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26/2/2017 Prolonger la vie : les attrayantes promesses des alchimistes

Astérion
Philosophie, histoire des idées, pensée politique

8/2011
Vieillissement et prolongation de la vie, XVI e -XVIII e siècle
Vieillissement et prolongation de la vie, XVIe -XVIIIe siècles

Prolonger la vie : les


attrayantes promesses des
alchimistes
BERNARD JOLY

Résumé
Il ne v a pas de soi que l’alchim ie, science du perfectionnem ent des m étaux, se soit
intéressée à la prolongation de la v ie. C’est en fait à la fav eur des am biguïtés
lexicales et conceptuelles liées aux term es désignant les substances chim iques que
s’est effectué dans l’alchim ie arabe un rapprochem ent entre la perfection des
m étaux et la guérison des êtres v iv ants. La doctrine de la quintessence de
Rupescissa, puis les théories de Paracelse achèv eront cette év olution qui donne à
l’alchim ie sa double dim ension, chim ique et m édicale, rationnelle et m y thique.

Entrées d’index
Mots-clés : alchim ie, Roger Bacon, Ray m ond Lulle, Paracelse, quintessence, spiritus

Notes de la rédaction
Cet article a été publié av ec le soutien de l’ANR Philom ed JCJC 09 -01 4 5-01 .

Texte intégral
1 Que Descartes ait pu être, dans sa jeunesse, séduit par les « promesses d’un
alchimiste »1 , ce que bien plus tard Auguste Comte appellera « les énergiques
déceptions de l’alchimie »2, cela nous semble d’autant moins étonnant qu’il
av ait manifesté très tôt son intérêt pour la prolongation de la v ie, thème
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supposé être éminemment alchimiste. Ainsi, explique-t-il dans la sixième


partie du Discours de la méthode, la méthode dont il se sert peut être utile
pour bien des choses, « mais principalement aussi pour la conserv ation de la
santé, laquelle est sans doute le premier bien et le fondement de tous les
autres biens de cette v ie »3. Bien plus tard, il écrit à William Cav endish : « La
conserv ation de la santé a été de tout temps le principal but de mes études. »4
Et l’on sait comment il entendait cette notion de « prolongation de la v ie »
puisque dans une lettre à Constantin Huy gens il év oque une espérance de v ie
« de plus d’un siècle »5.
2 De ce fait, Descartes passait parfois à son époque – et encore aujourd’hui
pour certains de nos contemporains – pour un alchimiste, sa matière subtile
dev enant un principe de v ie en étant rapprochée de l’esprit du monde des
alchimistes6. Pourtant, Descartes détestait les alchimistes. Il détruisait les
fondements de leur science en la réduisant aux principes d’une phy sique
mécaniste, faisant de ces derniers (Mercure, Soufre et Sel) des classes de corps
particuliers qui se distinguent les uns des autres par leur taille et leur
configuration, plus ou moins ronde ou pointue, en forme de bâtonnets ou de
branchages7 . Par ailleurs, il se méfiait de l’usage des médicaments chimiques
prônés par les médecins paracelsiens. Ainsi déclare-t-il à Élisabeth : « […] le
moindre petit changement qu’on fait en leur préparation […] peut faire qu’au
lieu de médecines ce soient des poisons »8. Ce sont ici aux querelles sur l’usage
de l’antimoine et à la reprise des réflexions galéniques sur l’ambiguïté du
pharmakon que Descartes fait écho 9.
3 Nous sommes donc en présence d’une curieuse situation : certains
persistent, même aujourd’hui, à faire, contre toute év idence, de Descartes un
alchimiste caché, encore v iv ant peut-être, principalement en raison de son
intérêt pour la question du prolongement de la v ie. Mais en même temps, nous
v oy ons bien que cette question n’est pas nécessairement liée à l’alchimie et
que si Descartes fut souv ent tenté par la recherche d’un remède prolongeant la
v ie, ce n’est pas du côté de l’alchimie ou de la chimie qu’il orientait ses
recherches, mais plutôt de la médecine et de recherches phy siologiques fort
éloignée de la iatro-médecine.
4 C’est une pareille ambiguïté que nous retrouv ons en regardant de près le
personnage de Faust, tel qu’il apparaît dans le Faustbuch de la fin du
XVI e siècle ou dans le Doctor Faustus de Marlowe en 1593. Dans ces
premières v ersions de ses av entures, Faust n’est pas un alchimiste : il ne se
liv re à aucune opération de laboratoire sur des substances minérales ou
v égétales ; mais surtout, pour obtenir le moy en de prolonger sa v ie, il doit
pactiser av ec le diable, c’est-à-dire av ec des puissances surnaturelles, alors
que les alchimistes insistent toujours sur le caractère parfaitement naturel des
opérations auxquelles ils se liv rent. Quant au Faust de Goethe, ce n’est pas tant
un alchimiste qu’un déçu de l’alchimie : il a renoncé aux recherches
transmutatoires de son père, la poussière recouv re ses liv res et alambics et,
de ses recherches anciennes, il n’a gardé qu’une « fiole brune » contenant la
quintessence de « poisons subtils où se cache la mort ». Pour Faust, l’alchimie,
en tant que science naturelle, ne tient donc pas ses promesses et ne conduit
qu’à la mort. C’est en transgressant les frontières de la science et en opérant
par magie, av ec l’appui de Mephistophélès, qu’il sera possible de fabriquer
l’élixir conférant une nouv elle jeunesse. Cela n’a rien d’alchimique 1 0.
5 Le second Faustde Goethe insiste dav antage encore sur le caractère
dérisoire de l’entreprise alchimique : Méphistophélès préfère fabriquer de la
fausse monnaie plutôt que de l’or alchimique pour semer la zizanie. Vient alors
le célèbre épisode où Wagner, l’assistant de Faust, se liv re à la fabrication de
l’homunculus en utilisant une recette tirée du De natura rerum, un ouv rage
11
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attribué à Paracelse et publié pour la première fois en 157 2 1 1 . Certes la recette


est chimique, mais il faut constater qu’un tel processus ne débouche pas sur la
production de moy ens de prolonger la v ie, et que Faust, absent lors de cette
opération, semble s’en désintéresser, comme il se désintéresse finalement de
tous les trav aux de laboratoire que l’interv ention du diable rend inutiles. Dans
leurs laboratoires, les alchimistes n’ont pas d’autre prétention que de
reproduire en les perfectionnant les opérations par lesquelles la nature
produit les minéraux et les métaux. Inv oquer des forces surnaturelles, ce
serait reconnaître l’échec de la science alchimique. Comme le rappelait av ec
force le médecin alchimiste Pierre-Jean Fabre dans son Abrégé des secrets
chimiques de 1636, « l’alchimie est la v raie et unique philosophie naturelle
[…], v raie et solide science qui enseigne de connaître le centre de toutes
choses »1 2. C’est d’une certaine manière l’échec d’une telle entreprise que
marquent les déceptions de Faust et son alliance av ec le diable.
6 Loin d’aller de soi, l’inscription de la fabrication d’un élixir de longue v ie au
cœur de la science alchimique pose donc problème. C’est que le prolongement
de la v ie semble être une affaire bien plus complexe que la transmutation des
métaux. Après tout, si l’on admet que les métaux sont des corps mixtes, ce qui
paraît év ident jusqu’à la fin du XVIII e siècle, et qu’ils sont composés de
principes qui ne sont pas seulement leurs éléments constitutifs, mais qui sont
également porteurs de leurs propriétés intrinsèques, ce dont on ne commence
à douter que v ers la fin du XVII e siècle, alors il n’est pas absurde de penser
que des opérations chimiques parv iennent à changer du plomb en argent ou
en or. Ainsi, en 1646, Descartes a fini par renoncer à la recherche de la longue
v ie ; il écrit en effet à Chanut : « Au lieu de trouv er les moy ens de conserv er la
v ie, j’en ay trouv é un autre, bien plus aisé & plus sur, qui est de ne pas craindre
la mort. »1 3 Pourtant, il continue de croire, malgré ses réticences à l’égard des
théories et pratiques des alchimistes, en la possibilité de la transmutation des
métaux, comme le montre ce passage des Notae in programma de 1648 où il
place « l’art chy mique de faire de l’or », av ec la quadrature du cercle, parmi
les questions qui ne relèv ent pas des my stères ou de la foi, mais du seul
raisonnement humain1 4. D’ailleurs, on croit encore en la possibilité de la
transmutation des métaux à l’Académie roy ale des sciences au début du
XVIII e siècle, alors qu’on a depuis longtemps renoncé à la recherche d’un
élixir de longue v ie 1 5.
7 Voilà la situation étrange que je v oudrais éclaircir : pourquoi l’alchimie,
dont l’objet relèv e d’abord de ce que nous appelons aujourd’hui la chimie,
qu’il s’agisse du trav ail des métaux et des alliages, des substances relev ant de
la droguerie ou de la pharmacie, et d’une façon plus générale de toutes les
opérations de calcination et de distillation, et dont les théories v isaient
d’abord les processus naturels de formation des métaux et leurs
transformations en laboratoire, s’est-elle intéressée à la question de la
prolongation de la v ie, au risque de s’av ancer v ers des domaines où elle
risquait, bien dav antage encore que dans le domaine des sciences de la
matière, de mettre au jour ses insuffisances théoriques et les errements de ses
pratiques ? Mon hy pothèse est la suiv ante : dans leur effort pour constituer
une doctrine de la formation et de la composition des métaux, l’alchimie arabe
et l’alchimie médiév ale de langue latine se déploient en tant que théorie
générale de la matière susceptible de se substituer aux phy siques héritées de
l’Antiquité aussi bien qu’à la médecine d’inspiration galénique et
av icennienne. Contre ces doctrines dominantes chez les érudits et dans les
univ ersités, les alchimistes construisent une nouv elle v ue sy nthétique de tous
les êtres de la nature conduisant à intégrer le v iv ant dans le chimique, la
médecine dans l’alchimie. En v oulant dev enir science univ erselle de la nature,

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l’alchimie fonctionne alors comme un dispositif de réduction de tous les êtres


de la nature à des entités chimiques.
8 C’est ce qu’illustre la confusion des termes désignant les gaz et les métaux :
la frontière entre la science des métaux et celle du v iv ant se trouv e abolie, ce
qui conduit les alchimistes à affirmer que l’on peut de la même façon, grâce à
la pierre philosophale, corriger l’imperfection d’un métal (pour nous, sa
destruction lente et naturelle par oxy dation) et guérir les v iv ants des maladies
qui les entraînent v ers la mort. D’un côté, on observ e l’ambiv alence des
termes de pneuma, spiritus ou « esprit », qui font partie à la fois du
v ocabulaire technique des chimistes et de celui de la philosophie ou de la
théologie 1 6. Le terme « gaz » ne fut inv enté que dans la première moitié du
XVII e siècle par Jean-Baptiste Van Helmont, dans l’expression gas sylvester,
par laquelle il désignait une substance dans laquelle nous reconnaissons le gaz
carbonique 1 7 . Ce terme ne prendra d’ailleurs sa place dans le v ocabulaire
chimique qu’à l’époque de Lav oisier, c’est-à-dire au moment où il désignera
non plus des substances particulières, mais un certain état de la matière. D’un
autre côté, il faut rappeler que metalla désignait en grec les mines et non pas
les métaux 1 8, ce qui correspond à une difficulté de penser l’existence d’une
classe de corps se caractérisant par des propriétés communes. Bien souv ent,
et jusque dans les textes du XVII e siècle, les métaux seront appelés des
« corps » (somata, corpora, jasad ou jism en arabe)1 9. L’ambiguïté v erbale qui
se manifeste dans ces premiers textes chimiques se répercutera dans toute la
chimie, mais aussi dans la médecine et la philosophie jusqu’au XVIII e siècle,
l’absence de termes adéquats renv oy ant bien entendu à des lacunes
conceptuelles. Ces difficultés lexicales et conceptuelles signalent l’ambiguïté
des doctrines qui v ont se dév elopper au cours des siècles.
9 On peut trouv er ici ou là dans les textes rassemblés dans la Collection des
anciens alchimistes grecs20 des allusions à l’usage médicinal de certaines
substances, mais il faut év iter les contresens : les corps qui se spiritualisent ne
sont pas des organismes v iv ants qui échapperaient à la corruption, ce sont des
substances minérales dont on extrait des « esprits ». On a pu se méprendre sur
l’antiquité de l’intérêt pour la prolongation de la v ie dans l’histoire de
l’alchimie en raison des confusions souv ent entretenues entre la tradition
alchimique et la tradition hermétique. Certes, on peut constater que l’idée
d’une substance qui soit capable de régénérer les êtres v iv ants se trouv e dans
certains textes du Corpus Hermeticum attribué au my thique Hermès
Trismégiste 21 . On y trouv e à plusieurs reprises mentionné un pharmakon qui
confère l’immortalité. Mais s’il est v rai que les premiers textes alchimiques
furent rédigés à la même époque et dans les mêmes lieux que les textes
hermétiques – dans l’Égy pte hellénisée des premiers siècles de notre ère –, il
demeure qu’il s’agit de deux corpus bien distincts et que les fragments
d’ouv rages alchimiques écrits en grec entre le IV e et le VIII e siècle
concernent essentiellement la chimie des métaux. En fait, l’expression
« médecine hermétique » employ ée à la fin du XVI e siècle et au début du
XVII e siècle par de nombreux médecins chimistes d’inspiration paracelsienne
ne doit pas faire illusion : il s’agissait pour eux de reconstituer fictiv ement une
histoire de la chimie dont Hermès Trismégiste serait le fondateur pour mieux
marquer leur opposition à la tradition galénique. « Hermétique » doit alors
être pris comme un sy nony me de « chimique », sans que cela signifie un
attachement particulier aux thèses de la pensée hermétique qui av ait pris un
nouv el essor à partir de la fin du XV e siècle 22.
10 C’est dans l’alchimie arabe que s’opèrent les premiers rapprochements
explicites entre le trav ail de perfectionnement effectué sur les métaux et les
soins apportés aux êtres v iv ants, av ec l’introduction du concept d’élixir dans

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la chimie de Jâbir Ibn Hay y ân. Le célèbre alchimiste arabe, qui était médecin,
utilise un terme d’origine médicale, puisqu’il semble qu’al-iksir ait d’abord
désigné une poudre médicinale destinée à faciliter la guérison des plaies. Il
modifie doublement la tradition : d’une part, en affirmant que l’élixir peut être
préparé à partir de substances organiques et pas seulement minérales ; d’autre
part et surtout, en en faisant une substance qui « guérit » les métaux 23. Ce que
nous pourrions prendre pour une simple analogie résulte plutôt d’une
conception de la nature qui ne marque pas de séparation entre les règnes
minéral, v égétal et animal. Il y a pour Jâbir plusieurs sortes d’élixir, selon les
substances utilisées pour leur fabrication, les modalités des opérations et les
« corps » à la purification desquels elles sont destinées. Il s’agit d’équilibrer
dans un corps le rapport entre les « natures » (éléments réduits à leur qualité
dominante) qui le constituent, d’év iter les excès de chaud, de froid, de
sécheresse ou d’humidité. C’est la méthode de la « Balance », qui s’applique
aussi à la fabrication de l’élixir suprême, ce qui correspond à la pierre des
philosophes de l’alchimie latine. Mais l’entreprise de Jâbir concerne aussi la
médecine, dans la mesure où il considère que la guérison peut être obtenue en
contrebalançant par des médicaments le déséquilibre entre les « natures » qui
s’est établi dans le corps d’un v iv ant24. La longue v ie n’est alors que le résultat
de multiples guérisons aux résultats toujours garantis par l’efficacité de la
science chimique.
11 On v oit donc s’esquisser chez Jâbir Ibn Hay y ân une conception chimique du
corps humain et de la guérison des maladies qui v a être reprise et dév eloppée
dans l’alchimie médiév ale en langue latine. La théorie jabirienne de l’élixir
constitue en effet l’un des apports principaux de l’alchimie arabe à l’alchimie
européenne des XIII e et XIV e siècles. Cependant, elle ne conduit pas
nécessairement aux thèses de la prolongation de la v ie. Ainsi, la Summa
perfectionis, ouv rage publié v ers la fin du XIII e siècle qui se présentait comme
une traduction d’un ouv rage de Geber (nom latinisé de Jâbir), mais qui était en
fait une production originale de l’époque, utilise le terme « médecine » pour
désigner les substances qui peuv ent améliorer les « corps », c’est-à-dire les
métaux, et effectuer leur transmutation. La dernière partie de l’ouv rage
présente de nombreuses recettes de fabrication de ces médecines et décrit
leurs effets. Mais il n’est pas question d’une application de cette médecine aux
êtres v iv ants25.
12 C’est dans l’Opus Maius de Roger Bacon qu’apparaît pour la première fois,
semble-t-il, la thèse selon laquelle l’un des principaux objets de l’alchimie
serait de conférer aux hommes l’immortalité. Il écrit :

Et c’est bien le secret le plus grand, car non seulem ent il procurerait
le bien de l’État et ce qui est désiré par tous à cause de l’or [qui sera]
en suffisance, m ais, ce qui est m ieux, [parce qu’]il perm ettrait de
prolonger la v ie à l’infini. Car cette m édecine, qui enlèv erait toutes
les im m ondices et corruptions du m étal le plus v il, pour le
transform er en argent et or le plus pur, les sages pensent qu’elle
détient le pouv oir d’enlev er les corruptions du corps hum ain, au point
que la v ie en serait prolongée de plusieurs siècles. Et c’est le corps
tem péré à partir des quatre élém ents. 26

13 La dernière phrase pourrait indiquer une influence jabirienne, mais elle


renv oie sans doute, plus simplement, à la théorie galénique des quatre
humeurs qu’il s’agit alors de réinterpréter en termes chimiques. Par rapport
aux autres textes alchimiques latins de la fin du XIII e siècle, l’alchimie
inspirée des écrits de Roger Bacon introduit une réelle nouv eauté qui v a
engendrer une tradition constitutiv e de ce que l’on pourrait appeler
« l’alchimie franciscaine », dans la mesure où les auteurs de ces textes,

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souv ent des franciscains pour autant qu’on puisse les connaître, dév eloppent
une conception charitable de l’alchimie, destinée à soulager les maladies
plutôt qu’à enrichir les puissants. Il s’agit là, on v a le v oir, d’une tradition
importante, mais qui ne résume pas à elle seule l’ensemble de l’alchimie
médiév ale ; bien des auteurs contesteront la pertinence de cette conception
médicinale de la pierre des philosophes.
14 C’est sans doute un franciscain disciple de Roger Bacon qui est le v éritable
auteur du De secretis naturae faussement attribué à Arnaud de Villeneuv e et
rédigé au tournant du XIII e et du XIV e siècle. Il s’agit d’un dialogue où le
maître explique au disciple que « notre pierre » est une médecine qui,
« donnée à celui à qui elle doit l’être fait l’homme ou la femme or v éritable, ou
argent, à un degré si grand qu’aucun déclin ne peut ensuite v enir, parce qu’en
v érité elle transmute selon la façon dont l’élixir aura été préparé ». Elle
transmute, ce qui signifie, précise-t-il, qu’elle transforme en ange. En effet, la
pierre est naturelle, composée des quatre éléments, mais elle est aussi animale
« parce que ce qui possède un esprit a une âme, or notre pierre a un esprit, elle
a donc une âme ». Au disciple surpris (« De quelle manière a-t-elle un
esprit ? »), le maître explique alors qu’elle est composée de ces quatre
« esprits » que sont le sel ammoniac, le soufre, l’arsenic et le mercure. C’est
donc bien en raison du caractère « spirituel », c’est-à-dire v olatile, des
composants de la pierre que celle-ci peut être considérée à la fois comme
animale et comme susceptible de conférer aux hommes un caractère
angélique. Tout cela, bien entendu, renv oie aux thèses du christianisme, et
notamment de la résurrection des corps, mais on peut se demander s’il ne
s’agit pas d’une façon de parler, si l’homme et la femme ne désignent pas des
substances principielles analogiquement rapprochées du masculin et du
féminin, et si l’ange n’est pas tout simplement le produit aérien de la
distillation. Sans cesse se manifeste la correspondance des énoncés, ce qui se
dit du minéral prenant sens pour le v iv ant, et réciproquement.
15 Analy sant l’introduction et le dév eloppement de la doctrine de l’élixir dans
l’alchimie médiév ale, Michela Pereira a montré comment elle atteignait son
apogée dans le Testamentum, traité alchimique attribué (à tort) à Ray mond
Lulle, qui fut écrit en 1332 et qui eut une influence considérable sur l’alchimie
des trois siècles suiv ants27 . Certes, l’ouv rage, comme tous les traités
alchimiques de l’époque, concerne essentiellement la chimie des métaux, dont
il dév eloppe une theorica et une practica. L’élixir y est défini comme le stade
le plus achev é de la pierre des philosophes, capable non seulement de purifier
les métaux mais aussi de les augmenter, ce qui laisse entendre que l’élixir agit
comme un ferment, contenant en lui les semences métalliques qui prov oquent
la génération du métal. Il ne s’agit pas d’une simple analogie : toute la tradition
alchimique est trav ersée par cette idée, récemment mise en lumière par les
trav aux de Hiro Hirai28, selon laquelle il faut reconnaître au concept de
semence une extension plus grande que celle qui le limite au domaine du
v iv ant. En amont des dév eloppements que les auteurs de la Renaissance iront
chercher chez Marsile Ficin, et qui feront des semences des entités
spécifiques, le Testamentum se contente de faire jouer ce rôle à l’or et à
l’argent eux-mêmes, îlots d’incorruptibilité dans un monde où la matière est
soumise à la corruption.
16 Aussi n’est-il pas étonnant que l’auteur anony me du Testamentum définisse
l’alchimie comme un « art qui enseigne à changer toutes les pierres précieuses
en leur rendant leur v rai tempérament, à donner au corps humain une très
noble santé et à transmuter tous les corps métalliques en v rai soleil et en v raie
lune [l’or et l’argent bien sûr] par un corps médicinal univ ersel auquel se
réduisent toutes les médecines particulières ». Certes, les recettes présentées

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dans l’ouv rage concernent essentiellement l’action sur les métaux et les
minéraux. Pourtant l’auteur termine sa practica par un passage qui dev iendra
célèbre, sans cesse repris par toute la tradition alchimique :

Voilà la pierre suprêm e de tous les philosophes, cachée aux ignorants


et aux indignes, m ais rév élée à toi. Elle transform e tout corps
dim inué en v rai solifique et lunifique, à l’infini, selon que l’élixir est
préparé et subtilisé. De m êm e, nous te disons que sa v ertu et son
efficacité surpassent celles de toutes les autres m édecines. Elle guérit
réellem ent toute m aladie du corps hum ain, qu’elle soit de nature
froide ou chaude. Ay ant une nature très subtile et très noble, elle
ram ène tout à l’équilibre suprêm e, con serv e la santé, conforte et
m ultiplie la v igueur, au point de faire du v ieillard un jeune hom m e ;
elle chasse du corps toute m aladie, résiste à tout poison, hum idifie les
artères du cœur, dissout ce qui est coagulé dans le poum on, conforte et
consolide le blessé, nettoie le sang, conforte tous les esprits, et garde et
préserv e leur santé. Si la m aladie est v ieille d’un m ois, cette m édecine
guérit en un jour ; si elle dure depuis un an, la guérison sera nette en
douze jours ; si elle existe depuis longtem ps, la guérison sera réa lisée
en un m ois. Il n’est pas étonnant que cette m édecine m érite, plus que
toutes les autres, d’être recherchée par l’hom m e, puisqu’en général,
toutes les autres s’y réduisent. Si tu la possèdes, fils, tu as un trésor
inépuisable. 29

17 On v oit ici comment la doctrine alchimique v ient en quelque sorte se loger


dans la théorie galénique du tempérament et de l’opposition des qualités à
laquelle elle donne une nouv elle signification mais aussi une nouv elle force.
D’ailleurs, quelques lignes plus bas, l’auteur n’hésite pas à affirmer que Galien
lui-même a év oqué cette médecine, quoiqu’en des termes fort obscurs. Seule
l’alchimie permet de comprendre ce que peut être une médecine capable de
rétablir cet « équilibre supérieur » en quoi consiste la santé au point de
prov oquer une complète régénération du corps humain. Puissance
doublement remarquable puisqu’à la fois elle v a plus loin et plus v ite que les
théories traditionnelles. Ce n’est pas tout : cette puissance régénératrice ne
s’applique pas seulement au corps humain, elle concerne tous les êtres
v iv ants. En effet, poursuit l’auteur, « ladite médecine a encore d’autres
puissances. Au printemps, par sa grande chaleur admirable, elle rectifie tout
animal et v iv ifie toutes les plantes » (Testamentum). Il conv ient alors de
fournir une explication qui, une fois encore, emprunte les termes traditionnels
de la médecine pour mieux insister sur le caractère naturel, et non pas
magique, des opérations alchimiques :

On tient la chose pour un m iracle contre nature, et ceux qui en


ignorent la puissance croient à une incantation. Cependant, fils, il ne
s’agit que de la chaleur naturelle fixée dans son hum ide radical.
Ay ant d’instinct un grand désir d’être au fond de toute chose
élém entée, la nature y opère en m ulti pliant la chaleur naturelle du
corps dans le centre duquel elle est entrée. Car elle est com m une à
tout corps. (I bid.)

18 Av ant que ces doctrines ne trouv ent leur plein épanouissement dans la
médecine paracelsienne, il faudra que se soient dév eloppées les théories de la
quintessence. Comme l’a montré Robert Halleux dans un article fondamental
sur le sujet, le concept chimique de quintessence, tel qu’il fut dév eloppé par
Jean de Rupescissa dans son De quinte Essentia écrit au milieu du XIV e siècle,
prov ient de la rencontre de trois traditions30 :
– l’hy pothèse aristotélicienne d’une « cinquième essence », ou aether, qui
constituerait la matière du monde supralunaire, matière d’une subtilité telle
qu’elle permet l’éternité du mouv ement circulaire des astres ;

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– les théories chimiques de l’élixir héritées des Arabes, qui considèrent qu’il
existe au cœur de toute substance une partie essentielle et très subtile qui
s’extrait par distillation : c’est la partie « spirituelle » des corps dont parlent la
plupart des traités alchimiques du XIII e et du XIV e siècle ;
– l’év olution des pratiques de laboratoire v ers des techniques permettant la
distillation de l’alcool.
19 Pierre Bay le a consacré un article de son Dictionnaire historique et critique
à Jean de Roquetaillade (en latin Rupescissa), dans lequel il rapporte que ce
franciscain d’Aurillac qui se v antait « d’av oir obtenu de Dieu la connaissance
des secrets de l’Apocaly pse et des autres prophéties de l’Écriture » se rendit
célèbre « tant par la liberté qu’il se donna de crier contre les v ices du clergé et
contre l’oppression du peuple, et de semer des prédictions menaçantes, que
par la longue prison qui fut la peine de ses hardiesses ». Le De quinte Essentia
se donne pour tâche d’apporter aux « pauv res hommes év angélisants » les
moy ens de n’être pas empêchés en leurs œuv res, grâce à un secret qui leur
permettra à la fois de conserv er les forces de leur jeunesse et d’apporter aux
autres la guérison de leurs maladies. L’ouv rage ne traite pas de la
transmutation des métaux, mais uniquement des moy ens de prolonger la v ie :
il ne s’agit pas d’apporter les richesses de l’or et de l’argent, mais de soulager la
misère des êtres humains.
20 Dans le « canon premier » qui suit le premier chapitre de l’ouv rage,
Rupescissa précise qu’il ne s’agit pas de satisfaire le désir d’éternité, la v ie
éternelle n’étant pas accessible aux hommes chassés du paradis terrestre,
mais seulement de « chercher la chose laquelle puisse garder et conserv er
notre corps de putréfaction jusques au terme ordonné de Dieu pour nôtre v ie,
et l’entretenir en santé, et s’il est malade le guérir, et étant débilité ou quasi
mort le restaurer jusques à tant que la mort pré-ordonnée, selon le terme dit,
v ienne » (p. 11-12). Il faut donc chercher la « racine de v ie », c’est-à-dire « une
chose qui d’elle-même demeure éternellement incorruptible et qui conserv e
et garde de corrompre toute chose qui est jointe av ec elle » (p. 12). Il faudra
également qu’elle « ôte toute chose superflue de quelque qualité qu’elle soit et
restaure toute qualité perdue », mais aussi qu’elle fasse abonder « l’humeur
naturelle et pourchasse d’allumer le feu naturel qui est débile » (p. 12-13). Ici
encore, c’est à l’intérieur de la théorie galénique de la maladie que cette
nouv elle substance entend trouv er la justification théorique de son emploi.
21 Il faut donc rechercher « une chose qui soit de telle nature env ers les quatre
qualités desquelles notre corps est composé, comme est le ciel au respect des
quatre éléments » (p. 13). Tel est le statut de la quintessence, incorruptible
parce que ni chaude ni froide, ni sèche ni humide : c’est ce que les
« philosophes » (entendez les alchimistes) ont appelé eau ardente, âme ou
esprit du v in ou eau-de-v ie. Cette dernière en effet n’est ni feu, ni eau, ni air, ni
terre, et pourtant elle brûle, elle coule et se « spiritualise ». Suiv ent alors les
recettes de fabrication de la quintessence, sur le modèle de la distillation du
v in produisant l’eau ardente. Cependant, l’« opération commune », comme dit
Rupescissa, ne produit qu’une eau ardente imparfaite, qui contient encore des
traces des quatre éléments. Pour obtenir la v éritable quintessence, il faut
répéter l’opération un grand nombre de fois, en utilisant un alambic dont les
canaux de descente rejoignent le bas de l’instrument :

Car le plus subtil, glorifié et séparé de la corruption des quatre


élém ents, dem eure en haut, et ce n’est pas tant seulem ent par une
seule ascension, m ais par plusieurs, jusques à m ille fois et outre, par
continuelle ascension et descension, qu’elle s’élèv e en si grande
hautesse, et v ient tant glorieuse et si fort com posée, qu’elle est presque
incorruptible, ainsi com m e le Ciel, et est de la nature du Ciel. Pour

https://asterion.revues.org/1993 8/12
26/2/2017 Prolonger la vie : les attrayantes promesses des alchimistes
celle cause nous l’appelons Quinte essence. Car elle est telle au respect
de notre corps, com m e est le Ciel au respect de tout le Monde. 31

22 Il faut remarquer qu’aux y eux d’un chimiste moderne, cette opération, que
l’on appelle cohobation, ne modifie pas la nature de l’alcool produit, n’étant
que la répétition du même. Ce qui compte ici est dav antage la théorie que la
pratique, le trav ail de laboratoire étant la mise en scène d’une opération
essentiellement conceptuelle. La chimie dev ient la science par excellence,
puisqu’elle est la seule qui permette de penser la descente du Ciel sur la Terre,
tout en offrant les moy ens de réaliser cette merv eilleuse opération. Mais c’est
alors un nouv eau chapitre de l’histoire de la chimie qui s’ouv re, distinct de ce
que l’on continuera d’appeler par ailleurs alchimie. Les traités de distillation
se multiplient aux XVI e et XVII e siècles, perdant de v ue la recherche de la
quintessence au profit de la multiplication de recettes permettant, par la
v ariété des opérations, des appareils et des substances distillées, de produire
toute sorte de médicaments adaptés à toute sorte de maladies32.
23 La théorie de la quintessence a joué un rôle important dans la pensée de
Paracelse en ce qu’elle l’a conduit à insister sur les relations entre le Ciel et la
Terre, entre les étoiles et le corps humain. C’est une manière d’exprimer la
possibilité d’extraire de tout corps matériel ce qu’il contient de céleste. Mais
Paracelse accentue la div ision de la quintessence en une multiplicité
d’arcanes, substances extraites de div ers corps en v ue de produire la guérison
spécifique de tel organe ou de telle maladie. Dans ces conditions, il ne s’agit
plus tant de rechercher une sorte de médecine univ erselle, supérieure à tous
les médicaments et capable de les remplacer indifféremment, que de proposer
des recettes spécifiques pour les div ers maux dont souffrent les êtres humains.
C’est dans cette direction que v a se dév elopper la pharmacologie
paracelsienne, à la fin du XVI e et au début du XVII e siècle, donnant naissance
à une littérature de « cours de chy mie » qui sont plutôt des recueils de
recettes pour la fabrication de div ers médicaments.
24 Désormais, les enjeux ne sont plus les mêmes. Plutôt que de rechercher
l’élixir de longue v ie, il s’agit de justifier théoriquement et pratiquement
l’usage de toute sorte de médicaments chimiques prov enant de substances
minérales. L’alchimie débouche alors sur une remise en cause de la médecine
et de la pharmacologie galéniques dont témoigne ce que l’on a appelé « la
querelle de l’antimoine ». Les produits chimiques d’origine minérale, comme
le sulfure d’antimoine, ne sont pas nécessairement des poisons33. En effet, il ne
faut pas les considérer comme des substances étrangères au corps humain,
puisque le corps humain est composé des mêmes principes chimiques que
tous les autres corps de la nature, et que l’on peut rendre compte de son
fonctionnement selon le modèle des appareils du laboratoire alchimique,
notamment l’alambic. On pourrait dire, de ce point de v ue, que les théories
alchimiques de la prolongation de la v ie ont permis aux alchimistes de
participer à la rév olution scientifique, dans la mesure où ils ont renv ersé les
dogmes d’une médecine antique et médiév ale au profit d’une médecine
chimique qui constitue encore aujourd’hui le noy au des recherches
biologiques sur les moy ens de prolonger la v ie en luttant plus efficacement
contre les maladies.
25 Pourtant, le thème de l’élixir de longue v ie, dont la formule reste
my stérieuse, ne disparaît pas de la littérature alchimique, qui ne cesse
d’év oquer le cas d’Artéphius, cet auteur my thique, déjà év oqué dans un texte
du pseudo-Roger Bacon mais surtout cité – et pillé – à partir de la fin du
XVI e siècle, dont certains disent que sa Clavis sapientiae pourrait être la
traduction d’un traité arabe, et qui déclarait av oir v écu plus de 1 000 ans
grâce à l’usage d’une « admirable quintessence » dont il ne donne
https://asterion.revues.org/1993 9/12
26/2/2017 Prolonger la vie : les attrayantes promesses des alchimistes

malheureusement pas la recette. Deux traditions coexistent alors, y compris


chez les mêmes auteurs. Ainsi, Pierre-Jean Fabre, commentant dans son
Manuscriptum ad Fridericum de 1653 le sy mbolisme de la salamandre, censée
v iv re dans le feu et « dont le sang est la v éritable médecine univ erselle » (il
s’agit bien sûr du nom de code d’un médicament dont Fabre ne dit rien de la
fabrication), précise que c’est « grâce à elle que toute v ie est allongée et
prolongée de très nombreuses années ». Il cite alors Artéphius le Philosophe
qui v écut 1 000 ans, et bien d’autres, notamment Édouard l’Anglais « qui erre
à trav ers le monde et toute la terre, qui dit av oir cinq cents ans et qui affirme
que depuis cinquante ans, je dis bien cinquante ans, il se renouv elle, perd son
ancienne peau, ses poils, ses dents, ses ongles anciens, et retrouv e une
étonnante jeunesse qui lui apporte une force nouv elle et toute la v igueur des
jeunes gens »34. C’est alors que naît le my the de l’alchimiste toujours v iv ant,
quoique caché, après sa mort.
26 Mais le même Fabre passait à son époque pour l’un des meilleurs spécialistes
de la lutte contre la peste ; il av ait guéri Louis XIII de passage à Castelnaudary
au retour d’une campagne en Espagne et av ait publié une liste de cent
guérisons obtenues grâce à l’usage de div erses préparations à base
d’antimoine 35. Nous ne sommes plus surpris aujourd’hui par ce mélange des
genres, du my the et de la science. Mais il faut en tirer les leçons : les
enseignements de l’alchimie doiv ent être acceptés en bloc, sans les réduire ni
aux div agations de l’occultisme ni aux réductions du scientisme. Ce qui
signifie que, d’une certaine manière, les recherches les plus rigoureuses des
moy ens de guérir les maladies sont toujours portées par l’espoir bien peu
raisonnable d’une prolongation indéfinie de la v ie.

Notes
1 Discours de la méthode, dans Œuvres de Descartes, Ch. Adam et P. Tannery éd.,
édition rév isée par B. Rochot et P. Costabel, Paris, Vrin/CNRS, rééd. 1 9 9 6 , v ol. VI,
p. 9 (désorm ais : AT, suiv i du num éro de v olum e et de la page).
2 A. Com te, Cours de philosophie positive(1 83 0-1 84 2 ), Prem ière leçon, 1 83 0, t. I,
p. 1 4 (2 e édition, Paris, Ém ile Littré, 1 86 4 ).
3 Discours de la méthode, AT, VI, p. 6 2 .
4 À Newcastle,octobre 1 6 4 5, AT, IV, p. 3 2 9 .
5 À Constantin Huygens, 4 décem bre 1 6 3 7 , AT, I, p. 6 4 9 ou 2 5 janv ier 1 6 2 8, AT, I,
p. 507 .
6 J.-F. Maillard, « Descartes et l’alchim ie. Une tentation conjurée ? », Aspects de la
tradition alchimique au XVI I e siècle, F. Greiner éd., Paris, SEHA / Milan, Archè,
1 9 9 8, p. 9 5-1 09 .
7 Principes de la philosophie, IV, 6 3 , AT, IX-2 , p. 2 3 5. Voir B. Joly , « Descartes et la
chim ie », L’Esprit cartésien, B. Bourgeois et J. Hav et éd., Paris, Vrin, 2 000, p. 2 1 6 -
221 .
8 À Élisabeth,décem bre 1 6 4 6 , AT, IV, p. 59 0. Voir aussi À Élisabeth,nov em bre
1 6 4 6 , AT, IV, p. 53 1 -53 2 .
9 Voir B. Joly , « L’am biguïté des paracelsiens face à la m édecine galénique », Galen
on pharmacology. Philosophy, history and medicine, A. Debru éd., Ley de, Brill, 1 9 9 7 ,
p. 3 01 -3 2 2 .
1 0 Voir B. Joly , « Faust au laboratoire. Dieu, le diable et l’alam bic », Colloque
pluridisciplinaire et international « Les m y thes de la science : inv entions et
inv enteurs » organisé à l’univ ersité Lille 3 par l’Institut international Erasm e
(Maison des sciences hum aines du Nord-Pas de Calais) les 5 et 6 décem bre 2 005
[http://stl.recherche.univ -lille3 .fr/sitespersonnels/joly /accueiljoly .htm l]. Site
consulté le 2 7 octobre 2 01 0.
1 1 Voir W. R. Newm an, chap. 4 : « Artificial life and hom unculus », Promethean

Ambitions. Alchemy
https://asterion.revues.org/1993 and the Quest Of Perfect Nature, Chicago, The Univ ersity of 10/12
26/2/2017 Prolonger la vie : les attrayantes promesses des alchimistes
Ambitions. Alchemy and the Quest Of Perfect Nature, Chicago, The Univ ersity of
Chicago Press, 2 004 .
1 2 P.-J. Fabre, Abrégé des secrets chimiques, Paris, Pierre Billaine, 1 6 3 6 , p. 8 et 1 0.
1 3 À Chanut, 1 5 juin 1 6 4 6 , AT, IV, p. 4 4 1 -4 4 2 . Sur l’év olution de la position de
Descartes, v oir V. Le Ru, « La conserv ation de la nature hum aine », com m unication
aux journées d’étude « Descartes et les principes de conserv ation », ENS
Fontenay /Saint Cloud, 6 et 7 décem bre 1 9 9 6 ; F. Chareix, « La m aîtrise et la
conserv ation du corps v iv ant chez Descartes », Methodos, n o 3 , 2 003 ,Figures de
l’irrationnel, en ligne [http://m ethodos.rev ues.org/docum ent1 1 2 .htm l]. Site
consulté le 1 er septem bre 2 01 0 (cette m ention v aut pour tous les articles de
Methodos cités ci-après dans les notes).
1 4 Notae in programma, AT, VIII, p. 3 53 : « […] ac denique aliae sunt, quae nullo
m odo ad fidem , sed ad solum ratiocinium hum anum spectant, ut de quadratura
circuli, de auro arte Chy m ica faciendo, et sim ilibus ».
1 5 Voir L. Principe, « Wilhelm Hom berg. Chy m ical corpuscularianism and
chry sopoeia in the early eighteenth century », Late Medieval and Early Modern
Corpuscular Matter Theories, Ch. Lüthy , J. Murdoch et W. R. Newm an éd., Ley de,
Brill, 2 001 , p. 53 5-556 ; L. Principe, « Wilhelm Hom berg et la chim ie de la
lum ière », Methodos, n o 8, 2 008, Chimie et mécanisme à l’âge classique, en ligne
[http://m ethodos.rev ues.org/docum ent1 2 2 3 .htm l] ; B. Joly , « Quarrels between
Etienne-François Geoffroy and Louis Lém ery at the Académ ie roy ale des sciences in
the early eighteenth century . Mecanism and alchem y », Chymists and chymistry.
Studies in the history of alchemy and early modern chemistry, L. Principe éd.,
Philadelphie, Chem ical Heritage Foundation / Sagam ore Beach (USA), Science
History Publications, 2 007 , p. 2 03 -2 1 4 ; B. Joly , « Chim ie et m écanism e dans la
nouv elle Académ ie roy ale des sciences. Les débats entre Louis Lém ery et Étienne-
François Geoffroy », Methodos, n o 8, 2 008, Chimie et mécanisme à l’âge classique, en
ligne [http://m ethodos.rev ues.org/docum ent1 4 03 .htm l].
1 6 Sur la poly sém ie du term e spiritus, v oir Spiritus. I Ve colloquio internazionale del
lessico intellectuale europeo, M. Fattori et M. Bianchi éd., Rom e, Edizioni dell’Ateneo,
1 9 84 ; dans le m êm e ouv rage, v oir A. Debus, « Chem istry and the quest for a
m aterial spirit of life in the sev enteenth century », p. 2 4 5-2 6 3 ; v oir par ailleurs
A. Mothu, « La pensée en cornue. Considérations sur le m atérialism e et la “chy m ie”
en France à la fin de l’âge classique », Chrysopoeia, t. IV, 1 9 9 0-1 9 9 1 , p. 3 07 -4 4 5.
1 7 J. B. Van Helm ont, Ortus medicinae, Am sterdam , Elzev ir, 1 6 4 8.
1 8 Voir R. Halleux, Le problème des métaux dans la science antique, Paris, Les Belles
Lettres, 1 9 7 4 .
1 9 Sur la term inologie de l’alchim ie arabe, v oir l’analy se lexicale de P. Lory dans
son édition (traduite de l’arabe et présentée par lui) de Jâbir Ibn Hay y ân, Dix traités
d’alchimie, Paris, Sindbad, 1 9 83 .
2 0 Il s’agit du recueil des prem iers textes (al)chim iques que nous connaissions,
écrits en grec entre le IV e et le VIIIe siècle de notre ère, rassem blés en un corpus
unique v ers le XIIe siècle, édités, traduits et com m entés par M. Berthelot en 1 888.
2 1 A.-J. Festugière et A. D. Nock, Corpus Hermeticum, Paris, Les Belles Lettres,
1 9 4 5 (t. I et II), 1 9 54 (t. III et IV) ; A.-J. Festugière, La Révélation d’Hermès
Trismégiste, Paris, Les Belles Lettres, 1 9 4 4 -1 9 54 ; A.-J. Festugière, Hermétisme et
mystique païenne, Paris, Aubier Montaigne, 1 9 6 7 .
2 2 Voir B. Joly , « La rationalité de l’herm étism e. La figure d’Herm ès dans
l’alchim ie à l’âge classique », Methodos, n o 3 , 2 003 , Figures de l’irrationnel.
2 3 Voir P. Kraus, Jâbir I bn Hayyân. Contribution à l’histoire des idées scientifiques
dans l’I slam, Le Caire, Mém oires présentés à l’Institut d’Égy pte, 1 9 4 2 / Paris, Les
Belles Lettres, 1 9 86 .
2 4 I bid., p. 2 3 4 .
2 5 Sur le processus de com position et la structure de la Summa perfectionis, v oir
l’édition de W. R. Newm an, TheSum m a perfectionisof Pseudo-Geber. A critical
edition, translation and study, Ley de, Brill, 1 9 9 1 .
2 6 Je cite ici la traduction présentée par A. Calv et, « Le De Secretis naturae du
pseudo-Arnaud de Villeneuv e », Chrysopoeia, t. VI, 1 9 9 7 -1 9 9 9 , Cinq traités
alchimiques médiévaux, 2 000. Calv et traduit le texte édité par M. Pereira, L’oro dei
Filosofi. Saggio sulle idee di un alchimista del Trecento, Spoleto, Centro italiano di
studi sull’alto m edioev o (Biblioteca di Medioev o Latino, n o 7 ), 1 9 9 2 .

2 7 M. Pereira,
https://asterion.revues.org/1993 « Teorie dell’elixir nell’alchim ia latina m ediev ale », Micrologus, 11/12
26/2/2017 Prolonger la vie : les attrayantes promesses des alchimistes
2 7 M. Pereira, « Teorie dell’elixir nell’alchim ia latina m ediev ale », Micrologus,
v ol. III, Le crisi dell’alchimia, 1 9 9 5, p. 1 03 -1 4 8.
2 8 H. Hirai, Le concept de semence dans les théories de la matière à la Renaissance de
Marsile Ficin à Pierre Gassendi, Turnhout, Brepols, 2 005.
2 9 Testamentum, II, 3 0, trad. de H. v an Kasteel, Le testament du pseudo-Raymond
Lulle, Grez-Doiceau, Bey a, 2 006 , p. 2 03 -2 04 , effectuée sur l’édition du texte latin à
partir d’un m anuscrit d’Oxford par M. Pereira et B. Spaggiari, I l Testamentum
alchemico attribuito a Raimondo Lullo. Edizione del testo latino e catalano dal
manoscritto Oxford, Corpus Christi College, 244, Florence, Sism el / Ed. del Galluzzo,
1 999.
3 0 R. Halleux, « Les ouv rages alchim iques de Jean de Rupescissa », Histoire
littéraire de la France, Paris, Im prim erie nationale, t. XLI, 1 9 81 , p. 2 4 1 -2 7 7 . Le De
quinte Essentia fut im prim é à Bâle en 1 56 1 . Cette édition av ait été précédée de la
publication d’une traduction française parue en 1 54 9 sous le titre La vertu et
propriété de la Quinte essence de toutes choses. C’est à cette édition, réim prim ée en
1 9 6 7 par Archè à Milan, que je m e réfère.
3 1 La vertu et propriété de la Quinte essence de toutes choses, ouv r. cité, p. 2 4 -2 5.
3 2 Voir R. J. Forbes, A Short History of the Art of Distillation, from the Beginnings up
to the Death of Cellier Blumenthal(1 9 4 8), Ley de, Brill, 1 9 7 0.
3 3 Voir B. Joly , 1 9 9 7 , ouv r. cité.
3 4 P.-J. Fabre, Manuscriptum ad Fridericum. Voir La rationalité de l’alchimie au
XVI I e siècle, av ec le texte latin, la traduction et le com m entaire du Manuscriptum
ad Fridericum, B. Joly éd., Paris, Vrin, 1 9 9 2 , p. 1 87 .
3 5 P.-J. Fabre, I nsignes curationes variorum morborum quos medicamentis chymicis
jucundissima methodo curavit P. J. Fabri, Toulouse, Bosc, 1 6 2 7 (puis 1 6 2 8) ;
Strasbourg, 1 6 3 2 ; Toulouse, Bosc, 1 6 4 6 .

Pour citer cet article


Référenc e élec tro niq ue
Bernard Joly, « Prolonger la vie : les attrayantes promesses des alchimistes », Astérion
[En ligne], 8 | 2011, mis en ligne le 29 juillet 2011, consulté le 25 février 2017. URL :
http://asterion.revues.org/1993

Auteur
Bernard Joly
Professeur émérite à l’université Lille 3 (Université Lille Nord de France, F-59000 Lille,
France, UdL3, STL, F-59653 Villeneuve d’Ascq, France, CNRS, UMR 8163), membre de
l’UMR « Savoirs, textes, langage », l’auteur est spécialiste de l’histoire de la chimie aux
XVIIe et XVIIIe siècles et de ses rapports avec la philosophie. Il a publié en 1992, chez
Vrin, La rationalité de l’alchimie au XVII e siècle, puis de nombreux articles sur la
philosophie chimique de Pierre-Jean Fabre, sur les « Cours de chymie » au XVIIe siècle,
sur la chimie à l’Académie royale des sciences au début du XVIIIe siècle et sur la
présence de la chimie dans l’œuvre de Francis Bacon, de Descartes, de Robert Boyle,
de Malebranche et de Goethe, ainsi que sur la présence de la physique des stoïciens
dans la philosophie naturelle au XVIIe siècle. Son Descartes et la chimie doit paraître
prochainement chez Vrin. Voir la liste des travaux de Bernard Joly sur :
[http://stl.recherche.univ-lille3.fr/sitespersonnels/joly/accueiljoly.html].

Droits

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