Vous êtes sur la page 1sur 97
Programme CONTRAT CADRE BENEFICIAIRES multiples de la CE Contrat Cadre Bénéficiaires de la CE. Lot

Programme CONTRAT CADRE BENEFICIAIRES multiples de la CE

Contrat Cadre Bénéficiaires de la CE. Lot N°2:Transport & Infrastructure

Contrat Spécifique nº 2009/202534

Pays Bénéficiaire: Cameroun

ETUDE SUR LES MESURES D’ACCOMPAGNEMENT «GENRE» DU PROJET DE CONSTRUCTION DE LA ROUTE GAROUA BOULAÎ – NGAOUNDERE

RAPPORT FINAL

DE LA ROUTE GAROUA BOULAÎ – NGAOUNDERE RAPPORT FINAL Février 2010 Ce projet est financé par

Février 2010

GAROUA BOULAÎ – NGAOUNDERE RAPPORT FINAL Février 2010 Ce projet est financé par l'Union Européenne Un

Ce projet est financé par l'Union Européenne

Un projet exécuté par HYDRATEC consortium

RAPPORT FINAL Février 2010 Ce projet est financé par l'Union Européenne Un projet exécuté par HYDRATEC

Le contenu de la présente publication relève de la seule responsabilité du contractant HYDRATEC du Lot 2: Transport & infrastructure. Et ne peut en aucun cas être considéré comme reflétant l’avis de l’Union Européenne

I. LISTE DES ACRONYMES

SOMMAIRE

II.

RESUME EXECUTIF

6

PREMIERE PARTIE

8

III.

INTRODUCTION

8

3.1

Objectif de l’étude

9

3.2

Approche méthodologique

9

3.2.1

Le recueil des données

10

3.2.1.1

La revue documentaire

10

3.2.1.2

Le transect

10

3.2.1.3

Les enquêtes de terrain

11

3.2.2

Traitement et analyse de l’information

11

3.2.2.1

Méthodologie d’analyse

11

3.2.2.2

Contenu du rapport

11

DEUXIEME PARTIE

14

IV.

STRUCTURATION ET ORGANISATION SOCIALES

14

4.1

les caractéristiques démographiques

15

4.2

les occupations de l’espace

16

4.3

l’organisation sociale

16

4.4

les activités

18

4.4.1 L’agriculture

20

4.4.2 L’élevage

20

4.4.3 Le commerce

21

TROISIEME PARTIE

22

V.

GENRE ET DEVELOPPEMENT LOCAL

22

5.1

Méthode d’analyse

22

5.2

Résultats

24

5.2.1

Synthèse des constats

24

5.2.1.1

Constats dans l’exploitation documentaire

24

5.2.1.2

Constats au cours de l’étude

26

5.2.2

Caractérisation des rôles

28

5.2.2.1

Les rôles reproductifs

28

5.2.2.2

Les rôles productifs

28

5.2.2.3

Les rôles communautaires

29

1
1

5.2.2.3.1

Concernant la production

29

5.2.2.3.2 Concernant la transformation des produits (exemple du manioc)

29

5.2.2.3.3 Concernant le commerce

30

 

5.2.2.4

Le rôle communautaire

30

5.2.2.5

Le rôle politique de la femme

31

5.2.3

L’analyse selon l’approche genre des contraintes du milieu

31

5.2.3.1

Analyse des relations de genre, actuellement dans la zone

32

5.2.3.2

Division du travail/rôles de genre

32

5.2.3.3

Accès et contrôle des ressources

32

5.2.3.4

Les ressources pour accomplir le rôle reproductif

33

5.2.3.5

Les mesures pour accomplir le rôle communautaire

34

5.2.3.6

Les rôles pour accomplir le rôle productif

34

5.2.3.7

Les besoins pratiques en fonction des conditions d’accès et de contrôle des ressources pour accomplir trois des quatre rôles

37

5.2.3.8

Les ressources pour accomplir le rôle politique

38

5.2.3.9

Le pouvoir comme fonction déterminant de l’analyse des relations de genre

39

5.2.3.9.1

le pouvoir sur

39

5.2.3.9.2

le pouvoir de

39

5.2.3.9.3

le pouvoir avec

40

5.2.3.9.4

le pouvoir intérieur

40

5.2.3.10

Contraintes/ Atouts/Propositions

41

5.2.3.11

Besoins exprimés

41

QUATRIEME PARTIE

48

VI.

MESURES D’ACCOMPAGNEMENT

48

6.1

Au niveau des activités

48

6.1.1 Agriculture

49

6.1.2 Elevage

49

6.1.3 Commerce

50

6.1.4 Epargne

50

6.2

Au niveau du projet routier

50

6.2.1 Etude

50

6.2.2 Travaux

50

6.2.3 Entretiens

50

6.3

Au niveau des infrastructures sociales de base

51

6.3.1 Education

51

6.3.2 Santé

51

6.4

Au niveau organisationnel et institutionnel

51

CINQUIEME PARTIE

53

VII.

MECANISME ET MODE OPERATOIRE

53

7.1

Mécanisme

53

2
2

7.2

Mode Opératoire

53

7.3

Budget

58

SIXIEME PARTIE

61

VIII.

CONCLUSION ET RECOMMANDATIONS

61

8.1

Conclusion

61

8.2

Recommandations

62

IX. ANNEXES Annexe 1 : Listes des experts Annexe 2 : Bibliographie Annexe 3 : liste des personnes rencontrées Annexe 4 : Interprétation photographique Annexe 5 : Termes de Référence Annexe6 : Appel à propositions

3
3

I.

LISTE DES ACRONYMES

AO

Appel d’Offre

BAD

Banque Africaine de Développement

BET

Bureau d’Etudes

CAON

Cellule d’Appui à l’Ordonnateur National du FED

CE

Commission Européenne

CEDEF

Convention sur l’Elimination de toutes les formes de Discrimination à l’Egard des Femmes

CoPi

Comité de Pilotage

DAO

Dossier d’Appel d’Offre

DCE

Délégation de la Commission Européenne

DSP/PIN

Document de Stratégie Pays /Programme Indicatif National

FED

Fonds Européen de Développement

GIC

Groupe d’Intérêt Communautaire

GTEG

Groupe de Travail sur l’Egalité de Genre

HIMO

Haute Intensité de Main d’Œuvre

IOV

Indicateur Objectivement Vérifiable

MAG -Route

Mesures d’Accompagnement Genre de la construction de la route

Min Agri

Ministère chargé de l’Agriculture

MINADER

Ministère de l’Agriculture et du Développement Rural

Min TP

Ministère chargé des Travaux Publics

Min Travail

Ministère du Travail et de la Sécurité Sociale

MinPROFF

Ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille

OMD

Objectif du Millénaire pour le Développement

ONG

Organisation Non Gouvernementale

4
4

PADI

Programme d’Appui au Développement Intégré

PANIFD

Plan d’Action National de l’Intégration des Femmes au Développement

PFG

Point Focal Genre

PNUD

Programme des Nations Unies pour le Développement

TP

Travaux Publics

UE

Union Européenne

UNFPA

Fonds des Nations Unies pour la Population

UNICEF

Fonds des Nations unies pour l'Enfance

UNIFEM

Fonds de Développement des Nations Unies pour la Femme

VIH/SIDA

Virus de l'Immunodéficience Humaine/ Syndrome d'Immuno Déficience Acquise

CTD

Collectivités Territoriales Décentralisées

MINEE

Ministère de l’Energie et de l’Eau

IRAD

Institut pour la Recherche Agricole et le Développement

FEICOM

Fonds d’Equipement Intercommunal

MINTP

Ministère des Travaux Publics

PME

Petite et Moyenne Entreprise

MINPROFF

Ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille

MINTSS

Ministère du Travail et de la Sécurité Sociale

MINDUB

Ministère de l’Education de Base

MINPMEESA

Ministère des PME, de L’Economie Sociale et Artisanale

FED

Fonds Européen de Développement

MINEPAT

Ministère de l’Economie, de la Programmation et de l’Aménagement du Territoire

IMF

Institutions de Micro Finance

5
5

II.

RESUME EXECUTIF

Dans le cadre du projet de construction de la route Garoua Boulaï- Ngaoundéré, des mesures d’accompagnement « genre » sont envisagées par la CE sur le tronçon qu’elle compte financer. Elles devront servir de base pour les deux autres tronçons (Nandéké-Mbéré et Mbéré- Ngaoundéré) respectivement financés par la BAD et la Banque Mondiale.

Plusieurs domaines principaux sont visés par les mesures d’accompagnement « genre » envisagées concernant les activités économiques :

ü les activités génératrices de revenus à partir de la production, la transformation, le conditionnement et la commercialisation de produits agricoles;

ü le transport ;

ü l’éducation ;

ü la sante ;

ü les infrastructures

ü le micro-crédit ;

ü etc.

L’étude sur la définition de mesures d’accompagnement «genre» montre la nécessité de mettre en place plusieurs action non pas du fait de la position sociale de la femme mais de la paupérisation constatée le long du tronçon Garoua Boulaï-Ngaoundéré.

L’analyse basée uniquement sur la démarche «genre» permet de repérer que les femmes vivant dans la zone du projet exercent 4 rôles (reproductif, productif communautaire, et politique) indépendamment des hommes. Elles ont une certaine liberté par rapport à l’utilisation des ressources actuellement disponibles (accès), et elles peuvent décider de leurs utilisations. Ceci constitue un facteur important d’émancipation/épanouissement :

ü les femmes ont en général accès et contrôle des ressources qui leur sont nécessaires pour accomplir leurs rôles reproductif et communautaire ;

ü elles ont accès mais ne contrôle pas les ressources liées à la santé et l’éducation ;

ü elles ont accès à l’information sur le sida ;

ü elles ont accès aux ressources disponibles actuellement pour la production au champ, et elles en ont le contrôle, mais le produit obtenu est insuffisant ;

ü elles n’ont pas accès et n’ont pas le contrôle des ressources nécessaires pour la transformation des produits ce qui limite la productivité et la valeur ajouté ;

ü elles n’ont pas accès aux ressources nécessaires et n’en ont pas le contrôle pour vendre les produits dans de bonnes conditions.

6
6

Les besoins exprimés sont des besoins pratiques. Une intervention qui répond à ces besoins ne remettrait pas en cause la division du travail femme/homme mais viserait plutôt à augmenter l’accès aux ressources et aux bénéfices. Elle entrainera une amélioration de la productivité et du revenu.

Par contre, les recommandations l’opérationnalité des mesures d’accompagnement définies montrent la nécessité d’une certaine synergie entre Bailleurs-Etat pour la pérennisation des activités à mener de par un Mémorandum Understanding dans lequel l’Etat camerounais se verrait l’obligation d’apporter sa contribution et de prendre en compte la dimension genre dans les travaux routiers.

Par ailleurs, si la route Garoua Boulaï-Ngaoundéré est subdivisée en trois lots affectés à trois différents bailleurs de fonds (UE, BAD et BM) il s’avère nécessaire que les efforts soient réunis pour la mise en place des mesures. Ainsi, deux scénarii se dessinent :

o

Premier scénario : d’un commun accord les trois bailleurs mettent en œuvre les mesures définies à partir de l’étude commanditée par la DCE. Ainsi, chaque bailleurs prendra en charge un certain de mesures d’accompagnement à appliquer tout au long du tronçon ;

o

Deuxième scénario : en cas de désaccord, la DCE mettra uniquement en application les mesures définies dans sa zone d’intervention.

Ce deuxième scénario serait préjudiciable à plus d’un titre car la démarche du premier permettrait des économies d’échelle à chacun des bailleurs mais aussi une application d’une démarche cohérente et un suivi mieux adapté.

7
7

PREMIERE PARTIE

III. INTRODUCTION

Les premiers programmes routiers exécutés dans le cadre de la coopération Cameroun – UE étaient neutres par rapport à l’égalité de genre. «Si l’on ressortait des résultats favorables aux femmes dans certains cas, ceux-ci relevaient de l’accidentel» . Ils n’étaient ni prévus ni planifiés.

Des initiatives d’humaniser les investissements routiers ou en infrastructures ont déjà été mises en œuvre par les autres bailleurs, dont la Banque Mondiale et la BAD. Bien qu’innovantes, ces initiatives qui ont conduit à un meilleur accès aux services sociaux de base, ont toutefois laissé les conditions et positions des femmes riveraines relativement inchangées.

Soucieux, de ce constat et souhaitant contribuer à la réalisation d’une plus grande égalité hommes-femmes, le Gouvernement du Cameroun par le biais du MinPROFF en collaboration avec plusieurs donateurs, dont l’Union Européenne, a lancé un processus devant aboutir à des situations effectives d’amélioration non seulement des conditions de vie des femmes, mais aussi, un changement visible de leur statut social. Des étapes ont été franchies dans le cadre de ce processus, avec l’organisation en avril 2008, d’un séminaire pour identifier et définir les actions à entreprendre en ce qui concerne l’intégration de la dimension genre dans la mise en œuvre des travaux routiers du 10 ème FED.

Ce séminaire fut une occasion de partage d’expériences et de concertation entre les acteurs de développement impliqués dans l’intégration du genre et dans les travaux routiers à différents niveaux. Il a permis de présenter les acquis, les opportunités, les difficultés d’opérationnaliser l’approche genre dans les interventions de développement, et de formuler des recommandations.

Ainsi, un plan d’action a été ébauché lors de ce séminaire en vue de concrétiser l’égalité homme-femme à différentes phases du cycle d’un programme routier : avant, pendant et après les travaux. L’accent a été mis en particulier sur l’amélioration des chances d’accès des femmes à l’emploi ouvert lors de ces trois phases. Une des recommandations de ce séminaire est la réalisation de la présente étude, dont les Termes de Références ont été déduits en grande partie de ces recommandations et conclusions.

Déclaration de Mr Tzartzas, Chef de section infrastructures à la Délégation de la Commission Européenne au Cameroun lors du séminaire sur l’intégration des questions d’égalité homme/femme dans le programme routier 10éme FED tenu à Mont Febe en Avril 2008

8
8

Par ailleurs, les expériences en matière d’étude d’impacts environnementaux de l’aménagement de la Route Garoua Boulaï-Meiganga-Ngaoundéré ont été explicitement citées comme référence dans l’esprit de faire sortir une proposition chiffrée relative aux mesures d’accompagnement genre du projet routier.

3.1 Objectif de l’étude

L’objectif global est l’amélioration de la condition des femmes dans le cadre du projet Garoua Boulaï – Nandéké (86 km) financé par le FED et, le cas échéant, des tronçons Nandéké-Mbéré (financé par la BAD) et Mbéré-Ngaoundéré (financé par la Banque Mondiale).

Par contre, l’objectif spécifique de la mission est la définition d’un programme de mesures ciblées sur le « genre » et cohérent avec les mesures mises en œuvre par la BAD et la Banque Mondiale sur les tronçons Nandéké-Mbéré et Mbéré-Ngaoundéré de l'axe Ngaoundéré-Garoua Boulai.

Les résultats attendus des travaux des consultants sont

- l’identification d'un programme chiffré de mesures d’accompagnement inspiré de la matrice d'actions définie dans le rapport des travaux du séminaire d'intégration des questions d'égalité homme/Femme dans le Programme Routier défini sur le 10ème FED pour la route Garoua Boulaï – Nandéké ;

- les propositions d'actions pour compléter le programme de mesures d’accompagnement sur les deux (2) autres tronçons de l’axe ;

3.2 Approche méthodologique

Nous tenons à préciser que notre étude bien qu’orientée sur le «Genre» repose sur une démarche purement socio-anthropologique s’appuyant ainsi sur des méthodes qualitatives et quantitatives de recherche et des enquêtes de terrains. Par ailleurs, elle s’articule autour de l’approche par l’enchevêtrement des logiques sociales (Olivier de Sardan, 2001 :742). Ainsi, hormis l’analyse bibliographique, notre axe méthodologique de recueil de données sur le terrain a été bâti autour de l’interactionnisme (les études de cas).

En effet, l’interaction entre l’observateur et le milieu observé et entre les différents éléments d’un même milieu, produit des informations, des attitudes et des comportements significatifs. Il

Aménagement de la Route Garoua Boulaï – Meiganga – Ngaoundéré : Etude d’impact sur l’environnement ; Projet n° 2003/00085/MINEPAT/CSM/FED/SCT – N) comptable 8 ACP RCE 015 ; Aout 2004 Voir l’article de Olivier de Sardan : les trois approches en anthropologie du développement revue Tiers Monde, t XLII, n° 168 octobre-décembre 2001. Selon Olivier de Sardan : l’interaction dans l’approche de l’enchevêtrement des logiques sociales est traité comme l’est classiquement l’étude de cas : ce sont des entrées fécondes dans la réalité sociales, des moyens de déchiffrer à la fois les stratégies des acteurs et les contraintes des contextes, d’accéder aux pratiques comme représentations, de repérer des phénomènes de conjoncture et des phénomènes de structure. les trois approches en anthropologie du développement revue Tiers Monde, t XLII, n° 168 octobre-décembre 2001.

9
9

convient alors dans un premier temps, de procéder à une revue bibliographique, revisiter les sites et, à partir des archives disponibles, de faire un diagnostic tant quantitatif que qualitatif de toutes les activités qui ont été menées dans les établissements humains localités le long du tronçon, analyser toutes les structures d’organisation initiées dans la zone du projet. Ensuite, dans un second temps et après un repérage des groupes stratégiques, des séries d’entretiens et d’observations participatives ont été réalisées tant au niveau individuel que collectif.

Ainsi, tout le travail effectué a pour base le tronçon financé par l’Union Européenne bien qu’une démarche simplifiée ait été appliquée aux deux autres tronçons pour une meilleure prise en compte du genre. Ceci doit permettre dans la définition des scénarii de voir comment la faisabilité des mesures d’accompagnement puisse être étendue sur l’ensemble du tronçon Garoua-Boulaï-Ngaoundéré.

3.3 Le recueil des données

3.3.1 La revue documentaire

La revue documentaire (recueil des données de base) s’est appuyée sur les recherches et études déjà réalisées dans le cadre du projet au cours de ces dernières années. Ces recherches ont permis de collecter toutes les données liées à la démographie, à la production agricole, à l’élevage, aux activités extra-agricoles et aux formes d’organisations et structures existantes.

3.3.2 Le transect

Le Transect en tant qu’outil d’observation visuelle a entre autres objectifs :

· de faire la reconnaissance et la visite du tronçon ;

· de situer et cerner les limites du projet ;

· d’identifier les établissements, les infrastructures, les équipements et les activités des riverains ;

· de valider ou d’infirmer certaines données secondaires collectées lors de la revue documentaire et ;

Ainsi, le tableau ci-dessous permet d’observer que le projet se trouve localiser dans deux régions que sont :

· la région de l’Est composé de six (6) villages caractérisés par la présence d’une seule infrastructure sanitaire localisée à Mindiba et dont plus de 50% des points d’eau ne sont pas fonctionnels. Le seul marché communautaire est aussi situé à Mindiba;

· la région de l’Adamaoua qui compte la presque totalité des villages (17) est la seule section à posséder une chefferie de 2 ème degré en l’occurrence Locoti. Tous les autres villages sont dirigés par une chefferie de 3 ème degré tous Gbaya ce qui explique une certaine antériorité de cette ethnie le long du tronçon.

Néanmoins, le Transect a fait observer d’une part, l’existence d’une certaine organisation basée

10
10

sur les Associations et/ou les Groupements d’Intérêt Communautaire (GIC) autour desquelles se développent toutes les activités de production et de commerce et, d’autre part, deux grands pôles ethniques à dominance Gbaya (Garoua Boulaï-Meiganga) et Fulbé Meiganga- Ngaoundéré).

11
11

Tableau n° 1 : Transect du tronçon Garoua Boulaï-Nandéké (Lot UE)

PK

Villages

Chefferie

Structures

Population

%

%

Infrastructures

Nombre de puits dont

Nombre

Associatives

féminité

des

de marché

de

GIC

filles

Sanitaires

Scolaire

fonctionnel

Non

femmes

fonctionnel

 

Région de l’Est

 

7+200

Dabolé

3 ème degré

2

0

600

70

60

0

1

0

1

0

10+100

Illa

3 ème degré

1

1

450

40

50

0

 

1

0

0

18+900

Mbonga

3 ème degré

0

0

500

70

40

0

 

0

1

0

32+300

Mindiba

3 ème degré

3

2

2

000

60

70

1

 

1

1

1

33+700

Komboul

2 ème degré

1

0

358

30

20

0

 

1

1

0

37+200

Mboussa

3 ème degré

0

0

250

60

30

0

 

1

1

0

 

Région de l’Adamaoua

 

40+700

Beka

3 ème degré

1

1

3

500

60

60

0

 

1

0

 

2

1

43+600

Bata

3 ème degré

0

0

200

60

50

0

 

1

0

 

0

0

47+200

Mbalé

3 ème degré

1

0

500

50

40

0

 

1

1

 

1

0

55+100

Djouzami

3 ème degré

2

0

1

500

60

60

0

 

1

1

 

1

1

58+800

Bembarang

3 ème degré

2

2

650

60

80

0

 

1

0

 

0

0

63+200

Gankombol

3 ème degré

0

1

450

60

50

0

 

1

0

 

1

0

65+300

Dirpeté

3 ème degré

0

0

200

30

50

0

 

0

0

 

0

0

67+600

Yendé

3 ème degré

0

0

350

60

60

0

 

0

0

 

0

0

69+700

Lakapetel

3 ème degré

0

0

206

50

50

0

 

1

0

 

0

0

76+200

Lokoti

2 ème degré

10*

35

000

60

60

1

 

2

1

 

1

1

79+100

Dana

3 ème degré

0

2

200

70

60

0

 

1

0

 

0

0

83+000

Baïna

3 ème degré

0

1

325

60

70

0

 

1

0

 

0

0

86+600

Dankali

3 ème degré

0

0

877

60

60

0

 

1

2

 

0

0

91+600

Dokolim

3 ème degré

2

0

600

60

70

0

 

1

1

 

0

0

92+900

Meïdougou

3 ème degré

6

3

15

000

60

70

1

 

1

3

 

6

1

98+300

Bounou

3 ème degré

0

0

60

50

50

0

 

0

1

 

0

0

1001+100

Nandéké

3 ème degré

3

3

700

60

30

0

 

1

2

 

0

0

3.3.3

Les enquêtes de terrain

Les enquêtes de terrain se sont déroulées de façon participative suivant deux phases :

·

Une phase exploratoire qui a permis de repérer les dynamiques sociales, les structures/associations, les interlocuteurs potentiels mais surtout de collecter certaines données secondaires qui nous ont permis de choisir les strates d’enquêtes. Cette phase a durée une semaine ouvrée ;

·

Une phase enquête de terrain qui, durant deux semaines, les experts ont à partir d’interviews semi structurées, développé toute une batterie de techniques. Cette phase a permis de vérifier certaines informations issues de la recherche documentaire mais surtout de comprendre comment le fait «genre » est pris en compte au sein de ces dynamiques sociales.

3.3.4

Traitement et analyse de l’information

Deux types de traitements ont été utilisés dans cette étude. Il s’agit d’un traitement informatique à partir du logiciel «System Program of Social science SPSS » qui est très adapté pour ce genre de travail et un traitement à plat du fait des données qualitatives issues de la recherche documentaire.

3.3.5 Méthodologie d’analyse

La méthodologie d’analyse des données reposait sur une méthode dite de triangulation à cause de l’inter actionnisme de certaines données. Elle est la méthode la plus adaptée pour l’analyse de données issue de l’enquête par l’enchevêtrement des logiques sociales qui rappelons la est la démarche de collecte utilisée dans cette étude.

3.3.5.1 Contenu du rapport Le contenu du rapport est basé sur les Termes de références. Dès lors, dans un souci d’exhaustivité, en plus de la présente introduction qui constitue la première partie, il sera articulé au tour des points suivants :

ü Deuxième Parie : Structures et organisation

ü Troisième Partie : Genre et développement

ü Quatrième Partie : Mesures d’accompagnement

ü Cinquième Partie : Mécanismes et Mode opératoire

ü Sixième Partie : Conclusion et recommandations

Cette étude a été réalisée par une équipe pluridisciplinaire coordonnée par Monsieur Mouhamadou Lamine BOCOUM Socio-économiste/Anthropologue (cf.annexe 1 : Auteurs de l’étude).

13
13

DEUXIEME PARTIE

IV. STRUCTURATION ET ORGANISATION SOCIALES

Si le sol est en même temps une ressource naturelle et un des biens essentiels pour l’existence de l’individu, il est à l’origine de tout établissement. Chauveau souligne par ailleurs que, le domaine foncier est révélateur de dynamiques socio-économiques, normatives, institutionnelles, originales et de comportements stratégiques complexes de la part des acteurs (Chauveau, 2002) . C’est pourquoi, la prise en compte des interactions s’avère nécessaire dans tout système de peuplement.

Sans vouloir prétendre à une redéfinition de la chronologie du système de peuplement le long du tronçon du fait que les mythes et légendes y tiennent une place assez importante, la triangulation des enquêtes participatives révèlent que, parmi les trois grands groupes ethniques actuellement rencontrés, les Gbaya dont le toponyme signifie «groupe soudé qui ne sépare jamais », sont d’immigration beaucoup plus ancienne que la fin du 19 ème siècle. En effet, d’origine soudanaise et fuyant les guères tribales, les Gbaya ont migré d’abord vers le Centre Afrique avant de s’installer définitivement au Cameroun. Ainsi, pour répondre à leurs besoins alimentaires basés uniquement sur la chasse, les Gbaya ont dû modifier leur comportement pour s’adaptés à l’agriculture de certains produits dont le manioc va constituer l’alimentation de base.

Les Mboum anciennement installés dans l’Adamaoua depuis le XVIème siècle se sont déplacés vers l’Ouest à la recherche de vaines pâtures ce qui explique leur minorité dans la zone du projet. Par contre, les Fulbés venus de divers horizons (Mali, Nigéria, etc.), ont été attirés par le commerce qu’ils développent à travers leurs différentes zones de migrations. Ils sont d’immigration plus récente que les Gbaya et Mboum.

Hormis ces trois groupes ethniques, on rencontre dans le tronçon de l’Union Européenne, les Mbororo et Mbéré anciennement des éleveurs nomades, ses sont implantés en campement purement clanique autour des établissements humains tout en restant très liés aux Fulbés. Cette adoption peut s’expliquer certainement par le partage de la même religion et l’élevage. Par contre, à partir de Meiganga jusqu’à Ngaoundéré, plusieurs autres sous ethnies se dessinent le long du tracé parmi lesquelles on peut citer les Béti, Kaka et Pana qui sont très minoritaires par rapport aux autres.

Chauveau J-P. Cours magistral sur l’anthropologie des dynamiques foncières en Afrique. EHESS du 17 au 20 Décembre 2002.

14
14

4.1.

les caractéristiques démographiques

Pour une population globale de 399 721 habitants, la zone du projet se subdivise en trois pôles d’établissements humains. Hormis, l’Arrondissement de Garoua Boulaï (60 074 hbts), la majeure partie de la population se trouve répartie dans les départements de Mbéré et Vina. Par contre, dans la zone d’influence directe du projet on dénombre 64 476 hbts dont 56,52% de femmes. Cette population concentre plus de 41% de jeune (moins de 15 ans) dont 53,91% de filles. Tableau n°2 : Situation de la population le long du tronçon du Lot 3 (UE)

Villages

Structures Associatives

Population

% féminité

% des filles

de femmes

GIC

Dabolé

2

0

 

600

70

60

Illa

1

1

 

450

40

50

Mbonga

0

0

 

500

70

40

Mindiba

3

2

2

000

60

70

Komboul

1

0

 

358

30

20

Mboussa

0

0

 

250

60

30

Beka

1

1

3

500

60

60

Bata

0

0

 

200

60

50

Mbalé

1

0

 

500

50

40

Djouzami

2

0

1

500

60

60

Bembarang

2

2

 

650

60

80

Gankombol

0

1

 

450

60

50

Dirpeté

0

0

 

200

30

50

Yendé

0

0

 

350

60

60

Lakapetel

0

0

 

206

50

50

Lokoti

 

10*

35

000

60

60

Dana

0

2

 

200

70

60

Baïna

0

1

 

325

60

70

Dankali

0

0

 

877

60

60

Dokolim

2

0

 

600

60

70

Meïdougou

6

3

15

000

60

70

Bounou

0

0

 

60

50

50

Nandéké

3

3

 

700

60

30

Le tableau ci-dessus fait observer que la population féminine est dominante dans tous les villages de même que celle des filles au niveau de la tranche des enfants. Cette caractérisation

15
15

de la population bien que constituant un potentiel de main d’œuvre pour les activités agricoles, laisse entrevoir une importante demande en infrastructures scolaires.

4.2. les occupations de l’espace

Si Claude LEVISTRAUSS souligne que les sociétés ne sont jamais ce qu'elles paraissent être, on ne peut distinguer par contre dans la zone du projet que des exploitations agricoles insérées dans des sociétés agraires. Ces sociétés paysannes de type agraire sont organisées au village et aucun groupe social dominant n’y opère de prélèvement direct ou indirect sur la production agricole des exploitations familiales contrairement aux exploitations agricoles insérées dans des sociétés paysannes. Elles sont généralement insérées dans des espaces politico-économiques. (Royaumes, Contrée, Province, etc.), dans lesquelles elles sont dominées et exploitées.

Dans les zones agro-écologiques ou géo-hydrologiques de production au Cameroun, l’agriculture se caractérise par la très large domination du mode familial d’organisation de la production. La façon dont les groupes familiaux s’organisent pour produire et consommer reste pratiquement la même. Le feu «Wée» représentant la cuisine «Tuagimo» et le ménage «Tongon-mo» en Gbaya, est toujours le groupe familial au sein duquel s’organisent la production agricole, la préparation et la consommation des repas, même si la nourriture provient de moins en moins de la production ou des revenus tirés de celle-ci.

4.3. l’organisation sociale

L’unité familiale de production et de consommation coïncide toujours avec l’unité de résidence à cause de la nucléarité des ménages. Dans l’ensemble des ethnies de la zone du projet sauf chez les Gbaya, l’habitat est collectif et il se trouve que chaque famille dispose au sein de la concession d’une relative autonomie matérielle. Selon LEVISTRAUSS, la parenté constitue en outre, un vaste réseau d’interdépendance et d’entraide, en raison de nombreuses obligations qu’elle crée entre les membres. En cas de besoin, on peut toujours compter sur l’aide des membres de la parenté. Elle est donc un facteur essentiel de différenciation sociale, mais aussi, un important facteur d’intégration sociale.

Au niveau de l’organisation sociale, la famille n’a ni début ni fin, elle est liée à plusieurs histoires : celles qu’elle a vécues et celles qu’elle garde comme autant que possible. Elle développe partout dans la zone du projet une forme d’organisation basée sur le respect de la hiérarchie sociale. En effet, la terre est presque religieuse et c’est le chef de famille qui est chargé de gérer le patrimoine foncier, les facteurs de production et définit les systèmes de production bien que la femme peut en disposer au moment de son mariage. A l’intérieur du patrilignage, il se trouve qu’il existe des relations concurrentielles entre les membres à cause d’opinons différentes quant à l’héritage biologique des qualités humaines à l'intérieur du patrilignage très déterminant surtout chez les Gbaya.

Claude LEVISTRAUSS in sociologie des mutations. Paris, PUF 1983.

16
16

La propriété de la terre est plutôt liée à un certain nombre de droits : «droit de feu» appartenant aux héritiers des familles ayant procédé à la première mise à feu de la forêt, «droit de hache » appartenant aux héritiers des premiers défricheurs. Les droits étaient des droits collectifs appartenant à un groupe familial ou à un lignage qui apparaît en l’occurrence comme une sorte de «personnalité morale ( )» au-dessus des membres qui le composent. Il possédait collectivement la terre et en assurait la jouissance et la transmission à ses membres.

L’affectation des terres aux différents exploitants, qui en avaient le droit d’appartenance, était fortement dépendante du rang social qu’ils occupaient au sein de la famille. Seuls les chefs d’exploitations et les dépendants célibataires prétendant au mariage avaient droit à la parcelle individuelle tandis que les femmes généralement partageaient les mêmes parcelles que leur mari.

La division sociale actuelle du travail du groupe lignager est établie très strictement en fonction de la place que chaque membre y occupe. C’est ainsi que, la production vivrière est faite sous l’autorité et la responsabilité quasi-unique du père de famille et la gestion de vivre laissée à la femme. Néanmoins, chaque dépendant homme ou femme, jeune ou adulte, a envers lui une obligation de travail fixée selon la priorité de mise en culture et se définit en journées de travail pour les cultures vivrières, qui sont alors une production collective sur les grands champs et dont la production est destinée à nourrir la famille.

Le chef d’exploitation bénéficie sur toutes les parcelles de culture des prestations de travail obligatoires de la part de tous les dépendants membres de la famille. Ces obligations sont plus ou moins fortes et par ordre décroissant suivant qu’on est dépendant masculin jeune fille, femme en grossesse. Celui est libre d’affecter les journées de travail qui lui sont dues à d’autres membres de l’exploitation et même à des personnes extérieures au moment de l’entraide.

Néanmoins, on ne peut pas parler de dualisme dans la production agricole car par simple système de redistribution le système égalitaire est sauvé surtout chez les Gbaya.

Néanmoins, il faut rappeler que dans l’exploitation agricole surtout chez les Gbaya, on note deux formes qui se résument en :

· les parcelles de cultures appartiennent au couple et le travail se fait en commun durant tout le cycle de production. Les récoltes sont gérées par la femme bien que le mari peut en disposer pour faire face aux besoins de la famille.

· Chaque membre du couple exploite sa ou ses propres parcelles et peut disposer de ses propres récoltes. Ce cas est assez fréquent car relevant souvent du fait que le mari utilise les moyens de subsistance à d’autres fins sans que sa femme n’en soit informée. Alors, on observe une dislocation de la cohésion du groupe pour l’exploitation des parcelles de cultures au profil de l’individualisme. La femme est alors obligée de participer à la gestion de la famille en gardant une partie de ses récoltes pour l’achat de condiment.

( ) Nous empruntons ce terme à Mandras .H in « Sociologie paysanne », A. Colin, Collection U. 1976, page 37

17
17

Dans les deux cas, il revient à l’homme d prendre en charge les besoins de la famille du point de vue, alimentation, habillement aux jours de fête et à l’achat des médicaments en cas de maladie de l’un ses membre.

Par contre au niveau des autres ethnies, la femme généralement ne participe pas à la production agricole du fait de la faible proportion que celle-ci occupe dans le ménage. En effet, les autres ethnies sont plus liées au commerce et à l’élevage qu’à la production agricole. Ces deux activités leur procurent des revenus que le Gbaya purement agriculteur ne possède pas c’est d’ailleurs ce qui explique selon le Lamido de Locoti que les femmes Gbaya ont plus tendance à se marier chez les Fulbé que dans leur propre rang social.

Ainsi, on observe des inégalités qui ont un caractère social voir même discriminatoire, comme le souligne le rapport sur le genre , la pauvreté touchant plus les actifs du secteur primaire (agriculture) que les autres actifs, plus les femmes que les hommes, plus les enfants que les adultes.

4.4. les activités

Plusieurs études montrent au Cameroun que l’agriculture est dominée par des exploitations de type familial qui constituent la quasi-totalité des activités agricoles villageoises. Elles occupent plus de 90 % de la population active. Cette forme d’exploitation, généralement de taille très réduite, laisse apparaître un système de production et de consommation déterminé par sa situation agricole et sa disponibilité en facteurs de production (manque de semence sélectionnées et indisponibilité d’engrais).

Elle coïncide généralement avec l’unité familiale de production qui est à la fois une unité de résidence, de production et de consommation. C’est ce qui explique d’ailleurs cette stratégie de survie basée sur la mise en culture de surfaces réduites. Alors, l’exploitation agricole familiale qui est une unité socio-économique de base, se caractérise par ses facteurs de production (terre, force de travail, capital y compris le cheptel, consommations intermédiaires).

Par contre, à côté de cette agriculture familiale, on observe l’émergence d’un nouveau type « de privés » pouvant être qualifié d’entrepreneurial. En effet, contrairement au modèle familial, l’agriculture entrepreneuriale a pour credo l’investissement et la recherche de rentabilité des capitaux mis en œuvre. Ces exploitations, autrefois présentes uniquement dans les zones périurbaines «agriculture du dimanche», commencent à se développer le long de l’axe de la route avec la mise en place de fermes laitière surtout entre Meiganga et Ngaoundéré. Malheureusement elles ne représentent qu’une infime partie des terres arables.

Pour plus d’information se reporter à : le profil de la situation de la femme et de l’homme au Cameroun . Novembre 2002

18
18

4.4.1.

L’agriculture

Du point de vue agro-écologique, la zone du projet se trouve concentrer dans la zone dite de savane caractérisée par un paysage assez herbacé avec quelques grands peuplements d’arbres. Hormis les plantations de manguiers, l’espace est plus occupée par des forêts galeries favorisant une cueillette assez abondante.

Les activités agricoles se résument plus en culture sous pluie. Le long du tronçon, une observe une certaine diversification des cultures avec, une seule culture de rente (l’arachide 1,3t/ha) et céréalière (le maïs 1,9t/ha), et plusieurs de tubercules (manioc 5,4t/ha, macabo 4,5t/ha, patate douce 6,2t/ha, igname 16t/ha).

Avec la persévérance des mauvaises récoltes liée souvent à la mauvaise qualité des semences et

le manque d’intrants, les cultures enregistre des rendements assez faibles. Cette agriculture est

dominée par des exploitations traditionnelles où elle repose sur des pratiques sur brulis avec du

matériel rudimentaire. Par contre on observe le développement timide d’exploitations semi moderne avec de la traction animale permettant ainsi l’accroissement des superficies cultivées. Néanmoins, les productions restent toujours faibles du fait de l’inexistence de facteurs de production.

Ainsi, les activités horticoles commencent à connaître un important développement dans les espaces situés le long des dépressions (mares, bas fonds, etc.). Elles occupent une importante frange de la population, surtout féminine, en saison sèche et, génèrent une part importante dans l’autoconsommation et dans les revenus des ménages.

Les contraintes liées à l’agriculture se résument en sa pratique extensive, l’absence de crédit, l’absence de programme et l’absence de véritables circuits de commercialisation.

4.4.2. L’élevage

A coté de l’agriculture, l’élevage constitue une importante source de revenus. En plus de cette

fonction génératrice de revenus, les animaux jouent plusieurs rôles en milieu rural. En effet, ils

constituent une forme de thésaurisation (épargne sur pieds), interviennent dans la traction, le parcage (restitution organique aux sols de culture) et dans l’achat de vivre en période de soudure.

Dans la zone du projet, l’élevage s’articule autour des bovins, ovins, caprins, porcins et la volaille. L’élevage bovin reste sous la pratique des Fulbé et Mbororo qui sont agro éleveurs par essence. Par contre, les petits ruminants (ovins, caprins) sont généralement élevés par toutes les ethnies et servent à la vente en cas de besoin. Quant au porc, son élevage reste pour les Gbaya chrétiens. Ici l’élevage de la volaille qui semblait être une activité purement de femmes est pratiqué par tous. D’ailleurs la plus part des effectifs appartient aux hommes.

19
19

A cette activité, les contraintes sont plus d’ordre de disponibilité d’aliment devant permettre au développement de l’embouche et de circuits de commercialisation bien organisés.

4.4.3. Le commerce

Hormis, les Fulbé qui en font une activité principale, le commerce reste une occupation purement féminine. Il occupe une bonne partie des femmes et se résume en vente de beignets, de légume, de maïs vert et/ou grillé et de farine de manioc. Cette activité désorganisée du fait de l’absence d’infrastructures, génère tout de même des revenus substantiels. Il est développé tout le long du tronçon et dans la plupart des cas sur des étalages par terre.

Les contraintes soulignées par les femmes s’articulent autour de l’inexistence de circuits de crédit, d’infrastructures adéquates (marché, magasins de stockage, etc.) mais surtout du manque d’organisation à leur niveau.

20
20

TROISIEME PARTIE

V. GENRE ET DEVELOPPEMENT LOCAL

5.1. Méthode d’analyse

Dans cette partie de l’étude, la méthodologique adoptée a été déterminée par la spécificité des résultats attendus de la mission. Elle a été définie pour que le programme portant sur les mesures d’accompagnement genre des travaux routiers soit conforme aux conditions de viabilité de tout programme de développement.

ü qu’il doit être rentable du point de vue économique ;

ü qu’il doit veiller à la sauvegarde de l’environnement, et ;

ü qu’il doit garantir l’équité sociale et de genre.

Ainsi, l’examen des trois dimensions liées à la rentabilité économique, à la sauve garde de l’environnement et à l’équité sociale et genre, nous a conduits d’une part, à effectuer une analyse spécifique de chaque dimension et, d’autre part, à voir leur synergie et complémentarité pour identifier le programme approprié.

Concernant l’analyse spécifique genre, deux aspects ont été considérés :

i. du fait de la transversalité de l’approche genre, elle concerne différents niveaux ; dans le cas de la présente étude des mesures d’accompagnement quatre niveaux ou sphères interdépendantes et complémentaires ont fait l’objet de diagnostic :

o

la politique (les lois et règlements s’y rapportant) ;

o

l’organisation et la procédure politique) ;

(les modalités définies pour l’application de la

o

la mise en œuvre (les actions menées pour opérationnaliser la politique et le concept), et ;

o

la citoyenneté (les réalités vécues par les citoyens et citoyennes dans leurs quotidiens), compte tenu de la politique, des modalités d’application de cette politique et de la mise en œuvre des actions.

Cette considération transversale cherche à définir les liens, entre autres, entre les déclarations d’intention au niveau politique avec les réalités au niveau terrain. Elle permet de dégager les difficultés de la mise en œuvre et d’identifier les mesures correspondantes et leurs significations

ii. le « mainstreaming » du genre qui consiste à examiner les points d’entrée genre à chaque phase du cycle d’un projet ; dans le cas de la présente étude relative aux routes, l’accent est mis sur les phases avant et pendant les travaux, et dans une moindre mesure au moment de l’exploitation.

21
21

Cette considération permet de définir des mesures spécifiques à une phase déterminée de l’avancement du programme routier quel que soit le niveau ou la sphère.

A la lumière de ces deux considérations, la démarche suivie pour l’analyse de genre est la suivante :

§ étude documentaire qui a permis de faire un diagnostic transversal, essentiellement à partir de l’« Evaluation de la mise en œuvre du genre au Cameroun », document élaboré en aout 2007 à la demande du Groupe de Travail sur l’Egalité de Genre (GTEG), et le rapport du séminaire organisé à Mont Febe en avril 2008 par la Commission Européenne ;

§ entretiens auprès des parties prenantes sur « genre et route » au niveau de Yaoundé pour approfondir les informations recueillies dans les documents, notamment au niveau/sphère de la procédure. Outre l’UNIFEM, la DCE et les différents responsables au Ministère des Travaux Publics, les points focaux genre de quelques ministères (MinPROFF, MinTP, MinTravail), ont été consultés, ainsi que des participants au séminaire du Mont Febe, hommes et femmes ;

§ Interview semi-structurées auprès des femmes diplômées en Travaux publics pour une analyse genre au niveau de la mise en œuvre d’un programme routier, et auprès des Présidentes d’associations de femmes pour connaître la perception du concept genre par les citoyennes. Ces interview ont permis de recueillir des pistes de mesures à prendre (au total 112 femmes et 60 hommes ont été écoutés) ;

§ Consultations des représentants d’institutions présentes à Garoua Boulai (médecins, mairies, ONG, etc.) ainsi que des associations de femmes regroupées au sein d’un Réseau pour comprendre le niveau de la mise en œuvre de l’approche genre, et la perception des intervenants sur les vécues des citoyennes en terme de « genre » ;

§ Focus group auprès des femmes riveraines de la route Garoua Boulaï-Nandéké, notamment celles groupées en Associations ou en Groupe Intérêt Communautaire (GIC), et observations directes pour dégager les relations de genre telles que vécues au niveau terrain, et pour recueillir les besoins par rapport à la route. Les participantes ont été celles qui ont pu être regroupées sur place. Elles sont en majorité membre d’une association et/ou GIC, mais selon les cas, certaines ne sont ni affiliées ni membre d’une association. Au total huit villages ont été concernés par l’application de cet outil ; 15 associations et/ou GIC et 85 personnes ont été intégrées dans ce processus ;

§ Traitement et synthèse des informations collectées, recueils de données complémentaires, et recadrage avec les données sur l’analyse économique.

Rapport provisoire sur l’Evaluation de la mise en œuvre du genre au Cameroun, Groupe de Travail sur l’Egalité de Genre (GTEG), aout 2007 Rapport du séminaire d’intégration des questions d’égalité Homme/femme dans le Programme Routier 10 ème FED, Commission Européenne (CE), et UNIFEM Cf annexe

22
22

Pour les groupes de discussion dirigée, les participants ont été pris au hasard. Les critères retenus ont été le statut matrimonial et le niveau d’instruction (alphabétisé/analphabète). Ainsi pour les femmes, les femmes chef de ménage et les celles en union ont constitué deux groupes différents dans chaque site. Les hommes mariés, les jeunes hommes célibataires et jeunes filles célibataires ont été retenus pour les autres groupes.

5.2.

Résultats

5.2.1.

Synthèses des constats

5.2.1.1. Constats dans l’exploitation documentaire

a) Niveau politique / législatif

Genre

o

ratification de certains textes et traités sur le plan international (CEDEF, convention de Beijing, OMD-obj n°3) ;

o

politique nationale femmes et développement (PANIFD) élaboré en 1997, n’a pas abouti à cause de changement à la tête du département ministériel ;

o

concept et approche genre non appropriée (projet d’amendement des éléments discriminatoires à l’égard des femmes dans le code civil , non soumis à l’Assemblée nationale ; discrimina/on de sanc/on dans le code pénal ).

Genre et Route financement UE :

Ø déclaration de la prise en compte du genre dans les conventions de financement des travaux routiers 10 ème FED.

b) Niveau organisationnel et procédural

Genre

Ø Ministère de la promotion de la femme et de la famille, chargée de la coordination de la mise en œuvre du genre ; budget non substantiel ;

Ø Des points focaux genre (PFG) installés au niveau de tous les départements ministériels ; mais non opérationnels (mission non explicite, pas de budget propre) ;

Ø Un groupe de travail pour l’égalité de genre (GTEG) actif regroupant les bailleurs de fonds extérieurs.

Code de la famille : donne droit à l’époux de s’opposer à l’exercice par sa femme d’une activité salariée si l’intérêt de la famille le commande ; les biens de la femme appartiennent , tout comme elle, à son époux qui a le droit de les aliéner en tant que chef de famille, sans l’avis de sa femme Le code pénal ne sanctionne que l’adultère de la femme

23
23

Genre et route Financement UE

Ø coopération UE avec Ministère des Travaux Publics pour intégrer Genre dans les travaux routiers ;

c) Niveau de la mise en œuvre

Genre

Ø Mise en place de Centres de Promotion de la Femme et de la Famille ;

Ø projet d’éducation des filles (UNICEF) ;

Ø projet promotion de l’égalité et de l’équité entre les sexes (UNFPA) ;

Ø programme global d’avancement des femmes et d’égalité des sexes (PNUD) ;

Ø formations de formateurs genre, sensibilisation, insertion de modules genre dans les filières universitaires, etc. ;

Ø Projets spécifiques femmes : financement de projets de femmes ;

Ø Des méthodes et outils d’analyse et d’opérationnalisation du genre, disponibles (maîtrisés ? même compréhensions ?).

Genre –Route Financement UE

Ø application programme routier 9 ème FED ;

Ø mise en place d’une mission d’assistance technique chargée de renforcer les capacités des femmes ingénieurs pour l’insertion à l’emploi dans le domaine des grands travaux d’infrastructure ;

Ø capitalisation des acquis et leçons apprises 9 ème FED et échanges partages d’expériences avec autres bailleurs de fonds (BAD, UNIFEM) ;

Ø processus de réflexions

et

recherche

de

propositions

de

mesures

d’accompagnement : mettre l’accent sur les

mesures

positives

en

faveur des

femmes.

d) Niveau des citoyens

Perception du genre

Ø créations de plusieurs associations de femmes à différents niveaux, sans vision sur égalité de genre ;

Ø tendance à exclure les hommes dans la recherche d’une égalité de genre, et en faire une affaire de femmes ;

Ø confusion « genre » et « femme » impliquant des messages contradictoires ;

24
24

Ø l’approche genre crée une suspicion auprès de la population, y compris les femmes, de peur qu’elle ne menace l’ordre social ;

Ø images stéréotypées des femmes et des hommes, ancrées dans le quotidien et dans la culture ;

Ø ne remet pas en cause la division sexuelle de travail et la répartition de pouvoir entre homme et femme ;

Ø accent mis sur la satisfaction des besoins pratiques des femmes.

Genre Route Financement UE

Ø des femmes informées, prêtes à s’engager dans les métiers longtemps réservés aux hommes dans les travaux d’infrastructure ;

Ø des femmes diplômées dans le domaine des TP, qui manquent de « confiance en elle » pour effectuer leur métier ;

Ø des acteurs informés et sensibilisés avec des attentes/ craintes considérables à différents niveaux (terrain, région, national).

5.2.1.2. Constats au cours de l’Etude

a) Niveau politique

Ø Décision ferme d’intégration du genre dans le projet de construction de la route, prévue dans le DSP /PIN.

b) Niveau organisationnel et procédural

Ø un budget de 2 millions d’euros réservés à la mise en œuvre ;

Ø approche transversale impliquant plusieurs partenaires (secteur route, secteur promotion de la femme, secteur emploi, etc.), à différents niveaux (Ministère central, Région, Arrondissements, villages) ;

Ø application du mainstreaming : recherche de prise en compte du genre à tous les phases de la construction de la route et des infrastructures d’accompagnement).

c) Niveau de la mise en œuvre

(pm : objet de la présente étude : définition des points d’entrée genre)

d) Niveau des citoyens : les principaux acteurs impliqués dans le projet Genre- Route financement UE

Ø femmes ingénieurs : (i) des questionnements sur la traduction opérationnelle de l’approche = faudra t il remplacer les hommes ? Faudra t il travailler dans les mêmes

25
25

conditions que les hommes ? est ce qu’on sera à la hauteur ? (ii) des volontés pour relever le défis et changer le stéréotype = on veut appliquer ce qu’on a appris, on accepte les conditions offertes ;

Ø hommes ingénieurs : (i) des positions mitigées (femmes : Oui- Si

l’efficacité et l’efficience ; (ii) des réactions plutôt négatives = les femmes ne peuvent

pas se déplacer sur chantier ; (iii) des positions fermes = pas de discrimination en faveur des femmes dans le recrutement : égalité parfaite devant la loi (même si le constat est qu’il y a plus d’hommes que de femmes dans les entreprises et dans les postes de prise de décision) ;

Ø membres d’associations de femmes / réseau : (i) constat que les femmes sont défavorisées dans la société et manifeste la volonté de s’engager dans le processus pour saisir l’opportunité offerte et s’en servir en cas de réussite pour favoriser le plaidoyer ; (ii) volonté d’encadrer les femmes pour éviter des dérives et pour renforcer les capacités organisationnelles des associations de femmes ; (iii) constat que le Cameroun est entre les mains des hommes et que le développement du Pays nécessite un accompagnement des initiatives en faveur des femmes pour parvenir à un développement équilibré ;

Ø points focaux genre des départements ministériels : (i) des questionnements est ce que le genre n’est pas un alibi = se conformer aux déclarations internationales ? est ce que le gouvernement est convaincu de la nécessité de l’égalité entre les sexes au Cameroun = il n’y a pas de moyens affectés pour la mise en œuvre sans l’apport des bailleurs de fonds internationaux ; (ii) des constats : il suffit qu’une haute personnalité déclare la nécessité de laisser de la place aux femmes dans les postes de décisions, que rapidement des décrets arrivent pour la nomination des femmes ;

Ø acteurs au niveau régional/provincial (Garoua Boulaï) : (i) constat que les postes de responsabilités au niveau des délégations régionales, et des départements administratifs sont occupés en grande majorité par les hommes ; ( ii) constat que les hommes sont à la tête de toutes institutions modernes ou traditionnelles, politiques ou religieuses ;

Ø acteurs femmes au niveau des villages concernés : (i) constat que les charges de travail sont lourdes pour les femmes ; (ii) constat que les femmes accomplissent tous les rôles économiques et/ ou social plus que les hommes (rôle reproductif, rôle productif, rôle communautaire et rôle politique) ; (iii) constat que les femmes ont accès et contrôlent les ressources disponibles actuellement et dont elles ont besoin pour accomplir leurs rôles sans aucune contrainte ; (iv) constat que les femmes ont la liberté d’accomplir leurs rôles en toute indépendance sans lien de subordination aux hommes (par rapport aux ressources, par rapport au pouvoir) ; (v) constat que le sens du partenariat femme-femme est très significative au sein des associations , mais que leur niveau d’instruction est faible ; (vi) constat que les hommes sont

) arguant

26
26

délaissés dans le processus de développement compte tenu de la culture et du stéréotype .

5.2.2. Caractérisation des rôles

5.2.2.1. Les rôles reproductifs

Ce rôle regroupe les activités dont dépendent l’existence des générations futures et la reproduction sociale. De ces activités dépendent la survie humaine, l’entretien et la reproduction de la main d’œuvre.

Dans la zone de l’étude, les activités reproductives des femmes concernent :

· l’habitation : nettoyer la maison et son environnement immédiat (balayage et désherbage, etc.) ;

· l’alimentation : préparer le café, préparer et cuir le repas de la journée, faire la vaisselle, etc.) ;

· l’approvisionnement en eau : chercher l’eau à la pompe ou à la source ;

· le ramassage et le transport des bois de chauffe du champ jusqu’au village ;

· la santé : emmener les membres de la famille, notamment les enfants (vaccins), au centre de soin, acheter les médicaments, etc. ;

· l’éducation : préparer les dossiers pour l’inscription des enfants à l’école, acheter les fournitures scolaires, etc. ;

· l’habillement : faire la lessive, acheter les habits, etc. ;

Ces activités sont réservées aux femmes dans la division traditionnelle du travail entre les sexes. Les hommes dans la zone de l’étude ne s’en occupent pas. Ces activités sont consommatrices de temps et tendent à être invisibles parce qu’elles ne sont pas rémunérées au sens propre du terme.

Le rôle reproductif consiste aussi en la transmission progressive des valeurs sociales et culturelles d’une génération à l’autre. Cet aspect du rôle reproductif est accompli par les hommes et par les femmes dans la zone de l’étude.

5.2.2.2. Les rôles communautaires

Le rôle productif regroupe les activités pouvant être source de revenu pour la satisfaction des besoins.

les hommes doivent s’occuper des activités plus rémunératrices, or le développement de la zone est basée sur la culture vivrière réservée traditionnellement aux femmes ; les hommes sont obligés de faire les mêmes activités productrices que les femmes

27
27

Dans les zones entre Garoua Boulai et Nandéké, les femmes sont très entreprenantes. Elles développent plusieurs activités allant de la production agricole au commerce en passant par le transport des récoltes et leur transformation en produits finis. Ainsi, avec les activités de commerce, elles participent de façon importante à la constitution des revenus du ménage.

5.2.2.3. Les rôles productifs

Elles sont impliquées dans tout le processus poste récolte allant de la préparation à la mise en produits finis. Ainsi, elles assurent :

· La préparation des sols pour la mise en culture ;

· La culture du manioc, du maïs, de l’igname, du macabo, etc.) ;

· La récolte ;

· Le transport des produits de récolte aux ménages.

5.2.2.3.1. Concernant la production

Au regard des systèmes de représentation actuelle, l’on se rappelle que les hommes ne sont les seuls détenteurs de parcelles. Les femmes, tout en ayant plusieurs activités, s’attèlent aussi à la production agricole. Il est bon de rappeler que dans le système de production Gbaya où la femme est obligée de produire et ont la latitude d’utiliser comme bon leur semble les récoltes issus de leurs différentes parcelles. La fréquence du travail au champ est partout la même pour les deux sexes (en moyenne de 5 jours par semaine durant toute l’année). Chaque sexe peut constituer ou louer la main d’œuvre nécessaire selon ses moyens. Le salaire des hommes comme celui des femmes s’évalue en fonction des tâches à entreprendre (surface et volume), il n’y a pas de discrimination.

5.2.2.3.2. Concernant la transformation des produits (exemple du manioc)

· elles épluchent le manioc ;

· elles trempent dans l’eau pour 3 jours :

· elles lavent, cassent / brisent en morceau ;

· elles transportent pour faire sécher sur une roche ou sur les accotement de la route ;

· elles ramassent et mettent en sac / en corbeille / en cuvette et transportent au village ;

· elles apportent au moulin, ou elles pilent avec l’aide d’un mortier.

Ces activités propres aux femmes nécessitent beaucoup de temps. Elles se chargent de la transformation de tous les produits destinés à la consommation.

28
28

5.2.2.3.3.

Concernant le commerce

· elles conservent les produits ;

· elles assurent le stockage ;

· elles assurent le transport au marché ;

· elles étalent pour exposer à la vente ;

· elles vendent.

Le commerce des produits agricoles surtout vivriers, revient aux femmes. Il est évident que c’est l’absence de produits de rente dans la zone qui fait que les hommes sont à la marge des activités commerciales. Il ressort des enquêtes de terrain que s’adonner à la culture vivrière, essentiellement destinée à la consommation, « ne valoriserait pas un homme ». Il est aussi bon de noter que le prix est relativement bas et les quantités disponibles ne donnent pas un revenu substantiel. Toutefois, dans certaines chefferies (Mbindiba et Lokoti), les hommes participent aux activités de commerce et accompagnent les femmes pour rejoindre les plus grands marchés (Meiganga, ou Ngaoundéré).

Néanmoins, après la vent des produits assurée par les femmes, elles sont obligées de remettent aux hommes la part qui leur revient de droit. C’est la raison pour laquelle, on dit que « c’est la femme qui nourrit l’homme » dans la zone, ou encore « les hommes sont plus pauvres que les femmes » car effectivement ce sont les femmes qui assurent plus le rôle productif que les hommes.

5.2.2.4. Le rôle communautaire

Le rôle communautaire est celui qui regroupe les activités qui visent l’amélioration de la vie en société, exercée avec d’autres personnes en dehors de la famille.

Dans la zone de l’étude la vie associative est très présente. Les activités portent sur :

· l’organisation collective d’événements ou services sociaux (cérémonies : noces, deuils, etc.) ;

· les dynamismes associatifs, comme Moïnam (rassemblons la famille), Mone Se (le cœur qui travaille), Ngaene Meer (la main dure), etc. ;

· les activités sociales pour des services réciproques (tontine, entraide, soutien mutuel) ;

des

· les

activités

religieuses

(groupement

des

femmes

musulmanes,

groupement

femmes chrétiennes).

Le rôle communautaire a une portée très significative dans la zone. En fait, la grande majorité des femmes (si non toutes) de tous les villages est affiliée à une association, formelle ou non formelle. Une femme tisse, au minimum une relation de partenariat dans les activités associatives, notamment pour le plaisir et le devoir de donner et de recevoir des unes et des autres sous forme d’entre –aide. Le système consiste souvent en une collecte de fonds d’un montant allant de 100F à 2 000F par personne par semaine, en l’occurrence le dimanche, et en une redistribution des fonds ainsi épargnés pour subvenir à un besoin de l’une des cotisants à un moment donné. Cette pratique se développe et tend à s’étendre au-delà des activités

29
29

communautaires pour s’instaurer dans le domaine économique, à savoir au sein des GIC , lesquels sont parfois mixtes.

Outre ces activités internes aux associations, les femmes célèbrent aussi la journée du 8 mars. Dans ce cadre, elles initient des activités qu’elles mènent en toute liberté avec des ressources propres. Sauf dans le cas d’associations affiliées au Réseau, cas rare, cette célébration reste interne au niveau du village.

5.2.2.5. Le rôle politique des femmes

Le rôle politique réunit les activités entreprises au niveau communautaire (local) dans le cadre de structures traditionnelles/coutumières. Ce rôle consiste en la prise de décision pour la communauté. Ces activités sont celles des dirigeants d’associations, chef traditionnel, ou notable, etc.

Au niveau des villages, les femmes n’ont pas mentionné dans les rôles qui leur sont dévolus des activités ou tâches relevant de la politique. Les informations recueillies ont permis de comprendre qu’au niveau des villages entre Garoua Boulai et Nandéké, ce sont les chefs de village, tous hommes, qui sont les interlocuteurs incontournables pour tout ce qui est décision concernant la communauté villageoise. Les femmes présidentes de GIC sont cependant consultées pour toutes décisions qui touchent les activités du GIC.

Les réunions villageoises voient la présence de tous, hommes et femmes. Le droit à la parole n’est pas restrictif, chacun est libre d’en disposer même si la décision revient au chef de village. Et lorsqu’il est question des associations des femmes, ces dernières ont le pouvoir de décision sur l’organisation et notamment sur la répartition des bénéfices engendrés par les activités associatives.

Par ailleurs, chez les Gbaya, une femme dans un village a une place spécifique : celle d’apporter la paix (OKO PIGAMO). Elle est considérée comme une prêtresse chargée de l’apaisement social, de la médiation en cas de divergence ou conflit. Elle est respectée, écoutée, reconnue par tous.

5.2.3. L’analyse selon l'approche genre des contraintes du milieu

« Le genre » concerne les relations hommes- femmes qui sont construites par la société mais non innées. Ces relations sont différentes selon les sociétés, selon les époques. Entre autres, elles peuvent dépendre de la culture, des coutumes, de la technologie, du développement économique, des modes de production, des activités dominantes, etc. Ainsi, les relations de genre dans la zone Garoua Boulaï-Nandéké sont spécifiques à cette zone, notamment au moment de la réalisation de la présente étude.

Les associations sont à but non lucratif ; la raison d’être est d’ordre social, tandis que les GIC cherchent à produire plus et vendre pour obtenir un bénéfice

30
30

Les relations de genre changent et peuvent être déconstruites par la société elle – même qui les

a engendrées. Aussi faut-il attirer l’attention sur le fait que toute intervention de

développement, spécifique genre ou non dans une zone, influe inévitablement sur les relations hommes-femmes. Elle peut faire changer en mieux ou en pire ou simplement perpétuer la situation observée. Les relations de genre existantes à un moment donné peuvent influencer l’efficacité de toute intervention. Quelles que soient donc les mesures d’accompagnement du projet de construction de la route dans la zone, il importe de prévoir l’effet sur les relations de genre, et en quoi les relations de genre peuvent les affecter.

5.2.3.1. Analyse des relations de genre, actuellement dans la zone

Les relations de genre s’analysent à travers la division sexuelle du travail et les charges qui en découlent. Elles peuvent être appréciées par la comparaison des chances des hommes et des femmes dans l’accès aux ressources et dans le contrôle de celles –ci. Enfin, les relations de pouvoir ou de subordination de l’un par rapport à l’autre sexe constituent le nœud de l’analyse

du genre, l’objectif étant une relation de partenariat entre homme et femme, une organisation

sociale qui respecte les droits humains et où les citoyens et citoyennes sont considéré (e)s sur

un même pied d’égalité.

5.2.3.2. Division du travail / rôles de genre

L’analyse de la division du travail « qui fait quoi » a abouti à la définition des rôles (cf diagnostic des activités). Il convient de rappeler que dans les villages entre Garoua Boulaï et Nandéké, les femmes accomplissent leurs quatre rôles en toute indépendance sans se référer aux hommes,

et ces derniers occupent leur temps sans se soucier de ce que font « leurs » femmes. Il

n’apparaît pas un lien de subordination homme / femme dans la division du travail. La répartition des rôles est tellement ancrée dans le quotidien et dans la culture que la population « fait avec » : les femmes et les hommes semblent agir actuellement sans interaction, au détriment des hommes du point de vue économique y compris monétaire, et au détriment des femmes en termes de charges de travail et de pénibilité des tâches.

5.2.3.3. Accès et contrôle des ressources

La question « qui fait quoi » est complétée avec la question « comment/avec quelles ressources» pour essayer d’examiner les conditions dans lesquelles les femmes (et les homes) exercent leurs rôles. Elle montre les facteurs qui entravent ou favorisent l’exercice des rôles

Zone où la polygamie est une pratique courante : un homme a trois ou quatre femmes Accès : Avoir l’occasion de se servir des ressources / bénéfices (sans avoir nécessairement le pouvoir de décider de leur utilisation) ; Contrôle des ressources / bénéfices : Aptitude à définir l’utilisation des ressources/ bénéfices et à imposer ce choix aux autres (Avoir la possibilité de décider de l’utilisation).

31
31

traditionnels, et par la même occasion, elle aide à comprendre les besoins exprimés pour envisager des changements positifs dans les conditions de travail des femmes et des hommes.

Les ressources nécessaires sont nombreuses pour assumer les différents rôles. Il s’agit entre autres :

ü du temps essentiellement, pour assurer le rôle reproductif et le rôle communautaire, mais aussi les centres de soin et d’éducation pour le rôle reproductif ;

ü du temps, de la terre (le capital), des matériels de production et de transformation, des matériels de transport, du revenu, pour le rôle productif (agriculture et commerce) ;

ü du pouvoir, pour le rôle politique ;

ü de l’information et de la formation pour accomplir dans les meilleures conditions tous les rôles.

De quelles ressources les femmes ont-elles besoin pour assumer leurs rôles ? Ont-elles accès à ces ressources et ont-elles le pouvoir de décider de leur utilisation (contrôle) ? Que souhaitent- elles (besoins pratiques)?

5.2.3.4. Les ressources pour accomplir le rôle reproductif

ü La principale ressource pour effectuer les travaux domestiques est le temps (notamment pour la recherche de l’eau s’il n’y a pas un point d’eau dans le village, et pour la collecte des bois de chauffe) ; ce temps de travail est non rémunéré ;

ü Le revenu est une ressource nécessaire pour satisfaire les besoins : les femmes se procurent des petites ustensiles de cuisine ou les produits de première nécessité (savon, sel, sucre, etc.) par le revenu qu’elles tirent de la vente des produits agricoles ; les hommes contribuent aussi à l’achat de ces biens s’ils trouvent que l’apport de la femme est insuffisant ;

ü Ce sont les femmes qui se soucient le plus de l’habillement, notamment celui des enfants ;

ü Les femmes s’acquittent des dépenses liées à l’éducation et à la santé ; une femme n’abandonne jamais ses propres enfants ; les hommes n’y contribuent que s’ils trouvent que l’apport des femmes est insuffisant ;

ü Une femme a la liberté d’avoir sa propre maison, elle peut construire selon ses moyens, elle a accès à une maison et elle en assure le contrôle.

32
32

Aussi, dans la réalisation de leur rôle lié aux activités domestiques, les femmes ont accès et ont le contrôle des ressources dont elles ont besoin pour le moment. Dans la zone d’étude, « elles ne sont pas soumises aux hommes » et ont la possibilité de décider de l’utilisation du peu de ressources actuellement disponibles

Par rapport à la santé et l’éducation, il faut souligner toutefois que ni les femmes ni les hommes n’ont le contrôle des ressources nécessaires pour garantir la santé de la famille ni l’éducation des enfants. En effet, la population (homme ou femme) peut avoir accès aux soins et /ou à l’éducation si les infrastructures existent et se trouvent dans une localité non éloignée du village. Le personnel médical et les médicaments ainsi que le personnel enseignant sont autant de ressources pour lesquelles ni les hommes ni les femmes n’ont le contrôle.

Par ailleurs, l’information est parmi les précieuses ressources sur la protection contre le VIH/SIDA ; toutes les femmes rencontrées ont eu accès à l’information sur ce virus

5.2.3.5. Les ressources pour accomplir le rôle communautaire

ü Le temps est aussi une ressource nécessaire pour accomplir le rôle communautaire ; les femmes ont accès à cette ressource et réserve volontiers le dimanche pour ce rôle ; elles en ont le contrôle ;

ü La cotisation qui atteste l’adhésion à l’association constitue une ressource nécessaire à l’exercice de ce rôle ; les femmes y ont accès et en ont le contrôle car dans la plupart des cas le montant de la cotisation n’est pas fixé et la contribution d’une femme est fonction de son pouvoir d’achat ;

ü La redistribution des fonds est décidée par les femmes pour les femmes ; elles ont accès et elles ont le contrôle des « bénéfices » résultant de l’exercice de leur rôle communautaire.

Ainsi, les femmes ont accès aux ressources disponibles pour accomplir leur rôle communautaire, elles ont le contrôle de ces ressources. Et encore une fois, dans la zone d’étude, les femmes agissent en toute indépendance vis-à-vis des hommes.

5.2.3.6. Les ressources pour accomplir le rôle productif

Le rôle productif des femmes dans la zone entre Garoua-Boulaï et Nandéké, a trois composantes qui sont des activités dans la filière de la production agricole : la production au champ, la transformation des produits agricoles (manioc, maïs, igname essentiellement), et la vente des produits transformés ou des produits bruts

33
33

Pour la production au champ : de quelles ressources ont-elles besoin ? Est- ce qu’elles ont accès à ces ressources et est ce qu’elles en ont le contrôle ?

ü Le temps de déplacement du village aux champs, constitue une ressource non négligeable pour accomplir ce rôle (de 30mn à 3h est la durée indiquée selon la localisation du champ, pour y accéder) ; ce temps n’est pas rémunéré ;

ü la terre est la première ressource nécessaire pour la production agricole ; chaque femme (comme chaque homme) a sa propre parcelle ; la femme, comme l’homme est la/le propriétaire de son champ de culture. La question foncière ne se pose pas : il n’y a pas de discrimination ; la superficie est variable dans la zone, elle n’est pas définie parce qu’on est homme ou parce qu’on est femme ; les femmes comme les hommes ont la liberté d’y pratiquer la culture de son choix et dans la zone, ils et elles produisent les mêmes choses; les femmes ont donc accès et elles ont le contrôle de la terre et des produits y relatifs ;

ü les outils de production qu’elles utilisent, quoique rudimentaires, appartiennent aux femmes ; elles peuvent s’en servir et décident de leurs utilisations ; chez les Gbaya, la famille donne à une fille qui se marie une contribution pour constituer un fonds de départ ; une femme arrive ainsi dans sa belle famille économiquement bien posée et elle peut avoir plus de moyens que l’homme, elle décide de l’utilisation de ce fonds en toute indépendance ;

ü la femme décide de la période de récolte en fonction des besoins de la famille ;

ü la main d’œuvre est assurée par l’entre – aide ou par des salariés qui louent leur force de travail lorsque la superficie du champ est importante ; concernant l’entre-aide, les femmes ont accès à la main d’œuvre, et la décision d’affectation de ce personnel bien que suivant une rotation convenue reste sous le contrôle de l’homme; les hommes comme les femmes peuvent être salariés, le salaire est le même et se négocie en fonction du volume du travail : c’est donc la force physique qui détermine le niveau de salaire ; dans la zone une journée de travail salariée ne dépasse pas 1 500F ;

ü la technologie, la formation, l’information sont autant de ressources nécessaires à la production, mais toutes les femmes rencontrées affirment ne pas avoir accès (ni contrôle) à ces ressources.

Les femmes ont accès aux ressources disponibles actuellement, et elles en ont aussi le contrôle. Cependant ces ressources sont insuffisantes en quantité et en qualité et bloquent l’amélioration de la production et de la productivité des femmes ; de même, les hommes sont économiquement pauvres et travaillent en dessous de leurs potentialités. Les relations hommes femmes sont égales dans l’accès aux ressources liées à la production

Pour la transformation des produits agricoles manioc, maïs, Igname)

La transformation se déroule en plusieurs étapes (ex pour le manioc : déterrer, tremper, laver, couper, sécher, transporter, stocker, moudre et/ou piler) ;

34
34

ü le temps est ici encore la ressource la plus importante et il est rémunéré ; les femmes ont accès et en ont le contrôle (elles sont obligées même si personne ne les y contraignent) ;

ü les techniques de conservations font défaut, et les matériels de conservation ne sont pas disponibles, les produits pourrissent rapidement ; elles n’ont pas accès aux espaces /matériels de conservation, elles n’en n’ont pas le contrôle si ces biens existent dans certains villages ;

ü l’aire de séchage est située loin du village sur un rocher, et parfois le long des accotements de la route ; elles ont accès au lieu de séchage qui existe, mais elles n’en ont pas toujours le contrôle ;

ü le transport se fait sur la tête ; elles n’ont pas accès à un matériel de transport intermédiaire et elles n’ont pas le contrôle ;

ü le lieu de stockage individuel est rare, elles peuvent en avoir accès, mais elles n’ont pas toujours le contrôle ;

ü elles pilent les maniocs au mortier ; elles n’ont pas toujours accès au moulin et elles n’en n’ont pas le contrôle.

Les ressources nécessaires à la transformation du produit, entre la production et la vente, sont difficilement accessibles. Les femmes y ont rarement accès et n’en ont pas le contrôle. Ce qui réduit fortement la productivité et la valeur ajoutée des activités productives des femmes. Les activités de transformation sont réservées aux femmes, les hommes n’ont pas non plus le contrôle des ressources nécessaires.

Pour le commerce des produits agricoles (bruts ou transformés) de quelles ressources ont-elles besoin ? Est- ce qu’elles ont accès à ces ressources et est ce qu’elles en ont le contrôle ?

ü le stockage nécessite un hangar que ne disposent pas les femmes ; elles n’y ont pas accès ni le contrôle ;

ü la conservation nécessite des techniques et matériels dont les femmes ne possèdent pas ; elles n’y ont pas accès ni le contrôle ;

ü un lieu d’étalage à l’abri de la pollution est nécessaire pour exposer les produits à vendre (elles vendent par terre) ; elles n’en ont pas accès ni le contrôle ;

ü le revenu est le produit de la vente ; comme ce sont les femmes qui assurent la vente des produits, y compris ceux des hommes ; ce sont elles qui accèdent en première au revenu ; et ce sont elles qui donnent aux hommes leur part du marché ; elles ont accès au revenu, et elles ont le contrôle de l’utilisation du bénéfice.

exemple pour le manioc : déterrer, tremper (3jours), laver, couper, sécher (2 h de trajet, et 4h pour le séchage), transporter (sur la tête), stocker, piler (2 heures pour une cuvette)

35
35

Les femmes n’ont pas accès aux ressources nécessaires au bon fonctionnement du commerce. Elles n’ont pas le contrôle de ces ressources car la décision de mise à disponibilité leur échappe. Elles ont par contre accès au revenu, et ce sont elles qui en assure le contrôle, c'est-à-dire le partage entre la part du mari et sa part propre

5.2.3.7. Les besoins pratiques déduits en fonction des conditions d’accès et de contrôle des ressources pour accomplir trois des quatre rôles

C’est à partir d’un tableau récapitulatif des accès /contrôle des ressources pour assurer les différents rôles que sont classés les besoins exprimés

 

Quelles

sont

les

A

quelles

Quelles

Quels besoins sont exprimés par

dans l’accomplissement des

ressources

ressources ont- elles accès pour

ressources les

les femmes

 

dans

Rôles genre

 

femmes

l’accomplissement de leur rôle ?

 

rôles ?

effectuer les

contrôlent-

rôles ?

elles ?

Reproductif/ domestiques Se laver Nettoyer balayer Préparer le café Petit déjeuner Chercher l’eau Chercher du bois

Temps / eau Maison Ustensile Ustensile Temps /eau Temps / transport

 

X

X

-

X

X

-

X

X

-

x

X

-

x

X

Eau potable au village

 

x

X

Aménager

une

piste

et

un

   

matériel

roulant

pour

le

transport

 

Reproductif

         

/santé

Dispositif

de

soins au

village:

S’occuper

des

Temps

d’accès

aux

X

X

Centre

de

santé

équipé,

enfants malades

services :

personnel

médical

qualifié,

S’occuper

des

Personnel médical

X

-

équipements

sanitaires

et

adultes malades

Médicaments

X

-

médicaments appropriés

 

Se

prévenir

des

Vaccins

X

-

 

maladies

Soins

X

-

 

Informations

sur

X

-

VIH/SIDA

x

-

Reproductif/

       

Mettre

au

village

une

école

éducation

Dispositif de

X

-

complète :

 

Envoyer

les

l’éducation :

ü équipements

 

enfants à l’école

Ecole équipée

X

-

ü personnel qualifié

Personnel enseign

X

-

ü service d’encadrement pour

Dossier inscription

-

-

constituer les dossiers

 

Communautaire

     

Augmenter les fonds de

 

Réunion

 

Temps

X

X

fonctionnement

 

Cotisation

Cotisation

X

X

 

Redistribution

Décision

X

X

Renforcer la communication

 

Les besoins pratiques sont ceux dont la satisfaction ne remet pas en cause la division de travail ni les rôles

36
36

Célébration

Information

-

-

avec l’extérieur et la

journée femme

coordination

-

-

coordination

Productif

travail au champ Se déplacer Défricher

/

     

Aménagement de piste pour réduire le temps déplacement ;

Temps Terre Outils de Product° Main d’œuvre Formation Information

X

X

véhicule de transport

X

X

intermédiaire ;

Cultiver

X

X

Augmentation ou aménagement

X

X

de la superficie (tracteur)

-

-

Intrants (Semence, engrais)

-

-

Diversification de culture

Productif

/

     

Améliorer les moyens utilisés dans le processus de

transformation

Déterrer, laver,

Temps

X

X

transformation

Conserver

Technique

-

-

ü

apprendre les

Sécher

Conservation

-

-

techniques de conservation

Transporter

Matériel roulant

-

-

ü aire de séchage

Stocker

Hangar

-

-

ü matériel de transport

Moudre

Moulin

-

-

ü hangar

ü moulin

Productif

/

     

Dispositif pour améliorer le revenu tiré de la vente :

commerce

Stocker

Magasin stockage Matériel conservation Lieu de vente Revenu

-

-

Hangar Magasin stockage

Conserver

-

-

Vitrine d’exposition de produits

Etaler

-

-

Vendre

x

x

Conclusion

Les femmes vivant dans la zone entre Garoua Boulaï et Nandéké exercent 4 rôles (reproductif, productif communautaire, et politique) indépendamment des hommes. Elles ont une certaine liberté par rapport à l’utilisation des ressources actuellement disponibles (accès), et elles peuvent décider de leurs utilisations. Ceci constitue un facteur important d’émancipation/épanouissement :

ü les femmes ont en général accès et contrôle des ressources qui leur sont nécessaires pour accomplir leurs rôles reproductif et communautaire ;

ü elles ont accès mais ne contrôle pas les ressources liées à la santé et l’éducation ;

 

ü elles ont accès à l’information sur le sida ;

 

ü elles ont accès aux ressources disponibles actuellement pour la production au champ, et elles en ont le contrôle, mais le produit obtenu est insuffisant ;

ü elles n’ont pas accès et n’ont pas le contrôle des ressources nécessaires pour la transformation des produits ce qui limite la productivité et la valeur ajouté ;

ü elles n’ont pas accès aux ressources nécessaires et n’en ont pas le contrôle pour vendre les produits dans de bonnes conditions.

Les besoins exprimés sont des besoins pratiques. Une intervention qui répond à ces besoins ne remet pas en cause la division du travail femme/homme et vise surtout à augmenter l’accès aux ressources et aux bénéfices. Elle entrainera une amélioration de la productivité et du revenu

37
37

5.2.3.8. Les ressources pour accomplir le rôle politique

La principale ressource nécessaire pour exercer le rôle politique est le pouvoir.

5.2.3.9. Le « Pouvoir » comme facteur déterminant dans l’analyse des relations de genre,

En analyse de genre, le concept de « pouvoir » a fait l’objet de réflexion et de recherche dans le cadre du renforcement du pouvoir des femmes (empowerment). De ce point de vue, on fait la distinction entre quatre types de pouvoir :

o

le pouvoir sur ;

o

le pouvoir de ;

o

le pouvoir avec, et ;

o

le pouvoir intérieur.

5.2.3.9.1 "le pouvoir sur"

La notion suppose que le pouvoir n'existe qu'en quantité limitée : plus tu en as, moins j'en ai. Si j'exerce de l'autorité sur toi, te donner davantage du pouvoir signifie que j'en perdrai.

Dans la zone d’étude, cette forme de pouvoir existe au sein du village ; il est exercé par le chef du village ou la Lamido ; c’est toujours un homme. Au sein d’une famille Gbaya, elle est moins évidente, car en effet l’homme économiquement pauvre ne semble pas avoir une autorité effective sur ses femmes. Ces dernières bien qu’indépendantes économiquement n’exercent pas non plus un pouvoir sur leur mari. D’où l’absence relative d’une forme de domination ou de subordination ; l’un ou l’une ne guide pas l'autre.

5.2.3.9.2 "le pouvoir de"

C’est un pouvoir qui est créateur et qui rend apte à accomplir des choses ; c’est l'essence même de l'aspect individuel du pouvoir (empowerment) : il existe lorsqu'on a réussi à résoudre un problème, à comprendre le fonctionnement d'une chose ou à acquérir de nouvelles compétences.

Dans les villages, les capacités sont limitées et réduisent « le pouvoir de » qui renvoie aux savoir et savoir-faire. L’accès des hommes et des femmes à l’information, à la formation et aux nouvelles technologies (aux ressources performantes) constitue un obstacle au développement. Outre quelques présidentes d’associations, les femmes rencontrées ont des difficultés à s’exprimer ; les secrétaires des associations féminines sont des hommes parce que la fonction requiert une base : « savoir lire et écrire ».

Les associations disposent de statut et règlement intérieur qui sont des documents rédigés en français, signés par des membres de bureau qui ne lisent pas le français. Par ailleurs, les

Lisette CAUBERGS, Genre et empowerment, Novembre 2002 ( www.atol.be]

38
38

animateurs et animatrices d’ONG qui avaient travaillé avec quelques associations de la zone ont fait savoir qu’il n’est pas rare de refaire plusieurs fois une formation (même dispensée en langue locale), car le niveau d’instruction est faible. Les observations directes permettent de noter que le niveau des jeunes (filles et garçons) est nettement supérieur par rapport à celui des personnes âgées . Des interventions en leur faveur ou les intégrant seraient une source d’efficacité

5.2.3.9.3 "le pouvoir avec"

C’est un pouvoir à caractère social et politique. Il fait référence à la solidarité, à la capacité de s’organiser pour négocier, pour défendre ses droits.

Dans la zone, collectivement les femmes sentent qu'elles ont du pouvoir lorsqu’elles s'organisent et s'unissent dans la poursuite d'un but commun, notamment au sein d’une association ou d’un GIC. « Le pouvoir avec » est puissant au niveau des associations féminines :

les femmes décident avec les femmes pour les femmes. Une forme de partenariat solide basée sur des règles de conduites consensuelles régit les comportements du groupe : participation régulière aux réunions périodiques, paiement de cotisation, redistribution des fonds, programmation d’activités communes, existence de sanction, etc.

5.2.3.9.4 "le pouvoir intérieur"

Ce pouvoir se réfère à l'image de soi, la confiance en soi, l'estime de soi, l'identité, la conviction (religieuse) et la force psychologique (savoir être).

Dans la zone d’étude, les femmes rencontrées ont manifesté un certain dynamisme et un sens de l’entreprenariat. Les femmes n’hésitent pas à s’engager dans les actions économiques traditionnelles (habituelles) moyennant des moyens de production plus performants, ou des activités génératrices de revenu nouvelles (mise en place de petits établissements hôteliers et de restauration). Plusieurs parmi elles ont réclamé l’acquisition de nouvelles connaissances culturales, et ont fait connaître leur disponibilité à s’engager même dans les travaux routiers qui s’annoncent, si une formation préalable leur sera offerte (maçonnerie, par exemple).

Le fait de ne plus considérer le « pouvoir comme une propriété » mais plutôt « comme une relation» a des implications significatives dans l’approche relative aux relations de genre, l’objectif étant d’agir collectivement pour remettre en question les causes structurelles des problèmes à résoudre collectivement.

Aussi, l’étude des mesures d’accompagnement « genre » du projet de construction de la route

est menée pour améliorer les conditions de vie des femmes pour

ainsi répondre à la satisfaction de leurs besoins pratiques. Les mesures peuvent modifier immédiatement les relations hommes femmes dans la zone, mais la question reste de savoir si

Garoua Boulaï-Ngaoundéré

ONG PADI (Programme d’appui au développement Intégré) Des jeunes gens et jeunes filles qui sont ou ont été à l’école secondaire ont assuré la traduction lors des focus group avec les femmes

39
39

elles ne risquent pas de creuser l’écart déjà existent entre les deux sexes bien qu’elles puissent constituer des facteurs de changement positif dans leurs relations à travers l’investissement en faveur des garçons par la mère.

Par contre, à long terme, des changements plus égalitaires peuvent être attendus dans la mesure où, dans sa gestion du rôle reproductif, la femme décide de l’éducation de ses enfants, filles et garçons surtout au niveau des Gbaya où, culturellement, les femmes investissent pour leurs garçons afin que ceux-ci restent dans la propriété familiale. De plus, les femmes investissent dans la construction et n’hésiteraient pas à laisser les habitations pour ses fils en particulier. Son caractère entreprenant améliorera sa productivité et augmentera sa valeur ajoutée moyennant des apports dans la réduction des temps de déplacement et dans les moyens de production.

5.2.3.10. Contraintes/Atouts/Propositions

Objectifs :

Ø améliorer les conditions des femmes dans la mise en œuvre des mesures d’accompagnement identifiées dans le processus de construction de la route Garoua Boulaï-Nandeke.

Résultats attendus :

Ø les conditions de vie des femmes le long du tronçon seront améliorées ;

Ø les femmes qualifiées et la main d’œuvre non qualifiée saisiront l’opportunité d’emploi engendré par les différents travaux à réaliser dans le cadre de la construction de la route et des mesures en faveur de la condition de vie de la population.

Remarque :

Ø les actions à réaliser en vue de l’amélioration de la condition de vie de la population en général, et des femmes en particulier portent sur :

o

la construction d’infrastructures communautaires (école, marchés, points d’eau /forage, aires de séchages, pistes de dessertes, périmètres maraîchers, etc.) (logique d’efficacité) ;

o

la facilitation d’accès aux ressources (matériels, équipements) d’usage individuel ou collectif : moulin, séchoir, matériels de production, de transport intermédiaire, etc. (logique d’efficacité) ;

o

l’accompagnement des bénéficiaires des mesures prises (associations, communauté villageoise, les femmes en particulier) par le renforcement de capacités techniques et organisationnelles (formation, information, sensibilisation, appui –conseil) (logique d’empowerment) ;

Ø les propositions d’activités genre sont celles relatives aux actions d’accompagnement à réaliser.

40
40

Les contraintes et atouts en termes de genre par rapport aux différents types d’actions à réaliser et

Type d’action 1

 

Contraintes

Atouts

 

Propositions

Construction

 

Ø les entreprises de construction ou les bureaux de contrôle ne disposent pas de main d’œuvre féminine et sont souvent réticents pour recruter les femmes Ø des femmes diplômées hésitent (manque de pouvoir intérieur) pour accepter certains emplois Ø au niveau terrain, les associations de femmes ont une faible capacité organisationnelle Ø les femmes situées au niveau local/ village ont un faible niveau d’instruction qui constitue un obstacle pour l’acquisition de nouvelles connaissances techniques Ø les projets ciblent uniquement les femmes et créent un processus d’exclusion des hommes déjà en marge économiquement dans le milieu rural traversé par la route

Øla CE est favorable à l’appui Øla mission d’assistance technique est sur place pour apporter un appui aux jeunes femmes ingénieurs Øun plaidoyer à commencer au niveau des entreprises et bureaux d’études Ødes femmes diplômées jeunes sont disposées à relever le défi Øau niveau des villages (associations et individus) existent des femmes relativement jeunes et des jeunes filles qui ont un niveau d’instruction (au moins ont fini l’école primaire) Øles femmes au niveau des villages sont très entreprenantes et ont manifesté une volonté de participer à tous les travaux proposés moyennant formations préalables Øopportunités de sous-traitance pour des travaux HIMO

 

d’infrastructures

(école,

marchés,

points

d’eau

/forage,

aires

de

séchages, pistes de

dessertes,

périmètres

 

Cf Proposition 1

maraîchers, etc.)

 

Ø conflits

éventuels

liés

au

souhait

de

contrôler

l’infrastructure

 

Proposition 1

 

Objectif

 

Résultats attendus

   

Propositions

   

Période

Créer

opportunités d’emploi des femmes qualifiées et la main d’œuvre non

des

Les femmes qualifiées sont recrutées

 

Niveau politique :

 

Dès approbation des Actions et budget

 

Mise

en

place

de

Comité