Vous êtes sur la page 1sur 9

Le petit moulin

magique

Conte antillais

A. Laban et V. Redon

Mamiplume
mai 2012
Il y a longtemps, très
longtemps, dans une île
des Antilles, tout là bas
au delà de l’océan, il y
avait un jeune homme du
nom de Petit-Jean.
Il était beau, fort et
courageux mais tellement
pauvre qu’il devait
déterrer des racines
dans la forêt pour se
nourrir.
Un jour, il aperçut au pied
d'un grand arbre une vieille
sorcière dont les gestes
l’intriguèrent. Elle parlait à une
sorte de petit moulin en bois
posé sur une pierre :
« Moulin, moulin, mouline des
pièces d’or pour moi, et cric et
crac et crac »
Et Petit-Jean observa avec
stupéfaction le moulin qui se
mettait à tourner, déversant sur
la pierre un petit tas de pièces
d’or. Lorsqu’elle en eut rempli son tablier, la vieille femme s’écria :« Merci Moulin,
repose toi, et cric et crac et crac ». Et elle s’en alla, les poches remplies de pièces d’or,
laissant imprudemment le moulin sur le rocher.
Petit-Jean s’approcha de l’objet. Il l’examina sous
tous les angles. On aurait dit une boite à musique. Petit
Jean regarda à droite, à gauche, devant lui, derrière lui.
Personne. Et devinez-vous ce qu’il fit ?
Il prit le moulin sous son bras et courut à toutes
jambes jusqu’à sa case.
Il le posa sur la planche qui lui servait de table et
demanda.
« Moulin, moulin, mouline un morceau de pain pour
moi et cric et crac et crac»
Et le moulin se mit à tourner, jusqu’à ce qu’une belle
miche de pain apparaisse devant lui. Pour l’arrêter , le
garçon essaya la deuxième formule :
« Merci, moulin, repose-toi, et cric et crac et crac »
Le moulin s’arrêta.
Petit-Jean n’en
croyait pas sa chance. Il
disposait tout à coup du
moyen de se procurer
tout ce qu’il désirait. En
effet, grâce au moulin,
Petit-Jean put se
construire une belle case,
avec un jardin rempli de
fleurs et de légumes. Les
filles du village se
disputaient pour
l’épouser. Il choisit la plus
belle et se sentit le plus
heureux des hommes.
Il était temps de rendre le moulin à
la sorcière. Il partit donc dans la forêt,
retrouva le grand arbre et posa l’objet
magique sur le rocher où il l’avait trouvé.
Au dernier moment, il ne put s’empêcher
de réclamer au petit moulin un présent de
plus.
« Moulin, moulin, mouline des pièces
d’or pour moi, et cric et crac et crac »
Les pièces se mirent à rouler sur la
pierre. Mais Petit Jean n’eut pas le temps
de les empocher car il reçut un grand
coup de bâton sur la tête et perdit
connaissance.
Il faut dire que depuis un moment, le
pirate Jack le Borgne observait son
manège. C’était le capitaine d’une goélette
ancrée dans une petite baie non loin de là.
Il cherchait des fruits dans la forêt
lorsqu’il avait surpris Petit Jean, entendu
les paroles magiques qu’il avait prononcées
et vu l’or s’écouler du moulin. Que fait un
pirate devant un tas d’or et le moyen de
s’en procurer à volonté ? Il n’hésita pas une
seconde et, armé d’un gros bâton, il
assomma Petit-Jean et regagna son bateau
avec l’or et le moulin magique.
Jack le Borgne reprit sa navigation,
le petit moulin soigneusement dissimulé
dans sa cabine. Comme il n'avait plus de
sel, le cuisinier vint demander à Jack le
Borgne de regagner un port pour
refaire les provisions. Cela contrariait
les plans du capitaine. Il répondit au
cuistot :
« Ne t’inquiète pas, je vais t’en
trouver, moi, du sel ! »
Il installa le petit moulin sur une
table et lui commanda :
« Moulin, moulin, mouline du sel
pour moi et cric et crac et crac»
Et le sel commença à se déverser.
L’équipage regardait la scène,
émerveillé.
Puis le cuistot s’écria : « Capitaine, il y en a assez, vous pouvez lui dire d’arrêter »
Mais Jack le Borgne ignorait la formule qui commandait l’arrêt du moulin. Il
essaya : « arrête-toi, moulin ! » « sale machine à mouliner, arrête toi, ventrebleu ! »

Rien n’y fit.


Jack le Borgne
attrapa le moulin
et le jeta à la
mer.
Depuis, au
fond de l'eau, le
petit moulin
tourne toujours.

Et voilà pourquoi la mer est salée.