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Evaluation de barrières de sécurité : Résultats des tests sur les détecteurs de flamme 11

Evaluation de barrières de sécurité :

Résultats des tests

sur les détecteurs de flamme

11 mai 2011

Essais de l’INERIS sur les détecteurs de flamme en extérieur :

des appareils qui remplissent bien leur fonction sous réserve d’une marge de sécurité

L’INERIS, spécialiste de l’évaluation des barrières de sécurité, présente aujourd’hui les principaux résultats de sa campagne de tests, menée entre 2009 et 2010, sur les détecteurs de flamme à usage industriel, installés en extérieur. Les appareils ont globalement fourni des performances de détection à l’air libre souvent en deçà des performances attendues (portée de détection, angle de vision), compte tenu de leurs spécifications techniques. Néanmoins, ils se sont montrés robustes face à des conditions atmosphériques ou des perturbations électromagnétiques sévères et relativement peu sensibles aux sources de fausses alarmes.

L’INERIS dispose d’une large expertise dans l’évaluation des barrières de sécurité, clé de voûte de la démarche de maîtrise des risques que l’industriel met en place sur une installation classée et que les services de l’Etat ont la charge de contrôler. Les détecteurs de flammes font partie des barrières techniques de sécurité (BTS) communément utilisées pour la prévention incendie. La campagne d’essai menée par l’Institut a pour objectif de collecter des données sur les performances et les limites d’utilisation des appareils disponibles sur le marché et destinés à un usage industriel en extérieur (industrie de process type « oil & gas » - secteur pétrolier/chimie).

Cette campagne est unique par son ampleur : cinq fabricants ont apporté leur concours et une trentaine de détecteurs ont été mis à l’épreuve (détecteurs multi-IR et UV-IR) 1 . Deux phases d’essais ont été réalisées en 2009 et 2010, en conditions de laboratoire (essais sur banc optique) et en conditions réelles (essais à l’air libre avec la collaboration du centre suédois SP Technical Research). Les tests ont étudié la sensibilité des détecteurs en fonction de la distance et de leur angle de vision lorsqu’ils sont exposés à différents types de feux 2 . L’évaluation a également porté sur leur robustesse (sensibilité aux sources de fausses alarmes, résistance aux conditions climatiques).

Les résultats d’essais montrent que la portée de détection et l’angle de vision horizontal des détecteurs peuvent être très variables d’un appareil à un autre. La technologie de détection et le réglage de la sensibilité des appareils sont les 2 principaux paramètres à l’origine des différences de performance constatées. Dans 60% des cas en moyenne, les appareils n’ont pas tenu les performances spécifiées. Dans 40% des cas, ils les ont dépassées. Les écarts relevés avec les spécifications sont parfois très importants : la portée de détection mesurée peut être jusqu’à 2 voire 3 fois moins longue que celle spécifiée. Il est donc souhaitable de prendre une marge de sécurité et se fonder sur une distance de détection plus courte (moitié de la distance maximale de détection), lors de l’installation de ce type d’équipement.

D’une manière générale, les portées les plus longues ont été observées pour la technologie multi-IR (détection du pic d’émission du CO 2 ). La technologie UV-IR s’est montrée la moins sensible. La flamme d’hydrogène, peu visible, est correctement détectée par les appareils dont la technologie le permet, et les résultats témoignent globalement d’une bonne sensibilité. Les temps de réponse fluctuent entre 3 et 25 secondes (les normes exigeant des temps inférieurs à 30 s.).

1 Détecteurs à capteurs infra-rouge (multi-bande) ou détecteurs combinant des capteurs ultra-violet et infra-rouge.

2 Méthane, propane, hydrogène en conditions de laboratoire ; méthane, hydrogène, heptane, éthanol, cartons pour les essais à l’air libre.

Les angles de vision horizontaux mesurés à l’air libre sont globalement inférieurs à ceux mesurés en laboratoire et ne dépassent généralement pas 60°. Les essais tendent à confirmer que les détecteurs ont l’angle de vision le plus large à mi-distance de leur portée maximale de détection. Par ailleurs, l’orientation de l’axe optique influence la sensibilité des appareils dans près de 50% des cas.

Enfin les détecteurs ont correctement fonctionné dans les conditions climatiques spécifiées par les fabricants et sont bien immunisés contre les perturbations électromagnétiques. Les détecteurs testés sont enfin relativement peu sensibles aux sources de fausses alarmes (la source la plus fréquente étant l’arc de soudage). Les facteurs climatiques, tel le vent ou l’humidité, ont un impact sur les performances des détecteurs, mais qui n’a pu être quantifié et caractérisé avec précision : des analyses complémentaires sont nécessaires.

Le principe des barrières de sécurité fait partie intégrante de la stratégie de prévention des risques définie par la réglementation. Les barrières sont prises en compte dans les études de danger (EDD) exigées dans le cadre de l’autorisation d’exploiter. Evaluer leur fiabilité est une étape nécessaire : dans l’EDD, la maîtrise des risques d’une installation est démontrée à partir des performances de chacune des barrières de sécurité, qui permettent une diminution du risque pour la santé, la protection de l’environnement et la sécurité des biens que l’activité de l’installation peut engendrer.

Depuis l’origine, l’Institut dispose d’une expérience dans l’évaluation et la gestion des risques accidentels liés aux activités industrielles. Il est en mesure d’éclairer les industriels et les pouvoirs publics sur la fiabilité des barrières de sécurité en tenant compte de leur technologie, de leur gestion, de leur vieillissement ou de l’usage qui en est fait. L’expertise de l’INERIS porte sur : l’analyse et le développement des méthodes d’évaluation des barrières de sécurité ; l’évaluation effective, grâce à ses capacités d’essais, des performances des matériels assurant une fonction de sécurité ; le développement de la certification des équipements de sécurité.

L’Institut National de l’Environnement Industriel et des Risques a pour mission de contribuer à la prévention des risques que les activités économiques font peser sur la santé, la sécurité des personnes et des biens, et sur l’environnement. Il mène des programmes de recherche visant à mieux comprendre les phénomènes susceptibles de conduire aux situations de risques ou d’atteintes à l’environnement et à la santé, et à développer sa capacité d’expertise en matière de prévention. Ses compétences scientifiques et techniques sont mises à la disposition des pouvoirs publics, des entreprises et des collectivités locales afin de les aider à prendre les décisions les plus appropriées à une amélioration de la sécurité environnementale. Créé en 1990, l’INERIS est un établissement public à caractère industriel et commercial, placé sous la tutelle du Ministère de l’Écologie, du Développement Durable des Transports et du Logement. Il emploie 575 personnes, basées principalement à Verneuil-en-Halatte, dans l’Oise. Site Internet : www.ineris.fr.

Contact presse : Aurélie Prévot – 03 44 55 63 01 / Aurelie.Prevot@ineris.fr

Pourquoi évaluer les « barrières de sécurité » ?

L’INERIS dispose d’une large expertise dans l’évaluation des barrières de sécurité, clé de voûte de la démarche de maîtrise des risques que l’exploitant met en place sur une installation classée soumise à autorisation. La performance des barrières de sécurité est en effet une garantie indispensable que l’industriel doit apporter pour conduire son activité. En outre, l’efficacité des barrières de sécurité est un des éléments que l’Inspection des Installations Classées du Ministère chargé de l’Ecologie a pour mission de contrôler, afin de prévenir les risques pour la santé et l’environnement que pourrait engendrer l’installation.

Qu’est-ce qu’une « barrière de sécurité » ? Les « barrières de sécurité », également appelées « mesures de maîtrise des risques » (MMR), se définissent comme un ensemble d’éléments nécessaires et suffisants pour assurer une fonction de sécurité au sein d’une installation. Elles sont de trois ordres : barrières techniques, barrières humaines et barrières faisant intervenir à la fois une activité humaine et un élément technique (« systèmes à action manuelle de sécurité »).

Les barrières techniques de sécurité (BTS) se divisent en deux catégories :

Les dispositifs de sécurité passifs (murs de confinement, cuvettes de rétention, disques de rupture…) ou actifs (soupapes de sécurité, clapets anti-retour, évents de respiration à ressorts…).

Les systèmes instrumentés de sécurité (SIS), plus complexes, combinant des outils de détection (capteur/transmetteur), des unités de traitement de l’information (relais câblés simples, technologies programmées) et des actionneurs (commandes, alarmes). Les détecteurs de flamme font partie de la catégorie des SIS.

Les barrières de sécurité dans la réglementation La loi du 30 juillet 2003 relative à la prévention des risques technologiques et naturels a fait évoluer la réglementation sur les Installations Classées pour la Protection de l’Environnement (ICPE). Parmi ces évolutions, la loi introduit de nouveaux principes pour la réalisation des études de danger (EDD) exigées dans le cadre de la demande d’autorisation d’exploiter. En vertu de l’article R512-9 du Code de l’Environnement, « l’étude de danger justifie que le projet permet d’atteindre, dans des conditions économiquement acceptables, un niveau de risque aussi bas que possible, compte tenu de l’état des connaissances et des pratiques et de la vulnérabilité de l’environnement de l’installation ».

Le principe de MMR fait partie intégrante de la stratégie de prévention des risques. L’article 4 de la loi du 30 juillet 2003, repris dans l’article L512-1 du Code de l’Environnement, rappelle que l’EDD doit préciser tous les risques que l’activité peut créer, en cas d’accident, pour la santé, l’environnement et les biens. Il ajoute aux dispositions concernant l’EDD que « cette étude donne lieu à une analyse de risques qui prend en compte la probabilité d’occurrence, la cinétique et la gravité des accidents potentiels selon une méthodologie qu’elle explicite ». « Elle définit et justifie les mesures propres à réduire la probabilité et les effets de ces accidents ».

Or la gravité des accidents potentielles et leur probabilité d’occurrence ne peuvent pas être évaluées sans analyser les barrières de sécurité que l’exploitant se propose de mettre en place. L’article 4 de l’arrêté du 29 septembre 2005 3 précise que « pour être prises en compte dans l’évaluation de la probabilité, les mesures de maîtrise des risques doivent être efficaces, avoir une cinétique de mise en œuvre en adéquation avec celle des événements à maîtriser, être testées et maintenues de façon à garantir la pérennité du positionnement précité ». D’où la nécessité d’évaluer la fiabilité des barrières, condition de leur prise en compte dans l’EDD : c’est à partir des performances de chacune des barrières de sécurité que la maîtrise des risques d’une installation peut être démontrée, par la diminution du risque qu’elles induisent.

3 Arrêté du 29 septembre 2005 relatif à l’évaluation et à la prise en compte de la probabilité d’occurrence, de la cinétique, de l’intensité des effets et de la gravité des conséquences des accidents potentiels dans les études de dangers des installations classées soumises à autorisation.

Résultats des tests sur les détecteurs de flammes disponibles sur le marché

La campagne de tests sur les détecteurs de flammes menée par les équipes de l’INERIS fait partie d’un programme d’étude financé par le Ministère chargé de l’Ecologie sur l’évaluation des performances des Barrières Techniques de Sécurité (BTS). Les détecteurs de flammes sont communément utilisés pour la protection incendie ; leur fonction de sécurité est de détecter la naissance d’un feu et de déclencher un signal d’alarme.

L’objectif de la campagne d’essais est de collecter des données sur les performances et les limites d’utilisation des produits mis sur le marché pour un usage industriel à l’air libre (industrie de process type « oil & gas » - secteur pétrolier/chimie). Elle porte plus particulièrement sur la sensibilité des détecteurs en fonction de la distance et de leur angle de positionnement lorsqu’ils sont exposés à différents types de feux 4 . La campagne a également porté sur leur robustesse face à des conditions climatiques et des perturbations électromagnétiques sévères ainsi que sur leur sensibilité aux sources de fausses alarmes.

Les résultats de cette campagne visent à éclairer les utilisateurs et les pouvoirs publics sur les points importants qui doivent retenir l’attention au moment de la mise en œuvre des détecteurs de flammes, lorsque ceux-ci sont utilisés en extérieur pour protéger des installations industrielles.

Cette campagne est unique par son ampleur : cinq fabricants ont apporté leur concours et une trentaine de détecteurs ont été mis à l’épreuve. Le projet, lancé en 2008, a abouti à deux phases d’essais en 2009 et 2010, en conditions de laboratoire (essais sur banc optique) et en conditions réelles (essais à l’air libre avec la collaboration du centre suédois SP Technical Research).

Les appareils soumis aux essais

Le principe du détecteur de flammes est de répondre aux émissions énergétiques émanant d’une flamme, en conditions d’éclairage ou de lumière normales. Les flammes produisent des radiations optiques, caractérisées par une fréquence de scintillement plus ou moins intense et un spectre de rayonnement spécifique.

Il existe trois catégories d’appareils pour détecter ce rayonnement : les détecteurs composés de capteurs ultra-violet (UV) ; les détecteurs dotés de capteurs infra-rouge (IR) ; les détecteurs combinant IR et UV (en général constitués de deux capteurs IR et d’un capteur UV). Les détecteurs IR se divisent eux-mêmes en deux familles, à fréquence unique ou multi-spectre (le plus souvent les détecteurs multi-IR identifient le spectre du dioxyde de carbone –pour les feux carbonés– et/ou celui de l’eau –pour les feux non carbonés–). Les détecteurs soumis aux essais sont de technologie multi-IR (75% du total) ou UV/IR (25%).

Les moyens d’essais

En laboratoire

Les essais ont été effectués dans les laboratoires de l’INERIS, sur le site de Verneuil-en-Halatte (Oise), au moyen d’un banc d’essais optique de 6 m de long conçu spécialement par l’Institut. Les détecteurs ont été soumis à trois types de feux : flamme de méthane, flamme de propane et flamme d’hydrogène. Au total plus de 2 000 tests individuels ont été effectués.

La sensibilité des appareils a été testée, en étudiant leurs limites de détection en fonction de la distance par rapport au foyer. Deux premiers tests ont servi à définir la distance maximale de détection, par palier de 10 cm de distance, et un dernier test a validé la sensibilité pour chaque appareil. Cette sensibilité a été évaluée pour deux temps de réponse D10 et D30 (déclenchement de l’alarme dans les 10 et 30 secondes après exposition de l’appareil au rayonnement du foyer) 5 .

4 Méthane, propane, hydrogène en conditions de laboratoire ; méthane, hydrogène, heptane, éthanol, cartons pour les essais à l’air libre.

5 D10 : distance entre le détecteur et le foyer, à laquelle le détecteur déclenche un signal d’alarme valide dans les 10 secondes (à partir du moment où il est exposé au rayonnement) et au-delà de laquelle il n’émet plus de signal dans le laps de temps de 10 secondes.

Des tests directionnels ont également été menés pour s’assurer de l’efficacité du détecteur en fonction de son angle de vue : une rotation horizontale de l’appareil, vers la droite et vers la gauche, a été effectuée par palier de 5° jusqu’à sa capacité maximale. Aux angles de rotation maximum à droite et à gauche, une seconde rotation de l’appareil sur son axe, dans le sens haut-bas, a été réalisée pour 7 degrés d’inclinaison différents.

Les tests ont porté en outre sur la sensibilité des détecteurs aux sources de fausses alarmes :

interférences lumineuses (flashs ; étincelles mécaniques ou électrostatiques ; arcs de soudage ; lampes xénon, halogène ou tungstène) ou perturbations électromagnétiques (tests effectués en chambre anéchoïde selon la norme CEI 61326-3-1:2008).

La résistance aux conditions atmosphériques a enfin été évaluée en chambre climatique :

influence de l’humidité (40°C avec un taux d’humidi té relative de 90% pendant 16h), de la chaleur (55°C pendant 16h) et du froid (-10°C ou -3 0°C en fonction de la capacité des détecteurs pendant 16h).

A l’air libre

Les tests à grande échelle ont été réalisés à Boras (Suède) sur le site du centre d’essais SP Technical Research Institute. La méthodologie et le programme de tests ont été élaborés par l’INERIS en collaboration avec le département Technologies Incendie de SP. Les mêmes paramètres qu’en laboratoire ont été évalués en situation réelle : sensibilité des détecteurs (D10 et D30), tests directionnels (angle droite-gauche), conditions climatiques (pluie faible et forte, neige, temps variable à nuageux, vent plus ou moins fort).

Le site a permis d’effectuer des tests à une distance maximale de 80 m entre les détecteurs et le foyer. Cinq types de feux ont été testés : feu de bac d’heptane, feu d’éthanol, flamme de méthane, flamme d’hydrogène, feux de cartons. Les détecteurs ont été testés sur une plate-forme mobile d’une capacité de 12 places : au total, 250 tests individuels ont été effectués.

Les conclusions : des appareils qui remplissent efficacement leur fonction, sous réserve

de prendre une marge de sécurité

Les résultats d’essais montrent que la portée de détection et l’angle de vision horizontal des détecteurs peuvent être très variables d’un appareil à un autre. La technologie de détection et le réglage de la sensibilité des appareils sont les deux principaux paramètres à l’origine des différences de performance constatées lors des essais.

Dans 60% des cas en moyenne, les appareils n’ont pas tenu les performances spécifiées. Dans 40% des cas, ils les ont dépassées. Les écarts relevés avec les spécifications techniques fournies par les fabricants sont parfois très importants : la portée de détection mesurée peut être jusqu’à deux voire trois fois moins longue que celle spécifiée.

Ces résultats s’expliquent en partie par le fait que la variation d’un seul élément de l’environnement dans lequel les détecteurs sont prévus pour fonctionner peut modifier leurs performances. Dans le cas de la flamme de méthane par exemple, aucun détecteur n’a tenu ses performances, car les tests que les fabricants utilisent pour mettre au point leurs appareils se fondent sur un essai où la flamme de méthane n’a pas la même configuration géométrique que dans les essais réalisés par l’Institut. Or les deux formes de flamme peuvent se rencontrer.

Il est donc souhaitable de prendre une marge de sécurité par rapport aux spécifications techniques lors de l’installation de ce type d’équipement, à mi-distance de la distance maximale indiquée : par exemple, pour une distance de détection maximale spécifiée de 30 m, il est préférable de considérer que la portée du détecteur, en situation réelle à l’air libre, est de 15 m puis implanter l’appareil en conséquence.

D’une manière générale, les distances les plus longues (jusqu’à 80 m pour le méthane) ont été observées pour la technologie multi-IR basée sur la détection du pic d’émission caractéristique du CO 2 . La technologie UV-IR, la moins récente sur le marché, s’est montrée la moins sensible. A noter, la flamme d’hydrogène, complexe à identifier car très peu visible, est correctement détectée par les appareils dont la technologie le permet, et les résultats témoignent globalement d’une bonne sensibilité.

Les angles de vision horizontaux mesurés à l’air libre sont globalement bien inférieurs à ceux mesurés en laboratoire et ne dépassent généralement pas 60°. Par ailleurs, les résultats montrent que l’orientation d’un détecteur (position sur son axe optique) influence la sensibilité de l’appareil dans près de 50% des cas. Cela signifie qu’une attention particulière doit être apportée à ce point lors de l’installation de ce type d’équipement. Les essais tendent à confirmer que l’angle de vision le plus large d’un détecteur se situe généralement à mi-distance de sa portée maximale : si la portée maximale d’un appareil est de 30 m, il a un angle maximal de vision à 15 m de distance, ce qui conforte l’intérêt de prendre une marge de sécurité au moment de l’installation.

Les temps de réponse fluctuent entre 3 et 25 secondes, là où les fabricants spécifient des temps de réponse entre 3 et 12 secondes. Les normes relatives à ce type d’équipement de sécurité exigent, quant à elles, un temps de réponse inférieur à 30 secondes.

Enfin, tous les détecteurs ont correctement fonctionné dans les conditions atmosphériques spécifiées par les fabricants et sont bien immunisés contre les perturbations électromagnétiques. Les détecteurs testés sont relativement peu influencés par les sources de fausses alarmes. La source à laquelle le plus grand nombre de détecteurs a été sensible est l’arc de soudage. Quelques détecteurs ont également été sensibles à la lampe halogène, l’ampoule à incandescence et aux étincelles. Les facteurs climatiques, tel le vent ou l’humidité, ont un impact sur les performances des détecteurs, mais qui n’a pu être quantifié et caractérisé avec précision : des analyses complémentaires sont nécessaires.

La démarche de réduction de risque par la mise en œuvre de barrières techniques de sécurité (BTS)

Au sein des BTS, les dispositifs de sécurité sont des éléments unitaires, autonomes ayant pour objectif de remplir une fonction de sécurité dans sa globalité. Il existe des dispositifs passifs, qui ne mettent en jeu aucun système mécanique pour remplir leur fonction, et qui ne nécessitent pour être mis en œuvre ni action humaine, ni action mécanique, ni source d’énergie externe. Les dispositifs actifs mettent en jeu des dispositifs mécaniques (ressort, levier…) pour remplir leur fonction et peuvent nécessiter une source d’énergie extérieure pour être initiés.

Les systèmes instrumentés de sécurité (SIS) ont pour objectif de remplir une fonction ou une sous-fonction de sécurité. Il s’agit d’une combinaison de trois types de composants : outils de détection (système capteur/transmetteur), unités de traitement de l’information (relais câblés simples, technologies programmées), actionneurs (commandes, alarmes). Les SIS ont besoin d’une source d’énergie extérieure pour faire fonctionner leurs composants.

Première étape : identification des BTS

La méthodologie d’analyse des BTS consiste d’abord à vérifier si la barrière de sécurité étudiée peut être retenue pour un scénario d’accident donné, puis à attribuer un facteur de réduction de risques à cette barrière, si elle est retenue.

L’identification des BTS pour un scénario d’accident donné repose sur un premier critère d’indépendance : la barrière doit être indépendante de l’événement qui est à l’origine du phénomène dangereux pour lequel elle pourrait être sollicitée ; ses performances ne doivent en effet pas être affectées par l’événement initiateur. Le second critère requiert de vérifier que la barrière a bien un objectif spécifique de sécurité : les caractéristiques du système ou du dispositif doivent garantir qu’il est conçu pour assurer une fonction de sécurité.

Deuxième étape : évaluation de la performance des BTS

L’évaluation des performances des BTS s’appuie sur trois critères :

L’efficacité est l’aptitude de la barrière à remplir sa fonction de sécurité, dans son contexte d’utilisation et pendant une durée donnée de fonctionnement 6 . L’efficacité s’évalue sur plusieurs points : le dimensionnement de la barrière est-il adapté à son objectif ? La barrière est-elle conçue pour résister à des contraintes spécifiques ? Est-elle correctement installée ou positionnée pour assurer sa fonction de sécurité ?

Le temps de réponse 7 est l’intervalle de temps entre le moment où une barrière de sécurité est sollicitée et le moment où la fonction de sécurité assurée par cette barrière est réalisée dans son intégralité. Il doit être en adéquation avec la cinétique du phénomène dangereux qu’elle doit maîtriser.

Le niveau de confiance (NC) est déterminé par des critères qualitatifs : résultats probants de

tests de qualification d’un équipement pour l’usage qui doit en être fait ; respect du principe selon lequel l’équipement se met en position de sécurité en cas de problème ; intégrité de

Le NC permet le calcul

l’équipement assurée en cas de mise hors service (volontaire ou non)

du niveau de réduction de risques (RR) induit par le fonctionnement de la barrière (RR = 10 NC ).

L’évaluation de la performance tient compte de l’évolution d’un équipement dans le temps : tests périodiques de fonctionnement effectués ; modifications éventuelles apportées ; dégradation de l’efficacité qui peut intervenir avec le temps ; caractère adéquat de la maintenance.

6 L’efficacité à 100% d’une BTS ne signifie pas qu’aucun phénomène dangereux n’est associé à la barrière : le fonctionnement d’une BTS peut être à l’origine d’un phénomène dangereux, comme par exemple un rejet dû au fonctionnement d’une soupape de sécurité.

7 Ce critère n’est pas pertinent pour les dispositifs passifs de sécurité.

L’INERIS et l’évaluation des barrières de sécurité

Depuis l’origine, l’INERIS dispose d’une expérience dans l’évaluation et la gestion des risques accidentels liés aux activités industrielles. Les compétences de ses ingénieurs et techniciens sont le fruit de la conduite de programmes de recherche et du développement d’une expertise, mise à la fois au service des exploitants d’installations à risques et des autorités publiques en charge de contrôler ces exploitations. L’Institut est en mesure d’éclairer les industriels et les pouvoirs publics sur la fiabilité des barrières de sécurité en tenant compte de leur technologie, de leur gestion, de leur vieillissement ou de l’usage, approprié ou non, qui en est fait.

Les barrières de sécurité jouent un rôle clé dans la maîtrise des risques que les Installations Classées pour la Protection de l’Environnement (ICPE) sont susceptibles de faire peser sur la santé des personnes, la protection de l’environnement et la sécurité des biens. La question de l’évaluation des barrières se pose également aujourd’hui à la lumière de deux perspectives d’évolution, que l’Institut a vocation à accompagner : la nécessité de faire émerger des solutions nouvelles de maîtrise des risques pour « l’innovation durable », dans le domaine des énergies alternatives notamment ; l’utilisation croissante, à des fins de sécurité industrielle, des technologies à base d’électronique programmée.

L’analyse des méthodes d’évaluation

Les équipes de l’Institut disposent d’une expertise dans l’analyse globale et la gestion intégrée des risques pour une installation industrielle. L’INERIS a ainsi conduit des travaux sur l’intégration de la notion de probabilité dans la méthodologie des études de danger.

L’Institut a développé une méthode d’évaluation des performances des barrières techniques de sécurité (BTS) dite « Oméga 10 » (10), qui fournit une méthode d’analyse qualitative et semi- quantitative de l’efficacité, du temps de réponse et du niveau de confiance des BTS par rapport à un risque donné. L’Institut a également travaillé sur une méthode d’évaluation des barrières humaines de sécurité.

L’évaluation des équipements

Grâce à ses capacités d’essais, l’Institut réalise des études et campagnes de tests dans le cadre de programme d’appui technique aux pouvoirs publics. L’INERIS est particulièrement compétent dans le domaine de l'évaluation des systèmes de détection de gaz (efficacité et temps de réponse), pour lesquels il élabore des protocoles sur mesure.

Les experts de l’Institut ont mené plusieurs campagnes d’essais : les performances de onze détecteurs d’ammoniaque (NH 3 ) ont été évaluées en 2004 avec le concours de l’EXERA 8 ; cinq détecteurs de gaz chlorés fixes représentatifs du marché ont été éprouvés en 2006 ; la fiabilité de quatorze détecteurs d’hydrogène sulfuré (H 2 S) a été testée en 2008 avec l’EXERA.

La certification des équipements

L’INERIS certifie des produits et équipements industriels depuis sa création. L’Institut est notifié auprès de la commission européenne pour la certification réglementaire de conformité aux directives impliquant le marquage CE. Il élabore également des référentiels pour la certification volontaire (Saqr-ATEX, Ism-ATEX, Qualifoudre, SIL INERIS, Quali-SIL, Nano-Cert, Elli-Cert…) qui sont validés par des comités de certification indépendants.

L’Institut est ainsi impliqué dans la certification des normes CEI 61508 et 61511, qui prescrivent, pour les fabricants et les utilisateurs, une méthode d’analyse du niveau de sécurité des systèmes électriques/électroniques/électroniques programmables utilisés pour réaliser des fonctions de sécurité.

8 Association des Exploitants d’Equipements de mesure, de Régulation et d’Automatisme.

L’INERIS en bref

20 ans d’existence et 60 ans d’expérience : un expert héritier d’un savoir-faire issu des secteurs des mines, de l’énergie et de la chimie.

L’INERIS, établissement public à caractère industriel et commercial placé sous la tutelle du ministère chargé de l’environnement, a été créé en 1990. Il est né d’une restructuration du Centre de Recherche des Charbonnages de France (CERCHAR) et de l’Institut de Recherche Chimique Appliquée (IRCHA), et bénéficie d’un héritage de plus de 60 ans de recherche et d’expertise reconnues.

Un effectif total de 573 personnes dont 333 ingénieurs et chercheurs.

40 spécialistes des géosciences basés à Nancy dans le cadre d’activités de recherche et d’expertise sur les risques liés à l'Après-Mine.

Un siège dans l’Oise, à Verneuil-en-Halatte : 50 hectares, dont 25 utilisés pour des plates- formes d’essais, 25 000 m 2 de laboratoires.

Domaines de compétence :

Activité (quelques chiffres) :

 

Risques accidentels : sites Seveso, TMD, malveillance, dispositifs technologiques de sécurité, GHS Risques chroniques : pollution de l’eau et de l’air, sols pollués, substances et produits chimiques, CEM, REACh, environnement-santé Sols et sous-sols : cavités, après-mine, émanations de gaz, filière CCS Certification, formation, outils d’aide à la gestion des risques

Recettes :

69 M€ en 2010

Recherche amont et partenariale : 21 %

Appui aux pouvoirs publics :

62 %

Expertise réglementaire Expertise conseil

17 %

 

3 M€ de CA à l’export en particulier en Europe et en Afrique méditerranéenne.

Une déontologie et une gouvernance reconnues de longue date

Des règles de déontologie encadrent l’indépendance des avis de l’INERIS. Un comité indépendant suit l’application de ces règles et rend compte chaque année depuis 2001 directement au Conseil d’Administration.

Un conseil scientifique et des commissions scientifiques évaluent les projets de recherche ainsi que les équipes depuis 1997. Un comité d’éthique suit les pratiques de recours et d’essais en animalerie.

L’INERIS est certifié ISO 9001 : 2000 depuis 2001 ; plusieurs laboratoires disposent d’agréments COFRAC ou BPL.

Acteur de l’Europe de la recherche, l’INERIS s’intègre à l’Europe de l’expertise

L’INERIS assure le secrétariat de la plate-forme European Technology Platform on Industrial Safety qui rassemble plus de 150 partenaires publics ou privés. Son succès a conduit la DG Recherche à confier à ETPIS des thématiques telles que les nanotechnologies.

L’Institut est engagé dans plusieurs partenariats pérennes issus de projets européens : le GEIE EU-Vri avec la fondation allemande Steinbeis (plus de 100 M€ en 2006 en recherche partenariale), L-Surf Services (partenaires suédois, allemands et suisses)…

Une démarche de développement durable Conformément au Contrat d’objectifs le liant avec son autorité de tutelle, l’INERIS a engagé une démarche de développement durable qui repose sur une recherche d’économies et de pratiques éthiques : un accord d’entreprise en faveur du travail des handicapés a par exemple été signé en septembre 2007 et un audit énergétique a été réalisé afin de veiller à une utilisation optimale des énergies.