienne syncelle. Dans
l'utilisation des sceaux, les historiens des institutions prendI'Ont garde que les références
aux sourceS extérieures n'ont pas toujours valeur probante et que l'identification est
hypothétique en "aison de la variété des titres et de l'homonymie des titulaires.
;5) L'opinion commune n'a pas varié depuis K. KRUMBACHER, Geschichle der
byzaf!lini.~che Lileralur, MiinchclI, 1897, p. 583-584 ; H. G. BEeK, l<irche und lheologische
Lileralur im byzanlinischen Reich, Miinchen, 1959, p. 468. A cause du titre de charto-
phylax, ct peut-être de l'épithète 1 œcuménique ., on tend à ramener la date vers le
vue·nu e siècle; le point capital est d'apprécier la valeur du témoignage qui atteste
la fonction du chartophylax.
DU yi' AU Xe SIÈCLE 23

de grammaticos et didascale œcuménique 1 . De la même manière


sans doute, un auteur beaucoup plus tardif, Eumathios
Makrembolitès, reçoit ce titre de chartophylax dans les « pires
manuscrits 1>2; ce cas, proche de nous, prouve du moins que
l'intitulation des œuvres littéraires, sans aucune autorité juridique
ni diplomatique, ne doit être admise qu'après vérification de la
tradition manuscrite. Le second personnage qui passe pour
chartophylax 3 , Georges Pisidès, est daté avec plus de précision et
son dernier éditeur expose le témoignage des manuscrits concernant
sa titulature~. Le titre de chartophylax apparaît seulement dans
les témoins de date postérieure, tandis que les charges de référen-
daire, skévophylax et gèrokomos sont mieux attestées. En soi,
rien d'impossible que Pisidès ait cumulé deux charges, ou bien en
ait occupé plusieurs, y compris celle de chartophylax, successive-
ment; mais la tradition manuscrite présente ce dernier titre
plutôt comme une addition. Sans compter avec les erreurs de
transcription toujours possibles s , on estimera peu fondé le titre de
chartophylax aussi hien pour Choiroboskos que pour Pisidès; à
défaut d'autre document, une tradition littéraire incertaine est de
peu de poids.
Au concile de 680, le diacre chartophylax Georges déploie une
activité exceptionnelle en raison de l'objet même du concile; il fait
la navette entre la salle de réunion, le Troullos, et le patriarcat
pour retirer des archives et de la bibliothèque les livres, les registres
et les chartes que les Pères veulent soumettre à la critique 6 • Certes,
la chancellerie est parfaitement organisée, mais le chartophylax
lui-même agit en dépositaire et gardien, laissant le premier rôle
à l'archidiacre et primicier des notaires. Celui-ci occupe la même
position que l'asécrètis impérial. En effet, de la session 2 à 8,
l'asècrètis secrétaire impérial Paul introduit les débats; de la
session 9 à 14, c'est l'archidiacre et primicier des notaires Constantin
et, dans les quatre dernières, le diacre et primicier des notaires

(1) PAULY-WISSOWA, R. E., 111 B, 2363; il resle à préciser la dale de ce ms, qui
n'esl pas indiquée, el le rapporl avec la masse des autres.
(2) K. KRUMlIACflER, op. cit., p. 764.
(3) Cf. LAURENT, Corpus, 83.
(4) A. PERTliSl, Giorgio di Pisidia. Poemi 1. Panegirici epici (Slud. palr. el byz.,
hert 7), Ellal, 1960. p. 13, note; l'au leur dit très judicieusemenl que le litre postérieur
de chartophylax peut provcnir d'une contamination avec Georges le eharlophylax
du IX' siècle (futur de Nicomédie), orateur lres COUI·U.
(5) Ainsi Jean Syropoulos devienL ('ha1'lopllylax dans l'édition; Myl, Tr, 4'H, In-17;
c'csl une erreur d'édileur, car le manuscril donne bien skévophylax; mais un copisle
a pu commettre la même erreur, surlout si son témoignage esl isolé el postérieur.
(6) Je reviendrai plusieurs fois sur ce concile; voir surloul p. 430.
24 APEH(:U HISTOHIQUE S{;R L'ÉVOLUTION DES OFFICES

Théodore, qui devient archidiacre il partir de la ::;ession 17 1 • Ce


partagr nr déprnd pas or la présrncr dr l'rmpprPllr, qui assistr
aux sessions 9 et 10, puis à la séance de clôture, où le primicier
des notaires prélude. La fondion signifie sans aucun douLe que le
titulaire a le grade le plus élevé de la chancellerie et que la coutume
de lui attribuer également J'archidiaconat éLait assez courante. Cc
cumul durant plus d'un siècle doit s'expliquer par une application
de la loi de J'ancienneté; étant donné que le corps des notaires
(40, d'après la novelle d'Héraclius) forme le collège diaconal le plus
notable, il est normal que son primieier, parvenu régulièrement au
sommet par la yoie de l'avancement dans la carrière, obtienne
aussi le titre d'archidiacre réservé en principe au plus ancien
dans l'ordre des diacres; c'est ainsi que Théodore succède naturel-
lement au prédécesseur dans les deux litres. Quant au chartophylax,
il n'est pas tout à fait confiné aux archives. Au cours des débats
on cite une parasèmeiôsis jointe au codex qui contient l'adresse
de Macaire d'Anlioche à l'empereur 2 ; nous voyons deux évêques
orientaux se rendre au patriarcat; c'est le chartophylax qui les
reçoit et s'enquiert de l'objet de leur visite. Cette charge d'introduire
des visiteurs et surtout des évêques n'appartient pas strictement
à un archiviste-bibliothécaire; ainsi le chartophylax tiendrait un
poste-clé et une situation proche de celle que décrira Anastase le
Bibliothécaire, en 869 3 . La rédaction d'une parasèmeiôsis indique
une fonction notariale courante ct l'introduction des visiteurs, une
fonction de gardien et de secrétaire. Déjà se pose par conséquent
le problème des rapports du chartophylax avec le patriarche et
avec les autres archontes.
Parmi les notaires du concile de 680 figure Agathon lecteur, qui
lit la profession de foi du concile'; il avait les deux qualités
requises, belle voix et belle écriture, car il fut chargé d'établir les
copies authentiques des actes, une pour le palais impérial, cinq
pour les patriarcats. En 713, après la chute de Philippicus Bardanès,
qui avait livré au feu l'exemplaire du palais impérial, le diacre
Agathon, qui cumulait alors les titres de chartophylax, protonotaire
et deuxième chancelier, recopie un nouvel exemplaire 5 • Il prit

(1) MANSI, Il, 624 B, 629 D: changement de litre pOUl' Théodore.


~2) ~tA:'<SI, 1], 5'24 E - 525 A; cc procès-verbal du 2'2 sept. ind. 9 ;680) n'l'st pas
reproduit cn enlier, si bien que l'on ne sait au juste si )1' chartophylax en est l'auteur;
d'autre part la piècr rst fournie pnr la chancellerie impériale qui la soumet au synode.
Si l'intervention du chartophylax n'est pas duc Ù Ulle rencontre dr hasard devant le
palais paLriarcal, il serait déjà à lin poste qui lui fait surveilll'r les entrées; noter les
expressions: e:i;ljÀlJ.:v 0 Xa:PTOljlUÀa:!; . fLl]vucrov7)fLiiç (ll's deux "vèques), 8iÀOfLE:V e:tcre:À8e:ïv.
(:3) Voir p. 336·337.
(4) MAl'iSl, 11,624 C.
(51 Reyes/es, 32'2; textes dans l\IAl"Sr, 12, 189-]96, 1\l6-20tl; \'oir surtout 189 C-D,
DU yi' AU X· SIÈCLE 25
certainement comme modèle celui que le patriarche Jean VI avait
préservé dans les archives, car Agathon joint à l'épilogue de sa
copie la lettre apologétique, où le patriarche fait valoir pour sa
défense cette mesure de préservation. A une date indéterminée,
mais certainement plus tard, Agathon transmet une copie à André,
archevêque de Crète, qui la reproduit à son usage et renvoie
l'exemplaire avec une poésie de remerciement adressée à l'archi-
diacre et chartophylax Agathon l . Une autre mention nous donne
une étape intermédiaire du curriculum : sceau du diacre notaire
et chancelier Agathon 2. Le cumul des trois titres (chartophylax,
protonotaire et deuxième chancelier), en 713, est absolument
inextricable, du fait qu'en 680 le primicier des notaires paraît
être le chef de file et le premier personnage de la chancellerie,
ce qui vaut au même primicier le rang d'archidiacre. Passons
sur le titre d'archidiacre; en effet, Agathon n'obtient ce titre
que plus tard; nous ignorons le titre officiel de l'archidiacre
antérieur, s'il cumulait celui de primicier, et si Agathon, déjà
protonotaire et chartophylax, s'intitule à son tour archidiacre et
primicier. Toute la difficulté est là : les deux titres, qui seront
toujours distincts dans les listes du XIIIe siècle, ne se rencontrent
jamais, je crois, simultanément au patriarcat de Constantinople
d'après les mentions conciliaires 3 , de sorte que nous ignorons ce
qui sépare exactement protonotaire et primicicr des notaires à cette
époque. Chez Agathon, le cumul des titres de chartophylax et de
protonotaire ne jure pas; mais le titre de second chancelier paraît
incompatible avec celui d'un chef de chancellerie. Autrement dit,
si le diacre Aga thon passe pour chef du service en tant que
chartophylax et protonotaire, il est encore subordonné à un
dignitaire plus élevé en tant que second chancelier. L'intérêt de
cette titulature complexe tient au fait que le nom du chartophylax

192 E, 204 B. Agathon précise que les exemplaires ollicie1s de 681 étaient munis de
la signature de l'empereur et des évêques. Sur la foi de la copie de ces textes dalée de
1446 dans Monacensis 186, on a placé au xv' siècle un Agathon inexistant: VOGEL-
GARDTliAUSEN, nie Schreiber, p. 1.
(1) Éditée par A. HEISENBERG, BZ, 10 (1901), 508-512; tout le début de la poésie
suggère que fLE:TétlIXÀE:, dans le Litre, signifie l'action de transcrire le texte, plutôt
qu'un repentir dog-matique de la part d'André de Crète, comme le propose l'éditeur.
(2) LAlJllE:"lT, Corpus, 1613; mais coniger dans la notice le titre d'archidiacre:
d'après MAXSI, 12, 189 C, Agathon n'est que diacre. Citant celle même tilulature
Pro Dvornik (Les LCgendes, p. 55) lit deuxii~me sacel/aire, aIL lieu de chancelier.
(3) Il Y a presque toujours chassé-croise de litre et de ville. Au concile d' l::phèse
llOUS trouvons Pierre prêtre d'Alexnndrie et TIpL!LLX1}pW:; ,WII 1I0";lXptWII : voir index
de SCHWARTZ, Ac/a l, Cone. Eplz. 1,8, p. 41. Au concile de Chalcédoine, en face d'Aetius
archidiacre de CP et TIpL!L~X'fJPWç, nous aVOllS Jean prêtre d'Alexandrie el 7tpWTOC;
TWII 1I0TIXplwII ; SCHWAllTZ, Aela II, Chalc. 6, p. 72 ct 76.

z
26 APEUÇU HISTORIQUE SUR L'ÉVOLUTION DES OFFICES

est associé à celui de deux fonctionnaires importants, l'un en


progression, l'autre en déclin. A partir du Vile siècle, le protonotaire
progresse en cffet aux dépens du primicier, de moins en moins cité;
de leur côté, les chanceliers disparaissent peu à peu de l'Église
byzantine l . Ce cas de cumul, attesté par une copie de chancellerie
et par son auteur lui-même, est d'un grand poids, comparé aux
titres d'œuvres littéraires ou aux énumérations de la liste des
patriarches. Ainsi, Thomas II (667-669), le seul chartophylax
devenu patriarche durant cette période, fut notaire, chancelier,
référendaire, chartophylax, skévophylax, gèrokomos et ptôcho-
trophos. Dans quel ordre a-t-il occupé ces postes et quelles charges
a-t-il cumulées réellement, impossible de le dire; la seule chose
certaine, c'est qu'il était diacre au moment de son élecLion.
D'autres mentions de chartophylax, vers la même époque,
offrent peu de prise à l'analyse. Un prédécesseur d'Agathon,
le chartophylax Constantin, est dit chargé de mission en compagnie
de deux évêques, vers 869 ; le panégyrique des Martyrs cité au
concile de 787 pourrait lui appartenir 2 •
A la fin du Ville siècle, au concile de Nicée II (787), le charto-
phylax Nicéphore tient au moins une fois le rôle dévolu
antérieurement au primicier des notaires 3 • Mais il n'est pas le seul
à introduire les causes et à transmettre les convocations aux
prévenus; Dèmètrios, notaire skévophylax (1114 D), puis
Constantin, diacre notaire (1039 E), accomplissent la même
fonction. La différence de grade apparaît peut-être dans le fait
que les deux notaires lisent aussi des textes devant le concile.
Habituellement, le patriarche Tarasios ne laisse à personne d'autre
le soin d'introduire les débats: ancien asécrètis impérial, il avait
tendance à exercer au patriarcat la compétence acquise dans sa
fonction antérieure. Deux de ses successeurs sont dans le même
cas, Nicéphore 1 et Photios; la forte personnalité de ces trois
patriarches et leur formation peuvent réduire l'activité normale des
collaborateurs ou introduire dans l'Église un style et des méthodes
nouvelles 4 • En tout cas, durant le concile, le chartophylax est

(1) Le dernier patriarche qui ait encore un litre de XIXYX€ÀÀOCpLOÇ est Constanlin
(675-677). Ces fonctionnaires ont-ils laiss~ la place à un autre corps, par exemple
les l~Laxo~€LlXvol, aLlcst~s sculemenL à partir du x· siècle?
(2) Regestes, 316. Texte du panégyrique: MAN SI, 13, 185-188; complet dans PG
88, 480-628. Aucun lien n'apparail entre le discours hagiographique et la mission
d'un chartophylax ConsLantin auprès de Grégoire d'Agrigente, à part le rapport des
da tes.
(3) MANSI, 12, 1051 D.
(4) La marche anormale des institutions et des bureaux ne tient pas seulement
au fait que des patriarches sont eux-mêmes form~s par la chancellerie. D'autres,
comme MéLhode l, furent aussi autoritaires: J. GOUILLARD, Le Synodikon de ['Orthodoxie
DU ve AU X· SIÈCLE 27

presque noyé dans la foule des notaires; on y voit pour la première


fois des kouboukleisioi du patriarcat, de même qu'un bibliophylax,
tandis que les chanceliers sont absents. L'effacement du corps des
chanceliers contraste avec la progression, dans l'Église romaine, du
titre qui donnera à cet office son nom classique, vers 1027 1 • La
position du chartophylax est confirmée par le silence des actes sur
le primicier des notaires et le protonotaire : apparemment le
chartophylax n'a plus de concurrent susceptible de lui disputer le
premier rang dans la chancellerie.
Plusieurs chartophylaques du IX e siècle sont connus: Constantin,
ambassadeur d'Irène auprès d'Abdalmalik, en 798 2, puis un diacre
Nicéphore correspondant d'Ignace de Nicée 3 sous le patriarche
Méthode 1. Si les nombreuses lettres, de caractère privé et littéraire,
adressées au chartophylax ont peu d'intérêt pour l'histoire de
l'institution, on remarque par contre une lettre (n. 53) au diacre
protonotaire Théophilos comme au responsable du secrétariat
pa triarcal.
Durant ce siècle on retiendra surtout le nom de Paul, en raison
du rôle qu'il joue au concile de 869. De même qu'en 680 le primicier
des notaires Constantin est sur un pied d'égalité avec l'asécrètis
impérial Paul 4 , au VIlle concile œcuménique, l'ouverture des
sessions est assurée tantôt par le patrice Baanès (sessions 1, 4, 7,
8-10), tantôt par un ecclésiastique, soit le métropolite Métrophanès
(sessions 3, 6), soit le chartophylax Paul (sessions 2, 5). Celui-ci
n'est autre que l'ancien archevêque de Césarée ordonné par Photius
et déposé par décret du pape Nicolas 1 ; malgré la requête d'Ignace,
il fut réintégré seulement dans un office d'archonte 6 • Au concile

(Travaux et Mémoires II), Paris, 1967, p. 168. L'inconnue des rapports entre personne
du patriarche, synode et bureaux est presque constante durant toute l'histoire du
pa tria rca t.
(1) Dict. de dr. can., II, 464. L'auteur de l'article, Claeys-Bouuaert, fait remarquer
que le nom désignant la charge du chancelier est indépendant; il a pu changer et il
a changé réellement. La remarque vaut pour l'ornee correspondant dans l'Église byzan-
tine, mais c'est le titre de chartophylax qui l'a emporté sur d'autres (primicier,
protonotaire, chancelier), le bibliothécaire n'ayant pas eu à Byzance la même impor-
tance qu'à Rome.
(2) F. DÔLGER, Regesten, 351.
(3) M. GÉDÉON, N€lX ~toÀto6TP(7) ÈXXÀ7)O"tlXO"TtX(;)V O"uyypocep€CùV, Constantinople,
1903; le métropolite ne fait pas appel à l'autorité du chartophylax ni à son bureau,
tandis qu'il y a plusieurs lettres adressées aux fonctionnaires impériaux. Ce charto-
phylax Nicéphore était surtout un lettré et ne parait pas s'occuper d'affaires adminis-
tratives. Un autre chartophylax un peu plus tardif, Georges (de Nicomédie), est surtout
connu par ses homélies hagiographiques.
(4) Voir p. 23.
(5) Références dans Regestes, 499 et 504; lettres papales: MANS!, 16, 50-53, 207 A.
Je ne dis Men ici de la note d'Anastase le Bibliothécaire sur le chartophylax, qui
concerne précisément Paul, ex-archevêque de Césarée.
28 APEHÇU HISTORIQUE SUR L'ÉVOLUTION DES OFFICES

de 879-80, le diacre chartophylax Photeinos 1 tient une place


sensiblement inférieure à celle du protonotaire, le diacre Pierre,
qui ouvre les débats dès la première session, puis à la quatrième
et à la sixième 2 ; il lit lui-même plusieurs documents, mais le
chartophylax est réduit à ce rôle de lecteur. Ces changements
d'attributions, qui paraissent caractéristiques d'une charge, dépen-
dent vraisemblablement de la volonté du patriarche régnant.
Sans doute ces conciles ne sont pas le reflet exact du cours
ordinaire de l'administration, car le choix entre plusieurs fonction-
naires à qualification presque égale dépend beaucoup des autorités
du concile, empereur et patriarche. Mais les variantes reproduisent
aussi en gros un aspect des institutions: la hiérarchie des archontes
n'est pas immuable et les fonctions de chancellerie, en particulier,
ne peuvent se définir d'après le seul titre de son chef, qui reste
longtemps indéterminé, jusqu'à la fin de la période conciliaire.

5. Le KlètoT'ologion el les Taklika.

Malgré son caractère religieux très prononcé, le Liure des


Cérémonies n'est pas un rituel ecclésiastique; le patriarcat y tient
une place très réduite, parce que le centre d'intérêt reste la personne
de l'empereur. L'étiquette règle la place et le mouvement de tous
les rangs par rapport au souverain; l'église Sainte-Sophie, par
droit de fondation et d'héritage, lui appartient d'ailleurs autant,
sinon plus, qu'au patriarche. Les images des cérémonies sont prises
du côté du Palais; la plupart du temps, les préparatifs du côté
du patriarche et la composition de son escorte sont laissés dans
l'ombre. Que l'empereur se rende à Sainte-Sophie, ou que le
patriarche soit invité au Palais, le cérémonial s'occupe principale-
ment du rôle que tiennent les officiers palatins; les archontes du
patriarche ne sont pas énumérés en détail 3 • On remarque donc que
la hiérarchie de l'Église est considérée comme un monde à part,
toujours distinct des corps de l'État; ses rangs ne se confondent
pas avec ceux des dignitaires auliques dans les cortèges et les
réceptions. Il y aura lieu de revenir sur d'autres renseignements

(1) MANSI, 17, 4'28 C, 4·11 n, 444 D, 445 C.


(2) ] bid., 377 E, 176 A, 516 A. Cet exemple montre que jusqu'à la fin de la pl'\riode
conciliaire les actes ne révdenL pas clairement le chef de la chancellerie ni toute
l'organisation hiérarchique du service.
(3) Voir ne Ger. 1 1 (§ 9),1 10 (§ G), 1 18 (§ 3) : Bonn 1 14,78, III = PG, 112,
152-153,284 A, 336 C. La description la plus longue au cours d'une cérémonie (grande
entrée dcs saints dons) cite: patriarche, sYlIcclle, métropolites, archevêques, protopapas
de la Grande Église: 1 1 (§ Il) : Bonn l, 17 = PG, Il 2, 16~; on remarque en cet endroit
que le synceJlc occupe le rang qui 1ui est attribué par le ](lèlorologion. Individuellement
ne sont guère cités que le CDnstrisios, le référendaire ct le skévophylax.
DU ye AU X· SIÈCLE 29

fournis par le De Cœremoniis concernant les promotions, puisque


la promotion du paLriarche par l'empereur donne tout son sens
au système général des préséances; pour le moment, j'examinerai
surtouL les listes enregistrées à la fin du livre 1 •
Les catalogues impériaux ne cherchent pas à insérer les ofllces
ecclésiastiques dans ceux de l'empire, ni parmi les dignités, ni
parmi les charges 2 • Il est même étonnant qu'il n'y ait aucune
mention en corps du clergé impérial qui a joui de tout temps d'un
statut et d'une titulature à part 3 • Au lieu de le considérer comme
un service administratif, le classement l'omet à cause de la dignité
cléricale. La seule exception dans tout le « tome premier.) est le
syncelle, la troisième des dignités par édit, dont rien n'indique
d'ailleurs dans le contexte qu'elle est tenue par un ecclésiastique'.
Par conLre, lorsqu'il s'agit de ranger globalement toutes les
classes de la société selon l'étiquette impériale, comme dans une
assemblée plénière d'apparat, où l'artiklinès doit procéder à l'appel
et au rangement des invités, les deux mondes séparés mêlent
leurs rangs. Les membres du clergé s'intercalent après une catégorie
impériale à laquelle ils sont assimilés; alors s'applique d'un bout
à l'autre de la hiérarchie la loi de préséance qui subordonne le
patriarche à l'empereur, son promoteur, et qui donne, degré par
degré, la première place à l'ordre impérial sur l'ordre ecclésiastique.
pour comprendre la liste du Klèlorologîon, il faut la mettre en

(1) Je cite le texte de Philotheos arliklini~s d'apri~s l'édition de J. B. BURY, The


imperial adminis/raliue syslem in Ihe ninlh cenlurg, Il'ilh a revised lexl of Ihe Klelor%gion
of Phi/olheos, London, 1911, p. 131-179. Dans cette édition, la fin du Klèlorologion
est omise; la conclusion de Philoth6os, annonçant la nolilia d'Épiphane, souligne
fortement l'autonomie des listes ecclésiastiques et la confusion que pouvait engendrer
même pour les Byzantins la complexité des classes: LVex [1.1) ... 'il cruY)(À'1]"m(~ 't'1i1;~ç,
cruv 't"ii Le:p(l7~)('ll cruva:ep6e:'Lcrex, à.crciepe:~a:v 't'o'Lç dcra:yofLÉ:vO~Ç ~~et 't'6lV ovo[1.ci't'CJlv norf,cr71 :
BURY, 179,16; Bonn, 790 = PG, 112, 1421. On trouvera des remarques importantes
sur la composition du Clètorologe dans H. GUILLA;'ID, Recherches sur les insliluUOfls
byzanlifles, Berlin-Amsterdam, 1967, 2, 220-226 (= Rel'. des El. byz., 20, 1962, 156-
170). }Iais le rapport entre litres auliques ct ecclésiastiques est très complexe dans la
pratique, parce les Byzantins ne l'ont pas traité ex professo ; le titre de I<ouboukieisios
en donnera l'exemple un peu plus loin.
(2) Listes diversrs du lomos 1 : BURY, 132·145; Bonn, 705·725.
;3) Mêmr dans le Pseudo-Kodinos, le clergé impérial reste exclu des dignités
antiques; à peine une liste propose un groupe succinct: PSEVDO-KoDI~OS,éd. Verpeaux,
p. 338 : lisLe IV, vers 143-152.
(,1) Bury (op. cil., p. 116) fait remarquer que reklôr n'cst pas un titre ecclésiastique
bien qu'il fût conféré à des clercs: voir R. Gl:ILl,AND, Recherches sur les instilutions
byzanlines, Amsterdam, 1967, Il, p. 212-217 (= Mémorial L. Pe/il, p. 185-193). Ce
statut du reetor, eontcmporain de l'institution du syncelle et de la situation ambiguë
de l'économat depuis la même date, est un signe d'époque; on trouve un rektôr
économe de la Grande-Église: LAURENT, Corpus, 52.
30 APERÇU HISTORIQUE SUR L'ÉVOLUTION DES OFFICES

parallèle avec d'autres connues par ailleurs! ; clles couvrent en gros


les années 850-950 et constituent, malgré leur sécheresse en ce qui
concerne les offices ecclésiastiques, un point de départ important
pour notre enquête. J'utilise surtout l'étude de Benesevic et son
tableau comparatif, en laissant de côté les mentions d'offices
palatins 2 ; ces listes ont intéressé surtout les historiens qui
s'occupent des institutions impériales et beaucoup moins ceux qui
auraient pu y trouver de précieux renseignements sur les institu-
tions du patriarcat. En plus de la loi des préséances (xex6QÀ~x1j
xcx6é8pex), nous y trouvons des indications sur les offices ecclésias-
tiques en général,' des lois particulières de Léon VI concernant
le syncelle et l'économe, une distinction enfin entre kouboukleisioi
« consacrés et non consacrés » qui mérite examen.

Le sens général de ces listes et de leurs


a. Conception variantes dépend en grande partie de l'ordre
des offices
ecclésiastiques. chronologique des documents. Philothée enre-
gistre dans son manuel des listes disparates
qu'il ne cherche pas à harmoniser; c'est ainsi que dans sa liste
principale (xex6oÀ~x'lic; xoc6é8pocc; : R 3, d'après le tableau de Benesevic)
il nomme deux fois l'économe de la Grande Église (n. 28 et 105).
La date inscrite dans le titre de la compilation, septembre 899,
ne vaut donc pas pour dater toutes les indications de changements
d'ordre dans la préséance. Grâce à d'autres listes, taktikon
Uspenskij (U), taktikon Benesevic (Ben 1 et II), nous avons le
moyen d'opérer un classement suffisant pour l'interprétation. A
notre point de vue, nous distinguons quatre états, définis à la fois
par la date et par l'étendue de la liste des noms.
1. Taktikon Uspenskij, vers 842-843 : mention uniquement des
rangs supérieurs, l'épiscopat en général.
II. La xoc6QÀ~x~ xoc6é8poc de Philothée : R 3. La date insinuée par
l'élévation de l'économe 't'OC "ÜV, par les titres de rector et syncelle,
nous conduit à la fin du IX e siècle, sous Basile 1 ou Léon VP.

(1) VI. BENE5EVlé, ~ Die byzanlinischen Ranglisten. Byz. Neugr. Jahr., 5 (1927),
97-167. Il compare la liste de Philothéos (De Ger. Il, 52) avec le laktikon édité par
Uspenskij (U) et la nouvelle liste trouvée dans Hierosol. Patriarch. 24, t. 367 v ·368·
et 356 r ; dans son tableau le sigle R" désigne le tomos 2 de Philothéos (Bury 145-148
= Bonn 7'26-730); R" le tomos 3 (Bury 148·155 = Bonn 730-739).
(2) Dans ce tableau, la première colonne indique le titre impérial après lequel sont
rangés les ordres ecclésiastiques; l'équivalence est tirée de R", mais déjà dans Ben 1
les deux classes de kouboukleisioi 100-102 sont séparées par les spatharocandidats (101).
Ainsi d'une liste à l'autre l'équivalence des rangs varie; le même principe est toujours
appliqué, les valeurs changent.
(3) Voir plus loin, p. 36.
-
1
1 Titre impérial
correspondant (d'après R3) R' 1 Ben 1 1 Ben Il 1
1

(Rt) 3 pape
1
, 1 4 patriarche de CP.
(tiÇ(1X d8LK~) Il 14 syncelle de Rome
1 3 syncelJe (tout court) 12 15 syncelle de CP
12 a 15a autres palriarches 1
(U) 13 16 archev. de Bulgarie

prolospalhaires 42 16 métropolites 58 mHropoliles


43 17 archevêques 59 archevêques t:l
49 19 évêques
c::
61 évêques
62 protoprêlres eunuques <i
, >
28 économe de la G. E. 70 économe de la G. E. 1 économe c::
KIX8lX "rlX vüv hLfl.~871 2 skévophylax
~

spa tharocandidats 72 prêtres basilikoi


3
4
5
sacellaire
chartophylax
protonotaire
-
II)

/ ":l'
n
t"'
/":l
73 prêtres et higouménts 6 canstrisios
74 prêtres de l'église 7 référendaire
8 logothèle
9 hypomnèmatographc
1
1 10 hiéromnèmôn
spalhaires 104 koubouk. du patriarche 100 kOllbou kleil'ioi lepCùfl.évo~ Il koubouk. lepCù(.LévoL
,
1 105 économe de la G. E. 102 ~ .fl.~ ~X0V"reç lepCùoûv71v 12 koubouk. tiVle:POL
106 diacres hasilikoi
107 diacres de l'église
1
1
1 hypatoi, elc. j154 clercs du palais 1
1
1 155 clercs de l'église
1 1 1 1 i
-
CJJ
32 APERÇU HISTORIQUE SUR L'ÉVOLUTION DES OFFICES

III. Le taklikon Benesevic (texte principal Ben 1) s'accorde en


partie avec R 3, c'est-à-dire le tomos 2 de Philothée; ou plutôt
c'est une recension nouvelle qui enregistre l'état des institutions
sous Léon VI. La note de Philothé~ sur la préséance dC's éyêques
venus de Rome, la mention du pape et du syncelle de Rome
donnent un point de départ historique suffisant pour nous l .
IV. Le taklikon Ben II, que je reproduis parmi les listes d'offices
sous le sigle A, est détaché des listes impériales. Dans le manuscrit
c'est une addition postérieure datable de la première moitié du
xe siècle 2.
L'idée générale qui inspire la composition des listes globales, où
IC's omers de l'Église s'intercalent parmi les offices impériaux,
n'est pas seulement d'ordre pratique; elle découle directement du
rapport des deux pouvoirs. Il me suffira de relever deux applications
de ce principe de préséance. La première est d'ordre cérémoniel
et se trouve dans le Klèloroiogion. Philothée donne la composition
numérique des inYités pour la fête de l'Épiphanie 3
patriarche.
métropolites avec le syncelle : 12.
prêtres du Grand Palais : 12.
prêtres de la Grande Église : 24.
diacres du Palais, de la Grande Église, de la Néa : 36 (= 12 X 3).
sous-diacres, pareillement: 36.
anagnôstes, pareillement : 24.
psaltes, pareillement: 24.
papades du sékréton du patriarche 36 (En tout 216.).

(1) Ln date extrême de composition, d'après l'insertion de l'archevêque de Bulgarie,


nous conduit vers la fin du conflit avec les Bulgares sous Romain Lécapène; les
indicc~ de la plupart des listes, surtout ecclésiastiques, sont d'une chl'onologie assez
l:!lche. Pour déterminer, par exemple, le sens de l'évolution des kou1Joukleisioi entre
IV et Ben T, il faudrait avoir les actes oOiciels correspondants.
(2) Je n'ai pu voir encore le microfilm du texte. N. Oikonomidès m'assure que la
date de ceUe liste doit être de peu postérieure à Ben l, comme l'admettait l'éditeur.
En un sens, le copiste prolonge le catalogue du Klèlorolo,qion qui n'avait recueilli que
la nolitia des évêchés, en supplément ecclésiastique.
(3) 13L'RY, 153,5-14 (= Bonn, 754-75:)). Le total 215 est faux, sans doute parce
que Il' copiste a omis quelque part un groupe de 12, ou bien l'a compté en trop dans
l'addition (= 201), Le nomure 12 exigé peut-être par la forme des tables ct des figures
de cOl'tege se relrouve aussi dans des cérémonies du palriarcat : voir plus loin, p. 47.
La suite de la description mentionne deux domestikoi qualifiés ÀiXfL1tPOt (Bury, 1. 20),
puis un autre rite établi par Léon VI avec quatre domestikoi 1t~p~qliXVÛç (1. 30-35).
Philolhéos ajoute ainsi souvcnt ail texte ancien des remarques qui attestent les chan-
gcments faits par décret; on en trouve de semblables dans le De Ceremoniis.
DU ye AU X· SIÈCLE 33

Nous ne savons pas comment étaient disposés les ecclésiastiques


par rapport aux dignitaires palatins, mais il suffit de constater
qu'à l'intérieur du clergé, prêtres, diacres et ordres mineurs sont
classés d'après leur appartenance au Palais ou à la Grande Église;
ceux qui desservent la Néa obtiennent un traitement de faveur
par rapport aux autres fondations impériales, mais ne prennent
pas le pas sur ceux de Sainte-Sophie. Dans le clergé de Sainte-Sophie
on distingue deux catégories : d'une part les [EPWfLÉ\lOL que le
rédacteur définit indirectement par opposition aux (jEX.pE"t'~XO[,
comprenant des chantres et des lecteurs, c'est-à-dire les ordres
mineurs au-dessous du diaconat; ces derniers sont cités encore
ailleurs en face de la catégorie des prêtres et des higoumènes!.
L'invitation impériale ne s'adresse donc pas à la hiérarchie admi-
nistrative, mais à l'ensemble du personnel qui compose la maison
du patriarche et les services divers de l'Église; en effet, le nom
de la charge particulière des grands officiers ne paraît pas et le
maître d'hôtel et des cérémonies impériales n'a pas à se préoccuper
de la préséance intérieure dans les diverses classes du clergé. Le
seul critère de préséance appliqué dans ce cas aux degrés de la
cléricature n'est autre que celui de l'ordination sacramentelle, à
l'exclusion de tout titre. Mais, outre que l'invitation concerne le
clergé de Sainte-Sophie, ce qui constitue une discrimination dans
le clergé, nous verrons que le syncellc, puis l'économe font l'objet
d'une exception 2.
L'équivalence entre rangs impériaux et rangs ecclésiastiques
soulignée par R 3 est sujette à variations, en raison de l'instabilité
des titres impériaux. D'après Philothée, ce fut un honneur excep-
tionnel pour les légats du pape, Nicolas et Jean, de siéger au-
dessus des magistroi 3 ; en supposant que ces légats équivalent au
« syncelle de Rome» cité par R 3 et Ben l, nous constatons que
celui-ci siège après le magistros. Vne équivalence temporaire ne

(1) Klèlorologion, éd. Bury, 163, 14-15 (Bonn 755) : "toùç (J-èv LtPW(J-Évouç &7tocv"tocç,
TOÙÇ eSt O"EXPt"LXouÇ, ljJiÀ-rClÇ XClt &.ViXJVWO"TClC; ; voir aussi 165, 35-40 : prêtres ct higou-
mènes d'une part, O"EXPETLXOÙC; 7tCl7ta.8ClÇ T013 7tClTPLa.pXOU d'autre part; plus loin
(170, 22-24) on oppose clercs impériaux (diacres ct au-dessous) et ~7tO ,013 O"Expcd-rou
-r013 7tiX,pdpxou 7tCl7tcieSClC;. Il ressort de là que les clercs affiliés aux sékréta forment
une catégorie à part, dont le cérémoniaire impérial ne cherche pas à identifier exacte-
nlrnt le degré d'ordre, parce qu'ils étaient invités à un autre titre. Le terme 7toc7tiç
est très indéterminé pour la chancellerie impériale; dans une novelle d'Isaac 1 Comnène
nous lisons ; ÀL-rOV 7tClmXV, ijTOL &.VClYVWO"TIjV: JGR, ZEPOS, 1,275. Les papades du s<"krétoll
comprenaient donc aussi des diacres et à la rigueur des prêtres, invités au titre de
fonctionnaires.
(2) Voir plus loin, p. 35-36.
(3) Klètorologion, éd. Bury, 155,29-36 (Bonn, 733) ; Regestes, 596, avec bibliographie
sur le point discuté.

2-1
34 APERÇU HISTORIQUE SUR L'ÉVOLUTION DES OFFICES

vaut pas pour l'explication de cas assez éloignés dans le tempsl.


Le principe général de la subordination, classe par classe, des
rangs ecclésiastiques aux rangs impériaux s'applique toujours
rigoureusement dans les commissions mixtes du synode ou du
tribunal. Nous n'avons pas d'exemple proche, par exemple le
protocole des actes mixtes de 920 2 ; mais l'exemple daté du
patriarcat d'Eustathe (non d'Eustrate) 3 est encore valable. Le
tribunal, sous la présidence du patriarche, est composé de la
manière suivante:
m.>\lE8p~cx~ôV"t"(Ù\l 1. Pierre périphanestatos protospathaire, éparque.
2. Trois métropolites et un archevêque (fkoqnÀé-
O'''t'cx''t'o ~) ~.
3. Sept archontes « politiques ); en tête, Pothos
protospathaire et grand-économe.

L'application du principe de préséance est bien visible et se


vérifie toujours dans les protocoles de même genre. Il est plus
difficile d'interpréter les mentions où n'apparaissent qu'un fonction-
naire impérial et un archonte patriarcal. Ainsi le diacre et
protonotaire Orestès accompagne à Rome, en 933, le protospathaire
et asécrètis Anastase 5 ; il ne s'ensuit pas que son titre patriarcal
correspond à la dignité de protospathaire, car l'estimation de son
rang ne se fait plus par rapport à l'empereur, mais par rapport au
patriarche que représente le légat. En fait, nous ignorons si
l'équivalence allait jusqu'au détail; il est plus probable que l'on se
tenait dans une estimation approximative et toujours d'après le

(1) üne regle stricte ne pouvait durer longtemps; au XII" siècle, les tribunaux
étaient embarrassés pour fixer la valeur nobiliaire et la préséance du «koubouklion _
épiscopal: PG, 137, 541 B.
(2) Reyes/es, 559; le texte conservé n'a pas de protocole. L'acte le plus ancien d'un
tribunal mixte cité dans les Reyes/es (nO 583) est connu par citation postérieure.
(3) Reyes/es, 933; date révisée par LAUIIENT, Corpus, 1055. La correction
supprime bien des difficultés qui rendaient inexplicables plusieurs documents des
environs de 1080-1085, et en particulier la titulature de l'économe après la réforme
d'Isaac 1 Comnène, en 1057.
(4) Le prMicat 6~otp~Mo"-ror:-roç évolue à partir du XII" siècle; voir p. 123-124.
(5) Reges/en, 625. Devenu chartophylax, Orestès se dit clerc impérial: LAURENT,
Corpus, 85; il n'a pas changé probablement d'ordre sacré et il reste diacre comme
avant. Il n'existe pas de critère permettant de déterminer la portée de )(À'1)p~)(OÇ
(3a:O"tÀ~)(6ç, ni du titre que prennent des membres du clergé de Sainte-Sophie: XÀl)p~)(OÇ
rijç M. 'E. ; ils sous-entendent au minimum le service liturgique actif et sans doute une
titularisation dans cet emploi. La division du clergé en groupes de semaine donne à
penser qu'il y avait à Sainte-Sophie, comme dans les bureaux, des titulaires et des
surnuméraires; voir l'acte d'Antoine III, vers 975 : Reges/es, 798 : il y a spéculation
sur les postes à occuper.
DU V" AU Xe SIÈCLE 35
degré de l'ordre sacré; de là, l'intérêt que suscitent des mesures
particulières qui mettent en évidence, à l'époque de Léon VI, le
syncelle ct l'économe et, dans un autre sens, les kouboukleisioi.

Les allusions au pape, l'insertion de son nom


b. Situation ct de celui du syncelle de Rome dans Ben 1 et
du syncelle
et de l'économe. R 3 sont des signes du temps; il en est de même
pour les mentions spéciales du syncelle et de
l'économe. Sans aucun doute, les variantes relevées, du taktikon
Uspenskij au taktikon Benesevic, signifient un changement dû à
Basile 1 ou Léon VI. Le syncelle, absent dans U, est cité dans R 3
ct plus nettement encore dans Ben 1 ; dans R 3, en effet, la citation
du syncclle doit être jugée par rapport à l'ensemble de la liste,
où figure le rektôr, mais non le basileopatôr 1 • On sait que ce
dernier titre fut institué en faveur de Stylianos Zaoutzès, six ans
avant la date du Klèlorologion; de même le titre impérial de
syncelle, créé en faveur du fils de Basile I, frère de Léon VI et
futur patriarche, est antérieur à cette date 2• Il doit en être de
même pour l'élévation de l'économe de la Grande Église au titre
de protospathaire. Philothée reproduit un document dans lequel
l'économe figure deux fois: à son ancien rang (n. 105) et au rang
nouveau qui vient de lui être accordé (n. 28). L'auteur ne prend
pas la peine d'arranger lui-même la liste et de supprimer la seconde
mention devenue périmée 3 • Ensuite (R 3, Ben 1) l'économe reste
dans la même classe que les métropolites, celle des protospathaires.
Je n'insiste pas sur le cas du syncelle et sur le sort du titre;
on sait que cette création impériale a produit le même résultat
que d'autres semblables: éclat soudain, inflation, dévaluation et
chute. C'est un phénomène courant dans la titulature impériale,
plus rare ou différent dans celle de l'Église, comme nous le verrons
à propos des kouboukleisioi, parce que l'inflation provient surtout
d'une immixtion de l'empereur dans la hiérarchie des archontes, et
non de son évolution normale selon les lois propres de l'Église.
Le cas de l'économe est plus important. La promotion de cet
archonte ecclésiastique à une dignité impériale est à l'origine d'un
trouble grave qui durera près de deux siècles et ne cessera que grâce
à une intervention impériale en sens contraire, sous Isaac 1
Comnène. Si nous prenons pour modèle le rite de promotion du
syncelle rapporté par le Livre des Cérémonies"', nous devons admettre

(1) Klèlorologion, éd. Bury, 148, 16 (R'), 146 2-10 (Rtl.


(2) BVRY, op. ci!., p. 114·116; d'après le témoignage de la Vila Eulhymii.
(3) Tel est le sens de la note qui accompagne la mention de l'économe (Ben 1,28) ;
par rapport à la date du Klèlorologion (année 899), c'est une promotion récente.
(4) De Cer. II, 5. Il ne peut exister une analogie parfaite entre la promotion du
36 APERÇU HISTORIQUE SUR L'ÉVOLUTION DES OFFICES

que l'inscription nominale de l'économe parmi les protospathaires


entraîne un acte impérial de nomination. L'archonte ne reçoit pas
seulement un titre palatin honorifique; il passe sous juridiction
impériale. A l'origine, la création du titre doit être purement
honorifique; d'après le rapport des dates, il y a tout lieu de croire
qu'elle se produisit en faveur de ce Nicolas Androsylitès, le
prosmonarios de Saint-Diomédès, nommé économe et syncelle en
867 par Basile II ; le cumul des deux titres fait quelque difficulté,
mais comme le syncelle passe ensuite dans les &~[<X~ d~L)<<X(, le
rapprochement reste valable, car l'économe semble progresser en
même temps: il monte probablement en grade par compensation,
lorsque le titre de syncelle passe au fils de l'empereur 2 • Malgré ce
titre, ou à cause de son caractère honorifique, l'économe ne change
pas de statut; le titulaire n'est jamais inscrit dans la liste des
fonctionnaires de l'État, comme l'orphanotrophe par exemple, dont
nous savons qu'il était la plupart du temps un membre du clergé 3.
Mais le titre conféré à un clerc assimile celui-ci à un dignitaire
aulique et ouvre la voie à un autre abus, qui consistera à mettre
un dignitaire aulique dans le poste administratif du clerc; la
charge passe alors à un laïque. Telle est la situation de cct office
à partir du xe siècle.
Du point de vue juridique, il est clair que l'empereur ne nomme

syncelle et celle de l'économe, étant donnée la distance entre leurs tilres : voir De Cer.
1 59, imposiLion du maniakon à un protospathaire. Mais tandis que le syncelle ne reçoit
qu'une dignité, l'économe reçoit aussi une charge; c'est le mode de promotion à la
charge que nous ignorons.
(1) SYMÉON, Annales, Bonn 691, 10-12 (= PG, 109, 753 A 2-4). J'ai idenlifié ce
Nicolas avec le patriarche l'I:icolas 1 : J. DARRouzk:S, Épistoliers byzantins du xe siècle,
Paris, 1960, p. 36 et 120. H. Jenkins m'a fait remarquer très justement que le patriarche
aurait eu quelques années à peine en 856. Dans ce cas, il faut trouver une autre expli-
calion pour la leUre qui cite la belle-sœur du patriarche (lettre 31, p. 120).
(2) Le tout serait de connaître le sens du cumul syncelle-économe che? Nicolas
Androsyliles; le titre de syncelle est-il déjà impérial?
(3) Il figure parmi les offices de sékrétikoi : Klètorologion, éd. Bury, 138, 25 (Bonn,
75) ; nolice (même éd.), p. 103-105; L. 13RÉHIER, Le Monde Byzan/in, 2, 525-526.
Cependant on n'a pas relevé la difficulté que pose l'insertion régulière de l'orphanotroph e
avec litre impérial dans les charges auliques; normalement l'ecclésiastique devenu
orphanotrophe ne porte pas de titre impérial (anthypalos-patrice, protospathaire),
non plus que celui qui devient économe de la Grande Église. Peut-être la mention
de nombreux clercs orphanotrophes donne-t-elle l'illusion que les postes les plus
élevés se trouvaient régulièrement en leurs mains, alors qu'ils pouvaient se trollver
simplement occupés par un haut fonctionnaire laique. Les historiens (Bury, Bréhiet')
ont reconnu facilement que cet orphanotrophe principal n'avait rien d'un ministre
de l'Assistance publique; il gérait une fondation déterminée. Je pense que l'on aurait
dû traiter avec la même prudence les titres relatifs à l'Instruction publique et envisager
le même rapport avec des fonda lions particulières, non avec une administration géné-
rale hiérarchisée.
DU v" AU X· SIÈCLE 37
pas l'économe. Les textes officiels cités par le Nomocanon déclarent
que sa promotion est du ressort de l'évêque l • Des dispositions
particulières du Code Justinien mettent en évidence l'autonomie
des évêques en ce domaine. Par exemple, les chartulaires qui
géraient les serinia des provinces et dont le nombre est fixé par
décret impérial sont nommés par libelle portant la signature du
patriarche et de l'économe 2 • Tout le titre 3 du Codex, où sont
réunies les lois concernant le personnel de l'assistance publique et
les monastères, place sous la juridiction de l'évêque la plupart des
administrateurs, en particulier les orphanotrophes. Les nombreuses
mentions de prêtres et diacres au postes d'économe, d'orphano-
trophe, de ptôchotrophos et de gèrokômos, durant ces premiers
siècles et après, attestent la permanence des coutumes et des lois.
Incidemment, l'histoire parle de la nomination de Théodore
Krithinos par Théophile, vers 840, à l'économat de Sainte-Sophie;
après avoir été déposé et exilé par cet empereur, le personnage,
réhabilité, renonce à l'épiscopat et reçoit en compensation l'écono-
mat 3 , comme l'archevêque Paul de Césarée, un peu plus tard, le
chartophylacat. En cette circonstance, que signifie exactement
l'intervention de l'empereur et supprime-t-elle la promotion
patriarcale? Tout comme pour certaines nominations de métro-
polites, OLxo\l6[Lo\l È7tOL-r)O'Z\I ne veut pas dire nécessairement que
l'empereur est l'unique responsable, ni le promoteur habituel.
Mais nous sommes proches aussi de la date où Basile 1 crée lui
aussi un économe, et lui accorde peut-être la dignité de protos-
pathaire.
Pourtant à l'époque même de la rédaction des taktika R2 et
Ben 1, dans la pratique, le statut de l'économat paraît inchangé;
entre 899 et 925, la correspondance de Nicolas 1 en donne nettement
l'impression. D'une part l'économe est un ecclésiastique qui agit

(1) Nomocanon 10, 1 (PG, 104, 816-817); cite le Codex 1, 3, 32, ctc., loi de Marcien
de 472 (éd. KRUEGER, p. 23).
(2) Cod. Just. 1, 2, 25 : ylVOV"t'CXL o! xcxp-rOUÀcXPLOL -iJyou[Lévou ÀLoéÀÀou xcx! ipépov-roc;
\moypiXip'f)V "t'oi) 1tiX"t'ptcXPXou )(cx! "t'O\) otxov6[Lou. Voir aussi la loi de Marcien, l, 3, 25
(KRUEGER, p. 21) : ~ rcverentissimus œconomus vcl alii diversi clerici sub beatissimo
archiepiscopo ... scntentiarum tuarum auctoritate commoniti. ,)
(3) THEOPH. CONT. (Syméon logoth.), Bonn, 631, 695-696 (= PG 109, 693 A,
886 D - 857 A). J. GOUILLARD, (, Deux figures mal connues du second iconoclasme»
Byzantion, 31 (1961), 394-401 ; Théodore Krilhinos fut économe et participe à des
missions dans l'empire franc, mais le fait raconté par l'historien byzantin ne cadre
pas avec la carrière reconstituée dans cet article. Tout au plus, le témoignage postérieur
concernant cette nomination par Théophile représente une conception d'auteur du
xe siècle qui généralise la coutume admise de son Lemps: si Théodore redevient économe
en 840, il reprend son ancienne fonction; mais l'a-t-il retrouvée '1
38 APERÇU HISTORIQUE SUR L'ÉVOLUTION DES OFFICES

SOUS la direction du patriarche l ; un curateur fait appel au


patriarche d'une lettre de remontrances que lui a adressée l'économe
de l'Église l . Une autre lettre du patriarche demande à l'empereur
de rendre au titulaire qui lui avait déplu les clés de l'économat;
cela ne veut pas dire que la nomination dépendait de l'empereur,
car le délit reproché au personnage est une intempérance de parole
injurieuse pour le souverain, non une faute professionnelle 3 • Mais
déjà avant 945, le métropolite Anastase d'Héraclée est doté du
titre d'économe de la Grande Église"'; durant le patriarcat très
confus de Théophylacte qui trafiquait lui-même de tout, une telle
anomalie supporte plusieurs explications, surtout après que ce
même métropolite eut pris la tête de l'opposition au choix de
Théophylade comme patriarche. Ce fut peut-être une compensation
pour obtenir son ralliement et l'assurance que l'Église garderait
sa liberté. Un peu plus tard, en 945, Alexandre de Nicée adresse
une lettre au patrice Jean, mystikos et économe 6 ; c'est la plus
ancienne mention d'un laïque à la tête de l'économat. Ces deux
cas montrent que la charge était donnée à un dignitaire de haut
rang; le métropolite avait rang de protospathaire et le titre de
patrice est nettement plus élevé. Mais durant toute la période qui
suit, nous tombons dans l'incohérence; à côté des ecclésiastiques
qui continuent à occuper la charge (le métropolite Dèmètrios de
Cyzique vers 1025, le moine Étienne vers 1054)6 la sigillographie
enregistre plusieurs civils : un rector, un préposé au koitôn, un
notaire impérial 7 ; sous leurs ordres, apparaissent des fonctionnaires
dont on ne sait pas toujours s'ils sont laïques ou civils : bd "wv
x'O)f.Lch<ùv, bd. njç Me:yOCÀY)ç 'ExxÀy)(rtOCç, chartoularioi 8. Deux économes

(1) Episi. 60 : PG, lll, 260 C; l'adresse -riJv crlj\l bO'L6TIJ'T1X désigne probablement
un moine: cc. ep. 120 : ibid., 337 D.
(2) Episi. 36 : PG, Ill, 224 C; noter te:P6>'TIX'TO\l d(\I6pw1tov qui fait allusion au
caractère sacré (à partir de diacre) ; les deux économes peuvent être distinct~.
(3) Episi. 86, datable de 920-921 : Regesles, 679.
(4) Adresse d'une lettre que lui envoie un anonyme autour de 935 : lettre 1, éd.
BROWNING, Byzan/ion, 24 (1954), 441 ; bien que le déterminatif njc; fle:YetÀ7)C; ~l()(À7)(J(IXC;
soit omis, l'identification de la charge n'est pas douteuse.
(5) Leltre 2, éd. J. DARROUZÈS, Épis/oliers byzantins du Xe siècle, Paris, 1960,
p. 71-73; omission également du déterminatif. de la Grande Église-.
(6) LAURENT, Corpus, 55. fleges/es, 869.
(7) LAURENT, Corpus, 52-54.
(8) L'état civil est clair lorsque la dignilé impériale est citée; voir les sceaux du
Corpus, 61, 63,64; d'autres restent en suspens (voir 60, 62), car des clercs obtenaient
aussi des fonctions d'administrateurs de biens, publics ou privés. Quant aux chartu-
laires, 67-71, ils peuvent appartenir à d'autres bureaux que l'économat; on remarque
que des civils (66 : chartoularios de ('économe et protospathaire impérial) obtenaient
aussi des postes subalternes à l'économat de la Grande Église. Mais le partage entre
clercs et civils n'est pas toujours évident, à cause de la concision des légendes et des
contaminations possibles entre les deux mondes, au moins durant les Xe-Xie siècles.
DU ve AU X· SIÈCLE 39

civils sont attestés par l'histoire : Pathos protospathaire 1 et le


futur empereur Romain Argyros 2,
Je ne crois pas que l'on puisse élargir davantage la durée des
perturbations qui affectent la fonction de l'économe; le désordre
prend source, ou commence à se manifester vers la fin du IXe siècle,
mais il ne devient évident que dans la première moitié du xe siècle.
Il tient certainement à la même cause qui provoque l'expansion
des kouboukleisioi durant cette période,
Le problème que pose l'apparition temporaire
Les Kou~~uklefslol. de ce titre se résume en quelques mots. Il n'est
attesté dans les listes hiérarchiques qu'au début
du xe siècle; en sigillographie, du xe au XIe siècle, ses sceaux
forment le groupe le plus nombreux de tous les titres d'archontes
patriarcaux. Puis le nom même disparaît à peu près dans les mêmes
conditions que celui de syncelle. Comment ce titre, que les érudits
ont de la peine à définir 3 , connut-il une telle fortune et tomba si
rapidement dans l'oubli? Même si nous ne pouvons répondre
entièrement à la question, le cas doit être examiné attentivement
du fait même qu'il parait insolite.
Le Livre des Cérémonies profite de la description du sacre du
patriarche Théophylacte pour parler du kouboukleion"', corps de
camériers chargé d'organiser le cortège allant du Palais à Sainte-
Sophie; à leur sujet, une note d'érudition cite un acte de l'empereur
Héraclius concernant le praepositos et le kouboukleion 5 , Autrefois,
dit l'auteur, le patriarche possédait aussi un préposite, chef des
kouboukleisioi; l'empereur accorda au préposite du patriarche
Sergios le troisième rang après celui du palais, tant qu'il était
diacre; une fois ordonné prêtre, il passait immédiatement après
le préposite impérial. C'est une application classique à la fois du
principe de préséance ecclésiastique et de celui des préséances
impériales 6 • La date et le contenu de l'acte sont importants; le

(1) Regestes 933 (dale : voir note 3, p. 34 ci-dessus).


(2) Cilé d'après Zonaras par une copie de la notice F, Vindobon. hist. 70 (cf. p. 547).
(3) DUCANGE, Glossarium, 725 : • Hujus ccrte functio non omnino certa est. t
Goar a donné le sens de gardien du tabernacle: Euchologion, 1647, 291-292. On a
propos~ aussi gardien de reliques: Pl. DE M EESTER, De monachico statu juxla disci-
ptinam byzanlinam, Roma, 1942, p. 256 el 281. Les textes cilés ne donnent jamais
un sens aussi précis et rien ne nous assure que le mol el la charge sont d'origine
ecclesiastique.
(4) De Cer., II 38, Bonn 635-636 = PG 112, 1177.
(5) De Cer., II 39, Bonn 637 = PG 112, 1177 D ; la note laisse entendre que le
titre de préposite n'esl plus en usage au patriarcat.
(6) Voir le lableau, p. 31. Le Klélorologion (Ra 102-104) observe la pr{:séance
ancienne; Ben l, 100-102, inLroduit une division dans le groupe des kouboukleisioi
du patriarche. On se demande pourquoi Philolhéos ne cite pas les kO\lboukleisioi
40 APERÇU HISTORIQUE SUR L'ÉVOLUTION DES OFFICES

patriarche avait sa « maison l), dont le chef, diacre ou prêtre,


obtenait un titre impérial fixant son rang et son traitement. Nous
trouvons dans ce contexte un emploi du terme aussi proche que
possible de son étymologie : xouooùxÀ~ov, venant de cubiculum.
Selon Reiske, le xOUOOOXÀLOV désigne la chambre de séjour, distincte
de la chambre à coucher, XOL't"WV; les otnciers de cette chambre
sont donc des camériers de jour par opposition aux camériers de
nuit, koitônites, en général eunuques l . Dans le Liure des Cérémonies,
les kouboukleisioi (ou, en corps, le kouboukleion) escortent
l'empereur dans ses déplacements à l'intérieur ct aux environs du
Palais; mais l'escorte du patriarche n'est jamais détaillée et son
kouboukleion n'est cité, je crois, qu'une fois 2• Le parallélisme entre
chambre impériale et chambre patriarcale est net, mais n'offre pas
sans doute le même sens pour l'histoire. Le syncelle et le koubou-
kleisios sont les seuls otnciers de chambre qui ont accédé, au
patriarcat, à une charge qui déborde leurs attributions; et encore,
le kouboukleisios n'a jamais atteint les fonctions importantes que
les cubiculaires ont obtenues autour de l'empereur. Si les archontes
sont aussi des créatures du patriarche régnant, c'est d'abord par
la voie de l'ordination sacrée, qui freine l'intrusion des serviteurs
privés; mais inversement, il devient anormal, d'un point de vue
strictement canonique, que ce poste de caractère plutôt servile soit
confié à des prêtres. C'est ce rapport de l'ordre sacré avec le titre
que soulignent fortement les notices et que l'on doit étudier par
la titulature des sceaux.
Les kouboukleisioi sont cités trois fois de manière équivalente,
avec toutefois une variante qui peut avoir sa signification histo-
rique. Dans R 3, c'est-à-dire la liste générale des préséances
antérieure à 899, ils sont placés au rang des spathaires, juste après
les kouboukleisioi du palais (n. 103) 3 et avant l'économe de la
Grande Église (n. 105) ; leur titre les met par conséquent au-dessus
de tous les autres archontes proprement dits, puisque le premier
et le seul archonte qui soit cité, l'économe, est considéré comme

parmi les ecclésiastiques invilés avec le patriarche; il les inclut peut-être parmi les
papades sékrélilcoi (voir p. 33, n. 1). Le Typicon de Dresde admet sékrétikoi et kou-
bouk1eisioi : voir p. 47-48.
(1) Sens des notes PG, 112, 92 (n. 17), III (n. 4.8), 135 (n. 78). Le koubouk1eion
impérial comprenait aussi des primiciers eunuques: Klèlorologion : Bury, 148, 37;
Bonn, 731.
(2) Souvent la confusion est possible entre les deux, mais le contexte doit indiquer
presque toujours qu'il s'agit du koubouk1eion impérial; voir De Cer. l, 1 : Bonn 30, 13
([3cxoü.tx'ijc; 't"iX!;e:CùC;), 18 (Àtrijc; 't"oi) 7tet.'t"pdpxou) ; 31, 7 (ol Se:I17t6't"et.t fLe:'t"!X 't'oi) 7tet.'t"ptIXPXOU
xcxt 't"oi) xouôouxÀdou) = PG 112, 197 A 4, A 7, B 3.
(3) Noter l'expression xouOtXOUÀlXptOt 't'oi) xouoouxÀe:tO'(ou : Klèlorologion, Bury,
151, 25; Bonn, 734.
DU v" AU X· SIÈCLE 41

inférieur, avant sa promotion au protospathariaV. Selon l'esLima-


tion impériale le titre de kouboukleisios l'emporte sur un titre
spécifique de charge, qui n'est pas cité en règle générale dans les
invitations. Mais la liste suivante, Ben l, qui finit interrompue au
n. 103, introduit une distinction nouvelle entre kouboukleisioi
l.Ep<Ù(J.évo~ et ceux qui n'ont pas la l.e:p<ùO'\J\I'Y). Le sens de cette division,
qui pourrait faire penser à l'existence d'une catégorie de dignitaires
laïques à l'intérieur de l'Église, est précisé dans Ben II par l'emploi
d'un terme qui supprime toute ambiguïté: parmi les kouboukleisioi,
ceux qui n'ont pas de caractère sacré, &\ILZpO~, appartiennent en
réalité à tous les ordres inférieurs au degré du diacre, premier
degré de la LZP<ÙO'U\lY)2. Malgré la propagation du titre, le principe
de classement et de préséance dans le clergé s'appuie donc toujours
sur le critère strictement liturgique et canonique de l'ordre, et le
cérémonial impérial en tient compte. Entre les deux classes des
kouboukleisioi s'établit une certaine distance, mesurable par
comparaison avec un titre impérial: les premiers viennent après
les protospathaires (Ben l, 99), les seconds, après les spatharo-
candidats (Ben l,lOI). Étant donné que la liste R3 (p. 31, nO 104)
ne connaît qu'une catégorie de kouboukleisioi, il est vraisemblable
qu'un acte impérial est intervenu pour les multiplier, au début du
xe siècle.
Cette distinction entre deux classes de kouboukleisioi peut
s'exprimer dans les légendes sigillographiques; je les classe par
ordre croissant des titres que s'attribue l'auteurs.
A. kouboukleisios seul: 53, parmi les numéros 145-216+no 1618
(total: 54).
B. ordre sacré + kouboukleisios : 1 évêque, 876; 1 proto papas,
136; 6 prêtres, 166, 184, 195, 216, 1085, 1105; 4 diacres, 207,
210, 1025, 1122; 1 sous-diacre, 1110; 5 higoumènes, 1181, 1185,
1235, 1267, 1281 ; 10 moines, 157, 158, 160, 165, 182, (184 ?), 189,
202,212,213,215; 13 clercs basilikoi, 148, 149, (162 ?), 169, 172,
174,180,181,186,190,194,199 (total: 33).
C. kouboukleisios+office ecclésiastique : chartophylax, 87;
chartoularios de la G.E., 70, 1616; ecclèsiekdikos, 119; économe
de la G.E., 51 ; épi ktèmatôn, 567 ; épi sékrétou patriarcal, 135;
exarque, 241 ; curateur, 1622 ; skévophylax, 82 ; taboularios, 214 ;
domesticos, 1053 (total: 12).

(1) L'économe prend alors le n. 28, R3: tableau, p. 31.


('2) Sur ce point, voir p. 87-89.
(3) Je renvoie au numéro de LAURENT, Corpus.
42 APERÇU HISTORIQUE SUR L'ÉVOLUTION DES OFFICES

D. ordre sacré + kouboukleisios +office ecclésiastique


diacre: chartophylax, 88 ; skévophylax de la G.E. 77; skévo-
phylax, 78; protonotaire, 120;
diacre de la G.E. et clerc impérial: 1125, 1129 ;
clerc impérial et protopsalte : 139 ;
moine : chartophylax, 85; chartoularios, 1617; « homme de »),
202 (total: 10).
E. diacre + kouboukleisios + clerc im périal + office ecclésiastique:
chartophylax, 90, 91 ; chartoularios de la G.E., 67 ; saccllaire, 73,
74; skévophylax de la G.E., 81 (total: 6 et total général 115).

La répartition des sceaux entre tous les degrés de la hiérarchie,


jusqu'à un évêque et un protopapas, indique clairement que la
multiplication et l'extension du titre prennent caractère honori-
fique, parce que le même emploi ne peut être tenu par des ordres
aussi divers. La distinction entre LEp w!-LÉ\lO L et OC\l(e:POL n'est pas
apparente sur la légende, du fait que les sceaux des ordres inférieurs
sont beaucoup plus rares : deux anagnôstes et deux psaltes en
tout dans la sigillographie l . Dans ces conditions, la majorité
appartient peut-être aux OC\l(EpOL, si les cinquante-quatre de la
classe A ont omis vraiment cet ordre inférieur, parce qu'il n'avait
rien de glorieux; on peut y joindre ceux qui, dans la catégorie B,
déclarent la condition de moine et peut-être quelques clercs
impériaux 2 • Ces inférieurs portent le titre impérial, mais, en même
temps, ils peuvent occuper un emploi proche de la définition
primitive: par exemple, le moine kouboukleisios, &vflpw7toc; d'Alexis
(n. 202). C'est un fait reconnu que des clercs et des moines gravi-
taient autour des personnages et de l'empereur; ainsi Constantin
Porphyrogénète utilise un 7t1X.7t1X36ÀLo\l3, type du clerc familier tout
à fait susceptible de recevoir le titre pour services réels et par ses
relations.

(1) LAURENT, Corpus, 1014-1015, 1067-1068 (+140 et 1165); en général les clercs
mentionnent leur ordre à partir du diaconat j les sous-diacres sont également peu
nombreux (6 dans l'index). Les deux termes généraux les plus courants, XÀllptx6e;
et (.Lo\lax6e; indiquent un état et font abstraction de l'ordre, qui peut être ajou té à
la légende ou omi!:>, au gré de l'auteur.
(2) J'ai cité (p. 34, n. 5) le cas du chartophylax Orestès qui se déclare clerc impérial
(LAURENT, Corpus, 85) ct qui était dit simplement diacre auparavant: Regesten,
625. Même, en province, un protopapas se dira XÀllP~XOe; rije; (.L"l't'po~6Àe:we; (MM,
IV, 160), alors qu'i! ne réside pas dans la ville; le terme est donc assez ambigu et ne
sert pas toujours à dissimuler le degré inférieur de l'ordre; au contraire, i! est probable
qu'une titularisation donnait droit à être désigné <' clerc de b et s'accordait à t.ous les
ordres du clergé. Étant donnée la courbe normale d'une carrière ecclésiastique, ces
clercs tiLularisés seront considérés en moyenne comme des diacres.
(3) J. DARROUZÈS, Épistoliers byzantins du Xe siècle, Paris, 1960, p. 320, 2.
DU ye AU X· SIÈCLE 43
A plus forte raison, diacres et moines qui cumulent le titre avec
un office ecclésiastique sont des kouboukleisioi honorifiques. Dans
cette classe (0 et E), les diacres prédominent: ce qui est tout
naturel pour un titre de sens diaconal. Les prêtres sont rares et
leur classe supérieure parait attestée à l'époque de Nicolas 1 par
l'envoi d'un prêtre kouboukleisios en compagnie d'un protospa-
thaire comme légat auprès du pape l .
L'inconnue, en sigillographie, est la raison qui fait omettre
le degré de l'ordre sacré. Le problème se pose d'ailleurs en
diplomatique pour la signature; le chartophylax Eustathe
Chantrènos omet son ordre et dans ses signatures et dans ses
sceaux de chartophylax et, de prôtecdikos 2. Ceux des kouboukleisioi
de la classe C présentent la même anomalie. D'où une dernière
question: existait-il des kouboukleisioi laïques? Si la distinction
proposée par le taktikon Ben 1 s'est maintenue, la réponse est
certainement négative parce que les cX.VLEpOL ne désignent pas des
laïques, mais des clercs non promus encore au diaconat. Une
lettre de Nicolas 1 nous apprend que de son temps le titre était
bien sous contrôle impérial; il rassure un de ses correspondants
inquiet de ce que l'empereur vient de réduire le nombre des
admissibles : le kouboukleisios en question restera au service du
patriarche 3. Dans une autre lettre, le patriarche fait allusion à un
moine qui possède le titre depuis longtemps, « depuis l'origine »,
comme si une mesure récente avait dévalué le titre 40 • Plus tard,
sous Michel Cérulaire, le patriarcat distribuait lui-même le titre 5 ;
mais il touchait aussi à sa fin.
Le caractère de ce titre, comme celui de syncelle, permet de
juger les effets de l'intervention impériale en ce domaine. Si elle

(1) Regesles, 675; la correspondance des titres semble parfaite dans le taklikon
Ben l, où les kouboukleisioi lepW!l.t\lOL ont rang de protospathaires.
(2) LAURENT, Corpus, 104, 110. Les contrainles de la mélrique, lorsque la légende
est versifiée, imposent un cerlain laconisme; ce n'est pas la raison principale de l'omis-
sion du litre sacré. Nous trouvons des signatures réelles par le seul nom de la fonction:
MM, Il, 204 (signalures originales dans le registre) en 1394. La coutume doit être
beaucoup plus ancienne, car un texte de Michel Choumnos, vers 1120, portait sans
doute comme signalul'c : 0 Xap'tolpuÀal;; voir 5tudi biz. (e neoel.), 2 (1927), 184-185.
(3) Episl. 155 : PG, 111, 381-384; le palriarche insiste sur iX!;[w!l.a el T'iiç xa'tèt
Ttp6crwTto\l 7J!l.bl\l Ttapacr'tcicrewç du personnage qui est en contact personnel avec lui
par sa charge. V. Grumel met en rapport les réduclions de litres imposées par l'empereur
avec d'autres mesures provoquées par la guerre contre les Bulgares: Regesles, 691.
(4) Episl. 163: PG, 111,392 A : où X6tç, oùaè cr1j!l.e:PO\l, iXMà mxÀaL xocl è:!; iXpx1jc;
xal 8LCXXO\l[~ htp~ è:yxE;(e:LpLcr!l.t\lOç; allusion au cumul du titre avec une l'onction
et à une devaluation postérieure à l'acquisition du tUre. Ces détails confirment le
caractère civil de la titulature; le titre donnait droit à une pension ou à une rente
allouée pnr le trésor impérial.
(5) Regesles, 860; voir ci-dessous, p. 402, nO 13.
44 APEHCU HISTORIQUE SUR L'ÉVOLUTION DES OFFICES

avait duré, en s'étendant de plus à tous les offices, la titulature


des archontes aurait adopté en permanence l'aspect de celle des
kouboukleisioi; des titres plus ou moins séculiers se seraient
superposés, à tous les échelons ct à toute époque, au titre de
l'ordre ecclésiastique et de la charge. Au lieu de cela, nous
constatons que l'Église a su préserver sa loi de croissance, en
évitant h multiplication des titres honorifiques; non seulement
l'initiative de leur création ne lui appartient pas, mais elle réprouve
en général l'intrusion des titres séculiers. Avec le temps, un certain
nombre de charges se vident de leur contenu ct prennent forme
de titres d'apparat; la proportion est toujours moindre que dans
l'État, parce que le cadre des ordres sacrés garde une valeur
quasi immuable.

6. État de la hiérarchie des archontes au Xe siècle.


Le premier document récapitulatif dont nous disposons, depuis
le début du patriarcat, n'est autre que la modeste liste Ben II,
à laquelle j'ai donné, dans le classement général, le sigle Al. Elle
énumère en tout dix titres, plus les deux classes de koubouklcisioi
qui couvrent tout le reste de la hiérarchie, soit: le personnel de
bureau, les ministres du culte à Sainte-Sophie et la maison du
patriarche. Sa date ne doit pas être fort éloignée de celle d'une
note de l'année 951 2 ; à deux ou trois dizaines d'années près, une
liste isolée et aussi réduite ne change guère de sens. Selon toute
apparence, l'auteur a voulu souligner l'originalité des offices de
l'Église, ou, d'après son propre titre, l'ordre particulier de préséance
des archontes du patriarche; sa hiérarchie est indépendante de la
hiérarchie aulique et ne peut s'insérer dans le même cadre. Les
dix premiers archontes n'apparaissent jamais en corps constitué
dans les listes impériales; par la disposition du tableau comparatif
nous voyons parfaitement que les invitations sont adressées aux
ordres sacrés et que deux titres seulement sont considérés comme
impériaux 3 ; entre Ben 1 70 et 100 (ou R3 28 et 105), nous ne

(1) Voir le tableau, p. 31 et le texte grec, p. 539.


(2) A. PAPADOPOULOS-KERAMEUS, 'Ie;poo"oÀufLL'm(~ ~LOÀLOe~X7J1 1, p. 89-90; mais
nous n'avons aucune description vraiment technique du manuscrit, qui semble avoir
été écrit par plusieurs mains. VI. Beneseviè a vu le ms. Hierosol. Patr. 24 et n'est pas
très sûr de sa composition: Byz. Neugr. Jahr., 5 (1927), p. 109; le terminus ante quem
est assez lâche, puisque nous trouvons au début la novelle de Basile Il datée de 988
(Regesten, 772). La petite notice ecclésiastique Ben Il ne sera datée plus exactement
que dans la mesure où l'on distinguera les diverses couches d'écriture et la formation
des cahiers; son écriture ne diITère pas notablement de celle du contexte où elle se
trouve.
(3) Au juste, le sens de l'insertion du syncelle, de l'économe et, à la suite, des
kouboukleisioi ne pourrait être éclairé que par l'acte d'institution.
DU ve AU Xe SIÈCLE 45
trouvons aucun autre archonte. Ces listes, aussi bien que la
sigillographie, nous ont montré que les deux classes de
kouboukleisioi, rejetées en finale par le catalogue ecclésiastique,
correspondent en puissance à toute la hiérarchie des archontes.
Tous ceux qui précèdent, de 1 à 10, peuvent avoir le titre de
kouboukleisios 1 et possèdent la qualification de te:PW[LÉ\loc, : prêtres
ou diacres; tous les inférieurs qui ne sont ni prêtres, ni diacres
(OC\lLe:POL, [L~ ËXO\l",:e:c, te:pw(jU\I"I)\I) obtiennent également ce titre, mais,
de plus, leur fonction se rapproche davantage d'un service privé,
cubiculaire.
Néanmoins cette division est plus théorique que réelle, en cc
sens que le titre de kouboukleisios, artificiel et extérieur, n'est pas
pour l'Église le principe véritable du classement. Le rejet en finale
des kouboukleisioi trouve une explication dans la forme générale
des listes postérieures; aux offices archontiques proprement dits
tendent toujours à s'ajouter une ou deux séries de noms désignant
soit des ministres liturgiques, protopapas en tête, soit divers
employés d'église et de bureau qui, cette fois, sont vraiment
inférieurs au diaconat. Mais, ici encore, il ne faut pas généraliser,
puisque nous trouverons à toute époque des prêtres parmi ces
employés inférieurs. Du temps d'Héraclius, le chef du koubouklion
patriarcal est prêtre ou diacre 2 ; à la fin du XIVe siècle un prêtre
épiskopeianos est portier du kellion patriarcaP. On précisera
cependant, à divers moments, que le corps des archontes, détenteur
du véritable office diaconal, se distingue par sa hiérarchie propre
de l'ensemble des autres emplois. Tel est le sens évident de la
cohésion des dix premiers, de l'économe au hiéromnèmôn, deux
noms qui conserveront la même position relative jusqu'au xv e siècle.
Pour l'histoire des institutions, l'inconvénient le plus grave vient
de ce que les sources ne nous permettent pas de remonter vers
les origines et d'analyser la formation progressive de ce groupe
directeur.
Un rapide coup d'œil sur des documents contemporains nous
convainc que cette liste s'arrête aux principaux archontes et que
la plupart de ceux qui entrent dans les catalogues plus détaillés,
du XIIe au XIVe siècle, existaient déjà. Citons par exemple l'épi
gonatôn, attesté dans une lettre de collection placée sous le nom

(1) La titulature des sceaux atteste le cumul du titre Ü\'ec un choix très étendu
de fonctions; l'inconvénient est que les sceaux ne sont pas datés avec une précision
suffisante pour une élude de l'évolution de la charge dans un laps de temps déterminé;
cette imprécision s'ajou te au manque des actes officiels.
(2) L'auteur de la note du De Cer. dit que le préposite est Liré du clergé xoct 'toi)
~xxÀ7jo"toco"'nxoü xC('tO(À6you : Bonn, 637 ; PG 112, 1177 D.
(3) Sur les épiskopeianoi, qui succèdent à quelque coll(~ge antérieur, voir p. 385-386.
46 APERÇU HISTORIQUE SUR L'ÉVOLUTION DES OFFICES

de Syméon Métaphraste 1 . La correspondance de l'Anonyme


Londinensis, qui date des années 930-940 environ, contient des
lettres adressées aux archontes suivants: chartophylax et économe
de la Grande Église, pincerne et protovestiaire du patriarche,
plusieurs clercs impériaux dont un chartoularios de la Néa et un
autre kouboukleisios, plusieurs kouboukleisioi (7 ou 8) dont un
skévophylax de la Néa et trois chartoularioi 2. Chez les épistoliers,
on ne peut toujours distinguer si le titre nu de canstrisios et de
protonotaire désigne un dignitaire aulique ou patriarcal, lorsque le
texte de la lettre n'est pas explicite. Dans les adresses de cette
seule correspondance nous trouvons donc deux titres qui ne sont
pas attestés au patriarcat par une autre source : un pincerne et
un protovestiaire, employés à l'intérieur, au kouboukleion du
patriarche. L'absence d'un catalogue général empêche tout essai
de classement, lorsque le titre ne reparaît plus dans les listes
postérieures; il est vain également de proposer une identification,
lorsqu'une source autorisée n'établit pas elle-même la corres-
pondance entre un titre ancien et le titre nouveau qui lui a
succédé; cela ne se produit qu'une fois, à ma connaissance, dans
l'Euchologe qui glose : bd ,,:wv :x.~~po":ov~wv, ~youv 0 t~~o!Lv~!Lwv,
vers le xe siècle 3.
Parmi les livres liturgiques édités, ceux qui devraient nous
fournir des renseignements analogues à ceux du Liure des
Cérémonies, les Euchologes et les Typika, recueils à la fois de
formules de prière et de rites, sont assez décevants. Le Typikon de
la Grande Église daté du xe siècle mentionne en tout et pour tout,
en dehors des ministres sacrés (du protoprêtre à l' anagnôstès),
deux titres d'archontes : le syncelle et le référendaire<i. Les
Euchologes sont un peu plus riches parce qu'ils contiennent les
cérémonies d'ordination; je renvoie à la fin de cet exposé historique
l'examen sommaire de cette tradition. Il existe cependant un
typikon liturgique du xe siècle, dont le texte malheureusement est
devenu inaccessible: chose d'autant plus regrettable qu'il ajoute
aux descriptions des cérémonies impériales du livre de Constantin

(1) J. D"RROUzi.:S, Épisloliers byzanlins du Xe siècle, p. 133. JI me semble avoir


rencontré le terme dans une correspondance anlérieure (Photius ?) ; de toute façon,
jJ faut admettre une date plus ancienne que 1193, relevée par Th. PAPAS, Geschichle
der Messgewander, Miinchen, 1965, p. 132 (cf. !tcv. des Él. byz., 2·1 (1966), p. 311).
(2) R. BROWNING, • The correspondence of a byzantine scholar >l, Byzantion, 24
(1954), p. 398-433 : IisLe el notes prosopographiques. Certains titres sont indéterminés,
par exemple canslrisios (lettre 17, p. 404) ; Browning l'identifie avec celui du patriarche,
rnllis le De Cer. monLre bien qu'il y en a un au Palais.
(3) Voir la notice sur le hiéromnèmôn, p. 368.
(4) J. MATEOS, Le Typicon de la Grande Église (Ms. Sainle-Croix-de-Jérusalem 40)
(Or. Chr. Pero 165-166), Roma, 1962-63.
DU ve AU Xe SIÈCLE 47
Porphyrogénète un grand nombre de détails concernant la parti-
cipation des archontes patriarcaux. On ne peut dire au juste, sans
avoir revu le ms. Dresdensis A 104, ce que la description sommaire
de Dmitrievskij a laissé de côté 1 • D'après des notes de Dosithée,
prises sur le manuscrit lorsqu'il était à la Typographie Synodale
de Moscou, il est évident que le liturgiste russe a laissé de côté
bien des détails; dans ses extraits je n'aperçois pas le domestikos
des anagnôstes ni l'archôn "t'W\I epw"t'W\I relevés par Dosithée 2 • Notons
rapidement quelques traits significatifs, par comparaison avec le
Livre des Cérémonies.
Samedi Sainl: visite de l'empereur au skévophylakion 3 ; cf.
De Cœr. l, 35 : PG, 112, 425 B-427 A. Le patriarche accueille
l'empereur au Saint-Puits, l'encense et rentre avec lui à l'église,
canstrisios en tête. L'empereur sc rend au skévophylakion, précédé
du patriarche et des chartulaires, qui vont au devant ouvrir les
armoires; l'empereur encense le Saint-Four : "t'O\l &YW\I epOÜP\lO\l'.
A la sortie, les chartulaires de la sacelle 5 (patriarcaux) font les
offrandes et le patriarche se rend aux katèchouméneia pour la
roga du clergé 6 •
Matin de Pâques: réception du clergé au patriarcat (sans
équivalent dans le De Ger.)'. Les invités sont: 12 métropolites,
12 prêtres, 12 diacres en tenue, puis le reste du koubouklion et
des sékréta. La description cite successivement le canstrisios, le
domestikos des sous-diacres, l'ostiarios du chartophylax; le
chartophylax lit le discours de Grégoire de Nazianze sur la fête
de Pâques et reçoit un nomisma 9. Le point le plus important est
que le chartophylax, assisté du hiéromnèmôn et de l'hypomnèma-
tographe, introduit (dcrcX.Y~L) au petit sékréton et au grand sékréton

(1) Je cite son élude d'après Trudy Kiev. Duk. .Il1cad., déc. 1901, p. 519-579; le
texte existe en tiré à part (un peu plus développé vers la fin), cité par J. MATEOS,
op. cil., p. VIII. Dmitrievskij parle toujours de Dresdensis A 140 (pour 104).
(2) Ses noles très brèves sont éditées dans 'Ex)(À. 'AÀ~ee;tlX, 33 (1913), 223-224;
on y renconlre au moins un nom qui ne figure pas dans les extraits: llépJ(Cil\l 'tW\I <pW'tCil\l.
(3) Trudy, p. 524-526.
(4) Voir plus bas, p. 316, n. 5; p. 354, n. 2.
(5) Incerlitude sur l'existence d'un sakelliou patriarcal à cette date; voir p. 62-63.
(6) Dmitrievskij rapproche ce témoignage de celui du typicon de Jérusalem daté
ùe 1112 : A. PAPADOPOULOS-KERAM f.L 5, ' A\lciÀe:x'tlX 'Ie:pocrOÀUfLL'tLxijÇ cr'tIXJ(UOÀOYLIXÇ,
II, 99; cette roga avait lieu à Jérusalem le Jeudi Saint.
(7) Trudy, p. 531-533.
(8) Le mardi de la Tyrophagie, un discours sur le Carême était lu par le protonotaire
(patriarcal) : Klèlorologion, éd. Bury, 165, 22-23 (Bonn, 760) ; bien que la Cérémonie
eût lieu au patriarcat, c'étaient les cérémoniaires impériaux (Se:! ~fLiç dcrciye:~\/) qui
introduisaient le lecteur. A part cette lecture rituelle, le De Ger. ne fait aucune allusion
aux discours du rhéteur pour l'Épiphanie et le Samedi de Lazare; l'usage n'est pas
encore connu.
48 APERÇU HISTORIQUE SUR L'ÉVOLUTION DES OFFICES

tous les invités qui viennent faire la prostration (7tPOO'W.'l\/,YlO'tÇ),


depuis les sékrétikoi jusqu'aux métropolites.
Jeudi de la semaine pascale: réception au Palais l ; cf. De Cer. 1,
14 : PG 112,307-316 (surtout col. 312). Les inviU's ecclésiastiqurs
comprennent: 12 métropolites, 12 kouboukleisioi, 12 higoumènes,
12 sékrétikoi. Au début, le patriarche reçoit le kontakion des
mains de son canstrisios, pour lire la prière, et le référendair~
(diacre) fait la synaptè (prière litanique). On signale aussi que
l'appel des invités (ou l'accueil des métropolites) se fait à l'ancienne
mode : xoc"rli TI]v &px,oc~ocv cruv~eE:tocv.
Dimanche de l'Orlhodoxie: lecture du Synodicon 2 ; cf. De Cel'.
1,28 : PG 112, 393-396. La cérémonie a lieu aux Blachernes, où
le Synodicon est lu après le Trisagion. Ce jour-là, une réception
est offerte au patriarche et à l'empereur par l'économe (de la
Grande-Église) xoc"rli "rov ocpx,ocî:ov "r{)7tov. Un changement s'est
produit, selon le Livre des Cérémonies, du temps du patriarche
Théophylacte ; en cet rndroit (loc. cil., 400 A), il est question des
cierges de l'économat distribués aux magistroi, préposites et
patrices.
Samedi de la cinquième semaine du Carême: litè (procession) aux
Blachernes 3 • Au retour, la procession se disjoint devant le siège
des ekdikoi, dit aussi en un autre endroit: colonne des ekdikoi ;
au cours de la cérémonie intervient l'archonte des kontakia qui
porte à l'ambon les livres nécessaires.
Dans ces descriptions, les détails topographiques et prosopo-
graphiques abondent et tranchent sur la sécheresse du Typikon
édité; ils sont d'autant plus précieux qu'ils viennent d'un témoin
ecclésiastique et qui voit les choses du côté du patriarche. Nous
y trouvons la mention la plus ancienne des trois archontes
secondaires : "rWV q>w"rwv, "rWV xov"roc)dwv, domestikos des anagnôstes
et des sous-diacres, puis une mention unique de l'ostiarios du
chartophylax. Surtout nous voyons en action déjà la juridiction
du chartophylax, intermédiaire officiel entre le patriarche et tout
le clergé, selon la définition d'Anastase le Bibliothécaire, en 869.
Comme dans le Klèlorologion, au cours des réceptions, la masse
du clergé de Sainte-Sophie se partage en classes assez distinctes :

(1) Trudy, p. 541-545. Dans un aulre pnssage relatif à la cérémonie du lundi ÙC


Pâques (De Cer. l, 10), le typicon parle d'encensements à la Lombc ().. iXpvoc~) de
Constantin : ct. Bonn 77, 3 (PG. 112, 280 C) Èv T'ii O'opcj). Or en même temps il parle
d'une relique: !xvoç 'toù &ylou IIé'tpou et du Lombeau de kyr Leon: 'tov 'tlXipOV 'tO\)
KUP0\) Aéov'toç (Trudy, p. 540). Tous ces détails nous indiquenlla valeur du témoignage.
(2) Trudy. p. 559-562.
(3) Trudy, p. 563-566; sur le siège des ekdikoi, voir plus bas, p. 3~7.
DU Ve AU X· SIÈCLE 49
desservants liturgiques, employés du koubouklion et employés des
sékréta 1 • Mais les renseignemenLs concernant le skévophylakion, la
sacelle, le chartophylax, l'économe et leurs employés restent bien
minces et trop isolés.
Dès que nous somm~s en présence d'un texte plus technique,
comme une pièce de comptabilité, apparaissent des noms et
détails dont le sens nous échappe. Le Klèlorologion indique une
répartition ctes taxes recueil1ips par les préposiLes à l'occasion des
promotions ct~ patrices eL autres 2 ; une partie en revient à des
archontes, à des employés, et une autre, à diverses églises choisies
on ne sait pourquoi. Les archontes sont cités probablement parce
que leur participation aux cérémonies entraînait des frais somp-
tuaires, symbolisés par le luminaire (9û)"t'lXY~IX[) jus ti fiant le
Yersement. Pêle-mêle avec le canstrisios, le référendaire, le
skévophylax, figurent des chantres, des lecLeurs, des sous-diacres,
des ostiarioi, des dékanoi de Sainte-Sophie et de ses dépendances,
puis des employés plus humbles sans doute: sIralores du patriarche,
balanlades 3 et épiskopeianoi 4 • Quel rôle jouaiL alors l'économe dans
ces distributions?
Il est possible que l'absence d'une étude sérieuse de ces témoi-
gnages épars nous cache des aspects accessibles de l'histoire des
institutions. Les cadres ecclésiastiques n'étaient pas aussi riches ni

(1) Ou plutôt, dans le KlèlvrolofJion, on ne trouve jamais celle division explicite:


~ ÀOlrr7] 't"oi) x.ouE)ouûdou xcxL 't"W\I cre:x.pe:'t"txW\I 1tÀ7Jeuç : 1'rudy, p.
531.
(2) Liste double: De Cer. H, 55 (partie non reprise par Bury), Bonn l, SOI, 805-
806 = PG, 112, 1140, 1444; entre Ics deux listes l'ordre des noms varie cl le skévo-
phylax, singulier dans la première, est au pluriel dans la seconde. L'ordre des noms
ne signifie apparemment aucune subordination hiùrarchique. Dans cc groupe d'employés
rémunérés pour une dépense en luminaire, on s'ôtonne de ne pas voir l'archonte
!pw't"W\I, qu'un ll'x te peu éloigné désig'l1c ainsi : &PXW\I 't"W\I !pw'c.>\1 €Xc.>\1 &\l't"pCX\l :
'Ex.XÀ. AÀ1)Oe:IX, 33 (1913), p. 223 (notes de Dosithéos Notaras sur le typicon
I>resdensis: voir p. 47, n. 2). Bien que je n'explique pas le mot &\I.PCX\l, le contexte nous
indique que c'est un flambeau servant à allumer le trikèrion.
(3) Ce terme laisse Heiske trôs indécis: /Je Cer., Bonn II, 902; aucun des sens
il partir de ~cxÀet.\I't"W\l, ~cxÀCX\le:rO\l, ou aulres termes plus éloignes, ne le satisfait. II
faut sans doute adopter un sens proche de (c sacellaire, collecteur ~ qu'il propose en
prNnier, el approuvé par Ph. KOUKoü LÈS, Vie et Ci/'ilisalion Byzantine, Athènes,
1H5~, L. f> Isuppl.), p. 500 : rapprochement avec les patronymes Chrysobalantilès,
ALalantès. Est-ce un équivalent du 8Icx86't"'l~ alexandrin ou du \loufLo86nJç du
XI/le siècle? On peut exclure à coup sûr un employé de bains. Une description très
curieuse du typicon du lvusma des Ulacherlles ne conllaiL que le 7tpw't"e:fL6iX't"et.nJÇ :
Coislin 213, d'après A. DmTRlEvSKIJ, EùxoÀoylcx (Opisanie ... L 2), Kiev, 1901, p. 1042.
(4) Autre nouveau venu dans l'entourage du patriarche, comme le slralor. Ces
fonctionnaires, de condition toujours très modeste, sont cependant prêlres dès le
XIIe siècle, peut·être à cause de leurs rapporls avec les évêques. Dès le début ils ont
un emploi voisin des portiers, huissiers, du service de Sainle-Sophie ou du patrial·che.
50 APERÇU HISTORIQUE SUR L'ÉVOLUTION DES OFFICES

aussi complexes que ceux de la cour impériale; ils étaient certaine-


ment plus fournis que ne laissent supposer les livres liturgiques
classiques, rituels et typika. Faute d'un inventaire d'époque, les
hapax signalés dans les lettres ou autres documents particuliers
(par ex. pincerne, strator, protovestiaire) restent ainsi des pièces
isolées d'un système administratif que l'on ne sait reconstituer.
II. LOIS, DOCTRINE ET PRATIQUE
DES XIe-XIIe SIÈCLES

La plupart du temps c'est en pleine crise qu'on adaptait les


«
institutions aux exigences du moment, puis ces réformes faites à
la hâte étaient rendues définitives par ceux qui réussissaient à
relever l'empire l • 1> Bréhier résume en ces mots un aspect historique
des transformations dans la hiérarchie impériale, opérées avec une
souplesse un peu déroutante. Les historiens byzantins Attaliatès,
Skylitzès et Zonaras rapportent la concession faite à Michel
Cérulaire par Isaac 1 Comnène 2 , pour le récompenser de son appui
au cours du soulèvement contre Michel VI, dont l'heureuse issue
porta Isaac au pouvoir. Par cet acte, l'empereur renonçait à la
coutume abusive qui lui permettait de nommer de sa propre
autorité l'économe et le skévophylax de la Grande Église, c'est-à-
dire les deux archontes les plus élevés d'après la liste A 3, ceux
qui aussi touchaient de plus près à l'administration temporelle.
Seul le témoignage de ces historiens nous apprend que l'usurpation,
depuis le xe siècle, s'était étendue à la charge de skévophylax';
les sources que nous avons citées attestent seulement les pertur-

(1) L. BRËHIER, Le Monde Byzantin, II, p. 93.


(2) Regesten, 938-939. Une petite difficulté se présente dans le texte de Michel
ALtaliatè~, Bonn, 60, 10-12 : TlÎ TO!Ç (3lXO'LÀLXOi:'Ç 8LXlXLOLÇ 7t'pO<r6VTIX 7t'lXpOC TWV !e:PlXTtx(;)V
8(XlXLlX ; c'est une confusion possible entre 7t'lXplÎ et rce:pL Avec 7t'lXplÎ nous aurions une
allusion à un acte antérieur de la part des membres de la hiérarchie qui ont concédé
les droits; avec 7t'e:pt, insistance sur le privilège qui concerne des choses sacrées, le second
sens paraît plus normal.
(3) Texte, p. 539; premier, l'économe; deuxj(~me, le skévophylax.
(4) Si l'office diaconal ne doit pas, en principe, revenir à un prêtre, encore moins
à un évêque, la tilulaLure d'Eulampios, archevêque et skévophylax, dans les adresses
des lettres que lui envoie Photius, est irrégulière. Le premier édileur dit même
qu'Eulampios fllt chartophylax, mais ce doil êlre une erreur de copie de sa parl :
R. MONTACUTIUS, Photii '" epistolae, Londini, 1651, p. 124 (note à la leltre 74 avec
renvoi à epist. 181) ; toutes les leltres à Eulampios ont même adresse: nOI 74, 9;), 1Zï,
181-182, 184 (pp. 122, 135, 167,269-270,273), Une erreur de copie sur &;PXLe:7'CLO'x6m~
ou O'xe:IJOipOÀlXXt, pour ce cas unique, est plus probable qu'une irrégularité dans les
institulions.
52 APEHÇU HISTOHIQUE SUR L'{.:VOLUTION DES OFFICES

hations manifestes de j'économat. Une note juridique postérieure


attribue l'acte de restitution à Alexis Comnène, (:TI y ajoutant le
titre de grand sacellaire 1 ; ce témoignage ne peut prévaloir contre
celui des historiens mieux renseignés, mais il insinue que la réforme
d'Isaac ne devint vraiment efTective que sous Alexis. D'ailleurs,
dans la pensée d'Isaac, il semble bien que cette concession était
de pure forme, car cela ne l'empêche pas de procéoer à des confis-
cations de biens ecclésiastiques en vertu de son droit souverain 2.
Il est vraisemblable que la nomination cl 'un éeonome par
l'empereur n'était pas de nature à entraîner plus de désordres que
ne pouvait en inLroduire le souverain par un acte arbitraire, même
quand l'économe était nommé par le paLriarche. Ce à quoi tenaient
probablement par-dessus tout les patriarches, c'est que l'économe
ne soit pas un civil. En efTcL, même pendant la période d'usurpation,
des ecclésiastiques continuent à occuper le poste, soit qu'ils étaient
dévoués à l'empereur, soit que le patriarche réussissait parfois à
imposer son candidat. Au moment même où se fait la première
réforme, l'économe était sans doute encore le moine Étienne qui
semble graviter cependant autour de l'empereur 3 . Les lettres que
Psellos adresse au grand économe pourraient être destinées au
mp.me personnage; le correspondant est certainement ecclésiastique
et peut-être aussi moine"'. Le dernier laïque (ou l'un des derniers
attesté avec une date) qui ait occupé l'économat doit être Romain
Argyropoulos, ou Argyros, avant son accession au trône impérial 5 •

(1) :'\otes de la notice G, p. 549.


(2) G. ÜSTnOGOnSKY, llisloire de l'Élal byzanlin, Paris, 1966, p. 361-362. Il est
cPpl'ndant probable que }Iichel Cérulaire ne fit pas de ln Donation de Constantin
l'usage admis par l'historien; voir ci-dessous, p. 92.
(:-J) (:U('nne moine et économe de la Grande (:glise est envoyé par l'empereur,
ù\'('c deux foncl.ionnaircs civils, nu patriarche ('t au synode: llegestes, 869 (en 1054).
~4) \oir surtout les lettres cditées pur Kt:RTZ-DHEXL, lIJichaelis Pselli scripta
minora, 11, 146-147; le destinataire, (1 mégas Il cconome, est qualifié 't1)\1 cr1)\1 crdlCXcr-
[Ll6't"1j";"0(, te:Fw't"cîTIj ~uX~; il est question de Le:pà qJopO),OYLCX ct d'un kouhoukleisios
qui a rpçu son lilrc mais n'cn a pas encore aperçu la couleur dorée (pension). Une
autre leltrc (ibid., n. 104, p. 1:.J~) parle d'un procès enlre l'économat et le métropolite
de Nicomédie. Dans la collection Sathns (~Ie:cr. Bd)À, V, p. 266), la letl,·c 31 qualifie
Je grand économc : 8bmo't'cx 't't[LlW.CX't'e: KCXt croqJw't'cx'te: ; le personnage doil êlre dilTérent
du préccdellt; il s'agit celte fois d'une dotation en nature pour une moniale.
(5) ZONARAS, Annales, 17, 11 : Y~YO\le: ycîp 7t0't'e: TIjr; 'tO\) ee:oü A6you É7tW\lU[Lou
2:0qJLCXr; [Ltycxr; ob(o\l6[L0r;, É7te:! 't'i{> (3cxcr~Àd a\le:ho r-p6cree:\I olxo\l6(.Lour; 't''ii ÈXXÀl)(!L~
't'cxuTI')crl 7tpOXe:tpL~e:creCXL. Hemarquer la restriction : l'empereur ne nommait que
l'économe de celle église-ci; il me semble que ce droit dc nomination ne devait pas
changer grand-chose à la marche I!énérale de l'administration temporelle.
LOIS, DOCTIUNE ET PRATIQUE DES XIe·XII e SIÈCLES 53

1. Les lois d'Alexis 1 Comnènp.


Si l'acte d'Isaac 1 fut quelque peu improvisé et imposé par les
circonstances, le proslagma de son ne\'eu, du mois d'août 1094,
est la conclusion d'un long mouvement de réforme dont les effets
se font sentir jusqu'à la fin de l'empire. Pour l'Église, le règne
d'Alexis 1 s'annonçait menaçant: il commença par une réquisition
des vases sacrés justifiée par la raison d'État, qui fit croire à une
renaissance de l'iconoclasme, ou que certains milieux ecclésiastiques
exploitèrent pour renouveler cette chère querelle. Mais l'empereur,
qui avait pris au départ le contre-pied de son oncle, auteur d'une
restitution, sut rétablir l'équilibre.
Le trait le plus remarquable du prostagma de 1094 est son
caractère synodal, qui tranche avec celui des novelles de Justinien
et d'Héraclius. Jusqu'ici nous n'avons aucun renseignement précis
sur les rapports ordinaires entre les archontes et le synode, ni en
général Sur le fonctionnement du synode, dont l'histoire depuis les
débuts du patriarcat est aussi obscure que celle de la hiérarchie
des archontes. Toute la première partie du règne d'Alexis Comnène,
empoisonnée d'abord par la question des vases sacrés, se heurte à
d'autres problèmes ecclésiastiques : enseignement ofIieiel, statut
des métropoles, charisticariat, préséance du chartophylaxl, qui
mettent en opposition avec l'empereur les divers corps de l'f~glise.
Après Léon de Chalcédoine qui défend les images soi-disant
menacées, le patriarche Nicolas et Nicétas d'Ancyre s'élèvent
contre le droit de l'empereur sur les métropoles, Jean d'Antioche
contre le charisticariat, et le corps des métropolites contre le
chartophylax. Les discours de Nicétas d'Ancyre 2 , s'ajoutant aux
textes déjà connus, apportent une lumière nouvelle sur l'activité
du synode durant cette période. Ce méLropolite fait partie d'un
groupe assez nombreux de prélats chassés de leur siège par l'avance
turque et qui pour la plupart ne retourneront jamais dans leur
diocèse : ils forment dans le synode comme une classe nouvelle,
du fait qu'ils séjournent en permanence dans la capitale, au lieu
d'y venir à temps irrégulier. On ne parle jamais de la suppression

(1) Ce sont les questions traitées dans les actes suivants: RerJesten, 1078, 1085,
1140, 1175, 1278. Reges/es, 9:23-927, 931, 93t, 938, 967, 970-971. Certains sujets ont
ét~ rMtudiés : J. GOIJILLARD, Le Synodilton de l'Orthodoxie (Travaux et 'Ilémoires, '2),
Paris, 1967; ch. 3 : le synodikoll sous les Comnène. P. LE~II::RLI::, «Un aspect du rôle
des monastères il Byzance : les monastères donnés à des laics, les chüristicaires ",
Comptes rendus de l' Acad. des Inscr. et Belles-Lettrcs, janvicr-mars 1967, p. 20-'23,
sur le scns du pamphlet de Jean d'Antioche.
(2) J. DARRouzi·:s, Documents inédits d'ecclésiologie byzantine ;Arch. de l'Orient
chI'. 10), Paris, 1966, p. 37-53 (nolice), p. 176-275 (textes).
54 APERÇU HISTORIQUE sun L'ÉVOLUTION DES OFFICES

de toute cette titulature de protosyncelles et syncelles qui se


produit précisément après 1082 1 ; une certaine pudeur empêche les
métropolites de mettre ce grief en avant, mais cette abolition
n'était pas de nature à provoquer leurs applaudissements au
pouvoir impérial. L'affaire principale dans laquelle intervient
Nicétas d'Ancyre, déjà sous le patriarcat d'Eustrate, le met
en conflit avec la Grande Église et avec le pouvoir impérial.
Nicolas III, un autre réfugié d'Asie Mineure, adopte dans son
premier acte le point de vue de Nicétas et il soutient sa cause,
malgré l'opposition bruyante du clergé de Sainte-Sophie, c'est-à-dire
de l'administration centrale 2. Ainsi, lorsque Comnène, en 1087,
tranche l'affaire en sens opposé 3 , il a pour allié le corps administratif
des archontes contre le patriarche et les synodaux. L'empereur tire
profit d'un déséquilibre, manifeste à cette époque, entre les organes
de l'Église. Rien d'étonnant qu'il se soit préoccupé du statut des
archontes et qu'il ait favorisé la préséance du chartophylax, en
la sanctionnant par un prostagma particulier. Coïncidence non
forfuite : dans un acte synodal contemporain, sous la présidence
de l'empereur, nous voyons en séance un &7tO ;(OCp"t'orpuÀocç à côté
du chartophylax en fonction 4 ; c'est le seul cas connu et il s'agit
de Nicéphore, successeur probable de Nicétas, le rédacteur des
kephalaia contre Jean Italos; d'après le rapport des dates, il est
donc aussi le premier chartophylax du patriarcat de Nicolas III
et du début du règne d'Alexis 5 •

(1) Il est très curieux que nul document d'époque ne parle de cetle suppression
radicale des titres accordés aux métropolites, puis à des clercs et des moines. La
répartition est d'aulant plus confuse que le titre de syncelle n'est pas créé à l'origine
pom les évêques. Sur la fin du titre voir V. GRUME!., « Les métropolites syncelles t
(Bev. des) Ét. By7.., 3 (1945), p. 100-108; LAURENT, Corpus; voir auyx&ÀÀoç el
rrp<J.l'>ocruYX&À),oç à l'index (t. V·, p. 514-516).
('2) Reges/es, 938; l'exposé de la question dans cet acte est très instructif, mais
dans le résumé des Reges/es (cf. na 934) il faut corriger l'erreur d'interprétation qui
transforme en renvoi du chartophylax une mission qui lui est confiée pour défendre
des droits de la Grande-Église contre les métropolites qui lui intentent un procès;
cf. J. DARROUZÈS, Documen/s, p. 42-43.
(3) Reges/en, 1140.
(4) Reges/es, 967.
(5) La chronologie des archontes de cette période était troublée par deux actes
des Reges/es : 933-934; le premier est maintenant éliminé du patriarcat d'Eustrate
(voir p. 34 n. 3), l'autre est interprété différemment (ci-dessus, n. '2). Après le
chartophylax l\ïcétas, attesté en 1176-1177 (Regesles, 907 ; J. GourLLARD, Le Synodikon,
p. 192), Nicéphore parait en 1081 : Reges/es, 919. Comme il n'est pas renvoyé par
Eustrate, ce doit êtr'e lui qui a mené tous les débats jusqu'à la nomination de Pierre;
c'est la seule explication de sa présence auprès de son successeur en 1092-1095 (date
de Reges/es 967). Il semble bien que l'opposition du synode contre 4 certains archontes
d'élite', refusés aux votes d'élection épiscopale, vise Nicéphore lui-même: JGR,
ZEPOS, l, 361, début du § 2.
LOIS, DOCTRINE ET PRATIQUE DES XIe·XII e SIÈCLES 55
Contrairement aux autres affaires ecclésiastiques qui furent
agitées durant la première partie du règne (vases sacrés, métropoles,
charisticariat, enseignement dogmatique), l'affaire du chartophylax
et des archontes n'a pas laissé de trace dans la littérature contem-
poraine. Balsamon lui-même ne retiendra que les actes impériaux,
dont nous devons nous contenter; il a reproduit le premier deux
fois et il utilise le second dans sa dissertation sur le chartophylax 1 •
Ces deux actes présentent de telles différences que l'on peut
sous-entendre un écart de date plus grand que ne le supposait
Nicolc 2• Seul est daté le prostagma qu'il édite; je pense que l'autre
doit être antérieur, bien que Balsamon, en ne retenant que celui-ci,
paraisse le considérer comme le texte le plus récent et définitif;
mais le sens général et le contexte historique nous invitent à
prendre pour second et dernier le prostagma de 1094.
Le premier prostagma est adressé directement au patriarche; il
ne répond pas à un rapport synodal ni à une requête patriarcale; à
la fin seulement, l'empereur fait allusion à des rapports, peut-être
oraux, qui ont touché son oreille. Il règle deux points particuliers:
la préséance du chartophylax et le choix des candidats à l'épiscopat.
D'un ton incisif, l'empereur reproche aux métropolites de toucher
à ce qui ne les regarde pas, d'essayer d'imposer leur volonté
propre; ensuite il conseille aux évêques d'Occident (byzantin), qui
n'ont pas la même excuse de l'invasion que ceux d'Orient 3 , de ne
pas s'attarder à la capitale et d'aller s'occuper de leurs ouailles;
il constate enfin que l'on préfère dans les votes d'élection épiscopale
(pour les métropoles) des clercs inférieurs et peu recommandables
à certains, considérés comme l'élite de l'Église : nvèc; 'rwv 'r~c;
É;xxÀ"1ju[ocç Ào"(&awv, c'est-à-dire certains archontes supérieurs4.. Des
expressions rappellent textuellement le discours de Nicétas d' Ancyre
où il se défend de faire prévaloir sa volonté propre, et surtout

(1) J'appelle premier le proslagma : Regeslerz 1278, selon la date proposée déjà.
par V. GRUMEL, Regesles, 970 (où il faut corriger le renvoi il. Regeslen, 1276, par 1278) ;
c'est le texte de JGR, ZEPOS, 1,359-362 (Zachariae, 111,424-426). Le second prostagma
(7tp6cr't'lX~lI; : texte) est: Regeslen 1175 = éd. Nicole, BZ, 3 (1894), 18-20 = JGR,
ZEPOS, 1, 649-650. Balsamon, qui connaît les deux actes, n'a donné in extenso que le
premier et deux fois: PG, 137,297 B-300 (Nicée 18); PG, 138,1044 D - 1045 C (disser-
tation sur le chartophylax).
(2) La connaissance de la date nous permettrait d'évaluer le temps qu'a duré la
querelle ct si elle a un rapport avec la solution de l'affaire des métropoles, en 1087,
contre le vœu du patriarche et d'un parti de métropolites.
(3) La distinction entre évêques des deux régions n'est pas valable à n'importe
quelle date, car l'Occident est menacé lui aussi; l'empereur considère que les évêques
de la partie occidentale n'ont pas d'excuse aussi forte que leurs confrères.
(4) Allusion peul-être à l'apo-chartophylax Nicéphore (ci-dessus, p. 54).
56 APERÇU HISTORIQUE SUR L'ÉVOLUTION DES OFFICES

dénie à l'empereur tout droit de regard sur les votes des métro-
polites!, Par là, nous trouvons un lien entre l'affaire des métropoles,
réglée en 1087, et l'affaire du chartophylax et des archontes, qui
se silue peu après, (lt avant 1094.
Dans sa brièveté, le second prostagma est plus serein et plus
solennel; il se présente comme loi générale à enregistrer dans les
bureaux impériaux et à déposer au chartophylakion de l'Église.
Il ne s'agit plus de résoudre des difficultés temporaires, mais de
définir et confirmer le statut des grands services de l'Église ainsi
que leurs attributions; cependant, l'empereur ne décrit en détail
que celles du chartophylax, comme pour souligner la prééminence
de son rôle spirituel sur les fonctions temporelles des autres sékréta
ou offices. Chose plus importante encore pour l'interprétation
historique et juridique du document; l'empereur tient en main,
èv€x.€~p((je1), la définition synodique concernant les cinq offices
exôkatakoiloi; avec ce terme étrange et nouveau, apparaît la
première mention d'un acte synodal relatif à l'organisation générale
des archontes, Les discussions canoniques sérieuses et sans doute
passionnées au départ ont abouti à la rédaction d'un statut général
dont le prostagma n'est qu'un résumé officiel. La passion des
débuts du règne est tombée et laisse la place à des solutions de
compromis entre les deux pouvoirs, il. une date proche de celle où
Léon de Chalcédoine est réintégré 2. Le contexte historique est
encore en accord avec le ton du prostagma.
Étant donné le contenu juridique de ces actes et leur importance
historique, il faut insister sur la diITérence qui les sépare et sur
la manière dont ils se rattachent aux lois et coutumes antérieures.
Remarquons tout d'abord que l'objet des deux ordonnances est
parfaitement distinct, que l'allusion il. la coutume et aux lois n'est
pas identique. Dans le premier cas, les métropolites sc sont
insurgés contre la préséance d'un diacre sur eux dans les séances
préparatoires du synode ou au seuil des salles de réunion; en
l'absence du patriarche, le chartophylax préside. A l'appui de cette
pratique on invoque seulement le temps écoulé sous plusieurs
patriarches et l'approbation tacite des opposants actuels qui se
prévalent maintenant d'un canon. En dehors d'Isaac l, nous ne
connaissons aucun empereur qui ait légiféré sur un point aussi

(1) Le discours de Nicétas d'Ancyre sur les ~lecUons commence par ces mots:
où TO t~LO\I ei),fjf-llX OUO'rY,OCXl qll),O\lelXOÜ\ITe.;, éd. (cil. p. 5:3, n. 2), p. 238. L'empereur
dit: d ~t xcxL 1:,[ TOll't"<ù\l T\IIS'; .. ,lUtpW\lTlXt TO olxeLo\l OUO't'iiOOCl OtÀ'f)f-llX : Zepos, 360,
26-27 (PG, 127, 300 A). C'est tIn lieu commun dans les échanges, signe de l'étaL de
tension permanen L.
(2) CetLe d;<lc n'est pas ferme. V. Grume! admet 1092 : Reges/es, 967; elle doit
être plus éloignée, vel's 1095.
LOIS. DOCTlUNE ET PHATlQLE DES XIe-XIIe SIÈCLES 57
preCIS. Une scolie d' Harménopoulos attribue il un empereur
MicheP (que Blastarès, ou du moins son texte édiLé. nomme
Manuel) un décret particulier reposant lui aussi sur une longue
coutume et consacrant la préséance du chartophylax sur les
métropolites; c'est encore une préséance extra-synodale. Le rapport
littéral entre ce texte et celui du prostagma devient tout il fait
clair, si l'on rapproche ces allusions au droit coutumier et les
arguments qui sont avancés, vers 1084, à propos des métropoles
de Basileion et Madyta 2 ; les métropolites invoquaient pour le fond
le canon 12 de Chalcédoine et pour le fait la loi de prescription,
car le temps écoulé depuis le décret impérial jugé anLicanonique
leur permettait de revendiquer leur droit. l\;ous ne savons pas quel
canon ils invoquaient contre le chartophylax 3 , mais la coutume ne
doit pas être très ancienne, parce qu'ils ne s'insurgent pas contre
le pouvoir général du chartophylax, mais contre un usage particulier
et qui doit vexer surtout des métropolites habitués, comme ceux
d'Asie Mineure, à ne voir personne au-dessus d'eux dans leur
propre diocèse. La réclamation des métropolites avait d'ailleurs un
fondement solide dans la notion générale de hiérarchie des ordres
sacrés et dans la prescription littérale du canon ln Trullo 7 : elle
exclut toute préséance d'un représentant de l'évêque dans la ville
épiscopale et ne l'admet que dans les localités extérieures, c'est-à-
dire chez les suffragants du patriarche ou du métropolite4.. Mais
l'empereur lui-même ne fait aucun appel à la notion de pouvoir
délégué et représentatif dans son premier prostagma ; la réponse
est purement arbitraire, de droit souverain. L'allusion il la longue
coutume signifie que l'empereur prolonge et confirme à son tour
un 7tpOVOf!LOV, au sens strict, avec dérogation à une loi.
Dans le second prostagma, au contraire, il n'est plus question
en premier lieu d'un conflit particulier, mais d'un règlement
synodal et d'une loi confirmant les dispositions antérieures des

(1) PG, 150, 13 D, que je repI'oduis dans les notes jointes li la notice F, p. 548.
Texte de Blastarcs : PG, IH, 1224 B = RIIALl.tS-POTLi-:S, Sgnlagma, C, 120. Cet éditeur
propose de lire Alexis ail lieu de Manuel; la COI'rection paraît forcée, et si ~lanuel ou
Alexis avaient légiféré en ce sens, leur acte n'aurait pas échappé à Balsamon. On
l'attribuera par conséquent :'1 Michel VI, 011 1\1 ichel \' Il, qui sont en bonne place par
rapport à Alexis Colllnène.
(2) Le point de départ des diIIicultés soulevées en 1082-1084 est un aole de Constantin
Doukas (1059-1067) : llegeslen, 964.
(3) Le prostagma de 1094 cite cependant sans le nommer le callon Nicée (1) 18 :
JGH, ZI::POS 1,649, uas de la page: fL-I] 7tpOitaEl'ijcr8eXL ~Lcb<o\lo\l 7tp~cr6u-;~Fou. l3alsamon,
qui a enregistré le premier proslagma dans le commentaire du même canon, cite le
même passage ailleurs: PG, 138, 1044 B.
(4) Ce canon ne semble pas avoir été mis en avant au cours de la controverse.
58 APEHÇC HISTOHlQ{"[ StIlt L'?;VOLl:TJON DES OFFIr.ES

empereurs. En cc qui concerne le chartophylax, un l'apport spécial


rst parvenu à l'empprrur; ('l'lui-ci n'arlnlPt pas l'intf'rprHation
canonique qui lui est proposée pn vue d'interdire la préséance d'un
diacre et il affirme que ce qui a été décrd{> ('st conforme au droit:
Je chartophylax doit présidl'r I('s archiérris (membres du synode).
Jans lrs yoLes cL dans les réunions auxquelles ne paraît pas 1('
patriarche 1 • Hetournant habilement contre les casuistes de l'époque
un argument utilisé dans les controverses, il voit dans cette pratique
une application d(' l'axiome que le culte rendu à l'image s'adresse
au protoLype, :'t la personnc réelle représentér. En d'autres termes,
en l'absence ou patriarche le chartophylax est son représentant
officiel en vrrtu de son pouvoir ordinaire, Si les contemporains
avaient attribué une valeur typique à la réforme d'Isaac l, ou si
la concession faite au patriarche Michel Cérulaire avait donné lieu
à un acte juridique solennel, n'était-ce pas l'occasion pour Alexis
Comnène de citer le précédent? Pour nous, tout le droit antérieur
est surtout coutumier ct l'ordonnance de 1094 est la première loi
explicite sur le sujet. Nous n'en connaissons malheureusement
qu'une face, du côté impérial; il est probable que l'opo6Ecr(1X
crl)VOaLX-l) rendait un autre son, mais nous n'avons aucun moyen de
le préciser, puisque Balsamon a adopté le point de vue impérial
et que toute la pratique du XIIe siède a suivi la législation des
Comnènr.

2. Répariilion ofTicù'lle des séla-éla,

Les allusions aux coutumes et aux lois nous invitent à confronter


les données du prostagma Je lŒl4 avec l'état antérieur des offices
archontaux, dans la mesure où il est connu. Schématiquement voici
le point de départ :

Il) HeIevons les termes conccrnanl le lieu où s'exerce la préséance. La scolie


d'IIarm(mopoulos parle d'~;w cruv68ote; (ci-dessous, p. 548). Le premier proslagma :
rrpoy.:l:fl'ijcrfliXt iXlnov ,,:wv àpXte:ptwv, 07t"f)VlXiX 8tot .ou.oue; cruvÉPXe:crfliXt XiX.OC 'L'lOC Xpdcxv
XiXl. cruVe:~pLet~e:tV z.et:~èc 'iXù.àv ropo -rr,e; de; oOjv ècytwcruv"f)v crou dcre:Àe:ucre:wç (Zepos, 360,
12-14). I.e srcond pJ'(lstagma : 7tpox",fl'ijcrflet:t .wv &PXte:ptwv tv 't"iX~e; ljJ~cpOte; xiXl 't"oc~ç
KOtviXtÇ cruve:Àe:ucre:crtv tx.oç .ou 7tiX":ptiXPXtKOU ~~fLiX'OÇ xiXl tv 'tiXte; 7tiXv8~fLOtÇ .e:Àe:-
.C(~e; ... (Zepos, 649). La drrnii'ro furmulation énumère tous les cas oil le charlo-
phylax exerce son droit; le principl~ commun est que sa juridiclion est pnremcnt
déléguée, Il'cmpicte pas SUI' le domaine liturgique, ni sur la préséance en synode
(roiX.pt:XPXtxov ~r,fLiX); indirectemcnt, ces lois confirmrnl davantage le pouvoir du
patl'iarche que celui de son représentant.
LOIS. DOCTHII\E ET PRATIQUE DES Xle·XII e SIÈCLES 59
Taktikon Deneseviè Prostagma
(= Ben II ou liste A) t;W%~"':~XO[)\WV 0)0 <;mdwv ,
arehontes du patriarche. it€\I"':E ÀoyoO€crto:.
1 économe 1 grand économe
2 skévophylax 2 grand saccllaire
3 ~acellaire 3 grand skévophylax
-1 sakclliou
1 chartophylax ~) chartophylax

Les variant<:s significatives sautent aux yeux : apparition du


Lerme cxôkatakoilos, du litre' de mégas pour lc~ trois premiers
officiers et de l'archonte sakelliou au patriarcaL. Le prostagma ne
précise aucune des attributions des quatre premiers, sinon par
contraste; en effet la juridiction exceptionnelle du charLophylax
(fl.OVOfl.Ep<';'H:;), dont l'objet est moins matériel et moins limité que
celle des quatre autres, signifie que le numéro d'ordre est secondaire
et ne représente pas une subordination hiérarchique. On n'a pas
attendu certes la fin du XIe siècle pour constituer ces divers services.
Il se troU\'e simplement que la compétence des divers archontes
n'est connue que par leur nom ct des mentions sporadiques, au
lieu que les charges auliques sont attestées par des documrnts
beaucoup plus détaillés ct de nombreux actes administratifs.

Inutile de souligner l'étrangeté du terme dont on n'a pas encore


trouvé la véritable signification. Personne ne peut dire cc qu'il
représente exactement la première fois où il esL employé. En
décomposant le Lerme de diverses façons, on a proposé des expli-
cations purement verbales; le dernier qui s'est occupé de la question
a essayé d'aller à contre-courant eL de remonter à un sens étymo-
logique qui soit également satisfaisant pour l'histoire!. Les
exôkatakoiloi seraient les archontes qui, il l'opposé des crUYXEÀÀOL,
ne vivaient pas sous le même toit ct ne partageaient pas le kcllion

(1) La question fut traité(', à lu suite d'un arlicle contesLable de Dèmètriou, pur
Athénagoras dc Pnramythia : 'E7r. 'ET. Bu~. ~7r. 5 (1928), liO; 0e:oÀoy[Ct 5 :19'2ï),
351-35i; article de V. Laurl'nt dans 0p"I)ox. xCtt 'He. 'EyxuY-Ào7rCttSdCt, 5,736. Au fond,
riell dc nOU\'efIU n'a éU~ diL depuis J'excellenL résumé du problème par CIIRYSA:"TIIOS
de Jérusalem (:"oLaras), ~uYTCtYflchLO\I m:pL "W\I 09<PtX[{ù\l, Venise ('d, de I7ïH),
p. 14-16; apri's avoir constaLé quc le mot reste d'i'el"Îture douteusr el d'éLymologie
Irès obscure, il penche vers Je sens que suggère la description dr la lilllql'Îp patriarcale
pal' DèmèLrios GémisLos (lin XIY· s.) disant que les exôlwtakoiloi .' s'üssoienL sur les
degrés de l'estrade j); texte dans ISAAC HABI',RT, Archieralicon, p. '2.7. Les text,·s
principaux SOllt d'ailleurs dans Dt'C\:"IG E, Gloss(Jrillm, 40~ ..112: \'oir ci-li CSSOIIS,
p. 144, n. 1.
60 APEnçu HISTOHJOVE SUl{ L'ÉVOLUTION DES OFFICES

du patriarche. Outre que l'explication force l'orthographe du mot


significatif qui n'est jamais -%Ûlt,o~, plle ne prut rtrr hisloriC{ue.
Pour que l'hypothèse se vérifie, ne serait-ce qu'approximativement,
il faudrait que ces « exo » apparaissent il peu près en même temps
que leur opposé; or leur appariLlon coïncide justement avec la
disparition des syncelles, après une longue carrière qui les a bien
éloignés eux aussi du kellion patriarcal. Nous verrons même à
propos du chartophylax qu'il s'est substitué au syncelle, plutôt
qu'il ne lui fut opposé, ct probablement avant d'êtrr considéré
comme È1;WXt):TC:hOLÀOÇ.
Autre explication étymologique, mais cetLe fois contemporaine,
celle d'une notice tronquée (notice 8)1 qui rattache ÈÇW%OCTrXY.O~ÀOc;
a u port d'un insigne é:1;<ù -;OÜ crT~eOl)C;; on ne sai t pas en réalité
s'il s'agit d'un insigne au sens strict ou d'une partie du vêtement
qui normalement ne serait pas visible, puisque l'expression semble
vouloir dire que d'autres portaient des Xt):TOI.Y..OLÀLt): non apparents.
Le mot est sans doute un hapax, mais il est peu vraisemblable
qu'un byzantin ait décomposé le terme en éléments insignifiants,
sans aucun sens pour l'époque. D'autre part ce témoignage rejoint
en partie celui de 8alsamon concernant le chartophylax ; celui-ci
portait sur la poitrine le boullôtèrion patriarcal 2 • Quelle que soit
l'origine du mot, il est pris dès le début comme une appellation
propre des cinq officiers supérieurs qui se distinguaient certainement
de tous les autres par un signe extérieur.

b. IJoÉyt):c;.

Le titre de mégas est donné aux trois premIers jusqu'au jour


où Andronic III le conférera aussi au chartophylax, puis, un
autre empereur, à l'ekklèsiarchès de Sainte-Sophie. Son origine
impériale ne fait aucun doute et son institution, au moins pour
l'économe, remonte à l'époque où l'empereur nommait le titulaire;
en effet le protospathaire Pothos s'intitule grand économe dans
un semèiôma du temps du patriarche Eustathe (1019-1025)3. Dans

(1) Voir texte, p. 540; commenlaire, p. 183.


(2) PG, 138, 1041 B : "t'o 7tCXPOC "t'iii aTIje~~ cirrnwp1)fL~vOV. Voir des descriplions de
boullôtèrion ; Byzan/ion, 4 (1927), 189-192; Rev. des ÉI. Byz., 15 (1957), 211 ; étant
donné le poids elles dimensions de l'inslrumenl, le porteur eût ressemblé à un plombier
plus qu'à un ofTicier de chancellerie; on admettrait plutôt lin insigne brodé ou en modèle
réduit. Le plus important, ùans celle étymologie ancienne, est que l'alLention se porte
sm tout aulre chose que la place où se tiennent les exôkalakoiloi : hors de quelque
lieu, ou au-dessus de telle catégorie plus basse. Cela veut dire au moins qu'au momenl
où le mol émerge il n'a pas le sens que lui donnenl les étymologistes, ni même les
descriplions de Gémistos et Syropoulos (DlJCA:'\GE, 411-412); voir ci-dessous, p. 144, n. I.
(3) Regesles, 933; pour la date voir LAURE:'<"T, Corpus, 1056.
LOIS. DOCTRINE ET PHATIQUE DES XIe·XIIe SIÈCLES 61

ces conditions on prendra aussi à la lettre le témoignage de Zonaras


qui donne le titre de mégas à Romain Argyros. lorsqu'il était
économe de Sainte-Sophie l • De même le sacellaire est qualifié
mégas déjà en 1090, donc avant le prostagma de 1094 2 • La profusion
des mégas dans la titulature impériale serait d'ailleurs un indice
suffisant de son origine, puisque dans l'Église l'épithète ne s'est
pas étendue à d'autres titres. En effet, la raison que l'on donne
pour expliquer ee prédicat ne vaut pas pour les archontes ecclésias-
tiques ; dans l'empire peut-être un sacellaire est mégas pour se
distinguer des sacellaires inférieurs; mais un archonte est
nécessairement unique en son genre dans un diocèse. Sans parler
du chartophylax attesté uniquement près de l'évêque, le sacellaire
lui non plus n'a pas besoin de se distinguer d'un inférieur, puisque
ses confrères appartiennent en fait à un autre évêché et qu'il n'a
sur eux aucune autorité. Je crois que l'on n'a pas suffisamment
insisté sur cet aspect très original de la hiérarchie archontique par
rapport à la hiérarchie impériale; un chef des finances impériales
et du fisc, quel que soit son nom, avait sous ses ordres des agents
extérieurs, en province. Il n'en est pas de même des archontes
patriarcaux, dont le bureau est unique et sans succursales, pour
ainsi dire. L'économe de la Grande Église pouvait diriger des
économes mineurs 3 , mais nous ne connaissons pas la composition
de son bureau et de tout le personnel; en général l'archonte de
la capitale se distingue tout simplement des autres par le déter-
minatif local, comme les évêques, et le fonctionnaire inférieur
ajoute de même le nom de l'établissement (église, monastère,
hospice) auquel il est rattaché 4 •
Au fond ce n'est pas le sens de mégas qui fait difficulté, mais le
fait que ce titre soit limité aux trois premiers. Nous remarquons,
en effet, que l'empereur Isaac 1 n'a besoin de restituer à l'Église

(1) Voir note G, p. 52.


(2) J. DARRoczts, • Dossier sur le charisliearia t'" Polychronion (Festschrift
F. Dôlger), Heidelberg, 1966, p. 159; il faut supposer cependant que la mention (je
la signature (dx!: xcd) n'est pas influencée par un usage postérieur, que le copiste
décrit cc qu'il a vu ct n'ajoute pas mègas par conformisme.
(3) Voir sa notice, p. 304 ct 306.
(4) La t.itulature impériale utilise égal('mpnt ces distinctions qui sont nécessaires
pour des fonclîons comme cr.lles de stratèges. D'après les listrs ùu /Oetorologion, seul
le Kouratôr prend titre de mrgas, pOUl' se distinguer certainrment de tous les petits
fonctionnaires de même nom ou du kouratôr des MUrs: /(lèlorologion, Bury, 142;
Bonn, 720. L'état est tout dill"érent dans le traité du XIV· siècle; PSEuDo-l{oDI:-IOS,
cd. Ver peaux, index, p. 397-399. Je crois que le problème ne s'est posé CIL province
que plus tard et par contamination avec la titulature du patriarcat; au XIlIe siècle,
à Smyrne, l'emploi de mégas reste irrégulier: HÉLr;:NE AflRwEILlm, L'his/oire et la
géographie de la région de Smyrne .. , (Travaux el Mémoires, 1), Paris, 1965, p. Ill, n. 117.
62 APEH(:U HISTOHIQUE SUH L'.:VOLl!TION DES OFFICES

que ùeux litres, celui dr l'économe el celui du skévophylax ; il est


donc probablr que cr orrnirr, comme l'économr. a,"ait acquis sous
juridiction impériale le titre oc mégas et pour la même raison,
afin de dislinguer le Litre. He'ste le' sacrllairr" Lr Takliknl1
FJenesevic ignore toule épithète chez les archontl's ct la titulature
impériale n'en abuse pas encore. J'fais, durant la période critique,
dans la seconde moitié du XIe siècle, il se produiL un changement
notable concernant le grand sacellaire impérial. Doiger relè'"e ces
trois dates: 1079, un mégas sakellarios ; 1088, un simple sakellarios ;
1mJ4, apparition du mégas logariastès et disparition du sakellarios
imp(~riaP. 1\lalgré la réapparition d'un mégas sakellarios, en 1186,
dans un groupe de fonctionnaires impériaux, le changement de
titulature paraît acquis entre 1079 el, 1094 ; tandis que le grand-
sacellaire disparaît de la titulature impériale, il apparaît pour la
première fois dans la LiLulature des archontes patriarcaux. On
ne prut préciser davantage, faute de mr.ntions ; mais il est certain
que celle promotion provient d'un acLe impérial; sans modifier
la juridiction habituelle du fonctionnaire ecclésiastique, qui n'avait
pas le même objet que celle de son homologue, on lui réservait
le titre de mégas.
c. (; cr~xû-.Àtou.

A l'inverse des trois premiers, qui fig-urent dans le supplément


ecclésiastique du Taklikon BeneSevic et qui, depuis les débuts,
appartiennent aux rangs les plus élevés, le sakelliou cst inconnu
rl.ans l'Église jusqu'au XIe siècle. Le nom, plus ou moins développé,
désigne un chef de service impérial : chartoularios du sakellion,
préposé fi. la sacelle, ou en abrégé (; O'~xÉÀÀ'YJç, (; 0'~XEÀÀtoU2. Pour
l'époque correspondantc il existe des mentions de la sacelle
patriarcale, mais non du fonctionnaire titulaire 3 • Le Typicon
Drfsdensis cite les chartulaires de la sacelle4, dont on ne sait au
juste de quel foncLionnaire ils dépendent, puisque nous ignorons
si déjà ù cette époque on distingue une grande et une petite sacelle,

: 1) F" Dou; ER, Bei/rage zur Geschicllte des bywll/inischen Finanwerwa/lung...


(Hyz. Archiv, hdL 9), Leipzif{-Berlin, laZ7, p. 17-19.
(:.?) J. Il. Ilt'IIY, The imperial administrative system, London, 1~)ll, p. 93; F. DÔl.GF.Il,
JJei/rage, lac. cil.
,3) Voir les noLic('s du saccllaire ct du sakclliou, p. 310 et 318.
:4) Voir p. 47; TI'udy, p. 525: après la visite au sli:évophylakion, ail sont mentionnés
une pr('mièrc fois des chartulaires (du skévophylnkion) qui oITrent des pnrfums, on
se ("('nd il l'endroit oil csl adorée la croix el les chùrlulaires de la sacclle présentent les
1tpocrrpopcd; cf. De Cer. l, 35 : remise de parfums par le skévophylax ct d'culogics
par le palI'iarche. Le Typicon Dresdensis ajouLe donc sCII1('ment que ces culogies
(7tpoarpopa.l) sont apportées par les chartulaires de la sact'llc.
LOIS, DOCTRINE ET PIlATIQUE DES Xle·XIl" SIECLES

comme au XIIe siècle et plus tard 1 ; une Lrllr distinction ne semble


pas primitive et dérive plutôt de la liLulature dl' l'an:honte
grand sacellaire. Il est certain que, rlepuis longtemps, existent deux
sacelles, l'une civile, banque centrale d'État ou caisse de d~pôLs df'
toute sorte, l'autre patriarcale, dont la destination n'est pas tout
à fait identique 2 • En effet, les finances de l'Église n'avaienL pas
la même autonomie que celles de l'ÉLat; les renLrées n'l'taient
pas centralisées dans un dépot unique ct de touLe façon le déposi-
taire principal se dénommaiL économe. D'un sens dérivé du mol,
crrxxi"ÀÀ.oc on Lirera plus Lard une définition du sakelliou qui ne peuL
s'accorder avec les témoignages anciens; le sakelliou auraiL aussi
la garde d'une prison ecclésiastique. Celle-ci a existé certainement
comme lieu de réclusion pour des ecclésiastiques 3 , mais ni le
sacellaire, ni le sakelliou n'ont rien à voir avec ce local qui pouvait
faire partie d'un bâtiment à destinations très diverses; le local
servant de prison pouvait être d'ailleurs très réduit puisqu'une
réclusion de longue durée consistait à em'oyer le délinquant dans
un monastère ou à le remettre au bras séculier. Selon la définition
que donnera Balsamon, ni le sacellaire, ni le sakelliou, dont les
noms sont corrélatifs, n'ont rien à voir avec une prison, ni avec
un service purement financier; leur fonction de contrôle général,
soit sur les monastères, soit sur les églises communes, entraîne
évidemment des opérations de tou te sorte, mais non en premier
lieu une perception et un encaissement de numéraire.
C'est donc par le titre nouveau du sacellaire et par l'addition
d'un nouveau fonctionnaire que sc manifeste l'originalité de
l'opoSEcrtrx de 1094; ces titres comportent une délimitation des
juridictions, une répartition des compétences entre les logothesia
et leurs chefs, avec un ajustement de titulaLure dans les bureaux
impériaux. Le titre du sakelliou correspond peut-être à qur.lqul'
nom disparu; le patriarche Paul II (641-653) avait occupé un
poste d't,rd -r&v ~uÀrxxwv4, qui n'a aucun rapport avec un sakelliou

(1) Vers 1147, 011 mellLionne un rnonastere app:Jl'!('nanL il li1 grandI' s<lccJh~ :
Regesfes, 1025. Dalsamon interprète sakelliou comme hypocoristique de snccllaire :
PG, 138, 1040 D 5-7. Jean de Kitros donne' expresséml'lü la division [LqIXÀ'IJ et [LlXpIX:
PG, 119, 968 D.
:'2" Sur la saceUe imprl'iale voil' DiiuoI·:n. FiIlUII:l'ef'/i'/iIlIlIl'l, p. 1·1 : ~III' la ~:lC~t'Il.,
pa Il'inrcale, ci-dessous, p. 427-421:\.
(:1) Exemple au xe sièclf' : AJf'xandre dt' ,\ic.:,(·, nvanL d'elr(' reléguô il :\Iollobala
où il est gal'dé dans un monaslère, est enfermé un j01ll' ou cieux il la sacellc :
J. DARROllZÈS, Epistoliers lJrJZGlllillS dll Xe siècle, Paris, 1960, p. 68. Ali XIIe sii'r,lr,
allusion de Tzetzès citée' plus loin, p. 76, n. 3-·1.
(4) 8. FISCHER, De cata/ogis (Disserl. Icn. 3), 288, '2.1; on remarque que dans le
catalogue de Nicéphore Calliste' hd. T(;)V tpuÀcxxwv devient t7tl Toi) cttl'roi) 'IIpcx:KÀdou;
PG, 119, 916 A; cela ne peut être tout à fait exact puisque le patriarcat de Paul
dépasse largement Je règne de l'empereur.
64 APERÇU HISTOHlQL'E SUR L'ÉVOLUTION DES OFFICES

gardiC'n des prisons. Paul était prêtre ct économe; sa fonction


auprès des prisons pouvait être pastorale, charitable, aussi bien
qu'administrative, comme celle des nombreux prêtres orphano-
trophcs de l'époque mis à la têtc dC's institutions de hienfaisance ;
ce n'l'st pas un ministère de police ou de justice. La législation
du synode et d'Alexis Comnène est donc le résultat d'une réforme
importante.
d. Le chartophylax.
Les deux actes officiels mentionnent avec des nuances l'oppo-
sition du synode et les rapports qui tendent à infléchir la décision
de l'empereur. Malgré cela, le chartophylax reçoit un pouvoir
exceptionnel et presque hors cadrc, comme s'il était le seul
représentant qualifié du patriarche l . La définition de son office,
qui devait se trouver dans la notice B, est perdue, mais l'exorde
de cet opuscule s'insurge contre la préémincnce du chartophylax en
des termes qui conviennent à cette période de discussions sur sa
place 2. La difficulté que soulève l'interprétation de ce texte se
présente également dans le prostagma et dans les documents
liturgiques qui décrivent le rôle du chartophylax. En effet les listes
de présence et les listes théoriques inscrivent toujours en tête
l'économe; ce rang est un vestige permanent d'une hiérarchie
traditionnelle mais ne correspond plus, dès avant le prostagma
d'Alexis, au pouvoir effectif du titulaire. Nommé le cinquième
dans le document et classé normalement quatrième, le chartophylax
tient auprès du patriarche une fonction plus haute que ce rang;
sans toucher au cadre extérieur des préséances entre archontes, le
prostagma expose le résultat de l'évolution en profondeur qui l'a
porté au premier rang.
Dans le système antérieur, ou depuis les origines, il est difficile
de dire quel était le collaborateur le plus proche du patriarche.
Au début semble prédominer l'archidiacre qui cumule ce titre avec
celui de primicier, véritable chef de chancellerie 3; mais, dès le
VIle-VIlle siècle, l'archidiacre n'a plus de rôle propre dans l'admi-
nistration. L'influence du syncelle, dont le nom signifie l'intimité
avec le patriarche, n'est pas constamment en proportion de ce
titre; lorsque celui-ci devient impérial, vers la fin du IX e sièele4,

(1) Texte: fLO\lOfLEPû)Ç ~p(08't) XIX'tEUeU\lE:t\I 7eX 7to:'tplIXPXlXOC 8lXIX(cp "rT,ç &pXlEP(')OU\I't)ç
&VI)XO\l71X : JGn, Zepos l, 649, 10-11. D'où Balsamon : Xct'tE:U8U\lEt fLO\lOfLE:Pû)Ç 'teX
Ti;! 7tlX"rplcipX71 Slxct(cp TIjç &pXlEP(')OO\l'fJç &\I+,Y.O\l"O:; PG 138, 1040 B. Le cnnoniste connait
donc le second prostagma ; cf. ibid. 1041 A-B.
(2) Texte, p. 540 ; commentaire, p. 183.
(3) Voir p. 20-21.
(4) Voir p. 35-36. La novolle d'Hémclius admet doux syncellcs, sans définir la
fonction.
LOIS. DOCTHINE ET PHATIQLE DES XIe·XII e SIÈCLES 65
le changement ne favorise pas une extension de son pouyoir mais
prépare au contrair(~ sa déchéance clans l'Église, par('e qu~ la
préséance dans les cérémonies officielles ne correspond pas à une
f('sponsabilité dans un secteur de l'administration centrale. Le
chartophylax, par contre, doit son rang et sa juridiction au jeu
naturel de l'évolution des charges à l'intérieur du patriarcat. Son
pouvoir est atLesté en termes équivalents de 869 à 1094 1 , et le
témoignage des livres liturgiques, vers le xe siècle, forme Lrait
d'union entre ces deux dates, qui sont celles de la définition
d'Anastase le Bibliothécaire et du prostagma d'Alpxis. D'après le
Typikon Dresdensis, le charLophylax se présenLe eomme inter-
médiaire officiel entre le paLriarche et toutes les classes du clergé,
des métropolites au personnel des sékréLa et du koubouldion, dans
les réceptions d'apparat 2 ; en cette circonstance il est entouré de
l'hypomnèmatographe et du hiéromnèmôn, les deux archontes qui
l'assistent précisément dans les séances d'ordination 3 • Jusqu'à celte
date, aucun autre archonte ne semble avoir participé d'aussi près
à l'acte le plus significatif du pouvoir patriarcal.
Le résumé des Regesles minimise la portée du conflit qui précède
le prostagma de 1094, en parlant d'un litige sur la préséance dans
le salon d'attente 4 • Si des incidents un peu futiles ont pu se produire
au cours de la querelle, dans l'atmosphère tendue des premières
années du règne d'Alexis Comnène, le pouvoir et la préséance du
chartophylax sont déjà bien établis avant cette date : les textes
sont formels 5 • Le patriarche ne pouvait revenir sur cette situation
de fait ni s'associer entièremenL, semble-t-il, à l'ofTensive des
métropolites malgré les considérants juridiques qu'ils avançaient;
cependant, au dire de Balsamon, Nicolas III penchait encore du
côté des métropolites 6 , comme en 1084 dans l'afTaire des métropoles.
Mais le prostagma, qui lui est aclressé personnellement, ne prend
à partie que le groupe des méLropolites, ceux qui fomentent le trouble
après avoir reconnu et accepté de fait d'être soumis aux eharto-

(1) Définitions d'Anastase le l3ibliothécaire ct de l3alsamol\ (interprétant le


prostagma d'Alexis Comnène) ; voir p. 336 et 338.
(2) Texte cîte, p. 47. J'ai signalé aussi la parasèmeiùsis de 680 où l'on voit déjà
le chartophylax inLroduire d,'ux évêques auprès du patriarche; voir p. 24, n. 2.
On ne sait si le faiL signifie une fonction ordinaire et élevée dans la chancellerie.
(3) D'apres le rituel de Gémistos; voir p. 152.
(4) Ref/estes, !JïO: j'ai 1'(~lev(~ (p. ;>H, n. 1) les Lermes signifiant les li(~ux et. les
circonstances ou s'exerce la preséance, en purLiCll(it'r pour les sénnce:> ù'clection.
(5) Voir l'analyse des actes, p. ;>5-58.
(6) PG, 13!:l, 1144 C : fle;t8~wcr7jç &:xpoOtywç -rr,ç Ù1t€P -;wv &:px.~e;pÉwv 7tC("p~(J(Px.tx1jç
8tIXYVWcrEWÇ. Le patriarche s'appuyait SUl' Il' cnHon Itl de Nieée qUI~ Bulsumon vient
de citer.

3-1
66 APEHÇU HISTORIQUE sun L'ÉVOLUTION DES OFFICES

phylaqucs antérieurs 1 • Il ne faut pas chercher très haut, par


conséquent, les raisons de crUe agitation autour dl" la préséance
du chartophylax. Auprès de Michel Cérulaire siégeait un
chartophylax qui paraît avoir joui d'unl' grande faveur et d'un
pouvoir assez étendu: Nicétas le Nicéen, proLosyncelle 2• C'est lui qui
assiste au retour de l'économe et du skévophylax sous juridiction
patriarcale et sans doute aussi à l'érection des métropoles de
Basileion et Madyta, qu'un de ses successeurs, en 1084, défendra
comme apanage de la Grande Église 3 •
Historiquement, Alexis Comnène n'innove pas : il confirme le
droit coutumier. Du point de vue juridique il va plus loin que ne
l'exigeait le règlement d'une querelle mineure, car il propose une
interprétation du canon qui fera autorité. Les métropolites
arguaient de la lettre des textes anciens et de la préséance liturgique
fondée sur les degrés d'ordination, sans tenir compte de tous les
accommodements exigés par le développement des charges et dont
le concile In Trullo fournissait un premier exemple en admettant
une préséance administrative de diacres sur des prêtres, lorsqu'ils
représentaient personnellement l'évêque. L'extension du principe
de pouvoir délégué aux archontes du patriarche et à celui qui le
représentait de plus près ne porte aucune atteinte au pouvoir
ordinaire des métropolites dans leur propre diocèse; indirectement,
cette mesure était aussi de nature à consolider le pouvoir central
de l'Église byzantine. Le nouveau statut équilibre les rapports
entre le patriarche et le synode, en définissant la position du corps
intermédiaire des archontes.

3. L'entrée des didascales dans une hiérarchie.


L'Église exerce le droit d'enseigner en matière de foi. D'après
les canons, cet enseignement est une fonction épiscopale aussi
réservée que le pouvoir d'ordination; hors diocèse, un évêque
demande à l'ordinaire du lieu la même permission que pour
célébrer un office sacré. A plus forte raison les clercs de tout ordre

(1) JGH, ZEPOS, l,360, 31-34 : emploi du terme Ù'll€8pLc( caractérisant la situation
acceptée auparavant par les métropolites, en rapport aveela 7tpO€8pLC( du chartophylax.
(2) Son nom a donné lieu à plusieurs confusions. Le litre de son opuscule (PG,
120, 713) veut dire qu'il était l"icéen, non chartophylax de Nicée. 11 étail ~ fils de
Koronis • (ou Koronitza) que l'on a pris pour un nom de ville el son titre de protosyncelle
se décompose en certains manuscrits: moine-syncelle ; voir Reges/es, 858, et NlcÉTAs
STtTHATOS, Opuscules (SC. 81), Paris, 1961, p. 17. Pierre d'Antioche fait allusion
il la jeunesse et à l'inexpérience du chartophylax dtl Michel: PG, 120, 797 A-B j on
ignore la durée de son mandat, mais il faut le distinguer du chartophylax Nicétas
altesté en 1076.
(3) Voir p. 57, n. 1 el 2.
LOIS, DOCTRINE ET PHATIQUE DES XI"·XII" SIÈCLES 67

n'enseignent-ils dans le diocèse que par délégation de l'évêque l ,


C'est dans la même perspe('tivr qu'il faut interpréter le canon 64
In Trullo défendant aux laïques de soulever des problèmes théolo-
giques eL d'enseigner sans mandat. Nicétas Stéthatos invoque ce
canon contre les laïques dans la seconde moitié du XIe siècle 2, et
Balsamon atteste qu'il jouait aussi contre les clercs et les moines
(des &VL~pOL) qui prétendaient donner un enseignement officieP.
Il s'agit donc toujours d'un enseignement ex cathedra. Ces canons
n'empêchent pas cependant les empereurs de promulguer des édits
dogmatiques, ni drs laïqU('s de produire des œuvres théologiques;
en ce domaine, comme en d'autres plus temporels, compétences
et juridictions se compénètrent, de sorte qu'il est diffieile de
délimiter des secteurs aussi tranchés que les veut la pensée
moderne. Si l'on s'en tenait aux principes canoniques, le domaine
de l'enseignement devrait être aussi bien défini que celui de la
justice et beaucoup plus par exemple que celui de l'assistance
publique et des fondations charitables, service assuré à l'origine
par l'Église pour le compte de l'État 4 •
Aucune des lois relatives à l'enseignement dit supérieur ne
concerne l'enseignement dans l'Église et par l'Église; aucun canon
ne prononce à ce sujet le mot école ou didascale, encore moins
un terme qui pourrait se traduire : université, faculté, académie,
recteur, etc. ; et cela aussi bien avant qu'après le XIe siècle. Si l'on
rencontre ailleurs des mentions de didascales avec divers qualifi-
catifs, comme grand et œcuménique, il faut les traiter avec la
même circonspection que celle d'un Jean diacre de la Grande Église,
logothète-genikos, mis par l'empereur Anastase à la tête d'une
flotteS. Le titre de didascale œcuménique donne lieu, en effet, à
de regrettables confusions; la preuve a été faite que le titre vient de
l'École de Beyrouth et qu'il est purement profane et emphatique 6 •
Étienne d'Alexandrie et Georges Choiroboskos l'ont porté à des
dates peu éloignées; le premier, sous Héraclius, n'a aucune relation

(1) ln Trullo 19; commentaire de Balsamon : PG, 137, 5i7 B; c'est au même
endroit que le canoniste cite un fragment de la novelle de 1107 dont nous allons parler.
(2) NICÉTAS STlhHATOS, OpuscuLes (SC. 81), Paris, 1961, p. 3()6; il cite aussi le
canon 19 du même concile: p. 276 et 282.
(3) PG, 137, 737 B; il s'agissait des moines qui prenaient parti dans la querel1e
dogmatique du Pater major me esL.
(4) L. BR~;HIER, Le Monde Byzantill, 2, 524-;',26,
(5) I\'ICÉPIIORE, (:hronographia, éd. de l3oor, 50, 20-21. Supposons (lue les menlions
des olTiciers de marine soient aussi rares que celles de didascalc mClIméniqlle, on
n'aul'ait pas manqUé de se demander d'après cet exemple si la J10lle n'6lait pas un
service ecclésiastique.
(6) L. BRfIllEH, Le fI,-1onde Byzantin, 3, 462; du même, ,. L'enseignement superieur
à Constantinople., Byzantion, 4 (ln7), p. ·23, où il indique la forme encyclopédique
de l'enseignement.
68 APEnçu HISTOHIQUE sun L'f:vOLUTION DES OFFICES

avec l'Église, le second esL en plus diacre et chartophylax nous


ne savons d'ml l . Le premier enseigne surtout l'astronomif', le
second la grammaire, rien par conséquent qui regarde au premier
chd l'enseignement ecclésiastique. Cependant, sur cette tiLulature,
on a imaginé Georges Choiroboskos comme un reeLeur d'Académie
patriarcale 2 • Plus tard, sous Théophile, le titre de didascale
(p,r.nménique fut gravé sur une inscription dont l'historien dit
seulement que le Litulaire était Ignatios 3 . A ma connaissance, la
première mention historique d'un didascale œtuménique, antérieure
vraisemblablement au règne d'Alexis Comnène, qui ait rapport
indiscutable avec la Grande Église, se trouve chez Nicétas
Stéthatos. C'est aussi à la même époque que commence à se poser
sur le plan administratif le problème de l'enseignement supérieur
religieux.
a. Le titre ObWU!J.EVlXàç atMaxiXÀoç.

Pour un byzantin de toute époque, mais surtout avant le


IXe-X e siècle, il eût été inconcevable d'appeler œcuménique un
didascale parce qu'il appartenait au patriarcat œcuménique; à ce
compte tous les diacres de Sainte-Sophie, à commencer par les
premiers archontes, auraient pris le titre bien avant le didascale.
L'origine est donc extérieure au patriarcat et l'épithète signifie
soit une qualité du didascalc, soit une qualité de son enseignemenL4.

(1) En fait nous savons que cc titl'e de charlophylax n'est pas authentique; faule
d'examiner la tradition littéraire, on accC'f'te des t ilrcs trompeurs qui ne correspondent
pas à la réalité; voir p. 22-23.
(2) Fr. DVOR:\IK, "Photius ct la réorganisation de l'Acudémie patriarcale ", Anal.
Boil., 68 (1950), p, 114-115. Le traitement réservé en cet endroit ail cas d'Étienne
d'Alexandrie est déconcertant. Après avoir admis, d'après la monographie d'Lsener
sur f:lienne d'Alexandrie, que cc didascale Il';'\ pas grand-cho5e il voir avec le patriarcat
(chose reçue comme hypothl'se, p. 113), l'au Leur passe Lranquillement à l'affirma Lion,
p. 114 : (, le patriarche Serl!e appela ÉUPfllle ct lui confia la direclion de l'École. 1)
TouL cet article l'epose donc sur la pétition de pl'ineipe qlle le Litre de didascall' œcumé-
nique est acquis tl un (, recteur d'Académie patriarcale ,~ eL dès le Vile siècle.
(3) TIIEOPH. CO;\T, Bonn 143; PC, 109, 157; cf. Fr. lJVORl\IK, arl. cil., p. 116-118.
CeLte mention s'insère dans un conLexLe hislorique mis en lumière par L. BRÉHIER,
art. ci!., ByzanLion, 4 ~ 1927) p. 23-27. Impossible évidemment de cOllcilier le point
de vue de ces deux al'licles, bien que Dvornik cite sans sourciller le précédent. Bréhier
assimile le didascale à lin recteur et l'élablissemenl qu'il dirige, à un «institut de
caractère cncyclopl\dique » ; mais pour lui, iln'esL nullement question encore d'Académie
ou d'Université patriarcale. Il faudrait l'econnaitre franchement que cc liLre de
(, didascale Œculllénique» n'a l'ien il voir pl'ndant longtemps avec l'ensl'ignemenL
religieux ct que le l'apport avec une fonction adminislrative de recleur esL Loujours
indécis.
(4) Citons ici l'opinion d'un didascale de la fin du XIIe siècle, Constantin Stilbès,
dans Barocci. '25, f. 276 v ~à propos du Jourdain) : «Toü't'o xrxÀw 't'àv -r7jç l'tVEUf.Lrx-
't'~x'ijç ·IEpouarxÀ~f.L l'to't'rxi-LOV, 't'àv 't''ijç otxouf.LÉV'fJç S~8cLaxrxÀov, 't'ov ~Cù6EV Èl'tt SUO'fLOCÇ
LOIS, DOCTIUNE ET PRATIQUE DES XIe_XIIe SIÈCLES 69

A propos d'Étienne d'Alexandrie, Usener fait remarquer très


justrment quI' les docteurs oc l'Église, ~axime ct autres, sont
qualifiés de mégas didascalos sans aucune référence à un titre
hiérarchique de l'enseignement organisé l , Tout dépend par
eonséquent du contexte littéraire et historique; si l'on ne connaît
pas l'organisation elle-même ct le curriculum du personnage, toute
identification de titulature officielle est purement arbitraire.
P. Lemerle douLe du sens technique de xowàç 7tCU8WTIj ç 2, ou
8~McrX.iXÀOÇ, dans un texte où d'autres expressions désignent une
hiérarchie éleclive sous contrôle impérial; le même terme,
chez L. Bréhier, devient rect~ur de l'Université 3 . Si l'argument ex
silenlio a jamais valu quelque chose, c'est le cas ou jamais de
l'invoquer. CommenL se fait-il que la double cérémonie annuelle,
qui donne l'occasion au maïstor des rhéteurs du XIIe siècle de se
produire deux fois officiellement en public oevant l'empereur cl le
patriarche, n'est pas menlionnée dans le Livre des Cérémonies?
Il s'agit pourtant d'un arehonte mixte, diacre nommé à son poste
par l'empereur. La seule fois où un dignitaire patriarcal fait office
de lecteur d'apparat en présence de l'empereur et du patriarche,
c'est le protonotaire du patriarche qui lit le discours 4 • Si les listes
d'invitation aux cérémonies impériales ne détaillent pas les noms
des archontes patriarcaux, nulle part nous ne trouvons non plus

txpe:Ul'1Ci\l'!Cl XCi'!' ÉXe:i:IIO\l '!C\I Clll'161j"rcli XCiL à:p8e:Ul'1CiIl'TOC XOl'1fLO\l XCil 1toÀÀoùç ÉX\lLljietfLE:\IO\l,
TC\I IX\lw6E:\1 - XCiTIX T1)\I 'IopM\lou xÀ'ijm\l - XCil à1;ù\I èLllCiOCil\lOIl'!Ci XCiL e:ÀXOIITCi aCiljiLÀ€-
l'1TCiTO\l, TCII l'1Ul'1'!OLXOÜIITCi TOi:Ç ÉW6L\lOi:Ç XCiL Éx 1tCipoc8dl'1oU TOÜ EûlXyye:ÀLOU T€l'1l'1lXpl'1L
Constnntîn Slilbès,
1tOTlXfLoi:Ç TOII ÈfLali • A1tOl'1TOÀO\l '!OÛTO\l, Ta ÉfLO\l xÀ1Jpo86't'7)fLlX. ,)
didllscale de l'Apôtre, aspire ail poste supérieur de didascale de l'Évangile, qui, semblable
au Jourdain, recueille tous les courants pour les redistribuer à l'univers; ct il conclut:
"É; EûCiyye:À(OU à:P!;tXfLE:\Iot, dç EÛCiyyÉÀW\I Te: t\lOfLe:6Ci, XCiTcX xuxÀO\l à:IIOCTP€XO\lTe:Ç."
CetLe image du relour cyclique illustre parfaitement le caractère ~ encyclopèdique *
de la chaire supérieure, qui semble capital pour la définition et beaucoup plus f)ue la
traduction ('n recteur. Aueun or:üeur ne tire argumt>nl d'une ressemblance avec le
patriarche œcumcnique, ce qui me paraît lrès significatif, cnr ce silence alLeste une
distinction ca legorique.
(1) Il. L'sE"\En, De Stephano Alexandrino commenlarii, Bonn, 1880, p. 55; l'auteur
sc corrige d'avoir pris Maxime pour profess('ur public. Le sens très fréquenl de didascale
appliqué :lUX évêques apparaît dans le Lex le même de la novelle de 1107, où Alexis
Comnène saI ue le patria rche XQL\lOÛ 1tCiTpaç XCii 8t8Cil'1XtXÀOU T'iiç olxOUfL€\ll)Ç : J GR,
ZEPOS, J, 357, 17.
(2) l'. LEMEItI.E, «La vie ancienne de S. Athanase l'Alhonile., Le Millenaire
du Mont-Athos, Chevrlogne, 1963, t. l, p. 69.
,3) L. BREHII-:R, Le Monde Byzantin, ~-l, 469.
(4) Héception au début du Î.arême ; [{lètorologion, éd. Aury, 165,22-25; Bonn 760.
Ces I('ctures publiques difTèrent totalement des discours officiels postérieurs; le silence
du De Ceremonis me parait rejeLer l'instilution du maître des rhéteurs, pièce impor-
tante du syst('me hiérarchique, vers la même époque que celle de l'hypatos des philo-
sophes, c'est-à-dire au milieu du XIe siècle.
70 APERÇU HISTORIQUE sun L't~VOLUTION DES OFFICES

un inventaire du personnel administratif qui relève dans la


hiérarchir administrative des titres lie professeur, recteur ou
inspecteur d'enseignement public. De même que 1'« assistance
publique ), malgré la présence d'un orphanotrophc dans les listes
impériales!, reste une organisation très peu hiérarchisée, l'enseigne-
ment ecclésiastique n'apparaît jamais sous une forme corporative
comparable à celle des taboularioi dans le Livre de i' Éparque 2•
Le statut réel des écoles devait être aussi varié que celui des
fonda tions pieuses et des monastères eux-mêmes. Le sacellaire a
la responsabilité des monastères et nous sommes en peine de dire
quels sont ceux qui dépendent réellement de lui; les écoles, qui
ne dépendent d'aucun archonte, avaient donc un statut encore plus
vague. Elles dépendaient, à Constantinople, du patriarche, dans
la mesure où l'acte de fondation les mettait sous son autorité, ou
bien dans la mesure où le personnel ecclésiastique relevait de sa
juridiction d'évêque. Ainsi un maïstor de l'école de Diakonissa
sollicite du patriarche sa promotion à l'école Saint-Pierre 3 ; ou bien
ce n'était pas un établissement séculier, ou bien les enseignants
étaient des ecclésiastiques. A l'époque où ce maïstor de Diakonissa
demandait son transfert à Saint-Pierre - ce qui était un avance-
ment - , le futur patriarche Nicolas II 1 faisait ses études ou
enseignait déjà dans ce même établissement. D'après son
panégyriste, Nicolas Mouzalôn 4 , le jeune Nicolas y arriva de
l'Anatolie pour le cours complet : grammaire, rhétorique, philo-
sophie, p.xégèse biblique; après cela, il est ordonné diacre et
commence son ministère par l'enseignement dans la même école.
L'orateur remercie le patriarche de l'avoir placé à la tête de cette

(I) Voir p. 36, n. 3. L'absence de tout tilre de l'enseignement public dans les
rangs auliques du Klèlorologion ne semble pas avoir étonné les historiens des insti-
tutions; c'est pourtant un indice positif que l'enseignement public n'était pas à
propreme'nt parler un service d'ÉLal.
(2) Voir la notice sur les taboularioi, p. 381-38'.2 (avec les notaires).
/3) LeLtre 16 éditée par SATHAS, MEG. BLOÀ., 5, p. 42; le maistor de la Diako-
nissa se plaint d'êlrel a risée des indigentseu x-mêmes; il dépendait de la générosité
d~s familles qui lui confiaient leurs enfants.
(4) Renseignements tirés de l'éloge inédit: Scorialensis Y Il 10. L'école Saint-Pierre
éLait aux environs de Sainte-Sophie : R. JANIN, Eglises et Monastères, p. 412.
R. DROWNIl'\r., (1 The Pa Lriarcal School at Constantinople ,), Byzantion, 32 (1962),
p. 172·173 ; l'auteur pense que l'école Saint-Pierre est destinée à l'éducation séculière,
mais je ne crois pas que l'on puisse adopter une division de ce genre pour distinguer
les écoles. Celle de Saint· Pierre en tout cas est pourvue d'un cycle complet puisque
nous avons la preuve qu'elle a lin mals/.or de grammaire (NicHas: épitaphios de
Psellos) et un ex~gète (l\ïcétas d'Héraclée, dont l'œuvre du moins est copiée à l'école).
On n'a pas encore trouvé quel lien hiérarchique et adminisLratif unit les divers titulaires
de chaires entre eux ct avec une autorité dans l'école et hors de l'école, le directeur
local ct le patriarche (ou l'empereur).
LOIS, DOCTRINE ET PRATIQUE DES XIe·XII e SIÈCLES 71

école où tous deux furent élevés. C'était donc, je pense, une école
~cclésiastique-typ(' ct du genre encydopédiqu~.
A cette époque apparaissent coup sur coup les premières mentions
earaetérisées de didascales qui pourraient entrer en ligne de
compte, pour l'élude d'une hiérarchie enseignante en rapport avec
le pa triarca t.
1. Nicétas diacre de la Grande Église et didascale, d'après
l'intitulation de sa lettre, à laquelle son correspondant Stéthatos
ajoute: œcuménique l .
2. Eustathe diacre et didascale : première présence dans un acte
officiel de 1092-1095 ; il s'agit p~ut-être d'un ancien proximos d'une
école de la Parthénos 2.
3. Alexis le philosophe intitulé mégas didascale comme auteur
d'épigrammes 3.
4. Eustrate de Nicée, ex-didascale œcuménique d'après Nicétas
Séidès 4 •
5. Nicétas d'Héraclée, didascale de la Grande Église d'après les
adresses des lettres de Théophylacte de Bulgarie, didascale
œcuménique d'après des titres de manuscrit; c'est un ancien
proximos, mais avant l'épiscopat il fut aussi skévophylax 5 •

(1) NICÉTAS STÉTtI.o\TOS, Opuscules (S. C. 81), Paris, 1960, p. 292 et 294. Ce Nicétas
esl distinct de "'ic6las d'Héraclée et pourrait être un neveu de Nicétas le Nicéen,
chartophylax en 1052. Au moment où j'ai édité ces lettres, j'avais beaucoup plus de
confiance dans la terminologie de Bréhier qui identifie le didascale œcuménique au
grand-maitre de l'Université patriarcale (Le Monde Byzantin, 3, 493) ; dans son esprit
cependant, Université signifie un institut encyclopMique (ci-dessus p. 67, n. 6).
Pour Stélhatos, le didascale remplit un ÀEt'rOUpY"'l[.L1X (p. 296, 25 ; cf. dç 'rou'ra 'rEadç :
292, 8) ; mais le qualificatif œcuménique reste extérieur au titre réel, car nous voyons
que le charlophylax, à son tour, est dit • posé sur le chandelier en vue d'éclaircI' ln
demeure universelle de l'Église ~ (p. 244, 10). Nolons surtout que l'emploi d'. œcum6-
nique. est toujours du domaine de la rhétorique, et que, à partir du XIe, le terme est
réser\'6 à la rhétorique sacr(>e; on a perdu de vue le sens originel.
(2) Reyestes, 967 : PG, 127, 973, et colophon Valicanus 358. Je renverrai dans les
pages qui suivent à R. BROWNING. The Patriarcal 8chool at Constantinople~, Byzantion
32 (1962), 167-202 ; 33 (1963), 11-40. Dans la table (p. 39), l'auteur cite Eustathe comme
oikoumenikos, mais ce n'est qu'une hypothèse (p. 194).
(3) l"ICÉTAS STÉTIlATOS, Opuscules (8. C. 81), p. 18; PG, 120, 307. Il faut sc
défier de cette qualification [.LéYlXç 8L8&<n<IXÀaç. Ainsi n. Browning souligne le terme
dans lc résumé d'une lcttrc de l'Anonyme Londinensis; le texte montre bien qu'il
s'agit dcs docteurs de l':f:glise en général, non de professeurs publics; voir le texte
dc la lettm dans 'E7t. 'E'r. But ~7t., 27 (1957), p. 185, li. 1168-69; résumé dans Byzantion,
24 (1954), p. 413 (lettre 55).
(4) J. DARROl:ZF:S, Documents inédits d'ecclésiologie byzantine, Paris, 1%6, p. 306.
Eustra tc, après avoir fait partie du cercle d'Halos cl des milieux enseignants (Regestes,
927), fut aus~i chargé de mission doctrinale auprès des Arméniens par l'empereur,
mais déjà à titrL1 d'évêque. Le polémiste fait allusion à la science du suspect, peut-être
uniquement à son titre épiscopal, car nous ignorons Ic curriculum exact.
(5) R. BROWNING (Byz., 33), p. 15-17 j J. DARROUZÈS, Documenls, p. 56-57.
72 APEHc,;U HISTOHIOUE SUR L'ÉVOLUTIO~ DES OFFICES

Le véritable titre oflicicl esL donné par lcs signatures ou les


men Lions équivaIrntes, liste de présence synodale. intitula tian et
anrcsse d'une letLre. Il est possible que mégas signifie aussi pour
Alrxis qu'il ('st devenu didascalc de la Granne (~glisp, mais un
titre littéraire n'est pas toujours sincère ct, de toute façon, le
titre fLÉyoeÇ OtOcXl1xoeÀoç ne figure dans aucun acte officiel. D'après
les allusions de Théophylacte, on comprend que son correspondant
~icétas avait pour foncLion d'expliquer l'Évangile l , Deux mentions
d'œcuménique ont valeur équivalente; celle de Nicétas Stéthatos
a pour but de flatter le correspondant auquel il soumcl son livre,
celle de NicéLas Séidès tend à accabler Eustrate de Nicée, coupable
d'ignorer ce qu'il n'est pas permis au véritable didascale œcumé-
nique C'est donc l'épithète qui convient au didascale dont les
connaissances sont le plus étendues et dont l'enseignement est le
plus universel ou le plus élevé; l'cxprrssion est purement littéraire
et n'est pas admise dans l'administration ni pn diplomatique. Dans
ce milieu ne lettrés ct d'érudits, le souvenir de leur premier manuel,
dû à 1'«( œcuménique » Georges Choiroboskos, peut jouer un certain
rôle; mais il y a autant de distance entre un «( œcuménique )} du
VIe-VIle siècle et ceux du XIe, qu'entre le consul romain et l'hypatos
des philosophes du XIe. La seule différence peuL-être, c'est qu'un
rlidascale œcuménique ancien n'a rien à voir avec le patriarcat,
Landis que ceux du XIe-XIIe siècle étaient des diacres de la Grande
Église enrôlés dans une hiérarchie 2, Mais laquelle?
b. La nonlle de 1107.
De même que le prostagma de 1094 n'invente pas la hiérarchie
des bureaux, la novelle d'Alexis Comnène datée de 1107 3 ne crée
pas les didascales; ceux que nous venons de citer le prouvent
suffisamment. Mais la novelle est certainement témoin, sinon la
cause unique, d'un développement nouveau de l'institution grâce
à un statut officiel.

(1) PG, 1'27,374 (cp. 9), 436 (ep. 36), 510 (t'p. 3).
(2) Dans les discours du XIIe siècle on n'établit jnmais Ull rapport avec le patriarche
i' partir d'un symLJolisme • œcuménique ,) (voir p. 68, n. '1). L'image la plus courante
crue l'on sc fait du didascale de l'Évangile est qu'il a aLleint lin sommet de science
el de carrière, non de pouvoir: n. DROWNI:-;r, (Byz. t. 3'2.), p, 170-171 ; la subordina tion
dont parle l'auteur n'l'st pas entl'l~ les professeurs mais dans les malières enseignées;
C'l'st IlIle gradllaLion doctrinale et symbolique, avec incidence sans doute sur le Lrai-
tement, car tous ces didascales sc plaignent de la longueur des éLapes cl des sueurs
mal r~cornpensécs.
(3) Hegeslen, 1'236; je citerai le texte d'après JGR, ZEPOS, l, 351-359, bien que
l'absence de numération des lignes rende les citations peu commodes. Le texte a
certainrment besoin d'être revu sérieusement du point de vlIe critique.
LOIS. DOeTIUNI:: ET PHATIQUE DES Xlc·XIl e SIÈCLES 73

Le passage qui concerne les didascales est lr ~ 3, donL le sens


déprnd dr tout Cf' qui précèdr : rxorde trrs Jong adrrssé au
patriarche et au synode el soulignant que Je salut du peuple
chréLien dépend de la siLualion morale du clergé; ~ 1 : sur la
réforme de la constitution ecclésiastique dont le premier moyen
est la promotion aux ordres des candidats joignant ù une vic
vertueuse la capacité d'enseigner (o~oIXcrxIXÀ~xàc; ).6YO:;)I; ~ :2 :
ordre de faire un recensement (&ovou(.Ltov) du clergé selon le critère
de la conduite t>l de la cuIt,ure efficace (o~oIXcry.IXÀ~xàc; 1,6yoc;) qui
permettra d'éliminer les incapables, de stimuler les bons, d'admettre
dans les rôles (tEpIX'nxàc; XIX,t'(D.oyoc;) du clergé les meilleurs. Le
paragraphe 3 décrète en premier lieu que le recrutement du clergé
(c'est-à-dire l'admission aux ordres) est arrêté tant que l'on ne
sera pas revenu au nombre prescrit et norma1 2 • Cependant les
candidats venus du dehors seront casés, au gré du patriarche, dans
les offices de l'Église où ils peuvent acquérir l'expérience de la
vertu et des connaissances. Ceux-là, une fois éprouvés et reconnus
capables, seront promus aux ordres malgré la restriction du nombre 3 •
Mais comment résoudre la difficulté que produira cet affiux
nouveau, qui risque de léser ceux qui ont un poste rémunéré
(g(.LoIXO(.Loc;) ct les surnuméraires déjà inscrits (7tEpLcrcr6c;) ? L'empereur
crée un ~IXOfl6c; nouveau, c'est-à-dire une classe du clergé pourvue
d'un système propre d'avancement et de rémunération; cette
catégorie obtient la préférence dans les promotions aux offices
diaconaux et aux ordres sacrés. La classe jouit également d'un
rang de préséance, les titulaires étant rangés selon leur grade dans
la profession et les surnuméraires après eux 4 ; de plus les didascales

(1) Relevons l'emploi de l'expression dans la proslaxis de novembre 1093: Regesten


1172 = JG n, ZEPOS, l, p. 326, 1. 19. L'empereur parle des candidats aux évêchés
orientaux qui pounaient être rcbutés par la situation matérielle des métropoles;
il leur concède la jouissance de revenus attachés il des fonctions antérieures monas-
tiques (higouménat, économat) ou il divers services et offices, "quand ils assument
la parole d'enseignement et reçoivent le rang achevé de perfection Il. Il s'agit de la
fonction première et de la cons(~cration de l'évêque, non rte la hiérarchie des didascales,
du ~cxef.L6ç sacré, non administrnlif.
(2) Est-ce le même dr.puis la novellc d'Héraclius? JI' note seulement qu'un didascale
de la fin du siècle (dans le contexte cité, p. 77, n. 1) donne le chilTre 500, symbolisé par
le nombre des disciples qui virent le Christ :lprès l'Ascension.
(3) On entend par promotion aux ordres, dans ce contexte, la premii.·re promotion
à la te:pwcrU\I'I), c'est-il-dire le diaconat: des places deviennent libres selon les vides
qui se produisent au-dessus, parmi !l's prêtres et les évêques. La situation des didascalrs
les plus bas varie donc du laïcat aux ordres mineurs; comme tous ne sont pas affectés
au ministère pastoral, la novelle touche indirectement le personnel des écoles.
(4\ Ici s'intercale un fragment, que I3alsamon dit contenu P'I)'t"wc; dans la novelle :
PG, 137, G80 A 2; cf. ZEPOS, p. 356, n. 5 ; dans les églises auxquelles ils sont affiliés,
les didascales viennent immédiatement après les archontes. Cela veut dire que pour
74 APERÇU HISTOHIOUE SUIt L'ÉVOLUTION DES OFFICES

surnuméraires passent avant ceux des autres catégories (par


eXE'mple, It's ~hartulaires) parc(' qu'ils représrntpnt l'évêquf'
suprême. Leur fonction n'est pas seulement d'enseigner, de prêchrr
dans les quartiers; au besoin ils font rapport au patriarche, qui
en réfère à l'empereur ou aux autorités municipales, si le recours
au bras séculier s'impose. Enfin l'empereur précise que cette
fonction est diaconale et élective l, mais qu'un laïque ou un moine
(celui-ci sans aucun rang de préséance) y ont accès, s'ils remplissent
les conditions morales requises.
Telle est donc la première loi qui mentionne une classe
d'archontes, au sens strict d'officiers diaconaux, constituée en vue
de remplir ce que l'empereur appelle la 3~ocxovioc 'rijç 3~3ocO'XOCÀLOCÇ.
Les termes ~oce(J.6ç et 3~OCXOVLOC indiquent à la lettre une formation
hiérarchisée et un service diaconal réservé au clergé, dont il est
destiné à assurer le recrutement convenable. On cherchera vaine-
ment depuis le début du patriarcat la trace de cette diaconie.
Bien qu'il ait existé en tout temps des didascales qui transmettent
la culture profane et sacrée, jamais leur recrutement, leur avance-
ment, leur rémunération, leur préséance et leur fonction ne furent
définis de cette manière dans l'Église. L'empereur insiste sur le
ataocO'XocÀLXàç J..6yoç, expression signifiant, dans le contexte, la
culture acquise par l'enseignement reçu et donnant capacité
d'enseigner, de remplir surtout un ministère pastoral dans l'Eglise.
Nous comprenons par là que l'empereur n'entend pas créer une
hiérarchie scolaire ni réglementer un corps strictement enseignant;

une cérémonie, où assiste, dans cette i'glisc, le patriarche avec ses archontes, les
didascales passent en pr~s~ance devant le clerge local. Mnis le plus important, dans
le reste du résumé, est la précision concernant le corps des didascales. Selon Balsamon,
le traitement fixé par la novelle est destiné à Lous les didascales e du dehors et du
dedans' J par rapport à l'Église, c'est-à-dire à des clercs et à des laïques. Tel est, me
semble-t-iJ, le premier sens obvie du dedans et du dehors; néanmoins, on pourrail
admettre que ceux du dehors ne sont pas nécessairement des laïques, mais des clercs
enseignant dans de peUtes écoles privées el qui ne cumulent pas un service liturgique
dans une église. Bien que la novelle et Balsamon lui-même n'aient en vue au premier
abord qu'un ministère doctrinal, dont la délégation cesse à la mort du patriarche
(PG, 137,580 Al, la mention de ces gens .du dehors» sous-entend des services d'ensei-
gnement plus étendus que la stricte prédication de la parole sacrée; sans quoi Alexis
Comnène n'aurait pas prévu lui-même une entrée de laïques qui ont fnit preuve du
8L8cxaxCXÀLXOC; M)'oc; : ZEPOS, 357, 31.
(1) Quel est le sens exact de xcx~' tTtLÀOy7)\I ô<pttÀOU(H TtpoXe:~p(~e:crElCXL : Zl::POS,
357, 22 ., Des maUres pouvaient êlre choisis par les élèves et les confrères ou collègues,
comme Abramios (Athanase l'Athonite: ci-dessus p. 69, n. 2). Ce n'est pas une procédure
de ce genre que peut envisager la novelle, mais celle que l'on suivait pour les ordinations
en général; le patriarche tient compte des lémoignages (fLCXp~p(CXL) qui conditionnent
le choix, sans être décisifs. Cela signifie surtout que l'avancement n'est pas subordonne
à des étals de service, mais à un jugement du promoteur.
J.OIS, DOCTHINE F:T PHATIQUE DES XIe·XII e SIÈCLES 75
mais la forma Lion des candidats du corps nouveau, qui postulent
('n même temps la cléricature, ne peut s'accomplir qur nans drs
écoles : autrement dit, les didascales se recrutent soit parmi des
élèves, soit parmi des enseignants, laïques ou non, la seule condition
requise étant la rectitude des mœurs jointe à une culture éprouvée.
On ne touche pas directement à l'activité scolaire, mais la création
d'un corps de didascales ne peut que lui profiter en assurant à
des titulaires un traitement et une possibilité d'avancement dans
les rangs du clergé, enseignant ou non.
Il faut remarquer enfin que la novelle, bien qu'elle vise l'univer-
salité du clergé!, ne concerne pratiquement que celui de la capitale:
nombre des clercs (de Sainte-Sophie) fixé par la loi, passage du
didascale aux offices d'archonte, appels des fonctionnaires aux
autorités de la mégalopolis, représentation du mégas archiéreus 2 •
En regard, la conclusion ne donne aux métropolites de province
que la consigne générale : suivre la même ligne de conduite en
formant un clergé capable.
Trop de textes relatifs à cc sujet, et appartenant à des didascales
du XIIe siècle, sont inédits pour que nous proposions ici des
conclusions fermes et catégoriques. Je citerai quelques références
qui nous éclairent sur le rôle des didascales durant celte période,
sans nous dévoiler tout à fait le rapport entre leur activité et la
novelle de 11 07.
c. Les didascales du XIIe siècle.
L'ordre chronologique par rapport au point fixe de 1107, date
de la novelle, revêt une grande importance. Nous avons vu qu'un
diacre Eustathe s'intitule auparavant didascale tout court dans un
acte officiel et que cette titulature admet tout au plus l'addition
« de la Grande Église»; pour Nicétas d'Héraclée, exégète de
l'Évangile, cela signifiait que sa chaire et son école sont placées
sous la juridiction du patriarche. Le 20 octobre 1193, dans un
autre acte officiel, deux didascales sont des notaires patriarcaux,
rattachés par conséquent au bureau du chartophylax; l'un est
didascale du Psautier, l'autre didascale tout court 3 • C'est entre ces
deux points extrêmes que se situent les divers témoignages.
Vers le milieu du siècle Tzetzès adresse une lettre à Theltalos
qu'il intitule didascale œcuménique et €x 7tpoaw7tou du patriarche.

(1) Début du § 3 : 't"O\) 'Jù'J 6'J't"oc; 7tÀ1jpw!J.cx't"oc; TIjc; 'ExXÀ1jcr(cxc; (Zepos, p. 355).
(2) ZEPOS, p. 356, 29-36.
(3) Sinailicus 4!)2 (1117), f. 347; BIèNESE'nè, Catalogus, p. 289. Pour la date des
signatures, il faut tenir compte de la remarque de V. GRliMEL, Regesles, 1125 : l'acte
est de 1172, les signatures de 1193, chose que n'a pas vu H. BROWNI:'lG (Byz. l. 33),
p. 12 j corriger donc aussi la date de Théophylacle Hagioanargyrilès (ibid., p. 32).
76 APERÇU HISTOHIOl:E SlTH L'É"OLUTIO~ DES OFFICES

Le poète fait appel conLrc un diacre de l'église des Coryphécs 1 et


dp.mande à ~on ('orr('~pondant rl'usrr rlc son autorité pour faire'
emprisonner il la sacelle ccl auteur de libelles, qui le font tombC'r
sous le coup des lois contre rpoqJ.OUC1oypOCrpwv 2 • Le didascale cxerçaiL
donc un pouvoir prévu par la novelle ; il suffisait d'un rapport de
lui au patriarche et aux autorités civiles pour déclencher l'appareil
de la justice. Deux autres lettres de Tzetzès sont adressées il un
didascale tout court, rlont nous ignorons les attributions 3 ; c'est
aussi le titre d'un Constantin Psaltopoulos 4 ; ces didascales peuvent
être de même rang que le notaire patriarcal, diacre de la Grande
Église, qui signe en 1193 le certificat de copie avec le chartophylax.
Du point de vue juridique ou canonique, nous disposons d'un
témoignage de Balsamon. Il parle des didascales de la Grande Église
comme d'un collège, sans préciser les rapports hiérarchiques
internes. Pour lui, didascale de la Grande Église est une dénomi-
nation commune englobant tous les clercs dotés du même mandat
d'enseigner et prêcher au nom du patriarche; la position du premier,
le didascale de l'Évangile, celui qui reçoit aussi habituellement
l'épithète d'œcuménique, est tout à fait indéterminée. II est le plus
en vue parce qu'il enseigne la matière la plus noble, réservée par
conséquent à celui qui est censé avoir parcouru tout le cycle et
gravi tous les échelons 6 ; il ne s'emuit pour lui aucune autorité
sur un collège professoral, encore moins sur tout l'enseignement;
la chaire qu'il occupe est la plus cotée dans l'école patriarcale où
il enseigne et celle-ci ne doit pas différer beaucoup de l'école
Saint-Pierre, attestée à la fin du XIe siècle.

(1) En principe, cglise dr.s Saints-Pierrrs-el-Paul, à l'orphanotropheion : H. J A<'OIN,


Les Églises e/ les Manas/ères, Paris, 1953, p. 413; celle qui est près de Sainte-Sophir.
est dite uniquement dl' Saint-Pierre ou du Coryphr\e, au singulier.
(2) TZETZÈS, lettre 106, éd. Pressel, p. 94; commentaire dans Chiljades, 13, 3H9.
Tzclzès explique là ce qu'il entend par: xéÀe:ucro\l crcxy.e:À(mxL, lL~ IhuÀLcrcxL. Il a voulu
jouer avec le terme crCXXe:Àlcr-ri)PW\I (voir DCCANGE, Glnssarium qui enregistrr. sous
ce mot le passage des Chiliades) ; il demandait que la sacelle retienne ce diacre prison-
nier, comme le sakélistèrion, sac à couler le vin, relienL la lie. Il est donc probable
que le didascale est en fonclion dans le même établissement; mais le titre d'œcuménique
dans une lettre privée n'a rien de précis.
(3) Lettre 32 à un Étienne didascale; lettre 102 à Koterzès, lhenphileslalos didascale,
le prédicat signifiant un degré archonlique. L'intérêt des lettres 102 et 106 est rehaussé
du fait qu'elles entourent une lettre à Andronic Kamatéros éparque qui acC(ui('rL ce
titre entre 1155 et 1157, crs deux didasCllles sont donc contemporains du procès
de Sotérichos Panteugènos (janvier 1156), oi! plusieurs didascales furrnt mis en cam,' ;
cr. R. BROWr-;ING (Byz., L. 33), p. 13-14.
(4) H. BROWNING, ibid., p. 23. t:n autre, didascale du Psautier, le diHcrr .'1. notairp
Sergios, a composé un discours inédiL sur Jean Kamatéros patriarche: Alheniensis 96,
f. 316 v • C'est une titulaLure de fin du siècle (voir note 3, p. 75).
(5) Lirt' les remarques de R. Browning (lac. cit., p. 30-31) sur la canière de
Constantin Slilbès ; il est victime, à son sens, d'un passe-droit, parce qu'un autre fut
préféré pour le poste de l'Évangile. Sur le passage de Balsamon : ci-dessus p. 73, n ..1.
LOIS, DOCTRINE ET PHATIQUE DES XIe·XII" SIÈCLES 77
La mésaventure survenue il Basile Pédiaditès, du patriarcat de
Basile Kamatèros à erIui de Nicélas i\Iountanès, nous éclaire sur
des incidents ùe promotion l , A l'occasion d'une promotion généralc,
selon les propres tprmes de Basil<\ le patriarch<> ( le proclame
serviteur à part enLière des Écritures et le classe parmi ceux qui
sont inscrits au rang parfait, sans aucune diminution, en invoquant
l'Esprit Saint et en le marquant sur la tête du signe de la croix ~),
ordination qui signifie deux choses: capacité d'cxerc:er la charge
et possession enlière du rang. Que se passe-t-il ensuite? Vient la
lellre de nomination qui ne correspond pas au rite de promotion;
au lieu d'être promu titulaire, Basile avait une letLre de 7tEpvt",6ç.
Il sc compare donc à un soldat qui sert il ses propres dépens; la
réalité de la charge n'a pas suivi le geste et les paroles; l'écrit
de la charte n'est pas en accord avec la ercpPlXy[ç. Cet incident doit
être en rapport avec celui qui survinl à la même date à Léon
Balianitès 2. L'étude du curriculum de Constantin Stilbès fournira
un cas semblable, aveC des détails plus variés sur une carrière
enseignante de près dc vingt ans 3 • Conformément à l'intention de
l'empereur Alexis Comnène, ces didascales visent plus haut, de
leur propre aveu répété, que la carrière d'enseignant et passent à
l'épiscopat. Une statistique exacte est difficile à établir; je constate
que la plupart des auteurs enregistrés dans le Scorialensis y II 10
ont exercé un enseignement avant de devenir archontes ou évêques.
Des œuvres s'intitulent didascalies. Il en est qui sont de véritables
leçons inaugurales, remerciant le patriarche pour la promotion et
annonçant un programme; ce typc est représcnté par deux discours
cie Georges Tornikès<l, Dans le premier il rcmercie le patriarche

(1) Scorialensis )' Il 10, f. '27:)'. L'auteur dit qlle le patriarche lui est apparu
:comme le Chrisl aux cinq cents) : « l.l7t08pl')O'rijp& !J.E TWV rpo:ipwv civaxl')pu~:xç CXÙTOTEÀ'ij
xocL Toîç EV ~a6fL4'> TEÀe:t1p \.l7t0YPCXipEÜO'L ('-= uTtoypatpEîcn ?) O'Up:cxTcxTci~aç fLE EÀOCTTOUVTCX
TOUTWV fLl')8' OTLOÜII, EmxExÀl')(.LEIIOÇ TT,II X&pLV TOÙ II IIEu(.LaToç )(cx.1 InaupLx4'> T4'> T'.J7!1p E7!L
Y.EipClÀ'1JII (.LE O'l')(.LELwO'ci!J.Elloç ... wç Mo TOCÙTCl XELpoBETOU(.Lé:IIOU (.Lou, 7!poooÀ~v dç EVé:Pi'EtClV
xClL ETtL ~Cl6(.L4'> TEÀEL6Tl')TCX. li Mais il ne voit. pas la dignité réelle suivre les paroles
{I!J.l')8è "'Ii Etç E(.Lè O'ippClyi'8L "t'où II VEUfLClTOÇ, T'ii ipOOEp~ è:xeLvn XOCL oc18EO'L!J.Ip, T7jv EV T4'>
XeipTYl ypaip~1I Eip€TtO(.Ltlll')V etx6Àou6Cl> (f, '276). Browning (lac, cil" p. 21-22) a reconstiLué
ln carrière de ce Basile, ou du moins fixé un poinl de départ et le sort du personnage
qui dcvi~nt métropolite de Corfou; au poinl de départ, il fallait corriger le qualificatif
•AYL07!lXVTWII (<ldrnis aussi dans l/egesles, 1]68) en •AYLOTtauÀtTOu qui nous ramène
sans doute à l'l'cole Suinl-Paul. Quoi qu'il en soit de la cnrrière de Basile, avant et
après, l'incident rapporlé datl' ·de 1186, apfl'S ln chute du palriarche Basile Kamali~ros,
('2) H. BROW!'(I~G (Byz. t. 32), p. 180-181 ; loul son discours 1 est à voir de près.
(3) Lire le tilrl' du discours BarOl'ri. 2:), f. 27, cité par n. BROW:-ir:-iG ~Byz, L 33),
p. 26. Stilbrs se féliciLe d'avoir suivi la carril'I'l' enseign:mle en ligne continue et sans
sauls (XCXTcX O'UVtXELClV xat àVU7!EpociTwç) conll'uirr,me.nt au concurrent qui a élé promu:
ou8' ClUTOÇ 0 Tl')vLXaùTa O[XOUfLEVLXOÇ è:x 7tE:p_xorrîjç civax6dç Etç TO EùaYi'~ÀLOv.
(4) Textes dont l'édition est en l'oute : discours 2 et 7 dans lu description de
n. BROWNING (Bgz. L 33), p. 35.
78 APERÇU HISTOHIQUE sun L'ÉVOLCTIO:'I DES OFFICES

Cosmas de sa promotion au poste de didascale du Psautier, puis


il expose Ir conte'nu symbolique du Psautirr et il conclut rn invitant
les auditeurs à prendre le livre en mains. Dans le second, le plan
est le même: éloge du patrianhe et de l'enseignement évangélique;
à la fin, citation de l'évangile du jourl . D'autres discours sont des
homélies exégétiques, sans aucune allusion parfois à la présencC'
du patriarche. Celles de Jean Kastamonitès, en particulier, semblent
constituer un cycle dominical sur le thème de l'Apôtre et de
l'Évangile 2 , d'après les lectures liturgiques. Le groupe représente
peut-être un autre aspect de la fonction des didas~ales, celui
qu'envisageait en premier lieu la novelle de 1107, la prédication;
rien n'empêchait un didascale de joindre ce ministère à celui du
cours à l'école, d'autant plus que celle-ci attenait à une église.
Ces quelques témoignages, entre beaucoup d'autres que je
pourrais ajouter, me font penser que la novelle de 1107 n'est pas
étrangère à la floraison remarquable des didascales, au XIIe siècle.
De même que le prostagma sur les offices aménage l'administration
générale sans innover foncièrement, la novelle sur les didascales,
en créant un corps nouveau, parait offrir aussi des débouchés aux
didascales communs qui existaient auparavant. Mais je ne crois
pas que l'on puisse décrire cette institution en termes modernes
d'organisation universitaire, comme organisme d'État ou d'Église.
Il est clair que les études concernant l'enseignement supérieur, et
principalement l'enseignement ecclésiastique byzantin, n'ont pas
encore atteint tous les documents disponibles relatifs à la hiérarchie
enseignante. Au moment où des didaseales commencent à être
inclus dans la hiérarchie des archontes, se pose pour la première
fois en termes administratifs le problème de l'enseignement; or
rien encore ne permet d'affirmer qu'un didascale, fût-il œcuménique,
occupe au patriarcat la situation d'un recteur d'Université.
Du maïstor des rhéteurs je dirai peu de chose 3 • Le titre est
conféré par l'empereur, mais le titulaire siège avec les archontes

(1) Un troisième discours de Tornikès (BROWNING, 1. c., p. 35, nO 5), intitulé


nous apprend que l'orateur assure une suppléance pendant une absence
7tpOOL(-LLO\I,
du didascale; à la fin, il annonce l'homélie pour la fête du jour, la :"/ativité.
(2) Je crains que la carrière esquissée par R. Browning (Byz. 1. 32, p. 200-'201) nl'
soit fictive; rorateur ne fait pas allusion, autant que j'aill pu le constater dans ulle
première lecture, à sa carrière de didascale. Cne homélie sllr l'Apôtre ou l'Évangile
ne signifie pas nécessairement que l'auteur est didascalll CIl la matière; bien plus,
Kastamonitès, dans la première homélie sur l'f:vangile, se dit grammatikos du patriarche.
(3) L'étude de F. Fuchs, qui date de 1926, est actuellement à reviser sur ce point,
car il est loin d'avoir atteint toutes les sources. Comme pour les didascales, il faut
envisager les divers emplois possibles du terme rhéteur et préciser le statut du maïstor
des rhéteurs.
LOIS, DOCTRINE ET PHATIQUE DES XIe_XII" SIÈCLES 79

patriarcaux: ce statut juridique!, rendu possible et normal par le


caractère libéral de la fonction, est beaucoup plus net que celui de
l'économe, lorsqu'il était nommé par l'empereur. Nous trouverons
un cas analogue à partir du XIIIe siècle : le tiLre impérial de
nomophylax 2, passant régulièrcmrnt à un archonte ecclésiastique,
finit par perdre ses attributions séculières. Le cas du rhéteur est
une forme de cumul dont la pratique s'étend largement au cours
du XIIe siècle.

4. Cumul el {avorilisnll'.
Dans la seconde moitié du XIe siècle, une profusion de titres,
syncelle et kouboukleisios principalement, envahit tous les rangs
du clergé; toute cette titulature disparaît comme fumée dans les
premières années du règne d'Alexis 1 Comnène, sans que nous
sachions la part qui lui revient dans cette réforme ni les causes
exactes du changement 3 • Selon les normes canoniques le degré
d'ordination suffirait à qualifier un membre du clergé; la dualité de
titre s'impose lorsque les fonclions se diversifient dans le même ordre
comme c'est le cas normalement pour les fonctions diaconales.
L'archonte ajoute à son ordre sacré le nom de la charge spéciale
qui lui est dévolue. Mais déjà une charge devenue sans objet tend
à constituer un titre honorifique. Ainsi un diacre finit par inscrire
sur son sceau : diacre, kouboukleisios, clerc impérial et chartou-
larios"; comme il ne doit pas exister de chartoularios honoraire,
on se demande au moins ce que « kouboukleisios et clerc impérial )}
signifient, s'ils confèrent des charges normales et dans la même
ligne que les deux appellations principales. Pour détecter le sens
de tous ces cumuls, il faudrait connaître chaque fois la répartition
générale des deux hiérarchies, sacrée et civile, et la valeur exacte
pour l'époque du terme surajouté.
Cet exemple tiré de la sigillographie, où la légende du sceau
prend forme de titulature officielle et de signature, nous indique que
la principale source de trouble n'est autre qu'une intervention
impériale dans l'administration ecclésiastique ct, pour être juste,

(1) Témoignage de Grégoire Antiochos, cité par n. BROWNING (Byz. l. 33), p. lB;
extrait à compléter par celui gU'a publié P. WIRTH, «Zu Nikolaos Kataphloros.,
Class. el Med., 31 (1960), p. 212-214.
(2) Voir pp. 110 et 134.
(3) Parmi les diacres on rencontre encore un protosyncelle en IOM5 : Ac/es de
Xiropolamou 7, éd. Rornpaire, p. 67. Un autre cas, celui de Nicolas Doxapatrès, sous
Jean Il Comnène (?), me parait tl'ès suspect: Rev. des É1. Byz., 25 (1967), p. 293. La
disparition des titres est liée certainement aux difficultés flnanciéres du début du
rt>~ne d'Alexis l, qui provoquent aussi la réquisition des trésors sacrés.
(4) Sceau d'un diacre Basile: LAURE:'lT, Corpus, 67.
80 APEHÇU HISTORIQL:E SIm L'f:vOLl'TION DES OFFICES

une immixtion des clercs dans les charges séculières. Les respon-
sabilités sonL partagées, soiL que lE' pouvoir tiviJ ('onfl're é'l drs cIrres
des titres contraires à son état, soit que les bénéfieiaircs les aient
acquis par ambition ct s'en prévalent pour obtenir même dans
l'Église un rang disproportionné avec l'ordre sacré. Ainsi jugea-t-on
sévèrement des tentatives de Michel Cérulaire l , plus tard, de
Jean XIV Kalékas 2 , ct celle des métropolites qui voulaient siéger
plus haut que le rang de leur métropole, au tiLre de syncclle ; du
titre impérial, créé d'abord pour un archonte, naît un conflit de
préséance épiscopale causé par l'extension du titre. L'opinion
byzantine ne considérait pas cependant comme véritable cumul
l'attribution à un ecclésiastique de cc genre de titres. Après la
disparition des syncelIcs, la coutume renaît avec le tiLre d'hyper-
time, donné à l'origine à des laïques (Psellos, par exemple, au
XIe siècle) puis à des elercs 3. Le cas le plus significatif esL certaine-
ment celui d'Aristènos, hypertime avant même le premier
métropolite qui reçut cetLe distinction impériale, Nicolas
Hagiothéodoritès. Lorsque Aristènos est sommé, vers 1157, de sc
démettre de ses emplois séculiers4, il abandonne la charge de
dikaiodotès qui passe à un civil, mais il garde jusqu'à la fin son
titre d'hypertime. Ainsi donc, à toute époque, l'empereur peut
conférer ces titres aux clercs de manière légale; toutefois, à partir
de la fin du XIIe siècle, où l'on trouve quelque archonte hypertime,
le titre impérial donné à des archontes ne dépasse pas mégas.
Autre fut la réaction de l'Église devant les formes de cumul qui
entraînaient une confusion des juridictions et surtout la participa-
Lion des clercs à des fonctions séculières. Encore faut-il distinguer
les cas légalisés par la coutume eL le droit. Ainsi le maïstor des
rhéteurs, promu à son office par le pouvoir impérial, siège aussi
parmi les archontes paLriarcaux s , bien que d'autres fonctionnaires
importants, comme l'orphanotrophe et des économes de fondations
pieuses, ne soient pas admis dans cette hiérarchie, quelle que soit
la place qu'ils tiennent dans la société. Les emplois plus ou moins
entachés d'infamie, même pour des civils, sont naturellement

(1) PG, 104, 1081 D.


(2) Nicéphore GRÉGORA'i, Rist. 12, 10 :Uonn 606-607 = PG, 148, 820 C, 822 Cl.
CA~TA(;l:zf;:'H;, llis!. 3, 36 (Bonn II, 218, 15-20 = PG, 153, gOg B) ; US<lgc d'insignes
impériaux, d'l'ncre bleue, d'un couvre-chef à ornements dorr.s.
!3) l/egestes, 1127; V. Gll li r.1 EL, :\Iétropolitrs Hyperlimes ", Mémorial L. Pelil,
CC

Par'is, 1948, p. 158-16'2, avec la plupart des références utiles pour l'histoire du tilre
hypl'rlimf. Sm Irs querelles anlérieures autour du titre de syncelle, \'oir l'arlicle du
mèrnc auleur : (/leu. des) ÉI. Byz., 3 (Ig45), p. 94-98.
(4) Commentaire du canon 6 des Apàtres : PG, 137, ~5 D. Le lien avec J'acte
Regesles, 101~, n'est pas douteux.
(5) Voir les listes de 1166 cl Il 70, p. 529 el 530.
LOIS, DOCTHI~E ET PHATIQUE DES XIe·XlI e SIÈCLES 81

interdits aux clercs par les lois générales. Au XIIe siècle, par suite
du mouvement de réforme lancé à la fin du siècle précédent, le
problème se pose seulement pour certaines professions dont les
clercs n'avaient pas été exclus définitivement. Des décrets successifs
de Jean Agapètos, Luc Chrysobergès et Michel IIP rappellent les
lois générales; parmi les professions mentionnées figurent des
emplois attestés chez des clercs au XIe siècle : en 1085, un diacre
de la Grande Église, qui se dit encore protosyncelle, est pronoètès
du grand-duc 2 • A propos des actes de Luc Chrysobergès, Blastarès
cite le cas des médecins 3 ; selon lui, le diacre porteur de la tunique
liturgique s'abaisse en l'échangeant contre la blouse du praticien;
or, en 1049, Constantin diacre de la Grande Église, épi sékrétou
du patriarche, est en plus kouboukleisios (titre honorifique) et
archiâtre 4 • Les décrets du XIIe siècle portent principalement sur
les carrières judiciaires. Jean Agapètos interdit les plaidoiries et
fait porter son décret à la connaissance des tribunaux civils 5 . Luc
Chrysobergès donne une liste plus étendue ct s'en prend à la source
du mal: une coutume invétérée ct les exceptions introduites par
le pouvoir impérial 6 • C'est par suite de ce décret qu'Aristènos doit
abandonner le poste de dikaiodotès. Cependant le patriarche
revient un peu en arrière, lorsque les discussions provoquées par
son décret firent valoir que la profession d'avocat était plus
libérale qu'autrefois et ne comportait pas l'inscription dans une
corporation, comme au temps de Léon VI, ni une crrppc<y(ç conférée
au clerc par des laïques 7 • Ce sujet passionna certainement les
milieux ecclésiasbques, car, en 1171, on se demandait si l'inter-
diction concernait seulement les tEP<.ùfLÉ\lO~ (prêtres et diacres) et
si elle s'étendait aux lecteurs qui servaient «( hors du bèma B » ;

(1) Balsamon I('s réunit dans Ir commentaire de Nomoc. 8, 13 : PG, 10.1, 1089-
1092 ; et cano 16 de Carthage: PG, 138, 85-93.
(2) Actes de Xiropotamou, n. 7, p. 67.
(3) Syntagma alphab., K 32, éd. Rhallès-Potlès, Syntagma, 6, 343. llIastarès parait
attribuer la précision au patriarche Luc, mais c'est une glose personnelle.
(4) MM, IV, 315-316.
(5) Regestes, 999.
(6) Regestes, 1048. Bllisamon divise ces fonctions en 8'1)fl.o<HlXxcXC; 8ouÀdlXc; xlXL
1tpocrwmxcic; : PG, 104, 1089 B. Le texte du décret, qui prend valeur de lomos, énumère
les fonctions; xoupoc"t'opdcxc;, 1tpO\lO~cre:tC; otxW\I &.Pxo\lnxw\I ~ l''"lfl.Ci''t'W\I, 8'1)fl.ocr(w\I
Te:ÀW\I dcr1tpcil;e:LC; ~ xe:cpIXÀcxLw\I hltpw\I, 1) E:1;e:M:cre:LC; 1tÀO't fl.w \1 , il 81) l'lXl &\lcxypcxCPIXC; ~
ÀOY01tOLtCXC;, 1) xcxl hltplX\I E:\lltpye:tIX\I : PG, 138, 89 A.
(7) Regestes, 1099-1100, d'après Balsarnoll : PG, 104, 1092 A-B. Il s'agit du <ru~­
yop0C;; il devait suivre sans doute auparavant la même règle que les taboularioi qui
l'eçoivenL la crcppcxy[C; de l'éparque: Le Livre du préfet, éd. l'Iicole, Genève, 1893, p. 12
et 79-80 (= ZEPOS, JGR 2, p. 372, § 3).
(8) Regestes, 1119; texte dans Échos d'Or., 33 (1934), p. 310; noter l'expression
~;w Te:ÀOÙcrt TOÜ ~~fl.cx"t'oç, qui s'explique par le rituel: ci-dessous, p. 154-157.
82 APEHÇU HISTOHIQUE SUH L'ÉVOLUTION DES OFFICES

Michel III tranche par l'affirmative, chose remarquable et méritoir<'


de la part d'un patriarche moins indépendant que Lue du pouH)ir
impérial.
L'insistanee des paLriarches se justifie par l'étcndw' dl' la
pratique du cumul. Aristènos cumula toute sa vie des fonctions
civiles de nomophylax, dikaiodotès, et accomplit des missions
fiscales en province l • Nicolas Hagiothéodoritès, appartenant à la
famille bien connue des juristes, fut aussi probablemenL nomo-
phylax et certainement exisôtès au Péloponnèse; sa carrière parallèle
est couronnée par le titre d 'hypertime 2. Balsamon lui-même, qui
appuie avec complaisance sur les sommations faites à Aristènos,
accepte le titre de nomophylax; de son temps il n'était pas
honorifique et comportait un emploi plutôt séculier, se rapprochant
de celui du maïstor des rhéteurs. Le dernier mot dans la solution
de ces conflits revient presque toujours à l'empereur ct Balsamon
en donne la raison dernière : comme on invoquait les canons
Chalcédoine 12 et 17, In Trullo 38, contre les pouvoirs excessifs
de l'empereur, il oppose le canon Chalc. 4 et l'axiome que l'empereur
n'est pas contraint de se conformer aux canons 3 • Pour l'Église,
c'était une impasse et une barrière infranchissable. Néanmoins les
réformes d'Alexis Comnène et de Nicolas III assurent au corps
des archontes sa stabilité.
Dans la mesure où le cumul, le favoritisme et la vénalité des
charges sont corrélatifs, les empereurs et les patriarches émettent
des décrets concernant les droits d'ordination 4 ; du XIe au XIIe siècle
plusieurs textes réglementent le canonicon. La chancellerie n'était
pas à l'abri de la vénalité. Ainsi Nicolas l sévit contre l'ostiarios
du chartophylakion, qui exigeait un pourboire pour le retrait des
lettres; 1<' patriarche crut remédier au mal en attribuant au portier

(1) A. GARZY A, (, Encomio inedilo di Niceforo Basilace per Alessio Arislcllo ., Byzanl.
Fursch. 1 (1966), 92-114; je note s<'ulement l'expression caraclérisliquc p. 107,
1. 426-7 : ~ulle7!lxoo!ler (Aristènos, par sa douhle Litulalure) 'to !lÈ:II ~ij!loc T'ii 7rDÀt'te(q;,
't7)V 8è 7toÀtn[ocv 'Tc7> ~1]!J.C'L'TL . xoct Othe 'T'1]1I txxÀYjo[ocv (i'TtoÀlnu'tov etocoell, othe 'T'1]v
7toÀtn[ocv 7tocpijxev ocII[epov. Un témoignage de Prodrome alteste une mission an lérieure
en Hellade.
(2) La monodie inédile d'Eustathe de Thessalonique (Scorialensis)' Il 10, f. 34-37)
donne les divers titres du personnage en termes relevés qu'un annolateur (, traduit.
en prose: 'TOII tmÈ:p 'T'1]V xoc6' ~!liiC; 'TL!l~1I (mg. opoc ... 'TOV lmtp'tL!J.oV) ; 7tpo1j8peue 'twv
ÀOYLO'TWVeùocywc; (mg. OCV'T1 ÀOya.pLOCO'T'1]i:; ~v 'TWV eùa.ywv oexpt'twv); 't0: 'T'"Ïji:; i~towoewc;,
~II ~ 'TOÜ IIÉÀo7toC; 111joOC; ù!lver, ~II ix ~OCOtÀÉwç ocù'tàç 7!lo'tw6ek .. (mg. 07tWC; ÈyÉve'To
i~LOWn,i:;). Malheureusement tous les discours de ce genre n'ont pas trouvé leur
annotateur.
(3) Conclusion typique du commentaire de Carlh. 16 : PO, 138, 93 A-C.
(4) Regesles, 808, 851, 880, 942, 1118. Regesten, surtout 944 el 1127 (sous 1<'5
Comnènes).
LOIS, DOCTIUNE ET PHATIQUE DES XIe·XlI e SIÈCLES 83

une pension annuelle!. Mais Théodore de Nicée, ycrs Il' milieu du


xe sirrlf', atteste la survivance de cette coutume; certains employés
de la chancellerie exigeaient un versement proportionné à l'état
de fortune du monastère hénéficiaire d'un acle 2 • Sous le patriarch('
Théophylact(', toutes les charges étaient d'ailleurs mises aux
enchères. Les actes relatifs à ces sujets ne sont pas faciles à inter-
préter, car nous ignorons trop de détails sur la rétribution des
archont('s et du clergé 3, Les désordres, en tout cas, se produisent
en plusieurs points: simonie proprement dite ou trafic des titres
d'ordination, peu attestée à partir du XIIe siècle; insuffisance et
instabilité de la pension, traitement délivré en espèces ou en
nature (roga)4; pourcentage sur les actes émis par les bureaux
((jUV~6ZLOC). L'archonte tire son revenu de la pension et des taxes 5 ,
En novembre 1093, à la fois par esprit de justice et par opportu-
nisme, en vue de se concilier cette partie importante du synode
composée d'évêques orientaux privés de leur diocèse, Alexis
Comnèno admet que ces évêques touchent en compensation les
revenus d'une charge antérieure 6 , La mesure concerne plutôt une
seconde génération de cet épiscopat, ceux qui, incertains de pouvoir
gagner le diocèse, hésitaient à accepter le joug du sacerdoce
suprême; en conséquence l'empereur leur permet de toucher les
revenus attachés à des charges (higoumène, économe) et des
adelphata. Mais il spécifie que les archontes et le clergé de la
Grande Église ne sont pas autorisés par ce décret à exiger même
avantage. Plus tard, Alexis Comnène établit un traitement pour

(1) Regesles, n2-733 .


. 2) .J. DARROCZI'-:S, F:pisloliers byzanlins du .Xc siècle, Paris, 1960, p. 264-266.
:3) \'oir l'exposé de E. HER'IIA!\", (l Die kirchlichen Einkünftc des bY7.anLinischrn
Niederklerus », Or. Chr. Per., R (1942), 378-142. L'un des lextes importants encore
inédits (Regesles, 798; HERMAN, p. 390) mériterait une étude, de même que le discours
d'Eustalhe de Thessalonique édilé récemment par P. WIRTH, dans Byzanlion, 36
(1966), 262-282 (plus une note dans Byz. Forsch., 2 (1967), 380-382) ; ce discours roule
tout entier sur un pa sse-droit qui prive Eustathe des avantages de son titre.
(4) La roga ùu clergl\ nr semble pas adopter la forme de rente étudiée p<lr
P. LEMERLF, (l Baga et rente d'él:ü aux XC-XIe siccles', Heu. des Él. byz., 25 (1967),
77-100. Mais peut-être, de ce point de vlle, faudrait-il reconsidérer par exemple l('s
::lCcusationscontrt' le partriarche Théophylacte émises par les chroniqueurs: KÉDR~:NOS­
SKYLlTÛ:S (Bonn, Il, 332, 12 = PG, 1'22, 68), THEoPH. CO:'iT. (Bonn, 444 = PG, 109,
,161 Cl. Il ressort en pfT.,t de divers témoignaf\es Clue, pOlir l'État byzantin, vente et
achat de charges nc sont pas nécessairement synonymes de vénalité, mais pratique
légale et réglementée.
(5) Il n'y a pas d'étude mdhodique sur l'emploi de divers termes relatifs aux sources
de revenus des archontes du clprgé ; 8~&:pIOV, XClV(GXIOV, xa;vov~x6v. (LlJVClrCl, p6yCl,
G~TI)p1)GIOV, GUV1;OE~Cl, "t"p&:7tE~Cl. Pour Balsarnon la dignité d'archonte se distingue du
titre d'ordination par le fait qu'elle constitue un revenu, 7tOp~G!J.(;)v à.cpop(L1): PG, 137,
73 A.
(6) Iiegesten, lIn; JGR, ZEI'OS, l, 325-326.
84 APEUÇU HISTORIQUE sun L'ÉVOLUTION DES OFFICES

les didascales et nous trouvons dans le décret qui les concerne la


distinction capitale enLre ËfLooc9fLoÇ ct .. ~pLcrcr6ç, fondée, uniquement
pour les fonctionnaires, sur la différence du droit à la rétribution l .
Durant tout le XIIe siècle, le "t'É.ÀE~OÇ ~oc9fL6ç signifie pour un
surnuméraire l'accession à la charge à traitement plein, et pour
un titulaire, l'accession au poste le plus élevé, ou du moins à un
échelon intermédiaire qui procure un revenu supérieur: ainsi Lous
les didascales du Psautier et de l'Apôtre enviaient le sommet
représenté par la chaire de l'É'vangile et rêvaient de boucler ce
cycle, afin de parvenir ensuite à une charge et à l'épiscopat2.
Parmi les charges archontiques, certaines, malgré leur rang
honorifique, étaient peu recherchées, parce que moins productivcs ;
ainsi lc hiéromnèmôn par rapport au prôtekdikos 3 •
Comment était rétribué le m:pLcrcr6ç, surnuméraire, qui se plaint
parfois de servir à ses dépens, comme certains soldats? En plus des
honoraires du servicc liturgique dans l'église, où chacun pouvait
officier comme ministre du culte, il semble quc les bureaux
rétribuaient des employés d'après le pourcentage des actes et des
taxes. On voit, en effet, que les préférences des candidats se
portaient, au début du XIIe sièclc, vers le bureau du skévophylakion.

(1) Regesien, 1236; JGR, Zrwos, l, ::l55-356; à la p. 355 (dern. ligne) il faudra
lire sans doute ei;w6ou[.Ll>Voç, au lieu de f307J6oo[.Ll>Voç; c'est le clerc écarié du ~cx6[L6ç
qui est dépourvu des avantages de la roga. Au début du § 1 (p. 353), où les termes
~[Locx6[Lo~ - 7t'eptcrcrol sont définis par rapport au traitement hiérarchisé, on voit que la
règle d'avancement concerne Lout le clergé de Sainte-Sophie eL pas seulement les
archontes. L'empereur légifère en faveur de Sainte-Sophie au même titre que son fonda-
teur et les empereurs successifs; l'extension de la loi à la province n'est signiliée qu'en
termes très va~ues, en finale de la novelle. Balsamon confirme indirectement le droit
impérial sur le classement des offices en titulaires et snrnuméraires; à propos de la
novelle 3 de Justinien, qui réservait à l'empereur le droit de casser une nomination
de surnuméraire par le patriarche, il se contente de dire que ce cas particulier ne
compromet pas l'autorité générale du patriarche; voir PG, 137, 1309 B, 1312 A :
ù7t'Ép6e'Tov xÀ7JpLx6v, {mepcxpL6[Lltûv XeLpO'TOVL&V.
(2) J'ai cité un passage de Constantin Stilbès sur la significa tion de didascale
œcuménique (p. 68, n. 4) ; il faut lire tout ce discours et d'autres pour voir que ces
déclarations pompeuses signifient autant le désir secret d'un traitement supérieur
que l'ambition de réaliser un programme d'études. Plus réaliste encore, Basile
Pediaditès, dans le même contexte dont j'ai cité un extrait (p. 77, n. 1), dit à propos
du titre de 7t'ep~'t"t'6ç qui lui revient malgré la crqlpiXylç: «' AyiX7t'~ ycip 't'~ç ev't'cxü6cx
't'o &P't'~ov, 'l"7jv xÀ1jcr~v 'TOÜ 7t'ep~'T'Toü 7t'CXPcxyxtûv~Ç6[Levoç wç &.6p~cr't'ov . &.'t'pOY"l't'oç yà:p
cxih"7J tcr'TLv • où8tv 'TL xcxp7t'lÇe't'cx~ Ô 't'cxo'OJv xcxÀoo[.Levoç .,. ~1~ 't'lç w~ÉÀe:~cx Év 'Tcïi É7t'~­
xexÀ1j<J6cx~ i][Liiç 't'&v Ù1t'7)pE'TOOV't'tûV Év 't'cx"iç rpcx~cxi:ç oclleu 't'OÜ EV'TE:ü61>V 7t'pocrtû~eÀ1)[.Lcx'Toç,
<J'Tpcx't'euO[LÉvouç t8lo~ç 't'oi:ç bljJtûvlo~ç XCXL qlOp[.LLÇOV't'CXC; occr~'TCX ;. Scorialensis l' Il 10,
f. 276. Aulre délail qui précise la siluaLion de ce didascale : il est qualifié Àoy~w't'cx't'oç
comme les simples notaires; c'est leur épithète dans lu liste de llü6 (lexle, p. fJ29,
nO 14).
(3) PG, 138, 141 C : 7t'ptû'Téx8LxoÇ t>v, ou eÉÀe~ 7t'pOO~ocxcre1jvCXL dç !epo[Lv1)[LOvcx 8~à:
't'à &xep8eç 'TOÜ àqlql~XLOU.
LOIS, DOCTRI~E ET PHATIQUE DES XIe·XII e SIÈCLES 85
A deux reprises on doit sévir contre un traflc d'échange; sous
Nicolas III, on oMenait par permutation Ips postes de chartulaire
et le patriarche interdit la pratique!. En 1145, on avait tourné le
décret en reportant sur les places de surnuméraires Cm:p~crcroL) la
réservation et la permutation qui s'opéraient auparavant jusqu'aux
postes de titulaires (~(.LOiXe(.Lot)2; on ne voit pas très bien, d'après
l'acte, quel est le mécanisme exact de cette permutation 3, qui
changeait surtout le rang d'avancement, mais on constate que les
grands personnages de l'Église ct de l'État s'arrogent un certain
droit sur ces postes réservés à leurs fils ou il leurs neveux. Vers
la même date, semble-t-il, des notaires, subordonnés par conséquent
du chartophylax, réussissent à pénétrer aussi dans cc bureau et
s'intitulent chartulaires 4 ; ce cumul des deux fonctions n'apparaît
pas à d'autres époques ni dans les sceaux,
Il y a un rapport entre le favoritisme et le cumul. Ce sont en
général des membres de la famille impériale qui obtiennent des
privilèges; peu cependant, à l'exemple d'Adrien Comnène devenu
Jean de Bulgarie, se tournèrent vers la carrière ecclésiastique. Les
patriarches les plus intègres admettent des membres de leur famille
et favorisent nettement leur avancement, tandis que des archontes
de tout grade, désignés par la périphrase 6 'roi) (plus le nom du
siège épiscopal), doivent le leur à la protection d'Un oncle ou d'un
père. Il se peut que ces candidats soient en même temps les plus
vertueux et les plus savants, les plus dignes de la charge selon
l'exigence de la loi; mais c'est également un signe que ni le pouvoir
impérial, ni le pouvoir patriarcal ne purent éliminer toutes les
occasions de vénalité. En particulier, dans le secteur de l'enseigne-
ment, où l'on parle au début du siècle d'un système électif, il
semble bien que la nomination des archontes de haut grade ne
dépendait que de la volonté du patriarche, La situation des

(1) flegesles, 993 (connu uniquemenl par l'aele poslérieur, na 1019, qui le ciLe).
(2) Regestes, 1019. Le lerme èvcxÀÀocyTj qui désigne le mode de trafic figure dans
la novelle d'Alexis Comnène sur les litres auliques, parmi d'autres: rrpoacxyye:Hcx,
e:(jVOLCX, èvocÀÀcxyfj, 8<>.lpe:ci, qnÀo't'LIJ.tCC ... 1] l/JuxLx6v; JGH, ZEPOS, 1,350 (Regeslen, 1165).
(3) L'acte nous apprend surtoul que les rre:pLaaOt, malgré leur situation précaire,
sont déjà inscrits sur un rôle, comme le dit la novelle de 1107 : cirroye:YPcxIJ.IJ.&VOL
umipxouoL, XCXL 8ouÀe:UOUOL T'ii 'Exy.À'Yjo(~ (ZEPO<;, 1, 353). La cession de cette place
d'attente introduisait dans la filière un nouveau venu qui retardait l'avancement
des suivants. Le patriarche Anloine (Regestes, 798) sancliQnne un trafic dans les services
hebdomadiers de Sainle-Sophie, qui interdisait l'accession aux charges des clercs
dépourvus du capital sulTisant. Nous avons sans doute là une analogie avec la roga-
rcnle, attestée à l'époque (ci-dessus p. H3, JI. 4). La vogue des charges du skévophylakion
tenait. à la prospérité de ce bureau; ceux qui retenaient et échangeaien t ses titres
de charge avaient la certitude de faire fructifier l'avance de fonds.
(4) Lisle de signataires citée p. 380, n. 6; p. 519, n. 2.
86 APEHÇU HISTOHIQllE srn L'ÉVOLUTIO:'I DES OFFICES

didascales se dégrade d'ailleurs vers la fin du siècle; les professeurs


commencent cl sr plaindre ouvertement dr l'arbitraire et l'on voit
des didascales cumuler une charge de notaire 1 • Vers ceUe daLe
commence à se vérifier la réflexion d'un rédacteur de liste: :-;rlon
lui, les didascales n'ont pas de rang propre; ils cumulent le tiLrr,
devenu peut-être honorifique, avec un autre, au rang duquel ils
siègenV. Malgré le prestige du logos, la hiérarchie enseignante
traîne loin des rangs archontiques, bien qu'elle soit cn principe la
plus noble et la plus libérale, ou peut-être à cause de cria, et parce
que le véritable didascale est l'évêque.

5. La doclrine de Balsamol1.
Les commentateurs classiques des canons n'ont pas laissé de
traité spécial sur les archontes, encore moins un inventaire de leur
hiérarchie. D'Aristènos à Balsamon, en passant par Zonaras, le
commentaire s'étotTe et s'enrichit de notes plus précises: le premier
est négligeable pour cette étude, Zonaras resLe très sobre et
généralement abstrait, mais Balsamon revient plusieurs fois sur des
définitions importantes et sur des questions d'actualiLé. En plus
des opinions qu'il émet sur l'appartenance des archontes il la
hiérarchie et sur les prérogatives de ceux de la Grande Église, il
est l'unique témoin d'un conflit de juridiction entre le chartophylax
et le prôtekdikos, à la fin du siècle. L'état général de ces commen-
taires nous suggère que la place des archontes, officiers de l'Église,
dans les cadres hiérarchiques n'était pas encore bien définie du
point de vue canonique, non plus d'ailleurs que d'autres notions
théoriques du droit d'ordination. La doctrine de Balsamon lui-même
se constitue par petites retouches; des positions antérieures sont
rectifiées par des interprétations nouvelles qui ne figuraient pas
dans une première rédaction 3; par endroits aussi, Balsamon
introduit dans le commentaire de Zonaras des Lermes et des notes
qui signifient l'évolution de la pensée, cL souvent, sous la pression
de la controverse publique 4 •

(1) Dans une liste de signataires de 1193: voir p. 75, n. ~.


(2) l\"olice G, note de la recension Mosquensis: t('xt<', p. ;>50 ('28-'29\.
(~) Citons seul<'ment le cas relevé par Bevl'ridge, donl la Ilote est rl'produitl' da)J~
l'G, l:n, 53U n. 18); il est fo.t probable que cc 07)fLe:lwocu est ajouté par Balsamon
au moment où, devellu patriarche d'Antiochr et contraint dl' ré'sider il Constantinople,
il avait bpsoin de l'appui de cc canon pour exercer il son tour le privili'gc d'ordonner
hors de son diod·sl'.
(4) l'\ous trollvons des 07)fLdwocu, par ex. ùans Chalc. 'l, (;arlh. 34, Basile 51 ;
é't'Épa: è:P!-L1J"eLOC : Apôtres 17 (PG, 137, 72). Dans le Sinailiws 1117, tou t un gl'oupe
de ces notes l'st copié à part et n'est pas encore intégré dans le corps du comnH'lItairl';
mais il s'agit peut-être d'omissions réparées par un réviseur.
LOIS. DOCTRINE ET PRA TIQUE DES Xle·XII e SIÈCLES 87
a. Questions de terminologie.
L 'une des préoccupations essentielles ùe Balsamon est de faire
entrer en corps les archontes dans le cadre hiérarrhique des ordrr::;
sacrés, de sorte que leur rang et leurs prérogativrs soient définis
de la même façon, c'est-à-dire par les mêmes canons. Prenons
l'exemple typique du commentaire de Chalcéd. 2, et mettons rn
parallèle les divisions qui s'ensuivent chez Zona ras et Balsamon1 .

i Chalc. c. '2. Zona/'as Balsamon


1----,-----1--------- ----------1
i 1 XE~pO'TO\lljo"o~ : 1 XE~pO'O\lOUflE\lO~ i1 Xe:~po't"O\lOÜV'TCU
a) évêl.(ue, chorevêque, les mêrnt's commt~ Zonaras
prêtre, diacre.
1)) ou autre clel'e. + sous-liber'!'

112 o"epplXy~~6flE:VO~ j'2 aeppocyt~o\l't"IX~ :


, lecteurs, chan ll'es Pl sl'm-I lecteurs, chanlrl:s, archoll-;
: blalJ/l~s 1 les el autres :
i '
1'27tPOOcl:ÀÀOL'TO 13 7tpoocxÀÀ6flE:VOl 1 3 7tpOOcl:ÀÀO\l'TCXl
1 . économe, ekdikos, par'a-! les mêmes ! économes, chartillaires,
rnonal'ios. paralllonarioi

Par rapport au texte du canon, le terme nouveau creppO:Y~~E:LV


s'impose avec une force progressive. Les deux commentateurs
admettent que la creppo:yL:; est encore une imposition des mains :
XE:lpOae:(j(O: chez Zonaras, XE:lPOTOV(O: chez Balsamon, mais ni l'un
ni l'autre ne souligne que la terminologie du canon ne correspond
plus à celle du XIIe siècle. Cela devient très sensible dans le texte
de Balsamon ; il dit que la r.pooo),ofj sc distingue de la crepPO:Y~C; du
fait qu'elle ne comporte pas une imposition des mains; mais en
inscrivant les archontes ùans la catégorie des « consacrés », il
ne dit pas en quoi consiste la promotion de l'économe dans la
dernière catégorie, où il remplace aussi l'ekdikos par le chartulaire.
Cet exemple fait ressortir une difficulté particulière du vocabu-
laire canonique et juridique grec concernant les ordinations.
Plusieurs termes ont un sens polyvalent, parce qu'ils désignent
tantôt l'opération globale, tantôt le geste rituel ou la phase la
plus importante; ainsi XE:LPOTOV[O: et ses dérivés peuvent inclure
toute l'ordination, ou ne signifier que la seule imposition des
mains, au point qu'un officier civil peut être dit « ordonné » par
l'empereur ou son supéricur 2 • Les deux commentateurs écartent

:1) PG, I:n, 38;/.


(2) Dans ce sens on emploie plus COUl'urnmen l : aeppcxylç, 7tpoooÀ1), 7tpocxywy~, 7tPOxe;[-
88 APEnçu HISTOIIIQUE sun L'ÉVOLt.:TIO~ DES OFFICES

expressément une division xs~po"t'O\l((x - Xë:Lpûf.bj(lX, la première pour


les ordres majeurs (à partir du diacre), la seconde pour les ordres
mineurs, que des manuels modernes proposent comme classique l .
Le terme Y..À"tIfHX6C; prend également une pxtrnsion variablp,
suivant qu'il désigne tous les ordres inférieurs il. l'épiscopat, ou
bien seulement les ordres mineurs inférieurs au diaconat 2 • Dans le
second cas, nous retrouvons la distinction qui sous-entend le
partage des membres du clergé en deux classes suivant le rite
d'ordination : LSpWf.L~\lO~ (tSplX"t'LXOL), de l'évêque au diacre ; Û"YlP~xo(
les inférieurs, y compris généralement le sous-diacre 3 • Cependant
nous verrons couramment des prêtres, au XIVe siècle, ajouter à
leur signalure le titre de xÀ'tjpLx6c; pour signaler leur appartenance
au service de la Grande Église; tel est aussi souvent sans doute
le sens de ~lX(j~À~xàc; XÀ"YlPLXOC;4. Suivant sa tendance personnelle,
Balsamon accepte l'équivalence entre degrés de cléricature et
degrés d'ofIice par l'emploi des termes XÀ"YlpLXOC"t'lX = OCPXO\l1'(X~lX,
Ocpcpb<LlX OCPX0\l1'[XLlX = OCÇ~Wf.LlX"t'lX 8LlXXOV~XOC5. Elle est valable en ce
sens que tout archonte doit appartenir au clergé; en tant que
définition, elle brouille les notions d'ordre sacré et de répartition
des offices qui n'ont pas même origine juridique ct historique.
La pétition de principe latente dans la théorie est mise en lumière
par l'emploi contradictoire du terme ~lXef.LOC; : degré d'ordre ou
échelon administratif. D'une part le canoniste condamne comme
abus de langage le fait d'appeler ~lXaf.L0[ les ofIices ecclésiastiques
des archontes; au sens propre, les degrés sont représentés par les
prêtres, diacres, sous-diacres, lecteurs; et il ajoute que les archontes

PLcr'.Ç et verbes correspondants. Je me demande qucls sonL, chez les Byzantins, les
~'vrais théologiens et les puristes ", dont on a dit qu'ils savaient faire la distinction
entre Xe:Lpo't'o\lllX et Xe:Lpo6e:crLIX : A. VOGT, Livre des Cérémonies, Commenlaire, II,
p. 12, note.
(1) La distinction entre cheirotonia et cheirothesia est très confuse dans les sources
canoniques et chez les auteurs modernes. Zonaras admet l'équivalence des deux
termes: 't'oùç xoct Xe:Lpo6e:crLIXV ~XOII't'OCÇ, ~'t'OL XELPO't'OV(IX\I (PG, la8, 740 A). Yoir cepen-
dant DUCANGE, Glossarium, 1745 (Xe:Lpo't'ovloc), et les remarques de J. KOTSONIS sur
le canon 19 du premier concile dans Rev. des ÉI. byz., 19, 1961, 189-197. Je ne pense
pas que la distinction soit aussi forte que l'admet N. ~lILACIl, Tà €l<)(À"1jcrLlXcr't'~l<àv
8ll<IXLDII TIjç 6p6086~ou &'VIX't'OÀL)(7jÇ €)()(À"1jcrLIXÇ, Athènes, 1906, p. 380. Pl. de l\IEESTER,
De monachico statu, Rome, 1942, p. 238; d'après les cilations d(' cc dernier, la distinction
est Lri's en vog-ue chez les canonisLes slaves.
(2) Nomoc. l, 31 : PG, 104, 1016-1017. CHRYSANTHOS ;'IIOTARAS, ~uYTocYf.LchLOV
(éd. 1778), p. 2-3, souligne la relativité du terme.
(3) PG, 137, 777 B. Balsamon dOnne généralement au salis-diacre un rang plus
élevé: voir Lauleau, p. 87 ; en pralique, il Ile semble pas qu'il étail considéré netlemenl
comme te:PWf.LÉIIOÇ.
(4) Voir p. 42, Il. 2.
(5) PG, 137, 540 D; 138, 740 A.
LOIS, DOCTRINE ET PRATIQUE DES XIe·XII e SIÈCLES 89
détiennent une dignité qui est en même temps source de revenus l .
Ailleurs, au contraire, la parité entre les deux, office et ordre, est
acceptée comme allant de soi, parce que les uns et les autres sont
conférés par même rite, la <JcppiXY(C;. L'intention du commentateur
est claire; il s'agit par là d'assurer aux offices une amovilité
comparable à celle des ordres sacrés.
La difficulté principale porte donc sur le rite de l'ordination et
sur le mode de collation des ordres et des offices. Ici encore il faut
mettre en parallèle trois passages significatifs du commentaire,
qui font ressortir à la fois la pensée du canoniste et la distorsion
du vocabulaire ancien 2.
Cha/co 2 : trois classes à partir du rite.
XE~pO"t'ovoi)v"t'oc~ évêque, chorévêque, prêtre, diacre, sous-diacre.
arppocy[~ov"t'oc~ : chantres, lecteurs, archontes et autres.
7t'pOOcXÀÀOV"t'iX~ : économes, chartoularioi, paramonarioi et autres.

In Trullo, 77 : deux classes ou dénominations par rapport à


l'autel (~'Yi(.Loc).
tEpw(.LévOL (tEpOC"t'LXOL) = ai "t'ou ~~(.Loc"t'oc;, XELP0"t'OVOU(.LEVOL : de l'évê-
que au sous-diacre.
XÀ"tlPLxot, &~W "t'oi) ~1)!J.iX"t'OC; : lecteurs, portiers, etc. Les moines
sont inclus dans cette catégorie, s'ils ont reçu la acppocy[c; épiscopale;
par là, nous comprenons que toute cette classe accède à la clérica-
ture par le même rite.
Basile, 51 : distingue ~iXe!J.6c; et &:XELpO"t'OVY)"t'oc; ù7t'"t)pEatiX sans plus.
Balsamon (après Zonaras) ne part pas de la même opposition entre
degré d'ordre et service non conféré par rite sacramentel; il
distingue de nouveau
XELpO"t'OVLOC : prêtres, diacres, sous-diacres.
mppocytc; : lecteurs, chantres, théôroi et semblables. Le sens
technique de ~oce(.Ltc; h:poc1'Lx~ et kpw!J.évoc; réapparaît, lorsqu'on
refuse ce degré hiératique au lecteur et l'accession au chartulariat
du non-consacré 3.

(1) L'usage du tcrme ~cxe(.L6ç dans la novellc dc 1107 recouvre la même amphibo-
logie; voir p. 73. Balsamon dit : xup(,)ç yocp ~CXe(.LOL ô 't'wv !e:pé(,)v XCXl 't'wv ~hcx­
x6v(,)v XCXL 't'wv Ll7to8Locx6v(,)v XCXL TWV eXVIXYV(,)O"'t'WV ecr't'L . 't'oc 8~ 0CPCP[XLCX xcxl 't'eX eXPXOV't'(XLCX
TL(.Lcxt e:lcr~ XCXl 1t0PLcr(.LWV licpop(.LcxL : PG, 137, 73 A. Les offices sont donc ~CXe(.Lo( par
abus : XIXTCX)(p1)crTLXWÇ.
(2) Textes: PG, 137, 385, 040; 138, 740 A.
(3) Sens du début de la réponsc : PG, 138, 737 D; le lecteur n'a pas accès au bèma
parce qu'il n'est pas de la classe «hiératique ~; le chartulariat n'cst pas accessible
à un diacre déposé, du fait que celui-ci a perdu son rang sacré, selon la théorie que
l'on applique pour déposer le patriarche Mouzalôn; voir J. DARROUZf.S, J)o:umenls
inédits d'ecclésiologie byzantine, Paris, 1960, p. 69-71.

A
90 APEUÇU HISTOlUQUE SUR L'ÉVOLUTION DES OFFICES

Le critère constant pour le canoniste reste donc la distinction


rituelle entre XetpOTOV[OC et creppocy[c;. Les deux termes prennent une
signiflcation assez arbitraire qui ne correspond pas exactement
aux rites liturgiques. Dans toute ordination, du lecteur à l'évêque,
les deux gestes sont accomplis par le consécrateur : signes de croix
(creppocytc;) et imposition des mains (XetpOTOV[OC ou xetpo6ecr[oc).
Lorsqu'il s'agit d'interpréter mppocy(c;, un certain flottement se
produit; tout en admettant que le rite n'est pas distinctif, on en
vient cependant à lui attribuer une valeur discriminatoire et à
laisser complètement dans l'ombre la déflnition du service auquel
on accède sans imposition des mains et sans la creppocy[ç qui l'accom-
pagne. Autrement dit Chalc. 2 et Basile 51 admettent une promotion
régulière, par ordre oral ou écrit : la 7tpoôoÀ~. Il est évident, par
exemple, dans la promotion du patriarche par l'empereur, que
l'acte juridique ne peut se confondre avec le rite sacré, puisque
le premier vient de l'empereur et le second des évêques
consécrateurs. Au niveau des archontes, Balsamon ne parle
qu'incidemment des piLtakia par lesquels les évêques procédaient
à des nominations pour certains offIces!. Un contemporain, faisant
appel au même règlement qui concerne les lecteurs mariés, propose
la distinction creppocYtC;-ÏopoooÀ~ sous une autre forme et parle d'une
prise de fonction 8tà: creppocy~8oc; et 8~à: cruyypocep1jc; 2. Il s'agit seulement
de clercs mineurs qui, inaptes à recevoir les ordres supérieurs,
sont transférés d'une fonction à l'autre par écrit. Mais, de son
côté, un diacre passant d'un offIce à un autre et confirmé dans sa
charge par crrppocytC; devait recevoir également un écrit et nous
avons vu, à propos du didascale Basile Pédiaditès, qu'il ne corres-
pondait pas toujours au riteS; chose impensable, si la creppocy[c;
constituait le premier et unique moyen de la collation des offices.
D'une manière générale l'instrument écrit et juridique passe au
second plan chez les canonistes, et l'investiture rituelle prend le
pas sur l'acte de chancellerie. Déjà, peut-être, cette insistance sur
la crrppocy(c; et la distinction avec XEtpoTov[a signifient une évolution
dans la liturgie elle-même. Comme nous n'en trouvons pas trace
dans les Euchologes à une date correspondante, la tradition
liturgique sera étudiée plus loin. Ce que l'on appellera, dès le

(1) PG, 137,73 A : un lecteur remarié ne peut plus accéder aux ordres supérieurs;
il reçoiL des posLes de domestikos eL laosynakLès par pitLakion.
(2) Lettre de Georges Tornikès, lorsqu'il était hypomnèmatographe. Il répond au
métropolite d'ALhènes qui lui demande s'il peut transférer un lecteur remarié dans
une autre église. Tornikès répond que la chose est possible, si ce transfert n'exige
qu'un ordre écrit (lhiX cuyypcxcpljç) i si une ordination (8LiX crcppcxyi:8oç) était nécessaire
(par exemple l'ordination diaconale), la promotion est impossible.
(3) Voir pp. 77 et 84.
LOIS, DOCTRINE ET PRATIQUE DES XIe·XlIe SIÈCLES 91

XIIIe siècle peut-être, la !-L~xpd: O'eppocy[ç\ existait probablement, au


XIIe et avant, sous forme équivalente; pour le moment, ce rite
n'est attesté que dans le rituel du XIVe siècle et dans le commentaire
de Syméon de Thessalonique.
b. Préséance des archontes patriarcaux.
La plupart des notes de Balsamon se rattachent à des canons
portant sur les problèmes de préséance et d'avancement dans le
clergé 2. A cause de toutes les imprécisions qui pèsent sur les
termes XELpOTOV[OC, O'eppocy[ç, ~oce!-L6ç et r.p60Àl)O'LÇ, la science canonique
ne pouvait élaborer une doctrine tout à fait harmonieuse; tandis
que les canons se tournent vers le ministère sacré et définissent
la place des ministres par rapport à l'autel et à une tradition
apostolique, les canonistes se trouvent devant une hiérarchie
administrative augmentée par les siècles et ordonnée pour des
services extérieurs. Ainsi les canons Nicée 18 et In Trullo 7 parlent
explicitement des empiétements liturgiques autour de l'autel et,
dans le second, nous voyons que la prétention des diacres s'appuie
sur la possession d'un office jugé supérieur 3 • Selon Zonaras et
Balsamon, la différence entre les sanctions imposées, d'un concile
à l'autre, s'expliquerait par le fait que le second vise des empiéte-
ments extra-liturgiques, en dehors des cérémonies; mais ce n'est
pas le sens premier du texte, du moins le canon n'explicite pas
le genre de préséance usurpée par les diacres ni celle qu'obtenait
le légat hors de la ville épiscopale. Il n'est pas impossible que, dans
les églises non cathédrales et lorsque les sièges sont disposés hors
de l'enceinte sacrée de l'autel, dans la soléa, les diacres aient
revendiqué de siéger au-dessus des prêtres. D'après le contexte,
prendre siège au-dessus des prêtres a même sens dans les deux
canons, mais celui de Nicée parle d'abord d'une usurpation plus
osée concernant la distribution de l'Eucharistie par des diacres à
des prêtres; cela j uslifie la différence des sanctions.
On ne peut dire jusqu'où va l'expérience historique de Balsamon
quand il constate que la préséance de certains diacres sur les
prêtres est un fait récent 4 ; toujours est-il que cette pratique, à son
avis, est irrationnelle ct qu'elle s'introduit uniquement en faveur
des archontes pa triarcaux. A propos de Nicée 18, il ne cite cependant

(1) Voir p. 151-152.


(2) Ce sont les suivants: Apôtres 17, Nicée l 18, Cha/co 2, In Trullo 8 et 77, Carth. 34
(numération PG), Basile 51.
(3) Voir p. 14.
(4) PG, 137,297 A ; la traduction latine passe 't"lwç qui est important, car Balsamon
ajoute un peu plus bas: ylVE't"ClL BÈ 't"oü't"o 7rClPClÀ6YWÇ.
92 APERÇU HISTORIQUE SUR L'ÉVOLUTION DES OFFICES

que le prostagma d'Alexis Comnène en faveur du chartophylax;


dans le commentaire de In Trullo 7, qui s'allonge de trois (J"rJfLdw(JCY.l,
témoins de retouches successives, il introduit finalement la référence
à la Donalio Conslanlini 1 • Le dernier auteur qui a étudié l'influence
de ce document sur la pensée byzantine, soumet à un nouvel
examen l'interprétation antérieure, qui voulait reconnaître dans
Liutprand et Anne Comnène les premières citations de la Donalio 2.
Paul J. Alexander pense que le premier emploi caractérisé ne
remonte pas au-delà du règne de Manuel Comnène et que les
discussions sur la lranslalio imperii trouvent leur terrain le plus
favorable dans le climat de tension entre les deux empires, de 1152
à 1183. Une connaissance plus exacte des documents de la contro-
verse anti-latine doit apporter sur ce point des clartés nouvelles
et confirmer, je pense, cette hypothèse qui repose principalement
sur le témoignage de Kinnamos. Quoi qu'il en soit du moment
exact où ce document pénètre dans les milieux officiels, aucun
juriste n'a pensé avant Balsamon à en tirer des conclusions
juridiques. Alors que Justinien passait pour le fondateur de
Sainte-Sophie et l'instaurateur de son clergé, Balsamon fonde le
statut juridique des archontes sur le décret pseudo-constantinien.
Le commentaire du canon 7 In Trullo cite la question posée
devant les tribunaux civils : si les métropolites et les archontes
ont qualité de dignitaires (par rapport aux titres auliques).
La réponse était «( que le rang du koubouklion ecclésiastique,
c'est-à-dire de l'évêque, ne possédait aucune efficacité et restait
inférieur l). Tel n'est pas l'avis de Balsamon qui invoque le décret
de Constantin et recommande de lire le scholion 3. L'emploi dans
ce passage d'un terme devenu vieillot, le kouboukleion, parait
intentionnel; il évoque la cour et l'escorte ancienne du patriarche
analogue au kouboukleion impérial. Le point particulier soulevé
devant le tribunal doit être celui qui provoque la note du
Nomocanon sur l'émancipation des archontes. Certains soutenaient
que ce privilège leur revient en vertu du décret de Constantin,
qui assimile les archontes du patriarche aux sénateurs; d'autres

(1) PG, 137, 541 B. Balsamon renvoie à Nomoc. 1, 8; voir PG, 10.1, 1077-1081.
Balsamon cite la Dona/io dans les passages suivants: PG, 137, 321 D, 486 D - 488 D,
541 B; 138, 1029 C, 1048 B ; on remarque que le <1y)fLdu)(11X~ du Nomocanon (PG, 104,
1081 D) correspond à une hiplX ~PfLY)"dlX (PG, 137, 488 D) au sujet du primat de
Rome. Le canoniste exploite le lexle progressivemenl sous l'infiuence des discussions
en cours.
(2) P. J. ALEXANDER, • The donation of Conslantine al Byzanlium and ils earliest
use against the western empire~, Zbornilc Radova Viz. lnst., 8 (1963), p. 12-'26.
(3) PG, 137, 541 B; le scholion est toujours le O'1)fLdw<1lXl de Nom. l, 8 (PG, 104,
108 ID).
LOIS. DOCTRINE ET PRATIQUE DES XIe·XII e SIÈCLES 93
s'appuyaient sur la nove Ile de Justinien pour déclarer que seule
l'ordination épiscopale avait pour effet d'émanciper l'ordonné.
Balsamon se range à l'avis des premiers et admet que la Donalio
confère aux archontes du patriarche de CP, élite du sénat sacré
de la nouvelle Rome, des privilèges que les archontes des autres
patriarches et des métropolites ne partagent pas l . Or, nous consta-
tons que, dès la fin du IXe siècle, les iaklika font une place à des
degrés de la hiérarchie ecclésiastique, mais que les archontes
patriarcaux n'y figurent pas comme tels et en corps; quelques-uns
(syncelle, économe, kouboukleisios) y entrent individuellement par
mesure de faveur impériale et non comme représentants du
patriarche. Une même conception inspire la formation des laklika
et la composition de la Donaiio et justifie en partie la référence
de Balsamon au décret apocryphe; c'était pour lui un moyen
inespéré d'asseoir sur une loi positive une coutume séculaire et
d'augmenter de manière concrète les avantages légaux du clergé
de Sainte-Sophie. Mais, ni en théorie, ni en fait, ce n'est pas une loi
impériale qui fonde les degrés de cette hiérarchie ecclésiastique;
le pouvoir impérial modifie des rangs de préséance de l'extérieur,
sans altérer le rapport interne et fondamental des ordres sacrés.
c. Promotion et avancement.
Dès l'instant où les dignités archontales sont assimilées à des
degrés de l'ordre sacramentel, la question du pouvoir de l'évêque,
consécrateur et promoteur, se pose en termes canoniques nouveaux.
Si la promotion à une charge se fait par ordination sacramentelle,
on devra attribuer aux deux actes les mêmes effets canoniques,
en particulier l'inamissibilité de la grâce reçue. Bien que l'opinion
des canonistes du XIIe siècle sur l'indélibilité du caractère de l'ordre
soit influencée par le juridisme de Manuel Comnène, ils ne sont
jamais allés jusqu'à assimiler une ordination à une nomination
révocable ad nulum principis 2: il reste acquis qu'un ordre ne
peut être réitéré. Par coïncidence, c'est un autre texte d'origine
occidentale, le canon 34 de Carthage, qui donne aux canonistes
l'occasion de se prononcer sur le pouvoir de l'évêque à l'égard des
archontes.

(1) Nomocanon l, 35-36 : PG, 104, 1016 D, 1024 D-I026 B. A ce 8ujet, il faudrait
délerminer l'origine d'une scolie au canon 24 d'Antioche: VI. BENE5EVlé, Ioannis
Scholaslici Synagoga L liIulorum, München, 1937, p. 173; d'après celle note ce sont
tous les prêlres cl clercs qui bénéficient des avanlages de l'émancipation du fait de la
réception de l'ordre. Le problème juridique doil être antérieur à Balsamon, mais sa
solution esl personnelle.
(2) Néanmoins tous tendent à considérer l'ecclésiastique démissionnaire ou déposé
comme &vle:poç : voir p. 79, n. 3. La notion juridique de perte d'un office, de l'tvépye:tIX,
influe sur la notion de sacremcnt et trouble la définition du caractère sacré inamissible.
94 APERÇU HISTOHIQUE SUR L'ÉVOLUTION DES OFFICES

Aristènos et Zonaras pensent que ce canon menace de déposition


le clerc qui refuserait d'être promu à un ordre supérieur, par
exemple le sous-diacre qui refuse le diaconatI. Balsamon n'est pas
de cet avis; le canon ne sanctionne pas un refus de ce genre, parce
que l'ordre sacré supérieur peut être décliné pour des raisons
louables; il s'agit du refus d'un office extérieur, celui du diacre,
par exemple, qui n'accepte pas sa nomination au poste de référen-
daire ou de didascale : dans ce cas, le clerc récalcitrant s'expose
à la perte de l'office qu'il détient. Ensuite, le canoniste précise
que ce pouvoir de l'évêque n'est pas tout à fait arbitraire 2; la
déposition du coupable n'est pas laissée à sa discrétion, puisque
le canon veut sanctionner un délit de désobéissance. D'où cet
axiome: les évêques ont la faculté de promouvoir, non de rabaisser
les dignités et de brouiller les rangs. Il est développé de manière
concrète: un évêque n'a pas pouvoir « de placer celui qui est devenu
archonte, disons hier, au-dessus des archontes plus anciens, ou
d'établir à un poste supérieur celui qui n'est même pas du tout
dans la filière des archontes )}. Balsamon avait certainement la
possibilité de citer des cas précis, présents dans sa pensée; pour
nous, qui ignorons les lois de l'avancement, cette remarque est
capitale, car elle fixe deux règles importantes dont il faut tenir
compte en beaucoup de cas et à toute époque. D'une part la
carrière de l'archonte suit une filière, des échelons gradués;
d'autre part l'ancienneté dans le grade compte pour l'avancement;
les deux règles sont corrélatives, mais peuvent, en s'opposant,
produire des effets apparemment contradictoires.
La première règle rappelle la disposition du prostagma d'Alexis
Comnène établissant que des clercs peuvent accéder aux archontikia
par la filière des services didascaliques 3 • II s'ensuit que le curriculum
d'un archonte déterminé ne peut englober toute la série théorique
des rangs; le didascale se trouve déjà à un échelon assez élevé
pour prétendre à des postes archontaux de rang moyen et supérieur;
d.ans la masse des emplois s'établit une équivalence entre services
distincts, qui donne prise déjà à un certain arbitraire, puisque
l'empereur prévoyait un ordre de préférence en faveur des didas-
cales. Suivant les circonstances : vitalité d'un service, influence
prépondérante d'un chef de sékréton, décision arbitraire du
promoteur, ce critère varie nécessairement, d'autant plus qu'il faut

(1) PG, 138, 144 B-D.


(2) PG, 138, 144 A. Tout 1c texte est composé d'axiomes; citons le dernier:
oMe:fLtCX Èa'Tt 8tcxcpopoc xÀl)ptY..ch·ou xcx! OCPXOV'TtY..tOU . OCltO yocp 't"Îjç cxù't"Îjç a.kLcxç fLe:'t"cx-
XtVE:t'Tcxt XIX! ;; &PXwv OCltO 'TOÜ ciPxovnxlou IXÙ'TOÜ, occp' ~ç XIX! ;; Le:pe:ÙÇ xa.! ;; 8tcXxovoç.
(3) JGR, ZEPOS, 1 356, 18 : 8toc 'T(;)v 8tScxaxcxÀtx&v ltpooIXwta6wacxv dç 'TOC ocPXov-
'TLxtoc.
LOIS, DOCTRINE ET PRATIQUE DES XI"·XII" SIÈCLES 95
tenir compte, en vue d'une charge déterminée, des aptitudes de
divers candidats possibles. En pratique, nous verrons, par des
listes réelles, qu'on respecte habituellement la filière au sommet
de la hiérarchie, pour l'avancement des archontes supérieurs. La
seconde règle s'inspire de la loi générale de l'ancienneté qui
s'applique aussi à l'intérieur des ordres, entre prêtres et diacres
par exemple. Elle vaut donc surtout pour les offices collégiaux,
celui des chartulaires, des notaires et sans doute de tous les groupes
homogènes de prêtres, de diacres et de lecteurs affectés à un service;
ekdikoi, episkopeianoi, domestikoi, etc. Le plus ancien dans la
corporation avait le plus de chances de sortir de l'ornière: c'est le
sens des mots composés de prôto- et de primi-, qui correspondent
souvent à l'origine, chez les notaires, avec le titre d'archidiacre!.
De même la distinction entre ÉflOrxEl(.LOL et 7t€ptcrcrOI. entraîne un
classement des surnuméraires par ordre d'ancienneté pour le droit
à la titularisation; à leur tour les chartulaires titularisés suivaient
une même filière avant d'être promus à des postes supérieurs:!.
C'est en vertu du même principe que la pratique des permutations
de rang est réprouvée, parce qu'elle fait passer le plus récent devant
le plus ancien, bien que celui-ci garde, en valeur absolue, la même
place; si l'on applique rigoureusement la loi d'ancienneté, le poste
vacant revient à celui qui vient immédiatement après lui, non à
quiconque pourrait l'obtenir par moyen détourné.
La loi de l'ancienneté jouait peut-être d'une autre façon en faveur
d'un fonctionnaire qui restait dans la même charge et ne cherchait
pas d'avancement. Sans que sa charge acquière un rang plus
élevé, lui-même siégeait alors plus haut qu'un fonctionnaire
estimé de rang supérieur, mais nouvellement promu. L'hypothèse
peut expliquer certaines anomalies des listes de présence mais non
la généralité des cas. Bien que la règle du canoniste paraisse tout
à fait rationnelle, en pratique son application se heurte au pouvoir
arbitraire du promoteur: l'élévation aux ordres supérieurs suppose
une élection, ne serait-ce, pour les prêtres et les diacres, que sous
forme de lettres testimoniales. Quelques archontes ont pu parfois
être choisis par une procédure analogue 3 , mais le choix décisif
n'est pas conditionné en général par l'élection; les archontes ne
sont pas désignés par exemple par vote synodal, ou par cooptation
du corps constitué. Le témoignage de Jean de Kitros nous montrera
l'étendue du pouvoir épiscopal. Mieux encore, l'impossibilité pour

(1) Voir p. 25.


(2) Regesles, 1019; ci-dessus, p. 85.
(3) Mais quand on parle d'lxÀoyfJ ou lmÀoyfJ, dans les acles et les discours, on ne
signifie jamais que ce choix est accompli par un autre que le palriarche lui-même.
96 APERÇU HISTORIQUE SUR L'f:VOLUTION DES OFFICES

les rédacteurs de listes d'offices de s'accorder sur une liste-type


immuable, ou modifiée par des mesures législatives ordinaires,
signifie clairement que la préséance et l'avancement dépendaient
d'un droit coutumier très lâche et non d'une loi canonique stricte
comme celle des degréS de l'ordre.
d. Conl1it du chartophylax et du prôtekdikos.
Dans son ouvrage principal, Syntagma - Commentaire des canons,
Balsamon n'aborde pas la question des rapports entre le charto-
phylax et le prôLekdikos; celui-ci est même considéré comme
inférieur en grade au hiéromnèmôn 1 • Ainsi, bien que le prôtekdikos
de 1170 siège avant le hiéromnèmôn pour une raison temporaire,
il n'a pas encore le rang hiérarchique définitif que nous reconnais-
sons pour la première fois dans un acte synodal de 1191 2• La
tradition s'appuie sur le témoignage de Jean de Kitros pour
attribuer au patriarche Georges II Xiphilinos l'acte de promotion
qui fait du prôtekdikos le sixième de la hiérarchie et lui donne
rang d'exôkatakoilos 3 • Nous pouvons fixer avec plus de précision
l'année où parut cet acte grâce à deux discours officiels du maître
des rhéteurs Georges Tornikès ; le premier, du samedi 28 mars 1192,
fait allusion au récent discours de carême du nouveau patriarche,
promu en septembre 1191; le second, de l'année suivante et
prononcé le samedi 20 mars 1193, fait encore écho à ce discours
de carême et cite comme acte important du patriarche la promotion
exceptionnelle du prôtekdikos 4 • Dans ces conditions, ou bien le
fonctionnaire qui siège au sixième rang en 1191 se trouve dans
une même situation exceptionnelle que celui de 1170, ou bien
l'acte célébré par l'orateur n'est que le point final d'une série,
plus longue qu'on ne le pensait, de décisions préparatoires. Étant
donné le caractère du gouvernement d'Isaac II Ange, on ne peut
imaginer non plus que ce changement se soit produit sans inter-
vention de l'empereur. La séance où paraît le prôtekdikos, en 1191,
est présidée par l'empereur et le statut officiel du fonctionnaire

(1) PG, 138, 141 C.


(2) Liste reproduite p. 530.
(3) Regestes, 1190. J'indiquerai plus loin les raisons de considérer ce Lémoign<l.ge
comme appartenant exclusivement à Jean de Kitros, non à Chomatènos; voir
p.I72-174.
(4) Deux discours inédits du Scorialensis y Il 10. Le point de repère qui nous
sert à dater ces deux discours du maitre des rhéteurs pour le samedi de Lazare est
donné par le Sinaiticus 1117, f. 335, qui datc du vendredi 14 février 1192 un discours
de carême dont l'orateur fait grand cas. Sur ce discours voir Regestes, 1181. Tornikès
cite également les actes: Regestes, 1179-1180. Je reproduis l'cxtrait du discours de
119:'1 concernant le prôtekdikos, p. 534-536.
LOIS, DOCTRINE ET PRATIQUE DES XIe·XII e SIÈCLES 97

a dû faire déjà l'objet d'un décret impérial; la confirmation


pa triarcale tarde, soit en raison des troubles de la succession
patriarcale, soit à cause de l'opposition du clergé à celte innovation.
Même si le chartophylax de l'époque s'est prêté à cette mesure,
ce qui est incertain, l'aneien chartophylax Balsamon, devenu
patriarche d'Antioche v-ers 1189, se prononce avec autorité; sa
dissertation fait état de discussions qui n'ont pas encore atteint,
semble-t-il, l'étape décisive de la réforme, car elle ne contient
aucune allusion au gain le plus spectaculaire du prôtekdikos :
le sixième rang et la qualité d'exôkatakoilos.
Laissant de côté ici tout cc qui concerne la fonction du charto-
phylax, voyons seulement de quelle manière le canoniste présente
lc conflit qui se dessine l . Le prôtekdikos prétendait à une juridiction
en matière judiciaire, fondée sur le canon 23 de Chalcédoine et
sur le livret 2 déposé à son sékréton, un mandat général de ses
pouvoirs; ces deux documents parlent de la répression de délits
et de citations à comparaître concernant le clergé. Balsamon oppose
les arguments suivants: a. L'ekdikos dont parle le canon est encore
un juge civil, comme on le voit dans Carthage, canon 75, et
novelle 15 de Justinien. b. La formule de pouvoir (du moins le
passage cité), prise à la lettre dans le sens voulu par le prôtekdikos,
ferait de lui un juge suprême supérieur au patriarche. c. Le contexte
indique qu'il faut prendre ces actions intentées contre des personnes
sacrées dans un sens restreint, pour les cas seulement où il y a
atteinte à la liberté de la personne, dont l'ekdikos est le défenseur
attitré.
L'argumentation de Balsamon est tendancieuse, car il omet de
citer des sources défavorables et il est peu probable que l'adversaire
aspirait au rôle de juge suprême. D'après la description de l'office
laissée par Georges Tornikès, ce qui a surtout frappé les contem-
porains, c'est que le patriarche a ajouté un sixième doigt à cette
main qui détenait les leviers de l'administration pa triarcale 3 ;
quant à la juridiction proprement dite de l'ekdikeion et de son
chef, elle n'a pas subi de modification notable; elle consiste,
d'après l'orateur, à défendre les personnes accusées de meurtre et
les causes de liberté des personnes. Inutile de préciser qu'il s'agit
uniquement du for ecclésiastique et que le fonctionnaire ecclésias-
tique n'intervient pas devant les tribunaux civils, comme le
defensor des premiers temps. Le décret a étendu peut-être la

(1) Je n'examine ici que le début de la dissertation : PG, 138, 1033 A - 1O::Iï H.
(2) Sur ee rrpwTEX8~x~)û)V f3~ôÀlov, voir pp. 167, 324 et 477.
(3) J'ai reproduit tout le passage du diseours de 1192 parmi les texles annexes,
p. 534.

4-1
98 APERÇU HISTORIQUE SUR L'ÉVOLUTION DES OFFICES

juridiction aux causes de meurtre qui, par le biais du droit d'asile,


rentrent cependant dans la juridiction générale rclative au droit
de la personnc, comme les cas de libération d'esclaves 1 •
Si l'on s'cn tient au témoignage de Georgcs Tornikès et de Jean
de Kitros l'acte de promotion est purement patriarcal; l'empereur
y a pris part probablement, mais dans l'opinion le mérite en est
resté au patriarche qui a approuvé cette innovation. La rareté de
ces changements par décret officiel montre bien à la fois le pouvoir
réel ou patriarche sur ses archontes et la stabilité du groupe
directeur, attestée du xe au xv e siècle; après le sakelliou dont la
promotion est moins évidente, seul le prôtekdikos est venu s'ajouter
aux cxôkatakoiloi, sans troubler la répartition antérieure des
sékréta.

De cet examen rapide du commentaire de Balsamon nous


concluons tout d'abord que les byzantins les mieux informés
n'avaient pas une idée nctte de l'origine et du statut des archontes.
Tout en affirmant le caractère quasi sacré de tous les degrés, ils
ne pouvaient justifier ni par la tradition, ni par les lois positives,
la multiplication des dignités et des offices. L'attribution aux
ordres sacrés de fonctions administratives aurait entraîné de plus
graves difficultés, si la coutume de réserver aux diacres les princi-
paux offices n'avait pas prévalu. C'était somme toute un facteur
d'équilibre, non seulement parce que la coutume est dans la ligne
d'une tradition apostolique, mais aussi parce que ce corps, distinct
et indépendant du synode, composé de métropolites et d'arche-
vêques, servait de contrepoids et assurait une certaine séparation
entre le législatif et l'exécutif.

6. Les lisles de présence synodales du Xl le siècle.


Les actes des conciles mentionnent souvent l'intervention des
auxiliaires de la chancellerie et de divers archontes qui participent
à l'action. Les actes synodaux, dont le compte rendu est beaucoup
moins détaillé, se partagent en trois groupes par rapport aux
mentions des archontes :
1. Ceux qui signalent dans le protocole la présence d'archontes.
Regesies, 844, 869,926,942,952,963,965, 1000, 1001, 1011-1015,
1019, 1041, 1055, 1063, 1065, 1068, 1072, 1073, 1077, 1078, 1085,
1086,1110,1118,1126,1134,1179,1180,1185: depuis le patriarche
Alexis Studitc, en 1038, jusqu'à Georges II, en 1197.

(1) Sur les pouvoirs du prOtckdikos d'après les divers témoins, voir p. 324-330.
LOIS, DOCTRINE ET PRATIQUE DES XIe·XU" SIÈCLES 99
2. Ceux qui ne signalent pas la présence.
Regesfes, 826, 8a6, 900, 925, 953, 964, a66, 1111, 1125 : depuis
le patriarche Eustathe, en 1019, jusqu'à Michel III, en 1172.
3. Ceux qui donnent la liste des archontes :
soit comme présents: Regesles, 967, 1038, 1109 ;
soit comme opinants : sèmeiôma impérial de 1191 i ;
soit comme présents et opinants : sèmeiôma du mercredi 2 mars
1166 2 , qui n'est enregistré ni par Dolger, ni par Grumel (cf.
Reg. 1059). Les listes valables, datées de 1156, 1166, 1170 et 1191,
sont reproduites en Appendice (pp. 529-530).
Les archontes sont annoncés par la formule : 7t'lXpLO"'t'IX[-LévCùv
(7t'C(poV"t'Cùv) Oe:cr7t'OT:X.WV &pXov,,:,Cùv, à quoi l'on ajoute souvent l'épithète
fle:0 qHÀe:crT&TCùV3. Leur présence n'a pas le même sens que celle des
métropolites, annoncés généralement comme crUVe:OpL&~OV.e:ç. Du
fait qu'il existe des procès-verbaux sans mention de la présence
des archontes, que signifie cette omission? A priori, toute séance
synodale exige la collaboration des auxiliaires indispensables, au
.moins de quelques notaires et de leur chef, le charlophylax. Il semble
que cette présence est passée sous silence par le fait de l'habitude;
ainsi sur quatre séances du 15 mai au 21 juillet 1092 sur le même
sujet, deux citent les archontes, deux non. Il a pu arriver que dans
ces deux dernières (n. 964, 966) se sont présentés seulement les
archontes de service; le procès verbal tiendrait compte de ce qui
dépasse une routine: simple hypothèse qui ne sera jamais vérifiée,
tant que nous n'avons pas un règlement intérieur du synode.
Les actes où les archontes présents sont énumérés appartiennent
à une catégorie particulière; cc sont les actes d'un synode mixte,
convoqué ou présidé par l'empereur et, à l'extrême limite, sans
le patriarche 4 • Le petit nombre des archontes qui assistent au
premier synode de ce genre tient sans doute au fait que l'empereur
veut écarter de ces discussions doctrinales une foule qui risque
d'être houleuse; sont invités l'ancien chartophylax et le charto-
phylax en fonction, le référendaire, l'hypomnèmatographe, un
didascale, le primicier des notaires et les notaires 5 • Il semble que
ce soit un minimum requis; le référendaire assure la liaison avec
le Palais ct le didascale est in!éressé au problème dogmatique.

(1) Texte dans A. PAPADOPOULOS-KERAMEVS, • AV&:Àe:XTIX '!e:POcrOÀU!l.LTLX'ijC; crTIXXUO-


ÀOY(IXC;, ~,
365-367 : liste d'opinants en synode; semeiôma omis dans Regeslen.
(2) 11 n'y a pas de variante entre les deux; voir PG, 140, 248-249 B et 256 B.
(3) La première fois où 6e:oqnÀtcrT<XTOC; apparait dans le protocole doit être en 1156 :
PG, 140, 149 A.
(4) C'est le cas du sèmciôma de 1191 : je reviendrai sur ces actes p .489·492.
(5) Regesles, 967.
100 APERÇU HISTORIQUE SUR L'ÉVOLUTION DES OFFICES

Ensuite nous n'avons aucune liste avant la seconde moitié dl


XIIe siècle. Les quatre que nous possédons sont bien datées e
assez détaillées pour nous donner une idée de l'ordre réel dl
préséance. Si aucune liste ne fournit l'effectif complet d~s fonction
naires, la comparaison de plusieurs listes permet de combler de:
vides et d'apercevoir un ordre approximatif de la valeur des rangs
grâce à quelques points fixes, c'est-à-dire des fonctions dont 11
place ne varie pas sensiblement. Je distingue trois groupes suivanl
une division naturelle en supérieurs (les exôkatakoiloi), moyen:
et inférieurs; le partage entre ces derniers est fondée sur la place
constante du protonotaire et du hiéromnèmôn, qui seront considéré~
jusqu'à la fin comme chefs de file d'une classe, comme la « porte )
ouvrant sur la classe supérieure 2•

A B C D
1 1156 1166 1170 1191
1--:-------:------- 1- - - - - - : - - - - - -1

grand archidia-
cre
1 1 grand économe 1 grand économe 1 grand économe 1 grand économe
2 2 grand skévo- 2 grand skévo- = n. <1
phylax phyJax
= n. 2 = n. 4 = n. 3 2 charlophylax
3 3 grand saeellaire 3 grand sacellaire
= n. 2 = n. 2 4 grand skévoph. '
4 2 charlophylax 4 charlophylax 3 chartophylax = n. 2
5 3 sakelliou 4 sakelliou 5 sakelliou
= n. 7 <6 prôlekdikos >

6 4 protonotaire 5 prolonotairc 7 protonotaire


7 5 canstrisios 5 canstrisios 6 canstrisios 8 eanstrisios
8 6 référendaire 6 référendaire = n. 12 = n. 12
9 = n. 8 9 logothèle 1

10 7 hypomnèmato- 7 hypomnèmato- = n. 15 10 hypomnèmato- 1


graphe graphe graphe !
11 7 prôtekdikos = n. 6 1

8 logothèle = n. 9

12 8 hiéromnèmôn
-.; ~i~~~mnè'~ô~"'''1~-.~--.~.;~~'~.~'~'~.~.~.~.-.
= n. 6 = n. 6 = n. 12 12 référendaire
13 9 épi gona lôn 10 épi gona lôn 13 épi gona lôn
14 8 ostiarios a

(1) Expression de la notice F : f)upcx TWV t~(ùXCXTCXXOLÀCiT(ùV (voir p. 546, nO 7).


(2) Les noms sont transcrils de la liste grecque reproduite en appendice, p. 529-530
Le numéro marginal indique le nombre total des titres el l'ordre approximatif de lE
LOIS, DOCTRINE ET PRATIQUE DES XIe·XII e SIÈCLES 101

1
1
1
1 A B C D
1156 1I66 1170 1191
1

~19 didaseale Év. 110 didascale Év. 1 - -


16 ,10 hypomimnèskôn 11 hypomimnèskôn 'Il hypomimnèskôn -
= n. 6 = n. 6 12 référendaire = n. 12
i = n. 8 - 13 os liarios a -
1 17 - - = n. 17 14 épi kataslascos
~
18 11 archôn égl. a 12 a rehôn égl. a 14 archôn égl. a 15 archôn égl. a
d = n. 7 = n. 7 15 hypomnèmaL = n. 10
19 - - 16 archôn égl. b = n. 20
, 20 - - - 16 epi kriseOn
21 12 épi déèseôn - - 17 épi déèseôn
1
- - 17 épi katastaseôs = n. 14
22 - - - 18 didascale A pô-
tre
1
23 - 13 maislôr des rhé- 18 rhé leur -
teurs
1 24 - - 19 épi sékrétOn -
25 :13 osLiarios b 14 ostiarios b 20 ostiarios b -
1
26 - (fin) - 19 archôn monast.
a
1
- = n. 16 20 archôn égI. b. 1
1
1 27 - - 21 archôn mon.
Péra
1
28 - - 22 archôn mon. b.
1
29 14 notaires - (fin)
15 deutéreuôn (dia-
21 deuté- ~ prêtre
cre) • ?
(autre ?) reuon diacre
(fin) (fin)
1

a. Première classe : les exôka takoiloi (1-5).


Nous n'avons pas assez de mentions pour expliquer la place de
l'archidiacre en 1156 ; en principe, comme le dira Jean de Kitros,
l'archidiacre de Sainte-Sophie n'a pas de préséance sur les archontes
en synode; il est possible que ce soit l'archidiacre du clergé

préséance, moyenne établie par comparaison de A à C. Le tiret représente la place


d'un archonte non mentionné; lorsque l'archonte est déplacé par rapport à la
moyenne, j'indique à cet endroit le numéro sous lequel il se trouve dans sa liste. Le
pointillé représente la barrière de classe.
102 APEHÇU IlISTOIUQlJE SUR L'ÉVOLUTION DES OFFICES

impériaF. En effet, le chartophylax Jean Hagiophlôritès, qui est


archidiacre 2 en I1G8, siège à son rang d'archonte; son titre clérical
ne le met pas en tête de liste. La place de l'économe et du sakelliou
ne pose aucun problème; ils sont toujours premier et dernier du
groupe et les variations ne portent que sur les intermédiaires.
En C, où le sacellaire est absent, il n'est pas certain que le skévo-
phylax soit réellement deuxième; je suppose que l'ordre normal
et conforme à celui du prostagma de 1094 se retrouve en D 3-4.
En 1166, l'exception concerne Jean Pantechnès, skévophylax
depuis 1156 3 (après le synode de janvier, où il est chartophylax) ;
c'est un cas où l'ancienneté doit jouer, parce que le sacellaire qui
siège après lui est un Chrysobergès dont l'ascension rapide est due
à sa parenté avec le patriarche 4 •
Le chartophylax passe au second rang en 1191 (D 2), chose
inouïe dans toutes les listes. Le nom du titulaire ne nous dit pas
grand-chose, mais nous savons qu'Eustathe Chantrènos était déjà
chartophylax en septembre 1186 5 ; il a donc résisté à cinq change-
ments de patriarche. Ainsi, bien que l'espace soit assez court,
durant le même temps, les autres archontes ont pu changer. Le
grand-skévophylax qui siège en même temps que Chantrènos
n'est autre que le patriarche Georges II Xiphilinos, promu très
peu après le sèmeiôma du 10 septembre; en 1182, au moment où
Chantrènos lui-même était prôtekdikos, Georges tenait un rang
moyen 6 • Mais de plus, en 1191, le prôtekdikos siège au sixième
rang; il semble avoir franchi la porte des exôkatakoiloi avant le
décret de Georges II Xiphilinos qui prend date entre Pâques 1192
et Pâques 1193 7 • De là à supposer que la faveur impériale et un
acte précis sont à l'origine de ces mutations de rang, il n'y a pas

(1) Nous ignorons encore le sens exact de fLtYCle; appliqué à l'archidiacre, car nous
voyons deux archidiacres impériaux à la fin du XIIIe siècle sans le qualificatif; voir
pp. 1I1 et 135.
(2) Dans sa signature, il n'emploie pas fLéYCle; : PG, 1I9, 773 (Uegestes, 1068).
(3) Son litre de grand skévophylax apparaît dans l'adresse d'une lettre de Georges
Tornikès, de peu postérieure au synode de janvier 1156.
(4) V. LAURENT, «Étienne Chrysobergès, archevêque de Corinthe., Rev. des Él.
Byz.,20 (1962), 214-218.
(5) JGR, ZEPOS, J, p. 432. Regesten, 1573; voir ses sceaux de prôtekdikos et de
chartophylax : LAURENT, Corpus, 104, 110.
(6) Selon son habitude, Choniatès évite avec soin le terme technique; Georges
Xiphilinos est-de; -rwv tv-rp6'P(,)v -roù ~~fLCl-rOe; : Historia, Bonn 321, 25 : PG, 139, 600 C;
le latin traduit «ex ordine saeerdotum. qui en dit plus que le grec. Normalement,
bien qu'Andronic, auprès duquel est envoyé Georges, ne fût pas enCore empereur,
la mission revenait au référendaire; le grade de Georges devait être assez élevé, mais
non supérieur, autant que l'on peut en juger.
(7) C'est-à-dire entre les deux discours de Georges Tornikès cités p. 96, n. 4.
LOIS, DOCTlUNE ET PRATIQUE DES Xle·XlI e SIÈCLES 103
loin. Nous ne pouvons préciser davantage le sens de cette coïnci-
dence ; elle signifie en tout cas que le chartophylax n'est pas resté
étranger à la promotion du prôtekdikos. Son intervention, allant
sans doute dans le même sens que celle de Balsamon, a contribué
à rendre cette promotion plus honorifique que réelle; l'officier
monte en grade, mais ne dépossède pas le chartophylax de sa
juridiction, suivant l'intention que Balsamon prête au tenant de
la thèse adverse l .
b. Classe moyenne : protonotaire-hypomnèmatographe (6-10).
Ce groupe est encore délimité par la place fixe des deux extrêmes;
l'ordre interne trouve corroboration dans le taktikon Bendevic et
dans les premières listes théoriques, dont une (liste C) est contem-
poraine de la promotion du prôtekdikos 2 • Le logothète, absent de
A-B, occupait certainement la même place qu'en D. La liste la
plus aberrante, C, doit s'expliquer en grande partie par la date,
puisqu'elle se trouve dans le premier acte du patriarcat de
Miehel III ; comme nous connaissons le nom de plusieurs titulaires
de 1166 et 1170 (B-C) et des détails extérieurs sur leur carrière,
la comparaison nous fournira quelques indices sur la promotion
et l'avancement.

B ; titulaires de 1166 Fonctions 1


C ; titulaires de 1170
et préséance moyenneS

1 Alexis (Aristènos) économe (1) 1 Jean (Pantechnès, B 2)


Jean (Pantechnès)
'2, skévophylax (2) 2 Jean (Haghiophlôritès, B 4)
3 Étienne (Chrysobergès) saceIIaire (3) (Constantin Kanitès ?)
4 Jean (Hagiophlôritès) chartophylax (4) 3 Samuel (ex-canstl'isios B 5)
(1167 : Constantin Kanitès)' sakeIliou (5) 4 Georges (ex-protonotaire ?)
inconnu (= C 4 ?) protonotaire (6) 5 Jean (ex-logothète ?)
5 Samuel canstrisios (7) 6 Constantin (ex-B 7 ou 9)
inconnu (= C 7 ?) prMekdikos (11) 7 Jean surclassé
'1 6 :rrichel (II l, d'Anchialos) référendaire (8) déclassé; n. 12
Inconnu logothète (9) 8 Constantin (ex- B 9 ou 11)
7 Constantin hypomnèmatogr. (10) déclassé: n. 15
1 8 Georges hiéromnèmôn (12) 9 Michel (inconnu en E)
9 Constantin cpi gonatôn (13) 10 Nicolas (ex- B 10 'n
10 Nicolas didascale Év. (15)
1

Énumérons diverses causes de mouvement : décès probable


d'Alexis Aristènos en fin de carrière; - élection d'Étienne

(1) Voir p. 97-98.


(2) Voir p. 188; texte grec, p. 544.
(3) Le numéro entre parenthèses représente l'ordre moyen (numéro marginal) du
tableau génerai.
(4) Acte 7 de Hiéra, édité dans Reu. des Él. Byz., 26 (1968), p. 24.
104 APERÇU HISTORIQUE SUR L'ÉVOLUTION DES OFFICES

Chrysobergès comme métropolite de Corinthe 1 ; - - élection de


Michel référendaire en 1166, mais qui entre deux avait été nommé
bd "ljç criXXÉÀÀlJÇ (ou sakelliou)2, son dernier poste avant le
patriarcat; - Samuel était frère de Michel III et neveu comme lui
d'un archevêque d'Anchialos 3 • Il s'ensuit que tous les changements
ne proviennent pas de la promotion de Michel au patriarcat et
que Samuel, en particulier, le frère aîné de Michel, ne fut pas nommé
ehartophylax par celui-ci; les deux frères ont dû progresser en
même temps et lorsque Michel était sakelliou Samuel devait le
précéder comme en 1166. Nous ne savons pas de quel degré
proviennent C 4-5 : Georges sakelliou et Jean protonotaire;
l'identité des Constantin (C 6 et 8) n'est pas certaine, du fait
qu'un canstrisios devient archevêque de Bulgarie 4 • C'est donc à
partir de 5, le sakelliou, laissé vacant par Michel, que se produisent
les mutations consécutives à la nomination du nouveau patriarche:
nous constatons qu'il y a un office surclassé et deux déclassés.
On ne peut mettre en doute le témoignage de Balsamon, lorsqu'il
déclare, en dehors de toute polémique, que le hiéromnèmon est
supérieur au prôtekdikos 5 , La préséance moyenne indiquée dans
le tableau par le n. 11 n'est pas la préséance théorique admise
par la coutume, puisque le prôtekdikos de 1170 siège avant le
hiéromnèmôn. En supposant que cette place n'est pas arbitraire,
nous trouvons là une application possible de la loi d'ancienneté.
Le fonctionnaire est au septième rang, parce que ceux qui devraient

(1) Voir p. 102, n. 4.


(2) Titre reçu dans la liste des patriarches: PG, 119, 921 B. Dans ces conditions,
la présence de Kanitès à la direction de la sacelle, en 1167, nous oblige à placer après
cette date la promotion au même poste de Michel référendaire. D'après l'éloge
d'Eustathe de Thessalonique (Scorialensi.s Y Il 10), :\lichel avait occupé (dans l'ordre ?)
le poste de prôtekdikos (f. 159 v : 7j TIje:; 8(xl'Je:; 7to:pW\llJfl.oe:; ci#o:) et de référendaire
(Ele:Lo:~ç àyye:À~o:<pop(CtLç). A noter que l'on ne signale pas dans le protocole le cumul
d'hypatos des philosophes; mais la date exacte n'est pas fixée; elle est proche de
1166.
(3) Renseignement tiré du discours de Samuel Mauropous charlophylax (Scorialensis
y II 10). C'est le discours sur le jeûne, où l'orateur prend pour modèle des vertus à
imiter, son oncle et celui du patriarche. Ce prélat était décédé sans doute depuis un
certain Lemps. Un indice de datation vers la fin, f. 512 v : Samuel assistait avec son
oncle déjà archevêque à une réception de la cour, sous Jean Il Comnène. Samuel
précise qu'il était l'ainé de Michel; ce qui explique son rang en 1166 (liste B).
(4) Il Y a trois Constantin en B. L'un d'eux doit être le Constantin de Bulgarie
qui apparaît en 1170; on sait de lui qu'il s'appelait Boukinatôr et qu'il avait occupé
le poste de cansLrisios; cf. L. STlEHNO:-/, l' Adrien et Constantin Comnène sébastes ",
Rev. des Ét. Byz., 21 (1963), 182-183. Comme un mouvement de personnel est attesté
entre 1166 et 1170, Constantin hypomnèmatographe (B 7) a pu devenir canstrisios
à la place de Samu!"l ; mais étant donné que le début de son épiscopat n'est pas fixé,
nous ne pouvons donc suivre le sort exact des Constantin.
(5) Voir p. 84, n. 3.
LOIS, DOCTRINE ET PRATIQUE DES XIo·XIIo SIÈCLES 105
passer théoriquement avant lui sont de création récente ainsi
le hiéromnèmôn Michel (C 9) provient des rangs inférieurs. L'hypo-
thèse ne serait vérifiée exactement que si nous connaissions tous
les noms. Mais nous constatons que l'hypomnèmatographe et le
référendaire, de leur côté, perdent des rangs; cette rétrogradation
n'est que temporaire puisque le groupe normal tend à se reformer
en D, comme il était en A ; en D, seul le référendaire est déclassé.
Constantin et Théodore (C 12 et 15), récemment promus en 1170,
siègent en dessous du rang de leur office, parce que le nombre
des années de service entre en ligne de compte. Cependant l'indice
d'ancienneté ne permet pas de franchir certaines limites; ainsi
aucun archonte ne franchit jamais la « porte 1) représentée par le
protonotaire. La limite inférieure, représentée par le hiéromnèmôn,
paraît aussi rigoureuse; certains des supérieurs (en C-D) passent
parfois après lui, mais aucun de ses inférieurs ne le dépasse l •
C'est pourquoi aussi le cas du prôtekdikos (C 7) pourrait déjà
préfigurer sa promotion imminente (D 6) au rang des exôkatakoiloi.
Les questions de personne jouent dans toute cette aITaire un rôle
latent; on imagine volontiers le prôtekdikos de 1170 comme un
fonctionnaire blanchi sous le harnais; sinon ce serait un ambitieux.
Que ce soit l'un ou l'autre, la progression de l'office doit être
attribuée cn premier lieu à l'un des titulaires de cette période qui
lui donna une organisation et une impulsion nouvelles.
Le curriculum de quelques hauts fonctionnaires de la liste B-C
complète l'idée que nous nous formons au sujet de l'avancement.
Prenons par exemple les dates de Jean Pantechnès :
... 1146 à 1156, chartophylax : Regesles 1024, 1038.
1156-1166... , grand skévophylax : Lellre 26 de Georges Tornikès ;
Regesles 1063.
... 1170-1177... , grand économe : Viz. Vr., Il (1908), 490 (Reg.
1109) ; PG, 136, 1280 B.
J'ai admis dans le tahleau que le n. 2 représente une moyenne
pour le skévophylax de l'époque; il est presque impossible que
Pantechnès soit devenu sacellaire entre 1166 et 1170 2 • La carrière

(1) Le principe de Balsamon : qu'on n'a pas le droit de r6trograder un archonte,


devait donner lieu à de subtiles combinaisons; il fallait tenir comple non seulement
d'une valeur absolue du litre, mais aussi de la situation personnelle du titulaire.
(2) Il faudrait admettre pour cela que le rang de Jean (B 2) est faux; il siège à
cette place sans doute en vertu de l'anciennet6. !\lais le passage au poste de sacellaire
n'est pas impossible; avec ce nouveau titre, Jean aurait siégé avant 1170 à la même
place. Tout dépend de deux dates (mort d'Arislènos, épiscopat d'Étienne Chrysobergès)
qui sont inconnues.
106 ,'
APERÇU HISTORIQUE SUR L EVOLUTION DES OFFICES

du premier de liste est moins bien datée, mais les divers Litres
sont connus; à toutes les étapes, le diacre Alexis Aristènos cumul(~
une fonction ecclésiastique avec une fonction ou un titre civils l .
D'un côté il fut prôtekdikos, hiéromnèmon, skévophylax et
économe; pour les deux dernières fonctions il semble avoir cédé
la place à Pantechnès qui est nommé skévophylax peu après le
synode de janvier 1156, puis économe après 1166 et la disparition
d'Aristènos. Du côté impérial Alexis est nomophylax, orphano-
trophe, dikaiodotès et hypertime ; il a cumulé les deux premiers
titres, mais quand il fut contraint après le décret de 1157 de se
démettre de la fonction de dikaiodotès, il reçut comme en compen-
sation la dignité d'hypertime.
Ces deux grands fonctionnaires représentent une catégorie de
clercs qui font carrière dans l'administration et ne visent pas à
l'épiscopat, tout simplement peut-être parce qu'ils sont mariés. La
carrière brève de Georges Tornikès prend un tout autre aspect;
il occupa deux postes de didascale à partir de 1147 ; en 1154 il est
hypomnèmatographe d'où il passe à la métropole d'Éphèse 2 • C'est
le type d'une carrière moyenne de l'époque, selon l'esprit de la
novelle d'Alexis Comnène, en 1107: d'après lui, la carrière de
didascale est une période de formation qui doit déboucher norma-
lement sur l'archontat, le sacerdoce et l'épiscopat.

c. Classe inférieure: du hiéromnèmôn aux notaires (11-12 à 29).


A partir du hiéromnèmon la comparaison devient de plus en plus
difficile; par classement assez artificiel, on obtient, en 16, 18 et 25,
une rencontre des trois listes sur le même nom. Cette correspondance
ne fournit pas un indice suffisant pour déterminer tout l'ordre de
préséance; par comparaison avec les listes postérieures des manuels,
nous en concluons que ceux-ci ont pu prendre comme modèle
des listes synodales réelles, à défaut d'une liste officielle connue,
et opérer une classification approximative 3 • Il me paraît important
de faire remarquer que tous ces offices, dont la liste est close en
principe par le groupe des notaires, auxiliaires attitrés de toutes
les actions de chancellerie, appartiennent à l'ordre des diacres. Un
office archontal est en principe un office diaconal; la liste A le
signifie symboliquement en citant au sommet l'archidiacre et, à

(1) Voir la note sur sa carrière dans Rev. des ÉI. Byz., 20 (1962), 84-85, notes 36-37;
à compléler par l'édition du discours de Basilakès par A. GARZYA: Byzanl. Forsch., 1
(1966), 92-110.
(2) R. BROWNING (Byz. l. 33), p. 35-37.
(3) Les notices C et K onlle plus de rapport avec l'état du XIIe siècle; voir pp. 176
et 191, schéma.
LOIS, DOCTRINE ET PRATIQUE DES XIe·XII e SIÈCLES 107
la fin, son vicaire, le deutéreuôn des diacres. Si la règle n'a rien
d'absolu, son influence se fera cep~ndant sentir dans les listes du
XIIIe siècle, où les archontes non diacres passeront après les notaires,
protopapas en tête; car en réalité le protopapas, pas plus que
l'archidiacre, n'est pas un archonte.
Surtout, à l'intérieur de la hiérarchie, la préséance ecclésiastique
- de même d'ailleurs que la préséance impériale - ne fait pas
un partage entre fonctions liturgiques et fonctions administratives
ou de chancellerie; une classification logique suivant les rapports
de subordination, ou artificielle suivant la parenté des noms,
n'apparaît pas davantage. Ainsi le protonotaire est suivi du
canstrisios, ministre liturgique; le hiéromnèmôn, de l'épi gonatôn
qui n'a aucune fonction administrative connue, et ainsi de suite.
De même on ne voit pas que les archontes en bd. ou avec &pxwv
tendent à se grouper; et les archontes, chefs de sékréton, s'isolent
loin de leurs subordonnés respectifs. Ces remarques prendront tout
leur sens lorsque nous étudierons les listes théoriques qui vont se
multiplier au siècle suivant.
III. LES DERNIERS SIÈCLES

Pour cette période des faits nouveaux conditionnent la recherche:


apparition des listes et notices d'offices au cours du XIIIe siècle,
recueil des actes patriarcaux en registre au XIVe siècle, une ordon-
nance de Matthieu 1 à la fin de ce siècle, faisant pendant en quelque
sorte au prostagma de 1094 ; enfin, le commentaire liturgique de
Syméon de Thessalonique nous donnera l'occasion d'examiner
dans son ensemble, à partir des rituels, le problème de l'investiture
ou de l'ordination des archontes, l'un des points les plus obscurs
de l'institution, mais aussi le plus important aux yeux de l'Église.
En raison de leur nombre et de la variété des recensions, les
listes d'offices doivent être traitées à part :. à la diiTérence des
listes de présence synodales, elles ne constituent pas un témoignage
direct de la hiérarchie des archontes et de son évolution, mais un
genre littéraire, dont il faut étudier en premier la tradition
manuscrite qui n'a fait encore l'objet d'aucun inventaire critique.
Déjà la brièveté relative du temps où apparaissent ces documents
particuliers laisse entendre que leur valeur historique est assez
limitée. Faisant donc abstraction quasi totale des listes et des
notices dans cet exposé historique, nous suivons les actes officiels,
premiers témoins du développement des institutions et de la
pratique administrative. Cette vue d'ensemble est d'ailleurs
indispensable pour étudier le contenu des listes et évaluer leur
apport, inséparable du contexte historique.

1. Législation des XIIIe et XIVe siècles.


Les documents officiels concernant les archontes sont rares.
Aucune loi ne touche à l'organisation générale de cette hiérarchie
administrative; quelques décrets particuliers sont connus, d'autres
supposés, durant la période de restauration de l'empire après la
catastrophe de 1204. La composition des notices répond manifes-
tement au besoin de maintenir la tradition ancienne, mais leur
rapport avec un acte officiel n'est jamais explicité. Le pouvoir
ne semble pas se préoccuper de fixer d'autorité un catalogue et
LES DERNIERS SIÈCLES 109

un règlement. Jean de Kitros nous apprendra que les évêques de


province, agissant à leur guise, avaient peine à s'y retrouver pour
l'organisation de leur officialité selon des règles canoniques l •
Lorsque Michel VIII Paléologue, par son chrysobulle de 1268-
1271, restaure le domaine de Sainte-Sophie, il prévoit que les
revenus sont destinés à subvenir au traitement des fonctionnaires
du patriarcat et du clergé desservant l'Église, aux dépenses du
luminaire, enfin à l'entretien du patriarche lui-même et de toute
sa maison 2 • A partir de cette date, on parlera fréquemment de ce
kellion patriarcal, dont la gestion est indépendante, aux termes
du chrysobulle, de celle des biens communs de l'Église. L'empereur
ne doit guère innover par rapport aux coutumes antérieures, mais
il se tient dans les généralités; un point assez important reste
toujours imprécis : quel est le rapport entre la gestion générale
des biens par l'économe de la Grande-Église et la gestion personnelle
de ses biens par le patriarche? On ne saurait dire si des pertur-
bations postérieures de l'économat proviennent directement des
distinctions que fait le chysobulle de Michel VIII.
Les intentions de l'empereur apparaissent clairement dans le
prostagma qui confère au diacre Théodore Skoutariôtès, épi
déèseôn de l'Église, le titre impérial de dikaiophylax 3 ; il veut
rétablir l'ordre ancien et dans un esprit fortement imprégné de
la législation des Comnène, vue à travers la doctrine de Balsamon,
comme en témoigne la référence à la Donatio Consiantini 4 ; d'ailleurs
le titre conféré rappelle celui qu'avait reçu le chartophylax
Balsamon. L'empereur spécifie, dans l'horismos antérieur, que le
dikaiophylax jouit de tous les privilèges attachés au titre, qui
comporte une préséance dans le clergé impérial et les attributions
judiciaires de la charge. La nomination n'alla point sans difficulté;
le titre ajouté par le bénéficiaire à la copie du prostagma nous
révèle le sens de l'opposition. Après avoir nommé 1'«( entimotatos »

(1) On constatera (p. 179.) fIue les questions qui lui sont posées viennent d'un
métropolite éloigné du centre et que le métropolite de Dyrrachium interroge HlIssi
Dèmctrios Chomatènos et le patriarche lui-mêmf'.
(2) Regeslen, 1956; JGn, ZEPOS, l, 659-666. L'éLat du domaine au XIIe siècle
n'est pas connll, parce que Balsamon, en reproduisant la nO\'e11e, omet l'énumération
des lieux : Z F.POS, l, 380 (§ 6).
(3) Regeslen, 1972-1973. Les deux actes sont du même mois. Zepos reproduit
l'édition de HlIALl.l'.S-POTLi's, Sun/agma, 5, 327-329; le texte est tiré du codex r
(Gérasimos d'Argolide), qui ravait trouvé dans le kùdix (registre) de la métropole
de Cyzique, siège métropolitain de Théodore SkoutariôLès, bénéficiaire aussi du Utr'e
d'hyperLime : ibid., p. 329-330. Les notes de titre qui précèdent l'horismos et le
prostagma ont donc valeur d'authentique.
(4) SUnlagma, p, 328; il la ligne 16, on corr'igera ed~ l8t~ ene.L8(x..~. Balsamo))
emploie le terme eÉO'mO'(.LIX.
110 APERÇU HISTORIQUE SUR L'ÉVOLUTION DES OFFICES

epi déèseôn au poste de dikaiophylax, l'empereur exigea de plus


que son fonctionnaire occupât une place correspondante parmi
les archontes de l'Église; d'où une première économie acceptée
par le patriarche : le dikaiophylax, qualifié Ttfl.LWTlXTOçl, siégera
après le prôtekdikos et sera considéré comme exôkatakoilos. En
pratique, on n'alla pas jusque-là; au lieu de promouvoir l'épi
déèseôn à une place qui houleversait tous les rangs, on lui conféra
la charge de sakelliou, qui le faisait entrer dans la hiérarchie
supérieure par la voie normale. Ainsi, pour éviter une innovation
flagrante et satisfaire en même temps l'empereur, le dikaiophylax
siégeait même avant le prôtekdikos ; on acceptait un cumul, non
la promotion effective d'un archonte ecclésiastique par l'empereur,
puisque l'épi déèséôn reste ce qu'il était pour l'Église.
Dans la suite, nous constatons que le titre reste attaché à l'un
des exôkatakoiloi. Pachymère, ancien didaseale de l'Apôtre, puis
hiéromnèmôn, devient prôtekdikos et cumule la charge de
dikaiophylax 2 ; il succède probablement à Skoutariôtès; le
XIVe siècle offre plusieurs exemples de ce cumul 3 • De la sorte,
l'empereur maintenait son droit de légiférer en la matière et
suivait aussi la tendance politique des Comnène à favoriser les
archontes, à obtenir l'alliance de ce corps, en vue de contrebalancer
la prépondérance du synode. L'Église, de son côté, n'enregistrait
pas ces décrets sans réticence et s'efforçait de les soumettre à la
ligne canonique traditionnelle; le chartophylax Jean Bekkos ne
fut pas étranger certainement à la mise en forme plus souple et
plus correcte de ces mesures autoritaires.
Le même souci de restaurer les institutions se rencontre chez
le patriarche Germain III (1265-1266). Durant son bref passage
sur le trône patriarcal, il se soucia de l'enseignement. L'empereur,
au dire de Pachymère, restaura le clergé impérial des Saints-
Apôtres et des Blachernes, ainsi qu'une école de grammaire à
l'orphelinat Saint-Paul. L'historien ne dit pas où enseignait
Georges Akropolitès ; le patriarche, voyant que ce maître vieillissait,
clf'mande qu'un ecclésiastique soit nommé pour la formation du
eIergé. L'empereur doit donner son consentement, parce que l'élu
du patriarche, Manuel Holobôlos, était en semi-réclusion depuis
son châtiment, vers 1261. Holobôlos est donc nommé rhéteur et
depuis, dit l'historien, son enseignement était accessible à tous
clans l'école 4 • On a bien l'impression qu'il n'y a qu'une école

(1) Sur le sens de 't"LfLtW't"a:'t"oç et t\l't"tfL6't"cx't"oC;, voir p. 123-125.


:~) Voir listes de 1277 el 12R5, p. 532-533; les deux derniers tilres sont restrs fi
l'n lIleur de l 'hisloire.
(3) Voir p. 137-138.
(4) PaclInu'::RF, ,'Hic". Pal. 5, 12, 21 ; Bonn 283-284 = PG, 143, 730-731. L'acte
LES DERNIERS SIÈCLES 111

imporLante (est-ce Saint-Paul?) et que le patriarche veut y


introduire un enseignant ecclésiastique de manière que les jeunes
candidats aux ordres puissent recevoir une formation appropriée.
Le rhéteur retrouve donc le statut qui était le sien au XIIe siècle
et son nom figure sur la plupart des listes ecclésiastiques, tandis
que les rangs auliques ne le considèrent pas comme l'un des leurs l .
Le titre du personnage évolue; on emploie désormais rhéteur des
rhéteurs, qui signifie comme autrefois une fonction d'enseignant
et celle d'orateur dans les cérémonies officielles 2 ; mais le statut
de l'école où il enseigne est aussi flou qu'auparavant.
Durant tout le XIVe siècle n'intervient aucune modification
officielle des rangs. L'épithète de mégas, conféré au chartophylax
Grégoire Koutalès par Andronic IIP, en reconnaissance de son
action au cours des démêlés ayec Andronic Il, passe à ses succes-
seurs. Cela nous indique surtout l'origine impériale du prédicat,
qui ne change rien à la position ct au pouvoir du chartophylax
auprès du patriarche. La collation du titre reste très limitée,
beaucoup plus que celui d'hypertime qui va s'étendre, du XIIIe
au XIVe siècle, à tous les métropolites jusqu'à en devenir synonyme.
Un autre personnage, l'ecclésiarque devient mégas dès le début

impérial est attesté assez nettement et devrait figurer dans Reges/en. Du fait que
l'établissement de Saint-Paul est seul mentionné dans le contexte, il semble que la
nomination d'Holobolos su l'éfère à la même école et que la présence d'un maÎLre
ecclésiastique était destinée à assurer la formation des clercs. L'école Saint-Paul
du XIIIe siècle n'a pas le même statut que l'école Saint-Pierre du Xle-Xllo siècle, où
le patriarche procédait à la nomination de certains maUres: voir p. 70, n. 3.
(1) Les listes auliques du XIVe siècle tendent à traiter de même manière le dikaio-
phylax et le maHre des rhéteurs. Le titre de ce dernier change par rapport au Xlle siècle;
le terme mais/or ne lui est plus appliqué, car on le réserve au maHre de chapelle:
PSF.UDO-KoDINOS, éd. Verpeaux, 190,7. etc. Une fois, le dikaiophylax est à l'intérieur
d'une liste: ibid., 301, Il; une autre fois, il se trouve dans le groupe des titres donnés
à des clercs, après l'hypatos des philosophes cl le prôtos des rhéteurs: ibid., 338,
144-1·1;). On ignore le rapport exact entre dikaiophylax du XIIIe siècle et dikaiodotès
du Xli" siècll' ; l'at.tribution du titre il un clerc devait entraîner fatalement une trans-
formation de la chnrgl'. Le cns du Ilomophylax est dilTérent, parce que c'était une
charge d'ensl'ignant, non de magistrat.
(2) H. G. BEC", J(irche llfld IIzeotogische Literatur, )lüllchen, 1959, 704; au discours
type édité par Previale (BZ, t. 12), il fauL ajouter le logos catéchélique au patriarche
Germain: Vindob. phil. 321 ; son contl'nu doiL avoir une signification historique. Je ne
suis pas cerLain que le LiLt'e de relLlor de la Haute-École patriarcale, avancé par Beck,
convienne parfaitement. Sommes-nous informés de l'existence ct du statut de cette
école?
(3) CANTACllZÈNE, Historia, 2, 1 : Bonn, l, 313, 12 = PG, 153, 4[2 A. Je pense
que l'acLe esL assez caractérisé pour être inscrit dans Regesten (voir fasc. IV, p. 135-
137); celle promotion ne produisit pas beaucoup d'elTet sur [es cont.emporains;
l'épithète ne figure pas régulièrement dans les listes des manuels postérieurs à cette
date.
112 APERÇU HISTORIQUE SUR L'ÉVOLUTION DES OFFICES

du XIVe siècle; mais l'origine et l'évolution du titre sont assez


obscures l • Le plus étonnant, dans son cas, c'est qu'il ne figure
pas dans le Pseudo-Kodinos et les listes apparentées où il pourrait
prendre place, ni dans les listes ecclésiastiques de la même époque,
bien que plusieurs titulaires soient connus. Il n'entre dans la
hiérarchie des archontes qu'au début du xv e siècle, où nous le
retrouverons dans l'étude des listes.
Du côté patriarcal, au XIVe siècle, nous avons deux actes
importants pour l'époque : Calliste l institue des exarques du
clergé et Matthieu l public une hypotypôsis sur les exôkatakoiloi.
Mais pour bien comprendre l'originalité relative de ces décrets, il
faut examiner d'abord l'état général de la hiérarchie d'après la
pratique synodale.

2. Lisies de présence synodales du XI Ile siècle.


Quelque cent ans après les listes du XIIe siècle, dans le dernier
quart du XIIIe siècle, où l'on assiste aux essais d'union des deux
Églises grecque ct romaine, trois listes d'archontes témoignent des
efforts déployés par les empereurs et les patriarches pour rallier
à leur politique la foule remuante du clergé de la capitale. Donnons
d'abord le signalement de ces listes.
A. Février 1274 : lettre synodale, sans participation du patriarche
(Joseph 1) ; sont mentionnés dans le protocole les métropolites et
les archontes; la lettre est signée par le chartophylax Jean Bekkos
qui cumule la fonction de skévophylax. Le texte n'est connu qu'en
version latine du registre Vatican, reproduite en divers recueils 2 •
En juin 1274, le pape Grégoire X répond aux métropolites et
aux archontes; la liste doit être la même, mais le registre a laissé
des blancs; il n'y a pas à tenir compte ici de la seconde lettre.
Mais les diverses recensions de la première lettre contiennent
plusieurs variantes de traduction.
B. 1277. Liste des signataires de l'engagement exigé du clergé
au sujet de l'union avec Rome; texte inédit 3 •

(1) Voir pp. 136 et 285-287.


(2) La liste de février 1274 est éditée par A. L. TAI'Tt:, Fon/es (ser. III, vol. V, l. 1),
Roma, 1952, p. 124-127. B. RODlma, Die Union zwisc!len der gl'Ïechischen Kirche
und der laleinischen Kirche auf den! J J. ](onzil von Lyon (Banner lIisl. Forsch. band 24).
Bonn, 1964, p. 256-257 : tables comparatives des diverses recensions du texte; à juger
par le seul aspect des variantes, il semble qu'il existe deux traductions du grec
indépendantes.
(3) Extrait de Vatican. Chigi 54 (R VI a) (connu par une copie du R. P. V. Laurent).
La date sc déduit du fait que les envoyés du pape, partis :lVec Georges !\1étochitès
de Rome, durent rebrousser chemin, au milieu de 1276; ils allaient précisément recueillir
LES DERNIERS SIÈCLES 113

C. 1285. Liste des signataires du synode des Blachernes, en


12851 •
On n'a pas de peine à imaginer que ces lisLes, surtout la troisième,
reflètent les graves diflicultés intérieures du patriarcat: au problème
de l'Union s'ajoute celui de la succession patriarcale troublée par
les partisans du patriarche Arsène. Ces listes ont même signification
fondamentale qu'au XIIe siècle. Bien que les signatures de 1277
soient apposées sur une formule de rédaction synodale 2 , durant
toute la période et dans tous ces actes, le pouvoir impérial intervient
directement ou indirectement. Les trois listes sont peu favorables
pour une étude d'ensemble de la hiérarchie; les deux dernières,
en donnant le nom des archontes, nous fournissent un exemple
caractéristique du trouble que provoque l'arbitraire jusque dans la
rédaction des actes, car les signatures de 1185, en complet désordre,
ne peuvent provenir d'un acte régulier de chancellerie: le groupe
des archontes, après les deux premiers, tourne au chaos. Comme
il n'y a plus que deux listes régulières, un tableau général devient
inutile; je me contente d'examiner les mêmes groupes qu'au
XIIe siècle d'après les textes originaux (voir pp. 531-533).

a. Classe supérieure.

Elle comprend au total les archontes suivants :

A
---_._, -;-------I_-- c_-_-_·~~_II

archidiacre (impcrial)
grand économe grand économe
'2 sacellaire
(3) skévophylax el
1 (4) chartophylax (signataire) ,2 chartophylax (archid. imp.) chartophylax
3 sakelliou (èt dikaioph.)
1 ;) prôtekdikos l4
1
prôtekdikos 2 prOtekdikos

les adhésions du clergé à la politique d'union: M. H. LAURENT, Le bienheureu.x


Innocent V (Pierre de Tarentaise) et son temps, (Studi e Testi, 1'29), Rome, 1947,
p. '284-285.
(1) Texte édité par V. LAL'RBNT,~ Les signataires du second synode des Blachernes ~,
É'chos d'Or. ,26 (1927), 148-149.
(2) La formule a pour titre t:YYPlXcpOc; à:acpiXÀeLIX et son début présente le texte
comme T01LOYPlXcpLIX aU'Jo8Lx1j. L'appellation de lamas intervient pour des actes d'une
certaine solennité et qui ont quelque rapport avec un problème politique et le pouvoir
impérial; ainsi Balsamon qualifie 1'61-.I.OU 1'cXçL'J ~xoualX l'ordonnance de Luc sur les
cumuls : Regesles, 1048.
114 APEHÇU HISTORIQUE SUR L'ÉVOLUTION DES OFFICES

Non plus qu'au XIIe siècle, l'archidiacre n'est un archonte. La


liste synodale A en signale deux; du premier, elle dit qu'il appartient
au clergé impérial et du second, qu'il fait partie du clergé commun.
Nous ignorons le nom du second; le premier doit être déjà
Constantin Méliténiôtès, que nous voyons partir en ambassade en
1270 et assister à la mort de Louis IX, à Tunis, en compagnie
de Jean Bekkos, chartophylax1 . Lorsqu'à son tour il devient
chartophylax, après l'élévation de Bekkos au patriarcat, son titre
d'archidiacre ne joue plus aucun rôle apparent et le chartophylax
siège à son rang ordinaire. L'existence de deux archidiacres
impériaux est clairement attestée par Pachymère et Grégoras 2 ;
l'un est Constantin :Méliténiôtès et l'autre Georges Métochitès, et
leur titre doit correspondre à la restauration d'un clergé impérial
aux Saints-Apôtres et aux Blachernes par Michel VIII. Il y a
évidemment un archidiacre à Sainte-Sophie, mais il reste dans
l'ombre. L'absence d'un skévophylax jusqu'en 1285 provient
peut-être d'une éclipse temporaire de l'office, cumulé par un
archonte voisin, comme c'est le cas de Jean Bekkos en A; mais,
après lui, il faudrait supposer que le poste est occupé par le
sacellaire. Mieux vaut ne bâtir aucune hypothèse sur le silence des
documents et l'absence d'un nom. Ainsi, en 1278, alors que le
chartophylax existe, un certificat d'acte extrait du registre, qui
devrait porter sa signature, est corroboré par celle du grand-
économe 3 ; celui-ci assure donc une suppléance du chartophylax,
absent ou malade. Nous remarquons, en B 3, que Théodore
Skoutariôtès occupe le titre et le rang depuis le prostagma de 1270 4 •
b. Classe moyenne.
Elle comprend logothète ct canstrisios dans la liste A ; après le
canstrisios, B connaît le référendaire et l'hypomnèmatographe,
tandis que C devient aberrant: de 3 à 10 nous trouvons l'épi
sékrétôn, le hiéromnèmôn 5 , le référendaire, trois diacres, l'archôn
phôtôn, le canstrisios en complet désordre. Durant toute cette
période, il y a aussi éclipse du protonotaire, le chef de file de la

(1) PACHYMÈRE, .Mich. Pal., :>, 9 : Bonn, 361 = PG, 143, 1'13 A ; cf. l1egeslen, 1974.
(2) Les deux sont nommés, ct comme basililwi : PACIlYMERE, Andr. Pal. 1, 6 :
Bonn 21 = PG, 144, 27 A. GRÉGORAS, lIist. :i, 7 : Bonn 130 = PG 118,269 B. Ce
témoignage dissipe toute confusion possible avec un archidiacre de la Grande (:glise.
Par comparaison avec la liste A du XIIe siècle (p. 100) on pOUl'rait admettre que celui
de 1156 est également impérial, en raison de sa préséance.
(3) Acte édité par M. GÉDÉO:>l, 'ApXE:'iov hXÀ'Y)CHetO'TLXT,Ç ÎO'Top(ar;ç (Istanbul), 1911,
p. 47 ; affaire concernant un chartophylax de Smyrne.
(4) Voir p. 109, 11. 3.
(5) Georges Pachymère, didascale de l'Apôtre en 1277 (A 101
LES DERNIERS SIÈCLES 115

classe, même dans les autres sources contemporaines1 . Ennn, par


rapport au XIIe siècle, le seul changement interne consiste à faire
passer le logothète au second rang, avant le canstrisios 2 •

c. Classe inférieure.
Je prends comme limites le hiéromnèmôn et les notaires de A-B
la liste C, ajoutée pour mémoire, est inorganique.
A B C
8 hièromnèmôn !) archûn phùLôll
7 épi kriseôn voir 15 10 canstrisios
8 épi kntastaseôs' voir 19 11 hypomimnèskùlI
9 épi sékrélôn \) épi sékrélôn 12 épi gonatôlI
10 didascale Ap. 10 didascale Ap. 13 épi katastase<is
11 prirnicier des notaires 11 primicicr des notaires 14 épi kriséôn
12 archonte des églises 12 archonLe des églises 15 notaire diacre
13 épi déèseôn voir 17 16 archôn antiminsioll
14 hypomimnèskôn 13 hypornimnèskôn 17 notaire diacre
14 didascale Psautier 18 ostiarios a
voir 7 15 épi kriseôn 1!) nomophylax
16 épi gonatôn 20 notaire diacre
voir 13 17 épi déèseôn
18 archonte des monast.
voir 8 19 épi katasLaseôs
1;') ostiarioi (a) 20 ostiarios a
ostiarioi (b) 'lI ostiarios b
16 notaires 22-:H diacres et notaires

La place du hiéromnèmôn prend toute sa signiflcation en A-B ;


aucun des inférieurs ne franchit habituellement son rang, eL en
dessous de lui ne se forme aucun groupe vraiment spécifique
jusqu'aux notaires. Les variations de rang dépendent des conditions
de promotion, y compris la volonté du promoteur et l'ancienneté.
Ainsi, dans les deux listes, nous retrouvons le primicier des notaires
dans le même entourage; mais la progression du primicier, qui
paraît être à l'époque le simple doyen des notaires, est exception-
nelle 4 • Son rang ne surprend plus lorsque l'on connaît le nom du
titulaire; il s'appelle Georges Bekkos 5 • Il doit donc la place il sa

(1) Celui que cite Gl'orges MéLochitès, en 1285-1286, doit être le protonotaire
impérial: Hisi. Dogm., 3,5, éd. Mai, Pairum nova bibl., p. 3'21 (col. 1); le protonotaire
est l'nvoyé par l'cmperl'ur avec d'alllrl's officiers.
('Z) Les notices corroborent cet ordre, devenu régulier au XIII" siècle; voir p. 201.
(3) Dans les rcct'nsions latinl's on remarque les variantl's : qui in sacra ordinaiione,
qui super sacram constilutionem, traduisant: br/. TIjc; te:pic; XCXTCl't'CXcrTcicre:wc; ; la compa-
raison est parfois nécessaire pour ath'indre le terme grcc : noLe ;), p. 116.
(4) Les listes ne le séparent pas habituellement des notaires, avec lesquels il fait
corps, selon le type de la liste L, nO 31 ; voir p. 564.
(5) Il devait être assez jeune à l'époque, s'il faut l'identifier avec le grand économe
116 APERÇU HISTORIQUE SUR L'ÉVOLUTION DES OFFICES

parenté avec le patriarche; cela explique peut-être aussi l'absence


du protonotaire, dont ce primicier pouvait tenir lieu auprès de
son parent, ancien chartophylax. On remarque enfin que la
préséance réelle ne tient aucun compte de ce groupement très
factice opéré dans les listes du temps d'après la forme de titulatureI;
ni les «( épi 1) ni les « archôn 1) ne sont jamais réunis ensemble, comme
s'ils formaient un corps spécial. Par rapport au XIIe siècle, les
ostiaires sont nettement dépréciés et perdent plusieurs rangs.
L'anarchie de la liste C a un sens historique et diplomatique.
Ces signatures sont obtenues une à une, au fUr et à mesure que
chaque archonte se décide, et non au cours d'une séance plénière
et normale. Évidemment nous n'avons pas l'original ct les copies
ont accentué peut-être le désordre 2 ; néanmoins l'éparpillement des
notaires, le déclassement d'un canstrisios et d'un nomophylax
prouvent bien qu'ils n'ont pas signé en ordre.
d. Groupe subsidiaire : le clergé.
De même que l'archidiacre impérial signe en tête (liste A),
comme hors des archontes, les membres du clergé qui viennent
après les notaires ne font pas partie de la hiérarchie diaconale et
archontale. Au XIIe siècle, nous n'avons trouvé à cette place qu'un
deutéreuân 3 ; ici, comme dans les notices de l"époque4, se constitue
un véritable regroupement de ministres du culte qui tendent à se
joindre aux archontes.
A D e
decllnus-protopapas i archonte évangile protopapas im}Jérial
et prêtres archonte phôlôn archidiacre
archidiacre archonte anliminsion prHres
et diacres communs domestikos diacres
domestiques protopapas et deuléreuôn
chanlres et Iccteu rs deutéreu/m des diacres

Bekkos (sans prénom connu), correspondant de Grégoras, qui le considère comme


un maître: R, GlIILLAl'D, COl'respondance de Nicéphore Gré (Joras, Paris, 1927, p. 103;
voir ci-dessous, p. 308, n. 3, autre mention avec le nom de Georges.
Il) Le procédé fait son apparition dans la notice G ; voir p. 205-206.
(2) La liste des métropolites présente des anomalies semblable V. LAVRENT,
arl. cil., p. 131-148.
(3) Voir p. 100, A 15.
(4) Jean de Kitros donne l'exemple; voir p. 175-178.
(5) Dans cette traduction latine, decanus ne fait pas allusion au 8e:xocv6ç byzantin
(lui t'st lm employé lrès bas dans l'Église; au pluriel, comme les depotatoi, ils figurent
au demir.r rang des bénéficiaires de distributions: De Cer. II, 55, Bonn 801. Sur les
divers sens du mot voir R. GUILLAND, Recherches sur les instilutions byzantines,
Amsterdam, 1967, II, p. 89-91 (= REB, 5 (1947), 90-100).
LES DERNIERS SIÈCLES 117

Les trois listes n'ont pas même valeur, bien qu'elles expriment
une même tendance. En A, le classement est hiérarchique et très
régulier. En C, il y a également un certain ordre, bien que les
signatures de prêtres et de diacres soient mêlées, mais le groupe
du clergé impérial n'a rien à voir avec les archontes du patriarche:
ces signatures sont précédées dans les manuscrits de EIXe: XIXL,
annonçant un groupe différent et qui pouvait être disposé dans
l'original de manière à indiquer la séparation réelle des signatures.
La liste B est très curieuse; en effet le groupe des trois « archôn »,
que l'on ne trouve pas encore au XIIe siècle, paraît constitué
réellement par des prêtres; l'archonte phôtôn, du moins au dire
de Jean de Kitros 1 , en était un. Mais prêtres ou diacres, ce sont
avant tous des offtciers liturgiques. Autre anomalie surprenante :
le protopapas se dit en même temps deutéreuôn (des prêtres). On
ne voit pas comment un titulaire peut devenir son propre vicaire,
à moins que le terme deutéreuôn n'ait perdu, comme il est probable,
son sens étymologique et que le protopapas ne cumule les deux
fonctions dans la liturgie 2 •
Ces listes donnent donc l'impression que les archontes sont
moins isolés qu'autrefois du reste du clergé et que leur classe tend
à perdre son homogénéité. Cela tient à des influences politiques;
le pouvoir cherche à entraîner l'adhésion du plus grand nombre
et le chartophylax joue un rôle prépondérant : en 1274, Jean
Bekkos signe l'envoi de la lettre et, en 1285, son adversaire,
Georges Moschampar, contribue sans doute à la collecte des
signatures parmi les archontes. Il est probable aussi qu'un certain
nombre de titres archontaux sont devenus honorifiques, ne
comportant plus de charges bien définies; c'est pourquoi, autour
de ces archontes secondaires sans grand pouvoir, apparaissent les
membres du clergé commun, plus influents et plus représentatifs
des groupes sociaux.

3. Listes provinciales.
A partir du XIIIe siècle, des listes d'archontes diocésains plus
fréquentes et plus étoffées soutiennent une comparaison avec celles
de la capitale. Les métropoles tendaient à reproduire le système
donné en modèle par la Grande Église, mais il s'en faut de beaucoup
que la hiérarchie complète fût accessible à toutes les métropoles
et aux simples évêchés. Seule peut-être Thessalonique avait les

(1) Voir p. 179.


(2) Ce cumul curieux est cependant attesté par une autre signature de 1392
(ci-dessous, p. 135, n. 4). Peut-être ce protopapas exerce-t-illa fonction de deutereuOn
dans un colIcge presbytéral autre que celui où il est en tête des prêtres.
118 APEnçU HISTORIQUE sun L'ÉVOLUTION DES OFFICES

moyens de rivaliser avec la capitale. Les renseignements concernant


la période antérifure proviennent en majeure partie des actes de
l'Athos et de quelques officialités épiscopales en rapport avec le
centre monastique. Divers actes, de 897 à 11181, mentionnent des
titres communs; on peut en tirer parti pour la définition du sens
usuel de quelques noms. Ainsi les quatre desservants d'une petite
église, en 897, sont le protopapas, le prêtre, le diacre kouboukleisios
ct un clerc; il est évident que l'on ne peut assimiler dans ce cas
le kouboukleisios diacre au gardien des reliques 2 • Il importe donc
en premier lieu, comme pour les offices de la Grande Église,
d'observer l'ordre chronologique; mais en plus il faudrait disposer
d'un répertoire des termes selon leur répartition géographique, qui
n'est pas près d'être réalisé. Alors seulement la comparaison avec
la capitale serait profitable. Depuis la constitution du patriarcat,
les influences du dehors tendent à s'annuler, tandis qu'auparavant
les titres ont fait leur apparition à Alexandrie, Antioche, dans les
grandes métropoles d'Asie Mineure et à Rome. A l'époque qui
nous intéresse, nous pouvons éliminer de la hiérarchie centrale des
noms très fréquents en province (nomikos, taboularios), à plus
forte raison des termes excentriques comme katogyriarès et
boutistès 3 • Dans tout le patriarcat, l'influence de l'usage constan-
tinopolitain s'impose sans éliminer tout particularisme; les
institutions tendaient à copier celles de la capitale avec d'autant
plus de fidélité que la plupart des métropolites y étaient formés
et sortaient souvent du rang des archontes: tels les deux principaux
auteurs d'actes au XIIIe siècle, Jean de Naupacte (Apokaukos) et
Dèmètrios Chomatènos de Bulgarie.
Le cartulaire de la Théotokos de Lembos a enregistré bon
nombre d'actes où apparaissent les archontes de la métropole de
Smyrne, à partir de 1208 jusqu'à la fin du siècle; durant la même
période, du moins jusqu'en 1260-1270, nous ne disposons d'aucune
source de renseignement comparable pour le patriarcat. Je recours
à la monographie sur la région de Smyrne qui a étudié les actes
méthodiquement 4 • Partons de la liste des offices mentionnés.

(1) Dates de deux lis Les réelles: acte Laura 1 (éd. Rouillard); acte de l'église de
Chandax : MM, VI, 98-99 (signatures).
(2) C'est un sens recueilli par Goar d'un grec erudilissimus, qui lui proposa la
traduction: eus/os clavis labernaculi! Voir Euchologion (lre éd.), 291, bas de la colonne 2.
Pour mémoire, je note que Dompaire (Xiropo/. 52) renvoie, au sujet du titre, à Schalz.,
et Dôlger, à son Lour, à Meyer ct De Meester ; ce dernier précise eus/os reliquiarum
(De monachico statu, p. 256), sans aucune justification d'après les sources qu'il cite.
{;Ile fonction ne peut vraiment être définie, lorsqu'elle est indécise, qu'en remonLant
aux sources diplomatiques et juridiques; mais encore fau l-il préciser la provenance
de ces sources.
(3) Propres à la notice K ; voir p. 237.
(4) Hélène AHRWEILl'R, L 'his/oire e/ la géographie de la région de Smyrne entre les
LES DEHNIEHS SIÈCLES 119

Classe superIeure grand économe, sacellaire, skévophylax,


chartophylax, sakelliou, prôtekdikos.
Classe moyenne : protonotaire, canstrisios, logothète, référen-
daire, hypomnèmatographe.
Classe inférieure: archonte des monastères, archonte des églises,
épi déèseôn, primicier des taboularioi, domestikos, protopsaltès,
proto papas, deutéreuôn des prêtres, deutereuôn des diacres,
nomikos, taboularios.

Ce classemenL est déjà trompeur, puisque les listes sont toujours


partielles et ne rendent pas compte de la préséance globale l • Seul
le groupe supérieur apparaît assez régulièrement dans plusieurs
actes, de même que le protonotaire et le logothète ; les autres font
de rares apparitions, sauf des fonctionnaires communs: nomikos
et taboularios. En général, dans les signatures, le grand-économe
est en tête; une fois cependant, le chartophylax est premier et
nous savons que c'est le sacellaire de 1263, devenu chartophylax
en 1274. Cet exemple confirme peut-être la remarque de Jean de
Kitros, que les métropolites changent l'ordre à leur gré, sans faire
aucun cas de la coutume. La promotion du chartophylax, en 1274,
a quelque chose d'arbitraire par rapport à 1263, où il vient après
l'économe ct le sacellaire 2 • On peut avancer un motif plausible de
ce changement: le sacellaire ayant un rang supérieur, ce serait le
déclasser personnellement que de le faire siéger au-dessous de son
rang antérieur, lorsqu'on le nomme chartophylax. Le rang, dans
ce cas, va à la personne qui le mérite, non à l'office comme tel;
le critère est plus subjectif, mais encore juste et rationnel. Les
mêmes variantes, pour des causes indéterminées, affectent les
autres offices. Le rang du prôtekdikos s'élève progressivement et
finit par atteindre l'ordre nouveau créé par le décret de Georges II
Xiphilinos ; il passe une fois après le protonotaire en 1242, mais il

deux occupations turques (1081-1317), parliClllièremenl au X II le siècle (Trav. et Mém. 1l,


Paris, HJ65, p. 108-121. L'auteur donne un total de 26 dignitaires (p. 103, n. 171);
je ne cite que les fonctionnaires proprement dits, omettant des noms communs du
clergé sans office caractérisé.
(1) Pour l'utilisation des listes, il faut tenir compte de la chronologie; je relève
les dates suivantes d'après l'êtude ciLée, avec la page de l'Mition \\lM, IV: 1208 (p. 181),
1210 (p. 121), 1230 (p. 50-51), 1232 (p. 190), 1236 (p. 194), 1237 (p. 43 et 53-54), 1242
(p. 69), 1257 (p. 163-164), 1257 (p. 72), 1263 (p. 156-157), 1274 (p. 108-109), 1287
(p. 278).
(2) La préséance du charLophy1ax parail liée à une alTaire intérieure qui trouble
la métropole: H. AHRWEILER, p. 109; le texte édité par A. Papadopoulos-Kerameus,
cité en cet endroit (d'après az, 5 (1896), 228), doit être celui qu'édita aussi Gédéon
(n. 3, p. 114, ci-dessus).
120 APERÇU HISTORIQUE SUR L'ÉVOLUTION DES OFFICES

est avant le hiéromnèmôn et l'hypomnèmatographe en 1257 et


avant le protonotaire en 1274, ce qui équivaut à la place d'un
exôkatakoilos. Ceux-ci prennent l'épithète mégas selon l'usage de
Constantinople, mais de façon irrégulière; l'économe le prend le
plus souvent, puis le sacellaire (trois fois: en 1257, 1263 et 1274),
et le skévophylax une fois, en 1274 ; mais à cette date, l'économe
l'omet. Sur ce point, les archontes de province cherchent à se
modeler sur ceux de la capitale l ; la contamination est sporadique
et certainement progressive; à la fin du XIVe siècle, un formulaire
de chancellerie dira simplement que le métropolite s'adresse à ses
propres archontes comme le patriarche à ceux de la Grande Église 2 ,
c'est-à-dire en employant la même titulature ; le titre est honori-
fique et n'ajoute rien à la juridiction.
Le caractère de cette hiérarchie de province diffère de celle de
la capitale: le sens premier d'office diaconal est à peu près perdu.
Parmi les archontes, le nombre des prêtres dépasse sensiblement
celui des diacres et il n'y a plus aucun rapport entre la nature de
l'office et le degré de l'ordre sacramentel; dans un acte de Lemnos
(novembre 1321), les sept archontes, du grand-économe au
nomikos, sont prêtres 3 • A Smyrne, presque tous les archontes
supérieurs cumulent le titre de leur fonction avec celui de nomikos
ou taboularios. Les plus élevés (économe à chartophylax) ne le
mentionnent plus; ils ne dédaignent pas cependant de mettre la
main à la plume comme simples greffiers et dans ce cas ils signent
en dernier après les témoins: le grand économe, en 1236 (MM IV,
p. 194), le chartophylax, en 1208 (p. 184). Les inférieurs appartien-
nent encore à la profession active: le sakelliou (MM IV, p. 109),
le prôtekdikos (p. 153) et la plupart des autres. Les taboularioi
ont leur primicier, dont le titre est cumulé avec celui du sacel1aire,
du sakelliou, du prôtekdikos; un seul de ces primiciers se dit
simple prêtre et nomikos (p. 165)4. Il s'ensuit, semble-t-il, que seuls
les très hauts fonctionnaires, de l'économe au chartophylax,
étaient réellement détachés et se consacraient exclusivement à
l'administration centrale de la métropole. Mais il est impossible

(1) Il Y a un grand économe à Thessalonique en 1295 : Schalzlc., 51/60, p. 168;


le titre doit se propager par initiatives individuelles des métropolites ct des archontes.
(2) PG, 107, 405 A, 413 D; nouvelle édition: Heu. des É't. Ryz., 27 (1969), p. 65,
§ 73.
(3) Acte inédit du dossier de Lavra, consulté aux Hautes-Études.
(4) La métropole de Smyrne ne connait pas de notaires; ce doit être un indice de
terminologie locale: voir ci-dessous, p. 281. On ne voit pas ce qui distingue dans la
pratique le nomikos du taLoularios ; voir le relevé de II. AllIlWEILER, op. cil., p. 115-121.
Néanmoins le nomikos parait toujours affecLé à un lieu, XWplX ou ~\lOp[IX, tandis que
le taboularios (litre cumulé de préférence par les archontes) se rattache de préférence
à la métropole; ce dernier litre serait donc plus proche que nomikos de (e notaire de
la Grande Église e.
LES DERNIERS SIÈCLES 121

de déterminer pour chacun et pour tous les inférieurs dans quelle


mesure un titre devient honorifique ou signifie des responsabilités
concrètes. Nous voyons par exemple le protopapas de l'énoria de
Leukè s'intituler : te:pEtli;, XÀ'YjpLXOC; '6jc; IiYLw"ciTIlc; fL"rJ"P07tOÀEWC;
LfLUP'J'1]C;, aLaciaxcxÀoc; ,,(;J'J Eùcxyye:ÀLW'J, 'J0fL~xoC; xcxl 7tpw't"o7tcx7tciC; 't".:rjc;
È.'JOpLCXçl. Les fonctions les plus proches du lieu d'exercice, proto-
papas et nomikos, exigent la résidence habituelle à plus de trente
kilomètres du centre; comme didascale de l'Évangile, ce protopapas
ne pouvait guère passer pour un recteur d'université ou d'académie;
c'est un titre honorifique ou une fonction locale secondaire d'ensei-
gnant et de prédicateur.
Dans la titulature des ecclésiastiques de tout ordre (prêtre,
diacre, anagnôstès) l'appellation «( clerc de la métropole) signifie
d'abord l'appartenance au service liturgique de la cathédrale; en
cas de cumul, l'exercice d'un emploi en plus du service liturgique,
sinon l'exercice de l'emploi et le rappel de l'appartenance honori-
fique au clergé métropolitain. En pratique, un clerc attaché au
service du culte peut exercer une profession de tabellion et homme
de loi dans la ville où il réside et dans les environs immédiats,
si le service à l'église est assuré, comme à Sainte-Sophie, par
roulement hebdomadaire 2 • Mais la participation de certains clercs
à des actes notariés se borne souvent au rôle de témoin; des
personnages comme le domestikos ou le prôtopsaltès n'exercent
aucune fonction extérieure et il doit en être de même des trois
titres liturgiques spéciaux : protopapas et son deutéreuôn, archi-
diacre (non mentionné à Smyrne) et son deutéreuôn. Le protopapas
de la métropole, Nicolas Barypatès (MM IV, p. 109), était aupara-
vant deutéreuôn (p. 157, 164, 170), c'est-à-dire deutereuôn des
prêtres, puisque celui des diacres signe après lui en 1257 (p. 164).
Le protopapas de Leukè maintient son titre de prêtre-clerc de la
métropole, en souvenir certainement de sa première affectation;
ses occupations et son éloignement lui interdisaient tout service
régulier au centre.
Les archontes de province sont généralement moins nombreux
qu'à Smyrne. Après l'édition des actes de l'Athos, nous disposerons
d'une base élargie pour quelques statistiques concernant des
métropoles plus modestes, Serrès, Zichna, Mélénikon par exemple 3 ;

(1) MM, IV, 116 j H. AHRWEILER, op. cil., p. 117; la signature est du scribe de
l'acte.
(2) Le service de semaine est bien attesté à Sainte-Sophie de plusieurs faCcons;
voir surLout l'ordonnance d'Antoine III (flegesles, 7\)8), pour citer un acte qui établit
un rapport entre celte forme de service ct le traitement du clergé.
(3) Voir, entre autres, les actes: Chi!. 129, 140, 141-144, 146, 147; Esph. 16;
Ku/{. 7,8,21; Zogr. 31, tous du XIV· siècle. Ce sont des actes de l'ollicialité diocésaine,

5
122 APEUÇU HISTORIQUE SUR L'ÉVOLUTION DES OFFICES

on y retrouve les mêmes archontes supérieurs et beaucoup moins


d'inférieurs, ou l'un ou l'autre de manière sporadique. NuIIe part
évidemment ces archontes ne se présentent comme chefs d'un
sékréton avec des chartulaires et des notaires; ils opèrent en
coIIège et forment entre eux un tribunal diocésain qui diffère
totalement de celui de Constantinople, sauf vers la fin du
XIVe siècle; à cette date, la capitale et les archontes qui entourent
le patriarche prennent l'aspect d'une petite viIIe de province et
d'une officialité diocésaine. Mais la proportion des diacres semble
toujours supérieure dans la capitale; il arrive cependant, en 13681,
que le chartophylax et le prôtekdikos sont prêtres, et le fait a pu
se reproduire beaucoup plus souvent. Le problème de préséance
ne se posait plus et le mélange habituel de tous les ordres dans
l'administration n'a pas suscité de difficultés notables. Le danger
qui menaçait toute la structure hiérarchique à la fin du XIIIe siècle,
sous l'impulsion des Arsénites, partisans d'un pouvoir spirituel et
invisible, n'eut pas de conséquences durables pour la constitution
de l'Église orthodoxe, sauf peut-être une influence plus marquée
du monachisme sur le patriarcat durant tout le XIVe siècIe 2 •

4. TiluZalure el classes d'archontes au X IVe siècle.


Tandis que les manuels adoptent un classement numérique qui
n'est jamais indiqué d'une manière quelconque dans les actes, la
chancellerie du XIVe siècle utilise une gamme de qualificatifs
officiels mentionnés expressément par l'Eklhésis dite de Nil.
L'adresse ou la salutation d'un archonte spécifie une classe
honorifique :
'n(.LLWTtXTOÇ du grand économe au prôtekdikos ;
a~oqnÀl(J"TtXTOÇ du protonotaire à l'hypomnèmatographe ;
, ,
e:VTL(.LO't"tX't"Oç du hiéromnèmôn à la fin 3.

Comme au Palais, les qualificatifs varient d'une époque à


l'autre 4 • Mais pour tracer une ligne d'évolution et dresser un

non d'un synode, comme il en existe cependant quelques-uns en province, exactement


scmblables à ceux de la capilale ; les recueils les plus nombreux appartiennent à Jean
Apokaukos de N aupacle cl à Dèmètrios Chomatènos d'Achrida. C'est peut-être l'éclipse
du synode de la capitale qui provoqua cettc éclosion au débul du XIIIe siècle.
(1) Tomos contre Kydonès : PG, 151, 716.
(2) Indice premier; durant tout le siècle, les patriarches issus du monachisme
prédominent.
(3) PG, 107,405 A; nouvelle édition (Rev. des É1. Byz., 27, 1969), p. 51, § 30.
(4) L. BRÉlIIER, Le Monde Byzantin, 2, 102-103; n. GUïLLAND, Recherches sur les
institutions byzanlines, Amsterdam, 1967, l, 23-29.
LES DERNIERS SIÈCLES 123
tableau général, il faudrait disposer d'une quantité suffisante
d'ad<:s rn forme diplomatique. Ainsi dans des lettres d'origine
variée, on constate, au xe sièclc, que 6e:ocp~J..écr"t"oc"t"oç s'adresse
généralement à un métropolite et "t"~!L~w,oc"t"oç à des moines et des
laïcs l . Lc style change avec le temps. Dès les premières mentions
d'archontes cn synode, ils sont désignés en corps comme 6e:ocp~J..écr"t"oc­
"t"OL vers le milieu du XIIe siècle 2, ce qui pouvait les assimiler aux
évêques eux-mêmes; inversement, le termc n!Ltw"t"oc"t"oç se revalorise,
quand on le réserve aux èçwxoc"t"OCX.OtÀOL. Sur ce point, les documents
extérieurs, c'est-à-dirc non issus de la chancellerie ellc-même, ne
serviront de rien, parce que l'auteur d'une lettre privée, et encore
plus d'un discours, n'est jamais contraint de se conformer à l'usage
de chancellerie. Ainsi Tzetzès, dans deux lettres qui prennent
tournure de démarche officielle, met sur l'adresse du chartophylax :
x.up(~ x.uptw"t"lh~ et le salue : &YLW"t"OC"t"e: Mc:rno"t"oc, comme on ferait au
patriarche; le didascale ordinaire reçoit un 6e:ocp tÀécr"t"oc"t"6ç !L0L
ae:c:rno"OJç3. Une chancellerie est beaucoup plus stricte. Par exemple,
en 1186, le chartophylax est "t"L!LtW"t"OC"t"Oç4 et, en 1270, la distinction
entre "t"L!LLW"t"OC"t"OÇ et ~v"t"L!L6"t"oc"t"oç dans les deux actes de Michel VIII6
nous indique que la division commune du XIVe siècle est bien
enracinée dans l'usage antérieur.

a. Répartition des archontes en classes.


La connaissance du prédicat honorifique d'un assez grand
nombre d'archontes cités par les actes nous permet de vérifier
l'application de la règle durant tout le XIVe siècle par la chancellerie
ellc-même. Inutile de relever les mcntions de la classe des "t"L!LLW"t"OC"t"Ot.
Qu'ils paraissent en groupe ou isolés, les exôkatakoiloi sont toujours
qualifiés de la sorte'; cependant, lorsqu'ils sont réunis avec un

(1) J. D.4.RROUZÈS, Épistoliers byzantins du Xe siècle, Paris, 1960; index p. 409


et 423.
(2) Première fois, à ma connaissance en 1156; voir liste A, p. 5'29 : Regestes, 1038 ;
PG 140, 149 A : corriger 8e:cr7t"o-rwv en 8e:cr7t"onxwv. En 1092, Oe:oqnÀ~cr'TIX'TOC; est enCOre
réservé aux métropolites : Regestes, 965-966; PG, 119, 764-765; HH.4.LLÈS-POTLÈS,
Syntagma, 5, 58-59. Mais le chartophylax, isolé, en 1082, esl dit déjà n(.ud>'TIXTOC; ;
procès d'Halos, Regesles, 9'26; lexte : Izvestija (Inst. Arch. nusse de CP), 2 (1897),
35, 4.
(3) Lettres 14 et 32; éd. Pressel, p. 15 cl 90.
(4) JGR, ZEPOS, l, 43'2, 7; à la même date le métropolite est !e:p6l'TIXTOC;. On ne
peut distinguer à quelle date les qualificatifs !e:PW't"IX-rOC;, 't"LfLLW-rIX't"OC; et 6e:OqlLÀÉcr't"iX-rOC;
se spécialisent pour désigner une classe. Voir par exemple negestes, 833 et 839 (eschato-
cole reproduit), où les trois s'appliquent à des métropoliles.
(5) Cités p. 109, n. 3.
(6) A partir d'ici les renvois à MM, avec numéro d'acte, se font aux tomes I-II,
qui ont une numération continue; la page est signalée en cas de besoin avec l'indicaLion
124 APEnçu HISTORIQUE SUR L'ÉVOLUTION DES OFFICES

groupe d'inférieurs plus ou moins étendu, il arrive que l'on emploie


l'autre terme traditionnel qui s'applique au reste des archontes:
ee:oqHÀÉcr"t'(X't"Ol. &px,OV"t'e:çl ; de toute façon, les supérieurs représentent
une élite: ÀoyiXôe:ç, ou 7tp6X.PI.'OL 2 •
Les membres de la deuxième classe sont tous représentés avec
ee:oqHÀécr't"(X"t'oç : le protonotaire Manuel Balsamon (MM, II, p. 503) ;
le canstrisios Georges Perdikès (l, 349); le logothète Manuel
Balsamon (II, 355) ; le référendaire Manuel Chrysokoukès (II, 385,
avec deux confrères de même grade); l'hypomnèmatographe
Akindynos Perdikès (II, 358, ligne 19, avec distinction du limiôlalos
sakelliou). Le mégas protopapas reçoit même qualificatif: Kana-
boutzès, en 1401 (II, 553), opposé également à un limiôlalos
prôtekdikos.
La classe des €V"t'l.!J.6"t'lX"t'Ol. n'est pas au complet; la représentation
est suffisante et assez variée : hiéromnèmôn (et épi eutaxias)
Lazaritzès 3 ; épi sékrétou Georges Perdikès (MM I, p. 285) ; épi
kriseôn anonyme (1,456, 1. 8) ; épi gonatôn Théodore Anthopoulos
(II, 439) ; didascale de l'Apôtre anonyme (II, 455,1. 2) ; didascale
de l'Évangile Manuel Archôn (II, 529) ; archonte des monastères
Paradeisas (l, 47) ; deutéreuôn des diacres Nicolas Kinamos (II,
341). La qualification de ce dernier nous fournit un critère possible
pour la détermination de limite inférieure; mais il faudrait
connaître en plus le traitement de quelques autres archontes que
les listes placent dans son voisinage. Il est tout de même significatif
que le deutéreuôn paraisse successivement en 1156, puis dans la
liste propre des archontes de Jean de Kitros et qu'il soit enlimolalos
au XIVe siècle, alors que d'autres membres du clergé n'entrent pas
dans cette catégorie diaconale assez fermée. Nous trouvons un
prêtre orphanotrophe ee:ocre:Oécr"t'lX"t'Oc;4, mais un autre prêtre,
ecclésiarque et épiskopeianos, est seulement e:ÙÀ(XO~ç6. Au contraire,
un simple lecteur, mais primicier des notaires, devient e:ÙÀlXO€cr-
"t'lX"t'Oç6.

du tome. Les principaux groupes de 't"LfLLd>'t"oc't"OL se trouvent dans les actes suivants;
MM, 173, 352, 401, 522, 549, 559, 565, 579, 603, 608, 617, 638, 643, 654, 656, 677.
Les actes de Matthieu 1 (549 et s.) prédominent.
(1) Voir MM, 360 l, 395, 417, 433, 621, 643, 677. L'usage ancien de ae:OcpLÀ~(j't"OC't"oc;
pour désigner tous les archontes en corps ne se rencontre que durant le patriarcat
d'Isaïe; MM, 55 et suivants, de rédaction archaïsante (voir ci-dessous, p. 503-504).
(Z) Di~tinction entre Àoyci8e:c; et Oe:OcpLÀ~(j't"IX1"OL ; )OlM, 417 (11, 144, 21), assortie
d'une distinction 1t'OCPOCY.Œ01JfL~v(j)V, 1t'lXpL(j't"lXfL~v(j)V. 11 est probable que le prostagma
d'Alexis Comnène, en employant Àoyci8e:c;, vise également les exôkatakoiloi ; JGR,
ZI::POS, l, 361, 9.
(3) Passage omis par M.\I, t. 1 : Vindob. !lisl. gr. 47, f. 196 v (vers 1357).
(4) Michel Gémistos ; M}I, 11, 554, 12 (en 1401).
(5) Le qualificatif s'applique à la fonction plus qu'à la personne; 1\1;\1, 11, 51
(dern. li!,ne).
(6) L'acte est résumé et ne semble pas en forme authentique; OUDOT, .1cla, p. 112.
LES DERNIERS SIÈCLES 125

b. Le sens du qualificatif.
Les exemples de la classe inférieure ne sont peut-être pas assez
nombreux vers le bas de la liste pour confirmer une impression
générale que ces trois classes d'archontes seraient réservées en
principe à des diacres. Il manque surtout la titulature des diacres
notaires qui fournirait un indice assez probant; au XIIe siècle une
liste de présence les qualifie ÀoY~W"t'iXTOL, que l'on voit appliqué à
la même date à des didascales communs 1 • De même, des noms qui
commencent à s'ajouter en bas des notices au-dessous des notaires,
domestikos par exemple, ne sont pas cités officiellement. Malgré
cela, la régularité de l'emploi pour les groupes supérieurs révèle
l'importance des termes. Dans tous les cas, nous ne trouvons qu'une
exception : le référendaire Manuel Silbestros n'est qu'enlimoialos
(MM l, 315); pour une fois, cela peut être une distraction de
copiste, ou bien ce référendaire reste en situation de déclassé,
parmi des rangs inférieurs, comme ses congénères du XIIe siècle,
tant qu'il ne réunit pas toutes les conditions requises pour siéger
avec sa dasse normale, celle des eë:oqnÀÉcrTiXToL. On remarque
d'autre part que la chancellerie du patriarcat ne traite pas à
égalité les archontes de province. Pour une fois que l'économe de
Thessalonique est qualifié de limiôlalos, peut-être parce qu'il
cumule le titre de dikaiophylax, les autres sont dits dans le même
acte eniimolaioi 2 ; dans l'acte qui leur confère le privilège de porter
la croix en insigne, ils sont tous qualifiés de même 3 • L'économe
de Trébizonde n'obtient pas plus de considération à la fin du
siècle 4 •
Bien que la Donalio Conslanlini ne fournisse à la théorie élaborée
par Balsamon qu'un point d'appui imaginaire 6 , il est vrai que le
corps des archontes patriarcaux constitue une classe privilégiée
dans le clergé. D'après le canoniste, leur situation les met au-dessus
des archontes de toute autre Église; la raison historique qu'il
propose n'est pas exacte, mais elle contient une part de vérité,
dans la mesure où l'assimilation des archontes de la nouvelle
Rome à un sénat impérial provient de la fondation du patriarcat,
d'une tutelle impériale et du voisinage constant avec les classes
nobiliaires du palais impérial. Les privilèges de rang et les avantages

Il) Cas cité p. 75, n. '2; pour les notaires, .... oir liste A, nO 14, p. 529.
(2) "lM, 87 (1, p. 174).
(3) MM, 113 (l, p. 258).
(4) MM, 424; ceux de Mélénikon sont dits simplemenl XÀ~p~y.ol : MM, 28. On
doit donc toujours définir l'origine du qualificatif, le rapport de l'au leur de l'acle
avec le destinataire.
(5) Voir p. 92-93.
126 APERÇU HISTORIQUE SUR L'ÉVOLUTION DES OFFICES

matériels des archontes de l'Église paraissent dérisoires à côté de


ceux qu'obtenaient les dignitaires auliques et du luxe que déploie,
par exemple, la chancellerie impériale; il est probable, en effet,
que celle du patriarche, toujours austère, n'a jamais ~m.:oyé des
actes comparables aux chrysobulles de l'époque des Comnène, or
sur pourpre. L'analogie avec les dignités auliques se maintient
surtout par ces quelques épithètes, sur lesquelles se fonde une
division en classes qui jouissent d'une préséance honorifique. Au
Palais, ces distinctions de classe sont soulignées par des insignes.
Or nous remarquons que certains sont communs à tout un groupe;
les diverses coiffures en particulier, skiadion, skaranikon, appartien-
nent à une classe déterminée, qui se subdivise encore suivant la
couleur et les ornements1 . Ainsi, de même que le logothète des
troupeaux constitue une frontière (!J.s:66ptoV)2 entre deux classes,
qui devaient différer plus que par leur coiffure et les vêtements,
de même le protonotaire est décrit comme une porte (Oupa) 3 qui
sépare deux classes. Si nous avions les renseignements complé-
mentaires indispensables pour définir ces classes avec plus de
précision, il est probable que nous trouverions entre les trois une
différence de traitement. La notice de Chypre (notice K) a retenu
sans doute, dans sa note finale sur les trois échelons de mensualités,
un vestige de cette répartition en trois classes". Quant aux
insignes, qui sont attestés, je crois, dès la fin du XIe siècle, nous
n'avons plus guère à la fin du XIVe, que le titre de stavrophore 5
comme témoignage de leur persistance.
Cette notion de classe me parait beaucoup plus juste et plus
fondamentale qu'une division numérique purement linéaire, ou en
groupes de cinq qui ne correspondent à rien dans la réalité 6 • A
part des groupes collégiaux comme les chartulaires qui ont reçu
par moments un numéro d'avancemenV, aucun archonte ne se

(1) Jean VERPEAL'X, e Hiérarchie ct préséance sous les Palrologues ", dans TravauJ'
el Mémoires, 1 (1965), 426-430, avec tableau des classes.
(2) PSEUDO-KoDINOS, éd. Verpeaux, p. 132,6-13 ct p. 211,10.
(3) Notice F, ci-dessous, p. 546.
(4) Voir p. 240-241 ; lexte grec, p. 560, § 6.
(5) Les citations de Ducange (Glossarium, 1436) suffisent encore pUlir délimiter
l'époque du terme (!'!'Ixupocp6poç : fin XIVe. Sur les insignes possibles des aI'chontrs
supérieurs, voir pp. 60 ct 186.
(6) Je me demande pourquoi un rédacteur de listes auliques n'a jamais adopté
la division quinaire des listes ecclésiastiques. La série ecclésiastique est bl'aucoup
plus simple ct monotone, sans aucune des subdivisions complexcs des rangs auliques,
où le nombre cinq ne forme nulle part un déùut de classification numér'il(ue, landi3
qU'à Sainte-Sophie les supéritUrs sont cinq, au début (en 1094) ; quand ils passent
à six, les archontes moyens restent toujours au nombre de cinq.
(7) On le déduit du rang d'avancemcnt des 7te:pl't"t'O[ : Regesles, 1019.
LES DERNIERS SIÈCLES 127

définit par un numéro simple ou complexe, comme les soldaLs de


telle section et de telle compagnie; ceux qui i=;ont rn double,
ostiaires et domestikoi, sont premier et second, mais le système
ne dépasse pas c(>s individualités. Du fait que les membres d'une
même classe sont considérés comme à peu près équivalents, les
mouvements de préséance à l'intérieur de cette classe deviennent
secondaires: tant que l'on ne franchit pas la limite supérieure ou
inférieure, il n'y a ni usurpation, ni déclassement, ni dérogation.
Au contraire, le classement numérique, supprimant toute élasticité
des rangs, aurait réduit aussi, semble-t-il, les divergtmces entre
listes synodales de date rapprochée. Je n'aurais pas besoin d'insister
sur ce point si, au lieu de notices, les premiers éditeurs avaient
disposé pour l'étude de la hiérarchie de quelques listes réelles dans
les séances synodales.
c. Les exarques du patriarche Kallistos.
A côté des archontes qui occupent une charge unique et à titre
individuel, ont toujours existé des groupes divers plus ou moins
hiérarchisés: les chartulaires, les notaires, les épiskopeianoi sont
rattachés à un bureau déterminé et dépendent d'un archonte
supérieur; les ekdikoi sont dirigés par le prôtekdikos. Mais nous
ignorons comment s'organisaient d'autres fonctions spécialisées,
dont les titulaires sont susceptibles de former un collège, une
corporation, une branche administrative dotée d'une hiérarchie
propre. A toute époque les rapports de subordination entre
didascales restent imperceptibles; de même les taboularioi ecclé-
siastiques, qui se maintiennent un peu partout avec leur primicier,
possèdent certainement une organisation particulière, dont nous
ne savons pas comment elle s'articulait avec les cadres de la
hiérarchie ecclésiastique. D'autres, comme les pères spirituels, les
catéchètes, les exarques, tenaient leur juridiction de l'évêque qui
leur délivrait un mandat personnel et des pouvoirs délégués, pour
confesser, enseigner, administrer.
Parmi toutes les acceptions du terme exarchosl, aucune ne
convient pour la fonction que leur attribue le décret du patriarche
Kallistos 2 • Vne première fois, en décembre 1350, ce patriarche

(1) Cc litre, envié pal' les mHropolites, fuit l'objet de ùiscIIssions périodiqu('s :
.J. DATlROU1.ÈS, Documenls inédils d'ecdésiologie byzanline, Paris, 1966, p. 79-81. Sur
l'exarque monastique, voir Pl. D~; l\h:ESTF.R, De monachico slal(/, p. 185-186.
(2) Voici le signalement dfs actes. MM, 135 1 (l, 305-306) ; décret de déc. 135U
instituant des exarques pour les prêtres de ConsLanlillople. MM, 135 Z (J, 30M-;-j()\l) :
même date, formule individuelle de promesse des exarques. MM, 138 (l, 31H-319) :
monition à l'exarque Skoutariôtès. MM, 167 (1,368-369) : décret de déc. 1357, repro-
duisant le décret précédent (135 1) avec un paragraphe nouveau. La suite du Lexte
128 APERÇU HISTORIQUE SUR L'ÉVOLUTION DES OFFICES

institue des exarques qui sont mis en place par quartiers, dans la
capitale, en vue de veiller à la tenue et à la bonne conduite du
clergé paroissial; en même temps, chose remarquable, il compose
une nouvelle formule de mandaL précisant les pouvoirs des pères
spirituels chargés du ministère de la confession 1 • Deux ans plus
tard, en septembre 1352, le patriarche rappelle sévèrement à
l'ordre l'un de ces exarques, le prêtre et taboularios Skoutariôtès ;
cet acte nous montre clairement que, dans l'exercice de leur
fonction, les exarques sont mandatés directement par le patriarche,
à qui ils adressent ou doivent adresser leurs rapports. D'ailleurs,
l'acte d'institution comprend une formule d'engagement personnel
signée par le titulaire. Troublée certainement par l'interruption du
patriarcat de Kallistos (août 1353-fin 1354), la marche de cette
institution est incertaine jusqu'en 1357, où, de nouveau, au mois
de décembre, le patriarche, revenu au pouvoir depuis le début
de 1355, promulgue le même décret. Mais cette fois le registre
contient en plus du décret paLriarcal : premièrement, la formule
collective d'engagement des dix exarques élus, munie de leur
signature autographe; deuxièmement, la même formule, ou sinon
une formule abrégée, que chacun des exarques a reçue pour la
faire signer par les prêtres de sa circonscription. L'édition ne donne
qu'une idée très vague de l'originalité du document, dont toutes
les signatures sont autographes et constituent par conséquent une
base de premier ordre pour les études de statistique sur le clergé de
la capitale. Mais je dois m'en tenir ici à des remarques générales,
car il faudra recourir plusieurs fois à cette liste, en particulier à
propos des taboularioi du XIVe siècle 2 ; parmi les signataires, plus
de trente prêtres déclarent cette fonction publique.
L'exarque le plus commun, à partir du XIIIe siècle, reçoit mandat
de visiter les monastères au nom du patriarche. Les exarques de
Kallistos ont même pouvoir représentatif, mais leur juridiction est
limitée aux prêtres, et aux prêtres de la capitale; celle-ci est
divisée en quartiers que l'on appelle ÈVOptOC, ou, du nom du
fonctionnaire, é!;ocpXtoc. Il y a donc analogie avec les didascales
institués par Alexis Comnène; mais ceux-ci, en plus d'un rôle

(~tM, J, 369-375) comprend deux documents de nature très dilTércnte : a) engagement


collectif des exarques; b) signatures recueilliC's par chacun des exarques dans son secteur
(èVOpLIX ou è!;lXpXLOC).
(1) MM, 135 3. Cc mandat est indépendant de l'institution des exarques, parcc
fIUI:' le ministère des peres spirituels ne s'exerce pas sur les mêmes personnes, les

prêtres, mais sur tout le pcuple. Le patriarcho les compare à des didascales (p. 310, 1),
à des médecins de l'âme (p. 310, 30) et spécifie que la tradition réserve ce ministère
il des moines ~p. 310, 14). Hien de nouveau de Ce côté.
(2) Voir p. 381.
LES DERNIERS SIÈCLES 129

indistinct dans la formation du clergé!, s'adressaient aussi à tout


le peuple comme prédicateurs et réformateurs. Les exarques du
XIVe siècle tournent plutôt à un contrôle disciplinaire du clergé :
ils doivent réprimer les intempérances de langage et de boisson,
l'avarice, les commerces illicites pour des clercs, les fréquentations
suspectes, les rixes 2 ; ce sont donc de véritables policiers. Parmi
les signatures recueillies en 1357, nous trouvons à peine une
dizaine de diacres dans le total approximatif de 506 signataires;
cinq OU six d'entre eux se disent clercs impériaux et il y a quatre
protopapas : ceux des Blachernes, des Saints-Apôtres (clergé
impérial), de Saint-Georges (inlra muros?) et un extérieur, de
Myriophyton. C'est dire que le clergé impérial, en ce qui regarde
les lois canoniques générales ou les lois de la morale naturelle,
n'échappe pas à la juridiction épiscopale; dans le même sens, on
précisa du temps d'Alexis l Comnène que le patriarche avait droit
de regard sur tout monastère, même exempt de sa juridiction par
le droit de fondation et le statut impérial, en vue de porter remède
aux fautes morales 3 . Combien dura le corps des exnrques, on ne
saurait le dire; il subsistait peut-être encore à la fin du siècle, si le
grand sacellaire, cité comme son exarque par un prêtre, exerce
vraiment la même fonction 4 • Mais, à la fin du siècle, nous verrons
également en action les épiskopeianoi, un collège plus ancien qui s'est

(1) Ces didascales ont pour secteur une ye:t't"ov(rx : JGR, ZEPOS, l, 356 32. Par
rapport au clergé, leur fonction disciplinaire me parait indistincte; cela dépend du
sens d'une phrase dont le texte est corrompu (p. 356, 38-40). On pourrait comprendre
que ces didascales de l'époque d'Alexis devaient prendre contact avec les pères spirituels
pour exercer leur propre ministère; canoniquement, cela paraît bien irrégulier, car
le secret de la confession est compromis. L'empereur veut dire certainement que les
didascales doivent aussi avoir l'œil sur les pères spirituels, les connaître tous (lire
ltc1vTrxc;, au licu de l'impossible mivnc; ?), afin de discerner les loups dissimulés en brebis,
allusion évangélique visant les pasteurs, non les ouailles. De la sorte, les didascales
et les exarques ont un point commun, mais les anciens didascales sont d'un niveau
plus relevé, car le discernement des loups requérait plus de finesse que la surveillance
des tavernes. Le rapport entre les deux institutions nous indique surtout que les anciens
corps de police ecclésiastique (rkdikoi, épiskopeianoi, et autres) s'étaient décomposés
au XIV' siècle. Cependant du point de vue administratif, un certain l'apport subsiste
entre les termes ye:t't"OVLrx et e~!Xpx[rx. Sans remonter aux termes anciens qui évoquent.
la division des dèmes (ye:~'t"ov(rxpxoc; soumis au a~fl.rxPXOC;) des moddes d'actes copiés
encore au XIV' siècle assimilent la ye:~'t"OVLrx il une èçrxpX(rx : SATHAS, lJibliolheca graem
medii aevi, VI, 643 : diorismos pour le démarque d'Ilne ye:~TOVLrx ou èVOpLrx de la capitale;
645 : prostagma pour l'exarchos des taboularioi d'une démarchia. Ainsi didascales
d'Alexis Comnène et exarques de Kallistos étaient répartis de manière sensil.JlemenL
équivalente dans les quartiers urbains.
(2) MM, l, 307, 33 s. ; 308, 22-26 ; 318,21 ; 369, 1-2. Plusieurs signataires s'engagent
à éviter les excès de boisson, les fréquentations suspectes et autres inconvenunces.
(3) Reges/en, 1076 (date: 1096); JGR, ZEPOS, l, 347-348.
(4) MM, 466 (II, 213-214).

5-1
130 APERÇU HISTORIQUE SUR L'ÉVOLUTION DES OFFICES

maintenu vaille que vaille, ct dont les attributions restent pro-


ches de celles des exarques de Kallistos 1 •
Du point de vue historique et juridique, cette institution revêt
plusieurs sens. Le pouvoir personnel du patriarche s'y déploie
librement, parce qu'il s'agit en premier lieu d'une institution
diocésaine qui n'est pas destinée à s'étendre aux autres métropoles 2 •
Mais on constate que les archontes et les corps constitués autour
d'eux ont beaucoup perdu de leur efficacité dans le domaine
administratif et judiciaire. Que devient, en ces conjonctures, le
chartophylax, dont l'une des attributions principales consiste à
présenter les candidats aux ordres dans le diocèse et qui pouvait
donc exercer aussi la fonction de police auxiliaire par ses subor-
donnés? Déjà Kallistos prévoit que la bulle de mariage, délivrée
par le chartophylax au dire de Balsamon, ne sera remise qu'après
enquête devant le patriarche en personne 3 ; c'est ce que déclarera
aussi nettement Matthieu l, cinquante ans plus tard. On ne sait
vraiment plus ce qui restait à faire au chartophylax, en dehors des
opérations toutes matérielles de la confection des actes délivrés.
Il ne sert de rien ici de recourir à une distinction possible entre
l'activité diocésaine, limitée au territoire de l'évêque de
Constantinople, et une activité synodale qui pourrait s'étendre
au-delà; sous le même patriarche, ni le synode ni les archontes
de l'administration centrale ne se mettent en évidence. Les
archontes n'exercent pas plus de responsabilités à l'extérieur, ou
vers l'extérieur, qu'à l'intérieur de la Ville.
L'évolution qui se produit ne sera jamais définie exactement,
parce que d'autres patriarches et en des périodes très diverses,
ont pu adopter le système de gouvernement personnel évident de
Kallistos·. La liste même des exarques montre que plusieurs titres
attestés comme archontiques sont cumulés par les exarques. En
1357, le premier signataire, exarque des prêtres, est didascale de
l'ÉvangileS, ce qui en dit assez long sur la déchéance du didascale
œcuménique, soi-disant recteur de l'Académie patriarcale, réduit
comme un simple agent de police à faire le tour du quartier. La

(1) l'ioLice p. 385.


('~) Sens du Litre: MM, l, p. 306. On trouve quelques signatures de prêtres de banlieue
ou de localités dépendantes du patriarche : Tzouroula, Myriophyton, Oikonomeion
et aussi le sakelliou de Ganos.
(3) Monition à Skoutariôtès : MM, l, 319, 5-9.
(4) A peine une mention des al'chontes : MM 17.3 (l, 394, 22-23). Un discours
inédit atteste que le patriarche a refusé de voir les synodaux, de mars 1353 au mois
d'août de la même année.
(5) Son nom n'est pas encore déchiffré: Manuel (Dikiônos ?), Vind. hist. ar. 47,
f. 171 v. Peu auparavant, le métropolite Macaire de Philadelphie arbore le titre de
didascale œcuménique: voir p. 250, n. 2.
LES DERNIEHS SIÈCLES 131

plupart des exarques sont ekdikoi, catéchètcs, taboularioi, c'est-à-


dire des prêtres du ministère actif, enrôlés cependant dans une
formation extra-paroissiale. Sur les dix, sept sont ekdikoi; le
cumul est acceptahle, mais signifie sans doute que leur fonction
première, autour du prôtekdikos, n'est pas plus indépendante que
la seconde.
Un indice difIérent de cette évolution, qui ne touche pas aux
Litres traditionnels, mais s'attaque à l'organisme lui-même, peut
se trouyer dans une catégorie de titres peu nombreux et sans
caractère officiel que prennent des familiers du patriarche. On voit
apparaître surtout le dikaiô, le kalogeros, comme hommes de
confiance, chargés de mission personnels du patriarche: ce sont
en général des moines, auprès de patriarches anciens moines, qui
perpétuent la fonction très vague du synkel1os. La mésaventure
survenue à Niphon, au début du patriarcat de Kal1istos, montre
que le synode réagit contre cette pratique: l'acte synodal enjoint
au patriarche, qui fait figure de co-accusé, de ne pas considérer
Niphon comme son dikaiô 1 . Ce terme s'ajoute aussi au titre
d'exarque, auquel cas il ne fait que souligner le caractère du
mandaV. L'autre terme, kalogeros, prend la même signification
par rapport au patriarche; il désigne un envoyé personnel sans
autre titre, ou bien un moine avec mandat d'exarque 3 • Le patriarche
Nil en cite un nombre indéterminé comme ses serviteurs propres,
défrayés par le kellion patriarcal'. A toute époque, il est difficile
de déterminer la composition de la maison privée du patriarche,
de ce que l'on appcIait autrefois le kouboukleion, lorsque cette
institution était officialisée, à l'exemple du kouboukleion impérial.
On ne peut donc affirmer trop catégoriquement que ces nouveaux
venus se substituent à tel ou tel archonte moins attesté; mais il est
vraisemblable que ces serviteurs privés contribuèrent à l'affaiblis-
sement de certaines charges officielles, de l'économe par exempleS.

il) MM 133 (l, 297, 22-26). Grégoras qualifie ~iphon d'0!J.6a't"Eyoç, !J.tH!n')Ç : IJ ist.
37, fi; PG, 1·19,480 C. Le litre est d'origine athonite : Pl. DE MEESTER, De monachico
statu, p. 305; le sens dérive de l'emploi du terme IhxctL~ avec un complément de
personne, au nom de laquelle est exercé un pouvoir.
(2) Deux exemples sous Philothée : MM, 297 (inédit: Vind. hist. gr. 47, r. 215,
1. II) ; MM 156 (à déplacer sous le patriarcat de Philolhée) ; un autre sous Nil ; MM,
365 2.
(3) Grégoire Camblak envoyé en Russie par Philothée, fin 1373 ; MM, II, 118,
24-32. Sous Anloine IV : MM, 480 (ligne 5 de J'acte) ; sous Matthieu 1 : MM, 667 (II,
529, 25-26).l"n évêque a aussi son kalogeros : MM, 449 ligne 2 (II, 192).
(4) ~n.l, II, 63 23, nO 364.
(5) L'économe n'est jamais cité dans les deux volumes du registre (MM, I-II).
Ailleurs, on cite (Georges) Bekkos (voir p. 115, n. 5; p. 308, n. 3) et Alexis Kappadokès.
Ce dernier exerça la charge vers 1320, sans doute après Bekkos ; en elTel Michel Gabras
132 APERCU HISTOHIQUE SUR L'ÉVOLUTlON DES OFFICES

5. Présence au synode el avancemenl.


Durant tout le XIVe siècle, nous ne disposons d'aucune liste
comparable à celles du XIIe et du XIIIe, et cela bien que nous
possédions le registre ou les restes de registres de l'époque. Cela
montre précisément la signification particulière de ces listes
qui se rapportent à des actes plus solennels et dépassant l'objet
d'une séance ordinaire. Mais il faut tenir compte également du
genre de la rédaction: ainsi aucun acte dénommé praxis synodique,
au XIVe, dans la conclusion, ou corroboration, ne signale la présence
des archontes l ; de même un acte en forme de gramma 2 , qui insère
généralement la liste des membres à voix active au début du
dispositif (près de 8Léyvw, 8L~yvwfLEV), n'a aucune raison de signaler
à cet endroit l'assistance des archontes qui n'ont pas la responsa-
bilité de la sentence. Ce sont les actes en forme de sèmeiôma,
c'est-à-dire avec protocole composé du ménologe et de la liste de
présence, qui mentionnent les archontes par la formule tradition-
nelle 3 . Alors, la composition du groupe est aussi indéterminée
qu'autrefois; le nombre se réduit au minimum requis pour le
fonctionnement des bureaux et des services du synode. Cependant,
vers la fin du siècle, apparaît une forme de procès-verbal assez
bref, dans lequel des archontes sont énumérés par leur titre.
Avant le patriarcat de Nil, qui débute en 1380, le registre ne
contient aucun acte de ce genre 4 • Les tomes de 1351 et 1368, non
enregistrés, furent signés par un groupe d'archontes. Malgré les
études de Honingman sur les signatures du tome de 1351 et celle
de Dolger sur le fragment de l'original conservé à Bâle, la forme
authentique du document est loin d'être atteinte par la tradition

le connalt comme grand sacellaire : lettres 206, 237 du Marcianus 446 (catal. Zanetti).
Philès lui adresse une poésie: E. MILLER, Manuelis Philae carmina, f, 436 (n. 238) ;
mais il décéda dans la charge de grand économe: ibid. l, 442 (n. 245), vers épilaphioi
au nom de son frère, le métropolite du Cyzique (cf. II, p. 429); II, 372, autres vers
composés par l'archevêque de Bulgarie, correspondant aussi de Michel Gabras.
(1) Il Y en a 90 environ; citons comme types: MM, 3,105,114,142,171,203,335,
404, pris sous divers patriarches. Ces actes concernent généralement les métropoles:
ordination-élecUon, épidosis, métatMsis.
(2) Voir par exemple: MM, 6, 10, 44, etc. Un acte peut recevoir les deux dénomi-
nations, puisque la praxis remise à un destinataire devient gramma ; ainsi la praxis
MM, 199, reçoit dans le registre le titre YP~flfllX bn8o'nxov. En réalité gramma n'a
pas de sens technique.
(3) On la trouve régulièrement dans tous les protocoles sous le patriarcat d'Isaïe:
MM, 55 (7tlXptCTTlXflÉVWV '" àpX6vTWV) et suivants. Mais, après ce patriarcat, la grande
majorité des protocoles omet la formule; voir ~L\I, 185, 190,202,205,218,228,231,
236, 237, 276, 287, 292, 329, 331, 332, 360, 393, 402, 403, 411, 418, 433, 457, 493,
496, 505. Je reviendrai plus loin sur l'étude du sèmeiÔma.
(4) Exception faite, comme j'ai dit, du patriarcat d'Isaïe.
LES DERNIERS SIÈCLES 133

des copies l ; aucune ne précise la place exacte et le rôle des


signatures d'archontes qui suivent celles des membres du synode.
En 1397, dans une praxis synodique, corroborée normalement par
la signature du patriarche, une note précède les signatures épis-
copales et celles des trois archontes, qui figuraient au verso pour
se distinguer de celles des évêques, et elle annonce que les deux
groupes de signataires agissent par ordre exprès du patriarche 2 •
En 1351 les archontes sont au nombre de huit3. Le grand charto-
phylax Amparès signe le premier : il passe avant le skévophylax
peut-être en vertu de l'ancienneté plus qu'en raison du titre
impérial d'hypatos des philosophes'. La place du sacellaire (sans
mégas) n'est anormale qu'en apparence, car il s'agit en réalité
du sakelliou et archidiacre Michel Kabasilas, mentionné comme tel
dans un acte postérieur 5 • Le skévophylax du clergé impérial
Georges Perdikès, avant-dernier, détenait certainement un titre
patriarcal qu'il omet d'inscrire 6 • Le choix des archontes est
arbitraire, ou bien signifie, dans un acte aussi solennel, qu'il
existe une opposition et des réticences au sein du clergé. En 1368,
il ne reste que quatre archontes, parmi lesquels, pour la première
fois, le grand ecclésiarchès; cependant le copiste dit qu'il y en
avait beaucoup d'autres. Cette liste perdue serait fort instructive,
car les trois premiers, rangés dans l'ordre traditionnel (sacellaire,
skévophylax, chartophylax), cumulent des titres impériaux? Or,
comme en 1351, l'économe est absent. Passe qu'il soit absent une
ou deux fois; lorsque, dans toutes les énumérations suivantes
jusqu'à la fin du siècle, y compris l'ordonnance de Matthieu I,
nous constatons que cette absence devient permanente, nous devons

(1) F. DOLGER, Byzantinische Diplomatik, Eltal, 1956, p. 245-261 (= Hisl. Jahr.


82 (1953), p. 205-221). E. Honingman étudie uniquement les signatures: Byz. Zeils.,
47 (1954), 104-115.
(2) MM, 518 (II, 291-292) : praxis de Corinthe.
(3) PG, 151, 763.
(4) La première fois où Amparès est cité, par Cantacuzène, en 1341, sa fonction
n'est pas connue: flist. 3, 16 : Bonn, II, 103 = PG, 153, 791 D. Le cumul du titre
d'hypatos est attesté pour un chartophylax de la fin du xm", Kyprianos : lettre 42
de Nicéphore Choumnos citée par J. VERPEAUX, Nicéphore Choumnos, homme d' État
et humaniste byzantiTl, Paris, 1959, p. 51. D'après les listes auliques, l'hypatos se trouve
au XIV· siècle dans la même situation que le rMteur et le dikaiophylax, titres impériaux
donnés à des clercs: PSEUDO-KoDINOS, éd. Verpeaux, p. 338, 143; cependant, à la
différence du rhéteur, l 'hypatos se trouve deux fois à l'intérieur des rangs auliques:
ibid. 300, 21-22; 321, 48.
(5) MM, 141 (l, 323, 1. 6 de l'acte) ; cette erreur, salcellarios pour sakelliou Se rencon tre
plusieurs fois; voir p. 319 ci-dessous, n. 1.
(6) Voir ses divers titres, p. 140.
(7) PG, 151, 716; cet acte est rarissime dans les manuscrits; je ne crois pas qu'il
existe plus de deux témoins. Il n'a pas connu la diffusion des tomes antérieurs.
134 APERÇU HISTORIQUE SUR L'ÉVOLUTION DES OFFICES

bien en conclure qu'il ne s'agit plus d'une abstention du titulaire,


mais que, durant une longue période de durée indéterminée,
l'économe de la Grande-Église est inexistant. Un tel cfIacement
dénote une grave perturbation dans toute l'administration.
Les actes plus tardifs, où les archontes supérieurs sont énumérés
et apposent parfois leur signature, ne sont pas très nombreux.
Leur date, rapprochée de celle de l'ordonnance de Matthieu, est
signe d'une évolution dans le système de gouvernement : la
présence des archontes coïncide avec une mise en sommeil du
synode des métropolites. La chose n'est vraiment évidente que
sous le dernier patriarche du registre, Matthieu I, car les quelques
actes de Nil et Antoine IV qui peuvent entrer en considération
sous cet angle sont rares et d'intérêt minime!. L'emploi constant
du qualificatif "t'L(.LLW't"OC"t'OÇ dans toutes les mentions d'un exôkata-
koilos, au cours du siècle, confirme largement la supériorité
reconnue à cette classe; quant à savoir tout ce que contient le
qualificatif, c'est un autre problème que la nature et la forme des
actes ne suffisent pas à éclairer. Les mentions plus fréquentes des
archontes supérieurs nous renseignent davantage sur les modalités
du cumul et de l'avancement.
a. Le cumul de titres.
L'octroi d'un titre impérial à un clerc devient répréhensible
lorsqu'il comporte l'exercice d'une charge effective et de nature
profane incompatible avec l'état clérical. Que le chartophylax soit
titré mégas par l'empereur, de même qu'un ecclésiarchès, ou le
protopapas, ou l'archidiacre du clergé impérial, cela n'entraine pas
un changement de la juridiction propre du titulaire qui reste
conforme à son degré d'ordre ou à son échelon archontique. Le
titre impérial ne semble pas modifier même la préséance à l'intérieur
de l'Église, car la place du chartophylax à la tête des archontes,
en 1351, ne dépend pas de son titre d'hypatos des philosophes,
à moins de décret explicite que nous ignorons, mais d'une loi
intérieure qui joue déjà au XIIe siècle 2 ; les facteurs qui entrent

(1) Exemples principaux: MM, 352,360 l, 395, 401,417,433 (mention au protocole) ;


MM, 457, 507, 518 (signature).
(2) Le chartophylax est second une fois, en 1191 : voir p. 102. Comme le tomos de
1351, l'acte est de caractère mixte, el le rang du chartophylax peut dépendre d'une
décision impériale, surtout lorsque le patriarche est absent, comme c'est le cas en
1191. Le Trailé des offices n'émet aucune opinion sur l'état du clergé impérial et sur
la collation de titres au clergé; des listes contemporaines mettent en paragraphe spécial
quelques noms: PSEUDO-KoDINOS, éd. Verpeaux, p. 308 19-22 : nomophylax, dikaio-
phylax, grand protopapas, grand archidiacre, lampadarios, prôtospaltes, maistor (des
chantres) ; p. 338 (vers 143-152) : en plus des précédents, hypatos des philosophes,
LES DERNIERS SIÈCLES 135

en action pour modifier la préséance ecclésiastique sont difficiles


à définir avec exactitude, mais on n'est pas contraint de recourir
à l'hypothèse d'une intervention impériale intempestive. Prenons
les cas les plus notoires, celui de l'ecclésiarchès ct des archontes
assimilés aux magistrats par les titres de dikaiophylax et nomo-
phylax.
Le grand ecclésiarque est un dignitaire de fraîche date. D'une
manière générale, la profusion des mégas rencontrés dans le
Pseudo-Kodinos1 signifie que le qualificatif, existant déjà sous les
Comnène en proportion indéfinie, date surtout du règne de
Michel VIII. On remarque précisément que les listes impériales du
XIVe et du xv e siècle offrent des variantes significatives portant
sur le titre de mégas accolé au protopapas et à l'archidiacre;
l'acquisition du qualificatif par ces deux personnages suit une
progression aussi indécise que celle des archontes de province
(économe, sacellairc, skévophylax) qui tendent à se parer du
même qualificatif que ceux de la capitale, à rang égal. Dans sa
signature officielle, en 1277, un archidiacre du clergé impérial ne
fait pas usage du qualificatif !Jlye< ç 2, non plus que celui de 1368 3 ;
de même, les deux protopapas (Blachernes, Saints-Apôtres) qui
signent le même acte de 1357, ni celui des Blachernes en 1384 4 ,
Donc ou bien un troisième protopapas (et un archidiacre) devrait
coexister avec ces deux et porter le titre de mégas, ou bien le titre
n'est pas encore concédé officiellement. Le problème se complique
du fait qu'une liste ecclésiastique donne au protopapas le titre de
mégas, vraisemblablement au XIIIe siècle 6, et que le protopapas
Kanaboutzès ne porte le titre pour la première fois dans un acte

premier des rhéteurs, protapostolarios (non professeur de l'Apôtre, selon la traduction),


domestikos. II fauL rapprocher ce "~pul; des enseignemenLs apostoliques (ibid. 339, 150)
de la mention du pratôpostolarios dans la liturgie (ibid. 194, 2-3).
(1) Éd. Verpeaux, index, p. 397-399 : 27 mégas dont 6 ou 7 ecclésiastiques tirés
des listes en appendice pour la plupart.
(2) Ci-dessus, p. 113-114.
(3) PG, 151, 716 (Théodore Mélitèniôlcs).
(4) Les deux premiers sont dans la liste des signataires de 1357 : MM, 167; l'autre
dans M~f, 363. II s'agit de Constantin Cabasilas : MM, II, 52, 2, où son affecLation
aux Blachernes est indiquée. L'éditeur n'a pas déchiffré la fin de la signature de 1392 :
MM, II, 160. Je lis : 0 8euTepeuwv Té;)V !epéwv xoc.11tpWT01rOorcxc; Té;)V BÀoc.Xep\lw\I Boc.crLÀeLoc;
6 Koc\loc.6oUTÇlJC;; on doit l'identifier certainement avec Ic eeoqnÀéa.oc.'t'oc; fLéyoc.c; 7tpWTO-
7toc.7tiiC; 0 Koc.Voc.OOUTÇT)C; de nov. 1401 : MM, II,553,6-7. EsL-ce que le qualificatif mégas
représenLe une promotion, ou bien le titulaire omettaiL-il ce déLail dans Sa signature?
Cf. p. 292-293, ci-dessous.
(5) Liste D, p. 19'2. En regard, nous :lVons le mégas protopapas dans une liste
aulique: PSEUDO-KoDINOS, éd. Verpeaux, p. 308, 20; dans le corps du traité, ni
cclui du Palais, ni celui (je l'Église ne reçoivent le prédicat: p. 194,4, etc. ; on prévoit
que le même peut appartenir aux deux clergés, il cumule: p. 266, 5-7.
136 APEHÇU HISTOHIQUE SUR L'ÉVOLUTION DES OFFICES

officiel qu'en 1401. Est-il passé dans le clergé de la Grande Église?


D'où une double inc:ertitude. Existait-il réellement un mégas
protopapas (et un archidiacre) dans le clergé impérial? A quelle
date celui de la Grande Église a-t-il acquis officiAllrment ce titre
rt de qui l'a-t-il reçu? Je ne vois pas de solution satisfaisante.
Il y a en effet une grande part d'irrationnel et d'arbitraire dans
la propagation du qualificatif; faute de connaître l'acte d'insti-
tution et le nom du premier bénéficiaire!, la raison échappe, car
d'autres clercs paraissent mieux placés pour obtenir en priorité,
du moins avant un ekklésiarchès, le titre mégas. Pour le moment,
le plus ancien titulaire connu est Pépagômènos, correspondant de
Michel Gabras 2 ; le contenu des lettres ne permet pas de préciser
à quel clergé appartient le correspondant; on peut dire que, dans
la première lettre, il n'a aucun titre et qu'il a dû être nommé
avant la seconde, aux environs de 1320. Ce prêtre, doté d'un
emploi purement liturgique, aurait donc reçu la distinction
honorifique avant le chartophylax lui-même; cela suffit à nous
convaincre qu'elle n'a pas le même sens pour les deux titulaires.
En effet, l'état des listes d'offices jusqu'aux débuts du xv e siècle
exclut l'hypothèse que l'ekklésiarchès soit un archonte important
de l'Église. Le premier diacre qui porte le titre de mégas ecclésiar-
chès, à l'exclusion, semble-t-il, de tout autre, est Michel Balsamon,
à la date de 1429 3 ; son successeur doit être Sylvestre Syropoulos
qui fait valoir sa qualité de staurophoros, ou exôkatakoilos';
leur qualité de diacre et leur rang de préséance au seul titre de
grand-ecclésiarque indiquent le changement survenu. Celui qui
parait en 1368 est un prêtre chartophylax, qui cumule les titres
de dikaiophylax et mégas ekklésiarchès ; d'après l'allure générale
des autres cumuls, on estimera que le mégas ekklésiarchès de cette
époque appartenait à la titulature aulique, mais il faudrait
résoudre auparavant le cas du protopapas et de l'archidiacre. Si

(1) En elTet l'eeclésiarque est d'origine monastique; PI. DE MEESTER, De monachico


statu, Roma, 1942, p. 280; son entrée à Sainte-Sophie, eomme dénomination d'une
calégorie du clergé, ne semble pas antérieure à la restauration de Michel Paléologue
el pourrait coïncider avec le patriarcat d'un moine, par exemple Athanase I.
(2) Marcianus 446, lettre 434 (Zanetti, p. 241); dans la leltre 401 adressée à
Georges Pépagômènos, sans doute le même personnage, aucun titre ne lui est donné.
Ces lettres sont en ordre chronologique assez slrict el dalenL en gros des années 1310-
1325 j comme dans beaucoup d'autres correspondances, cerLains titres restent ambigus,
lorsque le texte ne contient aucune allusion à l'étaL de la personne.
(3) Colophon du Scorialens;s X II 14, f. 178 v : Gr. DE ANDRÉS, Ca!dlof/o de los
codices f/riegos ... de El Escorial, Madrid, 1965, II, p. 285. Ce Michel Balsamon est
distinct du charLophylax de même nom atteslé il partir de juin 1400: ci-dessous, p. 139.
(4) Passage de son histoire du concile de Florence cité par DUCANGE, Glossarium,
411.
LES DERNIERS SIÈCLES 137
l'extension du titre à ces ordres liturgiques n'était pas d'origine
impériale positive, nous aurions là un indice que le clergé, écarté
des rangs d'archontes et des fonctions administratives, tendait
fortement à s'approprier des titres honorifiques réservés aux
officiers archontiques. Ce serait un nouveau signe de l'affaiblis-
sement de leur hiérarchie, mais il reste un peu flou l .
Au XIIe siècle, le décret de Luc Chrysobergès interdit l'immixtion
des clercs dans les carrières judiciaires. L'opinion publique en fut
alertée et, à la réflexion, on s'aperçut que des professions avaient
évolué et ne comportaient pas le même degré de sécularisation
qu'autrefois. Toujours est-il que Manuel Comnène nomme encore
le chartophylax Balsamon nomophylax et que Michel VIII légalisa
en quelque sorte le cumul du titre dikaiophylax par un exôkata-
koilos 2 • Après le sakelliou Skoutariôtès et le prôtekdikos
Pachymérès, nous connaissons avec le même titre :
Grégoire Kleidas diacre ou archidiacre, juge général en 1329 3 •
Georges Perdikès, en tant que sakelliou~ : MM, 173 et 183
(1,394 et 429) ; en tant que skévophylax : MM 309 ; PG 151, 716 ;
Chilandar 155.
Jean Matzoukatos, prêtre, grand ekklésiarchès et chartophylax :
PG, 151, 716.
Jean Phylax, prôtekdikos : MM 141.

(1) Il manque un indice décisif; voir cependant la note du Batopedinus 754, éditée
p. 575. Elle aurait plus de valeur, si le ms etait plus ancien; elle représente au moins
une opinion du xv· siècle.
(2) Voir p. lOg, n. 3; l'inlérêt de ces décrets réside dans l'affirmation d'un principe
d'équivalence. Élant données les lois habituelles concernant la possession de titres
nobiliaires par le clergé, les titres qui lui sont réservés lendent a changer de sens
et à perdre leur valeur aulique; sur les titres du clergé et des moines, voir R. GUILLAND,
Recherches sur les inslitutions byzantines, Amsterdam, 1967, p. 51-58 (= l'EH, 4
(1946), 56-69).
(3) P. LEMERLE « Le juge général des Grecs eUa réforme judiciaire d'Andronic III ",
Mémorial L. Pe/it, Paris, 1948, p. 296-297, 302, 308-9. Anomalie inexplicable dans
l'état acluel de notre information: Kleidas signerait encore en 1334 comme diacre
et le libellé du titre du serment (en 1329 '1) lui donne rang d'archidiacre. JI est vrai-
semblable que l'on ne prit pas un simple diacre comme dikaiophylax, puis juge général:
cXPXL- serait-il tombé dans une transcription d'Esphigm. 8, l'acte qui donne le titre
de diacre?
(4) Un aulre sakelliou, Kalos Trikanas, cumule dès 1334, l'un des titres impériaux
reçus par Georges Perdikès (skévophylax du clergé impérial: PG, 151, 763) : M:'VI, l,
568, acle enregistré on ne sait pourquoi vers mai 1371. Ce Trikanas est un corres-
pondant de Michel Gabras (Marcianus 446) qui lui donne déjà le titre de sakelliou :
lettres 349,377,415; il paraît succéder à Manuel Kontalès, sakelliou dans les leUres 207,
238, puis chartophylax : leUres (277 '1), 300, 314, etc.
138 APEHÇU HISTOHIQUE SUR L'ÉVOLUTION DES OFFICES

Ainsi tous les archontes supérieurs ont cumulé une fois ou l'autre
ce titre impérial, jusqu'en province: une fois, à Thessalonique, le
grand économe est dikaiophylax 1 et Daniel Kritopoulos, qui n'est
pas du clergé de la capitale, devait porter le même titre en 1I0ngro-
Valachie 2 • Le titre ne parait plus dans le Pseudo-Kodinos; il
était donc tombé en désuétude au Palais et ne correspondait plus
qu'à une charge honoraire. Le seul personnage qui ait exercé un
pouvoir judiciaire et dont nous ignorons le titre ecclésiastique
exact, exerce, en réalité, en tant que juge général. Il n'était pas
prévu dans l'institution primitive du collège des juges généraux,
composé de deux civils et deux ecclésiastiques, que ceux-ci soient
pris parmi les archontes du patriarcat; le cumul ne se produit
peut-être qu'une fois en la personne de Jean Syropoulos, grand
skévophylax et collègue des deux juges civils Chrysoképhalos et
Oineôtès 3 • En principe, la justice ecclésiastique prend caractère
épiscopal et synodal, et parmi les juges généraux figurait toujours
au moins un métropolite, lorsque le tribunal était complet; les
archontes, dans leur juridiction ordinaire, ne semblent avoir
jamais possédé les pouvoirs d'un véritable juge. La question se
posera surtout à propos de la définition du chartophylax d'après
Balsamon'.
En définitive les ingérences du pouvoir impérial restent dans les
limites antérieures, que l'on peut qualifier de traditionnelles et
même constitutionnelles pour l'Empire byzantin; si le corps des
archontes subit des changements, cela tient à des causes diverses,
et toutes ne sont pas extérieures à l'Église. Depuis l'acte d'Isaac 1
Comnène, le seul cas où se résout à Byzance une infime querelle
d'investiture, sous Michel VIII, n'a rien de comparable avec le
problème qui s'est posé en Occident.

b. L'avancement.
Au XIIe siècle, deux listes de date assez rapprochée nous ont
permis de suivre la progression des premiers archontes vers le
sommet 5 • Autour de l'année 1400, l'abondance des actes, où les
archontes supérieurs interviennent fréquemment, nous offre un

(1) MM, l, 174; d'où peut-être le prédical 't'L!-LL6>'TIX't'OÇ, employé en la circonstance


non en faveur du grand économe de la métropole, mais en considéra Lion du cumul.
(2) MM, l, 535, 17 : 't'L!-LLW't'iX't'OÇ 8LXiXLOCPUÀiX!;; il me semble que Daniel Kritopoulos,
postulé par les autorités locales, devait résider depuis longtemps sur place et qu'il
tenait le titre auprès du voïvode.
(3) M:\I, 597 (début), II, p. 424; il Y a erreur sur la fonction: lire skévophylax,
non chartophylax.
(4) Voir la notice, p. 338-344 j et ci-dessous p. 158-160.
(5) Voir p. 100-103.
LES DERNIEHS SIÈCLES 139

nouveau moyen de contrôle. En plus, nous constatons la formation


de véritables familles d'archontes ecclésiastiques qui n'ont plus
la même origine qu'autrefois; il doit exister certainement, comme
au XIIe siècle, des neveux de métropolites qui suivent la carrière
grâce à l'exemple et au concours de leur oncle, mais le déterminatif
o TOÙ devient beaucoup plus rare l . A la fin du XIVe siècle, la
permanence de certains noms, les Balsamon, les Syropoulos, les
Eugénikos, laisse entendre que nombre des diacres et prêtres
mariés occupent les postes et ne cherchent pas à obtenir un
épiscopat qui entraînerait la séparation des époux.
A part le grand économe, qui a disparu momentanément, les
sept premiers dignitaires de la fin de 1397 sont connus et changent
de nom après juin 1400. Entre ces deux dates, nous apprenons
que Dèmètrios Balsamon, grand-sacellaire encore en février 1400,
est remplacé dès juin de la même année par Michel Aoinarès et
mentionné, en janvier 1401, comme décédé 2 ; d'autre part, l'ex-
chartophylax Jean Holobôlos est devenu métropolite de Gotthia
vers la fin de 1399 3 • Ces deux vides provoquent le mouvement de
personnel représenté par le tableau suivant
Avant juin 1400 Fonction Depuis juin 1400
Dèmètrios Ralsamon gr. sacellaire Michel Aoinarcs
(mars 1400 : MM, 569) (juin 1400 : 579)
Michel Aoinarès' gr. skévophylax Jean Syropoulos
(mars 1400 : ~IM, 569) (août 1400: 597, p. 424)'
Jean Holohôlos gr. chartophylux Michel Balsamon
(voir MM, 528, 534, 536, 550) (juin 1400: 579)
Jean Syropoulos sakelliou x
(mars 1400: MM, 5(5)
Michel Balsamon prO tekdikos Georges Eugénikos
(mai 1400 : MM, 575) (sept. 1400 : 599, p. 603)
Georges Eugénikos protonotaire Manuel I3alsamon
(mai 1400 : MM, 572) (juin 1401 : 652, p. 503)
Manuel Balsamon logothète x
(févr. 1400 : MM, 553)

La régularité de l'avancement est tout à fait remarquable.


Néanmoins, le poste de sakelliou, laissé vacant par la promotion
de son titulaire, reste libre; du moins, il n'est pas occupé par

(1) On ne le rencontre pas une Cois dans MM, 1-11,


(2) Voir les actes MM, 553, 559,565,569, et h:ei\loç dans 622 (ligne 6) : janvier 1401.
(3) Voir ~D.l, 528 (lignes 9-11) : octobre 1399.
(4) La lecture 'Acrwlip"lç de MM a été corrigée par H. Hunger dans Reu. des Él.
Byz.24 (1966), p. 67.
(5) Lire skévophylax, comme dans le ms Vindob. hist. 48, f. 169, 1. Il.
140 APEHÇU HISTOlUQUE SUR L'ÉVOLUTION DES OFFICES

celui qui était le plus près et qui s'arrête au poste inférieur de


prôtekdikos, soit par convenance personnelle, soit par décision
du patriarche. La raison exacte de l'exception nous échappe; si
le patriarche réservait le poste à qurlque archontp, de rang inférieur,
il y aurait dérogation à la règle générale qui commande presque
automatiquement l'ascension des degrés hiérarchiques. L'avance-
ment dépend encore de la volonté du promoteur, mais il est
conditionné aussi par le fait que les archontes prennent l'allure de
fonctionnaires de carrière, plus stables ou déterminés à rester
dans l'administration; en 1400, trois Balsamon se suivent d'assez
près et un quatrième, le futur chartophylax du concile de Florence,
doit être déjà au rang des clercs inférieurs, ou dans l'enfance.
Au XIVe siècle, non plus qu'auparavant, tout archonte ne
franchissait pas obligatoirement tous les degrés. Ainsi, Jean
Syropoulos ne passe pas dans le chartophylakion en 1400. Nous
pouvons esquisser le curriculum de certains personnages, par
exemple Georges Perdikès, dont nous connaissons les titres et les
dates suivantes :
1348, épi sékrétou : MM, 128 (1, p. 285).
(1351)-1354, canstrisios et skévophylax du clergé impérial
PG, 151, 763; MM, 156 (1, 349).
1360, sakelliou et dikaiophylax : MM, 173 (1, 394)1.
1368-1374, grand skévophylax et dikaiophylax : PG, 151, 716 ;
MM, 309 (1, 566); dernière mention dans l'acte Chilandar 155
(éd. Petit, p. 329). De plus, on remarque qu'en 1351 il suit un
parent nommé Théodore, qui signe avant lui comme épi déèseôn 2 ;
Georges ne doit pas être encore canstrisios. En 1400, vient un
autre Perdikès, Akindynos, au poste d'hypomnèmatographe
(MM, 557, etc.). La carrière de Georges présente donc le cumul
constant d'un titre ecclésiastique avec un titre impérial, dont
nous ne savons pas quel degré de juridiction lui était attaché.
Dans l'intention de Michel VIII, il comportait toutes les attribu-
tions judiciaires appartenant au fonctionnaire impérial, mais le
Pseudo-Kodinos ne l'inscrit pas dans les rangs auliques. Donc,
même si Perdikès a occupé quelque autre poste inférieur, il n'a
pu recevoir tous ceux de la hiérarchie supérieure. L'avancement
ne pouvait suivre une ligne parfaitement continue; cela tient
surtout au fait que les élections épiscopales creusaient des vides
dans les rangs des archontes, comme c'est le cas en 1400, après

(J) Dans l'acLe MM, 172 (l, 389, 33), il Y a trois archontes: le grand sacellaire, le
grand skévophylax et le dilcaiopltylax, qui doit êlre déjà le sakelliou Perdikès (juin 1359).
(2) PG, 151, 763. -
LES DERNIERS SIÈCLES 141

l'élévation du chartophylax Holobôlos au sIege métropolitain de


Gotthia. Bien que l'on ne dispose pas de statistique exacte, la
majorité des métropolites devait provenir à l'époque des rangs
monastiques 1 ou des rangs moyens oe l'archontat.

6. L' hypolypôsis de Mallhieu 1 2 •


Le registre du patriarcat de Matthieu compte à peu près
146 numéros pour un espace de deux années: fin 1399-fin 1401 3 .
Durant cette période, ou bien la chancellerie a changé de sLyle,
ou bien le tribunal patriarcal n'est plus ce qu'il était auparavant.
Les protocoles avec liste de synodaux sont pratiquement inexis-
tants, de même que les actes avec liste de présence insérée au
début du dispositif'; malgré cela, la plupart des actes sont dits
synodiques et près d'une quinzaine se définissent : O'UV08LX~
8L&YVWO'LC; x~1. &1t'6?~O'LC;5. Des lettres notifient diverses sentences
dont l'objet ne diffère en rien de celui de ces aetes 6 ; pour s'en
rendre compte il suffit de regarder les deux actes voisins, MM 570
et 571, qui règlent un problème semblable relatif aux biens d'un
enfant mineur. Le premier est dit gramma, le second diagnôsis
synodique, alors que tout l'exposé montre bien que le patriarche
est resté seul juge. Si les métropolites ne paraissent jamais à ce
tribunal synodal, les archontes, du sacellaire au prôtekdikos et
plus bas, sont souvent mis à contribution comme auxiliaires de
justice. Par groupe de deux ou trois, ils figurent dans une dizaine
d'actes. Il est probable que, dans toutes les causes jugées par ce

(1) Les formules de profession de foi de l'hypopsèphios mentionnenl souvent dans


la signature l'état de hiéromonachos. Les quatre ordinations de Matthieu (1400-1401)
concernent des moines: MM, 529 1-3, 672; une, lin prêtre local: 645.
(2) OUDOT, Ac/a, n. 27, p. 134-162, d'après Vindob. hisl. 'lr. 55 (69), seul témoin
connu.
(3) MM, 521-687 (II, p. 296-570); durant les douze années de Philothée nous
comptons dans les 136 actes.
(4) Les seuls actes véritablement synodiques de cdte periode sont les actes d'ordi-
nation dont la forme reste parfaitement régulière: mention des volants dans le dispo-
sitif: MM, 529 1-3,645,672; le nombre des volants est seulement très réduil (4 ou 5).
Ces ordinations représentent vraisemblablement le lotal réel des deux années; durant
les autres patriarcats au contrairp, le nombre des acles d'ordinaUon enregistrés est
nécessairement inférieur il la l'Calitl\. La différence entre le registre de ~lalthieu el
celui des prédécesseurs pourrait donc signifier qu'il est plus sincère.
(5) Voir les acles M~I, 528, 530, 537, 550, 553, 557, f>62, ;>71, 58·1, 585,591,597,
599, 667, 670. Ou bien le rédacteur passe sous silence la pal·ticipalion des membres du
synode, ou bien le patriarche a décidé seul sans leur concoul'S.
(6) Environ 80; voir les actes groupés 608-614, 648-656; sans qu'apparaisse un
seul membre du synode, on dit que l'action est accomplie cru\lo8~)(wç ou que la lettre
représente une &.7t6epIX0'~ç O'u\lo8~y.1) : MM, II, p. 308, 8; 357, 24; 367, 1; 374, l, etc.
142 APEUÇU HISTORIQUE SUR L'ÉVOLUTION DES OFFICES

patriarche durant les deux années, les mêmes archontes assistèrent


le président du tribunal, qui reste théoriquement le synode.
L'anomalie de cette pratique, dont on a déjà signalé l'impor-
tance l , tient aux circonstances d'une vie publique très troublée;
absences de l'empereur, attaques des Turcs, dissensions entre le
patriarche et les métropolites constituent autant de facteurs déjà
fort connus, bien que l'état intérieur du patriarcat ne soit pas
encore tout à fait éclairci 2 • Du point de vue historique et canonique,
on n'a pas tiré tout le parti possible de l'ordonnance publiée par
Matthieu l en 1397-1398, dès la première année de son règne.
Zhishman l'a utilisée et la cite par fragments 3 ; l'édition récente
du texte complet est restée sans commentaire 4 • L'ordonnance,
publiée par le patriarche pour lui-même, les évêques ct le clergé

(1) l'. LE'IERI.E, t Heeherchcs sur les institutions judiciaires il l'(\poque des Paléo-
logues. II. Le tribunal patriürcal., Arzal. Boil. 68 (I9r>O\, 318-333. L'auteur voit un
rapport entre la réforme de la justice sous Andronic III et la proportion des causes
!lui passent devant le tribunal patriarcal; elle baisse en effet à partir de 1330, puis
l'l'monte progressivement de 13HO il 140'2, période durant laquelle l'état intérieur de
l'empire est au plus bas. Il y a cependant plusieurs inconnues, en particulier la propor-
tion des causes que le trihunal des juges généraux instruisit dans l'intervalle, pendant
qlle le tribunal patriarcal entre en sommeil; comme nous ne connaissons guère l'activité
de ce dernier qu'à travers le registre, nous n'avons aucune preuve que celui-ci est
mHhodique et complet. La vérification par statisLiques reste donc précaire. Une autre
inconnue est la définition propre du tribunal patriarcal; du déhut du siècle (patriarcat
de Jean XIII et Isaïe) à la 11n (presque uniquement les deux années 1400-1401), la
composition même du tribunal change, sans parler de la diversité plus grande des
cas qui lui sont soumis; le tri1.Junal patriarcal, synodal au dt-but ~au sens strict: avec
les métropolites eruVe:8pLcX~OV'ttC;),devient un tl'ibunal nrchontaI. En somme, la pra tique
de la fin du siècle, tenant à des causes particulières, ne correspond plus exactement
il la tradition du tribunal synodal. J'analyserai les actes du patriarche Matthieu 1 du
point de vue diplomatique dans l'ouvrage Le registre synodal du palriarcat byzantin
uu X Jl'. sUc/e, en parlant de la comparaison enlre gram ma rl diagnôsis et de leur
caracti're synodal ou non.
('2) Un des principaux opposants a laissé des mémoires encore inédits; voir
V. LAl'RE!'ôT, "Ln paradoxe théologique: la forme de la consécration épiscopale selon
le mélropolite ~Iacaire d'Ancyre ., Or. Cllr. Per., 13 (1947), 551-561.
:3) J. ZIlISHMAN, Die Synoden und die Rpislropal- Amler... , Wien, 1857; voir p. 105,
1I0ies l, 6, etc .
. 4) OVDOT, Acta, p. 134-16'2. Le litre U1tOTU1tWO'LC; fait allusion peul-être il èv TU1tC:l
U1tO!J.\I~!LCl't'OÇ de la conclusion (§ 34, p. 16'2). MatLhieu cite un autre ade de même litre,
ordonnance relative il l'adelphaton : ~nl, 11, 353, '22. La date de l'hypotypôsis, le
fait qu'elle n'est pas dans le registre, non plus que l'aulre qui est perdue, le début
des inscriptions d'actes coïncidant avec le départ du chartophylax Holobôlos devenu
mélropolite : tout nous indique qu'en plus de la conjoncture hislorique, des questions
de personnel jouenL un certain rôle dans la conSCr\'ation des aetes ; après deux années
à peu près vides, les actes sont inscrits régulièrement. L'activité a dù être aussi intense
durant ees deux premières années, mais les actes ne furent pas recueillis, ou bien la
partie des registres qui les contenait est perdue.
LES DERNIERS SIÈCLES 143

qu'il a ordonné l , contient, après des considérations morales sur


les devoirs du pasteur, le règlement du tribunal sacré et la définition
des cinq archontes exôkatakoiloi, parmi lesquels ne figure pas le
grand économe. Lne liste des offices, en deux reccnsions 2 , enregistre
cette éclipse du premier des archontes qui ne paraît pas non plus
parmi les divers officiers cités dans les actes de l'époque; tous les
premiers sont attestés, sauf lui. Matthieu invoque la coutume
antique de l'Église qui régit les offices:!, comme le faisait Balsamon,
pour lequel les archontes ne sont pas à la merci de l'arbitraire
épiscopal, mais sous la garantie des canons 4 • En réalité, le patriarche
est plus proche de ceux qui pensaient, soit du temps de Balsamon,
soit peu après, au début du XIIIe siècle, que les promotions
d'arehontrs se font au gré de l'évêque 5 ; il dit lui-même que « ses
très saints et illustres prédécesseurs n'ont pris aucune mesure à
ce sujet )6, Il veut dire certainement que le règlement administratif
et disciplinaire qu'il propose est destiné à réprimer des abus et
des confusions contraires à la coutume' ; mais celle-ci reste une
tradition orale, une pratique, qui ne sont pas codifiées par des
textes positifs récents ou anciens. L'ordonnance comprend trois
parties: §§ 4-~, devoirs de l'évêque; §§ 10-14, le tribunal sacré;
§§ 15-32, la juridiction des exôkatakoiloi.
A propos du tribunal, le patriarche décrit succinctement le rôle
des divers archontes durant les séances. La place qu'ils doivent
occuper symbolise la part qu'ils prennent à l'action et nous fait
distinguer trois catégories. - Les exôkatakoiloi siègent à côté du
patriarche (-Tt'CXpOCX.OCe~f.LEVOL) ; chacun introduit les causes relevant de
la compétence de son bureau et conduit les enquêtes; mais, au
cours des débats, ils n'ont pas la liberté de contredire un évêque;
s'ils ont une remarque à faire, ils s'adressent au patriarche. - Les
autres archontes, sans distinction, se retirent derrière le siège
patriarcal, dès que la séance est ouverte; en principe, ils ne disent
mot; cependant ils ont la faculté de s'intéresser à une cause et
même de plaider (cruv'YJyopEi:v) 8 en faveur d'un accusé; ils peuvent

(1) OüDOT, loc. cil., p. 136, 7-9.


(2) :'\OtiCI'S P: texte, p. 572-573; comml'ntairr, p. '28t)-·2tl4.
(3) OUDOT, 140, 25-26; 142, 27.
(1) PC, 138, 144 A.
(5) Opinion combattue par Jean de Kitros : PC, 119, 969 B.
(6) OVDOT, p. 134 (ÎlIl)-136 (début).
(7) L'exorde insiste sur les méfaits de 1'&:":'iX~llX; le patriarche réprouve surtout la
coutuml' des archontes de donner des consultations à leur domicile: p. 154, § 24
(adressé au chartophylax) ; p. 160, ~ 31-;3'2. (à tous). En fait le patriarche veu!. que lout
passe en synode, ou plutôt par lui.
(8) Ainsi l'hypomnèmatogl'aphe se présente comme èVTOÀe:UÇ d'une plaignante:
M~l, Il,361,3 (de l'acte G57). Le patriarche considère l'assistance aux séances pour
les jeunes al'chontes comme un cours pratique de droit: OUDOT, 144 20-22.
144 APERÇU HISTORIQUE SUR L'ÉVOLUTION DES OFFICES

soumettre des observations au patriarche directement ou par


l'intermédiaire des exôkatakoiloi. - Les notaires et les épisko-
peianoi se tiennent, les uns auprès du trône patriarcal, pour être
continuellement à sa disposition, les autres au-dessous du banc'"
ou des sièges de l'épiscopat!.
Le tribunal décrit n'est pas distinct du tribunal synodal. De
plein droit, selon la coutume, les évêques supérieurs présents
émettent leur avis (Y'JW(.Looo,~r:v) ; le patriarche clôt les débats et
prononce la sentence : 1t'&POCÇ È1tL't'L8É:vOCL, (h09ocrv~cr8ocL. Le patriarche
fait une obligation aux archontes en général d'être présents, si
possible, chaque jour et, sans faute, « les jours synodiques »2. Il y a
donc des jours réguliers d'ouverture pour des séances ordinaires;
ce sont toujours sans doute les lundi, mercredi et vendredi de
chaque semaine, depuis au moins la fin du XIe siècle. La manière
dont la présence du corps épiscopal est signalée signifie qu'ils ne
sont pas convoqués nominalement à ces réunions ordinaires du
tribuna13; ils se présentent librement. Leur assistance n'étant
requise qu'en certains cas déterminés par le droit, par exemple
pour un jugement contre un évêque ou un prêtre4, le tribunal
ordinaire peut statuer sans leur concours, même si le patriarche
est seul juge; cela dut se produire souvent, comme il est prouvé
par la teneur des actes de Matthieu.
Le pouvoir suprême du patriarche est mis davantage encore en
lumière dans la définition des principaux offices, comme nous le

(1) ÜUDOT, 146 3-4; l'éditeur traduit crX(fL7tQUe; pur bunc (des évêques). Ce n'est
pas ce que veut évoquer le texte. Que les évêques soient assis sur un banc ou sur un
siège individuel, peu importe; mais les épiskopeianoi ne peuvent s'asseoir xcx't'w't'épw,
si les sièges épiscopaux ne sont pas surélevés, sur une estrade. Une description contem-
poraine de séance liturgique d'ordination (fL~XPcX crrppcxyEe;) nous donne une image
semblable en termes différents; patriarche sur son Lrône, exôkatakoiloi sur les degrés
de l'cXvcxoct6pcx (estrade du trône), auLres archontes xchw fLE't'cX 't'1jv cXvcxoiX6pcxv, évêques
sur leurs trônes ; DUCA!'IGE, Glossarillm, 412 (texte de Gémistos, anonyme dans
1. HABERT, Archieralicon, Paris, 1647, p. 27). A cette description, Ducange ratluche
des citations relatives à la cavea ('t'eX xon..~ '1) de l'Hippodrome (Gloss., appendix, 77;
append. altera, 205). Les exôkatakoiloi, en touL cas, sont birn ceux qui, parmi les
archontes, siègent hors du cret/x, du bas-fond; dans la définition du terme, l'image du
bèma entre ainsi au premier plan et l'explication est très séduisante et conciliable
avec une étymologie possible. Mais si les choses éLaient aussi simples, pourquoi l'auteur
de la notice B (ci-dessus, p. 60) va-L-i1 chercher des xcx't'cxxoEÀtcx qui n'ont J'ien à voir avec
la placc dans le bèma ?
(2) ÜUDOT, loc. cit., p. 1442: O"UV08LX'ije; oilO"7Je; l)flépcxe;; 1.16,19: Èv ure; O"u\lo8txcxte;
~flépcx~c;. L'obligation s'adrrsse à tous les archontes, même à ccux qui se tiennent
07tt0"8EV (144, 7), derrière le siège présidentiel. Sur les jours synodiques <lU XI" sil'cle,
voir p. 465-467, ci-dessous; au XIVe S., voir p. 503-50·1.
(3) ÜUDOT, 144 12-13; sens conditionnel de &pX~Epéwv 8è: 1t!xp6nwv Èv T?i Xp(o"E~.
(4) Le fait sc présenLe une fois: MM, 643; jugement d'un prêtre, remis par dMaul
du nombre l~gal des évêques-juges (II, p. 490, 19-20).
LES DERNIERS SIÈCLES 145

verrons surtout à propos du chartophylax. .Je ne retiens ici que le


procédé général de gouvernement; outre que le grand-économe
est omis, ce qui laisse supposer que toute la part de sa juridiction
est aux mains du patriarche, aucun archonte ne peut pratiquement
rien entreprendre ni décider, sans en référer au patriarche et sans
prendre ses ordres!. Or, dans cette description, il ne s'agit plus
de l'activité de ces chefs de service en séance synodale, mais de
leur occupation propre dans le ressort de leur administration; le
patriarche prend en mains lui-même les enquêtes d'ordination et
de mariage, comme semble l'avoir fait d'ailleurs le patriarche
Kallistos. L'importance donnée aux épiskopeianoi (serviteurs du
patriarche astreints à son service : § 13)2 rappelle aussi le rôle
des exarques, autres fonctionnaires de police dépendant du
patriarche 3 • Apparemment le prôtekdikos (§ 29) serait le seul qui
exerce son ministère sans ingérence habituelle du patriarche.
Il est impossible qu'une telle ordonnance soit en accord avec
toute la tradition antérieure; nous verrons en particulier que la
conception du rôle du chartophylax ne s'accorde pas avec celle de
Balsamon. Mais la comparaison de l'ordonnance avec les actes de
l'époque nous porte à croire que les innovations réelles sont
minimes. Le phénomène le plus saillant, le nombre considérable
des causes introduites devant le tribunal patriarcal, tient aux
circonstances historiques; il est possible qu'en l'absence de
l'empereur le patriarche ait reçu délégation plus étendue ou qu'il
supplée lui-même à la paralysie des bureaux impériaux; dans le
fond, la plupart des causes où il intervient ne dépassent pas la
juridiction du tribunal ecclésiastique, qui durant tout le XIVe siècle,
eut l'occasion de trancher l'un ou l'autre des cas soumis au
patriarche Matthieu". Si le registre a conservé les actes, c'est

(1) Par exemple le sacellaire : 7tpoo"lXyyéÀÀELV 'Ti;) 7t1X'TptiXpXn (148, 20) ; le skévo-
ph)'lax : yvwlln 'TOÙ 1t1X'TPLiXpxou (148, 24) ; le chartophylax: 1tp0O"IXYYEn.IXL (150, 21) ;
le sakelliou : 1tpoo"lXYYEÀd 'Ti;) 7t1X'TptiXpXn (158, 1-2). D'où l'interdiction de juger à l'insu
du patriarche: èv y(ùv(~ xp(ve:tV, Il~ dS6'Toç 'TOÙ mr:TpLtXpXOU (160, 8-13).
(2) Elix aus~i font rapport 311 palriarche : OevoT, 156, 21.
(3) "oir p. 12!l-130.
(4) P. LDIERLE (art. cité p. 142, n. 1), p. 321-323: quesLions touchant au sacrement
de mariage, à la protection des faibles (dot el patrimoine), à la défense d'un principe
moral. Les affaires mentionnées sous le § 4 (p. 323) el jugées par le tribunal de Matthieu
sont souvent des affaires purement civiles: le tribllnal patriarcal se substitue à la
(1

justice laïque défaillante. ~ Mais l'empereur ne sc serait pas déplacé sans doute lui-même
pour faire, comme le patriarche Matthieu, l'expertise d'une vigne sur le terrain:
MM, Il, 500, 23. Au début du siècle, on reprocha au patriarche Niphon d'exercer toutes
les foncLions des agents du fisc; l:ILASTARÊS, Syntagma K 32, PG, J.1A 13."\8 C =
HHALLÈS-POTLÈS, 6, 344 : ..-fjv Te: ti:7t0YPlXqJl}V XlXl -riXç 'TOÙ cSlJll0O"(OU cÎ:1ttXO"IXÇ 1}vÉPY'l)O"e:
8ouÀdlXç. La seule diITérence avec le patriarcat de ~latthieu, c'cst que nous n'a\'ons
pas le recul'il de ces acles de Niphon.
146 APERÇU HISTORIQUE SUR L'ÉVOLUTION DES OFFICES

peut-être parce que le patriarche veillait à ce que la chancellerie


les enregistre régulièrement. Cependant leur nombre ne peut
s'expliquer uniquement par ce soin, étant donné que nous ne
trouvons la même proportion sous aucun autre patriarch('. En el'
qui concerne la procédure et le fonctionnement du synode, nous
avons au contraire d'autres périodes beaucoup plus longues, du
patriarcat de Jean XIV au second patriarcat de Kallistos (en gros:
1330-1364), où la présence des métropolites et la tenue des séances
régulières sont encore moins attestées, proportionnellement, que
durant les deux années 1400-1401 couvertes par le registre de
Matthieu.
Deux notes de chancellerie témoignent que le tribunal respecte
des normes canoniques. La première (MM 603) enregistre une
sanction disciplinaire contre un prêtre, en attendant le procès
régulier, qui exigeait la présence d'un certain nombre d'évêques.
La seconde pièce (MM 643) comprend un protocole mentionnant
la composition du tribunal : (jUVE~pLcX~OV'rEC; métropolites, 1t<Xp<X-
xoc8~[.Le:\lOL et 1t<xpuJ"rcX[.Le:\lOL archontes; le dispositif précise que la
sentence définitive n'est pas prononcée parce que le nombre des
juges requis, c'est-à-dire des évêques, est insuffisant; bien que les
quatre présents aient donné leur avis, le patriarche renvoie la
sentence à une autre session où le nombre régulier des juges sera
atteintl. Cet exemple permet de définir le sens de 1t<Xp<XX<x8~[.LE\lOL
dans l'ordonnance elle-même 2 • Étant donné l'effacement relatif
des évêques durant les deux années et les interventions plus
nombreuses des archontes, on pourrait imaginer que ceux-ci se
substituent aux évêques comme juges. Les notices des offices
accordent à divers archontes des fonctions judiciaires et le charto-
phylax est souvent dit XPL"ÔjC;. Syméon de Thessalonique étend
l'appellation à tous les archontes, tandis que Balsamon déclarait
le chartophylax président d'un grand dicastèrc 3 . Dans les protocoles
traditionnels, le verbe qui indique la présence des archontes est,
en général, 1t<xp6\1'rw\I ou 1tOCPLcr'r<XflÉ\lW\I, sans distinction de c1assl'.
Matthieu, dans son ordonnance, distingue les 1tocpocxoc8~[.Le:\lm
(ÈçwX<X'rcfXOLÀOL ou 'rL(.LlW'<X'rOL) de ceux qui assistent à la séance;
le protocole de mai 1401 (MM 643) distingue pareillement des
juges siégeant avec le patriarche et deux classes d'archontes :
a) 7t'<xp<xx<x8'fjflÉ\lW\I 'rL[.LLW'rcX'rW\I; b) 1t<XpLcr'r<X[.LÉ\lW'I 8e:OCPLÀe:cr":'cX,w\I (NI 1\'1, II,
489, 3). Mais cette titulaturc et le style du procès-verbal ne sont

(1) MM, Il, 448-490. Le nombre est fixe, J'aprcs Ralsamon, pnr le concile Je
Carthage: PG, 138, 49 (note Il), 57-61.
(2) Ot.:DOT, toc. cil., p. 144, 6 : 1tIxpocx!XBija6oct; les autres archontes : &~ocv{a,!XaOQ(L
xc:d (17tLa6EV TOU 7tOCTPLOCPXLXOU 6p6vou 7tocp(oToca6oct (144, 8) ; ci-dessus. p. 1·~3.
(3) Voir la noLice sur le chnrlophylax, p. 343-344.
LES DERNIERS SIECLES 147
pas une invention du patriarche et de sa chancellerie; nous avons
exactement la même répartition et les mêmes termes dans un
acte de 1383, qui enregistre aussi une action contre des clercs 1 •
En aucun cas, les archontes n'obtiennent rang de cruve:3p~cX~OVTe:Ç,
que peuvent cependant occuper au XIe siècle des archontes palatins
siégeant avec le patriarche 2 • Pour l'Église, les archontes ne sont
des juges qu'au sens large; ils assistent le président et les évêques,
présentent l'accusation, conduisent des enquêtes préparatoires et
des expertises: c'est le rôle des auxiliaires de justice.
L'ordonnance et les actes du patriarche Matthieu mettent un
accent sur le pouvoir personnel du patriarche; la conception
fondamentale de la place et de la fonction des archontes ne change
guère, mais des circonstances particulières permettent à l'un ou
l'autre des patriarches de se mettre en vedette, soit qu'il ait
imprimé aux institutions un caractère nouveau, soit qu'il ait
laissé plus ou moins de latitude à ses auxiliaires dans l'exercice
de leurs fonctions 3.

7. La promotion des archon/es: f.LLXPOC creppocy(ç.


De même que les actes d'élection des métropolites sont très
rares, au point que les auteurs modernes les mieux informés
émettent à ce sujet des opinions contradictoires et trop absolU(;s4,
les témoignages sur les modalités de la promotion des archontes
ne sont jamais suffisamment nets pour nous donner une idée
exacte de la pratique. Au XIIe siècle, les canonistes officiels
hésitent encore; s'ils admettent confusément une distinction réelle
entre O'cppcxy[ç et Xe:tPOTOV[CX, malgré la synonymie fréquente tirs

(1) MM, 360 (11,48); voir aussi les actes 395, 417, 43:l. Tous ces acles qui enregistrenl
des actions eonlre des prêlres et des clercs nous font croire que la suspense p"ononcée
contre un prêtre sous le patriarche Arsène ne doit vas être atLriuuée en propre au
chartophylax qui va la notifier all condnmné : PACIIY:>llmE, ]\·1ich. Pal" 3, 24 : Bonn,
1, 2'2& = PG, 143, 669; l'historien cite le fait pour soulignl'r la juridiction du chnrlo-
phylax sur les mariages, commr l'a indiqué E. f!I;HMA"i, nid. de dr. cano II, 6'25 ;
cela ne veul pas dire qu'il a porté lui-même la senlenel', car l'empereur pronolll:(~
a ussitô tune diatriIJe con tre Ir pa triarche cl sé\' i l. contre son LI ux i1iaire, le c hartophyla X.
(2) Voir p. 34.
(3) On peut citer, comme exrmple de patriarche suivanL une ligne de conduite
toute diJTércnLe, Eustr'aLe qui aimait: ljauxilX\I X!XL IÎT!XplX1;i<X\I TW\I 8opuôo8wv 6x"A-fjar.w\I
(piLLakion d'Alexis Comnène, éd. Cspenskij, p. :l'2, 1-3 : Reyeslen, 1079). En cfTet,
dans l'affaire des mélropoles, il commil.le soin du proci's ail ch:Il'Lophylax (Nicéphol'(~) :
Regestes, 934 (qui n'est pas un décret de renvoi: ci-dessus, p, 54, n. 2).
(4) Je pense surtoul il l'opinion sou.... ent exprimée que les métropolites Claielll
nommes par l'empereur. Cne lelle affirmation est contredile par les canons el une
pratique constante, malgré des irrégulariLés, des voles d·(~lection. On confond peul-être
éreclion de métropole et nomination d'un métropolite; voir p. 478, n. 1.
148 APERÇU HISTORIQUE SUR L'ÉVOLUTION DES OFFICES

deux termes, nous ne savons pas au juste sur quoi elle repose ni
quel est le rapport entre les rites liturgiques et les actes juridiques
en forme d'écrit, que nous pensons devoir les accompagner.
J'étudierai plus loin les actes requis par les ordinations en général,
à partir de celles des métropolites, en vue de déterminer quelle
est la part respective du patriarche et de la chancellerie, de la
liturgie et de l'administration l • L'interprétation de ces actes
suppose une connaissance des rites liturgiques corrélatifs qui
donnent leur signification propre aux instruments juridiques.
Il n'est pas indifférent pour nous que le seul commentaire
liturgique utilisable, celui de Syméon de Thessalonique, date du
début du xv e siècle et provienne d'un évêque de province. Le
temps et le lieu conditionnent le sens du commentaire. Sans doute
le métropolite, en tant que suffragant de Constantinople, suit le
rite général de la capitale; mais il n'ignore pas que sa métropole
possède des usages propres, confirmés par une tradition 2 , et le
point de vue provincial influe grandement sur la conception des
cérémonies et du rôle des archontes. Quand il décrit l'ordination
du patriarche et des métropolites, il doit recourir nécessairement
à l'Euchologe patriarcal, puisque ces cérémonies n'avaient lieu
qu'à Sainte-Sophie et qu'un métropolite n'ordonnait que ses
évêques suffragants. Pour les ordinations d'archontes, nous
constatons également que Syméon de Thessalonique suit littérale-
ment le rituel patriarcal, qui est, sans aucun doute, la diataxis
rédigée par Dèmètrios Gémistos protonotaire, à la fin du XIVe siècle.
D'où la première question à résoudre : quelle est l'autorité de
cettc diataxis et sa place exacte dans la tradition liturgique?

a. L'évolution des ritcs d'ordination.


Autant que les éditions actuelles permettent de suivre l'évolution
réelle des rites 3, on peut distinguer, avant le quinzième siècle,
trois états de la tradition manuscrite. Je cherche à préciser ici la
distinction entre crrppcxyLc; et XELpO"C'O'Ytcx et je limite l'observation à
une seule cérémonie, celle de la consécration épiscopale, a fin de
découvrir les points de repère chronologiques qui marquent une
croissance du rite.

(1) Voir p. 469-482.


('2) Étude récente de J. FOU:,\UOL;LlS (cI>OUVTOÛÀYj';), Tb ÀE:LTOUpYLl<àv ~PYov LU(J.E:WV
roü 8e:crcrocÀov[l<Yj'; ("I8pu(J.cx (J.E:ÀE:T(;'W XE:pcrov~crou TOÜ Aï(J.ou, n. 84), Thessalonique, 1966.
(3) On ne tircra pas grand-chose, par exemple, de l'Milion P. ~. TREMPÉLAS,
1'hl<pàv EuXOt..6yLOV, Athènes, 1950, p. 192 s. Tous les élémenLs de la tradition s'amal-
gament sans considération du rapport chronologique; il manque, au point de départ,
un inventaire de la tradition manuscriLe, et un jugement sur la valeur des témoins.
LES DERNIERS SIÈCLES 149

1. Cérémonial ancien et très sobre du Barberinus 3361 , ou


Barberinus Sancli Marci de Goar (Ire édit. : 304-305 ; 2 e édit. :
251-252). D'après les descriptions de Dmitrievskij, le même texte
se trouve dans Sinailicus 956 (IXe-Xe s.) et 959 (XIe s.), puis
Palmos 713 (XIIIe S.)2 ; la date tardive de la dernière copie montre
qu'un scribe peut reproduire un modèle archaïque: on remarque
souvent, dans les ouvrages liturgiques munis d'un calendrier
(ménologion), que celui-ci est parfois périmé ou n'enregistre pas
les saints modernes. Je note que dans le rite ancien, aucun archonte
n'est cité comme participant à la cérémonie; celui qui présente
le X,cXpTIjC;, où est inscrite la formule avec le nom de l'ordinand, reste
anonyme.
II. Cérémonial moyen, plus développé. Le texte édité est celui
du Crypiensis roI, ou Cryplensis Bessarionis de Goar 3 ; un autre
témoin de qualité, Coislin. 213, a l'avantage d'être daté de 1027
et d'être composé par le prêtre Stratègios, des oratoires patriar-
caux 4 • Au début de la cérémonie, c'est le chartophylax qui présente
le X,cXPTIjC;, billet qui prend le nom de KL"t"CX"t"WpLaV dans l'ordination
du protopapas; au cours de la cérémonie, l'archidiacre ou le
chartophylax disent l'invitation 7tpOOXWfl.EV. A part ces détails, la
substance des rites est inchangée.
III. Cérémonial récent, caractérisé par la scission en deux
parties de l'ordination des métropolites, l'une hors de la liturgie
ou avant la liturgie (messe), l'autre au cours de la liturgie, comme
dans les Euchologes antérieurs 5 • C'est ici donc que se pose le

(1) Description par A. STRITTMATTER, ( The Barberinus Sancti Marci of Jacques


Goar Il, Ephem. Lilur., 47 (1933), p. 329-367. Tous les Euchologes ne sont pas de même
type : certains, destinées à une église paroissiale ou monastique, ne comprennent
pas les parties e archiératiques '; ainsi le typicon Uspenskij (Leningrad. gr. 226)
décrit par A. JACOD, dans Muséon, 78 (1965), 173-214.
(2) A. DMITRIEVSKIJ, EùXOÀ6YLIX (Opisanie, 1. II), p. 17, 59, 153.
(3) A. ROCCHI, Codices Cryptenses, p. 235-244; GOAR, EùxoMyLOV, 302-304 (1 re éd.) ;
249 (marqué 243)-251 (2 e éd.); reproduit par 1. HADERT, Archieraticon, Paris, 1647,
p. 316-319.
(4) Description et extraits: DMITRIEVSKIJ, op. cil., p. 993-1052. Il a en commun
avec le Cryplensis l'ordination de l'archidiacre en fonction qui devient protopopas :
DMITRIEVSKIJ, p. 915-916; ROCCIIl, op. cil., p. 236 (f. 42 v , texte non édité par Goar).
C'est là qu'apparatl XLTIXTWPLOV comme équivalent de XcXpT"IJ<;. Un autre Euchologe,
édité par Morin, emploie le même mot dans un sens équivalent pour l'ordination du
prêtre: DUCANGE. Glossarium, 658; je n'ai pas cherché l'origine de ce texte qui doit
être intéressant.
(5) Pour le moment il faut se reporler à l'édition 1. HABERT, Archieralicon, Paris,
1647; le ri le de la !J.lxpiX O'<pplXy(ç : p. 26-29; l'orùination sacramentelle: p. 66-70. Ce
rituel est analysé en partie par DMITRIEVSKIJ, op. cil., p. 301, voir note 1 ; mùis le
savant russe ne semble pas connaître l'ouvrage de Haberl. Dans l'Euchologe moderne,
le X&pT"IJ<; est devenu 1t"Te:p6v.
150 APER(,:U HISTORIQUE SUR L'ÉVOLUTION DES OFFICES

problème d'origine, soit parce que l'éditeur du texte néglige


complètement la tradition manuscritr, soit parce que les témoins
antérieurs de la cérémonie ne connaissent pas ces deux étapes de
l'ordination. Le modèle utilisé par Habert est inconnu; en tout
cas je ne comprends pas pourquoi cet éditeur, qui a disposé du
Parisinus 1362 pour publier l'appendice Saiulaliones, n'a pas
aperçu que le texte voisin dans ce manuscrit et qui n'est autre
que la 8ta'C1.~tç principale qu'il édite, porte en toutes lettres le
nom de l'auteur: Dèmètrios Gémistos, protonotaire de la Grande-
Église 1 • On a donc à peu près ignoré jusqu'ici l'importance de
cette œuvre, de proportions très modestes, mais dont le titre de
l'auteur révèle la qualité. Notaire sous le patriarcat de Philothée,
en 1368, Gémistos est le successeur immédiat ou assez proche du
protonotaire Dèmètrios Chlôros, condamné en 1370 2 •
Une fois reconnues la date de l'œuvre et la personnalité de
l'auteur, nous sommes sur la voie d'une solution. D'après la
description commune du rite actuel de l'ordination épiscopale,
fondée sur l'examen des Euchologes officiels postérieurs à 1453 3 ,
je considère que le texte provient d'un compromis entre diverses
recensions intermédiaires, qui ont perdu de vue les deux phases
du rituel de Gémistos, parce que celles-ci n'ont de sens que par
rapport aux ordinations de métropolites accomplies par le
patriarche. Faisant donc abstraction des ajouts et des trans-
positions postérieures à la fin du XIVe siècle, nous devons comparer
le texte authentique de Gémistos avec l'état des Euchologes
antérieurs.

(1) Note précise sur la tradition manuscrite par P. SECK, «Die iv8u-rl) f, Jahrb.
der ost. byz. Ges., 15, 1956, p. 366, n. 13 j le manuscrit principal à examiner serait
Patmiac. 49 de l'année 1391. Il suffit à exclure la date du XVIe siècle (erreur typogra-
phique ?) donnée encore par la 8p'r)0'l<... 'EYl<UXÀOTtlXL8dlX.
(2) En 1368, le notaire Di'mètrios Gémistos signe un prooimion : M~I, l, 497,
titre. A celte date le protonotaire est Dëmètrios Chlôros : MM, Il, 545, 31 (procès de
1370, qui le destitue). Après cela, nous connaissons le protonotaire (Michel) Balsamon,
en 1394 : MM, II, 206, tUre de l'acte 461. La date 1391 de Patmiac. 49 situe donc le
protonotairc Gémistos, qui doit suivre une carrière parallèle à celle du notaire
Jean Holobôlos (voir ci-dessous, p. 396). En efTet, Gémistos tient le poste de grand
sncellaire en 1394: signature au verso d'un acte à cette date, dans BZ, 48 (1955), p. 306.
(3) Pl. DE MEESTER, Siudi s'li sacramenli amminislrali secondo il riLo bizanlino,
Homa, 1947, p. 262 s. Dans un Euchologion moderne (par cx. édition Bortoli, Venise,
1778, p. 60-(2), on se rend compte encore de l'unité d'un ensemble partagé entre deux
momcnls de la liturgie. Il faut sc défier principalement, lJien plus que ne l'a fait
Trempélas (op. cit., p. 148, ci-dessus), des textes tirés de l'Euchologium AlLatianum
de Goal' (l re éd., p. 305-311 ; 2" éd.) p. 252-256) qui a Connu une fortune très dispro-
portionnée avec sa date et sa valeur réelles: voir ci-apres, p. 151, n. 5; p. 226-227.
LES DEHNIERS SIÈCLES 151

Le rituel patriarcal de la fin du XIVe siècle décompose l'ordination


en deux étapes. Le rite sacramentel, ordination d'évêque au sens
strict, supporte la comparaison avec les rites antérieurs (type l
et II), parce qu'il s'insère à la même place dans la liturgie, au
sommet des ordinations successives à partir de l'ordre mineur le
plus bas; ce rite ne nous intéresse plus directement. En plus,
apparaît un rite nouveau et que l'on doit qualifier d'extra-
sacramentelt, parce qu'il ne s'agit plus d'une ordination épiscopale,
mais de la promotion d'un métropolite par le patriarche. Le titre
même de ce chapitre, X.e:tPOTOV[OC, nous fait toucher du doigt
l'ambiguïté constante qui pèse sur ce terme et par conséquent
sur XEtpo(le;crtoc et crrppocytc;. Pachymère, énumérant les traits
communs aux ordinations qui donnent la tEPWcrUV'l') (du diacre à
l'évêque), cite les rites suivants : ~ bd TO\) (lucr~a:a'TIJP(ou x.Etpo-
TOV(OC, ~ crTOCUpOé:tÔ~ç crrppocy[c;, ~ TOU OV0/-LOCTOÇ CXvcl.pP'l')crtC;, 0 TEÀELWTtY.OÇ
chmoccrfLoç2. ~1ais ce ne sont pas seulement ces trois ordinations qui
comportent imposition des mains (XE~pOTOVtOC) et signe de croix
(crrppocy(ç); on les retrouve dans toute ordination inférieure, du
lecteur au sous-diacre 3. L'inconséquence de la terminologie du
XIIe siècle, qui voudrait réserver cr9pocYtÇ ct crrppIXY[~E~V aux ordina-
tions mineures et à celles des archontes!l, a provoqué, probablement
dès le XIIIe siècleS, le recours à une expression technique nouvelle:

(1) Lu dilTérence consiste en ce que l'ordination de l'évêque commence après le


Trisagion, tandis que le rite de promotion a lieu avant la messe; en eITet, quand il
pst achevé, on procède à l'ordination des lecteurs: I. HABERT, Archieralicon, p. 29,
finale. Je ne sais si le rite de promotion pouvait être dissocié davantage de celui d'ordi-
nation, à plusieurs jours de distance.
(2) Paraphrase de Denys Aréopagite : PG, 3, 525 CD.
(3) Le lecteur (civlXyvwO"rr,C;) reçoit même deux sortes de sphragis : tonsure en croix
et trois signes de croix: GOAR, Euchologion, 1647, p. 233·234. SY~ll\O=" DE THESSA-
LO:"lIQUE : PG, 155, 365 C; le hiérarque impose la main sur la sphragis de la tonsure.
Goar (op. cit., p. 241-2'12) étudie les divers sens de Xe:~po't'ov(<x et O"cpp<xy(ç i je ne suis
pas le même point de vue.
(4) Voir p. 87-90.
(5) Une datation précise ne sera obtenue que par l'élude des rituels. Pour le moment
je me fonde d'abord sur la présence du mol technique dans la notice H (voir p. 551,
notice du ehartophylax) el sur le témoignage du riluel de Chypre. Celui-ci olTre, en
effet, une particularité notable dés le XIIIe siècle selon le témoignage du Palatinus
367, f. 150 v -15l : extrait du rituel de la promotion de l'archevêque de Chypre, carac-
térisée par une triple profession de foi, prononcée sur diverses parties de l'aetos dessiné
au sol, et à laquelle correspond une triple formule de plus en plus développée prononcée
par le consécrulelll' (formule lj XcXp~ç 't'Oü TrttvtXy[ou distinctc de la formule consécruLoil'e
i) BdlX X&:p~ç)· Eustratiadès, éditant le riluel d'après un manuscrit postérieur, note
son caractère insolite el particulariste, sans plus: rp'lJy6pwç 6 IIttÀtXfÛ~C;, 1 (l!1l7),
p. 483-490; il n'a pas vu que ce texte esl identique à celui qu'édite Goar, d'après les
Allatiani: Euchologion, p. 305-311 ('le éd., p. 252-256). Comparé aux rites antérieurs,
le texte montre bien qu'il s'agit d'une cérémonie préalable à l'ordination proprement
152 APERÇU HISTOHIQUE SUR L'ÉVOLUTION DES OFFICES

[J.LXPOC cr9plXytC;, dont le sens est donné clairement par le Pseudo-


Kodinos l • La petite sphragis est la promotion extra-sacramentelle
dont on dispense le patriarche, promu par l'empereur; la grande
n'est autre donc que l'ordination sacramentelle, la Xe:LpOTOV~lX. Ces
deux rites sont dissociés au point qu'un certain espace de temps
peut les séparer; l'hypopsèphios, proclamé au moment de sa
promotion, reste parfois des jours, des mois et des années, sans
être ordonné effectivement évêque.
Le trait le plus caractéristique de la [J.LXPOC crepplXY(C; des métro-
polites est que, contrairement à l'ordination, elle se passe de tout
concours des évêques concélébrants ou co-ordinants. En cette
circonstance, outre les ministres ordinaires du culte. les assistants
du patriarche sont ses archontes : près du patriarche lui-même,
le protonotaire et le logothète ; près du candidat, le chartophylax
entouré de l'hypomnèmatographe et du hiéromnèmon. Durant
cette cérémonie seulement, le chartophylax saisit la tête de l'élu,
l'incline devant le patriarche et prononce : XEÀe:UcrlXTe:. On a déjà
soupçonné que cette formule est empruntée au cérémonial aulique 2 ,
mais je crois qu'il faut insister davantage sur la formule de
promotion elle-même : ~ XOCPLC; 't'ou TIlXVlXYLOU, qui se différencie de
la formule T, 6dlX XOCpLC; de l'ordination et que nous retrouvons,
d'après Syméon de Thessalonique, dans les « ordinations )
d'archontes 3 • Les deux sont une &vocPPllcrLC;, pour employer le
terme de Pachymère, une proclamation du nom, mais dans un
rite tout différent. Leur emploi signifie que l'on tend à donner
au rite extra-sacramentel une valeur équivalente à celle du
sacrement; cela n'a pas trop d'importance pour les métropolites,
puisque la consécration définitive va suivre, mais pour les archontes
qui sont déjà diacres, la petite sphragis se superpose au rite du
sacrement qu'ils ont reçu.
Le point essentiel, pour l'histoire des institutions, serait de fixer
le moment où apparaît la [J.LXPOC crepplXY(C; des métropolites, dont la

dite, à l'imposition des mains eonséeratoire ; mais le Palalinus atteste que l'on connais-
sait déjà ce rite en Chypre au xm e siècle. Le problème liturgique est très complexe,
car il s'agirait de savoir à quoi correspondaient, à cette époque, les usages de Chypre
dans le rituel de Constantinople et si la Grande Église utilisait des formes de promotion
(ocppctylc;) équivalentes; ensuite il faudrait déterminer comment l'usage des trois
professions de foi épiscopales est passé dans le rituel commun, après les Xlye_Xye siècles.
Euslratiadès (dans Néos Poimr.n 5, 1923, p. 451-452) oppose la sobriété de Coisl. 213
à l'emphase moderne.
(1) Trailé des Offices, éd. Verpeaux, p. 282, 2-3, 7, 10.
(2) Pl. DE MEIlSTER (op. cil., p. 150 ci-dessus), p. 251, renseignement tiré de
Bjeljaev; celui-ci reste dans les généralités; la formule xeÀeuoctTE: devrait être considérée
dans un contexte de liturgie comparée, non pus seulement par rapport au De ceremoniis.
(3) PG, 155, 464-465 (ch. 246).
LES DERNIEHS SIÈCLES 153

forme et le sens sont liés étroitement à celle des archontes. Pour


le moment, je dois m'en tenir aux constatations suivantes. Le
rite archaïque et moyen de l'ordination épiscopale ne comporte
pas le dédoublement que nous trouyons au XIVe siècle; il est
absent en particulier de l'Euchologe typiquement patriarcal de
1027 : aucune (.LLXPOC O'q>pIXytç avec formule ~ X&pLÇ 't'ai) fIIX\/IXytau.
Si elle existait déjà, elle ne paraît pas dans un livre liturgique
officiel, où son omission devient inexplicable. En effet, à côté des
ordinations sacramentelles, les Euchologes anciens admettent non
seulement les « consécrations 1) d'higoumènes, mais aussi celles de
certains dignitaires auliques (patrices au début, puis césar,
nobélissime, curopalate) et le « sacre » de l'empereur lui-mêmel .
Or, à la même date approximativement, entre le VIlle et le xe siècle,
qui est l'époque du De Ceremoniis, nous voyons apparaître dans
ce livre impérial des rites analogues, à commencer par la promotion
du patriarche, du recteur et du syncelle, où l'empereur lui-même
prononce des formules semi-sacramentelles de promotion 2 , comme
si le patriarche et le syncelle recevaient un titre par les voies
habituelles: 3LOC ~pIXodwv, 3LOC Myau. Dès lors le cérémonial impérial
emprunte-t-il son rite au cérémonial ecclésiastique, ou bien la
collation des offices ecclésiastiques est-elle calquée sur les inves-
titures impériales? Seul pourra répondre à cette question celui
qui disposera d'un instrument de contrôle encore inexistant : la
description technique des Euchologes grecs et livres assimilés.
L'hypothèse la plus vraisemblable et la plus modérée doit admettre
évidemment que les opérations sacramentelles de l'Église ont une
priorité dans le temps; mais il semble qu'à partir de ces formules
anciennes la cour impériale a adopté un cérémonial religieux
pour certaines de ses promotions et que ces rites ont exercé à
leur tour une influence sur les promotions des archontes patriarcaux.
C'est dans ce sens que j'entrevois un rapport entre les anciens
Euchologes et les témoignages plutôt tardifs concernant la fLLXPOC
O'q>PlXytç. Les livres liturgiques commencent à mentionner le
chartophylax lorsqu'il atteint le sommet de son pouvoir auprès
du patriarche et l'apparition de cet archonte dans la liturgie
coïncide avec la ligne ascendante de sa progression dans la hiérarchie

(1) GOAR, Euchologion, p. 930-938 (Irc éd.), 736-742 (2 e éd.). L'Euchologe du


VIIlC siècle n'a que la promotion des patrices (Gour, 931-32, note 1); le Cryptensis
et le Coislin. 213 ajoutenL César, nobélissime, cUl'opalate ; nOCCHI, Codices Cryptenses,
p. 240 (f. 123 V -124); D~lITmEVSKrJ, EùxoMpx, p. 997 (Coislin 213, f. 39-38').
(2) Voir celles du rector, du syncelle, du patriarche; De Cer. II, 4,5,14; la promo-
tion du patriarche peut précéder de quelques jours son ordination, qui u lieu le dimanche
suivant ou un jour de fête proche.

6
154 APEHÇU HISTORIQUE SUR L'ÉVOLUTION DES OFFICES

administrative. Mais l'histoire ne connaît qu'un témoignage


f'xplicite de cette progression: le prostagma de 1094 sur le charto-
phylax.
b. La doctrine de Syméon de Thessalonique.
Cette incursion dans les Euchologes ne nous éloigne pas du
commentaire de Syméon de Thessalonique, qui nous apporte une
théorie achevée sur les ordinations des archontes. Je ne sais pas
d'où Ducange, qui n'a pas pu connaître l'édition de 1683 parue à
Jassy, tire l'énoncé de la distinction qu'il prête à cet auteur entre
O"CPfltXY(Ç, XE:LP0't'O..,[oc et Xe:Lpo6E:O"LOCl • Le texte cité, remis dans son
contexte, montre bien que Syméon n'attribue aucune importance
à la distinction XE:Lpo6E:O"LtX-Xe:LPO't'O"'LtX et qu'il emploie indiITérem-
ment l'un pour l'autre. En outre nous constatons qu'il n'accorde
pas un sens institutionnel à O"cppocy[ç, comme les canonistes du
XIIe siècle; ce mot ne s'applique pas exclusivement à une sorte
d'ordination, car le commentateur n'y voit que le geste rituel de
bénédiction 2.
Pour Syméon, les ordinations sacramentelles qui constituent des
degrés de l'ordre se divisent tout naturellement, comme au
XIIe siècle, en majeures et mineures, suivant la terminologie du
droit latin. Cette division correspond en gros à la terminologie
byzantine, qui prend l'autel, le bèma, comme point de référence:
les ordres majeurs appartiennent à « ceux de l'autel )), les ordres
mineurs, à ceux qui sont au dehors de l'enceinte réservée au
sacerdoce. Or de même que le rituel de Gémistos propose un
partage de l'ordination globale des métropolites en deux étapes,
l'une extérieure, l'autre inférieure, Syméon de Thessalonique
distingue deux sortes d'ordinations ~çw 't'O\) ~~fLOC't'Oç3 : celles des
ordres que nous dirons mineurs, du lecteur au sous-diacre, et
celles des archontes auxquels il joint le prôtopresbytéros, l'archi-
diacre et les higoumènes. L'ordre même suivi par le commentateur
est significatif, puisque les ordres mineurs sont vraiment conférés
hors de l'enceinte sacrée, mais durant la liturgie, tandis que les
ordinations d'archontes, renvoyées après toutes les ordinations
accomplies durant la liturgie, sont extérieures à double titre :
parce que ce ne sont pas des rites du sacrement de l'ordre et parce
qu'elles sont accomplies hors de la liturgie. Syméon ne fait d'ailleurs

(1) Glossarium, xeLpo8ea((l, 1745; renvoi à ch. 13, p. 189 (une œuvre de -'1orin ?).
La citation est indirecte el concerne le ch. 156 de Syméon : PG, 155, 361.
(2) Voir ci-dessus, p. 151, n. 3.
(3) Voir PG, 155, 369 D et 461 B-e ; le deuxième lexle (ch. 246) esl l'ordination
des archontes.
LES DERNIEHS SIÈCLES 155
que suivre l'ordre de l'Euchologe patriarcal; deux fois au moins,
l'ordinalion des staurophoroi qu'il commente sc trouve ajoutée à
la diataxis de Gémistos : dans li ierosol. S. Sabae 607 (302) et
dans Iberon 31, du XIVe et du xv e siècle l • La seule variante que
je trouve entre le texte de Syméon et celui qu'édite Dmitrievskij
consiste en ceci: d'après Syméon l'archonte candidat se présente
tête nue, tandis que, d'après le rituel, le candidat porte sur la
tête un 7t€f=lLppmTcip~o\l (terme que l'éditeur accompagne d'un point
d'interrogation)2. Cela n'est pas contradictoire, si l'on observe qu'à
un moment donné le chartophylax découvre la tête du candidaP.
Nous sommes donc exactement au point de rencontre entre la
!L~xpcX. crq>pocy(ç des métropolites et la crq>pocy(ç (au sens de Balsamon)
des archontes: ce sont des cérémonies de promotion, non sacra-
mentelles.
La seule concordance que nous puissions établir entre l'Euchologe
du XIVe siècle et les témoins antérieurs concerne la place de ces
formules. En admettant que les ordinations d'archontes sont
situées dans le groupe hiérarchique du protopapas, de l'archidiacre
et de l'higoumène, Syméon, qui suit l'ordre de l'Euchologe de son
temps, nous invite à examiner le même contexte dans les recensions
antérieures. L'ordination du protopapas peut se trouver à l'intérieur
des ordres sacrés; le Coislin. 213 cite précisément le cas de
l'archidiacre ordonné prôtopresbytéros, mais ce n'est pas autre
chose que le passage du diaconat au presbytérat avec quelques
rites particuliers introduits à Sainte-Sophie 4 • L'higoumène, au
contraire, se trouve hors séries, après le céroféraire et le dépotatos,
et avant l'empereur : trois personnages qui font l'objet d'une
7tp0x.dp~mç patriarcale, comme l'higoumène lui-même. Les
Byzantins nous auraient évité bien des tracas, s'ils avaient
persisté dans l'emploi de cet autre terme, qui évite toute confusion
possible avec le sacrement : 7tpOXdp~cr~ç6 fait écho à la 7tpoooÀ-f)

(1) DMITRIEVSKIJ, EùxoMytlX, p. 3Hl el 631. TREMPÉLAS op. cil. (p. 148, n. 3),
p. 253, donne le XVIe siècle pour dat.e du Hieros. S. Sabas. J'ajoule que la dale des
Euchologes où apparatt l'ordination de l'économe n'est pas antérieure au xve siècle:
Dr.IITRIEVSKIJ, p. 352, 358, 619.
(2) Id., p. 319; je pense que le terme se trouve dans De Cer.
(3) Le commentateur ne donne pas tous les détails mineurs. La noLice l'vi dit du
chartophylax : ci1t"ocrx~7tcl~E:t ,oùC; (.LT)'P07tOÀt,IXC;; voir p. 565; tX7tocrxE:7tiiv, p. 569,
note de l'Otlobonianus 18C.
(4) Ci-dessus, p. 149, n. 4, où je fais remarquer que le terme xt,lX,cilpwv se trouve
aussi dans une ordinalion simple de prêtre, d'après le lexle édité par Morin.
(5) La dilTél'cnce entre Cois/in 213 et Cryptensis esl que celui-ci sépare la consécra-
tion de l'higoumène (f. 47) du sacre de l'empereur (f. 122). La signification est la même;
ces rites sont écartés de la série sacramentelle.
(6) Ou bien 7tpoIXYCùyfJ. Voir les litres du De Cer. II, 43-43, XE:tPO,OvtlX de césar
et nobilissime ; 45 (etc.), 7tpolXywYTJ de kouropalatès (jusqu'au ch. 58: l'antigrapheus) ;
II, 4-5, 7tpolXYCùyfJ de rector et syncelle.
156 APERÇU HISTORIQt:E SUR L'ÉVOLUTION DES OFFICES

du canon 2 de Chalcédoine, qui distinguait clairement la promotion


(: 7tF0OrXÀÀovro) de l'ordination (: XPpOTOV~O'OL).
Cette confrontation avec la tradition antérieure est fort
sommaire, parce qu'il faudrait dépouiller minutieusement les
Euchologes de la période critique de l'évolution, entre le xe et
le XIVe siècle. Cependant nous pouvons en déduire que la distinction
des ordres ~;w TOÜ ~~fLOCTOÇ proposée par Syméon de Thessalonique,
valable pour le liturgiste et même le théologien, ne peut satisfaire
le juriste ni l'historien des institutions. Il eût été bien préférable
que Syméon s'en tienne pour les archontes à une expression très
heureuse : é!;w ?>Locxovfoc, qu'il emploie incidemmentI; elle serait
beaucoup plus satisfaisante, dans la mesure où elle indique la
finalité du rite et le sens profond de l'institution. Rejetées loin
des ordinations ~;<.ù TOÜ ~~fLOCTOÇ, qui introduisent les clercs dans
les degrés les plus bas de la hiérarchie, les ordinations d'archontes
ne constituent pas un degré d'approche vers l'autel, mais la
destination à un service extérieur. Tel est exactement le sens
que Syméon donne à l'~!;w ?>Locxovtoc et à la formule ~ XOCpLÇ TOi)
ITOCVOCYLOU, dont il précise le sens théologique par opposition à la
formule propre des ordinations ~ Odoc XOCpLÇ... Selon lui, celle-ci
est trinitaire et confère un degré de grâce proportionnée à l'ordre
(un caractère, diraient les Latins), tandis que la première est
pneumatique et confère une simple aptitude pour l'action 2 • Que
la formule soit trinitaire ou pneumatique, cela importe peu au
fond, car l'explication reste artificielle et ne rend pas compte du
fait que l'on a assimilé les archontes à des degrés d'ordre, inférieurs
sans doute, mais théoriquement de qualité différente et supérieure
aux degrés archontaux : une fonction de chartophylax ou d'économe
ne représente rien par rapport à la hiérarchie sacrée, tandis que

(1) PG, 155, 465 A 2-3 : /;v TiXuTlXtÇ St ~;~ee:v TOÜ ~~fLIXTOÇ Y~OfLévlXtç (Xe:tPOTO-
V(lXtÇ), wç Stllcp6p~v ~ç~ee:v StllXOVtWV.
(2) Peut-être la distinction «trinitaire-pneumatique» est-elle moins poussée que
je ne le dis: PG, 155, 464 (ch. 246, y compris le titre), en dernière ligne : ~ xotV1) Xciptç
-rijç Ô:Y(IlC; TptcXSoc;. Cependant l'empereui' employait aussi ~ edll Xciptç (De Ger. II,
14 : Bonn, 565, 1) ou 1) &:yLll TptciC; (Pseudo-Kodinos, éd. Verpe:Jux, 280, 2-3). On voit
combien la distinction est artiflcielle, lorsqu'un patriarche dit : Tjj acppllyr8t TOÜ
IIve:ufLIXToC; mie:ufLIXTtX1)V ,xv1lP7)fLtvoC; cXpX~v : Ou DOT, Acla, p. 136, 20-21. Il est vrai
qu'il s'agit de Matthieu qui devint patriarche aprcs avoir été métropolile; il n'a
donc reçu que la fLtXPO: O'cpplXyLç, mais avec la formule impériale (du Pseudo-Kodinos 1).
Sur le rituel de l'investiture patriarcale au xv" siècle, voir V. LAURE~T, «Le rituel
de l'investiture du patriarche byzantin au début du xv· siècle q, Bull. de la sect. hist.
(Acad. Roumaine), 28 (1947), 218-232; mais je ne comprends pas (p. 223) pourquoi
le texte français donne «la sainte Trinité.) pour 1) EldlX XiXptç dans la note 4 (qui ne
correspond pas au texte de PG, 157, 117 C = éd. Verpeaux, 280, 2-7) ; il Y a interférence
entre les deux formules.
LES DERNIERS SIÈCLES 157

le lecLorat ct le sous-diaconat participent déjà au don sacré du


sacerdoce 1 •
Si les archontes, qui sont déjà en principe des diacres, doivent
être promus par une ordination è:1;w TOU ~~!l.<XTOc;, pourquoi les clercs
véritablement ordonnés selon ce rite, en dehors du bèma, n'étaient-
ils pas promus, et eux seuls, aux services appelés t~w 3tIXXO\lL<Xl ?
Ou bien, pourquoi l'ordination n'avait-elle pas lieu dans le sanc-
tuaire, lorsque l'office extérieur était conféré à un prêtre ou à un
diacre? Les Byzantins ont senti, sans pouvoir les rejeter, les
inconséquences qui découlaient de la formation d'une hiérarchie
administrative, dans laquelle les diacres finissent par prendre le
pas sur les prêtres et les évêques. Le principe qui justifie l'élévation
des diacres n'est pas d'origine liturgique ct sacramentel, mais bien
juridique, comme il apparaît dans le canon In Trullo 7, puis dans
le prostagma d'Alexis Comnène et moins clairement dans
Balsamon, qui essaie de rattacher sa doctrine des offices à la théorie
de l'ordre. Le pouvoir des officiers archontaux est une émanation
du pouvoir épiscopal par délégation volontaire, non par commu-
nication sacramentelle. Cependant les Byzantins, grâce à leur
définition de la ~e:pWcrLI\I1j, trouvaient une certaine explication
dogmatique de la place des diacres dans le système hiérarchique.
Participant au même sacerdoce que l'évêque, ils étaient en état
de recevoir délégation des pouvoirs détenus en leur plénitude
par l' &pX~e:pe:Uç2; au contraire, clercs inférieurs et moines, à plus
forte raison des laïques S , qui sont plus ou moins éloignés de la
~e:pCùcrU\l'rJ, ne peuvent prétendre, non plus, même à ces « services
de l'extérieur) que l'on a réservés aux diacres. Par rapport à
l'Église romaine, les institutions n'évoluent pas dans le même
sens à Byzance. En Occident, les officiers supérieurs de l'Église,
équivalant aux archontes du patriarcat, ne sont pas seulement

(1) Cependant Syméon dit que la grâce 't'E:ÀelLlTÉ:plX et xlX6aÀLx1) va à l'évêqur, au


l1iacre et au prêtre; mais voir aussi, ch. 157 : &:Tt"0 Tati Tt"p~t'OU t'WV -riie; leplLlO'uv7Jç
ot
Xct.pLcr!lcl:t'lLlV &:p!;~!le:6lX . ~O'Tt t'O t'oti &:VlXYVWO'TOU : PG, 155, 364 C 7. On distingue
donc toujours sacrement et ordre archontal non sacramentel.
(2) Plus radical, ou plus conséquent que Balsamon, Syméon de Th. déclare que
les diacres supérieurs ont rang épiscopal : TOÙÇ yocp è:xxplt'oue; 't"wv OLlXX6vCùv XlX' de;
bncrx6Tt"lLlV t'ci!;Lv t'L6É:lXO'LV (les Apôtres f) XlXt O''t"lXUPOÙÇ fl.tv ~XOUO'LV bd xecplXÀljç,
XpLt'ct.t ôt Àé:YOVt'lXt : PG, 155, 369 D. Un des principaux défauts du commentaire de
Syméon (ct à un autre point de vue, du commentaire juridique de 13alsamon) est
l'absence ou la déformation de la perspective historique.
(3) Voir le ch. 248 de Syméon : PG, 155, 465; au ch. 249 le moine tOL~TI)Ç est celui
qui n'a pas d'ordination presbytérale. Comparer l'expression À~t'oç Tt"ct.Tt"iiC; du XIe siècle;
voir p. 33, n. 1. Ces qualificatifs se retrouvent à propos de la noblesse d'empire:
H. GCILLAND, Recherches sur les institutions byzantines, Amslerdam, 1967, l, p. 153-
154 (= Byzantina-Melabyzantina, 1 (1946), p. 165-166).
158 APERÇU HISTOHIQUE SUR L'ÉVOLUTION DES OFFICES

assimilés aux évêques, ils reçoivent la consécration épiscopale,


C'est une solution différente d'un même problème, mais qui
entraîne ses propres inconséquences : plusieurs évêques dans le
même diocèse, ou promotion d'évêques sans diocèse réel. Si les
Byzantins ont évité cette solution, il n'en est plus de même après
la chute de l'Empire; les membres du synode perdent leur qualité
d'évêques résidentiels et la hiérarchie archontique devient purement
fictive, au moins au siège du patriarcat.

c. La définition des archontes supérieurs.


Je n'insisterai pas ici sur la définition de chacun d'eux, mais sur
leur définition commune, en quoi Syméon de Thessalonique
diffère notablement de Théodore Balsamon. Celui-ci, suivi par la
généralité des auteurs de notices, réserve aux quatre premiers
archontes une compétence administrative dans un secteur déter-
miné, que le prostagma d'Alexis Comnène désigne comme
Àoyoeé(j'~ov; le chartophylax, de son côté, compétent en toute
affaire, obtient une juridiction beaucoup plus étendue, et Balsamon
au moins lui réserve exclusivement la qualité de juge. Pour Syméon
de Thessalonique, au contraire, tous les archontes stavrophores
sont juges au même titre, en vertu de leur ordination; ils portent
la croix comme les évêques et ils reçoivent alissi en main le livre
de l'Évangile1 • Ici encore, nous avons une contamination entre
rituc1 impérial et rituel ecclésiastique: les juges généraux, établis
par Andronic III, recevaient l'Évangile et l'épée impériale comme
signe de leur juridiction suprême 2 • Il semble que ce rite ne doit
pas être très ancien dans l'empire et nous ignorons en même
temps à quelle date remonte le rite de promotion des archontes
décrit par Gémistos et Syméon de Thessalonique. Dès lors le
sens de la contamination entre les rites reste encore imprécis,
car l'imposition de l'Évangile à l'évêque, attestée dès la plus
ancienne forme de l'ordination, n'indique pas en premier lieu ni
exclusivement un pouvoir judiciaire, mais, de manière générale,
la soumission de l'élu à la loi évangélique dont il devient dépositaire
et qu'il devra transmettre à son tourS. L'archonte, au contraire,
à la manière des juges, reçoit l'Évangile comme symbole de la
loi, d'après laquelle il portera ses jugements; les paroles prononcées
au moment de la tradition du livre le disent expressément 4 , Nous

(1) Voir les ch. 167,244,247 : PG, 155,369,464 B, 465 B.


(2) P. LEMERLE, arl. cil. (p. 137, n. 3), p. 295; noter le terme ":xpCl:8~8au::;. Dans
Syméon nous lisons: 8(8CùCH, 8éxo\l't"lXt : PG, 155, 465 C.
(3) L'imposition du livre sur la tête a un autre symbolisme: PG, 15G, 446.
(4) Texte dans D~nTHII::VSKIJ, EùXaÀ6YLIX, p. 319. Il est notoire que l'Évangile
LES DERNIERS SIÈCLES 159

revenons donc toujours au même problème: si la promotion des


archontes-juges ressemble, par la forme précise du rite, à celle des
juges généraux, quel rituel imite l'autre 1 ? Tant que la tradition
des Euchologes ne nous aura pas livré une formule antérieure, qui
explique celle du rituel de Gémistos, dans le dernier quart du
XIVe siècle, on ne peut admettre l'antériorité du rite patriarcal.
En efIet, nous ne savons même pas si cette partie est originale
et officielle: elle voisine avec la dia taxis du protonotaire dans les
ùeux manuscrits 2 et Syméon l'emploie comme texte officiel au
début du xv e siècle; à cela se réduisent pour le moment nos
certitudes.
Syméon de Thessalonique ne réserve donc pas au seul charto-
phylax l'exercice de la justice épiscopale, ni la présidence de droit
ordinaire d'un tribunal diocésain. Dans la définition intervient
certainement le point de vue particulier du métropolite de province.
A propos du pouvoir des confesseurs, Syméon mentionne les cas
réservés à l'évêque et il ajoute cette remarque curieuse que le
confesseur n'exerce son ministère qu'en l'absence de l'évêque 3 •
Nous pouvons transposer cette remarque à la juridiction des
archontes provinciaux eux-mêmes. Il est avéré que les métropolites,
attirés par la capitale et par le prestige des È.., 3'1) [LO U\l"t"E;C;, qui
assistent de droit au synode et participent à la direction de l'Église
(1 œcuménique », laissaient leur diocèse pendant de longues
périodes; comme les synodes diocésains sont pratiquement
inexistants et ne pouvaient d'ailleurs fonctionner que sous la
présidence effective du métropolite, la responsabilité des affaires
courantes de toute sorte, qui affuent à la métropole, retombait
nécessairement sur les principaux archontes. Bien que l'ordonnance
de Matthieu 1 confirme jusqu'à un certain point ces attributions
judiciaires communes des archontes, son témoignage ne peut avoir

était exposé au tribunal: Cod. Just. 3, l, 14; le texte fait allusion à la mani~re dont
les 8LXiXO'TiX( seront jugés s'ils jugent mal eux-mêmes. C'est la sentence évangélique
prof('I'(~e à l'occasion de la remise de l'(:vnngile aux stavrophores. ~lais le (:odex fait-il
allusion aussi à une paradosis par l'empercUI' ? La présence d(~ l']~vangile s'explique
là par l~ coutume de prêter serment sur le Livre.
(1) Si la lradition ecclésiastique imile sur ce point le rituel en vigueur pour les juges
généraux, l'hypothèse de P. I.emerJe concernant l'évolution du tribunal palriarcal
trouverait là une nouvelle confirmation; voir p, 142, n. 1 ; p, 145, n. 4.
(2) En plus des manuscrits cités par Dmitrievskij (voir p. 155, n. 1), il faudl'ail
examiner les. bons)) mss de Gémistos, surtout Patmiac. 49. Mais il semble que la
rencontre enlre le rite de promotion des stavrophores et la dialaxis liturgique propre-
ment dite est accidentelle; ils apparHissent au même momcut, mais ne sonl pas
nécessairement du même auteur Gémislos.
(3) PG, 155,468 B. II faut entendre sans doute par absence de l'évêque, le fait de
ne pas se trouver dans le lieu délerminé pour lequel le confesseur a reçu son pouvoir.
160 APERÇU HISTORIQUE SUR L'ÉVOLUTION DES OFFICES

le même sens que celui du métropolite de Thessalonique. Le


patriarche ne s'absente presque pas de sa ville et le synode était
toujours là pour limiter l'exercice du pouvoir par les archontes.
~1atthieu semble accorder plus de place aux archontes pour des
raisons temporaires, mais il ne leur donne jamais rang de juges.
Il n'est pas dans l'intention de Syméon de réduire les fonctions
judiciaires des archontes à l'exécution de mandats du tribunal et
de simples corvées; la pratique couranLe de la province différait
de celle de la capitale en raison même de la forme des institutions,
comme le prouvent les actes des métropoles, en :Vlacédoine et en
Asie Mineure, du XIIe au XIVe siècle.

d. Actes de promotion et É\lTocÀ[J.oc.


A tous points de vue, il existe un rapport entre la [J.LXPOC crrppocy[ç
des métropolites et la crrppocy[ç ou X€LP01'OV[oc des archontes, qui
sont en réalité toutes deux une promotion, ou une investiture.
Mais dès que l'on assimile la collation d'un office à une ordination,
celle des archontes doit comporter a priori la composition
d'instruments juridiques : de la part de l'autorité, gramma ou
entalma conférant les pouvoirs de la charge, de la part de l'élu,
un engagement écrit, de forme et de portée variables suivant les
degrés hiérarchiques. Cependant, malgré l'assimilation des degrés
des offices à des degrés d'ordre, nous possédons très peu de témoi-
gnages concernant les actes juridiques et administratifs relatifs
aux promotions des archontes patriarcaux. On ne voit pas très
bien jusqu'où va le parallélisme entre le rituel impérial et le rituel
patriarcal et l'incertitude provient sans doute de la même cause:
la perte des actes de promotion d'un côté comme de l'autre, mais
plus radicale du côté ecclésiastique. Cependant si l'on peut décrire
la promotion des dignités 3LOC ~pocod<ùv et le X<ù3LXéÀÀoç - X<ù3LXéÀÀLOV
qui devient un instrument écrit!, on hésite à se prononcer sur les
formes de chancellerie qui accompagnent les titres 3LOC /..6you 2 ; du
moins je n'ai pas encore rencontré dans les études sur la titulaturc

(1) Fr. DÔLGRR, Reges/en, pr6Cace p. VIII; Byzan/inische Diplomalik, p. 49. Les
ordinations de métropolites, dans les Reges/es du patriarcat, sont à peu près dans le
même cas, sauf peut-être que les mentions expriment parfois plus clairement l'existence
dcs actcs. Dolgcr constale quc l'absence des originaux ou de menlions diplomatiques
caractérisées empêche d'inscrire les innombrables nominations de hauls dignitaires
de l'empire.
(2) On traduit couramment 8~0: Myou : par édit verbal. C'est peul-être le type de
promotion d'un épi podeas et d'un dipotatos, au patriarcat: voir notice 1'1 (note de
l'Ollobonianlls, p. 569). Mais nous avons aussi des mentions de promotion 8L1:l1t~TTIX)([CùV,
8~0: auyyplX<p7jç; voir p. 90, n.2 . Il faudrait étudier dans ce sens des formules impél'Îales :
S.HHAS, Biblio/heca graeca medii aevi, VI, 641-653.
LES DERNIERS SIÈCLES 161

impériale une recherche portant sur l'aspect diplomatique de ces


promotions et sur l'acte de chancellerie qui témoignait de la
concession d'une charge par décret impérial. Dans les formules de
promotion, prononcées aussi bien par l'empereur que par le
patriarche, apparaissent les deux termes 7tpOXElpL~E't"OC~ (un tel),
7tpOôOCME't"OCL O'E, qui signifient aussi bien la XE~pO't"OVLOC sacramentelle
qu'une investiture : 7tpoooÀ~, 7tp60À'YjO'lÇ, 7tPOXELPLO'LÇl. Le terme
figure en particulier, dès que nous en connaissons la teneur, dans
le xocp't"'Yjç ou 7t't"Ep6v que lit l'ordinant 2 ; la formule est un acte de
chancellerie rudimentaire rédigé pour chaque ordination et à
l'intention d'un individu; il ne semble pas destiné à être remis
au bénéficiaire pour lui servir de garantie. Le cas du didascale
qui, après avoir reçu la 0'9pOCYLÇ, yoit arriver un ypocf.Lf.Loc contredisant
la formule de promotion 3, montre bien la dissociation de l'acte
liturgique et de l'acte juridique de chancellerie. Au XIIe siècle,
Balsamon ne parle de pittakia que pour les clercs mineurs,
transférés d'un emploi inférieur à un autre, lorsque l'instrument
écrit est le seul moyen de promotion possible 4. Au XIVe siècle,
nous ne sommes pas mieux nantis en ce qui concerne les archontes
.supérieurs, qui sont toujours censés recevoir la charge par ordina-
tion. Cependant, en plus de l'analogie qui nous permet d'atteindre
par déduction cette catégorie d'actes 5 , nous avons un certain
nombre de lettres réelles et de formules de mandat qui corroborent
l'hypothèse. Plusieurs fonctionnaires reçoivent un E:nocÀf.Loc et
déposent une promesse: OCO'tpOCÀEtOC, t)7toO"XEmç. Ces documents n'onL
pas tous même valeur; ils nous permettent d'imaginer ce que
pouvaient être d'autres actes de promotion.
L'entalma, ou ~nocÀ~pLO\l YP OCf.Lf.LOC , est un acte banal de nomination
à une charge commune, en général dépourvu de marques de
solennité telles qu'une intitulation et la signature du nom, la
présence du sceau restant indéterminée la plupart du temps6.
Bien que le registre soit réservé en principe aux actes synodaux,
celui du XIVe siècle recueille un certain nombre de ces entalmata
délivrés par le patriarche de sa propre autorité sans contrôle

(1) A cc sujet, revisel'la note sur X€LP0't"OV[oc de A. VOGT, Le Livre de8 CéremollÎcs.
Commen/aire, II, p. 12 et 44; voir ci-dessus, p. 88, n. l.
(2) Comparer ne Cel'. l, 42 et suivanls (pas de formule) ; 11, 4, ;) el 14 : formules
pour le l'cetol', le syncelle et le patriarche; puis formule de l'ordination du métropolite
(XcipT'1)C;, 1t''t"€p6v)): GOAO, Euchologiull, 302; du stuvrophol·e: DmTRIEVSI-.:IJ, EÙX0/cÔYLiX,
p. 319 (ou Syméon de Th. : PG, 155,465 A).
(3) Texte cité p. 77, n. 1 ; 84, n. '2.
(4) PG, 137, 73 A ; voir ci-dessus, p. 90.
(5) Analogie avec les ordinations de métropolites; voir p. 472.
(6) Cn seul sceau patriarcal est décrit dans MM, 1,221 (acte 97).

6- 1
162 APERÇU HISTORIQUE SUR L'ÉVOLUTION DES OFFICES

synodal. Le destinataire le plus fréquent est l'exarque, celui qUI


exerce les droits patriarcaux sur les monastères. Voici une liste
par patriarches, qui, sans être exhaustive, servira de témoin
Jean XIII (MM, nO) 46.
Jean XIV 74 (éphoreia).
Èsidôros 110, 112.
Philothée (1) 144, 150 (éphorcia).
Philothée (II) 201, 217, 224, 240, 242, 254, 272, 289, 297-
299, 309, 317, 165.
Nil 3652, 371, 391.
Antoine IV (II) 422, 424, 456, 488 1, 495, 514.
Matthieu 6161,662.

Tous ces mandats n'ont pas exactement même teneur, car aux
exarques proprement dits, clerc ou moine auquel s'adresse le
mandat-type l , se substituent des métropolites et des évêques qui
exercent une sorte de cumul: les fonctions d'exarque, surajoutées,
se confondent avec d'autres formes de juridiction propres à
l'épiscopat, en particulier l'épidosis d'un diocèse vacant 2 • Les
fonctions de l'exarque n'ont pas de durée bien délimitée; mais
c'est tout de même une charge qui se distingue d'une mission
temporaire confiée à un archonte dans un but restreint 3 ; l'entalma
ne dépasse pas alors la durée de la mission extraordinaire. La
charge d'éphoros est conférée aussi par entalma 4 •
L'entalma de l'higoumène est exceptionnel dans le registre;
deux sont enregistrés sans doute à cause de l'addition d'une clause
spéciale concernant une redevance que l'higoumène doit verser
au kellion patriarcal 5 • Mais il nous suffit qu'il existe un entalma-
type de l'higoumène pour confirmer la remise de ce document à
tous les higoumènes, à l'occasion de leur nomination 6 • L'intérêt
de cet exemple, bien que l'higoumène ne soit pas archonte, provient
de ce que Syméon de Thessalonique considère l'higoumène comme

(1) PG, 119, 1145 : de:~ T1Jv a1JV e:ùMôe:~lXv ...


('2) Voir par exemple l'acte 365 2 d", Nil : MM, II, 67-68. Ce n'est pas un mandat
d'exarque mais une sorte d'épidosis; un évêque est chargé de l'administration d'un
diocèse dont le métropolite est empêché de remplir son ministère; mais le métropolite
avait déjà mandaté cet évêque en Son nom propre comme dikaià et exarque (p. 68,
28); il répondait donc en premier lieu devant le mctropolite de la gestion des droits
afTérents à la métropole.
(3) Voir MM, 127 et 450; le droit de l'exurque des monastère~ proprement dit est
dt'lini dans UTI acte ùe Germain II : M~'l, IV, '29~.
(4) A litre d'exemple : M~l, 74 ct 150.
(5) M:\I, 289 et 165 (ce dernier datable de 1372, non de 1357).
i6) PG, 119, 1145-1153.
LES DERNIERS SIÈCLES 163

promu par une ordination tÇW "t'ou ~~!J.a"t'oç, de même genre que
celles des grands archontes1 • Mais il y a mieux. Le prôtos de
l'Athos, qui tenait obligatoirement sa sphragis du patriarche,
selon le typikon de Niphon, recevait également par la même
occasion le sigillion garantissant son pouvoir et la réalité de la
consécration rituelle 2 •
Pouvons-nous conclure de ces exemples que toute 0'9paYLç
entraîne la rédaction d'un écrit attestant juridiquement la
promotion des archontes. L'absence totale des sources diploma-
tiques concernant les archontes supérieurs parait d'un grand poids.
Les formules connues sont de date tardive et sans aucun équivalent,
à ma connaissance, dans la chancellerie patriarcale avant le
XVIe siècle 3 . Mais nous verrons que nous ne sommes pas plus
favorisés en ce qui regarde les élections des métropolites, sauf
cependant que des sources extérieures permettent de reconstituer
toute la procédure. L'auteur des Regeslen de l'empire déclare, de
son côté, que les innombrables promotions nobiliaires accomplies
par XWaLX~ÀÀ~a n'ont pas laissé plus de vestiges; elles ne peuvent
donc être enregistrées qu'incidemment, lorsque une source histo-
rique contient des renseignements concrets sur un cas particulier t •
En fait, il nous manque non seulement ce qui pouvait constituer
un codex des ordinations et au minimum un te:pa"t'lxoç X(x."t'cX.Àoyoc;,
mais aussi des échantillons d'actes que durent recevoir tous les
évêques et tous les clercs ordonnés régulièrement: d'une part les
lettres générales di tes (j\)O'''t'a''t'LxaL, d'autre part diverses lettres
conférant un pouvoir particulier, restreignant ou étendant la
juridiction pour l'adapter aux circonstances, et désignées en général
comme gv"t'aÀ!J.a. Il n'est pas exclu naturellement que la qualité
du destinataire exige une forme diplomatique plus solennelle,
témoin le sigillion du prôtos athonite.
En somme, une fois acquise l'analogie des degrés archon tiques
et des degrés cléricaux, il faut admettre aussi une analogie des
actes. Le seul point qui me paraît encore obscur, et sur lequel on
se prononcera avec réserve, concerne l'engagement de l'élu
corrélatif aux ordinations; si l'~yypaepoç &.O'epciÀe:La est parfaitement
attestée pour l'épiscopat ct correspond à l'idée profonde de la

(1) PG, 155,461 (ch. 241).


(2) J'cn ai édité deux dans tEÀ),:'lv~XOC, 16 (1959), 137-148; on n'en connaît pas de
plus ancicns; voir la listc des sigillia, ci-dessous, p. 411.
(3) HHALÜ:S-POTL~~S, Synfagma, 5, 572·573; ils sont extraits du Synlagmation
de Chrysanthos l':otaras, qui a pu les recueillir dans un manuscrit; mais nous n'en
ll"Ouvons pas d'exemple dans les manuscrils antérieurs au XVIe siècle.
(4) Ci-dessus, p. 160, n. 1. L'acte de Michel V Il 1 (Regeslen, 1972-1 U73 : ci-dessus,
p. 109, n. 3) fournit un exemple intéressant pour le XIIIe siècle.
164 APERÇU HISTORIQUE SUR L'ÉVOLUTION DES OFFICES

reddilio symboli consécutive à la lradilio symboli du baptême, les


témoignages concernant les autres ordres et les archontes sont
moins explicites.
e. Engagement personnel : &crrpclÀe:~CX, urr6crxe:cr~ç.

Si l'archonte reçoit une crrppcxy[ç de même genre que celle des


métropolites avant leur ordination sacramentelle, il ne s'ensuit
pas nécessairement qu'il doit souscrire un engagement de même
nature à l'égard du patriarche qui le promeut. En effet, un rituel
de la fin du XIVe siècle prévoit un cas où le métropolite lui-même
est dispensé de cette profession de foi réglementai rel : lorsqu'il
est transféré d'un siège à un autre, la profession, pronon<.;éc au
moment du sacre, n'est pas renouvelée à l'occasion du transfert,
parce que le métropolite a fait déjà acte d'obédience. Au contraire,
un évêque provincial, qui a émis sa profession devant son métro-
polite, est tenu de la renouveler quand il monte sur un siège
métropolitain, car il devient alors suffragant du patriarche. Ces
détails font ressortir le sens de cet engagement dont la portée
juridique est aussi importante que la valeur religieuse: il garantit
autant l'attachement au dogme révélé et transmis qu'à la personne
hiérarchique qui le transmet, le primat. Comme les offices sont
conférés en général à des prêtres et des diacrés, s'ils ont prononcé
ou souscrit un engagement à l'ordination sacramentelle, comme
le lien de dépendance à l'égard du patriarche ne varie pas, lorsqu'ils
sont élevés à un office ou transférés d'un office à l'autre, la nécessité
d'un engagement à chaque promotion n'apparait pas. D'autre part,
en cette circonstance, où la foi aux dogmes n'est pas en cause,
l'engagement ne doit plus consister que dans un acte de soumission
ou dans la promesse de remplir le mandat.
Les promesses de toute sorte ne manquent pas dans les actes
du registre au XIVe siècle. L'écrit signé de sa main, par lequel un
individu garantit la vérité d'un fait (&crrpclÀe:~CX), est souvent combiné
avec une promesse de respecter les clauses d'un engagement
(urr6crxe:mc;). Ces actes proviennent en grande partie de suspects,
de repentants qui veulent se purger d'un soupçon de culpabilité
et d'hérésie, ou qui ont obtenu le pardon et la rémission d'une
peine (O'\)yxwp"l)cr~c;). Toutes ces promesses ont rapport avec quelque
action judiciaire et équivalent au serment (opxoc;) admis par le
droit civil, mais interdit, au moins chez les te:pw[J.tvo~, par le droit
canonique; c'est ce que déclare Balsamon, en spécifiant que les

(1) DMITRlëVSKIJ, EùxoÀoyw:, p. 627-629 ; voir la procédure suivie pour la promotion


de l'évêque de Mélania à la métropole d'Andrinople: )1M, 681 (II, p. 561-562). De
même, Syméon de Thessalonique; PG, 155, 449 D.
LES DERNIERS SIÈCLES 165

l.e;p(ùfLé"o~
s'engagent par lyypC/..rpN. Il arrive que la teneur de
l'engagement souscrit par un ecclésiastique mentionne cette
interdiction des canons : ainsi le chartophylax Jean Bekkos,
dans la lettre synodale au pape, rappelle que la modalité du
serment pour les évêques consiste à signer un écritz. Vers l'époque
où les juges généraux commencent à fonctionner, la question se
posa une fois devant le tribunal synodal et l'on admit la procédure
du serment dans le procès contre le métropolite de Philippes, en
se fondant sur des exemples antérieurs attestés par le Registre 3.
Mais les patriarches Calliste et Philothée, non sans une certaine
affectation, reprochent aux empereurs d'abuser du serment dans
les traités 4 • Juridiquement, l'e:yypC/..rpoç &.crcpcXÀE:tC/.. équivaut à un
opxoç; elle ne s'en distingue que par la forme. C'cst pourquoi la
protestation de Philothée contre le serment de fidélité à l'empereur,
dans sa réfutation des «( tomoi) annexée à l'Hexabiblos, prend
valeur d'acte politique li ; dans la pensée des juristes et des laïques
ce n'était pas tellement la forme de l'engagement qui était en
cause, par oral ou par écrit, mais le fond, la foi jurée en conscience
au pouvoIr.
On connaît quelques engagements particuliers imposés par les
circonstances et exigés par décret formel : telle la promesse
demandée à certains métropolites, avant leur ordination, de gagner
leur diocèse malgré l'occupation du territoire par l'ennemi, ou
bien, après, de ne pas résider trop longtemps hors de leur diocèse 6 •

(1) In Trullo 77 : PG, 137, 777 B. Nomoc., 9,27 : PG, 104, 1120 C-D.
(2) A. THEINER-F. MIKLoslcH, Monumenta spectanlia ad unionem ecclesiarum
graecae el romanae, Vindobonae, 1872, p. 22-23 : Èç7)O"(jlOCÀlcrOCIITo TOCL<; 7rOCP' ~flLV opxou
8UvOCfltll Èxoucroc~<; OtXe:LOXdPOt<; tJ7r0YpO:(jlOCL<; ; cf. MM, IV, 311 1-7. Le chartophylax
Jean Bekkos connaissait certainement le grief des Grecs conlre les Latins au sujet des
serments: voir J. DARROVZÈS, G Le Mémoire de Constantin Stilbès conlre les Latins "
Re/). des Ét. Byz., 21 (1963), p. 62, nO 5.
(3) MM, 75 (l, 170), avec formule des serments prononcés par les lalques, tandis
que prêtres et diacres témoignent par écrit: ibid., p. 169.
(4) MM, 184, vers 1360-1361 ; je ne vois pas la raison pour laquelle Regesten (n. 2863)
place un ordre destiné à Kallistos dans les années 1341-1347 : MM, 194 (l, 449, 35);
à propos de Philolhée, Dèmètrios Kydonès insinue que ce patriarche se serait engagé
par lSpxoc; à l'égard de l'empereur: lettre 129, citée par G. MERCATl, Notizie di Procoro
e Demetrio Cidone '" (Studi e Testi, 56), noma, 1931, p. 293, 14-19. Il faul retenir que
Kydonès parle en fonctionnaire impérial et que son vocabulaire ne connalt pas
1'~yypoc(jlOc; occr(jlOCÀe:to:, qui a valeur d'6pxoc; pour le légiste.
(5) La date de l'insertion reste indéterminée; la réfutation pourrait prendre date
autour des événements de 1353-1354, mais aussi à d'autres dates, antérieures et
postérieures. Le texte n'est pas dans le codex de l'Hexabiblos copié au patriarcat par
le notaire Jean Holobôlos, en 1369 (Laura K 112).
(6) MM, 81, 83, 84; sur la formule signée par Macaire de Vicina (BtT~Ull7), nO 84)
voir l'article de V. LAURF.NT, dans Rel!. hisl. du S.-E. Eur., 23 (1946), 224-232.
166 APEUÇU HISTORIQUE SUR L'ÉVOLUTION DES OFFICES

Ces promesses se rattachent donc à une procédure judiciaire et


administrative 1 • Ainsi un diacre, garantissant qu'il répondra
avec sincérité au sujet de son âge au cours de l'enquête d'ordination,
se purge certainement d'un soupçon de mensonge 2 ; de même le
protosyncelle de Trébizonde se libère par promesse d'une condam-
nation à la réclusion 3 •
Parmi toutes ces promesses trois seulement proviennent
d'archontes: une, du sakelliou de Kios, qui s'engage à bien remplir
la fonction que lui confie le patriarche (MM, 349); une, d'un
exarque (MM, 407) ; enfin, celle de l'archonte phôtôn, lorsqu'il
est promu archonte des églises (MM, 532). Le style est stéréotypé,
comme tiré d'un formulaire dont on ne change que les mots et
les tournures nécessaires dans le cas particulier. Aucun de ces
trois personnages ne semble contraint d'émettre son acte pour se
libérer d'une accusation et en vue d'obtenir amnistie; nouvellement
promu ou pressenti pour le poste, il s'engage simplement à remplir
les obligations de la charge. Mais ces trois exemples suffisent-ils
pour affirmer que tous les archontes étaient régulièrement astreints
à la même promesse? Leur enregistrement exceptionnel ne serait-il
pas dû à une circonstance que nous ignorons, à un grief contre
la personne, à une difficulté passagère provoquée par le prédéces-
seur?
Nous ne connaissons que deux cas où la promesse du candidat,
parfaitement attestée, prend le sens strict de promesse institution-
nelle : le serment des juges généraux et l'hyposchésis t des exarques
de Kallistos I. Dans la formule de serment ou engagement,
souscrite par Georges Kleidas (archidiacre ou diacre) et
dikaiophylax, au moment où il est choisi comme juge général 6 ,
le signataire justifie la forme de son engagement par l'exemple
que lui a donné l'autre ecclésiastique nommé, le métropolite
d'Apros : il s'interdit par là de prononcer le serment à la manière
des juges civils et de l'empereur lui-même. Retenons que ce respect
du témoignage écrit n'est pas du formalisme pur et simple; l'écrit
n'est pas plus inviolable que la parole, mais il constitue une preuve
juridique plus tangible, plus sûre et plus durable; devant l'opinion,
le résultat est le même : par éerit ou par oral, les juges sont
assermentés.

(1) Type: MM, 282.


(2) MM, 392.
(3) MM, 356.
(4) Formule de promesse individuelle en 1350 : MM, 135 : l, 308-309; collective
(cr'dpyofle:v) en 1357 : MM, 167 : I, 368-369.
(5) P. LF.MERLE (art. cit., p. 137, n. 3), p. 297-298; texte du serment d'après
Parisini 1343 et 1368.
LES DERNIERS SIÈCLES 167

Il est possible, étant donné le rapport des dates et la nature des


fonctions, que la procédure établie par Kallistos, dans son décret
d'institution des exarques, s'inspire de celle qui fut suivie pour les
juges généraux. Après le premier décret nous trouvons la formule-
type de l'engagement personnel du fonctionnaire; après le second,
nous en trouvons une de genre différent. Celle-ci reçoit des
signatures collectives qui confirment uniquement l'intention de
chacun des signataires, qu'ils soient exarques ou non; l'engagement
collectif porte sur l'exécution du décret, non sur l'exercice de la
fonction. Ces signatures sont de même valeur que celles qui sont
apposées sur l'è:yypo:cpoç &crcp&ÀE:LO: de 12771 , par laquelle le clergé
approuve la politique d'union définie par le patriarche et l'empe-
reur. Cependant, bien que le registre ne parle plus, en 1357, de
1'{môOXE:crLç exigée en 1350, il est clair qu'au moment de leur
nomination, tous ces exarques ont dû souscrire la formule
individuelle comme auparavant.
Si nous avions davantage de renseignements sur le 'itPW"€X8LXOV
~LOÀ(OV cité par Balsamon 2 , nous aurions là un autre point de
départ pour interpréter la promesse des exarques et une raison de
dire que l'usage pouvait s'étendre normalement aux archontes. Il
n'est pas interdit de penser que ce livret déposé à l'ekdikeion
constitue une charte générale des pouvoirs, le formulaire qui
servait de base pour l'établissement du mandat individuel,
l'entalma. Le décret de Kallistos met donc en lumière la corrélation
entre la délivrance du mandat et la prestation de la promesse;
nous savons au moins qu'en cette circonstance la rédaction d'un
mandat pour un nouveau groupe de fonctionnaires entraine la
rédaction d'une promesse appropriée. Or, en même temps, Kallistos
fait rédiger aussi une formule d'entalma pour les pères spirituels 3 ;
mais dans ce cas on ne mentionne pas l'exigence d'une promesse,
soit qu'on se contentait de la formule reçue, soit qu'on n'imposait
pas la promesse à toutes les catégories des ordres et des fonctions
du clergé. Les sources ne permettent pas de préciser davantage~.
D'une façon générale l'ordination des archontes tendait donc à
revêtir les formes juridiques qui accompagnaient toute ordination
sacramentelle. A mon sens, ce doit être la raison la plus juste de
cette hésitation persistante entre des termes divers, qui désignent

(1) Acte qui reçoit les siA'natures de la liste reproduite, p. 574.


(2) Voir pp. 97, 324, 477.
(3) MM, 135 3 (l, 309-312); ci-dessus, p. 128, n. l.
(4) A part divers serments d'aIl6geance, on trouve aussi dans le domaine civil,
un exemple de promesse d'un percepteur du dékaton : SATHAS, Bibl. graeca medii
aevi, VI, 647; on ne saurait étendre à tous les fonctionnaires ce genre d'engagement
salis exemples concrets.
168 APERÇU HISTORIQUE SUR L'ÉVOLUTION DES OFFICES

l'opération globale (crcppo:y[ç et X€LPOTOV[O:), ou qui, signifiant une


opération particulière parfois assez éloignée de l'ordination,
attestent l'analogie possible entre les promotions de divers ordres.
Les canonistes insistent davantage sur le caractère sacramentel
que sur l'aspect juridique et constitutionnel de la promotion et
des investitures. Seuls, des actes concrets nous permettraient de
réduire cette marge d'incertitude qui subsiste: des actes hypothé-
tiques, aussi probable que soit leur existence, n'aut()risent que des
conclusions hypothétiques.

CONCLUSION

Cet exposé historique, recourant aux sources les plus proches de


l'événement, a relevé les faits principaux de l'histoire des archontes
et les a placés dans leur contexte proche ou lointain, de manière à
faire ressortir la tendance de l'évolution et ses sommets. Dans l'état
actuel de notre information et des études sur le patriarcat byzantin,
on constate de graves lacunes dans certains secteurs et pour de
longues périodes : histoire du synode permanent, évaluation des
effectifs ct répartition des bureaux administratifs selon les époques.
Cela tient à la rareté des actes conservés et à la nature même des
institutions qui se développent par droit coutumier, au lieu d'être
définies et modifiées par des lois périodiques ct fréquentes. Avant
d'aborder l'étude des listes théoriques - dont nous avons mentionné
l'apparition, comme genre littéraire, à partir du XIIIe siècle - ,
il était essentiel de délimiter leur point de départ et leur champ
d'application. La possibilité d'étendre aux siècles antérieurs les
définitions qu'elles proposent paraîtra d'autant plus réduite que
les lois sont rares et que les listes synodales les plus étendues,
témoins de la hiérarchie existante, ne coïncident jamais exactement
avec celles des manuels. Nous ne pouvons donc évaluer à aucun
moment l'étendue des changements qui affectent les structures,
soit à l'occasion du bouleversement produit par l'invasion latine
en 1204 - cause lointaine de la rédaction des listes et notices - ,
soit en d'autres circonstances, où les crises intérieures et le jeu
naturel des antagonismes sociaux provoquent les mouvements de
décadence et de réforme.
DEUXIÈME PARTIE

TRADITION ET CONTENU DES LISTES D'OFFICES

Les ocpcp(x~cx de l'Église sont présentés en catalogue plus ou


moins développé, suivant que les noms sont accompagnés ou non
d'une définition et de notes. La liste nue, simple énumération de
titres, ressemble au Tcxxnx6v (ou "t"ocç~ç) des offices palatins ou aux
notitiae des évêchés; cependant les auteurs ecclésiastiques l
tendent à désigner par "t"OC~L:; une classe, un groupe restreint et
homogène (qui devient une 7te:v't'OCç), plutôt que l'ordonnance
générale des rangs. Lorsque la liste comprend des définitions, on
l'appelle parfois é:PfL"Y)vdcx. En combinant les deux genres, on
obtient un catalogue en deux parties : TOC~tÇ et é:PfL"Y)vdcx; à ce
point de vue une seule notice, K, reste conséquente en gardant
des deux côtés le même nombre et le même ordre des offices 2 •
Assez souvent voisinent dans les copies une liste nue et une liste
explicative disparates, que le copiste n'a pas cherché à harmoniser:
telle sera la forme de la notice moderne du nomocanon de Malaxos.
Les notices composites et manifestement interpolées 3 sont rares
durant la période que nous étudions.

(1) Les mêmes mots ne signifient pas tout à fait la même chose dans la littérature
prO(~lne et dans la littéraLure ecclésiastique; pour les laïques "t'ocçtç est une classe
nobiliaire et 'tlxx"t'txàv ne se rencontre jamais comme titre d'une liste d'offices
ecclésiastiques. Il importe surtout de considérer le contexte, Car le vocabulaire et la
nomenclature sont impréci<;,
(2) Voir l'état de la notice E. Dans les titres, les termes abstraits cèdent la place
souvent il TOC oepep(xw;, vulgarisé par la liste L. J'emploie généralement lisle pour désigner
la liste nue et nolice pour la liste avec définitions. Les sigles vont de A à R j bien que
K et P soient dédoublés, je renverrai le plus souvent au sigle simple (sans exposant
1 et 2), lorsque la différence entre les deux recensions n'entre pas en jeu.
(3) Exemple d'interpolation: notice M. Toutes les notices supposent une part de
compilation (voir la conclusion sur la notice I, p. 223) il partir de quelque texte anté-
rieur. J'admets que la notice et la liste sont différentes, lorsque les variantes exigent
nettement l'intervention d'un auteur qui compose et ne se contente pas de copier et
de remanier. Ainsi les diverses recensions de la notice G, à partir d'une liste commune,
remanient surtout les définitions.
170 TRADITION ET CONTENU DES LISTES D'OFFICES

A part les réponses canoniques de Jean de Kitros, touLes les


notices sont anonymes. L'examen des textes fondam~ntaux,
juridiques, canoniques et liturgiques, nous a appris que l'autorité
n'a jamais publié en forme authentique une liste officielle des
archontes; si cette liste a existé, elle n'a laissé aucune trace dans
les écrits. Quelques notices sur les évêchés se réclament d'un
auteur : le patriarche Nicolas l, les empereurs Léon VI et
Andronic II. Aucune noLice des offices ne recourt à une autorité
de ce genre pour confirmer son texte, pas même à l'opo8EO"Lcx
synodale et au décret d'Alexis l Comnène concernant la réforme
des grands bureaux1 . Les variations de rang que nous observons
dans les listes synodales de présence 2 , à date rapprochée, sont
d'ailleurs incompatibles avec un statut officiel définissant rigoureu-
sement les préséances; elles proviennent d'une latitude laissée
par la coutume à d'autres facteurs plus ou moins arbitraires.
Il s'ensuit que listes et notices ne peuvent être, même si les
rédacteurs le prétendent, l'image fidèle de la hiérarchie du moment;
la rédaction constitue un compromis entre l'expérience et l'érudition
du compilateur: tout en voulant donner l'effectif réel des rangs,
les rédacteurs adoptent des variantes qui ne sont pas justifiées
par un critère objectif, par référence à un acte de tel empereur
ou de tel patriarche 3, qui aurait fixé l'ordre et le nombre des
offices et les liens de subordination. Ces compositions n'ont pas
de rapport évident avec l'actualité ni avec la législation; ainsi
des historiens modernes, sans aller au fond, citent la notice dite
de Codinus (notre notice N) à côté des novelles de Justinien et
des canons conciliaires. Pour rétablir la perspective, nous étudions
toutes ces listes en bloc, comme genre littéraire; leur caractère
historique n'en ressortira que mieux.
L'examen de la tradition manuscrite attire en premier l'attention
sur un fait bien daté qui va départager toutes ces œuvres en deux
groupes très inégaux : excepté les listes ABC, toutes les autres
sont postérieures au XIIe siècle. En effet, l'auteur de la liste C,
ayant assisté à l'élévation du prôtekdikos au sixième rang, corrige
la liste antérieure et la met à jour. Ainsi, tandis que les nombreux
actes de ce genre, y compris des lois que nous connaissons, ne
sont pas mentionnés, tandis que la collation du titre de mégas
au chartophylax laissera les copistes du XIVe siècle indifférents,

(1) Voir p. 58. Cependant la notice G est accompagnée de noles rappelanl la légis-
lation des Comnène.
(2) Listes éludiées dans l'exposé historique, p. 98 (Xlle s.), p. 112 (Xlle s.).
(3) Aucun ne mentionne le proslagma de Michel VIII sur l~ dikaiophylax, ni l'acte
d'Andronic III sur le mégas chartophylax. Seul Jean de Kitros, mais dans une réponse
canonique, parle de l'acte de Georges II Xiphilinos, relatif au rang du prOlekdikos.
TRADITION ET CONTENU DES LISTES D'OFFICES 171
le résultat de la promotion du prôtekdikos est enregistré par la
très grande majorité des listes, que la place de cet officier an
sixième rang rejette plus bas que le XIIe siècle. Entre la période
antérieure, où l'on ne se préoccupait pas de relever ces listes
dans des manuels, et celle où apparaît ce besoin, ce n'est pas l'acte
de promotion du prôtekdikos par le patriarche Georges II - ligne
de partage des copies en deux groupes - , qui provoque la floraison
des listes. Il s'est trouvé que le décret précéda de peu la prise
de Constantinople par les Latins en 1204 et l'exil du patriarcat
à Nicée, qui forment une ligne de partage historique bien plus
importante. Le genre littéraire des listes, en recensions diverses
multipliées par la copie, prend son point de départ dans cet
événement capital, qui rompt la tradition et provoque le besoin
de renouer avec le passé parmi ceux qui n'avaient pas connu
directement les usages de la capitale. Jean de Kitros, à eheval
sur les deux siècles, sert de trait d'union avec le passé et de chef
de file. Bien que son influence sur les compositions postérieures
ne soit pas toujours très caractérisée, il donne le ton : témoin
lui-même de l'acte de Georges II, dont aucun autre auteur ne
parle explicitement, il transmet la liste à un nouveau métropolite
qui l'interroge sur les usages.
L'obstacle qui s'oppose à une utilisation des listes d'offices,
lorsque du moins on soupçonne qu'il y en a un!, tombe grâce à
l'étude de la tradition manuscrite. Devant l'enchevêtrement de
ces textes, la tâche la plus urgente était de trier les copies, de
déterminer l'époque de leur composition et de leur diffusion, de
choisir enfin les types divergents d'après le nombre, l'ordre et la
dé finition des offices. Les textes que j'ai recueillis sont reproduits
en général d'après un manuscrit unique, dont la date, la qualité
du contexte et la critique interne confirment la valeur de la notice.
Pour l'analyse des listes et des définitions, à défaut d'une édition
critique exhaustive, on dispose d'un matériel éprouvé, suffisant
pour définir la valeur concrète de ces œuvres, leurs rapports
mutuels et surtout leur insertion dans le temps.
Dans cet examen préliminaire l'attention se porte davantage
sur les queues de liste et sur des offices secondaires ou peu communs,
qui peuvent être signe d'une époque. En effet, les groupes
supérieurs, disons les quinze à vingt premiers, sont relativement
plus stables; les variantes par additions, suppressions, permu-

(1) Le problème s'est posé pour des auteurs de monographies sur des titres isolés
(charlophylax, syncelle). Un essai d'édition générale n'a jamais été entrepris sur une
base valable, exceplé par J. Verpcaux pour la liste en vers de Biastarès (appendice
au Pseudo-Kodinos).
172 THADITION ET CONTENU DES LISTES D'OFFICES

tations se produisent principalement au niveau inférieur, faisant


ressortir la difficulté qu'éprouvent les rédacteurs à clore la liste,
faute de critère commun. D'autre part, la troisième partie de mon
étude, où seront définis les grands offices et les emplois de la
chancellerie, reprendra les définitions données par les notices en
les replaçant dans un cadre institutionnel plus large. Il était
difficile d'éviter à la fois les répétitions et la dispersion. Mais
avant d'utiliser les textes, il était indispensable de les soumettre
à unf- critiquf- d'ensemble, et d'en rechercher le point d'insertion
dans le contexte historique et juridique.

1. LES RÉPONSES CANONIQUES DE JEAN DE KITROS

C'est par une réponse de cet évêque que l'on connaît jusqu'à
présent la mesure en faveur du prôtekdikos, attribuée à Georges II
Xiphilinos 1 • Mais, depuis l'édition des œuvres de Dèmètrios
Chomatènos, préparée par Pitra et publiée vaille que vaille après
sa mort, l'œuvre authentique de Jean de Kitros est tombée en
suspicion; en effet, dans cette édition, les réponses de l'évêque
de Kitros se trouvent mêlées à celles de son contemporain Dèmètrios
d'Achrida. Le seul moyen de lever les doutes est de consulter,
non les bibliographies surabondantes, mais les manuscrits anté-
rieurs. Le Monacensis 62, modèle de l'édition Pitra, appartient
au XVIe siècle et nous ignorons l'origine de ce corpus des œuvres
de Chomatènos. Deux manuscrits canoniques bien antérieurs ont
reproduit les réponses canoniques de ces deux auteurs parmi les
suppléments du nomocanon 2• Leur modèle est certainement une
œuvre du XIIIe siècle: le supplément aux commentaires de Zonaras
et Balsamon est à peu près identique et ne contient en appendice,
dans les deux volumes, que des pièces datées au plus tard du
même siècle. Avec l'aide de ces deux témoins, nous faisons donc
le partage exact des réponses qui furent mêlées par la suite; il
me suffira ici de dire que toutes les attributions sont justes dans
l'édition Migne, bien que le texte ne soit pas complet. Les réponses
concernant les offices et celle qui porte un jugement sur l'œuvre
de Balsamon sont bien de Jean de Kitros et uniquement de lui 3.

(1) Goar cite la • réponse 5 Il d'après le JGR (Leunclavius) : EucilOlogion (Ire éd.),
p. 286; De officiis (Codinus), Donn II7-II8 = PG, 157, 130.
(2) Laurentianus 5-2, f. 336-346 v ; Basileensis A III 6 (Amerbachianus de Beveridge),
r. 256 v-266 v•
(3) Ce sont les textes suivants: PG, 119,968 C - 976 A, 981 H • 982 A = RHALLÈS-
POTLÈS, Syntagma, 5, 409-413, 418-419. J'ai fait le relevé complet d'après les deux
mss: Chomatènos a 8 réponses, Jean de Kitros 24; mais ces chiffres ne disent rien,
LES RÉPONSES CANONIQUES DE JEAN DE KITROS 173

Nous avons confirmation de cette authenticité dans le manuscrit


des homélies et lettres de Germain II, copié dans la seconde
moitié du XIIIe siècle; le titre donné par ce manuscrit aux trois
réponses de Jean de Kitros 1 , qu'il reproduit, s'explique en eiTet
facilement : un nomocanon, après le titre complet et correct du
débuV, inscrit comme titre courant au sommet des folios 't'où
LluppOCx.LOU ; le nom du consultant, premier dans le titre, passe pour
le nom de l'auteur. De plus, le passage signalé dans le catalogue
des Coislin (Devreesse) comme ne figurant pas dans l'éctition
se trouve aussi dans les deux nomocanons.
Un autre incident est venu troubler la tradition de l'œmTe de
Jean de Kitros. Matthieu Blastarès en a donné un résumé qui
intrigue les canonistes. L'analyse de cette recension par Pavlov ne
repose que sur un ou deux manuscrits, alors qu'il en existe des
dizaines 3 • Mais ce savant a relevé un point essentiel : quelques
réponses insérées par Blastarès dans son résumé de Jean de Kitros
sont tirées d'une collection dont l'auteur est Balsamon. Le compi-
lateur du XIVe siècle avait donc sous la main un texte interpolé,
ou un manuscrit défectueux dont il n'a pas fait la critique.
Indirectement cette recension de BIastarès confirme de nouveau
le témoignage des deux manuscrits canoniques : aucune des
réponses authentiques attribuées par eux à Dèmètrios Chomalènos
n'est entrée dans le résumé de Jean de Kitros par Blastarès.
Sachant donc à qui appartiennent les réponses sur les offices,
nous n'avons plus à nous occuper de Chomatènos. On s'est servi
d'une réponse de Jean de Kitros pour affirmer que ChomatènoR
fut archonte à Constantinople; en fait, c'est Jean lui-même qui
eut l'occasion, durant sa jeunesse, d'entendre les jugements
contradictoires portés sur Balsamon dans lps milieux de la capitale"

en l'absence de la lisle contrôlnbll'. J'évile donc tou te référence à un numéro que les
manuscrits n'ont pas; dans l'ol'dre des mss, les qlll'slions concernant les archontes
sont les textes 15, 16, 17; il falll y ajouter le petiL jl',Ll' r'[uc j'édile (p. 5;{1J) et qui est
huîtiéme dans l'ordre.
(1) Coislin 278, f. 232 : 't'oG ~uppClXlou 't'oü KCl6cicrtÀCl È7d),um<; 't'wv ~lJ't'lJflcl"wv.
(2) Basileensis A III 6, f. 261 : KWVO'TCiV'!"[VOU &PX... ~up ... 't'oG KClÔ ... ÈpwTI;crttç
r.pôç ..ôv e1tlcrxo1tov KlTpOU xGp 'IwclvvlJv.
(3) A. PAVLOV (en russe) A qlli apparLiennent ks réponses canoniques atLl'ilJuées
à Jean de Kitros, Viz. Fr., 1 (1894), 493-502. L'auteur disposait du Mosquensis 149,
daté de 1342, donc tr(,s proche de la date même de composition du Syntagma alphabé-
tique. .Néanmoins, étant donnée la diITusion extraordinaire des œuvres de Blaslarès,
rien ne prouve que ce ms. est un exemplaire d'aulcur, ou Iidùle à l'eXemplaire dl'
l'auteur; du moins on n'a pas étudié le ms sous cet angle.
(4) PG, 119, \)81 UC = RlIALÜ:S-POTLÈS, 5, 418. Dans JJ(lsilecllsi,~ A III 6, r. 266",
c'est l'avanl-dernière (23°) réponse. J'ajouterai ici, en hypothèse, que le voisinage
des deux auleurs pourrail s'expliquer tout simplemenl par lin lien de parenté. Parmi
les archonles de 1191 il Y a quatre Jean, dont le logothèle Chomalènos. Ne serail-il
174 TRADITION ET CONTENU DES LISTES D'OFFICES

de connaître racle de Georges II sur le prôtckdikos et l'approbation


donnée à l'acte par Eustathe de Thessaloniquel . L'évêque de
Kitros appartient sans doute à la génération des archontes et des
notaires en exercice durant les dernières années du XIIIe siècle,
comme Jean Apokaukos. Il faut le distinguer d'un autre Jean de
Kitros, auteur d'un acte de la métropole de Thessalonique, en
1294 2 ; il s'appelait Sékoundènos et ne pouvait en aucune façon
avoir connu les détracteurs de Balsamon de la fin du XIIe siècle,
ni répondre, comme son prédécesseur, au métropolite de
Dyrrachium Constantin, correspondant commun de Chomatènos
et de Jean de Kitros.
On distinguera la recension abrégée par Blastarès d'après les
critères suivants :
- titre de l'ensemble: 'Ex 'rW'J cX.7tOXpLO'E<ù'J 'I<ù<x'J'Jou 'roi) KL'rPOUÇ
\ \. l , 1
7tPOç 'rov Le:p<ù'rIX'rOV CXPX,Le:7tLO'X07tOV
A 1
L.l\)PPCXX,~OU
K wVO''rCX'J'H'JO'J
- \ K e' ..,
TO'J CXUIXO'LACX'J.
1\1 a - ,1 \ 1
lV. OC'rUCXLOÇ e:yvw TOCU'rL O'UVTe:"t'OCX,e:VCXL.

- incipit-desinit : Tw'J 't"'Yjç 'EXXÀ1JO'LOCÇ cX.px,6nwv, wç ~ 7tOCÀOCLOC


&x,e:L 7:OCp&.~oO'tç ••• wO'7te:p xcxl "t'OC cX.'J't'(rpwvcx.
- numéro du chapitre: généralement n. 20, d'après le texte
courant qui en comprend 24; mais certains manuscrits vont
jusqu'à 32, en subdivisant le long chapitre sqr le jeûne; c'est la
numération observée par Pavlov 3 que l'on trouve aussi dans
Parisinus 1377, f. 417-422 ; le n. 20 est régulier dans Parisinus 1337,
Sinaiticus 1341, etc. Le texte abrégé de ce chapitre correspond
aux réponses 13-15 de la recension originale de Jean de Kitros,
ou aux ch. 8-10 de l'édition incomplète. Pour éviter toute compli-
cation, il vaut mieux ne citer aucun numéro à ce sujet.

Très souvent la réponse concernant les offices, résumée par


Blastarès, n'est pas mentionnée dans les catalogues, parce qu'elle
fait partie d'un ensemble; mais il arrive aussi que le titre marginal
7te:pl TWV OrprpLXLWV détourne l'attention et fait oublier l'appartenance

pas devenu Jean dl' Kitros? Je ne sais si les œuvres authentiques de Chomatènos
upporLcnt une preuv!' de son éducation à CP et de son appartenance à Sainte-Sophie.
(1) PG, 119, 968 D = RHALLi,s-POTu'-:S, 5, 409 = GOAR, Euchologion (1 re éd.),
'272, :lll has de la col. 2,
(2) Vatican. 1891, f. 76 v : fL'l')vt b:vvou:xpicp, Lv8. ~', 7!p0Y-iX8'1jfLÉvOU 't'oG 7!iXVLEPCù-
,iX,ou t7!Lox6nou KiTPOUÇ Y-o(t 7!pw't'o8p6vou ICùlXvvou, 7!iXp6v't'wv XiX/. 8EO~LÀEO't'IX,Cù"
iXY.À'l')OLiXcr't'LXWV &px6v,;Cùv, ,où fLEYcXÀOU oty-ov6fLoU xüp d'l')fL'l'j't'pLOU 't'oG BEcXOXOU. Le
grand-économe est celui de Thessalonique aLLcsté l'année suivante: Schalzk., p. 167.
Dans cc même aclp apparaît le second Jean de Kilros Sékoundènos. Si les réponses
canoniques étaient réellement de celui-ci, comment Blastarès (Jurait-il eu déjà en mains
une recension interpolée?
(3) Art. ci!., ci-dessus, p. 173, n. 3.
LES nÉPONSES CANONIQUES DE JEAN DE KITROS 175
à une collection. C'est ce qui se produisit dans l'Euchologe
Allalianus, où la recension de Blastarèsl, isolée de son contexte,
s'est accolée à la notice K. Pour nous, le texte de Blastarès n'a
aucune importance.

Pour répondre à la question posée, Jean de


Analyse Kitros devait donner non seulement l'ordre de
de l'énumération.
préséance, mais juger aussi certaines pratiques
eourantcs. I1ésumons schématiquement les données 2 •
1. Les exôkatakoiloi.
grand économe, gr. sacellaire, gr. skévophylax, chartophylax,
sakelliou, prôtekdikos.
2. Les douze archontes.
protonotaire, hypomnèmatographe, logothète, canstrisios, hié-
romnèmôn, référendaire, épi tôn gonatôn, épi t. katastaseôs,
hypomimnèskôn, épi t. sékrétôn, épi t. kriseôn, deutéreuôn des
diacres (+ trois ostiarioi, trois archontes des églises).
3. Les offices réservés à des prêtres.
catéchète, orphanotrophe, quatre ekdikoi, archonte t. phôtôn,
noumodotès, périodeutès.
4. Les offices réservés à des lecteurs (ocvocyvwO''t'"1)c;).
domestiques (1 er et 2 e chœur), laosynaktès, domestique des
psaltes, protopsalte, primicier des anagnostes, archonte des
kontakia, prôtokanonarchos, chartulaires de la gr. sacelle, du
skévophylakeion.
5. Simples emplois.
théoroi, dépotatos, kamisatoi, domestiques patriarcaux.

A l'appui de cette énumération, présentée comme venue de la


tradition ancienne 3 , Jean de Kitros ne cite aucune liste antérieure,
ni un acte, ni un auteur. Il s'agit d'une tradition orale concernant
l'usage de Constantinople: en effet, quand il relate l'ascension du
prôtekdikos, il a l'intention de montrer que c'est le seul changement
qui ait modifié, de son temps, l'ordre antérieur et ce doit être

(1) \'oil' plus loin, p. 226.


(2) Je donnE', en appendice, le schéma du Lexte grec. Je corrige dans le texte édité
crCCY.EÀÀa.pWÇ pour crCXXEÀÀtOU; même nbré'gé (crctXEÀ.À), se distingue parfaitement du
concurrent, du fail que sakelliou n'est jamais précédé de mégas.
(3) Voir incipit: ŒTtO fLèv 7tcxÀCXtaç 7tlXPCX86crEwÇ, et 7tcxÀcc("t'épcc mxp&.8ocrt<:; : PG, 119,
869 B.
176 TRADITION ET CONTENU DES LISTES D'OFFICES

vrai; cependant, son effectif ne coïncide ni avec une liste de 1191,


ni avec la liste O. Ensuite, bien qu'il annonce un groupe de douze
pour la deuxième classe, l'auteur y ajoute trois ostiaires et trois
archontes des églises, ce qui fausse le total annoncé. Or, en 1191,
nous avons les trois archontes des églises. La mémoire de l'auteur
est celle de sa génération, mais elle n'est pas fidèle en tout.
Malgré ces allusions à la hiérarchie de la fin du XIIe siècle, nous
ne pouvons considérer cette énumération comme une copie exacte
de la liste réelle; un simple coup d'œil sur les listes de présence
de cette époque suffit à nous en convaincre. D'ailleurs, ce n'est
pas à un document de ce genre qu'il faut la comparcr, mais aux
listes de même nature, plus théoriques que réelles; celle du
Paris. 396, liste C, devrait être en principe la plus proche; je
compare les parties divcrgentes en notant le double état de C :
a, avant correction; b, après.
Jean de Kitros liste C
a b
6 prôtekdikos 6 prôtekdikos

1 protonotaire 6 protonot. 7
2 hypomnèmatographc 7 canstr. 8
3 logothète 8 référ. - 9
4 canstrisios
5 hiéromnèmôn 9 logoth. =10
6 référendaire 10 hypomnè. =11
7 épi gonatôn
8 épi katastaseôs 11 hiéromn. = 12
9 hypomimnèskôn 12 prôtekdikos
10 épi sékrétôn 13 didascale œcuménique
Il épi kriseôn 14 épi gon.
12 deutéreuôn 15 hypomim.
+3 ostiaires +3 archontes 16 deux ostiaires
S'il existe un cas où l'on pourrait comparer des listes théoriques
avec les listes de présence synodales, celui-ci est le plus favorable.
Par rapport à la liste synodale de 1191, il est cependant impossible
d'admettre que l'un ou l'autre auteur en dépend; le rédacteur
reste en dessous du nombre attesté et fait nécessairement un choix
dont la raison nous échappe. Jean de Kitros a l'intention de
représenter la hiérarchie réelle, autant que le rédacteur de l'autre
liste, et ils diffèrent non seulement entre eux, dans le détail et
au total, mais aussi de n'importe quelle liste synodale. Le seul

(1) Compare.. les textes, p. 530 et p. 544.


LES RÉPONSES CANONIQUES DE JEAN DE KITROS 177

point sur lequel ils restent d'accord concerne la place des six
(ou sept) premiers, de l'économe au protonotaire; c'est un trait
commun à toute liste jusqu'au xv e siècle, à part l'omission de
l'économe dans la liste P.
En plus de l'addition inconséquente de six archontes au nombre
des douze, on remarque, dans la liste des douze, d'autres anomalies.
Le hiéromnèmôn gagne un rang; il perd ainsi la place de chef de
file d'une classe inférieure, ou bien elle ne lui était pas encore
reconnue. L(~ deutéreuôn des diacres, qui, de l'avis même de
Jean de Kitros, n'est pas un archonte au sens strict, mais un
simple officier liturgique, est certainement déplacé au douzième
(ou dix-huitième) rang. Jamais nous ne le voyons, à cette époque,
avant un ostiarios 1 et toutes les notices le relèguent parmi le
clergé non qualifié. Quant aux omissions, elles ne sont peut-être
pas toutes de même valeur, mais comment faire un choix entre
les diverses causes possibles : oubli, ignorance, arbitraire, ou
suppression effective de l'office? Prenons le cas du didascale
œcuménique, ou des trois didascales. Pourquoi Jean de Kitros ne
les cite-t-il nulle part, alors qu'ils sont bien attestés dans les
synodes du XIIe siècle? Du fait qu'il s'adresse à un évêque de
province, où le titre est rare 2 , peut-être a-t-il cru bon de ne pas
les mentionner. Mais les annotateurs de G, dont nous parlerons
plus loin, n'introduisent pas non plus les didascales parmi les
archontes, pour la raison qu'ils n'avaient pas de place propre;
c'est un autre archonte qui prenait la charge en cumuP. L'omission
de Jean de Kitros paraît ainsi moins anormale; tandis que le
décret patriarcal concernant le prôtekdikos a pris valeur générale
pour toutes les métropoles, le statut des didascales était plutôt
particulier à la capitale et n'intéressait guère les provinciaux,
surtout si on les considère comme des professeurs d'Université!
Dans la première moitié du XIIIe siècle, le patriarcat de Nicée
devait être lui-même en peine pour en recruter et les former.
Ainsi, malgré quelques indices historiques, l'énumération a une
valeur toute relative; les auteurs les mieux renseignés ne justifient
pas leur choix; ils ont des oublis et commettent aussi des erreurs.
Les réponses de Jean de Kitros, uniques
Les principes
en leur genre, nous font connaître quelques
de classement.
principes dont les autres notices tiennent
compte tacitement. Aucun rédacteur n'utilise explicitement le

(\) \'oir la Iisle de 1156, p. :]29 ; de 1170, p. 530.


(2) Un protopapas didascale des Évangiles au diocese de Smyrne, en 1266 ; ~lM,
IV, 160; il fait office de greffier et ne réside pas dam la ville.
(3) Texte, p. 550 (appendice .Ylosquensis).
178 TRADITION ET CONTENU DES LISTES D'OFFICES

critère de l'ordre sacré pour la classification des offices correspon-


dants. Du fait même qu'il énumère ensuite les emplois réservés à
des prêtres, à des clercs mineurs et des serviteurs plus communs,
Jean de Kitros montre que les seuls offices diaconaux répondent
au qualificatif &pxo\lTbwx; dans un contexte moins explicite,
l'extension de ce terme n'est pas mesurable avec exactitude;
ici, au contraire, l'ordre suivi par l'auteur signifie que les offices
des prêtres et des clercs mineurs sont de nature différente.
Le caractère distinctif des offices &.PXO\lTLXLOl est précisé dans la
réponse suivante concernant l'archidiacre et le hiéromnèmôn 1 • Le
titre d'archidiacre ne dépend pas de la libéralité de l'évêque,
mais du temps écoulé; c'est-à-dire que normalement le plus ancien
des diacres a droit au titre. Nous ne savons pas si, dans la pratique,
il en a été toujours ainsi, et si l'on a respecté ce droit d'ancienneté;
mais l'autre partie de la réponse : que l'archidiacre a toujours
préséance liturgique sur Lous les diacres, ne peut être mise en
doute. Seulement, l'existence de plusieurs archidiacres introduit
une confusion difficile parfois à dissiper; ainsi en 1156 l'archidiacre
(mégas) signe en tête des archontes, tandis qu'un chartophylax
archidiacre signe à sa propre place en 1277 2 • Ces variations dans
les listes synodales indiquent clairement que l'archidiacre n'est pas
un archonte et que les archontes possèdent un rang spécifique et
privilégié. En efTet, Jean de Kitros qui tient fortement au principe
de l'ancienneté, comme loi des préséances liturgiques, admet qu'en
présence de l'évêque la règle souffre des exceptions 3 ; même dans
la liturgie, il arrive que les archontes passent avant leurs confrères
diacres non pourvus d'office, à condition seulement que l'évêque
soit présent; autrement dit, leur place signifie en cette circonstance
leur participation au pouvoir épiscopal. En dehors de la liturgie,
dans leur sékréton et dans les sessions synodales, la place des
archontes est encore plus significative, car elle ne dépend plus que
de leur office.
L'office diaconal est défini par conséquent soit par l'ordre sacré,
soit par une fonction surajoutée qui crée de nouveaux rapports.
A la fin de la réponse sur l'archidiaconat, Jean de Kitros réprouve
la coutume de conférer à un prêtre la fonction de hiéromnèmôn,
parce qu'elle le ravalerait au rang de diakonos, serviteur de
l'évêque. Certains officiers, en plus de leur fonction administrative,
ont un emploi liturgique auprès du célébrant : c'pst le cas du

(1) PG, 1 Hl, 97'2 B-97a fi = nIlALLts-PoTLi::S, 5, 411-41'2.


(2) Listes, p. 529 cl p. 532.
(3) Voir à ce sujet la l'emarque de Balsamon concernant la préséance des <.Iidascalcs
dans les églises où ils sont en service: cité p. 73, n. 4.
LES RÉPONSES CANONIQUES DE JEAN DE KITROS 179

hiéromnèmôn. Quelques-uns, le canstrisios et l'épi gonatôn par


exemple, n'ont aucun emploi extérieur à la liturgie; du moins,
il n'est pas mentionné dans les définitions. La même raison, qui
interdit de nommer un prêtre à un office de diacre, empêche de
promouvoir un lecteur à cet office; Jean de Kitros déclare qu'il
n'a jamais vu ni entendu dire qu'un lecteur reçoit l'office d'ostiaire
et de référendaire l . En même temps, les questions posées à l'évêque
par un métropolite de province nous apprennent que cette concep-
tion rigide et d'apparence traditionnelle n'avait guère cours en
dehors des milieux ecclésiastiques de la capitale; malgré les
protestations de Jean de Kitros, en province, nous trouvons des
prêtres à tous les échelons de la hiérarchie archontale. Dans la
pratique, on n'a jamais pu résoudre harmonieusement et de façon
définitive la concurrence entre ordre sacré et office extérieur;
comme au Palais, ce sont les serviteurs privés, en un certain sens,
qui prennent le pas sur les degrés constitués par la hiérarchie
sacrée, cadres théoriques de l'administration de l'Église, au
spirituel et au temporel. La différence est que Ir serviteur-diacre
ne progresse dans l'Église que par l'ordre sacré.
Le caractère artificiel et peu consistant du critère de l'ordre
pour distinguer les divers offices apparaît surtout dans l'énumé-
ration des fonctions réservées aux prêtres. Les titres cités désignent
clairement des fonctions communes que l'on ne considère pas
comme &pXOV"t'(Xt(X2 : deux seulement, archonte phôtôn et noumo-
dotès, prendront place assez fréquemment par la suite dans les
rangs inférieurs. Il est probable que l'archonte phôtôn a évolué
postérieurement. La liste D donne l'équivalence: &pxwv "t". cp w"t" W\I ,
~"t"OL txXÀ'Y)Cl'lcXPXi'jÇ ; la glose corrobore indirectement le témoignage
de Jean de Kitros, car l'ekklésiarchès était en effet un prêtre
encore à la fin du XIVe siècle; mais cette liste, d'accord avec la
plupart des notices postérieures, inscrit l'archonte phôtôn parmi
les offices diaconaux. Au contraire les emplois de lecteur n'ont

(1) Partie inédite du texte original des réponses, reproduit p. 539. Voir aussi le
témoignage de Dalsamon que le chartulul'Îat est accessible seukment à un hiérôménos.
c'est-tl-dire au minimum à un diacre: PG, 138, 737 D : XCXPTOUÀCXPcl:TCX tVEPYOÜO"L fl6vov
!EPCl>!Jo&VOl. Le contexte exclut précisémenL les lecteurs et les clercs déposés.
(2) Jean de Kitros paraît assimiler les deux premières catégories (6+ 12) aux
cipXO\mXOLç &1:xY.À7)o"LCXo"TLXOLÇ ci~LWfJ.<Xo"L de la question : PG, 119, 968 C; les autres
titres désignenl des oq:)lptY.L<X el Ih<xy-oVtCXL. ~Iais l~s BY1.untins n'ont jamais clairemenl
dCfini l'exlension des titres « archonLiques )') surtout Bulsamoll (lui admeL l'él]uivalenc(~
ciPXOVTL>UOV - XÀ1jpLXcl:TOV (PG, 138, 144 B). La novelle d'Alexis Comnène considùre
ciPXOVTlxL<X comme degrés élevés au-dessus des services communs: JGR, Zt;pos, I.
p. 353 (dern. lig.); 356, 9. Il ne peul exister parité ahsolue entre litres nobiliaires
auliques el tilres des archonles d'i!:glise; mais cX~(wfl<X est souvent employé dans un
sens général et peu Lechnique de dignité.
180 TRADITION ET CONTENU DES LISTES D'OFFICES

jamais atteint le même échelon. Du fait que les listes postérieures


enregistrent également, à la suite des offices spécifiques (les
&.p:x.ov-rbuoc) , un nombre variable de titres qui sont réservés par
Jean de Kitros il des prêtres et des lecteurs, on pourrait croire
que son exposé exerce une influence tacite, mais réelle, sur les
diverses rédactions. Cela n'est pas bien évident; il s'agit plutôt
d'une évolution historique des institutions elles-mêmes. D'après
les listes synodales du XIIe siècle, aucun des titres réservés aux
prêtres et aux lecteurs ne figure dans les signatures, tandis qu'à
la fin du XIIIe siècle nous constatons une progression de certains
Li Lres1 .
Un autre principe de classement, vulgarisé plus tard, ne joue
aucun rôle dans l'énumération de Jean de Kitros, d'accord en
cela avec les listes synodales et l'ensemble de la tradition. Jusqu'à
cette date on ne trouve aucune allusion à la division en pentades ;
si cette numération caractéristique et assez commode avait cu
cours de son temps, l'auteur n'aurait pas manqué de la citer d'une
façon ou de l'autre. Un métropolite de province n'avait pas les
moyens de constituer une hiérarchie à pentades complètes et
nombreuses; ce n'est pas la raison du silence de l'auteur, parce
que trois ostiaires et trois archontes des églises sont aussi un
véritable luxe pour la plupart des métropoles. l . . a numération par
pentades n'avait donc aucune portée générale au début du
XIIIe siècle et restait étrangère il la tradition et à la réalité. La
division en classes de supérieurs et inférieurs 2 est beaucoup plus
intéressante et objective. La classe supérieure est formée par le
groupe des chefs de sékréton nommés dans le prostagma d'Alexis l
ct unanimement reconnus depuis comme classe à part des exôkata-
koiloi. Les inférieurs, avec le numéro d'ordre qui leur est donné,
forment classe unique, sans subdivision; la différenciation d'un
groupe tertiaire, à partir du hiéromnèmôn, que nous trouverons
bien attestée au XIVe siècle, n'apparaît pas encore nettement;
Jean de Kitros, qui ne suit pas exactement l'ordre synodal de 1191,
conserve cependant les places respectives du hiéromnèmôn et du
référendaire, interverties par rapport à la majorité des autres
témoins. La notion de classe, fortement détériorée par la division
en pentades, est fondamentale; tout porte à croire que la conception
n'est pas propre à Jean de Kitros, mais commune à toutes les

~I) ,"oir les finales de listes de 1274 et 1277, p. 116.


~2) Tr-rmes exprès de l'auteur: PG, IIU, 968 D 4-5 : Ù1tOOdl'1lXocrtv, u1tEpéxoucrtv,
par rapport au protonotaire que vient dépasser le prôtekdikos ; - ù1tEpéxoucroc "t'ci~tC;,
SEu"t'épcx (969 C 4-6), où l'on remarque que "t'ci~tc; désigne un groupe, non le rang
individuel (voir ci-dessus, p. 169, n. 1).
LES RÉPONSES CANONIQUES DE JEAN DE KITROS 181

époques. Nous n'en avons cependant pour preuve avant lui que
la cohésion et la stabilité du groupe supérieur, soulignées à la
fin du XIIe siècle par l'arrivée du prôtekdikos. Les hésitations
postérieures de la nomenclature entre hexadc et pentade témoignent
de la considération envers le groupe supérieur, qui ne pouvait
plus servir de modèle pour la pentade ; l'emploi des termes dans
les notices montre bien qu'il s'agit d'un procédé factice.

A propos de l'archidiacre, Jean de Kitros


Formes
de promotion.
déclare que sa promotion est dictée par l'ancien-
neté, tandis que celle de son deutéreuôn nécessite
un choix: c'est une coutume ou une loi positive des ordinations.
La distinction des offices selon l'ordre sacré auquel ils appartiennent
sous-entend des règles précises et strictes, dont on ignore la
codification; les canonistes tendent simplement à assimiler les
lois de la promotion aux offices à celles qui commandent rigoureuse-
ment la promotion aux ordres sacrés. La notice B, probablement
vers la fin du XIe sièclel, puis Balsamon font état des difficultés
provoquées par l'arbitraire des évêques; le canoniste raisonne
par analogie : les rangs des archontes ne peuvent être brouillés,
dit-il, parce qu'ils sont fixés par les canons de la même manière
que les degrés d'ordination 2 • En conséquence, ou bien les échelons
sont invariables comme ceux de l'ordre, ou bien, sauf mesure
pénale, l'archonte possesseur du titre ne peut être rétrogradé.
C'est pourquoi Jean de Kitros s'insurge à son tour, à propos des
diacres sans office, contre les évêques qui leur confèrent une
préséance arbitraire par décreV; dans le domaine sacramentel,
tout arbitraire est exclu en principe par la loi d'ordination. Mais
il est clair aussi que les règles de promotion des archontes ne sont
pas fixées par les mêmes canons; les lois de l'ordination ne les
concernent pas comme tels, mais indirectement, parce qu'ils sont
diacres. Si la hiérarchie était fixée par les canons, c'était le moment
ou jamais de citer la loi positive.
En fait les lois invoquées par Jean de Kitros se réduisent à
une coutume non codifiée et instable, qu'il appelle la 7CCXÀCXLOC
7CCXPcXOOO'LÇ, ou 7CCXÀCXLTÉpOC 7CCXpcXOOO'LÇ. Les métropolites instruits et
fidèles aux coutumes gardent l'ordre hiérarchique, au moins pour
les ordres supérieurs (Ù7CEpÉ;\::OI)O'cx 't"cX;LÇ), et chez les inférieurs
(Oe:UTÉpCX 't"cX;L<;) ils n'opèrent de mutations qu'à bon escient, en vue
d'honorer la vertu, la culture, le mérite du sujet. Les autres

(1) ;-';oLice D, exorde, p. f,40.


(2) PG, 138, 144 A; ci-dessus, p. 94, n. 2.
(3) Noter les termes mn<xxLcp xcd 1tpOcr"t"cly(.l<Xcr~ (question), 8~cX mnCl.x(w\I (réponse) :
PG, lI!!, 972 B 8-9, C 5; cf. Balsamon, PG, 137, 72 B.
182 THADITION ET CONTENU DES LISTES D'OFFICES

évêques, agissant à leur guise, brouillent tout. Cet aveu, s'ajoutant


aux remarques sur la collation irrégulière d'offices diaconaux à
des prêtres ou à des lecteurs, ne plaide guère en faveur de cette
tradition que l'auteur invoque à l'appui de sa liste hiérarchique,
donnée comme modèle au début de la réponse. Les règles tradition-
nelles, négligées couramment en province, ont-elles plus de
consistance dans la capitale? Sans parler de la promotion du
prôtekdikos, seul exemple patent d'une intervention du patriarche
en ce domaine depuis les discussions synodales de la fin du XIe siècle,
l'autorité entre nécessairement en action; sans quoi, une fois ou
l'autre, deux ou plusieurs listes, synodales ou autres, proches dans
le temps, sc trouveraient en accord presque parfait. L'ordre des
noms admis par Jean de Kitros, compte tenu de la qualité de
l'auteur, de ses intentions et de la nature de sa réponse, est loin
de remplir cette condition. C'est une moyenne défectueuse, qui
manque à ses propres critères, théoriques et pratiques, dont
l'application est troublée par divers facteurs. On veut bien se
conformer à la coutume ancienne!, mais on ne dispose pas des
décrets qui l'auraient sanctionnée, ou adaptée aux circonstances.
Le facteur qui provoque les changements ne peut être que la
volonté du promoteur: celui-ci tient compte sans doute de quelques
critères d'avancement (l'ordre habituel, l'ancienneté dans la charge,
le mérite), mais il obéit aussi à d'autres moins objectifs: liens
de parenté, origine sociale, favoritisme.
Il fallait insister sur ces réponses de Jean de Kitros, dont la
date et la doctrine nous aideront à comprendre les divergences
entre les notices postérieures. On a peine à croire que celles-ci
ne collent pas exactement à la réalité; pourtant c'est ainsi. Au
fond, la composition de ces catalogues, rigoureux en apparence,
obéit aux mêmes lois que celle des notitiae episcopatuum. Ces
dernières sont plus nombreuses durant la période antérieure, moins
anonymes et sujettes à moins de variations. Mais leur précision
est loin d'être rigoureuse, car si l'on avait publié la liste globale
à chaque modification officielle, nous connaîtrions une foule de
listes permettant de suivre l'évolution dans le détail. Au lieu de
cela, nous ne possédons que des listes espacées dans le temps, où
sont récapitulés les changements opérés par décret impérial
pendant une certaine période : ainsi pour le règne d'Andronic II
nous n'avons qu'une notitia sans caractère officiel évidenl2. Mais,

(1) Conclusion de l'auteur : XP~ oi5v, wC; ~[J.ot Boxd, 'toLC; rt<xÀIXWLÇ ~8e;crtv &VIXV'ttp-
p7J'twc; &xoÀou8e;Lv : PG, 119, 969 C 14-15; je corrige rtOÀÀOLC; des éditions (pour
rtIXÀlXtOLC;) d'après Coislin 278, f. 230.
(2) Sa notitia fut compilée par kyr Ménas : MM, 1,230 1-8. Le synode, ne disposant
d'aucun moyen de contrôle, fait consulter cette œuvre dans une bibliothèque de
couvent: ce qui montre bien l'indifTérence du pouvoir pour ce genre de documents.
NOTICE B 183

dans ce cas, il était possible de se référer aux décrets; on les cite


aussi pour un certain nombre de métropoles. Au contraire les listes
d'offices, tout en conservant un certain ordre, ne peuvent justifier
les modifications de rang par référence à une norme et à des lois
qui les régissent. Le recours aux lois canoniques freine du moins
la tendance à l'arbitraire et a empêché que l'évolution des offices
ecclésiastiques soit comparable de tout point à celle des titres
auliques; durant toute cette période où paraissent les notices, les
variations restent contenues en des limites assez étroites, parce
que les variantes de copie ne sont pas nécessairement la preuve
d'un changement réel. L'élasticité relative des rangs influe sur le
style de rédaction.

2. NOTICE B

Je ne reviens pas sur la liste du laklikon Beneseuiè dont j'ai


parlé à propos du Klèlorologion et que je reproduis pour mémoire
en tête des listesl • Celle qui prend ici le second rang dans l'ordre
chronologique 2 serait certainement la plus intéressante, si nous
l'avions complète; l'exorde lui donne tournure de réponse cano-
nique adressée au patriarche lui-même, sinon à un métropolite;
seule subsiste la définition de l'économe qui nous fait bien regretter
la perte de la suite.
L'Alhon. Laura E 153, qui contient ce fragment au f. 271 v, est
daté du xv e siècle par le catalogue, du XIVe par Zachariae, du
XIIIe-XIVe par Benesèviè 3 • Le volume comprend le nomocanon de
Zonaras avec ses suppléments; le dernier, juste avant la notice
(f. 270-271) et écrit de la même main, est un fragment de chronologie
dont la dernière date est l'an 6636 (1128/9) du règne de Jean II
Comnène. Ainsi, même si la date de copie était du xv e siècle,
c'est d'après le contexte que nous devons estimer la date de
l'exemplaire ou du prototype; le manuscrit nous permet de
remonter au moins jusqu'au milieu du XIIe siècle.
La mutilation du texte nous prive du point de repère essentiel
que nous fournit habituellement la mention du prôtekdikos. Il
reste, comme amorce de l'énumération, le nom des quatre officiers
principaux, sakelliou exclu; s'il est vrai que le sakelliou, inconnu

(1) Lisle A, p. 539.


(2) Texte p. 540-542.
(3) Vl. BE!''IE:SEVlè, Et1l7Jaetç rrepl. TWV èv Tij> BIXT07tell(ep XIXL T'ii AlXuPCf... EuptCl"'/.O-
(LbJ(,)v É:ÀÀYjVtXWII XIXVO\ltY.W\I Xe:tpoypiX<p(,)v (en russe Svjedjenija, etc.), Viz. Vr. suppl.
au t. Il (1904), p. 57. Dans celle description, les numéros des manuscrits de Valopédi
ne sonl pas ceux du catalogue Eustraliadês-Arkadios.
184 THADITION ET CONTENU DES LISTES D'OFFICES

dans A (iaklikon Bene!;evié) , apparaît pour la première fois dans


le prostagma d'Alexis 1er , en 1094, à son poste définitif!, la notice B
doit se situer avant cette réforme. Sans doute l'auteur a pu
limiter son sujet à la définition des quatre premiers, ou bien,
après leur définition, continuer son exposé en partant du sakelliou 2 •
De toute façon, le groupe directeur, quasi intouchable du XIIe au
xv e siècle, ne semble pas encore composé de cinq membres. Or,
en même temps que le sakelliou est omis, le chartophylax prend
la première place, contrairement à la coutume ecclèsiastique. A la
fin du XIIe siècle, le conflit qui fut résolu par la promotion du
prôtekdikos opposait le chartophylax à un inférieur; la notice B
ne fait pas allusion à cette affaire, mais à une situation différente
et bien antérieure, que l'on imagine très bien durant la seconde
moitié du XIe siècle.
En quel sens l'auteur reconnaît-il que le chartophylax tient la
première place? Il admet qu'une telle préséance est anormale,
parce que contraire à la coutume; en d'autres termes, il s'agit
d'une situation de fait, sans caractère juridique. Le chartophylax
n'a pas été l'objet d'une promotion légale: il occupe la première
place à l'époque par faveur particulière; un acte officiel, antérieur
à Balsamon, n'aurait pas échappé à son amour-propre de charto-
phylax. On pourrait avancer le nom de Nicétas, le chartophylax
de Michel Cérulaire, titré protosyncelle 3 ; il Y eut peu après une
querelle de préséance au synode entre métropolites au sujet de
ce titre, et une autre auparavant au sujet de celui de syncelle 4 •
Faute de connaître l'extension de ces titres à la hiérarchie des
archontes, nous n'affirmerons pas que le chartophylax visé ici est
ce Nicétas ; l'ambiance de l'époque est simplement très favorable.
Il est probable qu'après le décret de Michel (VII Doucas ?), cité
par Harménopoulos 6 , et qui accordait au chartophylax le droit de
siéger en certains cas même au-dessus des métropolites, cet officier
passait aux yeux de tous pour être le premier. Sous le patriarche
Eustrate, peu porté à se mêler d'affaires, le chartophylax -
Nicéphore sans doute - prend en mains les intérêts de la Grande
Église contre un clan de métropolites 6 . 11 y eut donc en ce moment
au chartophylakion des personnages capables, ambitieux peut-être,

(1) Voir p. 6'2·64,


('.2) L autt'u) annonce une suite lorsqu'il parle de l'insigne de l'économe, commun
à d'autres sUfJérit'urs; ct'Ja ne donne pas J'(~t~Jldue de la notice.
(3) l\icélas filait au n,oms synceUe, "olr p. 66, n. 'l.
(4) Sur Ct'S (juel'elles VOI\' l'article déjà Cité de V. GnU)lI::L dans (!lev. des) Él. Byz.,
3 (194f», 84-~;). l/egesten, 961.
(5) Clt(' p, ~)7, n. 1.
(6) J. UAItHOLLES, Documents inedils d'ecctesilliogie byzantine, Paris, 1!)(j6, p. 42-43.
l\OTICE B 18;)

qui voulaient obtenir une préséance proportionnée il leur pouvoir


effectif. Le prostagma d'Alexis 1cr propose sans doute unc économie,
une solution moyenne, en accordant au chartophylax la préémi-
nence en juridiction, mais non la première place de la hiérarchie,
de manière il ne point modifier l'ordre traditionnel des quatre
premiers sièges. Nous admeLLrons donc que l'exorde fait allusion
à des faits et à un état transitoire de la hiérarchie qui se vérifie
dès le XIe siècle ct qui sc reflète encore dans la doctrine ùe Balsamon.
Dans la période intermédiaire, de la fin du XIe siècle à la fin
du XIIe, aucune liste synodale ne cite explicitement le chartophylax
en tête du corps des archontl's, mais un document, dont je cite
l'extrait à la fin de la notice B, lui attribue cependant une place
supérieure à celle d'un quatrième rang. L'éloge du patriarche
}lichel Oxeitès (inédit dans Baroe. 131), prononcé vers sept. 1143,
utilise les lieux communs d'un épithalame pour célébrer les noces
du Christ avec l'Église en la personne du nouveau patriarche;
l'auteur, jlichcI Italikos, est amené par son thème à décrire les
membres symboliques de l'épousée, qui est le patriarche. Passons
sur les détails; le cou qui soutient la tête comprend essentiellement
un organe de parole, trachée artère = chartophylax, ct un organe
de nutrition, œsophage = économe. Le rapport de date entre
le ms de la notice, qui contient une chronique brève finissant à
Jean II Comnène, et le discours de Michel Italikos, indique que les
deux sources se rapportent à une même situation historique. L'éloge
du patriarche exprime par allégorie un rapport de juridiction entre
le patriarche ct ses archontes absolument conforme à la pensée
d'Alexis 1er et à la doctrine de Balsamon. Le chartophylax jouit
d'une prééminence sur tous les archontes en tant qu'organe de
la parole, parce qu'il exerce la fonction la plus noble par influx
du souffie qui lui permet de parler; la place et la fonction de
l'organe symbolisent la position du chartophylax par rapport au
patriarche et dans l'administration centrale, d'autant que l'orateur
n'envisage pas le rôle du synode. En comparaison, l'économe,
œsophage de l'Église, remplit une fonction analogue sur un plan
purement matériel, pour la transmission des moyens de subsistance
à tous les inférieurs. Devant l'opinion, même si le chartophylax
n'occupe pas le premier siège parmi les archontes, il était le repré-
sentant le plus qualifié de la juridiction patriarcale. La rhétorique
officielle sc fait donc l'écho au bon moment d'un état de choses
jugé peu satisfaisant, du point de vue traditionnel ct archaïque,
par le rédacteur de B.
La définition de l'économe, la plus longue et la plus technique
de toutes, ne détonne pas vers cette date. Elle contient divers détails
que l'on ne retrouve nulle part; selon sa tendance conservatrice,
186 TRADITION ET CONTENU DES LISTES D'OFFICES

l'auteur n'est pas porté à accepter les innovations et C'xpose sans


doute des usages plutôt anciens. :\fous voyons que sa dé finition
correspond assez bien aux renseignements que nous donnent les
correspondances cIe Nicolas 1 et de Michel Psellos l . 0lï au XIIe siècle,
ni plus tard, les attributions de l'él:onome ne sont aussi précises et
aussi étendues, ou plutôt, son activité s'estompe et devient
imperceptible dans les documents. Il est vraisemblable que les
marques d'honneur décernées à l'économe, escorte d'excubitores
et insigne particulier sur la poitrine, sont assez anciennes. La
réflexion de l'auteur concernant l'escorte formée par «( ceux qu'on
appelle aujourd'hui excubitores» insinue évidemment que la
dénomination est récente. Mais cc qui paraît récent dans le cas,
ce ne peut être le terme lui-même; c'est sans doute l'application
de ce terme militaire à une fonction nouvelle et même le passage
du terme à un sens ecclésiastique. L'évolution est certaine, puisque
le Pseudo-Kodinos ne parle plus d'excubitores dans les fonctions
palatines, tandis que le primicier du corps est attesté au patriarcat,
au XIVe siècle 2 • A l'époque de la notice B, ce privilège de l'escorte
est propre à l'économe. On a cru voir dans un passage de Balsamon
l'affirmation que le chartophylax jouissait du même privilège; le
texte n'est pas aussi explicite, car le l:anoniste me semble seulement
émettre un vœu, décrire un cortège idéal qui conviendrait au
porteur de la tiare conservée au chartophylakion; or cette tiare
n'était plus en usage de son temps, au grand regret de Balsamon 3.
J'ai déjà mentionné la curieuse étymologie d'&~CùxcxTcb<.oL}.oç : celui
qui porte ses XCXTCXXO[ÀLCX non pas au-dedans (sous les vêtements)
mais au-dehors, sur la poitrine". Il s'agit donc d'un véritable
insigne, qui distingue, d'après l'auteur, un certain nombre
d'archontes. Selon Balsamon, le chartophylax portait 7tCXprX T0
(j't'1j6ZL l'insigne de sa fonction; l'expression est la même pour
signifier la place de l'insigne, mais le sens de XCXTCXXO[ÀLCX reste bien
obscurS. Le portrait de Georges Pachymérès, porteur des titres de
dikaiophylax et prôtekdikos 6 , nous donne peut-être une repro-

(1) Ce sont à peu près les seuls témoignages concrets sur l'activité du fonctionnaire;
voir pp. 37 et 43 les références uux lettres.
(2) Voir notice P 32. Les correspondances entre noms anciens et nouveaux sont
assez aléatoires. Que sont devenus par exemple les stratores du patriarche cités par
le Klèlorologion (voir ci-dessus, p. 49), ou les chanceliers anciens?
(3) PG, 138, 1048 D.
(4) Ci-dessus, p. 60; autre interprétation (1 classique~, p. 144, n. 1.
(5) Le fait que XCX-rCXXOLÀW; est un hapax, à ma connaissance, n'empêche pas que
le mot a pu exister. Dans le même domaine ùu vêlement liturgi4ue, qu'est-ce que la
xOÀCXql7) (-roü O-rLXlXp(OU, ilyouv fLLTpCX) citée par Nicétas Stéthatos 'Z Voir ses Opuscules
(58, 81), p. 492 (4, 9 ; 5, 6).
(6) Sur le manuscrit contenant ce portrait, voir p. 202.
LISTE C 187

duction de l'insigne d'un exôkatakoilos : au cou pend une sorte


de collier ou de ruban de couleur; il retombe vers le milieu de la
poitrine et porte au centre un nœud avec deux queues pendantes.
Cet ornement, du fait que le collier ne joue aucun rôle pour la
fixation du vêtement, non ouvert sur le devant, prend un sens
symbolique; ce doit être un insigne. A ma connaissance, il n'existe
pas d'autre portrait d'archonte supérieur; une fois connues cepen-
dant la réalité de cet insigne et sa place caractéristique, ne serait-il
pas possible d'en trouver trace dans les fresques et les miniatures?
Les renseignements fournis par la notice B sont donc de première
main et de qualité Lrès concrète. Trouvera-t-on un jour la suite
et la fin de cette œuvre remarquable? Elle nous apprendrait
presque autant, sinon plus, que toutes les autres notices réunies,
en nous livrant aussi la preuve formelle que sa date la situe bien
avant les autres, fin XIe siècle ou début du XIIe.

3. LISTE C

Le Parisinus 396 n'a rien de spécifiquement canonique; il


contient des poésies liturgiques et des mélanges patristiques
réunis par un amaLeur de cette littérature. Omont le date du
XIIIe siècle; Enrica Follieri, qui s'en est occupée la dernière, le
date du XIVe, sur photographie partielle1 • Prenons la moyenne ct
disons que la copie est de date intermédiaire, vers la jonction des
deux siècles, comme le prouve d'ailleurs une note de seconde main,
écrite en 1313-1314 2 ; le corps de l'ouvrage est nettement antérieur.
Au début du volume, le copiste a composé une table des matières,
dont la numération nous fournit des points de repère très utiles
pour discerner les textes appartenant il la collection primitive.
En effet deux listes d'offices apparaissent à la fin du manuscrit:
p. 705, liste L sans aucun titre; p. 708, liste C avec un titre
rubriqué à peu près illisible. La table, à la p. 6, annonce sous le
n. 92 les textes suivants : ~o' "t"r:X.~~ç OCPXOVTLX~ -rijç Me:yr:X.À"YJç 'ExxÀ"y)a[ocç,
, , '1'\ \ , (.l. e \ \ ePOVOL
0fLOLWÇ oe: XOCL OL t'OC fLOL XOCL
,- "t"wv
'... \, -
[J."YJ"t"p07tOIl.e:WV XOCL OCpXLe:7tLaX01tWV.

(1) Enricu FOLLIERI, (1 Il calendario di Gregorio monaco., Rev. des É/. Byz., 24
(1966), p. II~, n. 5: citation ùes avis de Omont, P. Canart, M.-L. Conca sty, Ch. Astruc.
C'est dire que la date d'Ull écrit ~ entre deux siècles " donne lieu à des hésitations;
en cas de doute il vaudrait mieux employer XIIIe-XIVe pour indiquer le chevauchement
et éviter que le lecleur envisage le XIVe en enlier. Le manuscril est paffiné.
(2) Page VI; o"l)!J.dwaa:t o"n ~ K. rroÀtç 't'et> (rra:p6v't't s. 1.), (,;wxo' ë't'e:t Èrrt Xp6vouç
(ÇTW e:... À'lJ ?) ~Te:t &.rrExTla8'lJ rra:pd: 't'Oü X't'i]TOpOÇ. Le centre, peu lisible, doit indiquer
la différence (838?) à partir de la fondation de CP jusqu'en 6822 (1313-131-1), qui est
l'année présente de la note; la main est nettement postérieure ct plus grossière.
188 TRADITION ET COl'iTENU DES LISTES D'OFFICES

Effectivement, la copie, page 708, porte en marge le même numéro


que dans la table et comprend, à la suite de la listp C, la notitia
des métropoles et archevêchés; par contre, la liste L de la page 705,
écrite de seconde maint, a dù êtrE' copipp sur la parti!' du folio
restée libre. La liste C appartient au corps d(' l'ouvrage et représente
le modèle ancien; la liste L, copiée postérieurement, suit un autre
modèle.
La date approximative de la formation du recueil, ou du contexte
dans lequel le copiste a trouvé la liste C, nous est donnée par la
notitia des évêchés, inscrite sous le même numéro de chapitre.
Le titre du texte ne répète pas celui de la table initiale, qui est
plus explicite:
p. 708 "t'oc~~ç b<XÀl)O"LW\I = p. 6 OL ~oce!-L0t xocl. ep6\10L 7W\I !J.'1J"t'pO-
1t6Àew'J xocl. ocPXLemO"xo1tw\I.
métropoles oc'.'O KOCLO"OCpdocç L ' . 'O'A xupocouç.
,oc '
archevêchés : oc'. BL~U~ (Àe'). '0 MeÀocyL\lw\I.
Ce texte, édité par Gelzer d'après notre manuscrit collationné sur
Parisinus 050, est la notitia datant du règne d'Isaac II Ange 2 .
Le voisinage est très probant, puisque la notice des archontes
contient une allusion au même règne. Les chiffres de numération
ne sont pas bien visibles; on lit avec certitude les numéros 11-12,
14-15 de la numération primitive; le prôtekdikos, qui était au
douzième rang dans la première copie, est barré et mis après le
sakelliou, en interligne. Devant le protonotaire, le chiffre corrigé
est 7, mais le hiéromnèmôn, qui doit prendre le douzième rang
du prôtekdikos, conserve encore le numéro Il. Nous avons donc
là une liste antérieure au décret de Georges II Xiphilinos, en 1192 ;
le copiste de la fin du XIIIe siècle l'a reproduite telle quelle, et
ensuite lui-même, ou un contemporain, a corrigé cet ordre périmé
depuis le décret.
Cette liste, comparée avec celle du taktikon Beneseviè, atteste
une remarquable continuité; entre les deux, un poste est créé
pour le sakelliou, un autre prend le sixième rang et devient
exôkatakoilos au même titre que les cinq premiers; le hiéro-
mnèmôn, devenant douzième, prend place à un poste-clé qu'il

(1) Écriture différente de celle du volume, proche de celle de la nole, page VI (?)
et de quelques textes ajoutés au début et à la fin. La laule elle-même fut complétée
en finale. Toutes ces addilions ne doivenl pas dépasser le premier quart du XIV· siècle.
(2) H. GELZER, Ordo ecclesiaslicus ab Isaaciu Angelo imperalore cunslilulus (Analecla
Byzantina. Index scho!. hibern.), Iéna 1891, p. 1-10. L'édileur cite par erreur Paris.
560 au lieu de 950, qui seul contient la nolilia el au folio voulu; même erreUl' dans
une autre étude du même (Ullgedruckle ... , p. 59).
LISTE C 189

détiendra jusqu'à la fin du XIVe siècle, en tête d'une troisième


dassf' mal déflnif'. J'ai déjil. montré comment cette liste, d'une
part s'accorde avec celle de Jean de Kitros pour réduire les
archontes proprement dits à une élite et à des offices diaconaux,
d'autre part fait un choix différent et en grande partie arbitraire l .
L'accord avec Jean ne va pas très loin, étant donnée la concision
de la liste C ; en finale, la position équivalente des ostiaires signi fie
une conception assez stricte des omces archontiques ou diaconaux;
tous deux ignorent la division en pentades, mais la liste C n'explicite
pas une distinction entre classes de supérieurs et inférieurs. Le
rédacteur n'a pas dressé un catalogue complet de toutes les fonctions
mais les titres qu'il mentionne sont les plus notables, et ceux qu'il
omet devaient être considérés comme des emplois peu relevés.

Les listes de même genre que la liste C, où


Listes
fragmentaires. le prôtekdikos garde le treizième rang, sont
extrêmement rares et les manuscrits qui les
contiennent, peu importants. Un passage assez informe du ms.
Aihon. Kouiloumousiou 220 2 (f. 16v ) donne au prôtekdikos le
nO 13, après le hiéromnèmôn; mais auparavant on voit que le
nO 4 est le grand chartophylax et que le nO 9 est le protopapas.
Ce sont des indices du XIVe et du xv e siècle, qui enlèvent toute
valeur au texte; il s'agit d'un essai, ou de notes d'érudit, dans
un coin de folio resté libre.
Il n'en est pas de même du Parisinus 1788; au f. 74 v , liste de
onze noms sous le titre : ô~oc 'rc';)v &:px.6v'rwv Tfjç cX'Y~w'riXTIjç 'rOl) 0EOi)
[Le:ylX.À'l)ç 'Ex'x'À'l)O"L(XÇ. La liste n'est pas tout à fait la même que celle
de C (avant correction) ; le grand économe, oublié sans doute, a été
ajouté en marge à l'encre rouge; le logothète vient après le
protonotaire, le référendaire est omis, le prôtekdikos est placé
après le hiéromnèmôn, le didascale (sans autre titre) clôt l'énu-
mération. Les savants qui ont utilisé ce manuscrit le datent
généralement du xv e siècle, à la suite d'Omont, même sans connaître
le colophon de Gennadios, daté de 1440 et cité par cc dernier.
Preger a remarqué que le copiste Gennadios n'est pas l'auteur
de tout le manuscriL3; sa conclusion, que la copie des Palria est
postérieure à cette date, est loin d'être sûre. Des trois écritures
principales qui apparaiss~nt, celle df's Palria eL textes annexes
jusqu'au f. 80 est bien la plus ancienne; la copie de l'Ecloga,
d'une main très différente (f. 80-200), cst encore antérieure à

(1) Tableau, p. 176.


(2) Le même ms. contient la lisLe L; voir p. 251.
(3) Th. PREGER, Scriplores originum CP, fase. ail., Tcubner, 1907, p. XVI.
190 TRADITION ET CONTENU DES LISTES D'OFFICES

Gennadios et vient peut-être d'un autre manuscrit. Même si la


copie des Pafria était du xv e siècle, il faudrait admettre qu'elle
reproduit un exemplaire de la fin du XIIIe siècle : elle est suivie
d'une liste des empereurs qui finit à Michel Comnène Paléologue
(Michel VIII), et la recension des Pafria insère dans le texte une
note citant (1 notre empereur») Andronic Paléologue l • Immédiate-
ment avant les offices, le copiste a transcrit une notitia des évêchés,
eonnue dans une de ses recensions : nolilia 10 de Parth ey 2. Le
Parisinus ne donne que les métropoles (1 Césarée-94 Milètos) et
les archevêchés (1 Bizyé-38 Pharsoula). On admet que cette
nofifia, par ses diverses recensions, couvre une période allant
d'Isaac II Ange à Michel VIII Paléologue 3 ; je signale seulement
que le texte du Parisinus est archaïque, puisqu'il n'enregistre pas
l'élévation du siège d'Hypaipa au rang de métropole par Isaac II
Ange.
Dans ces conditions, la copie de la notice des offices est dans le
même rapport avec une notitia archaïque que la liste C, voisinant
elle-même avec la notitia du règne d'Isaac II éditée par Gelzer.
Le contexte confirme la valeur de la notice, qui ne doit plus être
estimée d'après la date de copie mais d'après son contenu. Les
renseignements que nous fournit ce fragment sont un peu minces
et fragiles, car la copie paraît négligée; sans doute l'oubli de
l'économe peut provenir du fait qu'il aurait été mis à part dans le
modèle, mais c'est aussi bien pure négligence de la part du copiste.
On peut admettre également qu'il a omis le référendaire parce que,
dans les listes synodales, son rang peut être inférieur à celui du
hiéromnèmân ; une erreur de copie dans une disposition en colonnes
reste très plausible 4 • Nous constatons au moins par cet exemple
que les listes antérieures au XIIIe siècle admettaient des variantes
de rang incompatibles avec un classement autoritaire et absolu;
le rang du logothète contredit le témoignage commun de A et C.
La persistance de ces copies de listes anciennes dans les manuscrits
nous fait comprendre surtout comment une notice provinciale, la
notice K, admet encore, au XIIIe siècle, le rang antérieur et périmé
du prôtekdikos.

(1) Th. PREI;I-:R, op. cil" p. '230, 14.


(2) Il Y a d'autrcs éditions que celle de Parthc)'; aucunc nc présentc un tcxte
a ussi raccourci que le Parisin. 1788.
(3) Voir la no le de V. Laurent sur l'édition de Fink ; Échos d'Or. 31 (1932), p. 318,
n.4.
(4) Ln liste des offices est en deux colonncs dans lc manuscrit, landis que les
mélropoles sont sur trois colonnes. La place du logolhète, anormale par rapport à
A et C, s'cxplique peut-être par un saut de lecture qui provoque en même temps
l'omission du référendaire.
LISTE D 191

4. LISTE D

Je n'ai pas connaissance du contenu exacl de Vaticanus 1167 ;


ce manuscrit, de l'avis de P. Canarll , est de la fin du XIIIe ou du
début du XIVe siècle; la notice est copiée de seconde main, au bas
du f. 13 v ; l'écriture contraste avec celle du f. 14, où commencent
des textes canoniques, et avec celle de la partie supérieure de 13 v •
Le contexte ne nous apprend donc rien de définitif pour dalcr la
liste, connue par témoin unique. Par comparaison avec la liste L,
très répandue au XIVe siècle, la liste D constitue une exception,
un cas rare. Cette copie exceptionnelle peut sans doute prendre
place au début du XIVe siècle; j'estimerai cependant qu'elle reflète
un modèle et un état antérieurs de la hiérarchie.
Les changements opérés dans les deux groupes supérieurs, de 1
à 11, du grand économe à l'hypomnèmatographe, doivent avoir
une signification, en raison de la stabilité des deux groupes attestée
par la place constante du protonotaire au sixième (AC!) ou
septième rang (C2HK) et celle du hiéromnèmân au onzième puis
au douzième, après promotion du prôtekdikos. Le classement des
listes forme deux groupes distincts; dans le tableau, je ne ferai
pas figurer Jean de Kitros ni la liste E qui s'écartent sur ce point
de tous les autres témoins
A D C"FGIJLMNO
6 7 protonotaire 7 proton. 7 proton.
7 8 canstrisios 8 canstr. ~_8 logoth.
(l référendaire _-------)0- 9 logo th. 9 cansLr.
10 logolhète ---- 10 référend. 10 référend.
10 Il hypomnèmatographc 11 hypomnè. Il hypomnè.

Entre deux groupes de notices dont l'écart chronologique est


incontestable, le logothète progresse de deux échelons depuis le
XIIe siècle; cette ascension se poursuit après la prise de CP,
en 1453 ; le logothète devient mégas et premier de toute la hiérar-
chie 2. La liste D resterait donc le témoin d'une étape intermédiaire
de la progression; le rapport de date entre les groupes extrêmes
nous conduirait ainsi à situer cette liste avant les témoins du

(1) Renseignement par lettre. Après un début consacré à la chronographie, le corps


du volume est canonique: R. VEVREESSE, Le fonds grec de la Bibliothèque Vaticane
des origines ù Paul V (SLudi e Tesli, 244), Rome, 1965, p. 478.
(2) Dans Un ms de peu d'importance, J<ullum. 220, à la fin de la liste L, le copiste
du XVIIIe siècle écrit: ÀoyoBtTI)C; i)youv (.LtylXC; XotV"T~1jÀLtp1jC;. Le fait est connu évidem-
ment par ailleurs, depuis le XVIe siècle.
192 THADITION ET CONTENU DES LISTES D'OFFICES

second groupe, dont nous verrons les premiers apparaître dès le


xm e sièclr, Commp la place que nonne Jean de Kitros au logothète
contredit le témoignage de ACIIIK, nous pouvons conclure ou
bien que D est antérieur, ou bien qUf' .Iran de Kitros fait unr
permutation de son propre chef, s'il écrit avant ])1. Un autre
indice, en effet, rapproche la liste D du premier groupe et de
Jean de Kitros; ils ignorent tous la classifieation en pentades et
le groupement systématique des titres avec bd et ocPX<Ù'J, qui sont
des traits communs au second groupe, F excepté. Cet indice n'est
pas négligeable pour l'histoire des listes, de leur diffusion et de
leur composition; celles qui sont moins artificielles ont une certaine
priorité dans le temps et révèlent une plus grande attention aux
réalités de la part du rédacteur.
L'ordonnance générale de la liste' n conserve une certaine
parenté, dans sa finale, avec les réponses de Jean de Kitros. Les
deutéreuontes (D 25) sont à la limite des charges diaconales et
des charges presbytérales; outre que l'un d'eux est prêtre
(ae:u"t'e:pe:u<ù'J "t'W'J te:p~<ù'J), ils sont suivis d'au moins deux offices
(D 26, 28) destinés, selon Jean de Kitros, aux prêtres, puis de
cinq (D 31-35) destinés communément aux clercs mineurs. En
supposant que le rédacteur a l'intention, comme l'évêque de
Kitros, de classer les archontes par ordres sacrés, nous constatons
que la distribution est moins nette et que la finale n'échappe pas
à la confusion. Le primicier des notaires (D 29) est certainement
un diacre; à la place où il se trouve, il aurait au-dessus de lui le
deutéreuôn des prêtres compris dans les deutereuontes (D 25), puis
le noumodotès et l'archonte phôtôn, dont D admet l'équivalence
avee l'ekklèsiarehès, autre fonction sacerdotale. L'archonte n'est
donc pas exactement l'officier diacre ct la liste admet des membres
du clergé, prêtres ou ordres mineurs munis d'une fonetion notable.
L'introduction du mégas protopapas (D 30), placé d'ailleurs après
de simples prêtres, est doublement surprenante, parce qu'il n'est
pas archonte - ce que Jean de Kitros spécifie à propos de l'archi-
diacre --, ct parce que le qualificatif de mégas le rattache au dergé
impérial, non à celui de Sainte-Sophie 2 • Ce n'est que bien tard
qu'il prendra rang parmi les archontes après le protonotaire:

(1) Ce gcnre de raisonnement n'a pas grande valeur apodictique, il faut l'avouer,
lorsqu'il s'agit de comparer des fonctionnaires isolés, ou un à un. Ainsi le Parisin. 1788
(voir p. 189) contrcdit l'ordre de Cl (première colonne), et j'exceple de la comparaison
ln noLicr E que j'estime particulariste. Mais lorsque des groupements se dessinent
pm' tradition litt~rQire, nous avons un indice de d(~peJlùance el une umorce de stntis-
lifJue dont le sens se précise.
(2) Du moins je le suppose, en me fondant sur l'origine impériale du mégas; la
llucslioll n'est pas entièrement résolue; voir p. ]35.
LISTE D 193

liste H, note au nO 37. Jean de IGtros ne commet pas cette


confusion; sur ce point la liste D se rapproche au contraire des
listes suivanLes F, G, etc.
L'introducLion de memLrcs du clergé autres que les diacres dans
la hiérarchie archontale n'est pas dans l'esprit de Jean de Kitros ;
mais la comparaison des listes synodales du XIIe avec celles du
XIIIe siècle fait apparaître une évoluLion dans les usages, dont les
notices sur les ofl1ces enregisLrent le résultat sans méthode. La
finale de la liste D offre un parallélisme avec les listes synodales
de 1274-12771 : dans ces acLes, le clergé de Sainte-Sophie se joint
aux archontes pour signer, ou adhérer à une formule, tandis qu'au
XIIe siècle nous rencontrons une seule fois archidiacre et deutéreuôn
au synode 2 • En 1277, les archontes phôtôn et antiminsiou passent
après les notaires - d'où l'on pourrait supposer qu'ils sont prêtres
- et, en compagnie de l'archonte de l'évangile et du domestikos
de la Grande Église, ils précèdent le proLopapas ; ainsi ils paraissent
détachés du clergé desservant Sainte-Sophie et rattachés aux
services administratifs. C'est ce que veut signifier également D,
en classant deux de ces prêtres (D 27-28) avant les notaires,
représentés par leur primicier, et avant le proLopapas, chef de file
du clergé desservant. Le parallélisme est moins net en 1274, mais
la frontière entre archontes et clergé non qualifié est encore mieux
marquée par la place des notaires.
Dans toutes les notices nous nous heurterons à cette part
d'inconnu que constiLue la personnalité de l'auLeur; suivant son
caractère et ses connaissances propres, les changements qu'il
effectue proviennent d'une allusion à un cas contemporain - ici,
sans doute, le logothète et le mégas protopapas 3- , d'un souvenir
livresque et aussi de quelques méprises. La liste D marque dans
son ensemble la transition entre le XIIe siècle et la seconde moitié
du XIIIe; les listes très sobres AC s'allongent par contamination
d'éléments considérés, encore au début du XIIIe, comme extérieurs
à la pure hiérarchie des archontes.

(1) Texte, p. 116 ct 531-G33.


(2) Lisle de 1156, p. 529; en 1170, le deutél'euon (des prêtres, des diacres ?) seul,
p. 530.
(3) Un logothète se distingue dans les tractations avec les Arméniens, en 1241 :
R. DEVREESSE, ~ Négocialions HI'méno-l.>yzanlines~,Siud. biz. e neoel. 5 (1~13~)), p. 150.
Mais je n'ai aucun renseignement SUI' le protopapas à la même époque.
194 THAOITION ET COI\TEI\U DES LISTES D'OFFICES

5. NOTICE E

Le manuscrit Leydensis B P G ~)3 a reçu un folio, détaché d'un


autre volume inconnu, qui contient une notice des offices l . Le
codex dont elle faisait partie n'est guère définissable avec si peu
ùe matière; la notice semble avoir été ajoutée en supplément avec
des pièces disparaLes, car elle se trouve entre deux extraits moraux.
L'écriture paraîL du Xllle siècle, avec des formes caractéristiques
de quelques groupes de lettres et d'abréviations; elle a une certaine
ressemblance avec celle de la notice du Alosquensis 475, mais les
abréviations, en particulier de bd, sont différentes. La copie,
trop rapide, n'a pas été révisée; plusieurs lettres initiales, laissées
au rubricateur, sont omises : celles des trois titres, puis devant
tous les archontes de la seconde partie, sauf le premier.
La composition de cette notice offre plusieurs particularités
remarquables. La première est la division en deux parties, comme
dans la noLice K : liste nue avec une notice explicative, qui doivent
en principe former un tout cohérent. Bien que le rédacteur du
Leydensis ne donne pas la définition de tous les noms de la première
liste, il semble que les deux parties ne sont pas tirées de sources
différentes. La raison des divergences n'apparaît pas clairement.
Dans la seconde partie, nous constatons des omissions importantes
(7, 11-14, 18 de la liste première), des transpositions (15, 17),
l'addition du protopapas et de son deutéreuôn, On remarque que
le hiéromnèmôn, très défavorisé dans la liste, qui lui donne le
dix-septièmp. rang, retrouve ensuite une place beaucoup plus
normale après le canstrisios; dans ce cas au moins l'erreur est
plus probable dans la liste nue. Les omissions au contraire sont
imputables à la seconde partie et à son copiste plutôt qu'au
premier rédacteur.
Le nombre et le classement des offices en premiers et seconds
dénotent une conception de la hiérarchie très proche de celle de
Jean de Kitros ; la seconde classe compte douze officiers principaux,
plus les cinq ostiaires, employés de dernier rang plutôt que
véritables archontes. Mais ces douze ne sont pas exactement les
mêmes que chez Jean de Kitros : on est un peu surpris de rencontrer
en si haute plaee l'orphanotrophe, que la Grande Église ne considère
jamais comme archonte et qui était le plus souvent prêtre. Je ne
trom-e aucune explication pour l'bd -rWV &VOCXOC[J.YEWV; même au sens
juridique, &VOCXOC[J.~Lç2 n'a pDS une importance suffisante pour justifier

(1) M. de Meyïer, auteur ùu catalogue, m'u communiqué aimablement la pho-


tographie,
(2) Une glose des novelles de Léon (JGH, ZEPOS, l, p. 70, note) rattache IivIiKIXIJAn~
NOTICE E - NOTICE F 195
le litre d'un oflice; des mots assez rapprochés de forme comme
&VOCfJ.V~O'E(ùV, &v,~t.Lt'JO'[ou suggère'nt une simple faute de copie, mais ils
sont plus connus cl difficiles à confondre avec un moL rare. Reste à
trouver une confirmation de cet hapax.
Les définitions nous apprennent que cette hiérarchie appartient
à une métropole. Celles du grand économe, du chartophylax et du
protopapas nous disent clairement que ce sont des archontes
provinciaux : le rédacteur, comme celui de la notice K, parle
toujours de l'archiéreus, non du patriarche. La distinction entre
sacellaire et sakelliou, le premier responsable des monastères, le
second des églises (de paroisse, publiques), est dans la ligne de
Balsamon et n'est pas influencée par les listes F, G, etc., où le
grand-sacellaire se voit réduit à l'administration des monastères
de femmes. La province enregistre la promotion du prôtekdikos 1 ,
mais toutes les métropoles ne devaient pas disposer de sept ekdikoi
(quatre, chez Jean de Kitros). Les cinq ostiarioi peuvent représenter
un groupe d'employés qui ne sont peut-être pas tous de l'ordre
diaconal.
La notice E, moins archaïque et particulariste que l'autre notice
provinciale (K), est aussi plus proche des usages byzantins; les
métropoles suivaient la couLume de la capitale, mais ses archontes
exerçaient différemment leur juridiction.

6. NOTICE F

Lorsqu'il édita cette notice dans le commentaire du Pseudo-


Kodinos, Goar n'eut pas la main heureuse 2 ; le manuscrit utilisé
est l'un des moins intéressants d'un groupe assez nombreux.
L'histoire du texte et sa forme originale nous apparaissent sous
un jour nouveau, ne serait-ce que par élimination du classement
par pentades, qui s'introduit progressivement dans les copies par
contamination.
La description des manuscrits est faite par
TracUtloD
manuscrite.référence à la copie de Coislin. 278, adoptée
comme modèle; je noterai dans les divers
témoins ce qUI les distingue de cette copie la plus proche de
l'archétype.

au droit cmphytéotique. Balsamon attribue au sal<el1iou une juridiction dans ces


contra ts.
(1) Voir les rcmarques sur les archontes de Smyrne, p. 119-120; le rrôtekdikos
nc semble pas diriger un colli~gc spécialisé dans celle métropole. Voir allssi p. 3'26, n. 3.
(2) CODII'\{.;S, De olficialibus i PG, 157, 128-129 = Bonn 115.
196 TRADITION ET CONTENU DES LISTES D'OFFICES

AmbT'osianus F 121 sup. (\lartini 364), Xye siècle; manuel de


Blastarès contenant également la liste L. La copit' dr la notice F,
f. 346, est assez négligée. Le titre prend en finale ÈVEpydlX~ IXÙTWV,
signe de normalisation postérieure; les einq premiers, économe-
sakelliou, sont inscrits à la suite du titre sans aucun classement
numérique. La numération connait trois (lX'_y') pentades; cette
indication est marquée à droite, en face du dernier de la série
précédente de telle sorte que se constituent, après le sakelliou, les
groupes suivants : a) prôtekdikos-référendaire; b) hypomnèma-
tographe-hypomimnèskôn ; c) commence à l'épi déèseôn et continue
sans autre division jusqu'au catéchète, où l'énumération ne
s'arrêtait pas encore; la copie est mutilée. Le copiste a sauté
plusieurs noms : 14, 21 ; il dédouble protopapas et ekdikos, ne
comprenant pas que le second terme forme définition du premier,
et il met catéchète au singulier. Toutes ces négligences indiquent
une dégradation tout à fait compatible avec l'éloignement de la
date.
Alhon. Dionysiou 120, XIVe siècle, commentaire des canons
réunissant le texte de Zonaras et de Balsamon; le supplément
copieux et original forme une collection d'actes très importants,
à la manière des nomocanons similaires Rasileensis et LauT'enlianus
déjà cités l • Notice au f. 693 v , avec la finale è:vEpydlX~ IXtJ"t'IXL, qui
se maintient malgré la tournure insolite. En marge, nous avons
seulement cinq numéros de groupe qui laissent hors série les six
premiers; les premiers de ces cinq groupes sont le protonotaire (1),
le hiéromnèmon (2), l'archonte des monastères (3), le didascale (4),
le noumodotès (5). Une croix avec quatre points après le primieier
des notaires paraît indiquer que le copiste, ou le collectionneur
des documents lui-même, connaissait la liste L; en efTet, en
numération continue, F 31 et L 31 désignent le même officier.
La curiosité du rédacteur va plus loin; il ajoute en marge, après
F 25, le didascale de l'Apôtre, et après F 26, les deux laosynaetes ;
ainsi son quatrième groupe qui va de F 23 à F 28 comprend en
fin de compte huit titres, dont certains au pluriel, et le cinquième
n'en a plus que deux: F 29-30. Après la finale commune (F 36,
domesticos de l'ambon), un appendice assez désordonné, que je
reproduis 2 , comprend encore une dizaine de noms: c'est dire que
le rédacteur n'ajoute guère foi à un classement numérique quel-
conque; mais la compétence du compilateur n'est pas de même
niveau que sa curiosité, et ses recherches, qui auraient pu aboutir
à un résultat original et instructif pour nous, sont un peu bâclées.

(1) Voir p. 172, n. 2.


(2) Voir p. 548.
NOTICE F 197

Aihon. Ibèrôn 520, an. 1483-1484, d'après deux lettres épiscopales


écritrs dans lrs folios 1 et 151 du manuscrit; la première porte la
signature de Kyrillos de Palaio-Patras. Notice au f. 20-21 v, écrite
à la suite d'un rituel des ordinations; celle-ci donne comme
dernières formules l'ordination du dipotatos et de l'épi podéas 1 ,
deux noms qui ne figurent pas dans la liste F. Les copistes ne
se permettent pas généralement de retoucher un texte; c'est
pourquoi le chartophylax reste le plus souvent sans mégas, et le
contexte n'inspire pas non plus au scribe l'idée d'ajouter des
noms. L'insertion de la notice, celle-ci ou les autres, dans un
livre liturgique, est exceptionnelle; on ne la considère jamais
comme un document liturgique. Le manuscrit n'a mis aucune
numération.
Athon. Xeropotamou 131, XIVe-XV e siècle. Collection de pièces
variées, principalement du XIVe siècle, précédant le manuel de
Blastarès ; celui-ci comprend dans son supplément: f. 310, l'abrégé
des réponses de Jean de Kitros; f. 311 v, la notice en vers de
Blastarès. La notice F (jusqu'au nO 26) est au f. 104 r , dont je ne
connais pas le verso; dans le titre, la finale devient ocù"wv OC{hOCL,
correction destinée à normaliser le texte. La disposition est la
même que dans Vîndob. hist. 70, sauf que la numération des
pentades s'arrête à 2.
Bodleianus Roe 18, an. 1349. Collection canonique disparate, où
entrent des pièces poétiques de Manuel Philès et autres. Le
manuscrit a été utilisé, au XVIe, dans Haunensis Fabricius 49-4°
et Berolinensis 98 (Phillips 1502), qui ont recopié diverses parties
du Roe 18, y compris la notice. La numération en pentades, non
visible sur microfilm, est donnée dans les copies qui semblent
l'avoir normalisée. Cette recension met le prôtekdikos en tête de
la pentade 2, contrairement à la définition du protonotaire dit
«( porte des exôkatakoiloi ), c'est-à-dire des six premiers, qui ne
sont plus au complet. En finale, l'archonte des kontakia est
ajouté entre 33 et 34.
Parisinus 1343, XVIe siècle, modèle de l'édition de Goar; en
effet, c'est la seule copie à donner cette définition: 0 voufJ.0a6"t'1)~
dmxYEL... ; le copiste saute l'archonte 28 et attribue sa définition
à 29 2 • Je ne vois pas d'où vient le fJ.lylY.~ ajouté au nom du charto-
phylax dans l'édition; l'éditeur s'est montré moins scrupuleux
que le copiste et corrige tacitement ce qu'il croit une omission;
le copiste reproduit fidèlement l'original, au moins dans ce détail
important.

(1) Formules différenles de celle de l'Ollobonianus 180, reproduites p. 569.


(2) Voir le texte: PG,157, 129 A.
198 TRADITION ET CONTENli DES LISTES D'OFFICES

Paris. Coislinianus 278, XIIIe siècle. Collection des lettres cL


homélies de Germain II de CP (1222-1240) ; le papirr ct l'écriture
nous mènent au plus tard jusqu'au dernier quart du siècle; le
manuscrit est unique. A la fin, sur même papier, une autre main
contemporaine ajoute à partir du f. 229 trois réponses de Jean
de Kitros concernant les offices, avec le paragraphe du texte
original omis par les éditions 1 • Après les réponses, f. 232, la notice
que j'édite. La copie ne donne aucune numération ni aucun signr
particulier de distinction entre groupes constitués. Par rapport à
tous les autres témoins, Coislin. se distingue par l'addition du
n. 19, épi t. kriseôn: du fait qu'il est dépourvu de définition,
le nom paraît ajouté par le copiste, qui corrige ainsi une omission
notable de l'original attestée par tous les autres 2 • Il y a encore
une omission de mot (omcr6Ev, au nO 12), qui prouve l'existence
d'un modèle antérieur; le texte primitif devait avoir également
ÈçwxlX":'lXxolM't'wv (comme Roe 18), rétabli dans Coislin. par correction
de -XOlÀüJV. Le texte était donc diffusé avant la date de copie du
manuscrit le plus ancien: ce qui permet de tabler en toute sécurité
sur une date très proche du milieu du XIIIe siècle.
Palmensis 447, XVIe siècle. Collection canonique disparate et de
peu de poids; f. 234 r _v , première notice mutilée, commençant à
l'épi déèsôn et finissant aux 6Up<ùPOL, où sont mentionnés le
protopapas et les épiskopeianoi ; f. 234 v -235, notice F : les noms
perdent leur définition et le grand sacellaire est omis.
Vindobonensis hisi. 70, XIVe siècle (début). Collection canonique
tout à fait originale dont un catalogue ne peut analyser toutes
les particularités. Leur valeur apparaît ici dans les notes margi-
nales ; celles des ff. 87 v , 89 v , 139v , 157 v -158, au moins, font allusion
il la querelle arsénite qui se poursuit durant le premier quart
du XIVe siècle; des parties du manuscrit appartiennent sans doute
au XIIIe siècle. La copie de la notice F, f. 21 l _ v , est d'une écriture
difTérente du contexte, mais de la même période. La division des
offices est la même que dans Roe 18 : prôtekdikos en tête de la
classe du protonotaire; la numération des pentades s'arrête
d'ailleurs au nO 3, en face de l'épi déèseôn (nO 16 de la liste éditée)
qui devient tête de pentade par décalage des rangs à partir du
prôtekdikos. Mais If' Vindob. n'ajoute pas l'archonte des kontakia.
une note accompagne la notice; ces références attestent l'érudition
de l'annotateur du manuscrit.

(1) Yoir p. 173.


(2) L'uddition était d'autant plus facile que les archontes ne sont pas numérotés;
l'isolcmcnt du Coislin et l'absence de définition prouvent que cet archonte n'était pas
dans l'archéLype et que le Coislin n'est pas non plus l'archétype.
!\OTICE F 199

Le simple rapport chronologique des manuscrits nous conduit


nonc à préfér('r le Coisl. 278, dont le contexte est plus suggestif
que celui du Vindob. ct dont le texte, plus proche de l'archétype
commun de la famille, ne connaît pas les variantes postérieures
concernant la numération. La comparaison avec les listes anté-
rieures et postérieures confirme largement cet ordre chronologique.

L'archétype de la notice ignorait ou jugeait


Ordre et nombre
des offices.
négligeable la classification des archontes en
pentades. Dans les manuscrits qui essaient de
l'adopter, même dans les meilleurs, Vindob. ct Roe, elle est fausse
et incomplète; Dionysiotl, poussant plus loin la numération,
tombe finalement dans l'incohérence. L'essai provient d'une
contamination assez complexe; le groupe supérieur est isolé
aussi dans la notice G, mais de manière beaucoup plus nette;
les copistes de F n'auraient pas manqué de recourir au même
procédé, s'ils l'avaient connu.
La notice F ignore le groupement des È7tL et des &pxwv cinq par
cinq, introduit dans la tradition livresque par G et vulgarisé par L.
Nous savons déjà que cette classification est purement arbitraire:
une fois qu'clIc existe et qu'elle est diffusée dans les manuscrits
canoniques, il est difficile à un rédacteur de s'en défaire. Le
désordre des épi ct des archôn, plus proche aussi de la réalité,
établit l'antériorité de la liste F par rapport à G; l'idée de ce
classement n'est pas encore dans le domaine public. La conception
qui inspire le rédacteur n'est pas très éloignée du principe suivi
par Jean de Kitros. En marquant par des interlignes une articu-
lation des classes, on fait apparaître quatre groupes : 1-6, les
exôkatakoiloi ; 7-23 les offices diaconaux moyens ct inférieurs, où
il faudrait reclasser le primicier des notaires (30); 24-29 offices
sacerdotaux; 31-34 offices d'anagnôstes. La répartition n'est pas
l'effet du hasard; le rédacteur suit une division par ordre sacré
ct maintient drs distances qui soulignent la préséance des archontes
proprement dits, détenteurs des offices diaconaux.
Le nombre des offices diaconaux est nettement supérieur à
celui de Jean de Kitros, mais inférieur encore à celui de la hiérarchie
réelle. Le rédacteur a commis certainement quelques erreurs, par
omission ou inexpérience: le primicier des notaires est déclassé et
séparé des archontiques par un groupe de prêtres; l'archôn t.
kriseôn est rétabli postérieurement dans Coislin., mais l'influence
du texte original se reconnaît encore, au XIVe siècle, à partir de
la notice N qui néglige le même archonte, malgré la diITusion de
la liste L et du groupement des épi devenu classique. Contrairement
à la tradition, archontes des monastères et des églises forment
200 TRADlTION ET CONTENU DES LISTES D'OFFICES

un seul office avec juridiction sur les monastères d'hommes;


l'('rrcur sembl(' plus grav(~ que la mention d'un seul ostiaire, alors
qu'il y en avait au moins deux ou trois, peut-être plus, si l'on compte
des suhordonnés, comme semhle l'avoir fait la notice E. L'addition
la plus intéressante est celle des didascales et du rhéteur. Pour ce
dernier, il y a peut-être allusion ici à son rétablissement sous
Germain III (1265-1266)1. Les didascales sont nettement dissociés:
14 et 23 ; le didascale de l'Apôtre est omis et il y a deux didasealE's
du Psautier. Est-ce une erreur, confusion de singulier et pluriel,
comme pour l'ostiaire, contraction de deux offices en un comme
pour les archontes des monastères et des églises? C'est possihle :
nous retrouverons un dédoublement général des trois didascales
dans la notice M, de peu d'autorité, mais qui peut retenir quelque
chose de vrai dès l'époque de la notice F. Les variantes concernant
le didascale attestent l'affaiblissement de la fonction.
Le groupe des offices sacerdotaux est plus cohérent que ceux de
.Jean de Kitros et de la liste D ; comme la notice E, la notice F
réunit protopapas et deutéreuôn, qui prennent ainsi la tête d'une
hiérarchie parallèle composée de charges purement liturgiques, et
qui se maintiendra avec plus ou moins de bonheur dans toutes
les notices. Parmi ces prêtres, nous trouvons ici, à côté de l'archonte
phôtôn et des catéchètes connus par Jean de Kitros et la liste D,
l'archonte de l'antiminsion; le groupement est pratiquement le
même que celui de D. Plus tard, ces deux ocP"/..(i)V passent dans une
pentade artificielle, mais il semble bien que les deux ont à l'origine
une fonction sacerdotale 2 ; même si l'archonte de l'antiminsion ne
consacrait pas lui-même cet accessoire de l'autel, son rôle est
assimilé à celui des prêtres, qui l'encadrent dans les deux notices,
et touche de plus près au sacrement de l'autel que celui d'un diacre.
L'office est déprécié ou change de nature par la suite : au XIV e -
xv e siècle, le diacre est attesté comme archonte phôtôn et archonte
antiminsiou 3; dans la période antérieure, je ne connais pas de
mention significative, car la place amhiguë de ces deux dignitaires,
en 1277, supporte plusieurs explications.
Le domestikos de l'ambon, dernier de liste parmi les offices

(1) Voir p. 110.


(2) En fait nous ne savons pas jusqu'où remonte l'expérience de Jean de Kitros.
La définition antérieure de tous ces archontes secondaires reste très vague. La seule
fois où l'archonte phôtôn est mentionné avant le XIIIe siécIe, il officie pour allumer le
trik\:rion devant le patriarche: voir p. 47, n. 2; p. 49, 2. On ne suit pas cc qu'il faisait
d'aulr!' et il n'était peut-être pas prêtre à la hauLc épo4lw.
(3) Georges Dokeianos, diacre archonte des antiminsia, copiste en 1422 : VOGl'.L-
GARTllAl'SEN, Die Schreiber, p. 73 j Manuel Chalkéopoulos, arch. photôn en 1400 :
~fM, Il, 321.
NOTICE F 201

réservés aux lecteurs, est propre à la notice F; l'addition de


Roe lR fournit une t"xplication très plausible du nom. Les noticcs L.
N, 0, R, où figure seul l'archonte des kontakia, suggèrent que les
deux noms désignent le même archontr, ou le même clerc inférieur
qui se tient près de l'ambon et veille à la distribution des rouleaux
liturgiques (XOv-r!XX.IOV), des livres convenant à chaque soliste,
lecteur ou chantre 1 • Ce clerc, dans sa sphère, joue peut-être le
même rôle que l'archonte de l'Évangile parmi lcs diacres.

Le rapport littéral entre définitions crée des


Définitions.
points de vue nouveaux pour la comparaison
des notices. Ainsi, les listes rarissimes antérieures au XIIIe siècle
ne comportent pas les éléments nécessaires pour établir un rapport
de dépendance littérale; à l'époque même où nous disposons de
plusieurs notices plus développées, nous ignorons les dates exaetes
de composition et les noms d'auteur qui pourraient nous aider à
préciser les liens de parenté. D'autre part, les mentions extérieures
dans les actes et les sources contemporaines, rares et peu explicites,
ne permettent pas de suivre des étapes d'une évolution, divers
états de la hiérarchie; on ne sait pas toujours ce que signifient
en définitive des variantes qui vont jusqu'à la contradiction.
Les définitions de la notice F sont très brèves et en général
sans caractère technique. Le rédacteur se contente plusieurs fois
d'une tautologie : 5 O'OCXe:ÀÀLOU-O"IXXÉÀÀ1jv; 8 Àoyo6É"t'"t)ç-Àoyoypoc(jlûv ;
11 Ù7t0!J.v1j!J.oc't"oyp!X(jlOç-yp!Xrpe:~v 2 't"!X Ù7tOj.Lv~!J.oc't"oc; 20 te:pliç xoc't"ocO''t"!XO'e:wç-
21 p~'t"wp- p1j't"Ope:UELV. L'emploi de certaines tournures
EÙ't"OCÇ[ocv;
influence quelque peu la liste J, n. 4-6, qui utilise dç mais pas aux
mêmes endroits que F ; l'influence sur la notice N est très nette :
emploi de xpoc't"e:r:v et de dç dans la définition. Certaines expressions
tranchent sur la pauvreté du vocabulaire. Dans cette notice qui
ne comportait à l'origine aucune numération, la définition du
protonotaire: « porte des (offices, ou archontes) exôkatakoilates »,
tient lieu d'une division numérique; la distinction de classe entre
inférieurs et supérieurs était la seule qui fût sensible à l'époque 3 •
Très remarquable est aussi le terme !J.EO'!X~e:~V qui situe le charto-
phylax, dans le temps et dans la hiérarchie, au niveau d'un

(1) Dans le lypicOll Dresdensis (x· s.), son office est décrit ainsi; e:LcrIXye:L 1; dfpX(ùv
,WV XOV,IXX((ùV "I"OV oqle:C\OV"I"1X IjJIXÀÀe:LV "I"cX XOV"I"IXXLIX . xelL aqlpocYL~6fLe:vOC; (celui qui
doit chanter) 7tocpiX "I"OÙ 7t1X"I"PLOCPXOU ÈV8UE"I"IXL "1"6 '!E XlXfL(crLOV aù'!où XOCL "1"0 qlocLv6ÀLV
XIXL iXvépXE'!IXL Èv '!ij) &fL0(ùVL (réfer., p. 48, n. 3). Ainsi l'archonte introduit solennel-
lement celui qui doil chan ler à l'ambon. Notre connaissance des offices liturgiques
dépend de ces mentions rares, éparses et peu divulguées.
('2) Dans l'Mition, U7t0YPcXipELV change le sens et brise l'étymologie: PG, 157, 1'28 C.
(3) Voir pp. 1'26 el 205.
202 TRADITION ET CO::\TENU DES LISTES D'OFFICES

mésazôn impérial, que nous retrouverons dans la notice M, ainsi


qUl~ le sacellairr, réduit ft partir rl'ici il. la jurirlicLion sur Ifls
monastères de femmes. Si le rédacteur a prêté attention à ccs
détails, au sens technique surtout de fLE(j'cX.~El'/, d'autres termes
peuvent avoir leur importance; je ne vois guère que la définition
du protopapas : ekdikos des jugements, comme originalité. Le
mégas protopapas n'est que cité dans la listc C ; ici, il exerce une
juridiction importante, comme un protopapas provincial (liste E).
Il Y a là une allusion très nette à une situation particulière, il.
un cas déterminé et sans doute proche de l'empire de Nicée; un
protopapas de la Grande Église n'a pas cette juridiction.
La tradition manuscrite et le contenu de la notice contribuent
à dater cet essai vers le troisième quart du XIIIe siècle, aux environs
peut-être de 1260. Le rapport avec la notice G est assez lâchf',
étant donné que les deux compositions s'ignorent à peu près
totalement; le rédacteur de F en tout cas n'admet aucune
nouveauté de G. Sa source la plus proche est Jean de Kitros,
ou plutôt les deux reflètent une conccption voisine. Malgré ses
imperfections, la notice a connu un certain succès qui tient sans
doute davantage à une ancienneté relative et au fait qu'elle ne pro-
pose des définitions qu'à sa modeste envergure.

7. NOTICE G

La notice nous est parvenue par trois témoins indépendants ct


de très bon aloi; les trois manuscrits offrent des garanties diffé-
rentes, mais sûres. C'est aussi l'un des cas où se constituent à
l'intérieur d'une notice deux recensions bien caractérisées par
rapport à l'archétype commun; elles sont l'œuvre de rédacteurs
très compétents.
Deux manuscrits, Monaccnsis 442 et Valica-
Tradition
manuscrite. nus 1455 II, ont le même texte avec des
variantes peu étendues. Le Mosquensis 53
constitue une recension nouvelle.
Monacensis 442, vers 1330-1340 ; c'est la date que je conjecture
d'après la description du manuscrit historique l . Le texte Oc la
notice, f. 7, est de la même main qui a copié la majeure partie de
l'Histoire de Pachymère, dont le portrait 2 figure au f. 6 v , juste

(1) V. LAURENT, f Les manuscrils de l'histoire byzantine de Georges Pachyml're 1),


Byzanlion, 5 (1929), 148-150.
(2) Reproduction dans Quadrivium de Georges Pachymcre, éd. Tannery-Stephanou
(Studi e Testi, 94), Rome, 1940 (dépliant avant le titre).
NOTICE G 203

en face de la noLice ; celle-ci fait ùonc partie du manuscrit; il est


fort probable qu'('lIr se trouvait aussi dans ](' modèle nu
Monacensis, un exemplaire abîmé. Mais comme les autres témoins
anciens de l'Histoire ne reproduisent pas ceUe noUce, on nr
saurait affirmer que le choix et l'insertion de la notice remontent
à l'historien lui-même. Le Monacensis fut copié au moins quatre
fois durant la Renaissance : Marcianlls 404, 11 iproso!ymilanus
S. Cr. 4, Scorialensis n 1 10, Tllbingensis M b 13. Le dernier est
de la main de M. Crusius l , qui cite effectivement cette notice en
l'attribuant Ù Pachymère 2 • Dans le Monacensis, la notice est
peut-être destinée à préciser le sens du portrait et la valeur de
l'insigne, qui orne la poitrine du diacre prôtekdikos et dikaio-
phylax 3 •
Vaiicanus 1455, manuscrit composite, dont une pa.rtie est écrite
par Jean Hiérakès, en 1299 4 ; à cette partie, dont les cahiers sont
numérotés de (J,' à nJ' (1-18), fut annexée ensuite une seconde,
peu uniforme; le compilateur définitif a unifié tous ces éléments
en donnant aux cahiers une nouvelle numération de 1 à 50. Le
contenu rassemble des textes conciliaires et canoniques de toute
époque; aucun ne porte une date inférieure au patriarcat de
Jcan XI Bekkos. Non loin de la notice, qui est au f. 306-307, se
trouve l'opuscule sur les méta thèses (transferts d'évêques à un
nouveau siège), recension proche de celle de Nicéphore Calliste,
avec des notes complémentaires dont une relate l'élection de
Cyrille d'Antioche en 1286-87 et sa confirmation huit ans plus
tard sous Jean XII Cosmas et Andronic 115. La notice fait partie
de ces notes ajoutées en des folios libres et recueillies par le même
collectionneur, s'il ne les a pas écrites toutrs de sa main; la date
de copie prut aller jusqu'à 1310-1320.

(1) Sur le manuscrit de Tubingen, yoir l'article de M. n. MYSTAKIDÈ5, re:wpywç


nClXUIi~P7Jç )(cl1. M.
Kpoucrtoç, dans 'EvCl(crtliCl (ofTerts à Mgr. Chrysostome Papadopoulos),
Athrnes, 1931, p. 214-232; l'auteur indique que le Tubingensis contient la notice
au f. 13 v et que le portrait de Pachymèrc y est aUllsi reproduit à part (p. 222) j à la
fin (p. 232), citation d'une Icttre de Théodore Zygomalas à Crusius sur J'oIDce de
dikaiophylax et prôtekdil\Os.
(2) M. CRUSIUS, Turcograecia, Dûle, 1584, p. '203 : deux d(>finitions du grand-
sncellairc, l'ulle tirce du ms AlI!711stanus de Pachymère, c'cst-à-dir(' (\11 .V1olUlcensis
442 actuel, l'autre d'une lettrc de Gerlach (lettre 7, de mars 1578) à C.'usills. :'oi'ayant
pas distingu~ les deux rt'Cérences, Ponlanus attribue la seconde defillition 311 ms
Augustanus : voir la note 35 dans PG, 153, 1131.
(3) Du moins je pense que cela peul êlre un insigne; voir p. 186, n. 4.
(4) A. TL'Rnl, Codices graeci Valicani s. XIII et .\" IV scripli annnrumque nolis
inslrucli, Rome, 1963, p. 89-90.
(5) V. LAl'RENT, «Le patrinrche d'Antioche Cyrille III *, Anal. BolI., 68 (1950),
310-317.
204 TRADITION ET CONTENU DES LISTES D'OFFICES

Mosquensis 53 (Vladimir 149), xe siècle, discours de Grégoire de


Nazianze. La notir.e, insérée au f. ::398, pst de seconril' mainl ; lin
paschalion de 1231 à 1243 nous donnerait la date approchée de
l'insertion si elle était de même main, ce qui n'est pas le cas. Le
paschalion est placé après la notice, mais dans les fins de manuscrit
comblées postérieurement par divers fragments, la succession
n'indique pas un ordre chronologique rigoureux; les morceaux
sont copiés au gré des annotateurs, selon l'espace resté libre dans
les folios. La présentation du texte dans le Mosquensis est très
originale: bien qu'il n'y ait pas distinction entre la liste des noms
et la liste des définitions, le copiste dispose les noms à gauche,
en colonne, de manière à faire ressortir leur suite; un espace
blanc sépare le nom et le texte qui le concerne, sauf pour le premier
de pentade; en cet endroit c'est l'indication de la pentade qui
entre dans la colonne de gauche et le premier de penta de est
souligné dans le texte par l'omicron majuscule de l'article.
Je ne chercherai pas à établir une filiation entre ces trois copies
à peu près contemporaines; malgré le paschalion du XIIIe siècle,
la copie du Mosquensis me semble proche du XIVe siècle, si bien
que la date extérieure ne fournit aucun appui sûr. Quant au
contenu, il montre que le texte a été touché par divers rédacteurs,
de compétence un peu inégale, mais tous capables de modifier
des termes, de trouver des synonymes et des locutions différentes
pour indiquer les attributions des divers officiers. Les définitions
du Mosquensis, plus originales et plus précises, ne semblent pas
devoir être placées à l'origine de la tradition 2 : dans ce domaine,
la perfection et l'amplification paraissent plutôt le résultat d'un
travail effectué sur un texte préexistant, dont les insuffisances
n'apparaissent qu'après. Le Vaiicanus et le Monacensis se sont
contentés de copier le texte commun sans y changer grand-chose;
ils diffèrent par de petits détails et par la note finale. J'insisterai
donc ici davantage sur les traits communs que sur les divergences
de texte; elles ne sont pas négligeables, mais je reviendrai sur les
définitions dans la troisième partie de cette étude.

S'il fallait prendre à la lettre ücr,e:pov 3 , au


début de la note fima 1e, les vingt-six archontes
Analyse et critique.

communs aux trois témoins représenteraient la hiérarchie antérieure

(1) Je dispose du texte (photographie et copie) grâce nu professeur J. P. Kajdan,


qui doit éditer cette recension, je pense, dans Vit. Vr.; c'est pourquoi je n'ai pas
reproduit ce texte, qui me parait excellent, mais je le citerai parfois I.'n note dans les
notices de la Ille partie de cette étude.
(2) Nous verrons que la notice 0 connalt la recension Mosquensis.
(3) Ces allusions chronologiques n'ont pas grande précision. Un manuscrit postérieur
NOTICE G 205
au décrcL d'Alexis l Comnène, au moins à la novelle de 1107
concernant les didascales. Il ne peut en être ainsi, ne serait-ce
qu'en raison de la place du prôtekdikos au sixième rang. Comme
Jean de Kitros, tous les rédacteurs ont la conviction de recueillir
et de livrer l'état traditionnel de la hiérarchie des archontes. Cc
qu'il y a de plus traditionnel, dans le fonds commun de la notice G,
c'est que le premier rédacteur a envisagé peut-être de ne citer
que les offIces diaconaux proprement dits; nous constatons en
effet que l'un des témoins n'ajoutc pas en appcndice les oflices
hors cadre qui apparaissent chez les deux autres: App. Val. 30-32 ;
App. Mosq. 32-43 1 . Le développement de ces deux notes répond
à un double but : corriger l'omission du primicier des notaires,
et tenir compte de l'opinion courante qui assimile aux archontes
certaines charges de prêtres et de lecteurs. Pour cette raison je
serais donc porté à croire que le M onacensis, pris comme modèle
ici, représente le plus fidèlement la rédaction primitive.
Au lieu d'une hiérarchie traditionnelle et d'un inventaire
authentique, le rédacteur ne nous livre cependant qu'une image
très stylisée. A partir du hiéromnèmân se constituent des groupes
qui n'ont aucun rapport ni avec les listes synodales connues, ni
avec les notices antérieures A, C, E, F, H, dont certaines sont
sans doute contemporaines de G. L'intention manifeste du
rédacteur, après avoir pris la pentade comme unité de compte,
est d'aboutir à un total harmonieux, troublé quand même par
l'existence de l'hexade initiale. J'avais pensé tout d'abord que le
groupe primitif des exôkatakoiloi avait servi d'amorce pour le
classement progressif de cinq en cinq 2 ; en réalité les pentades se
sont formées après l'apparition de l'hexade, c'est-à-dire après la
promotion du prôtekdikos. C'est un autre élément qui doit jouer
le rôle de catalyseur : le groupe moyen, la première pentade de

(extrait cité, p. 575), le Daloped. 7;>4, f. 202, donnl~ pour titre à sa copie: ,oc... ocpcp(x~cx
... XiXOÙJÇ e:up(crxOV'riX~ crl]!J.e:pov, 1tÀ~v 'wv 7jcr,Épov (= uO'dpwv), dcrt 'iXUTCX. Voir
aussi la note du Geneu. 23, citée p. 564. On ne sait pas, en efTet, si vüv, o~!J.e:pov, ()crTe:POV
viennent de l'auteur ou du copiste, ni cc qu'ils signifient exactement au moment
de l'écriture.
(1) Copiés séparément il la suite du texte Monacensis, p. 549-550.
(2) En efTet, Balsamon souligne la valeur symbolique du nombre cinq des logo-
thésia : PG, 138, 1037 D. Vans ce passage, l'allusion il la tête de l'Église, représentée
par le patriarche, évoque l'image des cinq sens, utilisêe aussi pour justifier la place
des cinq patriarches par rapport à la tête, le Christ; ces cinq n'ont pas de tête visible
et se rattachent il une tête spirituelle: PG, 138, 1016 (;-D, 10~0 D. Il est évident
que la création d'un sixieme exôkatakoilos, qui devient le sixieme doigt de la main,
trouble le symbolisme: voir le texte de Georges Tornikcs, p. 577-579. Il est curieux
que eetLe numération soit restée étrangère aux listes auliques j voir ci-dessus, p. 126
(et n. 6).
206 THADITION ET CO;\TENU DES J.fSTES D'OFFICES

la noLice G (ï protonotaire-Il hypomnèmatographe), semble


acquérir son autonomie et sa stahilitô aH cours du XIIIe sièe1f'.
Il faudrait, pour s'en assurer, disposer d'un nombre de mentions
au moins égal à celles du XIVe siècle l ; la fréquence et la répartition
des trois qualificatifs "t'LfJ.LW't"iX.'t"OÇ, 6e:OcpLÀÉcr"t'iX."t'Oç, zv";cfLo't"œ;oç, qui
indiquent Lrois classes principales, nous fourniraient un indice
probant de leur consistance dès la seconde moitié du XIIIe siècle.
Quel que soit le point de départ de cet exercice de style, les groupes
qui suivent le hiéromnèmôn subissent tout l'effort de stylisation.
Rien de plus artificiel que la réunion des cinq bd et des cinq
&pX<.ùv : les rangs sont bien alignés et font très bel effet pour l' œil
et la mémoire, mais ces archontes n'ont jamais siégé ni défilé
dans cet ordre. Ce classement forcé de la troisième et quatrième
pentade conduit d'ailleurs le rédacteur à déplacer quelques titres,
dont nous savons fort bien que leur nouveau rang ne leur convient
pas. L'ostiarios est quinzième; le rang est valable au XIIe siècle,
non au XIIIe. En effet, dans les listes, à commencer par Jean de
Ki tros, il est vers la queue; en 1274-1277, ils ont une place équi-
valente, juste avant le collège des notaires z. Le noumodotès est
seizième; or c'est un prêtre pratiquement inconnu dans les
actes qui ne figure jamais en synode. En raison de leur incipit
en <Xpxwv, l'archonte phôtôn et antiminsiou passent carrément dans
les offices diaconaux; le premier est prêtre chez Jean de Kitros
et liste D ; le second probablement aussi, car je ne pense pas que
la définition donnée par G puisse convenir à un diacre 3 • Enfin
on ne comprend pas pourquoi le primicier des notaires ne figure
pas au nombre des archontes proprement dits; victime de son
système de numération, le rédacteur est conduit à éliminer cet
archonte authentique, parce qu'il serait ohligé de former une
nouvelle pentade avec des noms de charges presbytérales et
mIneures.
Le sens des notes qui terminent la notice varie d'un rédacteur
à l'autre. La première partie concerne les didascales ; M onac. et
Vatic. diffèrent en cet endroit du Mosq. Celui-ci néglige la référence
à la réforme attribuée à Alexis 1er au sujet des trois premiers

(1) Voir p. 123-1'27,


(2) Listes, p. 115 (Lableau).
(3) A moins de comprendre que cette fonction esl analogue il celle du hiéromnèm6n,
qui participe aux ordinalions el aux consécralions d'églises. Mais on sail aussi que les
évêques, au dire de Jean de Kitros, nommaient un prêLre à ce poste; peul-être devait-il,
comme l'alt(~sLe K 12, procéder lui-même à la <1 dédicace v, et de même l'archonte
des antiminsia, aux consécrations de la nappe, en remplncement de l'évêCJue. Cette
fonction plus élevée conviendrail donc plutôt à un prêtre.
NOTICE G 207

archontes; il sayait certainement qu'elle n'est pas cxacle 1 . Parlant


uniquement des trois dirlascales, il propose en effet une explication
qui trouve quelque appui dans la novelle de 1107 d'Alexis 1er :
d'après eet acte, les didascales forment un degré hiérarchiqup
(~<xefL6ç) distinct et, de là, accèdent à l'archontat, ou au sacerdoce
et à l'épiscopat. Cependant la note ajoute quelque chose à la
novelie et ne correspond plus à l'usage du XIIe siècle, durant
lequel, en synode, les didascales s'intercalent parmi les archontes.
La réfiexion du l\!Iosq. signifie que l'usage a changé : on choisit
comme didascale l'un des archontes en fonction, qui garde le
rang de sa fonction première et prend en cumul une fonction
didascaliqup. Cependant nous nc-l trouvons pas trace, à une époque
déterminée, d'une titulature qui manifeste concrètement ce
cumul 2 • Les variantes des diverses listes donnent plutôt l'impression
que durant toute la première moitié du XIIIe siècle le recrutement
des didascales fut irrégulier. Jean de Kitros les omet, peut-être
pour la même raison que G, parce qu'ils n'avaient pas de rang
propre. La liste D nomme les trois, mettant au plurielles didascales
de l'Évangile (D 21-23). La notice F place assez haut le didascale
de l'Évangile (F 14), mais prévoit qu'il peut être incapable de
prêcher, ce qui est hien paradoxal; à la suite elle inscrit deux
didascales du Psautier (F 23). La notice H ne connaît que le
didascale de l'Évangile (II 15), confondu avec l'archonte de
l'Évangile, qui se tient près de l'ambon 3. La notice G, qui souligne
la dépréciation des didascales, insiste au contraire sur le rôle du
rhéteur; même en admettant que son rang élevé n'est dû qu'à
un remaniement stylistique de la liste, il faut reconnaître que sa
définition est traditionnelle. Bien que le rhéteur ait été rétabli
sous Germain III, je doute fort qu'il ait rempli régulièrement à
partir de là l'obligation de haranguer l'empereur une fois par an
(Monac. Valic. 14) ou à la Nativité et à Pâques (Mosq. 14); la
précision du A1osq. n'est peut-être qu'un leurre, puisque le rhéteur
du XIIe siècle haranguait l'empereur à l'Épiphanie, et le patriarche,
le samedi de Lazare, avant les Rameaux. Si la définition du
rhéteur n'est pas une simple réminiscence d'érudiU, sa place du
moins contraste avec le renvoi en note des didascales.

(1) D'après les histori('ns, la réforme commence sous Isaac 1 ct concerne seulement
dcux archonles j voir p. 51-52.
(2) Des indices de cumul didllscales-notaires apparaissent sans doute en 1193:
voir p. 75, n. 3.
(3) Lire sa définition, p. 55Z; comparer G 24, p. 549.
(4) L'éventualité n'est pas exclue, élant donné que ùes notices postérieures perdent
de vue celle fonction d'apparat; voir 1 23, ~ 21, 0 18. On ne connaît guère que
quelques discours et poésies d'Holobôlos, à la fin du XIIIe siècle; voir p. Ill, n. 2.
208 THADITION ET CONTENU DES LfSTES n'OFFICES

Grâce à leur appendice, Vatic. et Alosq. ramènenL la notice G


à une conception normale dr leur époque. Le fonds commun des
vingt-six archontes comprend déjà des titres que l'on ne considère
pas comme rXPxov"[X\<Y., mais la division en classes, obscurcie par
la division en pentades, se maintient encore. Il est illogique de
parler de première hexade, s'il n'y a pas de seconde; le rédacteur
tourne la difficulté, semble-t-il, par l'inversion du numéral: éçriç
7tpW7YjI, sans article, détache réellement cette hexade qui est en
tête, première et supérieure, de la série des quatre pentades qui
comprennent les inférieurs; c'est ainsi que la liste J, sans employer
éçci.ç, marquera également une séparation de classe. La division
est moins nette que chez Jean de Kitros, mais elle subsiste toujours
entre les exôkatakoiloi (voir G 6) et le reste des archontes. En
finale, Mosq. reconstitue à sa façon, et de manière plus méthodique
que Valic., le groupe du clergé de Sainte-Sophie, ou des offices
liturgiques de prêtres et de clercs qui tendent partout à s'adjoindre
aux archontes. Remarquons seulement que cette hiérarchie est
très bien ordonnée dans Mosq., car la plupart des notices hésitent
à introduire l'archidiacre à cette place, entre le deutéreuôn du
protopapas et le sien. La raison en est, je crois, que l'on était
habitué à voir un archonte supérieur, chartophylax ou autre,
cumuler le titre d'archidiacre; ainsi dans l'opinion commune il
passait pour être moins confiné dans son office liturgique que le
protopapas. Dans le groupe des clercs, se distinguent deux
catégories, l'une liturgique (Mosq. 36-40), l'autre rattachée au
service général de police ecclésiastique, avec les épiskopeianoi en
tête; la notice pl imite certainement cette partie.
Au sujet des définitions je me contenterai d'une remarque
générale à partir de quelques expressions propres à la notice G.
Les rédacteurs ont recherché le plus souvent la précision technique.
Le recours à l'étymologie et au verbalisme est exceptionnel; du
point de vue juridique, cette notice, surtout dans la recension du
lWosquensis, est de loin la meilleure source. Une seule fois, elle
tombe dans le lieu commun : le sacellaire, dit-on, surveille les
sacelles sacrées, c'est-à-dire les monastères de femmes; ou bien,
selon Mosq. les sacelles sont les maisons de communautés, x(Y.eoÀ~xoc
ocr7t1rnoc; cela me parait un pur effet de rhétorique 2 • Au contraire,
la définition du noumodotès, l'unique que nous ayons, est tr~s
typique: scIon Monac. et Vatic. il distribue l'argent provenant de
l'aèr et des revenus aux clercs et aux pauvres; selon Mosq. il fait
la répartition des honoraires aux clercs, quand l'exige le diarion.

(1) Expression plus admissible que ~ 1tpWTTJ ~1;a.ç de la notice ~.


(2) Voir p. 322.
NOTICE H 209

Ces affirmalions demandent d'êLre contrôlées par des actes courants,


puisqu'une variante existe et suggère une pvolution de date
indéterminée; néanmoins les termes techniques posent la définition
dans un r.ontcxtc ri'el dont il faut toujours ('ssayer d'atteindre le
sens 1 .
Peu copiée, la notice G n'est pas restée lettre morte. Elle est
la source principale de la liste L, la plus répandue au XIVe siècle,
grâce surtout aux manuels de Blastarès et Harménopoulos, ct qui
emprunte la division en pentades. La notice N s'en détache
partiellement, mais conserve encore les structures essentielles de G.
Mises à part des notices plus originales, comme H, ou aberrantes,
comme K, nous constaterons que la notice G, directement ou
indirectement, influence toute la tradition postérieure; il est
dommage pour l'histoire qu'ellc n'ait pas été éditée dès les débuts.

S. NOTICE H

La notice a été éditée par Rhallès 2, mais les divergences assez


graves avec un manuscrit plus ancien nous obligent à reviser le
texte.
Manuscrits Trois manuscrits sont connus : Coislinianlls
et tradItion 364, Athon. Laura K 194 ct Alheniensis 1372,
du texte. cc dernier modèle de l'édition Rhallès.
Alheniensis B. N. 1372, ou codex r de Rhallès-PotIès, selon
l'identification proposée dans le catalogue 3 • Les éditeurs du
Syntagma considèrent cette copie comme l'équivalent du nomo-
canon de Trébizonde; mais par endroits la citation du codex r
s'accompagne de références contraires, concernant les suppléments
ajoutés par le copiste ou le possesseur du manuscrit; ils ont recueilli
ailleurs diverses pièces, dont la notice, qui ne figure pas certaine-
ment dans lc modèle principal. La provenance exacte reste
Inconnue.

(1) Peut-être crt officier intervenait-il au momrnt de la roga dont parle déjà le
typicon Dresdensis, cité p. 47 (roga du Samedi Saint). A la même époque, on trouve
aussi dcs balanlades, qui ont peut-être quclque chose à voir avec unc trésorerie: voir
p. 49, n. 3. Mais pourquoi le noumodotès, selon Jean de Kitros, doit-il être prêtre
ct quel rapport a-l-il avec l'économe? !\ous cherchons sans doute tous ces rapports
logiques d'apr6s nos concrptions modernes ct parce que nous ignorons les états
successifs du personnel, qui évohlc par les noms ct par les fonctions d'une époque il
l'aulre.
(2) HHALLÈs-PorLi-:s, Synlagma, 5, 534-53t.l.
(3) J. et A. SAKELLlON, KlXTtXÀOY0C; T&V Xe:~poyptXepwv T7jç 'Eev~l<7iç BLÔÀ~Oe~l<'lJç
T7jç 'EÀÀtX8oC;, Alhènes, 1892, p. 249; cf. Synlagma, l, p. (10) de la pr6face.
210 TRADITION ET CONTENU DES LISTES D'OFFICES

Athon. Laura K 194, xv e siècle (catalogue), XVIe (Beneseviè 1 ).


La présence de la notice n'est connllr que par le témoignage dl'
Beneseviè ; il donne l'incipit et renvoie à l'édition du Synlagma.
Coislinianus 364, copié en 1295. La Jate vaut pour Lout le
recueil canonique jusqu'au colophon, f. 38Ü v . La notice est copiée
à la suite, de seconde main; l'écriture semble plus voisine de celles
de la fin du XIVe siècle que du début, mais elle n'appartien~ pas
à un scribe de profession: cela peut faire varier l'appréciation de
date. Il suffit de savoir avec certitude que c'est au moins la copie
la plus ancienne.
Si le nomocanon de Trébizonde, daté de 1311, avait contenu
réellement la notice 2, la date serait fort importante; il resterait
alors à expliquer la dégradation du texte, qu'on ne pourrait
attribuer uniquement au copiste de l'Alheniensis. Le texte édité
omet en effet un passage important sur le sacellaire, puis la
définition de 7 : protonotaire; l'épi eutaxias (27 Coisl.) prend la
place de l'épi ka tastaseôs, avec lequel le XIVe siècle ne faisait pas
de confusion. D'ailleurs les permutations de rang entre Coislin et
Alheniensis (que je suppose identique à l'édition) s'expliquent fort
bien par le tableau suivant :
lexte H
.A
ordre de ~ Coisl. Athen. -~ ordre Jean de Kitros
C K
7 7 canslrisios hypomnè. 2
8 8 référendaire logolh. 3
9 9 logolhèle canstris. 4
10 10 hypomnèmatographe hiéromn. J
Il 12 hiéromnèmon rêter. 6
13 13 épi gonatôn épi gon. 7

L'Alheniensis, ou l'éditeur, retouche le texte de façon à retrouver


l'ordre des archontes établi par Jean de Kitros. Des fautes com-
munes et des variantes caractéristiques nous indiquent que la
copie la plus ancienne contient déjà des erreurs, inacceptables

(1) VI. BENE~EVI(:, EtS1)Ge:LÇ (supra, p. 183, n. 3), p. 70.


(2) Nous savons que des tex les ne proviennent pas de l'archéLype de l'Alheniensis
ou codex r. Dans le tome 5 du Synlagma nous lisons: p. 138 (nole 1), l'acle palriarcal
est extrait du cfJdix, regislre de la métropole d'Héraclée; p. 326 (note 1), trois actes
extraits du cfJdix, registre de la métropole de Cyzique (ci-dessus, p. 109, n. 3) ; p. 497
(note 1) eklhésis de Nil, de provenance indéterminée, mais absente du ms. de
Trébizonde; p. [;73 (note 1), entalma exLrait d'un ms. du Mélochioll du Saint-Sepulcre
(Islanbul) et qui n'esl peut-être pas dans Alheniensis 1372. Malgré ces indications très
précieuses, les Mileurs n'onl pas le souci d'établir la valeur de la source qui leur fournil
les textes.
NOTICE H 211

ans la rédaction originale; il Y a entre les deux un ou plusieurs


lt('rmédiaires. Cp. tableau nous suffit pour éliminrr l'édition; reste
savoir si le manuscrit de l'Athos est plus instructif et non revisé.

Même SI le texte original n'avait pas la


Nombre et ordre numération continue de la copie, il est certain
des offices.
que cette notice ignore le système des pentades.
et indice est signe Q'archaïsme relatif, de même sans doute que
. place du logothète 1 , qui fait ranger H aux côtés de A C K.
[ais c'est surtout dans la partie inférieure, au-dessous du hiérom-
èmôn, que nous allons trouver un parallélisme intéressanP entre
. et K.


---~ (~ariS~I~~I)._--~ ~~~~~~~~~--I II (Cois/. 361)
.. · ..- - - - - 1
1
i

----------------,----------------
12 hiéromnemôn -~. 1
12 id.
13 épi gonatôn 13 id.
14 hypomimneskôn + 1 11 id.
15 didascale + 1~ id.
15 a ostiarioi o
15 h lampadarioi -'- 16 lampadarioi
Hi c grand archidiacrc 17 archid. et deutér.
ct deutéreuôn
16 protopapas 18 prolopapas
17 deutéreuôn o
18 exarchos + 19 exarchos
19 archonte églises + 20 archonte églises
20 catéchète -i- 21 catéchèlc
21 périodcutc o
22 boutistès o
23 12 ekdikoi :(;1'. /1. 7 : 4 ekdikoi)
24 domestikoi 23 deux dorneslikoi
25 laosynaktai 24 deux laosynaktai
26 primikèrioi o
27 prôtopsaltès '1- 22 prOtopsaltai
28 prôximos T 25 prOximoi
29 dépota los 28 dépota toi
30 theoroi o
31 épi eutaxias 27 hypo eutaxias
32 dékanos o
33 ka togyrial'rs o o '2!i charLOlllarioi

(1) Voir le tableau, p. 191.


(2) Les noms communs sont marqués +, les noms particuliers à chacun O. La partie
périeure (1-11, économe-hypomnémalogrnphe) est stable dans la plupart des listes
noticcs, depuis le xe siècle; c'est un trait stylistique qui différencie les notices
clésiastiques de celles du Palais; sous le stylc, apparaH aussi une différence de
nception et d'évolution.
212 THADITION ET CONTENlJ DES USTES n'OFFICES

Une correspondance aussi étendue ne peut être fortuite; sC'ize'


noms paraisse'nt r.ommuns (marqups+) : av('c la scull' difTércncC' rln
pluriel dans H 25 et 28, l'ordre est le même jusqu'au catéchète
(H 21) ; ensuite je transpose les numéros de II en faee du titre
correspondant de K. Huit noms sont différents, mais nous verrons
que la plupart sont particuliers à K et ne sont pas des titres
d'archontes byzantins: H n'est pas responsable de leur omission.
Le point le plus significatif sc trouve à la jonction des archontes
proprement dits et des membres du clergé par l'intermédiaire de
l'archidiacre. Le groupe K 15 a-c constitue, dans cette notice, une
enclave propre à la seconde partiel: ces noms ne paraissent pas
dans la liste initiale, mais la note ajoutée par le rédacteur s'inspire
nettement de la réponse de Jean de Kitros sur l'archidiacre. La
notice H au contraire, plus personnelle, ne fait aucun emprunt
littéral. Dans les deux notices, les lampadarioi précèdent l'archi-
diacre; pourquoi H omet-il, au-dessus, les ostiaires ? Si nous nous
en tenons aux modèles du début du XIIIe siècle, la mention des
osliarioi est normale à la fin des offices diaconaux; c'est là que les
placent C 16, D 24 (moins nettement), E 19, F 22 (moins nettement),
à l'exemple de Jean de Kitros. Mais les définitions des lampadarioi
H 16 et K 15 b sont à peu près identiques. Si nous comparons
ensuite la définition des ostiaires K 15 a avéc celle d'une notice
bien byzantine G 15, il appert que la définition de K est locale,
particulariste ct sans rapport avec les usages byzantins : les
ostiaires peuvent escorter le prélat en portant des flambeaux, non
la croix et le bâton (pastoral). Ainsi H mentionne réellement les
ostiaires sous un autre nom 2 ; K accepte les deux noms et en fait
deux charges distinctes. En cet endroit, comme les notices sont
indépendantes l'une de l'autre, un contact indirect, par source
commune, a dû se produire; aucune autre liste ne mentionne les
lampadarioi avant le xv e siècle.
La notice H est la seule qui se préoccupe de
DéfiJÙtlODS men t'lOnner 1es l'lens d e su bd'
d'offices. or Ina t'IOn en t re
divers archontes ; aucune du moins n'a étendu sa curiosité
3

jusqu'au dernier niveau, sauf la notice K qui pousse elle aussi les

(1) Il faut évidemment se reporter à l'analyse de la notice K, où je précise la place


du Parisinus 1391 (recension KI) dans la tradition interne ùe celte notice de Chypre.
(2) Le terme est courant dans les offices auliques: Trailé des offices, éd. Verpeaux,
7 mentions (index, p. 395), eL deux dans des listes. On remarque que les osLiaires du
xe si6cle sont très dispersés: un avec le chartophylax (voir p. 47), des ostiaires du Saint-
Puits (De Ger. II, 55; voir p. 49). Les derniers reçoivent une rétribution pour frais
de luminaire: ils se tenaient à l'endroit où, souvent, patriarche et empereur se joignaienL
et se séparaient à l'occasion des cérémonies.
(3) Je me réfère aux notices déjà examinées, surLout F et G.
NOTICE H 213

définitions jusqu'au bout. Cn seul exemple, pris parmi les officiers


suprrirurs, suffira à prouypr que les deux sont bien indépendantes
dans leurs définitions.
La notice 11 déyploppp, la définition clu sacellairc, en ajoutanL,
par exemple, la mention de l'archonLe des monastères comme
subordonné; pour le fond, elle conçoit la juridiction du sacellaire
sur les monastères de femmes à la manière desnoticesdel'époque: P,
G, J. Dans la définiLion du sakelliou, elle suit la même tradition,
d'après laquelle nous corrigeons X/."1)pLX<7Jv hXÀ"1)m<7Jv, faute commune
des copies pour xIX6oÀLXW J h., qui sc reproduit à propos de l'archonte
1

des églises : H 20; mais là nous avons en plus une erreur de


rédaction 1 ; le grand sacellaire ne commande pas en même temps
il l'archonte des monastères el à l'archonte des églises; celui-ci
doit passer sous les ordres du sakelliou : cf. N 23. La notice K
au contraire retienL l'ancienne définition du sacellaire, mais reporte
sur le sakelliou la juridiction sur les monastères de femmcs,
souvenir peut-être de l'étymologie proposée dans la notice G :
o"IXxeMIX[-fLoVIXo"'t"~pLIX; enfin, elle ne connaît que l'archonte des
églises, dont les attributions se mêlent avec celles de l'archonte des
monastères et celui de l'antiminsion. Malgré ses erreurs, la notice H
reste plus proche des réalités byzantines.
Le rédacteur de la notice H aime les détails concrets et même
pittoresques. Pour lui l'épi gonatôn ne se contente pas de porter
l'épigonation du patriarche; quand celui-ci veut monter à cheval,
il l'aide en lui prenant le pied et en le posant sur son propre genou
(H 13 : je pense que ce doit être le sens exact). A propos du
hiéromnèmôn il cite un terme très rare, si la correction de XIXt
't"a 't"6PLIX en XIXt 't"tX. XL't"IX'T6pLIX est vraiment la seule possible; l'emploi
du terme dans l'Euchologe de 1027 nous apprend en effet que le
kitatorioIl-citatorium est un billcL d'ordination, le billet écrit
pour le célébrant qui proclame l'élu~. L'insigne ou l'instrument
de fonction que porte l'épi t. eutaxias donne lieu encore à une
variante pour un hapax : XIXPX.IX~rXVIX est sans doute préférable il
XIXp~cX\l1X de l'édition 3 • L'emploi de ces termes techniques par un
rédacteur dont le style rude est parfois incorrect nous le fait
considérer comme un témoin valable qui a observé et retenu

(1) D'après l'erreur commise en F 17, archonte des mOllastères el des églises, il
fauL envisager, à un moment de la tradition ues textes, un saut uu même au même,
ou une omission semblable à celle qui se produit dans le texte édilé par Goal' : PG,
];)7,129 A (Codinus: Bonn, 115); voir ci-dessus, p. 1!17.
(2) Voir p. 149.
(3) J'ignore l'origine elle sens du mol: il doit signifier l'instrument l'épI ou stylisé
de la eharge; les mols lurcs ne sonl pas rares dans le Pscudo-Kodinos.
214 THADITION ET COI'TENU DES LISTES n'OFFICES

beaucoup de détails; tous ne sont pas contrôlables, mais la précision


inspire confianr,r. Je relève quelque~ définitions d'offices secon-
daires :
15 : un seul didascalc est mentionné; l'office consiste à enseigner
l'f:vangile, à le prêcher sans doute il l'églj~(' ; comme G 24, il faiL
office d'archonte de l'Évangile.
18 : le protopapas a son rang propre, de droit, lm vertu de son
rang d'ordination et ne reçoit aucune autre dignilé (d'archonte).
19 : l'exarque enquête sur les fautes des prêtres et même des
évêques et fait rapport au chartophylax 1 . Au XIIIe siècle, l'exarque
le plus connu est celui des monastères: son mandaL ne lui donne
aucune juridiction sur les prêtres, encore moins sur les évêques,
sinon indirectement, dans la mesure où les intérêts des couvents
sont en jeu. D'autre part, il est peu probable que l'auteur fasse
allusion aux exarques institués par Kallistos l, entre 1352 et
1357 2 : celui-ci n'admettait pas d'intermédiaire entre ses exarques
et lui; leur juridiction, limitée aux paroisses de CP, ne s'étendait
pas à la surveillance des évêques. Généralement aussi, soit du
temps de Balsamon, soit du temps du patriarche Matthieu, qui
parlent des épiskopeianoi ex professo, le chartophylax n'agissait
qu'avec ces auxiliaires pour redresser les fautes spirituelles. Mise
à part cette intervention du chartophylax, normale mais variable
selon les patriarcats, nous rencontrons de ces exarques exception-
nels, munis d'un mandat temporaire en vue d'une enquête
déterminée: en 1372, le sakelliou Jean Toxotènos, envoyé comme
exarque, fait une enquête sur les agissements d'un prêtre 3 ; en 1348,
Georges Perdikès, épi sékrétou, est chargé d'enquête auprès du
métropolite de Bizyé 4 • Le rédacteur fait allusion certainement ici
à ces envoyés spéciaux: le titre d'exarque ne désigne pas, dans
ce cas, une charge permanente confiée à un personnage déterminé,
mais une mission temporaire que peuvent accomplir divers
archontes.
22-25 : dans ces paragraphes le rédacteur définit les rapports
entre des employés d'église que les autres notices se contentent
d'énumérer. Au sommet deux domestikoi, qui prennent leur service
par semaineS; ils ont la haute main sur le service du chant et de
l'ordre intérieur. Au-dessous d'eux, les laosynactes, au nombre de

(1) Comparer la dcflnition K 18, proche et différente.


(2) Voir p. 127-131.
(3) MM, J, 592 (no 329).
(4) MM, l, 285 (nO 128).
(5) Ils sont deux, ou quatre, déjà dans le ]Clèlorologion, voir p. 32, n. 3.
NOTICE H 215

ùeux, qui prennent sans doute aussi un tour de semaine, exercent


des fonctions semblables, car ils commandent ks protopsaltes et
les proximoi ; ces ùerniers paraissent réduits il. maintenir l'ordre.
On citr. deux fois les diacres de l'extérieur, g~<.ùfkvl ùw:xovouç
(23, 25) ; l'extérieur n'a pas ici la même extension qu'au n. Hl,
où les prêtrl's g~(ùee:v sont plus indéterminés : comme il s'agit de
régler les tours de chant et le service liturgique de l'église, ces
diacres extérieurs doivent être ries clercs non aiTectés au service
régulier; ils ont une charge au dehors et l'on fait appel à eux en
cas de besoin.
26 : soixante chartoularioi. Le rédacteur ne veut pas dire que
ce sont des archontes; il se montre beaucoup plus précis que N,
dont la mention (44 : 0 XiXpTouMp~oç) devrait signifier que le titre
est propre à un seul. Après Justinien et Héraclius, les documents
impériaux ne citent plus de total des effectifs du clergé de Sainte-
Sophie. Dans un de ses discours, Eustathe de Thessalonique parle
d'un service diaconal réparti sur six dizaines de desservants 2 ;
mais il ne parle pas des chartoularioi, qui étaient répartis entre
les quatre grands bureaux, de l'économe au sakelliou, le charto-
phylax ayant sous ses ordres des notaires. Pour quelqu'un d'assez
bien renseigné sur les institutions, même si le nombre de soixante
paraît exagéré à partir du XIIIe siècle, il signifiait au moins
l'importance numérique des chartoularioi.
27 : épi t. hiéras eutaxias 3 . Cet employé du service d'ordre
risque d'être confondu avec l'épi t. hiéras katastaseôs; c'est ce
que fait précisément le copiste de l'Alheniensis, en reclassant
beaucoup plus haut l'épi eutaxias. La différence entre les deux
nous est indiquée par liste D 15, où le rédacteur précise que l'épi
katastasêos officie È.VTOÇ TO\) ~~f1.iXTOÇ : dans le sanctuaire; l'épi
eutaxias, au contraire, exerce surtout son emploi au tribunal, c'est-
à-dire dans les réunions synodales et au palais patriarcal. L'emploi
est commun ou collégial, car vers le milieu du xv e siècle, e:ÙTiX~tiXÇ
devient substantif, au point que l'on parlera de oL EÙTiX~~cX8e:ç4.
28 : dépotatos. On n'a pas déterminé encore, me semble-t-il, à
quelle date l'empereur commence à se parer de cet humble titre,
cité par Cantacuzène et le Pseudo-Kodinos 5 ; il est possible que

(1) L'adverbe est utilisée dans un sens un peu dilTérenl par la notice K (15 a) ;
voir p. 232.
(2) Discours édilé par P. WIRTlI, Byzan/ion, 36 \19(6), 262-282, el nole dans Ryz.
Forsch. '2 (1967), p. 380-382; le LexLe demande un serieux eITort d'inLerprétalion.
(3) Cet employé porle un XIXPXIX~<iVIX :nute 3, p. 213).
(4) Dans les textes plutôt modernes; par exemple la notice de BatupedirlUs 754,
f. 204 ; les eulaxiades voisinent avec Èrt'7)fLépWL; voil' p. 293.
(5) Le Traité des offices cile en cel endroit Cantacuzène; éd. Verpeaux, p. 264,8-12.
216 THADITION ET CO:\-TENU DES LISTES D'OFFICES

le salaire double fut accordé au titre par la même occasion. Le


titulaire n'était eprtainemcnt pas uniqup pour (;plll' charge
commune.
L'auteur, persuadé comme tous ks autres qu'il a exposé Ir
règlement traditionnel, conclut son exposé en recommandant à
tous les évêques de s'y conformer. Cela pourrait signifier que
l'auteur, malgré les allusions au patriarche et à la hiérarchie des
offices de la Grande Église, vise principalement les métropoles;
mais sa hiérarchie assez réduite peut aussi appartenir à une période
du patriarcat de Nicée. La fixation d'une date précise se heurte
à plusieurs inconnues. Le rapport avec la notice J( n'est pas
direct et la notice H n'est pas plus fidèle peut-être à une source
commune que la notice K. D'autre part, plus les définitions
deviennent concrètes, plus aussi nous sommes embarrassés lorsque
les détails ne peuvent être rattachés à une mention extérieure qui
les corrobore; parmi les exemples que j'ai cités, les renseignements
concernant l'exarque et le dépotatos trouvent confirmation très
nette au XIVe siècle, mais nous ne savons pas jusqu'où l'on peut
remonter exactement. Néanmoins l'ordre des officiers principaux,
où le logothète garde son rang archaïque, et leur nombre réduit
à seize et clos par les lampadarioi (= ostiarioi) nous invitent à
placer cette notice dans la première moitié du XIIIe siècle; il est
possible que le texte primitif ait subi quelques remaniements, mais
ils ne semblent pas provenir d'une contamination avec une notice
postérieure. Dans ces conditions, la notice H, moins conventionnelle
et plus concrète que la plupart des autres, reste un hon témoin
du XIIIe siècle.

0. NOTICE 1

Le texte m'est parvenu seulement après rédaction générale de


cette étude; j'avais inscrit le manuscrit parmi ceux qui restaient
à examiner ct qui avaient une chance de contenir une notice peu
commune 1 : je m'étais fondé sur la remarque du catalogue que
la notice est anonyme et sur le fait que Papadopoulos-Kerameus,
très au courant de la littérature ecclésiastique, n'avait pas repéré
l'édition. L'étude de cette recension me permet de vérifier que
l'ensemble des spécimens, présentés ici dans l'ordre approximatif
de leur apparition, fournit des critères valables pour le classement
d'une copie nouvelle : celle-ci s'insère dans le schéma général de
la tradition ct ne bouleverse pas les rapports déjà définis.

(1) Voir p. 290.


NOTICE l 217

Le manuscrit qui contient la notice est unique


Manuscrit et état d' t . ..
du texte. en son genre: au l'es ouvrages JUrIdiques
contiennent des notices; aucun encore ne joint
la notice à la Synopsis major, comme le Hierosolymilanus S. Sabae
121 1 . A vrai dire, la notice se trouve dans un supplément peu
juridique, parmi d'autres textes ajoutés à la fin, après le f. 199v ,
colophon du livre principal : 't'éÀoc; TOU 7tC<pov"':"OC; ~~oÀ[ou. Jusqu'au
f. 219 r , une main assez proche, je n'ose dire la même, a copié
des œuvres antilatines du moine Hiérothéos 2, des fragments
médicaux qui rappellent l'œuvre de Blemmydès 3 • Ainsi, bien que
la copie soit du XIVe siècle, d'après le catalogue, il y a un indice
que le supplément vient du XIIIe siècle : c'est un trait commun
à d'autres copies de notices, en particulier F et G ; pour la notice C,
nous voyons que 1(; contexte nous guide également vers la date
d'origine du texte. L'écriture difTère un peu plus, aux fI. 219 v-220 v ,
place de la notice, de celle du corps du livre; néanmoins le texte
ne semble pas composé par le scribe, mais copié sur un modèle,
comme les œuvres supplémentaires.
Le coin des folios est coupé à l'extérieur: il nous manque des
parties de défmition et même des définitions entières (pentas 5,
n. 3). Avant le f. 199, la moyenne régulière des lignes est 29 ;
entre 200 et 219, elle est de 30-31 ; dans 119 v-220 v nous avons
26, 26, 27 lignes : le sommet a dû être coupé. Dans le premier
folio, le titre n'a pas souffert par le haut", mais, au folio suivant
recto, la définition du sakelliou perd une ou deux lignes, qui
doivent correspondre, au verso, à la définition d'un archonte
disparu, probablement le didascale. La numération a aussi un peu
souffert de la détérioration du manuscrit; les parties qui subsistent
permettent de reconstituer sans aucune hésitation les éléments
disparus ou peu visibles sur microfilm. Il suffit d'ailleurs, pour
l'estimation de la copie, de connaître le mode de numération du
premier groupe qui est 7tEV'r&C; rx' et de voir que la numération

(1) A. PAPAOOPOULOS-KERAMEUS, 'Ie:poo"oÀUl-'-t't'tx1) Bd)Àtoe~KY), II, 201-203.


(2) De la fin du XlII" siècle: H. G. l3ECK, Kirche und theologische Litera/ur, p. 67\).
(3) D'après l'auteur du catalogue, le texte médical est de Maxime Planoudès;
c'est possible. Blemmydés a composè lui aussi, en forme d'hymnes ecclésiastiques, des
poésies sur le diagnostic d'aprés la coloration des urines in vitro. La composition du
texte ne doit pas être attribuée au copiste lui-même; en reproduisant un modèle
antérieur, il commet au moins deux fautes: KEÀe:UEtV pour KÀ(VEtV dans la nolice
du chartophylax, ÈKcpWV~o"o.:o"t pour ÉKlflWV~O"OU(jt au na 'lI.
(4) "lais après la première ligne (rubriquée ?), il semble qlle le titre continue;
je lis ... 't'w ou ... cr't'W; Ull mol au datif ne me dit rien. On pourrait songer à 1:1 finale
du litre de notice F, qui a parfois o.:ù't'wv j l'indice serait très intéressant, mais, pour
cette raison même, la restilution ne sera proposée qu'avec réserve. Voir aussi le titre
de la liste M, p. 565.
218 TRADITlON ET CONTENU DES LISTES D'OFFICES

quinaire des archontes est en marge. L'analyse des définitions


donnera la raison des principales restitutions, c'est-à-dire de toutps
les parties entre crochets 1 • Le plus gênant, par comparaison aux
autres notices, ('st la mutilation finalp. C'pst la rartip où s'('xprime
le plus souvent l'originalité relati\"c du rédacteur et aussi la concep-
tion des limites de la hiérarchie archontalc. On ne peut jamais
reconstituer cette partie par conjecture, surtout lorsque déjà la
partie conservée atteste que le rédacteur ne s'astreint pas à suivre
l'ordre d'une autre liste. La critique s'('xercera donc sur les
caractères internes de la rédaction.

Partons des traits les plus cxtérieurs, par


Ordre et nombre.
rapport aux deux notices principales du
XIIIe siècle (seconde moitié), celles qui ont eu le plus d'influence
par la suite; F et G. Il est exclu en effet, par le rang du prôtekdikos,
qu'il faille remonter plus haut. D'une part, la notice admet la
numération en pentades, que la recension originale de F ignore,
et d'autre part elle n'admct pas le classement artificiel des È:7tL
et des &px,wv introduit par G ; de plus, G nomme le premier groupe
è~cXç, mot qu'un rédacteur averti n'aurait pas manqué de conserver
s'il avait connu cette trouvaille. La nouvelle notice, de ce point
de vue, est donc indépendante de G et hostile peut-être à son mode
de classement. Avec F, au contraire nous avons une concordance
sur plusieurs points. Notons en premier lieu le voisinage du
hiéromnèmôn et de l'hypomimnèskôn (F 12, 15), qui ne se reproduit
nulle part ailleurs d'aussi près 2 • Mais, par le fait même, cette
parenté souligne l'un des défauts de la notice F, sur lequel nous
insistons: oubli do l'épi kriseân, rétabli seulement dans la copie
Coislin (sans définition) 3, mais dont l'omission passe à tous les
manuscrits dérivés du texte original. Or la présente notice It
semble avoir rattrapé cette omission. Aucune difficulté à admettre
que la première ligne de 220 v contient la définition de l'hypomim-
nèskôn. L'archonte qui suit devrait être normalement, selon le
type F, l'épi déèseôn ; or, celui-ci se trouve plus loin (1 17) et dans
un autre pentade, de même que l'épi sékrétôn (1 20), qui pourrait

(1) Je mets entre < > aussi la numération. Les restitutions dans l'ensemble sont
sûres; la plus difficile, celle du didascale, au sommet du r. 220 v (no 14), me paraîl
très probable, parce qu'on ne voit pas qui mettre à la place.
(2) Comparer L 12-13; mais le reste diITère trop pour qu'il y ait rapport précis
entre 1 et L.
(3) Voir p. 198; c'esll'archonle F 19: cf. p. :>47.
(4) J'avais écarte ce sigle dont la forme lypographique prête il confusion; comme
je n'ai !'eçu ce texte qu'après rédaction, j'ai dt1 cependant l'utiliser pour ne pas change!'
toutes les références et pOllr loger cette notice dans l'orùre chronologique.
NOTICE l 219

concurrencer l'épi kriseôn en 1 15. En conclusion, comparons le


Lotal F 1-22 et l 1-24 : l'état de l'effectif est très proche, et il n'y
en a pas d'autre plus proche. Les deux extrêmes sont identiques
et la différence de nombre s'explique par le fait que F met sous le
même numéro (F 17) archonte des monastères el des églises, et
que 1 22, l'archonte de l'évangile, est en supplément dans la
notice 1.
Ainsi, malgré une parenté assez caractérisée avee F, on ne
conclura pas que le rédacteur utilise manifestement cette liste.
Remarquons hien que F omet l'épi kriseôn et que le nouveau
venu en l, l'archonte de l'évangile, sc trouve précisément en
G 24, c'est-à-dire dans une notice dont l'ordre n'influe pas du
tout sur 1. Nous ne possédons pas toutes les pièces de la construc-
tion, ni tous les rameaux de la généalogie; il a dû exister une
notice qui impose sa ressemblance à F l, en leur servant de modèle
ou de source commune.

Mais il faut se garder de juger les rapports


Définitions.
d'une notice à l'autre par ces seuls indices
extérieurs, car l'analyse des définitions nous suggère une conclusion,
non pas contraire, mais très nuancée. C'est là que le rédacteur
peut mettre en évidence sa méthode de composition. Celui de la
notice 1 ne fait pas d'emprunts massifs à l'une ou à l'autre des
notices voisines; même par son style, il recherche ou dénote une
certaine originalité. Les clichés ne sont pas empruntés: ainsi il est le
seul à employer aussi souvent XI~:t'Éx.wv (les trois premiers archontes,
puis 12 et 24) ; lorsque F n'emploie que la tournure du participe
ou de; 't'à et l'accusatif, il varie la tournure de la phrase principale.
Ce critère de style ne dévoile pas de rapports bien définis l . Du
point de vue historique, la définition du grand sacellaire constitue
un point de repère encore un peu indéterminé, mais qui situe la
notice 1 dans le groupe qui va de F à M ; par rapport à N et
suivants, et au-dessus, par rapport à Balsamon, la réduction du
pouvoir du sacellaire à la direction des monastères de femmes est
un trait commun à des notices de la seconde moitié du XIIIe siècle
et au plus tard du premier quart du XIVe siècle. L'origine et la
fin de cette modification ne sont pas connues.
Par l'étendue de la définition des premiers archontes (1-6), la
notice 1 se distingue de F, G, et se rapproche plutôt de H, K, M.
La forme brève n'est pas nécessairement le point de départ d'une
forme longue, car il est aussi facile d'abréger que de développer;
nous avons d'ailleurs dans la notice B un exemple plus ancien

(1) Au conLraire, on voil que la noLice N emploie xpcx't"e:LV eL etc;; 't"à comme F.
220 TRADITION ET COI\TEI\U DES LISTES D'OFFICES

de notice longue, et même plus longue que n'importr quelle autre:


malgré sa mutilation, nous pou\"ons supposer qu~ lrs définitions
perdues étaient de même proportion que ccllr du grand-économe.
Comme je n'ai pu introduire toutes lf's données de la noticf' l
(connue après coup) dans la troisième partir, je compare' ici 1('1'
principales définitions avec c('lles des autres noticl'sl :
grand économe. Au début, les termes r.paY[LiXTiX-XTI][LiX''';'X, entre
lesquels F, G choisissent, annoncent un souci de précision. Le
rédacteur insiste sur la distribution du traitement en nature, ou
sur la destination du traitement délivré par l'économe (vêtement
et subsistance), puis sur l'emploi des excédents de rentrées dans
l'intérêt de l'Église; le sens général est celui des notices B et H ;
grand sacellaire. Ainsi que je l'ai dit, la juridiction générale,
uniquement sur les monastères de femmes, est eonforme aux
dé fini tions de F à ~1 ; mais l' em ploi des termes j uridiques 7tiXpiX3~3ouç,
!1;êTa~<ùv, È1;~cr&v est notable. Comme la plupart des notices corres-
pondantes, la notice 1 définit en conséquence l'archonte des
monastères, le subordonné du sacellaire, comme préposé aux
monastères d'hommes : voir surtout G 22 et H 2, celle-ci ne
séparant pas les deux noms dans sa liste;
grand skévophylax, l\1ême point de départ q"u'en F, qui s'arrête
à "t'eX [EPeX Y-iXL TeX crY-êU"f). Le rôle liturgique est attesté aussi par H
avec des termes différents et une allusion aux ordinations. La
notice 1 se contente de parler de la fonction du skévophylax pour
la fête de l'Exaltation de la Croix (14 sept.), qui est signalée dès le
xe siècle dans les livres liturgiques 2 ;
charlophylax. Il n'est pas mégas, ce qui, dans une notice écrite
au XIVe siècle, signifie au moins que le texte original est antérieur
à la concession du titre. Comme pour l'économe, on aperçoit au
point de départ, OU à la première ligne, un emprunt composite :
tm60E.,w, G ; O"Y)[Ld<ùcrê~C; F, puis J et H. La définition étymologique
est renvoyée à la fin (cpUM"t"'t'E~V "t'oùç X<Xp"t'iXC;), mais ce détail est
aussi dans G 4 (rec. Mosquensis) et ne sera exprimé ensuite aussi
clairement que dans N. Les fonctions restent traditionnelles, mais
il faut expliquer XêÀEUê~V (les ordinands); on pourrait imaginer
une allusion à la formule XEÀEOcriXTê 3 , mais le complément et le

Îl) Elles seront rappelées en nole dans les passages correspondants de la Ille partie.
(2) Le skévophylax esl cilé au moins dans le lypikon Palmensis 266 : D~lITRIEVSKrJ,
Tu7t~l<a: (Opisanic 1), l" partie, p. ;:,; mais il n'cst pas présenl dans le typikon édité
récemment par J. :\Ialéos. C'est dire que cette recension ne donne pas l'élat de toule
la lradiLion el qu'il doil exisler, dans la masse des manuscrits non inventoriés, bien
des délails originaux.
(3) Voir p. 15'2, n. 2.
NOTICE 1 221

complément à l'accusatif posent une double difIiculté : on admettra


que xû,suo:w ne signifie rien et qu'il faut corriger XÀbo:w. Nous
avons donc le mot donné par la notice E et le même sens fourni
par &7tOITX.E7tcX~Et de la notice M:; il s'agit de la mikra sphragis 1
des métropolites (et des archontes). D'autres auteurs emploient au
sujet des ordinations le terme 7tpO-rpÉ7tELV, qui s'applique à un autre
complément : ~EpOÀOY(C< 2, à savoir, comme le précise Balsamon, la
bénédiction nuptiale. Le chartophylax, pour ces deux sacrements,
a des « papiers.> à remplir, les pièces juridiques et d'état civil
nécessaires pour la célébration des deux principaux sacrements des
adultes; plus tard la 7tpo-rp07t·~ du mariage s'appellera boulla 3 ,
pièce délivrée au prêtre qui bénit les époux, une sorte de celebret;
sakelliou. II ne reste que le mot important: églises, comme dans
F, G, H ; le suivant: prêtres, se trouve dans G, recens. Mosquensis.
La définition, comme celle du sacellaire, est complétée par celle
du subordonné 1 19, archonte des églises, où le sens juridique du
rédacteur trouve le terme le plus juste et le plus évocateur que
l'on puisse rencontrer. Trois fois il fait allusion à un acte bien
caractéristique, la paradosis par écrit : 2, sacellaire 7tc<pc<l>tl>ouc;;
18, archonte des monastères mx.pÉx.wv ÈYYPcXq>wc; -roc 7tPcXY[LC<TC<; 19,
archonte des églises gxl>Œwv Tch; ÈY..X);YjITLC<Ç èyypcXq>wc;. Aucune autre
notice n'a autant insisté sur des actes aussi significatifs d'une
action propre du bureau, à part peut-être K dont les termes sont
moins techniques"';
prôlekdikos. D'après les termes qui restent, la définition compre-
nait l'assistance aux captifs (comme F); ensuite nous devons
avoir les deux fonctions décrites par H, mais en ordre inverse :
correction des fautes spirituelles et causes de liberté des personnes.
Ici encore, le rédacteur insiste sur la délivrance d'un acte écrit
destiné certainement à fixer le canon des épitimies, ou la pénitence
du coupable qui a avoué sa fautes. A la fin nous trouvons l'assis-
tence aux réfugiéS dans l'Église (voir G). Le paragraphe est un
modèle de bonne compilation et se rapproche beaucoup de la
définition de M ;
protonotaire. Le terme important, pitlakia, est commun avec la
notice G (recens. Mosquensis), d'après laquelle nous restituerons

(1) Yoir pp. 152, 155. Le ms. Ollobon. 180 emploie aus.si Q:7tocry.E7tëiv; tex Le, [J. 56~.
Sur l'emploi liLurgique de XEÀEUcrQ;'t'E, voir p. 152.
(2) I.e terme a souvent lin sens technique; voir p. 338, n. 5.
(3) Voir MM, 2, 297 : emploi dn tEPOÀOYLQ; dans le sens. de bénédiction nuptiale et
mention de la boulla délivrce nu prêtre pour la célébration du mariage.
(4) Celte notice insiste, surtout dans la recension K", sur le terme chartoularios,
qui désigne l'emploi de bureau des archontes supérieurs.
(5) Des écrits de ce genre sont attestéS, voir p. 330.
222 TRADITION ET CONTENU DES LISTES D'OfFICES

&.7tOy.o:'t'c1.cr"o:cr~v ;
la fonction réelle, malgré ce dernier terme, comprend
des actions de secrétariat plutôt qu'un rôle actif dans l'adminis-
tration ;
logothète et rhéteur (9, 23). La définition des deux archontes est
peu satisfaisante. Le rédacteur admet d'abord pour le logothète
la même fonction que F G : définition verhale de F, discours
(~ catéchétiques ) d'après G. Mais la mise en écrit des hauts faits
de l'empereur ne revient pas normalement au logothètc; tout
discours d'apparat peut contenir des allusions flatteuses à
l'empereur; le fond du discours catéchétique et des grandes fêtes
est avant tout religieux. Le rédacteur minimise donc le rôle du
rhéteur, en lui attribuant la prédication populaire du dimanche;
il n'est plus d'accord sur ce point avec G 14. Il manque malheureu-
sement la définition du didascale, ou des didascales (voir 1 14 ?),
qui semblent dissociés comme dans F, 14 et 23 ; voir aussi H 15.
A cette époque, ou aux yeux de ces rédacteurs, la hiérarchie ensei-
gnante n'est guère considérée. Le rhéteur a même place que dans
F 21, H 21 ;
référendaire. Relevons le détail original que ce fonctionnaire va
présenter à l'empereur les métropolites et higoumènes nouvellement
promus, assurant les relations entre Église et Palais;
hypomnèmatographe, hiéromnèmôn et hypomimnèskôn. Les notices
confondent souvent des attributions du premier et du second,
puis du second et du troisième. En effet hypomnèmatographe et
hiéromnèmôn participent à une même action, mais à titre différent
et à un moment significatif distinct. Dans les ordinations des
métropolites, le premier joue son rôle durant la première phase,
surtout durant la séance des votes: c'est pourquoi on lui attribue
parfois le mènyma 1 , la notification du résultat. C'est au même
titre qu'il doit écrire le ptéron (ou la charte 2, très réduite, en forme
de billet), remis au consécrateur au début de la cérémonie d'ordi-
nation. La notice l, la seule à employer ce terme propre, sépare
donc assez nettement la fonction de chancellerie de l'hypomnè-
matographe de celle du hiéromnèmôn: celui-ci est également
préposé aux ordinations, mais il intervient principalement dans
la phase liturgique, comme pour la consécration des églises 3 •
Cependant, il. l'exemple de F G, bien qu'elle n'emploie pas le
mot y.w8b<.Lov, la notice 1 distingue bien la charge du kontakion

(1) Voir p. 474, n. 4.


(2) Pléron eslle terme moderne par rapport à cilalorium el charle; voir p. 149 el
p.365.
(3) Fonction altestée par l'Ellchologe el la nolice KI 12.
LISTE J 223

liturgique et celle d'un kôdikion de chancellerie, destiné à recevoir


la profession dr foi dp.s nouveaux évêqurs (ÈYYPlXqJ~, è:yyplX?Oc;
O(.LOÀOY(IX). Le hiéromnèmon, au dire de Jean de Kitros, est subor-
donné dans la liturgie au canstrisios 1. Il faut en conclure que la
(léfinition de l'hypomimnèskôn G 13, dont la notice 1 s'écarte
nettement, n'est pas la bonne; cet archonte n'entrait pas en
concurrence avec le hiéromnèmân dans les cérémonies liturgiques
et se contentait normalement d'assister le patriarche au-drhors,
comme conseiller privé et juridique.

En général, la notice 1 parait donc le fruit d'une élaboration


réfléchie de diverses sources. On ne pourra définir exactement tous
les rapports avec les autres notices: pourquoi par exemple XP€f1.wv,
dans 1 13, se trouve aussi dans F 13, tandis qu'au contraire la
définition 1 22 est absente de F, mais se trouve dans G 24 (un peu
plus développée). Il y a compilation, comme dans la notice M.
L'auteur cependant donne l'impression d'être plus au courant de
la marche concrète des institutions, du fonctionnement de la
plupart des bureaux; ses connaissances livresques s'appuient
davantage sur l'expérience, qui lui permet d'employer les termes
techniques appropriés et au bon endroit, sauf au point faible de
la notice du logothète et du rhéteur. Le texte complète donc assez
harmonieusement le témoignage de F, G et H.

10. LISTE J

Elle se trouve en copie unique dans Mosquensis 475 (Vladimir


329), XIIIe-XIVe siècle, f. 396 v . Le manuscrit contient une collection
canonique en désordre, dont la partie primitive est datée des
débuts du XIIIe siècle par un paschalion : le désordre tient peut-être
au fait que le manuscrit primitif, mutilé et brouillé, a été restauré
ensuite, mais nous n'avons pas de description matérielle des
cahiers, de la reliure et du support. Il n'y a pas de texte plus
récent que les réponses canoniques de Dèmètrios Chomatènos,
dont certaines sont abrégées en quelques lignes. L'écriture de la
notice date au plus tard du début du XIVe.
Le rédacteur de la liste a disposé de plusieurs modèles. L'un
d'entre eux, apparemment le principal, est la notice F ; l'omission
de l'archonte de l'Évangile est commune, de même que la finale,
le domesLikos de l'ambon, connu seulement par F et J ct que
nous estimons un doublet de l'archonte des kontakia. Mais la

(1) PG, Il!}, 973 A.


224 THADITIOl" ET COl"TENU DES LISTES D'OFFICES

noLice J a retrouvé l'épi kriseôn, connu dans la notice F par le


seul Coisl., et dont l'omission par toutes les autres r-opics atteste
que cet archonte ne se trouvait pas dans la recension primitive
de F. Celle-ci ignorait également la division en pentades, qui essaie
de s'introduire en diverses copies (Vindob., Roe). Si la notice F
de la recension Roe aurait pu suggérer à la notice J l'insertion
de l'archonte des kontakia, elle ne lui permettait pas de retrouver
l'épi kriseôn; en fait, la notice J est nettement antérieure et
provient d'une compilation. A partir de la fin du XIIIe siècle, il
est clair que les divers rédacteurs disposent de plusieurs textes.
Abstraction faite de la division en pentades, de faibles indices
montrent que le rédacteur connaît la notice G, recension
Mosquensis : elle est la seule à utiliser le terme Ëcpopoç pour le
saccllaire; de même G app. Mosqu. 42, les domestikoi du sékréton,
doivent correspondre à J 32, les deux domestiques qui sont avec
les exôkatakoiloi, car partout ailleurs les domestikoi sont plutôt
considérés comme des desservants liturgiques. A la date où écrit
le rédacteur de J, le système des pentades était bien diffusé: il
pousse la numération jusqu'à cinq, mais ne réussit pas mieux que
les autres à y faire entrer tous les noms. Après le primicier des
notaires, qui trouve une place caractéristique (voir L 31), viennent
cinq titres qui forment plus d'une pentade, si l'on dédouble les
domestiques en deux échelons, puis les anagnostes en d'autres
titres possibles. Le groupe 27-30, protopapas-noumodotès, devient
remarquable, car il a pour but de réunir des charges presbytérales.
Malgré la constitution des groupes en bd et &px,wv de la notice J
et leur aspect séduisant pour un catalogue, nous constatons que
ce classement ne s'impose pas, et il ne s'imposera pas non plus
absolument plus tard : voir N. Plutôt que de multiplier les
remarques de détail, il suffit de mettre en parallèle la deuxième
pentade de quelques notices pour mettre en évidence la liberté
dont usent les rédacteurs.
Liste J Numéro d'ordre des mêmes noms
dans les notices :
F G H L N 0
12 hiéromnèmôn 12 12 12 12 12 12
13 didasc. év. 14 append. 15 14 18 19
14 didasc. ap. deest id. deest 15 19 20
15 didasc. ps. 23 id. deest 16 20 21
16 épi gonatôn 13 17 13 17 13 16

Il est manifeste que le seul point fixe qui reste est le hiérom-
nèmôn, chef de file d'une réelle troisième classe et qu'on ne déplace
NOTICES KI • K3 225
plus de son rang. Le caractère artificiel des pentades inférieures
fait que les rédacteurs succf'ssifs n'hésitent pas à transposer de
l'une à l'autre tous les autres archontes, de manière à composer
une nouvelle figure stylistique, comme les peintres varient les
couleurs ct les ornements, et les signataires, les volutes de leur
monocondyle. Un détail très mince rappelle parfois la réalité :
une omission, une addition, qui ne sont même plus caractéristiques
de l'époque de rédaction, car on suit un modèle; ainsi l'épi kriseôn
continue à être omis dans N (à la suite de F), tandis que L l'a
rétabli, selon G J. En plus de ses rapports avec F G, la notice J
conserve un système de numération proche de l'origine des
pentades. Bien qu'elle néglige d'inscrire au début é:~o:<; 7tpw'n), ses
pentades d'archontes commencent au protonotaire, de manière à
affirmer la supériorité des six premiers, mis hors cadre.
Les listes dépourvues de dé finitions n'ont plus grand intérêt
pour l'histoire des institutions à partir de cette date, à moins
qu'elles n'enregistrent quelque événement exceptionnel, comme ce
sera le cas au début du xv e siècle dans la liste P. La notice H s'est
contentée d'amorcer la définition des six premiers, avec des
termes techniques (Ëcpopoç, TlX.!J.e:LlX.<;) intéressants; elle s'est arrêtée
là, peut-être parce qu'il n'y avait qu'un verso à remplir. Ce sont
des contingences qui comptent pour une copie unique.

Il. NOTICES K

La notice dont le sigle K veut rappeler l'origine chypriote a


connu la singulière fortune d'entrer dans l'Euchologe moderne de
l'Église grecque: ainsi la notice la plus excentrique de toutes
passe maintenant pour l'image authentique de la hiérarchie
byzantine des archontes ecclésiastiques. J'insisterai donc davantage
sur la tradition du texte pour en démontrer clairement l'origine
insulaire.

1. Manuscrits et éditions.
Nous partirons des copies les plus récentes pour remonter
jusqu'aux recensions les plus anciennes dont le lien avec l'île de
Chypre devient de plus en plus proche.
Trois copies sont l'œuvre de Jean Haghiomauras ou Santamaura 1,
c'est-à-dire originaire de Haghia Maura, en Chypre: Ambrosianus

(1) VOGEL-GARDTIIAUSE:'I, Die Schreiber, p. 194. La famille Sùntamaura est inscrite


parmi les plus connues: KYPRIANOS, 'Icr't'opLcx rijç v~crou Kurrpou, Nicosiu, 1902, p. 406.
226 TKADITIOr\ ET CO:'iTE:'\U DES LISTES D'OFFICES

A 63 inf. (Martini 868), f. 1073-1081, Coislinianus 39, f. 291 v-2~)3v,


Parisinus 1321, f. 485-489. Il est possible que le eopiste ait emporté
en Occident quelque modèle de son île ; nous admettrons plutôt
que le modèle se trouvait déjà en Occident el, que le copiste se
contentait de transmettre des copies d'un(~ bihliothèque à l'autre.
Le Parisinus, ('x-lYlonlchallianus 9, a servi pour les éditions de
Bernard ~Iedoniusl et de Jean :Ylorinus 2 •
Avec le même tilre et le mème rlesinit, ce texte sc trouve aussi
dans Alhon. Iberon 92, f. 344-347. Ce recueil de lexicologie n'a
plus aucun lien avec l'île de Chypre: le copiste a dû apprécier
les particularités du vocabulaire.
La génération antérieure est représentée par divers Euchologes
de Chypre, mais tous les exemplaires connus de cet ouvrage ne
contiennent pas obligatoirement la notice.
Barberinus 390, dont une note intérieure de 1576 donne la date
approchée de la copie. Ce manuscrit a une histoire compliquée
depuis que Goar fit le rapprochement entre Germain d'Amathous,
cité par le manuscrit, et l'archevêque Germain du XIIIe siècle 3.
L'éditeur tire de ce manuscrit la plupart des textes qu'il attribue
à l'Euchologium Allalianum : celui-ci n'est autre que le Barberinus
390, selon la démonstration de G. Mereati 4 • Poussant les recherches
dans un autre sens, K. Chatzèpsaltès vient d'identifier Germain
d'Amathous du manuscrit avec Germain d'Arnathous et Leukara,
ami du cardinal Sirleto : élu évêque vers 1572, il signe un acte à
Istanbul en 1575, paraît en Italie vers 1580 et meurt à Rome
vers 1595 ; c'est ce personnage qui apporte le manuscrit à Rome 5 •
Mais, des trois textes de notices que Goar insère dans son Eucho-
logion 6 , les deux premiers seulement viennent du Barberinus 390,
f. 115v-123. Le second de ces deux textes n'est autre que la réponse
de Jean de Kitros abrégée par Blastarès ; de plus, il s'arrête dans

(1) L'édition de Bernard Medonius esl joinLe, dans la BY7.anUne de Venise, :'tl \'dition
Ju Cllronicon Paschale, suivi du Pseudo-Codillus (en pagination séparée), Venise, 1729,
p. 201-206.
(2) tdiLion cilée plus bas, p. 241, n. 1.
(3) GOAR, Euchologion, 1647, p. 3 de la préface.
(4) G. MERCATI, • Un eucologio Ciprio che si cercava', Tradilio, 7 (1949-50),
p. 223-'2.32.
(5) K. J. CIIATZL,;PSALTL,;S, '0 xtmpw:; i:7dcrxo7toç 'AfLX6oüv.oç ~ Ae:uxcXpCùv re:pfL<xv6ç
(1572-1595), dans Ku7tp. L7t., 29 (1965), p. 63-6\).
(6) Pour bien fixer les références, j'appellerai Goar 1 le lexte qui se Lrouve p. 268-
272 (Ire éd.) = 222-226 (2 e éd.); Goar Il, le texte qui se trouve p. 274-279 (pe éd.)
= p. 22ï s. (2 e éd.). Le lexle inlernll'Jiaire Jans les deux édilions (p. 272 = p. 226)
esll'exlrail de la recension de Jean de Kitros par Blaslarès. Je ne tiendrai pas eompte
d'une lroisième édition : RUALLÈS-POTLÈS, Synlagma, 5, p. 534-538; elle dépend
d'une copie lardive (XVIIJ"-XIXe siècles) sans valeur.
NOTICES KI - K3 227
le ms aux mots ~~ &v6:Y'~''Iç tipfL6:~~ ct l'éditeur n'indique pas d'où
il a tiré la fin. ~ous ignorons quel est l'autre euchologe, dit
Allalianus anliquissimus, qui fournit à Goar la troisième notice.
'faintcnant, erla importe peu, car ce texte n'est pas plus ancien
que le premier et nous trouvons qu'il équivaut à celui du Parisinus
1321, copié par Santamaura. Plus tard, en 1691 et 1692, des
éditeurs de Venise introduisirent dans l'édition officielle de
l'Euchologion grec la taxis éditée par Goar l . Je n'en trouve pas
trace dans les descriptions bibliographiques de Legrand avant
cette date 2. Chrysanthos ~ otaras, qui a étudié le sujet à une date
favorable, constate que la formule des ordinations d'archontes
contenue dans l'cuchologe de Goar (1647) et dans l'euehologc de
Venise (1692) est en opposition avec celle que suit Syméon de
Thessalonique 3 • La raison, pour nous, est très simple: cette formule
tirée de l'euchologe Barbcrinus 390 passe dans l'édition de Goal',
puis dans celle de Venise avec la notice de même provenance.
Notaras a donc soupçonné la particularité des textes de l'euchologe
chypriote, sans pouvoir expliquer leur provenance au-delà de
l'édition de Goal'; mais les soupçons que le savant grec a pu
nourrir contre ses émules d'Occident ne sont pas justifiés.
Milan. Brera AB XI 47, copie de l'euchologion achevée par le
protopapas de Famagouste (Ammochostos), le 12 août 1573.
Autant que je puis en juger d'après la description 4 , sa notice est

(1) Il s'agil de la no Lice Goal' II.


(2) E. LEGRAND, Bibliographie hellénique, XVIIe S., les numéros 649, 640. Dans
l'édition de l'Euchologion de 1644 (13ibl. nal. de Paris, B 1569), il n'y a pas de taxis.
(3) CIIRYSANTHOS NOTARAS, ~U\lTIXYl.I.tX·nO\l, Venise, 1778, p. 7 (Iassy, 1715,
p. 7). Après avoir cité le chapitre de Syméon de Thessalonique sur les ordinations
hors du sanctuaire (= ch. 241 et 247: PG, 155,461 et -161), l'auteur ajoute (je traduis):
$ Pal' conséquent, d'après l'avis du docteur sacré, ces formules rituelles d'ordinations

- du grand économe, de l'archidiacre, du prôtoprêtre - qui se trouvent dans le


~rand eucho1oge imprimé en grec-latin à Paris, en 1647, et en grec seulement à Venise,
en 1692, ne sont pas justes. Que ceux qui ont en main ces euchologes en soient avertis .•,
Les trois textes vises par Chrysanthos sont eu effet de même origine que les notices K;
voir Euchologion (U e éd.), p. 280, 284, 287; (2 e éd.), p. 23'2., 23~, '2.38. Je n'ai pas
l'intention de défendre Goar à tout prix, mais il est inexact de dire que ses éditions
dépendent principalement des euchologes imprimés jusqu'à son temps à Venise :
P. N. TnEMPELAS, M~xpb\l EùxoMyw\I, Athènes, 1950, préface, p. 4; l'auteur n'a
pas dû lire ell entie!' la preface dc Gour et Chrysanthos Notaras manifeste dcjà quelqurs
preventions contre Gretser et Goal'.
(4) E. MARTINI, Calalogo di manoscritti greci esislenli nelle biblioleche ilaliane, t. l,
p. 4-5; ms décrit aussi par S. EUSTHATlADÈS (rp1Jy6p~o~ 0 II(XÀ:Xl.I.oc~, 1 [1917],
p. 483 s.) qui publie à nouveau le rituel de la promotion épiscopale ,voir ci-dessus,
p. 151, li. [i). La copie est l'œuvre de Laurentios Daliphantès, qui a inscrit son
curriculum de 1549 à 1570 : N€oC; 'EÀÀY)v., 18 (1924), p. 306. Une autre copie de
l'Euehologe, appartenant à l'évêché de Karpasia et Amrnochostos, ne conticnt pas
la taxis: Ch. J. PAI'AJOANXOL', TIXXT~xà\l 'l1't"o~ a.PX~e:plX't"~xbv 't"ij~ ibncrAo;rijc; K(Xp7t"iX-
cr~CJ)\I XlXt AI.I.(.L0Xwcr't"ou, dans 'Ev.xÀ. K~pu!;. Z (1912), p. 41'2. s. (liré à part cn 191~).
228 THADITION ET CONTENU DES LISTES D'OFFICES

très proche de celle du BarberintlS 390 (= Goar I), sans l'abrégé


de Jean de Kitros.
Avec les manuscrits suivants nous atteignons des générations
de plus en plus proches du XIIIe siècle rt trois recensions distinctes
de la notice.
Alhon. Dionysiou 489, XVIe siècle; f. 187 v -189 v , notice intercalée
avec un (faux ?) acte synodal de 1295 au milieu d'une copie de
la bulle d'Alexandre IV pour Chypre. Cela ne suffit pas à expliquer
le libellé du titre : "&~LÇ orpqm<twv h,dlÉ:v-rwv Èx ,,~ç ~LOÀOU
'AÀe:~a.v8pou ; rien ne permet de rattacher la notice grecque à une
bulle papale. L'écriture de la notice diffère de toutes les autres
qui se distinguent dans cc manuscrit l ; des notes secondaires
rattachent ce volume inachevé et en mauvais état au diocèse
d'Arsinoé-Paphos. Ce témoin (sigle D) forme avec le suivant la
recension K;,.
Parisinus 1140 A, XIVe siècle, de contenu très éclectique et de
provenance incertaine, mais étrangère à l'île 2 : sigle P. Le texte
de la notice, f. 81-82, mutilé au début, est proche de celui de D ;
le style se reconnait à des transitions et à des tournures propres.
Toute une partie du texte est de fonds identique; une finale
différente nous indique que les deux témoins sont indépendants.
D'après le rapport des dates, on attribuera les changements à D,
mais les rapports textuels sont assez complexes pour nous faire
admettre des intermédiaires inconnus.
Valican. Palalinus 367, XIIIe-XIVe siècle; f. 162r _v , recension KI.
Le manuscrit est suffisamment connu et il n'est plus nécessaire de
relever tout ce qui le rattache à l'île de Chypre 3 • Notons cependant,
aux alentours de la notice : f. 104v -105 v , deux lettres retenues
comme modèles, l'une au prêtre Georges grand-économe, l'autre
au diacre Jean chartophylax de la Grande-Église; f. 167 v , lettre
du patriarche Grégoire de Chypre à Henri (II) de Lusignan 4 .
Plus près encore de la notice nous trouvons : f. 150v -151, extrait

(1) II est décrit en partie dans Rel'. des Ét. Byz., 15 (1957), p. 137-138. Je suppose
que l'acle synodal de 1295 est un faux parce qu'il cite comme évêque latin un certain
Photios; on ne sait pas ce que l'acte relient de vrai.
(2) Au folio C, un possesseur note que le manuscrit devint, aprcs la prise de la
capitale (en 1453), propriété d'un certain Luc ~otaras taboularios de Lesbos e't, après
la prise de Lesbos (en 14(2), propriété de Georges Sophianos de Phôkaia. Le copiste
a essayé de régulariser le style et l'orthographe d'une copie chypriole.
(3) Bibliographie complète; A. TL;RYN, Codices Valicani graeci ... notis inslrucli,
Vatican, 1961, p. 117-124. Les dates 1317-1320 sont celles des notes les plus récentes j
il doit y avoir des écritures plus anciennes, de la fin du XIIIe siècle.
(4) I::;dition dans N~oC; 'E).),:'lv" 15 (1921), p. 151-153.
NOTICES KI _ K3 229
du rituel de l'ordination épiscopale de l'archevêque de Chypre, où
figure, pour la première fois il. ma connaissance, la mention de
l'image de l'actas sur laquelle le candidat prononce ses trois
professions de foi, autre particularité d'un riLe étranger encore à
Byzance jusqu'à cette date l ; f. 158 ct suivants, modèles de lettres
privées, composées, semble-t-il, par Jean fils de Constantin
Sekretikos 2 ; la première est un modèle officiel du mandat délivré
par l'archiereus au père spirituel. Tout ce contexte et l'ensemble
du manuscrit témoignent d'une recherche sur les institutions
byzantines combinée avec le souci de maintenir des particularités
locales; le manuscrit, provenant des milieux administratifs, atteste
une coexistence sans heurts manifestes entre Grecs ct Latins, mais
on ne peut évaluer exactement le rapport entre la date incluse
dans certains actes ct celle de la formation générale du volume,
où apparaissent plusieurs mains.
Parisinus 1391, XIIIe siècle (après 1260) ; f. 211-213, recension K2.
Ce manuscrit est un manuel juridique composé pour le diocèse de
Paphos 3 ; il commence par la bulle d'Alexandre IV et pouvait
donc être cité ~[oÀoç .AÀ€;&vopou, seule explication possible de
l'expression utilisée par Dionysiou 489. Malgré cette mention, les
deux textes diffèrent notablement, comme nous allons le voir par
l'examen des diverses recensions.

2. Rapports entre les diverses recensions.

Suivant l'ordre adopté pour le recensement des manuscrits,


nous examinerons d'abord la place des recensions éditées dans le
schéma de la tradition 4 . La comparaison doit se faire avec le texte
du Parisinus 1391 (K2) qui est le plus proche. J'ai divisé le texte

(1) Voir ci-dessus, p. 151, n. 5.


(2) Ce Constantin Sekretikos appartient peut-être à la famille Singritico ou
Sinclilico; il dilTère certainement de Constantin anngnôstès el taboullarios, aUfilICI
on a voulu allribuer la copie du manuscrit; l'acte qu'il signe esl de 1259, mais on
pense que ce n'esl pas un original el que la signature est imitée: cf. A. TVRYN, op. cil.,
p. 117-118. Quoi qu'il en soil, ce cas nous suggère que la notice elle-même peut repré-
senter un exemplaire aussi ancien, sinon plus, antérieur par conséquent aux autres
recensions qui contiennent des remaniemenls.
(3) Description par SATHAS, Bibl. graeca medii œui, VI, préface (p. 102-110) cl
501-585 : le texte de pratique judiciaire. En fail, la taxis n'a aucun rapport avec la
bulle d'Alexandre IV. Sathas souligne l'originalité du manuel juridique, dans la
partie ou la procédure représent.e un compromis avec le droit des Assises. La recension
K2 est aussi celle qui subilles plus forles contaminations: témoins les termes ~e:py~v
(15 a), IXÙÀ1) T7jç 'ExxÀ'lJO'(lXç (18, au sens de cour de justice), &:yyocÀe:fLIXV (10).
(4) Le schéma est donné plus loin sous forme de tableau, p. 235. Les recensions
édilées sont celles de Goar 1 et II (références, p. 226, n. 6).
230 TRADITIO:'I ET CONTENU DES LISTES D'OFFICES

en six paragraphes pour la commodité de l'exposé, conformément


d'ailleurs aux articulations naturelles de cette noticr complexe l,
1 liste des officiers des deux chœurs, 1G il droite. 18 à gauchr.
2 note sur l'archidiacre, la sphragis et les lectures liturgiques.
3 explication des quinze archontes du chœur droit.
4 supplément aux quinze archontes.
5 explication des archontes du chœur gauche.
6 note sur le traitement des officiers.

Nous constatons, dans CP, texte ancien, d'une part que le nombre
et l'ordre des archontes sont constants dans les §§ 1,3,5 et, d'autre
part, que l'enclave formée par le § 4 rompt l'harmonie, d'autant
plus que le début du § 2 forme quasiment doublet avec le
numéro 15 c dans le § 4. Malgré la qualité du manuscrit, la notice
n'est pas nécessairement l'archétype; le rédacteur en tout cas y
ajoute des notes (§ 2 et 6) qui ne sc rencontrent pas dans les modèlrs
strictement byzantins.
La notice Goar l présente deux listes du
Goar 1 et Il.
chœur gauche inadéquates : 21 noms dans la
liste nue, 17 dans l'explication 2. Le rédactcur a développé et plus
loin que Goar II, par exemple pour le protonotaire, le canstrisios
et le hiéromnèmôn. Le § 2 est remplacé par une transition et le
§ 6, par une conclusion plus ample; toutes les notrs sont donc
concentrées dans le § 4 où disparaît cependant la mention de
l'ostiarios ct du lampadarios.
La notice Goar II, celle qui a passé dans l'euchologe édité
comme officiel, provient d'après l'éditeur d'un manuscriL très
ancien d'Allatius 3 ; à quelques variantes mineures près, ce n'est
autre qu~ le texte du Parisinus 1321, copié par le chypriote Jean
Santamaura et à peu près de même date sans doute que le
Barberinus 390 (= Goar 1). Au § l, le nombre des officiers du
chœur gauche passe à 19, par addition de kouboukès (lire koubou-
klcisios); mais dans la notice explicative correspondante, § 5, le
nombre passe à 23, par addition de lampadarios, périeiserchoménos,
bastagarios, myrodotès. Dans une étape suivante, on normalise les
deux listes: le Paris in. 1321 ajoute ces quatre noms à la liste nue,
mais en supplément, tandis que l'édition de l'Euchologe enregistre
définitivement cette recension. La définition des quatre premiers

(1) Les numéros sont ceux des paragraphes de l'édition ci-dessous, p. 557-560.
(2) GOAIl, Euchologion (Ire éd.), p. 268; ('le éd.), p. 222.
(3) Id. pre éd.), p. 274; ('le éd.), p. 227.
NOTICES KI - KJ
archontes est largement amplifiée dans un sens liturgique ct les
notes (§§ 2~ 4, 6) sont morlifiées par transposition, addition rt
a brévia tion.
Ces deux textes dérivent de celui du Parisinus 13~H (K2), par
remaniement du plan et des définitions. Les noms ajoutés ne
représentent qu'une recherche stylistique : le kouboukleisios a
disparu depuis longtemps de l'horizon ecclésiastique l ; 1tEp~e:~cre:p­
X.O!J-EVOC; ct 1tEp~Çie:p6!J-EVOÇ sont des gloses de 1te:p~OOEU1'~C; ou de
Xtx1'oyup~tX.p~ç; ÀcxocruvtX.1tTIJC; forme doublet avec ÀtxocrUVtX.XTY):; 2 ci té
dans la même colonne (Goar II) ; fLUpoMTYjC; est un employé de
bas étage qui a pu accéder à un certain rang dans quelque église 3 ,
mais seul le nom de bastagarès ou bastagarios figure dans un
euchologe antérieur 4 • Sans doute le développement donné à des
définitions signifie quelque chose au XVIe siècle; leur contenu n'a
aucune valeur pour ]a période antérieure, sinon par référence au
texte authentique de la notice ancienne de Chypre. Pour nous, les
deux recensions éditées par Goar n'entrent plus en ligne de compte,
puisque nous disposons de leur source.
La recension K 3 est représentée par Dionysiou
K2 et K3.
480 (= D) et Parisinus 1140 A (= Pl. A s'en
tenir au témoignage de D, le texte proviendrait d'un volume de
même genre que Parisin. 1391, c'est-à-dire le manuel d'un évêché
de Chypre commençant par la bulle d'Alexandre IV. Le titre de P
est perdu, mais il est probable que le copiste du texte, étranger
aux choses de Chypre, l'avait modifié, comme il a essayé d'arranger
par-ci par-là le style provincial très prononcé de D, pour ne rien
dire de son orthographe; les deux témoins de K 3 sont indépendants
l'un de l'autre mais remontent à un archétype commun un peu
lointain. Le rapport avec K2 est différent.
La première différence est que K 3 omet la liste nue et surtout
qu'elle n'adopte pas explicitement la division si typique en deux

(1) Il n'apparaît. que dans un suppl~menL propre à Dionysiuu 120 : voir p. G48.
('.2) Dl:CANCt:, Glossarium, 789 ; perperam laosynapLes appellatur in codicr Allatiano
r = éd. Goarj. Cette forme se retrouve dans diverses recensions manuscrites: les
copistes pensent plus facilement à cruVCl7tTW ou à la prière O'UVCl'.7tTI]. D'orùinaire je
lIarde l'orthographe du document cité, sans chercher à harmoniser.
(3) Peut-être nc faut-il pas C'xc1ure une confusion tardive VOfJ.OMTTj<; - fLupu36TTj<;,
CUl' même dans la prépul'Ution du fLupoV (le sainL-chrême) le rituelnc cite pas cet employ~
specialisé.
(4) La formule d'ordinaLion du céroféraire C't depotatos : (GoAR, EUcJlOlogiol1,
p. 237 (1 re éd.), p. 1!l8 (~e PO.), l'st intitulée dans lin manuscrit du XVIe S. : XEtpOTovLIX
xTjpocp6pou )(OCL ~OCO''tclYOCpTj : DM ITRIEVSKIJ, EuxoÀ6ytOC, p. 6!l1. Ce n 'cst don c flu'un
nom populaire d'une charge, dont la fonction, d'après la formule, consistait il :
7tpOTptXEtV ÀocfJ.7t1X8Tjcp6pov TWV ocy[wv [J.uO'TTjpLwv. Voir la fonction de dépotatos dans
le Traité des ofTices, éd. Verpeaux, p. 264.
232 THADITION ET CONTENU DES LISTES D'OFFICES

chœurs adoptée clairement par K2. La recension K 3 se rapproche


donc davantage du type de notice byzantine qui s'affirme au
XIIIe siècle et comprend après les offices diaconaux (&pxov..-bwx)
une énumération de titres cléricaux, parmi lesquels émerge la
plupart du temps le protopapas. La limite de ces deux groupes est
très accentuée dans K2 et K 3, après le n. 15, bien que subsiste
entre les deux une divergence de conception: pour K2, ~~<ù(kv (15 a)
vise quatre noms, tandis que K2 reporte ~~<ùee;v au nO 18, ce qui
change le sens et la portée de l'exclusion. Dans les deux cependant,
c'est à partir du même point d'articulation que commence une
divergence. Les deux témoins de K 3 ont une variante de titre
pour la même définition : 15 a, QO"ncXplOÇ P, Àcx!J.7tcxMpwç D; au
contraire K2 adopte les deux titres et les dote d'une définition
propre, ou plutôt, il change celle de l'ostiarios, dont nous avons
déjà reconnu, dans la comparaison avec la notice H, qu'il forme
doublel 1 . Nous trouvons un indice nouveau dans la comparaison
des deux recensions avec la notice H.
H K2 K'
22 prôlopsallès (23 douze ekdikoi) 24 prôlopsaltès
(25 psaltès-Iamp adarios)
'23 dcux domcstikoi 24 dcux dom. 26 deux dom.
(27 primiciers)
24 deux laosynaktai 25 deux laos. 28 dcux laos.
27 prolapsallès
25 prôximoi 28 prôximoi 29 prôximoi.

Malgré ses additions, K 3 conserve l'ordre établi par H. Or cette


notice définit le prôtopsaltès comme subordonné aux laosynaktai,
tout en le plaçant avant: K 3, sans reproduire la définition, conserve
l'ordre crronné de H, tandis que K2 a rétabli un ordre hiérarchique.
Au niveau de l'archidiacre se produit un autre indice de l'utilisation
différente des sources : la notice H se contente de le mentionner;
K2 et K 3, tout en l'inscrivant, spécifient que l'archidiacre et son
deutereuôn ne font pas partie des &pXOV..-[X,lCX, réflexion qui provient
directement ou indirectement de Jean de Kitros 2.
L'examen des définitions nous montre que les rédacteurs font
des options indépendantes. Certaines n'ont rien de commun dans
les termes, en particulier celle du chartophylax 3 • Des tournures
lypiques de K 3 ct des mots répétés (xcxP"-OUÀcXPlOÇ, LcroOUVCX!J.oç,
È~oucr[cx) ne figurent pas dans K2; inversement, lx 7tpocr6)7tOU est

(1) \" oir p. 211, avec tableau comparatif de H et K, dans la partie inférieure que
la recension KI ne connalL pas ou dont elle n'a que l'amorce.
(2) Yoir plus loin, p. 240, et PG, 119, 972.
(3) Omission par K' du terme technique b<7tP0(fCl)7t€U€l (KI, K").
NOTICES KI . KJ 233

propre à l(z. En d'auLres endroits, un fonds commun apparaît,


mais il est traité en toute liberté de style: comparrr 9. logothète,
10, hypomnèmatographe, 12, hiéromnèmôn, dans les deux recen-
sions. On rencontre peut-être dans 1( 3, dont Ir stylr- gauche rappelle
celui de la notice H, par exemple dans l'emploi de l'infinitif, une
réminiscence littérale de H 13 : l'hypomimnèskôn devient U1t0!J.\I~!J.W\l
et joue avec U1tO!J.\I~cr(XL et tJ7tO!J.\I't)crLÇ ; or, dans 1( 3, nous avons encore
le jeu U1tO!J.L!J.\I~crX.W\I-U1tO!J.\I~cr€LÇI.
Malgré le rapport de date favorable à 1(2, la recension 1(3, du
fait même qu'elle omet la division en deux chœurs, semble plus
proche des modèles byzantins. On peut estimer que l'auteur de
cette recension ne corrige pas le particularisme excessif de 1(2:
il l'ignore ou refuse de l'adopter. Si les deux rédacteurs ont utilisé
des Sources voisines, ils les ont traitées en toute indépendance.

Dans la recension 1(1, l'idée de la division en


KI et KZ,
deux chœurs n'apparaît non plus nulle part;
plus nettement encore que 1( 3, la recension 1(1 semble écarter
l'hypothèse d'une pareille répartition. Son supplément, introduit
par ~T€p(X, remonte peut-être à une lecture de Jean de I(itros ou
à une notice byzantine H : en ce point, nous avons en effet un
groupe ostiarios, archidiacre, protopapas commun à H et à 1(3
(dans Parisinus 1140 A, variante); ce groupe peut constituer
l'amorce du § 4 de 1(2 et aussi celle du chœur gauche qui lui est
propre.
Le protopapas est défini comme président de tous les archontes,
expression contenue aussi dans 1(2. Le sens de ces termes ne peut
pas être le même, suivant que l'on voit dans KI une rédaction
antérieure, ou bien un abrégé de K2. Il n'est pas anormal, étant
donnés les modèles byzantins, de considérer le supplément de KI
comme un prolongement naturel et traditionnel déjà de la liste
archontale proprement dite : archidiacre et protopapas sont les
chefs les plus notables des ministres du culte. Leur mention insiste
sur leur rôle liturgique; en définissant l'archidiacre comme chef
des diacres de l'Évangile, le rédacteur veut dire qu'il a la respon-
sabilité de la lecture publique: c'est ce que précise d'ailleurs K2
dans sa définition plus développée : 15 c-d. Dans cette notice
double, la définition du protopapas change de sens, selon qu'elle
est mise ou non en rapport avec la division en deux chœurs :
d'après la liste nue, la place du protopapas signifierait qu'il est
à la tête d'un collège secondaire distinct de celui des archontes
dirigé par l'évêque; d'après la définition, nous voyons au contraire

(1) Dans la notice l 15, on trouve &:v,xlJ.v'lJo"Lv; mais le Lexle n'esl pas compleL.
234 TRADITION ET CO;\,TENU DES LISTES D'OFFICES

que celte présidence doit s'entendre des cérémonies ct qUI' le


protopapas prend le dessus non pas seulement sur ks inféricmrs
du chœur gauche, mais sur tous les archontes, quels qu'ils soient.
Autrem~nt dit, dans Kl, la définition du protopapas n'est pas
l'amorce d'une liste subséquente que le copiste aurait omise, mais
l'évocation très condensée de l'office et de la préséance liturgique
du protopapas. Bien que les copistes chypriotes du PalaiintlS
procèdent souvent par ~xtraits, il ne s'ensuit pas que celui de la
notice a agi de même ct abrégé simplement la notice K2. Il semble
plus probable que le rédacteur de KI sc rapproche davantagr de
la source byzantine.
Les définitions montrent de façon précise la parenté entre I( 1
et K2: celles-ci ne reproduisent pas les singularités de K 3, en
particulier la répétition de XlXp"t"ouÀiXptoç dans les premiers numéros.
Les définitions de KI et K2 ont un fonds identique, mais on constate
que les additions de K2 ne sont pas heureuses : attribution au
chartophylax d'affaires d'héritage (?), au protonotaire, le soin des
allaximata (vêtements de rechange) de l'évêque l • Les définitions
de KI sont plus concises (sakellarios, skévophylax), rarement plus
étendues (sakelliou) ; aucune ne change vraiment de sens. Comme
le texte provient de milieux bureaucratiques, diversement attestés
dans le manuscrit, on lui accordera au moins autant de crédit
qu'à la recension K2, bien que celle-ci se rencontre dans un
manuscrit juridique également qualifié. D'un bout à l'autre, la
tradition des notices chypriotes est très individualiste. Je résume
l'histoire du texte dans le schéma suivnnt (p. 235).

3. Ordre el nombre des offices.

En comparant ces trois recensions, dont l'origine provinciale ct


la provenance directe nous sont connues, nous rechercherons
surtout dans leur fonds commun et dans leurs divergences ce qui
relève d'une tradition byzantine ct cc qui caractérise des tendances
locales.
La composition en deux parties (liste nue et explication : K2,
§§ 1, 3, 5) ne doit pas être la forme primitive. Ce procédé de
présentation n'est adopté que par K2; il est esquissé peut-être
dans la copie Mosquensis de la notice G et appliqué nettement,
quoique avec maladresse, dans la notice E, qui est aussi provinciale.
D'ailleurs, ce développement purement extérieur n'a aucune
importance pour l'interprétation de la notice elle-même, parce que

(1) Voir p. 238-239.


NOTICES KI _ KJ 235
Sources 1.Jyzanlines Tradition locale
(Jean de Kitros
I\olice II)

K'
I J alali nus 3(i ï
",-,
",
"
'~'\..

~-----
}\..

l'urisillUs 13V 1 1

.j.
l'arisinllS

///'''''"" 11·10 A

(A l/a C::n us l'arisin. 13'21 " ' " llionysiou ·1H9


anliquissimus) (Mon/challiallus) "'"
.J. .J. Alla/iallllS
éd. Goar Il éd. l\lcdonills Barbcrinus 3!"lU
.J. ~1orinus 1 .j.
Euchologe 1 éd. Gour 1

.J. .j. autre copie: Milall, JJrel'u Ali '\.1 ·17


unLrcs copies: A.mbrosiun. A G3 illf.
Coislin. 39
Iberon.92
--------- _ ...------

c'est une simple répétition; cela ne nous avancerait à rien de savoir


si KI et 1( 3 l'ont omis délibérément ou s'ils l'ont ignoré.
Le partage en deux chœurs, l'un présidé par l'évêque, l'autre
par le protopapas, ne peut être qu'une invention chypriote, car,
dans l'île même, cette division n'est pas reçue unanimement :
KI et K3 ne l'admettent pas. Pour cette raison, on n'y cherchera
pas la survivance d'une institution archaïque, parce que les rituels
byzantins ne connaissent pas non plus cette division en deux chœurs
qui met les archontes à part du reste des clercs. Dans le plan des
notices, nous apercevons cependant la possibilité de cet arrange-
ment stylistique : la liste des archontes tend à se prolonger dans
un supplément où le protopapas prend la tête des noms d'employés
liturgiques (prêtres et ordres mineurs). KI et 1(3 se tiennent dans
la ligne de cette tendance, bien attestée depuis Jean de IGtros,
dont la notice H offre un modèle proche. Au contraire, les termes
techniques chœur droit et gauche, employés expressément par K2,
évoquent une conception ct une réalité difTérentes. Il est possible
que la rédaction de K 3 représente une étape intermédiaire entre
la forme byzantine et celle de 1(2. En effet, pour 1(3, le pouvoir
des archontes est défini étroitement par rapport à celui de l'évêque
236 TRADITION ET CONTENV DES LISTES D'OFFICES

(~croM\lCXf.Lo\l, tcro8U\lCf.f.LoücrCX\l, tcro..'U7toücrcxv),


dont ils sont les serviteurs;
les autres clercs, surtout à partir rie l'archidiacrr, nc participrnt
qu'aux fonctions liturgiques et, à partir de l'exarqur, ils sont
exclus (~1;(,)f)e:\I) des notables. Cette division s'exprime, dans la
conclusion du ms D, par un parallèle (~1; tcrou) entre les six premiers
des deux classes, ébauche de la division en deux chœurs que la
recension K1 ne parait pas avoir soupçonnée.
Les deux chœurs, comme principe de classification, ne sont pas
d'origine byzantine, parce qu'ils ne correspondent pas à une réalité
liturgique, tandis que la situation de l'Église grecque sous l'occu-
pation franque nous fournit peut-être une raison de la nouveauté.
Tout d'abord, après la constitution d'Alexandre IV, le protopapas
prend une certaine importance dans les villes épiscopales de Chypre:
les évêques grecs, contraints de siéger dans une ville secondaire
de leur diocèse, dont le siège est occupé par un latin, s'intitulent
de Leukosia-Soléa, Paphos-Arsinoé, etc. 1 Au siège primitif, le
protopapas prend de l'importance et équivaut à un vicaire général.
Ensuite, le contact avec les Latins peut exercer ici une contami-
nation de terminologie 2 : inconsciemment ou non, le rédacteur
de 1(2 évoquerait un chapitre épiscopal, les chœurs canoniaux
des évêchés latins. Les Grecs de Chypre ont vu d'assez près
l'organisation intérieure de l'Église latine pour admettre, au moins
théoriquement, dans un manuel, la division en deux chœurs,
conception plus occidentale que byzantine.
Le fait le plus saillant de la liste commune aux trois recensions
est la place du prôtekdikos au onzième rang : alors que toutes
les listes connues enregistrent le changement opéré à la fin du
XIIe siècle, la notice de Chypre dépendrait d'un modèle antérieur
comparable à la liste C. Il me paraît certain que les Chypriotes
n'ignoraient pas la modification apportée à l'ordre hiérarchique
par Georges II Xiphilinos. Vers la fin du XIIe siècle, un évêque
de Paphos séjourne à Constantinople et participe à des controverses
dont Néophyte le Reclus s'est occupé lui aussi 3 • Les milieux
ecclésiastiques de l'île restent en relation avec le siège patriarcal 4
et les rédacteurs ont connu des modèles, où le prôtekdikos est

(1) Plusieurs exemples de titulature de cette époque apparaissent dans les notes
marginales de mss chypriotes: Byz. Zeit., 44 (1951), 99-101.
(2) Le Parisinus 1391, témoin de la recension Kt, parle seul de {)epy1)v ; associé
à CJ"t'cxup6ç, le terme évoque le porte-croix et le porte-crosse des processions latines.
(3) Voir Regestes, 1195. M. JUGIE, «Un opuscule inédit de Néophyte lB Reclus ... ~,
Reu. des El. Byz., 7 (1949), 1-11.
(4) Les relations avec le patriarcat de Nicée sont attestées par des actes du début
du XIIIe siècle: K. CHATZÈPSALTF.S, 'H è:xxÀ7)O'Lot T'iiç Kû1t'pou xo:t "t'o tv N ~xcx[11' 1t'CX"t'pLCXp-
XE'i:ov, dans Ku1t'p. ~1t'., '28 (1964), 136-173.
NOTICES KI - K3 ~37

slxleme (notice H probablement, ou sa source), ct des extraits au


moins de Jean de Kitros. L'œuvre de ce dernier, dans Coislin. 278,
accompagne un corpus des lettres et homélies du patriarche
Germain II, auteur de lettres adressées aux Chypriotes. Ceux-ci
ne devaient pas ignorer la nouvelle ordonnance de la liste; ils
n'en ont pas tenu compte chez eux, peut-être par esprit d'indépen-
dance, avec le sentiment que cette décision prise dans la capitale
ne concernaiL pas l'archevêché autocéphale. L'occupation franque
était de nature à accentuer cette tendance conservatrice, bien que,
sur d'autres points, ellc parvînt à contaminer les usages et les
conceptions.
Quelques noms étrangers aux notices byzantines, dans la
catégorie inférieure, ou le chœur gauche de K2, appartiennent au
folklore chypriote l : le ~OU't"Lcr't"1)Ç, de ~ou't"LZ:w, est un terme dialectal;
de même x<X'OYUPLcXPl)Ç, le remplaçant du périodeutès, qu'il faut
rattacher à x<X't"<xyup(~w, non XCXTI)YOPE~V. Le katogyriarès est appelé
à circuler comme prédicateur ambulant: voir K2 21 et 33 ; c'est
pourquoi sans dou te nous trou vons les gloses 7tEPLELcre:px6!J.e;voç et
7te:PLCfle:p6!J.e:voç, dans Goar 1 et Ir.

4. Les définitions.
Les rapports entre les trois recenSlOns anciennes nous portent
à mettre en tête Ki, la plus concise, qui donne aussi la liste de
noms la plus brève. K2 amplifie certaines définitions de la précé-
dente; c'est la seule rédaction qui définit méthodiquement tous
les archontes, y compris ceux de la fin, ou du chœur gauche.
K 3 est de style tout différent, mais ne poursuit guère les définitions
au-delà de la liste K 1. nu point de vue littéral, chacune des
rédactions manifeste son provincialisme de manière différente; on
peut citer seulement une erreur commune: U7tO ,wv yovcX,wv, que
K2 corrige cependant È7tt 't"wv yovcX,wv dans la seconde partie (§ 5).
Les notes intercalaires sont propres à K2 (§ 2, 4, 6).
Parmi les titres dont la définition est à la fois commune aux
trois recensions et s'éloigne de la tradition byzantine du XIIIe siècle,
il faut citer le sacellaire et le sakelliou, puis le logothète.

(1) La langue est typique surtout dans K" et K' (dans le Dionysiou 489, en parti-
culicr; voir p. 560 l'exemple dt' son orthographe). L(:s provincialismes restent très
discrets dans Ki (palalinus 367) : 5 e:t(Je:Oci~1), 13 ipOpe:ë: 't'ov ~PXLe:pécxv 't'à Ù1't'0yovcXTIlV,
14 8dxve:~. Le caractère du manuscrit d'origine corrobore souvent - cela est évident
pour les noUces ùe Chypre - la provenance provinciale ùu texte. Ainsi à l'excellente
argumentation de Kriaras, qui restitue à l'Ue de Chypre l'Analclèma sur la prise de
Constantinopll', il faut ajouter que le texte est copié au même endroit: voir mon
tompte rendu dans Rev. des É'l. Hyz., 25 (1967), p. 259-260.
238 THADITIOi't ET CONTENU DES LISTES D'OFFICES

Les nolices (;ontemporaines admettent qU(~ le sacellaif(~ dirig(~


seulement. lrs monastères rte femmes. mais ne dis(mt pas dair~ment
il qui revient le gouvernement des monastères d'hommes. CrtLe
particularité n'a pas influencé les rédactrurs (:hyprioLps ; ils sonL
les premiers et les seuls aussi à proposer If' partage : sacrl1aifl'-
monastères d'hommes, sakelliou-monast(~resde femmes (et prison).
Ils ont pu connaître le jeu étymologique saceUc = monastère d<'
femmes, qui est proposé dans la noLice G, mais sous le nom
du sakcllarios. Ce recours à la sémanLique symbolique (monastère
de femmes) ou réelle (prison) 1 indique que les rédacteurs ne
recherehent pas la fonction effective du sakelliou, qu'ils semblent
ignorer, mais le sens plausible du mot. Le cas du logothète esL
différent: les chypriotes seuls lui réservent le contrôle de la bull,'
ou du sceau de l'évêque qu'il appose sur les actes. La notice
byzantine la plus particulariste au sujet du logothète, II 10, lui
attribue une juridiction commune avec le prôtekdikos et la réception
des apocrisiaires. Ces deux détails, concernant la réception des
apocrisiaires ct le sceau, trouvent une vague confirmation à l'époque,
mais dans la chancellerie impériale; le logothète patriarcal connaît
une certaine progression au XIIIe S., mais le logothète impérial,
considéré déjà à la fin du XIIe siècle comme chargé principalement
des relations extérieures 2, paraît également détenir le sceau
impérial, d'après le Pseudo-Kodinos 3 • Ces définitions excentriques,
aussi bien celle de H que celles de K, peuvent donc s'inspirer de
faits réels, mais connus de loin et mal interprétés.
Lorsque les définitions n'appartiennent qu'à l'une des recensions,
on ne lui accordera pas grand crédit. La règle s'applique à diverses
additions de K2 par rapport à la forme plus concise de KI. Pour
un byzantin, l'expression de; xÀ"fJPOVO(.J.Lcxc; ob,"fJ!J.~'wv, au sujet du
chartophylax (K2 4), n'a pas de sens : le rédacteur assimile ce
haut fonctionnaire à un simple tabellion de province. Le proto-
notaire n'a rien à voir avec les &ÀÀcx';~!J.cx't'cx de l'évêque (K2 6) ;
la proximité du canstrisios (&ÀÀ&O'w'J .à'J &pXte:pÉcx : K2 7) suggère
sans doute cette insertion inopportune, comme si le protonotaire
était le supérieur de son suivant sur la liste 4 • Le rédacteur de K2
est responsable aussi de la définition 15 a : l'ostiarios, doublet du

(1 j Je reviendrui sur celte interpl'ètalion dans l'ullalvse de la roncLion Lill sakdliou


et du pl'ôLekdikos, p. :lll et 322.
(2) L'épiLaphios de Demètrios Tornikès cOIltienL plusieurs allusions aux rapporLs
du logoLhèLc avec les éLrangers; texte réédité dans Hel). des ÉI. byz., 26 (1968),91-117.
(3) Traité de~ /J/lir:cii, l\d. VCI'peaux, p. 175, 1-;>,
(4) Il est plus rrobal>le que c'est le hiéromnèmoll qui seconde le canstrisios : voir
G I:! (Mosquensi~) et 1 1'2; le protonotaire et l'hypomimnèskoll ont des foncUons
bureaucr3 tiques.
NOTICES KI - K3 239
lampadarios, au lieu de porter le nambeau devant l'évêque (KI
pt 1(3, même numéro), portt' en procession la croix et la crosse
(~Epy~V) de l'évêque; il Y a confusion avec l'évêque latin. Plus
loin la même recension réserve à l'unique archonte des églises dt'
grayer 1 à la fois les antiminsia et les stauropègia (I(~ 10) ; les lisks
hyzantines connaissent l'archonte des antiminsia, peu cité avant
le XIIIe siècle, et les actes de stavropégie, auxquels peut participer
un archonte des monastères, ou celui des églises selon les cas, sont
supervisés crrtaineml'nt par un archonte supériour, le chartophylax
au dire de 8;)lsamon, ou Ii:! chancellerie cn général selon la
notice G. La recension K3, malgré l'étrangeté de son style incorrect
et diffus, est moins aventureuse que 1(2. Sa principale erreur
concerne le prôtekdikos: en règle générale ce fonctionnaire n'a
jamais eu pour attribution de vérifier les lettres de recommandation
ou de pouvoir des prêtres venus de l'extérieur, cc qui le mettrait
en concurrence avec le bureau du chartophylax.
Certaines particularités de la notice de Chypre s'éliminent donc
d'elles-mêmes par la critique (~t la comparaison de ses recensions:
avant de les mettre en parallèle avec les notices byzantines, il
faut les comparer entre clIcs. Pratiquement on sc référera en
premier lieu à K1, la moins évoluée des trois ct sans doute la plus
proche de l'archéLype. Mais il ne faut pas oublier que ce sont les
recensions les plus tardives et les plus remaniées, Goar l et II,
qui ont servi à toutes les études depuis leur publication en 1647
et leur insertion dans l'Euchologe grec en 1691-1692. On ne peut
plus se contenter d'additionner vaille que vaille tous les détails,
sans trier les diverses couches de la tradition qui se sont
accumulées 2.

5. Les noies de K2.


Je ne dirai rien du paragraphe 4, dont l'origine paraît remonter
à la notice H et à Jean de Kitros, qui inspirent l'insertion des
titres et la doctrine. Les paragraphes 2 et 6 sont propres à K2,
comme le plan de sa notice et la division en deux chœurs. La

(1) L'antiminsion et le stuuropègion comporlent une inscription, acte élémentaire


de chancellerie, comme le charl(~s de l'ordinalion : yoir p. 369. De plus l'acte de slavro-
régie exige plllSÎl~lIl'S actions complexes dans lesqurllcs inLerviennent soit le sacellaire
soit le charloph~·lax.
(2) L'étude littérale de la lradition jusqu'aux dernières recensions ne manque pas
d'intérêt. Ainsi les canonistes Liu XII~ siècle considerent le périodnulès (donL Jean dlJ
Kitros dit qu'il était prêtre) comme archaique : T.aod. 57, PG, 137, 1416-1417; on
emploiL' à son sujelle verbe 7te:ptépXe:cr8a.t, qui survil sans doute dans le 7tE:pte:tcre:px61l<:vaç
<.le Goor 1 el II.
240 THADITION ET CONTENU DES LISTES D'OFFICES

même question se pose : s'agit-il d'une tradition byzantine ou


chypriote, ou d'une combinaison des deux?
Dans le § 2, dont la première phrase est répétée au § 4 et dont
la fin concerne les lectures de l'Évangile durant la Semaine Sainte,
la note intermédiaire parle des trois crcppiXyï:8iXC;, un terme qui fait
précisément difficulté: « Sache également que, si quelqu'un détient
l'une des trois cr cP piXyi:8iXC;, il peut accéder à l'office ou à la cléricature
qu'il veut; de même, l'archidiacre et le deutereuôn des diacres l . ,)
Faisant suite à la remarque inspirée de Jean de Kitros, que
l'archidiacre n'est pas titré archonte, la note doit être interprétée
par référence au même contexte. Or les recensions postérieures
comprennent que ..pô:i:ç creppiXyi:~iXC; signi fient seulement les trois
signes de croix de l'ordination 2. Cela ne peu t être le sens du texte
primitif : il ne s'agit pas des trois signes de croix communs à
toute ordination, mais de trois degrés d'ordination (presbytérat,
diaconat, ordres mineurs). L'auteur veut dire que le clerc, à
n'importe quel degré, peut accéder à un titre supérieur et que
l'archidiacre et son deutéreuôn, malgré leur situation particulière,
ont aussi la possibilité d'accéder à un ordre supérieur (par ex. la
prêtrise) ou à un titre archontal estimé supérieur, soit par cumul
pour l'archidiacre, soit par simple promotion pour le deutéreuôn. En
moins clair, c'est une application du principe énoncé par Jean de
Kitros ; moins clair, parce que les provinciaux étaient moins stricts
pour l'estimation des offices convenant soit à un prêtre soit à un
diacre. Nous en avons sans doute un exemple dans la définition
du hiéromnèmôn, de fonds identique dans K 1_3 : si les rédacteurs
ne pensaient pas qu'il est prêtre, diraient-ils qu'il peut procéder
lui aussi à la dédicace des églises à la place de l'évêque? La pensée
de Jean de Kitros se retrouve dans les définitions de K 3, pour
lequel les quinze offices diaconaux forment une hiérarchie
d'u1nJp~"iX~ ; c'est pour qu'on ne le confonde pas avec un U7t1JpÉTIJC;
que le prêtre, selon Jean de Kitros, ne doit pas être nommé
hiéromnèmôn 3. La note de K2 est plus lâche et pose simplement
comme condition de la promotion la réception d'un ordre clérical,
sans se préoccuper de la répartition ancienne ou théorique des
offices entre divers ordres qualifiés.
Pour le § 6, nous ne trouvons aucune loi générale ni aucun
texte byzantin contenant des précisions semblables sur l'échelle

(1) Texte grec, p. 577, lignes 2-0 du § Z.


(2) GOAR, Huchologion (l re éd.), p. 271 et 275. Pour ceux qui consulleraienllc texte
édité par RHIILL~:S (Synlagma, 0, p. 534-538, en note), je fuis remarquer que celle
recension est Urée d'un manuscrit des XVIIIe-XIX· siècles. La note sur les ordinations
esl lombée.
(3) PG, 119, 973 A.
~OTICES KI . K3 241

des salaires. D'après Balsamon, les charges archontules, par opposi-


lion aux degrés d'ordre, se définissent comme source de revenus;
mais ceux-ci ne semblaient pas, à son époque, exactement propor-
tionnels à la préséance, puisqu'il fait état de l'hésitation des
candidats devant le titre de hiéromnèmon, plus élevé, mais moins
productif que celui du prôtekdikos. 110rinus, commentant le texte
d'après la recension Parisin. 1321 (= Goar II), propose deux
interprétations l :
1. ou bien le traitement des premiers est double de celui des
seconds et quadruple de celui des troisièmes. Soit la masse à
répartir 1400 : les premiers reçoivent SOO, les seconds 400, les
troisièmes 200 (1, 1/2, 1/4).
2. ou bien les premiers reçoivent deux parts, les seconds une
part et demie, les troisièmes une part un quart. Soit la masse 3S00 :
les premiers recevraient 1600, les seconds 1200, les troisièmes 1000
(proportion: S, 6, 5).
Très judicieusement, Morinus rejette la seconde interprétation,
en disant qu'il est improbable que les honoraires soient répartis
de manière aussi égalitaire entre les classes 2. Le texte original lui
donne raison : la première pentade reçoit le double (par rapport
à une mensualité fixe); la seconde, un demi (ê:'JiX'J ~!J.~(ju, non :
un el demi), la troisième, un quart. Mais le texte de K2 précise
ensuite que les autres, y compris l'archidiacre et le protopapas,
sont à la discrétion de l'évêque. On rejoint ainsi d'une certaine
façon la définition de Balsamon : seuls, les titres d'archonte
donnent droit aux avantages pécuniaires fixés par loi ou coutume
stable 3 • Peut-être trouvera-t-on dans quelque document un jour
la confirmation de ce que la notice de Chypre a pu recueillir dans
une source byzantine autorisée". La répartition des honoraires,
au-delà du système artificiel des pentades, vise sans doute ce
partage des archontes en trois classes qui me semble le mieux

(1) J. MOnJNus, Commenlarills de sarris ecclesiae ordinalionibtls, Paris, 1685,


(Ire éd. en 1655), p. 205-210. L'auteur déclare avoir copié le texte dans le codey. de
Montchal, à Toulouse, treize ans auparavant (= 16.1'2). Cc manuscrit au lieu de /tva.'J
~1-L[(J1J
donne /tva.v xa.l. 7J1-L[cru : d'où les deux hypoLhèses de Morin. Gour 11 donne le
même texte que le codrx de :\lonLehal (_-_c l'arisinus 1321).
(2) Op. cil., p. 256 : (1 Impossibile est enim vilium et honoratissimol'Um offieialium
mercedes et stipendia Lanta cum requalitaLe fuisse distributa .• Sur le traitement du
clergé, voir les renseignements réunis par E. HERMAN (arl. cité p. 83, n. 3).
(3) PG, 137, 73 A; dans ce passage Blilsamon dit clairement que ce salaire est
justifié par le litre d'archonte, non par la possession d'un ordre clérical.
(4) Seule, la notice Il parle d'un salaire: la roga des dipotatoi est doublée, par
rapport à un salaire de base inconnu : H 28.
242 T[{ADITION ET CO~TENU DES LISTES D'OFFICES

adapté aux réalités et qui subsiste, au XIVe siècle, à travers les


qualificatifs officiels.
En conclusion la notice K2 exprime la conviction de donner
l'image fidèle de la traùition byzantine. Si elle est la seule à
l'exprimer de manière aussi catégorique et solennelle, il ne s'ensuit
pas que le rédacteur a connu mieux que les autres la vraie tradition;
la situation de son Église le pousse à affirmer la permanence dps
usages byzantins. Sentiment louable, comme celui du rédacteur de
la notice H, dans une conclusion semblable; cela ne doit pas nous
empêcher de mesurer les limites de l'information ni de soumettre
toutes les définitions il la critique.

12. LISTE L

Dans les manuscrits, à partir du XIVe siècle, la liste la plus


commune est celle qui classe les offices en six groupes, dénommés
"t'lX,çtç ou 7tE'J"t'lX,ç, donnant un total de trente et un archontes. On
a perdu de vue que le groupe initial en hexade fausse le résultat
d'une multiplication théorique, mais ce détail n'a plus d'importance.
A partir de ce siècle, nous obtenons un nouveau point de repère
chronologique, l'extension du titre de mégas au chartophylax
en 1328 ; la manière dont les copies contemporaines et postérieures
traitent ce titre fournit un critère important, qui ne joue pratique-
ment qu'en faveur de la liste L. Très simple et très schématisée,
elle devient classique grâce aux manuels de Blastarès et
d'Harménopoulos, où elle voisine parfois avec la notitia de Léon
le Sage, ce qui a dû contribuer fortement à l'accréditer; il s'en
faut qu'elle ait la même antiquité et la même autorité.

Tous les manuscrits ne sont pas décrits avec


Tradition
manuscrite. la même précision l ; à défaut des éléments qu'on
ne peut signaler sans avoir le texte sous les
yeux, les catalogues nous indiquent au moins une date de copie,
le contenu général du volume, parfois un incipit mais bien insuf-
fisant, puisque c'est en finale surtout que se produisent les variantes
significatives2. Nous pouvons nous contenter d'un classement très

(1) Dans la liste qui va suivre, il est impossible d'apprécier à leur jusLe valeur
tous les manuscrits dont beaucoup sont cités seulement d'après les catalogues. Si la
description donnée est exacte, les risques d'erreur sont limités; en cas de dout!', en
pm'Uculicr lorsque la finale n'est pas connue, je classe les témoins dans lu première
liste (avec J1nale VO'TlXptCAlV) qui est de loin la mieux fournie.
(2) Le lexte proposé en appendice ne peut être considéré comme une édition
critique. Quelques autres indices pourraienl entrer en considération. Le titre ne varie
LISTE L 243
sommaire en parlanl de la yarianle qui fait du priIlllclCr des
t/nlail'fs, Ir primicirr des labou/arioi et des anagnôslai; ensuite
vient un groupe spécial de manuscrits où la notice reçoit un
supplément de longueur 'Variable; enfin je relèverai les manuscrits
de la notice en ycrs de Blastarès, décalque de la liste L. Je relève
les détails concernant mégas chartophylax et surtout le système
de numération, lorsque je les connais directement.

A. Finale 7tpLfl.LX~pLOC; "WV VO"OCpLWV.

Ambrosianus F 121 sup. (Martini 364), xv e sièclc; manuel de


Blastarès ; la liste L, f. 327 v , est suivie à distance par la notice F,
f. 346.
Ambrosianus 0 123 sup. (Martini 598), XVIe siècle, plutôt XVIIe;
mélanges disparates. La notice, f. 77, est suivie de la notitia de
Léon, puis d'une liste palatine l . Numération: taxeis 1-6, archontes
1-31 ; mégas chartophylax.
Ambrosianus Q 87 sup. (Martini 687), xv e siècle; f. 1, mono-
condyle répété de Manuel Eugénikos ; mélanges didactiques. Liste
au f. 7 v ; le catalogue ne la distingue pas de celle qui précède,
f. 6 v , recension blastarienne de Jean de Kitros.
Alheniensis 483, XIIe siècle; mais la notice, au f. 14üv , fait
partie d'un cahier adventice inséré au XVe-XVIe siècle; elle est
suivie de la notice N. En appendice, citation des notaires, du
protopapas et du deutéreuôn. Numération : archontes 1-31;
chartophylax sans mégas.
Alheniensis 1379, XVIe siècle; manuel de Blastarès avec supplé-
ment très développé. La liste, f. 341, est suivie de la notice en vers
de Blastarès; numération marginale désordonnée; chartophylax
sans mégas.
Alheniensis 1385, xv e siècle; manuel d'Harménopoulos ; f. 175,
notice avec double numération : taxeis 1-6, archontes 1-31;
chartophylax mégas.
Alheniensis 1386, XVIe siècle; manuel d'Harménopoulos ; f. 291,
liste non vue.
Aihon. Balopediou 470, an. 1555; manuel de Blastarès ; f. :ZIG,
liste non vue.

guère que pal' la disposition des mêmes éléments; dans quelques manuscrits de
B1astarès le titre est précédé de LXOl't"E:t ('t'ci rijC;,..). II n'y a pas grand-chose à tirer des
variantes vou(J.oM't'7)C; - vou(J.t086't'7)C; - vO(J.o86't"1)C; ; la forme pure vou(J.~o86't'7)C; est rare,
bien que le lexique juridique donne le sens de voù(J.tOV (ou voù(J.!J.tov); vO(J.o86't'7)C; est
presque aussi fréquent que VOU (J.o 86't'7)c;.
(1) PS!'l:Do-KoDINOS, éd. Verpcaux, p. ~97; liste-appendice de l'Hexabiblos.
244 TRADITION ET CONTENU OES LISTES D'OFFICES

Alhon. Dionysiou 367, XIVe siècle; manur:l de Blastarès ; f. 223 v ,


liste non VUf' 1.
Athon. Dochiariou 287, an. 1584; offices (n. 4) après 1(' manuel
de I3lastarès.
Athon. Iberon 286, XVIe siècle; manuel d'Harménopoulos dont
le supplément comprend certaines pièces rares du XI\·e siècle
connues par Athen. 1379 2 ; f. 165, les offices.
Athon. Iberon 290, xv e siècle; manuel de Blastarès; f. 266,
liste avec double numération: taxeis 1-6, archontes 1-31 ; mégas
chartophylax.
Athon. Iberon 303, xv e siècle; le catalogue cite n. 1 : manuel de
Blastarès ; n. 5, recension de .Jean de Kitros ; n. 6 : offices.
A/hon. Koulloumousiou 220, XVIIIe siècle, avec copie de la liste,
f. 17 v • La partie inférieure du f. 16 v présente un fragment venu
d'un autre manuscrit, avec deux séries d'archontes, où je note
le protopapas (g e ), le prôtekdikos (13 e ), et dans la seconde série
le kouboukleisios (4 e ); suit une note mutilée peu lisible (en
microfilm). Ce texte antérieur, plutôt aberrant, donne l'impression
d'être un essai maladroit 3 •
A/hon. Laura K 112, copie d'Harménopoulos exécutée au
patriarcat par le notaire Jean Holobôlos, en 1368; je ne sais
encore si ce manuscrit est le même que celui qui est cité dans
Parisinus 1355 comme appartenant au chartophylax Jean
Holobôlos. Liste au f. 370 v ; double numération: chifTres margi-
naux 1-6, archontes 1-31; mégas chartophylax; orthographe
recherchée et rare de vou!J.wMTIJç.
Genevensis 23 (Omont 133), début xv e sièclo; manuel de
Blastarès. Ce manuscrit est connu surtout par les documents
exceptionnels que Nicole y a trouvés: Livre de [' éparque, pros/agma
d'Alexis 1er concernant le chartophylax. L'éditeur pense que la
novelle sur les didascales, éditée par Leunclavius, fut copiée en
Orient sur ce manuscrit, avant qu'il ne soit donné à la ville de
Genève 4 • La notice vient en tête des suppléments ordinaires, au
f. 144; un peu plus loin, f. 149, la recension abrégée de Jean de
Kitros, et au f. 167 l'Eklhésis de Nil, ou manuel sommaire de
chancellerie. Numération unique par chiffres 1-6, en marge;
chartophylax sans mégas; à la fin une note de rédacteur avec

(1) cr. PSEUDo-KoDlr;os, éd. Verpeaux, p. 75.


(:l) Mais il faudrait voir de près les formulaires signalés seulement dans lberor, 286,
r. 12, fi7t'OL èmo"toÀwv; r. 112", 'tU7t'OL è7t'La'toÀLxwV 7t'poarpwlI7)ae:wII.
(3) Voir ci-dessus, p. 189.
(4) J. NICOLE, ~ Une ordonnance inMiLe ... "~, Byz. Zeif., 3 (1894), p. 17-18.
LISTE L 245

l'amorce d'une notice (économe-prôtekdikos) tirée de Balsamon et


que je reproduis (p. 564). Le dernier de chaque groupp, est uni au
précédent parxcxt, ce qui est une manière de marquer une fin d'énu-
môration et la distinction des groupes 1.
H ierosolymiianus III eioch. S. S. 4G, xv e sièele; manuel de
Blastarès, non décrit en détail; le 7tlvcx~ des offices, précédé de la
recension de J can de Kitros par Blastarès, doit se trouver vers
le f. 195. Gelzer édite la pièce qui doit suivre dans le manuscrit,
f. 195 v -196 : pseudo-ekthesis d'Andronic IIP.
Hierosolymiianus Meioch. S. S. 640, xv e siècle; manuel
d'Harménopoulos ; f. 232, offices de l'Église et du Palais; f. 235,
offices de l'Église suivis d'une liste palatine versifiée 3 •
Milylenensis Gymnasium 7, a. 1402 ; manuel d'Harménopoulos ;
f. 313, liste.
Mosquensis 149 (Vladimir 327), a. 1342; manuel de Blastarès,
avec les appendices canoniques et le traité contre les Latins;
l'abrégé de Jean de KiLros a une numération particulière; je ne
connais pas l'état de la liste qui suit, f. 211 v, sans doute liste L.
A10squensis 150 (Vladimir 328), an. 1669; manuel de Blastarès
par Kounalès Kritopoulos ; f. 306, offices de l'Église comme au ms.
précédent (d'après le catalogue).
M osquensis 426 (Vladimir 439), XVIe siècle; mélanges; f. 194,
liste.
Mosquensis 477 (Vladimir 331), xv e siècle; manuel d'Harméno-
poulos; f. 335, liste.
Neapolilanus Farnesianus II C 2 (Pierleoni, n. 70), XIVe siècle,
commentaire de Balsamon ; f. 4~)6v (xv e s.), liste.
Oxoniensis Bodleianus Aucl. T. 3.5 (Miscell. 222), XvIe siècle;
manuel de Blastarès. Le catalogue renvoie à l'édition de Beveridge,
Synodicon II, 2, p. 272 ; aucune numération, la liaison des groupes
étant assurée par un xcx[ ; telle est du moins la présentation dans
l'édition, attestée aussi par d'autres manuscrits; chartophylax
sans mégas.
Parisinus 1259, an. 1516 ; manuel de Blastarès et suppléments;
f. 305 v , liste, dont le titre habituel est précédé de crx6m:L (Ta TIic;...).

(1) Telle est la forme du texte édité pal' BlWERIDGE, Synodicon, II, 2," parl., p. '272.
(.~) H. GELZEH, C'ngedruckle ... Texle de,. IVoliliue episcopalulln! (AlJhandl. d. k.
Bayer. Ak. d. Wiss., 1 kl., band 21, aM. :~), ~Iüllchen, 1900, p. 607. A. PAPADOPOUl.OS-
KERAMEüS, 'IepoaoÀufLVnX-l) BtoÀw81pçYj, 4, p. 6·1; l'uutem du catalogue fail état
de la date 13tl6 (Ekthésis de Nil) qui n'est pas une date de copie. Le texte du Traité
des offices (éd. Verpeaux, p. IDS), annexé il ce volume, provient d'ailleurs.
(3) Cf. PSEliDO-KoDINOS, éd. Verpeaux, p. 330 (en note S, lire lome 5).
246 T1tADITlON ET CO~TENU DES LISTES D'OFFICES

Numération : taxeis ] -6; chartophylax sans mégas; f. 312,


rr.cension a hréQ.'éc de Jean de l<itros.
Parisinus 1337, xv e siècle; manuel de B1astarès ; la question 20
sur les offices dans la recension aLrégée de .Jt~an de KiLros est
au f. 195 v-196 v ; suit, f. 196 v-U)7. la liste L. Numération:
pentades 1-6, avec coordination par Y.. oc[ du dernier de chaque
groupe; chartophylax sans mégas 1 .
Parisinus 1341, copié à Rome pour De :\Iontchal (dans son
catalogue, n. 216) par Jean 0 'Ayw(.locupocç, en 1593; manuel de
Blastarès, avec liste au dernier folio 271 v comme supplément
unique; aucune numéraLion, articulation par Y.. oc[ ; charLophylax
sans mégas.
Parisinus 1342, copie de Darmarios, XVIe siècle; f. 52] v, comme
le précédent, sauf que le copiste a omis le second osLiarios 2 ;
avant, f. 518-520, réponse abrégée de Jean de Kitros.
Parisinus 1355, xv e siècle; manuel d'Harménopoulos ; une note
marginale au f. 204 v renvoie au manuel d'Harménopoulos du
grand chartophylax Holobôlos 3 ; la copie serait donc des années
1390-1398 environ. Numération particulière : pentades 1-7, le
prôtekdikos devenant premier du second groupe et ainsi de suite;
il ne reste donc pour la septième que L 31, le primicier des notaires,
auquel on ajoute les notaires; mégas chartophylax.
Parisinus 1361, xv e siècle; manuel d'Harménopoulos; f. 163 v ,
liste avec double numération: taxeis 1-5 (n. 6 omis), archontes 1-31 ;
mégas chartophylax.
Parisinus 1363, an. 1544, COple par ChI'. Auer; manu rI
d'Harménopoulos ; f. 448 v , liste avec double numération: taxeis 1-6,
archontes 1-27 (+quatre sans numéro) ; mégas chartophylax.
Parisinus 1363 A, an. 1671 ; manuel d'Harménopoulos ; f. 223 v ,
liste.

(1) Sur le Parisin. 1339, voir p. 253.


(2) Darrnarios n'est pas le responsable de l'omission; on la trouve dans Parisini
1310 et 1360 (le premier avec finale \/oTcxplw\/, le second, cX\/cxyvwaTW\/).
(3) Heimbach cite ce manuscrit dans l'édition dll Manuale (Hexabiblosl. p. VII ;
l'éditeur enregistre la date donnée par Lingenthal, dont la description ne semhle pas
exacte en ce qui COllccrlle le partage des écritures. La liste est de Feconde main ct de
la même probablement 'lui a écrit la nole marginale, f. Z04 v (Litre 5, ch. f» : È:\/ 8~
Tiii TOÙ tJ-eYlXÀou xcxp,,:,o<puÀcxxoC; TO\) 'OÀoô6Àou (sic) ~~ôÀLcp, Y~YPCXTt'TCXL OUTWC; XIX!.
TOÙTCP OT~ . XPlJ d8~\/CXL /ln éTt'T& da~ Tcl -riic; 8~cdHp'1JC; È:ÀcxnWfJ.CXTcx ... (conlre irois
dans le manuel). Cct llolobôlos, copisle de Laura K 112 en 1369, quand il était notaire,
n'est autre que le chartophylax devenu mélropolite de Gotthia en 1399 (voir ci-dessus,
p. 139); le ms. nthonite est l'Hexabiblos, mais je n'y ai pas trouvé la nole attribuée
au manuel du chal'tophylàx.
LISTE L 247

Parisinus ] 373, an. 1525; manuel de Blastarès; f. 446 v , liste


avec numération en taxeis 1-6; chartophylax sans mégas; titre
crx.67tE:~ ("Ii -rijç ... ) ; f. 465 v , réponses en abrégé de Jean de Kitros.
Parisirws 1374, xv e siècle; manuel de Blastarès ; f. 312, réponses
en abrégé de Jean de Kitros ; f. 319, liste sans aucune numération;
l'arLicle est rubriqué et devient majuscule au début des divers
groupes; chartophylax sans mégas.
Parisinus 1375, an. 1540; f. 338 v , liste comme Paris. 1373.
Parisinus 1377, XVIe siècle; manuel ùe Blastarès ; liste, f. 422,
entre les réponses de Jean de Kitros et la noti tia de Léon; numé-
ration: taxcis 1-6, archontes 1-31 ; mégas chartophylax.
Parisinlls 1388, xv e siècle; manuel d'Harménopoulos ; f. 256 v ,
liste avec numération: taxeis 1-6, archontes 1-31 ; mégas charto-
phylax.
Paris in us 2762, xv e siècle; mélanges littéraires et théologiques;
f. 87-88, liste suivie d'un début de notice comme Genrv. 23;
numération: pentades 1-6 ; mégas chartophylax.
Parisinus Suppl. gr. 304, copie de Darmarios ; f. 192v , liste.
Piana degli ALbanesi 4; le catalogue de Mioni renvoie à PG, Il n,
924 ; c'est la forme de numération: taxeis 1-6, archontes 1-31.
Seorialensis X II 18, XVIe siècle; le catalogue (G. de Andrès)
renvoie il VaUe. 848, mais il s'ngit du poème de Blastarès (voir
p. 253).
Seorialensis X III 1, XIVe siècle; commentaire de Balsamon et
Zonaras ; f. 200, la liste avec quelques fioritures inspirées peut-être
des vers de Blastarès; chartophylax sans mégas; numération :
pentades 1-6, archontes 1-31.
Trapezuniius Phroniisierion 2, XVIIe siècle; manuel de Blastarès ;
f. 243, liste.
Vaiieanus 162, XVIe siècle; Pseudo-Kodinos et chroniques. Le
catalogue renvoie à l'édition de Bonn, 113 note; cela ne doit pas
être tout à fait exact, car cette édition n'a pas la finale 'Jo't'ocpEw'J.
Il faut se référer à PG, 119, 924.
Vatican us 841, XIVe-XV e siècle; manuel de Blastarès avec
supplément disparate à partir du f. 158v ; f. 151 v, liste; charto-
phylax mégas; numération marginale 1-6 sans aucun sous-titre 1 .
Valieanus 848, xn:e-xv e siècle; manuel d'Harménopoulos;
f. 325 v , liste avec numération unique: archontes 1-31 ; chartophylax

(1) Lu runyoi du catalogue il PG, l:lï, lza sern donc corrigé: PG, 119, gZ·1, ou
BEVERIDGI::, Synodicon, II, 2, 27"2 (les ùeux éditions étant du même type avec dilTérence
dans le système de numéwlation).
248 TRADITION ET CO:'liTENU DES LISTES D'OFFICES

sans mégas. La liste est encadrée ou accompagnée par la noLiba


de Léon et la liste palatine, comme dans les autres manuscrits
du Vatican (avec Harménopoulos) cités ensuite.
Vaticanus 849, xv e siècle; manuel d'lIarménopoulos; r. 298 v ,
liste avec double numération: taxeis 1-6, archontes 1-31 ; charto-
phylax sans mégas.
Valicanus 2374, XVIe siècle; Pseudo-Kodinos (Verpeaux, p. 81-
82) ; r. 3 v , liste avec numération: taxeis 1-6, archontes 1-31. Cette
liste est incorporée aussi dans Oxoniensis gr. cfass. d. 140 ; le texte
de Ps. Kodinos dérive de Paris 1787, auquel les offices sont ajoutés
d'après un modèle du Vatican.
Vaticanus Archivo C 144, fin XVIe siècle; manuel de Blastarès
avec suppléments, dont la réponse de Jean de Kitros, r. 145;
r. 145v , liste où est omis le grand-sacellaire; chartophylax sans
mégas ; aucune numération, ni division. C'est une copie négligée
pour sa date l .
Valicanus Palalinus 256, an. 1449; manuel d' Harménopoulos ;
liste, f. 237 v , avec double numération: taxeis 1-6, archontes 1-31 ;
mégas chartophylax.
Valicanus Palalinus 369, XVe-XVIe siècle; manuel cl , Harméno-
poulos ; f. 104v , liste avec numération: archontes 1-31, la division
en taxeis étant marquée par un bon espacement.
Venelus Marcianus 182, manuscrit d'Harménopoulos; liste
mentionnée par le catalogue de Zanetti.
V indobonensis hisl. 58, XIVe siècle; manuel de Blastarès ; r. 284,
liste avec numération uniquement par chiffres 1-6 en marge;
chartophylax sans mégas. A la suite, notitia de Léon et la notice
en vers de Blastarès.

B. Finale 7tpLtJ.LX~ptoÇ TW'J TOCOOUÀOCPLW'J 2.

Mulinensis Bibl. Eslense III B 10 (caLaI. n. 62), an. 1393;


manuel d'Harménopoulos ; r. 230v , liste avec double numération:
chiffres 1-6 en marge, archontes 1-31 ; mégas chartophylax.
Neapolilanus Farnesianus Il A 12 (Pierleoni, n. 12, p. 64),
XIVe siècle; mélanges juridiques avec quelques opuscules de

(1) P. CA:"ART, Catalogue des manuscrits grers de l' ~1rc"ivio di SaI! Pielro (Stlldi e
Tcsti, 216), Horne, Hl66, p. 33. L'auteur m'a fourni les renseignem~nts uliles au sujet
des VaUe. 162 el 841, auxquels il renvoie, mnis dont le catalogue ne permettait pas
d'estimer l'etat exact.
(2) Je ne tiens pas eompte des variantes rtptfl.fl.t-, 't"cd3ouÀÀlX-.
LISTE L 249

Blastarès; f. 147, liste dont le catalogue mentionne le desinit,


suivie de la notitia de Léon VI ; plus loin, f. 188, liste palatine!.
Oxoniensis Bod/. Barocci 149, an. 1425; manuel d'Harméno-
poulos; f. 199 v -20û, liste avec numération des archontes 1-30, le
dernier chiffre étant remplacé par xex( 2; chartophylax sans mégas.
Parisinus 1362, xv e siècle; manuel d'Harménopoulos; f. 241 v_
242, liste avec numération dans le texte : archontes 1-31, et en
marge d'une autre main: taxeis 1-6; mégas chartophylax.
Parisinus 1386, xv e siècle; manuel d'Harménopoulos ; f. 305 v -
306, liste à numération incomplète: archontes 1-25, puis viennent
cinq noms sans numéro (26 rhéteur, 31 prim. des taboularioi) et
un supplément de cinq noms commençant par le primicier des
anagnôstai 3.
Vaticanus Borgianus 13, XVIe siècle; nomocanon de Markos
hiéromoine; f. 190, liste.
Vatican. Ollobonianus 440, an. 1347-48; manuel d'Harméno-
poulos ; f. 354 v-355, liste avec numération marginale: numéros 1-6,
et dans le texte : archontes 1-31 ; chartophylax sans mégas.
.Venelus Marcianus 183, an. 1359; manuel d'Harménopoulos;
f. 243 v -244, liste avec numération: archontes 1-31 ; chartophylax
sans mégas.
Vindobonensis jurid. 12, XIVe-XV e siècle; manuel d'Harméno-
poulos; f. 220 v , liste avec double numération numéros
marginaux 1-6, archontes 1-31; chartophylax sans mégas;
'Jou!-L0OôTI)e; écrit par correction de 'J0!-L080"'C'1)e;.

C. Finale : 7tpt!-LtX~ptOe; TWV &.'JexYVWcrTW'J.

Alhon. Panie/eimon 152, an. 1426 (en partie); pour la liste,


f. 299 v , exactement pareil à Parisinus 1360; ils contiennent tous
les deux les trois textes : liste d'Église, liste palatine et une lettre
d'un Sophianos à (Makarios Chrysoképhalos), métropolite de
Philadelphie et didascale œcuménique.
Parisinus 1310, xv e siècle; mélanges très variés; la liste, f. 405 v ,
est associée à la liste palatine, appendice habituel de l'Hexabiblos
et éditée par J. Verpeaux (Pseudo-Kodinos, p. 296); aucune
numération ni division; le second ostiarios étant omis, le total

(1) PSEVDO-KoDIJ'WS, éd. Verpeaux, p. 296; l'éditeur estime que tout le ms n'est
pas du XIVe.
(2) On voit que toute~ les varianLes n'ont pas même ligne de pal'lage; xcx! se
rencontre dans Geneu. 23 avec finale 'Jo't'cxp!Cl)v.
(3) Texte p. 564; ci-dessous, p. 251.

9
250 THADITION ET CONTENU DES LISTES D'OFFICES

n'est que de trente. Ce texte, avec son appendice, est celui de


l'édition du Pseudo-Kodinos, Bonn 113, n. 1 = PG, 157, 125, IL 1.
Il fut recopié dans Parisinus 1766, par Baluze, qui n'a pas tenu
compte de la disposition en colonnes; il faut les lire horizontalement
à partir de la première, comme les vers; le même désordre s'est
introduit dans la copie de la notitia de Basile, tirée par Baluze sur
le même modèle l •
Parisinus 1360, an. 1351; manuel d' Harménopoulos. Il est
curieux de constater que la foliotation est la même que celle du
Panicl. 152 ; la lettre de Sophianos au métropolite de Philadelphie
est contemporaine, car nous connaissons certaines dates du séjour
de Makarios à Constantinople et son titre exceptionnel de didascale
œcuménique qui semhle plutôt honorifique 2 • La liste, au
f. 299 v , avec numération de 30 archontes, le second ostiarios étant
omis; chartophylax sans mégas. Le noumodotès est cependant
écrit \/o(.l.oM't''Yjc;, faute imputable au copiste qui commet d'autres
bévues dans la liste des suffragants de Thessalonique : YPoub~'t'dac;
pour 6pouyobvrdac; et omission du numéro d'ordre 9. Cela signifie
sans doute que la copie, du vivant de l'auteur, est indépendante
de lui et ne fut pas revisée. Le Parisinus doit être à l'origine de
la tradition de ce groupe.
Valicanus 850, xv e siècle; manuel d'Harménopoulos; f. 238,
liste avec numération unique: archonte 1-31 ; disposition en quatre
colonnes qui ne laissent aucune place pour une division en groupes;
chartophylax sans mégas.

D. Appendices de la liste L.
Certaines copies ajoutent à la liste-type un appendice de quelques
noms. La forme la plus connue est celle qui fut diffusée dans les
copies du Pseudo-Kodinos par Darmarios et qui figure dans
l'édition de Junius s, faite d'après le Palalinus 414. Mais le respon-
sable de cette addition n'est pas Darmarios lui-même. Un ms tout

(1) Voir à ce sujet la note de V. Laurent dans Échos d'Or., 34 (1935), p. 45'2. Il
n'y a pas d'autre cas aussi évident d'une méprise semblable; eHe pourraiL expliquer
certaines anomalies de transposition des rangs: ci-dessus, p. 190, n. 4. Mais on ne
peut se prononcer sur le genre de la faute, si l'on ne dispose pa~ du modèle et de sa
copie.
(2) M. MANOt.:SSAKAS, MlXXlXplou IiItÀlX8e:À<pe;(lXe; 'toi) Xpuooxe:<pocÀou cXvtX80'tlX Xpov~xcX
al)(..I.e:~W!llX'tlX (1344-1346) de; 860 lX1J'toypoc<poue; MlXpX~lXVOÙe; XW8UtlXe;, extrai l de
07]OlXUp!cr(..l.lX'tlX, 4 (HJ67). 19 p. ; je ne sais pas en quoi consiste exactement la fonction
du métropolite Makarios, en tant que didascale œcuménique.
(3) Gr('lser, estimant que le texte n'esl pas du Curopalate, le l'envoie en note:
Bonn, 113 = PG, 157, 125.
LISTE L 251

à fait indépendant, Aiheniensis 483, associe déjà la liste L avec


la noLiec N, et ciLe les notaires, non le noLaire, comme Darmarios,
puis le protopapas ct le dcutércuôn.
a. copies ùe Darmarios 1 : Taurincnsis 1~0 (B II 10), Madrilensis
B. N. 4567, Scorialcnsis X IV 3 (?), Monaccnsis 156, Monacensis 247,
Vaiican. Palaiinus 414, Valican. Reginae 98, Londinensis Old
Roy. 16 C-XVIII, Bodleian. J s. Casaub. Adv. 32. Cette forme n'est
pas liée à la tradition du Pseudo-Kodinos, car Oxon. gr. class. d. 140
et Valicanus 2374 ont la liste simple.
b. copies indépendantes : Alheniensis 483 et Parisinus 1310,
lui-même copié dans Paris. 1766. Du fait que l'un a la finale
vo'tcxp[ù.lV ct l'autre, &'VCl.YVù.lcr.wv, il y a eu peut-être contamination
entre deux traditions.
Trois autres manuscrits au moins ajoutent chacun un appendice
propre à la liste L ; j'ai déjà mentionné le Parisinus 1386 ; voici
les deux autres.
Alheniensis Boulè 33, xv e siècle; manuscrit d'Harménopoulos ;
f. 245 v -246, liste (à finale "C"CXOOUÀCXpLWV), avec numération :
archontes 1-31, plus 1-3 en supplément.
Parisinus 396, XIIIe-XIVe; mélanges de littérature ecclésiastique 2•
Le manuscrit est l'unique témoin de la liste C (p. 708) ; à la p. 705,
une autre main, dans le premier quart du XIVe siècle, a inscrit
sans titre une nouvelle liste; c'est certainement la copie la plus
ancienne de la liste L. Elle est disposée en trois colonnes et comporte
en numération marginale les chiffres 1-6 en face du chef de groupe;
on lit: chartophylax et nomodotès ; supplément de trois noms en
commençant par le protopapas. La graphie VOfLoa6TY)c;, adoptée par
le copiste, ne lui est pas imputable.

E. Liste versifiée de Matthieu Blastarès.


De même que nous ignorons l'histoire des œuvres d'Harméno-
poulos et s'il prit part à la formation d'une collection avec
suppléments, insérés déjà de son vivant, nous ne savons pas grand-
chose de la tradition des textes de Blastarès, qui suivent un cours
parallèle. Si la date de copie du Mosquensis 149 (Vladimir 327)
est exacte, ce manuscrit, contemporain de l'auteur, nous donne
l'impression que Blastarès a pu composer une édition avec des
suppléments canoniques; nous y trouvons, signés par distique ou
monostique, le traité contre les Latins ct les résumés de réponses

(1) Voir l'exposé de J. VEfiPEAt:X, Pseudo-Kodinos, p. 63 s.


(2) Voit' ci-dessus, p. 187.
252 TRADITION ET CONTENU DES LISTES D'OFFICES

canoniques, dont celles de Jean de Kitros, mais non la liste versifiée:


d'après la description du catalogue nous reconnaissons la liste nue.
Le poème sur les offices de l'Église ct du Palais avec sa conclusion
moralisante ne semble pas avoir été composé pour entrer dans
l'œuvre canonique!. Du point de vue historique, elle n'a aucun
intérêt, puisqu'elle forme doublet avec liste simple: le nombre et
l'ordre des charges sont les mêmes, avec finale \/OTiXPlW\/, charto-
phylax sans mégas, numération de pentades 1-6 incorporée dans
le vers. L'auteur suit donc le type le plus ancien de la liste; il
écrit \/oufLo06n, ç cependant, tandis que Paris. 396 a déjà \/OfLo06TI)ç
ainsi que plusieurs copies de Blastarès. Si le texte lui-même est
sans grand intérêt pour les offices d'Église, l'étendue de sa diffusion
mérite d'être relevée. De la liste établie par J. Verpeaux pour son
édition nous pouvons éliminer quatre manuscrits qui ont omis les
charges ecclésiastiques: Alhon. [ber. 92, Parisin. 2991 A, Valican.
162 et Vindob. jur. 6 ; je marque d'une croix les quinze manuscrits
qu'il a connus 2.
+Andros Haghias 88, XIIIe et XIVe siècles; manuel de Blastarès.
+Andros Korlhion 12, xv e siècle; manuel de Blastarès.
Alheniensis 1379, XVIe siècle; manuel de Blastarès ; f. 341-342,
poème intercalé entre la liste L (voir p. 243) et la notitia de Léon.
Alhon. Dionysiou 374, an. 1648; nomocanon de Kounalès
Kritopoulos ; n. 3, poème.
Alhon. Koulloumousiou 347, an. 1538; typicon; n. 8, les vers
sur les offices ecclésiastiques.
Alhon. Laura 0 219, XVIIe (catalogue), XIVe (Beneseviè);
f. 224 v -25, poème.
Alhon Laura 0 220, comme le précédent: manuel de Blastarès
avec le même écart de datation; f. 688-689, poème.
+Athon. Batopediou 479, an. 1555; manuel de Blastarès;
comprend la liste L, f. 215 ; les réponses de Jean de Kitros, f. 223-
228; le poème, f. 230 v -232. D'après Beneseviè 3 , la date serait
XIVe-XV e siècle: celle du 9 nov. 1555 appartient à une note.
Alhon. Bafopediou 481, xv e siècle; manuel de Blastarès ; f. 255-
256 v , poème, suivi du traité contre les Latins.
+Alhon. Xeropolamou 191, XIVe-XV e siècle; mélanges et manuel
de Blastarès. Dans les mélanges, f. 104, notice F (voir p. 197).

(1) Rien n'empêche d'admettre (IU'il peul êlre antérieur à la promotion du


chartophylax en 1328.
(2) J. VERPEAUX, Pseudo-J<odinos, app. III, p. 314-315.
(3) VI. BE\';E~EV[é, Etai)crElÇ (art. cit., p. 183, n. 3), p. 25. Dans cet article, les manus-
crits Baloped. 479 et 481 portent la cole 411 et 411.
LISTE L 253
Dans l'appendice de Blastarès, f. 310, la recensIOn abrégée de
Jean de Kitros ; f. 311-312, poème.
Cairensis 67 (230), date non mentionnée dans le catalogue de
Moschonas ; manuel de Blastarès avec le poème, suivi probablement
d'une autre liste des offices ecclésiastiques et auliques.
+IIierosolymiianus S. Cr. 27, XVIe siècle; f. 201, poème,
supplément de Blastarès.
IIierosolymilanus Meioch. S. S. 501, an. 1698; nomocanon en
chapitres (type Malaxos?); la copie un peu confuse parait
associer : f. 227-23, notice N ; f. 237-38 v , poème.
Londinensis Addil. 17474; f. 183 v -185, poème de Blastarès (?)
parmi les suppléments courants de son manuel.
+Londinensis Addil. 34060, xv e siècle; manuel de Blastarès ;
f. 198 v -200, poème.
+Mosquensis 150 (Vladimir 328), an. 1669 ; manuel de Kounalès
Kritopoulos ; f. 306 v -307 v , poème suivi de la liste L (voir p. 245).
+lYlosquensis 458 (Vladimir 437), xv e siècle; mélanges litté-
raires ; f. 183-184v , poème.
+Paris 1339, XIVe-XV e siècle, d'après J. Verpeaux, qui signale
des lacunes après le f. 234 ; manuel de Blastarès, exceptionnellement
en parchemin, comme le Mosquensis 149 de l'année 1342. Au f. 231,
la réponse 20 de Jean de Kitros est dotée d'une numération
marginale de pentades, 1-4. F. 232v , la liste L, où ne sont inscrits
en marge que les numéros 1-2, les archontes n'étant pas numérotés;
chartophylax sans mégas, finale vO"t"aplwv. F. 235 r _v , poème. Le
recueil se termine par l'opuscule canonique sur le mariage du
7 e degré, qui ne se trouve pas dans tous les suppléments.
+Parisinus 1351, xv e siècle; mélanges juridiques; f. 447-448,
poème.
Scorialensis R 1 8, xv e siècle; manuel de Blastarès ; f. 313 v-314 v ,
vers sur les offices ecclésiastiques, puis sur les charges auliques,
sans la conclusion morale; les réponses de Jean de Kitros, abrégées
en 24 chapitres, au f. 306 v -314.
+Scorialensis X II 18, XVIe siècle; manuel de Blastarès;
f. 229 v -230 v , poème.
+Sinaiiicus 1609, XVe-XVle siècle; mélanges, y compris le
manuel de Blastarès et le Pseudo-Kodinos ; f. 169 v -170 v , poème;
f. 535 v , notice M (voir p. 259).
Sinaiiicus 1789, manuel de Blastarès ; folio non mentionné dans
le catalogue de Benesevic.
Sinaiiicus 1796, xv e siècle; manuel de Blastarès ; f. 154v -155v ,
poème.
254 TRADITION ET CONTENU DES LISTES D'OFFICES

Valicanl1S Archivo C 144, XVIe siècle; manuel de Blastarès;


f. 115 v -I16 v , poème, précédé de la répons/\ ahrégPI' dl' Jean de
Kitros sur les ofiices, isolée de son contexte, et de la liste L.
+ Venelus Marcianus III 4 (Nanianus 228), XVe-XVle siècle;
manuel de Blastarès; f. 137-138, poème, suivi de la notitia
d'Andronic.
+Vindobonensis hisl. 24, XVIe siècle; recueil canonique désor-
donné, y compris le manuel de Blastarès; f. 27 v -3û, poème l ;
f. 365 v , notice N (voir p. 265).
V indobonensis hisl. 58, XIVe siècle; manuel de Blastarès;
f. 287-288 v , poème précédé de la liste L (voir p. 248).
Vindobonensis jl1r. 6, xv e siècle; manuel d'Harménopoulos:
f. 2Û2 r _v , poème.
Comme on le voit, le poème est presque toujours ajouté à un
manuscrit de Blastarès, avec la plupart des suppléments habituels.

La liste L doit sa diffusion aux manuels de


DatatioD.
Blastarès et d'Harménopoulos qui l'enregistrent
comme classique; de même que la notitia de Léon VI, la liste
des offices n'était pas considérée comme le reflet de l'actualité,
mais comme un document représentatif d'un état idéal. Les deux
thessaloniciens, s'ils ont pris personnellement l'initiative de
l'insertion, ne peuvent être, ni l'un ni l'autre, auteur de cette liste.
Le qualificatif de mégas fut accordé pour la première fois au
chartophylax en la personne de Grégoire Koutalès, en ] 328 2 ;
celui-ci devint archevêque de Thessalonique, où il mourut en
décembre 1335 : c'est vers cette date que Blastarès rédige son
Synlagma 3 • Peut-être le titre de mégas n'était-il pas encore entré
dans l'usage courant; mais une forte proportion de copies de dates
très étalées continuent d'omettre le qualificatif. Cela ne peut
s'expliquer, surtout de la part de Blastarès, que par le prestige
de copies antérieures; on la reproduit sans entrer dans les considé-
rations de critique textuelle et historique. La présence de la liste L
dans le Parisinus 396 fournit le seul chainon intermédiaire entre
les manuels et le siècle précédent; si l'on a corrigé dans ce manuscrit
la liste antérieure (voir p. 188) pour mettre le prôtekdikos à son

(1) Dans l'Mition de Verpeaux (PsF.uDo-KoDlNOS, p. 319, apparat 33), est enre-
gislrée une addilion au texte par le Vindob. (sigle P), addition reproduisant la note,
r~sumé de Balsamon, contenue dans Genevensis 23 (ci-dessous, p. 564). Elle sc trouve
également dans Parisin. 2762.
(2) CANTACUZÈNE, Historia lIl, 1 : PG, 153,412 A.
(3) Calcul du cycle solaire: "t"o -rpé:xov iXp"dwç ,ÇWlJ.y' (l:n.1-1335) : S!Jnlagma, M.
Hhallès-Potlcs, p. 415 = PG, 145, 81 A.
LISTE L 255

nouveau rang, la liste L n'a pas été mise à jour ct, à la date où
elle fut copiée, le chartophylax n'était pas encore mégas.
La note que le Genevensis ajoute à sa copie nous permet-elle
de remonter plus haut? Bien qu'il soit du xv e siècle, ce manuscrit
jouit d'une certaine autorité. Sans compter le Livre de l'éparque
et les deux actes d'Alexis 1er Comnène connus par ce ms unique,
une autre pièce peut nous désigner le contexte historique. De
même que le Paris. 396 est un des rares témoins de la notitia des
évêchés du règne d'Isaac II Angel, le Genevensis, peu après la
liste des offices, contient au f. 153 la notitia des évêchés qui corres-
pond au règne d'Alexis III Comnène (Ange) 2. La note dit ceci:
« Telle est la taxis moderne et qui a force de loi actuellement dans
l'administration de la Grande Église de CP. Si en d'autres ouvrages
cette taxis se rencontre enregistrée différemment, une telle
disposition est plus ancienne et n'a plus cours à présent. » A coup
sûr la Ilote n'a aucun sens si elle est de la même date que sa copie,
au début du xv e siècle; elle figurait certainement dans un manuscrit
antérieur qui a servi au compilateur, ou bien le Genevensis
reproduit une compilation antérieure. Que représentaient à cette
date hypothétique, aux yeux du compilateur, les taxeis auxquelles
il fait allusion, nous ne pouvons le dire. Il est cependant remar-
quable que cette note soit suivie d'une amorce d'explication des
offices composée d'extraits de Balsamon tirés de sa dissertation
sur le chartophylax 3 • Cela nous ramènerait encore vers la fin
du XIIe siècle. Mais ce n'est qu'une date idéale; deux manuscrits
seulement, Paris. 2762 et Vind. hisl. 24, connaissent le même
début de notice sans la réflexion initiale. Nous laisserons donc
au Gcnevensis et à sa note leur date réelle; même si elle est
empruntée il un volume notablement antérieur, la réflexion n'a
aucune portée pratique pour nous, à part qu'elle confirme la
vogue de la liste au cours du XIVe siècle. La tradition manuscrite
commence très nettement avec cc siècle 4 ; pour admettre une date
même légèrement antérieure, il faudrait trouver des copies qui en
témoignent explicitement.

La comparaison d'une liste nue avec les


Ordre et nombre
autres est forcément plus sommaire et moins
des archontes.
convaincante que celle d'une notice, dont le
texte comporte quelque élément littéraire. Combiné avec les

(1) Voir p. 188, n. 2.


(2) H. GEJ.ZER, Ungedruckle ... Texle der Noliliae episcopaluum, p. 591-592.
(3) Voir le texte p. 564. Il se trouve aussi en apparat dans PSEUDO-KoDINOl.',
éd. Verpeaux, p. 319 (33) ; ci-dessus, p. 250, n. 1.
(4) C'cst pourquoi j'ai insislé sur la dale de Parisin. 396 el sur son contexte;
voir p. 187-188.
256 TRADITION ET CONTENU DES LISTES n'OFFICES

données de la tradition manuscrite, l'état de la liste fourni


cependant des indications satisfaisantes.
Les variantes de division en taxeis ou pentades ont une signif
cation très claire; même sans collation complète, la connaissanc
d'un bon nombre de manuscrits nous apprend, en effet, que 1
liste la plus répandue est loin d'accorder une valeur absolue à 1
division en groupes. Certains n'admettent qu'une numératio
continue; d'autres, les plus nombreux, présentent la division e:
groupes uniformes; mais le nom technique du groupe est Ta!;~(
omis même au début de la tradition, dans Paris. 396, puis sporadi
quement dans de très bonnes copies, tel le Genevensis 23. L
meilleure preuve que le classement des échelons ne reposait pa
sur un système numérique, c'est que les numéros varient de ru:
à l'autre!, et encore plus dans la réalité: il serait donc absurd
pour un byzantin de désigner un archonte par un numéro de séri
continue ou de groupe. Il suffit de regarder le tableau ci-dessou
pour s'apercevoir que le seul stable est le hiéromnèmôn. L
disparition du terme Éçaç de G à L, en passant par J, donne un
idée de la progression du système numérique. J omet hexas, mai
compte les pentades à partir du protonotaire; L fait partir le
pentades du début, contrairement à la logique.
Liste L comparée à F, G, J, N, 0; je donne le numéro d'ordr
correspondant, dans les autres listes, de l'archonte nommé dans L
-
F J G Liste L N 0

12 12 12 12 hiéromnèmôn 12 12
15 17 13 13 hypomimnèskôn 17 17
14 13 append. 14 did. évangile 18 19
23 14 - 15 did. apôtre 19 20
omo 15 - 16 did. psal1tier. 20 21
13 16 17 17 épi gonu lôn 13 16
<19> 18 18 18 épi kriseôn am. am.
16 19 19 19 épi déèseôn 14 13
20 20 20 20 épi katastaseôs 16 14
18 21 21 21 épi sékrétôn 15 15
17 22 22 22 archonte monast. 22 22
omo 23 23 23 - églises 23 23
omo omo 24 24 - évangile 24 24
29 29 25 25 - antiminsiou 25 25
28 28 26 26 - phôtôn 26 26
21 24 14 27 rhéteur 21 18
f
28 ostiaire a 27
22 25 15 \
1 29 ostiaire b. 28 ~ 27
30 30 16 30 noumodotès 38 ? 28
31 31 append. 31 primicier d. notaires 35, 37 ? 32

(1) Voir le tableau, p. 224.


LISTE L 257

La classification des listes L ct G offre les rapports les plus


étroits; seuls, ces deux témoins ont bien complet le groupe des
cinq hd et des cinq &pX<.ùv; celui des S:7tt ne s'est pas maintenu
ailleurs. Étant donné que les didascales ne sont pas mentionnés
par Jean de Kitros, il me paraît plus normal de considérer aussi G
comme plus archaïque, lorsqu'il les met à part; ce doit être le
rédacteur de L qui les a réintroduits vers la même époque que J,
ce qui leur permet de renvoyer à une place plus modeste les trois
intrus G 14-16 (rhéteur, ostiaires, noumodotès) ; les deux derniers
retrouvent ainsi un rang à peu près équivalent à celui que leur
donnait Jean de Kitros.
Les appendices soulignent la stabilité générale de la liste L,
car ils n'apparaissent que tardivement dans quelques manuscrits,
dans Parisinus 1310 et 1386 et Alhen. Boul. 33 : c'est une contami-
nation. Celle qui affecte la copie la plus ancienne Paris. 396 est
assez curieuse: le protopapas est suivi du deutéreuôn (des prêtres)
et du deutéreuôn (des diacres). L'absence de l'archidiacre peut
s'expliquer par le fait que le titre revenait souvent par cumul à
un archonte supérieur l ; mais nous retrouvons cet appendice
incorporé dans N 29-31. On aperçoit ainsi que l'articulation entre
offices diaconaux et offices presbytéraux constitue toujours une
difficulté pour les rédacteurs : dans les notices H et K elle porte
précisément sur la place de l'archidiacre, du protopapas et de leur
deutéreuôn. En inscrivant en finale le primicier des notaires, la
notice L a voulu marquer très clairement la frontière des offices
diaconaux, au moins en théorie, puisque les chefs de file du clergé
de Sainte-Sophie sont exclus. Nous avons déjà vu l'archôn t.
phôtôn et le noumodotès s'introduire dans les offices diaconaux 2 ;
en pratique, le classement produit plus de confusion que de clarté.
La variante finale qui nous a servi de critère n'est pas fortuite;
elle a un sens historique, car l'état des listes nous indique que la
variante a une date et qu'elle ne s'explique pas uniquement par
les rapports de copie; jugeons-en d'après le schéma.
_...... .. _-
D F G J L Na Nb
(Mosqu.)

123 prim. not. 30 prim. nat. +- 30 +- 31 not. 35 tabou/ar. anagn.


132 (prim. sous-
31 prim. ) /abou/.
diacre)
33 domest. ana- 33 prim. anagn. +- 39 +- 35 1
' anagn. 37 anagn.
gnôslai
1

(1) Voir p. 208.


(2) Pour Jean de Kilros, ce sonl des prêlres; texte, p. 538, nOO 24-25.

9-1
258 TRADITION ET CONTENU DES LISTES D'OFFICES

A toute époque, on considère comme normal qu'un groupe


d'employés homogènes soit doté n'un primicier, qui joue dans sa
sphère le rôle d'ancien, de chef de groupe. D est le seul à mentionner
celui des sous-diacres (avec K 26) ; son domesLikos des anagnôstai
équivaut peut-être au primicier des mêmes, attesté ensuite jusqu'à
la fin. Cette distinction sous-entend que les notaires sont des
diacres; cependant L et N b suppriment pratiquement cette
distinction, ou bien par omission des notaires, ou bien par assimi-
lation des anagnôstai à des notaires. Cela reviendrait à dire qu'à
une certaine date les notaires ordinaires n'avaient que l'ordre de
lecteur, qu'il y avait peu de notaires diacres, et que l'expression
primicier des anagnôstai et primicicr des notarioi désignait le chef
du même collège. De fait nous rencontrons, en 1391, Georges
Eugénikos anagnôstès et primicier des notaires 1 ; la plus ancienne
variante &.vaYCiJrnwv, dans L 31, est de 1351 (Parisin. 1360). Elle
peut provenir d'un copiste de province, où la distinction des offices
par ordres sacrés était beaucoup moins rigoureuse. Mais bien
auparavant, il existe des sceaux de sous-diacres notaires et d'autres
de clercs palatins et patriarcaux, notaires sans aucun ordre, ou
de l'ordre mineur 2 • Encore en 1277, la liste des signatures distingue
une catégorie nombreuse de notaires qui ne se disent pas diacres 3 •
Pour que le terme à.vaYVCiJr:I":wv pénètre enfin dans la nomenclature
comme équivalant à vo,,:apLCiJV, ou à une catégorie de notaires, une
certaine évolution a pu se produire même à Constantinople.
L'important pour nous est de constater que le vocabulaire n'a pas
admis ce terme de primicier des anagnôstai avant le milieu du
XIVe siècle, pour le substituer à primicier des notaires.
La variante vO":(J.p(CiJv-,,:aoou/"ap(CiJv n'est pas de même genre: les
deux termes qui entrent en concurrence n'opposent pas une charge
à un degré d'ordre, mais deux fonctions, distinctes aussi bien dans
la capitale qu'en province. Les notices, de D à L (dans sa recension
première avec vo,,:ap(CiJv), ne mentionnent pas le taboularios parce
que c'est un emploi très commun, qui ne donne pas droit au titre
plus relevé et plus spécifique de notaire patriarcal. A une époque
plus reculée, nous rencontrons cependant un exarchos des tabou-
larioi, qui doit être le primicier des notaires patriarcaux4, puis un
primicier des taboularioi, à Cyzique 6 • En province, on emploie
couramment nomikos et taboularios; à Constantinople, au

(1) Ot;DOT, Acta, p. 112; noter qu'il s'agil d'un lecteur prêt à recevoir le diaconat.
(2) LAURENT, Corpus (index du t. 5), p. 510.
(3) Voir liste p. 532; les aulrcs notaires menlionncnl leur lilrc de diacre, landis
qu'un groupe signe simp1emcnl : 0 lv 1tCXTptCXPXL>w'rç vOTcxpLotç; voir p, 384, n. 3.
(4) MM, IV, 31'2, 4.
(5) cr. Reqesles, 1055; sur les taboularioi de Smyrne, voir ci-dessus, p. 120-121.
NOTICE M 259

XIVe siècle, les taboularioi sont des prètrcs de quartier. Malgré la


synonymie des termes, l'emploi de taboularios dans les notices
n'est pas très ancien; la première copie datée est de 1359 (Venet.
Marc. 183), contemporaine par conséquent de celle qui admet
eXVlXYVUlcr1"WV. Ces variantes attestent surtout une évolution du
langage ou une vulgarisation de la liste devenue classique et dans
laquelle des copistes, peut-être provinciaux, ont introduit deux
termes plus courants que notaire. Mais il est probable aussi qu'une
bonne partie des notaires au XIVe siècle n'étaient pas diacres.
Plus tard, nous verrons entrer le terme YPlXfl'f1.lX1"~x6ç (P2 6), plus
littéraire et dont le sens technique n'est pas bien fixé.
L'absence de définitions dans la liste L donne à la hiérarchie
un caractère plus abstrait. Théoriquement, la date est comprise
entre 1192, élévation du prôtekdikos, et 1328, titre de mégas
chartophylax; en fait, elle doit être contemporaine de G et.J et
un peu postérieure: fin XIIIe siècle, début du XIVe,

13. NOTICE M

Il est arrivé que la liste L soit associée à la notice N, comme dans


les copies de Darmarios ; cette union mal assortie n'est due qu'à
une rencontre fortuite. La notice M, la seule qui suit de très près
l'ordre de la liste L pour définir les archontes, est attestée par des
témoins tardifs et en mauvais état; la composition est nettement
antérieure à ces copies.
Je ne connais que deux copies du texte :
Manuscrits
et traditIon. 111elforensis Il. Slephanou 79 et Sinailicus IG09 ;
ce sont deux manuels de Blastarès, le second
beaucoup plus volumineux, parce que le copiste lui a adjoint un
assez grand nombre de textes hétérogènes. Nous n'avons pas une
description complète de Jlrleleor. 1 ; du moins, il contient comme
Sinail. un texte très rare : les questions d'Euphémianos au
patriarche Luc 2 • Dans les deux manuscrits, la notice des offices
voisine avec la notitia des évêchés d'Andronic II. Le manuscrit

(1) Microfilm fragmentaire à notre Institut, pris par le R. P. Laurent. Les folios
ne sont pas visibles; le texte commence sur un verso (vers les fT. 2;)0-255 du ms. ?)
et, du recto suivant, je ne connais que ce qui apparaît sur la même photog-raphie,
une bande de deux ou trois centimètres de texte: titre de l'archonte el début de
définition.
(2) [fegesles, IOS7 ; à la parution du volume, on ne connaissait que deux manuscrits
de ce lexte; en plus du Meteor., il a une copie plus étendue à l'Athos, manuscrit de
Laura 0 SI, f. 146 (d'après le catalogue).
260 TflADITION ET CONTENU DES LISTES D'OFFICES

des Météores met en marge des extraits de la réponse ùe Jean de


Kilros sur les oflices (recension de Blaslarès); le Sinail. les a
insérés dans le texte cL de manière à reproduire toute la réponse:
elle est en pièces détachées sans ordre, de sorte que le début est
reporté à la fin de la notice. Cette contamination s'explique
facilement par le voisinage du Syntagma de Blastarès, dont la
recension des réponses de Jean de Kitros est un appendice normal.
Les extraits ne sont pas réellement incorporés au texte, puisqu'ils
sont à part et d'une main difTérente dans Méteor. ; la confrontation
est postérieure, si bien que la présence de ces parties adventices
ne signifie rien pour la datation du texte primitif : elle nous
indiquerait plutôt que sa rédaction, certainement indépendante, est
antérieure à l'œuvre de Blastarès, comme la notice L elle-même.
Le Sinait., œuvre d'un collectionneur à la curiosité un peu brouil-
lonne, insère encore au début une note extraite de la notice K et
la note de la notice G sur les didascales. La notice M est ainsi
enveloppée dans une compilation qui nous voile l'aspect primitif
du texte.
Le Meteor., de son côté, copie un texte dégradé antérieurement:
la rédaction de 8 a, 12 et 17 montre que deux définitions adjacentes
ont fusionné, non par faute du rédacteur, mais par erreur de copie.
Le logothète 8 a est contaminé par la définition du canstrisios 9 ;
le hiéromnèmôn 12, probablement par celle d'un didascale ; celle
de l'hypomimnèskôn 17, par celle de l'épi kriseôn. Il s'ensuit que
l'original est déformé, difficile à retrouver et à présenter. Pour
l'ordre des offices, il faut suivre Meteor., car après le n. 13,
l'éclectique Sinait. opère des changements qui troublent l'ordon-
nance; du n. 13 à 31, je me contente de donner la comparaison
des deux, puis la définition de six archontes, commune aux deux
copies et différente des modèles que le rédacteur a utilisés. Faute
de ces définitions, la notice serait à négliger; bien qu'à l'origine
elle résulte d'un travail de seconde main, le rédacteur y a introduit
quelques éléments originaux.

L'ordre et le nombre des offices ne corres-


pon d ent pas exactement a. ceux d
Analyse et cri tique.
e la 'hste L ;
l'absence de l'épi kriseôn est compensée par addition M 22 : le
second didascale ; la limite reste la même au dernier rang, occupé
par le primicier des notaires. A l'intérieur se produisent des
changements qui se font dans un groupe très significatif. On peut
tenir pour acquis que les groupes identiques J 12-17 et M 12-17,
constitués par ces seuls témoins et par dissociation du classement
des cinq épi dans les listes G et L, ont une origine commune. Le
groupe suivant fait apparattre une solution nouvelle pour résoudre
NOTICE M 261

une difficulté antérieure. J avait rétabli l'épi kriseôn, omis dans la


notic~ F ; la notice ~1 subit en cet endroit une gêne qui sc traduit
par des divergences notables entre ses manuscrits.
J M
.- .. "

original? Meteorellsis
17 hypomimni'skôn
18 épi kriseôn
19 épi dééseôn
20 épi sékrétôn
21 épi kataslaseos

Étant donné que la notice M néglige toute classification numé-


rique, elle n'est pas gênée en principe par le besoin de constituer
des groupes de cinq. L'état de la définition du n. 17 dans les deux
copies, où s'introduit un élément disparate, montre que le texte
original était différent; le rédacteur avait probablement omis l'épi
kriseôn, comme la notice F et à sa suite la notice l\" ; lui-même,
ou un autre, l'avait rétabli en marge avec une définition vague
mais personnelle; les copistes postérieurs l'ont insérée au mauvais
endroit, à l'intérieur de la définition de l'archonte précédent, dont
le rôle est considéré par les notices comme purement liturgique.
Le Sinaiticus, plus curieux, retrouve la définition de la notice G,
qu'il pouvait trouver également dans ~ ; de plus il remplace l'épi
eutaxias par l'épi sékrétou. Dans ce groupe, la classification est
donc troublée à la fois par l'omission de l'épi kriseôn assez courante
à une époque donnée et par l'arrivée de l'épi eutaxias. Or, celui-ci
apparaît pour la première fois dans H 27, qui le considère comme
employé au tribunal, chargé du service d'ordre; il est bien distinct
de l'épi katastaseôs, confiné dans la liturgie. Nous ignorons quelle
définition lui donnait M : elle pouvait justement introduire une
nouvelle confusion, puisque les deux offices qu'il omet (épi kriseôn,
épi sékrétou) possèdent des attributions proches l . Vers la fin de
la liste, le texte primitif omettait les définitions. Le Meteorensis
n'en a pas de première main et reproduit exactement l'ordre de L ;
en efTet, par rapport aux autres témoins, ('elle liste intervertit
l'archonte phôtôn et antiminsiou : G 25-26 (= N 25-26) deviennent
L 26-25 (= ),1 26-25). C'est un détail bien mince; mais comme la
liste J, tout en ayant le primicier des notaires à la même place
(J 31 = L 31 = M 31), adopte une finale toute différente, le
rédacteur est certainement revenu à la liste L. Tous ces indices

(1) Dans la noLice I. je restitue l'(~pi kl'iscôn au no 16 (voir ci-dessus, p. '218). La


noticc 0 introduit cPrLaillcmcnt dans la dl\flnilion de 1·1, (~pi s(~krétôn, un élément
tiré d'une dilfiniLion de l'épi kriscôn : voir p. 277.
262 TRADITION ET CONTENU DES LISTES D'OFFICES

nous rapprochent de la période où la liste J, peu répandue et


connue par copie unique, a pu êtr(~ consultôc et en mrme tt'mps que
la liste L, dont on n'accepte pas encore toute l'ordonnance. Ce
devait être dans l('s débuts du XIVe siècle.
Si le rédacteur a composé SeS définitions suivant la même
méthode que sa liste, il transmet sans doute aussi quelques
renseignements qui ne nous sont pas parvenus par les autres
notices. Il se distingue du commun pour les définitions du charto-
phylax au protonotaire et ajoute de-ci, de-là, des termes techniques
intéressants, en particulier sur le rôle des archontes dans la
cérémonie de promotion dite fLLXPOC O'c;>pcx.y[ç. La définition du
sacellaire est à souligner comme vestige du XIIIe siècle, ou de ce
laps de temps indéterminé durant lequel cet archonte n'avait
juridiction que sur les monastères de femmes. Nous remarquons, en
effet, que le renseignement est cantonné dans les notices F G H,
mais que déjà la notice K ne l'accepte pas; le rédacteur ne cannait
donc pas le retour à la normale enregistré par la notice NI. On
ne sait exactement ce qu'il entend par 8;;:{rt'Epoç O'cx.xEÀMpLOÇ : sans
doute l'archonte des monastères, cité plus loin sans sa définition;
mais la juridiction du second sacellaire n'est pas dans la même
ligne que celle de son chef, puisqu'il doit s'occuper des prêtres 2 •
L'erreur pourrait provenir d'une mauvaise utilisa