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le recouvrement des créances impayés représente l’une des problématiques auxquelles de

nombreuses entreprises, banques, établissements de crédits et particuliers peuvent être et sont


confrontés. En effet, le paiement normal, en son temps, à l’échéance convenue, n’est pas
toujours de mise. Aussi, afin d’éliminer les risques potentiels de non recouvrement de la
créance, le créancier ou le futur créancier se doit d’agir, tout d’abord, de façon préventive et,
ensuite, connaitre et partant choisir la procédure la plus indiquée et la moins onéreuse pour le
recouvrement de sa créance sans pour autant avoir omis d’essayer le recouvrement amiable.

Ainsi, se fut l’émergence de la dénomination du “contentieux de l’impayé” qui occupe une


place importante dans les rapports personnels de l’individu civils ou commerciaux et il va sans
dire que les tribunaux souffrent aussi de l’omniprésence dominatrice de tels conflits, alors que
les juridictions sont appelées à juger des affaires de toute nature, et moins récurrentes.

Le phénomène d’impayé à s’installer confortablement parmi les causes principales de la


défaillance des entreprises et de la cessation des paiements de celle-ci.
L’impayé apparait, comme l’inexécution d’une obligation pouvant légalement naitre entre
deux ou plusieurs parties.
Le recouvrement peut etre définit comme toute méthode amiable ou judiciaire, permettant de
contraindre un débiteur à s’acquitter de sa dette. Mais encore, il faut que la créance en question
remplisse, au préalable, des conditions précises. Judiciairement par exemple, pour être
recouvrée, une créance doit être certaine, liquide et exigible
CHAPITRE 1: LE RECOUVREMENT AMIABLE
« Un mauvais arrangement vaut mieux qu’un bon procès » cet adage illuste parfaitement
cette première phase amiable du recouvrement. Comment donc recouvrer sa créance de façon
amiable? Il s’agit là d’une question à laquelle sont confrontées bon nombre d’entreprise que de
particuliers.
Il convient également de préciser que lors de cette phase amiable de recouvrement, il s’agit de
faire pression sur le débiteur afin de l’inviter à exécuter son obligation au plus vite avant
d’engager la phase judiciaire du recouvrement.
Le but n’est pas la mise en redressement du client ou sa mise en liquidation, loin de là. Le but
est le règlement amiable d’une créance
SECTION 1 - L’utilisation graduelle des procédés extrajudiciaires :
Tout d’abord, il est toujours préférable que le client débiteur reçoive, un à deux mois avant
l’échéance, une lettre de rappel des sommes dont il est débiteur. C’est le rappel avant échéance,
l’entreprise peut mettre en place une démarche de pré recouvrement qui consiste à instaurer
des procès qui faciliteront ensuite le recouvrement (sous section 1) Ce n’est qu’après
l’échéance, et en cas de non-paiement, que le vrai processus amiable est déclenché. Un
processus qui peut aller d’une simple relance téléphonique jusqu’à la lettre de mise en
demeure (sous section 2).

Sous section 1: la stratégie curative du pré recouvrement


La phase de pré recouvrement est constituée de toutes les solutions envisageables en interne
par l’entreprise avant d’opter pour le recouvrement amiable ; Il s’agit à cet effet de :

Paragraphe 1/ La prorogation de délai

« Face à un débiteur de bonne foi, qui traverse des difficultés passagères en attendant une
entrée prochaine d’argent, il est possible de lui accorder une prorogation du délai de
paiement »
Le délai de paiement des sommes dues est fixé au soixantième jour à compter de la date de
réception des marchandises ou d’exécution de la prestation demandée quand le délai n’est pas
convenu entre les parties , cependant quand le délai pour payer les sommes dues est convenu
entre les parties, il ne peut pas dépasser quatre-vingt-dix jours à compter de la date de
réception des marchandises ou d’exécution de la prestation demandée.

Paragraphe 2/ La dation en paiement


la dation en paiement vise un paiement en nature qui permet à un débiteur de payer tout ou
partie du montant de sa dette par cession de la propriété d’un bien ou d'un ensemble de biens
lui appartenant. Elle suppose une aliénation d’un bien du débiteur, par transfert de propriété
au profit de son créancier, ce qui permet de pallier à une certaine forme d’insolvabilité du
débiteur.
Paragraphe 3 / La cession de créances

La cession de créance s’apparente en grande partie à la technique de l’affacturage cession de


créance est la possibilité donnée à toute personne, physique soit-elle ou moral, de céder, dans
le cadre de son activité professionnelle, toute créance détenue sur une tierce personne, à un
établissement bancaire par la simple remise d’un bordereau.

Paragraphe 4/ La cession sur salaire

La cession du salaire est souvent le moyen pour le paiement d’une créance dans le cadre d’un
règlement amiable. Habituellement, la cession de salaire est préventive et se traduit pas un «
ordre irrévocable de prélèvement sur salaire ».
Sous section 2: les mesures amiables du recouvrement

Le recouvrement amiable constitue un des modes prépondérants de règlement des litiges


relevant de l’impayé, le recouvrement amiable au Maroc se heurte à des écueils inhérents à la
réglementation et à l’organisation de cette spécialité ou profession, laissant ces acteurs
sombrer dans une anarchie totale quant à son exercice.
Par ailleurs, le vide juridique a contribué à la prolifération des sociétés spécialisées dans le
recouvrement de créances dans l’ensemble du territoire et particulièrement dans les grandes
villes.
Il faut souligner que mis à part quelque cabinets comptés du bout des doigts qui sont parvenus
à se structurer et à travailler d’une manière transparente, la plupart de ces structures exercent
anarchiquement cette activité et freinent sans nul doute son développement.
ces sociétés de recouvrement de créances n’ont pas pu garantir aux créanciers désirant
recouvrer leurs créances la sécurité requise. La plupart ne souscrit aucune assurance de
responsabilité civile professionnelle ou une autre police de nature à permettre au créancier
d’être indemnisé en cas de survenance d’une quelconque erreur susceptible de faire engager la
responsabilité civile, voire pénale du professionnel.

En outre, il faut souligner qu’aucune autorité de contrôle n’est exercée sur ces sociétés, et
toute personne qui aspire à exercer cette activité, peut procéder à la constitution d’une société
à responsabilité limitée, et mettre dans l’objet de la société, le recouvrement des créances,
alors aucune compétence juridique ou autre qualification scientifique n’est exigée. ce qui met
en péril la notoriété des autres sociétés sur le marché et le développent du recouvrement
amiable au Maroc eu égard à l’image de non professionnalisme véhiculée par un grand
nombre de ces sociétés.

Il convient de souligner que l’absence d’un texte mettant en place les conditions d’exercice et
de mise en œuvre de cette activité conditionne ces sociétés à faire appel aux dispositions du
droit commun. A ce titre, elles agissent dans le cadre des missions confiées par les créanciers
par un mandat général en vertu de l’article 893 du dahir des obligations et contrats48 . Quant à
la mise en œuvre de leurs missions, la plupart affirment qu’elles disposent de divers moyens
de recouvrer une créance, qui passe par la relance écrite, la relance téléphonique, et en dernier
lieu la mise en demeure.
Paragraphe 1 / La relance écrite

Dans un premier temps, une simple relance écrite permet souvent d’obtenir la régularisation
des incidents de paiement qui sont dus à une simple négligence ou à un simple oubli des
débiteurs. Ainsi, le créancier ne doit pas tarder à relancer par écrit son débiteur qui n’a pas
respecté son obligation, il doit réagir dès le lendemain du jour prévu pour le paiement. Ce
premier courrier indiquera, l’objet précis de la réclamation. Il convient donc de rappeler la
somme due, augmentée de pénalités, la nature ou la teneur de la prestation dont le paiement
est réclamé.

Il est possible d’évoquer dans ce courrier l’éventualité d’un recours à un mandataire de


recouvrement en cas d’absence de réponse et de non-règlement à réception du courrier. Le
débiteur est ainsi prévenu que, s’il persiste à ne pas payer, la relation sera gérée par un tiers.
C’est une perspective qui peut le pousser à régler la somme due.
Toutefois, le caractère standardisé de ces relances est souvent insuffisant pour amener le
débiteur au paiement. Les clients qui paient systématiquement en retard finissent par
s’habituer à ces relances écrites et n’en tiennent plus compte. Il faut donc limiter la durée de la
phase de relance écrite, autrement, le créancier prend non seulement le risque de voir d’autres
créanciers plus diligents se faire payer avant lui, mais aussi perdre toute crédibilité quant à sa
volonté réelle de recouvrer sa créance

Paragraphe 2: La relance téléphonique


Les relances téléphoniques remplissent parfaitement ce rôle, à condition que le créancier
arrive à joindre son débiteur en personne.
Le téléphone est un bon instrument de recouvrement amiable, car il est le seul outil de
communication interactif qui permet d’établir un échange d’informations entre le créancier et
son débiteur. Il s’agit de renouer le dialogue avec son débiteur, de lui rappeler sa défaillance
et d’obtenir une explication en temps réel, sans pour autant bloquer la situation
Mais la relance téléphonique doit également impressionner suffisamment le débiteur pour
l’inciter au paiement.
L’entretien téléphonique vise in fine à obtenir un engagement de payer du débiteur à une date
précise, et pour y parvenir, le créancier doit faire preuve d’un certain savoir-faire.
Paragraphe 4: La mise en demeure

Si les formes de relances précitées n’ont pas eu d’effets sur le débiteur, le créancier pourra
recourir à la mise en demeure. Celle-ci a un double intérêt. D’une part, elle manifeste la
détermination du créancier et peut donc provoquer un règlement et éviter ainsi un contentieux.
D’autre part, elle permet, lorsqu’elle demeure infructueuse, de constater le refus de payer au
cas où le contentieux est engagé, « elle prouvera la mauvaise foi du débiteur. Elle permet
également de marquer la date à partir de laquelle les intérêts de retard, appelés aussi intérêts
moratoires, commencent à courir en faveur du créancier ».

Néanmoins, elle doit respecter un certain nombre de conditions afin de produire les effets
escomptés. Son contenu doit être clair et formel. Elle doit notamment faire référence aux
relances amiables antérieures, préciser les délais convenus non respectés, rappeler le montant
de la créance et la date d’exigibilité et qu’une action judiciaire sera entamée tout en
mentionnant que les frais serait à la charge du débiteur. Ainsi, l’espoir d’un règlement amiable
est maintenu.

La mise en demeure peut revêtir plusieurs formes. Outre la lettre recommandée, elle peut
également être adressée au débiteur via un huissier de justice qui remet au client débiteur, en
mains propres, un acte le sommant de payer les sommes réclamées. La présence de l’huissier
peut constituer une pression sur le débiteur, sauf s’il s’agit d’un habitué du retard.

la mise en demeure constitue le dernier stade du processus amiable et le


premier pas vers la phase judiciaire.

SECTION 2–Les limites du recouvrement amiable au Maroc :

Plusieurs causes qui entravent le processus de recouvrement amiable au Maroc à savoir :

- L’absence d’un cadre juridique propre à l’exercice des sociétés de recouvrement


spécialisées en matière de recouvrement amiable

On ne pouvait guère imaginer qu’un nombre assez important de sociétés qui exercent
l’activité de recouvrement amiable au Maroc agit dans un cadre illégal. L’absence d’un cadre

Juridique propre à l’exercice des sociétés spécialisées en recouvrement a donné naissance à un


marché du recouvrement déréglementé qui implique parfois des amalgames vis-à-vis des
débiteurs, et qui freine en outre le développement de ce procédé amiable au Maroc.

Par ailleurs, le vide juridique a contribué à la prolifération des sociétés spécialisées dans le
recouvrement de créances dans l’ensemble du territoire et particulièrement dans les grandes
villes. Cela a provoqué des excès condamnables d’un nombre important de ces officines dans
l’exercice de leur mission principale, qui se permettent de recourir à des stratégies de
recouvrement parfois arbitraires et de profiter de la déréglementation de l’activité et de la
méconnaissance de leurs droits, par la plupart des débiteurs pour arriver à leurs fins.
Néanmoins le débiteur reste protégé de ces manœuvres au terme des dispositions de droit
commun.

Il est déplorable de constater que meme de nos jours , il n’existe aucun projet de loi ou une
proposition de texte de loi qui envisage de combler cette lacune juridique, pour que les
sociétés de recouvrement amiable au Maroc jouissent d’un régime spécifique.

- Absence d’un code déontologique :


Si le recouvrement amiable est perçu au Maroc comme un moyen dilatoire qui profite aux
débiteurs et à leurs intérêts, on ne peut pas supposer que le recouvrement amiable progressera
sans l’évolution des sociétés spécialisées et la revalorisation de leurs démarches entreprises
lors d’un recouvrement. Cela, à défaut de réglementation, passe par la mise en place d’un
code de conduite de ces entités qui jusqu’à présent ne se dotent d’aucune norme ou
règlementation de cette nature.

- Absence de cellules spécialisées :


Si la propension de l’individu au contentieux participe considérablement à la hausse du
contentieux de l’impayé, l’absence de cellules spécialisées en recouvrement amiable au sein
des entreprises marocaines constitue un handicap dans le processus de recouvrement, ces
entreprises privilégient la voie judiciaire pour obtenir gain de cause malgré la durée
considérable du procès, plutôt que d’essayer de recouvrer la créance par tous les moyens
amiables. Toutefois à la différence des PME qui ont une vocation judiciaire dans leur
politique de recouvrement du recouvrement, et qui ne disposent pas de cellules spécialisées en
recouvrement amiable, une minorité de grandes structures en disposent.

a. PME :

Dans cette optique, on trouve déplorable que ces entreprises ne s’efforcent pas de créer un
service dédié au recouvrement amiable, et de donner une primauté au recouvrement amiable
plutôt que de recourir aussitôt que possible à la justice étatique, particulièrement en matière
cambiaire.
Cela contribuerait sans doute au développement de ce mode primordial de recouvrement d’un
impayé préalablement à toute démarche forcée, qui provoque généralement une véritable
rupture des liens contractuels avec le débiteur, et freine parallèlement la croissance de
l’entreprise.

En somme, on peut voir d’un bon œil que des actions de sensibilisation soient menées au
profit de ces entités, afin de mettre en évidence l’importance du recouvrement amiable interne
à chacune de ces entreprises en exercice. Il faut considérer notamment les avantages qui en
découlent, résidant essentiellement dans le gain de temps, toujours précieux pour le
recouvrement d’une créance, sachant qu’un procès devant une juridiction peut perdurer sans
que le créancier obtienne gain de cause, sans compter les procédés dilatoires qu’emprunte
parfois le débiteur du seul fait d’être assigné en justice par son créancier, sans négliger d’autres
avantages résultants du maintien des liens contractuels avec le débiteur et la profitabilité
économique pour chacun des protagonistes.

b. Les grandes structures :

Les grandes structures au Maroc ont compris qu’un recouvrement efficace passait par
l’instauration de cellules spécialisées en recouvrement amiable dans l’entreprise, des cellules
attachées généralement au service du contentieux au sein de celle-ci. Après un passé assez
proche où elles n’accordaient aucune importance à ce mode de recouvrement de créance, et où
la voie judiciaire était le sort inéluctable d’un litige qui relève de l’impayé, on assiste
aujourd’hui à une transformation de stratégie du recouvrement au sein des grandes entreprises
qui consiste à favoriser et à mettre tous les moyens humains en place pour le fonctionnement
correct des cellules affectées à cet effet.

- La protection pénale du débiteur :

La mise en œuvre du recouvrement amiable par une société de recouvrement non réglementée
peut entrainer à l’évidence des abus à l’encontre du débiteur,
Certes, les appels téléphoniques répétés et continuels constituent le premier excès de ces
sociétés à l’égard des débiteurs, postérieurement à maintes relances par des lettres, employant
un vocabulaire juridique poussé, voire menaçant, et ne respectant aucunement le formalisme
requis dans ce genre de situation. En outre, ces cabinets, en cas d’indifférence du débiteur,
peuvent se montrer plus menaçants en se rendant à son domicile ou à son lieu de travail, pour
le soumettre à davantage de pression.
L’ensemble de ces agissements frauduleux constitue une atteinte à la vie privée d’autrui, et à
défaut d’une disposition particulière qui pénalise spécifiquement ces actes dans le code pénal
marocain, cela peut être qualifié comme étant une vraie menace ou un chantage exercé sur la
personne du débiteur.
La protection civile du débiteur :
Un débiteur qui a subi autant d’abus, lors de l’emploi par une société de recouvrement des
procédés abusifs, pourra-t-il bénéficier d’une protection civile ? Qui dit protection civile, dit
un droit à la réparation des dommages subis : en l’occurrence le débiteur peut invoquer son
préjudice moral résultant de la contrainte ou de la violence exercée par la société de
recouvrement sans l’autorité de la loi, pour un paiement non réellement consenti : il peut aussi
demander l’annulation du paiement, et des dommages et intérêts sur le fondement de l’article
77 du dahir des obligations et contrats.
Le débiteur peut également, s’il s’est avéré qu’il a payé des sommes indues et
disproportionnées par rapport au principal, intenter une action en répétition de l’indu contre la
société mandatée pour le recouvrement de la créance.
CHAPITRE 2: L’ACTION DE RECOUVREMENT JUDICIAIRE

A un moment ou à un autre, et de plus en plus souvent dans un contexte économique


compliqué, tout responsable de TPE et de PME est confronté à un problème d'impayé de la
part de tel ou tel client. Le recouvrement de créances consiste alors à utiliser tous les moyens
légaux, amiables pour commencer, puis judiciaires si nécessaire, pour obtenir de ce débiteur
le paiement des sommes dues. Le contentieux de l’impayé est la manifestation d’un créancier
à l’égard d’une créance qui demeure impayé, quel qu’en soit la cause, ou le fondement de la
créance, ce dernier peut trouver dans la voie judiciaire un moyen efficace pour recouvrer sa
créance.
Pour pouvoir s’assurer du recouvrement de ses droits, le créancier doit impérativement
connaître les différentes procédures mises en place par le législateur pour ne pas se perdre
dans un labyrinthe procédural. Par ailleurs, ces poursuites judiciaires commencent par
l’obtention d’une décision de condamnation de paiement (Section1) avant d’entamer toute
procédure conservatoire ou d’exécution (Section2).

SECTION 1 : l’obtention de la décision de condamnation au paiement


On peut obtenir une décision de condamnation de paiement par le biais d’une procédure
d’urgence (sous section 1) ou par une action au fond ou assignation de paiement (sous
section2 )
Sous section 1: Les procédures d’urgence

Les procédures d’urgence peuvent revêtir la forme d’une ordonnance sur requête, une action
en référé ou encore une injonction de payer.

Paragraphe 1 /l’ordonnance sur requête

L’ordonnance sur requête est régie par les dispositions de l’art 148 du code de procédure civile.
Elle est rendue, non contradictoirement, par le président du tribunal de première instance dans
le ressort duquel la mesure doit être appliquée. Il peut s’agir d’une mesure d’urgence,
conservatoire ou préventive, voire préalable aux actions à venir: afin d’éviter qu’il ne soit trop
tard, l’entreprise peut avoir intérêt à agir en recherchant une ordonnance sur requête ou constat
avant d’engager une action afin de faire valoir ses droits.
Le domaine des ordonnances sur requête n’est pas clairement déterminé par loi, abstraction
faite des constats et des sommations. La compétence du président du tribunal statuant sur
requête exige en plus des trois conditions subjectives nécessaires à la recevabilité d’une action
en justice, la réunion de deux conditions supplémentaires : La première est relative au caractère
urgent de la requête et le seconde exige que l’ordonnance rendue ne soit en aucun cas
préjudiciable au fond.
Au niveau procédural, suite au dépôt de la requête au greffe de la juridiction compétente, elle
est soumise immédiatement au président du tribunal afin d’y statuer lui même ou la renvoyer
devant l’un de ses délégataires. La requête introduite peut être admise, rejetée ou déclarée
irrecevable. L’ordonnance sur requête rendue favorablement à la demande du requérant n’est
susceptible d’aucune voie de recours. Toutefois, celui contre lequel l’ordonnance a été rendue
peut saisir le président du TPI statuant en tant que juge des référés et lui demander de se
prononcer sur les difficultés d’exécution soulevées par cette ordonnance.
De ce fait, l’action en référé peut donc constituer un prolongement de la procédure de
l’ordonnance sur requête.

Paragraphe 2/ L’action en référé


Le président du TPI en sa qualité de juge des référés est donc compétent pour connaître les
difficultés relatives à l’exécution d’un jugement ou d’un titre exécutoire. Cette compétence
est, cependant, subordonnée à la réunion de deux conditions qui sont respectivement
l’urgence et l’interdiction d’entamer le fond. A défaut, de l’une d’entre elles, le magistrat doit
se déclarer incompétent. L’ordonnance de référé est une décision provisoire qui n’a pas
autorité de la chose jugée, elle ne s’impose pas à la juridiction de fond. Par ailleurs, elle est
rendue dans le cadre d’une procédure contradictoire sauf exception.

Paragraphe 3: L’injonction de payer


L’injonction de payer est une procédure simplifiée dont la finalité est de permettre le
règlement rapide et à moindre coût de litiges relatifs à des difficultés de paiement. Elle est
réglementée par les dispositions des articles 155 à 165 du code de procédure civile et peut
constituer une alternative à l’action qui peut être exercée sur le fond afin d’aboutir au même
résultat. La procédure d’injonction de payer peut être utilisée en vue du recouvrement de
toutes créances civiles ou commerciales, sans limitation de chiffre, dès lors que ladite créance
est déterminée et n’est pas inférieure à 5.000 dirhams et qui résulte d’une part, d’une cause
contractuelle ou résulte d’une obligation de caractère statutaire, d’autre part, des créances
reposant sur un effet de commerce.
Le président du TPI est compétent pour connaître des requêtes en vue d’injonction de payer, il
doit être saisi par le biais d’une requête écrite qui doit comporter certaines mentions
notamment les noms, la profession, le domicile, la somme demandée ainsi qu’un titre qui
justifie le bien fondé de la créance.
Si le juge considère que la demande est fondée, il rend une ordonnance portant injonction de
payer qui condamne le débiteur au paiement de la créance et des frais. Cette ordonnance
devient exécutoire à l’expiration du délai d’appel ce qui ouvre la possibilité d’exercer des
mesures d’exécution telle que la saisie. Néanmoins, le débiteur condamné peut demander à
bénéficier d’un délai de paiement. Le président du TPI dispose, à ce titre, d’un pouvoir
d’appréciation souverain et à charge du débiteur de prouver l’existence de motifs valables
justifiant le report.

Sous section 2 : l’introduction de l’action au fond par le biais d’une assignation en


paiement
L’assignation est un acte d’huissier de justice par lequel le demandeur cite son adversaire à
comparaître devant le juge. Par cet acte qui lui est signifié, le défendeur est donc
officiellement avisé du déclenchement de la procédure qu’il peut mener contradictoirement
avec le demandeur.
L’assignation peut être faite soit devant le TPI, soit devant le tribunal de commerce. Afin que
celle-ci soit portée devant le TPI, l’objet de la demande en assignation, en l’occurrence la
créance, ne doit pas être supérieur à la valeur de 20.000 dirhams à charge d’appel devant les
chambres des appels des TPI.
D’une autre part, lorsque la créance objet du litige oppose deux personnes ayant toutes les
deux la qualité de commerçant, exerçant dans le cadre de leurs activités commerciales, la
compétence revient au tribunal de commerce. Ce dernier est également compétent lorsque la
créance résulte d’un contrat commercial ou d’un effet de commerce.
Pour que cette assignation soit recevable, elle doit contenir, outre les mentions prescrites pour
les actes d’huissiers, les mentions relatives à l’indication du tribunal devant lequel la demande
est portée, l’objet de la demande avec un exposé des moyens, l’indication du délai de
comparution et une mention relative à la sanction de la non-comparution.
Une fois que le juge est saisi, il doit examiner la demande et statuer sur les demandes de
parties ultra petita c’est à dire qu’il doit répondre à tous les points soulevés par la demande
sans avoir à modifier ni l’objet ni la cause des demandes.
Dès lors que le créancier ayant obtenu une décision condamnant le débiteur au paiement de la
créance, plusieurs voies d’exécution s’ouvrent à lui.

SECTION 2 - La protection et la conservation des droits du créanciers par


les mesures conservatoires et exécutoires

Tout créancier dispose de moyens légaux dans le but de garantir le paiement de sa créance. il
dispose, à cet effet, d’une panoplie de mesures conservatoires visant la protection et la
conservation de son droit (sous section 1). Il peut également recourir, en dernier ressort à une
exécution forcee ( sous section
Sous section 1 : Les mesures conservatoires.
Le législateur marocain a permis au créancier, à travers le mécanisme de la saisie
conservatoire, de mettre sous la main de la justice, de manière provisoire, les biens du
débiteur que la saisie entend frapper et ce afin de l’empêcher de disposer de ses biens pour
organiser une éventuelle insolvabilité.
Toutefois, si le débiteur ne peut ou ne veut pas payer ses dettes, une saisie conservatoire ne
constituera qu’une première phase de la procédure dans la mesure où le créancier devra la
transformer ultérieurement en saisie exécutoire.
Le créancier peut également à travers une saisie-arrêt, arrêter, entre les mains d’un tiers, les
sommes et effets appartenant à son débiteur et s’opposer à leur remise.
la saisie conservatoire73 : il s’agit d’une saisie à caractère provisoire portant sur les biens
meubles et immeubles du débiteur, ayant simplement pour effet d’empêcher ce dernier de s’en
dessaisir ou d’en diminuer la valeur au préjudice du créancier en les mettant sous la main de
la justice.
Cette saisie a un double rôle, elle a un effet comminatoire puisqu’elle exerce une pression
morale sur le débiteur qui le conduira à un règlement amiable si ce dernier est solvable, d’un
autre côté, elle constitue une garantie pour le créancier.

Pour saisir de manière conservatoire une créance, la demande doit répondre à certaines
conditions: le créancier est tenu de justifier d’une créance paraissant fondée en son principe,
de l’urgence de la mesure sollicitée et des biens susceptibles d’être saisis.
Lorsque la saisie a été pratiquée à l’encontre de débiteur lui-même, celui-ci reste
généralement en possession de ses biens jusqu’à la conversion de la saisie conservatoire en
une autre saisie75. Il est tout de même possible qu’un séquestre judiciaire soit désigné pour
garder les biens. Et dans le cas ou les meubles ou immeubles appartenant au débiteur se
trouvent entre les mains d’un tiers, l’agent chargé de l’exécution notifie à ce dernier cette
ordonnance et lui en remet une copie. De ce fait, le tiers est constitué gardien des objets
mobiliers ou de l’immeuble.
Enfin, le code de procédure civile a prévu deux types de saisies conservatoires dites
particulières, ou spéciales, qui sont respectivement la saisie gagerie et la saisie revendication.

➔ La saisie gagerie est une saisie conservatoire mobilière qui vise à garantir le paiement des
loyers ou des fermages échus.

➔ La saisie revendication est l’action par laquelle une personne qui prétend à un droit de
propriété, de possession légale ou de gage sur une chose mobilière possédée par un tiers, met
cette chose sous la main de la justice afin d’éviter sa dissipation. Cette saisie vise
principalement la restitution de l’objet sur lequel porte ce droit.
-La saisie exécution : Les saisies exécution sont des voies d’exécution qui tendent
immédiatement et directement à la vente des biens meubles ou immeubles appartenant au
débiteur saisi. Le créancier peut si les conditions nécessaires à cette saisie sont réunies,
procéder directement à une saisie exécution, mais les règles régissant la saisie exécution
différent selon la nature des biens saisis:

➔ La saisie exécution mobilière : il s’agit d’une procédure par laquelle un créancier,muni


d’un titre exécutoire, fait placer sous la main de la justice des biens meubles corporels,
appartenant à son débiteur et en poursuit la vente pour se payer sur le prix. Tout créancier ne
peut poursuivre une procédure de saisie exécution que s’il justifie d’un titre exécutoire qui est
un acte revêtu de la forme exécutoire76. La deuxième condition est relative à l’existence de la
notification du jugement . Par ailleurs, les biens meubles objet de la saisie doivent appartenir
au débiteur, qu’ils se trouvent entre ses mains ou les mains d’un tiers.
La procédure de saisie exécution se déroule en trois phases: le commandement ou la mise en
demeure du débiteur, le déroulement de saisie et la vente des objets saisis.
En premier lieu, l’agent chargé de l’exécution notifie à la partie condamné la décision qu’il
est chargé d’exécuter. Ensuite, la saisie ne peut, sauf en cas d’urgence, commencer avant cinq
heures et après vingt et une heure ni avoir lieu pendant un jour férié. Enfin, la vente ne peut
avoir lieu que huit jours après la saisie. La vente a lieu soit sur le plus prochain marché public,
soit à la salle des ventes s’il en existe une, soit au lieu de la saisie, soit en tout autre lieu fixé
par le président du tribunal. La vente est ensuite portée à la connaissance du public par tous
les moyens de publicité en rapport avec l’importance de la saisie.

➔ La saisie exécution immobilière77 : il s’agit d’une voie d’exécution qui permet à un


créancier de faire placer sous la main de la justice un ou plusieurs immeubles de son débiteur
et les faire vendre pour se payer sur le prix. Toutefois dans l’intérêt du débiteur, la vente
forcée des immeubles ne peut être poursuivie qu’en cas d’insuffisance des biens mobiliers,
sauf si la créance est assortie d’une sûreté réelle immobilière. Dans ce cas l’exécution est
poursuivie directement sur l’immeuble qui en est grevé.

Le créancier peut saisir les immeubles par nature, par destination et par l’objet auquel ils
s’appliquent. On entend par immeuble par nature, les terres, les bâtiments, les carrières, les
arbres, les fruits et récoltes. Les immeubles par destination ne peuvent être saisis
indépendamment de l’immeuble auquel ils sont rattachés. La troisième catégorie précité est
relative aux droits réelles tels que l’usufruit. Le créancier peut également saisir le droit
d'emphytéose, le droit du concessionnaire de mises ou une part de copropriété.
La procédure de la saisie immobilière se déroule en deux phases : celle de la saisie
proprement dite, puis celle de la réalisation de la vente.
- La saisie arrêt : c’est une procédure au moyen de laquelle un créancier arrête
entre les mains d’un tiers les sommes et objets mobiliers qui sont dus ou appartiennent à son
débiteur et fait payer sur ces sommes ou sur le prix de ces meubles jusqu’à concurrence de ce
qui est dû au créancier même. La particularité de ce mécanisme, par rapport aux précédents,
réside dans le fait que la saisie-arrêt met en cause trois personnes: le créancier saisissant, le
débiteur saisi et un tiers qui se trouve pour une raison déterminée, en possession de titres ou de
sommes d’argent appartenant au débiteur et entre les mains duquel la saisie sera pratiquée.
Ainsi, le législateur marocain a défini la saisie-arrêt comme étant la possibilité offerte à toute
personne physique ou morale titulaire d’une créance certaine, avec la permission du juge, de
saisir-arrêter entre les mains d’un tiers les sommes et effets appartenant à son débiteur et
s’opposer à leur remise.
La réalisation de la saisie-arrêt est subordonnée à la réunion de plusieurs conditions qui se
rapportent à la créance, au créancier et au tiers saisi.
Sur la créance, on retient le caractère certain de celle-ci, son exigibilité et sa liquidité.
Quant à son exécution, la saisie-arrêt peut être pratiquée par celui qui dispose d’un titre
exécutoire ou par celui qui dispose d’une créance liquide, certaine et exigible. En l’absence
d’un titre exécutoire, l’autorisation du juge est nécessaire.
Sur la qualité du tiers saisi, la saisie- arrêt ne peut être pratiquée que sur une personne qui est
tierce vis-à-vis du créancier saisissant, et qui est débitrice d’une créance ou de la remise des
sommes ou objets saisis-arrêtés appartenant au saisi. Ainsi, une saisie-arrêt est possible entre
les mains d’un banquier ou d’un notaire qui détient des fonds pour le compte du débiteur saisi,
ou encore entre les mains d’un transporteur qui détient des marchandises appartenant au
débiteur.
La procédure de saisie-arrêt est régie par les articles 491 à 496 du code de procédure civile.
A partir des dispositions de ces articles, on peut dégager trois étapes essentielles: la
notification de la saisie arrêt, la tentative de conciliation et le jugement de validité.
la notification de la saisie-arrêt se fait par voie administrative ou au moyen d’une lettre
recommandée avec accusé de réception, au débiteur saisi puis au tiers saisi.

La deuxième phase est la tentative de conciliation. Les parties sont convoquées par le
président du tribunal chargé de l’exécution dans un délai de huit jours à compter de la
réalisation de la saisie pour assister à une audience de conciliation. La présence du tiers saisi
n’est pas obligatoire, et ce dernier peut se contenter d’adresser au président une déclaration
affirmative.
Si les parties se sont mises d’accord sur la distribution des sommes, un procès-verbal de
conciliation est dressé et les bordereaux de distribution sont remis immédiatement aux
créanciers. A défaut, l’échec doit être dûment constaté. Le juge, doit dans ce cas, fixer la date
de l’audience pendant laquelle sera rendu un jugement statuant sur la validité de la saisie et
qui constitue la troisième phase de ce processus.
Le prononcé du jugement de validité, ou jugement sur le fond ne peut être rendu qu’après
échec de la tentative de conciliation.
Le jugement rendu par le TPI peut soit prononcer la validité de la saisie-arrêt, soit rejeter la
demande. Le jugement de validité est celui qui ordonne au tiers saisi de vider ses mains
entrecelles du créancier saisissant. Ce dernier devient aussi, le créancier direct du tiers saisi.
Mais si le tribunal estime que ce dernier n’est pas en possession des sommes appartenant au
saisi, il déclare la nullité de la saisie-arrêt. Le jugement rejetant la demande est rendu si avant
la saisine de la juridiction de fond, une mainlevée de la saisie-arrêt était ordonnée par le juge
des référés. La demande est rejetée dans ce cas car elle est considérée comme étant dépourvue
d’objet.
Sous section 2 : L’exécution forcée
Le recours à l’exécution forcée est conditionné par l’obtention d’un titre revêtue de la
formule exécutoire. Ainsi, le prononcé du jugement ne suffit pas à le rendre exécutoire parce
que la loi impose le respect de certaines conditions de forme et de fond pour l’obtention de
la formule exécutoire. Sur le plan de la forme, deux conditions sont essentielles. La première
consiste dans la nécessité de l’obtention d’une expédition qui présente la particularité d’être
revêtue de la formule exécutoire pour qu’un jugement puisse être exécuté.

La deuxième condition est relative à la notification du jugement. Un jugement revêtu de la


force exécutoire ne peut pas être exécuté contre celui qui est supposé être condamné s’il n’a
pas été notifié.
Sur les conditions de fond et pour qu’un jugement soit exécuté, il doit acquérir la force de la
chose jugée. Le jugement est exécutoire à partir du moment ou il passe en force de la chose
jugée à moins que le débiteur ne bénéficie d’un délai de grâce ou d’une exécution provisoire.

S’agissant des modes d’exécution, l’exécution est en principe scindée en deux catégories :
l’exécution sur les biens du débiteur et l’exécution sur sa personne.
La première catégorie porte sur les biens mobiliers et immobiliers du débiteur. s’agissant de la
deuxième catégorie, c’est une mesure exceptionnelle du recouvrement forcé.

CONCLUSION
L’impayé demeurera présent à l’infini dans notre quotidien, dans la mesure où aucune
technique et aucun dispositif législatif ne parviendra à l’abolir, et du fait que l’impayé et son
contentieux évoluent avec l’évolution de la protection de la défaillance du paiement.

Au Maroc, le risque d’accroissement de l’impayé et d’échec de recouvrement n’était pas aussi


fréquent, alors que les obstacles au recouvrement de créances n’ont jamais été aussi
importants qu’aujourd’hui, laissant susciter de nombreuses interrogations, particulièrement
sur la vision future de ce fléau par le législateur, et la nécessité de mise en place d’une
véritable politique de recouvrement pour le créancier, contenant des solutions de substitution
ou des alternatives à la voie judiciaire, avec des moyens nécessaires qui facilitent leur
promotion et leur mise en œuvre.