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111 – INTRODUCTION AU DROIT

2013-2014
Application 3
Séance 11

Application des séries 01 et 02 du cours à distance

CORRIGE

Révisions

Marielle MARTIN

Institut National des Techniques Economiques et Comptables


40, rue des Jeûneurs
75002 PARIS

http://intec.cnam.fr
Accueil pédagogique : 01.58.80.83.34 ou 01.58.80.83.57
111 – Introduction au droit 2013/2014

I - SUR LA SERIE 01 :

A) Etude de situations pratiques :

1) Cas LAPIERRE / DUBOIS :

Ainsi qu’elle peut en attester par un acte notarié, Madame LAPIERRE, domiciliée à
Marseille, a acheté il y a neuf ans une chaumière actuellement estimée à 100 000 € et
située à la lisière de la ville de Caen. Or, Monsieur DUBOIS, domicilié à Paris, prétend
également être propriétaire de cette chaumière en vertu d’un récent acte authentique de
succession. Madame LAPIERRE ne sait devant quelle juridiction elle doit exercer
l’action en revendication qu’elle compte mener contre Monsieur DUBOIS.

Quelle est la juridiction compétente pour connaître d’une action en revendication


immobilière ?

L’action en revendication est l’action en justice par laquelle un justiciable souhaite que
les juges lui reconnaissent son droit de propriété sur un bien. Comme toute action en
justice, l’action en revendication doit d’abord être exercée devant une juridiction du
premier degré dont la compétence doit être déterminée tant du point de vue de
l’attribution (compétence ratione materiae) que du point de vue territorial (compétence
ratione loci).

Opposant le plus souvent des particuliers, l’action en revendication est en principe, selon
le montant de l’affaire, de la compétence d’attribution du TI (Tribunal d’instance) ou du
TGI (Tribunal de grande instance). Quant à la compétence territoriale, est en principe
compétente la juridiction dans le ressort de laquelle est situé le domicile du défendeur.

Toutefois, en matière immobilière (bâtiment, terrain,…), compétence exclusive est


attribuée au TGI dans le ressort duquel est situé l’immeuble litigieux et ce, quelque soit la
valeur de ce dernier.

En l’espèce, peu importe le domicile des parties et la valeur du bien. Madame


LAPIERRE doit exercer son action en revendication devant le TGI de Caen car le bien
revendiqué est un bien immobilier (chaumière) qui se trouve dans cette ville.

2) Cas Eddie FION / Eric ERAK :

Eric ERAK s’obstine à se prétendre propriétaire d’un terrain situé en périphérie de Tours
et appartenant à Eddie FION. L’affaire ayant été portée en justice, Eddie FION l’a
emporté au premier degré juridictionnel puis devant la Cour d’appel. Sur pourvoi formé
par Eric ERAK, la Cour de cassation vient de rendre sa décision de rejet. Eric ERAK
prévient aussitôt par téléphone Eddie FION qu’il compte former pourvoi contre cet arrêt
rendu par la Cour de cassation.

Contre quelles décisions de justice peut-on former pourvoi en cassation ?

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Le pourvoi en cassation, qui doit être exercé dans les délais impartis, est une voie de
recours hiérarchique dite extraordinaire qui consiste à saisir la juridiction du sommet
juridictionnel (Cour de cassation dans l’ordre judiciaire français et Conseil d’Etat dans
l’ordre administratif français) afin qu’elle se prononce sur la bonne application du droit
dans les décisions rendues en dernier ressort par les juridictions du fond (juridictions du
premier et du second degrés).

S’agissant en particulier de l’ordre judiciaire, les décisions rendues en dernier ressort


contre lesquelles pourvoi peut être formé devant la Cour de cassation sont : les décisions
rendues en premier et dernier ressort (par les juridictions du premier degré), les décisions
rendues par les Cours d’appel et les décisions rendues par les Cours d’assises d’appel.

La Cour de cassation peut alors rendre un arrêt de rejet (elle rejette le pourvoi et
approuve donc la décision attaquée devant elle) et le procès est terminé. Au contraire, la
Cour de cassation peut rendre un arrêt de cassation (elle accueille donc le pourvoi et
censure la décision attaquée devant elle) et, en principe, renvoie l’affaire devant une
juridiction de même degré et de même nature que celle qui a rendu la décision attaquée
mais située territorialement ailleurs (ou la même juridiction mais composée d’autres
magistrats). Plus rarement, la Cour de cassation rend un arrêt de cassation sans renvoi
(lorsque l’arrêt d’appel qui lui est soumis n’aurait pas dû être rendu en raison de la
tardiveté de l’appel interjeté) et le procès est terminé.

Dans une même affaire, un second pourvoi n’est possible que lorsque, suite à un premier
pourvoi, la juridiction de renvoi après un arrêt de cassation n’adopte pas la solution de la
Cour suprême ; ce second pourvoi devant être fondé sur les mêmes moyens (arguments
des parties) que le premier.

En aucun cas, les décisions de la Cour de cassation elle-même ne peuvent faire l’objet
d’un pourvoi.

En l'espèce, Eddie FION doit être rassuré. Eric ERAK ne peut former pourvoi en
cassation contre l’arrêt de rejet rendu par la Cour de cassation qui le déboute de sa
demande et met fin au procès. La justice reconnaît définitivement et à tous les niveaux
que le terrain litigieux est bien la propriété de Eddie FION.

B) Commentaire de document :

1) Quelle est la juridiction qui rend cette décision ? Quand ? Qui sont les parties
(demanderesse, défenderesse) à ce stade de la procédure ?

La décision de justice étudiée est un arrêt rendu par la première chambre civile de la Cour
de cassation (« Cass. 1re civ.,… »), le 20 février 2007, sur pourvoi formé par le Crédit
municipal de Nantes, demandeur à ce stade de la procédure, contre la Société EFT
services France, défenderesse à ce stade de la procédure (« Crédit municipal de Nantes c/
Société EFT services France »).

2) Quels étaient les faits dans cette affaire ?

Le Crédit municipal de Nantes a conclu des contrats avec la Société EFT services France
pour la mise en place et l’exploitation de distributeurs de billets. Le Crédit municipal
ayant, notamment, mis fin à ces contrats, la Société EFT a assigné ce dernier devant les
juridictions de l’ordre judiciaire afin de le voir condamné au paiement d’indemnités pour
rupture abusive de contrats. Or, le Crédit municipal conteste, pour cette affaire, la
compétence des juridictions de l’ordre judiciaire.

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3) Quelle est la décision attaquée à ce stade de la procédure ? (Par quelle juridiction a-t-
elle été rendue ? Quand ? En faveur de qui cette juridiction s'était-elle prononcée ?)

La décision attaquée devant la Cour de cassation est un arrêt rendu le 9 mars 2006 par la
cour d’appel de Rennes (« l’arrêt attaqué (Rennes, 9 mars 2006)… », « la cour d’appel
s’est déclarée compétente… », « la cour d’appel a légalement justifié sa décision… »).

Dans son arrêt, la cour d’appel de Rennes s’est prononcée en faveur de la Société EFT
(« le Crédit municipal de Nantes fait grief à l’arrêt attaqué (Rennes, 9 mars 2006) d’avoir
rejeté l’exception d’incompétence soulevée… ») ; d’où le pourvoi formé par le Crédit
municipal.

4) Quel est le point de droit soulevé dans cette affaire ?

Cette affaire pose la question de la détermination de la compétence d’attribution des


juridictions de l’ordre judiciaire français et, a contrario, de la détermination de la
compétence d’attribution des juridictions de l’ordre administratif français.

5) Sur quel moyen (argument) la partie demanderesse centre-t-elle son recours devant
la juridiction qui rend la décision reproduite ?

Le Crédit municipal de Nantes soutient que les contrats portant sur les distributeurs de
billets entrent dans le cadre de l’activité bancaire qu’il effectue au titre de la mission de
service public qui est la sienne, en sa qualité d’établissement public administratif. Le
Crédit municipal déduit de sa qualité de personne publique et de l’objet qu’il poursuit par
le biais des contrats litigieux, que seules les juridictions de l’ordre administratif, et non
celles de l’ordre judiciaire, sont compétentes pour en connaître.

6) Dans quel sens statue la juridiction qui rend la décision étudiée ? (Qui l'emporte ?
Selon quels motifs : en d'autres termes, quels sont les arguments de la juridiction ?)

Le 20 février 2007, la Cour de cassation donne tort au Crédit municipal de Nantes car
elle ne reconnaît pas que les contrats litigieux participaient à la mission de service public
qui est celle de cet établissement (« les contrats conclus entre le Crédit municipal de
Nantes et la Société EFT, portant sur l’installation et l’exploitation de distributeurs de
billets installés pour certains hors site, ouverts à n’importe quel utilisateur, ne pouvaient
contribuer à combattre l’usure ou à favoriser une aide sociale et n’avaient donc pas pour
objet de faire participer son bénéficiaire à l’exécution du service public »).

Etant, certes, une personne publique, mais n’étant pas mise en cause dans le cadre de sa
mission de service public, le Crédit municipal de Nantes pouvait donc, selon la Cour de
cassation, être valablement assigné par son adversaire (la Société EFT) devant les
juridictions de l’ordre judiciaire et non celles de l’ordre administratif.

7) Quel est le dispositif ? (solution retenue par la juridiction quant à la suite du


procès).

Puisque la Cour de cassation ne donne pas raison au demandeur, elle rejette son pourvoi
et le procès est donc terminé.

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C) Questions de cours :

1) Que signifie l’adage : « pas d’intérêt, pas d’action » ?

« Pas d’intérêt, pas d’action » : tel est l’adage qui conditionne la recevabilité des actions
en justice. En effet, les juridictions se doivent de n’examiner que les actions en justice
qui le méritent vraiment. Toute assignation saugrenue est à écarter ; d’où, l’exigence d’un
intérêt à agir présentant certaines qualités.

Cet intérêt doit en principe être réel, né et actuel : c’est-à-dire ni prescrit, ni futur ou
simplement hypothétique. Par dérogation, un intérêt futur mais certain est étudié par les
juges (ex : construction à bâtir qui ne manquera pas de causer un préjudice au voisinage).
De même, un intérêt très ancien est parfois imprescriptible (ex : crimes contre
l’humanité).

L’intérêt à agir doit également en principe être personnel : on ne peut ester que pour son
propre compte (sauf à être habilité pour représenter autrui : représentant légal d’une
personne physique juridiquement incapable, mandataire social,…).

L’intérêt à agir doit aussi en principe être direct : c’est-à-dire directement rattaché au fait
dommageable invoqué. Par exception, les « victimes par ricochet » sont admises à agir en
justice.

Enfin, l’intérêt à agir doit être juridiquement protégé (on ne peut agir pour défendre un
intérêt illégal).

2) Les présomptions : modes de preuve.

Toute allégation en justice doit être prouvée. Pour ce faire, le plaideur peut tenter de
réunir différents modes de preuve dont certains sont qualifiés de preuves parfaites en ce
qu’ils lient la décision du juge auquel ils sont présentés (actes authentiques, actes sous
seing privé, aveux judiciaires, serments décisoires), tandis que d’autres sont qualifiés de
preuves imparfaites en ce qu’ils laissent un large pouvoir d’appréciation au juge auquel
ils sont soumis (témoignages, aveux extrajudiciaires, serments supplétoires,
commencements de preuve par écrit, présomptions).

Les présomptions sont des raisonnements qui permettent de répondre à une


problématique à partir d’éléments connus (déductions).

On distingue les présomptions de fait (présomptions de l’homme) et les présomptions


légales.

Les présomptions de fait sont des conséquences que le magistrat tire d’un fait connu à un
fait inconnu. Ces présomptions doivent être graves, précises et concordantes.

Les présomptions légales sont les conséquences que la loi (et non le magistrat) tire d’un
fait connu à un fait inconnu. Les présomptions légales sont soit simples (elles peuvent
être combattues par la preuve contraire de ce qui est présumé), soit irréfragables (elles ne
peuvent être combattues par la preuve contraire de ce qui est présumé). Par leur force, les
présomptions légales irréfragables peuvent être apparentées à des preuves parfaites.

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II - SUR LA SERIE 02 :

A) Etude de situations pratiques :

1) Cas FISTON :

Monsieur FISTON a été nommé tuteur de son père placé dans un établissement de soins
spécialisé suite à la sévère altération de son état de santé. Afin de contribuer au paiement
des factures de l’établissement où est soigné son papa, Monsieur FISTON croit pouvoir
prendre seul la décision de vendre un terrain appartenant à celui-ci.

Quels sont les actes qu’un tuteur peut accomplir seul s’agissant du patrimoine de la
personne sous tutelle ?

La tutelle est l’un des régimes de protection des personnes juridiquement incapables. La
tutelle réunit différents organes : le tuteur (représentant légal de la personne sous tutelle,
il est chargé de gérer son patrimoine et de prendre soin d’elle), le subrogé-tuteur (qui
veille à l’exécution des obligations du tuteur et, au besoin, le supplée), le conseil de
famille (assemblée présidée par le juge des tutelles et composée de parents, d’alliés ou
d’amis de la personne sous tutelle) et le juge des tutelles.

Au cours de la tutelle, en ce qui concerne le patrimoine de la personne sous tutelle, le


tuteur est habilité à accomplir seul les actes de conservation (actes ayant pour but d’éviter
au patrimoine une perte imminente ou le risque d’une perte : renouvellement d’une
assurance contre l’incendie,…) et les actes d’administration (actes de gestion courante
tendant à mettre en valeur un bien et à employer ses revenus : vente d’objets
périssables,…). En revanche, pour les actes de disposition (actes susceptibles de
compromettre de manière significative la composition du patrimoine : vente d’un bien de
valeur, donation, octroi d’une sûreté,…), le tuteur doit obtenir l’autorisation du conseil de
famille. Toutefois, en cas d’urgence, le juge des tutelles peut suppléer le conseil de
famille en autorisant directement le tuteur à agir ; à charge pour le juge de rendre ensuite
compte au conseil.

En l’espèce, en sa qualité de tuteur de son père, Monsieur FISTON ne peut accomplir


seul sur le patrimoine de ce dernier un acte de disposition tel que la vente d’un terrain
sans l’autorisation du conseil de famille (ou, en cas d’urgence, l’autorisation du juge des
tutelles).

2) Cas LAVIGNE / LAGRAPPE :

Monsieur LAGRAPPE souhaite acheter, avant qu’elles ne soient récoltées, des grappes
de raisin que devrait fournir la parcelle de vignes appartenant à Monsieur LAVIGNE.
Celui-ci s’interroge sur la nature mobilière ou immobilière de ce type de vente.

La vente d’un bien est mobilière ou immobilière selon que le bien vendu est un meuble
ou un immeuble ; ce qui a notamment des incidences quant aux formalités à accomplir.
Mais comment détermine-t-on la qualification juridique des biens ?

Au regard du droit privé, les biens sont toutes choses susceptibles d’appropriation privée
et tous les droits portant sur ces choses. Plusieurs classifications des biens peuvent être
effectuées, mais la principale d’entre elles distingue les biens meubles et les biens
immeubles (Art. 516 C. civ. : « Tous les biens sont meubles ou immeubles »).

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Il existe différentes catégories de biens meubles : les meubles par nature (dotés de
mobilité, ce sont des corps qui peuvent se mouvoir par eux-mêmes ou par l’intervention
humaine : animaux, récoltes coupées, meubles meublants,…), les meubles par
détermination de la loi (actions de sociétés,…) et les meubles par anticipation (par une
sorte de fiction juridique, entre les cocontractants : choses incorporées au sol mais qui
sont destinées à en être détachées telles que les récoltes vendues sur pied,…).

Il existe différentes catégories de biens immeubles : les immeubles par nature


(caractérisés par leur fixité, ce sont les fonds de terre, les bâtiments et tout ce qui est
fermement incorporé au sol : plants enracinés, fruits non cueillis,…), les immeubles par
l’objet auquel ils s’appliquent (droits réels portant sur les immeubles : usufruit
immobilier, servitude foncière,…) et les immeubles par destination (biens meubles par
nature, fictivement considérés comme immeubles parce que utilisés par leurs
propriétaires pour l’exploitation agricole, commerciale,… de leurs fonds : tracteurs,
présentoirs,…).

En l’espèce, les grappes de raisin sont des fruits (ce que fournit régulièrement une chose,
ici la vigne, sans que sa substance en soit altérée) et en particulier, des fruits naturels
(provenant de la nature). Une fois récoltées, les grappes de raisin deviennent des meubles
par nature. Mais tant qu’elles sont sur les pieds de vigne, elles sont en principe des
immeubles par nature. Cependant, on admet, entre les cocontractants, la qualification de
meubles par anticipation pour une récolte vendue avant qu’elle ne soit faite ; ce qui serait
le cas pour la vente envisagée entre Messieurs LAVIGNE et LAGRAPPE. Il s’agirait
donc d’une vente mobilière.

3) Cas LECHEF :

Monsieur LECHEF, artisan-pâtissier, vient d’apprendre par son notaire qu’il a été
désigné en toute légalité comme héritier d’un terrain, dans le testament d’un grand-oncle
récemment décédé dont le peu de dettes qu’il a laissées ont été totalement apurées.
Monsieur LECHEF pense que ce terrain, qu’il compte accepter et qui n’entrera dans son
patrimoine que dans quelques jours, échappera aux éventuels recours de ses créanciers
dont la créance est née antérieurement (il songe en particulier à ses possibles difficultés
pour rembourser un prêt pour l’exploitation de sa pâtisserie que lui a accordé sa banque il
y a deux ans ; laquelle s’est fait consentir pour cela par Monsieur LECHEF une
hypothèque sur le local où est installée sa boutique).

Le moment venu, les créanciers qui n’obtiennent pas leur désintéressement ont-ils un
recours sur les biens de leur débiteur entrés dans le patrimoine de celui-ci
postérieurement à la naissance de leur créance ?

En droit positif français, le patrimoine est une universalité juridique comportant des
biens, des dettes et des charges appréciables en argent qui appartiennent ou incombent ou
qui pourront appartenir ou incomber à une même personne. Selon cette définition,
inspirée de la théorie classique du patrimoine défendue au XIXème siècle par deux
auteurs (AUBRY et RAU), le patrimoine est donc un contenant dont est dotée chaque
personne sa vie durant ; une sorte d’enveloppe dont seul le contenu (droits patrimoniaux
et dettes) varie tout au long de l’existence de son titulaire.

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Il résulte de cette approche un certain nombre de règles. On considère notamment que le


patrimoine de toute personne est en principe unique et indivisible. De même, il s’opère en
permanence au sein du patrimoine des opérations de subrogation réelle (un bien peut
librement sortir du patrimoine et tout bien qui y rentre est censé remplacer le bien sorti).
Par conséquent, un créancier qui ne parvient pas à recouvrer sa créance venue à
échéance, peut tenter d’obtenir son dû en faisant saisir n’importe quel bien figurant dans
le patrimoine de son débiteur. À cet égard, l’article 2284 du Code civil énonce :
« Quiconque s’est obligé personnellement, est tenu de remplir son engagement sur tous
ses biens mobiliers et immobiliers, présents et à venir ».

Cependant, ces mécanismes sont tempérés du fait de leur combinaison avec d’autres
dispositions légales. Ainsi, divers biens sont-ils déclarés par la loi insaisissable. Il y a
également lieu de tenir compte des éventuelles causes de préférence entre les créanciers
sur un bien du débiteur en raison des garanties dont certains peuvent se prévaloir
(art. 2285 C. civ. « Les biens du débiteur sont le gage commun de ses créanciers ; et le
prix s’en distribue entre eux par contribution, à moins qu’il n’y ait entre les créanciers
des causes légitimes de préférence »). À noter aussi la faculté offerte à un entrepreneur
individuel de demander à ses créanciers professionnels de se désintéresser en priorité sur
les biens nécessaires à l’exploitation de son entreprise et non sur ses biens à usage
privé,… La protection des biens privés de l’entrepreneur individuel est encore plus
grande s’il a opté pour le statut d’EIRL qui permet de cantonner les biens professionnels
dans un patrimoine d’affectation.

En l’espèce, Monsieur LECHEF se méprend. Le terrain qui entrera dans son patrimoine
dans quelques jours pourra dès lors, en principe, faire l’objet des recours de tous ses
créanciers impayés qui agiront dans les délais requis ; que leur créance naisse
postérieurement ou qu’elle soit née antérieurement. En particulier, la banque qui, il y a
deux ans, a accordé un prêt à Monsieur LECHEF pourrait donc en cas de non
remboursement saisir ledit terrain comme tout autre bien saisissable de Monsieur
LECHEF. Néanmoins, sur la valeur de ce terrain, elle viendrait en concours avec les
autres créanciers de son débiteur et elle serait même primée par les recours des créanciers
de Monsieur LECHEF qui disposeraient d’une sûreté sur ce terrain. Sans aucun doute, la
banque aura intérêt à saisir d’abord le local où est installée l’entreprise de Monsieur
LECHEF car l’hypothèque lui ayant été consentie sur ce local lui octroie dessus un droit
de préférence sur les autres créanciers (sauf son concours avec des créanciers dont
l’hypothèque sur ce même local prendrait rang avant elle). À supposer que le local ne
suffise pas à rembourser le prêt, la banque pourra alors saisir à due concurrence les autres
biens saisissables de Monsieur LECHEF, y compris le terrain (mais toujours en subissant
le concours des autres créanciers). Toutefois, Monsieur LECHEF pourrait, autant que
faire se peut, demander à sa banque (créancière professionnelle) de se désintéresser en
priorité sur ses biens professionnels et non sur ses biens privés dont le terrain devrait
faire partie.

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B) Commentaire de document :

Commenter l’article 2276 alinéa 1er du Code civil : « En fait de meubles, la possession
vaut titre ».

Le texte de loi à commenter (art. 2276 al. 1er C. civ.) pose une présomption de propriété en
faveur du possesseur. En d’autres termes, le législateur prévoit qu’une situation de fait, la
possession, permet d’acquérir la propriété d’un bien. Il convient de rappeler que la
possession est un état de fait consistant à détenir matériellement pour son propre compte une
chose de façon exclusive en exerçant sur elle les attributs du droit de propriété (élément
matériel de la possession ou corpus) et en prétendant à la qualité de propriétaire de cette
chose (élément intentionnel de la possession ou animus). La possession est donc l’un des
modes d’acquisition de la propriété, lequel est réputé être le droit subjectif patrimonial le
plus absolu qu’une personne puisse avoir sur une chose (droit réel principal). L’originalité
de la possession et l’enjeu représenté par son effet sont tels que, pour conférer la propriété,
la possession doit en tout état de cause vérifier certaines conditions (1), qui sont plus
exigeantes encore dans le cadre de l’article 2276 alinéa 1er du Code civil (2).

1) Les caractères de la possession : mode d’acquisition de la propriété

Pour conduire à l’acquisition de la propriété de tout bien (meuble ou immeuble), que l’on
soit ou non de bonne foi, la possession doit être utile (non viciée) ; à savoir : paisible
(le possesseur ne doit pas être entré en possession de la chose par la violence), publique
(la possession doit pouvoir être connue de tous), continue (la possession doit s’exercer
avec régularité dans un temps minimal) et non équivoque (il ne doit pas y avoir de doutes
dans les esprits quant à l’appartenance du bien au possesseur).

Ces conditions requises de la possession pour acquérir la propriété d’un bien sont à
aménager en matière de meubles.

2) Les spécificités de la possession : mode d’acquisition immédiate de la propriété mobilière

Selon l’article 2276 alinéa 1er du Code civil, en matière de biens meubles (« en fait de
meubles »), la possession utile octroie immédiatement la propriété au possesseur (« la
possession vaut titre »). Cela signifie qu’il est apporté un tempérament au caractère
continue de la possession (une durée minimale de possession n’est pas nécessaire).
Cependant, la règle étudiée ne peut s’appliquer qu’à des biens meubles et, en particulier,
à des biens meubles corporels. En outre, le possesseur doit être de bonne foi : il doit
croire sincèrement qu’il a acquis régulièrement le bien, qu’il est dans son bon droit
(à noter que l’article 2274 du Code civil institue une présomption légale simple de bonne
foi).

En conclusion, par une adaptation des dispositions relatives à la possession en matière de


meubles, il est possible de devenir propriétaire par la possession plus rapidement qu’en
d’autres hypothèses (ex : une durée minimale de possession est exigée en matière
immobilière ou, si l’on est de mauvaise foi, en matière mobilière). Toutefois, le
législateur limite les effets bénéfiques pour le possesseur de l’article 2276 alinéa 1er du
Code civil en autorisant, dans certains cas (vol ou perte du bien meuble depuis moins de
trois ans), le propriétaire originaire à lui réclamer son bien (art. 2276 al. 2 C. civ.).

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C) Question de cours :

En quoi la responsabilité pour abus du droit de propriété se distingue-t-elle de la


responsabilité pour inconvénients anormaux du voisinage ?

Le droit de propriété est théoriquement le droit le plus absolu qu’une personne puisse avoir
sur un bien. En réalité, cet absolutisme subit de nombreuses restrictions d’origines légales,
conventionnelles ou jurisprudentielles.

Ainsi, pour limiter l’exercice du droit de propriété lorsqu’il nuit à autrui, la jurisprudence
retient, par application des articles 1382 et 1383 du Code civil, la responsabilité civile
délictuelle ou quasi-délictuelle du fait personnel du propriétaire afin de le sanctionner
(condamnation à cessation du trouble, à versement de dommages-intérêts,…) en raison de
l’abus du droit de propriété ou des inconvénients anormaux du voisinage.

Dans les deux cas, un dommage est causé à autrui par un comportement du propriétaire.
Cependant, l’abus du droit de propriété consiste à causer à un voisin un préjudice, par un
acte de propriété sur un immeuble, avec intention de nuire et sans intérêt sérieux et légitime ;
tandis que l’inconvénient anormal de voisinage consiste à causer à un voisin un préjudice
qui dépasse ce que la norme oblige à supporter entre voisins mais sans qu’il y ait intention
de nuire. À noter que, contrairement aux poursuites pour abus du droit de propriété, les
poursuites pour inconvénients anormaux du voisinage peuvent également être dirigées
contre un locataire (et pas seulement contre un propriétaire).

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