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Madame Bovary Roman de Gustave Flaubert paru en 1856 dont le titre original est Madame Bovary, mœurs de province.

Résumé Madame Bovary, commence avec la vie d’adolescent de Charles qui avait des problèmes à s’entendre avec leurs
camarades de classe, car il était un tant timide et on pourrait dire invisible. La fin de sa troisième année, ses parents
parvinrent tout pour que lui commence la course en médecine; pour Charles a été un grand défi parce que par plus que
s’efforçait, n’obtenait comprendre rien en dans un peuple rural Mais pour sa mère n’ d’organiser à Charles ui le contrôlait sur
t or 14 Sni* to chevée exerçant té chargée plus grande que lui, Ir peu de temps après, laissant à Charles en ruine, ap s que son
notaire a disparu avec tout l’argent. Une nuit Charles reçoit une lettre d’un agriculteur aisée, qui lui priés, qui aille jusqu’à
leur maison pour panser une jambe cassée. Dans ce lieu Charles tombe bientôt amoureux d’Emma Rouault, la fille de cet
patient, elle été éduquée au couvent, et toute sa vie, elle a rêvé de devenir une femme de la haute société et avoir une vie
comme celle des princesses des romans qu’elle lisait; dans esquelles elle trouvait un refuge pour échapper de la réalité.
Charles lui demande de l’épouser, et ils s’inst Swipe to vlew next page s’installent à Tastes, un village normand où Charles
exerce la médecine. Mais le mariage ne répond pas aux attentes romantiques d’Emma, parce que elle avait conçu le mariage
comme une solution à tous ses problèmes, et pour elle, ce mode de vie trop monotone et ce mari un peu frustré, et mal
dégrossis; ne suffisaient pas et a vécu déçue long temps. Tandis de Charles, est au comble du bonheur avec cette épouse qu’il
trouve parfaite. Jusqu’au jour où elle a commencé à rêver une autre fois avec un style de vie plus sophistiqué, et lui regagné
la joie de vivre, quand ils ont été invités à un bal extravagant chez Marquis d’AndeNilliers; tant qu’elle se rendit compte que
ces rêves étaient imposslbles pour la réalité où vivait, et finalement son apathie la rend malade. Quand Emma tombe enceinte,
Charles décide de déménager dans Yanville dans l’espoir d’améliorer sa santé; où Emma va interagir et faire des amis avec
plusieurs voisins et habitants de la ville: le pharmacien progressiste et athée M. Homais; le curé Bournisien; Léon Dupuis,
clerc du notaire M. Guillaumin; le noble libertin Rodolphe Boulanger. Quand le bébé est né, ils se rendent compte que c’est
une fille (Berthe), et Emma est complètement déçue, puisqu’elle préfère avoir un garçon. Cest alors que tombe dans une
profonde dépression et perd tout espoir d’une vie meilleure. Après Emma et Leôn Dupuis, découvrent que ont de nombreux
goûts en commun, car les deux aiment échapper, à travers les romans 12 que ont de nombreux goûts en commun, car les deux
aiment échapper, à travers les romans romantiques, de leurs vies astidieuses dans ce peuple rural. Cest ainsi que commence
leur relatlon platonicienne, qui ne durerait beaucoup de temps, car Emma se sent coupable et le rejette en prenant le rôle
d’une épouse fidèle. Letn Fatigué de cette situation, et en pensant qu’Emma jamais pourrait être sienne, il part pour Paris,
pour étudier droit. Ne pas beaucoup de temps après, Emma a de nouveau été séduite par un autre homme, un voisin riche et
attrayant, Rodolphe; cette relation devient un romantisme aussi passionné que même ne peuvent pas être surchargé auprès de
la société. Tout le peuple est entier de la situation par les commérages, ? l’exception de Charles, qui est aveuglé et sourd à
bavarder par l’amour aussi grand que lui a pour son épouse. Tout aggravée lorsque Emma est déçu devant l’incompétence
professionnelle de son mari, qui a échoué dans une chirurgie, et c’est alors que Emma est remise à plus passion à son amant,
quiconque fait réellement ne la traite avec une grande gentillesse. Emma désespérée de recevoir un peu d’affection de la part
de son amant lui des cadeaux très coûteux. et a ainsi acquls une rande dette; et lui propose fuir à l’Italie emportant sa fille
Bertha avec eux, lui accède pas très convaincu, mais peu de temps, fatigué et saluons par son asphyxiant nécessité
d’affection, décide de la quitte et refuse d’échapper avec elle. Emma incomb asphyxiant nécessité d’affection, décide de la
quitte et refuse d’échapper avec elle. Emma incombe nouveau à la maladie et considère le suicide. Au moment où Emma est
améliorée, Charles est dans une situation économique très difficile, car il doit emprunter pour payer les frais de son épouse et
leur traitement. Mais, malgré tous ses problèmes, Charles décide à l’emmener à l’opéra en Rouen (un peuple voisin). Où se
trouvent avec Léon. À partir de ce moment reprennent leur ancien romantisme, mais cette fois, devient une relation d’amour,
Emma se rend chaque semaine à Rouen pour rencontrer son bien-aimé, mais pour pouvoir résoudre ces voyages accumule
grands dettes avec de hauts intérêts avec le prêteur Lheureux. Les amateurs finissent fatigués et las l’un de l’autre, mais ne
sont pas capables de se séparer. La dette d’Emma devient de plus en plus grande. Jusqu’au jou e prêteur prend tous les biens
d’Emma, par des procédures très humiliants, comme le versement de sa dette. Emma est remplie d’angoisse et de peur de
penser que Charles peut découvrir toute la vérité. Elle cherche à Léon pour lui demander son soutien, mais il ne fait rien, et
Emma finit par déçus totalement de lui. Alors elle commence à demander l’argent dont il a besoin de manière désespérée à
tous les hommes fortunés qui connait, y compris leur ancien amant Rodolphe; tous refusent, parfois même tournent en
dérision elle. Lorsqu’Emma rend compte qu’il n’est plus sorti, conduite par le désespoir tournent en dérision elle.
Lorsqu’Emma rend compte qu’il n’est plus sorti, conduite par le désespoir elle s’est suicidée en avalant de l’arsenic. Elle
meurt dans d’horribles souffrances. Le lendemain de sa mort, tous les créanciers exigent leur argent, mais totalement ruiné
Charles refuse de vendre les meubles ayant appartenu à sa bien-aimée Emma. Charles continue de souffrir et idéalise la
mémoire de son épouse, jusqu’à ce que plus tard découvre des lettres de Rodolphe et de Léon et finalement réalise l’infidélité
de sa femme. Foy de douleur, meurt seul dans on jardin avec un touffetées de cheveux noir dans la main que lui appartenait le
Emma, ce qui nous dit qu’à la fin pardonne à son épouse. Berthe est recueillie par une tante du père Rouault. Il lui faut
travalller comme ouvrière dans une filature. Personnages Personnages principaux Emma Bovary (Deuxième épouse de
Charles Bovary) : Est l’un des personnages principaux, car c’est le protagoniste de l’ouvrage avec Charles. Cest un
personnage qui conserve la même mentalité et de la même manière d’agir tout au long de l’ouvrage, par le lecteur à la
possibilité de démasquer sa ersonnalité peu à peu, alors il découvre son manque de bon sens et de bon jugement devant la vie.
Emma est une femme qui vit dans un monde irréaliste, dans un monde de romans romantiques qui lui ont fait croire que
trouverait à l’homme de sa vie, et qu’il serait comme les princes ces histoires qui lue pour échapper à la réali PAGF s OF de
sa vie, et qu’il serait comme les princes ces histoires qui lue pour échapper à la réalité. Ce dommage mental que lui causent
ces romans, il est possible que soit le motif de tous ses agissements égoiStes qui entraînent des tants de souffrances, et ans un
final jusqu’à sa mort. Emma réellement n’a jamais été une bonne épouse ni une bonne mère, car il ne leur a montré affection
et par le contraire toujours recherché l’amour dans d’autres hommes. En conclusion Emma Bovary n’est pas une héroïne
tragique, est plutôt un personnage misérable qui a une vie vide et triste; en outre incite le lecteur ? juger et condamner elle, et
à la fin lorsque meurt par l’ingestion de arsenic n’entraîne pas une compassion vers le personnage mais plutôt une
compassion vers son mari, Charles. Charles Bovary (mari d’Emma et médecin de campagne) • Charles est un personnage
principal car c’est le protagoniste de la roman, est un personnage statique de même que le personnage de Emma Bovary, car
au cours de toute l’ouvrage, sa manière d’agir suit le même motif et est également un personnage indirect car leurs actes, lui
donnent au lecteur la possibilité d’aller en déduisant sa personnalité. Charls est un personnage ennuyeux et médiocre, qui n’a
plus aspiration dans la vie d’aimer et plaire à leur épouse, par cette même raison est aveugle et assourdit devant l’adultère de
sa femme. Par ailleurs, cet acteur, on nous présente avec la grande ertu de la noblesse, car malgré la frivoli 6 2 ailleurs, cet
acteur, on nous présente avec la grande vertu de la noblesse, car malgré la frivolité et distanciation de son épouse, lui toujours
à la recherche le mieux pour elle, sans importer les sacrifices que cela implique. En résumé nous pouvons apprécier à Charles
comme un homme naif, sans culture qui ne connaît que la médecine, est un homme qui vit dans leur monde propre et qui se
caractérise par une grande noblesse et un amour profond pour sa femme. Personnages secondaires Léon Dupuis : (Emma
tombe amoureuse de lui une première fois ais elle résiste à cet amour puis, plus tard, il deviendra le second amant d’Emma.
Leon est un personnage secondaire car même si lui a importance dans le cadre de l’ouvrage, n’affecte principalement sur le
sujet, le personnage de Leon a pour principale fonction faire comprendre au lecteur que Emma essaie de trouver dans un autre
homme une vie parfaite, comme celles qui a lu dans ses romans romantiques; c’est-à-dire qu’il est la représentation du prince
bleu que Emma idéalise dans ses livres. Rodolphe Boulanger (premier amant d’Emma) : Homme riche et attrayant, qui a son
château dans les environs e Yonville. Superficielle et séduisante; Rodolphe enchevêtre à Madame Bovary et la devient son
amant. Il est un autre personnage secondaire, bien qu’a un rôle important dans la vie de Emma, a pour principale fonction la
même que Léon, qui est prouver au lecteur la nécessité d’Emma de trouver dans un autre homme le bonheur i 7 2 Léon, qui
est prouver au lecteur la nécessité d’Emma de trouver dans un autre homme le bonheur idéalisée dans ses livres. Monsieur
Charles-Denise-Bartholome Bovary (père de Charles) . Cest un personnage secondaire car leur action influe peu au fil de
l’ouvrage. Le père de Charls est montré dans l’ouvrage comme un homme attrayant et sans culture. Il aimait se promener
dans le divertissement de la vie, est un coureur de jupons et manquait de respect pour sa femme; de sort que nous pouvons
déduire qu’il est un personnage totalement opposé à son fils Charls. Madame Bovary (mère de Charles) ; C’est un personnage
secondaire et évolutif. Est évolutif parce qu’en dépit du grand amour que lui avait à son mari, fatiguée de son attitude
irrespectueuse et de son ivresse, elle décide de prendre les rênes de son vie et de la vie de son fils Charls. Ce personnage
représente l’opposé d’Emma Bovary, car elle est montre comme une femme fidèle à son mari, de bonnes mœurs, située dans
la réalité et très amour avec son fils. Mais elle est le possible responsable de la faiblesse de son fils, par surprotecteur.
HéloiSe, Veuve de Dipe (première épouse de Charles Bovary) Cest un personnage secondaire car c’est seulement mentionné
au début de l’ouvrage et son actlon n’influe dans le cadre de l’ouvrage. Ses traits tant physiques que psychologiques ne
changent pas, au cours de son apparition dans le cadre de l’ouvrage. Le narrateur la décrit comme une femme laid, sèche
comme apparition dans le cadre de l’ouvrage. Le narrateur la décrit comme une femme laid, sèche comme un os, et avec plus
grains que le printemps, est présentée dans l’ouvrage comme une femme possessif et très capricieuse car il obligealt à Charles
? l’assister et prendre soin excessivement de son santé. Charles hérite de sa fortune à sa mort. Homais (pharmacien
d’Yonville): Homme pédant, défenseur de la science et du progrès, qui s’exprime avec un style affecté et prétentieux. Avec
Homais, Flaubert caricaturé les valeurs du typique bourgeoises qu’il étestait, mais Homais vient triompher en dépit de leurs
erreurs et de ne pas suivre leur religion; contrairement à son héroïne Emma, qul pour les mêmes raisons, finalement sombrer
dans sa mort. Lheureux (commerçant) • Se montré comme un négociant sans scrupules, est un personnage statique, étant
donné que, pendant toute l’histoire cherche tirer avantage de toute situation, sans en changer le comportement à aucun
moment. Il est indirect parce que le lecteur, on peut rendre compte de ce malhonnête et vil qui devient à travers ses œuvres.
L’auteur l’utilisé avec l’intention de montrer l’absence d’un avis ‘Emma et le désintérêt pour sa famille, car elle lui achète et
lui emprunte beaucoup d’argent sans se soucier rien de plus que ses propres intérêts. Lheureux est également un homme très
intelligent déjà que lui fait croire à Emma que lui aiderait, en lui vendant choses sans recouvrer immédiatement, même le
prêter PAGF Emma que lui aiderait, en lui vendant choses sans recouvrer immédiatement, même le prêter beaucoup d’argent;
mais leur manque d’éthique saillie lorsque décide entreprendre des actions législatives, pour recouvrer son argent Analyse de
l’ouvrage Les étapes du récit Un état initial : Fille d’un riche fermier, Emma Rouault épouse Charles Bovary, officier de
santé et veuf récent d’une femme tyrannique. Ils s’installent à Tastes, un village normand. Un événement perturbateur ou
modificateur : Emma aspire ? vivre dans le monde de rêve dont parlent les romans à l’eau de rose qu’elle y a lu. Un bal au
château de Vaubyessard la persuade qu’un tel monde existe, mais le décalage qu’elle découvre avec sa propre vie déclenche
chez elle une maladie nerveuse. Transformations : La naissance d’une fille la distrait un peu, mais bientôt Emma cède aux
avances de Rodolphe. Elle veut s’enfuir avec son amant qui, lâche, l’abandonne,’ Emma croit en mourir, traverse d’abord une
crise de mysticisme, puis plus tard, au théâtre de Rouen, revoit Léon, revenu de pans. Elle devient très vite sa maîtresse. Un
événement équilibrant : Emma Bovary invente des mensonges pour revoir Léon, et dépense des sommes importantes, qu’elle
emprunte à un marchand trop complaisant, Lheureux. Un jour, celui-ci exige d’être remboursé, Emma, par peur du jugement
qui va être prononcé contre elle, tente d’emprunter auprès de Léon, puis de Rodolphe. Tous deux la repoussent. L’état final :
L’ou

nalyse et résumé : Madame Bovary, de Gustave Flaubert (1/3) Première partie : Biographie et psychologie des personnages
de Madame Bovary Gustave Flaubert prétendait, quand il était réaliste, l’être absolument, sans mélange et sans diversion, et il
s’imposait cette loi. Or cela était absolument nouveau en France. Madame Bovary a fondé le réalisme dans notre pays. On
était excédé de littérature d’imagination. Or, en 1850 le romantisme proprement dit était épuisé. Balzac, Stendhal et Mérimée
avaient donné le goût du réalisme sans le satisfaire pleinement. Stendhal, outre que dans La Chartreuse de Parme et quelques
nouvelles il était réaliste exactement de la même façon, était plutôt un psychologue pénétrant qu’un réaliste proprement dit et
donnait plutôt la sensation de la vérité que de la réalité, encore que certaines parties de Le Rouge et le Noir, et notamment la
première, et bien des pages des Mémoires d’un touriste soient déjà le réalisme lui-même. Mais enfin ces trois grands
écrivains avaient plutôt éveillé le goût du réalisme qu’ils n’en avaient rempli l’idée. C’est Madame Bovary qui révéla
pleinement ce que c’était et qui répondit aux désirs confus et puissants du public. Madame Bovary donne expression de la vie
elle-même, à la fois dans sa complexité et dans son détail précis. On a cent fois remarqué que Balzac commence par la
description du décor, des lieux ou devront se mouvoir les personnages, des habitations où ils devront vivre, puis aborde les
personnages eux-mêmes, les peint au repos, habits, corps, visage, physionomie, puis enfin leur donne la parole et les fait agir.
Un comtiste mettrait en titre courant à la première partie de chacun de ces romans « statique » et à la seconde « dynamique ».
Cela veut dire que si Balzac a le regard perçant il n’a pas le large coup d’œil ou tout entre à la fois, ou bien qu’il n’a pas le
don de peindre tout à la fois sans que la clarté en souffre. Ce don, Flaubert l’avait. La description des choses se mêle, tout de
suite et sans confusion, à celle des personnes, et les personnages agissent dès qu’ils paraissent, et leurs entours se présentent à
nos yeux en même temps qu’ils s’y présentent eux-mêmes. Dès la première entrevue de Bovary et d’Emma, la ferme, Emma,
le Père Rouault, tout se lève devant nos yeux en une seule page. Quand Flaubert nous mène à Rouen avec Emma, il ne
commence pas par nous décrire Rouen par le menu. Nous habiterons Rouen avec Emma et Léon et nous le verrons
successivement, comme ils le voient, autour d’eux, se levant autour de nous comme autour d’eux, et mêlé à la vue que nous
aurons d’eux comme il se mêle à leur vie. Mais à l’ordinaire le personnage et ses entours sont peints d’ensemble et forment
ensemble, comme dans la réalité nous voyons le personnage, et à cause de lui, et par rapport à lui, les objets qui l’entourent
ou le paysage sur lequel il se détache. Flaubert vit tellement avec ses personnages et comme en ses personnages qu’il ne peut
voir que ce qu’ils voient ni sentir que ce qu’ils sentent. Nous sommes dans l’art réaliste parfait, parce que nous sommes dans
l’art impersonnel absolu. Quant aux personnages, ils sont la vérité même, la réalité même, la vie même. Silhouettes ou grands
portraits, tous sont aussi parfaits, tous sont animés de la même vie minutieuse, sans que leurs grandes lignes en soient un
instant altérées. C’est proprement une création. Binet, Rodolphe, Léon, le père Rouault, Lheureux, l’abbé Bournisien,
Homais, Bovary, Emma, notez qu’ils sont dix, sont aussi vivants les uns que les autres. Ils sont dix et tous vulgaires, tous
médiocres et qu’ils sont merveilleusement distincts et restent tous dans la mémoire avec une physionomie propre,
admirablement personnelle. Ils ne sont pas des types. Ils ne sont pas des résumés humains ; ce sont des personnes réelles
assez puissamment vivantes. Les, personnages de Madame Bovary sont des personnages dont nous connaissons toute la
biographie, alors même que l’auteur n’a pas le loisir de nous la donner ou même de nous en indiquer les traits principaux.
Flaubert donne la sensation de la vie.

Les personnages Léon Dupuis (premier amant platonique) a été élevé par des femmes, mère veuve, tantes, etc. Il a fait de
vagues études littéraires, puis un peu de droit, entre-temps un peu de musique. Il est faible, mou, paresseux et se croit rêveur
par suite de ses lectures. Il vit dans l’attente d’un séjour de deux ans à Paris, qu’il considère à l’avance comme le seul temps
délicieux de sa vie. Il a de petites passions très légères et superficielles qui ne sont guère que des appétits, et peu impérieux,
de jeunesse. Par-dessous une grande prudence de paysan, dégrossi seulement depuis deux générations. Il est destiné aux
grisettes de la rive gauche, aux amours facilement rompues et peu coûteuses, et ensuite au mariage avec une demi-paysanne
ayant du bien. S’il rencontre une femme passionnée qui s’éprenne de lui, il faudra qu’elle fasse sa conquête ; car sa prudence
prend dans le monde la forme de la timidité, et il a une terreur vague des grandes passions qui mettent beaucoup de tumulte
dans la vie, trop faible du reste pour ne pas se laisser aller, et comme trainer à la remorque par une passion de ce genre qui
aura cru trouver en lui son objet. George Sand a rencontré dans sa vie beaucoup d’hommes de cette espèce, et les a peints très
souvent, en les poétisant à sa manière. Flaubert peint celui-ci sobrement, nettement, sans auréole, même pâle. Il est la
platitude même avec quelque élégance physique. Il sera un notaire exact, timide, assez circonspect et obséquieux. Il ne
racontera jamais sa belle aventure de jeunesse, ayant peu de vanité, aimant à oublier cette histoire comme une affaire où il y
eut des tracas et finissant par l’oublier en effet. Rodolphe Boulanger (second amant) est le même homme, mais vigoureux,
sanguin et entreprenant, ce qui ne veut pas dire audacieux. C’est un paysan ; il a été élevé sur sa terre de la Huchette, courant,
chassant, buvant l’air, fouettant ses chiens, fouettant ses chevaux, pinçant les filles, tapant sur l’épaule des fermiers. Il est
avare et prudent, comme tous les paysans. Il a un peu de vanité, l’amour-propre du bel homme haut et fort. Il fait rouler ses
épaules. Il aime porter des bagues, des chaînes de montre éclatantes et des épingles de cravate qui se voient de loin. Il a eu
des maîtresses à la ville, point dans les châteaux du voisinage, parce que cela est dangereux et assujettissant. Il trouve Emma
de son goût, surtout commode, avec un mari assurément aveugle et toujours absent. Rien à craindre, même dans l’avenir. On
peut s’embarquer. Cela peut durer dix ans et cesser par relâchement progressif. L’affaire est bonne. Il n’a pas prévu le coup
de tête d’Emma, voulant briser toutes ses attaches et s’enfuir avec lui. Aucune femme mariée du voisinage ne lui a donné
l’idée qu’on put agir ainsi. Il n’y songe pas, parce qu’il ne peut pas y songer. S’il y pensait, il ne tenterait probablement pas
l’aventure. N’y pensant pas, il donne l’assaut, sans excitation intérieure, très calme au fond, et, par conséquent, pouvant être
très chaleureux dans la déclamation banale de ses déclarations et de ses instances. Après la rupture il se sentira surtout
soulagé et délivré ; il reverra Emma sans trouble, sans pitié aussi, dans sa conviction secrète que c’est elle qui lui doit de la
gratitude, sans animosité, non plus, mais avec un peu d’humeur à voir reparaître sous sa forme désobligeante une affaire que
l’on croyait enterrée. Il ne se mariera pas, ou très tard, aux rhumatismes. Il est né vieux garçon jouisseur. Il fera des allusions
assez fréquentes à son aventure, parce qu’elle flatte sa vanité. Le père Rouault (le père d’Emma Bovary) est le père des
personnages précédents. Du paysan proprement dit au bourgeois fils de paysans, il est la seconde génération, la génération
intermédiaire. C’est le paysan riche, aimant ses aises, aimant la bonne chère et les petits verres, avare encore, mais déjà
moins, plus capable de réussir par bonnes affaires que par vigilance, épargne et labeur continus, madré et retors, homme des
foires et marchés et y faisant de bons coups de commerce. S’il avait un fils paresseux, ce serait Rodolphe ou Lucien. S’il
avait un fils actif, ce serait Lheureux ou le notaire Guillaumin. Il est bon encore, a quelques sentiments louables, et ce sont les
sentiments de famille. Il a aimé sa femme et pleure à se souvenir du temps où il l’avait et du temps où il l’a perdue. Il aime sa
fille, très fort, et sa rude douleur est violente et profonde quand il la perd. Il regarde son souvenir comme sacré : « Bovary,
quoique ça, vous recevrez toujours votre dinde. » Trait comique, qui est touchant. Le paysan qui fait un cadeau à son gendre
devenu veuf, a un coin du cœur très délicat. Il a l’idée que la mort ne détruit pas un lien, mais le consacre. Quelques plaintes :
on est mal servi et l’on est seul. On sait que les affaires des enfants vont bien, on s’est informé et l’on a su qu’il y avait deux
animaux dans l’écurie. On voudrait bien connaître la fillette, qu’on n’a pas vue encore. On a fait planter un prunier à son
intention, pour lui faire des compotes et personne autre qu’elle n’aura rien de ce qu’il donnera. C’est tout ; c’est une merveille
de vérité et de style approprié à la personne qui parle. Le père Rouault, avec ses travers, est le personnage sensé, honnête,
droit et bon de toute cette histoire. Il fait honte, sans y songer, à tous ces demi-bourgeois qui sortent de lui. Il fait qu’on se dit
que les bourgeois sont des paysans dégradés. Sauf exception, et ce sont ces exceptions qui produisent l’élite en deux ou trois
générations, c’est un peu la vérité. L’abbé Bournisien est encore bien attrapé. Borné, vulgaire, dévoué, sans intelligence,
épais, carré et lourd ; on sent qu’il est un fils de paysan entré dans les ordres sans savoir même ce que c’est qu’une pensée, et
qui fait son métier depuis trente ans, fidèlement, consciencieusement, laborieusement, comme un métier manuel. Tout ce qui
est d’ordre spirituel dans ses propos est leçon apprise et mal récitée, parce qu’on commence à ne plus la savoir. Le
maniement d’une âme, même peu compliquée, lui est chose complètement inconnue, où il n’est même pas gauche, mais
devant quoi il s’arrête comme hébété, écarquillant les yeux, et en une par faite incapacité de commencer même à comprendre.
Lui non plus n’est pas un type. Il est un homme qu’on a vu, et, simplement, à qui quelques autres ressemblent. Il inspire des
réflexions qui sont justes et qui sont utiles. On se dit qu’il ne faut pas tout à fait croire qu’un bon naturel et une profonde
honnêteté suffisent comme vocation de professeur de morale, qu’un certain degré d’intelligence y est nécessaire, et qu’un
moraliste un peu rude, point raffiné, dur même et de rigoureuse décision sacerdotale, mais qui comprendrait au moins
sommairement les états d’âme, serait nécessaire même à Yonville. L’abbé Bournisien est une des pensées du livre. Il y
circule comme un personnage absolument inutile, pour que l’on fasse cette réflexion que ce qui manque à toutes ces petites
gens de petite ville, c’est d’abord le sens commun et un peu le sens moral, mais ensuite un homme qui saurait les y rappeler,
leur en communiquer un peu, au moins leur en donner l’idée par l’influence d’une supériorité, non seulement morale, mais
intellectuelle. Et cela n’est pas une attaque, comme on l’a cru, c’est un avertissement, et il n’y a aucune raison pour qu’on ne
puisse pas le considérer comme tel. Homais, le pharmacien, est un prodige de vérité. Autant qu’Emma, il est né immortel. Il
représente la bêtise vaniteuse du petit bourgeois français. Bêtise développée par une demi-instruction et cultivée par la vanité.
Vanité développée par le sentiment toujours présent d’une légère supériorité d’éducation sur les personnes environnantes.
Son trait essentiel est la certitude, il est toujours certain. Il est toujours affirmatif. Il ne doute d’aucune idée qui lui vient. Il
l’admire toujours et est frappé de ce qu’elle contient de juste, de pratique, de salutaire et de distingué. Par suite il est agressif
sans méchanceté. Il n’est pas méchant du tout, serviable même, obligeant, multiplie en menus services rendus, à quoi sa
vanité trouve son compte, son importance s’en accroissant. Il a le sentiment des devoirs que sa supériorité intellectuelle lui
impose à l’égard des êtres intérieurs, et ne se dissimule pas que le sort de la petite vile qu’il habite roule sur lui. Mais il est
agressif par suite de son amour-propre qui est froissé par les résistances ou par l’idée de la résistance. Le fait de ne pas penser
comme lui ou de ne pas entièrement se laisser diriger par lui, l’offense et le blesse profondément, et il s’irrite alors contre
l’obstacle, même inerte. « Préjugé, routine, torpeur, bêtise enracinée et indéracinable ! » Il y a de quoi se fâcher. Il serait si
facile de te prendre pour guide et de le garder comme tel ! Il s’irrite surtout contre l’Église et la religion. Ce n’est pas
impatience d’une contrainte, puisqu’il n’est aucunement vicieux ; c’est sentiment d’une rivalité. La religion a la prétention de
gouverner les âmes. De quel droit ? La direction des âmes, des esprits, des cœurs, doit appartenir à la science. La science,
c’est M. Homais. La religion empiète sur les droits naturels et acquis de M. Homais. Cela n’est guère supportable. Aussi sa
combativité, vive ailleurs, mais intermittente, est véhémente ici et implacable et continue. Le cléricalisme, c’est l’ennemi ;
c’est plus : c’est la concurrence. Non pas que M. Homais n’ait pas de religion. Il a un Dieu ; c’est « le Dieu de Socrate, de
Franklin, de Voltaire, de Béranger et de la confession du Vicaire savoyard. » Mais la religion officielle est son ennemie, en
cela qu’elle est un obstacle à tout progrès et à la domination intellectuelle de M. Homais sur les masses. Elle fait obstacle aux
lumières dont M. Homais est le dépositaire et le propagateur. Elle l’empêche quelque peu d’accomplir sa haute mission. Elle
n’est pas sans nuire aussi, par la doctrine des miracles, au commerce de la pharmacie. M. Homais n’est pas seulement un
savant. Il a des lettres et des goûts artistiques. Il a appelé une de ses filles Athalie ; car Athalie est un chef-d’œuvre, encore
que les idées et tendances en soient dangereuses ; mais il faut pardonner aux fautes du génie. Il ne déteste pas prendre
quelques-uns des airs et manières des artistes de Paris et de semer ses discours, généralement didactiques, de locutions
pittoresques en usage dans les ateliers. C’est que M. Homais n’est pas un « type ». Le type exigerait un langage toujours
pompeux, doctoral, académique, et formé de vocables inintelligibles à M. Homais. Mais M. Homais est un homme vrai,
vivant, et qui, par conséquent, a certains traits qui lui sont tout particuliers et personnels. Son Importance M. Homais a en elle
un élément de légèreté aimable et fringante, qui pour appartenir plutôt au commis-voyageur qu’au pharmacien de première
classe, ne le rend que plus sympathique, et s’il sait prendre et garder une attitude grave quand il endoctrine, il ne laisse pas de
pirouetter sur son talent à certaines heures. Une seule personne dans tout son entourage lui impose un peu. C’est Mme
Bovary. Il n’a pas l’idée insolite qu’elle puisse lui être supérieure ; mais il la sent son égale. Il comprend qu’elle a des
sentiments et des idées très distingués. Ce n’est pas une Mme Homais. Si M. Homais n’était pas très honnête homme, voué,
du reste, aux grandes préoccupations scientifiques et sociales, il courtiserait Mme Bovary. Mais il la respecte, avec un
sentiment confus d’admiration. Il ne discute jamais avec elle. Il la voit dans une crise religieuse assez longue, sans combattre
une défaillance qu’il déplore. Ce n’est que quand la crise est passée, qu’il se permet de lui dire avec un bon sourire : « Vous
donniez un peu dans la calotte ! » Homais est galant homme, respectueux des personnes du sexe, et assez intelligent pour
distinguer les âmes d’élite, sur lesquelles il ne voudra jamais exercer qu’une douce influence, d’égal à égal. Charles Bovary
est, plus qu’Emma, le triomphe, du talent de l’auteur. Car il s’agissait de peindre un personnage nul et de lui donner une
individualité et de le faire et de le maintenir vivant. Et Flaubert y a réussi. C’est admirable. Bovary est la nullité, et en cela il
est un « type » un peu plus que les autres personnages du roman, étant représentatif de l’immense majorité des gens de sa
classe sociale ; mais encore il a des traits fort individuels qui lui donnent sa précision et son relief. C’est l’être passif, qui
n’est exactement rien par lui-même, qui est modelé par ses entours comme l’eau prend la forme de ce qui la contient. Son
intelligence est nulle, sa volonté nulle, son imagination nulle. Il n’a jamais ni pensé, ni rêvé, ni voulu. Ses pensées seront
celles des autres, ses rêveries celles qu’on lui inspirera, ses volontés celles qu’on aura pour lui. Il est essentiellement exécutif.
Sa sensibilité même, remarquez-le, existe et est assez profonde, mais elle prend le caractère que l’on veut qu’elle ait. C’est
une sensibilité abondante et amorphe. Il aime profondément sa femme ; mais il l’aime comme elle veut être aimée. Il l’a
aimée d’une. passion sensuelle tant quelle s’y est prêté ; il l’aime d’une adoration respectueuse et qui se tient à distance
quand elle en a décidé ainsi, et cela sans paraître avoir souffert du changement. Il aime sa fille, et, selon ce que veut sa
femme, ou il la caresse avec passion ou il la renvoie. C’est un être absolument passif qui a besoin d’une main qui le mène,
pour agir, pour penser, et, en vérité, même pour sentir. Il a été marié une première fois par sa mère ; il se marie une seconde
fois lui-même, dans une manière d’entraînement et parce qu’il aime ; mais aussi par habitude. Il s’est accoutumé d’aller à la
ferme du père Rouault. Il s’est accoutumé de regarder Emma. Il en vient, invité, poussé doucement, endigué par le père
Rouault, à lui dire : « Maître Rouault, je voudrais bien vous dire quelque chose. » Il n’en dit pas plus, il n’en a jamais dit
plus. Emma lui a été accordée avant qu’il la demandât. « Maître Rouault, je voudrais vous dire quelque chose », ceci est le
seul acte d’initiative de la vie de Charles Bovary. Bovary a les plaisirs et les peines, sourde, confus et profonds, du végétal
paisible qui boit l’air, la lumière, l’eau et les sucs du sol. Ses mouvements sont lents, sa vie douce, languissante et
minutieuse, son inintelligence absolue de tout ce qui l’entoure. Il vivra mollement, en une espèce de torpeur et de demi-
sommeil continuels, vaguement satisfait de vivre, n’ayant pas de sensations particulières, et le fait de vivre étant sa seule
sensation, jusqu’au jour ou une blessure profonde, dont il souffrit atrocement d’abord, sourdement ensuite, et par où
s’écoulera goutte à goutte, incessamment, toute sa sève, l’inclinera vers la terre et l’y couchera enfin comme desséché. Mais
ce végétal a sa physionomie. C’est une plante grasse, au dessin mou, aux formes lâches et floues, une plante amorphe. Ses
gros pieds, ses grosses mains, mal attachés, son dos rond et « tranquille », ses épaules lourdes, sa figure ronde, sans modelé,
son front bas, sa physionomie « raisonnable et embarrassée » donnent l’idée d’un être que les eaux de la vie pousseront et
rouleront d’un cours tranquille, feront glisser le plus souvent sans heurt et sans bruit, masse visqueuse, quelquefois
froisseront et déchireront aux aspérité de quelque roc, toujours sans cri et sans plainte, si ce n’est sourde et étouffée. Nos
numerus sumus. Il est ! e nombre et l’innombrable. Il est l’un de ces milliers et milliers d’êtres qui ont cette destinée de
traverser la vie, je ne dis pas sans la comprendre, ce qui est le sort de tous, mais sans commencer même à en comprendre un
mot, sans se rendre compte du petit coin même où la naissance les a fait végéter, sans voir d’ensemble, même un peu, leur
propre vie, leur propre existence, sans pouvoir porter leur regard au-delà du jour et de l’heure qui passe. Ils vivent pourtant, et
c’est miracle. C’est qu’ils trouvent qui les porte. C’est l’institution sociale qui les place en un poste assigné ou ils n’ont à
faire, par respect et par instinct d’imitation, que ce qu’ont fait ceux qui les ont précédés ou ce que font ceux qui sont en des
postes semblables. C’est une femme, mère ou épouse, qui veut pour eux et pense ou plutôt a quelque instinct de vigilance
pour eux. C’est un ami, un M. Homais, qui leur fait faire une sottise quelquefois, des choses à peu près sensées et
suffisamment suivies tous les jours. Ils peuvent ainsi aller jusqu’à une mort tardive. S’ils tombent sous la domination d’un
esprit déséquilibré, ils auront l’apparence d’être déséquilibrés eux-mêmes, et de chute en chute, rapidement, tomberont
écrasés sous le poids de la vie qu’ils sont impuissants à soutenir.

Les personnages Léon Dupuis (premier amant platonique) a été élevé par des femmes, mère veuve, tantes, etc. Il a fait de
vagues études littéraires, puis un peu de droit, entre-temps un peu de musique. Il est faible, mou, paresseux et se croit rêveur
par suite de ses lectures. Il vit dans l’attente d’un séjour de deux ans à Paris, qu’il considère à l’avance comme le seul temps
délicieux de sa vie. Il a de petites passions très légères et superficielles qui ne sont guère que des appétits, et peu impérieux,
de jeunesse. Par-dessous une grande prudence de paysan, dégrossi seulement depuis deux générations. Il est destiné aux
grisettes de la rive gauche, aux amours facilement rompues et peu coûteuses, et ensuite au mariage avec une demi-paysanne
ayant du bien. S’il rencontre une femme passionnée qui s’éprenne de lui, il faudra qu’elle fasse sa conquête ; car sa prudence
prend dans le monde la forme de la timidité, et il a une terreur vague des grandes passions qui mettent beaucoup de tumulte
dans la vie, trop faible du reste pour ne pas se laisser aller, et comme trainer à la remorque par une passion de ce genre qui
aura cru trouver en lui son objet. George Sand a rencontré dans sa vie beaucoup d’hommes de cette espèce, et les a peints très
souvent, en les poétisant à sa manière. Flaubert peint celui-ci sobrement, nettement, sans auréole, même pâle. Il est la
platitude même avec quelque élégance physique. Il sera un notaire exact, timide, assez circonspect et obséquieux. Il ne
racontera jamais sa belle aventure de jeunesse, ayant peu de vanité, aimant à oublier cette histoire comme une affaire où il y
eut des tracas et finissant par l’oublier en effet. Rodolphe Boulanger (second amant) est le même homme, mais vigoureux,
sanguin et entreprenant, ce qui ne veut pas dire audacieux. C’est un paysan ; il a été élevé sur sa terre de la Huchette, courant,
chassant, buvant l’air, fouettant ses chiens, fouettant ses chevaux, pinçant les filles, tapant sur l’épaule des fermiers. Il est
avare et prudent, comme tous les paysans. Il a un peu de vanité, l’amour-propre du bel homme haut et fort. Il fait rouler ses
épaules. Il aime porter des bagues, des chaînes de montre éclatantes et des épingles de cravate qui se voient de loin. Il a eu
des maîtresses à la ville, point dans les châteaux du voisinage, parce que cela est dangereux et assujettissant. Il trouve Emma
de son goût, surtout commode, avec un mari assurément aveugle et toujours absent. Rien à craindre, même dans l’avenir. On
peut s’embarquer. Cela peut durer dix ans et cesser par relâchement progressif. L’affaire est bonne. Il n’a pas prévu le coup
de tête d’Emma, voulant briser toutes ses attaches et s’enfuir avec lui. Aucune femme mariée du voisinage ne lui a donné
l’idée qu’on put agir ainsi. Il n’y songe pas, parce qu’il ne peut pas y songer. S’il y pensait, il ne tenterait probablement pas
l’aventure. N’y pensant pas, il donne l’assaut, sans excitation intérieure, très calme au fond, et, par conséquent, pouvant être
très chaleureux dans la déclamation banale de ses déclarations et de ses instances. Après la rupture il se sentira surtout
soulagé et délivré ; il reverra Emma sans trouble, sans pitié aussi, dans sa conviction secrète que c’est elle qui lui doit de la
gratitude, sans animosité, non plus, mais avec un peu d’humeur à voir reparaître sous sa forme désobligeante une affaire que
l’on croyait enterrée. Il ne se mariera pas, ou très tard, aux rhumatismes. Il est né vieux garçon jouisseur. Il fera des allusions
assez fréquentes à son aventure, parce qu’elle flatte sa vanité. Le père Rouault (le père d’Emma Bovary) est le père des
personnages précédents. Du paysan proprement dit au bourgeois fils de paysans, il est la seconde génération, la génération
intermédiaire. C’est le paysan riche, aimant ses aises, aimant la bonne chère et les petits verres, avare encore, mais déjà
moins, plus capable de réussir par bonnes affaires que par vigilance, épargne et labeur continus, madré et retors, homme des
foires et marchés et y faisant de bons coups de commerce. S’il avait un fils paresseux, ce serait Rodolphe ou Lucien. S’il
avait un fils actif, ce serait Lheureux ou le notaire Guillaumin. Il est bon encore, a quelques sentiments louables, et ce sont les
sentiments de famille. Il a aimé sa femme et pleure à se souvenir du temps où il l’avait et du temps où il l’a perdue. Il aime sa
fille, très fort, et sa rude douleur est violente et profonde quand il la perd. Il regarde son souvenir comme sacré : « Bovary,
quoique ça, vous recevrez toujours votre dinde. » Trait comique, qui est touchant. Le paysan qui fait un cadeau à son gendre
devenu veuf, a un coin du cœur très délicat. Il a l’idée que la mort ne détruit pas un lien, mais le consacre. Quelques plaintes :
on est mal servi et l’on est seul. On sait que les affaires des enfants vont bien, on s’est informé et l’on a su qu’il y avait deux
animaux dans l’écurie. On voudrait bien connaître la fillette, qu’on n’a pas vue encore. On a fait planter un prunier à son
intention, pour lui faire des compotes et personne autre qu’elle n’aura rien de ce qu’il donnera. C’est tout ; c’est une merveille
de vérité et de style approprié à la personne qui parle. Le père Rouault, avec ses travers, est le personnage sensé, honnête,
droit et bon de toute cette histoire. Il fait honte, sans y songer, à tous ces demi-bourgeois qui sortent de lui. Il fait qu’on se dit
que les bourgeois sont des paysans dégradés. Sauf exception, et ce sont ces exceptions qui produisent l’élite en deux ou trois
générations, c’est un peu la vérité. L’abbé Bournisien est encore bien attrapé. Borné, vulgaire, dévoué, sans intelligence,
épais, carré et lourd ; on sent qu’il est un fils de paysan entré dans les ordres sans savoir même ce que c’est qu’une pensée, et
qui fait son métier depuis trente ans, fidèlement, consciencieusement, laborieusement, comme un métier manuel. Tout ce qui
est d’ordre spirituel dans ses propos est leçon apprise et mal récitée, parce qu’on commence à ne plus la savoir. Le
maniement d’une âme, même peu compliquée, lui est chose complètement inconnue, où il n’est même pas gauche, mais
devant quoi il s’arrête comme hébété, écarquillant les yeux, et en une par faite incapacité de commencer même à comprendre.
Lui non plus n’est pas un type. Il est un homme qu’on a vu, et, simplement, à qui quelques autres ressemblent. Il inspire des
réflexions qui sont justes et qui sont utiles. On se dit qu’il ne faut pas tout à fait croire qu’un bon naturel et une profonde
honnêteté suffisent comme vocation de professeur de morale, qu’un certain degré d’intelligence y est nécessaire, et qu’un
moraliste un peu rude, point raffiné, dur même et de rigoureuse décision sacerdotale, mais qui comprendrait au moins
sommairement les états d’âme, serait nécessaire même à Yonville. L’abbé Bournisien est une des pensées du livre. Il y
circule comme un personnage absolument inutile, pour que l’on fasse cette réflexion que ce qui manque à toutes ces petites
gens de petite ville, c’est d’abord le sens commun et un peu le sens moral, mais ensuite un homme qui saurait les y rappeler,
leur en communiquer un peu, au moins leur en donner l’idée par l’influence d’une supériorité, non seulement morale, mais
intellectuelle. Et cela n’est pas une attaque, comme on l’a cru, c’est un avertissement, et il n’y a aucune raison pour qu’on ne
puisse pas le considérer comme tel. Homais, le pharmacien, est un prodige de vérité. Autant qu’Emma, il est né immortel. Il
représente la bêtise vaniteuse du petit bourgeois français. Bêtise développée par une demi-instruction et cultivée par la vanité.
Vanité développée par le sentiment toujours présent d’une légère supériorité d’éducation sur les personnes environnantes.
Son trait essentiel est la certitude, il est toujours certain. Il est toujours affirmatif. Il ne doute d’aucune idée qui lui vient. Il
l’admire toujours et est frappé de ce qu’elle contient de juste, de pratique, de salutaire et de distingué. Par suite il est agressif
sans méchanceté. Il n’est pas méchant du tout, serviable même, obligeant, multiplie en menus services rendus, à quoi sa
vanité trouve son compte, son importance s’en accroissant. Il a le sentiment des devoirs que sa supériorité intellectuelle lui
impose à l’égard des êtres intérieurs, et ne se dissimule pas que le sort de la petite vile qu’il habite roule sur lui. Mais il est
agressif par suite de son amour-propre qui est froissé par les résistances ou par l’idée de la résistance. Le fait de ne pas penser
comme lui ou de ne pas entièrement se laisser diriger par lui, l’offense et le blesse profondément, et il s’irrite alors contre
l’obstacle, même inerte. « Préjugé, routine, torpeur, bêtise enracinée et indéracinable ! » Il y a de quoi se fâcher. Il serait si
facile de te prendre pour guide et de le garder comme tel ! Il s’irrite surtout contre l’Église et la religion. Ce n’est pas
impatience d’une contrainte, puisqu’il n’est aucunement vicieux ; c’est sentiment d’une rivalité. La religion a la prétention de
gouverner les âmes. De quel droit ? La direction des âmes, des esprits, des cœurs, doit appartenir à la science. La science,
c’est M. Homais. La religion empiète sur les droits naturels et acquis de M. Homais. Cela n’est guère supportable. Aussi sa
combativité, vive ailleurs, mais intermittente, est véhémente ici et implacable et continue. Le cléricalisme, c’est l’ennemi ;
c’est plus : c’est la concurrence. Non pas que M. Homais n’ait pas de religion. Il a un Dieu ; c’est « le Dieu de Socrate, de
Franklin, de Voltaire, de Béranger et de la confession du Vicaire savoyard. » Mais la religion officielle est son ennemie, en
cela qu’elle est un obstacle à tout progrès et à la domination intellectuelle de M. Homais sur les masses. Elle fait obstacle aux
lumières dont M. Homais est le dépositaire et le propagateur. Elle l’empêche quelque peu d’accomplir sa haute mission. Elle
n’est pas sans nuire aussi, par la doctrine des miracles, au commerce de la pharmacie. M. Homais n’est pas seulement un
savant. Il a des lettres et des goûts artistiques. Il a appelé une de ses filles Athalie ; car Athalie est un chef-d’œuvre, encore
que les idées et tendances en soient dangereuses ; mais il faut pardonner aux fautes du génie. Il ne déteste pas prendre
quelques-uns des airs et manières des artistes de Paris et de semer ses discours, généralement didactiques, de locutions
pittoresques en usage dans les ateliers. C’est que M. Homais n’est pas un « type ». Le type exigerait un langage toujours
pompeux, doctoral, académique, et formé de vocables inintelligibles à M. Homais. Mais M. Homais est un homme vrai,
vivant, et qui, par conséquent, a certains traits qui lui sont tout particuliers et personnels. Son Importance M. Homais a en elle
un élément de légèreté aimable et fringante, qui pour appartenir plutôt au commis-voyageur qu’au pharmacien de première
classe, ne le rend que plus sympathique, et s’il sait prendre et garder une attitude grave quand il endoctrine, il ne laisse pas de
pirouetter sur son talent à certaines heures. Une seule personne dans tout son entourage lui impose un peu. C’est Mme
Bovary. Il n’a pas l’idée insolite qu’elle puisse lui être supérieure ; mais il la sent son égale. Il comprend qu’elle a des
sentiments et des idées très distingués. Ce n’est pas une Mme Homais. Si M. Homais n’était pas très honnête homme, voué,
du reste, aux grandes préoccupations scientifiques et sociales, il courtiserait Mme Bovary. Mais il la respecte, avec un
sentiment confus d’admiration. Il ne discute jamais avec elle. Il la voit dans une crise religieuse assez longue, sans combattre
une défaillance qu’il déplore. Ce n’est que quand la crise est passée, qu’il se permet de lui dire avec un bon sourire : « Vous
donniez un peu dans la calotte ! » Homais est galant homme, respectueux des personnes du sexe, et assez intelligent pour
distinguer les âmes d’élite, sur lesquelles il ne voudra jamais exercer qu’une douce influence, d’égal à égal. Charles Bovary
est, plus qu’Emma, le triomphe, du talent de l’auteur. Car il s’agissait de peindre un personnage nul et de lui donner une
individualité et de le faire et de le maintenir vivant. Et Flaubert y a réussi. C’est admirable. Bovary est la nullité, et en cela il
est un « type » un peu plus que les autres personnages du roman, étant représentatif de l’immense majorité des gens de sa
classe sociale ; mais encore il a des traits fort individuels qui lui donnent sa précision et son relief. C’est l’être passif, qui
n’est exactement rien par lui-même, qui est modelé par ses entours comme l’eau prend la forme de ce qui la contient. Son
intelligence est nulle, sa volonté nulle, son imagination nulle. Il n’a jamais ni pensé, ni rêvé, ni voulu. Ses pensées seront
celles des autres, ses rêveries celles qu’on lui inspirera, ses volontés celles qu’on aura pour lui. Il est essentiellement exécutif.
Sa sensibilité même, remarquez-le, existe et est assez profonde, mais elle prend le caractère que l’on veut qu’elle ait. C’est
une sensibilité abondante et amorphe. Il aime profondément sa femme ; mais il l’aime comme elle veut être aimée. Il l’a
aimée d’une. passion sensuelle tant quelle s’y est prêté ; il l’aime d’une adoration respectueuse et qui se tient à distance
quand elle en a décidé ainsi, et cela sans paraître avoir souffert du changement. Il aime sa fille, et, selon ce que veut sa
femme, ou il la caresse avec passion ou il la renvoie. C’est un être absolument passif qui a besoin d’une main qui le mène,
pour agir, pour penser, et, en vérité, même pour sentir. Il a été marié une première fois par sa mère ; il se marie une seconde
fois lui-même, dans une manière d’entraînement et parce qu’il aime ; mais aussi par habitude. Il s’est accoutumé d’aller à la
ferme du père Rouault. Il s’est accoutumé de regarder Emma. Il en vient, invité, poussé doucement, endigué par le père
Rouault, à lui dire : « Maître Rouault, je voudrais bien vous dire quelque chose. » Il n’en dit pas plus, il n’en a jamais dit
plus. Emma lui a été accordée avant qu’il la demandât. « Maître Rouault, je voudrais vous dire quelque chose », ceci est le
seul acte d’initiative de la vie de Charles Bovary. Bovary a les plaisirs et les peines, sourde, confus et profonds, du végétal
paisible qui boit l’air, la lumière, l’eau et les sucs du sol. Ses mouvements sont lents, sa vie douce, languissante et
minutieuse, son inintelligence absolue de tout ce qui l’entoure. Il vivra mollement, en une espèce de torpeur et de demi-
sommeil continuels, vaguement satisfait de vivre, n’ayant pas de sensations particulières, et le fait de vivre étant sa seule
sensation, jusqu’au jour ou une blessure profonde, dont il souffrit atrocement d’abord, sourdement ensuite, et par où
s’écoulera goutte à goutte, incessamment, toute sa sève, l’inclinera vers la terre et l’y couchera enfin comme desséché. Mais
ce végétal a sa physionomie. C’est une plante grasse, au dessin mou, aux formes lâches et floues, une plante amorphe. Ses
gros pieds, ses grosses mains, mal attachés, son dos rond et « tranquille », ses épaules lourdes, sa figure ronde, sans modelé,
son front bas, sa physionomie « raisonnable et embarrassée » donnent l’idée d’un être que les eaux de la vie pousseront et
rouleront d’un cours tranquille, feront glisser le plus souvent sans heurt et sans bruit, masse visqueuse, quelquefois
froisseront et déchireront aux aspérité de quelque roc, toujours sans cri et sans plainte, si ce n’est sourde et étouffée. Nos
numerus sumus. Il est ! e nombre et l’innombrable. Il est l’un de ces milliers et milliers d’êtres qui ont cette destinée de
traverser la vie, je ne dis pas sans la comprendre, ce qui est le sort de tous, mais sans commencer même à en comprendre un
mot, sans se rendre compte du petit coin même où la naissance les a fait végéter, sans voir d’ensemble, même un peu, leur
propre vie, leur propre existence, sans pouvoir porter leur regard au-delà du jour et de l’heure qui passe. Ils vivent pourtant, et
c’est miracle. C’est qu’ils trouvent qui les porte. C’est l’institution sociale qui les place en un poste assigné ou ils n’ont à
faire, par respect et par instinct d’imitation, que ce qu’ont fait ceux qui les ont précédés ou ce que font ceux qui sont en des
postes semblables. C’est une femme, mère ou épouse, qui veut pour eux et pense ou plutôt a quelque instinct de vigilance
pour eux. C’est un ami, un M. Homais, qui leur fait faire une sottise quelquefois, des choses à peu près sensées et
suffisamment suivies tous les jours. Ils peuvent ainsi aller jusqu’à une mort tardive. S’ils tombent sous la domination d’un
esprit déséquilibré, ils auront l’apparence d’être déséquilibrés eux-mêmes, et de chute en chute, rapidement, tomberont
écrasés sous le poids de la vie qu’ils sont impuissants à soutenir.

Les personnages Léon Dupuis (premier amant platonique) a été élevé par des femmes, mère veuve, tantes, etc. Il a fait de
vagues études littéraires, puis un peu de droit, entre-temps un peu de musique. Il est faible, mou, paresseux et se croit rêveur
par suite de ses lectures. Il vit dans l’attente d’un séjour de deux ans à Paris, qu’il considère à l’avance comme le seul temps
délicieux de sa vie. Il a de petites passions très légères et superficielles qui ne sont guère que des appétits, et peu impérieux,
de jeunesse. Par-dessous une grande prudence de paysan, dégrossi seulement depuis deux générations. Il est destiné aux
grisettes de la rive gauche, aux amours facilement rompues et peu coûteuses, et ensuite au mariage avec une demi-paysanne
ayant du bien. S’il rencontre une femme passionnée qui s’éprenne de lui, il faudra qu’elle fasse sa conquête ; car sa prudence
prend dans le monde la forme de la timidité, et il a une terreur vague des grandes passions qui mettent beaucoup de tumulte
dans la vie, trop faible du reste pour ne pas se laisser aller, et comme trainer à la remorque par une passion de ce genre qui
aura cru trouver en lui son objet. George Sand a rencontré dans sa vie beaucoup d’hommes de cette espèce, et les a peints très
souvent, en les poétisant à sa manière. Flaubert peint celui-ci sobrement, nettement, sans auréole, même pâle. Il est la
platitude même avec quelque élégance physique. Il sera un notaire exact, timide, assez circonspect et obséquieux. Il ne
racontera jamais sa belle aventure de jeunesse, ayant peu de vanité, aimant à oublier cette histoire comme une affaire où il y
eut des tracas et finissant par l’oublier en effet. Rodolphe Boulanger (second amant) est le même homme, mais vigoureux,
sanguin et entreprenant, ce qui ne veut pas dire audacieux. C’est un paysan ; il a été élevé sur sa terre de la Huchette, courant,
chassant, buvant l’air, fouettant ses chiens, fouettant ses chevaux, pinçant les filles, tapant sur l’épaule des fermiers. Il est
avare et prudent, comme tous les paysans. Il a un peu de vanité, l’amour-propre du bel homme haut et fort. Il fait rouler ses
épaules. Il aime porter des bagues, des chaînes de montre éclatantes et des épingles de cravate qui se voient de loin. Il a eu
des maîtresses à la ville, point dans les châteaux du voisinage, parce que cela est dangereux et assujettissant. Il trouve Emma
de son goût, surtout commode, avec un mari assurément aveugle et toujours absent. Rien à craindre, même dans l’avenir. On
peut s’embarquer. Cela peut durer dix ans et cesser par relâchement progressif. L’affaire est bonne. Il n’a pas prévu le coup
de tête d’Emma, voulant briser toutes ses attaches et s’enfuir avec lui. Aucune femme mariée du voisinage ne lui a donné
l’idée qu’on put agir ainsi. Il n’y songe pas, parce qu’il ne peut pas y songer. S’il y pensait, il ne tenterait probablement pas
l’aventure. N’y pensant pas, il donne l’assaut, sans excitation intérieure, très calme au fond, et, par conséquent, pouvant être
très chaleureux dans la déclamation banale de ses déclarations et de ses instances. Après la rupture il se sentira surtout
soulagé et délivré ; il reverra Emma sans trouble, sans pitié aussi, dans sa conviction secrète que c’est elle qui lui doit de la
gratitude, sans animosité, non plus, mais avec un peu d’humeur à voir reparaître sous sa forme désobligeante une affaire que
l’on croyait enterrée. Il ne se mariera pas, ou très tard, aux rhumatismes. Il est né vieux garçon jouisseur. Il fera des allusions
assez fréquentes à son aventure, parce qu’elle flatte sa vanité. Le père Rouault (le père d’Emma Bovary) est le père des
personnages précédents. Du paysan proprement dit au bourgeois fils de paysans, il est la seconde génération, la génération
intermédiaire. C’est le paysan riche, aimant ses aises, aimant la bonne chère et les petits verres, avare encore, mais déjà
moins, plus capable de réussir par bonnes affaires que par vigilance, épargne et labeur continus, madré et retors, homme des
foires et marchés et y faisant de bons coups de commerce. S’il avait un fils paresseux, ce serait Rodolphe ou Lucien. S’il
avait un fils actif, ce serait Lheureux ou le notaire Guillaumin. Il est bon encore, a quelques sentiments louables, et ce sont les
sentiments de famille. Il a aimé sa femme et pleure à se souvenir du temps où il l’avait et du temps où il l’a perdue. Il aime sa
fille, très fort, et sa rude douleur est violente et profonde quand il la perd. Il regarde son souvenir comme sacré : « Bovary,
quoique ça, vous recevrez toujours votre dinde. » Trait comique, qui est touchant. Le paysan qui fait un cadeau à son gendre
devenu veuf, a un coin du cœur très délicat. Il a l’idée que la mort ne détruit pas un lien, mais le consacre. Quelques plaintes :
on est mal servi et l’on est seul. On sait que les affaires des enfants vont bien, on s’est informé et l’on a su qu’il y avait deux
animaux dans l’écurie. On voudrait bien connaître la fillette, qu’on n’a pas vue encore. On a fait planter un prunier à son
intention, pour lui faire des compotes et personne autre qu’elle n’aura rien de ce qu’il donnera. C’est tout ; c’est une merveille
de vérité et de style approprié à la personne qui parle. Le père Rouault, avec ses travers, est le personnage sensé, honnête,
droit et bon de toute cette histoire. Il fait honte, sans y songer, à tous ces demi-bourgeois qui sortent de lui. Il fait qu’on se dit
que les bourgeois sont des paysans dégradés. Sauf exception, et ce sont ces exceptions qui produisent l’élite en deux ou trois
générations, c’est un peu la vérité. L’abbé Bournisien est encore bien attrapé. Borné, vulgaire, dévoué, sans intelligence,
épais, carré et lourd ; on sent qu’il est un fils de paysan entré dans les ordres sans savoir même ce que c’est qu’une pensée, et
qui fait son métier depuis trente ans, fidèlement, consciencieusement, laborieusement, comme un métier manuel. Tout ce qui
est d’ordre spirituel dans ses propos est leçon apprise et mal récitée, parce qu’on commence à ne plus la savoir. Le
maniement d’une âme, même peu compliquée, lui est chose complètement inconnue, où il n’est même pas gauche, mais
devant quoi il s’arrête comme hébété, écarquillant les yeux, et en une par faite incapacité de commencer même à comprendre.
Lui non plus n’est pas un type. Il est un homme qu’on a vu, et, simplement, à qui quelques autres ressemblent. Il inspire des
réflexions qui sont justes et qui sont utiles. On se dit qu’il ne faut pas tout à fait croire qu’un bon naturel et une profonde
honnêteté suffisent comme vocation de professeur de morale, qu’un certain degré d’intelligence y est nécessaire, et qu’un
moraliste un peu rude, point raffiné, dur même et de rigoureuse décision sacerdotale, mais qui comprendrait au moins
sommairement les états d’âme, serait nécessaire même à Yonville. L’abbé Bournisien est une des pensées du livre. Il y
circule comme un personnage absolument inutile, pour que l’on fasse cette réflexion que ce qui manque à toutes ces petites
gens de petite ville, c’est d’abord le sens commun et un peu le sens moral, mais ensuite un homme qui saurait les y rappeler,
leur en communiquer un peu, au moins leur en donner l’idée par l’influence d’une supériorité, non seulement morale, mais
intellectuelle. Et cela n’est pas une attaque, comme on l’a cru, c’est un avertissement, et il n’y a aucune raison pour qu’on ne
puisse pas le considérer comme tel. Homais, le pharmacien, est un prodige de vérité. Autant qu’Emma, il est né immortel. Il
représente la bêtise vaniteuse du petit bourgeois français. Bêtise développée par une demi-instruction et cultivée par la vanité.
Vanité développée par le sentiment toujours présent d’une légère supériorité d’éducation sur les personnes environnantes.
Son trait essentiel est la certitude, il est toujours certain. Il est toujours affirmatif. Il ne doute d’aucune idée qui lui vient. Il
l’admire toujours et est frappé de ce qu’elle contient de juste, de pratique, de salutaire et de distingué. Par suite il est agressif
sans méchanceté. Il n’est pas méchant du tout, serviable même, obligeant, multiplie en menus services rendus, à quoi sa
vanité trouve son compte, son importance s’en accroissant. Il a le sentiment des devoirs que sa supériorité intellectuelle lui
impose à l’égard des êtres intérieurs, et ne se dissimule pas que le sort de la petite vile qu’il habite roule sur lui. Mais il est
agressif par suite de son amour-propre qui est froissé par les résistances ou par l’idée de la résistance. Le fait de ne pas penser
comme lui ou de ne pas entièrement se laisser diriger par lui, l’offense et le blesse profondément, et il s’irrite alors contre
l’obstacle, même inerte. « Préjugé, routine, torpeur, bêtise enracinée et indéracinable ! » Il y a de quoi se fâcher. Il serait si
facile de te prendre pour guide et de le garder comme tel ! Il s’irrite surtout contre l’Église et la religion. Ce n’est pas
impatience d’une contrainte, puisqu’il n’est aucunement vicieux ; c’est sentiment d’une rivalité. La religion a la prétention de
gouverner les âmes. De quel droit ? La direction des âmes, des esprits, des cœurs, doit appartenir à la science. La science,
c’est M. Homais. La religion empiète sur les droits naturels et acquis de M. Homais. Cela n’est guère supportable. Aussi sa
combativité, vive ailleurs, mais intermittente, est véhémente ici et implacable et continue. Le cléricalisme, c’est l’ennemi ;
c’est plus : c’est la concurrence. Non pas que M. Homais n’ait pas de religion. Il a un Dieu ; c’est « le Dieu de Socrate, de
Franklin, de Voltaire, de Béranger et de la confession du Vicaire savoyard. » Mais la religion officielle est son ennemie, en
cela qu’elle est un obstacle à tout progrès et à la domination intellectuelle de M. Homais sur les masses. Elle fait obstacle aux
lumières dont M. Homais est le dépositaire et le propagateur. Elle l’empêche quelque peu d’accomplir sa haute mission. Elle
n’est pas sans nuire aussi, par la doctrine des miracles, au commerce de la pharmacie. M. Homais n’est pas seulement un
savant. Il a des lettres et des goûts artistiques. Il a appelé une de ses filles Athalie ; car Athalie est un chef-d’œuvre, encore
que les idées et tendances en soient dangereuses ; mais il faut pardonner aux fautes du génie. Il ne déteste pas prendre
quelques-uns des airs et manières des artistes de Paris et de semer ses discours, généralement didactiques, de locutions
pittoresques en usage dans les ateliers. C’est que M. Homais n’est pas un « type ». Le type exigerait un langage toujours
pompeux, doctoral, académique, et formé de vocables inintelligibles à M. Homais. Mais M. Homais est un homme vrai,
vivant, et qui, par conséquent, a certains traits qui lui sont tout particuliers et personnels. Son Importance M. Homais a en elle
un élément de légèreté aimable et fringante, qui pour appartenir plutôt au commis-voyageur qu’au pharmacien de première
classe, ne le rend que plus sympathique, et s’il sait prendre et garder une attitude grave quand il endoctrine, il ne laisse pas de
pirouetter sur son talent à certaines heures. Une seule personne dans tout son entourage lui impose un peu. C’est Mme
Bovary. Il n’a pas l’idée insolite qu’elle puisse lui être supérieure ; mais il la sent son égale. Il comprend qu’elle a des
sentiments et des idées très distingués. Ce n’est pas une Mme Homais. Si M. Homais n’était pas très honnête homme, voué,
du reste, aux grandes préoccupations scientifiques et sociales, il courtiserait Mme Bovary. Mais il la respecte, avec un
sentiment confus d’admiration. Il ne discute jamais avec elle. Il la voit dans une crise religieuse assez longue, sans combattre
une défaillance qu’il déplore. Ce n’est que quand la crise est passée, qu’il se permet de lui dire avec un bon sourire : « Vous
donniez un peu dans la calotte ! » Homais est galant homme, respectueux des personnes du sexe, et assez intelligent pour
distinguer les âmes d’élite, sur lesquelles il ne voudra jamais exercer qu’une douce influence, d’égal à égal. Charles Bovary
est, plus qu’Emma, le triomphe, du talent de l’auteur. Car il s’agissait de peindre un personnage nul et de lui donner une
individualité et de le faire et de le maintenir vivant. Et Flaubert y a réussi. C’est admirable. Bovary est la nullité, et en cela il
est un « type » un peu plus que les autres personnages du roman, étant représentatif de l’immense majorité des gens de sa
classe sociale ; mais encore il a des traits fort individuels qui lui donnent sa précision et son relief. C’est l’être passif, qui
n’est exactement rien par lui-même, qui est modelé par ses entours comme l’eau prend la forme de ce qui la contient. Son
intelligence est nulle, sa volonté nulle, son imagination nulle. Il n’a jamais ni pensé, ni rêvé, ni voulu. Ses pensées seront
celles des autres, ses rêveries celles qu’on lui inspirera, ses volontés celles qu’on aura pour lui. Il est essentiellement exécutif.
Sa sensibilité même, remarquez-le, existe et est assez profonde, mais elle prend le caractère que l’on veut qu’elle ait. C’est
une sensibilité abondante et amorphe. Il aime profondément sa femme ; mais il l’aime comme elle veut être aimée. Il l’a
aimée d’une. passion sensuelle tant quelle s’y est prêté ; il l’aime d’une adoration respectueuse et qui se tient à distance
quand elle en a décidé ainsi, et cela sans paraître avoir souffert du changement. Il aime sa fille, et, selon ce que veut sa
femme, ou il la caresse avec passion ou il la renvoie. C’est un être absolument passif qui a besoin d’une main qui le mène,
pour agir, pour penser, et, en vérité, même pour sentir. Il a été marié une première fois par sa mère ; il se marie une seconde
fois lui-même, dans une manière d’entraînement et parce qu’il aime ; mais aussi par habitude. Il s’est accoutumé d’aller à la
ferme du père Rouault. Il s’est accoutumé de regarder Emma. Il en vient, invité, poussé doucement, endigué par le père
Rouault, à lui dire : « Maître Rouault, je voudrais bien vous dire quelque chose. » Il n’en dit pas plus, il n’en a jamais dit
plus. Emma lui a été accordée avant qu’il la demandât. « Maître Rouault, je voudrais vous dire quelque chose », ceci est le
seul acte d’initiative de la vie de Charles Bovary. Bovary a les plaisirs et les peines, sourde, confus et profonds, du végétal
paisible qui boit l’air, la lumière, l’eau et les sucs du sol. Ses mouvements sont lents, sa vie douce, languissante et
minutieuse, son inintelligence absolue de tout ce qui l’entoure. Il vivra mollement, en une espèce de torpeur et de demi-
sommeil continuels, vaguement satisfait de vivre, n’ayant pas de sensations particulières, et le fait de vivre étant sa seule
sensation, jusqu’au jour ou une blessure profonde, dont il souffrit atrocement d’abord, sourdement ensuite, et par où
s’écoulera goutte à goutte, incessamment, toute sa sève, l’inclinera vers la terre et l’y couchera enfin comme desséché. Mais
ce végétal a sa physionomie. C’est une plante grasse, au dessin mou, aux formes lâches et floues, une plante amorphe. Ses
gros pieds, ses grosses mains, mal attachés, son dos rond et « tranquille », ses épaules lourdes, sa figure ronde, sans modelé,
son front bas, sa physionomie « raisonnable et embarrassée » donnent l’idée d’un être que les eaux de la vie pousseront et
rouleront d’un cours tranquille, feront glisser le plus souvent sans heurt et sans bruit, masse visqueuse, quelquefois
froisseront et déchireront aux aspérité de quelque roc, toujours sans cri et sans plainte, si ce n’est sourde et étouffée. Nos
numerus sumus. Il est ! e nombre et l’innombrable. Il est l’un de ces milliers et milliers d’êtres qui ont cette destinée de
traverser la vie, je ne dis pas sans la comprendre, ce qui est le sort de tous, mais sans commencer même à en comprendre un
mot, sans se rendre compte du petit coin même où la naissance les a fait végéter, sans voir d’ensemble, même un peu, leur
propre vie, leur propre existence, sans pouvoir porter leur regard au-delà du jour et de l’heure qui passe. Ils vivent pourtant, et
c’est miracle. C’est qu’ils trouvent qui les porte. C’est l’institution sociale qui les place en un poste assigné ou ils n’ont à
faire, par respect et par instinct d’imitation, que ce qu’ont fait ceux qui les ont précédés ou ce que font ceux qui sont en des
postes semblables. C’est une femme, mère ou épouse, qui veut pour eux et pense ou plutôt a quelque instinct de vigilance
pour eux. C’est un ami, un M. Homais, qui leur fait faire une sottise quelquefois, des choses à peu près sensées et
suffisamment suivies tous les jours. Ils peuvent ainsi aller jusqu’à une mort tardive. S’ils tombent sous la domination d’un
esprit déséquilibré, ils auront l’apparence d’être déséquilibrés eux-mêmes, et de chute en chute, rapidement, tomberont
écrasés sous le poids de la vie qu’ils sont impuissants à soutenir.

1. Dom Juan, le personnage éponyme Dom Juan est le personnage central de la pièce : non seulement il donne son
nom à la comédie mais il est présent dans presque toutes les scènes. Dom Juan est, ainsi le décrit son valet dès
l’exposition, « un grand seigneur ». Il appartient à l’aristocratie (son titre « Dom » diminutif du latin dominus
signifie maître) à laquelle sont attachées, comme lui rappelle son père (IV, 1), la gloire et la vertu. Dom Juan en
possède aussi la richesse (sa domesticité est nombreuse), l’adresse physique (dans le maniement des armes, acte III,
scènes 3 et 4) et l’aisance verbale qui fait de lui un séducteur impitoyable. Car Dom Juan est avant tout un
séducteur : on dit bien d’ailleurs aujourd’hui d’un homme charmeur qu’il est un vrai dom juan ! Sganarelle évoque
dans le portrait initial qu’il dresse de son maître, le tableau de ses conquêtes ; le héros séduit toutes les femmes
quelque soit leur origine sociale : de Done Elvire à la paysanne Charlotte, « il ne trouve rien de trop chaud ni de
trop froid pour lui » (I, 1). Car la séduction pour Dom Juan est un vrai plaisir : il explique à Sganarelle qu’il a « un
cœur à aimer toute la terre » et que rien ne peut « arrêter l’impétuosité de [ses] désirs » (I, 2). Dom Juan est un
inconstant, un infidèle. Dom Juan est aussi un hypocrite, un menteur : il séduit Mathurine et Charlotte en leur
offrant le mariage, promesse qu’il ne tiendra évidemment pas (II, 2 à 5) ; il donne de fausses raisons à Done Elvire
pour expliquer son départ (I,3) ; il se dérobe au combat exigé par les frères d’Elvire (V, 3) prétextant le refus de
Dieu ! Toutes ces dérobades et mensonges culminent aux scènes 1 et 2 de l’acte V où le héros érige en vertu
l’hypocrisie ! Dom Juan se caractérise aussi par sa méchanceté : c’est un « grand seigneur méchant homme » (I, 1).
Il aime en quelque sorte de façon sadique faire souffrir les autres. Il méprise la douleur de Done Elvire délaissée et
humiliée, ou celle d’un Pierrot qui tente de préserver sa Charlotte. Il se montre aussi cruel envers le Pauvre en lui
demandant de blasphémer pour gagner un louis d’or, envers M. Dimanche venu seulement réclamer son dû, ou
encore envers son vieux père qu’il méprise et n’écoute même pas. Cette absence de respect de l’autre va de pair
avec un matérialisme et un athéisme stricts. Dom Juan ne croit pas au Ciel : il croit seulement que « deux et deux
sont quatre […] et que quatre et quatre sont huit » (III, 1). Cela se traduit par un mépris pour les sacrements de
l’église comme par exemple le mariage qui n’est pour lui qu’un moyen de séduction, mais aussi par ses pêchés
d’hypocrisie et de perversité. Dom Juan est donc un homme qui « ferme l’oreille à toutes les remontrances
[chrétiennes] qu’on lui peut faire, et qui traite de billevesées tout ce que nous croyons » (I, 1). C’est un être en fuite
qui cherche à se dérober à la société et à ses règles, à ceux qui lui réclament explications, réparations ou argent…
Seul le Ciel et son envoyé la Statue réussiront à l’acte V à arrêter Dom Juan et à le châtier. 2. Après le maître, le
valet : Sganarelle Sganarelle est le valet de Dom Juan : il le suit partout et est présent dans presque toutes les scènes
sauf une. Le nom de Sganarelle vient de l’italien sgannare qui signifie « dessiller », « ouvrir les yeux », façon
ambiguë de dire sa clairvoyance ou au contraire son ignorance… Sganarelle est le personnage comique de la pièce.
Il fait sourire en tenant un discours prétentieux à Gusman, son égal, pour l’impressionner ; il fait sourire par sa
lâcheté notamment parfois face à son maître, par le décalage entre ses discours très moralisateurs et ses actes (sa
cupidité face à M. Dimanche et lors du châtiment de Dom Juan le prouvent, par sa goinfrerie, sa superstition, etc.).
Sganarelle apparaît comme un personnage comique voire même bouffon. Ses relations avec son maître sont
ambiguës : il le critique très sévèrement et montre sa désapprobation totale envers la conduite immorale et impie de
son maître (I, 1), mais dès que Dom Juan apparaît ou fait signe de mécontentement, il se rétracte… Mais au-delà de
ce désaccord, on sent chez Sganarelle une certaine admiration devant ce séducteur impénitent : il apparaît alors
comme un valet fidèle qui exécute les ordres de son maître. Sganarelle est dans la pièce, entre autres personnages,
le porte parole de la morale, celui qui ne cesse d’avertir Dom Juan que sa conduite entraînera son châtiment. Mais
comment adopter le parti de Sganarelle alors que celui-ci n’est qu’un bouffon, peu soucieux lui aussi de morale ?
De là certains ont pu dire que Molière avait à dessein choisi de ridiculiser à travers Sganarelle les hypocrites, voire
les dévots, conformistes odieux déjà stigmatisés dans son Tartuffe ! 3. Les autres personnages : les opposants à
Dom Juan a. Les nobles Done Elvire Abandonnée, humiliée et délaissée, elle vient demander une explication à
Dom Juan qui se dérobe (I, 3), ce qui suscite son courroux. On la retrouve à l’acte IV, apaisée, annonçant à Dom
Juan sa décision de retourner au couvent et lui demandant une dernière fois de réformer sa conduite. Dom Elvire
apparaît à la fois comme un messager céleste qui, à l’instar du Spectre qui semble être son double (V, 5), annonce à
Dom Juan son châtiment : « Sache que ton crime ne demeurera pas impuni et que le même Ciel dont tu te joues me
saura venger de ta perfidie » (I, 3). Mais elle est aussi la maîtresse qui tente de sauver de la mort son ancien amant :
« Je vous ai aimé avec une tendresse extrême, rien au monde ne m’a été aussi cher que vous […] ; et toute la
récompense que je vous en demande c’est de corriger votre vie, et de prévenir votre perte » (IV, 6). Femme noble et
digne, elle émeut par sa souffrance et devient presque une héroïne tragique. Dom Louis Le père de Dom Juan
apparaît seulement dans deux scènes. Il est le porte-parole de la vertu qui est pour lui inséparable de la noblesse. Il
vient donc faire des reproches à son fils quant à sa conduite immorale (IV, 4). Méprisé par son propre fils, il sera la
victime de son hypocrisie, puisque Dom Juan peu après lui fait croire qu’il a décidé de reformer sa conduite (V, 1
et 2). Don Carlos et Don Alonse Comme Dom Louis, les frères de Done Elvire sont liés à l’honneur et à la vertu de
leur rang. Ils viennent réclamer réparation à Dom Juan responsable de l’humiliation et du déshonneur de leur sœur.
Alors que Don Alonse souhaite tuer le coupable sur le champ, Don Carlos (que Dom Juan vient de sauver) est plus
indulgent : il lui laisse du temps, ce qui lui permettra de mieux se dérober à son devoir… b. Les paysans Mathurine
et Charlotte Ces deux paysannes sont les victimes de Dom Juan. Séduites par le grand seigneur et sa promesse de
mariage, elles sont prêtes à sacrifier leur vertu pour devenir « Madame ». Pierrot Ce jeune paysan souhaite épouser
Charlotte : il joue alors le rôle de l’amoureux transi, incompris et trompé. Sa position inconfortable, la maladresse
de son langage paysan peuvent faire sourire mais suscitent aussi de la pitié. Il ne peut faire le poids face à Dom
Juan qui lui est supérieur par son rang. c. Les autres victimes Monsieur Dimanche Fournisseur de Dom Juan, il
vient réclamer paiement de son dû (IV, 3). Si Pierrot est physiquement battu par Dom Juan, M. Dimanche bat en
retraite à cause de la virtuosité langagière de Dom Juan qui le paye littéralement de mots et tout en le flattant le
réduit au silence, ce qui donne lieu à une scène comique. Le Pauvre Alors que M. Dimanche vient réclamer l’argent
prêté, le Pauvre mendie un argent qui lui manque : la scène est là dramatique. Le Pauvre incarne une foi
inébranlable puisqu’il refuse de blasphémer pour un louis d’or. Le personnage incarne la dignité, la vertu mais
aussi la misère contemporaine de Molière. Sa force morale sert de contrepoint à la cruauté et à l’impiété de Dom
Juan. d. Les instruments du châtiment Le Spectre Apparition éphémère à la scène 5 de l’acte V, il est un envoyé du
Ciel qui vient proposer à Dom Juan, si celui-ci veut se repentir, la miséricorde du Ciel. Figure féminine, il apparaît
à la fois comme le double de Done Elvire et comme l’allégorie du Temps. La Statue Ce personnage aussi surnaturel
ou fantastique que le Spectre, est un noble naguère offensé et tué en duel par Dom Juan. Mais il représente autre
chose que lui-même : il est l’envoyé du Ciel, non plus voix du pardon comme le Spectre mais voix de la vengeance,
instrument du châtiment : « Dom Juan, l’endurcissement au pêché traîne une mort funeste, et les grâces du Ciel que
l’on renvoie ouvrent un chemin à sa foudre » (V, 6)
2. L'apprenant révise la leçon. La leçon est révisée par l'apprenant. L'apprenant révisera la leçon. La leçon sera révisée
par l'apprenant. L'apprenant révisait la leçon. La leçon était révisée par l'apprenant. L'apprenant a révisé la leçon.
La leçon a été révisée par l'apprenant.

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