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4 juin 2010 JOURNAL OFFICIEL DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE Texte 59 sur 169

Décrets, arrêtés, circulaires

TEXTES GÉNÉRAUX

MINISTÈRE DE L’INTÉRIEUR, DE L’OUTRE-MER


ET DES COLLECTIVITÉS TERRITORIALES

Ordonnance no 2010-590 du 3 juin 2010 portant dispositions relatives au statut civil


de droit local applicable à Mayotte et aux juridictions compétentes pour en connaître
NOR : OMEO1006127R

Le Président de la République,
Sur le rapport du Premier ministre, de la ministre d’Etat, garde des sceaux, ministre de la justice et des
libertés, et du ministre de l’intérieur, de l’outre-mer et des collectivités territoriales,
Vu la Constitution, notamment son article 38 ;
Vu le code civil ;
Vu le code de l’organisation judiciaire ;
Vu le code pénal ;
Vu la loi no 2001-616 du 11 juillet 2001 modifiée relative à Mayotte ;
Vu la loi no 2009-594 du 27 mai 2009 pour le développement économique des outre-mer, notamment son
article 72 ;
Vu l’ordonnance no 2000-218 du 8 mars 2000 modifiée fixant les règles de détermination des nom et
prénoms des personnes de statut civil de droit local applicable à Mayotte ;
Vu la délibération no 61-16 du 17 mai 1961 de l’assemblée territoriale des Comores relative à l’état civil des
personnes de statut civil de droit local applicable à Mayotte, modifiée par l’acte no 71-13 du 30 septembre 1971
de la chambre des députés des Comores ;
Vu la délibération no 64-12 bis du 3 juin 1964 de la chambre des députés des Comores portant réorganisation
de la procédure en matière de justice musulmane ;
Vu la saisine pour avis du conseil général de Mayotte en date du 11 mars 2010 ;
Vu l’article R. 123-20 du code de justice administrative ;
Le Conseil d’Etat (section de l’intérieur) entendu ;
Le conseil des ministres entendu,
Ordonne :

CHAPITRE Ier
Dispositions relatives au statut civil de droit local
Section 1
Dispositions générales
Article 1er
Le statut civil de droit local régit l’état et la capacité des personnes, les régimes matrimoniaux, les
successions et les libéralités.
L’exercice des droits, individuels ou collectifs, afférents au statut civil de droit local ne peut contrarier ou
limiter les droits et libertés attachés à la qualité de citoyen français.
En cas de silence ou d’insuffisance du statut civil de droit local, il est fait application, à titre supplétif, du
droit civil commun.
Les personnes relevant du statut civil de droit local peuvent soumettre au droit civil commun tout rapport
juridique relevant du statut civil de droit local.
Article 2
La collectivité départementale et l’Etat mettent en œuvre conjointement les actions destinées à assurer
l’égalité des femmes et des hommes.

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Article 3
Toute personne de statut civil de droit local peut renoncer à ce statut au profit du statut civil de droit
commun.
La demande en renonciation doit émaner d’une personne majeure de dix-huit ans, capable, agissant en pleine
connaissance de cause et se trouvant dans une situation juridique qui ne fasse pas obstacle à son accession au
statut demandé. Elle est portée devant la juridiction civile de droit commun.
La demande en renonciation au bénéfice d’un mineur est faite par toute personne exerçant dans les faits
l’autorité parentale.
Le mineur capable de discernement est entendu par le juge. L’audition du mineur ne peut être écartée que
par une décision spécialement motivée.
La procédure suivie en matière de renonciation au statut civil de droit local est déterminée par décret en
Conseil d’Etat.
Cette renonciation est irrévocable après que la décision la constatant est passée en force de chose jugée.

Article 4
Dans les quinze jours suivant la date à laquelle la décision constatant la renonciation est passée en force de
chose jugée, l’acte de naissance est dressé sur le registre d’état civil de droit commun de la commune du lieu
de naissance, à la requête du procureur de la République.
L’acte de naissance originaire figurant sur le registre d’état civil de droit local de la même commune est
alors, à la diligence du ministère public, revêtu de la mention « renonciation » et est considéré comme nul.

Article 5
Dans les rapports juridiques entre personnes dont l’une est de statut civil de droit commun et l’autre de statut
civil de droit local, le droit commun s’applique.
Dans les rapports juridiques entre personnes relevant du statut civil de droit local, le droit local s’applique
lorsque ces rapports sont relatifs à l’état, à la capacité des personnes, aux régimes matrimoniaux, aux
successions et aux libéralités.
Dans les rapports juridiques entre personnes qui ne sont pas de statut civil de droit commun mais relèvent de
statuts personnels différents, le droit commun s’applique sauf si les parties en disposent autrement par une
clause expresse contraire.

Section 2
Dispositions particulières

Article 6
Les jugements et arrêts rendus en matière d’état des personnes ont effet même à l’égard de ceux qui n’y ont
été ni parties, ni représentés.

Article 7
Les dispositions du chapitre III du titre II du livre Ier du code civil sont applicables aux personnes relevant
du statut civil de droit local, sous réserve des dispositions suivantes :
1o Pour l’application des articles 73 et 76, la référence au conseil de famille est supprimée ;
2o Le premier alinéa de l’article 75 est ainsi rédigé :
« Le jour désigné par les parties, après le délai de publication, l’officier de l’état civil célèbre le mariage, à
la mairie, en présence d’au moins deux témoins, ou de quatre au plus, parents ou non des parties. »

Article 8
Lorsqu’un mariage célébré antérieurement à la publication de l’ordonnance du 8 mars 2000 fixant les règles
de détermination des nom et prénoms des personnes de statut civil de droit local applicable à Mayotte n’aura
pas été déclaré à l’officier de l’état civil, celui-ci ne pourra le relater sur ses registres qu’en vertu d’un
jugement supplétif de mariage rendu par le tribunal de première instance à la requête des époux ou de l’un
d’entre eux ou du procureur de la République.

Article 9
L’article 46 et les dispositions des chapitres I , II, III, IV et VII du titre V du livre Ier du code civil sont
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applicables aux personnes relevant du statut civil de droit local, à l’exception des articles 151, 159, 160, 174
et 175 et sous réserve des dispositions suivantes :

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1o L’article 147 est ainsi rédigé :


« On ne peut contracter un nouveau mariage avant la dissolution du ou des précédents mariages » ;
2o Pour l’application des articles 156 et 182, la référence au conseil de famille est supprimée.
3o L’article 194 est ainsi rédigé :
« Sous réserve des dispositions des articles 33 et 34 de la délibération no 61-16 du 17 mai 1961 de
l’assemblée territoriale des Comores relative à l’état civil à Mayotte, nul ne peut réclamer le titre d’époux et les
effets civils du mariage, s’il ne représente un acte de célébration inscrit sur le registre de l’état civil, sauf les
cas prévus par l’article 46 du présent code. »

Article 10
Toute femme mariée ou majeure de dix-huit ans peut librement exercer une profession, percevoir les gains et
salaires en résultant et disposer de ceux-ci. Elle peut administrer, obliger et aliéner seule ses biens personnels.

Article 11
Les dispositions du titre VI du livre Ier du code civil sont applicables aux personnes relevant du statut civil
de droit local à l’exception de l’article 256, de la dernière phrase de l’article 257 et des articles 285-1 et 286.

Article 12
Est interdite toute discrimination pour la dévolution des successions qui serait contraire aux dispositions
d’ordre public.

Article 13
Pour l’application du présent chapitre, les références faites par le code civil au tribunal de grande instance et
au tribunal d’instance sont remplacées par la référence faite au tribunal de première instance.

CHAPITRE II
Dispositions modifiant la délibération de l’assemblée
territoriale des Comores du 17 mai 1961

Article 14
La délibération de l’assemblée territoriale des Comores du 17 mai 1961 susvisée est modifiée comme suit :
1o L’article 2 est ainsi rétabli :
« Art. 2. − Des agents de la collectivité départementale peuvent être mis à disposition d’une commune aux
fins d’exercer les fonctions d’officiers de l’état civil, d’encadrer et d’assurer la formation des agents
communaux affectés au service de l’état civil. Une convention entre la collectivité départementale et la
commune détermine les modalités de cette mise à disposition. »
2o A l’article 13, les mots : « conforme » et « bulletin » sont respectivement remplacés par les mots :
« intégrale » et « extrait d’acte » ;
3o A l’article 14, le mot : « bulletins » est remplacé par les mots : « extraits d’acte » ;
4o A l’article 16, le mot : « quinze » est remplacé par le mot : « trois » ;
5o L’article 23 est complété par un troisième alinéa ainsi rédigé :
« Il sera fait mention du décès en marge de l’acte de naissance de la personne décédée. » ;
6o A l’article 33, les mots : « L’établissement d’un acte recognitif de mariage » sont remplacés par les mots :
« La célébration du mariage » ;
7o A l’article 34, les mots : « non musulmans » et « seule » sont supprimés.

CHAPITRE III
Dispositions relatives à la compétence juridictionnelle

Article 15
Le code de l’organisation judiciaire est ainsi modifié:
1o Après l’article L. 522-1, sont insérés quatre articles ainsi rédigés :
« Art. L. 522-2. − Le tribunal de première instance connaît de toutes les affaires relatives à l’application du
statut civil de droit local entre citoyens relevant de ce statut.

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« Art. L. 522-3. − Le tribunal est saisi d’un litige entre citoyens de statut civil de droit local sur des
matières régies par ce statut, les parties peuvent, d’un commun accord, demander l’application des règles du
droit civil commun.
« Art. L. 522-3-1. − Lorsque le tribunal est saisi d’un litige relatif à l’application du statut civil de droit
local entre citoyens relevant de ce statut, le président peut commettre une personne de son choix pour l’éclairer
par une consultation dans les conditions prévues aux articles 256 à 262 du code de procédure civile.
« Art. L. 522-3-2. − Les audiences peuvent dérouler dans les conditions prévues à l’article L. 111-12. » ;
2o Après l’article L. 522-11-1, est inséré un article ainsi rédigé :
« Art. L. 522-11-2. − Les articles L. 522-3 à L. 522-3-2 sont applicables au tribunal supérieur d’appel. »

CHAPITRE IV
Dispositions diverses et finales

Article 16
I. – A l’article 20 de la délibération no 64-12 bis du 3 juin 1964 de la chambre des députés des Comores
portant réorganisation de la procédure en matière de justice musulmane, les mots : « Indépendamment de leurs
attributions judiciaires » et le quatrième alinéa sont supprimés.
II. – Sont abrogés :
1o L’article 2496 du code civil ;
2o L’article 725-5 du code pénal ;
3o Les articles 52 à 62 de la loi no 2001-616 du 11 juillet 2001 relative à Mayotte ;
4o Le 2o de l’article 1er, le chapitre IV et l’article 35 de la délibération no 61-16 du 17 mai 1961 de
l’assemblée territoriale des Comores relative à l’état civil à Mayotte ;
5o La délibération susvisée no 64-12 bis du 3 juin 1964 de la chambre des députés des Comores à l’exception
de l’article 20 ;
6o Le décret du 1er juin 1939 relatif à l’organisation de la justice indigène dans l’archipel des Comores.

Article 17
Le Premier ministre, la ministre d’Etat, garde des sceaux, ministre de la justice et des libertés, le ministre de
l’intérieur, de l’outre-mer et des collectivités territoriales et la ministre auprès du ministre de l’intérieur, de
l’outre-mer et des collectivités territoriales, chargée de l’outre-mer, sont responsables, chacun en ce qui le
concerne, de l’application de la présente ordonnance, qui sera publiée au Journal officiel de la République
française.
Fait à Paris, le 3 juin 2010.
NICOLAS SARKOZY
Par le Président de la République :
Le Premier ministre,
FRANÇOIS FILLON
Le ministre de l’intérieur,
de l’outre-mer et des collectivités territoriales,
BRICE HORTEFEUX
La ministre d’Etat, garde des sceaux,
ministre de la justice et des libertés,
MICHÈLE ALLIOT-MARIE
La ministre auprès du ministre de l’intérieur,
de l’outre-mer et des collectivités territoriales,
chargée de l’outre-mer,
MARIE-LUCE PENCHARD

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