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Pendant des siècles, Aristote a été
considéré comme une autorité.
Avant de vous donner quelques éléments
d'évaluation des risques et des
avantages de cette position éthique,
je voudrais brièvement évoquer
avec vous la postérité d'Aristote.
Dans tous les domaines,
la pensée d'Aristote a paru être
une pensée tellement assurée,
tellement solide qu'elle a fait que les
gens ont vu ce que voyait Aristote.
Par exemple, Aristote prétendait que
les corps célestes étaient purs.
Et bien qu'il soit possible de voir
même à l'oeil nu des tâches sur la Lune,
personne n'a jamais vu ces
tâches pendant des siècles.
Ou de la même manière,
parce qu'Aristote disait
que les lièvres se reproduisaient
sans reproduction sexuée,
eh bien on a considéré que ce
que disait Aristote était vrai,
et dans l'histoire de l'art occidental, le
lièvre a été un symbole de la virginité.
L'influence d'Aristote a été
très grande en particulier
sur les éthiques religieuses.
Et c'est certainement à travers les
éthiques religieuses que la postérité
d'Aristote a été la plus présente
ou est encore présente aujourd'hui.
Aussi bien dans le
judaïsme que dans l'islam,
et on peut penser ici à Averroès
ou à Avicenne que dans le
christianisme à travers notamment
la personnalité de Thomas d'Aquin,
qui a profondément influencé la théologie
catholique et l'éthique catholique.
Le modèle aristotélicien a été
conçu comme le modèle dominant
dans l'Europe médiévale.
C'est effectivement à la fin du Moyen-Âge,
au milieu du Moyen-Âge,
au XXIIIe siècle qu'on redécouvre
la pensée d'Aristote à travers la
littérature qui vient du monde arabe
et que Aristote influence
profondément la pensée occidentale.
Evidemment, ces réinterprétations
religieuses d'Aristote
peuvent nous étonner puisque, nous l'avons
dit, Aristote n'a pas le doigt levé vers
le ciel comme Platon, mais qu'il
a plutôt la main étendue vers la terre.
Ce n'est pas une pensée religieuse
a priori, la pensée d'Aristote.

que si on contemple la nature. y compris dans l'éthique contemporaine. mais peut être prolongé dans cette architectonique des biens qui nous conduit au bien qui n'a sa finalité qu'en lui-même vers un bien qui se trouve dans l'au-delà. alors on va considérer que ce que dit Aristote est vrai jusqu'à un certain point. Par exemple. Mais comme on le voit. cette nature si belle autour de nous. Pour vous donner un exemple de cela. dans cette perspective aristotélicienne on dira que si on donne de la viande à manger à des vaches pour qu'elles soient plus productives. on pourrait trouver de nombreux exemples. Et ce qui est vrai dans l'ordre de la foi ne peut pas contredire ce qui est vrai dans l'ordre de la raison. par exemple. prolongé par un autre registre qui est le registre de la foi. et bien évidemment ce sera contre nature et on ne doit pas s'étonner que les vaches deviennent folles et nous rendent fous aussi parce que c'est contraire à la destination que la nature a imprimé aux choses. Si on dit que les humains naturellement tendent vers le Bien avec un grand B. et si on est capable de discerner des finalités dans cette nature. quand on va dire est-ce que dans l'exercice de sa sexualité. et si on dit qu'en réalité le souverain Bien que les hommes imaginent naturellement n'est qu'un bien intermédiaire vers le bien véritable qu'est la béatitude que le croyant peut obtenir dans l'autre monde. Il n'en reste pas moins que ce que dit Aristote est vrai dans cette perspective. Alors à ce moment-là. comme l'a dit Aristote. alors ce qu'indique la nature est nécessairement vrai. par exemple. ce que l'homme peut saisir par sa raison est nécessairement vrai parce que dieu a donné cette raison à l'homme. l'être humain peut avoir une conduite contre nature? . que la théologie catholique pendant longtemps va penser son modèle de l'éthique.Mais assez vite. On imagine donc que tout ce qu'a dit Aristote est vrai mais doit être simplement complété. Par exemple. ce souverain Bien. on va lui donner un prolongement religieux. la question peut être plus délicate. Et c'est comme ça. On va alors considérer.

mais des conflits de sang. . on voit en même temps l'intérêt du modèle d'Aristote. qui est un modèle concret. qui détermine en réalité le bien. comment elle se détermine et comment elle contraint les individus à se soumettre à ces destinations qui sont repérées comme étant bonnes. la raison garde sa place. Dans ces perspectives de reprise religieuse d'Aristote. et il va y avoir. elle est prolongée par la foi et évidemment la question principale sera de savoir qui détermine cette prolongation. Si on pense les choses. Est-ce que c'est déterminé par tout homme de bonne volonté ou est-ce que c'est déterminé par un magistère. ici à Genève. par exemple à produire de la vie. perfectionniste et on voit en même temps la limite de ce modèle d'Aristote. non seulement des conflits d'écriture. Donc devant cette question des reprises religieuses d'Aristote. comme on le voit. Une des questions donc essentielles sera de savoir qui détermine ces finalités propres à la nature. et évidemment on ne peut que l'évoquer. l'usage du préservatif serait une mauvaise chose puisqu'il est contraire à la nature. dans l'histoire européenne notamment au moment de la Réforme. de l'autorité qui détermine ces choses. eh bien on voit qu'il y aura assez vite un conflit sur l'interprétation du bien. pratique. Alors ce qui empêchera la sexualité d'accomplir cette finalité sera nécessairement un mal.À quoi sert la sexualité? Si la sexualité est destinée. L'un va dire que le bien correspond à une chose. C'est toute la question de savoir quelle est la place du magistère dans une église. par exemple. par une autorité? Et puis c'est la question qui va assez vite survenir d'un conflit dans l'interprétation de ces biens. on va dire que la sexualité est là pour faire des enfants. La petite sculpture qu'on voit derrière nous est le David de Chaponnière. par exemple. certains pour dire que. ce qui va nous introduire à une conclusion sur l'intérêt et les limites d'Aristote. l'autre va dire que le bien correspond à une autre chose. Et c'est l'argument principal qu'utilisent certaines.

mais elle-même sera souvent sujette à débat. La religion a souvent eu la prétention avec les reprises d'Aristote. à questionnement et à critique de la part de la philosophie. de faire mieux que la philosophie. .David qui est ce petit personnage qui au nom de sa foi est capable de renverser Goliath dont la tête se trouve à ses pieds. de renverser même les fausses idées philosophiques.