N°94 – Janvier

2017

Bonne année 2017
L’équipe de Marais page

« Il faut regarder les œuvres d’art comme on regarde un paysage,
avec du rêve, avec son rêve à soi »
Octave Mirbeau
2017 ! Il y a 100 ans, le 16 février 1917, mourait Octave Mirbeau. Cet écrivain aux multiples facettes était né à
Trévières le 16 février 1848.
Marais page se devait de rendre hommage à ce Trévièrois, presque plus honoré à l’étranger qu’en France.

Rendez-vous le 17 février à la salle culturelle de Trévières.
(Des précisions seront données ultérieurement)

Dans l’attente de cette soirée,
continuons notre balade dans l’univers
Mirbeau.
Octave Mirbeau, critique redouté, fut
un défenseur des arts. Il fut l’un des
premiers à reconnaître le génie de
Gauguin, Van Gogh ou Rodin.
Il prit la défense de Degas, Renoir,
Monet ou Camille Pissarro.
En 1892, ce dernier séjourna dans la
propriété d’Octave Mirbeau, aux
Damps, dans l’Eure, à moins de
cinquante kilomètres de Giverny… Il
réalisa quatre peintures de son jardin,
(Reproduction ci-contre).

L’ami de La Planète
Dans le cadre du réchauffement
climatique, précédemment nous
avons mis en relief l’impact que
subissaient les végétaux de notre
région. Pour les animaux il nous
a paru évident de contacter le
GONm (Groupe Ornithologique
Normand). En préambule de nos recherches, Monsieur
Alain Chartier, passionné d’ornithologie depuis
toujours et vice-président du GONm nous dit ceci :
« Les changements climatiques ont surtout un impact
sur la distribution des oiseaux : remontée des espèces
d’affinités septentrionales vers le nord et donc
régression de ces espèces au sud de leur aire de
distribution :
Par exemple, en Normandie, le
Fulmar boréal (ci-contre) et la
Mouette tridactyle régressent et
finiront par ne plus y nicher.
A l’inverse les espèces d’affinités
méridionales remontent dans la
mesure où les régions susceptibles
d’être colonisées possèdent les biotopes adéquats :
Le Héron garde-bœufs (ci-dessous), après l’Aigrette
garzette et depuis peu le Guêpier d’Europe se sont
installés de façon durable dans
notre région.
Concernant
la
migration,
certaines
espèces
se
sédentarisent
partiellement
(Cigogne
blanche
par
exemple : pas moins de 200
hivernantes
durant
l’hiver
2015/2016 soit 16% de la population normande
présente en fin d’été 2015) ou migrent moins loin,
mais le plus gros problème vient du fait que les
espèces migratrices ne modifient que très lentement
leur période de migration printanière, et du coup,
certaines espèces hivernant en Afrique tropicale ou
équatoriale arrivent maintenant trop tard au
printemps sur leurs sites de nidification et n’ont plus
suffisamment de nourriture pour élever les jeunes :
chenilles nymphosées trop tôt/date d’élevage des
jeunes (c’est le cas du Gobemouche noir dans le nord
de l’Europe). Ce sujet complexe nécessite de
nombreuses recherches difficiles à mettre en
œuvre ».
Les oiseaux sont des indicateurs des changements
climatiques en cours sur terre.
Dans un prochain numéro de la Page du Marais, L’ami
de la planète explorera les impacts de ces
modifications. Si, au jour le jour, cela peut sembler
anodin aux non spécialistes, sur le long terme, c’est
une tout autre histoire !

A propos d’Octave Mirbeau (n° 5)
On parle de « L’univers littéraire
d’Octave Mirbeau ».
Ce mot « Univers » peut, dans le
cas de cet écrivain, être pris au
sens géographique du terme.
Deux preuves à cette affirmation :
- Le nombre de langues dans lesquelles il a été traduit
- Les commémorations internationales prévues pour le
centenaire de sa mort.
Marais Page est fière de participer à cet hommage
par sa soirée dédiée du 17 février.

Ci-dessus, les couvertures du
« Journal
d’une
femme
de
chambre », de gauche à droite en
russe, en portugais et en estonien,
à droite, la version américaine, de
2016.
Mais c’est bien dans plus de trente
langues que l’œuvre de Mirbeau a
été traduite, l’anglais, l’espagnol…
(C’est presque normal). Mais aussi
dans des langues beaucoup moins parlées, parmi
lesquelles, le letton, l’hébreu, le macédonien, sans
oublier… l’esperanto !

Cette notoriété universelle rend naturels les
hommages aux quatre coins de la planète !
Sans exhaustivité, des conférences, des
spectacles, des expositions… auront lieu à :
Lodz, en Pologne.
Amsterdam, aux Pays-Bas,
Luxembourg,
Tunis,
Debrecen en Hongrie,
Grenade, en Espagne…
De nombreuses manifestations se dérouleront
aussi en France (liste sur le site de la « Société
Octave Mirbeau »)
Marais Page sera le 17 février un tout petit
maillon de cette immense chaîne !

Brigite Piedfert, romancière et membre de la « Société Octave Mirbeau »,
continue son exploration de l’univers Mirbeau.
Je faisais allusion dans le numéro 90 de la Page du Marais à un des aspects de l'écriture d'Octave
Mirbeau auquel je suis particulièrement attachée, celui de l'éducation. Basée sur le respect du
monde qui nous entoure, l'éducation a pour corollaire la vision de l'être humain qu’Octave
Mirbeau définit ainsi : l'homme doit être pleinement conscient de sa place dans l'univers et
considérer qu'il n'est en fait qu'une « chose insaisissable, fondue dans la nature, ... » L'éthique
mirbellienne tend vers ce bel idéal d'humilité et invite l'être humain à s'incliner devant la
Nature. Pour autant, Octave Mirbeau n'en oublie pas la mesquinerie qui caractérise l'être
humain et il nous livre dans son œuvre sa vision pessimiste de l'homme, cette « bête méchante
et stupide ». Effectivement, les exemples de méchanceté y abondent, ainsi celle gratuite de
Célestine dans :

« Le Journal d'une femme de chambre »,
quand elle pousse le capitaine Mauger à sacrifier Kléber, son furet et à goûter à sa chair. Il faut encore
citer la jouissance perverse de l'ignoble Lebreton humiliant le père Pamphile à extraire de ses fesses
contractées la pièce de vingt francs qu'il y a glissée. Autant de traits que l'on pourrait multiplier à l'envi
et qui annoncent le sadisme contenu dans :
«

Le Jardin des Supplices »

lequel roman, s'il ne remporte pas complètement mes suffrages, a le mérite de
mettre en évidence la volonté de libre parole affichée par Octave Mirbeau dans chacun de ses
écrits, attachement revendiqué par lui en ces termes « le sentiment très vif que j'ai de ma
liberté ».
Pourtant, cette vision négative n'est pas celle que je voudrais retenir, puisque Mirbeau, s'en
remet au pouvoir de l'éducation, à la lucidité et à la force qu'elle est capable d'engendrer, car dans
ces récits, elle prend souvent l'aspect d'un rejet salutaire et d'un appel à la résistance. L'auteur
normand dénonce ainsi à maintes reprises l'embrigadement des masses incultes, aveuglées par le « prêtre (qui) n'est là
que pour maintenir l'homme dans sa crasse intellectuelle, que pour faire, des multitudes servilisées ... » Les foules
sont invitées à se prosterner devant des héros qui ne sont en fait que des assassins légitimés et à révérer une patrie qui
méprise les individus qui la composent, comme l'exprime

« Sébastien Roch »
dans le roman éponyme : « ... la Patrie, c'est deux ou trois bandits qui s'arrogent le droit de faire
de toi moins qu'un homme, moins qu'une bête, moins qu'une plante : un numéro. » Cette
déclaration met en avant un autre engagement fort d'Octave Mirbeau, celui du pacifisme, patent
dans :

« Le Calvaire »
où le héros réprouvant son manque de clairvoyance aspire à « d'impossibles philosophies d'amour,
des folies de fraternité inextinguible ».
Il existe, bien sûr, une multitude d'autres facettes contestataires de l'écriture d'Octave
Mirbeau. Comment ne pas mentionner, par exemple, le ton caustique de ces portraits brossés au
vitriol et l'humour décapant et subtil de ces petites phrases qui égratignent sans exception et de
façon fulgurante chacun de ses personnages ? Je n'en citerai que quelques exemples : « ... il s'en
était fallu de peu – de la largeur d'une langue de femme - » ou encore « ... on ne pensa plus à
rien, ce qui est, à Paris, ... la façon de penser la plus communément répandue ».
L'année 2017, en célébrant le centenaire de la mort d'Octave Mirbeau, va nous permettre, à travers diverses
manifestations, d'approcher l'immense richesse contenue dans la prose mirbellienne.
Mais je ne voudrais pas conclure cet article sans remercier ici mon ami espagnol, Francisco Gil Craviotto, traducteur de
Sébastien Roch et fervent admirateur de Mirbeau, qui un jour de mars 2014 à Grenade m'a fait découvrir, pour mon
plus grand plaisir, notre grand écrivain normand. (Voir P4)
BP
Retrouvez Brigite Piedfert lors de la soirée Marais Page du 17 février !
Elle nous contera un « Octave Mirbeau », peut-être un peu plus léger mais toujours aussi caustique !

Octave Mirbeau vu par un
traducteur espagnol
L’œuvre d’Octave Mirbeau a été traduite de très
nombreuses fois (voir page 2).
Brigite Piedfert a rencontré l’un de ses traducteurs.
Né en 1933, Francisco Gil Craviotto est espagnol.
Fuyant la dictature espagnole, il a étudié et travaillé
à Paris. Il est à la fois journaliste, romancier et
traducteur.
Brigite Piedfert : - Quel est le
premier livre d'Octave Mirbeau que
vous avez lu ?
Francisco Gil Craviotto : - Impossible
de répondre : je ne me rappelle pas.
Peut-être « Sébastien Roch », peut
être les nouvelles de « Les Lettres de
ma Chaumière ». Je ne sais pas.
BP : - De tous les romans de Mirbeau, lequel préférezvous ?
FGC : - « Sébastien Roch ».
BP : - Pourquoi ?
FGC : - Il y a trois raisons.
1) C´est un roman anticlérical et
antimilitariste et je suis anticlérical
et antimilitariste.
2)
Sa
qualité
littéraire
est
extraordinaire.
3) C´est un roman très innovateur. (Monde onirique,
psychologie très poussée des principaux personnages,
exaltation de la nature et des traditions de la
Bretagne, etc., etc.)
BP : - Pourquoi avez-vous traduit « Sébastien Roch » ?
RFG : - En plus des raisons déjà exposées, parce que
je trouve que le roman de Mirbeau n´a rien perdu de
son actualité. Oui, malgré sa date d´édition – 1890 Sébastien
Roch
est
toujours
très
actuel.
Malheureusement actuel, car les abus sexuels dans les
collèges de curés, que Mirbeau avait dénoncés avec
beaucoup de fermeté et vigueur dans son livre,
continuent à notre époque. Comme par exemple à
Grenade avec le cas « Romanones ». Les guerres et le
militarisme, qu´il avait dénoncés avec la même
vigueur,
continuent
aussi
dans
le
monde.
Heureusement que, au moins en Europe, les guerres
sont finies.
BP : - Aimez-vous d'autres livres de Mirbeau?
FGC : - Oui. Je trouve très bien « l´Abbé Jules », le
curé qui a perdu la foi, il me semble qu´il a influencé
le roman de Unamuno « San Manuel Bueno y mártir »
sur le même sujet, « Le journal d'une femme de
chambre », toute une critique très acerbe contre la
bourgeoisie française, valable aussi pour toutes les
autres bourgeoisies de la planète Terre, ses nouvelles
de « Les Lettres de Chaumière » et le livre sur le chien
« Dingo », la première histoire écrite sur un chien
(sans compter « Le Colloque des Chiens » de
Cervantès).
Propos recueillis par Brigite Piedfert.

Bonne dégustation…
La recette ci-dessous est à déguster sans attendre…
puisque le Mont d’Or, ce fromage du Haut Doubs au
lait de vache, est disponible uniquement les mois
d’hiver.
En effet, les vaches redescendues à l’étable ne
produisent plus assez de lait pour fabriquer les
grosses meules du fameux comté. Les Francs-Comtois
imaginèrent donc un fromage moins gourmand en lait
et créèrent ainsi le vacherin, ce fromage très coulant,
obligatoirement ceinturé d’une sangle d’épicéa.

Etoile au Mont d’Or ou
Tarte "fondue" au Mont d'Or...
Ingrédients :
2 pâtes feuilletées
1 Mont d’Or
1kg de pommes de terre
6 tranches de jambon cru
Ciboulette
150g de crème fraîche
Sel, poivre
Préparer une purée : cuire les pommes de terre dans
l’eau salée.
Ecraser, ajouter crème fraîche, saler, poivrer.
Ajouter la ciboulette.
Montage :
Dérouler la 1ère pâte feuilletée, y déposer la purée en
couronne à 2 cm du bord.
Recouvrir de la seconde pâte feuilletée.
Ecraser à la fourchette, pour souder les deux pâtes.
Déposer le Mont d’Or dans sa boite, au centre de la
tarte.
Découper la pâte en petites parts jusqu’au fromage.
Torsader les parts en leur donnant un quart de tour.
Enfourner 40 minutes à 180°C.
A la sortie du four déposer sur chaque part, un
morceau de jambon cru.
Casser la croute du Mont d’Or avec le dos d’une
fourchette.
Tremper chaque part dans le fromage fondu et se
régaler.
CR

La Page du Marais, N°94 – Janvier 2017
Association Marais Page
Le Perrey Heroult 14710 TREVIERES Tél : 02 31 21 86 51
Marais.page@wanadoo.fr - mpassociation.wix.com
www.facebook.com/pages/Association-MARAIS-PAGE
Conception : Chantal Durand, Odile Fusil.
Rédaction : Jean Delange, Odile Fusil, Brigite Piedfert,
Corinne Rehel.
Tirage : 500 exemplaires, 130 abonnés internet

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