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L'avare

Et

La petite pièce

Dédicace à mon fils Kévin.


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Un homme riche et avare nommé monsieur Oursin avait un coffre


rempli de pièces d'or.
Un jour d'été, il se promenait sur le chemin lorsque son soulier
heurta une pierre. Comme il baissait la tête, il vit quelque chose
briller.
- Hum, hum, on dirait une pièce.
Il tira une lunette de son habit et la braqua vers la pièce.
C'était bien une pièce! une pièce d'argent incrustée d'une pépite
d'or.
Vite, il glissa sa lunette dans la poche de son habit, ramassa la
petite pièce et revint à la maison.
De retour chez lui, il se précipita dans le salon, ouvrit le coffre et
l'y jeta la pièce. Mais au moment de rabattre le couvercle, il
attendit quelques secondes pour voir si la pièce était encore là.
Oui, elle y était. Alors, il laissa le couvercle retomber et se retira.
Le soir venu, monsieur Oursin alla se coucher.
Malheureusement, il fit un mauvais rêve; il rêva que la petite
pièce avait disparu...
Où diantre pouvait-elle bien être? Pas moyen de la trouver. Il
éclaira chaque pièce avec sa chandelle, et finalement, il retrouva
sa pièce égarée.
Juste à ce moment, Monsieur Oursin se réveilla.
Il eut une telle peur qu'il sauta au bas de son lit, descendit
l'escalier et fila comme une flèche vers le salon.
En arrivant, il ouvrit le coffre et, au lieu d'examiner la pièce, il
l'enleva et la mit dans sa paume.
Oui, monsieur Oursin croyait posséder la plus étrange pièce au
monde.
Cette fois, une idée lui passa par la tête.
Il prit une cassette, l'ouvrit et l'y jeta la pièce.
- Si seulement la cassette se remplissait! pensait-il.
Au bout d'un moment, il vit une pièce. Puis une seconde, puis
une troisième.
Bientôt la cassette était pleine à ras bord.
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- Que d'or! me voilà très riche, dit monsieur Oursin en se frottant


les mains.
Là-dessus, il referma la cassette et il alla se coucher.
Quelques jours plus tard, monsieur Oursin allait en ville.
Il marchait sur le sentier quand il vit s'avancer un mendiant.
Ce dernier lui demanda l'aumône.

- Une pièce? protesta monsieur Oursin, hélas, je n'ai pas la


moindre pièce.
Et il s'éloigna pensant que jamais il ne le reverrait
- Voilà quelqu'un qui ne manque pas de toupet! Me demander une
pièce, à moi!.
Monsieur Oursin éclata de rire.
Un jour pourtant, il revint en ville et il revit justement le
mendiant. Pour la deuxième fois, ce dernier demanda qu'il lui
donne une pièce. L'autre, non seulement l'invita à partir, mais il
voulut qu'il le fit sur-le-champ.
- Tu veux donc que je m'en aille? demanda le mendiant, pourquoi?
- C'est bien simple, répondit monsieur Oursin.Tu n'as rien à faire
ici, continue ton chemin.
Le mendiant n'attendit pas qu'il le lui dise deux fois.
Il se mit donc en marche.
Il était temps car un gentilhomme au bon cœur, s'arrêta, puisa un
écu dans sa bourse et le lui donna.
Le mendiant le remercia et s'en alla.
Le soir venu, alors que monsieur Oursin était endormi, une fée
parut.
- Monsieur Oursin, dit-elle d'un ton sévère, sais-tu ce que l'on dit
de toi?
L'autre ouvrit les yeux et répondit:
- Non, je ne sais pas.
- Eh bien, je le sais, moi! s'exclama la fée. Mais n'attends pas de
moi que je te félicite. On dit que tu es ingrat et cupide.
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- Je m'en moque.
La fée indignée hocha la tête:
- Ce que tu dis est inadmissible, donc je vais te punir.
- N'en fais rien, reprit monsieur Oursin, je peux arranger ça.
- Je veux bien te croire, dit la fée.
A l'instant même, elle se retira.
Les jours passaient.
Une après-midi, monsieur Oursin assis dans le jardin, une cruche
d'eau bien fraîche et un verre disposés sur la table, vit venir à lui
une vieille femme qui avait grand'soif.
- Pourrais-je avoir un peu d'eau? demanda-t-elle.
Monsieur Oursin ne lui jeta même pas un regard, il prit la cruche
et remplit le verre à ras bord. La vieille femme se réjouit à l'idée
de boire. Mais au lieu de lui tendre le verre, l'autre but, comme si
de rien n'était.
- Bah! aucune importance, dit-elle en haussant les épaules. Je
boirai à la maison.
Comme elle se retournait pour le regarder, il quitta le jardin, plus
fier que jamais.
A ce moment, la fée qui s'était cachée derrière un arbre, sortit
carrément furibonde:
- Cette fois, c'en est trop, dit-elle sévèrement. Je vais donner une
petite leçon à ce sacripant!
Elle attendit la nuit, se faufila discrètement dans la maison et
s'enferma dans le salon.
Soudain, les choses se précipitèrent!
Sa main gauche posée sur le coffre, sa main droite posée sur la
cassette, elle toussa, une fois, deux fois, trois fois. C'est alors
qu'une chose incroyable se produisit; un éclair cingla le plafond.
La fée ramena son œil gauche en face du trou de la serrure du
coffre, puis son œil droit en face du trou de la serrure de la
cassette, et sourit.
Il ne restait plus rien.
Là-dessus, elle secoua la tête et disparut.
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Le temps passa.
Vint le jour où monsieur Oursin courut dans le salon pour
prélever quelques pièces.
Il ouvrit le coffre qui se trouvait être rempli de pièces d'or et
poussa un cri de surprise.
- Par exemple! Oh! par exemple! il est vide.
Une minute plus tard, il ouvrit la cassette.
- Sapristi! elle est vide aussi.
Il eut beau les secouer, rien! il n'en tomba pas une seule pièce.
Les pièces d'or avaient disparu. Mais pire encore, la petite pièce,
elle aussi avait disparu.
- Il doit y avoir une explication, évidemment... Mais laquelle?
Monsieur Oursin réfléchissait:
- Voyons... Ce doit être une petite plaisanterie de rien du tout de la
fée.
Alors, il alla s'asseoir dans un fauteuil et l'attendit. Mais, hélas
elle ne se montra pas.
Cette fois, monsieur Oursin était désespéré.
Il referma son coffre, sa cassette, et la tristesse dans l'âme, il
monta jusque dans la chambre.
Une semaine passa, puis passa une deuxième et monsieur Oursin
était de plus en plus triste. Il ne sortait plus, ne voyait personne,
et restait des jours entiers, couché.
Alors une nuit, devant le désarroi de monsieur Oursin, la fée
décida de lui venir en aide. Elle attendit qu'il se soit endormi,
monta l'escalier, se glissa dans la chambre, et déposa la petite
pièce sur le coussin.
L'autre ne s'aperçut de rien.
Ce n'est qu'au matin, lorsque monsieur Oursin ouvrit les yeux
qu'il trouva la petite pièce. Il la prit dans sa main et réfléchit à ce
qu'il y avait lieu de faire.
Et bientôt, il se dit:
- C'est décidé. Je vais aider mes trois voisins; le premier est si
pauvre qu'il n'a pour toute pitance que du pain sec, le second qui
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est meunier n'a plus un seul épi de blé, quant au troisième, il a


une terre rocailleuse où rien ne pousse.
Monsieur Oursin eut fort à faire ce jour-là.
Il commença par le voisin qui habitait en bas du chemin.
Le temps était magnifique.
En arrivant, il ne le trouva pas à sa maison comme il l'espérait
mais assis sur un banc, là où il avait l'habitude de venir se
reposer, et réfléchir.
Monsieur Oursin alla s'asseoir près de lui.
- Bonjour, cher voisin, tu as l'air bien triste.
Le voisin lui sourit gentiment.
- Je suis venu pour te dire d'aller chez moi, lui dit monsieur
Oursin, et de prendre autant de nourriture que tu le voudras.
Le voisin le regarda timidement et lui demanda:
- Que veux-tu en échange?
- Moi, je ne veux rien, lui assura monsieur Oursin, sinon que tu
sois heureux.
L'autre était tout content, il fallait voir ça!
Il jeta ses bras autour de son cou et le remercia.
Là-dessus, monsieur Oursin se leva, quitta le voisin et se mit en
route pour le moulin.
- Et de un! dit-il avec un soupir de soulagement.
Il fallait une demi-heure pour aller à pied jusqu'au moulin. Tout
le long du chemin monsieur Oursin chantait, il trouvait cela très
amusant, de marcher sous le soleil. Mais au bout d'un quart-
d'heure de marche, il était rouge et essoufflé. Alors, il s'arrêta à
l'ombre d'un énorme chêne, s'assit au pied de l'arbre, puis tira de
sa poche un mouchoir de soie fine, et s'épongea le front.
Plusieurs minutes avaient passé, lorsqu'il se remit en route. Pour
ne pas perdre de temps, il résolut de prendre un raccourci. Il
marcha, marcha jusqu'à ce qu'enfin il parvint au moulin.
En arrivant, monsieur Oursin fut bien étonné de voir qu'il n'y
avait personne. Il courut à la grange. Et là, il vit le meunier assis
à même le sol en train d'astiquer ses bottes.
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- Bonjour, cher voisin, lança monsieur Oursin.


- Tiens, tiens, c'est toi!
Le meunier ne semblait pas enchanté de le voir.
- J'ai pris une décision importante, lui dit monsieur Oursin, j'ai
choisi de te laisser tout mon blé.
Mais là, le meunier débordait de joie.
Il ne tenait plus en place.
- Entre-donc! dit le meunier, tu dois avoir faim, tu mangeras avec
moi.
Il n'eut pas pas plutôt prononcé ces paroles, que monsieur Oursin
jeta un coup d'œil sur une grosse montre, qu'il tira de sa poche:
- Il est déjà midi. Bigre! que j'ai perdu du temps! il faut me
dépêcher.
Ceci-dit, il quitta le meunier et reprit sa marche.
- Et de deux! fit monsieur Oursin.
Il marchait sur le chemin caillouteux lorsque tout à coup, il vit
de loin une silhouette.
- Tiens! on dirait que c'est mon troisième voisin... Oui, c'est bien
lui... Où va-t-il donc d'un pas si pressé?
Monsieur Oursin se mit à courir à toutes jambes pour le
rattraper, mais l'autre allait trop vite.
Alors, il l'appela.
- Ohé! Arrête-toi!
Le paysan s'arrêta et s'exclama:
- Tiens, quelle surprise!
- Bonjour, cher voisin, dit monsieur Oursin, je viens te proposer
de m'accompagner pour que tu voies mes champs. Je ne crois
pas me tromper en disant que tout ce dont tu as besoin, c'est
d'une terre riche et fertile.
Le paysan fut ébahi de voir monsieur Oursin parler de la sorte.
Mais il savait que sa terre n'avait rien produit, et elle n'en
produirait sans doute jamais, aussi accepta-t-il de l'accompagner.
Et les voilà, ensemble qui s'en allaient aux champs.
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Il y avait un quart d'heure qu'ils allaient ainsi, quand ils


traversèrent un petit pont.
- Dis-donc, nous arrivons bientôt? demanda le paysan.
- Ne t'inquiète pas, répondit monsieur Oursin. Ce n'est plus très
loin. Après le petit pont, celui où nous sommes en ce moment.
Il était temps!
A peine l'avaient-ils traversé qu'ils aperçurent les champs.
- Entre dans les champs, lui dit monsieur Oursin, examine-les et
fais ton choix.
Le paysan fit ce que l'autre avait dit.
Il s'enfonça dans les champs, jeta un coup d'œil à celui qui se
trouvait entre le pont et le chemin, puis se décida.
Monsieur Oursin était tout content.
Il tendit sa main vers le paysan pour dire adieu et il retourna
chez lui.
- Et de trois, fit-il.
Il marchait à grands pas, les mains dans ses poches, en chantant,
quand il arriva à la maison.
Au moment d'ouvrir la porte, il vit la vieille femme. Celle-là
même qui lui avait demandé un peu d'eau. Elle était assoiffée,
affamée et elle tenait à peine debout.
Monsieur Oursin s'adressa à elle, avec gentillesse:
- Bonjour, grand-mère, sais-tu qui je suis?
La vieille femme ne voulait rien entendre.
Mais l'autre revint à la charge.
- Écoute-moi, je t'offre une bonne maison et une bonne nourriture.
La bonne vieille n'en croyait vraiment pas ses oreilles. Lui,
monsieur Oursin lui offrait le gîte et le couvert. Pendant
quelques secondes, elle plissa les rides de son front, puis elle
accepta.
Alors, monsieur Oursin poussa la porte et la fit entrer. Il la fit
asseoir à table puis il gagna la cuisine, prit des légumes et
s'activa pour préparer le repas.
À partir de ce jour, la vieille femme habita chez lui et vécut
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heureuse.
Quand à lui, il organisa des réceptions, donna de grandes fêtes,
et cela de grand cœur. C'est ainsi qu'en récompense de tant de
générosité, il retrouva non seulement son coffre plein de pièces
d'or, mais aussi sa cassette bien remplie.
Bientôt monsieur Oursin eut beaucoup d'amis, et comme tous
l'aimaient beaucoup, il vécut longtemps, très heureux.
FIN.
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