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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 1

INTROITUS AD PHILOSOPHORUM
LAPIDEM
SOLAZAREF

Regardez donc, frères, votre appel : il n’y a pas beaucoup de sages


selon la chair, pas beaucoup de puissants, pas beaucoup de gens
bien nés. Mais ce qu’il y a de fou dans le monde, c’est ce que Dieu
a choisi pour faire honte aux sages ; et ce qu’il y a de faible dans
le monde, c’est ce que Dieu a choisi pour faire honte à ce qui est
fort ; et ce qui dans le monde est sans naissance et ce que l’on
méprise, c’est ce que Dieu a choisi ; ce qui n’est pas, pour abolir ce
qui est, afin qu’aucune créature n’aille se vanter devant Dieu.
Car c’est par lui que vous êtes en Christ Jésus qui, de par Dieu,
est devenu pour nous sagesse, justice et sanctification et rachat,
afin que, selon qu’il est écrit, celui qui se vante, qu’il se vante du
Seigneur.
Pour moi, quand je suis venu chez vous, frères, ce n’est pas avec
une supériorité de langage ou de sagesse que je suis venu vous
annoncer le témoignage de Dieu. Car je n’ai rien voulu savoir
parmi vous sinon Jésus Christ, et Jésus Christ crucifié. Moi-
même, je me suis présenté à vous, faible, craintif et tout
tremblant, et ma parole et ma proclamation n’avaient rien des
discours persuasifs de la sagesse : c’était une démonstration
d’Esprit et de puissance, pour que votre foi reposât, non sur la
sagesse des hommes, mais sur la puissance de Dieu.
Pourtant, c’est bien de sagesse que nous parlons parmi les
parfaits ; mais non d’une sagesse de ce monde ni des chefs de ce

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monde voués à l’abolition. Ce dont nous parlons, au contraire,


c’est d’une sagesse de Dieu, mystérieuse, tenue cachée, celle que,
dès avant les siècles, Dieu a d’avance destinée pour notre gloire,
celle qu’aucun des chefs de ce monde n’a connue - car s’ils
l’avaient connue, ils n’auraient pas crucifié le Seigneur de Gloire
- mais, selon qu’il est écrit [nous annonçons] ce que l’œil n’a pas
vu et que l’oreille n’a pas entendu, ce qui n’est pas montré au
cœur de l’homme, tout ce que Dieu a préparé pour ceux qui
l’aiment.
1, Corinthiens.*

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A tous ceux qui souffrent, pour lesquels je prie


perpétuellement.
A mon Père ( 1919 - 1983 )
médaillé de la Résistance,
Croix de guerre avec palmes,
Croix de Lorraine,
Légion d’honneur,
Chevalier qui, par ses hauts faits,
sauva avec ses Frères la France du fascisme,
Qui sut être par dessus tout un papa extraordinaire.
A ma mère
Maman de cinq enfants,
Fidèle, aimante, travailleuse,
Epouse exemplaire,
Femme remarquable,
Mère selon Dieu.
A ceux qui furent mes maîtres, pour avoir su m’administrer
de justes corrections,
N., Adepte, qui m’enseigna l’Art brevis, par lequel je suis
arrivé,
Le Cosmopolite,
Monsieur Eugène Canseliet,
Père Paul, moine,
Archimandrite Placide D.,
Kowaliski, fils de l’Arménien très estimé,
Tri Sang, moine instructeur bouddhiste au Viet-Nam,
assassiné par les Viet Minhs,
d.C., indien d’Amérique Centrale,
Père E. de L., Abbé,
Frère Marcel, ermite bénédictin.
A mes amis que j’aime jusqu’aux larmes,
eux qui défendent la Chose en sacrifiant leurs intérêts
personnels,
Mon épouse, aux heures difficiles,
B, C, J, N, R, T, mes compagnons de toujours
qui ont partagé mes peines et n’ont reçu qu’infamie du
monde.
A ces hommes et ces femmes que je n’ai vus qu’une fois et
qui étaient là,
Aux êtres de ce monde du vingtième siècle,

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qui cherchent vraiment la joie et la paix,


Aux artisans qui œuvrent de leurs mains,
Mes prières éternelles.

Fils de Science, pardonnez-moi de vous réveiller, vous me l’avez


demandé.
Comment voulez-vous sortir quiconque du sommeil sans le
secouer un peu ?
Pour ce, admettriez-vous que le langage employé vous conduise à
l’opposé de ce but ?

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CE LIVRE EST ESSENTIELLEMENT DESTINÉ A


L’ENSEIGNEMENT DES DISCIPLES DE SOLAZAREF
Il a été remis en mains propres à vingt-deux personnes qui, par
leurs actes, ont montré qu’elles étaient dignes de le recevoir, de le
conserver et de le transmettre le moment voulu.
Ces élèves ont parcouru, ensemble, la longue route d’un
pèlerinage de plus de cent soixante dix kilomètres, à l’issue
duquel le présent traité leur fut confié.
En outre, l’initiation dont il est question plus bas a été vécue par
ces mêmes êtres au château du Plessis-Bourré, le Dimanche de
Pentecôte 1984, par l’artifice d’une opération d’Art Bref.
Les disciples se sont choisis eux-mêmes par l’ardeur dont ils ont
fait preuve devant le fourneau, démontrant qu’ils sont les
authentiques fils de la Science. Ils entraient, en leur temps, dans
le cadre du liminaire d’un premier opuscule, intitulé Du
Nettoyage des Ecuries d’Augias : ils ont choisi entre le monde des
plumitifs et celui des labourants.
Les futurs disciples seront reçus par ces derniers. Ce n’est qu’à la
suite d’épreuves qu’ils seront, à leur tour et selon la Tradition,
accueillis au sein des Frères postulants de la Rosée Cuite.

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Le Cosmopolite

... Il n’en est pas de ce siècle comme des siècles passés, auxquels on
s’entr’aimait avec tant d’affection qu’un ami déclarait mot à mot cette
Science à son ami. On ne l’acquiert aujourd’hui que par une sainte
inspiration de Dieu. C’est pourquoi quiconque L’aime et Le craint, la pourra
posséder : qu’il ne désespère pas, s’il la cherche il la trouvera, parce qu’on la
peut plutôt obtenir de la bonté de Dieu que du savoir d’aucun homme ; car
Sa miséricorde est infinie et n’abandonne jamais ceux qui espèrent en Lui. Il
ne fait point acception de personnes et Il ne rejette jamais un cœur contrit et
humilié ; c’est Lui qui a eu pitié de moi, qui suis la plus indigne de toutes les
créatures et qui suis incapable de raconter Sa puissance, Sa bonté et Son
affable miséricorde qu’Il lui a plu de me témoigner.

Que si je ne puis Lui rendre grâces plus particulières, pour le moins je ne


cesserai point de consacrer mes ouvrages à Sa gloire. Aie donc courage, ami
lecteur, car si tu adores Dieu dévotement, que tu L’invoques et que tu
mettes toute ton espérance en Lui, Il ne te déniera pas la même grâce qu’Il
m’a accordée ; Il t’ouvrira la porte de la Nature, là où tu verras comme elle
opère très simplement. Sache pour certain que la Nature est très simple et
qu’elle ne se délecte qu’en la simplicité : et crois-moi que tout ce qui est de
plus noble en la Nature est aussi le plus facile et le plus simple, car toute
vérité est simple. Dieu, le Créateur de toutes choses, n’a rien mis de difficile
en la Nature. Si donc tu veux imiter la Nature, je te conseille de demeurer
en Sa simple voie, et tu trouveras toute sorte de biens. Que si mes écrits et
mes avertissements ne te plaisent pas, aie recours à d’autres. Je n’écris pas
de grands volumes, tant afin de ne te faire guère dépenser à les acheter,
qu’afin que tu les aies plus tôt lus : car puis après tu auras du temps pour
consulter les autres auteurs. Ne t’ennuie donc point de chercher ; on ouvre à
celui qui heurte ; joins que voici le temps que plusieurs secrets de la Nature
seront découverts...

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Basile Valentin

Sans doute mes persécuteurs et ceux qui sont médecins ignorants me diront
ce qu’on dit en proverbe : tu me dis beaucoup de choses touchant les Oies et
tu ne connais pas encore les Canards. Qui est-ce qui nous assurera que tout
ce que tu nous as écrit est véritable ? Pour mon particulier je n’ai autre
chose à leur répondre, sinon que je me tiens très content des choses que j’ai
apprises par expérience, comme aussi, mes autres compagnons . sans
craindre d’être trompé dans mes espérances, et ne suis dans le dessein de
me donner aucune peine pour vouloir apprendre quelque chose de nouveau
et d’incertain : celui qui est dans une autre opinion que la mienne, qu’il la
garde si bon lui semble et s’amuse à la connaissance de ces Canards : car il
n’est pas digne des Oies rôties, ni d’apprendre les merveilles que la Nature
cache en soi.

Mais je confesse en vérité et même j’ose dire sous la perte de ce précieux


joyau et Pierre, la plus riche de la Nature, et même de mon âme, que tout ce
que j’ai écrit et tout ce que j’écris dans ce Livre-ci contient la pure vérité, et
un chacun trouvera que ce n’est autre chose que la vérité : mais si tous les
doctes ou les hommes du commun, et principalement ceux qui sont
persécuteurs de cette secrète science n’entendent pas mes écrits, je n’y
saurais que faire ; mais que ceux qui sont de vrais curieux prient Dieu pour
Sa grâce ; et vous, persécuteurs, priez-Le qu’Il vous pardonne, travaillez
avec patience et persévérance, lisez avec raison et intelligence, et aucun
secret ne vous sera caché : mais, au contraire, vous y découvrirez de la
clarté.

J’exhorte encore particulièrement celui qui aura trouvé ce secret qu’il en


rende grâces à Dieu son Créateur, de tout son cœur, nuit et jour, sans cesse,
avec révérence, humilité et due obéissance : car aucune créature ne saurait
assez remercier Dieu comme le mérite ce précieux don. J’en fais ici mes
remerciements et actions de grâces à Dieu, et puis répondre devant ce
souverain Créateur de l’Univers, et devant tout le monde, et être garant de
la vérité de ces Merveilles de la Nature que plusieurs esprits présomptueux
croient n’être pas possibles, parce qu’ils n’en peuvent comprendre la cause ni
l’effet : mais ce que mes yeux ont vu, ce que mes mains ont touché et que ma
raison sans tromperie a compris, rien ne peut m’empêcher de le croire et
d’en admettre les effets en cette vie, excepté la mort qui sépare toutes
choses.

Cette mienne voix n’a pas été contrainte par un motif du siècle de déclarer
ce que j’ai ici écrit ; je ne l’ai pas fait aussi par arrogance, ni comme ayant
égard aux honneurs mondains. Mais elle a été contrainte par le
commandement de Jésus-Christ, mon Seigneur, afin que Sa gloire et bonté
dans les choses naturelles et temporelles, ne demeure pas inconnue aux
hommes, mais qu’elles puissent être manifestées pour l’honneur, louange et
gloire de son nom Eternel, et que, par la confirmation de ces miracles, Sa
Majesté et toute puissance soient honorées et reconnues de tous les vivants.

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Après ces motifs de l’amour Divin, l’affection envers le prochain m’y a invité,
pour témoigner que je lui veux autant de bien qu’à moi-même. Comme aussi
à mes ennemis et persécuteurs médisants de cette divine Science, afin que je
puisse cueillir sur leurs têtes des charbons ardents.

En troisième lieu, que tous ces adversaires contradicteurs puissent


connaître celui qui a le plus erré et qui a révélé le plus de secrets de la
Nature, et si j’ai mérité d’être blâmé et les autres d’être loués, et aussi afin
que ce grand secret ne soit enseveli dans les ténèbres, ni noyé dans les
grandes eaux du Torrent des années : mais qu’il puisse luire par les rayons
de la vraie lumière, hors du naufrage et hors de la multitude des idiots ; et
que, par la publication d’une vraie et certaine confession, il y ait beaucoup
de témoignages et autorités irréprochables qui puissent prouver la vérité de
mes écrits.

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Note en exergue à l’usage des honorables personnes qui


s’aventureraient dans ce livre sans s’exercer à l’Art Chymique
Amis, frères ou simplement dignes curieux, n’allez pas imaginer, après avoir
arpenté les lignes suivantes, que lesdites ne sont réservées qu’à une élite.

Je vous invite, parce que je connais bien les hommes, à remplacer


quelquefois le qualificatif « alchimique » par le but profond pour lequel vous
vivez, et vous serez renseignés sur bon nombre de concepts avec lesquels je
vous conseille le renouement.

En outre, que certains termes comme Dieu, prière, obéissance, .... n’arrêtent
pas votre lecture car, ce faisant, vous n’apprendriez rien. Vous ne feriez que
transposer, élargir, étendre vos fixités, c’est-à-dire votre idiotie, tout en
annihilant une possibilité qui vous est offerte.

Si je me permets de m’adresser à vous en ces termes, c’est qu’à l’image du


boulanger ou du forgeron vis-à-vis desquels il ne vous viendrait pas à l’esprit
de contester l’expérience, j’ai été instruit de certaines choses en des endroits
où vous n’avez pas été. En outre, si je m’octroie le droit de penser que ce
genre d’instruction vous manque, c’est que, tout comme je vous écouterais
béat pour votre propre expérience, Dieu ou le hasard, selon vos convictions
actuelles, a jugé bon de vous placer en cette croisée de chemin. Et, à l’issue
de ce bref contact, quels que soient vos jugements sur notre rencontre, ce
sera Lui qu’il vous faudra remercier. Mais, à l’encontre, au cas où vous
seriez tenté de déféquer sur ce qui est écrit dans ce traité - c’est-à-dire en
fait sur ceux qui m’ont instruit - sachez alors que vous agiriez comme ce
marin manquant un vent favorable. Sachez en ce cas également que nombre
d’entre ceux-ci, placés en face de mes maîtres, seraient à peine bons à cirer
les chaussures.

C’est d’ailleurs à votre intention qu’en fin de volume, nous avons dressé
pour vous un lexique très sommaire de quelques termes qui ne vous sont pas
familiers. Ces derniers ne sont pas employés pour induire à l’ouvrage un
caractère mystérieux, cher aux escrocs de l’ésotérisme moderne ; étant
depuis toujours, ils n’ont pas à être réactualisés : en effet, une éventuelle
définition moderniste les entacherait vulgairement.

En ce qui concerne certains mots que vous avez vu de nombreuses fois


passer devant vos yeux, vous observerez leur définition établie selon les
principes d’objectivité et non sortie de cerveaux, si éminents soient-ils,
formés dans le monde mécanique.

Pour les autres termes se rapportant plus spécifiquement à l’Alchimie, vous


reporter à des ouvrages spécialisés (René Alleau, Eugène Canseliet, Claude

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d’Ygé). Vous voudrez éviter les tout aussi innombrables que fallacieux
dictionnaires « mytho-hermétiques », exceptés ceux de Dom Antoine-Joseph
Pernety et de Glaser.

L’Alchimie n’est pas « faire de l’or avec du plomb ». Cette vue limitée des
choses vous a été colportée par une masse stupide qui put se saisir des rênes
de l’éducation. Cette affirmation est tout aussi grotesque que celle qui
avancerait : « j’ai vu l’énergie nucléaire. Ce sont des hommes qui mettent de
grands habits blancs avec des masques horribles, et qui, à travers d’épaisses
vitres, dansent avec les mains. »

Le rationalisme moderne est aussi crétin que la précédente définition. Avant


de penser même à une description de la physique nucléaire, il me faudrait
m’asseoir des années sur les bancs de la faculté. Mais les rationnels, eux qui
le sont par auto-suffisance, peuvent évidemment se passer de cela. Ils
savent tout d’avance.

L’Alchimie n’étant pas une science comme on l’entend aujourd’hui, les


systèmes d’analyse contemporains ne sont pas adaptés à la compréhension
de cette Science. Il est donc inutile de tenter une investigation moderne qui
serait fatalement sommaire et superficielle. Pour comprendre l’Alchimie -
Science de Dieu du point de vue de ses références -, il faut être soi-même
alchimie, c’est-à-dire être en Dieu.

Ce n’est que sous cette impérieuse condition que l’artiste peut scruter
sagement ce qui préside aux phénomènes, laissant loin derrière les « causes
et les effets » se déroulant sur un même plan horizontal.

Que cela soit bien clair pour ceux qui prétendraient, avec leur langage de ce
jour, vouloir démantibuler ce qu’ils sont en fait incapables de comprendre
dans les prémices même, faute de ne pas être dans la bonne disposition.

Science objective et tout en même temps acte de foi, l’Alchimie nécessite un


recentrage de l’homme avant toute tentative d’investigation. Le premier acte
du chercheur, est sans nul doute un mouvement religieux, situant ce dernier
dans l’ensemble de la réalité à la place qui lui est dévolue, et non pas à celle
qu’il s’attribue lui-même subjectivement.

Par voie de conséquence, toute démarche qui déboucherait sur un résultat


sérieux ne peut s’effectuer en dehors de ce cadre, l’homme lui-même étant le
terrain d’expérimentation.

Une autre grande loi chymique est celle qui enseigne qu’il existe une
semence métallique, tout comme celle des végétaux et des animaux. Ce n’est
que son mode d’existence qui, étant très lent en regard des deux autres plus
promptes, lui donne le caractère d’échapper aux tentatives analytiques
modernes. Le règne minéral se perpétue dans des conditions qui
n’échappent pas aux alchimistes. Un très grand mystère se cache derrière
ses mailles enchevêtrées dans la gangue : il est celui de la génération

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principicielle de tous matériaux. Ce devrait être là tout l’intérêt des


scientifiques, qui n’a aucun rapport avec la pétrographie.

N’oubliez pas !

Que ceux qui trouveraient, au fil des pages, l’empreinte de quelques maîtres
connus, sachent que je fus leur disciple effectif, durant de longues années et
avec toute la ferveur qu’il me fut possible.

C’est tout en leur honneur que je me permets, avec leur autorisation


personnelle, d’animer à nouveau pour vous l’essentiel de leur Blason.

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PREMIÈRE PARTIE
CE QUI EST CE QUI EST POSSIBLE
Amis philosophes,
Vous voici naissant en ce siècle à la très merveilleuse et très
ancestrale science, l’ALCHIMIE Fille de Dieu, source pure de la
miséricorde de Marie notre très sainte Mère : vous, postulant à
l’Art, commencez par vous mettre à genoux et par dire
AU NOM DU PÈRE, DU FILS, ET DU SAINT-ESPRIT AMEN
Faites-le vraiment en cet instant même, avec votre corps et par
un acte.

Vous vous présentez devant la Tradition.


Depuis des millénaires, d’innombrables chercheurs sincères,
pieux et assidus sont morts dans l’indicible espoir. Des
générations d’hommes comme vous ont été postulants aux très

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puissants arcanes de notre Science. Tous ont été marqués


jusqu’au plus profond de leur chair.
Maintenant prenez garde, il ne s’agit plus de votre vie dans le
monde, mais de vous au seuil de la Science. Voilà qui est tout
différent.
Vous postulez.
Postuler veut dire demander, et non pas exiger.
Postuler veut dire être novice, et non pas être superbe.
Une postulation est synonyme d’une supplication. C’est pourquoi,
tout comme mes Pères, je vous dis que si vous ne savez pas vous
courber d’obéissance, il vaut mieux pour vous que vous restiez
dans le monde.
Que cela soit bien clair.
Au cours des siècles, la Tradition alchimique s’est dévoilée aux
purs d’intention, sous de nombreux aspects, le plus souvent
différents les uns des autres mais toujours adéquats,
parfaitement adaptés aux nécessités de l’heure.
A chacune des périodes délicates de l’histoire caractérisée par
une irréversible modification des mentalités humaines, la
Tradition est intervenue afin d’apporter aux nouveaux venus la
nourriture essentielle qui leur permet de survivre l’adaptation.
Voici présentement une de ces manifestations, dont le langage
est nécessairement adopté pour ce.
Le XXe siècle se caractérise par une absence complète de tout
vécu traditionnel. Ce fait, très grave pour vous, engendre un
profond sommeil dont vous n’avez pas idée. Vous êtes égaré en
regard de la Dame.
Le présent qui vous est remis consiste à vous venir en aide. Mais
à cause de la tare moderne, ce traité :
- ne peut en aucun cas passer par un éditeur qui juge les
conditions de parution selon ses propres intérêts et en regard de
sa compréhension subjective : il va sans dire que la parution d’un
ouvrage traditionnel échappe à ce genre d’arbitraire.

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- ne peut être distribué que de manu ad manum, de Père en Fils


de Science, sans aucune dérogation et en écartant absolument
tout mandataria.
- vous est transmis à vous, au cours d’une initiation qui le valide.
Sans avoir vécu cette initi entre vous et votre instructeur, ce
traité perd complètement sa forme transmissive : il ne vau
mieux, alors, qu’un vulgaire roman.
- est sans la moindre valeur pour quiconque le lirait
accidentellement, sans y être préparé ni in ou, ce qui revient au
même, l’éditerait en se passant par pure démagogie personnelle
de l’Adoube
En outre, celui qui le possède doit, s’il veut s’en dessaisir auprès
d’un disciple éventuel et seulement dans ce cas, fournir la preuve
formelle de la filiation Solazaref. Il détient un objet précis du
maître qui valide sa condition de disciple, outre son
accomplissement.
- échappe au pouvoir d’occulter volontairement tel ou tel passage
qui arrangerait un éditeur envieux. Cette démarche stérilise la
publication et la rend dangereuse pour le lecteur et aussi pour
l’édit
Tout fut volontaire dans l’éxécution graphique et dans la forme
extérieure de ce traité. Amis philosophes, vous n’y verrez pas
d’introduction, ni de table des matières, ni d’index
alphabétique,…. rien de ce qui caractérise les publications
classiques. Voilà qui est voulu, comme vous le comprendrez
seulement après lectures et actes. De même pour le langage, qui
ne peut, au départ, être différent de ce qui est.
Inutile de claironner : ce traité est écrit pour les laborants, pour
les intellectuels, pour telle autre caste d’individus ésotérique.
L’Alchimie est au-dessus de ces vues particulières et limitées.
Ce traité est transmis aux Fils de Science selon la Tradition.
Aucune secte moderne ne l’a pris en compte, directement ou
indirectement.

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Il a été remis deux ouvrages à la Noblesse. Elle en fera bon


usage, en temps voulu, comme elle a toujours su s’en montrer
digne, par le Blason !
Maintes choses vous troubleront. Je n’ai pas l’autorisation de me
taire sur ce qu’il est impossible de passer sous silence. Sachez
que tout ce que je vous dirai ne sera pas mon propre jugement
mais simplement une information sur la vérité des faits, rien
d’autre.

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HOMMAGE AU SOMMEIL LA LUTTE CONTRE LE DRAGON

Bien des envieux se targuent de connaître un maître. Pourtant,


tous autant qu’ils sont, lors de la catastrophe déjà oubliée dans la
plupart des mentalités due aux conditions climatiques
particulièrement sévères qui s’abattirent sur l’Oise, et laissant
un couple de philosophes désemparés - Madame et Monsieur
Canseliet -, ils brillaient par leur absence pour, le plus
simplement du monde, pelleter la neige devant la porte du
Maître.
Ces mêmes, l’ayant dérangé sans vergogne, étant dépourvus de la
moindre retenue, croyant du haut de leur tour d’orgueil détenir la
place du petit disciple privilégié, ne se gênaient pas pour
colporter dans les salons parisiens que le maître était « gâteux » (
citation ).
Je rappelle, moi qui ai tenu son corps et qui l’ai mis au tombeau
en présence d’une compagne, que le Maître s’est éteint dans sa
chair à la suite d’une embolie pulmonaire, à cause du froid...

Notre époque est celle des « tubes ». Les sectes en tous genres
pullulent, même si elles se défendent d’en porter la
dénomination.
Les voici en goguette dans de somptueuses salles de chapitre ou
de loge, papotant d’Alchimie, se faisant « éclaircir » pour
atteindre le grade convoité, donnant leur fortune personnelle
pour recevoir le plus fameux quota de considération en l’échange
de quelques « trucs » appelés par eux « ascèse » qu’ils choisissent
comme une étoffe chez un drapier.
L’image de leur suffisance est le titre qu’ils portent, ainsi que le
nom de l’organisme bancaire qui les asservit. Rose-Croix par-ci,
scientologues par-là, ordres aussi divers qu’illusoires, ou, plus

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simplement, macrobiotiques, anthroposophes, et autres qui se


terminent en « -isme » ou « -ique ».
Dans les unes, on se défend d’être maîtres, dans les autres, seul
le dogme, pâle reflet d’un amalgame de doctrines hindouistes
accolées au celtisme, se vend très cher par monographies
mensuelles. Chez les uns, on auditionne avec un vague
ampèremètre qui dirait la vérité, chez les autres, l’intelligence
s’est transformée en dédain hautain vis-à-vis de tout ce qui n’a
pas la coloration anthroposophique.
Moi qui, par erreur de jeunesse et par les voies subtiles de la
Providence, ai trempé mon innocence dans chacune de ces fosses
septiques, je vous dis que ces gens dorment profondément.
Je vous dis également que l’état de Rose-Croix ne les habite pas,
pas plus que l’état de Chevalier. De même, aucun d’eux n’aurait
le droit devant Dieu de se nommer antroposophe, ni scientologue.
L’Anthroposophie est encore autre chose ; quant à la scientologie,
elle n’a pas plus d’existence qu’un nom que j’inventerais par
phantasme au sujet de n’importe quel objet qui me tomberait
sous la main.

Le communisme stalinien ou soviétique, celui qui va bientôt


anesthésier nos propres cerveaux, affirme être « révolutionnaire
». Voici plus de soixante ans que la fixité dirige ces états. On y
emprisonne les poètes, les artistes, les scientifiques, toute
personne capable de se servir encore de matière grise.
Mais, ailleurs qu’en prison, les nantis du régime, qui vivent
comme des princes, chantent hebdomadairement lors de leur
congrès l’internationale révolutionnaire. Ces gens dorment.

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Toutes ces constatations vous paraissent claires, indiscutables.


De votre propre point de vue. vous aurez objectivé ces
lamentables états de l’homme.
En regard de l’Alchimie, le mode de vie dans lequel vous existez
actuellement est aussi abominable que les descriptions
précédentes.
Le sommeil est l’artifice de Satan, c’est-à-dire de tout le principe
involutif cosmique, qui est responsable justement du fait que
vous ne puissiez pas en prendre conscience. Et, si un artifice
divin vous venait en aide, temporairement, ce même sommeil
vous empêcherait de vous rappeler.
Atteindre l’Adeptat, c’est en premier lieu ne plus dormir.

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LE MONDE EXTÉRIEUR, LE MONDE INTÉRIEUR


Soyez certain, ami postulant, que l’étonnement que vous
éprouverez à la lecture des premières lignes de ce traité a été
ressenti par tous vos prédécesseurs au cours des siècles
Chaque époque a son langage. Notre temps est celui d’un monde
mécanique, accidentel, aléatoire. Les mœurs d’autres moments
du genre humain ont tous eu leur propre caractéristique. Geber
enseignait les vaisseaux, la manière de bien conduire les
opérations les plus élémentaires de l’Art, parce que cela était
nécessaire pour les esprits humains du moment. De même, Basile
Valentin entrait dans le détail des régimes extérieurs, des
manipulations du deuxième œuvre, de la description précise des
matières, et chaque maître d’apporter sa signature à la grande
histoire de l’Alchimie.
Aujourd’hui, Solazaref doit vous entretenir de votre rapport avec
le monde contemporain, parce que l’enjeu est grave du point de
vue de ce rapport.
Demain, peut-être devrez-vous vous-même dévoiler aux autres
Frères ce qui sera votre blason alchimique. Et ce demain-là,
l’étonnement futur des postulants sera le même que celui que
vous ressentez présentement.

Certains s’imaginent échapper à cette loi initiatique. Ils pensent :


« ces choses n’ont pas de rapport direct avec l’Alchimie », et ils se
trompent lourdement. Parce qu’ils n’auraient pas l’habitude
d’entendre ce genre de termes, tout comme nos anciens frères
n’avaient pas coutume de lire les no veaux traités de l’époque. ils
ignorent volontairement ces passages, par pure décision
arbitraire. d montrant justement que ces passages les concernent
éminemment.

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 20

Il est nécessaire de replacer les choses dans le temps, les


événements, votre propre situation personnelle par rapport au
monde moderne. Bien que l’on croie volontiers être capable d’une
telle objectivation, vous verrez au fur et à mesure de ces pages
qu’il n’en est rien, que vous avez seulement l’habitude d’un
nombre de mécanismes limités qui vous sont accoutumés et dans
lesquels vous ave une foi aveugle.
Auparavant, cette situation n’était pas critique : la présence de la
Tradition dans l’ensemble du tissu social était suffisante pour
imprégner les êtres, même les plus démunis, de ses arcanes. Mal
heureusement, de nos jours, bien que l’on juge de façon primaire
que par un simple effort il est possible de tout retrouver, nous
observerons le haut niveau de perversité engendré par l’absence
complète de tout ferment traditionnel.
Vous avez tous été nourris avec ce lait frelaté, dont vous
n’imaginez pas les incidences, sur tout pour votre aspiration en
regard de l’Alchimie.

Que s’est-il passé dans le monde pour en arriver là ? Quelques-


uns sont optimistes, d’autres sont pessimistes. On entend
souvent : « la situation n’est pas si catastrophique », ou encore «
les hommes modernes sont voués à la mort ». Rien n’est en fait
comme cela. La réalité objective échappe à la loi dualiste, aux
avis de chapelle, aux egos divers. La réalité objective, celle dans
laquelle se situe l’Alchimie, ne s’investit pas avec notre point de
vue subjectif, notre éducation limitée et notre niveau de
réalisation incomplet, voire faussé.
Il ne faut jamais l’oublier. Pas une seule seconde de votre vie
vous n’êtes suffisamment libéré de vous-même, des marques de
ce monde hypermatérialiste, pour prétendre à une vue objective
des choses. Cet état de vous-même, en regard de l’Alchimie, est
justement ce qui rend l’entrée au Palais du Roi fermée à double
tour.
Le plus terrible, c’est l’oubli. On est bien capable, un court
instant et sous l’effet d’un choc important, de comprendre

20
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 21

partiellement et assez clairement de quoi il s’agit. Mais on oublie,


c’est ce qui est nouveau depuis deux siècles. On retombe sans s’en
rendre compte, en croyant fermement que l’on conserve le niveau
de conscience, en étant certain qu’il n’y a eu aucune cassure,
alors qu’on s’est endormi.
Personne n’échappe à ce terrible courroux de Satan, parce que
cela tient à des phénomènes cosmiques qui touchent notre
système solaire, phénomènes qui se sont aggravés et matérialisés
depuis deux siècles environ.
Les lois de Satan sont devenues chair. Elles sont entrées dans les
processus métaboliques humains et y engendrent leur force
involutive, d’une manière implacable, en chacun de nous.
Seulement ceux qui luttent peuvent échapper à cette prison.
Ceux qui luttent sont ceux qui se rappellent.

Le sens des choses s’en trouve profondément affecté. Toutes les


morales, tous les dogmes ne peuvent pas être intégrés sans
décrasser la machine humaine des métabolismes sataniques qui
perturbent son équilibre inné. Etre chrétien, être musulman, être
bouddhiste ou autre, ne peut plus être régi par les mêmes règles
qu’autrefois.
Nous savons que bon nombre seront encore surpris de ces mots.
On voit en général l’alchimiste parfaitement inséré dans la
doctrine chrétienne. Cela était vrai, auparavant. Mais, de nos
jours, voilà qui est complètement détourné. Trop peu savent ce
que veut dire être chrétien ou encore être alchimiste. Le sens des
choses est perverti par votre sommeil et par les générations de
sommeil précédentes. Des hommes endormis ont dirigé d’autres
hommes endormis. Il faut comprendre cela dans toute votre
masse. Il faut apprendre à vous nettoyer intérieurement, à vous
purifier, à vous éveiller.
Afin d’approfondir les données de cette impérieuse question, voici
rappelées pour vous deux parutions : De Sprong ins Ewinkeit, et
Liber dem Meischer.

21
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 22

DE SPRONG INS EWINKEIT


LE SAUT DANS L’ETERNITE
La maison de Solazaref était une ancienne bâtisse de vigneron. Il
vivait là, dans ce petit village flanqué sur la pente d’une des
premières collines qui annonçait la mort de la plaine, avec sa
douce femme et ses deux enfants.
La mienne était plus bas. à quelques dizaines de mètres ; pour
aller chercher le pain, je passais tous les jours devant chez lui.
C’est ainsi que dès ma plus tendre enfance, très timidement,
allant et venant devant la grande porte de la grange quelquefois
ouverte, je l’observais du coin de l’œil. Souvent, je prétextais une
autre course chez le boulanger qui était aussi épicier, rien que
pour avoir la joie de jeter ce regard aimablement inquisiteur.
Lorsque la porte était fermée, j’écoutais, ralentissant le pas. Il y
avait toujours quelque bruit qui témoignait d’une occupation non
ordinaire. Jamais deux événements identiques ne se déroulaient
dans ce laboratoire ! Mais. s’il se trouvait que son regard croisât
le mien, vivement impressionnée par ses yeux noirs et profonds.
Je tournais la tête comme si j’avais vu quelque chose qui me
concernait.
Un jour, le voilà en face de sa maison dans le pré qui était là de
l’autre côté du chemin, en train de décharger une quantité
considérable de roches grises. Son visage rayonnait la joie et il
parlait tout seul, chantonnant entre les mots, comme une sorte
de fou qui brasserait le contenu d’un trésor sur une île déserte.
- Ah ! ah ! Enfin le loup gris est là ... (chantonnant tout en
mouvement) ... Je vais te cuire, loup gris, et tu vas me donner la
Vierge ...
Tantôt il s’arrêtait furtivement pour observer minutieusement un
bout de roche grise, sautant dans l’allégresse ou pestant selon
qu’elle était plus brillante ou plus dure.
Pour moi, entendre parler de loup gris, de Vierge, de cuisson de
Vierge ! il est manifestement fou, mais j’étais certaine que sa
quête valait plus que tout au monde, plus que sa vie, car sa façon
de faire, dans ses moindres gestes avec n’importe quel matériel

22
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 23

ou matériau, était celle d’un être qui semblait porter le plus beau
des enfants entre ses mains, sans tenir compte de lui-même.
Il ne me voyait même pas, tant il était affairé : il aurait pu
arriver n’importe quoi !
Pour la première fois, je me sentis complice de quelque chose.
Déjà, je pouvais l’observer sans le déranger. J’avais même envie
de lui prêter la main et, sentiment profond inexplicable, je
n’avais presque plus peur.
Ce n’est qu’à partir de cette impression qu’il me vit. Ralentissant
son mouvement de triage, à genoux dans la boue il s’arrêta
lentement et leva la tête vers moi. Toujours ce regard ...
- Tu es VT. du hameau de ... ?
Je hochai la tête et fis un pas vers lui :je craignais tellement qu’il
ne se remette au travail, qu’il m’oublie ! C’était ma chance et,
malgré ma timidité maladive, j’étais maintenant décidée à ne pas
la laisser passer.
Je fis encore deux pas. comme pour retenir son attention. Ses
yeux devinrent plus profonds. Le voilà figé comme une statue. Et
moi, bafouillant
- Qu’est-ce que c’est. le loup gris ?
Le voilà qui explose dans un rire d’une impressionnante virilité,
le visage au ciel et les bras tendus vers la minière. Stoppant net,
l’air grave
Le loup gris, petit oiseau, c’est ce que tu foules aux pieds ici
même. Mais qu’est-ce que c’est ?
Il deviendra corbeau et Vierge avec le fer .. .
Quel faire ?
Augmentant le ton
Avec le fer ! et, se calmant immédiatement, me souriant avec un
air très malicieux : mais c’est la même chose. petit oiseau.
..Je voudrais bien .... me coupant
Viens me voir demain soir.

23
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 24

Et il se détourna, comme si je n’existais plus, continuant son


travail. Je lui dis encore quelques mots, mais il n’était plus là il
ne m’entendait plus. Il vivait dans un autre monde.
J’en oubliai la commission pour laquelle j’étais partie. N’osant
plus repasser pour réparer l’étourderie. ce soir-là, nous avons
soupé sans pain ...

Le lendemain, pas question d’aller chez Solazaref ! Je ne pouvais


pas, c’était impossible tant j’avais peur. Et pourtant, n’en
dormant plus, pensant chaque instant à cet événement, plus les
jours passaient, plus je ressentais la honte monter, comme une
sorte de parjure.
C’était intolérable, invivable. Il fallait que je répare, mais
comment ? C’était mal le connaître : il n’y avait là que mes
propres pensées, oublieuses que son monde était tout différent.
Ça a duré une année entière, quel entêtement ! Encore
aujourd’hui, tous les jours je pense à cette lâcheté, dans l’ombre
des choses que je regrette en mon cœur.
Durant cette période, je partis en Allemagne pour suivre mes
parents. Là-bas, j’imaginais S. et sa maison pleine de mystères.
Puis, pendant les vacances, la plaie un peu oubliée, je me
retrouvai un soir de pleine lune sur le chemin de la boulangerie.
Machinalement, je baissai la tête devant la grange de S. quand
j’entendis sa voix
- Oh ! Le petit oiseau est revenu !
Le petit oiseau ... Il n’avait rien oublié ... Il me parlait le même
langage, comme si je l’avais quitté la veille. Dans quel temps
vivait-il donc ? Mais, comme je rougissais, il me fit signe d’entrer
en me dépêchant
- Allez, grouille-toi, tu vas me faire rater la coulée.
Il partit furtivement. Lorsque j’arrivai à son fourneau, je vis un
spectacle inoubliable.

24
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 25

Solazaref sortit un immense creuset fumant, versa le contenu en


fusion dans un moule d’acier, tapota avec un petit marteau les
faces de ce moule. Tout en faisant le mouvement, il me dit
Vois l’eau-qui-ne-mouille-pas-les-mains.
Ralentissant le ton
Souviens-toi toujours de ce prodige de la nature.
Le souffle coupé, je m’assis sur n’importe quoi et restai coite un
moment indéterminé.

C’est le claquement sec du démoulage qui me fit sursauter, me


replaçant dans le présent. Quelle vie menez-vous donc, Monsieur
Solazaref ?
âhâ ... fit-il doucement (cela veut dire « oui » dans le langage
enfantin de l’alsacien). Puis, me regardant plus directement, il
échappa : Dis isch emol so ! (Il n’y a rien à y faire !). Ne me
laissant pas reprendre, il m’expliqua qu’il était en train
d’observer le comportement au creuset de la minière récemment
cherchée. Il me parlait de pourcentages « d’eau » contenue dans
la pierre, d’aspect cristalline à la cassure : je ne me souviens plus
très bien, étant complètement absorbée à poser mes yeux
partout.
Outre le considérable capharnaüm qui nous entourait, un
corbeau caquetait dans une volière au fond du laboratoire.
Un corbeau ! Tout ici était insolite. A côté de la grande cage se
trouvait une sorte de four pas comme les autres, muni
d’immenses ouvreaux par rapport à la taille des carneaux.
Voyant que je le fixai, il dit - C’est la machine à remonter le
temps.
Devant ma grande surprise, il se mit à rire comme lorsqu’il triait
la minière.
Le corbeau caqueta de plus belle en battant des ailes. Solazaref
se mit alors à hurler joyeusement

25
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 26

Krabb ! Er het net sinner kopf pi sich. (Le corbeau ! il n’a plus
tout-à-fait sa tête à lui !) J’étais médusée. Son rire redoubla
d’intensité
Ne comprends-tu pas que tu es adoptée ?
Adoptée ? ...
Retrouvant un air sérieux
Jamais le corbeau ne fait cela, avec personne ! Dès qu’il t’a vue, il
t’a reconnue. E dachtel ! (quelle tarte) ... Ce corbeau est
d’habitude bête à se faire mordre par les oies ! C’est seulement
quand il se passe quelque chose qu’il retrouve sa fonction.
Autrement, kaput ! (c’est fichu).
Il parlait toujours ainsi, en mélangeant le dialecte au français.
- C’est aussi comme cela qu’il a reconnu Léontine, ma bonne
épouse. Lorsqu’il l’a vue, il est tombé malade pendant un mois.
S’essuyant les larmes aux yeux, il s’approcha de moi d’un pas
lent. J’étais pétrifiée. - C’est donc toi mon aide ? ... Quelle
surprise !
Cette fois-ci, c’est lui qui s’assit sur le billod, qui supportait
l’enclume. Il sombra dans une absence infinie, comme un bloc de
glace.
Je me retirai doucement. Il ne bougeait plus.
En proie à d’innombrables questions, je ne le vis plus durant une
semaine entière. La maison était d’un calme inhabituel. Il n’y
avait plus de bruit dans le laboratoire. Frappant à sa porte pour
savoir s’il était malade ou autre chose, regardant à travers le
carreau de la cuisine sans éclairage, j’entendis une voix qui me
parvenait comme du fond d’une grotte : « laisse-moi tranquille,
reviens », ou quelque chose de ce style.
Plus tard, il m’a expliqué pourquoi son corbeau ne le quittait pas.
Il l’avait sauvé du fusil des hommes au nid et tous deux s’étaient
adoptés. Ce n’est qu’au fur et à mesure des expériences que je
compris le sens profond de la présence de cet animal très
attachant : une sensibilité bien plus fine que celle de l’homme

26
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 27

aux événements impromptus. Ce qui suivit me permit de le


vérifier.

Ce n’est que quelques semaines après que je vis fonctionner son «


four à remonter le temps ». Juste avant, il était souvent en
promenade autour du pâté de maisons avec un pendule. Il
attendait le moment propice, disait-il.
« ... Ce four est celui de la voie brève. Il permet également de
réaliser quelques particuliers plus aisément. Son principe est
basé sur le recyclage des gaz, créant une atmosphère neutre ou
réductrice selon l’ouvrage, avec la possibilité de séparer et de
mettre à profit la part d’oxygène, de façon à monter aux
températures qui ne sont plus de cette planète.
L’art brevia est celui des initiés. C’est seulement après une
longue pratique en voie sèche et en voie humide que son accès est
possible. Il est réservé à ceux qui savent parfaitement manier les
régimes tout en nécessitant des précautions particulières :
comme par exemple le port de lunettes spéciales, dont les verres
sont fondus selon l’Art, donnant un indice de réfraction
déterminé qui autorise la vision de certains phénomènes-clefs du
mode opératoire.
Huit jours suffisent aux maîtres pour concevoir la Pierre des
Philosophes, mais il faut d’abord de longues années d’approche,
car la pratique est très dangereuse. Le mode opératoire requiert,
en outre, la participation subtile des ondes telluriques, qui
battent en pulsion dans le sol comme un cœur, mais à un rythme
bien plus lent.
Ces pulsions, il faut avant tout savoir en déterminer la
fréquence. C’est de cette façon que Dieu garde l’accès de cette
voie aux êtres doués d’une sensibilité spéciale. Ces « ondes
telluriques » - il insistait sur ces mots en m’expliquant qu’ils
étaient bien vagues pour désigner une telle propriété -
fonctionnent comme les vagues de la mer, dans les cas les plus
courants : tantôt productrices, émettrices, tantôt absorbantes,
aspirantes.

27
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 28

Certains, se disant pourtant spécialistes de ces questions, croient


que lorsqu’elles sont absorbantes, elles sont négatives,
dangereuses, et ils disent : « il existe des ondes de la mort ». Rien
n’est comme cela dans les lois du Créateur. Le fait qu’elles
puissent revêtir l’aspect apparent de destruction ne tient pas à ce
qu’elles sont elles-mêmes à ce moment, mais à l’ensemble des
phénomènes en présence. Alors seulement, il se peut qu’une
conjonction particulière - accidentelle comme nous allons le voir
par la suite - puisse donner une résultante dont l’apparence est la
négativité. Mais s’il ne s’agit que d’une apparence, cela est
spécifique, temporel et propre à plusieurs états en présence, très
relatifs.
Le lieu d’implantation de la maison où l’on exerce a donc, de ce
point de vue, une importance toute primordiale, d’autant que ces
ondes peuvent être canalisées naturellement par des structures
géophysiques leur conférant une polarité résiduelle constante. Le
mieux, pour éviter ces aléas, est de se trouver sur un puits ou à
proximité immédiate, dans lequel une nappe d’eau souterraine
suit les pulsions telluriques fixes et aussi ascendantes : comme
cela, l’équilibre des forces est préservé, offrant à la fois
l’absorption et l’émission.
L’art brevia se déroule en période d’émission. Ainsi,
l’augmentation de l’intensité ondulatoire, en fréquence et en
amplitude, entre en résonance avec le taux d’oxygène modulé et
mis aussi en vibration par le four et la conduite du régime.
L’onde résultante formée, très particulière, est un véritable «
pont » permettant le passage de l’influx vital souterrain. Cette
onde secoue les bains en fusion dans le four de manière à donner
à la structure cristalline des matériaux en présence, en liquidus,
une forme propre à l’émission d’abord de phénomènes de valence,
et ensuite de phénomènes isotopiques.
Ce n’est qu’à cette seule condition que la pénétration en cascade
descendante «molécule-atome-noyau » est possible, comme si
dans le désordre de la matière terrestre une succession de portes
s’ouvraient en couloir, depuis les états les plus grossiers
jusqu’aux états les plus subtils. Alors seulement la polarisation
des rayons lunaires, qui doit s’effectuer outre toutes ces
conditions premières et encore avec d’autres, prend sa pleine
puissance active et transmutatoire : du fait de sa très faible

28
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 29

intensité, (les portes de la matière étant ouvertes), ce


rayonnement touche les structures là où il le faut, les organisant
en leur restituant ainsi une nature très parfaite. C’est cette
nature et durant l’ouverture constante de la matière en liquidus,
qui génère alors un autre rayonnement plus nucléaire, qui se
rapproche d’un type gamma. »

Ce n’est que quelques semaines après que je vis fonctionner son «


four à remonter le temps ». Juste avant, il était souvent en
promenade autour du pâté de maisons avec un pendule. Il
attendait le moment propice, disait-il.
« ... Ce four est celui de la voie brève. Il permet également de
réaliser quelques particuliers plus aisément. Son principe est
basé sur le recyclage des gaz, créant une atmosphère neutre ou
réductrice selon l’ouvrage, avec la possibilité de séparer et de
mettre à profit la part d’oxygène, de façon à monter aux
températures qui ne sont plus de cette planète.
L’art brevia est celui des initiés. C’est seulement après une
longue pratique en voie sèche et en voie humide que son accès est
possible. Il est réservé à ceux qui savent parfaitement manier les
régimes tout en nécessitant des précautions particulières :
comme par exemple le port de lunettes spéciales, dont les verres
sont fondus selon l’Art, donnant un indice de réfraction
déterminé qui autorise la vision de certains phénomènes-clefs du
mode opératoire.
Huit jours suffisent aux maîtres pour concevoir la Pierre des
Philosophes, mais il faut d’abord de longues années d’approche,
car la pratique est très dangereuse. Le mode opératoire requiert,
en outre, la participation subtile des ondes telluriques, qui
battent en pulsion dans le sol comme un cœur, mais à un rythme
bien plus lent.
Ces pulsions, il faut avant tout savoir en déterminer la
fréquence. C’est de cette façon que Dieu garde l’accès de cette
voie aux êtres doués d’une sensibilité spéciale. Ces « ondes
telluriques » - il insistait sur ces mots en m’expliquant qu’ils

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 30

étaient bien vagues pour désigner une telle propriété -


fonctionnent comme les vagues de la mer, dans les cas les plus
courants : tantôt productrices, émettrices, tantôt absorbantes,
aspirantes.
Certains, se disant pourtant spécialistes de ces questions, croient
que lorsqu’elles sont absorbantes, elles sont négatives,
dangereuses, et ils disent : « il existe des ondes de la mort ». Rien
n’est comme cela dans les lois du Créateur. Le fait qu’elles
puissent revêtir l’aspect apparent de destruction ne tient pas à ce
qu’elles sont elles-mêmes à ce moment, mais à l’ensemble des
phénomènes en présence. Alors seulement, il se peut qu’une
conjonction particulière - accidentelle comme nous allons le voir
par la suite - puisse donner une résultante dont l’apparence est la
négativité. Mais s’il ne s’agit que d’une apparence, cela est
spécifique, temporel et propre à plusieurs états en présence, très
relatifs.
Le lieu d’implantation de la maison où l’on exerce a donc, de ce
point de vue, une importance toute primordiale, d’autant que ces
ondes peuvent être canalisées naturellement par des structures
géophysiques leur conférant une polarité résiduelle constante. Le
mieux, pour éviter ces aléas, est de se trouver sur un puits ou à
proximité immédiate, dans lequel une nappe d’eau souterraine
suit les pulsions telluriques fixes et aussi ascendantes : comme
cela, l’équilibre des forces est préservé, offrant à la fois
l’absorption et l’émission.
L’art brevia se déroule en période d’émission. Ainsi,
l’augmentation de l’intensité ondulatoire, en fréquence et en
amplitude, entre en résonnance avec le taux d’oxygène modulé et
mis aussi en vibration par le four et la conduite du régime.
L’onde résultante formée, très particulière, est un véritable «
pont » permettant le passage de l’influx vital souterrain. Cette
onde secoue les bains en fusion dans le four de manière à donner
à la structure cristalline des matériaux en présence, en liquidus,
une forme propre à l’émission d’abord de phénomènes de valence,
et ensuite de phénomènes isotopiques.
Ce n’est qu’à cette seule condition que la pénétration en cascade
descendante « molécule-atome-noyau » est possible, comme si
dans le désordre de la matière terrestre une succession de portes

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 31

s’ouvraient en couloir, depuis les états les plus grossiers


jusqu’aux états les plus subtils. Alors seulement la polarisation
des rayons lunaires, qui doit s’effectuer outre toutes ces
conditions premières et encore avec d’autres, prend sa pleine
puissance active et transmutatoire : du fait de sa très faible
intensité, ( les portes de la matière étant ouvertes ), ce
rayonnement touche les structures là où il le faut, les organisant
en leur restituant ainsi une nature très parfaite. C’est cette
nature et durant l’ouverture constante de la matière en liquidus,
qui génère alors un autre rayonnement plus nucléaire, qui se
rapproche d’un type gamma. »

« …A l’époque adamique donc, voici quelques millions d’années,


notre soleil-étoile était coaxialement situé avec notre galaxie : la
terre avait une situation privilégiée du point de vue du nombre
de lois qui la gouvernaient. C’est pourquoi les anciens et plus
tard la Tradition soutenaient que la « terre était le centre du
monde ».
Bien moins de lois sur notre terre, par rapport aux autres
planètes, malgré les apparentes similitudes relatives,
assujettissaient l’ensemble de la vie qui y régnait très proche de
la perfection et de l’équilibre. C’est là l’origine de notre grande
nostalgie de « retrouver Dieu ». La graine est restée ...
Puis un jour. à cause du péché originel, par la Volonté créatrice,
le système solaire s’est trouvé impliqué dans la danse des étoiles
en regard du centre galactique : nous étions alors à notre tour
placés dans la valse accélérante de la spirale, nous éloignant du
centre, et nous infligeant du même coup les variations de plus en
plus croissantes de l’espace-temps, réduisant notre terre à
l’assujettissement de l’évolution spécifiquement matérielle, à
l’accélération et aux accroissements des masses, aux
augmentations des quantités de matière. Nos éléments du
tableau de Mendeleïev prenaient ainsi une structure de plus en
plus fixe, stabilisée et. dans son involution, à une époque
lointaine, le simple plomb occupait la place de notre uranium
238. Voilà aussi pourquoi la place ancienne de nos sept métaux
était sacrée : à l’époque adamique, tout était « auréolé » d’Esprit,

31
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 32

et il existait des êtres semi-matériels, si nous pouvions les


examiner de nos jours.
De plus en plus loin de Dieu, de plus en plus emprisonnés dans
un nombre de lois croissantes en quantité et en détails, allant
vers l’infime et l’extérieur de la spirale, l’espace et le temps - la
matérialité - entraient ainsi de plus en plus dans les structures
de l’homme pour, aujourd’hui, le dominer presque complètement.
Les chocs commandent la marche de notre terre, du fait du très
grand nombre de lois parfaitement concurrentes. L’homme se
déspiritualise par la force de cette course, immuablement et dans
sa généralité.

... Les traditions religieuses, quelles qu’elles soient, avec toutes


leurs variantes, proposent à l’homme ainsi perdu la possibilité de
re-axage par rapport à l’origine, à la condition de son adhésion
totale accompagnée de sa complète participation.
C’est pourquoi toutes les formes d’ascèse sérieuse libèrent
l’homme de sa mécanicité par un travail très dur sur sa
matérialité : dans tous les cas d’évolution spirituelle, la matière
de l’homme - son corps physique- doit inévitablement se
transfigurer, afin de générer en lui les indicibles substances (se
rapprochant plus du niveau des hormones) qui permettront un «
pontage » durable et irréversible. C’est aussi pourquoi un
matérialiste ne peut reconnaître un saint-homme, tout comme le
plomb a perdu sa mémoire d’une filiation royale.
L’Alchimie, elle, a toujours gardé son mystérieux dynamisme,
quels que soient les époques et les lieux, parce qu’elle observe les
lois du cosmos d’une manière englobant la matérialité terrestre,
tenant compte de l’implacable réalité matérielle. C’est à ce titre
que la voie brève permet aux matériaux et à l’alchimiste une
possibilité d’orientation des lois comme à l’époque du premier
Adam : par l’artifice brevia, l’artiste tourne la difficulté de
l’éloignement, de la complexion désordonnée des chocs matériels
en un ordre filial et très simple, principiciel.

32
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 33

Voilà la raison pour laquelle, lors du mode opératoire de l’Art


bref.- et des autres voies alchimiques dûment menées -
l’opérateur et l’opération se trouvent ensemble dégagés des lois
accidentelles, se « reaxant » de la sorte d’une manière précise
avec le centre galactique, retrouvant par là le Fiat virginal de la
lumière divine, parce que l’ensemble réintègre une parenté
ancestrale et originelle, de toujours.
L’artiste échappe de cette façon à la loi du temps et de la matière,
tout comme son opération, retrouvant un temps « relaxé » bien
plus long et un espace qui échappent aux lois de la mécanique
relativiste. A ce titre, c’est une des raisons pour laquelle les
modèles mathématiques modernes sont insuffisants pour
répondre à la demande, plus avancée, de la recherche en
physique nucléaire.
Dans un tel monde ancestral, la seconde n’est plus l’unité de
temps, mais la conscience. De même, la vitesse de la lumière
meurt en tant que référence physique, pour n’être qu’une simple
expérience du niveau de la loi de gravitation de Newton. Un jour
viendra où des esprits éclairés, parmi les modernes, trouveront
de nouveaux modèles plus objectivants pour expliquer le monde,
et ils s’apercevront avec stupeur que les alchimistes les
connaissaient depuis au moins quatre mille ans.
Ainsi resitué, l’opérateur, dans sa partie subtile, échappe à
l’influence terrible de la spirale décadente, horizontale et
centrifuge de la galaxie, pour se retrouver dans la formidable
ascension de l’évolution spirituelle. L’artiste qui réussit la
première médecine blanche retrouve alors son quota de temps de
vie biologique à l’origine de sa réalisation programmé par ses
propres chromosomes, et les erreurs qu’il a pu commettre du
point de vue pathologique sont gommées. La Pierre, elle, offre en
plus le parfait réajustement cosmique, immédiatement disponible
et mis en réserve, agissant sur les êtres et sur les matières,
modifiant le message des générations emprisonné dans la
structure de l’ADN de l’homme, réorganisant les niveaux de
matérialité pour la matière en déplaçant l’échelle des
potentialités des origines.»

33
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 34

« ... La voie brève, comme les autres voies alchimiques, est


l’artifice par lequel une sorte de recentrage de lentilles optiques
s’effectue, engendrant par là une énergie considérable,
formidable télescope, d’une nature particulière, vers l’absolu.
Pour cela, et afin d’éveiller les processus d’espace-temps, elle
exige les conditions dont nous avons parlé, offrant
exceptionnellement un passage spécial, un « trou », un couloir
réduisant à néant l’extraordinaire distance qui nous sépare de la
source originelle.
Pour les mêmes raisons que le kaléidoscope de l’enfant qui
s’ordonne subtilement par le mouvement, ici, entre l’Absolu et la
lointaine terre, le taux de radiations auquel est soumis l’artiste
durant l’opération brève est très précis, pour s’enclencher
parfaitement dans les micro-espaces intermoléculaires de ses
cellules, sans aucun dégât pour les chaînes moléculaires elles-
mêmes.
C’est comme cela que les métabolismes se réorganisent vers leurs
fonctions originelles et pures, chassant par polarité, comme des
wagons d’un train, les toxines des déviations engendrées au cours
de la vie imparfaite de l’homme. Une longue période de
désintoxication suit ce départ, jusqu’à ce que le niveau de clarté
des métabolismes soit suffisant pour se décupler et rayonner à
l’extérieur du corps physique de l’alchimiste. »
L’opérateur devient une sorte de prisme : j’avais vu plusieurs fois
S. briller d’une curieuse luminosité à des occasions spéciales.
Il était deux heures du matin lorsque Solazaref cessa de parler.
Le soir même, il mit en route le fameux four. En approche de
l’expérience ultime, il s’arrêtait toujours lorsque les vibrations
étaient suffisantes pour - dans un sifflement strident - déplacer le
creuset et son fromage !
Avec les lunettes spéciales, on pouvait voir à travers l’incroyable
fournaise, élancée comme une inertie, le vaisseau très particulier
sautiller la ronde dans l’enceinte. Lorsque le bouchon était retiré
brièvement, du liquidus sortaient des petites billes très
brillantes, obéissant au ballet créé par les vibrations, retombant
à la surface du bain en constellations d’étoiles qui rappelaient un
ciel filmé à rebours en caméra ultra-rapide : les années

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 35

semblaient s’écouler à reculons, jusqu’à une indicible clarté qui


nous plongeait dans un étrange coma, duquel nous sortions
comme transfigurés de l’intérieur ...
Le compteur qui mesure la radioactivité, approché de nos corps,
marquait la sonorité. Cela faisait sourire S.. Il préférait utiliser
un appareil bizarre dans lequel une petite feuille faite d’un métal
alchimique se décollait en apesanteur d’un support lorsqu’il
fallait cesser l’expérience.
Le corbeau était dressé à s’agiter là, caquetant sèchement,
pendant que S. surveillait l’extinction lente du processus
infernal.

Alors que je lui demandai d’autres explications sur cette


présentation cosmologique inhabituelle tellement condensée, il
m’adjura
- Fais d’abord ! Après, nous reparlerons de ces choses.
Puis, fermant les yeux et se retournant doucement en lui-même,
il ajouta d’un ton très aimant, la main portée au cœur comme en
bien d’autres occasions
- N’oublions jamais de louer Dieu pour de tels bienfaits.

Lorsque je songe à ce merveilleux passé, je me demande encore


aujourd’hui comment j’ai pu conserver toute ma tête ... Car
durant ces années, je ne savais pas identifier en moi Solazaref
merlin, fou ou diable.
Maintenant qu’il est parti, je crois savoir que l’alchimiste est
vraiment un être à part dans la création.

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 36

La descente de l’Esprit Universel Les rayons de la Kabbale.

UBER DEM MEISCHER (A propos du Maître)


Cette nuit de Mai 19.., je trouvai Solazaref prostré, malgré la
propice lune montante appelant au fourneau. Il était assis contre
le bord du muret d’avancée du laboratoire.
Tel un chat qu’il m’a fallu distinguer dans l’ombre alors que
j’appelai à haute voix, il se tenait là, plus sombre encore que la

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 37

faible lueur d’argent accompagnant l’air légèrement humide et


frais de cette nocturne heure printanière.
- Meischer, qu’avez-vous donc ? lui dis-je d’un ton très doux,
sachant qu’il n’aimait guère être replacé dans une autre
dimension de cette manière.
Le silence ne fut troublé que par un vague geste de la main
frottant sur le fort velours du pantalon. Je reposai la question
avec autant de tact et ajoutai
- Mais vous allez attraper froid !
Il s’assombrit plus encore. Immobile près de lui mais décidée à
l’entraîner vers la maison ou à lui apporter une couverture,
quand il émit un balbutiement
- Si heert nit guet, Si siht nit guet ... (elle n’entend pas bien, elle
ne voit pas bien).
M’accroupissant pour mieux percevoir, je distinguai alors ses
yeux fermés. De fines perles scintillaient sur ses joues, presque
comme des petits vers luisants. Le silence devint instantanément
très profond et, comme je posai délicatement ma main sur son
bras, l’imperceptible claquement de ses larmes sur le tissu
m’émut très vivement.
Je ne savais pas pourquoi il était si malheureux, je ne pouvais
pas supporter de le voir souffrir, lui, d’habitude si jovial, si gentil
et tellement fort ! Toute sanglotante - Je vous en prie Meischer,
qu’avez-vous ?
Il ouvrit ses yeux ; ils brillaient comme éclairés de l’intérieur.
Jamais je n’avais vu un tel regard, une vision de feu fluorescente.
Le souffle coupé, je sentis sa main bouillante sur la mienne. Il
tremblait légèrement, je suppliai
- S’il vous plaît, je vous en prie, dites-moi !
Il ouvrit la bouche et, sans qu’aucune syllabe ne soit prononcée,
d’une intonation sonore et plus grave que la sienne accompagnée
d’un souffle puissant, très distinctement se fit entendre - Danke,
mein Gott ... Danke, mein Gott ... Danke, ...

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 38

Comme poussé par une invincible force, il se mit à genoux et


chanta un psaume à tue-tête, ses yeux brillaient encore, j’étais
folle de peur.
Voulant couper court à l’événement, bêtement dirigée par
l’angoisse, je me lançai promptement vers S. et tentai de le
relever pour le faire rentrer. Non seulement il chanta de plus
belle, ameutant presque tout le quartier, mais il était cloué au sol
comme du roc ! Impossible de lui imprimer un seul millimètre de
mouvement : de la pierre !
J’étais terrifiée. Que se passait-il donc ? Très anxieuse de le voir
parler et chanter en allemand, ne sachant plus quoi faire ni où
j’étais, j’allais en tous sens pour me retrouver finalement seule
dans le laboratoire.
Une impression étrange y régnait, très sereine et comme si ce
lieu n’était plus sur la terre, mettant fin à ma terreur et
m’imprimant un extraordinaire sentiment de quiétude.
Solazaref continuait de psalmodier au dehors, l’athanor était
encore chaud, les creusets fumants dégageaient un suave
parfum. Sur la grande paillasse, tout-à-côté de la Bible posée là
entre des manuscrits, dans une coupelle en porcelaine, je
distinguai à la faible lueur de la bougie un petit grain. Sa place
insolite et solitaire attira mon attention. J’approchai la lumière.
Le grain était comme une lentille ovale, mate, dorée sur une face
et blanc-cendrée sur l’autre. Qu’est ce?. ..
Je sentis immédiatement que cette lentille était responsable de la
situation présente. Solazaref s’arrêta de chanter. Retrouvant
complètement mes esprits et me dirigeant vers la porte de sortie
pour le rejoindre, je trébuchai violemment contre un moule très
lourd. Je voulus le saisir pour le ranger : il était brûlant ! à l’aide
de gants je pus l’approcher de la lumière et le spectacle me
replongea dans la panique. De l’or très fin était là dans ce
moule...
Solazaref avait pris place à nouveau contre le muret, il pleurait
encore. Je m’assis auprès de lui. Après un long moment, il
commença à parler, d’abord très lentement, enroué.

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 39

- imagine une seule seconde que la joie ne soit plus la joie,


imagine que la plupart jouent avec la Science et qu’ils
apprennent aux novices des mensonges, imagine dans quel
désarroi se trouveront placés les postulants les jours de doute,
aux heures difficiles ?
Que voulez-vous dire ?
Certains, qui pensent être dans la Science alors qu’ils ne
travaillent pas, écrivent et clament partout que l’or de
transmutation n’est pas de l’or, mais un métal autre qui serait
une sorte de frère sans en être un exactement.
- Comment cela est-il possible ? Pourquoi énoncent-ils de telles
choses sans les avoir accomplies ? Comment osent-ils douter et,
pire encore, le propager ? N’est-ce pas justement le prodige de la
Nature, l’arcane de la Science, que celui de transmuter vraiment?
Devant mon étonnement, S. retrouva son ton habituel. Agacée, je
repris Meischer, l’or de transmutation du particulier, celui que
vous venez de couler, n’est-ce pas de l’or ?
Assurément, mein fraülein. C’est de l’or le plus pur. Déjà l’an
dernier par chance et par un de ces hasards providentiels, il m’a
été donné ce grain. J’ai pu porter une parcelle du métal
transmuté au laboratoire ... de Strasbourg : poids atomique
196,967, densité 19,32, point de fusion 1063°C.
Incontestablement de l’or à 21 carats.
Certains ergotent là dessus, comme si l’or était le but, comme si
cette preuve validait un savoir, alors orgueil, parce que cela les
arrangerait pour leurs fins personnelles. Cette question là n’est
rien par ellemême. Elle devient grave parce qu’elle se propage et
se multiplie. Les jeunes, inévitablement, la prennent pour
compte, ils ne peuvent pas savoir. Comment les prévenir de ce
danger ?
Tu vois, mein Valoch, le pouvoir d’analyse disparaît avec
l’accomplissement du deuxième œuvre, qui est pratiquement du
même niveau que les particuliers. Etendre l’analyse au delà de
ses possibilités réelles - pour tenter par exemple de démantibuler
les prodiges de la transmutation - c’est à la fois prétendre et
méconnaître gravement.

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 40

Ces choses sont du même ordre que la miraculeuse virginité de


Marie. Ne pas croire en cela, c’est retirer à Dieu sa dimension
infinie. Analyser le fait, c’est avancer l’homme avant ledit fait et
écarter le miraculeux. Douter, c’est se placer soi-même par
dessus l’objet du doute. Chicaner, chuchoter, discuter
savamment, c’est être en réalité parfaitement imbécile,
prétentieux et fourbe. Ce sont ces attitudes qui traduisent la non-
filiation, l’inobéissance et le manquement traditionnel : tout le
contraire de l’objet, tout le contraire de l’Alchimie.
Dis-moi donc comment tout le contraire de l’Alchimie prétendrait
enseigner l’Alchimie ?
Puis il reprit
- Pendant que les superbes papotent d’Alchimie, ils ne font rien.
Là n’est pas le dérangement au fond, car chacun vit comme il le
veut. C’est le caractère généraliste de cette attitude ainsi que sa
propagation qui lui donne sa dimension réellement nauséabonde.
Et personne n’ose en parler ouvertement ! Il faut, croit-on, «
ménager les susceptibilités ». C’est-à-dire qu’à l’époque
bienheureuse des croisades, par exemple, il aurait fallu laisser
Jérusalem aux impies (l’Islam des harems et non celui du
Soufisme) sous le fabuleux prétexte de « ménager la chèvre et le
chou »... Non, vois-tu, nos Pères eurent raison de laver ces
souillures, non pas pour eux bien entendu, mais pour le Blason.
le blason ?
Il s’agit avant tout, pour le quêteur qu’est l’alchimiste, de
retrouver le sens des choses. De nos jours, où la civilisation
moderne imprime fortement les mentalités de ses faux symboles,
pauvres lexiques insignifiants à l’usage des masses qui tendent
vers le moindre effort, retrouver le sens des choses est renvoyer
les apparences à une signification plus juste.
Auparavant, ces questions ne se posaient pas. Dans les coins les
plus reculés de notre France, jusqu’au fond des plus petits
villages, la Tradition était omniprésente. Chacun, en allant
chercher le pain, passait devant le feu du forgeron, chacun priait
à la croisée des chemins, tous étaient unis régulièrement autour
du Christ, sinon du Graal, protégés par un Maître d’armes royal

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 41

qui était dépositaire des valeurs traditionnelles. La Science était


indissolublement liée à la Foi et au Peuple.
La prétendue ignorance relatée par quelques historiens hâtifs,
les excès d’une petite poignée de bourgeois n’enlèvent rien au
caractère grandiose de cette majestueuse évolution douce, lente
et exultante d’art qu’est le Moyen-Age.
A l’époque, tout le monde savait comment rougir le fer du cheval,
on connaissait la valeur du travail, du sacré, du juste, du
manque. De nos jours, on ne sait plus rien de ces choses. Tout un
apprentissage doit être revécu par n’importe quel aspirant à la
Tradition, quels que soient son âge et son milieu, sous peine
d’égarement certain. Cet apprentissage ne peut s’intégrer qu’en
rejoignant la source traditionnelle et non pas. comme le pensent
les modernes - même ceux qui « étudient » les traditions - en
imaginant créer quelque chose par la pratique exubérante de nos
propres phantasmes, si culturels soient-ils au premier abord.
Mais le Blason ? ...
Il est nécessaire de bien observer plusieurs valeurs, dans le
présent examen. Tout d’abord, il faut s’en référer à l’attitude
d’antan qui consistait à obéir. Ecoutons donc les Anciens.
Nos Pères voyaient dans le Blason deux aspects d’un même
principe : la capacité héraldique et l’acquisition dudit blason.
La capacité héraldique est la particularité majeure d’une société
traditionnelle. Dans cette dernière, l’ordre terrestre est le fidèle
reflet des hiérarchies célestes. Les lois naturelles s’harmonisent
avec la révélation divine, l’ensemble du tissu social étant
fortement imprégné de cette unité spirituelle dont le Blason
représente la synthèse.
C’est pourquoi, dans une telle société, la hiérarchie est
absolument ordonnée selon Dieu, hiérarchie voulant ici dire ordre
sacré. Ordre comme agencement et ordre comme mission, sacré
comme précieux et sacré comme sacre (bénir, oindre, élever au
dessus de : l’arcane essentiel de la transcendance ou de
l’Alchimie)...
La plupart des historiens contemporains, jugeant d’une manière
inconsciente la noblesse, oublient qu’ils sont nantis des vices du

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 42

siècle, c’est-à-dire le plus souvent : absence d’intégrité, abandon


de la dignité et pire, incompréhension même primaire de tout
sens religieux. Ce sont eux qui se sont permis, avec ce genre de
bagage, une tentative d’explication d’un passé vis-à-vis duquel ils
sont complètement infirmes. Se basant essentiellement sur une
forme décadente de la bourgeoisie sensée pour eux représenter la
noblesse, et ne pouvant psychiquement comprendre que cela, non
seulement ils se trompèrent du début jusqu’à la fin de cible, mais
en plus ils trompèrent les autres en laissant leur fiente comme
héritage.
Par exemple, ils confondirent les nobles tombés en roture avec
l’authentique noblesse. Les premiers s’étaient rendus coupables
d’abandon de leur état par des actions viles : forfaiture, félonie,
crime ou plus simplement embourgeoisement dans divers
commerces, dans des activités marchandes et spéculatives. Ils
perdirent alors leurs armoiries, leurs privilèges et ne purent
exercer leur devoir, n’exécutant plus les desseins de la
Providence et ne créant plus l’histoire par leurs hauts faits. - En
effet, Meischer, l’analogie avec l’Alchimie est écrasante de
réalisme. Mais tout comme dans la Chevalerie, qui n’a pas
d’époque puisqu’elle est principalement spirituelle dans son
essence, l’Alchimie ne demande-t-elle pas également la fidélité
absolue à la parole donnée, l’unité de soi et l’engagement
irréversible au service des réalités supérieures ?
- Très exactement ! L’Alchimie, tout comme les Armoiries, est
l’objet d’une quête qui succède à un appel intérieur. Comme la
quête nécessite un juste don de soi ou un détachement vis-à-vis
de nos imperfections, le premier signe distinctif de tout aspirant,
je te dis bien de tout aspirant, est nécessairement l’intégrité.
Homme intègre en esprit et en actes, partout où il vit,
l’alchimiste postulant doit admettre qu’il n’est que l’outil de
l’architecte céleste. Avec l’intégrité, son fer de lance sera donc
aussi servir, c’est-à-dire obéir.
Mais vois-tu, tout cela présuppose bien des conditions. Il est en
premier lieu évident qu’un être capable de ces qualités a d’abord
compris qu’il n’est pas un être de droit, mais un être de fait. Il n’a
pas demandé à naître : il dépend, et c’est cette relation de

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 43

dépendance qu’il a décidé d’assumer jusqu’au bout. Voilà la


quête.
L’obéissance doit alors s’appliquer envers les dons que Dieu a
déposés en chacun. Nous devons incontestablement les fortifier
afin de les offrir au service de tous.
La grande confusion moderne est celle qui consiste à développer
les caprices instables de la personnalité à la place des valeurs
profondes de l’être. C’est plus facile. Le salaire n’est pas le
même...
Mais obéir est pour le moderne la chose la plus difficile qui soit !
Habituellement, il hurle rien qu’à l’évocation du mot et,
immédiatement il se dépêche de chercher toutes sortes de
justifications qui lui permettent de ne pas obéir. Lorsqu’il n’en
trouve pas ou plus, il dit qu’obéir est une maladie. Le plus
souvent, il détourne tout : il veut bien comprendre en apparence
ce qu’est l’obéissance seulement si sa personnalité est d’accord.
C’est-à-dire, lorsque sa personnalité « aime bien » au fond, afin de
lui apporter ceci ou cela plus tard, alors il veut bien.
Obéir, ce n’est pas cela.
Je sais qu’en parler est tabou pour les modernes, comme
beaucoup de choses dont ils se sont imaginés s’être libérés. Mais
c’est à toi que je m’adresse, mein Valoch, pugiliste de Jésus et
non pas pseudo savant parfaitement obsédée par l’importance de
tes connaissances.
Si la fleur précède toujours le fruit, d’une manière analogique, le
détachement à ce monde précède l’obéissance. Cela va ensemble :
si quelqu’un ne sait pas obéir aux commandements de son père,
immanquablement celui-là reste attaché au monde et, par
conséquent, reste aveugle. Le père a l’expérience de ce qui est bon
pour nous ; au lieu de croire que nous perdons l’essentiel de nous-
mêmes par l’obéissance, il faut s’appliquer à renoncer justement
à cette idée.
Bien sûr, il ne s’agit pas d’une quelconque obéissance, mais de
celle qui est affectueuse, empressée. En effet, au départ de
l’obéissance, il y a la loyauté ... l’édifice sur lequel repose tout.

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 44

- Voilà qui est difficile, Monsieur Solazaref. Cela ne pose-t-il pas


la question de la filiation, de la mission et du discernement ?
- Absolument ! Précisément, c’est ce que j’appelais « retrouver le
sens des choses ». Car de l’obéissance naît l’humilité. et de
l’humilité naît le discernement. Puis, du discernement naît la
clairvoyance : la véritable connaissance.
Mais comment veux-tu que les modernes comprennent cela ?
Tout a été éparpillé, c’est l’anarchie ! Pour eux, avoir une mission
est une maladie, être clairvoyant une encore plus importante.
Depuis le nivellement par le bas, par la masse, par la confusion
entre l’unification et l’uniformisation ( la plus grosse tare du
marxisme ), simplement éprouver quelque chose d’intérieur n’est
plus admis sur le plan général, donc mal enseigné. Ils ont tout
oublié pour, finalement, réagir comme les matérialistes bourgeois
responsables de la décadence de l’occident. Tous déclarent que
ces principes n’existent pas. Ils dorment profondément.
Toi, petit oiseau, comme tant d’autres postulants, tu as ces
maîtres à l’école, ou tu les as eus. Puis, lorsque tu es devenue
grande, on t’a dit que tu avais une intégrité bien à toi, alors
qu’elle n’est qu’une somme d’identifications, pas grand’chose de
plus, une vulgaire façade de plâtre. Et le jour où tu décides de
devenir alchimiste dans ce siècle, tu abordes l’antique Science
avec toutes ces tares, même si tu es persuadée d’être sincère : ta
sincérité sera entachée de tout ce vécu.
Voilà quelque chose qui n’existait pas voici seulement trente
années. Imagine un peu la journée scolaire d’un enfant à cette
époque. Il se levait, déjeunait avec le pain d’Edouard le
boulanger, après la prière ; il savait exactement ce que faisaient
son père et sa mère , après avoir franchi le seuil de la porte, il
passait devant le forgeron, le rémouleur, ... , sa première heure
de cours était soit la messe, soit la morale ou encore l’instruction
civique ; sa deuxième heure de cours était en général le latin ou
le grec. Etc, etc ...
Voilà qui est loin des cassettes de folle musique, du tabagisme,
du sexe, de la drogue et de la contestation. Plus tard, ce sera lui
qui trouvera, dans le rayon « ésotérisme-magie » d’un
supermarché, un livre parmi des centaines d’autres d’un «

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 45

alchimiste » qui n’a jamais manipulé au fourneau. Ah ! Comment


le leur dire ? Mes pauvres petits.
Cela signifie-t-il que seul on ne puisse rien ?
Bien sûr ! Seul, on ne peut rien faire. On croit faire, mais
vraiment faire, c’est autre chose. Pour faire vraiment, il ne faut
pas être endormi. Les modernes ne font pas : ils brassent
simplement le passé dont je te parlais tout-à-l’heure, c’est-à-dire
des choses qui ne leur appartiennent pas vraiment en tant
qu’expérience authentique. Rien que de l’identification, qu’ils
prennent pour leurs propres décisions.
C’est ainsi que le milieu des gens qui fourmille autour de
l’Alchimie ( qui n’a rien de commun avec les sincères, bien
entendu ), pense par exemple que le fourneau résout tous les
problèmes. Voilà encore une erreur. S’il est vrai que le travail à
l’Athanor est le grand catalyseur de la transfiguration, il n’en est
pas le moteur. Ici, ne confonds pas l’outil et l’artisan. L’outil, c’est
le travail au laboratoire ; l’artisan, c’est ton maître, celui à qui tu
obéis d’abord.
Il est nécessaire de rencontrer un maître. Non seulement il est
nécessaire d’en rencontrer un - ou plutôt de vivre une rencontre -,
mais en plus de recevoir de lui un enseignement long et précis.

La question du maître : voilà encore un tabou pour les modernes.


Dès que tu leur parles de cela, eux qui pensent avoir « tué Dieu »,
ils ont les cheveux qui se dressent de fierté sur la tête et le visage
qui rougit de colère. Dans les cas les plus banaux, ce sera un petit
sourire mesquin qui traduit en réalité une parfaite imbécillité.
« Moi, un maître ? Jamais ! ». Alors sortent toutes les excuses :
seul le fourneau résout tout, je choisirai le maître que je voudrai
quand je voudrai, il n’y a plus de maîtres de nos jours, j’en ai
rencontré un ( avec lequel il n’y a eu aucune relation authentique
en réalité) ce qui me permet de lui faire dire n’importe quoi, etc...
Pourquoi, en général, les gens ne veulent pas aborder la question
du maître ?

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 46

C’est qu’en premier lieu, il y a les a priori. Par identification, la


mode actuelle prête au mot « maître » une signification tournée
d’emblée en dérision. Alors qu’il faut des années pour avoir la
chance, la grâce d’en connaître un, les gens s’imaginent que c’est
en lisant le dictionnaire, ou en écoutant les autres cyniquement
colporter une vulgaire identification, savoir ainsi ce qu’est un
maître. Comment pourraient-ils nier ce qu’ils ne connaissent pas?
Déjà, en écartant ces aspects au fond ridicules et primaires, les
plus sincères mais qui sont nés dans ce monde ont rarement
l’idée qu’il faut trouver un maître. Plus rares encore ceux qui le
rencontrent vraiment ! En effet, on peut très bien apercevoir un
maître, avoir des entretiens avec lui, recevoir ses lettres mais, en
réalité, ne pas avoir de rapport autre que celui de la pluie ou du
beau temps. Combien y en a-t-il qui gâchent ainsi des chances
inouïes et, par pure importance d’eux-mêmes, par suffisance,
passent complètement à côté de la plaque tout en s’imaginant
être le petit disciple privilégié !
Je sais bien que cela fait mal d’entendre toutes ces choses, mais,
avant que je m’en aille, il faut que tu saches. Les gens
n’acceptent pas ces vérités : il faut déjà être préparé pour les
entendre. Il faut avoir vécu et retiré la bonne expérience de cette
vie, sans mettre le polochon sur les mauvaises odeurs. Si tu ne
pars pas de ce qui est, tu pars d’un rêve, de ton rêve, et tu
n’aboutiras qu’à un mauvais réveil, comme dans tous les
cauchemars.
Les autres, ceux qui ne veulent rien savoir de cela, ils se mentent
à eux-mêmes, ils refoulent parce que cela met en péril leurs
privilèges égoïstes.
Le sincère, au contraire, le sait déjà au fond de lui, sans
prétention ni vaine gloire, simplement par expérience.
Ceux qui vivent une relation superficielle avec un maître disent
volontiers « mon maître » et pourtant, aucun maître n’existe,
puisqu’ils n’ont pas établi la relation réelle de disciple. Une
rencontre éblouissante et les voilà fascinés, admirateurs, soi-
disant éclairés, parce que le maître leur a accordé quelques fois
un entretien, parce qu’ils ont reçu quelques lettres ou quelques
coups de fil. Une relation maître-disciple, cela n’est pas ainsi.

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 47

Encore une vérité doit t’être dite à propos de ce type de rapport,


qui est fréquente chez les aspirants si le maître est Adepte ou sur
le point d’y parvenir, ce n’est pas parce que l’on trouve en face de
soi un grand homme que, magiquement, on devient grand aussi,
initiable et privilégié. Ceux-là oublient qu’ils voient le maître
avec leurs propres conceptions, celles qu’ils doivent justement
délaisser. En fait, ils ne voient que leur maître et non pas le
maître. C’est le maître conçu par leur pensée, c’est eux qu’ils
voient.
C’est par ce genre de propagation erronée qu’il existe toutes
sortes de légendes sur les maîtres. Ils devraient ressembler à
ceci, à cela - en fait à leurs conceptions - et, s’ils ne figurent pas
au catalogue, ils ne peuvent pas être maître. Il est donc
convenant de te débarrasser de tout ce folklore qui est ébruité
autour de quiconque parle de connaître un maître en Alchimie.
Un maître diffère d’un autre, il peut être jeune ou vieux, religieux
ou laïc, issu de n’importe quelle condition sociale, homme ou
femme.
Comment savez-vous, qu’avez-vous entendu ?
A chaque épreuve il faut payer d’avance mais il existe aussi la
récompense. J’espère que tu auras l’indicible joie d’entrer un jour
en contact avec les Pères, ceux qui sont au-delà de ce monde.
Tout un autre univers est au delà du nôtre. L’Alchimie en est une
voie d’accès qui permet à l’Adepte de montrer « patte rouge » à
l’entrée du Jardin .. .
Patte rouge ?
Pâte rouge ...
Mais pour l’heure, n’oublie pas de brûler l’image d’Epinal d’un
maître très vieux, à longue barbe blanche, grand sage perdu au
fond d’une grotte couverte d’objets merveilleux, vis-à-vis duquel
on serait introduit magiquement, par mille épreuves insolites, ...
Le plus souvent, ce que les postulants ont entendu dire d’un
maître fausse l’approche de ceux avec lesquels il pourrait y avoir
une véritable relation. Ne connaissant pas de quoi il s’agit en
vérité, ils ne font en général que considérer avec leurs certitudes,
ce qui n’est pas le but - si sincérité il y a - de l’entrevue.

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 48

La bonne manière d’aborder ce point n’est ni celle de la


considération, ni celle d’un désir précis, ni celle d’un jugement,
mais plutôt : suis je capable d’être disciple, postulant à l’Art, ou
est-ce que je fabrique dans ma pensée une notion d’alchimiste qui
me convient et qui est mensongère ?
Tu vois, le réflexe immédiat des gens du monde est celui de s’en
référer tout de suite à n’importe quel mouvement psychique qui
leur permette d’échapper à la vision claire de cette question. Par
exemple, ils invoquent que « c’est chercher midi à quatorze
heures », que « c’est de l’intellectualisme gratuit », ou n’importe
quoi qui leur facilite la fuite, afin de ne pas sentir leurs
certitudes menacées. Bien entendu, de telles personnes ne
changeront jamais, ne connaîtront pas la moindre métamorphose,
puisqu’elles refusent d’accomplir l’acte le plus primaire dans ce
sens. Ces attitudes sont complètement à l’opposé de l’Alchimie.
D’autres croient que les instructeurs qui parlent comme je te
parle maintenant sont méchants, alors qu’ils n’ont que le souci
d’aider vraiment et de conduire à l’Alchimie. Evidemment, ce
sont là des propos nets, sans aucune ambiguïté : comme
l’Alchimie. Tu verras que tous ceux qui refusent ces évidences
rencontreront ces problèmes, à l’heure où ils s’y attendent le
moins, très exactement les mêmes. Lorsque cela se passe de cette
manière, bien plus tard, des années après, on se retrouve en
général complètement seul et s’en sortir devient très difficile.
Quelquefois aussi, on pourra te rétorquer qu’il n’est pas question
de ces termes en Alchimie classique ( comme s’il existait une
alchimie classique ... ), que les récits de tous les maîtres n’en
touchent mot. Cela est faux, cela est encore une échappatoire.
Quand tu rencontreras ce genre d’argument, invite à relire les
Anciens comme Le Cosmopolite, Basile Valentin et tous les
grands : de vastes chapitres sont consacrés aux impies, aux faux
et aux savants enflés. Simplement, de nos jours, l’aspect
extérieur de la tournure des termes change, mais il s’agit
exactement des mêmes problèmes. Il est nécessaire, sans
prétendre apporter aucune nouveauté, de réactualiser les
sentences mêmes des Pères en langage plus moderne : un «
superbe » n’a plus le même sens aujourd’hui qu’il y a trois siècles,
surtout dans l’ensemble du processus de compréhension.

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 49

Voulez-vous me dire encore, monsieur Solazaref ?


Une autre erreur classique consiste à vouloir le meilleur maître
pour soi, à demander son total accomplissement, comme on
exigerait la garantie d’un objet. Il faudrait qu’il soit parfaitement
sage ou Adepte ! On veut le plus fameux, reflet exact de la
dimension de l’orgueil. Il doit forcément avoir un nom, un grand
nom, enfin quelque chose de grand.
Il est plus réaliste de savoir que la rencontre avec un grand
adepte est très rare. Plus fréquemment, ceux qui se sont mis en
route, qui connaissent une bonne partie du chemin, ayant gravi
une marche certaine, ceux-là sont plus visitables : ils ont le grade
d’instructeur et, à défaut d’être maîtres, ils doivent être écoutés
comme des guides pour ce qu’ils ont parcouru.
Le plus souvent, les envieux en font leur cible, parce qu’ils croient
que l’avancement est une question exclusive de progrès, alors que
l’avancement n’est que disponibilité en regard de l’Alchimie et
paix intérieure . .. Les envieux, tu le verras aussi, cherchent
toujours le progrès, les trucs. Ils questionnent beaucoup, sont
fréquemment présomptueux, à l’affût du moindre mot. On ne les
voit que dehors, jamais au travail, c’est là leur signature.
- Mais Meischer, tout ce que vous dites là est pour moi évident,
c’est comme si vous racontiez ma propre pensée.
- Je le sais bien, pour toi tous ces mots sont normaux, comme
pour d’autres qui en prendront connaissance peut-être un jour
par ton intermédiaire, mais voilà : on s’endort vite. Tu pourras
voir que bon nombre approuvent ces termes sans en observer le
moindre dans la pratique. Ils diront « oui, oui, tu as raison », et
ils continueront à rester ce qu’ils sont, à faire toutes sortes de
choses mauvaises pour l’Alchimie ou pour le but qu’ils se sont
proposés d’atteindre. Alors, ils se demanderont un jour pourquoi
ils n’ont pas atteint ce but, en oubliant complètement qu’ils
avaient agi comme cela toute leur vie. C’est aussi la raison d’être
d’un maître, que de rappeler sans cesse le but.
Les modernes ne le veulent pas non plus, parce que pour eux
l’Alchimie est un passe-temps comme un autre. Us décident
d’être alchimistes un jour ou une période de leur vie et puis,
lorsque les problèmes rencontrés dus à cette décision les

49
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 50

orientent vers des difficultés qui n’ont pas grand’chose à voir avec
l’Alchimie, ils oublient. Leur volonté d’hier s’éteint, parce qu’ils
n’ont pas voulu voir vraiment ce qu’était ce désir d’hier ni à quoi
il correspondait dans leur réalité. Ce n’était pas l’Alchimie qu’ils
cherchaient, mais plutôt n’importe quoi qui leur faisait plaisir
sur l’heure : c’est pourquoi endurer le rappel incessant d’un
maître leur est insupportable. Ici encore, ils invoquent alors les
plus subtiles parades du genre primaire pour s’échapper, en se
moquant avec goujaterie de ceux qui travaillent avec un maître.
Ou bien alors, ils disent que les maîtres sont morts et qu’il
n’existe que leurs écrits (que l’on peut bien entendu interpréter
de mille façons sans aucun dérangement ).
La grandeur d’un maître ou d’un instructeur ne se mesure pas au
volume de parutions publiques, au nombre de conférences. Sauf
cas très exceptionnel où un Adepte doit paraître dans le monde,
pour une remise à niveau intellectuelle des hommes neufs qui
abordent l’Alchimie et afin de leur en faciliter l’accès, toujours il
vit caché : sa valeur se mesure à son travail.
Qu’il soit jeune ou vieux, seule compte son œuvre sur le terrain,
au laboratoire. C’est pourquoi un très jeune labourant assidu
peut très bien être appelé à conseiller un homme plus âgé que lui.
Va savoir ce qu’ils faisaient tous deux, en leur temps ... Peut-être
le jeune s’efforçait de toute son âme en secret au travail, avec
peine et beaucoup de mérite, alors que l’autre perdait son temps
aux futilités de ce monde avant sa conversion. Evidemment, au
moment des entrevues, la situation peut paraître paradoxale,
mais elle est juste.
Tu sais, de nombreuses personnes dites d’un certain âge n’ont
pas plus de cinq ans dans leur vie d’être. De même, la plupart des
envieux ne valent pas mieux que des sales gosses qui le sont
restés dans leur corps d’adulte, remplis de caprices qui prennent
les dimensions permises par les forces du corps. Tout comme à
des sales gosses, le jeune instructeur, au cas, peut donner une
bonne correction, si la situation le demande, correction au sens
noble de corriger, de redresser. Ceux-là disent souvent : « je veux
bien vous écouter, mais je vous prie (l’air haut), dites-moi ce que
vous avez à me dire avec délicatesse, dans mon langage, je ne
supporte pas les ordres ! » ...

50
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 51

Pour ce qui concerne les âges de la vie, il est relativement


fréquent d’assister à l’attitude suivante : la personne qui
découvre réellement l’Alchimie a un certain âge ; au lieu de
redevenir comme l’enfant, elle persiste à rester confiante dans
son langage de « grand ». En fait, de telles personnes, par
comparaison, cherchent à comprendre la physique nucléaire alors
qu’elles ne savent ( en regard de l’Alchimie) ni lire ni écrire. Il est
donc nécessaire, avant tout espoir d’avancement, de le leur faire
saisir. Le discours de « grand » sera évidemment l’obstacle
majeur à franchir. Le premier travail pour le maître sera alors
d’induire un doute quant à la validité de ce bavardage intérieur
habituel mais inconvenant pour l’Alchimie attitude souvent
désagréable et difficile, qui met à l’épreuve et qui, apparemment,
n’a pas de rapport direct avec l’Alchimie. En fait, c’est celui qui
est le plus utile.
Il en est ainsi quelquefois, où le maître ne parle pas à son élève
d’Alchimie durant des années, mais des enfants du postulant, de
ce qu’il fait dans la vie, d’innombrables choses à première vue
sans aucun rapport. En réalité, ce sont les premiers pas vers la
grande Dame. A ce stade d’évolution très primitif, le disciple croit
quelquefois que le maître se paie sa sincérité : il est pressé, il
questionne et s’impatiente. Le maître, lui, continue
inlassablement de l’entretenir de ses enfants s’il en a, ou de
choses banales pour le monde mais capitales pour l’esprit
alchimique. Si l’élève ne comprend pas que c’est ici l’attitude
fondamentale, il passe à côté de son initiation, même s’il se jette
sur son fourneau et qu’il travaille comme un fou : non débarrassé
de ses principales infirmités psychiques, il ne pourra jamais, sans
ce nettoyage purement psychologique préalable, observer
vraiment un phénomène ni en saisir la portée alchimique, c’est-à-
dire évoluer comme la Dame est en elle-même. Il ne verra que
quelques parcelles d’opérations mal menées, l’ensemble du
processus ne pouvant mener qu’à l’échec, s’il reste fixe. Tôt ou
tard, il devra en passer par ce nettoyage, avec quelqu’un d’autre
et quelle que soit son humeur du jour.
Un maître ou un instructeur (celui qui a pu, au moins, isoler la
Remore) est un être clairvoyant. Il sait ce qui est bien pour le
disciple, même si ce dernier croit mieux savoir ce qui est meilleur
pour lui-même. Par exemple, en le questionnant sur sa famille,

51
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 52

ou sur ses manières d’être, le maître peut souligner telle ou telle


attitude à corriger très poliment ou avec fermeté, si l’élève veut
approcher l’Alchimie.
Pourquoi insistez-vous sur le point de découvrir réellement
l’Alchimie ?
Voilà une question très importante. C’est également un sujet sur
lequel les postulants butent.
Il existe, vois-tu, une très grande distance spirituelle entre le
moment où l’on vit une expérience et l’autre moment où on
l’intègre réellement, où on la comprend. Bien des postulants
s’imaginent saisir en un instant quelque expérience qu’ils vivent
dans le présent, qu’ils systématisent en vérité à l’aide de tous les
mécanismes dont nous avons parlé.
Cela est surtout vrai en Alchimie, où les événements
s’échelonnent dans une gamme d’instants qui sont variables et
qui montent en « élasticité » vers l’absolu : plus les expériences
sont loin placées en regard du début de l’œuvre, plus elles se
rapprochent de l’infini du point de vue de la durée. C’est
justement cette élasticité du temps qui est une des
caractéristiques premières de la transcendance alchimique. C’est
pourquoi, entre autres choses, les modernes ne pourront jamais
rien y comprendre tant qu’ils restent obstinément fixes dans la
dimension exclusivement matérielle.
Même ceux qui le savent, quelquefois, oublient d’en tenir compte
à chaque rendez-vous de la Providence, car il ne s’agit pas d’une
compréhension intellectuelle, mais d’une intégration totale de ce
« phénomène-crescendo » à tout l’individu. Ils se sont endormis.
C’est de cette manière que bien des personnes croient être
alchimistes, même si elles ont réuni toutes les conditions
matérielles requises, même si elles apprennent par cœur tous les
textes anciens, alors qu’elles ne sont que débutantes. Il n’est pas
déshonorant de n’être que débutant. Ce qui est dangereux, c’est
de croire que l’on est plus que cela. Ces personnes, n’ont pas
rencontré vraiment l’Alchimie. Elles sont persuadées que leur
expérience présente est l’Alchimie, mais ce n’est que de leur
expérience qu’il s’agit. Ce sont ceux-là les plus venimeux, tu
verras.

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 53

Si je te dis ces choses, c’est parce que les temps changent et qu’il
te faudra t’armer contre de nouveaux ennemis qui ne sont plus de
l’Inquisition, mais partout disséminés dans le monde, partout te
dis-je, même jusque dans la vogue qui s’est aussi emparée de
l’Alchimie. - Mais alors, rencontrer vraiment l’Alchimie ?
- Cela est tout autre chose. Ta question me rappelle une prière
que disait quotidiennement mon propre maître : « Surtout, mon
Dieu, n’exaucez jamais mes prières ». Puis il ajoutait
immanquablement à chacune de mes questions : « apprends à
aimer ».
Que voulez-vous dire, s’il vous plaît ?
Je veux dire qu’aimer, communément, entre également dans les
circuits de considération de la plupart des modernes. Aimer ne
veut pas dire « j’aime » ou « je n’aime pas » puisque, dans ces cas,
ce n’est pas d’amour qu’il s’agit, mais de la conception
personnelle d’un sentiment qui n’a rien à voir avec de l’amour.
Par exemple, ils pensent que parler aussi durement, en
apparence, de toutes ces choses, ne peut rien avoir de semblable
avec l’amour. Or, ici, il s’agit essentiellement d’amour, d’un
amour qui n’endort pas, qui ne flatte pas, qui ne prend pas : il
rend l’existence en Alchimie réellement comme l’Alchimie l’exige.
Il ne leurre pas avec de beaux mots, avec des termes qui feraient
plaisir mais qui, au fond, plongent dans un profond sommeil ceux
qu’ils séduiraient.
Faire miroiter le merveilleux en Alchimie doit être empreint de
discernement et de prudence. Il est également nécessaire de
relater l’exacte vérité, ce qui est inhabituel de nos jours, parce
que de nombreux voient dans l’Alchimie une sorte de porte de
sortie, une détente, un bonheur que l’on n’aurait pas dans le
social. voire une fuite. L’Alchimie n’est pas le refuge de ce genre
de maladie psychique, ni de ceux qui cherchent une activité de
détente. Aimer vraiment, c’est être réellement sincère au delà des
modes et des avis divers : c’est dire en toute simplicité l’exacte
vérité, les pièges, les embûches, justement parce que cela fait
souffrir un maître de voir les nouveaux tomber.
De plus, le maître a également le souci de protéger les sincères,
non seulement des embûches, mais aussi des envieux. La

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 54

Providence n’est pas la fatalité. Si les postulants vivent des


difficultés avec les envieux, il ne faut pas dire : « c’est leur
épreuve ». Si l’homme a une éminente responsabilité, c’est bien
celle d’aider son frère vraiment.
Alors, mein Valoch, n’attends pas de moi ce que, dans ta pensée,
tu peux surprendre, discerner, distinguer. Ce ne serait pas
répondre à ta question. Un maître n’est pas là pour commander
ta pensée et te la substituer. Il est seulement là pour te dire que
tu peux tomber par ci ou par là, et pour t’aider à te relever.
Le seul acte que je puis pour toi, c’est de surveiller si tu
surprends, si tu discernes ou si tu distingues alors je puis te dire
que l’Alchimie n’est pas cela, jusqu’à ce que tu retournes tes yeux
dans ton cœur. Non pas par ta pensée, mais par ton cœur.
Vos mots sont mystérieux, Monsieur Solazaref. Ne sont-ils pas
empreints d’orientalisme ?
Was ? ! Orientalisme ? Allons donc, ce sont les termes même de
Saint Bernard. Mais voilà qui suffit maintenant , la fraîcheur
tombe, rentrons.
S. se leva promptement, me laissant là plantée. Je le rattrapai en
courant et passant par la porte de la petite cuisine, je ne pus
résister à l’impulsion de le tirer par le bras pour lui reposer la
question Meischer. rencontrer vraiment l’Alchimie ?
Il me retourna une formidable claque.
Je le remerciai.

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 55

Cher philosophe, il n’y a que trois sortes d’hommes qui ne


dorment pas la nuit : les fêtards, les malades et les chercheurs de
vérité.
L’alchimiste, on l’aura compris, est chercheur de vérité. Pour
mener à bien sa quête, il travaille ardemment à trouver un
enseignement digne. Le moderne oublie que c’est dans l’exemple
d’une vie vraie que l’on découvre un enseignement vrai. Cela
semble naïf, mais il est difficile de pratiquer une discipline
spirituelle avec assiduité : seule cette dernière vient à bout d’un
ego récalcitrant ...
Cessez de lire des vérités. Pratiquez-les. C’est la vanité qui
pousse à la lecture de vérités sans les réaliser. L’homme sage,
même si sa vie entière n’est qu’un acte religieux, il en parle peu.
Le signe distinctif d’un homme non ordinaire - en dehors du fou -
est qu’il ne s’inquiète plus de discuter, parce que tous les doutes
cessent avec la connaissance, et par conséquent toutes les
discussions. Le doute n’étant pas la connaissance, il ne saurait
s’opposer à elle dans un dialogue. Rien ne peut s’opposer à la
connaissance.
Parler de la connaissance est vide de sens, car elle se pratique.
Ne croyez pas dominer votre ego simplement parce que vous le
décidez. Si vous avez cette croyance, il faut que vous sachiez
qu’elle vient de l’inconscient collectif social, depuis le XVIIIe
siècle : à cette époque l’homme a voulu dominer sa nature. Il s’est
imaginé qu’il lui a suffi de le croire pour que cela soit.
En travaillant la matière d’une manière grotesque, afin de se
libérer, soi-disant, l’homme n’a fait qu’enfermer la matière, et lui
dedans. L’histoire des efforts de l’homme depuis le XVIIIe siècle
pour asservir la nature est aussi l’histoire de son propre
asservissement. Cette histoire trouve son origine dans une raison
dominatrice issue de l’ego, lui-même reflet fidèle des libertins
bourgeois du siècle en question.
Ainsi perdu, l’homme, privé de mystère, se déifie lui-même,
puisque son ego n’a que sa propre image en référence. Pour
chacun des modernes, le centre du monde n’est pas ailleurs que
sous ses pieds.

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 56

Voici comment, en quantifiant tout, l’homme est devenu l’esclave


du temps et de l’espace, bien qu’il se figure avoir tout fait pour
s’en libérer.
Aujourd’hui, le temps vaut toujours quelque chose. Il se monnaie.
A partir du XVIIIe siècle, les sociétés artificielles essentiellement
fondées sur les associations volontaires d’actes et sur la
suprématie de l’organisation disloquent les « sociétés naturelles »,
bâties sur les liens du sang et sur la stabilité des grandes
familles du type patriarcal. D’un seul coup, la nature n’apparaît
plus comme le monde où l’homme s’enracine à la fois sur une
terre humanisée et dans une lignée d’ancêtres, mais elle devient
un immense champ à exploiter. La nature est devenue extérieure
à l’homme : un objet que l’on rentabilise.
C’est ainsi que l’homme a cristallisé définitivement une nouvelle
dimension de lui-même dans cette relation négative avec l’univers
: la personnalité, l’ego.
Les certitudes du type progressiste ont toutes le même point
commun dévastateur. Que cela soit Marx, Hegel, le socialisme, le
capitalisme, le communisme : l’homme est un animal producteur.
Jusqu’à ce siècle satanique, ni l’homme ni la nature n’était
séparé. Désormais la nature apparaît en retrait, elle devient un
milieu à exploiter, en dehors de l’homme qui prétend en devenir
l’exploitant. La nature est devenue l’immense réservoir
nourricier du processus matérialiste, communiste ou capitaliste,
qui nous a construit au monde différent que nous prenons, nous
qui y sommes nés, pour le monde. Mais il ne s’agit pas du monde,
c’est le monde fabriqué par l’ego dans lequel vous êtes tous nés et
avec lequel vous avez été nourris.
Au XVIIIe siècle, l’homme a dit MOI irréversiblement. Depuis ce
temps tout notre système social subit cette horreur ainsi que
toutes nos structures éducatives. Tout devient alors subjectif,
faux, puisqu’il n’y a plus aucune racine. De tout bord, on se
trompe.
Le capitaliste, qui vise avant tout le profit et le pouvoir par
accumulation de produits, se trompe. Le communisme et le
socialisme, qui visent par la maîtrise des processus de production
à mettre les hommes à l’aise chez eux dans un monde d’objets

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 57

organisés : dans les deux cas, il n’y a pas une minute à perdre.
Pas une minute à perdre pour édifier la fortune personnelle ou
pour soi-disant faire la révolution. Le temps est devenu une force
productive : il est à la mesure du progrès social.
Pensez à quel prix il acquiert cette valeur... Au prix
d’innombrables abstractions que le processus destructeur nous a
obligés petit à petit à prendre pour des réalités.
Le temps a cessé d’être intimement lié aux rythmes divers de la
vie ; il a perdu sa qualité essentielle ; il n’est qu’une mesure : on
l’a rendu inopérant.
Le temps est devenu le même pour tous. L’activité productive
capitaliste ou socialocommuniste étant la clef du processus
d’humanisation présent et futur, toute l’histoire, la culture, les
activités de l’homme, sa pensée, son sentiment, ses actes, sont
concentrés en fonction de cette situation.
Ce que vous pensez, ce que vous aimez, ce que vous faites est
complètement conditionné, depuis des années, jusque dans vos
structures mentales, en vous. Vous libérer de cela demande
nécessairement du travail, de l’inhabitude, du changement et,
puisque pendant votre croissance ces questions ont été marquées
jusque dans vos métabolismes, jusque dans vos cellules, il est
nécessaire de souffrir.
Redevenir un simple humain précède donc votre désir de
prétendre à l’Alchimie. Peut-être même que ce désir est
simplement l’appel à retrouver le véritable homme en vous. Peu
seront élus, vous le savez.
Quoi qu’il en soit, un travail préliminaire est absolument
nécessaire, mais pas n’importe lequel.
La population s’agitant matériellement est tellement occupée par
sa besogne qu’il ne lui reste plus de temps pour régler
normalement les affaires communes de la société (direction du
travail, art, science, loisirs,...) : il a fallu créer des ministères, il a
fallu créer une classe spéciale qui puisse s’en occuper, une classe
qui, évidemment, ne connaît pas votre problème, votre être, mais
qui le systématise en homme-producteur et en homme-
consommateur.

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 58

Dans les sociétés traditionnelles, en Alchimie donc, les manières


de faire comptent autant que le but final de l’action. A l’opposé, le
« juste-temps » de faire quelque chose est consacré aujourd’hui
aux fioritures inutiles : pertes de temps.
Nous croyons devenir plus forts dans l’art de manipuler en vue de
leur annulation les espaces dits « temps morts ». Nous ne nous
doutons pas qu’ainsi nous permettons à ces mécanismes d’avoir
plus de pouvoir sur nous. C’est le cercle infernal.
Le principe de production, en outre, a également cloisonné
l’espace. Aujourd’hui le travail est accompli dans des lieux
spécialisés à cet effet. Le territoire de chacun n’est plus le
territoire où l’on vit, où l’on aime : il est éclaté en lieux distincts.
Alors qu’avant, tout se réalisait au même endroit parce que tout
se faisait naturellement - et non pas d’une manière décidée -, le
territoire est écartelé en logement, en lieu de travail, en lieu où
l’on s’occupe des affaires sociales, en lieu de culture, en lieu de
nourriture : tout divise l’homme, alors que l’Alchimie demande
une parfaite unification intérieure.
Il vous est donc devenu normal que pour changer le temps ( de
notion de temps subjective ), il vous faille changer d’espace. Aller
« ailleurs » devient un des modèles les plus normaux de notre
société, ce qui favorise inconsciemment la perte d’une véritable
stabilité intérieure, d’une paix ou d’une sorte d’assurance de
l’âme. Le déplacement devient une nécessité vitale. Se déplacer
est devenu quelque chose que l’on fait en vue de quelque chose
d’autre.

Si l’Alchimie prend votre cœur, Elle le videra de tout ce qui ne


vous appartient pas en propre. Même plus, si Elle vous aime et si
Elle vous a choisi, vous pouvez maintenant comprendre pourquoi.
Elle incitera les autres à vous persécuter de mille maux. Dans
vos moments difficiles, n’oubliez jamais que c’est pour mieux vous
serrer contre Elle.
Cette démarche - celle de retourner en Alchimie - exige donc en
premier lieu un retournement de l’extérieur à l’intérieur, de

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 59

l’exotérique à l’ésotérique. Tout, autour de vous, a été laïcisé,


même votre manière d’aborder l’Alchimie. Ce que l’on n’a pas pu
laïciser, c’est votre intériorité : seule, elle est l’abord pur de
l’Alchimie.

Quittez cet enfer.

Laissez ce que, par identification ou considération, vous avez pu


apprendre sur Elle. L’instrument efficace de l’Alchimie réside
dans ce qu’Elle cache plutôt que dans ce qu’Elle dévoile. Il faut
vous rendre apte à vivre la réalité spirituelle qui est la sienne.
Le réflexe mécanique qui vous a été inculqué, directement issu
des conséquences de ce qui est dit ci-devant, est celui qui consiste
dans la maladie des références. Livres, fichettes, notes, on
recherche à l’extérieur de soi les solutions à ses problèmes,
justifiant ainsi le plus souvent son infirmité à les résoudre soi-
même. Agissant de la sorte, on ne fait rien, on copie, on
s’identifie, tout en croyant s’instruire. On ne s’instruit pas. La
véritable instruction est celle qui touche votre niveau de
conscience, votre compréhension, et non pas votre pouvoir

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 60

d’assimilation. Un simple petit ordinateur portatif fait des


millions de fois mieux que vous à ce niveau. Je sais que certains
d’entre vous amorcèrent une tentative de situation objectivante,
en partant des index alphabétiques divers de la sérieuse
littérature alchimique. Si cela est intéressant sur le plan culturel
associatif et raisonnable, vous prendrez garde à l’erreur qui
consiste à étendre cet amusement au delà du domaine limité qui
lui est réservé.
Car, pour l’essentiel, à chaque instant, à partir de vous-même, là
où vous êtes, vous disposez de vous-même. Jamais vous ne
disposerez mieux de quoi que ce soit d’autre que de vous-même et
cependant, voyez combien peu vous y faites appel.
Ne cherchez pas ailleurs : à partir de vous, chaque seconde, il y a
une voie vers l’Alchimie, des yeux qui voient et un cœur qui
perçoit, toujours. Il suffit seulement de s’y éveiller ...
Reste à vous guérir de toutes les déviations qui ont été tatouées
en votre mentalité. Reste à recevoir une information
nourrissante, ce que j’appelle l’équipement conceptuel, qui vous
permettra de fournir un sens à tout ce que votre conscience peut
atteindre, un sens et une direction précis, qui sont véritablement
orientés vers l’Alchimie.
Vous n’êtes pas le centre auquel tout est ramené. Vous prendrez
connaissance des relations entre les phénomènes et vous ne serez
qu’un phénomène parmi d’autres. Vous ne privilégierez plus
votre propre relation aux choses, comprenant que votre ego en est
le foyer attractif.
C’est le concept de généralité qu’il vous faut envisager
maintenant, vous faisant participer à un système explicatif
complet, qui englobe la totalité de la réalité universelle en
fonction de la Tradition. Vous rejoindrez alors votre juste place et
non pas la place que vous vous êtes choisi arbitrairement, nanti
des tares précédemment décrites.
Il s’agit de vous inculquer le principe de cosmisation, s’il nous
était permis de le dire, dont le but immédiat est votre adaptation
à la réalité intégrale et votre préparation à la perception
métaphysique directe.

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 61

Mais il est primordial d’être d’abord ramené à de véritables


proportions dans l’ensemble de la réalité. Qui plus est, il est
encore plus important d’aboutir à une nouvelle mentalité : la
signification, le sens de chacune de vos actions se déterminera
désormais en fonction de ce cadre.
Par répercussion, tout se décentralisera. Naîtra de là
l’homogénéité, dans laquelle vous pourrez comprendre les
correspondances internes de tous les mondes, des divers plans ou
cercles de réalité qui assurent la cohérence de l’ensemble.
Dans un premier temps, il est inutile de tenter de vous situer par
rapport à la réalité. Il est avant tout nécessaire pour vous de
comprendre ce qui vous sépare de la réalité. A cette fin, une brève
étude de la structure de l’homme du point de vue traditionnel est
maintenant présentée.

(Prière )
Il faudrait qu’ils comprennent
ceux que j’ai rencontrés
que Tu es un bon Père,
un Père comme jamais ils n’en ont eu.
Seigneur, je voudrais qu’ils Te voient
tel que Tu es.
Brûlé, consumé par le feu de Ton amour,
chacun d’eux doit être salé par lui
j’appelle.
Que leurs cœurs soient bouleversés.

61
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 62

VOTRE EVOLUTION POSSIBLE


Vous est révélée une partie infime de la Connaissance des Pères.
Notre origine profonde n’est pas terrestre, elle n’est pas
conditionnée par les lois de la terre. Il en est ainsi de tous ceux
qui ont parcouru une grande partie du chemin. Même le
fonctionnement de nos corps est assujetti à certaines lois solaires.
Il est important que vous compreniez l’existence des différents
états de vie entre l’Absolu ? et le bout de l’univers ? . Votre
situation ponctuelle au milieu de cette chaîne magnifique est
matériellement proche de l’Oméga. Votre essence, comme toutes
les essences qui contiennent en elles des capacités évolutives, est
de filiation Alpha.
Celui qui a parcouru une longue route est plus proche de l’Alpha,
dans l’ensemble de son intégration au cosmos. C’est un de ces
êtres-ci qui est présentement votre instructeur : à l’état d’humain
terrestre a succédé la transfiguration solaire par la voie
alchimique. Cela signifie que dans le même corps physique
visible extérieurement, il s’est accompli des métamorphoses
intérieures irréversibles qui ont profondément modifié quelques
processus métaboliques précis.
Par exemple, du point de vue de la science moderne et seulement
à titre de simple information vulgaire, le métabolisme des lipides
se trouve transformé par une production accrue de glycocolle, en
quantité mais aussi et surtout en pureté, ce qui modifie
profondément la transméthylation (transméthylation : passage
du radical méthyle d’un acide aminé à un autre, responsable de
la transformation des lipides ). Ce fait intervient également dans
le catabolisme du cholestérol, où l’acide cholique, principal acide
biliaire, est sécrété sous une forme conjuguée avec le glycocolle,
engendrant une variation de la quantité de sels biliaires - et donc
un réajustement du quota soufre et mercure -. Toujours dans le
même cadre, mais ici au sujet du métabolisme des acides aminés,
la glycocolle-oxydase qui s’apparente tellement à la D-
aminoacide-oxydase, intéresse plus le foie et le pancréas dans
l’équilibre amination-désamination (direction en différé du rein).

62
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 63

Point n’est besoin de temple pour rencontrer l’Aimer.


Le Temple n’est pas un lieu, mais un état dans lequel nous devons
mettre notre corps et notre âme.
Le glycocolle est un glucoformateur. Le passage au glucose et au
glycogène se fait par l’intermédiaire de la sérine, l’ensemble étant
en équilibre contrôlé dans lequel le passage par l’aminoacétone a
une importance que les biochimistes modernes n’ont pas encore
exploré suffisamment.
Plus intéressante est l’intervention du glycocolle au niveau du
cerveau. En effet, si le glycocolle entre en majeure partie dans la
conjugaison avec les métabolites azotées ( processus de

63
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 64

détoxication par le foie, par le rein et son élimination urinaire


d’acides organiques ), cette substance touche la cellule nerveuse
par des processus qui ne concernent plus le domaine exclusif de
la biochimie. Grossièrement, il nous est permis d’écrire qu’il
s’agit là de questions ioniques, organisant certains métaux
responsables de la tonicité de la cellule nerveuse. Nous y
reviendrons.
Petits détails marquant seulement une seule substance, bien
d’autres transformations sont conjuguées dans le corps physique,
allant de pair avec l’élévation intérieure. Un autre exemple est
celui de la lente mais irrémédiable réorganisation de la structure
de l’ADN par le réajustement de la place que tiennent les sept
métaux dans cette double hélice qui, rappelons-le, est porteuse de
tout notre code génétique et qui, une fois transformée sainement,
peut rectifier bien des déviations.
Evidemment, la tare moderne pensera qu’il s’agit d’assimiler par
la bouche du glycocolle pour « vérifier » toutes ces choses, ou,
comme certains le tenteront bientôt, d’injecter certains colloïdes
isotopes en vue d’agir promptement sur les sept métaux de
l’ADN. Tous ces primaires ignorent que c’est par soi que ces
processus doivent être engendrés, et non pas d’une manière
exotérique, menant à la complète désorganisation du milieu intra
et extra-cellulaire.
C’est l’ascèse recommandée par un instructeur qui a cette charge,
que de créer les conditions exactement adaptées à chaque
organisme, en fonction de ce qu’il révèle dans ses déviations
manifestées par son ego, car l’ego reflète toujours très
parfaitement l’état des mécanismes morbides. Nous y
reviendrons également.

Les ordres solaires qui me sont assignés à votre égard : vous


préparer à ces transformations. La terre est sur le point de subir
un irréversible changement. La masse humaine est suffisamment
dense pour infléchir l’équilibre terrestre.
Prêtez l’oreille comme l’enfant à tout ce que vous comprendrez
dans ces lignes. Votre planète - dont je dis qu’elle est vôtre

64
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 65

jusqu’à ce que vous ayez atteint le seuil d’énergie nécessaire à


l’intégration solaire -, votre planète ne sera plus jamais comme
les grands artistes d’antan l’ont dépeinte.
La loi d’accident, l’enclenchement aléatoire des événements issus
de la somme des êtres non unifiés, va bientôt cristalliser dans un
système d’auto-destruction définitif. Guère plus au-delà des
années deux mille, avec de nombreux signes précurseurs que
vous vivrez vous-même au cours de ces tout prochains temps,
l’anéantissement général des valeurs humaines prendra le pas
sur ces dernières. La terre purgera alors sa peine, des milliers
d’années après le péché originel, devenant le lieu que les
religieux ont tous appelé « purgatoire », immense charnier où les
esprits trop englués dans les matières en décomposition seront
contraints d’y rester fixés le temps dévoulu, jusqu’à ce que la
séparation philosophique soit permise par la valorisation du feu
interne.
Vous, philosophes, écoutez-moi. Je vous engage, au nom de votre
quête, à réaliser en vous-même cette séparation au plus vite. Le
sépulcre, lieu où les peines se purgent, n’est pas mythique. Le «
paradis », c’est-à-dire la très-parfaite séparation corpus-animus,
est réellement l’intégration du plus subtil au divin. L’« enfer »,
fournaise et nid du feu fermentant, dans lesquels l’esprit reste
indissolublement lié à la matière qui ne se décompose jamais,
assujettie à de perpétuelles transformations, est une réalité
encore plus omniprésente que celle à laquelle vous êtes
accoutumé.
Ces trois états possibles, à l’issue du grand voyage, sont ceux qui
sont prévus par le cosmos à l’égard des hommes ordinaires.
L’alchimiste, lui, a une tâche supplémentaire : dès qu’il accomplit
au cours de sa vie un acte authentiquement philosophique, son
esprit n’est plus sous le joug direct de ces états. Il devient
opérant au niveau solaire. De nouvelles lois le touchent, et c’est le
début de la transfiguration.

Pour aspirer à l’examen de la structure de l’homme, il est


primordial de saisir quelle est sa juste place dans le cosmos, ou

65
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 66

dans l’ensemble de la réalité. Sans cette vue objective de


l’homme, il est impossible de prétendre atteindre la
compréhension de son fonctionnement, car nous ne vivons pas
isolés dans l’univers, notre place dépendant de nombreux
facteurs qu’il est nécessaire d’appréhender.
Ce n’est pas une étude intellectuelle que je vous soumets. Il s’agit
surtout de votre propre position en regard de cette connaissance
qui sera pour vous nouvelle. La principale difficulté réside dans
le fait de vous éveiller à des choses dont vous n’avez jamais
entendu parler auparavant. Je ne peux donc prendre en compte
toutes les remarques que vous formuleriez au fur et à mesure de
votre lecture, parce que vous ne pouvez prétendre à la moindre
certitude vis-à-vis de ce qui va suivre, pour n’en avoir pas la plus
infime pratique.
Là encore, je sais que cette situation semblera à certains
choquante. Au lieu de tenter une analyse qui serait stérile du
point de vue de l’objectivité, je vous engage plutôt - vous êtes ici
pour cela, postulants - à mesurer combien il vous est difficile
d’aborder un problème ou un sujet inconnu sans le moindre a
priori... Observez déjà en vous-même, maintenant, comment vous
avez réagi à la lecture furtive de ces premières pages. Ce sont ces
mécanismes là que je vous propose de rectifier, notamment.
Je sais également que ce n’est pas chose facile, que de réaliser
que l’on entend ou lit de réelles nouveautés. Vous êtes accoutumé
aux vieux avis, à vos inductions cérébrales habituelles qui,
justement, vous rendent non mobile pour l’Alchimie. En d’autres
termes, espérez-vous vraiment, au fond de votre cœur, trouver
une autre vie à la suite de votre métamorphose, ou espérez-vous
seulement améliorer au maximum celle que vous connaissez
maintenant, afin d’en profiter mieux encore selon vos habitudes
psychiques ?
Posez-vous sincèrement la question, et vous verrez que vous
devrez réévaluer vos valeurs classiques et qu’une menace planera
en vous. A cette menace, bon nombre de parades illusoires lui ont
été présentées, qui ont toutes été calculées par le monde afin que
vous ne puissiez pas vous échapper, lui échapper. Le monde
réussit le plus souvent à imprimer cette menace jusque dans
l’inconscient pour engendrer des phénomènes morbides de peurs

66
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 67

diverses, qui sont camouflées par des attitudes adoptées en


fonction.
La plupart des « personnalités » sont seulement la regurgitation
de cette menace. Rien que de l’illusoire, de la réactivité, du
superficiel, et non pas de l’authentique manière d’être.
L’Alchimie exige une authentique manière d’être.
Vous ne reconnaîtrez peut-être même pas immédiatement que ce
que vous allez lire est nouveau, tant vous êtes endormi à vos
propres certitudes. Mais, si vous prenez patience, vous
découvrirez un monde entièrement autre, et vous commencerez à
vivre vraiment différemment. Ensuite, je vous invite à éviter
d’interpréter vos données psychiques neuves avec votre ancien
matériel. Alors vous vous objectiverez véritablement pour la
première fois, peut-être.
D’autres penseront qu’il est essentiellement question de
psychologie, dans ces pages. Mécaniquement ou selon leurs
vieilles habitudes, ils rapprocheront ce qui est présentement écrit
des théories psychologiques en vogue, et tenteront une sorte de
comparaison afin de situer ces propos.
Ces gens oublient que la psychologie moderne, dans l’histoire, n’a
jamais atteint un aussi bas niveau que celui d’aujourd’hui. La
psychologie a perdu tout contact avec ses origines exactes, l’ego
des hommes modernes l’ayant coupée de toutes ses authentiques
racines, si bien qu’il est maintenant très difficile de vous faire
comprendre ce que veut dire « psychologie », à cause de tous les a
priori qui l’étouffent.
Dire ce qu’est la psychologie et ce qu’elle étudie est devenu très
complexe, parce que jamais dans l’histoire de l’homme il n’y a eu
autant de théories psychologiques. Par exemple, on dit qu’elle est
une des plus anciennes sciences et, malheureusement, dans ses
traits essentiels, une science complètement oubliée.
Premièrement, il est nécessaire de comprendre qu’elle n’a jamais
existé sous ce nom. « Psychologie » était liée auparavant à
Philosophie. Tous les systèmes philosophiques ont leur «
psychologie » afin d’en permettre l’accès concret et la pratique, ce
qui lui donnait son caractère vulgaire, car non infus. En effet, la
psychologie, ou part exotérique de la Philosophie, était faite pour

67
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 68

aider les rétifs à atteindre un niveau de compréhension qui les


autorisait à pratiquer la philosophie.
C’est ainsi que la psychologie a toujours eu trait aux plus bas
niveaux humains ; son enseignement allait du plus subtil - la
philosophie - au plus bas - une masse d’hommes ignorante qui
voulait le rester par excès d’ego -. Imaginez aujourd’hui ce qu’elle
est ! Elle se prétend la science de pointe du monde moderne, et
elle va bientôt tout diriger, comme étant la clef du
fonctionnement des mentalités modernes. Déjà en Union
Soviétique, elle est la véritable police, car celui qui ne pense pas
comme la masse est malade. Voyez ce que devient une science
vulgaire lorsqu’elle est prise comme référence absolument
analytique. Voyez dans quel sens vous iriez si vous preniez cette
science comme base de réflexion au présent travail, qui tente, lui,
de vous parler d’Alchimie ...
Comprenez que la psychologie a la suffisance, en prétendant tout
expliquer, de pallier les impuissances dues à une pratique
exacerbée de l’ego, qui rend les gens inaptes à comprendre la
philosophie d’une manière innée. Si vous vivez selon les arcanes
d’une philosophie, même moderne, vous n’avez besoin d’aucune
explication sur les méthodologies diverses et nécessaires pour
accomplir ce que vous devez. Par contre, si vous analysez
extérieurement une philosophie sans en pratiquer le moindre
principe, vous aurez besoin de « psychologie ».
La philosophie a toujours été liée à une religion, même la
philosophie dite athéiste, qui n’est que la négation des théories
existantes ou leur contre-pied, c’est-à-dire la même chose. Toutes
les grandes religions - et non pas les simulations religieuses
actuelles - développèrent leur enseignement psychologique, mais
cet enseignement était indissolublement lié à une pratique.
Bien entendu, on croira volontiers que « se faire analyser »
constitue la pratique dont il est question ici. On dira également
que la psychologie est une science effectivement neuve,
puisqu’elle a enfin permis d’objectiver les religions. Voici bien des
raisonnements hâtifs, comme nous allons le voir.
La description simpliste et arbitraire de quelques lois psychiques
au fond mal connues constitue l’essentiel de 1 étude de la

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 69

psychologie et n’a rien de commun avec, par exemple, la


philosophie appliquée utilisée encore de nos jours dans l’Eglise
d’Orient et d’Occident pour l’instruction des moines. Dans le cas
moderne, on n’apprend en réalité rien du tout, puisque l’objet du
discours est en dehors de la vie concrète. D:, son côté, la
psychanalyse étudie l’homme comme elle le trouve, ou tel qu’elle
suppose qu’il est. La psychologie traditionnelle, ancestrale, a
toujours étudié l’homme non pas du point de vue de ce qu’il est,
mais plutôt en regard de ce qu’il peut devenir, de son évolution
possible.
La description des traits habituels de la psychologie humaine ne
nous apprend pas à poser la question primordiale : que signifie
l’évolution de l’homme, et une autre encore plus fondamentale
quelles sont les conditions qui permettent cette évolution ?
C’est précisément à ce point que la psychologie traditionnelle
rejoint de plain-pied l’Alchimie parce que, tout comme Elle, la
psychologie se penche alors sur l’aspect essentiellement
dynamique de l’évolution possible, ainsi que sur les
méthodologies qui y mènent.
Tout comme en Alchimie, l’expérience montre que cette évolution
est réalisable seulement sous des conditions très précises, à
l’image des matières dans nos creusets ou dans nos ballons. Il va
sans dire que d’une manière identique, nos matières évoluent
selon des ordres particuliers, avec l’aide d’hommes qui ont des
connaissances et une expérience spéciales : de même, l’évolution
possible de l’homme nécessite une aide de ceux qui ont entrepris
ce travail de métamorphose préalable et qui ont déjà atteint un
niveau certain de développement intérieur, autre que ceux d’un «
maître » de chaire universitaire, complètement identifié à son
personnage. Seul, vous ne pouvez rien faire.
Il est évident que sans effort, votre évolution reste impossible.
Sur la voie du développement, vous devez devenir un autre
homme, un homme différent de celui que vous connaissez et,
surtout, apprendre à savoir ce que signifie « être différent ».
Il est également nécessaire de comprendre que tous les hommes
ne peuvent pas se développer et devenir des êtres différents de ce
qu’ils sont, parce que l’évolution est une question d’efforts

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 70

personnels et, vis-à-vis de la masse de l’humanité, l’évolution est


une exception.
Que veut dire être différent ?
Comment cela peut-il se réaliser ?
Pourquoi tous les hommes ne peuvent-ils pas évoluer
véritablement ?
La réponse à la dernière question est simple : c’est parce qu’ils ne
le veulent pas, c’est parce qu’ils ne veulent rien savoir sur ces
questions et qu’ils préfèrent vivre leur vie nombrilique, c’est
parce qu’ils, ne comprendront ainsi jamais de quoi il s’agit, même
s’ils suivent une préparation idéale - qu’en réalité ils ne suivront
pas -, même s’ils s’imaginent qu’ils le peuvent.
Car pour devenir différent, il faut avant tout le vouloir très
ardemment et très longtemps. Un simple désir passager ou un
vague souhait fondé sur le mécontentement de quelques
conditions temporellement insupportables, ne pourra pas créer
une impulsion suffisante. Votre évolution est conditionnée par la
compréhension de ce que vous allez quêter bien entendu, de la
joie intérieure que cela vous procure, mais surtout de ce que vous
devrez donner pour cela. Si vous ne voulez pas vous engager
absolument dans les efforts justes qu’il vous faut fournir, jamais
vous n’évoluerez, même si vous le voulez. Il n’y a donc pas
d’injustice en cela car, pourquoi l’homme aurait-il ce qu’il ne veut
pas vraiment ?

La première question, ce que signifie « être différent », est bien


plus profonde. Si nous examinons ce qui en est familièrement
connu, nous nous apercevons que cela se limite à admettre que
l’homme acquiert de nombreuses qualités nouvelles qu’il ne
possède pas habituellement. Tous les systèmes classiques qui
présupposent l’existence d’une intériorité humaine affirment
cela.
Mais voilà qui est bien insuffisant. Même si la plupart détaillent
et décrivent ces nouvelles possibilités, il ne s’agit que de
description, et non pas d’une méthodologie qui permettrait à

70
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 71

l’aspirant de comprendre comment elles apparaissent et d’où


elles viennent.
Quelque chose manque dans les théories ordinairement
répandues, cette chose qui ne peut être présente dans ces
théories faute de réelle objectivité : non seulement, il s’agit d’être
autre, mais surtout de comprendre que vous vous imaginez savoir
ce que veut dire « acquérir d’autres qualités ». Vous vous
attribuez facilement cette possibilité, qui consiste à être
confortablement installé dans votre certitude de croire que vous
connaissez ces possibilités et, pire, que vous pouvez les utiliser et
les contrôler.
C’est là qu’est le chaînon manquant, dans ce leurre, savamment
entretenu par l’ego et par la vie moderne. En vérité, l’évolution,
telle que vous vous l’imaginez, même basée sur l’effort et sur
l’aide, correspond pour vous à rechercher des qualités que vous
pensez posséder quelque part au fond de vous, mais au sujet
desquelles vous vous trompez. Je veux dire que vous croyez
illusoirement vous connaître vous-même.

... le vouloir très ardemment et très longtemps.


Vous croyez vous connaître vous-même, alors que vous ne savez
pas vraiment quelles sont les limites de vos propres possibilités,
vous ne savez pas non plus jusqu’à quel point vous ne vous
connaissez pas. Vous admettez qu’il faille des années pour
élaborer une machine compliquée, qui servirait un domaine
technologique quelconque, mais vous refusez de croire qu’un

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 72

temps très long est absolument requis pour l’étude de votre


propre construction humaine, bien plus complexe.
Vous avez toutes sortes d’idées fausses sur vous-même et, la
première de toutes est celle qui consiste à ne pas réaliser que
vous êtes un être compliqué. Vous croyez qu’il vous suffit de
l’imaginer pour le comprendre, mais cela est complètement faux,
parce que vous ne prenez pas les mesures en conséquence et que,
le plus souvent, vous laissez ce que vous êtes livré à lui-même
dans un monde livré à lui-même.

Que signifie le fait d’être une construction vivante ? Cela vous


choquera certainement, de réduire votre personnalité à cela, et
pourtant dans l’état actuel de vos réelles possibilités en regard du
cosmos, vous l’êtes et vous fonctionnez très mal.
Etre une structure dynamique veut dire qu’il n’existe pas d’action
indépendante en dehors et à l’intérieur de vous-même. Vous êtes
une créature qui est principalement mise en mouvement par des
influences extérieures se manifestant sous la forme de chocs, de «
stress ».
L’ego admet difficilement que l’on ne soit communément qu’un
genre d’automate, nanti de son stock de souvenirs, d’expériences
passées qui baignent dans le flou d’une réserve d’énergie. C’est
avec ce bagage que l’homme moderne croit pouvoir être ou faire.
Vous vous attribuez des capacités que vous n’avez pas. Cela doit
être compris très clairement : votre première erreur est celle de
croire que vous avez réellement tous vos attributs.
Vous savez bien qu’à chaque fois que vous croyez faire, tout en
réalité vous arrive. Cela vous arrive tout comme il pleut, ou
comme un autre événement accidentel, à la suite d’un certain
nombre de chocs qui surviennent. Si vous comprenez cela, vous
pourrez apprendre davantage sur vous-même, mais si vous ne
voulez rien savoir de votre mécanicité, vous n’apprendrez rien qui
vous fasse changer véritablement.
Bien des êtres ordinaires sursautent à entendre de tels mots. «
Comment, moi une marionnette ? Allons donc ! Si je décide d’aller

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 73

à tel endroit ou de faire telle chose, j’y arrive bien sous ma


volonté personnelle, je ne suis pas dirigé par les chocs extérieurs
». Voici la réaction habituelle qui témoigne justement du
sommeil, car une telle réaction présuppose que vous êtes un, être
unifié qui peut dire « je » et qui affirme « moi ».
L’homme moderne n’est pas « un » : il est multiple. Il s’imagine
être immuable, unique, parce que son semblant de conscience
suit une sorte de continuum du temps qui est au fond subjectif.
Vous croyez être le même qu’hier, qu’avant-hier, cet homme qui
évolue en vivant d’une manière responsable des expériences. En
vérité, un moment vous êtes un, l’autre moment vous êtes un
autre, un troisième peu de temps après, selon ce qui vous arrive.
Puis vous dites « voilà la Providence », alors que vous vivez une
illusion complète, en regard de l’Alchimie, en regard de
l’objectivité cosmique.
Votre illusion d’unité, d’immuabilité, a été créée en vous par la
sensation de votre corps physique, par le rabâchage incessant de
votre nom et par un certain nombre d’habitudes mécaniques qui
ont été implantées en vous par l’éducation animique. Ayant
toujours les mêmes sensations physiques, entendant toujours le
même nom et observant en vous-même des habitudes qui se
perpétuent et dont vous n’avez peut-être pas idée, vous croyez
être un homme unique, unifié, qui peut dire « je ».
Objectivement, chaque pensée, chaque sentiment, chaque geste
dit « je ». Ils sont une multitude de « je » souvent contradictoires,
très peu en rapport les uns avec les autres, pour dire pas du tout.
Chaque petit « je » dépend du changement des circonstances
extérieures et d’une certaine modification du niveau des
impressions. Quelques-uns parmi eux suivent machinalement
quelques autres, les plus importants, mais il n’y a pas d’ordre
global ; seuls quelques groupements de « je » peuvent être reliés
entre eux en vue d’atteindre un but qui dépend le plus souvent de
l’ego.
Lorsque vous dites « je », il vous semble que vous impliquez la
totalité de vous-même, alors qu’il ne s’agit que d’une pensée ou
d’un sentiment passager, que vous pouvez complètement oublier
au bout d’une heure, et d’exprimer avec la même conviction une

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 74

opinion radicalement opposée, des intérêts autres. Le pire de tout


est que vous ne vous souvenez pas, vous le réfutez même souvent.
Evoluer ne signifie rien d’autre qu’être différent, mais réellement
différent. En d’autres termes, il faut savoir impérativement
quelle sorte de changement est possible en vous, comment et par
quoi commence ce changement.
Les philosophies classiques, quel que soit le nom qu’elles portent,
même celles qui dirigent le monde moderne (évolution
essentiellement basée sur des connaissances expérimentales et
placées sous le joug de la rentabilité ), nous informent que le
changement de l’homme est fondé sur les pouvoirs et sur les
capacités qu’il s’attribue lui-même. En réalité, il ne les possède
pas. Cela veut dire clairement qu’avant d’espérer acquérir
quelques nouvelles capacités, signe de son changement, l’homme
-
vous-même - doit apprendre à observer qu’il a les plus hautes
illusions sur ses potentialités présentes.
Votre évolution, et c’est ici le nœud de la question, ne peut
reposer sur ce genre de mensonge inconscient, d’irresponsabilité
cosmique et d’ignorance réelle. L’idée trompeuse que vous avez de
vous-même, quand bien même vous douteriez de ce que je vous
dis, est un état de mensonge très subtil dont il est impératif de
découvrir toutes les connexions, tous les tenants et les
aboutissants. Mais auparavant, il est encore plus vital d’observer
cet état d’ignorance en vous, quelles que soient vos certitudes
quant à l’analyse de cette question, qui est celle de l’illusion de ce
que vous vous attribuez : la capacité de faire vraiment, d’être, de
posséder une individualité permanente, d’être unifié et, de
surcroît d’avoir de la conscience et de la volonté. Aussi longtemps
que vous croirez posséder ces qualités, vous ne ferez aucun effort
pour les acquérir.
La plus séduisante est la conscience. C’est celle que l’on s’octroie
le plus facilement et le plus évidemment, teintée le plus souvent
d’un zeste de suffisance. Alors que vous n’avez pas changé, c’est-
à-dire pratiqué vraiment la conscience, il est pour vous évident
d’en posséder les traits.

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 75

Dans le langage ordinaire, le mot « conscience » est synonyme


d’intelligence ou, en d’autres termes, d’activité de l’esprit. On
croit donc volontiers que c’est une activité humaine normale,
continue et permanente. Toutes les écoles d’évolution enseignent
cela. En fait, la conscience d’un homme ne reste jamais dans le
même état. Elle est là ou elle n’y est pas, tout comme une pulsion
dont le rythme de vie est tributaire du niveau de réalisation de
l’homme. Chez les êtres très évolués qui ont accompli en eux un
stade de développement certain par un travail, la conscience
atteint un degré tel qu’elle est permanente. Mais, chez l’homme
ordinaire, c’est-à-dire en vous-même, tantôt elle est là d’une
manière incontrôlée, tantôt elle n’y est pas, il oublie. C’est cela
même, plus que n’importe quoi d’autre, qui produit en l’homme
l’illusion qu’il possède la conscience, parce que s’il la possédait
vraiment, il s’en rendrait compte.
Quelques écoles nient même que la conscience existe. Cela tient à
des extravagances et à de fausses interprétations. D’autres écoles
ne parlent que d’états de conscience et non de conscience. Cela
est basé sur l’erreur banale qui mélange la conscience à d’autres
fonctions psychiques. Bref, les écoles modernes pensent
globalement que la conscience n’a pas de degré, alors qu’elle en a.
Si vous faites l’effort d’être conscient de vous-même d’une
manière continue, vous verrez que deux minutes est la durée
maxima dont vous êtes capable. C’est ici la limite présente de
votre conscience. Si vous désirez prolonger cet exercice, vous
pourrez observer en vous-même combien cela devient difficile.
Cela veut dire que tout le temps dans lequel vous vivez sans être
conscient de vous-même est la période durant laquelle vous
dormez à vous-même.
Dès lors, durant ce temps, qui dit « je » ?
Imaginez que vous assistiez à une séance de cinéma. Si vous en
avez l’habitude, vous ne serez pas spécialement conscient d’être
en cet endroit-là pendant que vous y êtes : d’innombrables
événements accidentels peuvent surgir en vous, comme par
exemple le fait de voir une belle femme, de vous rappeler votre
conflit avec votre supérieur, etc ... Vous êtes au cinéma et, en
réalité, vous n’y êtes pas. Et puis vous redevenez conscient du
fait que vous êtes au cinéma lorsque la lumière s’éteint, par

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 76

exemple. Vous revenez chez vous, le lendemain, pour raconter à


tout le monde que vous avez pris plaisir à la représentation
d’hier. Vous vous en souvenez, ainsi de suite, vous en parlez, vous
avez l’illusion d’avoir été conscient et unifié. Vous n’avez donc
aucun doute sur votre capacité à être conscient et il vous semble
avoir agi d’une manière responsable, entière et raisonnable. Vous
avez dormi la plupart du temps, et le « je» qui parle de la
représentation est aussi celui de ce sommeil.

Il existe au moins quatre niveaux de conscience, ou quatre


grandes étapes distinctes dans le processus de la conscience d’un
homme qu’il peut atteindre. Deux lui sont très familiers : le
sommeil du lit et l’état de veille que vous connaissez tous. Par
contre, l’homme ordinaire, celui qui n’a pas travaillé sur lui-
même, ne connaît rien des deux autres possibilités, qui sont plus
proches de l’Absolu et qui sont requises pour l’Alchimie : l’état de
conscience de soi et la conscience objective.
L’homme ordinaire passe sa vie dans les deux premiers niveaux,
qui diffèrent très peu l’un de l’autre malgré l’apparente
distinction. Il a de temps en temps la lueur très faible de la
conscience de lui-même, lorsqu’un grave problème le touche ou
concerne l’un des siens, mais il n’a aucune idée de ce qu’est l’état
de conscience objective.
Le grand leurre, celui qui est responsable de toute la décadence,
est que vous pensez posséder perpétuellement la conscience de
vous-même. Vous vous attribuez cette possibilité comme celle de
pouvoir en disposer en toute liberté, alors que vous êtes conscient
de vous-même seulement par quelques éclairs, que vous ne savez
pas en plus identifier, sinon vous sauriez ce que cela impliquerait
si vous le pouviez vraiment. Ces lueurs de conscience de vous-
même surgissent accidentellement, par bribes, à des moments
exceptionnels de votre vie meublée d’états émotionnels intenses,
dans les instants de danger, dans des situations complètement
nouvelles et auxquelles vous ne pouvez pas échapper. Mais, dans
votre état ordinaire, celui dans lequel vous vivez le plus souvent,
vous n’avez pas la conscience de vous-même, bien que vous vous
imaginiez le contraire.

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 77

Vous pensez avoir été conscient de vous-même en vous


remémorant tel ou tel événement de votre vie, en accordant la
même valeur à toutes les sortes de souvenirs, du point de vue de
l’acuité que vous en avez. Observez pourtant votre mémoire. Si
vous observez objectivement, vous remarquerez que vous vous
rappelez vos souvenirs différemment. Pour certains vous vous les
rappelez tout à fait nettement, pour d’autres très vaguement,
pour d’autres encore - relatés par un compère présent et marqué -
pas du tout. Dans ce dernier cas, vous savez seulement qu’ils sont
arrivés. Peut-être votre ego était fort occupé à ses copulations,
durant l’instant de cet événement oublié, dont vous n’avez retenu
seulement le fait qu’il soit arrivé. Peut-être s’agissait-il pour vous
d’un événement de toute première importance, en réalité, alors
que vous n’étiez accaparé que par vos désirs égoïstes. Vous
dormiez à vous-même, en vérité, durant ce temps où la
Providence vous avait introduit en bonne place, tout en étant
persuadé qu’il ne pouvait rien y avoir de mieux pour vous.
Vous serez très étonné le jour où vous réaliserez entièrement
combien peu vous vous rappelez, parce que vous vous rappelez
seulement des moments où vous avez été conscient de vous-
même. Cela veut dire qu’en regard des trois autres états - le
sommeil du lit, votre veille dans laquelle vous ne vous rappelez
pas faute d’ego et l’état de conscience objective inaccessible à vos
possibilités actuelles - vous vous rappelez très rarement et, la
plupart du temps de votre vie, vous dormez profondément.
Dans l’état de veille que vous qualifiez d’éveil, dans lequel vous
croyez illusoirement être conscient de vous, vous pouvez vous
rappeler des instants occasionnels où vous avez été conscient de
vous-même vraiment, et vous observerez qu’il ne s’agit pas du
tout de la même chose, preuve que les deux états sont différents,
mais preuve égale que vous n’avez aucun contrôle réel sur eux. Le
but profond n’est pas d’avoir un contrôle sur tout, comme ces
paranoïaques qui veulent démantibuler Dieu par une forme de
connaissance profondément animique. Notre rôle est seulement
celui d’assumer nos responsabilités d’homme, c’est-à-dire nos
possibilités. Je vous dis ceci à cause de certaines gens qui se
disent « religieux » et qui, par pure fainéantise, ne veulent rien
savoir de toutes ces choses, parce que cela les dérangerait dans
leur confort de matérialisme religieux.

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 78

Nous ne sommes pas complètement irresponsables et affirmer


que « tout arrive selon Dieu » doit être empreint de discernement
: cela permet souvent aux egos cossards de se laisser aller plus
encore à leurs vices et de ne prendre aucune responsabilité.
L’homme a des responsabilités, et notamment celle de dire oui,
celle de travailler. C’est seulement après tout le travail qu’il
entreprend sur lui-même que l’homme peut prétendre atteindre
une petite liaison avec ce qu’il nomme au départ subjectivement «
Dieu ». Pour l’instant, il est nécessaire de nous attarder un
moment sur celui qui cherche à connaître - vous - plutôt que sur
vos états subjectifs qui parleraient d’un Dieu qui serait
inévitablement le vôtre ... Je répète que certains hypocrites
n’aiment pas mon langage. Ils disent que tout cela est dangereux
et prennent notre travail comme une bravade à Dieu. Nous ne
sommes heureusement pas comme eux et si Dieu nous a donné
les possibilités dont nous parlons ci-devant, c’est pour les
assumer et Le servir. Ces hypocrites camouflent en vérité leur
couardise. Nous y reviendrons, mais la question reste entière
avec le mot Alchimie.

En effet, vis-à-vis de l’Alchimie, qui est la connaissance objective


et donc qui requiert un état de conscience objectif - celui dont
l’homme ordinaire n’a pas idée - il nous est vital de rectifier nos
attitudes et de prendre conscience dans toute notre masse qu’il
nous faut, avant de prétendre atteindre à cet état de conscience,
passer par l’état de conscience de soi.
Car comment gravir une marche en sautant la précédente ? Que
ceux qui n’acceptent pas ces évidences tentent la prétention de la
conscience objective : ils verront bien vite qu’ils se trompent, que
ce mouvement même est commandé par l’ego, justement par ce
dont ils doivent se libérer pour atteindre la conscience objective.
Et, s’ils en passent par là - c’est-à-dire par le chemin normal -, ils
observeront qu’ils n’évitent pas l’état de conscience de soi. Ils
comprendront que la question : « est-il possible de devenir
conscient » est pour l’heure la plus importante qui soit, et surtout
que la réponse à cette question est complètement perdue.

78
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 79

Ce n’est qu’avec des méthodes appropriées, meublées d’efforts


particuliers, que l’homme peut atteindre le niveau requis de
conscience sur lui-même, lui autorisant l’espoir d’une conscience
objective. Pour vous, maintenant, la chose la plus importante est
de mesurer ce que cela implique. C’est cela, travailler.
Dans l’état actuel de vous-même, vous ne pouvez pas imaginer ce
que cela implique, parce que cette étude commence
inévitablement par l’investigation des obstacles qui vous
séparent de la conscience de vous, ce dont vous n’avez pas idée,
sinon vous seriez conscient de vous-même et vous seriez Adepte.
Cela ne peut commencer seulement que par la disparition de
quelques-uns de ces obstacles, dont le premier est votre ignorance
de vous-même, ou fausse conviction que vous avez de vous-même,
alors qu’en vérité vous ne vous connaissez pas du tout.
Vous comprendrez maintenant que ce que l’on appelle «
psychologie » concerne authentiquement l’étude de soi, et que l’on
ne peut pas enseigner cette psychologie comme on enseignerait
l’astronomie ou les mathématiques, c’est-à-dire indépendamment
de vous-même.
Je sais qu’il est de mode, dans certains milieux de cadres aisés,
de s’adonner à ces nouveaux stages où l’ego est châtié en groupe,
où quelques-uns de ses traits sont mis en valeur pour être plus
efficaces. Vous aurez compris, je l’espère, que la transcendance
du pouvoir tentaculaire de l’ego, traditionnelle, n’a rien de
commun avec ces élucubrations bourgeoises. Vogue gagnant
l’Europe occidentale, venant des Etats-Unis et du Japon, dont
nous ne nions pas l’efficacité commerciale, ce genre de lavage de
cerveau a un point commun avec celui qui est abondamment
pratiqué dans les pays de l’Est et en Chine populaire : aucune
différence n’est relevée entre le moi et l’âme, aucune élévation
verticale ne stimule la conscience. De l’assujettissement, rien que
la mouvance dévorante et logique de la puissance, de la soif
amère du pouvoir.

L’étude de soi ne peut s’entreprendre sans une juste observation


de soi, non pas de votre propre point de vue, mais plutôt de celui

79
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 80

du cosmos. Vous devez apprendre à connaître les parties de votre


corps, ses fonctions principales, les causes du mauvais travail de
vos fonctions et de nombreuses choses difficiles à décrire sans
utiliser un langage spécial, un langage qui vous permettra de
comprendre ce qui vous est impérativement nécessaire de savoir
pour que vous soyez capable d’étudier convenablement votre
machine humaine.
Le langage ordinaire ne peut convenir pour l’étude de soi : bien
trop de schémas liés à votre sommeil, bien trop d’habitudes ont
été prises pour parler dans votre langue psychique. Il vous faut
exercer votre pensée à des mécanismes nouveaux, qui seront
capables de vous aider à comprendre votre individu du point de
vue cosmique. Il vous faut réapprendre les mots sans la moindre
forme de considération.
Vous savez bien que l’acquisition d’une nouvelle langue dans
votre vie, par exemple l’anglais, vous est facilitée par la pratique
essentielle de la considération : elle consiste à rechercher bien
vite tout ce qui, dans la psyché des habitudes de l’ego, permet de
happer l’intonation, le vocabulaire intéressant, une certaine
forme de complicité, etc ... tout ce qui n’est pas une vraie langue.
Et ainsi de suite pour les langues modernes. A l’opposé, les
langues anciennes, traditionnelles, interdisent ce genre de
monopole nauséabond, parce qu’elles transmettent toutes plus de
pensée verbale que de simples mots mis les uns à la suite des
autres et qui traduisent nos envies. Dans le cas des classiques, le
dynamisme du verbe, de la compréhension, précède celui du sens
des mots, ce qui est l’inverse des modernes. Voilà pourquoi, entre
autres choses, le sens authentique des mots s’est perdu avec les
pratiques contemporaines, car la pensée n’est plus dressée à la
compréhension, elle est livrée à elle-même pour servir les
processus de l’ego.

Je, je, je ... mais je.

80
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 81

Le langage spécial que vous devez apprendre vous aidera à entrer


en contact avec la Langue des Oiseaux. Il servira à vous
comprendre, à nous comprendre, non pas parce qu’il y a des
secrets à cacher, mais parce qu’il concerne l’omniprésence de
Marie, au lieu d’être une sorte d’objet, valet de votre moi.
Désormais, le sens des mots sera pour vous une nouvelle
réflexion. Nous emploierons toujours le « français » pour nous
exprimer, mais nous donnerons aux mots un sens réel, une
direction philosophique et, rien que de les prononcer engendrera
une autre forme de compréhension, faisant plus appel au
mécanisme de la pensée qu’à la permissivité individuelle.
Nos mots désignent des ensembles, des principes, des clefs, pas
des termes mis bout à bout afin d’être spécialement accessibles à
vos exigences de langage personnelles.
Par exemple la « pensée », le « sentiment », la « motricité », sont
des mots qui désignent la globalité des mécanismes de la pensée,
du sentiment et de la motricité, et non pas votre opinion sur la
pensée, le sentiment et la motricité. D’autre part - cela est très
important - nos mots traduiront également des notions qui
n’existent pas dans la vie ordinaire, dont les hommes n’ont pas
idée et, par voie de conséquence, pour lesquelles ils n’ont pas pu
inventer des mots.
En effet, par exemple, si je vous dis qu’un état très subtil suit
immédiatement celui de la conscience de soi - une sorte de
fonction émotionnelle supérieure - comment en auriez-vous la
notion, alors que vous ne savez pas ce qu’est l’état de conscience
de soi ? Comment agissent les modernes dans ces situations ?
Avec bonhomie, en dormant profondément, ils disent et
définissent ce nouveau terme, en bavardant, parfaitement enflés,
avec leurs notions subjectives à propos d’un état qu’ils ne
connaîtront jamais. Ensuite, ayant bien copulé
intellectuellement, s’étant bien considérés les uns les autres,
lorsqu’ils entendent «fonction émotionnelle supérieure », ils
lancent un signe de tête affirmatif, étant persuadés de savoir de
quoi il retourne, et de l’apprendre aux autres !
Vous, les postulants, vous recevrez cet « enseignement », plongés
dans les mêmes structures de sommeil. Vous voilà persuadés, par
identification, de parfaitement savoir ce qu’est une « fonction

81
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 82

émotionnelle supérieure ». Ainsi en est-il de tout et, si vous avez


l’honnêteté ou la loyauté de constater le fait, comment pouvez-
vous rester sur vos certitudes, au lieu de remarquer humblement
que tout vous arrive ?

Je veux également vous dire quelque chose de grave.


Dans les grandes traditions, les toutes premières notions de
philosophie que l’on enseigne sont celles qui relatent l’existence
d’états non ordinaires, dits « supérieurs », liés à des fonctions
également non ordinaires. N’étant pas dans ces états, vous ne
pouvez les étudier, ni comprendre les fonctions qui les génèrent.
Vous ne les approcherez que d’une manière indirecte, à travers
ceux qui les ont atteints et qui les ont expérimentés.
C’est ainsi qu’aussi étrange que cela puisse paraître, les hommes
ordinaires ont plus de renseignements concernant les états
supérieurs, parce qu’ils ont été l’aboutissement des philosophies
traditionnelles et qu’ils ont été retracés dans les traités. Mais,
très peu de savoir vous est transmis sur la « conscience de vous-
même », parce que cet état intermédiaire est essentiellement
dynamique, verbal, non transmissible par écrit, mais plutôt par
expérimentation avec ceux qui le détiennent.
C’est ici l’authentique transmission initiatique, et la raison
profonde de la complète inaccessibilité des états supérieurs aux
modernes, qui n’en ont qu’une information très livresque : le
pont-levis leur a été levé sous le nez, en les privant de
l’enseignement relatif à la conscience de soi, parce qu’ils ne le
méritent pas. Ce serait un trésor offert aux pillards. Le
voudraient-ils qu’ils ne pourraient l’approcher, parce que leur ego
les a mis au service d’un autre maître que Dieu.

Adhérer à la Philosophie est, nous l’avons vu, retrouver sa place


réelle dans l’ensemble de la réalité, de manière à être situé en
position objectivante découlant d’une véritable dissolution de

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 83

notre centralisme, seule capable de nous apporter la


connaissance vraie, comme faisant partie de.
Mais avant de tenter une compréhension sur ce que nous
sommes, il est nécessaire de savoir où nous sommes.
Nous sommes sur la terre.
L’Alchimie concernant l’ensemble des lois du cosmos, il est
évident que nous devons bien comprendre ce qu’est la terre du
point de vue du cosmos. Etes-vous si sûr de savoir ce qu’elle est ?
Lire que la terre est une planète dont l’axe de rotation est incliné
de 23°30’ par rapport à l’elliptique, ou que nous recevons 8,9.1021
kW par minute de soleil le 21 juin, ne nous dit rien de la
signification de la terre dans le cosmos. En d’autres termes, les
sciences modernes ne nous enseignent rien sur ces questions
fondamentales.
Notre terre est un vaisseau spatial dont la direction et la mission
sont bien déterminées. Mais qui le commande ? Quel est le but du
grand voyage vis-à-vis duquel vous avez votre responsabilité de «
membre de l’équipage » ?
Supposez qu’une firme, possédant un personnel scientifique et
technique hautement qualifié, s’empare d’une machine complexe
fabriquée par un concurrent. Imaginez que cette machine soit
tellement nouvelle que personne n’en ait jamais vue de
semblable. On l’envoie donc dans des laboratoires qui, après un
certain temps d’analyse, font savoir à la direction qu’ils ont
découvert le mode de fonctionnement. « Très bien, dit la
direction, mais à quoi cela sert-il ? » Et les laboratoires de
répondre qu’on ne peut en savoir davantage avant de connaître
les projets des concurrents. La direction conclut qu’il est inutile
de savoir comment fonctionne cette machine tant que les projets
des concurrents ne sont pas connus, c’est-à-dire tant que l’on ne
sait pas à quoi elle doit servir.
La science moderne est exactement dans cette situation : elle sait
à peu près comment fonctionne l’univers, mais elle ne se
demande pas à quoi il peut servir. Elle ne se le demande pas
parce que cela ne l’intéresse pas. Cela l’intéressera seulement
lorsque les egos éprouveront la nécessité, pour leur

83
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 84

engrossement, de chercher de quoi il retourne. Mais, comme les


exigences des egos ne seront pas objectives - allez présager de ce
qu’ils voudront dans quelques siècles ! - cette nouvelle
connaissance
sera calquée sur ces demandes, non pas sur la réelle place de la
terre dans l’univers. Et ces « idiots » ( à la racine grecque de «
particulier ») s’imagineront posséder le savoir objectif de tout
investir, et de tout juger par ce savoir ...
Je vous dis que même si l’univers est une trop vaste machine
pour que vous puissiez la considérer dans son ensemble et en
connaître la finalité, la question reste entière : « à quoi sert cette
machine ? » Ne trouvant aucune sorte de réponse - puisque
l’habitude des hommes est de tout jauger avec les racines de l’ego
-, vous avez perdu, jusque dans vos cellules, le désir même de
vous poser la question ; ce qui fait que vous ne pouvez pas vous la
poser pour vous-même et dire : « l’homme est aussi une
merveilleuse machine, à quoi sert-elle ? »
Désirer ardemment répondre à cette question, « à quoi sert
l’homme », serait déclencheur en vous d’innombrables
mécanismes psychiques et métaboliques dont vous ignorez les
fabuleuses incidences. A l’origine, c’était une question que
l’homme se posait naturellement. De nos jours, pour les raisons
que j’évoquais ci-devant, il est naturel d’admettre que la vie
terrestre est une « réalité improbable », comme disent les
biochimistes, se félicitant de leur attitude strictement utilitaire -
telle substance sert tel phénomène métabolique.
C’est seulement lorsque nous essayons de comprendre pourquoi
l’homme ne se pose plus cette question spontanément que nous
pénétrons dans les profondeurs de la condition humaine. Mais, la
question n’étant plus posée, l’argument du « dessein » de l’univers
s’appauvrit petit à petit et, a fortiori, le besoin de rechercher un
créateur a pratiquement disparu. Imaginez une minute les
répercussions de ces siècles d’habitudes nauséabondes !
Rechercher le Créateur a disparu des mentalités modernes qui,
étant impuissantes à la condition humaine, affirment la loi du
hasard comme celle qui prévaut dans tous les transferts
physiques et, un peu plus tard, dans les morales. Comment

84
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 85

voulez-vous qu’une telle pratique de la réalité ne mène pas à une


catastrophe ?
Ni les savants du monde ni les philosophes n’ont remarqué le
piège dans lequel ils sont tombés. Ils ont ainsi rendu possible, par
leur propre sommeil, une vision du monde illusoire, écartant
définitivement toutes les philosophies traditionnelles et
objectivantes. La « normalité » de ce monde passe donc comme le
plus fin des élixirs, alors qu’elle est une fiole pleine d’un poison
redoutable.
L’absence de pratique ayant rendu infirmes nos organes spéciaux
qui avaient le rôle de supporter cette responsabilité, se poser
convenablement la question est devenu chose complètement
impossible. La situation est telle qu’un grand nombre de
personnes, auxquelles il reste un semblant de culture,
s’aperçoivent qu’elles ne peuvent pas accepter le système des
valeurs modernes, pas plus qu’elles ne peuvent en inventer
d’autres dont elles sentent qu’ils seraient subjectifs. Ces
personnes-là sont prêtes à être sauvées.
Car nous sommes dans le grand cycle de l’involution, comme j’ai
tenté de vous le montrer. Cela veut dire que l’involution est un
système entropique : le niveau général d’énergie baisse peu à
peu, mesure qui touche tous les constituants du système. Cela
veut dire également que si vous n’inversez pas le processus en
vous-même, vous êtes condamné à mourir idiot.
L’évolution est le mécanisme inverse. C’est la production d’une
énergie supérieure à partir d’une source inférieure, chose
impossible pour les mentalités modernes, là encore victimes de
leurs certitudes limitées. La production d’une énergie supérieure
à partir d’une source inférieure est possible à l’aide d’un
dispositif spécial, qui rend dynamique certaines qualités restées
inertes jusqu’alors.
Cette énergie, je l’appelle le travail sur soi.

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 86

SOUVIENS-TOI MAINTENANT QUE TU ES VENU ICI EN AYANT


COMPRIS LA NÉCESSITÉ DE LUTTER CONTRE TES HABITUDES, ET,
PAR CONSÉQUENT, SOIS RECONNAISSANT ENVERS TOUS CEUX
QUI T’EN OFFRENT L’OCCASION.

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 87

OU SOMMES-NOUS?
Nous sommes dans un monde régi par la grande loi du maintien
réciproque : tous les modes d’existence dans l’univers sont
groupés en différentes classes d’essence, de telle sorte que
chacune de ces classes en maintient une autre et, à son tour, est
maintenue par une troisième, etc...
Par exemple, notre galaxie est maintenue par toutes les galaxies,
et elle maintient toutes les étoiles ( tous les soleils ). De même,
toutes les étoiles sont maintenues par la galaxie, et maintiennent
toutes les planètes. L’univers ainsi objectivé est placé sous les
lois ascendantes et descendantes qui circulent d’une manière
continue dans l’ensemble de tout ce qui le constitue, et qui se
visualise sous la forme d’une chaîne de création.
L’homme, bien entendu, apparaît dans ce schéma, mais pas en
tant qu’individu, ni même sous forme d’une humanité. Il est
plutôt considéré comme possédant une énergie particulière
susceptible de transformer - selon la loi du maintien réciproque -
des énergies d’une qualité correspondante, et étant assujetti à
d’autres énergies qui l’asservissent. Il joue donc un rôle
spécifique dans l’harmonie universelle.
Mais, cette classe d’énergie ou d’essence n’est pas répertoriée
comme la biologie ordonne les plantes et les animaux. Elle est
agencée selon le type d’expérience possible.
Cette harmonie est exactement celle de l’Alchimie, dont les
matières sont en évolution possible. Du point de vue des êtres
vivants, le classement ne s’effectue pas du tout selon les
recherches subjectives des scientifiques. Les êtres vivants
apparaissent ici dans trois grandes familles - les invertébrés,
êtres à un seul cerveau sous l’apparence d’un neurone, qui sont
complètement automatisés.
- les vertébrés, ou êtres bicérébraux ( moelle épinière-bulbe ), qui
possèdent un petit cerveau capable d’organiser leur énergie.

87
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 88

- les hommes ou êtres tricérébraux ( moelle épinière-bulbe-


cerveau) qui possèdent en eux des possibilités de transformation.
Il n’est pas important de rechercher dans le présent classement
tout ce qui le caractérise, pour le moment. Il est surtout
nécessaire de comprendre qu’il est organisé selon des évolutions
possibles l’invertébré ne pourra, par exemple, jamais organiser sa
vie, le vertébré ne pourra jamais évoluer selon son propre travail,
ainsi de suite.

L’évidente conséquence de l’organisation cosmique telle qu’elle se


manifeste est que chaque sorte de monde influe directement et
d’une manière spéciale sur ceux dont ils sont les maîtres. Ainsi
un important événement au niveau dimensionnel de notre
galaxie se répercutera sur toutes les étoiles qui la constituent et,
par ricochet, sur toutes les planètes de toutes les étoiles. Il est
nécessaire que vous compreniez ce phénomène en cascade des
mondes. Cet événement aura très peu d’incidence sur toutes les
galaxies, mais énormément sur toutes les étoiles. Identiquement,
si un grand choc touche seulement notre étoile - le soleil - ce
seront toutes ses planètes qui subiront l’effet de ce choc, et non
pas toutes les étoiles de la galaxie.
Dans le cadre de la description de ce grand principe, il vous est
utile de réapprendre quelques notions d’astrophysique. Il vous
faut appréhender le fonctionnement général de l’univers et en
tirer la conclusion suivante : le maître de lune est terre. Le
maître de terre est soleil. Celui de soleil est galaxie et celui de
galaxie est toutes les galaxies, puis enfin l’Absolu, l’ensemble
tendant dans ce sens vers l’unité, vers l’Unique, vers Dieu.
Ensuite, il vous faut réaliser quelle est la place de la terre par
rapport à l’Absolu : nous sommes très loin de lui, nous sommes
au bout de l’univers qui, du point de vue dimensionnel, est la
lune ou les satellites planétaires. Nous sommes exilés dans la
prison de la matière.
Maintenant, par rapport à l’essence des choses, l’Absolu, étant la
quintessence de tout, s’apparente plus à l’immatérialité : plus

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 89

nous montons haut dimensionnellement dans l’univers, moins les


matières sont denses, moins il y a de lois physiques qui les
assujettissent. Mais le capital est de comprendre qu’il y a, par le
fait, discontinuité vibratoire entre les mondes. Toutes les galaxies
ne sont pas régies par le même nombre de lois que tous les soleils
et toutes les planètes. Le potentiel général des vibrations, ou
leurs intégrales respectives, ne sont pas du tout comparables. Il y
a entre les mondes discontinuité vibratoire.
Ensuite, il est également nécessaire de savoir que tout
événement se déroulant dans le cosmos trouve une place très
précise dans cette chaîne universelle, mais une place qui est
appelée à changer. Tout « monte » ou « descend » le long de la
cascade des mondes, selon l’ordre d’appartenance du sujet à
l’énergie involutive. C’est ainsi seulement que tout peut
s’équilibrer. Tout se développe ou dégénère, c’est-à-dire se meut
sur une ligne qui subit des chocs.
Voilà, cher philosophe, le sens exact de la troisième planche du
Mutus Liber, qui montre en effet ces « champs concentriques sur
l’immensité bouillonnante des ondes, ces nuées... » seules
capables de donner une vigueur juste à ce qui est l’Alchimie ( la
transmission des énergies par les cascades ).
Mais le fait le plus important est engendré par la discontinuité
des vibrations : les mondes ne sont pas régis par les mêmes
matières ni par la même notion de temps. Il existe, tout comme
ces escaliers cosmiques, des niveaux de matérialité différents et
respectifs, réglés par des « pendules » distinctes les unes des
autres. La notion de temps n’est pas la même dans la galaxie
qu’au niveau du système solaire, ou que sur les satellites.

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 90

Les intervalles de temps, tout comme une immense gamme


musicale qui dirigerait la grandiose symphonie universelle,
marquent les silences, les rythmes, la force des vibrations, leur
sens et leur signification.

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 91

Les observations basées sur une compréhension de cette


symphonie montrent que les vibrations (ou l’énergie) se
développent de différentes manières. Elles peuvent tomber
d’intensité dans les intervalles ou, au contraire s’amplifier et se
développer « en harmoniques » si elles se trouvent aspirées dans
le principe évolutif.
Les intervalles, sorte de vides vibratoires, séparent les mondes.
Un relatif « silence » cosmique en est la caractéristique. Alors que
dans un type de monde particulier - par exemple toutes les
étoiles, ou toutes les planètes, visualisées en fonction de l’Absolu
-, l’énergie ou les vibrations évoluent selon un continuum
harmonieux, en octaves, les intervalles coupent les mondes les
uns des autres en ne laissant qu’un petit pont très étroit de
passage, par lequel l’énergie vibratoire évolutive doit se
métamorphoser, afin d’être harmonieusement reliée à celle du
monde supérieure.
A cette fin, un grand choc est nécessaire, un choc beaucoup plus
fort que les autres qui sont le moteur normal d’évolution dans les
mondes. Si une succession de petits chocs est suffisante pour que
l’énergie qui est l’identité d’un être, évolue, un très grand choc est
requis pour le faire passer au niveau supérieur.
Maintenant, revenons un instant sur l’homme du point de vue de
son évolution possible. L’homme ordinaire, assujetti à la terre,
subit la succession des petits chocs dont nous parlions. C’est ce
qu’il nomme « l’expérience de sa vie » et à l’aide de laquelle il
meurt le plus souvent en ayant accompli sa tâche terrestre.
Nous, alchimistes, une mission solaire nous est assignée. Sans
entrer dans le détail de cette mission, dont les élus entrevoient
déjà la quintessence, je vous dis que c’est cette mission qui a
donné leurs noms à divers Adeptes, comme Fulcanelli ( vulcain
solaire), comme Le Cosmopolite et tant d’autres. Il vous faut
passer à la dimension solaire et, pour s’effectuer en conformité
avec ce que nous venons de dire, un très grand choc est
nécessaire.
Je vous demande de vous rappeler que ce très grand choc a une
liaison indissoluble avec le travail sur vous-même.

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 92

Ce sera la pratique de la connaissance de vous-même - ce trou


dont il était question plus haut et entretenu par la Tradition -,
qui sera le moteur de votre accession à ces états solaires ou
supérieurs dont tous parlent. Comprenez bien !
Essayez, je vous prie, de saisir l’enjeu et tout en même temps la
situation de la terre dans la chaîne universelle. Elle est bien plus
près de l’Oméga que de l’Alpha. L’omega, bout du monde,
matérialisation effrénée, est la lune, ouï tous les satellites
planétaires, peut-être même ce qui gravite en immondices
météoritiques - de toutes sortes autour desdits satellites. C’est
pourquoi, entre autres, un bout de météore « porte malheur »,
parce qu’il est l’oméga chez soi, d’une manière enfantine. Dans
certains cas cependant, il peut être bénéfique pour, par réaction,
stimuler l’évolution.
Cela veut dire que nous sommes sous le joug perpétuel de la
volonté du bout du monde, du processus de matérialisation et non
pas, comme nous l’aspirons, sous l’influence bien plus bénéfique
de la volonté de l’Absolu. L’aimantation, si l’on peut dire, donne
une direction imperturbable à notre involution générale,
direction immuablement tournée vers la matérialité, le grossier,
l’attachement matériel. C est pourquoi cela est la normalité. C’est
également pourquoi ceux qui veulent évoluer sont anormaux,
pour les autres, qui disent qu’ils sont fous ou sont masochistes
car, comment, si le processus d’involution nous est «
naturellement » collé à la peau, ne pas souffrir en vous
retournant, ce qui inversera vos habitudes, vos métabolismes ?
La grande harmonie cosmique qui s’étend jusqu’à nous et qui va
au-delà de notre dimension part de l’Absolu, c’est-à-dire du Tout,
de l’Un, pleine unité, pleine conscience, pleine volonté, qui a créé
des mondes en dedans de lui-même commençant par là l’octave
descendante.
La vie organique sur terre, notre propre existence d’homme, loin
de l’Absolu, est soumise à un nombre considérable de lois sans
rapport direct les unes avec les autres. C’est pourquoi tout arrive
à l’homme ordinaire qui, baigné dans ce nombre impressionnant
de lois, ne peut prétendre avoir sur elles un contrôle global : il est
lui-même une de ces lois.

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 93

La situation serait désespérée si nous n’avions pas l’espoir et la


possibilité de nous sortir de cette prison. Comme nous l’avons
constaté, un grand choc est nécessaire à cette fin, qui nous
permettra d’échapper à l’influence involutive des lois
accidentelles par la pratique d’une méthode qui est d’abord le
travail sur soi, en vue de la connaissance de soi. Echapper au
principe de matérialisation est donc synonyme d’un contrôle sur
vous-même. Au plan cosmique, un tel changement exige un
important choc additionnel, qui s’effectue dès que se produit un
ralentissement des vibrations en présence, c’est-à-dire dès
l’amenuisement de la non-connaissance de soi ou, encore en
d’autres termes, dès la cessation de la suprématie de l’ego. Alors,
à ce moment se produit ce ralentissement, qui met le postulant
en position d’attente : en effet, il est inutile d’espérer que le
grand choc qui sera responsable de la catapulte de votre être
vienne tout seul, de lui-même, comme ça, par hasard.
L’homme ordinaire est condamné à suivre le courant général qui
baigne la terre ou, s’il se rebelle, à contredire ses propres
sympathies, ses convictions. Une troisième solution est
cependant possible pour vous, pour ceux qui veulent vraiment,
pour les sincères qui aspirent à l’Alchimie : cette solution consiste
à apprendre à reconnaître les intervalles dans toutes les lignes de
vos activités, et à créer des chocs judicieux. Dit d’une manière
autre, vous devez apprendre à appliquer à vos propres activités la
méthode dont les forces cosmiques font usage lorsqu’elles créent
leurs chocs, toutes les fois où ils sont nécessaires.
On ne peut apprendre cela qu’avec un maître, par la pratique qui
se traduit en efforts : d’abord reconnaître les manifestations
classiques de votre ego puis, à l’aide de chocs conscients et
parfaitement adaptés à votre évolution, apporter l’énergie inverse
par l’effort ou souffrance contrôlée.
Faire vraiment, c’est connaître les intervalles et être capable de
créer des chocs conscients, l’ensemble de ce processus étant le
travail sur soi, qui permet à votre essence de prendre le pas sur
votre ego, afin d’ouvrir l’accès à la transcendance. Mais on ne
peut comprendre cela que dans un mode de vie adapté, avec un
maître, parce que des conditions très précises doivent être
indispensablement réunies pour parvenir à un résultat qui ne
dépende plus de vos manies d’ego.

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 94

La machine humaine, étant la réplique approximative des lois


cosmiques, comporte en elle les mêmes corrélations. C’est ainsi
que la chaîne harmonique cosmique se trouve en l’homme d’une
manière cachée, et que le travail sur soi éveille les justes énergies
afin d’autoriser à une circulation globale des principes vitaux.

Sur le plan cosmique, « se libérer » consiste donc à inverser la


polarité du magnétisme permanent oméga, pour en renverser son
sens vers alpha. En d’autres termes, il s’agit de se libérer de
l’influence des satellites. C’est la partie mécanique de votre vie,
vous l’aurez compris, qui est régie par le joug des satellites, de «
l’idiotie » (du particularisme).
Par malheur, nous avons tous été conçus et élevés dans le cadre
de ces influences néfastes, jusque dans nos organes, qui
métabolisent des substances ayant le rôle de fixer cet état plus
encore, et de le faire fonctionner pour les satellites, pour l’oméga.
Le travail sur soi a pour but de transmuter ces substances, d’en
annihiler certaines, de manière à engendrer une marche
complètement différente de vos organes et, par répercussion, de
votre vie entière.
La fine pellicule de la vie organique qui recouvre la terre est
complètement dirigée, dans l’évolution de son devenir, par
l’action du formidable électro-aimant de notre satellite - la lune .
C’est pourquoi elle est si importante dans la voie chymique, non
pas parce qu’elle est extraordinaire, mais parce que quelques-uns
des événements qui se meuvent dans la matière dépendent
entièrement de la lune, de l’oméga. Ces éléments, pour évoluer
comme il est nécessaire, ont besoin de parachever leur influence
lunaire, en vue de leur libération complète. Cela seul peut
changer le sens de l’aimantation.
Tout ce qui brille est dangereux : l’étoile des mages est
dangereuse, la lune est dangereuse, comme tout ce qui se voit,
tout ce qui séduit. Souvenez-vous, mes enfants, et n’oubliez
jamais au cours de tout votre labeur, de bien prêter attention à ce
fait, de ne jamais le délaisser ! La voie n’est pas dans l’étoile mais
par l’étoile. La voie n’est pas dans la lune, mais par la lune. Elle

94
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 95

est dans le vitriol ou lion vert, dans le caput mortuum, là où elle


ne se voit pas, où elle n’est pas évidente. A chaque fois qu’une
manifestation chymique vous paraît évidente, méfiez-vous-en
comme d’une femme séductrice, dont mon père me disait toujours
: « je préfère tenir dans les mains un serpent à sonnettes plutôt
que d’avoir affaire à un beau petit minois ».
C’est ici un autre grand secret de l’œuvre, qui est de bien
comprendre cela. N’oubliez jamais qu’il s’applique aussi à vous-
même. Par répercussion, aussi curieux que cela puisse vous
paraître, tous vos mouvements, toutes vos actions mécaniques,
pour lesquelles vous ne vous rappelez pas, sont dirigés par la
lune.
La chaîne de création est divisée en sept mondes qui sont les uns
dans les autres, pour lesquels il existe sept niveaux de
matérialité, c’est-à-dire sept grandes familles dont les différents
états dépendent directement des qualités et des propriétés de
l’énergie qui les habitent. Les modernes ont pris l’habitude de
penser en « matière », et d’affirmer que la matière est la même
partout dans l’univers. Il ne faut pas penser en concept « matière
», mais il est plutôt nécessaire de comprendre que la matérialité
de la terre n’est pas la même que celle de la lune, et qu’elles sont
toutes deux encore autres que celle des étoiles, et ainsi de suite.
La matérialité des mondes se situe bien plus par rapport à ce qui
les préside qu’en regard des propriétés intrinsèques des énergies
qui les meublent. C’est la raison pour laquelle les modernes ont
tant de mal à saisir ce mode de raisonnement, parce que leur
réflexe psychique immédiat est de s’en référer aux propriétés des
choses, et non pas à ce qui les anime. Nous, nous nous
intéressons à ce qui les anime, c’est pourquoi il ne peut y avoir
aucune comparaison entre les deux types d’analyse. Dans notre
cas, il est avant tout nécessaire de pratiquer un certain nombre
de métamorphoses en vous-même, afin de générer les substances
capables d’être le support psychique qui vous autorisera la vraie
compréhension de ce qu’est la matérialité. Ceci s’effectue par
l’ascèse pieuse et religieuse.
La matière est investie, avec les moyens modernes, à l’état
statique, car les instruments sont statiques. Il n’existe pas de
machine matérielle dynamique. Même les mathématiques, dans

95
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 96

une équation différentielle, n’expriment pas un mouvement


dynamique, mais seulement sa description. Pour saisir dans
toute son ampleur un mouvement dynamique, il est nécessaire
d’être aussi dynamique que lui, afin d’être baigné par la même
énergie qui le meut. Alors seulement votre observation sera
objective, réellement, parce qu’elle utilisera l’exacte vibration qui
entrera en résonnance harmonique avec le phénomène.
Tout dans le cosmos est matière en vibration. Ni matière d’un
côté, ni vibration de l’autre : le concept dualiste de la matière-
masse et de la matière-énergie est enfantin. Il ne s’agit, en
réalité, dans l’univers, ni de l’un ni de l’autre, mais des deux à la
fois judicieusement équilibrés. Vers l’Absolu, plus de vibrations
et moins de matière, puis en descendant la cascade des mondes,
moins de vibrations et plus de matière.

... Prendre conscience de la nullité de soi, plusieurs grands chocs sont


nécessaires ... Le regard solaire, ouvert au monde, par lequel « je » est mort,
voyant tout.

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 97

La matière est un état de fixité vibratoire qui s’est installé sur la


même note des harmoniques ainsi décuplée, ce genre de vibration
a pu créer un centre de giration d’une telle densité qu’elle s’est
figée en un substrat matériel. Mais on se doute bien que cette
fixité varie, elle aussi, en montant et en descendant la cascade
des mondes. Cela veut dire que vers l’Absolu le phénomène est
rare - les vibrations vivent en pleine liberté, c’est pourquoi « vers
Dieu, on est libre » - alors que vers la lune ou les satellites, ce
phénomène est très courant, presque partout présent. Voici la
raison fondamentale pour laquelle les atomes des mondes ne sont
pas les mêmes du point de vue de la matérialité. Même pris au
sens plus moderne - comme division suprême de la matière et qui
identifie cette dernière d’une manière ultime -, les atomes de tous
les mondes se divisent encore, aussi choquant que cela puisse
paraître. Mais ils ne se divisent pas en quantité, ce sera toujours
les « électrons autour du noyau ». Ils se scindent en qualité et ce
faisant émettent un rayonnement ou, en d’autres termes, une
forme de vibration spéciale, capable de traverser les intervalles.
Identiquement en vous-même, le travail sur soi ou souffrance
contrôlée est capable, par friction des métabolismes engendrés
par l’ego d’une part (une somme d’habitudes qui se solde par les
vices) avec ceux issus de ce que vous voulez vraiment d’autre part
(de votre essence native non marquée par toute l’éducation) de
générer ce rayonnement, qui est une vibration ou une énergie
très subtile. La subtilité de ce rayonnement est telle qu’elle est
capable de recevoir, tout comme l’expérience à propos de
l’observation d’un mouvement dynamique dont nous parlions
plus haut, une énergie équivalente, réellement comprise et
vraiment vécue jusqu’au plus profond de vous : la grâce, par
exemple. C’est ainsi que chaque « état supérieur » est une
représentation d’une sorte de fréquence vibratoire qui existe
partout d’une manière omniprésente dans l’univers, et que vous
ne voyez pas à cause de votre sommeil. Mais, dès que vous aurez
acquis un certain stade de développement intérieur, vous aurez
généré en vous l’énergie capable d’assimiler authentiquement
l’état pour lequel vous avez payé de votre peine.

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 98

Les différents efforts que l’homme entreprend sur lui-même, à


l’aide du travail, sur son ego, se traduisent par l’acquisition d’une
somme de vibrations ayant chacune leur identité du point de vue
de l’Absolu. Tout comme les matières fixes qui l’avaient rendu
captif de la lune, ces vibrations, je répète omniprésentes à
perpétuité dans le cosmos, ont une stabilité suffisante en
fréquence et en amplitude pour « durer » le temps requis pour la
transformation. Cette propriété qui leur incombe - leur stabilité,
comme Dieu à l’image de Sa fidélité - est apparentée aux degrés
d’évolution de l’être vers Lui. C’est l’accomplissement du
postulant, reflet très représentatif de ce qu’il faut vaincre en
vous-même pour monter les mondes.
C’est le sens précis et très exact de l’Echelle Sainte, sur laquelle
se trouve l’ange sonneur d’éveil, et dont il vous faudra gravir un à
un les barreaux au prix d’énormes sacrifices. Seule cette
ascension vous autorisera à saisir pleinement l’ampleur du sens
de la troisième planche du Mutus Liber dont nous avons déjà
parlé, et qui concerne tous les mondes.
Voilà qui nous amène à parler de quelques étapes importantes du
processus d’évolution humain, et notamment des différents corps
qui se trouvent dans l’homme.
Tout le monde a déjà entendu les termes « astral », « mental », et
d’autres noms qui voudraient décrire les différentes parties d’un
homme normalement équilibré du point de vue de l’être. Il existe
en effet quatre grands corps qui se trouvent en l’homme d’une
manière concentrique, tout comme dans l’univers et à son image :
le corps physique, dont le nombre de lois est celui de la terre ; le
corps astral, dont le nombre de lois est celui du soleil ou des
étoiles ; le corps mental supérieur, celui qui est la quête du
bouddhisme et qui est au niveau de la galaxie, régi par un
nombre de lois encore plus faible. Enfin, un autre corps dont très
peu d’hommes ont idée et qui est celui de la Sainteté ou de
l’Adeptat, très proche de l’absolu.
Il est évident qu’un corps peut atteindre un autre seulement si ce
dernier est parfaitement équilibré, entier et complètement réalisé
: c’est pourquoi il existe autant d’ambiguïtés sur toutes ces
choses, car elles sont analysées par des êtres incomplets au plan
simplement physique (au plan des hommes ordinaires), ce qui

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 99

donne les raisonnements grossiers et lourds sur la question que


l’on entend communément. Tantôt, d’autres hommes nantis du
corps supérieur parlent de l’autre sans le connaître, et nous
assistons au même phénomène mais à une échelle supérieure, et
ainsi de suite.
Plus important est de bien comprendre le principe de relativité
dans toutes vos investigations, principe qui dirige complètement
la quête de l’Alchimie. Je suis certain que vous approfondirez
vous-même toutes ces questions essentielles par le travail, et que
vous saisirez bien de quoi il retourne. Aussi, le plus simple est-il
d’arrêter un instant cette relativité sur l’homme ordinaire et de
transférer l’interrogation « où sommes-nous ? » à celle-ci : qui
êtes-vous ?

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 100

(prière )
D’autres s’installent.
Vous, Seigneur,
Vous m’avez dit de marcher.
Je te salue ...
Epoque où l’on obéit au mal comme avec plaisir
Je Vous salue .. . Marie,
- Lazare m’a convaincu. - Il est mort !
- Je n’étais pas là, mais il m’a convaincu
Lazare n’est pas mort.

Pourquoi retardes-tu cet instant ?

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 101

ÉTUDE DE SOI
Si l’on veut s’étudier soi-même, comme la Science l’exige - le
connaissant doit savoir qui il est -, une juste observation de soi
est requise. Dans ce domaine encore, « s’observer » est très
facilement interprété comme un acte simple, évident et
exécutable à la demande, qui donne l’illusion totale de se
connaître. « Je me connais bien », entend-on très souvent de la
part d’hommes ordinaires, n’ayant aucun contrôle sur ce qui leur
arrive en réalité. En effet, si l’homme s’observait
convenablement, il comprendrait parfaitement toutes les
connexions et les correspondances des diverses fonctions de son
corps, il comprendrait toujours pourquoi en lui tout arrive.
Et quelle est l’attitude automatique du moderne en face de la
question de l’observation de lui-même ? Il a une attitude
d’analyse, tout le contraire de ce qu’il faudrait, mécanisme
complètement dépourvu d’objectivité.
Effectivement, les investigations modernes, dues aux habitudes
de pensée de l’ego, ont rendu tous les modes d’observation
dépendants d’elles, et d’une dépendance nourricière. Ce qu’ils
appellent « analyse », par exemple, ou ce qu’ils nomment
autrement mais qui traduit exactement le même mouvement
psychique, est le mécanisme automatique suivant : « je » observe
« ça ». Il y a là deux objets, le « je » qui le reste sous prétexte
d’être objectif, et le « ça » qui est la chose à investir. Le rapport
des deux objets ainsi vécu n’apporte rien ni à l’un ni à l’autre,
parce qu’il n’y a aucune communication réelle entre eux, si ce
n’est qu’une opinion toute particulière du « je » à propos du « ça »,
opinion qui dépend bien entendu de la température, de l’humeur
du supérieur ou encore d’autres ficelles dont le «je » ignore
parfaitement les incidences profondes, tant il est affairé à se
considérer.
Ils appellent cela « analyser », ils décrivent le phénomène à
grands coups de valeurs hypothétiques, et ils arrivent à la
conclusion que la chose observée ne peut être que ce qu’elle est

101
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 102

selon leur définition subjective. Rendant le rapport, ils ont «


observé » le phénomène.
Je sais que vous avez du mal à admettre tout cela et, cependant,
je vous incite à vous observer vous-même justement à propos de
l’analyse. Que faites-vous lorsque vous analysez tel phénomène ?
Vous tentez de répondre aux questions du genre « qu’est-ce que
c’est ? » ou « pourquoi cela arrive-t-il ainsi et pas autrement ? ».
Et vous commencez à chercher des réponses à ces questions, en
oubliant complètement tout ce que vous avez fait ultérieurement.
Vous croyez que le fait observé tient le centre de votre intérêt,
alors qu’en réalité le véritable centre de gravité se trouve dans le
rapport réel qui existe entre vous et le phénomène, du point de
vue de ce que vous êtes en cet instant. Car si la chose observée ne
bouge pas, ou a ses propres mouvements, vous ne serez par le
même demain et vous n’étiez pas le même hier. Mais cela, vous
ne vous le rappelez pas, parce que vous n’avez aucune pratique de
la marche de vos fonctions principales. Il vous semble que vous
vivez dans la continuité, alors que vous avez changé du tout au
tout, en étant bien entendu persuadé d’être resté le même. Je
veux dire que tous les éléments de votre observation sont groupés
autour de votre subjectivité, et non pas - ce que vous souhaiteriez
pourtant - autour de la chose observée.
Si vous êtes honnête avec vous-même, vous saurez qu’il en est
ainsi et, le pratiquant, vous constaterez qu’en vérité la chose
observée passe au second plan, après « moi », après ce que je suis.
Mais «je » suis tellement habitué à ce mouvement mécanique que
« je » ne m’en rends même pas compte et que, si on me le met
sous le nez, j’aurais encore le toupet de le contester : on appelle
cela être parfaitement cristallisé.
Le fait observé passe donc au second plan, quand il n’est pas
complètement oublié ! Regardez combien de soi-disant «
observations » finissent par l’évidence que vous parlez de vous ...
Objectivement, votre prétendue observation, dans ce cas, reflétait
simplement le désir camouflé mais ardent de parler de vous,
ardent, car il a pris le stratagème de l’observation en guise de
camouflage. Tout se déroule ainsi en parfaite impunité
psychique, les gens se considérant les uns et les autres dans ces
sommeils profonds qu’ils nomment « conférence », « rapport
d’analyse » et ainsi de suite. Voyez en vérité comme ces gens-là

102
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 103

parlent le plus souvent d’eux-mêmes, comme ils se présentent,


comment ils marchent sur l’estrade, tout cela n’est que comédie.
On n’entre pas dans le Palais ainsi vêtu.
Bien plus, le moderne qui agit ainsi, croyant donc « observer »,
mais ne faisant en réalité qu’avancer les certitudes de son ego, se
met mécaniquement à chercher des réponses à ce qu’il constate
avec lesdites certitudes. Il en tire immédiatement ce qu’il appelle
des « conséquences », qu’il croit neuves mais qui, au fond, ne sont
que d’autres interprétations subjectives qui renforceront encore
le pouvoir de l’ego et de ce mécanisme automatique. Il n’est pas
sorti de lui-même, tout en étant persuadé d’avoir appris quelque
chose. Et ainsi de suite, tout ce qu’il nommera de cette manière
sa « connaissance » et qui, bien évidemment, n’a aucun rapport
avec la Connaissance : ce qui aurait un rapport avec la
Connaissance, c’est justement de se rendre compte de cet état de
choses.
Par l’analyse tel que vous êtes actuellement, non seulement vous
ne progresserez pas sur la connaissance de vous-même, mais en
plus vous renforcerez des habitudes qui rendront vos
métabolismes de plus en plus fixes, de plus en plus directeurs,
pour finir par être totalement esclaves de vos fixités et par là
servir au mieux la matière, les satellites, tout en étant certain de
« faire de l’Alchimie ».
Un autre effet des plus néfastes de ce genre de pratique
habituelle est que, n’étant pas le même qu’hier ni que demain par
instabilité de vos fonctions livrées à elles-mêmes, vous ne vous
rendez pas compte que la pratique de la fixité ( vos certitudes
analytiques) divise encore plus vos fonctions les unes des autres,
au lieu de les unifier.
Tout dépend de ce que vous êtes. Si hier vous étiez affectif, vous
analyserez un phénomène choisi selon. Si aujourd’hui vous êtes
intellectuel, vous l’analyserez d’une manière évidemment
différente. Et si demain vous êtes instinctif, ce sera encore autre.
Vous croyez bien entendu qu’il vous suffit de vous imposer une
vue dés choses intellectuelle pour qu’elle le soit. Par exemple, si
vous avez subi un grand choc affectif, vous croyez qu’il vous
suffit, en entrant dans la salle où sont réunis vos amis, de vous
dire que vous allez analyser les choses intellectuellement pour

103
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 104

que cela soit. Pas du tout ! Vous resterez affectif, dans vos
mouvements intérieurs, qui ne seront que la fonction affective
qui travaillera dans votre intellect : l’intellect ne sera pas le
maître d’œuvre.
Une telle attitude ne fait qu’aggraver la prédominance d’une
fonction sur l’autre, non les équilibrer entre elles. Plus vous irez de
cet avant-là, plus vous vous dissocierez en vous et moins vous
serez objectif. Moins vous serez objectif, plus vous serez fixe et «
idiot », plus vous serez certain d’avoir raison, alors que vous aurez
absolument tous les torts, pour finir comme tous les enflés.
Encore une prétention de l’ego, que celle de l’analyse. Vous vous
doutez bien que pour disposer du pouvoir d’analyse, il faut être
autrement objectif que vous ne l’êtes actuellement, surtout en
regard de l’Alchimie. Alors, pour le moment, je vous invite à
mettre de côté, et surtout à vous le rappeler, votre maladie de
l’analyse-réflexe.
L’analyse sera possible pour vous seulement plus tard, beaucoup
plus tard, lorsque vous aurez acquis une connaissance intime de
vos habitudes, de vos fonctions et de leurs connexions, afin
d’objectiver vos rapports avec les objets analysés.
Mais alors, comment faire ?

Seule la méthode des constatations peut avoir un sens pour vous.


Il faut que votre observation prenne une valeur réelle, et elle la
prend uniquement si elle est considérée dans ses rapports
intimes avec toute votre structure, non seulement dans le
moment présent, mais surtout dans ce qu’elle est appelée à
devenir.
Au cours de ces constatations, l’ensemble ne doit jamais être
perdu de vue : lui seul compte et lui seul est le centre autour
duquel tout gravite. C’est pourquoi je vous propose de laisser de
côté tout ce que vous croyez connaître de vous-même, c’est-à-dire
toutes vos constatations antérieures, sans pour autant les nier -
car comment feriez-vous pour vivre ? -. Ne rejetez rien, mais ne
prenez plus comme valeur centrale ce qui, pour vous, a été «

104
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 105

assemblé » d’une manière incomplète, erronée, ne pouvant servir


tel quel à votre évolution. Contentez-vous de constater seulement
ce dont vous êtes capable, ni plus ni moins, en évitant de donner
un sens précis à vos observations : constatez seulement que vous
êtes comme ceci, que vous avez fait cela, que vous êtes dans telle
ou telle humeur, tel ou tel geste, comme si vous vous regardiez de
l’extérieur.
Si vous marchez, constatez que vous marchez, si vous dormez, de
même, et ainsi pour tout ce que vous faites, pour tout ce que vous
aimez ou n’aimez pas, pour tout ce que vous pensez. Ne vous
identifiez plus, ne vous considérez plus intérieurement, constatez
seulement, et vous réduirez petit à petit l’écart qu’il y a entre
vous et la réalité suprême, pour un jour vivre votre grand
contact.
Faites le vraiment, chaque seconde, autant de fois que vous le
pourrez, durant des années, quelles que soient les situations dans
lesquelles vous vous trouvez, surtout dans celles qui vous
paraissent les plus graves, appliquez-vous encore, libérez-vous.
Vous verrez que cela vous paraîtra simplet, au début. La
profondeur de cette attitude consiste non pas en sa valeur
intrinsèque, mais bien plus en son temps d’application et en la
ferveur avec laquelle elle est vécue.
Apprenez à devenir patient. L’apprentissage indirect de la
patience fera éclater les limites de votre propre impatience,
même si vous la jugez insuffisante pour travailler au laboratoire.
Vous vous rendrez compte que ces petites choses sont très
difficiles et, si vous êtes sincère, vous commencerez par admettre
vraiment que nous sommes tous faibles, petits et malades. Priez,
dans ces moments de conscience, et je vous dis que vous recevrez
un grand présent.
Bien s’observer requiert donc l’union d’un certain nombre
d’informations, accompagnées d’un mode de vie particulier pour
soi, mais qui évite de quitter le monde. Il n’est pas nécessaire,
dans un premier temps seulement, de quitter le monde, de
s’isoler de tout, bien au contraire. Le monde tel qu’il est vous
offre d’innombrables chocs dont vous vous servirez pour vous bien
observer.

105
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 106

Votre premier travail, outre celui de la bonne manière de


constater ce que vous êtes, sera pour vous de vérifier toutes les
informations qui vous arrivent, car il est hors de question
d’admettre arbitrairement quelque chose. Je ne vous autorise pas
à prendre pour compte, sans aucune vérification, tout ce que je
vous enseigne dans ce traité. Il vous faut authentifier vous-même
tout ce que vous apprenez, non pas par la méthode bornée de
l’analyse dont je vous parlais plus haut, mais par celle des
constatations.
Je vais vous proposer un fonctionnement entièrement neuf de
votre machine humaine, pour lequel vous devrez constater
seulement toutes vos actions, au lieu de tenter une analyse qui
sera encore stérile objectivement. Les informations qui vont
suivre concernent les fonctions principales du corps humain du
point de vue traditionnel et non pas moderne, ainsi que les plus
immédiates transformations possibles.
Seul ce fonctionnement nouveau vous mettra en bonne position
pour travailler au fourneau, en vous évitant le maximum
d’erreurs issues du monde moderne et de son éloignement de la
Tradition.
Ne changez donc rien de votre vie présente, extérieurement.
Changez seulement votre manière intérieure de vivre. Sachez qu’il
vous faudra pour cela de l’énergie, du temps et aussi des
conditions spéciales, sans pour autant exercer le moindre acte de
laboratoire, ce qui est encore autre chose.
Si vous agissez comme il est requis, vous constaterez très vite
que vous vous endormez facilement : malgré toute votre bonne
volonté, vous observerez immédiatement une limite qui vous
semblera insurmontable, et vous aurez raison, car ce sera le
signe de votre sincérité, de votre bon zèle. Vous constaterez
également rapidement que seul vous ne pouvez rien faire, parce
que le système dans lequel vous êtes enchaîné est arrivé à un tel
point de cristallisation qu’il vous rend inapte à l’auto-évolution
spontanée.
Vous comprendrez alors qu’il vous faut deux sortes d’aide. Elles
concernent ce que vous pouvez vraiment faire par vous-même, et
ce qui requiert une présence extérieure à vous-même. D’une part,

106
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 107

toutes vos observations-constatations seront le bagage avec


lequel vous saisirez que dans l’ensemble de vos actes une grande
partie fonctionne abusivement, et qu’une autre partie ne marche
pas du tout. Mais cela est insuffisant. Il vous faudra, d’autre
part, une seconde aide, celle des conditions extérieures par
lesquelles vous ne pourrez plus vous endormir, dans lesquelles
quelqu’un sera là pour vous aider à vous éveiller, à maintenir le
cap. Sans cette aide, tout votre travail d’observation reste stérile
car, qu’en feriez-vous ? Vous ne savez pas encore comment vous
servir de vos constatations. Un maître doit être là non pas pour
vous dire ce que vous avez à faire - la sectomanie - mais pour
vous placer dans de judicieuses conditions qui, toujours par votre
propre travail, orienteront vos constatations vers des actes dont
vous serez vous-même le maître.
Trouver un tel être deviendra pour vous la chose la plus
impérieuse.

C’était la raison d’existence des écoles traditionnelles,


aujourd’hui complètement disparues. Ces écoles, dont l’Egypte
était le berceau en ce qui concerne l’Occident, n’avaient rien du
caractère miraculeux qui auréole, dans la plupart des pensées
modernes à ce sujet, les recherches des pseudo-aspirants. Une
école où l’on apprend à être soi-même n’a rien de miraculeux. Elle
commence par le monde tout court, dans lequel la vie elle-même
est l’école. Ensuite, elle continue avec ceux qui se sont mis en
route, parce que l’ensemble des processus de la vie du monde
endormi est bloqué quant à son évolution possible. C’est le sens
de la vie commune avec les Frères.
Sans l’aide d’une école, l’homme ordinaire ne peut pas
comprendre comment fonctionnent les mondes et, d’une manière
analogique, comment s’engrènent ses directions métaboliques
optimales, pas plus que l a grande loi des intervalles, ni le sens et
la nécessité des chocs ainsi que l’ordre dans lequel ils doivent être
créés, et ainsi de suite. Seule une école peut réunir les conditions
requises, favorables à un bon travail, pour ceux qui se sont déjà
avancés sur le chemin.

107
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 108

Elle est organisée sur des bases justes, selon la Tradition. Elle
n’est pas la vague régurgitation d’un amalgame de données
traditionnelles piquées ça et là et regroupées très
dangereusement dans toutes les sectes modernes.
Une école est calquée, dans sa structure, sur la loi des intervalles
et des mondes. Son organisation ne peut échapper à cela. Si elle
n’est pas très exactement le reflet fidèle de la réalité cosmique,
dans les moindres détails de son agencement, elle ne peut
recevoir le qualificatif de « traditionnelle ».
Les écoles servaient de basse dynamique à l’enseignement des
religions. Même celle du Christ ( Saint soit Son nom ), qui ne
portait pas le nom d’« école », en était néanmoins une. Elles
enseignaient toutes l’aspect verbal des préceptes de Dieu, la
forme dynamique, essentielle, authentique. De nos jours, faute
d’éveil, il ne nous reste que les dogmes et les livres : très peu
d’hommes religieux sont éveillés ; c’est pourquoi la Tradition se
perd : elle se perpétue uniquement par le dogme. Sans le Verbe,
elle n’est qu’une religion avortée de l’essence, coupée de la source.
Rites et cérémonies ont une valeur seulement s’ils sont pratiqués
sans être coupés de la source, par des hommes éveillés. Sinon, ils
ne rayonnent que d’animisme, d’imitation ; ils ne portent pas
ainsi le pouvoir de transfiguration. Ils sont aujourd’hui devenus
stériles, inopérants, ennuyeux et incompréhensibles.
En effet, toute Tradition digne de ce nom comporte deux volets.
Le premier est ce qui doit rester fixe pour la transmission, d’une
manière indéformable, ininterprétable : le dogme. Le second est
comment faire ce qui est dit par le dogme.
Les hommes ordinaires « religieux » croient qu’ils savent encore
comment faire. Par exemple, ils disent que pour trouver le silence
propice à la prière, il faut éviter dans un premier temps la
calomnie. Alors, ils s’abstiennent de calomnier un jour ou deux,
ou lorsqu’ils y pensent. Au bout de dix ans de cet exercice livré à
lui-même, ils acquièrent un semblant de dignité intérieure. En
réalité, rien n’a contrôlé vraiment si au fond de leur ego la
calomnie ne continuait pas d’une manière encore plus insidieuse.
C’est avec ce genre de pratique, privée de la source d’hommes
éveillés, que les religions ont pu former des monstres de

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 109

suffisance qui clament partout qu’ils sont dignitaires des dogmes.


Du sommeil, rien que du sommeil.
Comment faire ne peut être enseigné que secrètement, à des
hommes qui le veulent vraiment, qui sont capables de se rendre
compte de ce qu’ils doivent payer pour cela en efforts et en
souffrance. Seuls ceux-là éviteront le matérialisme religieux, ou
la fabrication de ces « religieux » qui sont des fonctionnaires et
dont les intentions ne sont espérées que pour eux-mêmes. Car,
comment voulez-vous qu’un homme endormi par les caprices de
son ego, quand bien même porterait-il le titre de Monseigneur (
n’oublions pas, cependant, qu’il y eut parmi eux des martyrs et
des saints ; ce ne sont évidemment pas de ces Pères que nous
parlons, mais de ceux qui n’ont en réalité pas dépassé le
matérialisme religieux ), éveille de vrais hommes qui aspirent à
l’authentique connaissance ? La plupart de ces gens ne savent
pas comment faire. Ils sont livrés, eux aussi, aux plus subtils
vices de la personnalité, ils sont « arrivés ». Par contre, d’autres
ont pu recevoir l’enseignement de personnes éveillées. Mais ils ne
sont peut-être que de simples moines ou petits laïcs « sans
importance ».
Lire les préceptes du Christ ( que Dieu Le garde) n’est pas les
appliquer. Il dit, par exemple :
« aimez-vous les uns les autres ». Vous rendez-vous compte de ce
que cela veut dire ? Etes-vous_ capable d’aimer vraiment tout le
monde ? Vous ne porterez le titre, la gloire, l’état de chrétien
seulement le jour où vous aimerez comme Jésus ‘f’ le commande.
En attendant, ne dites plus « je suis chrétien » mais plutôt «
j’espère être chrétien ». ,
Cela vous semblera futile, que de prêter attention à des faits si
insignifiants. Pourtant, voilà qui est majeur, car dans
l’affirmation « je suis chrétien », on n’y trouve pas les traces de ce
qu’il faut faire pour être chrétien. Au contraire, la proposition «
j’espère être chrétien » sous-entend un certain nombre
d’interrogations, dans lesquelles les chocs sont possibles. Vous y
aurez pensé, alors que l’assertion précédente n’est qu’une
vulgaire identification.

109
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 110

Et il en va ainsi de tout, de votre travail - êtes-vous médecin,


psychologue, mécanicien, libraire, ... ? Vous astreignez-vous au
contraire à une discipline qui révèle au fond le dynamisme que
vous recherchez ?

Nous avons souligné comment, dans la vie ordinaire d’un homme,


le mensonge et la vérité n’ont aucune valeur directionnelle, car
tout lui arrive, et ses options sont tantôt celles de son intellect,
tantôt celles de son affect ou encore d’une autre fonction
organique.
Par le fait que tout lui arrive, il devient très difficile à cet homme
de dire la vérité. Il croit dire la vérité s’il le désire, pensant qu’il
suffit de le vouloir pour le faire convenablement. En réalité,
comme tout est subjectif en lui, ce sera son point de vue du
moment, ses opinions, et non pas la vérité. Ce sera tel événement
accidentel qui lui fera dire tel type de « vérité » à ce moment et,
un autre instant, telle autre expérience, tout cela sans qu’il s’en
rende compte et sans qu’il ait la moindre maîtrise sur cette
question.
Pour apprendre à bien dire la vérité, un homme doit
nécessairement trouver en lui tous les mensonges dans lesquels il
se complaît, qu’il camoufle habilement. En effet, reprenons
l’exemple du religieux qui l’est par arrivisme. Il sera capable de
déclamer de grandes prières devant tous, de les réciter, sans pour
autant en éprouver le moindre contenu. Si vous lui dites qu’il se
ment à lui-même, cet homme ordinaire vous conseillera d’aller
vous confesser parce que vous l’aurez blessé. Un tel homme ne se
rend pas compte qu’il passe à côté d’une évolution possible pour
lui. Au lieu d’admettre qu’il dit ses prières comme une machine
afin de passer pour un bon chrétien - ce qui sert son ego pour les
raisons intimes qu’il connaît -, il se mettra en colère et vous
jettera fièrement que vous n’avez aucune expérience des prières.
Il passera à côté de son évolution parce qu’il aurait eu, à
l’occasion de ce choc, la possibilité de voir qu’il se ment à lui-
même. Bien plus, il aurait pu observer qu’un dispositif spécial est
confortablement installé aux portes de son ego pour protéger ce
mécanisme.

110
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 111

Ainsi en est-il de vous-même, de votre vie. Vous avez tous ces


dispositifs qui vous permettent d’avoir toujours raison et de ne
pas voir que vous vous mentez. Ces dispositifs sont bien ancrés,
ils ont leurs propres lois, ils sont métabolisés en substances qui
font fonctionner vos organes, ce qui fait que vous ne les voyez pas
habituellement, ils font partie de votre vie. Le jour où vous les
découvrirez, inévitablement, vos métabolismes changeront de
forme et vous souffrirez dans votre chair. Le refus de la
souffrance est la reconnaissance indirecte du désir de maintenir
ces mécanismes.
Pour arriver à anéantir vos mensonges, il vous faut faire le
sacrifice de ces mécanismes : ils doivent être détruits, afin qu’ils
ne commandent plus automatiquement vos actions, vos pensées,
vos sentiments. Vous apprenez de cette manière à acquérir de la
vraie volonté
En effet, détruire d’un côté ses mensonges et les mécanismes qui
les protègent revient à créer de la volonté, mais non pas de cette «
volonté » dont vous vous affublez, variant au gré des événements
qui vous arrivent. Je vous parle d’une volonté irréversible,
métabolisée dans vos cellules, celle qui est requise pour l’Art.
La volonté ne peut pas être créée sur commande par un homme
mécanique. Il lui faut équilibrer judicieusement le sacrifice des
mécanismes protecteurs de mensonges avec ses possibilités
réelles. Cela ne peut se faire que dans une école, avec un guide
qui a expérimenté ce travail.
C’est pourquoi la classe préparatoire d’une école traditionnelle
est celle qui détruit les mécanismes : car, pour ce bien faire,
l’homme doit être capable de se soumettre à la volonté d’un autre,
puisqu’il n’a pas acquis lui-même cette volonté.
Je sais combien cela vous est difficile. Je sais aussi que certains
attendent que je leur propose la résurgence d’une école
traditionnelle. Voici qui est illusoire, parce qu’en lisant ces lignes
et en les comprenant, vous êtes déjà aux portes de l’école.
En général, vous ne comprenez pas pourquoi une telle obéissance
est d’abord exigée. Vous ne comprenez pas que, lorsque vous
décidez de changer, votre vouloir est encore accoutumé à la
valeur de vos propres décisions, à ce qu’il faut justement changer.

111
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 112

Vous êtes soumis au réflexe de croire que par le fait de vouloir


changer, vos décisions sont correctes et que, par conséquent, vous
avez de la volonté. Vous ne croyez donc pas à la nécessité d’obéir
ou de vous soumettre à la volonté d’un autre, parce que vous ne
comprenez pas que, prenant cette décision, vous devez sacrifier
vos décisions. Cela vous semble contradictoire. En réalité, c’est la
continuité de cette logique qui vous révèle que vous êtes dans le
même système, qui se transforme tel le caméléon, et qui est
complètement dépourvu des intervalles. Vous devez vivre une
vraie séparation, un authentique intervalle ; et ce n’est pas en
continuant à projeter vos habitudes mentales que vous y
arriverez.
Comprenez que vous devez inévitablement passer par une
incompréhension totale de vous-même et que, pendant ce temps, il
faut qu’un autre être vous guide en portant votre lampe. C’est le
fait de vivre pleinement cette incompréhension, aussi insensé que
cela puisse vous paraître maintenant, qui vous révèlera que vous
êtes dans un intervalle et que vous pourrez agir efficacement
avec les chocs. C’est seulement comme cela que vous ressentirez
qu’auparavant vous n’existiez pas.
Mais, pour en arriver là, vous devrez réaliser votre propre
nullité. Seule la connaissance de votre nullité vous permettra de
trouver celui qui vous aidera à porter votre lampe. Observez déjà
combien les mécanismes dont nous parlions plus haut empêchent
d’aboutir à cet état. Ces mécanismes renforcent l’illusion que
vous avez de vous-même et ce sont eux qui sont responsables de
vos peurs, ce sont eux qui sont à l’origine du fait que vous vous
accrochiez.
A ce stade vous avez peur. Peur que celui qui porte votre lampe
vous pousse à faire des choses que votre morale réprouve, peur de
perdre votre bon sens, peur de ne plus être ce que vous croyez
être. Cette menace renforce en vous l’illusion que vous avez des
principes auxquels vous tenez au péril de votre vie. Vous ne vous
êtes vraiment jamais soucié de vous auparavant, du point de vue
de votre réelle évolution, et voilà qu’en vous montrant ce que
vous cherchez, en vous démontrant qu’il faut sacrifier vos
mécanismes en vous soumettant à la volonté d’un autre, vous
commencez à craindre que l’on vous force à faire des choses
illicites. Alors que vous avez menti la plupart du temps, alors que

112
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 113

vous avez triché en vous le plus habilement pour conserver vos


privilèges, voilà que vous craignez celui qui vous dit la vérité, ou
que vous écartez de votre chemin les chocs qui ont pu vous mener
là.
C’est pourquoi je vous demande de ne rien entreprendre par
vous-même sans l’avoir vérifié, pas plus que d’agir seul, car vous
vous perdriez. Si un organe particulier a été touché en vous par
mes mots, la Providence vous mettra sur le chemin d’une école
traditionnelle. Si vous décidez de la chercher vous-même parce
que vous voilà intrigué de toutes ces choses pour votre profit
personnel, vous irez rejoindre une secte.
Je vous en ai dit suffisamment pour que cet organe soit sollicité.
Il déchargera dans votre sang des substances qui réagiront
inévitablement sur votre système endocrinien, et votre équilibre
hormonal changera, vous offrant, selon vos possibilités et selon la
sincérité avec laquelle vous quêtez la Dame, les conditions
nécessaires pour trouver une telle école.
Mon fils, les ordres sont stricts. Je n’ai pas le droit d’en dire plus
sur le sujet. Soyez patient.

Ils constatent
Lorsque je vous disais que vous étiez déjà à cette école de la
connaissance, vous l’êtes seulement si vous voulez vraiment
comprendre de quoi il s’agit et si vous avez généré un mouvement

113
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 114

intérieur irréversible qui ne vous laissera plus jamais comme


vous étiez auparavant. Car lire seulement ces lignes et les
interpréter avec vos jugements n’est pas être dans cette école, ni
même le début d’une école.
Une école exige une contrainte de travail très grande. La juste
vision de vous-même requise pour l’Alchimie n’est pas donnée
spontanément. Continuellement vous êtes cerclé dans le désordre
de vos agitations personnelles que vous prenez le plus souvent
pour vos options de vie.
D’autre part, je vous proposais un nouveau système d’observation
de vous-même qui consiste en constatations successives. Vous
verrez très vite que vous serez incapable de faire durer cette
observation : ce sera votre plus grand obstacle et c’est à ce
moment que vous pourrez mesurer votre mécanicité et votre
sincérité. Si cette difficulté prend le dessus et vous pousse à
oublier, ou à laisser de côté l’observation de vous-même, cette
faiblesse vous révèlera que vous dormez et que vous retournez
dans le confort de votre situation précaire. Vous pourrez observer
alors - et vous reprendrez ainsi le pas - que votre sens mécanique
du jugement se trouve fortement sollicité, et qu’une envie
irrésistible de juger vous envahit, tellement irrésistible que vous
lui donnez indubitablement un sens de « vérité ». L’intensité de
cette pseudo-vérité sera à la mesure de votre faiblesse : plus vous
serez tenté de perdre le fil, plus vous trouverez des arguments
qui vous paraîtront vrais, et plus vous dormirez.
Une seconde difficulté vous paraîtra insupportable. Vous vous
apercevrez bientôt que, même en faisant de gros efforts,
l’observation de vous-même est fastidieuse, longue et pénible.
Après une certaine verve initiale, votre souffle s’éteindra peu à
peu, votre intérêt tombera insensiblement et un autre type
d’échappatoire surgira. En effet, alors que le précédent type
d’échappatoire faisait appel plus à la considération de soi-même,
ce dernier a sa source dans les processus d’identification. Vous
oublierez que ce travail d’observation a été décidé par vous pour
répondre à vos aspirations les plus profondes. Vous vous le
rappellerez avec votre tête et cependant, vous ne pourrez rien
changer à votre faiblesse. Vous le savez et vous vous en
détournez. Quelque chose d’autre en vous a plus d’intérêt, plus
d’attrait et, d’une manière insensible, a détourné votre attention

114
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 115

petit à petit sans que vous vous en rendiez compte. Vous


constaterez que vous vous êtes laissé prendre par le cours de la
vie extérieure, par d’innombrables identifications, qui ont fait
resurgir en vous vos anciens mécanismes, vos vieilles habitudes
éducatives : vous vous serez endormi à nouveau, et il faudra
qu’un autre que vous vous administre un choc pour vous réveiller
encore.
Placé dans cette situation, vous ne comprendrez pas ce choc, vous
le prendrez pour une provocation, oubliant complètement vos
profondes aspirations d’antan. A ces moments, le maître devient
très gênant, il est insupportable, il s’intéresse à tout et vous
ennuie ; vous le jugez, vous vous fâchez et vous pouvez même le
traiter de tout.
Vous recommencerez à estimer, à juger, tout en étant persuadé
d’être objectif. Vous trouverez que le maître se mêle de ce qui ne
le regarde pas, pour, un beau jour d’idiotie, décréter que ce
maître-là ne peut pas en être un, puisqu’il vous dérange. En
réalité, vous estimerez qu’il est comme ceci ou comme cela, vous
estimerez sa valeur, oubliant que vous lui devez tous les chocs,
oubliant que vous le lui avez demandé, oubliant que vous l’aviez
décidé en vous-même.
Et puis, l’inertie du sommeil aidant, vous en viendrez à vous
demander pourquoi, fichtre, vous aviez entrepris pareille
recherche, et d’en parler aux autres en le colportant, pour décider
plus tard d’enfermer le maître en maison de santé. Vous
retournerez bien vite à vos livres d’Alchimie ( à votre fauteuil en
réalité ), rêvant de devenir un grand chymiste, exerçant le
mécanisme le plus néfaste qui existe sur terre et qui est
responsable de tout le sommeil : l’imagination, fainéantise de
l’intellect.
Vous vous retrouverez en hordes dans les salons parisiens à
caqueter d’Alchimie, du grand fou Solazaref - ou d’un autre, peu
importe - qui voulait vous « réveiller », direz-vous à l’aide d’un
sourire mesquin. En réalité, vous serez mort.

115
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 116

Même si vous avez éprouvé un vif désir d’éveil, vous ne pourrez


faire autrement que de constater un jour que ce désir s’épuise, ou
que l’attention nécessaire pour le voir s’use. D’où vient cette
fugacité ? Par quels moyens pourriez-vous la contraindre ?
L’attention dont vous avez besoin est nouvelle. Vous n’y étiez pas
habitué, c’est la raison pour laquelle elle est si difficile. Comment
pourriez-vous courir d’un jour à l’autre un cent mètres en dix
secondes ? Il en va ainsi de tout, même de la conscience, parce
que nous sommes matérialisés et que nous devons en passer par
des transformations organiques.
Lorsque vous observez communément quelque chose, vous
plaçant dans le système d’analyse « je » et « ça » précédemment
décrit, vous savez que le type d’attention requis est très faible,
très spontané. A l’opposé, pour pratiquer la juste observation de
soi par constatations successives, vous expérimentez un autre
mode d’attention, qui demande beaucoup plus d’efforts qu’à
l’habitude, plus de persévérance, plus d’acuité, une sorte
d’attention perpétuelle, toujours liée au présent, qu’il est
impossible d’oublier : cette sorte d’attention vient de l’être. C’est
elle qui est abondamment pratiquée avec le Zen et chez les
Bouddhistes.
N’allez pas imaginer que je veux vous orientaliser. Tout est dans
tout et chaque savoir de la terre doit être reçu comme une grâce,
un bienfait, une leçon. Pourquoi l’Orient ne nous apprendrait-il
pas quelque chose ? Pourquoi nos systèmes seraient-ils meilleurs
qu’ailleurs ? Nous avons tout à apprendre, sans pour autant nous
transformer en ascètes, champions de tous les dogmes de la terre.
Vous verrez plus tard que les systèmes religieux ne se
contredisent nullement, bien que vous croyiez actuellement le
contraire. L’Islam a des méthodes d’enseignement qui vous
seront utiles à un moment donné ou à un autre, le Bouddhisme
aussi, autant que l’Hindouisme. Ces systèmes sont simplement
adaptés à la géophysique, aux mœurs, aux peuples, à leur
identité et à leur évolution du point de vue cosmique.
Cependant, nous n’avons pas, en Occident, à nous transformer en
orientaux ni en sectateurs de telle ou telle mode philosophique.
Nous ne visons pas les détails. Notre objectif est l’essence des
choses : vous vous apercevrez bien vite que toutes les religions

116
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 117

enseignent le non-ego et les moyens d’y parvenir. C’est la


mystique qui les relie toutes, et seul ce dynamisme nous
intéresse. Nous y reviendrons.
Nous disions plus haut qu’une nouvelle attention vous est
demandée : dans la véritable observation de vous-même, vous
devez être présent pendant cette observation. Identiquement, pour
les choses, vous devez être présent avec les choses que vous
observez, c’est-à-dire ne plus entretenir la distance qui vous
sépare de l’objet observé.
Cela suppose une stabilité. Cet état ne vous est pas donné
naturellement, il vous faut l’acquérir. Mais rien de cela n’est
possible pour vous, maintenant. La seule démarche qui vous est
actuellement permise est d’observer ce qui empêche cette
stabilité.
Pourquoi ne pouvez-vous pas maintenir cette nouvelle
observation ? Pourquoi oubliez-vous un certain temps ? Pourquoi
changez-vous d’avis et vous laissez-vous happer par quelque
chose qui a plus d’intérêt apparent ?
Qu’est-ce qui, en vous, vous empêche d’avoir une stabilité
permanente, qui se traduirait par des enchaînements
métaboliques ayant pour pôle d’autres constantes biologiques ?
Une juste observation de vous-même vous amènera à constater
que vous voyagez d’une manière perpétuelle dans divers états qui
sont apparentés aux principales fonctions organiques d’un
homme ordinaire. Il pense, il aime, il bouge, il se reproduit et un
certain nombre de mécanismes lui sont instinctifs. Toutes ces
attitudes ont pour lieu de conception des endroits du corps qui
ont le rôle d’assurer leur maintien, leur nourriture et leur
évolution.
C’est ainsi que l’intellect a pour siège le cerveau, l’affect a le sien
au plexus solaire, la motricité est centrale dans la colonne
vertébrale, avec l’instinct. Ce que vous êtes seconde après
seconde est tantôt du côté de l’intellect, tantôt de l’affect, et ainsi
de suite, selon ce qui vous arrive.
La raison majeure de l’instabilité de l’attention tient dans le fait
que ce que vous êtes dans vos différentes fonctions organiques est

117
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 118

aléatoire, subissant la loi d’accident, livré à n’importe quoi, au


gré des événements qui viennent. L’observation pratique de vous-
même consiste dans un premier temps à constater dans quelle
fonction organique vous êtes « tombé ». Elle commence ainsi par le
plus simple, par la lutte contre les enchaînements habituels qui
vous font apparaître tel que vous semblez être. Seulement, elle
n’est possible que si vous reconnaissez que votre instabilité vient
de ce que vous voyagez accidentellement dans vos fonctions
organiques, ce dont vous êtes prisonnier. Elle est impossible si
vous analysez intellectuellement la question, parce que vous ne
serez pas présent à vous-même, le processus continuera en réalité,
bien que vous croyiez l’investir.
Ce long travail exige de l’assiduité : à tous les instants de votre
vie, il vous est demandé de constater si vous pensez, si vous
aimez, si vous bougez, et ainsi de suite. Seul ce type d’observation
vous permettra de séparer en vous le subtil de l’épais, de prendre
connaissance, à la longue, des fonctions qui travaillent les unes
dans les autres et qui sont à la source du manque de
discernement.

Vous découvrirez que la pensée est très polluée par toutes vos
interprétations, par des années de jugement, par d’innombrables
routines mentales. De même, le sentiment, votre affect, a été
secoué, il a plus subi qu’il n’a généré, il a vécu plus pour lui que
pour les autres. Reste la motricité, le mouvement, qui est le plus
facilement observable.
Je vous invite à commencer par là. L’observation de vos
mouvements est relativement aisée, parce qu’elle peut être
entreprise efficacement en contrariant volontairement telle ou
telle attitude corporelle néfaste et habituelle. Votre démarche,
votre façon de manger, vos gestes professionnels, tout cela est fait
de multiples habitudes dont le changement provoqué peut servir
de support à vos constatations. Si vous l’exercez vraiment, vous
verrez bien vite combien vous êtes enchaîné à une gestualisation
mécanique, reflet exact de tout votre sommeil.

118
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 119

Pourquoi êtes-vous tendu, pourquoi courez-vous en montant les


marches, pourquoi tapez-vous du pied en attendant quelqu’un ?
Constatez-vous que vous avez allumé votre cigarette, constatez-
vous que votre visage s’est figé dans cette petite grimace en
voyant quelqu’un que vous n’aimez pas, constatez-vous que vous
venez de regarder votre montre ?
Les contraintes de la vie extérieure, ce que vous appelez les «
nécessités », ont complètement modifié votre gestualisation. La
profession, la situation qu’il ne faut pas perdre, les impôts à
payer, ... , font que vous ne pensez plus qu’à cela, et que toute
votre motricité, vos mouvements sont en rapport. En vieillissant,
une somme d’attitudes a été prise et fixée métaboliquement dans
vos organes, petit à petit, ce qui fait que vous ne pouvez plus
retrouver un état de présence corporelle normal en regard des
gestes de laboratoire qui sont naturels.
Quand vous faites une chose, faites-la avec tout votre être. Une
seule chose à la fois. Concentrez-vous sur les gestes. Observez en
vous les irritations que cela provoque, et vous aurez en face de
vous ce que vous êtes dans l’ego. Ce sera la connaissance de vous-
même. Attachez-vous à ce solfège du corps que sont les
mouvements. Les danses sacrées avaient ce rôle, chacun devait
les pratiquer.
Exercez-vous au stop. Je sais que c’est un genre de luxe, que de
s’interroger, que de s’arrêter au milieu de la course folle des
modernes, mais il le faut. Stoppez. Arrêtez-vous. Interrogez-vous
sur ce que vous faites, comme si vous étiez figé par de la glace.
Rappelez-vous.
Je dis que c’est un genre de luxe, vu du monde, parce que
l’impression du social, le courant de la suggestion permanente est
tellement grand que chacun est au pouvoir de ses phantasmes
individuels et collectifs : s’arrêter demande une attention, une
mobilisation de tout votre être. Mais c’est seulement par cette
mobilisation que vous apprendrez à vous connaître.
Si vous tenez compte de la force du courant qui vous a mécanisé,
vous comprendrez immédiatement qu’il vous est impossible de
vous en sortir sans l’exercice d’un contre-courant, d’une influence

119
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 120

ayant une force extraordinaire, pouvant s’opposer à tout votre


conditionnement qui résulte d’années d’habitudes.
Vos gestes sont le reflet de votre mécanicité. Etant ce que vous
êtes, les choses inexorablement, ne peuvent être, elles aussi, que
ce qu’elles sont. Chaque race, chaque époque, chaque pays et
chaque profession a son répertoire de gestes qui lui sont propres.
Chaque homme, chaque femme a son répertoire défini de rôles.
Vous avez une attitude que vous adoptez mécaniquement pour
chaque circonstance de la vie. Tous vos mouvements sont
automatisés et, par répercussion, vos pensées et vos sentiments
le sont d’une manière similaire. Toutes vos attitudes
intellectuelles, affectives ou autres sont l’image d’un certain
nombre de gestes qui reflète votre mécanicité.
Seule une connaissance directe et globale de vos postures
automatiques, à l’aide du stop, de la constatation motrice, vous
permettra de vous affranchir de ces routines et de vous libérer du
joug de la lune.
L’étude du mouvement vous fera découvrir un ordre intérieur
différent, ce que j’appelle vos véritables fonctions organiques.
Elle vous révèlera qu’au-delà du cercle étroit de votre répertoire
gestuel, il existe d’autres mouvements, d’autres attitudes que
vous ne soupçonnez pas, liés à des états de conscience plus
subtils où toutes les fonctions organiques sont équilibrées.
Cela vous permettra d’acquérir la stabilité requise, un état d’être
permanent.
Mais, mon fils, l’instigateur de ce contre-courant est votre maître.
Il doit vous surveiller, vous corriger, vous faire stopper lorsque
vous n’y pensez pas, vous démécaniser. La longue ceinture des
moines sert à cela, au rappel, le maître des novices la tirant
lorsque le moine dort. C’est aussi le sens du bâton Zen, des
clochettes orthodoxes. Cherchez l’école, mais n’oubliez jamais que
l’éveil n’est pas un but en soi.

120
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 121

Chaque homme ordinaire, celui pour lequel tout arrive, celui qui
involue selon les phénomènes de destruction mécaniques, est
livré aux variations accidentelles de ses fonctions organiques, vis-
à-vis desquelles il a toujours un attachement selon son type et sa
formation éducative.
En effet, les modernes peuvent être regroupés en trois familles
approximatives, ayant toutes leurs traits distinctifs. En réalité,
chaque homme n’appartient pas intégralement à l’une de ces
familles ; il existe des coupures, des mélanges. Mais tel que vous
naissez sur cette planète, du fait de votre code héréditaire et plus
tard par le milieu, votre mécanicité « évolue » plus vers un type
d’individu que vers un autre, type qui appartient à l’une des trois
grandes familles humaines.
Bien des modernes n’acceptent pas d’être classés de la sorte, et
pourtant, tant qu’ils resteront ce qu’ils sont, cela est inévitable,
même s’ils ne le veulent pas, car ce classement n’est pas une
invention humaine : il constate des faits observés et en tient
compte selon ce que les gens sont dans la vie et sur le plan
organique, et sur celui de ce qu’ils font. D’ailleurs, ces trois
groupes sont analogiquement ceux que quelques médecines
reconnues ont pu mettre en évidence ( par exemple la grande
médecine chinoise, ou l’homœopathie d’Hanemann ).
C’est seulement à partir du moment où un être devient conscient
de lui-même, qu’il commence à créer des chocs pour monter les
mondes, que cet être échappe à son règne et qu’il rejoint d’autres
états que les médecines précitées n’ont pas pu observer - cela
n’était pas leur rôle -.
Ce classement est en fait celui des signatures. Nous avons dit que
la métabolisation des habitudes s’effectue jusqu’aux fonctions
organiques, qui génèrent leurs substances, elles-mêmes servant
de matériaux de construction à notre peau, à notre squelette, et
ainsi de suite. Ce que nous sommes reflète l’exact état de notre
avancement cosmique. Nos habitudes, nos vices et notre
éloignement, ayant créé des substances entrant comme les autres
dans les circuits de nos constructions organiques, ont marqué nos
corps de leur signature, ce qui fait que nous appartenons à l’un
des trois règnes que nous allons décrire.

121
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 122

De plus, nos ascendants, ayant par sommeil péché contre l’Esprit,


ont subi par ce fait le prolongement de l’ordre divin relatif aux
fautes contre l’Esprit : « tu es marqué et tu marqueras ta
descendance ». En nous concevant, ils nous ont transmis leur legs
à la fois positif et négatif, ils ont marqué nos fonctions primitives
de leur signature. Voilà qui sert de base très efficace à nos
propres habitudes, qui trouvent là le terrain rêvé de leur
fermentation et de leur culture. L’homme ordinaire, comme il est
pris dans la spirale destructrice de la matérialisation, renforce
toutes ces choses et les cristallise plus encore par ses routines et
sur sa descendance.

Quittez cet homme-là.


C’est l’observation de l’ordre des fonctions organiques des
hommes mécaniques qui a permis ce classement, parce qu’elle a

122
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 123

donné les éléments nécessaires à sa détermination. Le moderne


est tombé dans un de ces trois règnes par morbidité, il s’y est fixé,
il en reste prisonnier par les habitudes métaboliques qu’il a lui-
même engendrées.
Je sais que quelques uns me demanderaient : « que voulez-vous
dire par métabolique - mot que vous employez souvent -, et que
voulez-vous dire par morbidité ? » D’autres s’inquiéteraient : «
est-il possible de gommer la trace négative de nos aïeux ? ».

Quant à cette dernière question, « est-il possible de gommer la


trace négative de nos aïeux ? », il est indispensable de
comprendre que l’état dans lequel vous êtes actuellement est
celui qui peut vous arriver de mieux. Effectivement, c’est par la
lutte contre vos mauvaises routines que vous pourrez remonter
l’échelle sainte et, le fait qu’elles existent n’est pas à déplorer :
c’est une grâce que Dieu vous octroie. Il vous tend ainsi la main,
pour que vous luttiez.
La souffrance est inévitable, elle concède votre changement dans
vos fonctions qui se trouvent malaxées par votre travail. Cette
souffrance, consciente, est des plus utiles. Sans elle vous ne
pourrez rien faire. Je sais bien que la question de la souffrance
est délicate pour vous. Les modernes ne l’acceptent pas, parce
qu’ils confondent tout. Ils confondent les différents types de
souffrance, montrant par là leur incompréhension des différentes
sources de souffrance. Ils vivent durant des années dans toutes
sortes d’habitudes néfastes pour eux et, par prétexte de sommeil -
ils ne le savaient soi-disant pas - ils refusent l’arrivée de la
souffrance lorsqu’ils sont obligés de cesser leurs pratiques. Untel
fume comme un fou la moitié de sa vie et il s’étonne d’avoir des
problèmes cardiaques sur le retour d’âge. Cessant la tabagie, il
refusera la douleur et suivra un traitement spécial qui
empêchera cette souffrance. Il ne retrouvera ainsi jamais la
raison pour laquelle il avait ce vice - puisque ses fonctions ne
seront pas mises en alerte par le traitement qui bloquera les
messages lancés - et, par ce refus, il continuera à dormir
profondément, ce qui ne peut inévitablement déboucher que sur

123
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 124

un autre vice. Quelques temps après, il sera surpris de boire, par


exemple. Cela, vous le comprenez aisément, parce que vous n’êtes
pas identifié à un tel homme. Mais vous ne pouvez pas
comprendre ce qui vous concerne, votre propre tare, à moins de le
vouloir ardemment.
Le péché, c’est ce qui vous endort lorsque vous avez décidé de
vous éveiller. Le refus de la souffrance consciente est à l’image de
votre orgueil : vous vous imaginez que la terre est le paradis,
alors qu’elle est la porte de l’enfer. Vous croyez que vous avez le
droit de perpétuer tous les moments agréables, oubliant qu’ils
vous sont donnés pour que vous vous souveniez du « paradis ».
Vous voulez tout, tout de suite et pour toujours. Vous refusez de
comprendre que le plaisir est un attribut du paradis, qu’il vous
faut le gagner.
Pour réfuter cela, vous prétextez que ce que je vous dis est issu
d’une vague loi morale christique que vous avez objectivée. Vous
ne comprenez pas qu’il est nécessaire de lutter. Si l’homme prend
possession d’un plaisir avant de l’avoir gagné, il n’est pas en
mesure de le garder, parce qu’il n’a pas métabolisé les énergies
adéquates. Son plaisir se transformera inévitablement en
souffrance, sur laquelle il n’a aucun contrôle. C’est ce genre de
souffrance qui est inutile, car il faut être capable de mériter le
plaisir, et le chemin qui y mène passe par la douleur.
La maladie, résultante d’attitudes néfastes, est le produit de
l’hérédité, du passé vécu de vous-même et de la « loi du partage
du mal ». La loi du partage du mal est le reflet des conséquences
de la place de la terre dans le cosmos. Tous les grands troubles
humains sont issus de cette loi, toutes les épidémies, les maladies
infectieuses, celles qui ne sont pas de la faute directe de l’homme,
celles que l’on subit inexorablement, les accidents et ainsi de
suite.
Les maladies dont nous sommes responsables sont un effet de la
focalisation de l’énergie vitale en une fonction organique
déterminée, d’une manière illicitement voulue par l’ego.
Les diverses causes des maladies sont étroitement liées à autant
de sources différentes. Il existe les causes prenant naissance
dans l’intellect, dans l’affect ou dans la motricité, engendrant soit

124
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 125

des attitudes mentales monstrueuses, soit des émotions


cristallisées à l’état d’obsessions, soit des discordances
organiques quantitatives (variations dans les fonctions rénale,
hépatique, lymphatique).
Par exemple, « avoir mal au foie » peut être issu de ces trois
sources, savamment cultivées par l’ego. Peut-être voulez-vous
très bien réussir dans la vie et votre psyché devient
obsessionnelle, créant par répercussion sympathique des taux
glucidiques variables. Peut-être désirez-vous être aimé
exagérément et, ainsi rendu esclave de l’affect, votre souffle se
tient perpétuellement en alerte, modifiant l’élasticité de votre
diaphragme, lui-même responsable d’un juste massage
hépatique. Peut-être êtes-vous tout simplement gourmand, et
qu’un abus répété transformera votre métabolisme des lipides.
Sans entrer dans le détail de toutes ces choses - qui ne sont pas
l’objet du traité -, il est essentiel de comprendre la différence
entre la souffrance mécanique et la souffrance contrôlée, dans le
cadre de ce que vous êtes en mesure de maîtriser et qui vous
appartient en propre. Votre mécanicité vous amènera toujours tôt
ou tard de la souffrance inutile, alors que le travail sur vous-
même la transformera en souffrance consciente, libératrice.
Afin de répondre à votre question « est-il possible de gommer la
trace négative de nos aïeux ? », il est indispensable de souligner
le point précédent, relatif aux différentes souffrances. Ce n’est
donc qu’à la suite d’une longue pratique de la souffrance
consciente que vous pourrez l’étendre dans le plus profond de la
structure de vos cellules et être capable de porter la souffrance
des autres, en guise de réparation, d’acquittement, si l’on peut
dire. Porter la souffrance d’autrui placera vos structures
fonctionnelles sur des plans différents, bien plus subtils que ceux
que vous connaissez maintenant et que vous ne concevez pas,
sans avoir gravi la première marche d’acquitter vos dettes dues à
vos déviations égoïstes. Après seulement vous pourrez accéder au
stade bien supérieur solaire, une fois seulement que vous
maîtriserez le fonctionnement de la plupart de vos organes.
Les mots « métabolisme » et « morbidité » sont employés ici
comme ils le sont chez les modernes. Ces derniers entendent par
métabolisme « l’ensemble des transformations chimiques et

125
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 126

physico-chimiques qui s’accomplissent dans tous les tissus des


organismes vivants, en assimilation et en dégradation ». Ajoutons
pour ce qui nous concerne notre note extensive philosophique,
c’est-à-dire qu’il ne s’agit pas seulement de chimie mais de
chymie, et que cet ensemble s’étend à toutes les parties de
l’individu, au delà de simples échanges moléculaires ( comme par
exemple le métabolisme électronique des ions qui servent les
cellules nerveuses, ou les transferts anabolisants des androgènes,
etc).
La morbidité, elle, est l’ensemble des causes qui produisent une
maladie, issue des excès de l’ego.

Plusieurs classes d’hommes, dont seulement quelques-unes sont


connues dans le monde, séparent les êtres les uns des autres, et
sont responsables du fait qu’ils ne se comprennent pas.
La première classe est la plus basse, celle de l’homme dont le
centre de gravité se trouve dans la motricité et dans l’instinct
organique. Il est ce qu’on appelle le « carbonique », individu carré,
épais, gros mangeur, bestial. C’est l’homme du corps physique,
qui pense le moins souvent possible et qui ne ressent presque
rien émotionnelle ment. Il vit dans un système psychique de
logique réduit aux fonctions oui, non, où, comment, quand,
pourquoi. De stature extérieure rigide, droite, ses gestes sont
sobres, il est ordonné, soucieux de bien faire. Il sait imposer une
certaine autorité animique, car c’est un costaud qui aime se
battre. Il est opiniâtre, il aime la sécurité, la netteté. Souvent
entêté, voire buté, il peut être d’une grande honnêteté et d’un
dévouement illimité. Il a sa forme de justice et s’exprime toujours
dans une franchise brutale qui fait passer ce qu’il dit pour des
propos durs.
Comme nous l’avons souligné, tout ce qu’il peut interpréter,
sentir, juger, aimer, sera en rapport avec ce trait principal,
comme pour tous les autres règnes. C’est ainsi que le savoir de
l’homme animique est basé sur l’imitation, sur les instincts,
appris par cœur, rabâché. Ses réflexions ne seront
qu’identification, ses sentiments seront du type « cœur gros ».

126
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 127

Son être vit avec les sensations, son art sera un art d’imitation,
primitif, sensuel. Sa religion sera fastueuse, ritualiste, pleine de
formes extérieures grandioses, épaisses, cérémonieuses,
brillantes, imposantes de splendeur, mais parfois sauvage,
cruelle. On ne discute pas, avec l’homme animique, on ne fait pas
de sentiment : on conclue net.
Le deuxième genre d’idiot est l’homme affectif. On le nomme le «
phosphorique », grand, mince, élancé, très sensible, souple,
gracieux, voire expressif, un peu voûté par la taille, car il est très
fragile, peu résistant. Son trait principal est la recherche de la
perfection. L’esthétique domine souvent son esprit, il se sent
toujours incompris, malheureux. Il ne raisonne pas, il perçoit.
C’est un grand sentimental, qui pleure souvent, qui aime bien
que ses œuvres soient discutées, admirées, bien qu’il prétende le
contraire. Il déteste ceux qui ne le comprennent pas, il se sent
inspiré.
Bien entendu, il n’échappe pas à la règle de sa tare. Son centre de
gravité étant dans ses émotions, ses sentiments l’emportent
toujours sur tout. Son savoir est celui de ce qu’il aime, il ne veut
rien entendre de ce qu’il n’aime pas. Dans le pire des cas, c’est un
occultiste qui adore les histoires étranges, qui se dit mystique.
Son être est émotionnel, son art sentimental, sa religion est celle
de la foi, des élans, de l’amour, de l’enthousiasme, qui ne tarde
pas à se transformer en persécution, en extermination.
Le troisième et dernier type d’idiot répertorié est l’intellectuel. Il
est le « fluorique », essentiellement instable, désordonné, très vif.
Défaut de stabilité dans la démarche rapide, directe, comme une
petite mouche il va partout. Tout est variable chez lui. Il est de
petite taille, maigre, « pète-sec », très orgueilleux, très fier, qui ne
supporte pas la moindre remarque, adorant être considéré.
Irrésolu, il prend la plupart des décisions par coup de tête, en
étant persuadé qu’elles sont réfléchies, s’étourdissant de son
propre parler, s’écoutant discourir.
Comme les autres, son centre de gravité étant dans l’intellect,
tout est raisonné, théorisé. Son savoir est fondé sur sa pensée
subjective, sur des mots, sur une compréhension littéraire. Il ne
vit que par les livres, son art sera inventé, sa religion est celle

127
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 128

des preuves et des arguments, basés sur des raisonnements, sur


des interprétations logiques.
Voilà les trois genres d’hommes ordinaires, complètement
prisonniers de leur mécanicité et pour lesquels tout arrive. Ils ont
leur pathologie respective, qui traduit l’état de cristallisation de
leur ego. L’animique souffrira plus d’auto-intoxication sulfureuse,
d’excès de carbone, du foie, du sang. Il fabriquera des graisses, de
l’eau. L’affectif souffre des poumons, car ses antécédents sont
tous tuberculeux. Maux de tête, vertiges, nervosité, problèmes
thyroïdiens, excès d’arsenic, de phosphore, d’étain. Etouffements,
sexualité irrégulière, empoisonnements passagers, estomac,
oesophage. L’intellectuel a ses ascendants chez les syphilitiques.
Excès de mercure, d’or, de platine, d’acide nitrique. Muqueuses,
peau, intestins, douleurs fugitives, irritabilité, précipitation,
folie.
Nous pourrions entrer très précisément dans le détail de toutes
ces choses, mais le principal est d’observer pour vous à quel règne
vous appartenez, et d’en tirer les conclusions qui s’imposent afin
qu’une osmose puisse s’effectuer entre les fonctions organiques, il
est nécessaire de pratiquer celles pour lesquelles vous avez des
faiblesses, et non de vous conforter dans celles qui vous
paralysent. Vous êtes intellectuel ? comportez-vous plus en
affectif et en animique. Vous êtes affectif ? travaillez comme une
bête et raisonnez souvent. Ainsi de suite, comprenez-vous ?

N’oubliez pas que tous les mots, tous les gestes ont une position
et une interprétation précise en regard de ces genres, c’est
pourquoi tout ce qui est issu d’eux est subjectif, cela n’est pas la
vérité, mais leur vérité.
Par exemple, prenons le mot « univers ». L’animique vous décrira
celui des molécules, des atomes, des lois physico-chimiques.
L’affectif essaiera de vous faire sentir l’au-delà, il appuiera plus
sur le christianisme, sur l’amour nécessaire pour comprendre ce
mot. L’intellectuel vous parlera des heures entières des différents
« plans » d’existence, des philosophies qui décrivent le monde, ...
Chacun réagira à sa façon, en étant persuadé qu’il ne peut y

128
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 129

avoir que son explication de valable. L’animique dira que


l’intellectuel « cherche midi à quatorze heures » et que le
sentimental veut « qu’on lui fasse des bises ». L’affectif pleurera
sur la grossièreté du carbonique et sur le manque de réalisme de
l’intellectuel. L’intellectuel ne s’adressera même pas à l’épais
animique, et prouvera dédaigneusement que l’affectif n’a pas
assez tété sa mère (image fréquente en psychologie).
Ce n’est qu’à la suite du travail sur vous-même que vous
équilibrerez ces trois principales fonctions, afin que l’une ne
prime pas sur l’autre. Ainsi, vous serez devenu différent, car vous
aurez produit des efforts spéciaux d’un autre genre, efforts qui
vous donneront une permanence. Cet homme-là n’existe pas dans
la nature à la naissance. Tous les hommes ordinaires viennent au
monde dans un règne tendancieux. Cet homme-là est le résultat
d’un travail. Ses fonctions organiques sont équilibrées, même s’il
porte encore les traces de ses anciennes habitudes. Il se connaît,
non pas selon sa subjectivité, mais en regard de l’Absolu. Il
commence à savoir où il va, ce qu’il fait vraiment. Il n’est plus
tiré vers le bas ni enseigné par le savoir des trois règnes. Il a pu,
par ses propres efforts, accéder au savoir d’hommes supérieurs. Il
est « tiré vers le haut ».
Seul un tel être peut dire « je », faire quelque chose d’utile, car
son ego ne le domine plus. Il a atteint une permanence
irréversible. Il n’a plus les dispositifs qui lui permettaient d’avoir
toujours raison, il les a sacrifiés à sa quête, il a sauté un
intervalle et dispose d’énergies spéciales dont le niveau est
solaire. Il dépend du nombre de lois des galaxies, qui sont
quantitativement inférieures à celles de la terre. Il s’est libéré du
joug des satellites et a cristallisé dans ses métabolismes le
principe d’évolution d’une manière implacable.
Cet homme-là n’est cependant pas encore l’Adepte ni le Saint.
Eux sont encore plus loin dans la réalisation cosmique, mais il
est inutile d’en parler : vous ne pouvez pas concevoir ce qu’ils
sont sans avoir gravi la marche présente de la permanence.
Rappelez-vous que tout ce que je vous dis sur ces choses est très
partiel, très incomplet. Il faut que vous entendiez ces quelques
termes sur l’évolution, cela est ce qu’il y a de plus utile pour vous

129
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 130

et pour l’Alchimie contemporaine, car vous devez devenir un tel


homme.

L’homme du départ, celui dont la multitude de « je » le gouverne


au gré du hasard, c’est-à-dire la plupart des hommes
matérialistes, est comme ce creuset dans lequel un certain
nombre de poudres sont les unes sur les autres sans lien spécial,
sans relation définie et agissante.
Tantôt il est intellectuel, tantôt affectif, tantôt moteur, sans
raison, comme ça, parce qu’il rencontre un certain nombre
d’événements extérieurs qui l’influencent à agir comme cela ou
autrement.
La poudre blanche est le raisonnement, la poudre rouge l’affect,
la noire le corps physique. Quand un choc extérieur se produit,
quand l’homme rencontre par accident tel événement, le creuset
se déplace, il reçoit ce choc et les poudres sont plus ou moins
bouleversées : la blanche se mélange un peu à la noire ( l’intellect
travaille avec le corps) ou la rouge se mélange un peu à la
blanche ( l’affect travaille dans l’intellect ). On mélange tout, on
brasse la finesse, les densités et l’ordre, puis « ça » réagit ; on
répond comme ci ou comme ça, selon la place aléatoire des
poudres. Tout est instable, grossier, désordonné.
Lorsque l’homme extérieur constate qu’il est extérieur et qu’en le
restant il ne peut rien faire, quand i l constate que c’est l’éveil de
sa vie intérieure qui résoudra cette impossibilité, alors le creuset
cesse d’être le jeu des chocs extérieurs ; il se stabilise et les
poudres ne se mélangent plus d’une manière aléatoire. Il a
compris qu’il est impossible que ces poudres soient vraiment
agissantes tant qu’elles restent mélangées, que ces poudres n’ont
dans ces mélanges aucune identité réelle et donnent donc des
réponses plus ou moins faussées, subjectives.
Alors commence la lutte entre l’homme extérieur et l’homme
intérieur, lutte qui allumera le feu sous le creuset. Ce feu ( une
forme d’ascèse et la sincérité dans le travail sur soi ) commencera
par replacer les poudres dans le bon ordre, les densités se

130
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 131

rejoindront, et la fusion lente pourra avoir lieu. A ce stade, les


fonctions dont nous avons parlé plus haut sont à leur place,
travaillent avec les énergies qui leur sont propres, et ne se
mélangent plus les unes dans les autres comme auparavant.
Cette fusion ne peut commencer que par la dissolution de nos
certitudes qui nous faisaient croire obstinément en notre solidité
(solidité en réalité totalement fausse puisque les fonctions
travaillaient les unes dans les autres).
En chauffant ces poudres, le feu les fera fusionner d’une manière
bien particulière selon la loi cosmique : la matière la plus dense
en bas, la matière la plus subtile en haut. On ne vénère pas plus
le corps que le sentiment, on ne vit plus la tête dans le ventre.
Une fois les poudres fondues, le creuset peut être choqué, elles ne
bougeront plus. Alors qu’il suffisait du moindre coup pour les
mélanger, maintenant, l’homme ainsi réalisé par son propre
travail sur lui-même peut à sa guise rester dans le monde social
désordonné sans ressentir de malaise profond. Ce que contenait
le creuset est devenu indivisible, solide, personnel et unique.
Dès lors, il lui est possible de transformer ce nouveau contenu
par certaines opérations qui auraient été stériles sur les poudres
mélangées à l’origine. L’homme est alors en mesure de subir des
transmutations plus subtiles, à l’image de l’aimantation, de
l’électrisation, impossibles à réaliser avec les minerais grossiers.
Ces aimantations ou électrisations prennent ici une forme encore
différente de travail bien plus subtil, comme les phénomènes de
charité, d’amour, d’humilité, courants qui ne pouvaient pas
passer dans l’aléatoire des poudres non fondues. Mais sans ce
travail de fusion préalable, il reste à jamais irréalisable à
l’homme de comprendre ou de travailler avec cette charité, cette
humilité, cet amour, cette électrisation ou aimantation. Il
interprète tout. Son idée n’est pas la vérité.
Cette électrisation ou aimantation, alliée à la fusion qui continue
mais avec une moindre violence, oriente maintenant les saletés,
les scories qui étaient présentes dans ces poudres (même fondues
grossièrement), vers le haut : il devient désormais possible de
séparer le subtil de l’épais. On laisse les scories qui débordent
(les défauts) tomber et rejoindre leur lieu de destinée, la
poussière. Les défauts sont ici sensés représenter tout ce qui
auparavant avait interdit l’homme au travail du dedans, défauts

131
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 132

qui l’avaient plus ou moins plongé dans le sommeil de ses


certitudes.
Maintenant que la fusion se réalise dans la purification, les
poudres s’amalgament subtilement en un corps, et ce mélange
aurait à son tour été impossible sans cette électrisation, sans ce
travail. Ce corps est inaltérable à ce qui lui est « inférieur ». Si on
lui jette des poudres dessus, il reste ce qu’il est, alors que cela
n’était pas le cas avant la transmutation.
Ce nouveau corps possède ses propres caractéristiques,
incomparables avec celles des poudres originelles (c’est ce que se
bornent à faire les scientifiques). Une de ces caractéristiques est
une grande solidité qui, en regard des poudres aléatoires, est
immortelle.

Voyez, là également, combien le terme « immortalité » comporte


de sens. Il n’y a pas la non-immortalité d’un côté et l’immortalité
de l’autre. Il existe simplement des niveaux de réalisation de
l’homme, par lesquels il accède petit à petit à l’immortalité. S’il
ne génère rien au delà de ses fixités, il ne reste que poussière
après sa mort. S’il est sur la voie de la permanence mais qu’il
n’en cristallise pas l’achèvement, il se réincarnera autant de fois

132
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 133

qu’il sera nécessaire pour y parvenir. Après sa mort. ce sera son «


corps astral » qui survivra. S’il devient permanent durant sa vie
par l’artifice d’un travail, il ne se recycle plus, il prend une
identité cosmique et quelque chose de plus fort que l’astral
subsiste.
Ainsi en est-il de l’évolution de l’homme du point de vue de
l’immortalité. Le temps de survie s’accorde selon son niveau
d’accomplissement. S’il reste dans son règne, il ne vit que
soixante-dix ans pour retourner en poussière : c’est l’enfer de la
matière. S’il doit se recycler, en ayant par ses souffrances
contrôlées acquis une densité de présence cosmique suffisante, sa
vie réelle durera des milliers d’années sans pour autant être
immortelle. Il devient immortel seulement le jour où il est
réalisé, Adepte ou Saint. Cela signifie que « l’immortalité » d’un
homme animique, affectif ou intellectuel est de soixante-dix ans -
c’est pourquoi ils n’y croient pas -. Celle de l’homme en voie de
réalisation solaire est de soixante-dix mille ans. Celle de l’Adepte
est éternelle.
Toutes les religions s’égalent devant Dieu, toutes les philosophies
de même, dans le cadre de ce qu’elles contiennent. Aucune ne
reflète la réalité objective et la reflète tout en même temps. C’est
ce qui les unit toutes qui est le miroir divin. Mais, les pharisiens,
plastronnant le christianisme en guise d’éthique, vous diront
qu’il n’y a que leur religion, les autres proclameront l’hégémonie
de la leur. Rien entendu, ils auraient raison, mais à quelles
conditions ? Imaginez un peu les réelles exigences du
christianisme. par exemple, et vous me direz si vous espérez
vraiment devenir saint dans les trente prochaines années. Vous
serez-vous débarrassé de toutes les tares de votre ego ?
Il en va pareillement pour l’ensemble des religions. Le
Bouddhisme, qui enseigne la transcendance, et les autres, qui
retracent une partie du chemin de l’homme selon l’Absolu. Il ne
faut pas penser strictement comme leur dogmes. Il faut par
contre pratiquer le dynamisme qu’elles contiennent.
C’est pourquoi les religiosités n’ont jamais porté dans leur cœur
les alchimistes, parce qu’ils savent toutes ces choses et qu’ils ne
sont plus pris au piège de l’aspect purement humain des
politiques religieuses, subjectivement devenues telles dans les

133
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 134

mains d’hommes animiques, affectifs et intellectuels. Mais, de


par notre faiblesse, il est inconvenant de prétendre au-delà de
nos possibilités. Cela veut dire que l’intégration des rituels d’une
religion demande tant d’efforts qu’il serait superbe d’espérer en
connaître plusieurs... Les hommes authentiquement religieux,
eux, respecteront toujours les qualités de votre être, ainsi que
l’intérêt que vous porteriez, éventuellement, aux religions sueurs.
Les matérialistes religieux, eux, vous soutiendront toujours que
la leur est la meilleure. En réalité, par exemple, je suis sûr qu’un
simple novice bénédictin vaut plus que la plupart des « imam » de
cet Islam qui envoie ses enfants devant les armes.
L’école de la connaissance de soi ne se trouve pas par les moyens
modernes d’information. Je vous adjure de vous méfier comme
d’un poison de toutes celles qui utilisent le même langage que le
nôtre. Cette école se révèlera à vous si vous le méritez et
seulement sous cette condition.
Bien que certains tentent de fuir la réalité de nos termes en
invoquant comme couverture l’avertissement de Monsieur
Canseliet à l’encontre de l’Enseignement Gurdjieff - sans le
connaître, évidemment -, nous les mettons en garde contre ce
rapprochement léger qui consisterait à faire valoir nos propos
selon ce type d’enseignement.
Le très estimé arménien, Monsieur K. dont il est question dans
l’hommage aux Maîtres et sans lesquels je serais moins que rien,
n’était pas « gurdjieffien ».
Pour l’information, sachez que l’avertissement du Maître de
Savignies, noté en exergue de l’une des XII Clefs de Basile
Valentin, fut dicté à l’issue d’un malencontreux contact avec des
personnes qui se réclamaient de cet enseignement. Bien entendu,
comme en bien d’autres matières, ils n’en étaient pas plus que les
pharisiens sont chrétiens, ces derniers contestant pourtant les
termes de la connaissance.
Les petites publicités, glissées dans les livres, sur cet
Enseignement nommé « Gurdjieff Ouspensky ». sont aussi
fallacieuses que détournées de l’origine, tout comme les gens qui
s’en réclament. Il est donc naturel que le disciple de la voie sèche,

134
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 135

plus tard Adepte, percevant sous cette forme ce genre


d’information, la jugeât au niveau de ce qu’elle méritait.
Que les vrais curieux notent simplement que Gurdjieff employait
le même langage utilisé aujourd’hui par Jean-Paul II, relatif au
travail sur soi. Qu’ils observent également que le halo
d’intellectuels qui gravitent de longue date autour des groupes et
qui sont responsables de tout le brouhaha traduisant en fait un
intérêt morbide occultiste, n’a évidemment rien de commun avec
cet enseignement. En outre, nous prions les systématiques de ne
point employer à la légère les termes d’un savoir dont ils fuient le
plus infime exercice. Quant aux palabreurs de tous styles qui y
ont goûté - comme par exemple ce Pauwells dont l’essentiel de sa
quête ne regarde que son compte en banque - et qui se firent
renvoyer à cause de leur ego cristallisé, ils n’ont eu que ce qu’ils
méritaient. Dans la Tradition, ce genre de touche-pipi de
l’ésotérisme n’a aucune place. Que tous ceux qui ne veulent rien
savoir sur le pouvoir tentaculaire du moi les rejoignent. Les fils
de Dieu savent bien que c’est précisément le sacrifice que celui de
recevoir l’humiliation à bon escient.
Les langues cérébrales ont dit du « Vieux » ( Gurdjieff) tout ce
qu’il n’était pas, comme aujourd’hui ils tentent de bâtir une
pseudo-alchimie alors qu’il ne saurait être question qu’elle fût
ainsi -
c’est-à-dire coupée de la Tradition ou, en termes similaires, de la
transcendance de l’ego.
Imagineriez-vous que ces poisons changent dans le temps ? Ils
passent d’une main à l’autre. Vous n’empêcherez jamais les
jaloux d’étendre leur fiente sur tout ce qu’ils côtoient. Vous savez,
le péché d’orgueil spirituel est leur lot, qu’ils s’intitulent «
gurdjieffien », anthroposophes, scientologues, chrétiens,
scientifiques, alchimistes, solazaréfiens, ...: pardonnez mon
mépris, mais tous ceux qui sont décorés du mérite de l’enflure
spirituelle puent de la même façon ( ils se caractérisent d’ailleurs
également par une incapacité totale à la naïveté ). Trop de purs
ont été souillés par les vantards.

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 136

(prière)
Ils m’ont dit : c’est imprudent.
« Tant va la cruche à l’eau »
« Au bout du fossé la culbute »
« Il ne l’a pas volé, celui-là » ...
Seigneur,
Toi, Toi !
Le premier,
Tu as voulu

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DEUXIÈME PARTIE

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 138

NOTRE TRADITION L’ÉCHELLE SAINTE ET LE GRAND


ŒUVRE
C’est par une matinée d’automne que je fis la connaissance de
mon maître, N..., dans l’Est de notre belle France. J’avais
auparavant suivi sa trace, très discrètement et seul, durant deux
années. En effet, je savais qu’il existait un être peu ordinaire qui
travaillait au fourneau d’une manière spéciale, en utilisant des
régimes hors du commun. Je ne l’avais pas appris dans les salons
parisiens, où les doryphores qui gravitent autour de la mode ne
nous apprennent rien.
C’est le langage des oiseaux et uniquement lui qui me mena
auprès de N., mais ce n’est que bien plus tard que je pus m’en
rendre compte, car je n’avais pas l’habitude d’être traité comme il
le fit ni d’avoir vu un tel personnage.
La première fois que je me résolus à frapper à sa demeure,
aucune réponse ne se fit entendre, pas même le moindre signe.
Comme j’avais fait un long voyage - j’avais déjà quitté l’Alsace -,
j’attendais donc devant la porte, mais discrètement caché dans
un recoin de mur, assis à terre. Ce n’est qu’en fin d’après-midi
que je vis sortir un homme sec et assez grand. Il avait une
curieuse allure, une démarche à la fois très détendue et décidée.
Profitant de l’occasion, je courus vers lui et lui demandai s’il était
disposé à me parler. Son visage était très vieux mais
extrêmement doux, pas du tout comme je m’imaginais l’Adepte
qui avait réussi. Comme on peut se faire des idées sur toutes ces
choses ! Il me répondit net - Et que voulez-vous que je vous dise ?
et se détourna.
Je l’attendis quelques heures et ce n’est que tard le soir qu’il
revint.
- Encore vous ? Pardon. Puis il me poussa assez brutalement,
rentra et ferma la porte à double tour. J’étais angoissé ; toutes les
notions préconçues me gonflaient le crâne (comment un maître
peut-il réagir ainsi, il m’a poussé, il est dédaigneux, ça ne peut
pas être un maître...). Je fis demi-tour, l’âme en peine et en même

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 139

temps agacé. Evidemment, je ne pus fermer l’œil de la nuit et, le


lendemain, je me représentai devant la porte de N .
Personne n’en sortit de la journée. Ce fut long. Sous le soleil
encore chaud, je me rappelais qu’il ne fallait pas juger selon mes
conceptions, que je dormais profondément et que, peut-être était-
ce une épreuve. Petit à petit, cette pensée germait en moi, comme
si j’étais poussé à l’accepter sans aucune résistance. Je voulais
rentrer. Je voulais être admis.
Comme j’avais quelques mois de noviciat au monastère de . . . , je
savais qu’il me fallait rester très patient, pour donner les signes
de persévérance et de volonté, qui témoigneraient de patience et
d’un brin d’humilité, sans lesquelles on ne peut être admis nulle
part. Je décidai donc de passer mes nuits et mes jours devant la
porte du Maître.
Voilà qui n’est pas simple ! Les gendarmes sont venus pour me
faire partir, les gens du pâté de maisons s’inquiétaient,
d’innombrables animaux nocturnes venaient me renifler la nuit ;
j’avais peur et j’étais terrorisé. Sac de couchage et litière d’herbe
à côté du portail, au bout de trois jours, j’avais réussi à faire
admettre ma présence aux forces de l’ordre en leur ayant dit que
j’avais un message très urgent à remettre en mains propres à la
famille, et que cela ne pouvait souffrir la moindre attente.
Quatre jours ! Quatre jours durant et quatre nuits, aucun signe
de vie, pas même le moindre petit bruit, comme s’il avait disparu
par une porte de derrière mythique. Puis, le cinquième jour, un
immense bonheur m’envahit. La porte s’ouvrit brutalement et,
tout aussi vivement, une assiette remplie de nourriture se posa
sur le seuil. Je n’eus pas le temps de réaliser qu’un claquement se
fit entendre : voilà que tout était à nouveau bouclé.
Avidement, j’engloutis tout ce qui se trouvait dans l’assiette. Je
venais pourtant de manger, il était treize heures trente, mais
j’étais devenu comme fou, telle une bête vivant le plus souvent à
terre dans la poussière. Je sais qu’il vous est difficile de croire
cela, mais peut-être y repenserez-vous lorsque votre tour viendra.
Les gens aux alentours me dévisageaient de pied en cap, les
gendarmes repassaient tous les jours deux fois, me proposant
gentiment quelques services.

139
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 140

Le lendemain, de même : la porte s’ouvrit furtivement, une autre


assiette avec, très exactement, les mêmes mets. Je compris
immédiatement que c’était une invitation à la patience. Le
surlendemain, vous pensez, j’attendais la porte s’ouvrir et, dès le
fait, je commençai à parler. Il me couvrit d’injures ! Il sortit et me
battit avec un bâton devant tout le monde ! J’étais confondu. Les
gendarmes m’ont ordonné de quitter les lieux, pensant que je leur
avais menti. Je leur expliquai qu’il me fallait absolument voir ce
monsieur, que c’était pour moi une question vitale, et leur promis
de partir dans deux jours.
Le jour suivant - sixième jour - je pleurais, complètement
miséreux, sale, fatigué et plein de courbatures.
La porte s’ouvrit doucement. Médusé -j’en restais assis par terre -
j’écoutais avec tout mon être les mots fermes de N.
- Tu savais qu’il est nécessaire de montrer patience, mais tu ne
l’avais jamais vécu vraiment. Tu m’as montré que ton seul
attachement est dans la voie. Tu n’ignores plus maintenant que
l’on ne peut demeurer longtemps en Alchimie sans obéissance.
Tous ces jeunes qui veulent tout sans bouger le petit doigt sont très
éloignés de la Tradition. Tu es sale, entre te laver. . .

(prière )
Ils se rient d’organisation, d’horaires, de plans.
Moi, j’ai capitulé.
Cette limite, je l’ai franchie et pourtant
je ne peux pas parler.
J’ai cédé : j’avoue T’aimer davantage.

140
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 141

LA FIN DU DUALISME PRENDRE LA ROUTE


appelez-vous ce que nous avons expliqué au sujet de la différence
qui subsiste et subsistera toujours entre la doctrine et le
comment faire. L’exposé suivant des méthodologies
traditionnelles reste inévitablement livresque. Bien qu’il tente
d’approfondir au mieux tous les aspects du « comment faire »,
nous répétons que sa pratique ne peut s’exercer que dans le cadre
d’une école accessible seulement aux êtres qui le veulent
longtemps et ardemment. D’autre part, ces méthodes doivent être
indubitablement dispensées par des hommes éveillés, maîtres ou
instructeurs les ayant expérimentées.
Je vous engage donc, par voie de conséquence, à chercher et à
vous confier à de tels êtres, dans le cadre de ce que nous avons
déjà souligné dans notre Uber dem Meischer, ainsi que dans celui
que nous allons préciser plus bas, à propos de l’obéissance.

La Tradition nous révèle l’existence des deux états qui habitent


tout humain : ce qui lui est inné, son essence, déterminée avant
sa venue au monde, ce qui lui appartient en propre comme étant
sa véritable nature, l’être d’une part. Et ce qu’il apprend, ses
personnages, son éducation, tout le « surajouté » par
identification, ce qui ne lui appartient pas en propre, son ego
d’autre part. Ainsi des philosophies décrivent l’homme comme
étant principalement dualiste, avec tous les attributs issus de ce
constat, comme « intérieur-extérieur », « qualitatif-quantitatif »,
«dogmatique-mystique », ...
Comme d’habitude pourrions-nous dire, ces philosophies sont
dans la vérité, mais pas dans la vérité objective car, évidemment,
il leur manque à toutes le « comment » ; c’est-à-dire qu’aucune, à
la faveur de cette analyse, ne nous explique la manière de nous
sortir de ces vues horizontales. Elles entrent dans les plus fins
détails quant aux descriptions précises de ces deux états, mais
aucune ne mentionne le mécanisme de l’évolution de la troisième

141
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 142

étape, porte de sortie vers l’Absolu ou tout début de l’ascension de


l’Echelle Sainte. C’est toujours le dynamisme qui brille par son
absence, parce que les individus qui enseignent sont fixes soit
dans un état soit dans l’autre, c’est-à-dire complètement
prisonniers du dualisme. Aucune objectivation n’est possible.
Les uns affirment à grand renfort de subjectivité scientifique que
seul l’ego compte, reléguant l’être à des histoires pour malades
mentaux, en le classant dans le dossier des vieilles morales. Les
autres, ayant saisi un brin de lumière seulement, l’ont confondu
avec la source et n’ont pas cessé de mépriser l’ego, comme étant
le diable lui-même et de détruire tout ce qui s’y apparente.
Evidemment, les deux attitudes sont aussi néfastes l’une que
l’autre, parce qu’elles restent cristallisées, indépendamment de
leur niveau d’appartenance, ou de leurs effets, fussent-ils très
impressionnants. Les entêtés, quel que soit leur bord, sont tout
aussi dangereux que ce qu’ils dénoncent chez leur voisin. L’ego
est parfaitement borné dans ses attitudes animiques. L’être
exclusif mène une vie aux autres complètement dématérialisée,
désorganisée ( on en trouve certains qui attendent deux jours un
morceau de pain, quand ce ne sont pas des générations entières, «
pour la gloire de Dieu ».)
Le matérialisme des Etats-Unis ou de l’Union Soviétique est tout
aussi infect que la « révolution islamique » ou que notre
christianisme de l’Inquisition. Les matérialistes ricanent sur les
attitudes religieuses, les cafards se signent dès qu’ils voient un
infâme tomber dans le péché, tous deux étant persuadés d’être
dans la vérité absolue, et d’être capable de mourir pour cela.
L’évolution générale du monde ne peut pas dépasser le dualisme :
nous avons expliqué pourquoi cette situation était comme cela,
les phénomènes cosmiques ayant placé la terre en juste place
pour ce.
Vous qui voulez devenir alchimiste, vous appartenez à la part des
hommes qui quêtent un savoir et qui, par leurs efforts sur eux-
mêmes, feront partie d’une exception. Vous savez que la
connaissance n’est pas distribuée à tous, ou si vous le croyez
encore, je vous prie de laisser ce leurre au vestiaire de vos
routines mentales et de vous poser vraiment la question de ceux
qui travaillent. Croyez-vous que celui qui ne fait rien mérite le

142
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 143

même salaire que celui qui travaille ? Débarrassez-vous, s’il vous


plaît, de ces idées schématiques. Rien dans la nature ne
fonctionne comme cela.
Echapper au dualisme revient à expérimenter la loi des
intervalles. C’est l’ascension verticale et non plus la maladie du
détail horizontal, qu’elle soit matérialiste ou d’une religiosité
monstrueuse. C’est réellement le chiffre trois, le triangle, la
création d’un autre événement déterminant pour vous, la
restructuration de vos fonctions organiques d’une façon
irréversible.
Mais, pour ce, vous comprendrez aisément qu’il vous faut d’abord
équilibrer le côté dans lequel vous êtes faible. En règle générale,
en Occident, toute la « culture » - non pas la vraie, mais celle des
identifications - a bien plus engrossé vos egos que vos êtres. Plus
vous êtes cultivé, plus vous êtes fort en ego, plus vous vous fixez
de ce côté. Ainsi, pour permettre à ce que vous êtes en propre -
votre essence - de grandir, il ne vous sera pas possible d’éviter
l’atténuation de votre ego, c’est-à-dire d’étouffer la suggestion
permanente de la pression constante de votre personnalité,
pression qui s’exerce sur tout ce qui surgit de votre être, même si
vous pensez que vous laissez ce dernier s’exprimer comme il le
veut.
Seule votre personnalité ( expression extérieure de votre ego ),
est actuellement l’élément actif en vous, ayant en réalité rendu
complètement passif votre être, que vous avez principalement
assujetti à son service : un mode très habile de prostitution.
Mais, comme cette dernière est généralisée, elle se banalise
parfaitement.
Il est donc de première urgence d’équilibrer ces deux valeurs
humaines, c’est-à-dire, pour nous occidentaux, de réduire le
pouvoir fascinant de l’ego. L’Echelle Sainte a cette force, elle est
cette possibilité, ce comment faire qui replacera votre
personnalité à sa juste place sans l’anéantir, et qui autorisera
votre être - ce que vous êtes en propre - à se manifester comme il
se doit. C’est cela, la fin du dualisme, les prémices de l’ascension
vers l’Absolu et, pour vous chymistes, l’accès à la Remore.

143
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 144

Voyez ce qu’est le savant moderne. Il a un ego extrêmement


développé, une somme de connaissances matérielles immense, il
est très cultivé, passe pour un homme d’un grand savoir. Mais il
a le droit, il peut être un petit homme égoïste, mesquin et qui se
met dans une rage noire s’il ne trouve pas ses pantoufles au pied
du lit, cela est son être.
Voyez ces fanatiques qui interprètent les écrits du Christ Q et qui
laissent leurs enfants mourir faute d’une simple transfusion
sanguine, par exemple.
La psychologie moderne ignore tout de cette division humaine.
L’être est la vérité d’un homme, son ego est ce qu’il a appris par
identification, par éducation, il est ce qui n’est pas lui, c’est pour
cela qu’il ment tout le temps. Le psychologue, cet homme
ordinaire qui n’a pas accompli cette séparation en lui, comment
voulez-vous qu’il y comprenne quelque chose ? N’ayant pas lui-
même vécu ce dualisme, au pire des cas juste un vague «
transfert » dont les mécanismes dépendent exclusivement de
l’ego, il n’investira jamais certains problèmes dont la source se
trouve dans les disfonctions de l’être.
Qu’est-ce-à-dire ? Cela veut dire que rien de ce que nous pouvons
voir d’un moderne n’est à lui, ce n’est pas lui que vous voyez, mais

144
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 145

un singe qui imite tout l’acquis de son éducation, elle-même


transmise dans les mêmes conditions. Et cependant, il croit être
lui-même. Son être ayant été étouffé dans ses moindres
manifestations, dès sa plus tendre enfance, ne vivant
pratiquement plus aucun contact avec ce qu’il est en propre, il n’a
plus de repère vis-à-vis duquel il pourrait ressentir un signe
autre : c’est pour cette raison qu’il croit être lui-même, alors qu’il
n’est qu’un automate. Tout dans ses mouvements le montre.
Si un tel homme veut changer, il lui faut retrouver la source et,
par conséquent, accepter d’être affaibli dans son ego, accepter de
subir un rabaissement de ce qu’il croit être ses valeurs, ce qui ne
peut qu’engendrer de la souffrance. C’est seulement au prix de
cette souffrance contrôlée mais inévitable qu’il peut évoluer.
Sinon, il reste endormi à son être, à ce qu’il est. Les grandes
valeurs divines qui permettent ce transfert d’énergie sont
contenues dans l’Echelle Sainte, exclusivement dans sa pratique,
dans une pratique tout aussi assidue que celle dont l’ego a usé
durant des années : il lui faut rembourser une dette.
Votre essence est restée à l’état infantile, elle est devenue, à
cause de sa paralysie, infirme. C’est ce qui est responsable du fait
que même ce qui vous appartient en propre est à réveiller. Vous
observerez donc qu’il est nécessaire d’un côté de suivre une
ascèse très précise qui se détermine par l’Echelle Sainte, et de
l’autre de vous re-nourrir convenablement, afin de régénérer
votre être. Nous parlerons de la question des nourritures plus
tard. Pour l’heure, il convient de partir à l’assaut de vos fixités.

(prière )
Père, je m’abandonne à Toi :
Fais de moi ce qu’Il te plaira.
J’ai frappé .. .
Tu m’as ouvert, je ne m’y attendais pas !
Jamais je n’aurais pu imaginer
combien Tu sais aimer.

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 146

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 147

Premier degré
LE RENONCEMENT
Maintenant que vous avez pris connaissance d’un certain nombre
de données traditionnelles, vous comprendrez plus aisément ce
qui se déroule à l’intérieur de l’individu, et aussi dans les
opérations de laboratoire. Nous avons évoqué les différents
niveaux de conscience, les différents corps, et nous avons affirmé
que l’accès à des niveaux supérieurs s’acquiert au prix d’efforts
qui sont contenus dans le travail sur soi.
Quelle est cette énergie capable de transfigurer les aspirants
sincères, de transformer les métabolismes courants, énergie
apparentée au feu secret qu’il faut savoir savamment entretenir ?
Cette énergie est fournie justement par le frottement de l’être et
de l’ego, à l’intérieur de soi comme à l’extérieur, rayonnement
débouchant dans les matières sous forme de feu secret, se
mariant lui-même avec celui desdites matières. Ce principe est
un principe cosmique, et le feu secret n’est pas éveillé tant que
vous ne l’avez pas sollicité en vous-même. Voilà une très grande
étape de l’œuvre philosophique, rendant inaptes les envieux fixés
dans leur ego, qui est d’éveiller le feu secret afin de le transfuser
dans celui qui est déjà présent d’une manière ignée dans les
matières. Car, comment voulez-vous générer le feu secret des
matières, très grossier par rapport à celui que vous êtes capable
de produire, sans bâtir ce pont qui relie les énergies ?
Voyez-vous, tous les Adeptes ont été discrets sur l’éveil du feu
secret, au niveau du laboratoire. Ils l’ont été plus encore lorsqu’il
s’agissait d’en déterminer la source réelle : vous-même,
transfiguré par votre travail. L’énergie qui émane de vous à ce
grade est très subtile, très fine, capable de mettre en résonance
vibratoire celle qui est contenue à l’état latent dans les élaborats.
Vous êtes alors un facteur déclenchant, et c’est pourquoi l’œuvre
reste impossible pour les envieux.
Ces derniers peuvent travailler autant qu’ils le veulent, ils ne
feront rien ou, au mieux, qu’amplifier et canaliser le feu secret
des matières, qui se libère un jour d’un seul coup sous l’influence

147
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 148

d’un artifice cosmique incontrôlé, rendant le manipulateur-


souffleur complètement fou, lui imprimant un seuil énergétique
qu’il est incapable d’assumer.
Car, pour élever les substances à un titre de noblesse plus fort, il
faut auparavant vous élever vous-même au niveau de ce titre, en
intégrant le corps ou l’état adéquat. Fusion, unité intérieure, sont
obtenues par friction, par la lutte entre votre ego et votre être,
lutte maintenue en équilibre et jamais résolue par l’une des
parties, mais par le niveau supérieur lui-même.
Si vous ne livrez aucune lutte intérieure, vous irez toujours dans
le sens des courants qui vous dominent et, comme ces derniers
sont accidentels, vous ne pourrez végéter que là où ils végètent.
Mais, si une lutte intérieure s’amorce, et surtout si vous suivez
une ligne qui ne privilégie ni votre ego ni votre être, alors vous
commencerez à fabriquer cette énergie en vous, dont le trait
principal est la permanence.
L’énergie dont je parle est tout-à-fait mesurable. Elle n’a rien
d’un genre de magnétisme occultiste dont se gargarisent les
esprits malades. Elle est mesurable, parce qu’elle est du même
type que les hormones. Elle n’est pas une hormone spéciale, elle
représente leur qualité du point de vue philosophique. Par
exemple, tel animique engendre une grosse dose d’aldostérone.
En équilibrant ses fonctions organiques comme nous l’avons dit,
il en « fabriquera » moins en quantité, mais leur structure
minéralocorticoïde sera bien supérieure. Il développera ainsi
moins de « rénine » et par là chargera moins son organisme de
diverses toxines : son énergie vitale circulera mieux et sera
mieux exploitée.
Chez un tel individu, le travail sur soi - qui engendre nous
l’avons dit de la souffrance - débute par une action directe sur ces
métabolismes. Il vivra très difficilement une période
d’hypertension réno-vasculaire, par exemple, qui le gênera
beaucoup. Son taux de rénine ( enzyme capable d’hydrolise)
chutera considérablement, il aura mal, il sera fatigué. Il vivra des
moments insupportables pour lui, il croira que c’est de la folie,
que c’est sa fin. En réalité, il mettra en branle les forces de la
persévérance et de la compréhension.

148
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 149

De même, chez l’affectif ou chez l’intellectuel, d’autres


transformations sont mises en route. A chacun son chemin, à
chacun ses douleurs, ses étapes, ses fins, parce qu’en inhibant
une fonction dans laquelle vous avez coutume de dormir, vous
débloquez inévitablement l’énergie des autres fonctions qui
n’agissaient pas auparavant. Bien entendu, cela ne peut pas se
passer tout seul, sans la moindre peine.
Que vous soyez intellectuel, affectif ou animique, seul le maintien
de la lutte entre l’ego et l’être pourra créer l’énergie suffisamment
permanente pour vaincre vos fixités. Il faut que cette lutte soit
constante, mesurée, ferme et très zélée. C’est pourquoi le premier
barreau de l’Echelle sainte est le renoncement.

Vous comprendrez facilement que votre renoncement au monde,


selon votre appartenance aux règnes précités, ne peut être le
même pour vous que pour votre voisin. Ainsi, il n’y a pas la
grande théorie du renoncement, sur laquelle on placerait tous les
postulants sur une ligne de départ en donnant le coup d’envoi.
Chacun doit comprendre ce que peut être le renoncement pour
lui, sans quitter le monde.
Car renoncer au monde ne veut pas dire quitter le monde. Il est
le premier niveau de l’échelle chymique parce que c’est lui qui se
manifeste dès que vous prenez conscience de la valeur de ce que
nous avons transmis, non pas parce que cela est fort ou infus,
mais tout simplement parce que cela a mis le doigt sur
l’insuffisance de vos forces.
L’insuffisance des forces humaines est la première notion qui
s’apparente au renoncement. Elle est la prise de conscience qui
consiste à se rendre compte d’une différence fondamentale : vous
imaginez l’énergie dépravée dont vous disposez, et vous la
comparez à celle qui est requise pour le formidable combat que
vous allez mener. Manifestement, une aide hors du commun est
inéluctable.
Vous concevez maintenant que si vous vous fiez à vous-même
exclusivement, vous serez vite renversé. Se résoudre à ne pas
placer sa confiance uniquement en soi est pour beaucoup un

149
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 150

obstacle très important, qui les empêche de commencer une fois


pour toutes. L’homme ordinaire ne veut rien savoir de ces choses,
parce qu’il est sûr de lui, de ses fixités qui « reposent toutes sur
son vécu », comme il l’affirme. Comment un tel homme pourrait-il
recevoir des conseils, une aide, s’il croit qu’il connaît tout, tout
seul et qu’il peut tout ? Comment voulez-vous qu’à travers un tel
mur de suffisance le moindre rayon de savoir, de lumière, passe ?
Libérez-vous de cette confiance immodérée que vous avez en
vous-même. Elle est tellement enracinée que vous ne vous
apercevez même plus combien elle a changé votre cœur.
Le « cœur » dont nous parlons n’a rien d’un affect malade comme
nous entendons les attitudes sentimentales de l’ego. En effet,
lorsqu’un être a équilibré ses fonctions et qu’il a atteint un
niveau de permanence certain, l’énergie qui se manifeste par
cette permanence se focalise sur le plexus solaire. Elle est ainsi
en mesure de donner naissance au corps plus subtil qui sera
soumis à un moindre nombre de lois. C’est de ce cœur là dont
nous parlerons lorsqu’il sera fait mention du mot. Nous y
reviendrons.
Pour l’heure, vaincre votre excès d’ego. Aidé seulement de votre
bonne volonté - la meilleure des armes pour le début -, vous
entreprenez la plus difficile des tâches. C’est la « persécution de
soi » dont parlent les Saints, c’est le sens de la croix chrétienne :
ma volonté transplantée par celle d’un autre et qui engendre
cette friction, ce centre (le point qui les relie), lui-même
générateur d’énergie supérieure, à condition que cette situation
dure suffisamment ... Car aussi longtemps que vos petites
volontés égoïstes vous domineront, vous ne pourrez pas
prononcer les termes, en implorant la Dame, « que Ta volonté soit
faite ». Je veux dire que si vous ne bradez pas votre propre
grandeur, vous ne pourrez jamais accéder à la véritable
grandeur. Si vous ne sacrifiez pas votre liberté, vous ne
connaîtrez pas la liberté-principe, qui est sous le règne d’une
unique volonté, car croyez-vous qu’il soit possible de remplir un
vase d’eau pure sans vider auparavant l’eau sale qui s’y trouve ?
Un grand, un très grand labeur sera nécessaire à cet effet, et bien
des peines secrètes que personne ne percevra, surtout après des
années de négligence, pour que votre être, qui a été repoussé par

150
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 151

votre ego, semblable à ce chien glouton, en vienne à force de


simplicité et d’application, à préférer la pureté et la vigilance.
Prenez courage. Si dominé par les passions de votre volonté
propre que vous soyez, aimez par dessus tout vous « jeter au feu
du combat ». Commencez avec fermeté, ne soyez pas veule, même
si par la suite vous vous relâchez : une volonté courageuse du
début qui retombe dans le relâchement garde au fond le souvenir
de son premier mouvement comme un éperon, par le circuit des
énergies qu’elle a ouvert et mémorisé.
Si vous trahissez votre engagement, si vous perdez votre
bienheureuse ferveur, recherchez avec soin les causes précises de
cette perte et reprenez le combat encore plus ardemment là où
vous l’avez laissé, parce que votre ferveur première ne peut
revenir que par la porte d’où elle s’est échappée. Ne perdez pas la
piste car le relâchement, c’est égarer le chemin.
Ne renoncez pas par crainte du monde. Si vous agissez de la
sorte, vous serez brillant quelque temps et vous vous épuiserez
très vite. De même, l’espoir secret de la récompense finale - la
Pierre - ne doit pas inspirer vos efforts, car vous ne savez pas ce
qu’est la Pierre, vous vous l’imaginez seulement, et bâtir son
renoncement sur cette imagination revient à désirer en secret
que l’ego continue son œuvre dévastatrice. Que votre départ ait
pour raison l’amour, qui se traduit en vous-même par un feu
intérieur dévorant, le feu secret dont nous parlions, feu
intarissable, qui consume tous les vices et toutes les impuretés,
qui est le seul à engendrer la souffrance dans la joie. Ce feu
construit plus qu’il ne détruit.
Gardez-vous de renoncer par simple concours de circonstances.
J’ai connu des hommes qui avaient agi de la sorte et qui, un peu
plus loin, ont rencontré d’autres raisons de s’attacher. Celles-ci
avaient pris les tournures extérieures du renoncement. C’est ce
que l’on apprend en premier lieu dans un monastère bouddhiste,
que de renoncer à l’idée fixe du renoncement dont s’est emparé
l’ego. Ne soyez pas entêté, mais que votre zèle dépende plus de
l’amour, de ce feu intérieur, que du désir de changer. L’ego
déguise toutes les tournures qu’il peut créer en un mirage.
Ne croyez pas que vous êtes indigne parce que vous vous jugez
trop taré des maux du monde. A grande maladie traitement

151
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 152

énergique, prenez patiemment une à une vos barrières, d’abord


les plus petites. Combattez-les assidûment, faites de ce combat
votre but du moment, votre seul but. Pensez-y, éprouvez-le,
pratiquez les gestes en conséquence. Utilisez ce qu’il vous semble
bon comme réveils des papiers, des poignées de porte inversées,
des cailloux dans les chaussures, enfin ce qui est salutaire pour
que vous ne vous endormiez pas. Dès que vous vous habituez,
changez de réveil, adoptez-en un autre.
Ne croyez pas non plus que vous ne pouvez pas commencer parce
que vous vous jugez trop attaché aux affaires du monde et de dire
« je n’y peux rien, il faut attendre ». Et attendre quoi, s’il vous
plaît ? Méfiez-vous comme de la peste de cette vue des choses, qui
est souvent le prétexte caché de votre couardise ou de votre
laisser-aller. Même si vous avez de très grandes responsabilités,
même si vous êtes très pris par le temps, vous pouvez, sans
aucune gêne réelle pour vos affaires, entreprendre un petit effort,
un bout de chemin vers la Dame. Ceux qui ont les entraves aux
pieds peuvent encore marcher, dussent-ils saigner et souffler plus
que les autres. Ne tranchez pas nettement et prenez garde à ce
qui tranche en vous. J’ai souvent entendu : « comment voulez-
vous qu’avec mes responsabilités je puisse entreprendre quelque
chose ?» Je leur ai répondu : pour les uns, l’ennemi sera la
gourmandise, pour les autres, il sera le bavardage ; pour vous, il
est la question que vous venez de poser, il est dans cette question,
dans tout ce qu’elle sous-entend.
Nous nous laissons tous intimider par des ennemis. Vous verrez,
à l’aide de l’expérience, que la plupart de ce que vous croyez être
des ennemis est invisible, n’existe que dans votre mental sous
forme d’obsessions. Dès lors, le combat est celui à livrer contre
vos obsessions. Adaptez votre lutte à vos forces, ne foncez pas
tête baissée ni ne vous laissez aller par prétexte au nonchaloir.
Réjouissez-vous de la peine que vous prenez, car tant que vous la
prendrez, le combat vous montrera que vous avancez, même si
vous n’en percevez pas l’issue. En effet, vous savez maintenant
que les difficultés sont cachées aux modernes parce qu’ils
dorment. Ils ne peuvent pas les comprendre, car ils n’ont pas les
énergies nécessaires comme support à cette compréhension ; ils
deviendraient fous, s’ils savaient d’un seul coup, sans
préparation. Choisissez avec l’aide d’un guide des exercices qui

152
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 153

vous conviennent, une manière d’être appropriée selon votre


connaissance immédiate de vous-même, une forme de vie
nouvelle. Malheur à celui qui reste seul, car s’il tombe dans la
négligence, le découragement, le sommeil, il n’a personne pour le
relever.

Cette toute première étape est également celle de la rencontre


avec les livres. L’intérêt se polarise sur les publications
chymiques anciennes et contemporaines, ce qui n’est pas sans
poser des problèmes de tous ordres. Les premiers traités choisis
démontrent par leur lecture souvent avide au début, que vous
êtes au seuil d’un monde constellé de ses mystères, de ses lois,
baigné de son propre temps et dont la pénétration du langage lui-
même demande un travail considérable.
Si vous renoncez vraiment aux attributs modernes du monde et
que votre esprit n’est pas excité par l’envie, vos choix se porteront
inexorablement sur de sérieuses publications et, dès lors, c’est
toute la question des parutions authentiques qui devient très
aigüe. Comment reconnaître un livre dont le contenu est digne
d’un laborant, à l’inverse de quelques-uns qui, traînant dans les
mêmes rayons, ne sont issus que de la plumitive masturbation
intellectuelle de souffleurs ?
Voilà qui revient à transposer l’examen de votre louable désir sur
la signification moderne d’un « souffleur » et, par la présente
occasion, d’approfondir notre Litterae Custodium du dix-
neuvième numéro de La Tourbe des Philosophes, tout en évitant
l’erreur qui consiste à croire que nos jours comptent moins de
fallacieux traités qu’auparavant. Il n’en est rien : le rapport de
souffleurs en regard des sincères étant resté approximativement
le même, nos contemporains mystificateurs sont pourvus
d’identiques qualités diaboliques que leurs ancêtres complices, à
savoir : vaine gloire, orgueil, superbe et trahison, fautes graves,
péchés mortels car ils font vraiment mourir, que nous
examinerons en leur temps.
D’emblée, que cela soit très clair : nous affirmons, avec toute la
puissance de notre expérience à l’Athanor, que toute personne

153
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 154

n’exerçant pas à la pince ou au ballon n’est pas autorisée par les


Pères à transmettre quoi que ce soit, pas même le moindre avis
intellectuel sur ce qu’elle ne pratique pas. Nous ne serons jamais
assez combatifs contre ces faux, nous ne sévirons jamais assez
comme à l’image de la très sainte chevalerie ; l’épée tintant le
Graal s’octroie le pouvoir de donner la mort. Car ces attitudes - et
nous ne craignons pas de le souligner au XXe siècle - devraient
être punies de la peine capitale en ce qu’elles relèvent de la
trahison, elle-même vile relique inverse de la loyauté.
Evidemment, les modernes n’étant pas à une attitude fourbe
près, nos propos paraîtront à leurs yeux démesurés, « indignes de
chercheurs de vérité ». Le choix est pourtant limité : laisser agir
l’opprobre dans la plus complète impunité hypocrite ou, à l’image
des Pères, sortir le glaive.
Dussions-nous être injustement jugés par les opinions traîtresses
qui animent les stériles discussions de bon ton des salons dans
lesquels on palabre sur les révérendissimes qualités des œuvres
littéraires en vogue, nous sortons le glaive. Sans révéler
présentement quelles sont les sources qui nous signèrent avant le
combat, nous osons lever la lame, hauts les bras et sans l’ombre
d’une hésitation, au dessus du cou de tous les ploutocrates qui,
sans la moindre honte, écrivent ce qu’ils n’ont pas réalisé.
Visualisez l’ampleur du phénomène : les uns n’ayant rien fait du
tout, les autres s’imaginant tenir le droit d’aînesse après
quelques simples purifications mercurielles. Autant vous hurler
sans détour que les trois quarts des publications arborant
fièrement l’étiquette «alchimique » ne sont que de fielleux faux,
huppés de suffisance et dont les érections plumitives camouflent
la fausseté de leur contenu. Qu’il soit vieux de quelques siècles ou
contemporains, je vous engage à prendre tout ouvrage avec la
pince de la méfiance, tout comme vous saisiriez un animal
simulant la mort.
En ce qui concerne les anciens traités, il est préférable de vous
référer exclusivement aux quelques Adeptes qui animèrent notre
quête durant les siècles passés, dont les noms sont quasiment
tous cités par Fulcanelli et son disciple, Monsieur Canseliet.
Par contre, les parutions modernes sont affublées d’un nouveau
style de décor, celui du mandat hâtif de bourgeois qui se sont

154
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 155

déclarés dignes en serrant deux ou trois mains. S’ils l’avaient


vraiment été, inutile de vous dire que Monsieur Canseliet ne
serait pas parti de cette manière. Car, comment imagineriez-vous
une simple « relève » en dehors de la profonde empreinte
traditionnelle ?
Lorsque nous avons été appelés pour préparer le corps du maître
de Savignies, les ordres furent formels. Une liste précise de noms
nous a été confiée, nous révélant le caractère vraiment dignitaire
des personnes patentées qui eurent l’autorisation de s’incliner
devant l’Adepte. Pendant que la dépouille recevait les soins
égyptiens dus à son rang, nous étions tout en même temps
chargés de mission, et de nous transformer, à chaque sollicitation
de la clochette du verd portail, en brave ou menaçant chien de
garde ( d’où Litterae Custodium ).
Voici qui vous révèlera pourquoi certains ont été mordus et
pourquoi d’autres ont été chaleureusement acceuillis. Vous ne
penseriez pas - vous qui êtes sincère - comme la vérité adhérait
intimement aux faits ... En effet, figurez-vous que ce sont les
envieux, dans la plupart des cas, qui forçaient littéralement la
grille, alors que les élus pleuraient le maître en silence. J’ai
bloqué moi-même l’entrée à certains noms dont la grandeur n’a
d’égale que l’étiquette qu’ils se sont confectionnés à grand renfort
de publications, et mordu ces hordes de sales rats qui, habillés en
dandy et sortant de leur richissime automobile, violaient l’entrée
sous le prétexte de s’appeler Monsieur.
Une dizaine de personnes seulement eurent l’honneur de porter
ce qualificatif, dont je vous affirme que seuls deux noms vous
sont connus, deux qui n’ont jamais publié quoi que ce soit.
Pour les modernes, je vous intime un ordre, en exigeant qu’il soit
suivi à la lettre : avant tout don de votre confiance, quels que
soient la pseudo-grandeur et l’étalage des publications ainsi que
leur apparente qualité, demandez sans retour la preuve opérative
de leurs affirmations. En tant que quêteur sincère, vous avez le
droit, - et si vous ne vous en sentez pas la force, je vous le donne -
de voir avec vos yeux, de toucher avec vos mains les réalisations
philosophiques des auteurs. Lisez un livre récent - y compris
celui-ci - avec le doute qui lui est dû ; cherchez toujours à
contacter son auteur, patiemment, poliment, et voyez. N’entrez

155
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 156

jamais dans l’étude d’un traité moderne sans cette impérieuse


condition. Obéissez.
Une seule exception peut être octroyée par la Tradition, exception
qui n’engendre aucune extension généralisante, relative aux
publications à caractère livresque. Par exemple, René Alleau,
intellectuel de bon aloi, est digne d’être lu avec respect. Son
travail est honnête, comparatif, avouant ses propres limites. Mais
nous n’adopterons, en aucun cas, l’attitude de ses adorateurs, qui
affirment et enseignent que son travail peut servir de base
concrète devant l’Athanor. Grande confusion que celle-ci,
démontrant le caractère pernicieux des faux : que votre
discernement prenne les parutions de cet auteur comme de
saines informations culturelles, relatives à l’Alchimie ; cela ne
stipule pas, évidemment, que ceux qui se réclament admirateurs
soient décorés du même sceau qualitatif. Par voie de
conséquence, sans la moindre dérogation, vous préférerez les
écrits d’Adeptes pour vous jeter au feu.
En outre, en ce qui concerne d’autres informations sur ce sujet,
vous voudrez bien vous reporter à l’introduction du petit opuscule
Du Nettoyage des Ecuries d’Augias.

La divulgation sera charitable : voici, au sortir de l’œuf brevis, saturne rendu


philosophique, prêt à recevoir le Particulier de Vigenère.

Un samedi de Février 1982, à 15h 30, devant quatre témoins,


Monsieur Canseliet confirma la validité de notre transmutation,
issue d’un particulier de Vigenère sur le plomb, en or très fin. Je
tiens à la disposition de mes élèves les preuves de nos affirmations

156
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 157

philosophiques et laborantines, pourvu qu’ils entrent dans le


cadre des attitudes traditionnelles requises.
Les envieux, quant à eux, trouveront chez nous ce qu’ils ont déjà
pu percevoir dans les premières pages du présent traité.

(prière )
Le monde est versatile
il m’excusera de décliner son offre.
Seigneur,
pardon pour ce visage si souillé.

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 158

Deuxième degré
LE DETACHEMENT
La perception intérieure du renoncement vous conduit tout
naturellement au second barreau de l’échelle sainte, qui est le
détachement. L’alchimiste ne quitte pas le monde pour le
combattre ni par maladie d’inadaptation. Il s’en détourne tout
simplement parce que le monde tel qu’il est ne peut répondre à
ses aspirations, il le laisse comme un outil qui devient
inutilisable, ne pouvant plus être le terrain de sa quête. Il ne se
braque pas contre les matérialistes, contre les hérétiques, contre
quelques classes d’hommes mécaniques. Il se rend à l’évidence
qu’il ne peut plus leur faire confiance, du point de vue de ses
aspirations.
Le détachement n’est pas à confondre avec le renoncement, car il
contient un degré de plus, celui d’avoir compris l’ampleur de la
lutte contre ses habitudes néfastes, contre soi-même ou, comme il
est recommandé dans la Tradition, de « se persécuter ». Bien
entendu, il s’agit de persécuter l’ego et sa forme mouvante, la
personnalité. Mais, à ce niveau, le plus difficile revient à chercher
pourquoi nous répugnons à nous persécuter.
Libérez-vous, je vous prie, de vos identifications propres au mot «
persécution », dont vous avez le sens perturbé par ce que les
media vous ont inculqué. Il ne s’agit pas de vous transformer en
un type répugnant de Janséniste, portant des objets de
mortification et se flagellant tandis que son corps veut dormir.
Mais, si vous maîtrisez aisément vos vices les plus graves - cette
limite qui autorise justement toute la permissivité inconsciente
de l’ego - vous laissez vos petites fantaisies se développer comme
elles l’entendent. Evidemment, vous ne commettrez ni viol ni
escroquerie, mais vous continuez d’abuser du thé ou du café, ou
de vous prélasser de fainéantise aux moments où le travail
s’impose. Votre cœur est rempli d’innombrables désirs fugitifs, et
vous vous étonnez d’errer à l’aventure, éprouvant des difficultés
au four. Certains entendant cela, jettent immédiatement leur
plaque de chocolat à la poubelle et s’imaginent devenir Adepte

158
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 159

parce qu’ils adoptent un type d’ascèse borné. Ce sera le nouveau


désir de jouir de ces gens.
Bien plus capital est d’extirper votre désir de jouir. Il n’est
nullement question de ne plus éprouver de plaisir jamais ! Il est
recommandé d’en tarir le désir perpétuel et secret. Observez-vous
lorsque vous vous levez le matin, ou que vous êtes encore dans ce
demi-sommeil. Bien souvent, vous passez en votre imagination ce
que sera cette journée, et vos pôles d’intérêt se porteront
immanquablement mais d’une manière très insidieuse sur les
moments que vous estimerez agréables ( par exemple, vous allez
dîner avec une belle femme, ou vous irez au magasin
d’accessoires automobiles pour vos nouvelles enceintes
stéréophoniques, etc ...) et votre journée sera conditionnée par
cela. Vous ignorez que vous êtes en train de vous enchaîner à vos
désirs, en programmant par stress des fonctions particulières.
Prison délicieuse sur le moment, mais dont l’incidence finale sera
catastrophique. En vous imaginant faire la cour à cette femme,
vous avez déclenché en vous des phénomènes organiques précis,
sans le savoir. Vous aurez, toujours dans le cadre de cet exemple,
stimulé inconsciemment vos surrénales, et vous vous trouverez
plein de vigueur toute la journée, en fait vous serez à l’image de
l’homme animique ; tout ce que vous vivrez sera vu par l’écran de
ces substances, si bien que la Providence est immanquablement
interprétée, alors que vous pensez tout le contraire. Le soir en
question, vous vivrez ce que vous avez projeté, et si par malheur
la belle vous déçoit, vous voilà en colère ou tombant dans un état
mélancolique qui engendrera d’autres substances, vous faisant
interpréter les signes de la Providence encore différemment, et
ainsi de suite.
Comment voulez-vous travailler au laboratoire nanti de toutes
ces tares, dont vous êtes responsable ? Vous savez bien que le
désir de jouir est entretenu par la tendresse que vous éprouvez
pour vous-même. D’innombrables petits gestes témoignent de
cette tendresse inopportune, comme vous bien coiffer en passant
devant une glace, ou de réajuster votre nœud de cravate, ou autre
chose que vous remarquez à peine et qui témoigne de votre
bichonnage douillet. Constatez-vous que c’est la racine de tous les
maux dont vous souffrez ? Ne voyez-vous pas que ces gestes
apparemment insignifiants traduisent et résultent d’une

159
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 160

intégration générale, d’un enchaînement de manies qui a atteint


un tel seuil de fixité qu’il vous mécanise ? Réajuster son nœud de
cravate en soi n’est pas grave, bien sûr, mais ce sont tous les
processus qui sont la cause de ce geste routinier qui sont très
graves. Encore plus dramatiques sont les canaux creusés par
lesdits processus en vos fonctions organiques. La première fois
que vous réajustez votre cravate est consciente, mais de cette
conscience qui vous vient à cause d’un choc stimulant dont vous
êtes l’esclave - vous allez voir quelqu’un de précieux - et, la visite
terminée, ayant reçu votre quota de considération, votre ego
s’empare immédiatement de ces délices et vous vous retrouvez
comme un automate à répéter ce geste chaque fois que vous
rencontrerez quelqu’un.
Vous l’aurez compris, l’exemple de la cravate n’est pas limitatif,
d’innombrables choses de cette sorte vous arrivent. L’intérêt du
deuxième degré d’intégration cosmique réside dans le fait de vous
rappeler sans cesse quand vous ressentez ces délices, et de
répertorier les gestes qui les soustendent de façon à agir sur eux
comme nous l’avons déjà souligné : ainsi seulement vous vous
libérez de vos fixités organiques, ce qui vous permettra d’accéder
à des états de conscience plus vrais et plus profonds. Il s’agit
d’amorcer le processus.
Si vous n’étiez pas rempli de pitié pour vous-même, de cette auto-
compassion qui fait que votre horizon ne s’étend que trop
rarement au-delà de vous, il vous serait possible de voir que vous
êtes la cause de votre propre malheur.
Le plaisir n’est pas interdit. Il n’est pas question de vous
proposer le mode de vie de ces religiosités difformes qui ont été
responsables d’une grande partie du malheur des hommes dans
l’histoire de l’Occident. Le plaisir n’est pas interdit : c’est la
recherche du plaisir qui est illicite. Si vous travaillez sur vous-
même, vous recevrez du plaisir en son temps, mais jamais comme
vous l’exigez habituellement. Ce plaisir vient lorsque vous n’y
êtes pas préparé, lorsque vous le méritez vraiment. Il prend une
dimension autre, sa saveur est merveilleuse. Malheureusement,
trop souvent l’ego tente de l’accaparer à nouveau, perpétuant ses
habitudes néfastes. Il faut veiller.

160
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 161

Au-delà de soi-même, qui rencontre-t-on ? Dieu, la Dame et le


prochain ... Bien des pièges vous attendent, prêts à fonctionner,
dès que vous débuterez dans la pratique. Si vous adoptez une
forme d’ascèse dictée par un de ces « prêtres » éloigné de la
tradition religieuse et conforté par votre personnage, vous
pourrez vous mortifier et jeûner autant de temps que vous le
choisirez, vous constaterez que, replacé dans le courant de vos
habitudes, vous ne poursuivez plus cette ascèse qui n’était qu’un
faux placage. En vérité, ce qui se sera passé est une forme
d’hypocrisie subtile qui consiste à donner en pâture à l’ego une
vague ascèse, engendrant le sentiment de bonne conscience. La
vaine gloire est le support de cette pseudo-démarche, et vous
voici telles ces plantes arrosées par le canal souterrain et
fangeux, engraissé par le fumier des louanges. Ces gens, si vous
les transplantez dans un véritable terrain ascétique, désertique,
où ils ne sont plus nourris par les eaux malodorantes de la
vanité, se dessèchent. Prenez garde de ne pas prétendre à la voie
raide et zélée, alors qu’en réalité vous vous confortez dans la voie
spacieuse et spectaculaire. Soyez sûr que la Dame vous regarde,
où que vous viviez, quels que soient vos gestes.
La Dame est une Personne, elle n’est pas une chose. Elle n’est
pas la « nature ». Ne confondez pas la nature, si belle soit-elle, et
la Dame. Marie (qu’Elle nous protège) est la Mère, une personne
vivante et immensément généreuse. Si votre esprit moderne se
braque contre ses volontés, Elle agit comme une mère, pleurant
son fils égaré en l’attendant patiemment. N’imaginez pas que
Marie est issue de l’invention morbide de quelques solitaires
cacochymes. Je vous assure - et vous le découvrirez par vous-
même plus tard - qu’Elle est une personne divine infiniment
miséricordieuse. Tout comme une mère, Elle vous appelle. Elle
crie d’abord votre vrai nom jusqu’à ce que vous ressentiez en
votre cœur son premier signe : l’appel, la mission, l’attirance
irrésistible vers le fourneau. Elle réitère son appel plusieurs fois
et, si vous vous placez dans des dispositions intérieures
adéquates, Elle vous parle plus doucement, comme à son enfant
qu’Elle retrouve après qu’il se soit perdu.
Le détachement, vous l’aurez saisi, n’est donc pas un tour de
force à l’encontre du monde. Il est tout simplement l’écoute
intérieure de cet appel qui fait que l’on se détourne des bruits

161
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 162

modernes. L’ascèse, qui est le travail sur soi, doit vous aider à
mieux percevoir cet appel, plutôt qu’à vous déterminer d’une
manière entêtée dans une forme d’exercice où la personnalité
joue la comédie favorite de vous leurrer.
Vous savez qu’il n’y a pas de consentement possible : vous êtes
arraché au monde pour le fourneau. C’est le premier signe qui
vous donnera la force de ne rechercher ni consolation ni refuge.
Cet appel ne retentit pas au dehors, personne ne l’entend que
votre cœur. Seuls ceux qui vous aiment, en conséquence, peuvent
le percevoir avec vous. Les autres, fussent-ils vos meilleurs amis
du jour, n’y comprendront rien. Pour vous, tous les savoirs de
pacotille s’effacent, vous devenez nostalgique tout en pénétrant
votre pauvreté. Enfin le silence fait place à l’incessant et ancien
bavardage intérieur, laissant poindre un sentiment
extraordinaire d’exil. Vous commencez alors à vouloir
abandonner le superflu pour vous tourner vers votre recherche,
vous vous retournez en dedans de vous et, pour la première fois,
vous vivez une conversion.
Etre converti n’est rien d’autre, car c’est de vous que cela vient,
par l’appel de la Dame, qui a su ouvrir une brèche en vous par
laquelle vous percevez l’espoir d’un chemin. Vous voici converti à
une démarche qui s’éloigne des données collectives, pour vous
faire vivre son caractère unique. Vous êtes devenu un être « à
part », parce que le chemin entrevu est synonyme d’une vocation :
celle de parcourir justement cette route, qui est proprement la
vôtre. C’est pourquoi vous pénétrez immanquablement dans le
silence, dans le secret. C’est également pourquoi le détachement
ne peut être une manifestation extérieure impressionnante, qui
fait du bruit, car c’est seulement vous-même qui avez pu
percevoir cet appel du dedans.
Il faut alors apprendre à vous taire, de manière à ne pas rompre
ce silence, au risque de voir le contact s’éteindre. Ne pas se taire,
c’est retomber dans les bruits de son ego, de la maladie du désir.
A ce stade, celui où vous n’avez fait qu’appréhender, il vous
manque la dimension de présence, c’est l a raison de vos
abattements et aussi de votre errance. Les bruits du monde
continuent à vous solliciter, et vous oubliez que ce qui vous tenait
dans votre être vous prenait le temps que vous avez retenu vous-

162
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 163

même pour votre écoute. Il vous faut revenir sans cesse sur cet
appel, le revivre dans votre chair, dans toute votre masse comme
au premier jour, le plus souvent possible, le plus sincèrement
qu’il se peut, ou retrouver les chocs par lesquels il a été provoqué.
L’attitude intérieure adéquate est celle de l’attente. On attend
l’hôte, qui est présent par cet appel au feu, il vous faut veiller.
Etre attentif est la clef de ce deuxième barreau ; l’état de veille en
permet l’approche. L’attente est le signe premier de la fidélité,
entretenant le frottement dont nous parlions précédemment,
vous amenant à comprendre vraiment que « quitter le monde »
n’est pas partir sur une île déserte, car les bruits du monde sont
en vous : c’est la présence du monde en soi qu’il vous faut quitter,
le facteur déclenchant étant l’appel au travail qui, s’il est
sincèrement vécu, fera que vos attachements illicites
s’évanouiront.
Ne commettez pas la faute de créer un autre type d’attachement
qui est celui de tenir à cet appel comme vous vous agrippiez aux
choses du monde. Ce sera ici votre intellect qui travaillera
illusoirement, alors que vous aspiriez à ce que cela soit votre
cœur. C’est le cœur qui doit vivre lui-même en état de veille, et
non pas l’analyse, la raison.
Cette nouvelle dimension intérieure vous place dans l’intimité
avec la Dame qui, à ce stade, sera vécu par vous comme un exil
volontaire, troisième barreau de l’échelle sainte, parce que vous
le savez sans retour ...

Sans retour ... certitude implacable et irréversible, vous cadrant


dans les conditions intérieures idéales pour l’emplacement de
votre laboratoire, sa construction et son aménagement. Tout en
même temps, la voie qui vous semble la mieux appropriée à vos
aspirations se dessine imperturbablement.
Rien ne peut et ne doit être dit sur le choix de la voie, sinon qu’il
dépend uniquement de l’intime lien qui vous unit à Dieu ainsi
que de la Providence, par l’intermédiaire du Langage des
Oiseaux. Ayant déjà énoncé les précieuses conditions requises
pour une juste approche de la langue universelle, il nous reste à

163
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 164

dire sur ce chapitre qu’à la lumière des deux niveaux requis, il


est indispensable de les intégrer le plus complètement qu’il se
peut, sous peine d’incommunicabilité avec les Oiseaux. Le
renoncement appuyé du détachement débloque des énergies
nouvelles par la rupture sans appel de vos anciennes fixités, soit.
Mais, si votre renoncement est seulement teinté d’une touche de
détachement, vous éprouverez les plus grandes difficultés à
passer le seuil du Royaume des enfants. Ce n’est pas pâte rouge
qu’il vous faudra montrer ici, mais patte blanche.
Est-il utile de vous raconter que l’exact niveau atteint vous
placera en état de grâce réel : accueillir les oiseaux sur vous,
vraiment, dans la verte campagne à l’heure du crépuscule.
Ineffable bénédiction qui se déroule sous vos yeux émerveillés,
vous laissant coi, et se vivant tout en même temps dans une
coexistence indicible.
Par contre, nous formulons sans vergogne exactement les mêmes
remarques sur les voies que sur les autres chapitres, du point de
vue de l’ego, afin de vous mettre en garde contre la voie qui vous
séduit le plus. La voie qui vous séduit le plus a inexorablement
ses attaches profondes dans votre ego, justement parce qu’elle
vous séduit, vous poussant mécaniquement au désir de ... c’est-à-
dire le plus fréquemment à l’impulsivité. D’une manière
identique à tous les troubles que nous avons déjà pu décrire,
votre « certitude » du moment sera, n’en doutez aucunement,
révisée par l’expérience : car il ne s’agit pas, dans le Grand
Œuvre opératoire, de céder à vos pulsions primaires et
souillantes, mais bien plus de vous transformer, de vous former,
de vous modeler, de vous changer. Vous devez transmuter vos
avis sur toutes ces questions de départ, parce que vous vous
imaginez détenir l’ensemble de vos aspirations sur le reste de
votre vie, alors qu’elles ne sont que le pâle reflet d’une somme
d’identifications dont l’œuvre vous commande justement de vous
débarrasser.
Ne soyez pas prolixe en cette matière, de vos points de vue
subjectifs. Interrogez-vous sur les sources par lesquelles vous
avez décidé « c’est la voie sèche », « c’est la voie humide », ... Vous
l’avez programmé sur ce terrain meuble qu’il vous faut bêcher.
Inévitablement une sorte de revirement de situation signera

164
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 165

votre vraie entente avec l’Art, vous ayant délesté de votre


immense identification des débuts.
Comprenez bien ce que je cherche à vous révéler. Il n’est
nullement question de vous influencer sur le choix de votre voie,
mais plutôt de vous demander de vous interroger sur la nature de
votre décision, et aussi de vous mettre en garde !
Oui, de vous crier gare ! attention, le feu extérieur de la voie
sèche séduit les hâtifs ; attention, le lent processus de la voie
humide tente les avortons en technique ; l’art bref est celui
qu’admirent les forts en mots ; tout cela en regard des diverses
formes de la personnalité. Je ne veux pas dire que l’art bref est
celui des forts en mots, mais plutôt que les forts en mots
choisiront l’art bref, comprenez-vous ? C’est ici tout le dilemme
des attitudes maladives des déphasés psychiques, dont Jung a
fort pertinemment décrit les anomalies mais, malheureusement
pour lui, il les assimile à tous les alchimistes.
Débutez par la voie qui vous semble la meilleure, mais n’hésitez
pas à revenir sur vos certitudes, même si elles vous semblent
extravagantes. Car, à partir du moment où le Langage des
Oiseaux vous commande de traiter en vous votre hâte, par
exemple, ou encore votre identification à la mode de la voie sèche,
il vous est ordonné par Dieu, dussiez-vous passer pour un niais,
de mettre le cap sur votre propre route. Bien souvent, ne soyez
pas surpris que cela vous arrive dix ans après, voire plus tard
encore, quels que soient le nombre et l’ampleur de vos
manipulations. Ne vous entêtez pas par la crainte d’abandonner
un petit monticule de savoir. Vous apprendrez plus encore en
vous soumettant à l’exigence de la Providence. Ecoutez-moi, je
vous prie.
Vous refusez d’entendre ces choses n’est-ce pas ? Plus vous les
réfutez, mieux vous êtes scellé à ce qu’il faut changer en vous,
plus vous souffrirez bien entendu, mais un salaire indescriptible
vous attend au bout de vos efforts. Si vous n’entrevoyez pas la
valeur de l’immense présent dont je parle, dites-vous qu’il vaut
mieux ne rien espérer plutôt que de continuer à vous bercer au
théâtre de vos phantasmes.

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 166

Conséquemment, ne prévoyez pas la conception de votre


laboratoire selon votre humeur du jour. N’oubliez pas de
l’agencer afin d’avoir la possibilité d’opérer dans les trois voies
traditionnelles, en gardant à l’esprit l’inexorable nécessité de la
pratique spagyrique.
La spagyrie est la meilleure école préparatoire, ouvrant à votre
véritable nature l’Art d’Hermès. En travaillant durant trois à
cinq ans assidûment par la Spagyrie, vous serez certain de ne
jamais vous tromper sur vos aspirations ultérieures, parce qu’elle
contient en elle toutes les conditions requises à l’initiation
primitive, elle-même réclamée au seuil de chacune des trois
voies.
Vous ne pouvez actuellement mesurer l’ampleur de ce que vous
enseignera la Spagyrie, qui vous livrera ses merveilles au fur et à
mesure de votre avancement au pilon. Elle est une compagne très
précieuse, généreuse dans ses dons. Les présents qu’elle vous
offre, à l’image d’une bonne épouse, sont la très excellente
expérience du régime extérieur, la manne des poids et mesures,
la très-estimée sapience, la juste sensibilité effaçant les manques
ou les excès des règnes humains, la douceur parfaite réclamée
par les vivantes préparations et, ne l’oubliez jamais, toutes les
médecines qui vous aideront aux caps où la tempête fait rage.
En outre, elle vous montrera du doigt l’usage des ustensiles, leur
acquisition, leur devenir, vous évitant le gaspillage de temps et
d’argent. Combien avons-nous vu de pseudo-alchimistes
manipulés par leur propre hâte, faire valoir une bibliothèque
digne d’un souverain, se ruiner par l’acquisition inconsidérée
d’accessoires incroyables, qui finiront vingt ans plus tard dans
une vente aux enchères, sans parler de ces laboratoires-musées
rutilants ne souffrant l’absence des dragons sculptés sur les
gonds de la porte du four ... Pour eux, ce qu’ils ont perçu de l’Art
chymique s’est transposée en mythomanies, par l’artifice idiot de
la personnalité. Ce sont en général des gens à problèmes,
instables, très vaniteux, gâtés, nourris au lait de la facilité,
outrageusement dépensiers mais curieusement ingrats, n’ayant
aucune notion du travail, jetant sans vergogne un vaisseau dès
qu’ils estiment que ce dernier n’est plus à la hauteur de leur
suffisance. On les trouve également charmeurs, sans gêne,

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 167

bavards et capables de tout anéantir sur leur passage pour


arriver à leurs fins.
Voyez-vous, il existe de nombreux spécimens de cette race dans
les couloirs de l’alchimie-mode. Pour ces business men de
l’ésotérisme en chambre - dont vous seriez surpris de savoir qui
ils sont mais que je vous laisse le soin de « lever » - Jung reste
encore insuffisant et je ne taris pas d’éloges sur son travail. De
même au sujet de ceux qui, à l’opposé, sacralisent leurs propres
vues le plus souvent schizophréniques dans les objets de l’Art.
Les voici adorant comme des reliques la plus petite poussière qui
serait auréolée du qualificatif « alchimique », sans même vérifier
s’il ne s’agit pas tout bêtement d’une habile falsification due à
leurs insuffisances.
Ce sont tous ces névroptères qui, malheureusement, du fait qu’ils
ne vivent qu’au dehors, rencontrent les modernes, et se déclarent
« alchimistes ». Vous pouvez imaginer sans peine pour quelles
raisons la question chymique induit immanquablement le petit
sourire du scientifique moderne car, avec ce genre de fourmilion
en guise d’interlocuteur, il ne faut pas s’attendre à une autre
attitude. D’ailleurs, placés sous les exigences expérimentales
toutes simplettes d’une piètre distillation par exemple, vous les
verrez se dévoiler immédiatement, et vous rendre un vague
alcoolat brûlé dans lequel la moitié du flegme se trouve encore.
C’est la raison pour laquelle, essentiellement, la Spagyrie remet
les horloges à l’heure alchimique, en régularisant la situation de
tout un chacun, qu’il soit éminent docteur ou tord-boulons aux
usines de Poissy.

Mais ce laboratoire, où donc l’installer ?


Dans ce domaine comme dans d’autres, l’apanage du précieux
n’est pas de mise, pas plus que l’insuffisance de systématiques
attitudes qui ne verraient pas l’inconvénient consistant à bricoler
en pleine ville, la « demeure » étant plantée entre l’avenue de tel
maréchal et le boulevard extérieur. Pour les uns, rien ne serait
suffisamment merveilleux : ils exigent à l’image de leur superbe
un lieu vierge de toute trace humaine, un tantinet comme cette

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 168

vogue écologiste pour laquelle rien n’est assez beau. Les autres
sont inéluctablement nantis de leur empreinte animique, le plus
souvent agités entre la CB de leur automobile et le regard porté
sur les amples formes ancestrales de la génétique en jupon : tout
matériel s’adapte lourdement, violemment « aidé » de gestes dont
un boucher use peu souvent. Les premiers déifient leur portrait à
travers leur cérémonial libidineux, les seconds empoignent les
matières comme ils battraient une mégère.
Ni l’un ni l’autre, je vous en prie. Il n’est pas question d’adapter
l’Alchimie à vos possibilités, mais de vous adapter aux exigences
de l’Alchimie. Très peu de gens ont conscience de ces attributs, la
plupart étant totalement identifiés à leur personnage. Bien au
contraire, dès que vous osez - selon leur porcin niveau de fierté -
émettre la moindre opinion sur la question, les voici qui se
métamorphosent plus encore dans leur trait principal, tout en
réfutant haut tout ce que vous pouvez leur révéler.
Le lieu d’installation de votre laboratoire sera à l’image de celui
qui reçoit la menstrue universelle au sein des entrailles de la
terre, pourvu qu’il soit suffisamment isolé de toute source
perpétuellement agaçante de pollution ; soit le bruit excessif, soit
une quelconque industrie dépassant une centaine d’employés, ou
encore une veine de circulation automobile intense, une ligne
haute tension supérieure à vingt mille volts et distante de moins
de cinq cents mètres, la proximité d’une centrale nucléaire à une
cinquantaine de kilomètres, d’un terrain militaire ou son
entrepôt, d’une municipalité extrémiste et très active.
N’oublions pas non plus le nécessaire baume d’un bon voisinage,
d’activités culturelles saines aux alentours, de la présence d’une
majorité d’hommes simples et droits, de l’influence toujours très
bénéfique d’une chapelle ou d’une église non loin. Un terrain
vallonné, aéré, sur lequel votre demeure est bâtie le plus souvent
depuis un siècle au moins, même si elle est mitoyenne à d’autres
demeures, est souhaité, pourvu que les précédentes conditions
soient réunies.
Enfin, signalons la présence occulte d’une source qui chemine
sous la maison ou à quelques mètres, dans le sens de la plus
grande pente et qui ne débouche pas dans un lac mort situé à
moins de dix kilomètres - lac ou genre de mare. De même, un

168
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 169

sous-sol granitique, sablonneux ou argileux, qui ne répugne pas à


l’existence de fer, de silice, d’alumine ou, bien entendu, ce qui
revient au même, de kaolin, de feldspaths ou d’argiles marneuses
des plaines.
Peu importe que vous soyez sur un plateau, en montagne, au
nord, au sud de la France, pourvu que l’ensemble géophysique
présentement décrit soit. Il n’existe pas de régions au monde
spécialement conçues par Dieu pour messieurs les alchimistes :
c’est encore une vue d’esprit gâté à tous les sens du terme.
Certains s’en vont dans le midi de la France, partent pour les îles
du Pacifique, ou encore en Espagne, avec leurs gadgets dans les
malles. Restons ce que nous sommes.
Inutile de rechercher le Sujet au Maroc, en Corse, en d’autres
endroits où il est abondant. Il est préférable de travailler avec
nos propres veines, même si elles sont pauvres, pourvu qu’elles
fournissent un taux de cinquante pour cent. Nous y reviendrons,
mais juste pour signaler ici les abus qui, toujours sous la houlette
de l’omniprésent ego, leurrent et abusent les bonnes gens,
malheureusement souvent sorties de familles bourgeoises.
Le lieu d’installation de votre laboratoire est à l’image de celui
que choisit la Providence au travers de l’état de grâce d’un moine
qui fonde un monastère. Il marche, prie, va de régions en régions,
pieux et craignant Dieu pour, un beau jour de présence en Marie,
tout simplement déclarer : « c’est ici. »
Les larmes aux yeux, la chose semble impossible : l’endroit est
habité, il appartient à des personnes qui n’ont que faire de vos
aspirations. Mais, comme par cet enchantement que seule Marie
peut engendrer, tout se débloque, tout s’arrange avec une facilité
déconcertante. Vous trouvez le moyen de réunir les fonds
nécessaires. Ce qui semblait improbable, car ankylosé dans le
carcan des lois, tombe comme un mur de paille ; les propriétaires
vous sourient, bref, c’est ici ... La plupart du temps, vous n’avez
pas même eu le temps ni le loisir d’examiner les lieux pour savoir
s’ils réunissent les conditions idéales. Vous constatez seulement
après l’émerveillement qu’ils les possèdent bel et bien, et mieux
même que vous n’auriez pu choisir vous-même. La main de la «
baraka » (la grâce de Dieu) est sur votre quête, vous êtes
transposé dans l’univers qui ouvre des horizons nouveaux, car

169
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 170

vous avez, en intégrant les deux premiers barreaux de l’Echelle


sainte, rejoint un état spirituel ancestral : la nostalgie. C’est elle,
perpétuellement présente en dedans de vous sous forme d’une
oraison plaintive entonnée vers Marie, au secret du cœur, qui
aimante vos sens vers les lieux appropriés.
Quel état de présence différent, n’est-ce-pas, de celui qui décore
l’homme envieux sortant son chéquier, à grand renfort de
considération, entouré généralement de ses admirateurs. Après
avoir copieusement analysé durant ‘ des mois chaque détail de
l’endroit investi, après avoir ennuyé tout le monde avec sa lubie,
le voilà qui jette l’air parfait « c’est là que je réaliserai le grand
œuvre ». D’autres encore, qui obéissent à une vogue toute récente
touchant une certaine classe de jeunes, s’installent avec l’aide des
mêmes attributs chez une brave demoiselle solitaire ; nouvelle
forme du maquereau camouflée derrière les plus subtiles
motivations, qu’il s’évertue à présenter comme les plus
honorables, évidemment. Il s’agit exactement de la même
corruption. Ici encore, nous pourrions citer des noms illustrant ce
genre d’arrivisme, mais nous préférons vous laisser la surprise.

Abordons maintenant le crucial problème des ondes telluriques,


crucial non en lui-même, mais, comme d’habitude pourrions-nous
dire, par ce que les prétendants en font. Bien souvent, nous les
trouvons à projeter exagérément leurs investigations
lenticulaires sur le sujet : on ne ferait rien sans examiner
incoerciblement tout mouvement, peut-être même celui de
respirer, sans le soumettre à la question des « ondes telluriques ».
On retrouve d’ailleurs l’identique maladie à propos de l’obsession
astrologique qui commanderait de calculer le moindre geste de
laboratoire et de situer les oppositions, les triangulations,
accompagnées de tout l’arsenal planétaire sans lequel il serait
vain de se saisir de la pince.
Alors d’emblée, un fait : seuls sont astrologues les grands savants.
Le calcul d’un thème - un véritable - demande des années, exige
une somme de connaissances bien au dessus de nos possibilités,
requiert un niveau d’intégration philosophique très élevé. Un

170
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 171

astrologue est un génie, un être infiniment intelligent, dont le


savoir ne saurait se rabaisser aux profanes modèles de la plupart
des prétentions dites astrologiques en vogue. Dussions-nous
déplaire aux adorateurs de cette grande Science, nous affirmons
que l’astrologie ne peut être appliquée sans recourir à l’immense
savoir dont elle est la jumelle, rien qu’en posant sur le papier la
plus petite.
Car en premier lieu, un astrologue est un grand mathématicien,
sachant calculer lui-même les équations de tous les mouvements
planétaires, sachant tout autant appliquer lesdites courbes aux
corrélations dont elles sont l’image algébrique. En outre,
l’astrologue est un initié : une connaissance lui a été transmise
par un dignitaire non improvisé, lui-même dans le cycle de la
lignée initiatique qui est la structure même de toute science
traditionnelle.
Je vous parle de ces choses pour avoir connu un authentique
astrologue. Il était derviche ... s’adonnait à cette Science jour et
nuit depuis des dizaines d’années, s’entretenait avec
d’innombrables « confrères » en des lieux tenus secrets : c’est lui
qui m’a parlé d’astrologie.
Inutile de vous dire que j’ai immédiatement perçu le caractère
très superficiel des recettes employées inconsidérément par tous
nos contemporains, et non des moindres. Ces recettes sont loin de
représenter un savoir ! Il est conséquemment hors de question
d’adopter un ensemble de « trucs » qui nous serviraient en
alchimie. Ce serait tout comme l’astrologue qui réduirait
vulgairement le grand œuvre sous prétexte que son travail du
moment le place sur cette route. Dans un cas comme dans l’autre,
comment imaginez-vous obtenir autre chose qu’une connaissance
hybride ? Nous saisissons mieux maintenant, peut-être, pourquoi
les dignitaires religieux combattirent ces formes dépravées de la
tradition, en les poursuivant d’hérésie. Car, bien entendu, la
connaissance hybride dont nous venons de parler ne peut être
qu’hérétique. Pour quelles raisons ?
La plus immédiate est que la connaissance survolée de n’importe
quoi ne signifie rien de plus qu’une vague mélasse se prenant
pour le tableau final, alors qu’elle n’en est que la pochade. Ce
caractère incomplet mais prétendument appréciatif d’un si haut

171
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 172

pouvoir castre petit à petit le dynamisme même de la


transmission initiatique, mettant sous le gibet les résignataires
patentés. En d’autres termes, comme le clamerait mon cher
maître Kowaliski au cours d’une de ses innombrables boutades
naturelles : « ne prends pas les vessies pour des lanternes ».
Secondement, bien que je sache que quelques-uns d’entre vous se
sont adonnés de longues heures à l’astrologie, il serait
malhonnête de ma part de conforter ceux-ci dans leur erreur,
dussent-ils bondir d’étonnement. Sachez, mes amis, qu’il est
parfaitement possible de stagner des années dans la plus subtile
imbécillité, tout en étant persuadé d’atteindre le summum de la
quintessence traditionnelle. Car, avant d’envisager vraiment la
question de l’astrologie -je veux bien à condition que vous laissiez
de côté votre glorieuse « expérience » - il me faut vous infliger
l’identique déculottée que je subis moi-même avec maître Pir V.
Et, pour que je sois sûr de son efficacité, permettez-moi de vous
préciser ce qui a motivé vos longues heures d’étude.
Voulez-vous, s’il vous plaît, me dire pourquoi vous estimeriez -
calculs à l’appui - ne devoir sortir recueillir la rosée seulement
lorsque la dominante Vénus/Jupiter est sur le fond lunaire ? De
même, pourquoi n’allumeriez-vous l’athanor que lorsque Mercure
est dans le secteur V ? Parce que, allez-vous me répondre, telle
dominante ... et vous allez me rabâcher ce que vous avez lu dans
un traité, écrit par un illustre inconnu au bataillon de vos
rencontres initiatiques : de l’identification, rien que de
l’identification qui vous manipule et règle votre manière
d’aborder l’œuvre.
Approfondissons. Pourquoi tenez-vous tant à cette identification ?
Réfléchissez si, au fond, elle ne vous autorise pas, au secret de
l’ego, à perpétuer la goujaterie de votre laisser aller qui trouve ici
sa plus sublime justification ? Pour quelles raisons réelles ne
vous lèveriez-vous pas comme tous les philosophes, toutes les
nuits de lune montante printanière vers les deux heures du
matin ? Parce que cela vous fatigue, parce qu’au champ de rosée
on viendra vous admirer une fois ou deux seulement, et puis
qu’après, il vous faudra vraiment travailler seul et être en face de
votre démarche, parce que ce n’est pas l’Alchimie qui vous meut,
mais ce que l’adoption du terme peut vous apporter, dans le cadre
de cet exemple.

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 173

Certains d’entre vous comptabiliseraient le ballet merveilleux du


cosmos en « thème » du jour, allumant leur cigarette, ou stagnant
deux heures quotidiennes dans les embouteillages de banlieue, ou
encore n’arrêtant pas d’invectiver grossièrement madame. Bref,
les effets prétendument bénéfiques du calcul - à condition qu’il
soit bien fait ! - sont ici complètement balayés par de néfastes
comportements. Nous observons donc présentement une forme
détournée de lubie sur laquelle on colle goulûment l’étiquette «
astrologique ». Cela me rappelle ces types d’individus qui trichent
sans le savoir en s’adonnant à des actions mille fois plus funestes
que leur obsession du moment, comme par exemple ce pasteur
qui frappe les enfants en leur inculquant « Dieu est amour »,
parce que les petits préfèrent se divertir avec les mouches, ou tel
ingénieur épais empoignant le marteau pour déloger un
roulement à billes récalcitrant, tel personnage directeur général
d’une grande firme qui place dans son caprice astrologique tout le
côté précieux de sa façade, et bien d’autres conduites.
Je vois déjà sursauter les fiers-à-bras. Bien entendu, vous n’êtes
peut-être pas concerné par les immédiates descriptions, mais ce
n’est pas d’avancer cela qui fera disparaître ce qui est vraiment
en vous. Interrogez-vous sur ces questions impartialement et
vous verrez que vous serez amené, le plus souvent, à mettre de
côté ce que vous croyez savoir en « astrologie ». Mieux vaut peiner
tous les jours et s’en remettre à la Providence que d’être affublé du
décor astrologique qui encombre vos consciences, fussent-elles
sincères.
Dans l’acte quotidien d’offrir votre confiance à la Providence et au
Langage des Oiseaux se trouvent deux qualités. La première est
l’humilité, opposée à ce savoir prétentieux qui consiste à
connaître les mécanismes précis des lois planétaires : vous
appelleriez-vous Dieu pour cela, si jeune, si minable en regard de
ce que vous prétendez ? Il vous faut - je pense - avant tout espoir
d’investigation astrologique, vous former à d’autres subtilités,
dont l’essentielle est celle de clouer le bec à vos prétentions. La
deuxième qualité est l’obéissance, le plus fin support de la
clairvoyance ( peut-être ce que vous souhaitiez au départ ). Nous
y reviendrons. Maintenant, il semble utile de dire ce qu’il est
juste de connaître en Astrologie.

173
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 174

Tel que vous êtes et telle qu’est la lamentable et actuelle


transmission verbale de la science des astres, la seule utilité
réelle d’une étude approfondie du sujet est celle qui consiste à
prendre conscience du cosmos, de l’enchaînement des mobiles qui
s’y meuvent, et de votre place dans l’ensemble de cette réalité.
Nous avons déjà souligné quelles sont les répercussions
bénéfiques d’une telle attitude. Nous devons alors ajouter que la
valeur essentielle de votre démarche vous mettra le doigt, à
l’intérieur de vous-même, sur ce que les anciens nommaient la
crainte de Dieu. Si l’étude de l’astrologie vous guide vers le grand
don de craindre Dieu, vous aurez atteint le premier niveau
demandé par tous les maîtres qui enseignent cette Science d’une
façon traditionnelle. Evidemment, vous ne trouvez pas ici
l’acquiescement que vous attendez, vous savez que ce serait de
ma part au fond très malhonnête car, en réalité, je ne ferais que
considérer votre point de vue, et vous y conforter. Permettez-moi
de laisser ces choses aux réunions mondaines et n’oubliez pas, je
vous prie, la raison pour laquelle vous lisez ce traité.
Prenez en main n’importe quel livre d’astrologie « moderne ».
Comme toutes les analyses coupées de la source traditionnelle,
vous constatez que l’essence de cette Science brille par son
absence, en vous braquant immédiatement sur les bonnes
manières de calculer un thème. Voici qui est tout comme la
pratique des Arts armés - par exemple, le tir à l’arc -, où l’on voit
nos contemporains hâtifs tirer comme des assoiffés toutes les
flèches qui reposent dans le précieux étui. Attitude incompatible
avec celle de T. S., dont je rappelle pour sa mémoire qu’il fut
éminent moine instructeur bouddhiste et que j’ai connu au
Monastère de ... qui est sa fondation au Viêt-Nam : le maître ne
m’autorisa à placer une flèche sur la corde seulement six mois
après le maniement de l’arme vide. Durant ce temps, toutes mes
attitudes mauvaises furent corrigées une à une, à grands coups
de trique dans le dos et de hurlements dont les résonances «
incapable », « imbécile », « fainéant », « indiscipliné » claquaient
au même moment que le nerf de bœuf.
La première fois que je l’ai vu « tirer à l’arc », ce fut pour moi un
appel à l’initiation, non pas à l’initiation du tir à l’arc, mais à ce
que cette expérience révélait au delà de la forme : la discipline.
Vous ne pouvez imaginer combien nous sommes indisciplinés.

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 175

Bien des problèmes viennent de là, de ce sale gosse perpétué en


nous en toute impunité par le canal d’une éducation dégénérée.
Je ne comprends pas pourquoi il attendait - du moins je le croyais
- dix bonnes minutes montre en main avant de lâcher le coup. Et
puis, je revenais le voir tous les jours, comme attiré par le même
sentiment que j’éprouvais lorsque je voyais mon père, jusqu’au
moment où je lui demandai la permission de toucher son arme,
fébrilement, rien que pour vivre le contact.
Toucher cet arc fut pour moi inouï. Ayant pourtant appris à ne
pas être impressionné par des marques extérieures, ce que l’on
enseigne également dans un Monastère, je ne pus me résoudre à
l’impassibilité de notre Bien Heureux Père Saint Benoît.
Autorisation dûment accordée par le père des novices et me
revoici au pied de l’arc, le saisissant avec dignité et grande
admiration, comme un enfant. Quelle arme magnifique, effilée,
noble, induisant une mystérieuse impression de rigueur dans la
plus fine douceur.
Machinalement, je portai la main au carquois pour tirer une
flèche lorsque je reçus un formidable coup sur les doigts, en
même temps que j’entendis un cri strident. Le visage
parfaitement impassible, le maître me retira d’un geste
respectueux l’arme des mains et me fît comprendre de revenir le
lendemain. Je le saluai et m’en retournai les larmes aux yeux, la
main frappée dans l’autre tremblotante.
Pendant un mois, je n’eus pas la permission de toucher l’arc, et
restais à chaque fois debout une heure durant devant le socle sur
lequel il était posé. Le mois suivant, assis sur un petit tapis et
ayant accepté l’ordre strict de ne pas bouger, je pus regarder T. S.
pratiquer son Art. Ce qui me frappait le plus, c’était la facilité
avec laquelle il bandait l’arc et se concentrait toutes ces minutes
sans manifester le plus petit signe de tension. Et puis, un jour, il
me dit « palpe le muscle de mon bras droit ». Bondissant,
exécution, et force de constater qu’il était parfaitement mou,
détendu, alors que ce bras bandait un arc taré à quatre-vingts
livres ! L’immense étonnement me fit pousser un cri digne d’un
samouraï, pour retrouver le maître pouffant de rire. Deux
secondes après, son visage redevint impassible, il se saisit du
nerf de bœuf et me tendit en même temps l’arme. J’étais terrifié.

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 176

Il m’intima l’ordre d’essayer à vide. Je ne pus tendre la corde


qu’au quart seulement, tremblant comme une feuille et
m’infligeant des crampes terribles dans l’épaule et le cou.
« Continue ! » hurla-t-il, « ferme les yeux !» Trois secondes, cinq
secondes insupportables, dix secondes et un coup dans le dos, là
où c’était le plus tendu. Je ne pus me courber pour les métanies
durant une semaine et, chaque fois que je croisais T. S. dans les
immenses couloirs du monastère - on voyait de loin les autres
frères marcher - il me regardait l’air étrange, me saluait et me
disait au creux de l’oreille « pourquoi veux-tu tirer ?» Il me
reposait la même question chaque fois qu’il me croisait, des
dizaines de fois par jour.
Voyez-vous, je retrouvais la même tenue philosophique chez Pir
V. le derviche. Le jour où je lui signifiai mon désir d’approfondir
l’astrologie pour l’Alchimie, il explosa dans un rire tonitruant et,
les yeux mouillés, hoquetant : « et d’approfondir quoi, je vous prie
? ». Tout en m’offrant une tasse de thé à la menthe, il me permit
de fumer un cigare -je fumais encore - en me disant que j’en aurai
besoin. Plus tard, lui réaffirmant mon souhait, il devint de plus
en plus sérieux jusqu’au jour où il me demanda si vraiment je le
voulais, et surtout si j’étais capable de donner pour cela. Vous
pensez, tout feu tout flamme, la réponse fut des plus positives, et
lui, l’air parfaitement sérieux, dans un français troublé par un
fort accent turc : « petit con ». J’en avalai la gorgée de travers,
toussant comme s’il m’avait saisi à la gorge. Le visage rouge de
pseudo-honte -je ne le croyais pas capable de ces termes - il
m’expliqua patiemment pourquoi il m’avait dit tout cela. Tout en
même temps, il me montra de forts beaux livres anciens dans
lesquels d’impressionnants calculs se livraient au fur et à mesure
des pages, sur cinq tomes ...

176
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 177

« Chez nous, les études commencent par là, emma ( nom qu’il me
donnait et dont je sus plus tard qu’il veut dire « serviteur de ton
ego » ), elles ne sont enseignées qu’au sein d’une Tarîqua. Voici
seulement l’extérieur ( as-Zâhir ). L’intérieur (al-Bâtin ) est
encore autre chose. Tu confonds marifa et « ilm » cria-t-il en
même temps qu’il me marchait sur les doigts de pied. A peine
eut-il prononcé ces mots qu’il disparut dans la pièce voisine et me
donna l’ordre de partir. J’appris après que ce que je confondais
était science et savoir .. .

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 178

Vous comprendrez pourquoi il est inutile de s’étendre outre


mesure sur la question de l’astrologie. N’étant pas maître en
cette très estimée Science, je ne puis répondre à votre question si
elle vient de votre être : vous trouverez par la Providence les
voies qui vous mèneront à ceux qui détiennent. Je vous prie
d’accepter mes excuses. Vous serez alors astrologue et non
alchimiste.
Par contre, si la source de votre curiosité se niche au fond de
votre personnalité, évitez de me rencontrer sur ce sujet.
Les « ondes telluriques » sont ce que j’ai pu en dire dans De
Sprong ins ewinkeit, orné de ce qui en a été révélé dans les
précédentes pages. Nous n’avons encore rien dévoilé sur l’endroit
de l’espace dans lequel elles agissent, ce qui est bien plus
important. En effet, tout lieu géodésique émet des ondes
telluriques. L’essentiel, pour nous chymistes, est de concentrer
ces manifestations naturelles dans un récepteur adéquat, dont le
principe de construction est entièrement basé sur le nombre d’or.
Il est impératif de lier ondes telluriques et nombre d’or. Ayant
très peu de pouvoir d’action sur lesdites ondes, nous avons par
contre, grâce aux immenses efforts de nos Pères, une possibilité
concrète d’action sur les lieux dans lesquels elles sont canalisées.
Il s’agit donc de bâtir avec circonspection votre laboratoire, votre
athanor, vos formes de paillasse, etc, afin de canaliser les justes
ondes qui, comme il est dit plus haut, accompagneront les
phénomènes chymiques.
Ce que l’on nomme depuis des siècles « nombre d’or » appartient
au vieux langage qui signifiait divine proportion. Cela veut dire
que le partage asymétrique le plus simple d’une grandeur en
deux parties est obtenu en appliquant le principe des rapports
mathématiques suivants :

En effet, le rapport a/b mesure une grandeur par rapport à une


autre, seul indice philosophique de la notion de proportion.

178
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 179

Si nous prenons le plus simple, deux grandeurs connues et


linéaires a et b, leur somme fournit une troisième grandeur ( a +
b) qui, pour être équilibrée avec la divine proportion, s’écrit :

Cette équation, mathématiquement, se résoud à partir de la


transformation arithmétique :

en prenant le rapport b pour inconnu, on trouve

donne le nombre d’or :

Voici le nombre qui régit les proportions sacrées des corps,


établies par l’expérience des anciens, correspondant aux
proportions des plantes, des arbres, des cristaux de neige, de la
spirale des coquilles d’escargot, des tailles humaines.
Le nombre d’or 1,618 est la donnée brute avec laquelle l’ensemble
des proportions est dicté, en multiple ou sous-multiple :

179
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 180

appliquant les quatre grandes opérations arithmétiques : la


multiplication, la division, la racine carrée et le facteur
puissance, toutes dignes représentantes de principes
philosophiques avec lesquels il vous faudra bâtir selon la
destination de l’objet.
Nous disposons donc d’une cascade de chiffres issus du nombre
d’or, et qui seront tous les multiples ou sous-multiples, comme
multiplicateur ou diviseur, par rapport à une dimension choisie
dont on veut connaître sa complémentaire selon les divines
proportions.

180
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 181

Exemple : soit le calcul des dimensions d’une paillasse. Si vous


choisissez une largeur a +0,80 m, la grandeur b recherchée selon
les divines proportions pourra faire :

Tous ces chiffres ont une parenté avec le nombre d’or, mais leur
choix dépend de la destination de l’objet. La divulgation est
suffisante, et l’on m’octroiera le droit d’annoncer que les plus
amples informations sont dispensées dans l’école que nous avons
déjà mentionnée. Allongeons la perche en vous invitant à
consulter l’œuvre d’un des derniers grands hommes qui ait saisi
pleinement le sens du nombre d’or, Viollet-le-Duc.

181
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 182

182
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 183

Si la sublimation est le facteur puissance mathématique, si la


Remore est celui de la racine, la séparation sera bien évidemment
la division, base arithmétique choisie pour le calcul de dimensions
de l’enceinte mariable avec la hauteur du charbon ou la grille du
brûleur.

183
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 184

(prière )
Je suis aussi passé par le chemin où j’ai manqué la grâce.
Tout fut de ma faute.
J’étais dur et sûr de moi ;
au fond, je n’étais qu’un lâche.
Je me suis donc revêtu d’un sac noir
la peur au ventre,
Pierre, aujourd’hui,
me tente.

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 185

Troisième degré
L’EXIL VOLONTAIRE
L’exil volontaire se différencie du renoncement et du
détachement par le fait essentiel qu’il est sans retour. En effet,
seule cette condition exceptionnelle caractérise l’abandon définitif
de tous vos liens qui vous empêchent d’atteindre le but de la
piété, dont nous vous rappelons qu’elle est votre fervent
engagement à la pratique alchimique. Cet état est celui d’un
comportement général réservé, accompagné des bribes de sa
gesse jusqu’alors inconnue, une prudence également mais qui ne
paraît pas au dehors. Le désir d’une vie cachée se fait sentir
impérieusement, afin d’accomplir votre secret dessein et
d’embrasser le cœur grand ouvert le silence.
Vous voici consumé du feu intérieur qui est devenu perpétuel,
inextinguible, parce que les substances et les relations inter-
métaboliques engendrent un rayonnement nucléaire. Au travers
de grossiers échanges moléculaires, les réactions plus près de
l’atome sont rythmées. C’est justement cette parfaite symbiose
rythmique qui est la source d’une nouvelle énergie possible,
jusqu’alors inexploitée et qui ne se trouve pas à la naissance de
l’homme, pas même au niveau embryonnaire : il faut la générer
soi-même, par l’accomplissement des deux degrés précédents.
Alors seulement le feu secret de votre corps est suffisamment
puissant et stable pour rayonner à l’extérieur de vous et
commencer ses prolifiques métamorphoses. En outre, il est à
même d’amplifier en vous le germe naissant du quatrième degré,
de le nourrir jusqu’à ce qu’à son tour il acquière une honorable
autonomie.
Vous vous éloignez de vos proches, car vous avez déjà quitté le
monde. Vos options intérieures se développent et leur évolution
s’étend maintenant jusqu’à vos amis, inexorablement. Seuls ceux
qui vous aiment vraiment comprennent. Une sorte de tri
s’effectue de lui-même, qui n’est pas toujours agréable. Vous
découvrez ceux qui vous entourent, vous les voyez vraiment. Les
uns acceptent votre silence, votre désir de mener une vie frugale

185
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 186

et pénible pour votre ego, ils vous aiment. Les autres se fâchent,
cherchent à vous convaincre de votre « erreur » - comme s’ils la
percevaient mieux que vous - alors qu’en réalité vous leur
échappez, vous ne leur apportez plus leur quota de petits désirs
mesquins, les gentilles discussions pleines de considération, vous
ne les flattez plus, alors ils ne vous aiment plus.
Cette séparation est inévitable. Tous vos prédécesseurs n’ont pas
pu la contourner : vous r’en serez pas dispensé non plus. Vous
ferez comme vos frères, cela est le salaire qu’il vous faut payer
pour avoir permis ces erreurs. Vous commencez véritablement à
assumer vos responsabilités. Les autres, ceux qui refusent de
comprendre, iront jusqu’à vous combattre. Par tous les moyens,
ils s’opposeront à votre démarche, ils emploieront soit des
attitudes très grossières et insistantes, ou de fielleuses conduites
que vous ne découvrirez que plus tard. Il vous sera difficile de
vous séparer de ces sangsues. Ne croyez pas qu’elles partiront
d’elles-mêmes, il vous faudra les esquiver vraiment. C’est ainsi
que les pseudo-amis peuvent se transformer en pires ennemis,
parce que leur position n’est pas sincère : elle est basée au fond et
sans même qu’ils s’en aperçoivent sur la considération.
Il vous faudra faire preuve de discernement, lors de cette
évolution. Bien entendu, un exil poussé à l’extrême traduit
évidemment d’un ensemble de troubles psychiques dont la
médecine est la psychanalyse, et non l’Alchimie. J’en ai connu qui
mettaient les enfants hors du laboratoire, vociférant contre la
maman qui y exerçait généreusement son balai. D’autres encore
se sont cimentés dans un profond mutisme, à l’image même de
leur inadaptation sociale, et ne prononcent mot à quiconque.
Généralement, des problèmes de sexe sont à l’origine de ces
réactions, ces gens veulent attirer l’attention sur eux en
choisissant d’une manière faussement discrète une option de vie
dont le but réel est la mise en valeur d’un moi malade.
Veillez à ce que votre exil volontaire découle de lui-même, comme
étant la conséquence de l’accomplissement serein des deux
premiers degrés (d’ailleurs cette remarque s’applique pour tout).
Prenez garde à ne pas exercer en fait la vaine gloire, vous
détournant à l’exact opposé de votre souhait, car l’exil volontaire
est bien cette séparation de toute chose qui entrave votre lien

186
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 187

maintenant inséparable à l’Alchimie. Du qualificatif « intéréssé »,


vous voilà devenu « amant », aimant, artisan.
Le juste signe qui vous permettra d’être confiant dans la voie,
vous apportant un sain discernement, ce qui efface toute source
d’illusion, c’est l’affliction dont vous avez le cœur gorgé. Cette
dernière devient continuelle : vous avez sous le nez de votre être,
de votre appel, perpétuellement présent l’immense faute d’avoir
tant donné à votre ego. Tout en ressentant en sourdine mais
chaque minute la tristesse profonde que vous ne pouvez
qu’éprouver, un sentiment de honte grandit en votre cœur, qui
exige immédiatement réparation, qui vous place en état de
prière, en état de demande. Vous touchez du doigt l’essence de la
Loyauté, et votre désir d’acquitter votre dette est si grand que
vous en viendrez à pleurer souvent.
Je sais bien qu’un certain nombre d’entre vous lâcheront ici le fil
d’Ariane, pour fouiner dans les pages suivantes les tournures
techniques qui les intéressent. Je les comprends, mais il vous
faut prendre garde, je préfère vous le dire sévèrement. S’il vous a
semblé bien saisir les précédents conseils, voici qu’à votre tour
vous êtes confronté aux difficultés que vous aviez très bien
comprises dans les plus bas niveaux. Et, comme les autres idiots,
sous prétexte que vous ne comprenez plus - que vous n’admettez
plus en réalité - vous « décrochez » : c’est précisément là que je
vous demande l’effort. Pourquoi le fait de vous dire que l’affliction
sera le bon discernement vers le chemin vous détourne ou vous
irrite ? Recherchez, voulez-vous, la cause dépourvue de vos
dispositifs qui vous permettent d’avoir toujours raison, qui
provoque cette rupture. Si vous examinez impartialement
pourquoi vous ne voulez pas présentement accepter l’affliction,
vous constaterez que vous n’avez pas intégré les deux degrés
précédents. Je vous invite à bien réfléchir, avec le cœur, car le
nombre de barreaux de l’Echelle Sainte est de trente ...
Aux yeux de ce troisième degré, le manque d’application voit le
jour dans le désir fréquent de convaincre les autres. Quelque
chose en vous refuse cette séparation et vous voici dialoguant
sans cesse avec les réfractaires, et de vouloir les convertir à
l’Alchimie, vous voilà en guerre ! En fait, il s’agit là tout
simplement d’une forme raffinée d’impuissance à l’une des trois

187
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 188

fonctions principales dont nous parlions, vous révélant que vous


recommencez à vous fixer un peu plus haut.
En intégrant votre fervent et irréversible engagement à la
pratique alchimique, vous avez reçu la flamme. Les Pères, par
l’intermédiaire de forces spéciales, ont transmis sur vous l’ordre
qui leur fut donné à eux-mêmes à votre égard. Que vous soyez
médecin, avocat, cultivateur, technicien, artisan, secrétaire,
représentant, comptable, aviateur, ... , quelle que soit votre
situation dans le monde, vous devez maintenant lâcher vos outils
pour vous saisir de la pince. Car, ayant reçu la flamme, je vous
intime de vous mettre à l’ouvrage : vous ne savez pas si cette
flamme s’éteindra ni pour combien de temps elle vous
alimentera. Prenez garde, parce qu’il s’agit d’une énergie,
certainement à un très haut niveau de subtilité matérielle, mais
limitée, comptée, tout juste comme une médecine que Dieu vous
injecte en votre heure. Ne perdez donc pas de temps avec les
ingrats, avec les bavards, avec ceux qui se dédisent
perpétuellement et qui font mine d’avancer.
Il ne vous est pas demandé pour le moment de sauver les autres
mais, aussi curieusement que cela puisse vous paraître, de
laisser d’abord agir votre divine médecine en vous-même. Elle
vous est adressée à vous, à personne d’autre. Ici encore,
l’Alchimie entre en conflit, si l’on peut dire, avec les notions
faussées du christianisme, chères aux pharisiens. Certains
prétendraient « la charité reste la charité, elle demande par elle-
même d’aller jusqu’au bout, alors pourquoi ne pas offrir aux
autres cet appel en tentant de les convertir ?» D’autres avancent
« et ma famille, et mes enfants ?» comme s’il s’agissait de les
abandonner parce que l’épouse ne comprendrait pas. Dans un cas
comme dans l’autre, il est plus question d’idées toutes faites que
de lumineuses réflexions. L’un ne peut avoir conscience de ce
qu’est la charité, l’exerçant à son idée, car il lui donne un sens.
La charité définie n’est plus la charité, mais une projection
affective qui finit toujours très mal car, sous prétexte que l’on a
une vague idée de l’amour du prochain, l’affect déséquilibré s’en
empare et vous commande de vous transformer en « poire » : en
fait, vous savez au fond de vous qu’un jour vous serez victime
d’un malotru et, très insidieusement, vous aimerez vous faire
plaindre. Nettoyez d’abord votre outil. Isolez-le pour qu’il soit

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 189

capable de véritable charité, plus tard en son temps. Ne projetez


pas, avec toutes vos fausses notions, vos pseudo-principes sans
les avoir révisés par l’authentique pratique mystique. Vous
trouverez d’innombrables occasions d’exercer la charité à bon
escient. Pour saisir quelques conditions relatives à l’une des plus
hautes valeurs humaines, vous voudrez bien vous reporter
analogiquement au degré de l’obéissance, et plus précisément au
chapitre « En attendant le maître ».
Quant à votre famille et pour vos enfants, rien ne sera plus beau
que vous soyez chymiste, croyez-en mon expérience. Les enfants,
mieux que quiconque, aiment les alchimistes, tandis qu’une
épouse récalcitrante a simplement peur de perdre son objet. Voici
une occasion rêvée de vraiment compter sur ce qui vous unit ... et
d’en éprouver la solidité. Mais, évidemment, si vous refusez (tout
en le sachant très bien) que votre dame vous prenne pour un
objet, nous ne pouvons rien pour vous. Madame, réfuteriez-vous
tout aussi habilement vos secrets desseins matérialistes ?
Regardez en face vos réels devoirs de père ou de mère. Pour les
rétifs, vous perdriez votre situation ? Vous seriez un père indigne
parce que vous deviendriez mauvais ? Allons donc ! Bien sûr, si
perdre votre situation vous empêche d’offrir la dernière Alfa-
Roméo, ou de ne plus pouvoir caqueter avec d’autres sur la très
fameuse fonction qui vous décore, restez alors où vous êtes et ce
que vous êtes, achetez tel livre « d’alchimie » écrit par les nantis
dont nous parlions et bercez-vous l’esprit avec votre rêve.
Bien entendu, selon la mode féministe qui ne nous a pas encore
livré toutes ses nauséabondes surprises, les rôles peuvent
parfaitement s’inverser : je suis persuadé qu’une femme peut, elle
aussi, devenir Adepte. Elle souffrira plus à certains stades de
l’œuvre mais sera mieux éclairée à d’autres par son état féminin.
Pardonnez-moi, je vous prie, Mesdames les féministes, cette
nouvelle espèce d’être tricérébral affublé d’une nostalgie
surrénalienne, de ne point considérer à chacune de mes phrases
votre côté gestatoire, mais, comme le soulignerait mon très cher
Kowaliski pour lequel je ne taris pas d’éloges : « j’ai d’autres
chats à fouetter ». Car, comme toute attitude systématique
adoptée par mimique d’identification, vous me permettrez de
mépriser les conséquences desdites dont vous ne mesurez pas
encore l’ampleur, et qui ne peuvent recueillir autre chose que du

189
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 190

mépris, tout comme celles de la gent masculine : n’importe quelle


attitude d’identification est méprisable, fielleuse et condamnable
sans appel, parce qu’elle est un péché contre l’Esprit, c’est-à-dire
à la fois contre Dieu et contre votre conscience. Il n’y a ici, pas
plus qu’ailleurs, de pseudo-politesse à tenir vis-à-vis de ces
attitudes ; un comportement minable reste minable, même entre
les fines mains d’une obsédée décorée en godiche.
C’est à ma mère que je dois, depuis ma plus tendre enfance, la
signification réellement profonde de la complémentarité
androgyne qui unit homme et femme. Je lui suis aussi redevable,
par l’exemple quotidien et sans faille de sa vie, du témoignage de
ce qu’est une femme et, par répercussion, de ce que doit être un
homme. Nous ne saurions trop insister sur le trait de la
complémentarité, et non, comme la plupart des contemporains le
vivent d’une manière tyrannique, d’une lutte opposant mâle et
femelle, lutte traduisant les désordres réciproques de la fonction
animique.
De même que le Blason représente l’ordre divin déployé dans les
sociétés, analogiquement, la complémentarité unissant l’homme
et la femme traditionnels ne saurait être interprétée d’un point
de vue privilégié vis-à-vis de l’un ou de l’autre. Car c’est bien des
deux qu’il s’agit, fondus indissolublement dans le même voyage,
dont nous rappelons que l’essentiel est le service de la quête, à
l’image d’un navire se battant contre les éléments : l’homme
tenant la gouverne et dirigeant l’équipage, l’Epouse organisant le
ponton de manière à ce que cela soit possible. La
complémentarité traduit alors l’indispensable osmose de l’union
génératrice. Sans les qualités de l’une ou de l’autre, l’autre reste
inévitablement seul, voué impitoyablement à l’échec de la
Mission.
Aussi, par toutes les tares modernistes, dès que l’ego de l’un
s’imagine que la fonction de l’autre est plus enviable, le navire
dérive au gré des particularismes pour, tôt ou tard, s’échouer sur
les récifs du divorce. Que la chose soit bien entendue.
Quel est donc le garant susceptible de maintenir necessitate cet
équilibre ? On ne retrouve le sens des valeurs qu’en réintégrant
d’abord en soi-même les exigences liées aux aspirations de notre
propre situation en regard de l’essentiel.

190
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 191

Par voie de conséquence, à l’opposé de l’attitude de mode, vous ne


me trouverez pas honteux de rendre grâce à mes parents qui
surent, toujours au-delà des innombrables difficultés
quotidiennes, montrer ce digne chemin à leurs cinq enfants.
Malheureusement, aujourd’hui, il n’est plus naturel de le
souligner. Pourtant, la famille est une cellule sacrée. Ces «
vieilles valeurs », n’en déplaise aux sociologues de tout style, sont
les seules qui seront capables de sauver le monde du marasme
général, concrètement, efficacement et rapidement. Anciennes
comme le monde, leur caractère saint est destiné à jouer un rôle
éminent dans l’avenir. Aussi, que l’on m’excuse de ne point voir
de justificatives manières de s’en débarrasser ...
Ici encore, nous savons que nous ne manquerons pas d’éveiller la
fermentation étriquée des nouveaux tabous. Bien que les
modernes affirment souvent avec emphase « qu’ils ont tué les
tabous », les voici plus encore prisonniers d’eux. Imaginez
combien il existe d’interdits dans ce monde ! Evidemment, de nos
jours, il n’est pas offensant de gaspiller de l’argent, de se droguer,
de partager sa couche avec qui plaît, ... , mais, par contre, il est
peu recommandable de dire la vérité, de lever les identifications,
de prouver que l’homme ou la femme précédents sont des
machines, de prononcer le mot Dieu. Il est interdit d’interdire la
triche, le mensonge, la couardise, la médisance, et tous les
mauvais traits qui animent l’humain contemporain. Il est encore
plus proscrit de vous dire que vous dormez, et pourtant, nous
devons en passer par là.
L’autre versant d’un excès de zèle, dans l’exil volontaire, est celui
d’être encore victime de sep désirs, la solitude ayant perdu sa
noblesse est alors le prétexte à une nouvelle forme de
vagabondage et à l’amour du plaisir. Les anciennes habitudes
sont ici habilement métamorphosées en d’innombrables petites
manies, reflétant exactement les mêmes obsessions sous des
aspects extérieurs apparemment différents. Et l’on pourra dire «
j’ai changé, voyez-vous », alors qu’il n’en est rien. D’ailleurs
l’authentique exil volontaire ne porte pas à ce genre d’invective
qui, si elle se manifeste, démontre bien le caractère frelaté de la
transformation. On ne s’en va pas pour revenir et pour clamer
que l’on a changé. C’est ici - encore - l’ego qui s’est emparé du
mobile suffisamment crédible qu’est l’ascèse pour le tourner à son

191
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 192

profit, dans le but d’avoir du pouvoir sur les personnes qu’il


convoite. (Voici ce qu’il est encore interdit de dire ...)
Pour ces zélés, une ou deux années après qu’ils se soient séparés
du tumulte des salons, après qu’ils aient acquis quelque piété,
quelque componction et maîtrise d’eux-mêmes, les pensées de
vanité reviennent au galop et vous suggèrent de retourner dans
le monde, prenant prétexte de l’édification d’un grand nombre ou
pour l’utilité de ceux qui, autrefois, avaient été témoins de vos
actions coupables. Nous en connaissons ainsi quelques-uns, dont
les noms brillent dans la littérature, qui ne se manifestent plus,
qui proclament à grands renforts habiles de publicité qu’ils
disparaissent mais qui, en réalité, préparent leur fracassante
rentrée. Ou leurs acolytes, ayant été insolents avec les Adeptes,
adoptent d’identiques comportements « pour se faire oublier »,
mais le temps de revenir de plus belle perpétuer les funestes
habitudes sur d’autres, parce qu’ils n’ont écouté qu’eux-mêmes
sous le fallacieux prétexte de l’exil.
En réalité, tous ceux-ci sont l’objet du scandale pendant leurs
fautes, ils font briller leur absence pour être plus présents encore
et, de retour, n’ayant seulement que changé de peau, les revoilà
dans les mêmes lieux en quête de davantage de considération.
Ces faux, pour peu qu’ils soient bien pourvus de paroles et de
science, recommencent de plus belle en s’étant octroyé par
l’habile placage de l’exil le grade de maître ou de sauveur : ceci
afin de vous faire dissiper dans les endroits publics ce que vous
avez patiemment amassé par vos efforts. Le signe par lequel on
les reconnaît est que, d’une manière ou d’une autre, ils font parler
d’eux ; soit dans des revues, soit par des actions d’éclat qui
revêtent l’apparent manteau de la discrétion fourbe, soit par leur
total silence. Des agités, rien que des perpétuels agités qui
méritent une paire de claques, tout simplement pour leur plus
grand bien. Vous les poussez d’un côté, ils réapparaissent de
l’autre, comme les parasites. Ils ne savent pas - parce qu’ils y
prennent plaisir même s’ils vous disent qu’ils sont persécutés -
qu’une âme qui retourne au lieu d’où elle est sortie s’affadit
comme le sel et se fixe en terre. On les reconnaît également à la
façon dont ils vous confient leurs secrets. Tout est toujours secret
de ce qu’ils vous révèlent, à l’aide d’une touche de mystère qui
illumine d’un inconsidéré éclat leurs termes. De plus, lorsque

192
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 193

vous rencontrez un authentique frère en Hermès qui a lui aussi


eu affaire avec ce parasite, il vous raconte les secrets qu’il a
entendus de la même bouche ... Cela me rappelle cette réunion de
postulants de la Saint Joseph, comptant la présence d’une
éminente personnalité du business de l’ésotérisme qui m’avait
fait jurer de garder secrète l’apparition. J’appris un mois plus
tard que, sur quinze personnes, huit étaient « secrètement » au
courant. Comment ne pas constater ici la recherche incongrue
d’une popularité dont le trait principal est celui d’être « dans les
normes alchimiques », afin de n’éveiller aucun soupçon, sinon à
une attitude coupable ?
Un jour, tel digne postulant me posa une question relative à la
Saint Joseph : « je m’étonne de ne point apercevoir quelques têtes
dans cette assemblée. Pourquoi ? »
Le pauvre n’avait pas encore vu ces gens. Il me citait le nom de
personnes qui, au premier abord, sont plus douces que le miel. Il
ne se rend pas compte qu’il ne rencontre ces êtres que durant
quelques minutes seulement. Réitérant ce type de visites sur
plusieurs mois, il s’imagine naturellement les connaître, eux qui
montrent toujours le même visage.
Je l’ai invité à les côtoyer sur plusieurs jours, afin qu’il découvre
leur façade, leurs véritables projets. Il serait bien déçu, le pauvre,
de les voir tels qu’ils sont. Il lui serait actuellement trop dur de
comprendre que ces gens adoptent une fielleuse attitude pour
servir d’appât. Le plus souvent, ils sont tellement identifiés à
leur personnage qu’ils sont crédibles, ils paraissent très sincères :
eux-mêmes sont pris au piège. Ils sont capables de pleurer, de
vous recevoir très chaleureusement, de montrer une grande
générosité mais, dès qu’ils sont placés en face d’une réalité dont
ils n’avaient pas prévu la venue, leur profonde nature apparaît.
Défiez-vous des individus qui paraissent trop gentils, surtout
vous, alchimistes. Rappelez-vous les sentences des Maîtres.
Ne retournez dans le monde que le jour où vous serez
suffisamment indéfectible, où vous serez sauvé vous-même. Seul
un solide filin peut se saisir des tumultes d’autrui : ne vous
valorisez pas exagérément, selon l’évaluation subjective de vos
possibilités, qui peuvent prendre la fausse tournure de la charité,
vous donnant l’illusion d’un cran spirituel. Votre désir de ...

193
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 194

correspond à ce dont vous êtes capable. Ce que vous souhaitez,


quand bien même votre aspiration soit intense, doit exactement
s’accorder avec vos forces réelles, sinon vous serez charitable avec
un frère mais puant avec l’autre. C’est le cas de personnes qui
vous accueillent les bras ouverts parce qu’elles les dépassent,
vous traitent de tous les noms et adoptent une conduite
radicalement opposée. De doux qu’ils étaient, ils se sont
transformés par excès de zèle en êtres méchants et rancuniers.
Mieux vaut affliger ces gens que la quête, car elle vous sauve et
viendra en aide aux autres en temps utile, alors que ceux dont
nous parlions causent souvent la perte des laborants en les
livrant aux châtiments. En regard de votre vocation, soyez tel un
étranger parlant une langue inconnue, prudent, poli,
observateur, zélé, plein de respect et de bonne conduite.
Mais qu’il soit votre père, celui qui vous comprend et qui peut
vous accompagner un bout de votre route, celui qui est
suffisamment expérimenté pour porter une partie de votre
ignorance. Pratiquez avec lui la componction de cœur,
sincèrement, fréquemment. Ayez pour frère celui qui travaille et
lutte comme vous, dans la même épreuve. Que la mémoire
perpétuelle de votre idiotie soit votre meilleure compagne.
Joignez tous ces liens de parenté entre eux et exercez-vous à leur
union fervente. Je sais bien que certains me rétorqueront que la
voie chymique n’exige pas autant d’efforts. Je leur dis : et que
croyez-vous qu’est la Pierre des Philosophes, sinon le plus grand
des prodiges ?

Nous n’insisterons pas assez sur la question de l’attache à ceux


que l’on croit aimer. Nous refusons souvent de comprendre que ce
genre d’amour se réduit quelquefois à de la considération, surtout
lorsqu’ils versent chaudes larmes à notre départ. Nous nous
laissons attendrir d’une manière incongrue, parce que notre
affect est déréglé dans ses humeurs, et alors nous voici pleurant
à notre tour au fourneau, les eaux des sanglots recouvrant
entièrement la quête.

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 195

Que les vagues amitiés -je veux dire celles qui sont telles -
cessent de vous environner comme des guêpes, qu’elles cessent de
faire mine de se lamenter sur votre sort. N’hésitez pas un seul
instant, portez votre regard en dedans de vous sur ce que doit
entreprendre votre âme, sur votre aspiration ainsi que sur vos
comportements passés. Pratiquez ce mouvement intérieur sans
vous laisser distraire, la peine que vous en éprouverez n’est rien
en regard de celle qui vous attend si vous manquez à votre
devoir.
Les vôtres - les vrais ceux-là - sont bien les vôtres. Ils vous
accompagneront silencieusement tout au long de votre route. Les
autres vous promettront fallacieusement n’importe quoi pour
vous plaire : ce sera une bonne occasion d’observer comment ils
vous considèrent, car les gens sont assez fins pour repérer
habilement ce qui peut séduire votre ego, vous révélant par ce
biais un trait de votre tare. Que cette séduction ne soit pas pour
vous une nouvelle identification, ne glissez plus dans les
anciennes routines en acceptant le plaisir de la flatterie.
Regardez plutôt combien ces autres vous révèlent ce que vous
êtes et prenez leçon. Vous n’ignorerez pas de la sorte qu’ils
tentèrent de vous dévier vers leurs propres buts, après vous avoir
entravé la route par l’appât de mille réjouissances.
C’est pour cela que votre retraite, c’est-à-dire votre laboratoire,
ne doit recevoir la visite que de ceux qui vous aiment. Afin qu’il
n’y ait aucune permissivité déplacée, choisissez-en donc le lieu
d’implantation dépourvu de consolation, de confort, de vaine
gloire, de tout ce qu’affectionnent ceux qui ne vous aiment pas :
ils partiront ainsi d’eux-mêmes sans que vous ayez de peine à
vous en soucier, et ce sera également pour vous l’ambiance
adéquate. Si vous ne réalisez pas cela, si vous placez votre
laboratoire en des endroits où il est permis d’exercer les fautes
ineptes, vous reprendrez bien vite votre vieil envol vers vos
manies, après avoir cédé petit à petit - même en résistant - aux
visites malséantes.
Cachez leur la noblesse de votre quête et dissimulez-en la valeur.
Nous savons qu’elle est si belle que nous avons tendance à vouloir
la partager, cela est naturel. Mais il n’est pas convenant de
l’offrir aux envieux, quand bien même ils se montreraient
enjôleurs, en parlant de vous aux alentours selon leurs points de

195
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 196

vue, et non pas selon vos actes. Quelques-uns furent de cette


trempe lorsque je quittai le monde, eux comme les autres bien
ancrés dans les affaires de l’ésotérisme.
Si vous aviez le malheur de leur parler de travers, vous les
retrouviez colportant leurs propres vues, à travers leur ego. Leur
parler de travers ne consiste pas à leur dire des méchancetés,
loin de là, mais bien plus simplement à refuser un moment ou un
autre de réaliser leurs mille caprices. Vous n’imaginez pas
combien ces cafards peuvent vous créer d’ennuis de toutes sortes.
Ici encore, laissez au vestiaire de vos vues subjectives la croyance
qui réside dans le fait de penser que cela ne peut toucher votre
incommensurable grandeur, confondant candeur et orgueil.
Croyez par contre que vous serez bien malheureux de supporter à
votre porte d’innombrables gêneurs, dont le comportement est
aussi malveillant qu’insolent.
Il y en a même eu qui, placés devant les articles que nous
écrivîmes dans cette chère Tourbe sans que nous les ayons
prévenus - il existe ce genre de proxénète de l’édition -, se sont
immédiatement lancés dans leur funeste besogne, et de vomir par
tous les coins de France que nous étions ceci, cela, sans même
nous connaître. Puis vous trouvez vos amis au téléphone,
tremblant de peur parce qu’ils ont rencontré sur leur route les
fameux en question leur piaillant toutes sortes de mensonges sur
vous, vous implorer de ne pas entreprendre ce que vous n’avez
jamais eu l’intention d’entreprendre ... Bien entendu, votre
honneur reste toujours sauf, mais votre temps s’égraine en
d’innombrables futilités qui vous parasitent rapidement, pour
vous retrouver pendu au téléphone ou en justifications
perpétuelles. L’Œuvre, Lui, attend.
La plus habile conquête de ce type de cloporte consiste à gagner
la confiance de quelques sérieux piliers de la diffusion ( dont le
travail est considérable, et qui ne tardent pas, heureusement, à
découvrir la supercherie, mais les courts instants de doute auront
servi à la limande avec talent). Ce sont eux - lesdits cloportes -
qui se chargent d’être l’agent de liaison entre tous les bateleurs
qui font de l’argent en comptant sur votre crédulité et sur votre
loyauté, publiant de récents ouvrages en série dont le titre
pompeux n’a d’égal que le langage dépourvu de pragmatisme.
J’en ai trouvé un qui, après le houleux combat dont l’essentiel fut

196
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 197

en substance que je dévoilerais son identité aux yeux de tous s’il


continuait son empoisonnement, et qui, en « échange », m’a révélé
sans la moindre gêne qu’il cesserait de dire du mal de nous dans
les salons parisiens ! Et, mes amis, le mal de nous est aussi pour
moi le mal de vous, c’est-à-dire des laborants qui espèrent,
travaillent et ne font pas d’éclat.
Je dois vous dire, non pas pour ma propre estime mais pour la
valeur de la quête dont vous comprendrez plus tard les tenants et
les aboutissants, que j’ai dû combattre pour vous, manipulateurs,
afin que vous puissiez trouver, sur le terrain restant de ce piteux
siècle, quelques vestiges supplémentaires de la Tradition. Il faut
que vous sachiez que toutes les portes nous furent claquées au
nez, tôt ou tard.
Ne comptez pas que votre crédulité déteigne sur le monde. Ce
monde est une cage à loups à ne pas sous-estimer. Ceignez-vous
de cuir et ne partez jamais sans le glaive, au besoin appelé à
servir net et sans pitié. Vous n’avez pas idée des heures, des mois
et des années de bataille que j’ai dû livrer, seul et sans entrevoir
la lumière autre que celle de la foi, pour que nous puissions tous
réintégrer le Graal.
Pour clore sur ce type dégoûtant d’ego, je me rappelle une parole
d’un brave cultivateur auvergnat : « un seul refus à celui qui n’a
ni discernement ni honneur et le voilà qui te traite de tous les
noms, te traînant en justice ».
Et aussi :
« Les jaloux, au premier cadeau que tu leur fais, ils se
prosternent. Au second, ils te baisent les mains. Au troisième, ils
s’inclinent. Au quatrième, ils se contentent d’un vague signe de la
tête. Au cinquième. ils deviennent familiers. Au sixième, ils
t’insultent et au septième ils profèrent toutes sortes d’horreurs
sur toi parce que tu ne leur en as pas assez donné. »
Vous devez également savoir que sur une centaine de personnes
qui paraissent intéréssées par l’Alchimie, au moins quatre-vingts
sortent de ce jus fétide, croyez-en mon expérience.

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 198

Il est primordial que votre laboratoire soit le lieu dans lequel


vous vivez jusqu’à votre réussite, ou du moins, jusqu’au deuxième
œuvre accompli. Placez-y votre lit et le strict utile pour la toilette.
Si vous n’avez pas l’aisance adéquate pour cela, que l’endroit de
votre sommeil soit le plus près qu’il se peut de là où vous exercez
le feu secret, de votre athanor. Tout comme il est impératif de
pratiquer sérieusement dans le même athanor planté là une fois
pour toutes, il faut de même que votre sommeil y soit fidèle, cela
tient à des questions d’interaction énergétique très raffinée,
parce qu’une opération dont le feu extérieur a cessé et dont les
ustensiles sont rangés n’est pas terminée. Elle rayonne des
pulsations que le feu secret a éveillé, étant l’agent porteur des
forces d’en haut sur votre corps endormi, lui-même placé dans les
conditions idéales de repos pour recevoir les émanations
transfiguratives.
Cet impératif est fondamental, surtout lorsque vous approcherez
la Remore, étape irréversible de votre métamorphose, dont vous
êtes vous-même, tout comme la matière, le champ d’épreuve.
Peut-être verrez-vous le kaléidoscope induit par les premières
opérations - les séparations et les purifications - générant en vous
de profonds retournements, la démantibulation méticuleuse de
vos certitudes accompagnées de l’arrangement sur toile de fond
de votre être : le kaléidoscope sera vécu par vos consciences la
nuit au cours de rêves, à la limite du cauchemar, le jour par des
distortions de l’espace-temps qui pourront même provoquer de
l’angoisse. Mais, quel délice de savoir qu’au travers de ce
primaire pilonnement, aidé par la confiance qui reste plus forte
que les impressions fugitives, vous êtes entre les mains de la
Dame. Vous vivez alors, pour la première fois, cette sensation
étrange et expectante d’abandon.
De même, peut-être recevrez-vous plus tard la première vraie
lumière, l’aurore poignante plus belle que toutes celles de vos
meilleurs souvenirs, le mystique et prodigieux rayon solaire,
dans sa nature quintessente, qui accompagne le grade du Soufre
fixe. Au-delà de toute description possible, vous entreverrez la
porte d’entrée du Palais et vous, couvert de poussière, rompu par
les métallurgiques manipulations, l’âme compatissante, vous
serez stupéfait au beau milieu de chants graves d’intonation
virile, ceux des Pères.

198
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 199

Voyez-vous, s’il n’est pas permis de relater ces états seconds très
intenses au grand nombre, je comprendrais que leur description
sommaire amène en vous le doute ou la méfiance. Cependant,
malgré mon ordre de vous interdire de croire comme un gogo tout
ce qui vous tombe sous les yeux d’une manière générale, je dois
vous prévenir de ces choses, parce que votre force psychique est
affaiblie par la vie moderne en ce qu’elle ne possède plus la
magnanimité du bon sens d’antan. Oui, vous vivrez si vous le
méritez ce dont je parle, et il ne faudra pas avoir peur. Sachez
également que, dans ces fantastiques moments, le temps s’efface
complètement, et vous de ressortir dix jours plus tard de votre
laboratoire, tout ébaubi, la tignasse hirsute et l’air de revenir
d’outre-tombe. On n’osera pas vous toucher, parce que vous ne
serez plus le même, une partie de vous ne sera plus matérielle,
étant assez permanente pour induire vigoureusement un
sentiment surnaturel.
Ces instants seront pour vous ceux de la conscience objective.
Vous apercevrez tout comme l’enfant né le monde sous un regard
différent. Les hommes vous sembleront autres, vous ne
reconnaîtrez peut-être même plus certaines gens. Seuls ceux qui
vous aiment et que vous aimez vraiment, recevront une part de
l’éclat qui vit en vous. Et la suite, mon fils, je ne dois point vous
la relater.

199
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 200

La voie n’est pas pour tous, vous le savez maintenant


complètement, car c’est par bien du labeur et bien de la fatigue
que l’on parvient à établir solidement en soi les bonnes
résolutions requises pour le travail au four. Mais tous ces efforts
peuvent encore être gaspillés en un instant : il suffit que vous
continuiez l’identification. La réitération de la plus funeste des
pratiques vous fera perdre votre permanence, c’est pourquoi
l’abstinence des relations est la gardienne de la pureté de vos
intentions.
Il m’est impossible de vous cacher que mon esprit est encore
empli d’innombrables ignorances, mais permettez-moi d’affirmer
que la loi de l’amour vous pressera d’entreprendre ce qui est au-
dessus de vos forces. Je crois utile, sans la moindre prétention, de
vous mettre en garde contre l’imagination. Les anciens la
nommaient « les songes », donnant l’excellente définition : « un
songe est un mouvement de l’esprit sans que le corps soit en
mouvement ».
Les commençants à l’œuvre philosophique, qui gravissent avec
application ce troisième degré, sont tout particulièrement la cible
de choix de l’imagination. Elle est une illusion des yeux de l’ego
pendant que l’intelligence de l’être sommeille. Il s’agit donc
essentiellement d’une aliénation nouvelle, pendant que le corps
est en état de veille, c’est-à-dire qu’elle n’a pas de fondement
dans la réalité et que, par voie de conséquence, elle a un lien
intime avec vos obsessions.
Les forces involutives sont, elles aussi, dissoutes dans chacun des
degrés. Ne croyez pas que le premier degré, par exemple, vous
débarrassera pour toujours de tel ou tel trait affligeant. Loin de
là, il prend des formes différentes à chaque étape, se délayant au
fur et à mesure en des niveaux de subtilité de plus en plus
essentiels, c’est-à-dire puissants. Le dragon saignant à terre et
simulant la mort, haletant et jouant la comédie de l’imploration,
fomente en réalité son plan d’attaque second et sort par derrière
plus fort encore. Seulement mort, totalement immobile, les yeux
révulsés, l’odeur fraîche des viscères s’échappant de la lutte, vous
indiqueront qu’il vous laissera désormais en paix.
C’est ainsi que, pour l’imagination dont vous entrevoyez le sens
que vous lui donnez maintenant, au bas échelon de votre

200
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 201

intégration cosmique immédiate, vous aurez à livrer un second


combat lorsque vous aurez acquis une pratique certaine de l’exil
volontaire. La raison logique pour laquelle nous sommes
contraints de parler d’elle est évidente : lorsque vous abandonnez
la fourmilière des relations mondaines et que, par ce degré
d’expatriation, vous optez consciemment pour l’exercice de
l’Alchimie, votre ego isolé, n’ayant plus d’emprise directe par les
canaux du monde, s’empresse de vous troubler par la seule
possibilité qui lui reste, l’imagination. Elle vous représente toutes
sortes de pensées mauvaises, comme vos proches affligés, dans le
malheur, malades, nécessiteux, ou encore ce que manigancent
vos ennemis .. .
L’imagination est la fainéantise de l’intellect. Elle est une des
causes principales de la mauvaise marche de vos fonctions
organiques, chacune d’elles ayant sa forme d’activité imaginative.
Cependant, en général, la motricité et l’affectivité se servent
toutes deux de l’intellect toujours prêt à livrer son rôle à
l’imagination, parce qu’elle est adaptée du point de vue vibratoire
à l’intellect. L’impulsion de la rêverie a son activité principale
dans la motricité et dans l’affect, mais elle est prise en compte
par l’intellect qui, en adoptant ce dispositif général, s’octroie
l’indu privilège de s’épargner tout effort lié à un travail orienté
vers un but défini. De plus, les rêves chimériques et désagréables
sont encore plus néfastes, inutiles, et pourtant, vous passez
d’innombrables heures dans ce type d’imagination, à rêvasser vos
malheurs possibles, à penser toutes sortes d’événements fâcheux
pour vous, à tous les accidents qui peuvent arriver à vous et aux
vôtres, à toutes les maladies et les indispositions diverses. Vous
ne vous rendez pas compte que votre ego emploie, sous le perfide
désir de vous faire plaindre, les mécanismes de l’imagination tout
en vous faisant croire à la validité des choses les plus
fantaisistes, comme la prévoyance, l’illusion de faire, enfin tout ce
qui justifie logiquement aux yeux de l’ego son dynamisme.
L’observation de l’imagination, comme nous l’avons souligné
précédemment et dans ce cadre, vous fournira le plus important
travail que vous aurez à entreprendre sur vous-même à ces
moments. Elle vous apprendra beaucoup sur vos obsessions. Vous
verrez qu’elle vous empêche également de vous voir vous-même
tel que vous êtes, jouant le rôle de sédatif : vous êtes très attaché
à l’imagination, vous lui offrez même les plus grands attributs,

201
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 202

croyant qu’elle est la « muse » des artistes ! Elle est un véritable


démon, parce qu’elle a instauré sa propre structure physiologique
en vous, possédant une autonomie, une petite organisation. En
effet, elle est capable, sous la houlette habile de la conformité
qu’elle a su imprimer en vous, de vous pousser à la pratique de
gestes incongrus, en usurpant la place d’une fonction réelle.
C’est elle qui vous fait croire que vous êtes un tigre dans les bras
d’une femme, ou un savant qui feuillette les livres des Pères, ou
encore telle ou telle autre sorte de petit-homme génie du
moment, jouissant dans l’illusion morbide mais qui, par malheur,
se sert souvent de cette impression inconsciente pour bâtir ses
projets. Ainsi, toutes vos fonctions organiques peuvent être
illusoirement satisfaites sans que vous en éprouviez la moindre
gêne, évoquant un contentement non pas dans le réel, mais dans
l’imaginaire.
Elle a été placée dans les hommes en même temps que le péché
originel, afin de les maintenir dans l’état où ils sont,
complètement hypnotisés par elle, ayant organiquement cet état
d’hypnose tellement intensément que le fait de proposer l’éveil à
de tels hommes engendre l’agressivité.
C’est également elle, dans son sinistre office, qui déforme à vos
yeux les données objectives qui vous ont été transmises par nos
Pères, les changeant en éléments totalement subjectifs dans
lesquels votre stupidité a une foi aveugle : ces charitables
données sont transformées en obsessions.
L’imagination ne saurait atteindre les réalités surnaturelles, qui
ne sont accessibles qu’à une foi pure. Aussi, pour vous libérer de
vos obsessions, il est convenant de redonner à vos préoccupations
maniaques le sens réel qu’elles occupent dans la réalité qui vous
englobe vous-même. Vous ne voyez pas les choses comme elles
sont, mais une notion fausse s’installe avec ostentation,
interrompant le cours normal des événements. Le plus efficace
des remèdes consisterait à reconnaître la fausseté de votre
obsession ; ce serait l’idéal, mais c’est rarement possible.
Fatalement, comme vous vous adonnez à cette désastreuse
activité depuis des années, votre faculté de bien juger est
défectueuse : il n’y a aucun moyen naturel et direct
d’amélioration, puisque ce qui est ne peut s’auto-perfectionner
par sommeil.

202
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 203

Lorsque l’obsession devient aiguë, il est à propos de se retirer


dans le calme, en vous donnant le temps d’une tranquille
réflexion, vous recueillant principalement sur les raisons pour
lesquelles vous êtes venu à l’Alchimie. Mais, il est souvent très
difficile de vaincre complètement l’obsession, et elle revient au
galop ! Il existe, heureusement, une vertu dont la force est
suffisante pour détruire la source même de votre sottise :
l’humilité. Celui qui est humble est judicieux quant à l’essentiel,
puisqu’il connaît sa juste place. Votre place, si vous avez
embrassé l’Alchimie, est au laboratoire. Même un être peu doué
d’intelligence, s’il soumet sa volonté momentanément à un autre
qui le guide, appliquant le précepte de l’humilité, ne connaît pas
les obsessions. Il est d’emblée délivré de maints scrupules,
d’innombrables pensées imbéciles.
Soyez ouvert, modeste et docile, et vous ignorerez les idées
fausses, qui rendent la vie malheureuse et dépourvue de
noblesse. Quoi qu’il en soit, lorsqu’un postulant opte pour la vie
en Alchimie, il est demandé par les Pères un esprit tenace,
volontaire, clair, un bon sens solide, qui sont les qualités
indispensables, sans lesquelles les problèmes émergent très vite.
Il ne faut pas croire que l’on acquiert ces attributs facilement, et
on a intérêt à s’y appliquer avant toute démarche. De même, il
est illusoire de penser qu’ils viennent avec la pratique exclusive
du fourneau : nous avons déjà suffisamment insisté sur le sens de
cette question auparavant.
Il arrive, cependant, que votre obsession prenne une dimension
réelle, c’est le cas des maladies graves, de très grands accidents,
où s’en sortir est inextricable. Ici, elle prend un sens effectif et
alors, ce n’est pas l’idée tyrannique qui est proprement fausse,
mais l’importance qu’elle a dans votre vie intérieure. A ce niveau,
vous savez mesurer la valeur de cette obsession sans pour autant
vous en débarrasser. La seule solution réside dans le fait
d’imposer des certitudes spirituelles, d’accepter sa part de
souffrance, de cesser de lutter avec ce qui est encore au fond de
l’amour-propre et, consentir une bonne fois à vous abandonner.
Cédez sans réserve ; vous verrez que tout s’arrange.

203
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 204

Quiconque se fie à son imagination pour guider sa vie est donc


comme celui qui ne cesse de poursuivre son ombre. C’est vous-
même votre propre démon, qui structurez la personnalité d’une
façon précise afin d’appuyer ce qui surgit de votre inconscient et
pour que cette machination semble, à l’aide de la vive mais piètre
lumière de l’imagination, prendre une tournure déterminante.
Alors l’incube de la vaine gloire prophétise pendant que vous
dormez, à votre insu ou par l’entremise d’une sournoise
participation consciente. Etant bien plus ingénieuse que le
prétendent les psychologues, cette partie de vous-même
conjecture les événements à venir et vous les annonce. Puis,
quand vos rêves se réalisent, vous voici émerveillé et vous vous
élevez à la pensée vaniteuse que vous êtes sur le point de
posséder le don de prescience. « Je le savais ! », clamez vous,
comme si l’univers entier vous était dévoué. « Cela devait se
réaliser », alors que toutes les structures de votre ego avaient au
préalable et avec hypocrisie tout calculé.
Ainsi, un nouveau mécanisme s’installe insidieusement, et vous
de croire que vous avez réglé le compte à vos plus excessifs
défauts. L’imagination est devenue votre inédit prophète, alors
qu’elle n’est que mensonges, rien que des mensonges issus des
plus habiles désirs de votre personnalité. Non seulement elle
maîtrise tous les postes clefs de votre ego, mais par dessus tout
elle s’est emparée de votre animisme en vous mettant à l’affût de
tout à son service. Vous êtes alors emparé d’une perpétuelle
inquiétude curieuse, aux aguets de n’importe quel petit
événement dont elle se sert comme aliment pour ses futurs
projets. Telle infime sonnerie tinte, tel minime bruissement de
feuilles, ou autre, et vous voici détourné de votre chemin,
regardant le plus souvent sans même vous en rendre compte la
chose excitante. Pris sur le fait, vous jurerez de ne pas avoir
porté vos yeux vers la curiosité, alors qu’une caméra vidéo le
révélerait sans discuter. Une fois de plus, vous avez fait un geste
dont vous n’êtes pas maître, qui vous a été commandé par tous
les mécanismes de votre moi, lui-même l’ayant pris à son compte
en l’inscrivant quelque part en vous pour plus tard ... C’est de
cette manière que, la plupart du temps, on pense s’être détaché
d’importantes manies, mais qui restent au fond omniprésentes
dans leurs racines.

204
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 205

Plus perfide encore est l’apparence donnée, en toute justification,


à ces comportements mécaniques. Mille arguments vous
viendront à l’esprit pour disculper la culpabilité de votre moi.
Tantôt le démon imaginatif prendra l’apparence religieuse, tantôt
celle de la Dame ou encore la recherche de maîtres, c’est-à-dire de
ce dont votre ego est assoiffé. Quête-t-il un maître pour se
considérer dans les amphithéâtres où l’on jase de chymie,
mendigote-t-il les lumières de Marie pour libérer un affect trop
exigu à ses habitudes, pleurant chaudes larmes devant tous, ... ?
Bien des attitudes ne sortent que de l’imagination, qui a ses
degrés, ses grades de pestilence. Durant le temps que vous
laissez agir ce poison, je veux dire pendant le sommeil conscient
dont nous parlons souvent, elle vous plonge dans l’abîme par
l’orgueil et le contentement - ou le mécontentement perpétuel,
qui est la face inverse du même objet.
Aussi dois-je vous donner une sorte de mot de passe qui vous
permette d’identifier à coup sûr si une pensée vient de votre
imagination. Cette motilité consiste à observer si votre
entendement engendre, à la suite des images qu’il émet, le désir
d’exprimer des émotions négatives.
En effet, exprimer des émotions négatives, ou une nouvelle mode
qui consiste à ne parler que d’elles en affirmant ne plus les
énoncer, revient à révéler l’aboutissement exact de tous les
mécanismes qui ont été les instigateurs de cette manie. C’est le
but final, la conclusion du tir égocentrique, vous rendant
tremblant, triste ou exagérément optimiste, expressionniste à
votre réveil. L’imagination, alors métabolisée en substances
toxiques que charrie votre sang, imprime les endroits de votre
cerveau par irrigation et détermine le stress qui est responsable
du fait que vous exprimiez mécaniquement des émotions
négatives. De plus, agissant de cette façon, cette chimie du diable
brûle les énergies mises en stock par la nature généreuse de la
condition humaine pour plus tard, ce qui rend votre éveil
impossible. Très souvent, ces nobles substances, qui ont été
élaborées par les artifices saints de l’être, sont consumées en un
clin d’œil : il suffit d’exprimer une émotion négative. Mauvaise
humeur, tracas, doute, peur non animique, sentiment d’offense,
irritation, chacune de ces émotions, dès lors qu’elle a atteint un
certain seuil, s’échange en pure inutilité avec ce qu’élaborait

205
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 206

patiemment une autre partie de votre corps en liaison intime


avec votre propre nature. Tous les processus psychiques ont leur
niveau de matérialité, même celui de l’intuition, qui est très
élevé, très raffiné, la matière prenant ici l’indicible identité de
l’énergie vibratoire. Il n’existe pas un seul processus qui ne
réclame pas la dépense de son homologue énergétique
correspondant.
Vous croyez qu’il ne vous coûte rien d’exprimer une émotion
négative. Etant substantielle, sachez qu’il vous en coûte quelque
chose. A chaque fois que vous brûlez un autre type de matière
équivalente en vibrations. Et si votre ego prend ce que je vous
révèle à son compte, il décidera de ne plus exprimer d’émotions
négatives, mais ce désir venant du moi sera nettement
insuffisant, car il est, comme tout ce qui vient de la même source,
très fugitif. Alors, durant cette courte période, vous` bloquerez
cette mécanicité, qui se stockera en réalité dans des genres de
petites piles quelque part en vous, pour mieux exploser à un seuil
énergétique plus violent. En fait, venant du moi, vous continuez à
rester prisonnier de cette manie, parce que les dispositifs dont
nous parlions plus haut vous empêchent de prendre conscience
qu’exprimer une émotion négative revient à pratiquer la
considération vous désirez encore que l’on vous considère, et agir
ainsi vous permet d’exercer un autre genre d’auto-révérence.
Pour certains, exprimer des émotions désagréables, même très
poliment, est la seule possibilité de dialogue. On choisit le sujet
type et gaillardement, toutes les manifestations de l’ego, minute
après minute, heure après heure, détournent toujours les propos
vers la marotte.
Comprenez-vous les liens intimes qui relient imagination,
considération, émotions issues de l’affect, dispositifs qui
permettent d’avoir toujours raison, etc ... ? Toutes ces incisions à
l’être mijotent dans la même marmite qu’est l’ego, avec laquelle
Satan prépare depuis des millénaires les poisons qui détournent
les hommes de Dieu.
Chaque fois que vous pratiquez l’imagination, vous vous
discréditez aux yeux de l’Alchimie. Mais ne confondez pas
intuition et imagination. L’intuition vous révèle toujours quelles
sont vos épreuves, l’imagination, jamais. Alors, cher postulant, si

206
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 207

vous possédez ces trois premiers degrés, ne détournez plus la tête


ni d’un côté ni de l’autre.

Dans les labourantes manipulations, la construction ou


l’obtention de l’Athanor est l’aboutissement couronnant la fin de
l’édification de votre laboratoire. Ce n’est qu’après, en règle
générale, que l’on s’octroie le devoir de solliciter la Providence et
les dignes artisans pour acquérir tout le matériel meublant le
laboratoire et accompagnant le four sacré. Ces méritantes
acquisitions vont de pair avec ce troisième degré, dont le noble
agencement est à la mesure de l’accomplissement dudit.
Nous avons soulevé l’extrême importance - d’une manière fort
incomplète, obéissant aux principes hermétiques du silence mais
étant animés tout à la fois d’un esprit charitable envers nos fils
manœuvrants - de l’édification matérielle régie sous l’ancestrale
loi du nombre d’or. Là n’est pas tant de faire valoir tel ou tel
matériau, document ou ustensile, ces vues partielles appartenant
aux deux degrés précédents. Il s’agit présentement de leur
harmonie. En effet, l’exil volontaire a rendu plausible votre sens
maintenant devenu plus aigu de la vocation, c’est-à-dire les
façons d’user dans le principe et dans la forme. Votre laboratoire,
au lieu de représenter cet antre cher aux riches de bon ton qui
bâtissent la notoriété de cette pléiade de bourgeois s’occupant en
dilettante d’« alchimie », s’est alors transformé en un lieu de
travail, tout simplement. Il ne s’agit plus d’épater ni d’affriander
les admirateurs de tout bord. Comme tout ce qui est destiné à
l’ouvrage, les outils se parent de la noblesse du mouvement : en
fait, ils sont tous une œuvre d’art, et ne peuvent pas être autre
chose, parce qu’ils servent. A l’image de ces bols primitifs dont
l’usage n’était pas séparé du geste authentique de la soif, vos
ustensiles dûment retrouvés ou confectionnés sont le reflet même
de votre aspiration génératrice. Vous n’avez eu aucun choix à
formuler, ce sont les objets eux-mêmes qui vous ont assigné, car
le degré d’exil volontaire intégré vous offre les yeux de la vision
sûre, c’est-à-dire les fameuses lunettes opératoires en verre
d’antimoine, sans lesquelles l’approche du Jardin des Hespérides
reste trop éblouissante (nous reviendrons, en temps utile, sur la

207
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 208

confection précise de ces lunettes). Vous saviez qu’il vous fallait


marcher dans les traces laissées par la Dame, vous avez
maintenant le droit de chausser les verres qui vous permettront
de réorganiser votre inconscient à travers vos regards, qui seront
filtrés par l’entremise de ce si noble matériau justement fondu et
rectifié. C’est ici toute la signification hermétique du
kaléidoscope qui, selon l’ordonnancement des Maîtres, vous
imprime dans l’inconscient les schémas ancestraux.
Pensiez-vous, mes chers fils, que les « lunettes de la vision sûre »
sont métaphoriques ? De même, croyiez-vous avec l’identique
non-sens que le bâton, la ceinture, la lampe sont du titre
symbolique ? Bien entendu, tous ces objets sont le véhicule d’un
insigne divin, mais ils font aussi partie du travail et n’en sont pas
moins existants bel et bien dans la réalité.
Vous serez sans aucun doute vivement surpris de cette
révélation, mentionnée apparemment nulle part ailleurs. Je vous
invite cependant à relire nos Pères, à l’aide du vocabulaire remis
au goût du jour de leur époque. Vous y trouverez toutes les
allusions, qui durent rester au stade des sous-entendus pour ne
pas détraquer les imprudents envieux. Effectivement, les lunettes
qui remontent l’espace frappent de folie les non-méritants ; de
nos jours, la permission divulgatrice a été accordée : il n’y a plus
aucun danger à rendre insensés ceux qui le sont déjà et qui
dirigent en pataugeant le côté matériel de cette planète.
A ce stade, vous commencez à comprendre dans tout ce qui
constitue les parties de votre être ce qu’est une attitude
traditionnelle. Vos mouvements, par leur authenticité même,
reflètent l’image d’une réalité inflexible. Il n’y a plus « mes
occupations au fourneau d’un côté puis mes activités sociales de
l’autre ». Chaque seconde de votre existence est empreinte de
l’atmosphère intérieure accompagnant le moindre geste, en
parfait accord avec la source de la vie.
Tout naturellement s’harmonise autour de vous et en vous. Le
métier que vous exercez prend une tournure traditionnelle, c’est-
à-dire qu’au lieu d’être asservi par l’énorme inertie de toutes les
tendances rentables en vogue, votre travail utilise vraiment et
pour la première fois ce que vous êtes en propre, vos qualités
latentes. Vous ne devez plus briller par identification et

208
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 209

ressembler à ce que vous faites, vous apportez votre marque de


noblesse sur tout ce que vous touchez, vous devenez
irremplaçable, vous participez à la réelle évolution du monde de
Dieu, parce qu’en étant devenu vous-même, vous avez trouvé
votre place.
Un métier traditionnel imite la nature dans son mode opératoire.
De par cette filiation fondamentale, votre métier prend un sens
sacré, car il est caractérisé par des méthodes de travail
particulières, par une gestualisation millénaire, filiale, par un
symbolisme qui lui est propre, et surtout par une forme de vie qui
en est le rituel.
Le quotidien est devenu votre cérémonial. A l’opposé se trouve la
profession moderne, où l’on peut changer à son gré, comme si l’on
n’était pas concerné au fond, et comme si par simple formation
valable pour tous d’un savoir-faire, tout travail est accessible à
chacun. Mais maintenant, en votre devenir, votre travail reflète
votre vie globale, il est une unité indivisible dans laquelle tout ce
qui vous appartient se manifeste. Vous avez détruit les décalages
de l’espace et du temps, votre intervention dans votre rythme
temporel est la même que celle des substances que vous
manœuvrez. En parfaisant l’œuvre de la Nature, vous vous forgez
vous-même à l’image de l’absolue réalité du monde. Rien n’est
étranger à la Dame dans votre mode opératoire, ni les substances
employées, ni les qualités essentielles qui sont exigées pour la
transmutation desdites substances : votre connaissance est enfin
devenue existentielle.
La connaissance d’une profession moderne se limite au savoir-
faire, lui-même enclavé dans un répertoire de conduites
réactionnelles limitées dans un ensemble quantitatif de signaux
normalisés, dans lequel « l’esprit » (...) exerce d’une manière
mécanique sa logique. Ce type de connaissance,
malheureusement généralisé partout et dans tous les corps
d’exercice, ne nécessite aucune adhésion intérieure. Le métier
traditionnel, lui, ne véhicule pas ce genre de travers.
Conséquemment, un métier traditionnel ne s’exerce pas, il se vit.
De plus, il ne peut être le privilège d’une secte - par exemple, la
franc-maçonnerie - tout simplement par le fait qu’il est dépourvu
de doctrine. A la limite, il peut revêtir les principes extérieurs
d’une corporation, mais nous hésitons à le mentionner tant ce

209
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 210

terme est galvaudé. Le compagnonnage est sans conteste une des


seules traces contemporaines de l’esprit corporatif et, jusqu’à
présent, il y réussit à merveille. Cependant, bien des
informations dont les sources sont valides nous autorisent à
avancer avec regret que cette situation ne se poursuivra pas dans
les années à venir.
Car le compagnonnage est bien dépositaire de quelques métiers
traditionnels, mais seulement dans leur façon, plus dans leur
essence : si les fondements de l’initiation accompagnant les
grades successifs sont toujours présents, ils sont devenus stériles
faute d’authentiques Maîtres spirituels. Le compagnonnage n’est
pas à l’abri, comme tout ce qui constitue la spiritualité de notre
siècle, de l’influence planétaire. Cette situation étant devenue
fixe, les chefs actuels sont en passe d’être les derniers grands, la
plupart d’eux ayant déjà adopté le comportement incident à la
carence de lumière générale, c’est-à-dire une attitude d’imitation
dont la mission fondamentale se ternit. Parce que le manque
d’élèves traduit l’identique vide d’initiés, nous craignons
l’influence catastrophique de la mode contestataire dans le milieu
: absence de tenue inacceptable voici quelques années. A notre
point de vue, il serait tout bonnement souhaitable que le
compagnonnage se délie complètement de la maçonnerie, et qu’il
chasse avec fracas les parasites.
Cependant, ceux qui exercent encore le très dur labeur d’une
activité compagnonnique ont droit aux égards dus à leur rang. Ils
ont tous indéniablement plus de valeur que les modernes, qui ne
saisiront pas même la moindre poussière de ce dont nous voulons
parler. Que ceux qui en doutent s’arrêtent dans leur course folle
aux pieds de la plus humble statue de pierre qui habite l’église
perdue des campagnes, qu’ils se saisissent du burin, du marteau,
et qu’ils tentent seulement de restaurer l’œuvre, ils
comprendront immédiatement de quoi il s’agit.
Toutes ces constatations nous amènent à envisager le paradoxe
suivant : le caractère d’élite du métier traditionnel pourtant
apanage des simples. Il ne cultive pas l’élitisme, parce que nous
avons dit qu’il est dépourvu d’influence doctrinaire. Par contre, le
patient apprentissage ne peut mener qu’à une situation d’élite,
s’adressant lui-même à l’être de l’individu, à ses qualités
intrinsèques. Et si les manières de faire, d’exécuter, paraissent

210
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 211

complexes au point d’induire hâtivement la pensée élitiste, ce


n’est pas par le fait de ce qui les constitue.
« Elite » et « cultiver l’élitisme », encore une lourde confusion
appartenant aux communistes et à tous ceux qui érigent les
catastrophiques révolutions, dont le caractère primitif n’a d’égal
que l’esprit destructeur qui les anime. Evidemment, la tendance
générale et gauchisante de l’Europe ne peut générer dans nos
méditations la plus infirme participation ; nous ne trouvons pas
spécialement intelligent les actes dits révolutionnaires consistant
à détruire les œuvres d’art qui ont été élaborées avec tant de
douleur. Ici, la confusion consiste à choisir un prétexte
particulièrement significatif des petites gens du point de vue de
l’ego - par exemple induire le faux sentiment d’injustice sociale
alors que l’on refuse l’excès de travail - et de le faire passer dans
les actes en désignant à la bande d’illuminés la cible à démolir,
parce que, tout à fait indépendamment, les tenants sont envieux.
Que l’on m’explique pourquoi Staline, pour ne prendre que celui-
ci, envoyait les commandos de choc pour « assainir » une
situation houleuse dans le pays ? Sachant très bien ce qu’il
faisait, ce criminel, sous les prétextes dits révolutionnaires, n’a
laissé sur son passage que viols, tueries et horreur.
Ce sont ces mêmes qui décrétèrent l’inutilité des Vierges dans les
chapelles, ainsi que des bons prêtres qui les animaient. Et, par
dessus le marché, nos propos seront qualifiés d’impérialistes.
Pauvres peuples placés sous la botte rouge, miséreux êtres
traqués, ne pouvant plus prier, ne trouvant ni creuset ni charbon.
En URSS, le silence, c’est la peur, le découragement et le vide
d’espoir.
Bien entendu, « cultiver l’élitisme » entre dans les agissements
opposés et tout aussi hideux du fascisme. Lui non plus ne peut
recueillir nos suffrages pour des raisons au fond identiques.
Qu’ils soient noirs ou rouges, les drapeaux de ces peuplades
retombées à l’état primitif sont au-dessous de tout, étant
responsables tous deux du meurtre de la Tradition. Ces
bourreaux, en majorité tous épais, parce qu’ils n’aperçoivent pas
autre chose que le boire, le manger et la jarretière, perpétuant
ces habituelles manies du ventre, ne peuvent saisir l’ombre d’une
pensée traditionnelle. Ils ne verront jamais pourquoi, par

211
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 212

exemple, l’instrument efficace d’un métier noble réside bien plus


dans ce qui est caché, que dans le visible. Ils ne pourront jamais
comprendre que l’état lamentable dans lequel se trouve leur «
intellect » est dû à de vulgaires métabolisations bestiales les
rabaissant, sans espoir de retour, au niveau de l’animal. Pire, ces
individus s’imaginent réfléchir, organiser, alors qu’ils ne font que
contraindre, comme les bêtes.
Un métier traditionnel est témoin, lui, de la démarche du dedans.
Les objets qu’il crée portent le sceau intime des lois du cosmos,
étant par là fidèle témoin d’une transmission initiatique sans
faille.
Restons dans la quête et, pour quelques lignes seulement,
élargissons son exploration, afin de respecter ce qui a toujours été
l’âme de l’Occident. En effet, à l’image de notre chevalerie, en
regard de laquelle j’invite votre être à renouer pour l’essentiel,
notre antisoviétisme est loin, comme le nargueraient les traîtres,
de pouvoir être qualifié de « primaire ».
Je vous adjure de vous représenter la situation générale de
l’Europe, et vous comprendrez combien, plus que jamais, notre
chevalerie doit sortir du cadre de la spiritualité, pour déployer,
sur le terrain, son esprit ancestral. Que l’on entende bien mes
termes, car l’Occident est en éminent danger, mis aux enchères
aux puissances de l’Est qui, par de nombreux moyens, préparent
sans que vous vous en rendiez compte son intrusion diabolique.
Car c’est par l’instauration de structures parallèles très stables, à
l’aide des syndicats extrémistes français, que les schémas sont
déjà mis en place à la base de l’appareil de production nationale.
Bien évidemment, ces félons et les faibles qui les imitent
clameront à tous vents que leur action n’a rien de prémédité, ni le
moindre rapport avec l’hégémonie soviétique. Et pourtant, les
renégats tirent les mobiles de leurs plans des mêmes sources
marxistes que les bolcheviques. Mais, s’appuyant sur leurs luttes
souvent fondées par l’exagération d’une caste bourgeoise, ils vous
égorgeraient si vous les traitiez de faux, eux dont l’esprit prend
assise sur les trop nombreuses injustices dont ont été victimes
des êtres sans défense. Ils croient qu’en attaquant le
communisme, nous refusons de participer à leur peine légitime.
Point cela, puisqu’ils se leurrent, ayant été récupérés à la base
par une poignée de fous qui siègent au Kremlin et qui, sans cesse

212
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 213

rabâchant les souvenirs, restent fidèles à leur erreur. Lourdes


conséquences seront bientôt vécues par ce leurre et, face à cela, il
est grand temps que les âmes pures s’unissent et préparent la
contre-offensive. Que ceux qui sont prescients m’écoutent : ce
n’est pas la force qu’il faudra opposer mais, comme le code de la
chevalerie l’exige, la foi. Seulement devant la foi, ils seront
désarmés. Il est nécessaire, tout comme eux mais différemment
dans l’esprit, de former des troupes particulièrement préparées.
Prenez garde, chaque jour une nouvelle d’apparence anodine
tombe dans l’information courante. Tel jour ce sera l’annonce de
l’expulsion de deux cents espions, tel autre la confirmation de «
source sûre » que trois mille hommes d’élite sont spécialement
entraînés dans des camps bourrés de décors simulant l’Occident,
tel autre encore ces véhicules lourds bondés d’appareillage
électronique, etc... et tant d’autres faits pour lesquels je vous
demande une simple répertorisation.
On vous fera croire que tout cela n’a aucun rapport avec la « lutte
des classes ». Ce que ne comprennent pas les occidentaux, trop
logiques, trop cartésiens, c’est que les bolchéviques, dans chacune
de leurs actions, jouent toujours sur deux tableaux : l’un officiel,
l’autre complètement différent, sous table. La veille, on
s’embrasse devant des millions de téléspectateurs ; le lendemain,
on envahit la Tchécoslovaquie. La veille, on annonce telle
nouvelle, le lendemain, les dauphins l’infirment partout, dans
toutes les couches de la base.
L’analogie est frappante avec les communistes français, blancs au
grand jour, noirs sur le terrain. Et si vous le leur rappelez par
des événements, ces staliniens vous sortent leur programme,
vous traitant grossièrement parce que vous auriez oublié ces
centaines d’enfants morts dans les mines. alors que la
psychologie dynamique de leur action est autre. Cette dysfonction
est pour nous incompréhensible, elle n’a aucun lien logique et
c’est pourquoi elle est efficace. Seuls des êtres éveillés
s’aperçoivent de cela.
La voici, la véritable arme idéologique de la monstruosité
communiste : l’illogisme, qui autorise le grossissement des
troupes d’adorateurs, tout en faisant passer la pilule des goulags,
des invasions, des espionnages, de l’oppression. En face de cette

213
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 214

arme, il faut en opposer une toute aussi puissante, capable de


détruire cette apparente homogénéité. Cette arme, ce sera la
formation de gens croyants et éveillés, eux aussi entraînés
comme leurs troupes, en grand nombre.
Rappelez-vous. Souvenez-vous des actions terroristes patronnées
par l’Union Soviétique, méthodes offensives une fois de plus très
efficaces : on casse la stabilité d’une nation en démantelant d’une
manière disparate ses maillons. Les soviets dirigeants savent que
l’Occident s’est endormi, alors ils frappent par petits coups, que
vous oubliez quelques jours après et qui suffisent à déstabiliser.
C’est la guerre de l’ombre, et une contre-offensive de masse est
illusoire. A procédés de traîtres, armes idoines. Les commandos
d’élite devraient d’abord faire disparaître couardement toute
trace de soviétisme sur le territoire, officieusement, lâchement,
comme eux agissent, pour s’infiltrer plus tard dans leur immonde
état afin de créer une pagaïe sans précédent. Mais nos gens
dorment. Ils préfèrent consommer le dernier drink « relax » à
l’entraînement. Le réveil sera dur, très dur.
Je le répète, rappelez-vous le terrorisme. Par exemple, ce 3
Février 1976 au matin, à Djibouti, ce car d’enfants arrêté par des
terroristes somaliens. Le G.I.G.N réussit à les abattre tous et,
après examen, l’un d’eux était blond ; on découvrit qu’il était
soviétique et qu’il dirigeait toute l’affaire, en parfait accord avec
la Somalie, pays qui a installé une base d’entraînement spéciale
à Kismayu. Souvenez-vous de la rue des Rosiers : les armes
étaient soviétiques. Et tant d’autres, je vous le dis, quand bien
même ces rats me traiteraient de tout, le réveil sera dur.
Préparez-vous ! Formez-vous, formez d’autres frères. Entraînez-
vous aux exercices de commando, au tir d’armes à gros calibre,
aux techniques de lavage de cerveau : croyez-moi, l’Alchimie
peut vous mener là aussi, à servir la quête. Soyez et restez
vigilants. Que les fidèles lisent les textes de Soljenitsyne.

Paul est moine. Je l’avais connu douze ans auparavant, lors de


mes premières questions sur l’ésotérisme. Nous nous
rencontrions banalement jusqu’au jour où je constatai en moi-

214
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 215

même la nécessité de le voir plus souvent et de mieux l’écouter.


J’avais éprouvé cette faim à l’époque de mon départ du
laboratoire de physique et là, ce fut mon premier contact avec
l’impossible réel.
Donc déjà ami de longue date, Paul était le seul confident à qui je
pouvais tout dire. Il me voyait à chaque fois que ma vie changeait
vraiment.
Alors, un jour de Mars 19. .
- Tiens ! Te voilà, toi. Content de ta visite ! Quoi de neuf ?
- Bonjour, Père Paul. Je viens pour ...
Ne me laissant pas continuer
- Oh ! quand tu m’appelles « Père Paul », c’est grave ...
-Oui ...
- Alors mon petit, comme d’habitude : Paul tout court.
- Rien ne va plus, Paul. Rien.
Silence ... Il me prend par le bras, m’entraîne dans son pas qui je
le sais nous mène dans les endroits les plus reculés de la clôture.
Dès les premiers mètres, il cherche à me mettre à l’aise en
débitant des lieux communs, comme s’il n’avait rien écouté tout à
l’heure. J’en eus vite assez
Paul, je voudrais vous dire mon angoisse, mais je ne sais pas
comment m’y prendre ...
Lui, du tac au tac
Personne ne te demande de t’y prendre d’une certaine façon. Ce
que tu diras en t’y prenant comme ci ou comme ça n’a aucun
rapport avec le fond de ton problème. Alors, pour l’instant tais-toi
et aide-moi donc à nettoyer la grille de la rivière.
En pleine forme, Paul. Comme si je ne l’avais pas quitté la
dernière fois. Un peu désorienté par sa lucidité, je pris d’une
manière soumise le râteau et grattai. Au bout d’un moment,
après qu’il eût tiré un bon tas d’herbe
- Regarde ces salamandres ...
Retourné à nouveau dans ma rengaine intellectuelle du «
problème à résoudre », je répondis par un vague grommellement.
Mmm... Lui

215
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 216

Tiens, attrape celle-ci, vite !


Mais Paul, j’en ai rien à fiche de vos salamandres ! Je ne viens
pas vous voir pour nettoyer la rivière ! et puis je ne ...
Il me coupe
- Ce que tu m’as dit la dernière fois sur ton souhait d’approfondir
l’Alchimie, c’est de la fumisterie. Si les salamandres ne
t’intéressent pas, va voir ailleurs : c’est la seule période de
l’année où elles sont visibles aussi facilement.
- D’accord Paul, mais vous ne sentez pas que ...
- Je sens que tu dois voir tes salamandres. Attrape, misérable !
Il m’en jette une sur les mains. Je la coince et me retrouve là,
hébété, avec la bestiole grouillante. Vif retour à la rivière.
Regards. Enfin, un éclat de rire général. Délivré. - Tu es
mortellement sérieux, mon pauvre. Trop. Ça va t’étouffer. - Pff ...
dans ce milieu scientifique : c’est la guerre en pantoufles. - Tu
parles de ton travail, si l’on peut dire ... Bien sûr, ces recherches
en physique ne sont pas pour toi.
- Quoi alors
- J’attends que tu me le dises.
Mais Paul, je ne sais pas ...
- Si tu sais.
Mais non, pas du tout !
- Pas encore .. .
Il bifurque d’un seul coup à sa gauche, gravit subitement un
monticule. Je le suis en courant. arrive essoufflé. Il était assis sur
un tronc abattu, parfaitement calme, les yeux scrutant l’horizon,
comme s’il était là depuis deux heures.
Assieds-toi ...
Est-ce que je . .
Tais-toi.
Je regardai avec lui. Visiblement, il attendait quelque chose. Au
bout d’un quart d’heure qui me parut hivernal -j’allais éclater - il
chanta doucement

216
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 217

- Calme-toi. Les oiseaux gazouillent maintenant. Nous sommes


insérés dans la vie de cet endroit, tu peux parler ...
Du coup, je n’avais plus rien à dire ! ... Son regard se tourna vers
le mien, et encore plus malicieux
- Tu me bafouillais tout à l’heure que tu n’es pas venu pour rien,
monsieur, alors, j’écoute.
Son ordre me paralysa. Ce n’est pourtant pas possible : je ne suis
pas venu pour aboutir là. vide de ce que j’avais cogité pendant
des semaines ! Lui, devinant, les yeux perdus vers l’horizon, me
dit d’un trait
- Tu t’es construit une montagne de questions illusoires. Tout le
monde autour de toi, prisonnier du même piège, t’y fait croire. En
réalité, ces questions ne te concernent pas. Quelque chose en toi
le reconnaît : c’est ce que tu viens de me dire. Maintenant, on
sait, passons à autre chose.
J’étais atterré. Il avait vu juste, d’un seul coup, et il faut passer à
autre chose .. .
A quoi, Paul?
Tu le sais bien, à quoi ! Maintenant que tu laisses tomber ton
labo, que vas-tu entreprendre ? Je ne vois pas ...
Ça a un rapport avec les salamandres ...
Quoi ? ! Que voulez-vous dire ?
Tu as une tête encombrée d’inutile et en réalité tu ne sais rien
faire de tes dix doigts.
Piqué au vif, moi, jeune chercheur, ne rien savoir faire de mes dix
doigts ... Tellement vexé
Vous qui êtes moine, vous priez, vous écrivez, que créez-vous
d’autre ?
Tu persistes à débiter dans ton système rationnel. Il te piègera.
Tu dis ce que tu vois de nous, mais tu ne sais pas ce qui se
réalise. Nos gestes sont la conséquence d’une attitude intérieure,
d’un choix. Toi, tu ne l’as pas regardé en face, le choix de ta vie.
Tu travailles, tu vis avec les gens sans savoir ce qui t’unit à eux

217
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 218

et sans les connaître. Tu appelles cela ton destin, mais quelque


chose en toi crie que c’est faux. Seulement, comme tous tes efforts
refusent d’être qualifiés d’inutiles, tu t’opposes à ce cri. Mais,
comme il se terre au plus profond de toi, tu as des problèmes.
Maintenant tu ne supportes plus de vivre dans cette lâcheté, tu
te réveilles ...
Timidement
Qu’est-il votre choix ?
Me désignant le cimetière
Tu nous crois assez fous pour entrer par cette porte et sortir
cinquante ans plus tard à deux cent mètres de là pour rien ? Non,
tu vois, un jour, ici, j’ai entendu quelque chose. Comme toi,
maintenant. - Ça m’agace, vos « quelque chose », vos « attitudes
intérieures », votre choix et votre langage imprécis. Je n’ai pas
l’intention de devenir moine.
- Tu, tu ... Tu .. Toi et tes ... Il se mit à chanter un petit air avec le
vent. Puis, comme changé par ce petit air de fête, il prit une fleur
sans la cueillir et lui parla :
Frêles sueurs,
qui dansez dans le vent, ah ! oui, sachez que Dieu vous aime.
J’étais seul et triste
dans un coin de moi-même ; la lumière est venue, l’amour m’a
ébloui.
Il continua
Pour moi, c’est passé par là. Pour toi, c’est certainement différent
dans l’aspect extérieur, mais au fond, la démarche reste la même
: celle de l’écoute.
- Mais écouter quoi ? !
Et si tu taisais un peu ... Et si dans ta tête, ça ne parlait pas.
Sans cesse ton langage intellectuel échafaude des modèles qui se
prennent pour ce qui est au-delà d’eux-mêmes. Ces modèles n’ont
aucune résonance en toi. Tu les as adoptés un jour, comme les
autres. Ce jour-là, tu t’es enchaîné. Oublie-toi ! Ne t’inquiète donc

218
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 219

pas : ce que tu es te porte, tu ne vas pas t’écrouler comme ça ...


Lâche donc un peu.
Lâcher quoi, Paul ?
Mais bon sang, justement cette question !
Comment ?
- Pas de comment ! tu ne vis pas, c’est ta question sans
fondement qui usurpe ta vie. Ecoute .. . Ecoute ce silence, écoute
ton cri. Toi, dans cette attitude intérieure, comment te sens-tu,
comment t’appelles-tu ?
Avec beaucoup d’hésitation
- Je ... petit ... l’impression d’avoir matraqué ... ça saigne, vibrant
.. . - Chut ...
Long silence. Je le retrouvai tout priant, extraordinairement
limpide. Lui était absent, une autre présence diffusait, éclatante
d’ouverture, de tendresse, de pardon. Son regard, comme
téléguidé, croisa le mien. Le choc fut inouï.
Les larmes.
C’était musical, léger, joyeux, solitaire, tel l’amour. En pleurant,
je parlais comme ce gosse retrouvant ses parents après un
cauchemar. Des phrases découpées, grossières, où je mêlais les
souvenirs, le dégoût de moi-même avec mes erreurs. Lui, posant
quelques questions discrètes, orientait. Les années perdues,
l’âme retirée, les problèmes inutiles, tout était réduit à sa plus
simple expression, d’une clarté d’Eden.
Bien sûr, il y eut d’autres entretiens avant ce choc. Mais jamais
l’aboutissement n’avait été aussi culminant.
Quinze jours plus tard, je donnai ma démission officielle au
laboratoire et, comme par un enchantement qui avait réorganisé
la perception que j’avais de mon enfance, un métier traditionnel
me choisit.
Pour les autres, j’étais devenu fou. Dès cette décision irrévocable,
tout avait changé, depuis le travail lui-même, jusqu’aux
conditions de vie, en passant par ceux avec lesquels j’avais vécu.

219
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 220

Cette transition a été douloureuse : un trou noir, la solitude


totale, sans retour possible. Paul m’avait prévenu, c’était ma
réparation. Jusqu’à l’encontre de ceux qui étaient déjà de l’autre
côté .. . Merci mon Père.

L’exil volontaire est l’étape philosophique qui concerne


l’extraction du Sujet de la mine. Vous me permettrez, à l’image
des Anciens, de ne pas citer nommément la toute matière
première, bien que nous sachions que vous en connaissez la
dénomination précise. Il ne s’agit pas de nous plonger
maintenant dans le faux prétexte du secret dont se gargarisent
les maniaques. Attitude qui n’est pas dans nos comportements,
nous préférons toutefois taire le nom moderne par simple respect
pour la Dame, par la notion sacrée qui s’y niche et,
indépendamment de ce qu’en pensent les cupides, pour ne pas
tomber dans la réelle vulgarité.
Car la rencontre avec le Sujet est rituelle. Nous allons vers le
Sujet, l’esprit ouvert, humble et priant. Ce placet est, comme tous
les niveaux d’intégration à l’Art, une évidence qui se joint en
votre intériorité par nécessité. Vous éprouvez, à l’issue de la
fusion des degrés précédents, une faim inextinguible de vous
mettre en route pour quêter la minière. Tout en même temps, les
premiers tracas accompagnent vos investigations. D’abord vos
enquêtes verbales - où trouver, quelle qualité, la quantité
pondérale puis les contacts souvent difficiles avec le milieu
minier, qui n’a que faire de l’Alchimie.
Fréquemment, le volume créé par ces soucis vous font perdre
courage, vous orientant vers les rémittences ou, plus grave parce
que dynamisé par la hâte, vers des solutions à la godille du type
industrielles, oubliant que tous les philosophes, durant tous les
siècles, rencontrèrent cette épreuve. Que vous demeuriez en
Belgique, en Italie, en Hollande, en France ou ailleurs, vous devez
partir rechercher le Sujet. Non seulement je vous en donne
l’ordre, mais j’exige que vous que vous entrepreniez durant cette
probation, sur la même route, un pèlerinage en bonne et due
forme.

220
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 221

Je ne vous autorise pas à interpréter ce qu’écrit Fulcanelli dans


Les Demeures Philosophales à propos de Nicolas Flamel et de son
pèlerinage. Vous n’êtes pas Nicolas Flamel et s’il pouvait se
permettre d’envoyer un commissionnaire pour surprendre le
Sujet dans le gîte, vous êtes loin d’égaler sa valeur spirituelle.
Pas question de dire « le pèlerinage de Nicolas Flamel est
mythologique, je puis donc m’en passer », ignorant tout de la
réalité et n’ayant rien compris à son œuvre.
Rendez-vous sur les lieux d’extraction et, avant de recueillir le
spirituel minéral, marchez aller et retour jusqu’au lieu saint le
plus proche : la Providence vous réservera votre pierre de touche,
votre douleur. Que cela soit distant de dix ou de trois cents
kilomètres, prenez le bâton, la pèlerine et en route, le livre de
psaumes à l’autre main. Vous n’êtes pas dispensé, vous n’êtes pas
exempté, aucun prétexte n’est recevable aux yeux de la Vierge.
Marié ou non, un ou cinq enfants, situation sociale solide ou
précaire, jeune ou plus âgé, homme ou femme, vous devez
mobiliser le temps requis et l’offrir à la raison d’état alchimique.
Vous ne soupçonnez pas ce qui vous sera donné par l’entremise
de votre premier vrai effort. Sacrifice tout en étant également
l’enseignement lui-même, cette confrontation entre la routine de
votre vie et les rythmes sacrés de la Nature génèrera les
substances requises à la compréhension du deuxième œuvre, qui
sont simplement mises à l’abri durant le premier. Si vous
outrepassez l’impératif, vous vous réveillerez dans une immense
douleur dont le trait caractéristique est la stérilité : vide, vous
serez vide comme de vieilles peaux dont l’air de la vanité qui les
enflaient fuit par les pores de la vaine gloire.
Payez d’abord de votre personne, avant de demander, toujours.
Vous n’avez aucun droit, aucun privilège, aucune supériorité.
Vous avez tout juste le droit de vous taire et de vous mettre en
route, ce qui est déjà considérable. Vous devez, pour l’initiation,
amasser les valeurs prescrites en vivant une période choisie par
la Providence dans les plus basses conditions, errant de lieu en
lieu vers le sanctuaire qui vous est assigné. Il faut que vous
viviez pour la première fois de votre vie la sensation animique de
faim, de soif, de fatigue réelle. Le pèlerinage vous placera en de

221
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 222

justes conditions pour que vous rejoigniez votre authentique


valeur humaine.
Vers chez nous, en Auvergne, nous avons d’innombrables gîtes
placés tout comme les maillons d’une chaîne entre Brioude et
Massiac. Fermés en quasi totalité, il faut bien connaître les lieux
et, à l’aide d’autorisations diverses, gratter pour la provision
définitive. Ces autorisations sont obtenues avec patience et
amabilité, auprès des ingénieurs responsables du secteur au
B.R.G.M. ( Bureau de Recherche Géologique et Minière ), dont les
adresses se trouvent facilement selon les régions concernées. A
l’étranger, il existe certainement l’équivalent, mais il n’est pas
certain que les lieux regorgent du Sujet. Chaque contrée a ses
mines, ses coutumes, et il est bon de requêter patiemment auprès
des anciens, aidés des cartes d’Etat-Major très précises qui vous
attendent dans toutes les grandes librairies, ainsi que les cartes
géologiques complètes.
Autant je me suis permis d’appliquer le droit d’aînesse envers
vous relatif aux recommandations qui accompagnent la recherche
du Sujet, autant je vous imposerai une grande prudence lors de
vos incursions dans le trou. Ne soyez jamais seul, disposez
toujours des autorisations légales, armez-vous de matériel léger
mais efficace comme piolets, cordages de grimpée élastiques,
grands sacs, casques, lampes sérieuses et ... masque à gaz : les
veines dégagent d’innombrables gaz très nocifs qui peuvent vous
tuer comme une mouche en quelques secondes. Même dans un
gîte en exploitation, vous recevrez les recommandations
précédentes et si, par bonheur, la Providence vous désigne pour
descendre au fond avec les mineurs, n’hésitez pas une seule
seconde, dussiez-vous adopter un comportement complice vis-à-
vis de certaines habitudes sorties tout droit du goulot dont les
ouvriers font abondant usage, pour trois heures seulement. Ici,
nécessité oblige, l’identification est temporairement permise pour
faciliter le dialogue avec un type d’individu souvent brutal.
Mais auparavant, laissez donc outils et ustensiles de cognée et en
route pour le lieu saint.
Un pèlerinage s’effectue à pied, non pas en charter ou en
automobile. En outre, le portefeuille doit être plus dégarni que
rassasié de beaux billets, l’habillement strict et, à la grâce de la

222
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 223

Providence ! Il est question ici de réintégrer le temps biologique


en adaptant à l’aide d’une intensité suffisante, vos rythmes de vie
à ceux de la Nature. Seule cette concordance vous offrira la
résurrection à l’écoute intérieure demandée lors des
manipulations au four.
Le lieu saint le plus près de chez nous est Rocamadour. Hardi
donc pour le périple, deux cent cinquante kilomètres aller et les
mêmes au retour. Vingt quatre jours au total, seulement un sur
place, tout entier consacré à la prière auprès de la Vierge Noire
qui accueillit en son temps le Bienheureux Raymond Lulle.
Premier jour, vingt-cinq kilomètres, une auberge où l’on m’offrit
la soupe en sus du frugal menu, « par tradition » a dit la brave et
forte femme. Deuxième jour, idem et, le troisième, une tendinite
au genou droit. Bâton remplissant son office de canne oblige, le
lendemain cette tendinite gagnait la jambe gauche. Un véritable
calvaire, deux boules grosses comme des neufs de poule
siégeaient aux mollets. Le soir, après de longs massages, le
sommeil daignait venir pour, le jour suivant, faire place à plus de
souffrance encore. Une bonne heure était impérative pour
seulement placer un pied devant l’autre. A l’évocation de ces
souvenirs, le sourire chasse les nombreuses larmes versées
durant le périple. Pleurer de douleur mes amis, vraiment, sans
l’aide de personne, loin de tout, seul mais, au plus profond du
cœur, l’indicible espoir ...
Arrivé aux pieds de la Vierge Noire, il fallut gravir auparavant
les quelques centaines de marches qui mènent à la chapelle. A
genoux, tant je n’en pouvais plus, « comme au bon vieux temps »
me souriaient les pierres millénaires au beau milieu de citadins
qui se retenaient de téléphoner à la maison de santé du coin. Peu
importe, durant cette ascension qui dura deux heures, je vécus
comme jamais je ne pourrai le décrire. Ah ! Savez-vous ce qu’est
la misère, être au fond de soi, ne plus rien se représenter et,
surtout, l’absence de considération ?
L’instant d’avant, celui où j’entamai la pente qui mène au
sanctuaire, fut couronné d’une inexprimable grâce : en cheminant
vers les toutes premières bâtisses flanquées là depuis des
centaines d’années, un curieux personnage en surgit et, l’air
parfaitement sûr de lui, m’accueillit les bras ouverts en croix.

223
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 224

- C’est vous, enfin !


(j’étais médusé )
- Venez fils, entrez, je vous prie.
Il m’offrit le gîte et le couvert une bonne heure tout en me tenant
le langage suivant en substance.
- Vous êtes le ... à vous rendre en ce lieu. Merci, merci d’être venu
malgré tout. Il faut que je vous dise quelle est ma tâche. ( En me
montrant un gros livre ancien) Rocamadour est un des cinq lieux
saints qui accueillent les alchimistes en France. Savez-vous, le
Graal y a séjourné. Son esprit vous attend. Allez vous recueillir
aux pieds de la Dame et vous recevrez par les Pères ce qui vous
est dû après tant d’efforts. Vous savez déjà prier, je le vois, alors
abandonnez-vous en oraisons dans la chapelle, et la porte
s’ouvrira ...
Je ressortis de chez lui comme fou, lui ayant laissé, sur sa
demande, le bâton qui me soutint durant tous ces kilomètres,
n’éprouvant plus aucune douleur. Trois cents mètres plus loin,
aux toutes premières marches, un coup terrible se fit sentir net
derrière les genoux ; le mal revint plus fort encore
qu’auparavant. Paralysé sur place, stupéfait, amoindri
instantanément, j’entendis sa voix « montez donc, fils, montez, je
vous en prie ».
Je sais que certains iront à Rocamadour sur les traces de
Solazaref. De même quelques autres psychologues prétendront
que les phénomènes semblent grossir après un temps de
privation. Tous se trompent, je vous le dis, pour avoir ramené de
ce lieu sacré - et vous trouverez chacun le vôtre si vous êtes
appelé - le plus beau des cadeaux que la vie m’ait donné sur cette
terre, que les sincères pressentent déjà à la lecture de ce traité.

224
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 225

Vous pouvez vous figurer sans peine combien fut indescriptible


ma joie de retrouver l’Athanor. J’avais l’impression d’être
rebaptisé. Il me semblait avoir vécu auprès du fourneau
d’innombrables années, comme si je savais déjà. Sur le chemin du
retour, j’allai me recueillir sur la tombe de mon père, mon très
cher père, puis, à proximité de Clermont-Ferrand, je fis un détour
vers l’hôpital général pour donner une graine d’espoir aux
pauvres vieilles gens malades et autres gueux de cette société
sans âme.

225
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 226

L’Athanor, catalyseur essentiel, maintenant devenu


spirituellement opérant alors qu’il était endormi, rayonne d’une
énergie sans cesse rémanente, d’une douceur puissante. Il est
devenu, à la place d’un four familier, l’endroit où l’espace et le
temps se contractent, se dilatent, neuf dans lequel les portes
s’ouvrent vers le monde, cœur parallèle exactement calqué sur le
vôtre.
L’importance des tout derniers termes est la plus haute. Nous ne
pouvions intercéder en la faveur de tous les articles de La Tourbe
N° 19 et 20, relatifs aux athanors. Sans retirer quoi que ce soit à
nos écrits de l’époque, il est essentiel d’approfondir la question
par les présentes révélations, dont nous rappelons qu’elles sont
adressées à nos disciples.
Nous avons examiné au chapitre précédent deux utilisations de
l’enceinte du fourneau en rapport avec les dimensions sacrées.
Nous avons également tenté d’expliquer pourquoi l’Athanor ne
doit pas changer de place, ainsi que le fait qu’il repose le plus
près possible du lieu dans lequel vous dormez, sinon à l’endroit
même. Et, en dehors de la construction dont nous avons donné la
pochade dans les chroniques philosophiques de 1983, il nous
reste à approfondir le problème du choix du combustible.
Bien qu’ayant également donné des précisions sur ce point,
dévoilons maintenant l’équilibre entre les diverses sortes de
combustion. Avançons d’emblée et tout net que le gaz ne doit pas
être utilisé au delà du deuxième œuvre - remplacé par le charbon
-, mais que par contre il est vivement recommandé au premier
œuvre ... De plus, les débutants auront avantage à l’employer
dans un petit four d’essai, qui suffit en général les dix premières
années de pratique assidue et qui laisse sa place, à ce terme où
vous devenez artiste, à l’authentique Athanor bâti sur dalle.
Dans ce cas, une enceinte polycombustible est à envisager,
surtout pour les nouveaux, qui ne sont pas prêts de se dépêtrer
des démêlés qu’apporteront les prochaines années avec les ennuis
d’énergie dus à l’irresponsabilité de la plupart des dirigeants
politiques.
En effet, nous ne cachons pas aux futurs chymistes que le monde
va connaître de nombreuses difficultés qui auront une incidence
directe sur le stockage de l’énergie. Que cela soit essence, fuel,

226
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 227

gaz, charbon ou électricité, il vous sera, à cause de querelles


internationales, impossible d’emmagasiner une quantité
suffisante du combustible de votre choix; même le bois
engendrera des attitudes processives sans fin dans un système où
la loi sera interprétée par des sortes de shérif de banlieue. Il
faudra impérativement vous cacher pour cuire, car les gens,
réduits à la bestialité, n’hésiteront pas à vous voler, voire pire,
pour s’emparer de votre précieux feu. Ce ne sera pas la première
fois que les labourants seront placés dans une situation critique,
l’essentiel restant la quête et la discrétion.
L’Athanor polycombustible pose les subtilités techniques qui
définissent les variations dimensionnelles. Effectivement, parce
qu’un combustible est différent d’un autre, c’est-à-dire qu’entre
eux leur PCI ( Pouvoir Calorifique Inférieur) varie selon l’espèce,
les grandeurs des ouvertures de cheminées, de carnaux, de
portes, varient similairement alors que celles de l’enceinte
restent fixes. Voici à ce titre quelques PCI courants, exprimés en
Thermie par kilogramme pour les solides, et en Thermie par
mètre-cube pour les gaz à la pression normale.
( 1 Th = 1000 kcal )
Produits PCI en Th/kg ou Th/m3
gaz oil 9,98
fuel domestique 9.95
fuel léger 9,76
fuel lourd 9.65
gaz lacq 8,76
gaz propane 21.91
gaz butane 28.65
gaz ville 3,7
gaz naturel 8,1
anthracite 6.9
houille 6,2
boulet 4,2
boulet russe 9,5

227
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 228

Cela veut dire qu’un kilogramme de fuel léger, par exemple, vous
offre au minimum, dans de bonnes conditions de combustion
oxydante, 9,76 Thermies, soit 9760 kilocalories.
Nous avons expliqué dans les articles comment calculer
approximativement la quantité de chaleur requise pour tel ou tel
feu. Nous pouvons reprendre l’exemple avec le charbon - le
boulet, admettons, souvent utilisé.
Soit donc notre Athanor de briques réfractaires lourdes, dont le
volume de l’enceinte est de 21 litres : 22 cm x 35,6 cm. Son
épaisseur est de 22 cm, dont seulement 11 prennent vraiment le
feu. Les dimensions seront :
à l’extérieur ->
largeur 44 cm

longueur 49,9 cm

hauteur 57,6 cm

à l’intérieur ->
largeur 22 cm

longueur 27,9 cm

hauteur 35,6 cm
:

Volume extérieur : 126,46 dm3


Volume intérieur 21,85 dm3
Volume de briques : 126,46 - 21,85 = 104,61 dm3
Une brique de 6 cm x 11 cm x 22 cm a un volume de : 1,45 dm3
Nombre de briques utiles : environ 72 (pour la construction,
multiplier par 1,5). Une brique pèse 3 kilogrammes
Poids du four : 72 x 3 = 216 kg
(Si l’on peut peser directement l’ensemble fumisterie, ce sera plus
facile, le calcul partant directement d’ici).

228
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 229

Si l’on place un creuset avec 300 grammes de matières à


l’intérieur, on observe que sa demande calorique est négligeable
en regard de ce qu’il est nécessaire d’apporter aux briques.
La chaleur spécifique d’une brique est de 0,2 kcal/g/°C Nous
savons que la formule de quantité de chaleur est
Q + m c(T1 – T2)
Il vient où Q est la quantité de chaleur en kilocalories
c la chaleur spécifique
m le poids à chauffer en kilogramme
T1 la température maximum à atteindre, disons 1200°C par
sécurité
T2 la température ambiante 20°C
216 x 0,2 x 1 180 = environ 50 000 kcalories
c’est-à-dire 50 Thermies
Or, le boulet vous apporte 4,2 thermies par kilogramme.
En conséquence, pour monter votre athanor à 1200°C, il vous
faudra prévoir 50 : 4,2 = 11,9 kilogrammes de boulet. Comme on
évalue les pertes à 25%, il est convenant d’en ajouter 3 par heure.
Une série de trois séparations dure environ, selon les conditions
extérieures, cinq heures au total. Vous devez pour cette nuit-là
rassembler environ 27 kilogrammes de boulet. Si vous choisissez
l’anthracite, il ne vous en faudra que 17 kilogrammes, et un sac
de cinquante vous tiendra trois nuits, c’est-à-dire huit à dix
séparations bon poids.

Revenons maintenant à la variabilité dimensionnelle des orifices


qui est fonction du combustible utilisé. Comme il est difficile de
sentir ces choses lorsqu’on n’est pas accommodé au maniement
du feu extérieur, il est souhaitable que vous tentiez de visualiser
les rapports de force qui différencient les combustions. Le plus
aisé est de s’en référer au tableau des PCI, qui offre les justes
valeurs des pouvoirs calorifiques.

229
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 230

En somme, vous pouvez constater, à l’examen dudit tableau, que


si vous choisissez les comparaisons en regard du plus puissant -
le gaz butane - les autres produits peuvent être classés ainsi :
gaz butane gaz : 1
gaz propane gaz : 1,30 = 28,65 : 21,91
gaz lacq : 3,29
gaz naturel : 3,53
gaz ville : 7,74
Pour les fuels (le plus fort PCI = 1 )
gaz oil : 1
fuel domestique : 1,003 = 9,98 : 9,95
fuel léger : 1,02
fuel lourd : 1,03
Pour les charbons (plus fort PCI : russe)
russe : 1

anthracite : 1.37 = 9,5 : 6,90

houille : 1,53

boulet : 2,26

Et les plus importants entre eux :


Et les plus importants entre eux 1
gaz butane

gaz oil : 2,87 = 28,65 : 9,98

russe : 3,01

Interprétation :
- le gaz est le combustible le plus puissant, le plus compact. Par
contre, il est sujet, au niveau de ses semblables, à de nombreuses
différences. En effet, il faut 7 fois plus de gaz de ville pour
apporter l’équivalent à 1 fois de gaz butane, en volume et non en
prix.
- le combustible le plus stable est le fuel, qui ne varie que de 1 à
1,03 seulement, alors que le gaz varie de 1 à 7 et le charbon de 1
à 3.

230
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 231

- les rapports entre les plus puissants indiquent une valeur de 1 à


3, ce qui est le plus important pour ce qui nous intéresse. Mais,
pour rester dans l’intervalle de tous les combustibles, il nous faut
prendre le plus fort - butane à 28,65 thermie par m 3 - et le plus
faible - gaz de ville à 3,7 thermie par m3 . Leur rapport indique
7,74 ; cela veut dire que la dimension des carnaux d’allumage et
du diamètre de la cheminée doit pouvoir varier de 1 à 8. Par
exemple, avec un brûleur butane de diamètre 6 cm au bec et qui
débite dans une enceinte reliée à une cheminée de diamètre 150
mm, d’une hauteur 1,50 m, on aura un volume de cheminée de 26
dm3 . Le volume de la cheminée capable de tirer les gaz de ville
sera de 26 x 7 = 180 dm3 environ. Et si vous choisissez un tuyau
de 250 mm de diamètre, cette cheminée devra avoir une hauteur
de :

Choisissez d’emblée une cheminée de 20 cm de diamètre sur une


hauteur totale et hors tout ( de l’athanor au toit ) de 4 à 5 m, et
vous pourrez brûler tous les combustibles possibles, en régulant
tout simplement le tirage à l’aide d’un registre afin de l’adapter à
la fluidité de la veine gazeuse.
La porte de l’Athanor, elle, demeure identique. L’expérience nous
montre qu’avec un orifice dont les dimensions font 25 x 30 cm au
maximum, tout est permis.
Quant aux carnaux d’admission d’air - ou registre de tirage pour
le charbon ou le bois ( dont il faut prendre la moitié du PCI que
pour celui du boulet, en moyenne ), ils sont réduits à néant pour

231
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 232

un brûleur gaz, qui contient en lui sa propre admission d’air


primaire. Par contre, il faut prévoir une dizaine de fois sa surface
pour le charbon le moins chaud. Ainsi, si le diamètre à la bouche
de votre brûleur fait 40 mm de passage, il a une surface de 12,56
em2 et celle de votre registre sera de 130 cm2 environ, soit les
dimensions de 13 x 10 cm.
Bien entendu, tous ces calculs empiriques, mais qui donnent
néanmoins toutes satisfactions à l’usage, sont pensés pour un
volume d’enceinte de 20 à 30 litres utiles. Nous pourrions
approfondir ces données, afin de démontrer qu’elles sont
compatibles avec une réalité plus scientifique, mais nous les
jugeons suffisantes, preuve de leur caractère expérimental. A ce
titre et pour rassurer les sophistes, nous offrons en troisième
partie un exemple-type de résolution d’un problème spécifique à
la voie brève.
En outre, vous trouverez ci-après des plans utiles qui
intéresseront les habiles en technique. Le schéma suivant vous
montre quelles sont les idéales proportions de l’enceinte d’un
Athanor polycombustible réglable.

232
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 233

233
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 234

( prière )
Ma citadelle, c’est Dieu
Lui, Il me connaît,
Il m’a tiré du gouffre. Il est le seul
Il est comme mon père, je L’aime.

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 235

Quatrième degré
DE LA TRÈS LOUABLE OBÉISSANCE
L’obéissance est le carrefour où se brassent les plus importants
traits de la personnalité humaine, s’y dévoilant clairement,
représentant donc la seconde clef de l’édifice alchimique.
En effet, si la première étape est de quitter le monde comme nous
l’avons souligné, le deuxième écueil sur lequel bute l’aspirant est
celui de l’obéissance ; écueil, parce que toutes les fausses valeurs
de son ego s’y écrasent, se révélant et se mettant en mouvement
tout à la fois.
L’homme moderne a complètement perdu tout sens de
l’observance. Bien plus, il n’a même plus la moindre idée de ce
que cela veut dire. Il s’imagine comprendre ce qu’est l’obéissance,
de pouvoir comme avec le reste réfléchir sur cette « notion
philosophique », extérieurement, comme tout ce qu’il entreprend.
Il ne le comprend pas parce qu’il est complètement identifié à son
moi, c’est-à-dire à sa volonté propre. Il confond volonté propre et
libre arbitre car il ramène tout à lui selon ses funestes manies, il
interprète n’importe quelle notion qui lui arrive et lui donne un
sens personnel.
La seule foi du moderne est dans ce qu’il croit, ce qu’il aime, ce
qui lui procure du plaisir charnel, intellectuel ou affectif. Très
sommaires et infiniment épais sont ses raisonnements, qu’il
prend pour la vérité - du moins la sienne - lorsqu’il ne l’étend pas
des termes « objectif » ou « conscient ». Puisqu’il est absolument
identifié à sa volonté propre, comment voulez-vous qu’il
comprenne que l’obéissance est le seul moyen de lutter contre elle
? Bien au contraire, pour lui, l’observance devient alors le pire
ennemi, la chose la plus redoutable, qu’il se dépêche de
transformer -justement avec les mécanismes de sa volonté propre
- en justifications les plus fantaisistes du genre « on ne doit pas
me dire ce que j’ai à faire » qui, dans un intellect
particulièrement fourbe, se change en galipette nommée
«métaphysique » d’un style rationaliste.

235
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 236

Rien que de la fiente puante, rien que de la superbe, de l’orgueil


le plus habilement camouflé en euphémisme. Que les délicats de
la fierté ferment ce livre à cet endroit, car je vais devenir
particulièrement combatif et préfigurant. Nous ne pouvons
tolérer les déviations qui consistent à détourner, sous la houlette
d’interprétations personnelles, les valeurs les plus merveilleuses
de l’Alchimie par les prétextes débonnaires de l’ego. Et, si
précédemment la plupart nous quittait au degré de l’amour de
l’affliction, ici même, d’autres suivront l’identique pas.
Bienheureuse épuration, réintégrant les corbeaux prétentieux
qui s’étaient imaginés pouvoir toucher le manteau de la Dame
aux hordes qui animent la boulimie morbide des assoiffés de
considération.
La volonté propre est le pilier central de l’ego. C’est elle qui
représente en volume, en longueur et en poids tout votre
éloignement à l’Alchimie. Celui qui ne comprend pas cette notion
rudimentaire est tout juste bon à retourner dans le monde :
vraiment, ce n’est pas la peine qu’il se fatigue. Mieux vaut pour
lui qu’il profite des quelques années qui lui restent à vivre dans
le cosmos, avant d’intégrer la poussière. C’est à eux que
s’adressent les termes « n’es que poussière et tu y retourneras ».
Les autres, comme nous l’avons expliqué, justement par le
sacrifice de leur volonté propre, acquièrent des valeurs qui
dépassent les caractéristiques humaines ordinaires.
L’obéissance est le tombeau de l’ego, tout en étant la résurrection
de l’humilité. Chaque fois que vous obéissez, en ressentant votre
moi contrarié, vous retirez une pelle de terre de cette tombe et
vous recevez un brin d’humilité, c’est-à-dire de fusion au Tout.
Souvenez-vous que, librement, vous avez consenti à l’Alchimie.
Vous vous êtes donné à Marie. dont je rappelle qu’Elle est la
seule patronne de la Science et dont un de ses enfants est
Hermès. Hermès n’est pas un dieu, c’est pourquoi vous
observerez peu souvent ici les termes « Science hermétique ».
Voilà qui est bon pour les peuplades primitives et polythéistes.
Hermès est un maître, un très grand savant, le père de tous les
alchimistes. Mais, tout comme lui, nous n’avons qu’un seul Père,
Dieu. Nous avons souvent entendu, au cours de certains propos
dits chymiques, les invocations «nous prions les dieux ». Encore
de l’animisme.

236
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 237

Il n’y a qu’un seul Dieu, le Père tout puissant, et Marie, notre


Mère à tous, dont vous êtes le serviteur en décidant de devenir
alchimiste, que votre ego le veuille ou non. C’est par cette
servitude que vous accédez à la liberté. Imagineriez-vous la
Vierge ingrate ? Dites moi en quelles autres mains pourriez-vous
mieux vous confier et qui soient plus sûres que celles de Marie ?
Votre volonté propre est à corriger par la Vierge, comme une
mère donne une bonne correction à son gamin querelleur.
L’image n’est pas du tout puérile. Ce n’est pas parce que vous
vous nommez Untel, que vous occupez un espace social
considérable de responsabilités, que vous avez votre expérience,
que vous êtes dispensé d’ascèse. A partir du moment où vous
aspirez aux arcanes de l’Alchimie, vous formulez du même coup
une requête à Marie, et, dans une requête on est le demandeur,
on a le devoir de s’incliner et d’attendre.
Croyez-vous que la Vierge est une abstraction, puisqu’Elle a
enfanté Jésus Q en parfaite pureté ? Me diriez-vous : à qui
devons-nous obéir ? Lorsque je vous proposai de laisser votre
lubie alchimique si vous n’aviez pas intégré l’état de conscience
qui consiste à comprendre que la volonté propre est la plus sûre
prison pour vous, de même, je vous dis que si vous ne consentez
pas à la virginité de Marie, détournez-vous. La virginité de Marie
est un fait.
Vous en aurez la preuve plus tard au fourneau ... Non seulement
l’Esprit Saint a généré le Christ, en parfaite virginité, mais en
plus Elle l’est restée ! Et vous, immédiatement, vous seriez
capable de fouiner avec votre volonté propre les arguments ou les
thèses de toutes sortes, oubliant déjà que vous aviez compris que
votre volonté propre est le brouillard. Voyez combien vous êtes
stupide, en réalité esclave, pieds et poings liés. Il suffit que l’on
contredise une vague notion que vous avez acceptée une fois pour
toutes, ou que vous soyez provoqué dans vos certitudes et, tout en
étant persuadé d’avoir compris combien votre volonté propre vous
obstruait, vous vous livrez mécaniquement à sa pratique.
Mesurez combien vous êtes superbe et acceptez d’être dérangé
par mes termes. Comment voulez-vous vous débarrasser de ces
attitudes totalement mécaniques sans obéir ? En outre, puisque
vous êtes identifié à ces manies, comment voulez-vous
comprendre quel genre d’obéissance vous est nécessaire pour

237
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 238

vous en libérer ? Evidemment, une parfaite observance vous est


requise, dont vous n’êtes pas en mesure de saisir le moindre sens
dans l’état actuel de votre identification. Vous devez donc dans
un premier temps obéir comme un chien niais.
Vous ne réagissez pas de cette façon seulement pour ce que nous
répétons avec les Pères, avec la Vierge. En vérité, toutes vos
pensées sont sous le joug de cette mécanicité. Vous êtes capable
de palabrer sur la volonté propre tout en exerçant ses traits les
plus funestes, étant bien entendu certain de résoudre cette
question, alors qu’en réalité vous dormez profondément. Mais qui
vous éveillera ?
Nul avancement n’est permis sans un maître. Bien des personnes
s’imaginent pouvoir évoluer sans un instructeur, par elles-mêmes
ou simplement en se regroupant. Aucun travail sérieux de groupe
n’est possible de cette manière, bien au contraire, le résultat ne
peut être que négatif.
Bien que vous pensiez avoir une notion de ce qu’est l’Alchimie,
vous êtes loin d’en saisir le moindre principe. Tout ne dépend
actuellement que de vos certitudes, bien ancrées au fond de votre
ego. Peut-être même que l’une d’elles vous commande fièrement
d’être alchimiste. Vous n’avez pas idée de ce qu’est une vie de
chymiste, et cela ne peut pas vous être expliqué sans que vous
avez atteint un niveau de compréhension dont l’obéissance est le
chemin unique. Vous ne pouvez pas approcher votre but qui est
l’Alchimie, en réalité, sans avoir compris quel est le but de votre
maître, parce que vous avez d’innombrables idées fausses sur
l’Art, alors que votre maître sait de quoi il retourne exactement.
De plus, à cause de l’état cristallisé de vos identifications, je peux
vous affirmer que le but de votre maître ne peut même pas vous
être expliqué au commencement, parce que vous l’interpréteriez
tellement que vous ne seriez pas en mesure de vous mettre en
route.
S’il vous semble facile de vous voir vous-même en ces termes
relativement aisément, vous n’êtes cependant pas capable de
vivre seul cette constatation suffisamment longtemps pour qu’elle
soit opérante. Il vous faut bien comprendre que l’obéissance naïve
est votre unique ressource, non pas parce que la Dame vous le
demande - Elle qui n’a besoin de rien - ni parce que vous tombez

238
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 239

sur un genre de « gourou » maniaque qui n’a que sa libido en


exutoire, mais à cause de votre faute. Vous avez donné à vos
certitudes de nombreuses années, une quantité considérable de
confiance et d’abandon, croiriez-vous qu’en un seul coup de
conscience il vous est permis d’avancer ? En agissant de la sorte,
vous avez accumulé des milliers de toxines qui sont stockées dans
votre sang, dans vos organes, qui ont même pu remplacer
certains de vos tissus dans leur organisation cellulaire : vous êtes
l’édifice même de toutes vos permissivités. Seule une patiente
démolition, suivie d’une reconstruction habile, juste et mesurée,
pourra vous libérer en un être qui a un but. L’obéissance est cette
médecine, surtout lorsqu’elle est exercée avec discernement et
souveraineté.
Mais voici qui est plus vite dit que fait ... car la mise en marche
de l’attitude d’obéissance vous demandera déjà par elle-même
bien du travail et bien des efforts. De plus, elle exige une forme
de connaissance que vous ne possédez pas actuellement, sinon
vous en seriez dispensé. Cela revient à ad mettre votre nullité,
comportement étrangement frère avec l’absence d’orgueil. Sans
vivre la contrainte de l’obéissance et sans être sous l’obédience
d’un instructeur, aucun avancement n’est possible, rien d’autre
n’est permis que de végéter dans votre ego. Tous vos efforts
seront vains, complètement inutiles, parfaitement stériles, même
si vous désirez ardemment le contraire. Vous pouvez vous
torturer, pratiquer mille genres de mortification : par elles-
mêmes et selon vos propres initiatives, vous ne ferez que projeter
les caprices de votre moi et les renforcer en leur donnant la teinte
de l’ascèse. Nous savons que pour la plupart d’entre vous ces
choses sont les plus difficiles à comprendre. Ou d’autres
envisagent leur nécessité mais continuent couardement d’agir
contre. Par considération et avec un langage doux ils vous disent
« oui, nous voulons bien, cher maître », mais dès que vous avez le
dos tourné, ils perpétuent leurs funestes habitudes, tout en étant
sûrs d’avoir eu un entretien très important avec un Adepte,
entretien dont ils se souviendront toute leur vie ! Ils se le
rappelleront non pas parce qu’il était instructif par lui-même,
mais par la vaine gloire du fait qu’ils ont eu une fructueuse
entrevue avec le maître et qu’il leur a parlé d’obéissance, ce qui
excite en eux - par exemple – le péché égoïste du chuchotement .
Ils rentreront alors dans leur laboratoire, parfaitement sûrs

239
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 240

d’eux, satisfaits du niveau auquel ils sont. En vérité, ils sont


aussi bas que les épais qui nient purement et simplement les
nécessités de l’observance.
Rien d’autre au monde ne vous fera saisir l’importance de
l’obéissance que la complète connaissance de votre nullité. Le
travail du maître ne consiste qu’en cette prise de conscience,
accompagnée évidemment d’une nourriture de l’être dont le
propos n’est pas de mise présentement. Par contre, rien ni
personne n’a le droit et ne peut vous persuader d’obéir. Seul
vous-même, par la prise de conscience de votre ineptie totale,
pouvez amasser suffisamment de force. Votre consentement doit
être à la mesure de votre connaissance de vous-même, étranger à
ce pseudo-savoir de salon qui s’exerce dans les loges infâmes des
sectes en vogue, pour lesquelles changer est autre chose. Ces
gens sont prêts, dans leurs grands habits de cérémonie, à tout
sacrifier, sauf leur dîner de ce soir ... Encore une attitude qui me
rappelle un mot de mon très cher K. qui, en citant ces individus,
s’exclamait : « fais ce qu’ils disent mais pas ce qu’ils font ! »
Rendez-vous compte, mes fils : vous luttez pour accéder aux
arcanes de l’Art, en ignorant que c’est cette lutte même - sous
forme d’interprétations - qui vous en barre l’accès. Vous verrez
qu’en atteignant un semblant de validité, vous conclurez très
rapidement que vos luttes acharnées n’étaient qu’illusions et
freins de toutes sortes. Dès lors, vous consentirez mieux et plus
facilement à les sacrifier, parce que vous en aurez connaissance.
Mais, dans un premier temps, il faut que vous appreniez à les
découvrir, tout en étant sûr de votre intégrité : inévitablement
vous devez d’abord obéir avec contrainte. Les résultats, par
dessus tout, ne viendront pas à la suite de vos agissements
extérieurs, mais intérieurs. Effectivement, vous pouvez très bien
consentir à ce qui vous est demandé et paraître ce bel élève
docile, alors qu’en vous le vent de la rancune souffle. Aucun
avancement ne sortira de cette hypocrisie, que de la souffrance
inutile.
Vous ne concevez pas la détermination que demande la quête de
l’Alchimie. Cette détermination requiert à son tour une immense
compréhension du fait qu’il n’y a pas d’autre voie, que vous ne
pouvez rien faire par vous-même et que pourtant quelque chose
doit être fait. Lorsque vous en arrivez là, jusqu’au plus profond

240
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 241

de vous, vous devez aller jusqu’au bout. A ce stade, l’instructeur


se charge de mettre à l’épreuve vos décisions, afin que vous
sachiez en vous-même jusqu’où vous pouvez aller et ce que vous
êtes capable de sacrifier.
Les fanatiques répondent immédiatement et sans détour « tout !
», comme s’ils étaient en mesure de tout sacrifier, alors qu’en
réalité ils se mettraient en colère si vous leur demandiez de
cracher immédiatement leur chewing-gum. J’en ai connu de
nombreux, décorés de la médaille en fer blanc des nantis en
littérature alchimique, qui avaient prétendument tout sacrifié,
sauf leurs négligentes baskets ou leur costume taillé sur mesure
et s’emboîtant parfaitement dans la plus luxueuse des dernières
BMW.
Vous ne pourrez jamais tout sacrifier, et ceux qui vous le
demandent sont des fous et des inconscients. Vous devez
exactement savoir ce que vous êtes capable de sacrifier, mais ne
plus marchander à ce sujet par la suite, sinon vous démontrerez
l’inexistence de votre sincérité et on aura raison de vous jeter
dehors comme un sale vaurien. Vous voulez toujours commencer
par quelque chose de grand, pourquoi ? Mesurez-vous ce qu’est
l’Alchimie ? Comment prétendriez-vous déboucher sur
l’accomplissement de l’œuvre sans débuter petit, sans régler
d’abord les petites choses ? L’obéissance ou l’observance des
détails apparemment infimes et peu utiles ont bien plus
d’importance que vous ne le pensez. Comprenez que vous n’avez
pas le choix : entre vivre une ineptie qui consiste à cadrer votre
vie dans un carcan appelé ascèse et qui mènerait votre
inestimable importance à un Adeptat imaginaire, ou commencer
par aujourd’hui les petites choses, de là où vous êtes ... Bien sûr,
l’un est plus tentant que l’autre, plus savoureux, maintenant la
porte ouverte vers les anciennes habitudes.
Obéir revient à se soumettre à la volonté d’un autre. Termes qui
engendrent la peur agressive ou les mille justifications des
psychologues de toutes tendances (dont je rappelle qu’ils ont
singé leurs « maîtres » en faculté mais qu’ils l’ont oublié) ; se
soumettre est d’emblée ressenti comme une aliénation ou comme
une castration. Renoncer à ses propres décisions présente des
difficultés insurmontables pour les modernes, qui vous lancent
tout de suite au visage les mots « lavage de cerveau », « hypnose

241
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 242

», ... , en ignorant complètement combien eux sont hypnotisés à


leurs propres phantasmes qui, se regroupant en nombre,
prennent des allures sociales gigantesques. Par exemple, on sait
très bien que boire de l’alcool exagérément entraîne tant de
maladies du foie et donc telle somme à débourser pour le social,
ainsi de suite ; mais cela n’empêche personne de boire outre
mesure, en étant bien assis dans la pseudo-conscience de la
situation. Plus fins mais tout aussi omniprésents les « nantis »
dont nous parlions qui se sont octroyé le droit d’écrire et qui
inondent le marché de livres dits alchimiques, en étant sûrs de
faire bonne œuvre, mais en sachant très bien au fond d’eux qu’ils
mentent à tout le monde.
Quoi qu’il en soit, si vous ne réussissez pas à vous rendre compte
que vous n’avez jamais pris en réalité de décision par vous-même,
parce que vous vous êtes adonné aux mécanismes des mimiques
identificatives, vous ne saurez rien de vos illusions ni de vos
chances réelles d’aboutir, quelle que soit l’intensité de votre désir.
Toutes les vraies portes vous resteront fermées, même si vous
prenez possession de merveilleux textes authentiques, car vous
n’en percevrez jamais le sens, que ces mêmes illusions se
dépêcheront de vous faire interpréter de mille façons.
Vous ne pouvez rien perdre, parce que vous n’avez rien et que
vous n’êtes encore rien. Tout peut devenir en vous, si vous
consentez à vous placer en de justes conditions. Mais vous ne
vous placez pas en de justes conditions, si vous estimez y être
déjà, ou si vous accompagnez votre estimation d’un zeste
d’arrangement personnel.
L’Alchimie n’a pas besoin de vous, les maîtres non plus. Personne
ne vous attend. L’Alchimie, fille de Marie, Science de la Vierge
sainte, est entière, parfaite, comme tout ce qu’Elle fait. Elle veut
bien que vous lui présentiez vos offrandes, en vue de votre salut
ou de votre dissolution au cosmos, en l’absolu. Il s’agit d’une
permissivité, et non pas d’un marché.
La plus belle offrande que vous puissiez faire à l’Alchimie, c’est-à-
dire à Marie, c’est vous-même. par l’entremise da votre volonté
propre sacrifiée, et la pratique de cette condition s’effectue par
l’observance.

242
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 243

Le jour où vous avez embrassé l’Alchimie, vous avez donné votre


parole, vous n’avez pas décidé de vous y soustraire. Cet
engagement est précisément empreint d’obéissance. Vous vous
êtes mis à adorer Marie, même si votre moi le réfute pour ne pas
montrer sa fierté ; ou un jour vous l’avez formulé, puis le courant
de la suggestion permanente vous l’a fait oublier : peu importe, il
suffit que vous ayez aimé un seul instant.
Ce jour-là, vous avez été entièrement dépendant de la Dame,
vous lui avez été soumis totalement, rendant un hommage
effectif à ce qu’Elle est : l’autorité suprême, l’ordre universel,
c’est-à-dire en définitive la plus sûre des garanties pour vous. Et
vous voici tremblant parce que vous devez obéir, ou coléreux sous
le même titre, voire, plus banalement, sceptique. Encore une fois,
vous avez oublié. Si vous avez pu constater que votre instructeur
était dans la filiation par ses œuvres, pourquoi le craignez-vous,
lui qui n’est que l’instrument ordonné à la quête, agissant sous
l’impulsion de l’action de Marie, deux ou troisième moteur qui,
grâce à ces milliers d’actions, répercute et transmet ce qui vous
manque ? Lui-même est l’inférieur d’une autre personne
supérieure à laquelle il doit respect et obéissance.
Au début, on ne peut agir aussi clairement. Vous avez votre
programme, vous définissez vous-même votre direction, l’emploi
des heures de vos journées, vous préférez de courts instants
successifs telle passion, tel désir, tel projet. Durant ces moments,
vous n’optez pas pour l’Alchimie. Vous n’êtes pas libre ni
l’Alchimie libre en vous. Dès lors, l’obéissance n’est-elle pas le
propre de ceux qui n’ont rien de plus cher que l’Alchimie et, par
voie de conséquence, que Marie ? Ceux qui aiment par dessus
tout la Science, c’est-à-dire sa mère la Vierge mais encore son fils
le Christ, ne peuvent souffrir une seule seconde de retard dans
l’exécution de ce qu’ils doivent faire ; les délais et les parties
remises à demain sont impossibles. Ils ont entendu la voix
céleste, pourquoi se déroberaient-ils ? On obéit donc vite et sans
murmure, avec empressement.
Il vous faut comprendre que l’obéissance n’est pas seulement une
sorte de technique qui vous permet d’accéder à des grades
supérieurs, ni un procédé extérieur ou intérieur qui vous décore
du mérite alchimique. Bien plus que cela, tout en étant cela
également, l’obéissance vous fait communier au dedans à la vie,

243
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 244

aux vertus et aux pouvoirs de Marie et de son Fils, donc à


l’Alchimie. C’est pour cette raison majeure qu’elle est la
connaissance parfaite, alors que la désobéissance ou la superbe
est la méconnaissance parfaite, l’ignorance. Ce point est capital,
il a pourtant été le grain qui a vu chuter de nombreux frères,
toujours par l’interprétation, dont un des miens en qui j’avais
grand espoir.
L’observance est bien plus qu’une valeur morale ou théologale.
Elle est votre manière la plus immédiate et la plus simple
d’entrer en contact avec l’Alchimie, puisqu’elle exorcise le pouvoir
illusoire de votre volonté propre, vous « déprogrammant » à l’ego
pour vous dissoudre à ce qui est. Elle implique l’adoration, la
prière, l’humilité, c’est-à-dire la loyauté. C’est pourquoi celui qui
ne veut rien savoir n’est pas loyal, il s’intéresse à la Science pour
ses fins personnelles. Demandez donc en premier lieu à qui tel ou
tel philosophe que vous rencontrez obéit, parlez-lui d’observance,
et vous serez vite renseigné sur sa filiation. Adoration, donc
vision en esprit et en actes, puisque hommage essentiel et
empressé ; voici quelles sont les qualités essentielles de ce degré.
Qui hésite devant tant de beauté ? Les prétextes à la dérobade ne
peuvent même pas poindre à l’esprit. Aussi dès que vous voyez
quelque frère prétexter quoi que ce soit, c’est qu’il manque
d’adoration et qu’il préfère ses propres options à un moment ou à
un autre de sa marche. Non seulement vous ne ronchonnerez pas,
mais en plus vous ferez preuve d’une spontanéité déconcertante.
Vous êtes toujours prêt, parce que vous adorez sans cesse. Si vous
n’êtes pas prêt, c’est que vous avez oublié le but. Aussi curieux
que cela puisse vous paraître, vous lâchez immédiatement ce que
vous avez dans les mains pour vous porter à votre nouvelle tâche,
sans la moindre hésitation volontaire, sans le plus petit
commentaire intérieur ni la plus infime estimation de justice.
Car lorsque vous rencontrez un maître, il n’y a pas d’intervalle
entre la Science et lui, entre lui et vous, entre vous et ce que vous
allez faire. Vous servez directement la Science, car le maître sait
ce qui est bon que vous fassiez, lui-même le tenant de la Science.
Vous ne servez jamais le maître, puisqu’il sert la Science, même
si vous pensez le surprendre dans une attitude apparemment
personnelle. Il arrive que le maître soit tellement près de la
Science qu’il ne fasse plus qu’un avec Elle et, dans ces moments,

244
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 245

l’ego est tenté de croire que l’instructeur vous demande de le


servir. Celui qui se donne à une quête est cette quête même ; il
parle en son nom, ses mots sont ceux de la quête.
Vous éprouvez des difficultés, n’est-ce-pas ? Qu’importent-elles ,
puisqu’il s’agit de l’Art, du plus grand des prodiges ? Ne redoutez
pas : affairez-vous. Les rationnalistes s’imaginent que ceux qui
obéissent le font par crainte, par mollesse et par incapacité. Ils
pensent que si l’on soustrait à quelqu’un l’horrible pouvoir de
l’ego, il n’existe plus, « il n’a plus de personnalité », disent-ils avec
ce léger sourire moqueur qui les caractérise. Je vous laisse le soin
de les contempler dans leur prison qu’est leur volonté propre. Ils
vous diront la même chose des années après, mais eux seront en
proie à d’innombrables problèmes, affaiblis par les vices et leurs
habitudes personnelles, alors que vous serez libre.
A l’opposé, vous agirez sans retard, sans tiédeur, déterminé, en
écartant encore les tendances du moi. N’acceptez pas divers
degrés de l’obéissance. Vous pourrez en effet très bien agréer tel
ou tel acte mais le réfuter au fond de votre grommellement. Vous
vous dites «je veux bien le faire, parce qu’il est le maître, mais il y
avait cela à exécuter de mieux ». Vous aurez ainsi pratiqué dans
vos gestes l’obéissance, mais pas dans votre intellect : elle ne sera
donc pas opérante, elle sera inutile, et vous passerez des années
auprès d’un maître en restant idiot. Pour que ses effets soient
complètement métabolisés, l’observance doit être vécue dans les
trois principaux étages de votre individu. Non seulement vous
devez agir dans les gestes, mais affectionner l’ordre parce qu’il
vous place en communion et, de plus, l’accueillir dans votre
intellect comme un grand bienfait. Seules ces trois conditions
représentent l’obéissance parfaite et entière, agissante et
donnant des fruits. En ne le faisant pas, vous rapinez. Votre
rapine consiste essentiellement à vous dire « mon maître n’est
pas infaillible » et, sous le joug de cette méfiance dont l’ego se sert
de prétexte pour vous éloigner, vous voici en train de surveiller la
faillibilité ou l’infaillibilité de votre instructeur, tout en exécutant
ce qu’il vous demande ! C’est ainsi qu’extérieurement il semble
que vous vous dirigiez vers le parfait accomplissement alors
qu’intérieurement vous n’êtes qu’un ver de terre fielleux qui
trépigne en exigeant le plus savant des guides.

245
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 246

Et puis, comme personne d’autre que vous - pensez-vous - ne voit


votre trahison, vous vous octroyez le droit de continuer le
bavardage intérieur. Vous vous dites encore « même le plus grand
des hommes n’est pas infaillible, alors, pourquoi devrais-je croire
que la première autorité venue l’est toujours, partout et en toutes
circonstances ! » Petit à petit, l’insidieuse pensée germe «je ne
puis aller jusque là », puis c’est le début de la désobéissance dans
les gestes : vous redescendez, vous retombez vers le bas, alors que
par votre analyse vous pensiez monter vers le haut. Ce qui arrive
à ces faux est simple : l’intellect triomphant sur la volonté les
propulse, de degré en degré, à ne pratiquer que la leur. Ils
redeviennent ce qu’ils étaient. Non seulement vous le redevenez,
mais vous l’êtes plus encore parce que, non content de ne pas
vous être débarrassé de votre volonté propre, vous avez en sus
l’illusion d’avoir pratiqué une ascèse qui vous conforte dans la
dite volonté, la gonflant plus encore d’enflure et d’orgueil, lui
fournissant un alibi idéal.
Vous réglez cette question, et la voici qui ressort par un autre
trou de l’ego. Vous comprenez que les décisions du maître sont les
meilleures pour vous ou qu’il ne peut pas se tromper à partir du
moment où il agit en Alchimie, mais vous en venez à contester
secrètement le sens des ordres. « La solution prescrite est-elle la
meilleure ? » Vous vous mettez à évaluer, comme si une solution
devait être absolue, oubliant qu’il n’y a qu’un seul absolu : Dieu.
Vous voici devenu absurde de l’exiger d’une créature. Vous êtes
alors tellement obstrué par votre thèse que vous ne vous rappelez
même plus que l’Alchimie concerne justement la bonification des
matières et des êtres. Rien en somme n’est absolument parfait sur
cette terre, et c’est précisément pourquoi il existe l’Alchimie. En
agissant de la sorte, vous ignorez la raison d’être même de la
Science. Cette situation s’étend à tout. Les meilleurs ordres ne
vous suffisent pas, ni les plus parfaits ustensiles, ni les plus
beaux livres, rien n’est assez beau ! Misérables petits bourgeois !
Sans doute, votre maître n’est pas infaillible. Sans doute, les
ustensiles qu’il vous autorise de choisir ne sont pas les meilleurs
selon vous. Sans doute ne recevrez-vous l’autorisation d’acheter
que quelques livres dans un tirage moyen. Et pourtant, votre
maître est missionné, il bénéficie d’une grâce alchimique, il est
renseigné. Et pourtant, vos ustensiles sont encore plus efficaces

246
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 247

que ceux de Raymond Lulle qui ne possédait ni canne


pyrométrique ni réfractaire haute densité. Et pourtant, même
nantis de cinq ouvrages, vous en aurez bien plus que nos frères
dans le passé, qui patientaient des années avant d’en acquérir un
seul.
Voyez, mes fils, combien vous êtes déjà gâtés. Mesurez votre
immense chance et, au lieu de chipoter les détails, agenouillez-
vous et dites merci. Si vous êtes capables de ce mouvement
intérieur, qui doit se voir par les actes, vous saurez obéir comme
il est demandé, de bon cœur, avec le sourire et, en plus, avec le
regret de ne pas avoir offert davantage. Certains me qualifieront
de fou en ces termes, mais ils ne comprennent pas que la Dame
n’agrée pas d’offrande matérielle. Elle veut celle du bon cœur, car
c’est là qu’Elle plonge son regard. C’est ainsi que celui qui obéit à
la surface de ses gestes seulement et en ronchonnant dans le
cœur, ne peut rien espérer, puisqu’il n’offre aucune place à la
Dame, prenant tout l’espace avec son ronchonnement. Il en est de
même pour ceux qui analysent. Tous ces comportements sont
ceux des gens qui jouent la comédie de l’ascèse alors qu’ils ne font
rien et qu’ils ne valent pas autre chose que le poids de leur
superbe.

Au Monastère de la Transfiguration, l’obéissance empressée et vivre en Dieu.

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 248

Cela explique pourquoi celui qui a hâte de trouver la Dame


recherche des occasions d’obéir plutôt que d’ingénieux procédés
pour s’y soustraire. Courtoisie et serviabilité font place à
l’inattention et à l’indolence. Nombreux sont les indolents qui
vivent repliés sur eux-mêmes, qui ne parlent pas, qui ne bougent
pas et qui semblent végéter dans une coquille en spirale.
L’origine de leur névrose est la non-obéissance, le plus souvent
justifiée par ce que provoquerait la restriction de gourmandises.
Ces personnes sont en général des gourmands boulimiques qui se
sont écartés du mouvement évolutif pour se replier sur eux
comme des escargots. Bien entendu, le seul procédé pour les
éveiller est de les déloger avec le bâton, de les faire courir pour
qu’ils sortent de leur hibernation. Le jeûne sera évidemment
l’obédience demandée.
L’obéissance prend donc les voies de la mortification du moi. S’y
trouve cette souffrance consciente dont nous parlions,
accompagnée du renoncement immédiat au discernement
apparent de l’ego pour gagner le véritable discernement par
décentralisation. Mais, au moment même où vous courberez la
nuque pour vous confier à un autre, il vous faudra examiner,
scruter et tester votre instructeur. S’il vous révèle la validité de
sa filiation, s’il vous prouve par les actes qu’il est arrivé là où
vous voulez cheminer, alors vous ne devez plus rien juger et ne
plus revenir sur votre décision. Vous formerez enfin un bloc
solide qui sera capable d’avancer vraiment. A l’aide de la
pratique, vous avez l’arme. La prière et l’adoration vous
donneront les remparts contre lesquels tout ce qui est indu se
brise. Les larmes de l’affliction sont un véritable bain qui lave
votre âme et la purifie hautement de votre foi, équilibrant votre
zèle à vos possibilités, vous renseignant directement sur votre
infidélité. Vous prononcez vous-même votre sentence, comme
nous l’avons détaillé ci-devant.
Les devoirs de votre maître sont tout aussi nombreux que les
vôtres. Premièrement, il ne doit pas refuser cette fonction. La
direction spirituelle est en effet la charge d’enseigner. Elle règle
son usage selon les situations humaines dans lesquelles se trouve
le disciple. Et, comme ce dernier se place le plus souvent dans des
états contradictoires, il est évident que le maître adopte tout
aussi fréquemment des attitudes diverses, qu’il prendra en

248
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 249

démontrant douceur et rigueur, indulgence et exigence,


perspicacité impitoyable et pitoyable cécité volontaire.
Le grade d’instructeur, en aucun cas, n’est donné selon la
fantaisie d’un artiste. Il attend que les maîtres lui ordonnent d’y
répondre, à la place d’écouter sa conscience. Aussi, la seule chose
que mon humeur peut vous demander est de pardonner mon
ignorance, je suis un homme sans instruction. Si je me suis
permis de vous prendre à parti, c’est par ordre et non par nature,
car tout en vous le disant, je me reprenais moi-même. Je ne me
suis pas cru arrivé au degré voulu pour guider les autres, on me
l’a demandé et j’en ai longtemps été troublé. C’est pourquoi je ne
me suis pas montré dans le monde outre ce qu’il fallait pour vous,
craignant les tentations contre l’humilité. Bien souvent je fuyais
lorsque je vous voyais, pourtant désireux de vous rencontrer
parce que je vous aime. De même, j’ai dû être dur avec vous
quelques fois par nécessité, parce que votre ego était dur lui aussi
; cela était la seule action possible et juste. Mais j’avais le cœur
contrit pour vous, quand bien même vous me voyiez extrêmement
sévère et inflexible. Durant ces moments difficiles, je priais
intérieurement très fort, malgré ce masque de combattant, afin
que vous retrouviez très vite votre bonne volonté.
Moi, je ne suis pas Adepte, mais j’ai vu un Adepte. Bien que je
puisse réussir la plupart des opérations chymiques aisément,
bien que je sois capable de générer la lune et quelquefois le soleil
dans les moules, malgré toutes ces années passées à recevoir
patiemment les leçons de redressement et de bonne science, je
n’ai pas les moyens de porter ma vie en exemple pour vous et ce
que je tiens je l’ai reçu de mes Pères. C’est eux qu’il vous faut
pressentir en mes termes. Ainsi, malgré le fait que bon nombre
envierait mes secrets et mes tours de main, je vous dis que je ne
suis pas Adepte. D’ailleurs, quelle importance, n’est-ce pas ? Le
seul moyen que j’avais pour accepter la charge périlleuse dont il
est question ici était tout simplement le fait de ne plus pouvoir la
refuser. A de nombreuses occasions, je me suis enfui lorsqu’on
venait me solliciter, jusqu’au jour où à la fois mon maître et les
disciples décidèrent pour moi. Grand bien que de servir, mais je
ne le resterai pas : d’autres tâches m’attendent, bien plus
humbles, car je n’ai consenti que pour vous venir en aide à vous,
qui peinerez au creuset, après quoi je dois disparaître

249
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 250

définitivement. Je ne veux pas de culte Solazaref comme je vous


interdis celui de Fulcanelli et de Canseliet. La raison d’état, c’est
l’Alchimie. Si je vous disais que les Adeptes n’existent pas, que le
terme a été inventé pour rassurer les chercheurs débutants, vous
ne me croiriez pas. Bien sûr, la Pierre des Philosophes est un
accomplissement, mais je vous prie de prendre note qu’il n’est pas
l’ultime.
Celui qui vous enseigne doit indubitablement être dans la lignée
qui porte la transmission initiatique. Cependant, il arrive que
l’histoire démontre d’autres commencements sans lien intime et
institutionnel avec ce qui précède, mais cela est très rare. Tout
au plus assistons-nous à une légère déviation d’apparence et non
de principe. Aussi avez-vous compris que notre filiation n’est pas
celle de Fulcanelli, puisqu’elle a sa souche dans l’Art bref.
Pourtant elle a, pour des événements importants, côtoyé celle de
la voie sèche. La motivation de cette légère incartade tient à des
fautes commises par quelques-uns qui étaient sur le point de
réussir. Bien évidemment, vous aurez immédiatement saisi qu’il
ne s’agit pas ici de Monsieur Canseliet, qui fut le plus fidèle
disciple de son maître et qui a transmis sans la moindre faille son
savoir. Lui-même a longuement combattu, sans que personne ne
le sache, pour que les faux n’étalent pas leur coulpe dans le
monde, mais cela n’a pas été intégralement évité.
Monsieur Canseliet a été trompé, abusé et exploité par deux ou
trois renards particulièrement venimeux. Trompé par les uns qui
imploraient ses connaissances jusqu’au jour où ils acquirent un
renom et où ils se mirent à le traiter sournoisement de tout,
noms bien connus de vous. Abusé par une vipère également très
populaire et qui n’hésite pas à vous écraser la tête pour arriver à
ses fins, il fut volé plusieurs fois sans vergogne. Mais les fielleux
ne sont pas les plus jeunes, ceux qui ont fait scandale voici
quelques temps pour des histoires au fond sans importance, juste
quelques bonnes corrections bien placées sur les rondeurs de ces
petits bourgeois. Les traîtres sont les plus habiles, ceux que vous
détecterez le moins facilement et qui gagnent aisément votre
confiance. Vous les reconnaîtrez un jour, car j’ai placé en ces
lignes des rythmes et des intonations spéciales qui déclencheront
en vous les énergies nécessaires au bon moment, pour les
sincères, évidemment.

250
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 251

Quant à notre filiation, aucune mention n’en fut révélée parce


que l’Art bref ne devait pas encore être connu. Il ne le devait pas
pour des raisons d’accomplissement social, le maximum
d’impureté n’étant pas encore atteint, le cycle n’étant pas encore
achevé. Mais, en raison de ce que nous avons dit précédemment
au sujet des méchants qui ont fait souffrir le dernier dignitaire de
la filiation sèche, nous avons du avancer par ordre notre
intervention, car nous n’aurions pas eu à écrire ce livre. Le
troisième ouvrage de Fulcanelli avait la charge de combler le trou
et de parachever la fin du cycle, puisqu’il concernait la finitude
de ce monde. Devaient s’y trouver quelques conseils d’ordre
spirituel, inexorablement, afin de vous préparer au carnage
mondial, économique et moral qui se déroulera très
prochainement. Ce livre tenait en deux parties dont l’une était
déjà en possession de Monsieur Canseliet, et dont l’autre devait
lui être remise par Maître Fulcanelli en temps voulu.
Malheureusement cela n’a pas pu s’effectuer, d’où l’agitation des
loups en tous sens.
Mon devoir d’instructeur est de vous mettre en garde, tout en
vous communiquant ce qui n’a pas été transmis à cause des sans-
cœur. Aussi dois-je vous prévenir que la première partie de cet
ouvrage risque de paraître, qu’elle sera licite parce que recopiée
dans le dû, mais qu’elle sera incomplète : son auteur, trop jeune
du point de vue spirituel, aura sauvé une face tout en étant
impuissant quant à vous déléguer tout ce dont il est question
dans le présent traité et qui constitue votre préparation de
guerrier. Vous devez connaître de quoi il retourne, vous devez
être prêt, comprendre comment tout arrive et, pour cela,
comment tout arrive en vous-même. Maintenant, vous savez des
choses très graves ; vous voici convenablement armé pour votre
survie. Soyez-en digne.
Voici pourquoi un Père doit savoir prier efficacement pour ses
fils, rien que pour eux, ce qui revient à pratiquer les vertus
requises pour que votre influence vous profite à vous-même. Vous
devez savoir cela aussi, vous devez apprendre à reconnaître les
vertus d’un maître pour, les jours de grande dispute, chasser à
votre tour les commerçants du temple avec la même verve que le
Christ Q, entendez bien. En outre, l’instructeur porte une part de

251
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 252

votre poids le temps nécessaire, jusqu’à ce que vous puissiez vous


en saisir seul.
Vos devoirs, à vous disciples, sont ceux d’un être qui aspire à la
lumière. Par votre propre initiative, vous devez vous placer le
plus rapidement qu’il se peut dans une lignée sûre, sous le
patronage d’un Père. Et, puisqu’il ne se rencontre pas facilement,
il vous faut le chercher, car les maîtres sont rares. Outre tout ce
que nous avons dit à ce sujet dans le précédent Uber dem
Meischer, ajoutons que votre requête doit d’abord être teintée
d’un brin de prudence. Attention aux pseudo-gourous qui le sont
devenus à renfort de publicité mondaine ou qui l’ont décrété sur
leur seul désir. Vous savez, la science du fard est une de celles
qui a été portée le plus anciennement à sa perfection.
Contrairement à ce que vous pouvez penser communément, un
instructeur ne peut avoir le teint jovial, les cuisses roses et l’œil
brillant. Vous observerez en lui les signes quelconques qui
témoignent de son travail dans l’ascèse : soit de la fatigue, soit les
traits tirés par les veilles, ou le dos légèrement courbé par le
labeur, le teint jaune par le jeûne, l’haleine peu agréable, les
mains ridées ou autre chose de cette veine. Sortez de votre esprit
l’image d’un maître riche, affublé de soie et de dentelles dorées à
l’or philosophique, le visage reluisant de quiétude et d’auto-
satisfaction. Ce cadeau n’est réservé qu’à ceux qui ont été bien
plus loin que l’accomplissement de la Pierre des Philosophes,
présent immense de Dieu, paradis avant le paradis mais qui se
vit dans l’ombre pour ne pas offrir une illicite image aux jeunes
débutants qui, tarés de leur ego, s’imagineraient n’importe quoi.
Ici encore, nous en avons connu quelques-uns qui croient ferme
qu’un Adepte est cette sorte d’athlète américano-séduisant,
parfaitement équilibré, représentant l’archétype de l’évolution
humaine. Curieuse attitude se rapprochant de l’obsession greco-
romaine ou aryenne, le corps de super-man enveloppant le
cerveau d’Hermès. Ceux qui affectionnent ces images sont tout
simplement les hommes animiques mentionnés plus haut.
La lutte contre l’ego laisse des traces, vous le verrez vous-même :
cela signifie qu’un maître porte sur lui le masque de ses luttes, et
non celui de la séduction. Sa rencontre est fatalement peu
agréable, peu esthétique et souvent ombrageuse. De plus, il vous
met immédiatement à l’épreuve, vous offrant toutes les

252
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 253

tentations de le juger, mais vous amenant en fait à vérifier si le


lien qui vous a conduit à lui est suffisamment solide pour la suite
du voyage.
De même, les cheveux blancs ne sont pas obligatoires. Il ne suffit
pas d’avoir la toison grisonnante pour faire valoir le prestige des
années. Une personne âgée peut très bien être couverte
d’inexpérience ou d’expérience frauduleuse. La question est très
délicate : comment, vous qui êtes novice en l’Art, auriez-vous
assez de discernement pour choisir plutôt tel instructeur que
l’autre ? La réponse est très simple, mais elle exige la sincérité,
ce qui sépare les infidèles des purs. Si vous demandez très
loyalement l’aide d’un maître, la Providence vous placera sur la
voie où il vous attend. En d’autres termes, comme me le
soulignait père P. Deseil « en priant l’état de disciple dans ton
cœur, tu es spirituel toi-même et tu reconnaîtras nécessairement
un autre être spirituel ». Plus tard, il m’expliquait qu’à l’inverse,
si vous êtes envieux en fouinant fébrilement un autre loup du
genre que vous choisiriez comme gourou du moment, juste le
temps de lui pratiquer la ponction réclamée pour étancher votre
convoitise, vous ne trouverez qu’un être à votre image, passé
maître en la matière d’arnaque. L’un est le brigand, l’autre le
pasteur : tout dépend où se place votre intérêt pour la Science.
Evidemment, vous aurez compris qu’il n’est pas question
d’entreprendre cette recherche avec votre volonté propre,
puisqu’il s’agit de vous en débarrasser et que, si vous vous
entêtez dans cette option, vous ne trouverez que le brigand. C’est
la raison pour laquelle tous ceux qui briguent selon leur ego une
évolution qu’ils qualifient de spirituelle, ne tombent que sur les
meutes de créanciers qui ont monté toutes les sectes modernes. A
leurs envies répondent leurs orgasmes, dont les spasmes
aboutissent toujours dans le porte-monnaie. Au contraire, foi et
soumission, car prise de conscience de votre nullité, vous
guideront vers les chemins de la lumière.
Si la paternité spirituelle n’est pas un vain mot, vous serez fidèle
à votre maître. Jamais vous ne le mépriserez, même si vous le
surprenez en état de faiblesse. N’oubliez pas tout ce que vous lui
devez déjà ; on a confiance ou on ne l’a pas. Courir d’un
instructeur à un autre ne fait que perpétuer le mouvement de
tentation et, au lieu de vous conforter dans ces sauts de mouche,

253
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 254

il est convenant de garder à l’esprit que Dieu place dans la


bouche de votre Père les paroles qui correspondent à ce que vous
avez dans le cœur, soit pour vous éprouver, soit pour mettre de
l’ordre en vous.
Votre obéissance au maître doit se caractériser par son
absolutisme, qui ne veut pas dire despotisme ou fanatisme. Il y a
loin entre une obéissance inconditionnelle et un autoritarisme
fasciste, bien que dans certaines circonstances d’ego du disciple,
l’instructeur soit autorisé à élire ce type de comportement pour
traiter ce point. En effet, l’observance totale lie deux êtres dont le
guide vit en exemple, alors que l’autoritarisme exagéré anime les
législateurs de la mode ésotérique. Autrement, lorsqu’on est en
présence de personnes adéquates, en règle générale le conseil
reçu par un guide concerne l’être du disciple, alors que le
commandement, qui impose un joug irrécusable, dirige
évidemment son ego. Vous n’encourrez aucun danger, car le Père
est aussi complètement responsable de votre âme devant Dieu
que vous lui obéissez avec fidélité. L’absolutisme de l’observance
peut revêtir de bien curieuses tournures, voire surprenantes. On
peut vous demander des choses renversantes pour vous entraîner
à l’obéissance sans restriction, ordres qui ont bien entendu un
rapport unique avec les réticences de votre moi, loin de toute
emprise de votre être. Cela me rappelle deux anecdotes, l’une du
temps où j’étais novice bénédictin et l’autre à l’époque où j’eus le
privilège d’exercer les danses derviches.
C’était quelques jours avant de prononcer mes « petits vœux »,
c’est-à-dire ceux qui clôturent les mois de présence et qui
engagent même vers les vœux définitifs, au bout de trois années.
(La Dame m’a recueilli en son heure, ce qui fait que je n’ai jamais
prononcé mes vœux définitifs bénédictins, les ayant chantés pour
la chevalerie). Un matin d’automne donc, le père maître
m’informa qu’un évêque, originaire du Gabon, rendait visite au
Monastère. Le pauvre homme était atteint d’un cancer
généralisé, ses jours étaient comptés. Les frères s’affairaient pour
bien recevoir cet hôte de marque, qui était en outre très connu
pour son évangélisation.
Balais, serpillières, chiffons, service impeccable, tout fut mis en
place et, l’heure dite, nous reçûmes effectivement cet homme de
grande bonté. C’était la première fois que je voyais un être qui

254
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 255

avait réellement sacrifié sa souffrance. Il ne la portait ni sur son


visage, ni dans sa démarche, il l’avait transfigurée : chacun de
ses mouvements rayonnait de présence. Les salutations
traditionnelles passées, l’office de la sainte messe achevé, nous
nous orientâmes vers le réfectoire pour déjeuner. Tout était prêt,
même le pichet d’eau qui servait à laver les mains aux invités,
coutume de notre congrégation.
Une fois tous en place autour des immenses tables, j’entendis le
saint homme demander à notre Abbé, s’il y avait là un frère
particulièrement obéissant. Le père répondit « tous le sont de
même ». Mais il insista et le sort me désigna, par le fait que
j’étais celui qui tombait sous la main de l’Abbé.
Je le saluai, lui embrassai la main droite et, à peine relevé, il me
dit : « donnez-moi vos mains, frère ». Lorsque je le vis prendre le
pichet d’eau pour me laver, moi - alors que c’était tout le
contraire -, lorsque je compris qu’il formulait malgré toute sa
souffrance encore plus d’humilité, je me mis à trembler comme
une feuille et, de me retourner vers l’Abbé, confus de honte ! Il
4n’ordonna d’obéir net. Ce qui fut fait.
Incontestablement, ce geste saint reste un des plus beaux
mouvements humains parmi ceux qui sont gravés à jamais dans
ma mémoire.
L’autre anecdote est non moins cuisante pour celui qui l’a vécue.
En effet, après être passé par une période particulièrement
dramatique de mon existence, celle où des amis m’ont trahi,
j’errais ça et là de par la France, complètement désabusé, écœuré
et perdu. Je ne voyais vraiment pas la moindre lueur d’espoir
poindre à l’horizon de ma vie, si bien que j’en étais même arrivé à
faire n’importe quoi.
Je ne sais quel jour de l’hiver qui sévissait naturellement
partout, mon regard tomba sur une vieille affiche déchirée qui
avait résisté aux intempéries. Quelle date pouvait-elle avoir ?
Comme il en manquait la moitié, je pus noter une adresse
incomplète, qui me renseignait sur les danses sacrées derviches.
Après quelques recherches, le décryptage fut global : une famille
de danseurs était venue voici huit mois, une seule fois, afin de
nous présenter leur tradition.

255
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 256

Passant nonchalamment et souvent devant l’affiche qui se


dégradait de jour en jour, je m’arrêtais devant, comme pour me
réchauffer d’un vilain courant d’air qui me fouettait le visage,
une dizaine de mètres avant. Soudain, un petit homme très âgé
m’interpelle doucement, le timbre de sa voix était très enroué et
je ne vis que le blanc de ses yeux. Me saisissant fermement le
bras : « voici quelques jours que je suis par là et que je te vois
devant cette affiche. Sais-tu que pour danser de la sorte il faut
aimer Dieu par dessus tout ? Réallume ton cœur, ami ! » ... Puis il
partit furtivement, tourbillonna sur lui-même cinq ou six fois
majestueusement et disparut.
Evidemment, chaque fois que je repassais devant cette affiche,
j’entendis le petit homme, d’autant que je m’étais informé sur le
soufisme et que mon esprit commençait à être sérieusement
intrigué. Au bout de deux jours, il réapparut tout aussi
spontanément : « tu es encore là, ami. Nous, par malheur, nous
ne pouvons plus rentrer au pays, car la guerre y fait rage. » Je le
coupai : « je veux danser . »
- Si tu veux vraiment danser, fabrique-toi la robe, mais gagne le
tissu en mendiant. - Comment ? En mendiant ? A notre époque ?
- Oui, ami. En mendiant, à notre époque.
Me prenant par l’épaule, il ajouta d’un ton ferme
-Va... Allez, va...
Bien entendu, je n’entrerai pas dans le détail de ce qui a pu se
dérouler pendant que je quêtais. Des gens me reconnaissaient ...
j’avais honte et j’étais très gêné. Plus tard, bien après, je compris
pourquoi Pir V. m’avait obligé de cette manière. Il me fallait
complètement couper le cordon ombilical avec le monde, pour
percevoir l’autre versant, mille fois plus merveilleux.

Souvenez-vous, cependant, que nous sommes en Occident. Il


semble naïf de le rappeler. Bien qu’il soit intéressant de comparer
les tournures que peuvent prendre les différents maîtres
spirituels dans le monde, selon leur appartenance religieuse, il
est pour vous plus important de laisser cela aux intellectuels et
de vous souvenir que vous êtes en Occident.

256
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 257

Nous étendrons cette mise en garde dans notre troisième partie,


parce qu’elle révèle un grand danger pour tout aspirant : menace
de cette orientalisation des préceptes traditionnels, comme si cela
était une découverte et comme si la Tradition s’était perdue.
Elle ne s’est pas perdue, ce sont les prétendants qui en sont
éloignés par leur faute. La mode orientaliste n’échappe pas au
phénomène. « La tradition occidentale n’est pas morte », comme
le clament quelques imbéciles qui choisissent une vie pseudo-
orientalisante pour, en réalité, se démarquer et faire ressortir
par ce biais ce qu’ils n’ont pas pu vivre de l’autre. Encore des
histoires d’ego, rien d’authentique.
Ici, vous êtes en Europe. Cela veut dire - et mettez-vous bien cela
dans la tête - que l’on ne peut isoler de l’ensemble de la voie
mystique le modèle chrétien, dont l’archétype est évidemment le
Christ (Saint soit-Il). C’est Lui qui constitue ici bas la voie
ultime, le seul Maître spirituel par excellence.
Qu’est-ce à dire ? Très simplement que votre vie intérieure, qui
relève de l’Alchimie chrétienne, s’inscrit tout naturellement dans
le schéma que trace la vie de son Modèle : incarnation, vie cachée
et vie publique, mort sur la croix et en dernier lieu résurrection.
L’accent de vos efforts sera sur telle ou telle de ces modalités,
selon vos étapes et selon votre accomplissement.

Votre enfant a besoin de vous : lâchez ce que vous faites, occupez-vous de lui,
et vous pratiquerez l’obéissance.

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 258

Cela veut dire encore que, contrairement à ces lubies qui


consistent à analyser l’aspect chrétien allié à l’Alchimie, le
précédent ordre vous est commandé dynamiquement,
concrètement : c’est la liaison intime Christ-disciple qui, par
l’entremise de la relation Père-Fils, sera gage de perfectibilité
infinie, et seulement celle-ci.
Il est donc normal que ce seul chemin se parcoure de proche en
proche, de prochain en prochain, et que son fondement soit
indubitablement celui de l’amour - non celui de l’analyse. Voici
qui vous place dans une situation d’apport, à l’opposé d’une
incessante demande. Sur tous les plans cette notion se déploie, et
notamment sur celui de la sainte assemblée des Frères, ainsi que
socialement sur celui de l’église.
La brûlure, éprouvée lors de la douloureuse joie, est une des
constantes mystiques. Votre maître n’est ni un prêtre ni un
analyste. Vous, prétendant à l’Alchimie - tradition qui unit la
Science et la Foi -, vous devez être instruit en Science, mais aussi
en Foi.

Et après le maître ?
Votre destin de chymiste, agréé par la Providence, vient tôt ou
tard éclairer votre être, et ce d’une manière souvent fort
inattendue. Si en aucun cas la décision de « quitter le maître » ne
doit germer en vous - car elle serait alors le plus souvent teintée
de suffisance -, ce dernier, justement par le fait qu’il vous a guidé
durant toute votre ascension, vous fera comprendre d’une
manière ou d’une autre que vous êtes autonome. Bien
évidemment, il ne lui viendrait certainement pas à l’esprit de
vous garder en réserve auprès de lui plus qu’il n’est nécessaire,
parce qu’il est profondément filial : c’est pour vous, pour la
Science, que la transmission s’effectue, non pour la propre
satisfaction d’un pseudo-gourou emplumé. Et s’il vous a mené
jusque là, il accomplira avec vous cette scission douce.
Chassez de votre esprit, pour avoir été illicitement formé de la
sorte, que « l’initié tue l’initiateur ». Ces mots ne se prononcent

258
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 259

seulement qu’à un stade certain d’intégration cosmique. Dans


votre bouche, actuellement, ils seraient marqués de toutes vos
interprétations, et notamment de l’une d’elles qui consisterait à
clamer cette phrase vous-même.
Les rapporteurs de cette sentence, quand bien même leur nom
est connu, ont péché par excès en révélant ces termes sacrés. De
par le fait, ils ont dénaturé l’ordre initiatique en le rendant
interprétable. Leur faute est grande et il est nécessaire de prier
pour leur salut.
« L’initié tue l’initiateur » est seulement énoncé au grand jour de
votre accomplissement, en secret, par le maître et par lui seul.
C’est plus un fait doctrinal qu’un rituel. Aussi que je n’entende
jamais cette sentence en votre bouche ! Nous ne sommes pas ici
dans un cérémonial de magie.
Quant aux actes qui vous sont permis en l’exercice de votre
formation, ils doivent toujours recevoir l’agrément de votre
instructeur. Si par malheur vous êtes séparé de lui et que les
événements du monde vous imposent une attitude ferme, ne vous
placez jamais en avant, citez votre maître ou ses Pères. Dans le
cas où vous seriez au grade du second œuvre, vous pouvez parler
en votre nom, fermement, mais en relatant toujours votre Père et
la filiation à laquelle vous appartenez.
A l’encontre, n’écoutez jamais ceux qui s’emparent de la parole
d’un maître sans être effectivement, au laboratoire, les élèves.
Vous rencontrerez bientôt ce type d’épreuve sur votre route. Bien
des illuminés vous diront « Monsieur Canseliet a dit que ..., donc
Monsieur Solazaref (par exemple) ne ... » Tous ces sots oublient
tout. Ils ignorent d’abord qui nous sommes et s’imaginent nous
connaître parce que nous avons eu du mal à trouver une heure
pour leur parler en tête à tête, tant ils étaient affairés à leur
bourse. Ils identifient toute l’Alchimie à Monsieur Canseliet, qui
est effectivement l’Alchimie, mais pas selon leurs interprétations
poseuses. Ils croient que l’Alchimie leur appartient parce qu’ils
côtoyèrent le maître de Savignies durant les années de leur
enfance et que le brave homme leur chatouillait la joue. Ils
affirment que leur maison est le seul lieu patenté où la
littérature alchimique est filiale, parce que Monsieur Canseliet
paraphait généreusement et dûment leurs ouvrages en ce lieu. Et

259
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 260

tant d’autres illusions qui entrent dans le cadre d’une somme de


considérations déplacées en ce qu’ils n’ont jamais exercé quoi que
ce soit de sérieux. Il faut crever cet abcès d’une manière ou d’une
autre. Il est nécessaire de restituer vraiment la science aux
labourants à qui Elle appartient.
Bien entendu, à l’appui de leurs ponctions citatrices, ils
trouveront tout ce qui est nécessaire pour discréditer notre union.
Mais ils ne pensent pas - parce qu’ils ne le peuvent pas - que
d’une part ils ne comprennent pas les emprunts dont ils font
usage faute de pratique, et que d’autre part il est absolument
certain que Monsieur Canseliet n’aurait pas proféré les termes
rapportés à notre encontre cela est impossible par la Remore,
dont nous avons reçu la grâce, et par bien d’autres événements.
Aussi, je vous engage dorénavant à ne plus laisser aux illicites la
permission, en votre présence, de souiller par de faciles phrases
médisantes notre travail : aidez à la réinstauration du véritable
blason alchimique, en commençant par faire taire les
collaborateurs. Moi, je vous dis qu’ils ne sont patentés que par
eux-mêmes en l’absence de tout exercice au feu. Vous constaterez
par vous-même plus tard.
Ils affirmeront sans vergogne qu’ils ont travaillé au creuset. Moi,
je vous redis que cela est faux. Le peu de gens qui gravita autour
du maître de Savignies et qui exerce aujourd’hui au fourneau se
compte sur les doigts d’une main. D’autre part, l’avancement
embryonnaire de leurs travaux ne les autorise ni à publier quoi
que ce soit, ni à se déclarer disciple, quand bien même ils
exerceraient depuis des années : ils répètent les mêmes
opérations sans avancer faute d’ego, vis-à-vis duquel ils ne
veulent faire preuve d’aucun effort.
En ce qui concerne ces malotrus, sachez que quelques-uns d’entre
vous ont reçu des appels téléphoniques desdits, leur demandant
des renseignements sur ce qui se passe chez nous, alors qu’ils
avaient toutes les coordonnées pour nous joindre. Manifestement,
ce genre d’action, tout comme celle qui consiste à manager des
émissions de jazz à la radio au beau milieu des mois printaniers,
témoigne de leurs attachements.

260
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 261

Pardonnez-moi de vous avoir dérangé avec ces futilités, mais il


est nécessaire que ces manigances soient dévoilées comme il
convient. La fin du pouvoir des castes faisant place à la
restitution de celui de la Science est toujours une bonne œuvre.
Maintenant, l’information circule vraiment. Précisons que notre
intention n’est que celle d’une mise en garde, et que nous n’avons
pas la charge d’entrer dans une polémique moderne. C’est
pourquoi, dans le futur, nous ne répondrons pas à leurs
invectives. estimant que les présents renseignements suffisent à
éveiller votre discernement.
Nous avons été amusés par ceux qui osèrent parler d’« aspects de
l’initiation alchimique » sans même appartenir à la moindre
filiation. Vous voyez bien qu’un sérieux responsable n’aurait pu
tolérer la publication d’une telle ineptie. Soit, la question revient
à traduire essentiellement les conséquences des attitudes
consistant à scléroser l’apparat. Nous assistons ici en effet au
résultat insensé du refus devant l’évidence : on forme une osmose
se cristallisant autour d’un maître sans même avoir exercé le
plus petit de ce qu’il enseignait.
Les deux faces de ce comportement sont tout aussi dangereuses
l’une que l’autre. Vous savez ce qu’il est convenant de penser de
l’une. L’autre touche le phénomène exotérique de la transmission.
Pour eux, il n’existe pas « d’après le maître ». La Science s’arrête
avec la disparition du maître, tout simplement parce qu’ils ne
faisaient auparavant que considérer ce dernier, et rien d’autre.
Ils subissent les conséquences de leurs options réelles et cachées,
bien qu’ils tentent de justifier par d’innombrables prétextes leur
faute.
Comme ils ont peur de ce qu’ils ont concocté sans cesse, ils
affirmeront - entre autres - que nous voulons effacer l’illustre
mémoire de Monsieur Canseliet pour imposer la nôtre, nous qui
l’avons porté en terre ! Vous, mes fils, vous savez de quoi il
retourne réellement. Et si l’on dit que « c’est par nous que le
scandale est arrivé », vous voudrez bien revoir dans le détail ce
que les usurpateurs ont amassé durant toutes ces années passées
à tromper, ou à se tromper (...), sur un des êtres les plus
extraordinaires que le monde moderne ait méconnu. Car bien
sûr, il est facile de provoquer une situation, de se voir répondre
efficacement par les justes, et de réagir en bavant hypocritement

261
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 262

que les justes sont à l’origine du trouble : comportement très


fréquemment employé par toutes sortes de méchants qui
fourmillent dans l’immense éventail des diverses classes
d’infâmes. Que cela soit un Brassens, chantant soi-disant la
beauté virginale mais la troussant la phrase d’après, ou l’URSS
avec ses complots de missiles, il s’agit du même détournement de
la vérité : dans tous les cas on provoque - ou l’on veut conserver
un pouvoir , ce qui revient au même - puis, lorsque la chevalerie
réagit, on clame que c’est elle l’agresseur ou, chez les artistes
indignes, que c’est « notre problème ». Ce sont des individus du
genre
- Votre père était-il à l’origine de telle action ?
- Oui.
- Insinuez-vous que mon père soit pourri ?
- C’est vous qui le dites ...
Fielleux hommes de mauvais aloi, ils cherchent en plus à
tromper.
Après le maître ? C’est à l’élève de faire ses preuves, par ce qu’il a
recueilli de son travail et seulement par le contact au feu, rien
d’autre.
Si le maître vient à mourir ou à disparaître au cours de votre
formation, je ne vous autorise pas à le déifier. Je vous interdis de
bloquer le souffle de la Tradition en sclérosant vos options, les
cristallisant sur tel ou tel être, fut-il grand. Gardez comme un feu
très précieux ce que vous avez pu vivre de personnel et de
collectif avec votre instructeur, protégez-le de toute infamie,
nourrissez-le de votre prière, mais ne paralysez en aucun cas
votre évolution d’être. La disparition de votre maître n’est pas
votre propre mort. Ce sont les civilisations primitives qui
agissent de la sorte. Vous, vous êtes chrétien. Cela veut dire
qu’au delà du maître, le Christ est l’ultime Maître. Celui qui vous
conduit n’est pas le chemin. Le fait qu’il ne soit plus visible ne
signifie pas que le chemin ait disparu, mais que la direction est
plus abrupte d’approche.
Ne projetez pas votre devenir spirituel en liaison avec la douleur
de la mort de votre guide. Si la Providence vous a placé dans une
telle situation, c’est que vous le méritez certainement et, voire,

262
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 263

peut-être Dieu vous octroie-t-il, au secret de son infinie


miséricorde, une épreuve juste taillée à votre mesure. Y pensez-
vous ?
Dans le cas où vous avez effectivement été disciple - bien sûr -,
vous trouverez toute la lumière dans la prière. Le second corps de
votre maître vous guidera, et de cela nous reparlerons en détail
plus bas à mots couverts.
Quant aux disciples vraiment fidèles, aimants et niais, qui ont
donné leur vie au service de la Science sans même espérer quoi
que ce soit en retour, pas même le moindre espoir de
cheminement vers l’Adeptat, ils sont les agneaux de Dieu. Grand
bien leur sera dispensé, immense sera leur récompense. Ils sont
déjà gratifiés par l’absence du terrible ego : leur fonction
émotionnelle n’aura qu’un pas à effectuer pour, au jour de leurs
fins, aider sans effort au grand saut.
Les autres, les faux frères et acolytes, ils sont déjà punis, avant
leur propre fin : ils sont eux-mêmes leur punition.

Et en attendant le maître ? ... Vous restez dans le monde tels ces


enfants sans père. Vous avez cependant d’innombrables occasions
de vous libérer de votre volonté propre, en vous exerçant déjà à ce
qui vous sera demandé dans la spontanéité de votre heure.
Lorsque vous êtes dans le monde et que vous n’avez pas encore
eu le privilège de rencontrer un instructeur, ne ratez pas une
aubaine de pratiquer l’observance, par l’entremise de la
Providence. Qu’est-ce à dire ? Modestement, dans les détails de la
vie quotidienne, vous recevrez tous les signes qui vous ont été
offerts afin de commencer sans tarder. Il suffit que vous sachiez
les reconnaître. Un de vos camarades de travail vous demande de
le raccompagner et vous êtes pressé : faites un bout de route avec
lui, et vous pratiquerez l’obéissance. Votre enfant ou un autre a
besoin que vous vous occupiez de lui, alors que vous êtes affairé
dans votre routine : lâchez ce que vous bricolez, tenez-lui
compagnie et vous pratiquerez l’obéissance. Votre dame est
couverte d’activités ménagères, elle est débordée dans des
obligations qu’elle n’a pas prévues et qu’elle ne maîtrise pas :

263
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 264

posez votre livre, allez chercher le pain à la boulangerie, et vous


pratiquerez l’obéissance.
Je vous le dis, un novice dans un monastère n’a pas plus
d’occasions de vivre l’observance que vous dans votre maison.
Vous avez autant de travail avec vos proches. Prenez l’habitude
saine de vous réjouir lorsque la Providence vous questionne par
un petit signe à votre échelle familiale ou solitaire. Chaque fois
qu’une chance d’obéir se présente, la Dame vous offre un peu de
poudre sacrée qui vous libère de votre entêtement, de votre
orgueil, de vos certitudes et de vos contradictions. Il est inutile de
chercher à créer toutes sortes de stratagèmes affublés de
l’étiquette « ascétique » pour exercer ce quatrième barreau de
l’Echelle Sainte. Vous tomberiez dans une servilité artificielle, et
vous vous égareriez plus encore en vous complaisant dans votre
propre illusion. Soyez-en tout à fait certain, vous trouverez les
plus justes événements qui vous inviteront à l’observance,
exactement ceux dont vous avez besoin. Et, si vous remarquez
que vous avez laissé échapper une occasion, reprochez-vous cette
négligence : vous aurez agi comme ce marin qui ne profite pas
d’un vent favorable.

Trop fréquemment, lors de contacts que vous avez entre vous,


néophytes, j’observe l’attitude du manque d’humilité, au lieu de
voir vos visages rayonnants de bonheur par le lien indissoluble
qui vous unit. Sachez que je suis très affecté, profondément peiné
d’entendre les mots de la vaine gloire, de la prétention, de
l’exigence de la reconnaissance de votre expérience, à la place des
douces paroles de la sagesse qui seraient issues de votre
aspiration. Bien souvent, vous ne parlez pas d’Alchimie entre
vous, mais de vous seuls, vomissant au théâtre de vos gestes les
consonances qui riment avec suffisance. pédanterie, voire
arrogance. Rien n’est plus douloureux pour moi.
Bien entendu, les bonnes gens qui ne sont pas familiarisées avec
notre langage n’observent rien, au contraire, ils peuvent même
vous prendre pour des êtres qui ont la foi et, en quelque sorte,
vous l’avez. Mais vous laissez agir les venins de l’ego dès que l’on
ne vous remarque pas suffisamment, continuant à dialoguer en

264
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 265

termes apparemment identiques, alors qu’ils sont d’intonation


vulgairement égoïstes.
Vous n’êtes pas exempts de ne pas vous adonner à la familiarité
ainsi qu’aux vaines paroles. Gardez-vous de blesser la Dame par
votre présence dont l’enflure lui passerait devant, ainsi que de
blesser votre frère qui est peut-être fragile et qui a besoin de
sentir les parfums de Marie par delà vous-mêmes. Et si vous
voyez un frère montrer de l’aversion pour un autre, simplement
parce qu’il s’exerce vaniteusement à la pratique du moi au lieu de
celle de l’Alchimie, n’hésitez pas à le reprendre poliment mais
avec fermeté. Ne tolérez pas dans la même enceinte un démon
visible et un autre invisible, vous feriez une grave entorse aux
principes chymiques.
Par contre, côtoyez les êtres admirables qui parlent de la Science
et rien que d’elle ; taisez-vous et prenez note en votre cœur, pour
offrir plus tard à votre heure les mêmes joies aux autres frères.
N’écoutez pas les méchants et les vauriens qui clament à travers
les salons que vous adulez un maître. Vous savez bien que vous
n’adorez que Dieu et que c’est la Science qui retient votre
admiration, à travers son disciple le plus fidèle. Lorsque vous
parlez, dussiez-vous vous adresser aux loups qui vous lapideront
d’insultes, ne vous adressez pas aux hommes, mais à Marie.
Dites ce que vous voyez d’Elle comme si vous L’aviez devant vous,
et personne n’aura vraiment d’emprise sur vous. C’est pourquoi je
vous dis toutes les choses qui sont contenues dans ce livre, moi
qui suis parfaitement indigne de l’Adeptat, et qui n’ai que le
rappel perpétuel de ce feu invisible remettant en mémoire la
naïve vision de celui de Marie.
Tout ce que je vous explique ici est bien évidemment dirigé par
les lois du cosmos. Lorsque vous vous placez en l’état tout
précédemment décrit, vous fabriquez une énergie particulière
dont le siège est dans l’hypophyse, énergie inductrice, c’est-à-dire
induisant avec vigueur la notion de séparation de l’Esprit à la
matière, vecteur puissant du feu secret qui ne peut agir que si
vous-mêmes êtes absents en ego. Vous êtes un objet de
transmission, d’émission, au lieu d’exercer la funeste absorption,
aspiration. Vous vous assouplissez à la place de vous durcir. Ne
vous chassez pas vous-mêmes du Temple.

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 266

Arrivés au stade de disciple, vous savez que vous ne pouvez plus


tricher. Vous sentez bien, en d’adéquates circonstances
mondaines, qu’à un moment ou à un autre vous voulez imposer
habilement vos propres conceptions, même si ce que vous dites
est vrai. Lorsque vous vous surprenez à de tels agissements,
soyez persuadés que vous êtes très malades. Si c’est seulement
avec vos frères que vous vous comportez de la sorte, vous pouvez
encore être sauvés par les réprimandes de l’instructeur. Mais, si
vous agissez comme j’en ai vu de nombreux de cette manière avec
ceux qui pratiquent de longue date, alors votre mal est incurable
par les voies humaines.
Vous êtes malades parce que vous ne montrez aucune soumission
dans vos paroles, coupant sans cesse et sans vergogne les plus
avancés : vous ne valoriserez pas plus de soumission dans les
actes et, qu’adviendra-t-il de vous devant le fourneau ? Celui qui
est infidèle dans les petites choses croit qu’il peut en accomplir de
grandes, parce que son moi l’obnubile tellement qu’il s’identifie à
ses monstrueux projets. Opiniâtre à cause de l’importance qu’il a
de lui-même, celui-là travaille en vain et ne récolte que les
résultats pourris de sa propre condamnation.
Agissez entre vous comme si le maître vous voyait, comme si
votre dernière heure était là ; c’est peu de le dire, croyez-moi ! En
l’absence de votre instructeur, représentez-vous les traits de son
visage, de ce qui vous a lié à lui, pensez qu’il est à côté de vous et
vous saurez discerner ce qui lui déplaît qui, par voie de
conséquence, outrage la Science. Rappelez-vous sans cesse, et
vous posséderez l’authentique obéissance, vous ne serez pas
comme ces enfants bâtards qui voient comme une joie l’absence
du maître et qui font toutes sortes d’actes mauvais qu’ils
n’osaient montrer à l’instructeur, par considération. Savez-vous
que les enfants légitimes estiment comme une grande perte
l’absence du maître ?
Si vous faites partie de ceux-ci, vous direz toujours que vous
tenez de votre Père les mots que vous prononcez, non de vous-
mêmes car, comment vous serait-il possible de vous enorgueillir
de ce que vous avez accompli avec le secours de votre Père ? Les
souffleurs ne parlent jamais de leur Père - ils n’en ont pas -,
parce que leur maître est leur ego. L’orgueil a une emprise totale
sur eux, leur suggérant que leurs actions ne sont que le fruit de

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 267

leurs propres efforts. Les plus fins ne seront pas aussi prolixes,
laissant ces comportements aux animiques. ils diront que leurs
fautes sont celles d’un autre ils feinteront de faire comme s’il
s’agissait d’un autre, accusant tel frère, telle circonstance,
craignant la remontrance. Et moi je vous dis que l’on ne peut
échapper à la honte que par la honte.
Vous devez confier vos fautes à votre guide, comme une plaie que
vous mettriez à nu, en vue de la réconciliation. Seul votre
instructeur peut vous instruire des pratiques et des attitudes que
vous devrez prendre en vue de générer les énergies capables de
vous réconcilier avec la Science. Ce seront vos propres efforts qui
créeront les substances judicieuses vous replaçant dans les états
de conscience possibles. Ne vous comportez pas comme ceux qui
croient pouvoir se passer des corrections. Ces derniers ne
pourront engendrer rien d’autre que les toxines de la suffisance,
tout en étant persuadés d’opérer la juste rectification. Ne cachez
rien, même les pires crimes, ne mentez jamais, dussiez-vous
passer par le trou de souris du plus grand déshonneur. C’est
justement ces impressions très dures à ressentir qui témoignent
que vous emmagasinez les énergies adéquates.
Les fainéants, eux, lorsqu’ils sentent que les ordres sont durs à
suivre, ils se mettent à préférer l’étude des livres. Mais, s’ils les
trouvent légers, ils fuient l’étude des livres comme le feu.
D’autres, plus cupides, vous laisseront en paix tant que vous
resterez un petit labourant. Par contre, le jour où vous prendrez
le Blason d’un maître et s’ils viennent à le savoir, ils vous
combattront en grinçant les dents contre vous. Ils feront tout
pour vous perdre, tout pour vous séparer de votre promesse. Ils
vous diront qu’ils ont des révélations à vous faire, que votre Père
a été vu dans telles circonstances désobligeantes, qu’il a trempé
dans telle affaire dont ils détiendraient les preuves secrètes, alors
que tout est faux. J’ai vu ainsi des enfants de Science innocents
qui, ayant trouvé sur leur route ces vautours, ont appris à leur
contact la ruse et la malice, leur innocence souvent accompagnée
de faiblesse les livrant liés aux loups, ces derniers ayant très bien
vu et su exploiter leur chétive expérience.
Ne pensez pas que vous ne progressez pas parce que vous ne vous
en rendez pas directement compte. Vous pouvez très bien croire

267
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 268

que vous stagnez depuis de nombreuses années et en réalité


fermenter un très grand bouleversement. Votre naïveté vous
persuadera toujours de votre ignorance par excès. Sans cesse les
êtres exagérément niais affirment « je ne sais rien », parce que ce
qui les rend ainsi est la crainte. Ils ont peur de tout et se retirent
dans le cocon de l’ignorance. Ils pèchent autant que les superbes,
et on les rencontre aussi fréquemment qu’eux dans la fourmilière
des prétendants. Refusant quelques responsabilités, ils omettent
volontairement de faire les comptes de ce qu’ils ont appris le soir
au coucher, afin et par la même occasion d’ignorer leurs
obligations de laborants. Ils ont la plupart du temps de grandes
et majestueuses aspirations, sont prêts à « tout sacrifier »,
seraient capables selon leurs dires des plus hautes missions,
déifiant l’Alchimie au delà du descriptible, complètement fascinés
par l’aspect féerique de la Tradition.
Les animiques se frottent le ventre de contentement en ces
termes. Les naïfs doivent apprendre à ne pas toujours voir le lion
dehors. Si lesdits animiques, insensés, sont piqués au vif
lorsqu’on les réprimande sans pouvoir se taire, les ingénus en
redemandent, ils se délectent du courroux de leur Père, c’est ici
leur forme d’ego. Plus l’instructeur les corrige, plus ils
s’enferment dans leur jouissance impuissante et adulent le
maître. Ils admirent tout, contemplent sans jamais avoir les
sandales dans le creuset, prennent pour Pierre philosophale un
vulgaire régule. Il s’agit là d’un angélisme redoutable, dont
beaucoup sont les victimes. Bien souvent, derrière ces faces
lunaires se cachent d’horribles araignées, dont le dessein secret
est de vous sucer l’astral par hypnose. Vous ressentez toujours
une grande douceur en leur présence, première phase de
l’anesthésie, se transformant en narcose lorsqu’ils se mettent à
parler de chymie en termes exagérément splendides, s’immisçant
dans le rêve au sens péjoratif par identification aux images que
eux seuls perçoivent. L’obéissance qu’ils doivent à leur
instructeur sera d’être, le plus souvent qu’il se peut, au contact
des réalités bassement matérielles, accompagnées de petits
désagréments corporels très agaçants - pincements, vives paroles,
gestes lourds, ... -
Pour leur salut, l’instructeur pourrait boire en leur présence,
chanter des hymnes à Bacchus en faisant du bruit avec son

268
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 269

ventre. Evidemment piqués au rêve, ils décrètent qu’un individu


si épais ne peut pas être leur maître, se mettant à geindre
partout qu’ils sont tombés sur un inaccompli, alors que c’est le
seul chemin par lequel ils peuvent atteindre la Science. Ils
veulent retrouver le plus tôt possible leur excès de zèle,
s’affairant en tous sens et pleurent en s’identifiant lorsqu’ils
tombent sur un de leurs semblables, encore pour se faire
plaindre. Ces larmes, bien entendu, ne sont versées que pour eux
sur eux, elles n’ont aucune valeur de retour.
Ils briguent les vertus impossibles, ne supportent pas les petites
tâches comme celles de nettoyer les cornues, ranger les pinces ou
préparer la nourriture pour le Père. Leur fainéantise, qui est à
l’origine de leur attitude, n’a d’égale que leur négligence. Tout est
sale chez eux ou réduit à une expression complètement dénudée.
Leur sœur sondé ne révèle aucun sentiment réel, rien que de
l’idéalisme exagéré. Ils disent avoir pour seul désir l’Adeptat, ils
se martyrisent en jeûnes les plus stricts, sont maigres comme des
coucous, passent des heures à genoux, se souviennent
continuellement de leur mort mais ne veulent rien faire, ne
supportent pas d’être dérangés par la Providence ou ne voient en
Elle que des interpellations féerique, sont bouleversés à l’idée
d’agir, de contacter des frères, de servir en totale abnégation.
Leur nourriture principale est la poésie libertine, les lectures -
enveloppés dans des couvertures bien chaudes, car ils ont en
général toujours froid -, les peintures romantiques du siècle
dernier (en réprouvant l’extraordinaire impressionnisme). Ils
sont capables de vous recevoir avec gentillesse, avec beaucoup de
courtoisie, feignant de s’agiter pour vous, ne sachant que faire
pour vous être agréable, alors qu’ils ne rendent service qu’à eux-
mêmes, en repoussant le plus loin possible leur angoisse.
Vous aurez compris, en règle générale, que votre instructeur
choisira chaque fois pour vous des comportements qui ne
souffrent aucune interprétation possible, permissive, vous
autorisant par une légère fente à perpétuer vos fautes. Il est
impossible de vous accorder des concessions. C’est pourquoi pour
un gourmand l’attitude juste sera le jeûne sévère par son
application stricte, qui paraîtra outrancière à quelqu’un qui ne
l’est pas. Un maître est toujours vu par les autres exagérément, il
ne peut pas en être autrement. Il sera, tant qu’il exercera sa

269
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 270

fonction, éternellement critiqué par ceux qui ne vivent pas les


fautes de leur frère. De même, si vous êtes d’un naturel hautain,
il adoptera un comportement peu accommodant et non pas
comme votre ego le reconnaîtrait maître, c’est-à-dire doux et
indulgent, vous considérant.
Pour guérir vos maladies du moi, votre maître vous reprendra
sans cesse sur les points que vous n’aimez pas, et ce sera la plus
juste manière de vous enseigner l’obéissance. Vous serez mis à
l’épreuve sans arrêt, réalisant bientôt combien vous est utile
l’observance. Persévérant, vous arriverez peut-être à son
accomplissement dynamique, regrettant une journée où vous
n’avez pas vécu l’humilité, c’est-à-dire l’humiliation.
Mais le plus généralement, vous serez tenté de juger votre Père
lorsqu’il se met à instruire un autre devant vous, car vous ne
comprendrez pas ses agissements, que vous qualifierez d’indus.
Parce qu’ils ne s’appliquent pas à vous, vous voici estimant et
retombant dans les habitudes, n’admettant pas que votre
instructeur frappe un indolent ou boive en la présence d’un
précieux, alors qu’il vous prive de bon vin à cause de votre
gourmandise, par exemple. Vous direz « il me prive et lui il boit,
qu’est-ce donc que ce fumiste qui n’est même pas capable
d’appliquer à lui-même ce qu’il enseigne ? » Et vous retrouverez
votre volonté propre, et vous vous rendormez. Pour ceux-là, être
au laboratoire n’a plus aucun sens. Si on leur demandait
pourquoi ils sont là, ils seraient tout à fait incapables de vous
répondre ou régurgiteraient une vague justification à consonance
philosophique, sans même croire un seul mot de ce qu’ils
racontent. Quelques-uns savaient peut-être au début pourquoi ils
sont venus au fourneau, mais ils l’ont oublié.
Inexorablement, celui qui est fidèle à l’Athanor et qui a trouvé un
maître a sué sang et eau tout seul avant. Vous pouvez être sûr
que ceux qui ne sont pas dans une lignée initiatique n’ont
pratiquement rien fondu au creuset. Quand bien même ils vous
parleraient en termes savants, vous sortant de leur besace
mystérieuse tous les manuscrits qu’ils auraient écrits, ils ne
valent rien d’autre que leur prétention. Il est impossible que
votre interlocuteur - quel que soit son nom - parle d’emblée de lui
: il annonce d’abord le Blason de sa lignée, il formule les mots
très respectueux au sujet de son maître, il ne dit rien de lui que

270
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 271

sa faiblesse. Jamais il n’avance un mot plus qu’il n’a accompli au


feu. Rendez-vous compte combien cette attitude est rare dans la
faune dite d’« alchimistes » contemporains ? Tous ont plus fait les
uns que les autres, au nom d’un maître qu’ils ont choisi par leur
propre fantaisie et sur lequel ils ont craché dans les coulisses dès
qu’ils furent connus.
Les tentatives laborieuses des sincères, lorsqu’ils s’exercent seuls
avec ferveur, les conduisent indubitablement à la conclusion que,
dans les conditions de la vie ordinaire, il est impossible de
parvenir à quoi que ce soit. Ces valeureux êtres commencent
alors à s’informer, à rechercher les endroits et les disciples où,
grâce aux conditions préétablies, l’œuvre est possible. A la fin, les
plus tenaces trouvent, après bien des souffrances. Ils apprennent
à reconnaître les bonnes conjonctures, ils débutent vraiment.
Puis, parce que leur volonté propre obnibule encore la plupart de
ces pré-élus, voilà que la majorité ne tire plus parti de ces
conditions. Ils ne les remarquent plus, ils se sont endormis et les
banalisent, prouvent qu’en vérité ils ne les cherchaient pas au
fond, et qu’ils n’essayaient pas d’obtenir dans leur vie de tous les
jours ce qu’ils étaient supposés quêter.
Celui qui ne se sert pas des conditions qui lui sont offertes
présentement n’a pas sa place dans la tradition alchimique. Il
perd son temps et ennuie tout le monde, il prend la place d’un
autre frère peut-être plus franc. J’estime donc ceux qui sont ici en
sachant qu’ils doivent travailler sur eux en même temps qu’au
fourneau, qui savent à peu près comment faire mais qui n’en sont
pas capables convenablement, pour des raisons qui échappent à
leur contrôle. Les rastaquouères, quant à eux, la mission de
Solazaref est de les rendre impuissants.
Que le sincère ne s’inquiète donc pas des actions du maître avec
d’autres disciples. Qu’il n’oublie pas que chacun a ses tares, ses
difficultés, ses formes d’ego, complètement étrangères à celles du
voisin. Du point de vue des énergies, le Maître doit effectuer des
réparations que vous n’êtes pas en mesure de produire, afin de
permettre à vos circuits naturels de refonctionner normalement
et de ne plus être gelés par les pratiques illicites du moi. Tel frère
découvre fréquemment au contact de l’instructeur tel autre frère
qu’il ne connaît pas. Ils ne s’étaient jamais vus, ne savent pas
d’où l’un et l’autre provient, ni ce qu’il fait, pas plus ses habitudes

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 272

et encore moins son ego. Et pour cause : les êtres qu’ils voient
tous deux au dehors sont camouflés avec la peinture de la
considération, des multiples rôles joués par chacun à la comédie
sociale. Ils ne savent pas comment ils sont faits en eux-mêmes.
Personne ne leur a jamais rien appris à ce sujet et, d’un seul
coup, ils sont ouverts tous deux ensemble, et le maître effectue
les corrections sur l’un et aussi sur l’autre, mais évidemment pas
les mêmes. Les manies sont dévoilées, les fautes également, tout
cela est exposé au regard des autres. Cela n’a plus rien de
commun avec ce qu’ils avaient l’habitude de voir dans le monde.
Il en est ainsi de tous les nouveaux : dès qu’ils rencontrent un
instructeur, ils sont mis à nu immédiatement. Alors tous leurs
plus mauvais côtés apparaissent clairement : ils deviennent
évidents et, pour vous si vous êtes un imbécile, vous ne voyez que
cela du nouveau frère. C’est la raison pour laquelle ceux qui ne
savent pas ces choses ont l’impression à notre contact d’avoir
affaire à des gens stupides, pleins de défauts, remplis de
lourdeurs, alors qu’en fait il s’agit souvent de frères très sincères
qui travaillent sur eux-mêmes. J’ai dit imbécile parce que vous
ignorez volontairement une chose alors : ce n’est pas votre
mérite, que de voir vos frères comme cela, dénudés. C’est le
mérite du maître, que vous vous octroyez volontiers. Si le guide
ne les avait pas exposés au grand jour, vous vous seriez peut-être
mis à genoux devant l’un d’eux, parce qu’il a un grand nom, par
exemple. Vous oubliez que vous aussi n’allez pas tarder à être
déshabillé et que vous serez comme les autres. En regardant
fièrement vos frères de la sorte, vous vous imaginez qu’ici aussi
vous pouvez conserver votre masque, alors que, d’une manière ou
d’une autre, le maître vous l’arrachera devant tous.
C’est pourquoi je ne vous autorise pas à juger tel ou tel frère qui
est placé sous la juridiction d’une lignée initiatique. Ne souffrez
pas des défauts par omission des autres, vous êtes pareillement
infecté de souillure. Au contraire, vous devriez être reconnaissant
et vous estimer heureux, car, à cause de votre moi et comme tous,
vous faites du mal sans le savoir. Comprendre cela est accomplir
une bonne part de la route.
Il ne vous sert à rien d’évaluer que certains sont meilleurs que
d’autres parmi vous. Il n’y a pas « d’autre » ici. Les disciples ne
sont ni intelligents, ni stupides, ni plus ni moins, il n’y a que des

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 273

êtres en métamorphose, dont vous faites partie vous aussi.


Sachez que c’est justement parce que tous sont en « curetage »
que vous arriverez à changer vous-même, car la présence d’untel
rustre auprès de vous, si vous êtes maniéré, sera le cadeau le
meilleur pour votre avancement. De même, untel oublieux, si
vous êtes maniaque, sera la source sûre d’une plus juste vision de
vous-même. Chacun de vous devrait y penser lorsqu’il rencontre
un maître. Ce dernier a déjà ses disciples, et vous les côtoierez un
jour à votre tour, si vous le méritez et si vous ne vous montrez
pas trop vaniteux.

Nous avons beaucoup parlé de volonté propre, et nous avons


affirmé que vous la confondez avec le libre arbitre. Pourtant rien
n’est plus étranger que ces deux aspects dont un appartient à
l’ego et l’autre à l’être.
Comprenez bien que le libre arbitre est une fonction de ce que
vous êtes en propre, complètement dégagé de la funeste influence
du moi. C’est votre véritable volonté et non pas celle qui est issue
de ce que vous aimez, de ce que vous n’aimez pas, de ce qui vous
arrive. Cette dernière est la volonté propre, qui se contredit d’une
heure à l’autre, qui va là où le vent de vos désirs souffle et qui
n’appartient qu’aux sommes d’identifications et aux mimiques
que vous vous êtes appliqué à emmagasiner depuis tant d’années.
Il n’y a aucune confusion possible entre ces deux dynamismes.
L’homme ordinaire, c’est-à-dire vous dans l’état actuel, nomme
son libre arbitre ce qui dépend tantôt de son intellect, tantôt de
son affect ou encore de sa motricité, mais jamais de la
permanence qu’il est incapable d’avoir tant qu’il reste sous ces
dépendances de girouette.
Un réel libre arbitre ne peut exister que dans un être qui a
accompli, par ses propres efforts, les fusions que nous avons
mentionnées plus haut. En d’autres termes, il ne peut exister que
là où se trouve la direction d’un moi unique, là où vous avez
instauré une permanence suffisante capable de diriger et d’être
l’absolu maître de tous les petits mois qui vous caractérisent.
Actuellement, chacun de ces petits mois dit « je », s’intitulant
libre arbitre. Untel est élevé très vertueusement, détournant son

273
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 274

regard d’une prostituée, mais vénère deux ou trois patrons,


courant en tous sens « pour la maison » : il est un autre genre de
prostituée, mais il ne le voit pas avec les mêmes fonctions ni avec
la même morale. Seulement lorsqu’il verra ces piètres
comportements mécaniques en lui, il aura une très infime notion
de ce que peut être le libre arbitre, parce qu’il s’est objectivé et
qu’il est devenu plus unifié.
La majorité des hommes et des femmes dans le monde moderne
est parfaitement inapte à avoir une véritable volonté, parce que
ce genre de volonté, requise pour l’Art, n’est pas un phénomène
ordinaire. On ne peut pas l’avoir sur commande et on ne la trouve
nulle part ailleurs qu’en soi-même par le travail sur son ego.
L’illusion d’avoir de la volonté vous donne celle de posséder un
sens moral. Lui non plus n’est pas objectif. Untel peut très bien
voir sa mère mourir, éprouver des remords parce que la morale le
veut mais, comme les hommes sont des pourceaux, il
recommencera à pratiquer toutes sortes de choses qui peinaient
sa mère et qui étaient justement à l’origine du fait qu’il ait des
remords : il aura oublié, malgré ses grandes déclarations dites
morales, parce qu’il n’a pas de conscience, et qu’un individu sans
conscience ne peut avoir aucune morale. Tel autre adore le café,
mais son médecin le lui interdit à cause de sa trop forte tension.
Cependant, il oubliera au moment précis où il aura très envie de
café et, lorsque son désir sera assouvi, il sera à nouveau d’accord
avec son médecin, se targuant devant tous de suivre un régime.
Lorsque son désir est comblé, le voilà qui redevient moral. Il en
est ainsi de tout, de choses grossières comme celles-ci, mais
également de subtiles attitudes dont vous ignorez l’étendue en
vous.
Ne mélangez jamais l’intérieur et l’extérieur de la vie. Laissez à
l’extérieur ce qui lui appartient, gardez à l’intérieur ce qui lui est
propre. Pour vivre dans le monde, certes, il faut que les loups
hurlent ensemble : vous devez donc hurler comme eux, adopter
leur morale qui est immorale en Chine et encore plus en
Australie. Tout cela, rien que de la morale extérieure, partout
différente, sans importance aux yeux de Dieu. Seule la morale
intérieure compte, celle qui est unanimement reconnue sur toute
la terre par les hommes sains d’esprit, par ceux qui ont peiné. Le
reste dépend de la mode. Aujourd’hui quelque bandit tue votre

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 275

femme ; si vous vous défendez, vous irez en prison presque


comme lui, et lui sortira dans quatorze ans « s’il se tient bien »,
c’est-à-dire s’il ne traite pas d’imbécile le Garde des Sceaux, s’il
ne crache pas au visage de son geôlier et s’il se lève chaque fois
que son avocat entre dans sa cellule. Hier, il était purement et
simplement guillotiné sur la place publique et, avant-hier égorgé
sans procès. Tout cela était moral, parfaitement légal, c’était le
bon ton social.
Lorsque vous venez à un guide, ce dernier a également le devoir
de faire éclater ce que vous nommez vos valeurs morales, celles
qui appartiennent à cette morale extérieure variant avec les
époques, les lieux et les êtres. Il en a la mission pour que vous
observiez de quoi tous les dispositifs qui vous permettent d’avoir
raison dépendent, et ce qu’ils vous autorisent à faire sans la
moindre gêne. Ce n’est pas parce que vous adoptez un sens
moral, parfaitement identifié, que vous êtes en mesure d’agir
vraiment. On le croit pourtant souvent et, combien j’en ai
rencontré qui, au nom de la morale intérieure et toute sainte de
Monsieur Canseliet, se sont permis d’agir d’une manière fort
impertinente envers les autres. Ces jeunes qui, sous prétexte
d’avoir côtoyé le maître durant quelques années, se mirent à
exercer ses valeurs alors qu’ils en étaient parfaitement
incapables, pour ne pas les avoir accomplies eux-mêmes.
Quand l’instructeur, très patiemment, détruit toutes ces fausses
croyances, il arrive souvent que le disciple se fâche contre lui. Il
ne comprend plus pourquoi il était venu et, lorsque l’Adepte
touche vraiment au cœur de la pourriture, voilà que le postulant,
soudainement, se met à y tenir plus que tout au monde. J’ai
connu une femme qui m’adulait parce que je suis alchimiste, qui
était prête à n’importe quoi, qui me faisait littéralement l’amour
par les yeux tant ses phantasmes avaient pris la tournure de
l’aspect merveilleusement « transmutatoire » de la Science.
Quand elle fut placée devant le fait de ses gestes - le rôle du
maître -, elle se mit à me traiter de grossier personnage, parce
que je ne la considérais plus. J’appris plus tard qu’elle rejoignit la
secte des scientologues - la plus pernicieuse de toutes
actuellement -, qu’elle avait bien entendu trouvé un « maître »
qui la considérait parfaitement le résultat ne fut pas différent,
puisqu’elle trouva le moyen très « moral » d’atterrir dans son lit...

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 276

Tout n’était, mes enfants, qu’une question de manières ! La voilà


qui fait maintenant la gueuse en toute légalité. Mais cela ne lui a
pas suffi car, ayant poussé la « légalité » au maximum, elle
s’ingénia, toujours à grands coups de considération, à faire
divorcer ce gourou emplumé qui avait deux enfants. Aux
dernières nouvelles, encore sous la plus complète « légalité
morale », elle tente d’avoir les petits de l’autre femme à sa charge
parce qu’ils sont bien mignons. Evidemment, cette moralité ne
voit pas que la pauvre divorcée vit maintenant dans un taudis,
avec les moyens de l’Etat (...) et, bien entendu sous la houlette de
cette brave moralité, se trouve délaissée de sa famille proche,
parce que cela ne se fait pas
Ne sursautez pas et ne faites pas triste mine. D’innombrables
personnes souffrent atrocement, tout cela en raison du bon ton
hypocrite. Ne croyez pas que c’est à cause de celui des autres,
mes fils il s’agit de celui auquel vous participez en vous-même
qui, se multipliant, bâtit l’édifice fabuleusement pourri des
valeurs modernes. Par exemple, vous vous mettez en colère, mais
vous êtes devant votre chef. La règle exige que vous ne montriez
pas votre colère. Extérieurement, vous prodiguerez des sourires
plus grands les uns que les autres, intérieurement, vous serez en
colère : la règle vous a empoisonné quelques heures, au moins, si
vos obsessions et votre imagination ne se greffent pas là-dessus
pour vous plonger dans des fixités qui durent des semaines
entières. Voilà que vous en parlez aux amis, à votre femme le soir
chez vous, mais comme à vos yeux il est à ce moment là plus
important d’être viril, vous racontez que c’est vous qui avez passé
un savon à votre chef. Vous continuez à être obsédé par l’incident
et en plus vous vous mettez à mentir. Le lendemain, non content,
voilà que vous commencez à imaginer toutes sortes d’attitudes
vexatoires pour votre chef, que vous n’exécutez qu’à moitié en
sourdine - sinon c’est la porte - mais que le soir vous rapportez à
votre femme (quand ce n’est pas à une autre) en inversant les
situations. Puis, le samedi, vous sortez les enfants du laboratoire
et vous allumez le four. Rien ne se passe, à cause - prétextez-vous
- des creusets, de la minière, du bruit, de la fatigue de la semaine
(vous vous saisissez de vos justifications). A minuit, votre épouse
osera à peine déranger le rêve dans lequel vous êtes plongé
depuis que vous voilà assis dans votre fauteuil, le feu éteint. Ce
rêve, c’était celui de projeter passer un soir de la semaine

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 277

prochaine à la Table d’Emeraude à Paris, ou ailleurs, dans


l’espoir de rencontrer des amis chymistes, et de leur raconter vos
merveilleuses manipulations, les persuadant d’être très près du
but. Le surlendemain, vous recommencerez votre cirque avec
votre chef, et ce sera ainsi toute votre vie.
Toute votre vie ? non, jusqu’au jour où vous connaissez un être
qui a vraiment travaillé. Vous voici devenu ami de cet individu,
vous faites tout pour attirer ses bonnes grâces et lui, par esprit
charitable. vous enseigne ce que vous faites et ce que vous êtes.
D’un seul coup, vexé, il n’est plus votre ami et vous cancanez sur
lui partout. L’année d’après, vous vous trouvez dans une autre
usine, dans les mêmes embouteillages, avec un autre chef en face
duquel vous aurez une colère rentrée. Le soir, vous en reparlerez
à votre femme, en inversant les rôles,

Ce quatrième degré concerne le matériel environnant l’Athanor,


ainsi que les conditions extérieures. Il est celui de l’ordre, de la
mesure, de l’équilibre, du discernement mais aussi celui de la
pauvreté quantitative des fournitures, de l’abnégation des
fioritures inutiles, de la sobriété des usages.
En effet, si l’on se retrouve dans les mêmes murs, le temps exigé,
avec un maître, on reste par ailleurs seul dans son laboratoire en
face de soi-même et en Alchimie. La tenue extérieure et
intérieure que l’on adopte devant l’instructeur retrouve son
similaire au fourneau, écartant pour toujours les estimations
personnelles issues d’un moi fanfaron. Autant vous dire que les
ustensiles doivent être à la mesure de cette légitime appétence,
sans tomber dans les excès chers aux paranoïaques de tous bords.
Tout d’abord, la question essentielle du matériel. Il est inutile de
souligner l’extrême importance des modalités de leur conception.
Ils ne peuvent être conçus que par vous-même ou par un artisan
qui travaille au feu de la Science. En aucune manière, sous
quelque prétexte que ce soit, ils ne doivent être de lignée
industrielle, quand bien même ils seraient destinés à des
opérations banales. Il n"existe pas de manœuvre péjorativement
banale en l’Art. Sans s’égarer dans l’immodération affublant les
maniaques déjà mentionnés, il est toutefois primordial, vous

277
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 278

l’aurez compris, que tous vos gestes soient empreints de ferveur


et de rituel, simplement parce qu’ils servent la plus noble des
causes. Il n’est pas nécessaire, je pense, de nous étendre
davantage sur cet impératif. Les modernes, au cours de leurs
profanes expériences, se saisissent de précautions qui en disent
long sur le reliquat inconscient qui les dirige lorsqu’il s’agit de
manipuler. Cependant, la Cause est ici bien plus maritalement
vécue et, puisqu’il s’agit d’une fusion comprenant à la fois la
raison aspirante première inséparablement liée au mouvement, il
est évident que toute la gestualisation s’en ressent profondément.
Loin les impulsions violentes, les actes hâtifs, les agitations
nerveuses et vives par disproportion, commandés par un intellect
envieux, craintif ou impatient. Vos opérations doivent être
rituelles" belles. Vous les offrez aux regards de Marie. Vos actes
seront fatalement dansants, harmonieux, parce que vous êtes
vous-même dans l’épreuve qui se déroule non comme spectateur,
mais comme sujet, comme ce qui se trouve dans le creuset. Ici se
dresse encore un immense écueil sur lequel viennent se briser la
plupart.
Si bien des insensés affirment et recommandent même qu’il n’est
pas besoin d’un maître en Alchimie, de même, ils limitent
volontairement, toujours sous la présidence de leur ego, le
nombre d’acteurs vivant l’heure à trois ou quatre, omettant
l’action de leur propre présence. Toute leur cupide attention se
dirige exclusivement vers les matériaux, vers les conditions
extérieures et astrologiques, mesurant les poids et les durées,
mais écartant totalement ce qu’ils sont, eux. Vous êtes dans
l’événement au même titre que les autres sujets : voilà une chose
que les systématiques ne comprennent pas, parce qu’ils
s’imaginent être le centre de l’expérience en cours, comme
directeur général des conditions - sauf les extérieures peut-être
qui justifient à leurs yeux leur apparente et séduisante courtoisie
pour les choses de l’Art. Bien évidemment, c’est l’ensemble, dont
vous-même, qui est le champ où se déroulent les phénomènes,
c’est pourquoi je prends tant d’application à vous expliquer les
modalités intérieures.
Vous ne mettez pas un creuset dans le four pour, du haut de
votre mirador, contempler ce que vous attendez. Lorsque vous
vous saisissez de la pince en vue de poser le vaisseau dans

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 279

l’enceinte, vous vous placez vous-même dans le feu et vous


subissez, tout comme les matières, les transformations, n’en
doutez pas une seule seconde. Cette notion - que j’appelle
volontairement notion tant elle fut évidente voici encore
cinquante années - a disparu du comportement du chymiste
moderne parce que le matérialisme a tout rendu trivial. L’argent
est plus facile à se procurer qu’auparavant, et on ne fabrique plus
ses propres vaisseaux : quelle peine ressentent-ils lorsqu’ils en
cassent un ? Quel bonheur éprouvent-ils lorsqu’ils téléphonent au
marchand grossiste en matériel de chimie et commandent une
caisse de creusets numéro zéro ? Que savent-ils de la peine de
l’artisan qui tourne les coupelles en terre chamottée, qui abîment
les mains et nécessitent les plus fines précautions quant à leur
élaboration ? Qui se préoccupe des ancestrales préparations des
terres, qui demandent six mois ? Qui se rend compte encore, de
nos jours, de ce que représentent six mois d’attention perpétuelle,
de minutie et de fidélité, les heures de fatigue provoquée par
l’extrême soin exigé au tournage, des jours suivants où la même
vigilance est réclamée par le séchage, la cuisson, tout cela pour
quelques vaisseaux ?
Ces qualités étaient naturellement l’apanage du plus petit
artisan d’antan. Et les utilisateurs qui savaient comme soulignait
mon maître « quel était le goût du pain », avaient en eux d’autres
dispositions dans tous leurs mouvements quant au matériel,
depuis la commande jusqu’à leur cessibilité. Combien de
palefreniers s’emparent aujourd’hui du bout de terre cuite qu’ils
nomment pompeusement « creuset » comme ils poseraient une
clef à pipe de 14 ou, malheureusement et après les règles
pseudocourtoises d’usage, comme ils coinceraient leur génitrice
du moment : activité habituelle des animiques en leur ego. Les
autres sont tout aussi pernicieuses. Tel intellectuel s’ingéniera à
dénicher le meilleur artisan durant des mois, il le dérangera un
nombre incalculable de fois parce que la courbure intérieure du
creuset convoité n’est pas tracée à l’ordinateur en vue d’une
parabole parfaite (je l’ai supporté moi-même ), sans laquelle rien
n’est possible pour eux. Après l’avoir couvert de motifs pseudo-
transcendants, le pauvre bougre qui sue sang et eau au tour, son
travail terminé, se voit marchander dix sous un matériel déjà
vendu moins cher qu’en industrie. Ou alors, ne sachant pas user
à bon escient, le coq chantera partout que votre élaboration est

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 280

illicite. Les affectifs, eux, prennent carrément possession de


l’artisan : il est le leur et ne doit exécuter que leurs outils, qu’ils
ne paient jamais parce qu’ils n’ont pas le sou ou qu’ils « oublient
». J’ai connu deux noms très célèbres qui exigèrent de moi en leur
temps l’exclusivité des fabrications, après avoir commandé une
quantité considérable d’ustensiles, pour lesquels je devais aligner
mon prix sur le leur, parce qu’ils s’appelaient monsieur untel
(leurs écrits ne reflètent pas du tout leur égoïsme).
S’il est déjà très difficile de trouver l’artiste capable de bien
souffler une cornue, il vous sera encore plus malaisé de dénicher
un bon gîte de terre que vous pourrez recommander au potier qui,
j’insiste, doit inexorablement être alchimiste lui-même. Ne vous
hasardez pas à confier la conception de vos vaisseaux à un potier
moderne sans conviction chymique, cela serait très dangereux
pour lui et pour vous.
Afin de venir au secours d’artistes futurs, qui auront bien du mal
à vivre dans la société de demain, voici à leur intention quelques
renseignements capables de les aider efficacement.
L’élaboration d’une terre réfractaire et philosophique obéit à des
lois apparemment inconciliables. Tenue au feu, relative
résistance aux chocs thermiques, non absorption des sels,
réutilisation, bonne perméabilité aux phénomènes cosmiques et
astraux, voici bien des conditions qu’il est difficile de réunir en
une seule terre. Le résultat de notre expérience, celui-là même
avec lequel vous avez travaillé. vous commande de trouver un
gîte dont la composition profane est la suivante
Corps Symbole moderne % sur cru % sur cuit
Silice SiO2 48,2 55,8
Alumine Al2O3 34,7 40,2
Oxyde de titane TiO2 1,5 1,7
Oxyde de fer Fe2O3 1,4 1,6
Oxyde de potassium K 2O 0,3 0,3
Oxyde de sodium Na2O 0,1 0,1
Oxyde de calcium CaO 0,1 0,1
Oxyde de magnésium MgO 0,1 0,1
Perte au feu PF 13,6

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 281

La perte au feu du produit cru indique que lorsque vous le


calcinez à 950°C, les corps se frittent en silicates et les éléments
solubles ne le sont plus. La nature minéralogique d’une telle
argile est kaolinitique. Sa résistance pyroscopique ( température
à laquelle elle se déforme par le feu) est de 1760°C. Sa résistance
à la flexion en cru doit être de 24 kg/cm2 minimum, sa densité
apparente non tassée et sèche d’environ 500 kg/m3 .
Vous constatez qu’elle est pratiquement dépourvue de fer ainsi
que des autres oxydes métalliques - elle est donc blanche au
regard -, ce qui est très important à la tenue au feu. De même,
pour celle des chocs thermiques, l’absence quasi totale d’oxyde de
potassium et d’oxyde de sodium, qui ont un très grand coefficient
de dilatation, est ici en bonnes normes.
Une terre de cette composition se trouve dans la partie nord de
l’Aquitaine, où de nombreux gîtes existent à la limite de la
Charente-Maritime et de la Gironde. Elle est à la base de tous les
produits réfractaires qui sont utilisés en Alchimie, que cela soient
les dômes de four, les coulis, les briques, les creusets, etc ... ,
seules les conditions de préparation diffèrent en fonction de la
destination des ustensiles. Elle peut même entrer dans la
composition de vos luts. Les gîtes de Beauvais ont été écartés à
cause de leurs impuretés en fer, rendant délicates certaines
opérations d’Art bref. Les techniques d’extraction de l’époque de
Monsieur Canseliet étaient sans doute plus consciencieuses car,
bien qu’issues des mêmes veines, les terres n’ont plus aucun
degré de parenté entre celles de son temps bienheureux et le
nôtre. Nous avons d’ailleurs pu constater de visu, lors d’une
rencontre chez le Maître de Savignies, que les compositions
diffèrent bel et bien. Sachez en outre que nos divulgations sur ce
sujet, dans une Tourbe de 1983, concernaient le grand public.
Vous aurez la primeur de savoir que les gîtes de la région de
Savignies sont aujourd’hui limités en possibilités qualitatives.
Je vais maintenant vous expliquer la bonne préparation en vue
de concevoir toutes sortes d’objets réclamés par l’usage : briques,
terre pour fours, pour voûtes, dômes, fromages, pouvant, à
l’extrême limite, vous dépanner pour quelques fusions en creuset,
têt à rôtir, car ce qui suit n’est pas la préparation philosophique
de la terre vraiment requise, qui ne se transmet que de l’artiste
potier au fils qui prend la suite.

281
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 282

- Receuillir la quantité nécessaire de terre au gîte, en la triant


sur le tas pour retirer toute impureté et étrangeté : elle doit être
nette et de structure uniforme.
- Séchez-la au soleil quelques semaines, jusqu’à ce qu’elle puisse
se concasser en grains de 0,5 cm, ce que vous faites.
- Dans de grands saladiers en grès ou sur des plaques
d’enfournement adéquates - en carbure de silicium de préférence
-, demandez à un potier de vous la calciner à 1300°C. Une fois
sortie du four, vous la broyez en grains non identiques dont les
dimensions varient de la poussière à 1 mm maximum. Vous
obtiendrez de cette façon la chamotte dûment préparée. Faites
cela sur 40% de votre quantité.
- Pendant ce temps, vous aurez mouillé l’autre partie des grains
de terre crus et vous l’aurez malaxée de sorte qu’elle forme une
bouillie épaisse, un peu liquide tout de même. Vous filtrerez cette
barbotine avec un tamis 30 (30 mailles par pouce).
- Vous mettez en présence la chamotte et la barbotine, dans un
grand bac, et vous mélangez subtilement, jusqu’à obtention d’une
pâte très homogène.
- Fabriquez des plaques de plâtre d’une épaisseur de 7 à 10 cm (il
en existe de toutes moulées chez les marchands de matériaux,
vendues pour les cloisons), et placez votre pâte liquide sur ces
plaques. Surveillez l’absorption d’eau qui, d’après le temps, peut
demander de une à six heures, selon la saturation de la plaque.
- Une fois ferme comme de la pâte à modeler, aisément
façonnable à la main sans qu’elle colle aux dites, retirez la pâte et
battez-la sur une table en bois très forte ; stockez-la dans votre
cave en pains enveloppés dans des sacs de forte toile
périodiquement humidifiés, parfaitement fermés. Elle se
conservera ainsi prête à l’usage des années, pourvu qu’elle ne
prenne pas la lumière, ni le chaud, ni l’air. Elle se bonifiera
même avec le temps : plus elle sera vieille, meilleure vous la
trouverez.
- Façonnez à la main, avec habileté, vos formes. Laissez sécher
dans un local ventilé mais à l’ombre et, une fois complètement
secs, demandez au potier de cuire à 1400°C pour les objets devant

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 283

contenir un métal liquide, et à 1100°C pour ceux qui doivent plus


spécialement résister aux chocs thermiques, en atmosphère
oxydante, dépourvue de salage.

Exercer un métier traditionnel, mode de vie qui garde l’aspirant des


déviations illicites.

Voici maintenant un aperçu du matériel nécessaire en vue de


s’exercer au fourneau dans les quatre voies : spagyrie, voie
humide, voie sèche et art bref.
Spagyrie :
- pots de stockage plantes et minéraux

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 284

- 10 têts à rôtir, F compris entre 10 et 30 cm - 10 bonbonnes


de verre paillées de 25 1
- quelques draps de lin et d’éponge pour la rosée
- 5 ou 6 bassines en tôle émaillée de 10 à 30 litres - 2 à 5
matras en verre pyrex de 1 à 3 litres
- une dizaine de cornues en verre pyrex de 0,3 à 1,5 litre - 5
bouteilles de conservation des sels - idem pour les esprits
- 3 vases de lavage
- une dizaine de vases de putréfaction ou jarres
- quelques éprouvettes en verre pyrex et pinces
- becs Bunsen, grilles, filtres, entonnoirs de verre et le petit
matériel de chymie profane - 3 vaisseaux de circulation en
verre pyrex et en terre - 2 vaisseaux jumeaux en verre
pyrex et en terre - une dizaine de coupelles en cendre d’os
- tout le matériel de calcination : cendriers, brûle-plantes ...
- quelques ballons sphériques de contenance variée -
quelques neufs de coction en terre lutables - 1 mortier en
bronze ou en fonte - 2 cornues en grès
- serpentins et refroidisseurs
- une dizaine de cristallisoirs
- 2 mortiers en porcelaine ou en grès
- quelques creusets de fusion et ensemble régule - cucurbite
et tête de Maure en verre et en terre - 1 ou 2 moules
métalliques de fusion
- quelques briques réfractaires pour constructions spéciales
- 3 vinaigriers
- 2 sublimatoires
- 1 athanor adéquat, balance, trébuchet - un prisme
Le reste est pour les disciples avancés, comme retortes à
double col, têtes de Maure disposées
en aludels,...
Voie Humide :
Tout le matériel de spagyrie, plus :
- 1 athanor supplémentaire spécialement conçu - 1 neuf de
coction en très fort verre réfractaire - quelques plaques de
marbre
- des pinces adaptées à l’athanor
- des ballons de contenance 6 litres bouchons émeri de
grands cristallisoirs 4 litres - un miroir plan

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 285

Voie Sèche :
- 3 cristallisoirs de 1 à 2 1, dont un à fond plat
- 2 vases de lavage de 2 1
- 5 bouteilles de conservation des sels de 1,2 1
- 2 bouteilles de conservation des esprits pour huile
incombustible
- 10 bonbonnes paillées de 25 1, en plus du nécessaire de
ramassage de la rosée ( draps, entonnoirs, cuves, ... )
- 10 têts à rôtir, F 10 à 20 cm
- entonnoirs et papier filtre
- vase de cristallisation pour les sels de 3 1
- 2 plaques de marbre
- 5 cornues en terre de 0,75 1
- 1 matras de circulation en terre ( dépend de la route prise
par l’artiste au deuxième œuvre ) - 50 creusets : 10 de
séparation, 30 de purification, 10 pour les aigles - 1
sublimatoire spécial pour le soufre
- 3 ensembles régule
- 1 ensemble coction

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 286

- quelques creusets spéciaux pour les aigles, que les artistes


demandent lorsqu’ils en sont là, car il existe de particulières
conditions de transformation du lion verd en lion rouge - 1
athanor très solide, avec toutes sortes de pinces, moules
- 2 becs Bunsen, et 5 ballons de 6 l
- 2 grands plats en tôle émaillée
- quelques briques réfractaires
- cuillers verseuses et canne spéciale pour pêche de la
Remore
- 7 creusets spéciaux pour Mercure
- une balance à suspension
- 1 mortier en bronze ou en fonte
- 1 prisme
- 1 résonateur de son
BRÛLEUR TORCHE.

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 287

Pour l’Art Bref


Tout le matériel de la voie sèche, plus - Athanor à enceinte
spéciale et miroirs - lunettes en verre F fumées
- plaques de plomb
- compteur Geiger
- vaisseau spécial hautement fritté - hélium
- lentille biconvexe
- ………..
Nous savons que bien des patentés nous reprocheront ce
descriptif surprenant de clarté. Ces mêmes, qui ont peur de
perdre leurs privilèges par l’énoncé de la vérité, vous
prétexteront, toujours par les mêmes procédés fielleux,
précédemment décrits au sujet des justifications, que nous
violons le « secret philosophique ». Et moi je vous dis que le secret
n’existe que dans les mentalités malades : le faire est le seul
gardien authentique, et c’est justement lui qui rend possible la
divulgation réelle des faux semblants.

Description sommaire de la confection d’une petite cornue Pour


fabriquer une petite cornue, il faut
- Définir et réunir les paramètres pour lesquels elle va servir,
c’est-à-dire les conditions précises de température, de milieu
physico-chyrnique, etc., afin de rassembler toutes les hypothèses
qui permettent de calculer la terre : chaque terre a sa fonction.
- Calculer la terre suivant un schéma de chimie céramique précis,
après avoir fait analyser les échantillons à 1 % près. Ce calcul
consiste à établir la formule stœchiométrique pour aboutir à la
formule pondérale en pour cent.
- Contacter les fournisseurs susceptibles de réunir les produits
qui ont été choisis en fonction de leur destination et des résultats
des calculs.
- Commander les fournitures, en général dans deux à quatre
lieux différents répartis en France. Pour

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 288

nos cornues : Bordeaux, Saint-Amand-en-Puisaye, Beauvais.


Réception des fournitures. - Faire sécher les terres.
- Doser les fournitures sèches.
- Incorporer les produits philosophiques élaborés auparavant : sel
de nitre chymique, vitriol de voie sèche, vinaigre des montagnes
ou armoniac. (On ne s’étend pas sur ces fabrications dont
chacune requiert au moins un mois de préparation).
- Les broyer à des granulométries différentes.
- En faire une barbotine.
- La raffermir sur rondeaux de plâtre.
- Tourner deux cornues, chacune comprenant : le vase du bas, la
cucurbite proprement dite, le nez. - Une fois raffermies,
tournasser les trois parties, deux fois.
- Ensuite, ajuster le vase du haut à celui du bas, placer le nez.
- Mettre les ensembles ainsi réalisés dans des conditions de
séchage idoines : une ambiance de 15°C, sans la moindre
variation de température. Pour ce faire, soutenir le feu dans
l’atelier de fabrication jour et nuit, sauf aux beaux jours.
- Surveiller le séchage des cornues toutes les deux heures,
déplacer les supports de séchage afin que les becs ne se tordent
pas dans le mauvais sens, et qu’il y ait le moins de
gauchissement possible.
- Une fois sèches, faire subir une première cuisson à ...°C, aux
pièces judicieusement placées dans le four afin - qu’elles ne
prennent aucun coup de flamme, cause de déformations, - que les
supports soient bien placés pour qu’ils rétrécissent en même
temps que les cornues,
- de refroidir uniformément, sous peine de fêlure. - Une fois
biscuitées, on meule les parties inadéquates.
- On replace ensuite les cornues dans le four, on replace d’autres
supports, avec les mêmes soins ; on recuit le tout à une
température très exacte, qui doit à la fois réunir la non porosité
aux liquides mais aussi la bonne porosité au feu externe. C’est à
5°C près.

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 289

- On défourne, après un refroidissement adéquat, on jette une


cornue sur deux, celle qui a le plus de défauts.
- On essaie la cornue ; on s’aperçoit que la terre ne convient pas
très bien. On reprend tout au départ on recalcule les terres, en
modifiant les paramètres nécessaires. On recommence tout au
moins deux fois par chance, cinq fois dans de bonnes conditions et
dix fois dans des conditions malencontreuses.
Enfin, on arrive à obtenir l’ustensile correspondant aux
paramètres de départ.

Les conditions extérieures climatologiques sont, évidemment, de


toute première importance. Que pourrions-nous apporter de plus
aux précieuses descriptions données par Monsieur Canseliet dans
son Alchimie expliquée ? Rien pour ce qui concerne la voie
humide et la voie sèche, sinon peut-être une question d’altitude,
que nous avons déjà soulignée par ailleurs dans une autre
parution trimestrielle.
La seule donnée que nous nous permettons d’ajouter concerne
l’art bref, qui est, au cours de la manipulation ultime,
complètement dirigé par l’énergie de la foudre. Effectivement, un
moment précis de l’ouvrage brevia réclame la fabuleuse force de
l’éclair, mais nous n’entrerons que très peu en confidence sur ce
sujet car, pour l’avoir expérimenté nous-mêmes voici quelques
années, nous affirmons que l’opération est des plus dangereuses.
Nous en dévoilerons quelques données techniques dans la
troisième partie.
Lorsque vous saurez que le diagramme mars-minière a son point
de Curie (dont nous rappelons qu’il s’agit de complètes
modifications des qualités magnétiques) se situant à 560°C et
que, à l’aide d’un dispositif approprié, l’énergie de la foudre entre
littéralement au plus profond du bain, vous ne serez pas surpris
d’apprendre que des phénomènes d’ordre nucléaire se déroulent
d’une manière extrêmement rapide.
O indicibles souvenirs, quand, exilé pour la cause dans une petite
cabane de pierre à plus de mille cinq cents mètres d’altitude,

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 290

l’orage éclata, l’éclair transmutant d’un seul coup les sept métaux
dont je tentai la conjonction, dans le but de marteler les coupes
qui me servent durant la coction. Seul l’art bref vous offre les
ustensiles sans lesquels poursuivre au delà du deuxième œuvre
est impossible, capables de générer les sons, ou de transformer
ceux qui ont été émis en vue de les absorber. Les profanes
résonateurs sont insuffisants, je vous le dis, car ils requièrent des
conditions extérieures qui ne se reproduiront que trop rarement
d’ici le XXe siècle. Que mes fils n’ignorent point cet important
détail, qu’ils voient combien serait grave pour eux de s’identifier
complètement à la filiation que leur moi a choisi.
Profitons de cette échappée pour souligner le caractère
extrêmement personnel du travail alchimique. Vous n’avez pas à
reproduire exactement tel ou tel cheminement d’un maître, pour la
simple raison que jamais deux méthodes ne se ressemblent : c’est
pourquoi il n’est pas autorisé de divulguer dans le détail les
opérations philosophiques, dussiez-vous avoir le grade d’Adepte.
L’œuvre étant lui-même de source verbale, il est impensable
d’imaginer que deux parcours sont identiques. Autant je défends
les écrits des Maîtres, autant je vous interdis de reproduire pour
vous, comme aboutissement de votre œuvre, la précise route
d’iceux. Par image, Atorène ne peut aboutir avec ce qu’il écrit
dans son livre, c’est-à-dire en s’identifiant complètement au
parcours de Monsieur Canseliet. Cela est impossible, car cela
paralyse la Providence ! Cela ne veut pas dire que ce philosophe
soit douteux : il est peut-être l’un des plus authentiques de notre
époque nouvelle, pour être l’un des premiers à avoir mis l’accent
sur l’exercice au feu avec tant de déférence. On pardonnera,
conséquemment, quelques menues erreurs de style, l’exercice
pesant bien plus que les scribouillardes critiques parues dans La
Tourbe et vomies par des intellectuels considérants. Ces derniers
dévoilèrent en fait leur plan, eux qui jugèrent un livre de
pratique, alors qu’ils ne seraient pas même dignes de servir de
grouillot à Atorène. Précisons sur ce point que nous ne
connaissons pas ce philosophe.
Ecoutez bien, je vous prie, le message que je vous transmets. Oui,
vous devez obéir comme moins qu’un chien à un instructeur pour
votre formation et, lorsqu’il vous en donnera l’autorisation, vous
irez par vous-même vers votre destinée d’artiste. Ne croyez pas

290
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 291

que vous aurez tellement obéi que vous serez privé de toutes les
conditions pour évoluer vers votre voie, au contraire : vous aurez
tellement obéi que vous ne serez plus obstrué par votre moi et
que votre voie sera praticable.
C’est ainsi qu’aucun moderne ne peut trouver une méthodologie
complète qui expliquerait comment la Pierre se conçoit, car voilà
qui est tout bonnement impossible. Chaque artiste a utilisé les
chemins que la Providence lui a commandés sur l’heure de sa vie,
là où il oeuvrait, là où il vivait. Comment concevriez-vous que les
indications rigoureuses de nos Pères vous sont destinées ? Ce
serait tuer toute évolution, toute personnalisation de l’être, cela
n’aurait d’ailleurs même pas pu commencer. Seuls les principes
restent immuables.
Si les instructeurs relatent leurs propres expériences, ce n’est pas
pour que vous vous comportiez comme des perroquets, c’est pour
vous montrer comment cela leur est arrivé. N’oubliez jamais,
n’omettez jamais de garder à l’esprit la question ou l’observation
« voilà comment cela leur est arrivé » car, en sous-entendu dans
votre inconscient, au lieu de lui laisser son funeste libertinage,
vous posez aux racines de votre existence la même question,
comme par des petits coups de marteau « comment cela arrivera-
t-il pour moi ? ». Et du même coup, vous dynamisez votre
aspiration, au lieu de la couvrir du voile opaque de
l’identification. Alors la porte s’ouvre.
Nous trouvons une image des précédentes affirmations dans la
description sommaire de plusieurs chemins en voie sèche, par
exemple, qui ont tous été abondamment décrits par les Adeptes,
d’où les confusions dans l’étude. Aucun d’eux n’ont pourtant une
action efférente.
Citons celui de Fulcanelli qui, à compter du deuxième œuvre,
extrait la terre adamique, s’exécute aux aigles avec l’étoile
dûment purifiée et son vitriol, au dessus de la terre tassée et
assoiffée ... Par contre, telle autre route extrait l’huile
incombustible à partir du vitriol et la distille d’une certaine
manière par voie sèche pour aboutir au sel des sages qui, plus
tard, permet d’aboutir au Mercure. Une autre permissivité
consiste, à partir du caput, à détacher littéralement le soufre d’or
contenant en lui le Soufre fixe et, au lieu d’user l’étoile parfaite,

291
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 292

on utilise alors le résultat d’une distillation sèche de ladite étoile,


conjointe avec du mercure vulgaire préparé dans le dû.
Tous ces artifices peuvent prendre la dénomination de « voie
sèche ». Il existe encore bien davantage de possibilités en voie
humide, peut-être plus de cent. Par contre, l’Art brevia est très
réduit en éventualités philosophiques, moins de cinq à ma
connaissance. Evidemment, plus on monte en température et
moins les moyens chymiques trouvent leurs degrés de liberté.
Nous l’avions souligné en son temps : vous devez exercer l’Art
dans son ensemble, ce qui vous permettra de ne pas être paralysé
par l’ignorance au moment où des opérations d’autres voies vous
seront demandées. Il vous faut savoir travailler tous les métaux,
entre autres, de comprendre comment on les purifie, comment on
les prépare en vue des transmutations. Il vous faut découvrir de
quelle manière on peut traiter un même métal dans les trois
voies, et d’aboutir au même résultat, en sachant dégager Sel,
Mercure et Soufre par les divers artifices possibles.
Une autre ambiguïté est généreusement employée par les
Adeptes pour égarer et à la fois renseigner l’aspirant, c’est celle
du Mercure. Pourquoi dissertons-nous fréquemment sur le
mercure ? De quel mercure s’agit-il ? Deux écoles hantent la voie
sèche, parmi d’autres, et l’on pourrait dire qu’elles en sont les
deux extrêmes : l’une qui utilise le mercure coulant vulgaire mais
préparé adéquatement, l’autre qui nomme son principe Mercure
par le nom mercure car il est son homonyme du point de vue du
langage des oiseaux - comme son image. Aussi ne vous étonnez
pas des descriptions qui affirment s’accompagner du mercure
vulgaire, pourvu, bien sûr, qu’il entre avec parcimonie au cours
de l’œuvre ainsi que d’une manière parfaitement contrôlée. Car,
prenez garde au mercure vulgaire, qui est un des plus
merveilleux des métaux mais également le mieux gardé.
Apprenez que, comme toute citadelle, s’il est le mieux gardé, c’est
qu’il renferme un beau trésor, mais aussi que, pour venir à bout
de sa fermeture, il faut être armé mieux que les autres ...
Conséquemment, n’ayez aucune prétention à pénétrer les secrets
du mercure vulgaire si vous n’en êtes pas digne, c’est-à-dire si
vous n’êtes pas d’excellent guerrier. Savez-vous donner l’essor à
la Colombe, savez-vous transvaser un liquidus mercuriel d’un
vase à l’autre à pleine température, savez-vous contrôler la gerbe

292
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 293

d’étincelle de mars au point où il naît ? Si vous ne pouvez faire


tout ce que je vous dis, vous n’êtes pas habilité à vous mesurer
avec le mercure vulgaire. Et si oui, alors armez-vous de vaisseaux
spéciaux, dont la particularité est l’extrême soin avec lequel ils
sont façonnés, ne pouvant laisser la moindre parcelle d’air-
principe y séjourner.
Si d’énormes différences subsistent quant aux méthodologies, il
ne saurait être question d’autant de particularités dans les
matières de départ. C’est la raison pour laquelle tant de
confusion règne au sein des descriptions aussi diverses
qu’authentiques, mais quelquefois douteuses. En effet, seulement
quelques toutes premières matières sont réclamées par Diane
dans le but d’élaborer la Pierre des Philosophes du point de vue
terrestre. Dans son immense générosité, Dame Nature offre aux
chercheurs d’innombrables chances, aussi dénombrables qu’il
existe d’éléments et de combinaisons d’éléments. C’est juste le
particularisme de la situation terrestre, vis-à-vis de son étoile et
des autres planètes, mais également de la place du système
solaire dans la galaxie, qui nous commandent l’emploi de
matières plus adéquates que d’autres. En termes différents, si
nous admettions l’hypothèse d’une vie martienne ou vénusienne -
qui n’est encore qu’au stade que l’on pourrait rapprocher de la
bactérie sur l’une d’elles -, d’autres matières que les nôtres
seraient le point de départ de l’œuvre philosophique. En quelque
sorte, tout dépend où vous voulez aller. Imaginez l’existence
d’abondantes possibilités du Magistère, selon les places et les
niveaux de matérialité des stimulateurs ( qui chez nous se
nomment alchimistes) dans l’univers. Afin d’objectiver votre
situation sur terre, ici, seule la Pierre des Philosophes, dans la
grande voie alchimique, vous mènera au terme de votre
aspiration. Vous pourriez très bien choisir un chemin différent,
qui n’irait pas vers cette objectivation, mais par exemple à
l’envers, dans la direction opposée. Il vous faudrait dans ce cas
d’autres matières premières, dont l’aboutissement serait le
moyen qui vous y autoriserait. Mais la compréhension de ceci est
réservée aux êtres avancés.

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 294

Dans votre cas, attardons-nous quelques instants sur le Sujet et


sur son mâle, dont l’application concerne toutes les voies.
Si chacun d’entre vous sait tirer un régule de la pierre d’Ouche,
quelques difficultés subsistent encore pour la conjonction ou
séparation. Aussi permettez-moi d’énoncer un certain nombre de
choses relatives à cette partie de l’œuvre que vous n’avez jamais
entendues et qui, au premier abord, pourraient vous sembler
curieuses et peu aidantes. Mais, si vous y prenez garde dans le
sens que je souhaite, vous trouverez les réponses aux questions
majeures concernant la conjonction philosophique. Auriez-vous
déjà saisi que, derrière mon langage pseudo-scientifique
quelquefois employé, se cachent analogiquement les arcanes que
je veux vous révéler ? En outre, de quelle manière pourrions-nous
mieux créer la confusion dans les esprits envieux ? Croyez que les
principes de l’Art ne sont pas délaissés en ces termes. N’affirmez
pas que l’Art ne peut être que sous l’unique domination du
langage poétique, sous prétexte que vous ne voulez pas vous
efforcer au langage d’aujourd’hui. Je suis au regret pour ceux qui
tiennent désespérément à cette attitude : de tout temps, les
philosophes ont parlé le langage de leur époque. Or donc, si vous
déplorez l’absence de poésie en ces termes, il est temps que vous
compreniez que l’Alchimie a aussi sa part de conduites purement
terrestres. Pour ceux qui seraient particulièrement entêtés, qu’ils
revoient en eux-mêmes la fixité de la conjonction de la fonction
affective à la fonction intellectuelle. En outre, certains maîtres,
qui pouvaient vraiment arborer le qualificatif de poètes, furent
dépositaires de cette transmission bien mieux que je ne pourrais.
Tout d’abord quelques données sur le Sujet.
La purge minérale, à l’aide du dispositif de l’ensemble régule,
doit s’effectuer relativement rapidement. Il ne faut pas que le
liquidus reste trop longuement en cuisson, sous prétexte
d’attendre que la liqueur sulfureuse soit totalement exprimée.
Mieux vaut perdre une légère quantité restant captive dans les
parties reculées de silice ou de chaux, que de trop cuire et de
commencer, par oxydation excessive, à former un verre. Vous
auriez les plus grandes difficultés après, la moitié sulfureuse se
séparant mal de l’eau pure, où, par delà la séparation
proprement dite, les purifications étoilées garderaient la partie
non rixe du sel et le vitriol ne verrait jamais la nuit. Vous serez

294
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 295

très prudent quant aux émanations gazeuses qui se dégagent


durant l’opération de purge minérale ; qu’en aucun cas vous ne
respiriez ces vapeurs, extrêmement nocives. De même, vous
garderez cette attitude durant les séparations.
Prenez garde de ne pas tomber dans un des deux excès qui
consiste soit à vous emparer des manipulations comme
l’animique, ou de laisser agir le poison de votre perfectionnisme.
N’imposez pas aux matières, quel que soit votre avancement dans
l’œuvre, la pression de votre subjectivité, mais attachez-vous à
leur offrir les conditions justes par lesquelles leur évolution est
possible cosmiquement, pour lesquelles elles ont l’identité du
moment. Vous aurez l’occasion, plus loin dans les étapes, de
présenter à tous vos extraits les plus fines valeurs de votre être,
qu’il ne faut pas dilapider dès les premières heures. N’ignorez
plus qu’un régule est plus une opération de métallurgie fine -
avec tout le respect que vous devez à son devenir, et c’est ce qui
nous sépare des métallurgistes -, qu’une cérémonie du niveau du
deuxième œuvre. Au début, seulement une infime partie de vous-
même, la plus grossière, est en contact avec l’expérience, partie
qui, au fur et à mesure de votre avancement, se fondra de plus en
plus globalement pour, en finitude, trouver sa complète
dispersion en Dieu.
Ne sanctifiez pas une extraction réguline, tout comme le
samouraï ne déifie pas son inséparable katana, sans lequel il ne
saurait vivre. Analogiquement, respectez le régule avec la toute
semblable déférence que vous auriez pour votre épouse avant
l’acte d’amour. La matière ne peut être un objet, ni vraiment
vivante, pour l’heure. Elle est en passe de devenir : votre égard
sera surtout porté sur l’attention avec laquelle vous préparez la
communion ultime, dont vous n’êtes pas le prêtre ni le témoin,
mais lui ou elle. Parez-vous selon votre grade. Hommes, soyez
chastes intérieurement avec le régule, ne libérez pas vos pensées
phantasmagoriques qui prévoient ce que vous pourrez en tirer,
avec envie et dans l’ambiance d’une espérance égoïste. Préparez
le mâle avec honneur et dignité, avec force, promptement, sans
gémissement, comme un guerrier qui atteint la noblesse du
chevalier. Femmes, voyez comme le régule adopte toutes les
formes, observez et admirez la clarté de son eau, la brillance de
son miroir, net, sans tache, sans esprit fourbe fomentant des

295
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 296

plans cachés. Préparez le mâle avec respect, avec méthode,


obéissantes et secrètes, avec révérence. Invitez-le au lieu de le
contraindre, montrez-lui combien vous savez vous effacer pour
que le meilleur en vous soit remarquable.
Le Sujet lavé de sa gangue se brise net et offre aux yeux de
l’artiste ses merveilleux cristaux, admirablement rangés le long
du tronc central, véritable épine de vie. Purgez plusieurs
kilogrammes d’un coup, passez-y une bonne partie de la nuit,
débutez voire en fin d’après-midi. Six heures au four vous
permettront de faire la provision de cinq à six cônes d’un bon
poids, selon votre habileté. Sur trois ou quatre fois, vous aurez
peut-être détruit le nombre identique d’ensemble régule, mais
vous pourrez mettre en assation les quatre kilogrammes requis,
et vous en aurez deux fois plus en cave, dûment à l’abri, pour
l’année suivante ...
La seconde phase est bien entendu Passation qui, nous l’avons
souligné plusieurs fois, doit reproduire durant quarante jours ce
qui se déroule dans les entrailles de la terre. Ici, il ne nous est
pas permis de dévoiler comment Elle revêt son pourpre manteau,
autrement qu’en vous recommandant vivement de descendre au
fond de la mine, à l’aide des précautions d’usage. Cette réalité
dans laquelle vous vous placez vous-même vous fera constater
combien les petites attentions maternelles de la Dame confortent
le Sujet, sans cesse nourri dans une ambiance dont le débit d’Air-
principe est régulé. Il s’agit pour vous, évidemment, de
reproduire très exactement ces conditions. Inutile d’affirmer
présentement les dangers que nous encourrions si nous nous
livrions à la complète description du phénomène : nous
tomberions inévitablement dans les affres intellectuelles dont il
est trop souvent question en face de ce genre de situation. Allez
au fond de la mine, je ne vous dirai rien de plus. Touchez, sentez,
voyez, entendez et goûtez. Puis, dérobez-vous et mettez-vous à la
place du Sujet.

296
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 297

Le bon régule requis pour le travail.

L’assation débutera quarante jours au moins avant la première


lune montante de printemps, c’est-à-dire, naturellement, aux
préparatifs du début de Carême, eux-mêmes tout nouvellement
précédés des purgations, après que la minière ait été sortie de
son gîte au moment, et spécialement mise en cave comme en
mine. Cette opération marque vraiment l’inauguration de l’acte
philosophique, alors que la quête du Sujet dans le gîte représente
l’atmosphère de la Science. Essayez-vous sur des régules non
assassés, mais prenez beaucoup de soin à réussir cette étape
lorsque vous débuterez vraiment votre grand œuvre, car, ne vous
y soumettant pas, vous surprendriez le soufre qui se retirera :
vous lui aurez montré votre indignité, ce que ne saurait tolérer le
Soufre-principe.
Même dans la mine, le Sujet est cristallisé sous forme de
trisulfure. Nous avons en général, dans le régule, sans tenir
compte des autres corps en présence infime mais indispensable
comme arsenic, or et bismuth, un poids moléculaire de 338 : le
Sujet lui-même en l’indice 2 vaut moléculairement - selon la
petite science - 242, et adjoint à l’indice 3 du soufre vulgaire (32 x
3 = 96), la somme s’évalue à 338. A titre d’exemple, l’oxyde de
sodium s’écrit pour le profane Na2O ; il est composé de 2 atomes
de sodium Na - indice 2 - et de 1 atome d’oxygène - indice 1 -. En
comptage ésotérique, je vous signale exceptionnellement que la
somme mystique de 338 égale 5 (3 + 3 + 8 = 14 ; 1 + 4 = 5), chiffre

297
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 298

indiquant curieusement le carré surmonté de sa signification :


l’étoile à cinq branches des souffrances matérielles et terrestres,
destin précis du Sujet.
Le trisulfure cristallise dans le système orthorhombique, les
dimensions des mailles étant respectivement l’une 11,39
Angstroem ( 1 Å = 1/10 000 micron ), l’autre 11,48 Å et la
troisième 3,89 Å. La forme de ce cube est aplatie, et il y a quatre
molécules du Sujet par maille. Sa densité est voisine de 5, selon
son origine et sa composition, et sa température de fusion est de
545°C environ, toujours selon les éléments en présence. Sa
chaleur de fusion est de 17,5 calories par gramme, ce qui est très
important pour la surfusion qui engendre les particuliers.
Il se sublime en l’absence de sels dès 500°C, du moins dans une
partie de son soufre vulgaire -
qui entraîne lui-même indubitablement son quota de soufre
philosophique -, c’est pourquoi je vous recommandais, en outre, la
promptitude sans hâte de la purgation, car l’indice 3 de soufre est
requis lors de la séparation, sinon votre caput ne se délierait pas
... Par ailleurs, ne chauffez pas trop, car le trisulfure entre en
ébullition vers 1090°C, qui est la couleur jaune clair du creuset.
Vous trouverez, en enceinte fermée
Apparition du rouge 475°C

Rouge sombre 475 à 650°C

Rouge cerise 650 à 750°C

Rouge cerise brillant 750 à 815°C

Orange 815 à 900°C

Jaune 900 à 1090°C

Jaune pâle 1090 à 1300°C

Blanc 1400°C
Blanc éblouissant à partir de 1400°C et plus

Ces couleurs sont très fiables pour celui qui est expérimenté. Un
bon manipulateur, rien qu’à l’évaluation de la couleur, peut vous

298
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 299

affirmer une température à 20°C près, même aux plus hauts


régimes.
Prenez donc garde au jaune pâle ou clair, car le niveau
thermodynamique du trisulfure sera tel que votre soufre sera
complètement détruit. Rendez-vous compte que la pression de
vapeur, à 500°C, est de 1,17 mm de mercure, alors qu’à 650°C,
elle passe déjà à 13,45 mm pour monter exponentiellement au fur
et à mesure du feu externe. Le bon régime de la purgation semble
être celui des 700° à 800°C.
A froid, les cristaux du Sujet sont très mauvais conducteurs,
alors qu’à chaud ils le sont excellement (question majeure pour
l’Art Brevia). De plus, la conductibilité augmente à la lumière et
triple même en valeur en lumière blanche. Inutile de vous dire
qu’avec l’éblouissante clarté issue de l’éclair, le Sujet devient
supraconducteur (c’est comme si sa résistance devenait nulle) ;
c’est vous montrer combien il est alors ouvert.
Le trisulfure est de plus photosensible, mais il faut qu’il soit
relativement pur - un Sujet d’une grande qualité est
effectivement requis pour la voie brève, dont on reconnaît les
filons à une couleur particulière -. Je n’oublierai pas de vous dire
non plus que la couleur que prend le Sujet, et nous pourrions
même appliquer cette propriété au caput, dépend de la finesse
des grains.

La vie végétable du Sujet : les feuilles de fougère, précédant l’Etoile des


Mages, est le niveau de pureté requis pour les petits particuliers.

299
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 300

Permettez-moi d’ajouter, pour les studieux qui en auraient saisi


l’occasion ici cachée, que vous pouvez augmenter le réseau
cristallin par un palier de température à 200°C, ce qui a pour
effet de rendre plus belle encore cette Femelle.
Comme il a été formé aux entrailles de la terre avec grand
dégagement de chaleur, il lui faut peu de feu externe pour fondre,
car le Sujet en a au fond de lui plus qu’il n’en faut. C’est ce qui lui
assure une stabilité à basse température. Mais, sur la fusion et
pour les particuliers qui demandent un temps très long de
liquidus-solidus, de graves questions de réduction se posent, dont
les philosophes viennent à bout après des années d’efforts. En
fait, si vous réduisez l’atmosphère afin de ne point faire venir la
terre ou l’oxyde, ce n’est que par les moyens permis par nos
combustibles, c’est-à-dire par le carbone. Or, ce genre de
réduction - mettre de la fumée dans l’enceinte - place le Sujet
dans la réaction chimique suivante :
Sujet + 2CO - métal + 3COS
réaction réversible, qui engendre de l’oxysulfure de carbone, cette
infâme pellicule qui souille la surface et qui empêche le labourant
de poursuivre son travail, voilant l’interface atmosphère-cristal
en formation. D’autres moyens réducteurs sont exigés par le
trisulfure. Il doit d’abord être débarassé de son soufre par
séparation, et ensuite donner, au dessous de son vitriol encore un
peu sale, son image végétable offrant à l’artiste les très belles
feuilles de fougère, précédant l’impact de l’étoile. C’est à ce stade
que vous pourrez commencer la surcuisson et, dûment réduit à
l’aide d’un vaisseau spécial que les cuisiniers connaissent bien, le
temps de surfusion qui est normalement de quarante jours se
réduit considérablement. Mais il vous faut au préalable et comme
nous vous l’enseignons dans notre troisième partie, préparer ce
végétable métal.
Pour ce qui concerne l’Art bref, lorsque l’on saura que la tension
de vapeur du Sujet varie forcément en fonction de la température
selon la loi
llog v = 8 – 9000/T où v est la tension de vapeur en mm de
mercure, T la température absolue,

300
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 301

on pourra déterminer toutes les conditions de l’expérience,


moyennant quelques calculs qui détermineront les épaisseurs, les
diffusions et les vitesses de réaction.
Liez ces données à l’étude de l’attraction des particules du Sujet
baignant dans un liquide paramagnétique placé dans un fort
champ magnétique, et vous aurez la plupart des conditions
exigées pour le quatrième art. Il ne vous manquera que
l’autorisation de Dieu, « que » si l’on peut dire, car vous avez le
choix entre votre témérité qui risque dans quatre-vingt-dix-neuf
cas sur cent de vous coûter la vie, et la lumière de Marie qui vous
protégera. Entendez bien : la lumière de Marie.
Ne me reprochez pas ce langage derrière lequel se cachent de
grandes choses. Les vantards me qualifieront d’indigne, parce
que j’ose mêler la Science avec la science : je les mets au défi
d’affirmer que tous les travaux des hommes sont stériles. Qu’ils
ne masquent pas leur ignorance derrière de prétentieuses
attitudes, dont la Dame n’a que faire. Croyez bien que les
torchons ne sont pas mêlés aux serviettes. Je vous invite à vous
familiariser avec une relative rationalisation des vues, pour les
poètes, alors que je commande aux scientifiques de se
déstructurer.
Pour finir sur le Sujet, voici en méditation le diagramme de
fusion du métal avec le mars. Je vous donnerai plus bas celui de
mars conjoint au soufre, afin que vous puissiez comparer les deux
et en tirer de très importantes données pour les séparations.

301
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 302

Et, si un jour, au cours d’une de vos purifications mercurielles,


l’image sainte de l’étoile ne vous était pas donnée, il se pourrait
que le sel nitre en soit la cause. L’équilibre de la part des sels est
très important. En fait, il ne s’agit pas vraiment de 50/50 sur le
1/15e : tout dépend de leur pureté respective. Si votre vitriol colle
à la surface, même à froid, vous arrachant l’image de l’étoile,
broyez bien fin et lavez à grande eau céleste distillée très chaude,
car vous avez formé par excès de force nitre un alliage potassique
qui a sa propre structure moléculaire. Vous reconnaîtrez cela au
goût violent que garde le Sujet ainsi purifié. Après lavage,
refondez avec un sel issu d’une lessive de soude spéciale, et vous
aurez ce que vous recherchez. Ajoutons que, pour ne pas être
victime de cet excès de zèle, le 1/15e de sels ne reste pas
quinzième au fur et à mesure des purifications mercurielles.
Remerciez Marie.

Laissez-moi vous expliquer comment il convient de lire ces


diagrammes. Et tout d’abord, comment s’effectue le calcul des
quantités pondérales en présence dans notre Sujet. Il a la formule
: Métal à l’indice 2 . S.
On sait qu’il a un poids moléculaire de
2 x Poids atomique métal = 2 x 121 = 242
3 x Poids atomique soufre = 3 x 32 = 96
Poids de la molécule 338

302
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 303

Par simplification, nous dirons que la mole du Sujet est de 338


grammes, la mole étant le poids moléculaire d’un corps exprimé
en grammes.
Ce qui donne, en pour cent :
Métal : ( 242 : 338) x 100 = 71,5 grammes

Soufre : ( 96 : 338) x 100 = 28,5 grammes

Cela veut dire que sur 100 grammes de votre régule, vous avez en
présence 71,5 grammes de métal et 28,5 grammes de soufre. Le
principe de calcul restera le même pour la lecture des
diagrammes de fusion, à condition de prendre garde à l’abscisse
qui peut être exprimée en atomes ou en poids.
Dans les deux diagrammes, il s’agit d’ensembles binaires (il y a
deux corps). Nous représentons donc en horizontale la variation
en % de poids des deux corps en présence : complètement à
gauche zéro de l’un et 100 de l’autre. A droite, inversement. Puis,
en verticale, tout simplement la température, pour les deux
éléments. Ce qui fait qu’un point P, celui que vous choisissez,
exprimera en abscisse la composition précise de l’alliage, et en
ordonnée la température à laquelle vous considérez cette
composition.
Ainsi, tout point P, P’, P", P"‘, ... , du diagramme représente donc
un alliage à x % de métal - et par conséquent à (100 - x)% de
soufre - en équilibre à la température t.
L’état physique de l’alliage vous révèle que
- le point P choisi au dessus du liquidus, l’alliage sera
complètement liquide.
- P’ entre liquidus et solidus, l’alliage est en partie liquide, en
partie solide (c’est le cas de la surfusion et de la séparation qui,
vers 1100°C, n’a pas de fer fondu. Le fer s’empare seulement du
soufre, dissocié du Sujet, qui, lui, est fondu).
- P" au dessous du liquidus, l’alliage est entièrement solide.
De plus, lorsqu’on examine les phases de l’alliage considéré à
l’état solide, on peut savoir s’il est homogène (il ne comporte alors
qu’une phase unique, ce qui n’est jamais le cas pour nous sauf sur

303
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 304

le régule dépourvu de sel), ou s’il est hétérogène (il comporte deux


phases en général, cas de la purification mercurielle et son
vitriol, cas de la séparation qui donne le métal et le caput).
Dans les alliages hétérogènes, on peut calculer ou évaluer
sérieusement le rapport des masses des deux phases coexistantes
par application de la règle mathématique des segments inverses.
Notre séparation comporte un point eutectique (eutectique : point
fixe de température de solidification ou de changement de phase
fixe d’un alliage) à 520°C. Cela veut dire qu’à cette température,
l’alliage se fixe tout en se séparant et cela, pour un rapport de
4/9e vis-à-vis du mâle.
Cela revient à calculer, pour 100 grammes
100 : 13 = 7,69 une part ( 4 + 9 = 13 parts totales)

4 parts vaudront

7,69 x 4 = 30,77 grammes de mars

La part du Sujet sera de 100 - 30,77 = 69,23 grammes

Bien entendu, on peut tracer le tableau suivant


Poids total Poids du Sujet Poids de mars

100 69,23 30,77

200 138,46 61,54

300 207,69 92,31

400 276,92 123,08

L’ambiguïté du rapport 4/9e réside simplement dans le fait que ce


sont les deux éléments en présence qui doivent être dans le
rapport 4/9e, autrement dit 4 parts de l’un - le mâle - et 9 parts
du Sujet. Le rapport réel entre eux sera : 9/4 = 2,25, ce qui se
confirme par le rapport, pour 300 grammes : 207,69 : 92,31 = 2,25
Pour 300 grammes, on a pondéralement dans la balance

: 207,69 g
: 92,31 g

304
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 305

Il ne reste qu’à préparer le 1/15e des 2 sels.


Apparemment, il y a plus de poids du Sujet que de mars. En
réalité, le nombre d’atomes de mars est plus élevé : cela confirme
l’ancestrale loi de la procréation, où plusieurs germes mâles
doivent assurer un seul germe femelle. En effet, sur 100 g

: 69,23 g
: 30,77 g
En recherchant les quantités molaires

: 69,23 : 338 = 0,204


: 30,77 : 55,8 = 0,551
(On divise les poids par les poids moléculaires en vue d’obtenir
les rapports molaires, qui indiquent les quantités d’atomes ). On
observe que 0,551 : 0,204 = 2,7. Donc, l’alliage Sujet-mars
renferme 2,7 fois plus d’atomes de mars que de Sujet. En d’autres
termes, la femelle est entourée d’au moins deux homologues
mâles ... dont un seul, naturellement, sera l’élu, engendrant le
Soufre fixe. Plus tard, les morts seront en compagnie du caput.
Leur âme, comme dans le grand cycle des réincarnations,
donnera vie au Remora, par insufflation, lors de l’initiatique
étape des aigles.

Notre mars est un métal a priori élémentaire, mais qui renferme


au fond de lui de fabuleuses richesses. De nos jours, il est très
difficile de le trouver à l’état requis pour l’œuvre, comme le
dénichait Monsieur Canseliet, par exemple, voici vingt ou trente
années. Ce fer était celui de Suède, très finement élaboré et
malheureusement inabordable aujourd’hui, malgré le fait qu’il ait
gardé sa dénomination « fer de Suède ». Je ne vous engage pas à
l’utiliser, parce qu’il n’a plus rien à voir avec le vrai, pourrions-
nous dire. Sa qualité s’est grandement frelatée, même si les
analyses physico-chimiques vous démontrent le contraire : les
moyens d’élaboration ont tué son âme.
Le fer de Suède était appelé « affinage de bas foyer », car il était
dans ce pays tiré de la fonte dudit, elle-même extraite dans les

305
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 306

bas foyers des hauts-fourneaux alimentés au charbon de bois.


Voilà pourquoi sa renommée fut grande. De plus, les minerais qui
entraient dans la fusion étaient choisis très purs, principalement
composés de magnétite. Ainsi, la fonte retirée était déjà très
pauvre en silice, en manganèse, en soufre et en phosphore,
principales tares de l’affinage industriel classique.
La fabrication dite à bas foyer est celle qui met directement en
contact la fonte au combustible, le charbon de bois étant employé
pour ne pas polluer le métal en soufre. En outre, une part « mère
» était placée entre les couches de minerais et de charbon de bois,
c’est-à-dire une première couche de combustible, une autre de
minerai et enfin une troisième de fonte tirée de la coulée
précédente, puis, une autre couche de combustible, etc... Ensuite,
un préchauffage était insufflé à l’aide de tuyères, l’air chaud sous
une légère pression était auto-réchauffé au contact d’une sorte
d’échangeur de chaleur accolé au haut-fourneau, ce qui fait que
cet air apportait à la fusion l’oxygène nécessaire préchauffé au
préalable à 350°C.
Dans ce processus de fusion, l’affinage s’effectue par
l’intermédiaire des scories du minerai, commençant dès que des
scories d’oxyde de fer apparaissent, ces dernières étant
suroxydées par l’oxygène de l’air soufflé, puis fortement réduites
en FeO par les impuretés de la fonte. L’intérêt d’un tel affinage,
outre l’emploi de charbon de bois, était que le cycle
thermodynamique du point de vue oxydation-réduction était
complet, et qu’il appartenait au même niveau des mondes : le fer
gardait ainsi son âme. De plus, il autorisait des quantités
artisanales, ainsi que l’emploi de basses températures, de l’ordre
de 1400°C, car l’oxydation et le processus de scories étaient
suffisants pour une bonne purification. En effet, dès que la
décarburation commence, le bain se met à bouillonner et, au
moment où le liquidus du diagramme fer-carbone est atteint, des
cristaux de fer assez pur se détachent des scories et tombent au
fond de la masse liquide, jusqu’en bas du haut-fourneau, où il ne
reste plus qu’à le cueillir. Par la suite, la décarburation continue
d’elle-même, parce que ce fer a emporté avec lui un peu de laitier,
qui le purifie en liquidus par le contact de l’air (comme une
purification mercurielle). On obtenait de la sorte un fer très bon,

306
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 307

avec une teneur en carbone inférieure à 0,02%, ce qui est


extraordinaire.
En fin d’opération, le fer pur s’amassait en boules, d’une manière
pâteuse, et il ne restait plus qu’à le battre à la forge, opération
appelée « cinglage » et qui finissait par chasser complètement les
scories : ce fer était mou.
O merveilles de la Providence, lorsque je pus assister moi-même
à un affinage chez mon Maître, qui avait réuni pour l’occasion
quelques savants dans les Arts métallurgiques. Travail
inoubliable qui dura une semaine entière, le petit fourneau bâti
de main d’homme nous offrit une tonne de ce merveilleux fer,
dont chacun eut sa part. Imaginez l’atmosphère qui régna durant
cette semaine, les experts en Science se relayant jour et nuit,
alimentant la gueule de l’athanor spécial par le haut, la fusion
elle-même s’étendant sur quarante-huit heures, très lente, mais ô
combien émouvante. La pièce qui nous servait de dortoir, au bout
de toutes ces heures, semblait appartenir à un autre monde. Plus
tard, l’odeur du feu, qui avait imprégné ma peau, me poursuivit
durant quinze jours, comme si j’étais descendu aux enfers. Et,
instant d’intense jubilation lorsque le Maître m’autorisa à
reproduire une seule fois l’expérience, à l’époque de mon choix, en
compagnie de futurs labourants sincères.
Aussi, je vous dis qu’un jour, si Dieu le veut, je réunirai quelques-
uns d’entre vous pour refondre traditionnellement ce mars, afin
que les temps futurs soient comme les temps passés. Soyez
assurés que je n’y manquerai pas et que le rendez-vous est déjà
fixé pour la plupart d’entre vous.
Voici les caractéristiques et analyses de ce Mars. Tout d’abord
son uniformité et l’homogénéité de sa structure cristalline, très
excellente, le place au-dessus de tout ce que nous avons pu
observer par ailleurs. Le pourcentage d’impuretés est très bas
Phosphore 0,02
Soufre 0,015
Carbone 0,02
Manganèse 0,10
Silicium 0,05
Cuivre 0,10

307
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 308

en valeurs maximales et en pourcentage. Cela veut dire que, par


la mise en œuvre précédemment décrite, notre mars renferme
moins de 2 grammes de phosphore pour dix kilogrammes. Sur les
92,30 - grammes d’une séparation, il subsiste seulement 0,018
grammes de phosphore, et le même poids en carbone ... (voir la
Troisième Partie).
Ses propriétés mécaniques :
Charge à la rupture : 27kg/mm2
Limite élastique : 14 kg/mm2
Allongement % : 35
Dureté Rockwell : 26
Ses autres propriétés :
Point de fusion : 1532°C
Poids spécifique : 7,86
Chaleur spécifique : 0,107 cal/.°C
Conductivivté thermique : 0,175 cal.cm/cm2.s.°C
Coefficient de dilatation linéaire : 0,0000121°C
Chaleur latente de fusion : 64,9 cal/g
Volume atomique : 7,1
Variation de sa résistivité en fonction de la température :

Valeur de son induction de saturation : 21560 gauss atteinte pour


un champ magnétisant de 500 Œersteds seulement.

Les intellectuels, toujours avares d’efforts, m’avaient


insolemment critiqué lorsque je leur avais fait la gentillesse de

308
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 309

leur communiquer nos travaux et nos résultats. Ils affirmaient


du haut de leur piédestal que je n’avais qu’à prendre du « fer
natif ou du fer météoritique ». Ils ignorent que le fer natif n’existe
pratiquement pas sous forme de cristaux, mais uniquement en
masses ressemblant à du fer rouillé et, de plus, il est
extrêmement rare. On ne le trouve que dans certaines roches
éruptives et basaltiques, prouvant en fait que ce type de fer s’est
formé au cours d’un raffinage en somme naturel, dont le procédé
ci-devant décrit en est la réplique la plus fidèle.
Le mars météoritique, lui, est encore plus rare. Il contient par
dessus le marché quelques impuretés de nickel, dans des
proportions allant de 5 à 10%, ce qui est considérable. Il est
important de savoir que si vous tenez vraiment à travailler avec
du fer cosmique, un gramme, que vous irez chercher aux Etats-
Unis, vous coûtera, outre le voyage, mille francs français (1981).
Contentons-nous donc de nos bons minerais, qui doivent répondre
à des exigences particulières. Il y a les hématites brunes ou
limonites, qui sont des sesquioxydes hydratés, généralement de
formule (Fe2O3, H2O). Ces dernières se rencontrent plus aisément
dans la minette du bassin lorrain.
Mais, le meilleur minerai est sans conteste la magnétite, dont la
composition correspond à peu près à la formule Fe304 et qui
renferme au moins 70% de fer à l’état pur. Evidemment, les
gisements les plus renommés sont ceux de Suède, mais en
Europe, nous en avons également. Si l’industrie se contente
d’hématites en général, l’Art exige la, fusion de magnétite le plus
possible dépourvue de nickel et de titane, deux corps souvent
associés à cette dernière en bonne proportion. Choisir le meilleur
consiste, contrairement à ce que l’on pourrait penser, à trier celle
qui n’a pas la forme cristallisée, parce que celle qui est cristalline
renferme inexorablement du titane.
Je communiquerai quelques filons intéressants aux disciples.
Ensuite, il vous faut fumer, si l’on peut dire, au moins cinquante
kilogrammes de charbon de bois, réunir les briques nécessaires et
attendre le signe.
Pyrites et marcassites ne servent évidemment que la spagyrie et
la voie humide. Extraction de soufre vulgaire pour l’une, matière

309
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 310

première mâle pour l’autre, il est bon d’avoir en cave au repos


quelques cent kilogrammes de ces sulfures.
Si vous examinez le diagramme Fe-S ( Fer-Soufre) que je vous
communique plus bas, vous observerez que la pyrite est la forme
stable du sulfure de fer, alors que la marcassite est sa forme
métastable. Tous deux sont pourtant de formule FeS, mais leur
structure cristalline varie (cubique pour la pyrite et
orthorhombique pour la marcassite).
Vous obtiendrez une excellente purification de la marcassite en
lui adjoignant une part d’esprit de soufre, par voie humide, mais
en chauffant entre 200° et 300°C. Pyrite et marcassite sont
toutes deux excellentes pour le travail humide. Il n’y a pas lieu de
les différencier chymiquement. Seulement la marcassite,
métastable, réagira un peu plus énergiquement que la pyrite.
Pour l’information de ceux qui œuvrent en voie humide, sachez
que la pyrite est faiblement soluble dans l’eau mais que, à partir
de 50°C, d’importants phénomènes se déroulent, comme la
formation lente d’hydrogène sulfureux et d’acides.
Vous trouverez de riches gisements de pyrite vers Lyon.

310
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 311

Le cristallin.

311
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 312

Puisque nous parlons du fer et de ses unions possibles, sachez


que la préparation du sesquioxyde de fer, à l’issue des
séparations, par voie sèche, consiste essentiellement, à l’aide
d’un sel plein d’Harmonie, à calciner en vase adéquat et à 325°C
suffisamment longuement. N’oubliez pas que les rapports poids-
volume sont capitaux dans les évolutions du soufre. Et, on ne
nous en voudra pas si nous dévoilons que l’hydroxyde de fer (
c’est-à-dire le sesquioxyde de fer hydraté) se sépare de plusieurs
manières par voie sèche. Les sels ferriques que nous obtenons
dans le caput demandent l’usage de ce sel si difficile à obtenir,
mais que l’on peut produire encore aujourd’hui avec sapience par
l’urine des bêtes. Car il s’agit d’éviter l’absorption d’une base fixe
par un précipité colloïdal, le sel harmonieux facilitant à chaud la
floculation et le lavage sec.

Le cristallin.
Puisque nous parlons du fer et de ses unions possibles, sachez
que la préparation du sesquioxyde de fer, à l’issue des
séparations, par voie sèche, consiste essentiellement, à l’aide
d’un sel plein d’Harmonie, à calciner en vase adéquat et à 325°C
suffisamment longuement. N’oubliez pas que les rapports poids-
volume sont capitaux dans les évolutions du soufre. Et, on ne
nous en voudra pas si nous dévoilons que l’hydroxyde de fer (
c’est-à-dire le sesquioxyde de fer hydraté) se sépare de plusieurs
manières par voie sèche. Les sels ferriques que nous obtenons
dans le caput demandent l’usage de ce sel si difficile à obtenir,
mais que l’on peut produire encore aujourd’hui avec sapience par
l’urine des bêtes. Car il s’agit d’éviter l’absorption d’une base fixe
par un précipité colloïdal, le sel harmonieux facilitant à chaud la
floculation et le lavage sec.

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 313

Voici quelques méthodes de calcul des rapports de Mars et du


Sujet pour les séparations sèches. Nous gardons le rapport 4
parts de mâle et 9 parts de femelle, bien que d’excellentes
séparations s’effectuent avec 3 et 10, ces dernières contenant
moins de fer en résiduel et donc l’impossibilité d’un bon vitriol.
On a

:4
:9
ce qui fait au total 13 parts. Sur 100 grammes, ou dans n’importe
quelle unité de poids, on a une part : 100/13 = 7,6923
4 parts de fer vaudront : 7,6923 x 4 = 30,769
9 parts de Sujet vaudront : 7,6923 x 9 = 69,23
L’on vérifie par le total : 30,679 + 69,23 = 99,999
Voyons maintenant avec une autre masse souhaitée, par exemple
au total 239 grammes.
Il vient 239 : 13 = 18,3846
Le fer : 18,3846 x 4 = 73,5384
Le Sujet : 18,3846 x 9 = 165,4614
Ce qui fait bien au total 238,999 grammes compte tenu des
chiffres après la virgule.
Examinons maintenant une autre méthode mathématique. 4
parts du mars en poids et 9 parts du Sujet également en poids,
cela veut dire que l’on peut transformer ce rapport en
pourcentage de poids :
Fer : ( 4 : 13) x 100 = 30,769 ( même résultat que ci-dessus )
Sujet : ( 9 : 13) x 100 = 69,23
Nous avons ici les parts en pourcentage de poids. D’où, si vous
voulez une masse totale de 324 grammes par exemple :
324 : 100 = 3,24
Fer : 30,769 x 3,24 = 99,691
Sujet : 69,23 x 3,24 = 224,305

313
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 314

ce qui fait bien au total : 323,996


Posons le problème différemment. Nous pouvons très bien tracer
la droite : part de Mars = F ( part de Sujet ), ce qui se lit « part de
mars en fonction des parts du Sujet » et vice versa. Pour ce faire,
il est simplement nécessaire d’établir le tableau suivant, en
évaluant les valeurs du fer et du Sujet dans les mêmes et
multiples proportions
On prend le papier millimétré, et l’on trace en abscisse les parts
du Sujet, en ordonnée les parts de Mars. La droite vous indique
avec précision quelles sont vos masses de l’un ou de l’autre, en
fonction de celle que vous possédez.
Par exemple, si vous ne disposez que de 28 grammes de mars,
vous savez en examinant la droite sans faire le moindre calcul
combien de Sujet il vous faut, dans les rapports 4 et 9, c’est-à-dire
ici en l’occurrence 63 grammes. Vous aurez ainsi une masse
totale de 28 + 63 = 91 grammes. Il vous suffira d’ajouter
91 : 15 = 6 grammes de sels ( 3 de l’un et autant de l’autre ).
Et, au cours de la manipulation, au bout d’une demi-heure de
cuisson, il est bon que vous rajoutiez 1130e, soit 3 grammes de
sel de tonneau. Ainsi, la déliquescence de votre caput sera très
bonne.

314
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 315

Encore une autre solution consiste à raisonner en parts par


rapport à l’un ou à l’autre. Admettons que vous ayez très
exactement 134 grammes du Sujet. Combien vous faudra-t-il
adjoindre de mâle ?
Nous savons que les 134 grammes représentent 9 parts. Une part
vaut
134/9 = 14,888 g
Il vous sera nécessaire d’apporter :
14,888 x 4 ( nombre de parts de Mars) = 59,555 g.
De même mais à l’inverse, imaginons que vous disposiez de 72,43
g de fer. Combien vous faudra-t-il apporter de Sujet pour rester
dans le rapport 4 et 9 ?
72,43 g représentent les 4 parts. Une part prend la valeur de
72,43 : 4 = 18,1075 g
Les 9 parts du Sujet s’élèveront à 18,1075 x 9 = 162,967 g
Il en est évidemment ainsi pour n’importe quelle valeur du mâle
ou de la femelle, pourvu que l’on respecte ces principes de calcul.
Ici, de même, les sels représenteront :
la masse totale : 162,967 + 72,43 = 235,397 g
et son 1/15e : 235,937 : 15 = 15,693 g des deux sels, soit
:
7,846 g de nitre
et 7,846 g de tartre. Vous rajouterez 7,846 g de tartre au milieu
du feu.
Nous savons que les 134 grammes représentent 9 parts. Une part
vaut
Ces calculs pourraient sembler enfantins à certains. Il faut qu’ils
apprennent à respecter l’éducation d’autres frères, plus lettrés
qu’eux et moins techniciens, pour lesquels ces opérations ne sont
pas du tout évidentes.

315
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 316

Avant, je n’osais suivre ceux qui s’étaient


mis en route, je craignais leurs regards.
Maintenant, je sais que Tu as un cœur qui
brûle tous les endettements,
à condition de cesser la résistance.
Il ne s’agit pas de parler beaucoup.

316
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 317

Cinquième degré
LA FERVENTE PENITENCE
Il nous est à nouveau indispensable de reprendre la signification
du terme « pénitence », tant il est sujet à toutes les sortes
d’interprétation issues des manies du moi. Les intellectuels
pensent immédiatement à ponitentia ou à ponitere - se repentir -,
liant le mouvement à une attitude religieuse en analysant
derechef par habitude l’attitude religieuse en question, oubliant
complètement que le point de départ fut la pénitence. Ils croient
que la pénitence est sous-jacente à l’acte conventuel mystique et,
une fois de plus, les voici s’embarquant sur les terrains mouvants
de la réflexion mécanique, paralysant totalement toute action
effective. Vous les trouvez à débattre des heures entières les
rapports existants entre le mouvement intérieur de pénitence et
les plans religieux connus, se séparant parfaitement satisfaits de
leurs controverses sans avoir exercé la moindre semence du sujet
même et d’avoir gagné en fait encore plus de ce qui les sépare de
l’acte lui-même. Il en est ainsi des imbéciles qui, s’arrogeant les
capacités de traiter une question, font dans les gestes exactement
l’opposé du thème, tout en étant persuadés d’en discuter comme il
convient.
Plus bas dans le corps humain, les affectifs auront une autre
réaction, évidemment. Eux voient le mot pénitence avec plus de
délectation. En général, toutes leurs manifestations affectives
s’ébattent copieusement dans ce qui est plus souvent affres que
piété. Ils aiment ce qu’ils croient être la pénitence comme étant
un des seuls moyens par lesquels ils peuvent s’exprimer et vivre
en réalité leur libido - c’est-à-dire la déviation de leur fonction
sexuelle -. Toutes les névroses obsessionnelles à l’affût d’auto-
punitions ne sont que la mauvaise régurgitation d’un orgasme
inaccompli et inavoué : on aime dans ces cas avec jouissance les
sanctions, alors que la véritable pénitence serait de leur retirer ce
désir. Bien entendu, vous les voyez alors vous traiter de tout, car
ils ne comprennent pas que pour bien expérimenter l’authentique
pénitence, il s’agit essentiellement pour eux de leur soustraire
l’idée qu’ils s’en font.

317
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 318

L’animique adopte en règle générale deux comportements : l’un


sanguinaire, lorsqu’il châtie avec cruauté et d’une manière
expéditive tel être en lui coupant la tête ou en lui arrachant les
ongles, par « pénitence ». L’autre sera parfaitement superbe et,
d’un ton totalement enflé, il vous souillera de mots à consonance
sommaire, il vous dira, tout en se plaignant de ses petits maux
personnels, que la pénitence est une invention des malins dont le
pouvoir consiste à retirer toute personnalité - point central des
valeurs chez eux. Encore, ils haussent les épaules, appuyant ce
geste par un léger sourire mesquin, puis régurgitent une
magnifique blague en général toujours rabaissée à des propos
situés au-dessous de la ceinture. Les mieux éduqués se
contentent, dans la même gamme de réaction, de simuler une
attitude intellectuelle très lourde.
Tous dorment, car la pénitence n’a aucun rapport avec ces
centrales opinions.
Pourquoi la pénitence serait-elle le cinquième degré de l’Echelle
Sainte -hautement située en importance - qui n’est autre que
l’échelle présente au parvis du plusieurs fois centenaire
médaillon de la plus grande cathédrale de France ? Tout
simplement parce qu’elle est l’ablution de la conscience dans son
dynamisme : phase ultime de la séparation.
Auparavant, nous avons cité les états de conscience possibles
pour l’homme, les moyens de leur donner le jour, puis de leur
offrir une densité suffisante et capable d’engendrer leur
permanence. Maintenant, le tournant suivant de la route est
celui de leur accroissement, qui ne peut s’effectuer sans la grande
laveure. Les notions de renoncement et de détachement vous
montrent les principes intérieurs et extérieurs de séparation. Il
s’agit ici de la Séparation, étant comme une sorte
d’aboutissement, qui vous autorisera à passer plus tard au stade
des purifications successives. Par le détachement et le
renoncement, vous avez reçu les prémices de la conjonction. L’exil
volontaire en a fortifié la fréquence, vous familiarisant avec ses
principes. Par l’obéissance, vous vous en êtes montré digne, vous
avez donné votre parole et la preuve irréfutable de votre capacité,
vous autorisant à pratiquer l’authentique et définitive séparation
réellement philosophique, c’est-à-dire en vous-même et dans le
creuset tout à la fois.

318
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 319

La pénitence purifie vos intentions d’une manière si aiguë et si


irréversible que vous atteindrez la finitude culminante de la
séparation au degré suivant qui est la mort. En d’autres termes,
les quatre précédents degrés desservaient la stabilité de votre
engagement, alors que le cinquième marque le pas sur son
accroissement. Cela veut dire qu’il s’agit principalement de la
pacification définitive de votre âme ou, en termes moins
intellectuels, de l’assurance que Dieu vous aime de toute sa
tendresse et quoi qu’il advienne.
Speravi in misericordia Dei in aeternum et in saeculum saeculi,
nous enseigne le psaume 51. Placez-vous vraiment en face de
votre devoir. Toute faute, toute erreur doit provoquer en vous un
double mouvement : le premier est le regret, le second est la
confiance.
Le regret de quoi ? Si vous avez été fervent aux précédents
degrés, vous ne pouvez commettre une faute en regard de
l’Alchimie et de Dieu sans le savoir, ou sans accepter le signe
d’un saint frère qui vous montrerait votre omission. Du même
coup vous rendez hommage à la conscience tout en préparant le
nid du plus subtil degré requis pour le chymiste, celui de
l’humilité. Pour acquérir le tout premier embryon d’humilité, il
est absolument nécessaire d’exercer le repentir, il est inévitable
de devoir reconnaître et combattre ses fautes. Sans aucune
pénitence ni aucun regret, nous périssons tôt ou tard étouffés de
suffisance.
Et puis, mes fils, cette liberté ... Cette liberté que vous avez
d’aller vers la Dame et vers Dieu pour leur révéler, au fond de
votre cœur : « regardez comme je suis misérable, accueillez-moi et
corrigez-moi selon vos commandements ». Comment un être libre
changerait-il de conduite sans le vouloir formellement ? Une
réconciliation - entre vous et la Science - peut-elle s’effectuer sans
les deux consentements, le vôtre et celui de la Dame ? Sachez que
cet infini volet miséricordieux est la part de Dieu, alors que la
vertu avec laquelle vous allez vous y exercer est votre propre don.
Elle est votre liberté parce qu’elle est la preuve effective de votre
volonté de rentrer à nouveau en grâce avec la Dame et son Père,
tout en étant la réponse loyale aux avances que la Science vous
fait par la Providence. C’est dire combien un homme refusant de
faire pénitence est déloyal. La liberté, le véritable libre arbitre de

319
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 320

votre être non mécanique, sait que vous vous infligez


volontairement ces redressements, d’une manière parfaitement
délibérée, en vue de réparer les erreurs que vous avez commises,
se traduisant en vous-même par des déséquilibres énergétiques
néfastes à la permanence des états de conscience.
Il ne faut pas croire que la pénitence est la tristesse,
l’abattement, la honte, le remords ou la terreur que vous
ressentez lorsque vous découvrez une de vos attitudes illicites.
Ces émotions, très graves bien entendu, douloureuses et parfois
insupportables, tant qu’elles restent au stade de la sensibilité -
c’est-à-dire fixées en un niveau d’énergie bas - ne sont pas le
mode opératoire de l’expiation. Dans ce dernier, non seulement
vous éprouvez ces émotions, mais en plus vous les réparez par
des actes, afin que les énergies négatives soient complètement
gommées jusqu’à leur origine. Plus l’expiation a été totale en
regard de l’importance de l’erreur, plus près la source de ladite
erreur a été touchée et moins le processus de cette faute pourra
se renouveler. Il se peut donc que vous répariez à moitié une
faute et que vous soyez surpris de son renouvellement, pour en
déduire tel un niais « l’expiation n’a pas rempli son rôle, elle est
inutile ».
Voyez-vous, d’une manière sous-jacente, la pénitence veut ainsi le
bien et chasse le mal : le processus de séparation dans son
dynamisme le plus intime, la tête de mort en train de monter sur
le bain pur et virginal. Ceci s’effectue moins en raison de
l’incidence de ce mal sur le beau qu’en considération de l’offense
faite à la Science d’avoir laissé le soufre souiller Marie. C’est
pourquoi la pénitence s’en prend à toutes les fautes, quels que
soient leur dimension et leur aspect. Elle envisage toutes ces
erreurs du point de vue d’un commun outrage à la majesté de la
Dame et de votre ingratitude envers Dieu. Ne distinguez alors
pas vos fautes intérieures et vos erreurs de manipulation dues à
leur extériorisation : il s’agit du même mal, de la même
déloyauté. S’en prenant à toutes les fautes, n’oubliez pas que la
pénitence est donc connexe à toutes les vertus. C’est pourquoi elle
vous les offre toutes, en particulier la justice, puisqu’elle
revendique une compensation en regard des droits de la Science,
et aussi la charité, puisqu’elle déplore l’absence de loyauté et

320
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 321

d’amour que Dieu vous donne toujours et que vous avez méconnu
le temps de votre faute.

Regrets : votre cœur est brisé sous l’étreinte de la douleur


d’abord, pour être parfaitement contrit parce que vous constatez
que votre erreur vous a éloigné de la Science, et par conséquent

321
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 322

de votre aspiration première, mais surtout de Dieu. Etre séparé


de la Dame est un sentiment atroce. Cette perfection atteinte ne
peut déboucher que sur le désir d’obtenir un pardon, lui-même
mis en œuvre par l’acte simple de l’aveu. L’aveu - ou la confession
-, est l’acte par lequel tout est réuni en vous au même instant :
vous êtes enfin disposé à réparer, à transmuter ces mauvaises
énergies et à accepter les nouvelles conditions qui vous
permettront cette transformation. Alors seulement la seconde ère
s’ouvre, celle de la confiance.
La confiance, second mouvement de la pénitence, tient toute la
place de la demande fervente. Elle est fervente à la mesure de
votre contrition, elle-même justement équilibrée avec
l’importance de la faute commise. Cette ferveur vous place en un
état de demande adressé à Marie tel qu’il se passe des mots de la
prière : il est, sa source est dans le cœur et à son plus profond il
existe une prière qui ne s’enferme pas dans les mots. Et cette
prière est toujours exaucée, parce que c’est le Verbe même qui
vous l’inspire en la formulant en vous, comprenez-vous ?
La confiance parce que vous avez retrouvé le bon usage de ce que
la Dame vous avait confié en usufruit, bannissant vaine gloire,
orgueil et ambition. Tout ce mouvement, bien mené, a détruit les
énergies qui supportaient ces mauvaises choses en vous, et c’est
la sensation bienheureuse de pardon, un bien-être intérieur et
corporel qui témoigne du réel nettoyage de votre machine
humaine, d’une élévation menant vers la phase ultime. A ce
terme, l’erreur est abolie, elle n’existe plus et il n’en reste rien.
Par contre, ceux qui pèchent contre l’Esprit sont condamnés à
jamais, car ils ne peuvent par le fait se repentir, ignorant
volontairement la gravité de leurs fautes. Us ne ressentent rien,
aucune contrition, aucun blasphème, aucun élément essentiel de
la pénitence, et c’est pourquoi la contrition est de suite recherchée,
dès que l’alchimiste pèche contre l’Esprit. Conséquemment, c’est
également pour quoi un chymiste superbe qui ne se reprend pas,
qui ne connaît aucune humilité, qui vit en l’absence de contrition
est totalement perdu :jamais il ne recevra l’esprit universel, seul
catalyseur de toutes les métamorphoses. Le malheureux ne veut
rien savoir, il ne veut jamais prier, il dit que tout cela est
absurde, il est méchant, bat iniquement sa femme, ses enfants, se
laisse glisser vers n’importe quoi en toute impunité. Il est

322
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 323

arrogant, moqueur, fier, sûr de lui, menteur, élémentaire, violant


l’Alchimie au creuset, violentant les ustensiles, dépensier, sans
conscience, sans valeur du travail et donc gâcheur.
La confiance parce que vous avez retrouvé le fil d’Ariane, par la
grâce qui vous est à nouveau octroyée. Le fait même de
réconciliation est une grâce, qui sait demeurer opérante plus loin
que cette étape si vous avez poussé à bout votre contrition à la
mesure de votre faute. Une réconciliation qui s’effectue
seulement à moitié fait ces êtres perdus au laboratoire, errants,
indécis, tombant d’échecs en échecs. Ils disent souvent « la Dame
ne veut pas de moi en ce moment », oubliant que c’est eux qui ne
veulent pas de la Dame, parce qu’ils lui demandent toujours
quelque chose, à la place d’offrir d’abord la contrition. Une seule
erreur grave suffit à générer en vous une quantité suffisante de
toxines capable d’exclure l’état de conscience qui supporte la
grâce, c’est pour cela que l’on nomme ces actes « mortels », en ce
qu’ils font mourir l’âme. Une grande faute donne la mort à votre
acuité, excluant le fil d’Ariane, tout comme un seul coup mortel
porté au corps supprime la vie. Et la vie - l’esprit universel - n’est
rendue qu’en chassant toutes les causes de la mort, c’est-à-dire
toutes les fautes que vous commettez en regard de la Dame et de
Dieu.
Confiance parce que par le fait pénitent, la vie surnaturelle
recommence donc en vous, après cette interruption venue de
l’ego. Les portes des cascades des mondes se rouvrent, offrant à
nouveau la mobilité nécessaire à vos états de conscience en vue
de continuer à parcourir le chemin.

Certains osent imaginer que l’Echelle Sainte n’est pas la même


que celle de Jacob, elle-même encore différente de celle de notre
Alchimie reposant pour le plus grand bien des artistes sur l’île de
la Cité. Ils affirment que la première est inventée par les
religieux, la seconde par les Juifs. La troisième, interprétable de
mille façons, est forcément la bonne ! La symbolique alchimique
est empreinte de tant de mystères, d’innombrables allégories,
qu’il est facile de croire que l’on peut philosopher d’une manière
libertine des années durant sur telle ou telle échelle. Il ne leur

323
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 324

vient pas à l’esprit que l’image de la Dame est sculptée sur une
cathédrale, et qu’une cathédrale n’est pas le lieu où l’on pratique
cet occultisme-mode qui anime les esprits en quête de pouvoir sur
les autres. Ce serait autre chose, parce qu’ils s’appellent untel et
qu’ils auraient tout compris, réduisant l’Echelle Sainte à un point
de vue épistolaire, laissant l’Echelle de Jacob à Israël, dans le
sens péjoratif du terme bien entendu, comme si Israël était la
cause de tout, oubliant que ce n’est pas le peuple juif qui livra le
Christ au supplice, mais, comme d’habitude, les tenants du
pouvoir.
Les Juifs, comme tous les autres, comme l’Egypte, comme Rome,
comme la Grèce, comme de nos jours ce christianisme remis au
goût du jour, se sont endormis en leur temps, appliquant les
dogmes d’une manière dépourvue d’esprit et de véritable rituel.
Ainsi, leurs prêtres, comme les nôtres aujourd’hui, dormaient
profondément, singeant les doctrines comme des bêtes et, de
retour à la maison, s’installaient devant ce qui était leur
téléviseur de l’époque, profitant de tout ce qui éloigne justement
de la permanence. Futilité, vide et yeux fermés ont chassé,
comme de coutume, la vivifiante vérité et les êtres zélés emplis
d’éveil. Quotidiennement, nos prêtres - du moins en France - ne
portent plus l’habit, ils sont pour la plupart mieux installés que
les pauvres, refusent telle ou telle demande du peuple se
syndiquant, travaillant à des tâches lucratives, se comportant
dans les actes exactement à l’opposé des attitudes réellement
sacerdotales : les modernes ont raison de ne plus les écouter.
Mais, ces mêmes modernes ont étendu leur funeste raisonnement
à la Chose même, comme si un mauvais technicien était
responsable d’une mauvaise technique dans le principe. Ce n’est
pas parce qu’un ingénieur de bas niveau fait exploser un circuit
imprimé que le principe régissant les transistors est devenu
mauvais lui aussi.
Il n’y a pas de peuple qui soit en tête de liste des êtres à blâmer.
Il n’y a que des idiots chez tous. Actuellement, Israël est
redevenue perdue, avec ses guerres sur plusieurs fronts. L’islam
des fanatiques de même, qui envoient des enfants en guerre, aux
batailles engendrées par les jalousies. Nulle part il ne s’agit de
reconquête légitimée par les faits historiques de masse ; partout

324
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 325

il n’y a que jalousie et vanité. On ne chasse plus les voleurs, car


ce sont les voleurs qui sont les chasseurs.
Les principes d’élévation ont appartenu à toutes les doctrines,
puisqu’ils en sont le dynamisme majeur : alors l’Echelle Sainte
n’est pas celle de Jacob - écartez je vous prie cet antisémitisme
primaire, ceci dit sans esprit partisan puisque j’ai mes racines
dans le Caucase et que je ne suis pas circoncis -, pas plus celle de
Saint Jean Climaque pour l’Eglise d’Orient, ni celle des
alchimistes. L’ Echelle Sainte est un arcane appartenant à toute
la spiritualité monothéiste.
L’examen de ses degrés met en valeur les mêmes remarques. Ils
ne sont pas répertoriés et inventés par tel ou tel farfelu du
moment qui en perçoit la hiérarchie en fonction d’une vague
illumination. Je ne suis pas éclairé, comme certains le
souhaiteraient, par une apparition ou une vision du genre
mormon, par exemple.
Les degrés de l’Echelle Sainte reflètent les très précises
métabolisations des énergies capables de purifier l’être d’un
homme d’une manière universelle. On ne peut pas sauter un
degré sans avoir accompli intégralement le précédent, et les
modes de transformation intérieurs sont les mêmes pour un
homme blanc, un africain ou un oriental. Seuls diffèrent les
endroits par lesquels l’Echelle est saisie. Ainsi, en Orient, ils
peuvent par culture l’entreprendre déjà au troisième degré, parce
que l’occidental paraît à juste raison aux yeux de l’oriental qui
sait renoncer, se détacher et obéir, comme un enfant qui ne fait
rien d’autre que capricer. De même, il existe encore des degrés
inférieurs au premier, qui sont pratiquement horizontaux et qui
s’appliquent à tout le monde : ce sont ceux que les hommes
retirent de la vie par « expérience », dans le monde où le hasard
règne avec la frivolité. Seulement tel animique épais, par
exemple, pourrait comprendre dans cinquante ans le premier
barreau de l’Echelle Sainte, parce que son existence l’aura
tellement rendu fixe qu’au seuil de sa fin il verra autre chose par
le vrai mouvement de la vie qui le fondra. Et ainsi, pour tous les
hommes ordinaires, mais nous ne pouvons pas nous occuper de
ces êtres, car ils ne le veulent pas pour le moment. A chacun sa
tâche.

325
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 326

L’Echelle Sainte est universelle et ce cinquième degré de


pénitence n’appartient pas à un point de vue chrétien du XXe
siècle exclusivement. Les méthodes de bonne métabolisation sont
de tous les temps : elles sont les mêmes. Que l’homme renonce à
sa belle chevalière en or ou à tirer les cheveux de sa compagne, il
devra en passer par les mêmes états, par les identiques
souffrances contrôlées, parce que de nos jours la place de la terre
s’est fixée en regard de l’absolu, ne pouvant plus jamais réintégrer
le centre galactique, car c’est le tour pour d’autres êtres ...
Vous ne pouvez donc pas vous passer, parce que vous le jugez
bon, de remplir les conditions de tel ou tel degré, et a fortiori
celui-ci. Je vous affirme que pour devenir Adepte, vous devrez
inexorablement pratiquer la pénitence, quelles que soient vos
conceptions religieuses ou votre niveau de pseudo-athéisme. Car
c’est cela même qu’il vous faut lâcher avant par renoncement
pour aller plus loin. Tant que vous garderez et que vous vous
épuiserez à conserver vos certitudes, vous engendrerez des
substances qui fixeront votre conscience en des bas niveaux, où
d’innombrables interprétations sont possibles pour observer
l’œuvre. Vous vous placez vous-même en position de condamné
dès que vous voulez garder vos opinions, même si vous les
légitimez par votre expérience ou par celle des autres.
En fait, vous ne voulez pas comprendre que la pénitence est le
support volontaire de toutes les tribulations, ce qui veut dire que
vous n’êtes plus l’esclave desdites tribulations, parce que vous
n’avez plus à rougir. Oh, bien entendu, vous êtes suffisamment
grand pour ne plus rougir comme une jeune fille qui tacherait sa
robe. Vous, vous rougissez dans l’inconscient et il se dépêche vite
de vous faire oublier cette gêne, en vous donnant toutes les
occasions d’agir pour que l’examen de votre vie ne puisse vous en
permettre aucune vision. Vous voici très affairé, n’ayant « plus
une minute » - alors que vous consacrez des heures entières à
votre ego -, ayant habilement remplacé le rougissement par la
fuite. Dès que les circonstances de la Providence vous placent
devant ce que vous êtes, vous fuyez, vous prétextez mille raisons,
vous avez soudainement cela à réaliser, ou vous marquez tel
signe d’impatience, ou encore, si vous êtes cerné, vous avancez
l’arsenal de vos justifications : quoi qu’il en soit, votre seule

326
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 327

perfection consiste dans le fait d’échapper totalement à la vision


de vos fautes. Là, vous êtes très fort.
Cette attitude vient en général de votre sensation d’être complet,
il ne vous manquerait rien ou presque, ce qui renforce l’illusion
que vous avez de vous-même et qui ne peut contenir le moindre
soupçon sur la solidité de votre vie. Un homme qui ne ressent
aucun désir de componction, de repentir, est un être qui
s’imagine pouvoir se passer de direction, d’observance ou de
commandement. Un tel homme endort son âme, qui dégage
l’odeur fétide du pharisaïsme, et elle la dégagera d’autant plus
qu’elle aura davantage adopté une « ascèse » ou un but dit
alchimique purement extérieur. Le disciple averti comprend
pourquoi tant d’enflés peuplent les lieux où l’on papote de
Science.
Les enfants de l’Art, eux, doivent mener une vie conforme aux
exigences de l’Alchimie et de Marie. Dans leur inclinaison à toute
faute qui les écarterait de la route, ils font toujours pénitence.
C’est la raison pour laquelle tout postulant qui formule vraiment
des vœux pour approfondir les lois de la Science commence
d’abord par dévoiler les dispositions de son cœur et les
empêchements auxquels son moi a participé et qui l’ont éloigné
de son aspiration. Il débute immédiatement par cet acte
essentiel, car le repentir, outre le fait qu’il purifie, aiguise en plus
le regard du postulant sur lui-même ; c’est dire qu’il vous forme à
un type d’observation très particulier, le seul à vous mener à la
compréhension réelle des arcanes de la Science, puisque le Sujet
se rapporte à l’objet, sans distance.
Les superbes qui s’imaginent pouvoir se passer de pénitence ne
peuvent être qu’extérieurs, car l’ignorance dans laquelle ils se
sont plongés eux-mêmes leur fait estimer qu’il ne leur est pas
nécessaire de connaître l’aiguillon de leur conscience les accusant
d’être fauteurs. Ils se soutiennent et se confortent dans leur
opinion grâce aux nombreuses actions qu’ils accomplissent
extérieurement dans le monde, actions de « bon ton » qui,
apparemment, ne contiennent pas le plus petit germe de
méchanceté. Par exemple, ce patron de publication ésotérique
bien connu qui, lors de la mise en terre du cercueil de Monsieur
Canseliet, se fit photographier en train de bénir le corps, seul,
devant tous : l’attitude paraît irréprochable, généreuse, pieuse,

327
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 328

filiative, et pourtant, elle est totalement enflée, surtout que


l’article paru ultérieurement concernait les questions de filiation.
Méthode pharisienne et extraordinairement vile qui, sous
l’examen d’un directeur de conscience sérieux, aurait mérité
quelques corrections très vives. On avait laissé aux petites gens
le soin de faire le vrai travail, moins agréable ... Le malheureux,
ne pouvant même pas se rendre compte de son ignominie, dirige
une revue lue par plus de trois mille ésotéristes de tout bord ! En
voici un parmi d’autres qui - en se fondant sur ce genre d’action
extérieure - soulève la louange de ses troupes. Il ne peut qu’en
ressentir une sérénité, conséquence d’une activité en fait
agréable à l’ego, d’une vie vertueuse et irréprochable. Quelle
tragique méprise ! Quel aveuglement fatal pour l’âme !
L’aveuglement repose ici sur la présomption, l’individu ne se
rendant même pas compte qu’elle est par elle-même une lésion de
l’âme. Cette lésion résulte d’une activité incorrecte ; n’en doutez
pas, elle produira des activités encore plus incorrectes.
Le calme apparent qui fait croire à ce genre d’homme qu’il est sur
la bonne voie ne révèle rien d’autre qu’une inconscience et une
insensibilité parfaite à l’égard de son état de pécheur, dues à une
vie négligente, bien sûr extérieurement nette et ordonnée, mais
intérieurement envieuse - en témoigne ce que j’ai pu observer de
lui juste avant son comportement, très nerveux et agité -. Il croit
que la joie qu’il ressent de temps en temps en raison de ses succès
est une joie spirituelle et sainte : il écrira même des articles sur
le sujet, d’une manière ou d’une autre, relatant sans cesse ces
moments, vivant en réalité au fond de son ego avec délectation le
formidable pouvoir de considération qu’il a su déclencher.
Ces états de pseudo-calme sont en vérité une complète
insensibilité ou dépérissement de l’âme, mort
de l’esprit avant la mort du corps. Il faut bien avouer que pour un
« ésotériste », c’est un peu faible.

328
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 329

Dessin d’après une photo publiée retouchée, exercice de style dans un but bien
défini.

La photo réelle prise par une personne naïve. Les lions se taillent toujours les
mêmes parts.

Aveuglement, dirait mon père, inattention, conversations


inopportunes, bavardages, complots, adoption de pensées
vaniteuses dont l’extériorisation par les gestes est filtrée par les
exigences de bonne tenue requise pour faire avaler le morceau.

329
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 330

Evidemment, notre Litterae Custodium n’avait pas préparé la


rencontre à de fielleuses entrevues pleines de projets douteux
quant à leur valeur spirituelle.
Non contents de cela, ces faux s’étaient permis, auparavant, de
photographier la dépouille non préparée du maître de Savignies.
La pauvre Isabelle, déroutée et pleine d’amour, n’a pu bloquer ces
incongrus à temps, eux dont le but inavoué fut de s’emparer
encore, au lieu de l’attitude saine du silence. Malheureusement,
nous sommes arrivés trop tard ; mais le destin a permis cela pour
montrer au grand jour les purs d’intention.
Pour parvenir à l’attendrissement du cœur, éveil de la sensibilité
de l’âme, il vous faut mener une vie attentive. Mais pour cela,
retrouver d’abord votre faillibilité ou, en termes plus directs,
votre crainte de Dieu ou absence d’orgueil, ce qui revient au
même. N’est-ce pas l’orgueil qui vous pousse à résister aux
exigences ascétiques de Marie, vous faisant perdre la tête dans
mille discussions inutiles ?
Le sentiment de crainte de Dieu repose sur la prise de conscience
de la majesté de l’Alchimie, en face de laquelle vous n’êtes rien, et
aussi de l’infinie sainteté de ses arcanes, en face de laquelle vous
êtes indigne. Mais, surtout, voyez le danger de chute ou
d’égarement toujours possible ! Seul celui qui ne craint pas Dieu
est sûr de ne pas se fourvoyer : celui-là est parfaitement perdu,
parce qu’il a paralysé toutes les sources d’évolution possible en
lui, puisqu’il pense qu’il possède les meilleurs jugements. Il est
donc condamné à rester fixe.
Les animiques croient en s’esclaffant de rire que ceux qui
craignent Dieu sont des peureux affublés de ce sentiment
grossier qui se borne à les jeter dans l’épouvante. Ils pensent que
cette crainte est servile, eux qui ne veulent être commandés par
quiconque, alors qu’elle induit le très puissant élixir de
l’humilité. Craindre Dieu n’est pas se recouvrir le crâne d’un
bonnet et longer les murs de sa maison en tremblant lorsqu’une
femme passe par là. Il s’agit plutôt, par l’observation des
créatures et de l’infinie bonté divine, de comprendre que nous ne
sommes que des misérables à comparer de la puissante Science à
laquelle nous aspirons. C’est-à-dire qu’en fait, il est bien plus
question d’aiguiser l’attention - alors que les animiques la

330
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 331

refusent car, naturellement, elle les éveillerait en dévoilant


premièrement leurs excès. Quant à l’attention, elle est la mer et
la mère du calme intérieur donnant naissance aux états de
conscience possibles permettant de voir, dans le miroir sans cesse
éclairé au fur et à mesure de l’accomplissement, votre propre
laideur dans une « définition » meilleure d’heure en heure.
L’attention ou l’acuité est donc le point central sur lequel il faut
prêter vos efforts, car c’est justement ce point qui est très malade
de nos jours, à cause de tout ce que nous avons déjà dit.
L’exercice des arts, l’Art accompagné de la pieuse pratique, en
général, permettaient à l’homme d’antan de maintenir un seuil
acceptable d’acuité, lui autorisant la compréhension vraie de tout
ce dont nous parlons dans ce traité. Aujourd’hui, nous devons
dire comment acquérir de l’attention, avec en plus le fabuleux
piège de parler de quelque chose qui s’exécute, une fois de plus.
En effet, écrire sur l’attention n’est surtout pas vous endormir de
mots doctrinaux : cela revient à écrire des lignes sur
l’impossibilité de les écrire, aussi paradoxal que celui puisse vous
paraître. L’attention, mes fils, est irréductible aux discours.
Sinon, elle vient à l’égard de l’intellect et, par le fait, ne se
nomme plus attention, mais mouvement de la pensée pouvant
prendre de nombreux visages, alors que l’acuité est unique. Il
s’agit de transmettre au-delà de l’écriture, de ne pas vous fonder
sur le texte, de révéler directement à chacun d’entre vous selon
son propre esprit. La lettre tue l’esprit, c’est pourquoi les
intellectuels ne sont pas plus épargnés que les autres.
Un jour, maître T.S me lança au cours d’une marche à pied - As-
tu faim ?
- Très faim, maître.
- Que nous prépares-tu pour déjeuner ?
- Des pommes de terre, maître.
- Ah ? C’est ce que je t’ai vu faire ce matin ; tu as ramassé
les patates !
Dans ma tête, lui, prononcer le mot « patate », cet homme si
saint, si cultivé, ... Mais c’était oublier qu’il était instructeur Zen.
Devant mon air gêné, il rit et me dit - C’est bien toi qui plongeait
les patates dans le sac de toile après dix heures, non ?

331
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 332

oui, maître. C’est bien moi.


Nous terminions la promenade lorsque la cloche du réfectoire
tinta. Je courus préparer le repas et, lorsque nous mangeâmes,
T.S s’approcha discrètement de moi me chuchotant à l’oreille
- Aurais-tu préféré que je te parle de « tubercule succulent » tout-
à-l’heure, alors que tu avais envie de te bâfrer de bonnes vieilles
patates ?
Confus de honte, je le remerciai.
En effet, je confondais les choses avec les mots, en voulant plier
la réalité du moment à une considération intellectuelle faite de
termes et de déférence factice. Le réalisme avec lequel j’avais
vraiment faim -je me serais engouffré n’importe quoi - ne cadrait
pas avec mon langage, et c’est ce que me soulignait le maître. Il
ne s’agissait pas plus de pommes de terre que de tubercules
succulents ou de patates, cela n’était que des mots que je me
payais, alors que la réalité simple était unique. C’est ce décalage
du temps et de l’espace d’avec la réalité unique qui est à l’origine
de tous les troubles menant à l’inattention. C’était toujours
considérer « je » et « ça », et non pas l’expérience elle-même, moi
dans l’expérience et l’expérience en moi.
Acquérir de l’attention est donc avant tout le refus de
l’intellectualisme en tant que « isme ». C’est prendre un coup de
pied aux fesses lorsqu’on parle de coup de pied aux fesses, même
dans son fauteuil : le seul discours est inapte à dire la vérité.
C’est pourquoi je ne vous dirai rien de l’attention, préférant la
vivre avec vous lorsque je vous rencontrerai en tant qu’élève.

Pour sûr qu’untel fut surpris lorsque, désireux que je lui parle
d’Alchimie, et constatant qu’il était affublé d’un intellect
purulent, je l’invitai sans cesse à regarder tel arbre, à me dire
comment il trouvait ce vin, à lui demander s’il voulait que j’ouvre
la fenêtre pour avoir de l’air, etc... Il m’a quitté relativement
désabusé, ne pouvant dire à personne ce que Solazaref lui avait
raconté de l’Alchimie, car je ne lui en avais pas touché mot

332
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 333

comme son intellect le souhaitait. Son comportement reflétait


justement le manque d’attention et donc la carence de crainte de
Dieu. La plus juste initiation qu’il pouvait recevoir sur l’heure
était celle de sa réconciliation avec l’instant. Nous nommons ces
lugubres heures, celles où l’on apprend à se séparer d’un certain
nombre d’habitudes néfastes en vue de craindre Dieu, le creuset
du désert.
Il s’agit de comprendre que ces durs moments contiennent en eux
justement ce qui est de plus noble : l’expérience par elle-même.
C’est pour vous l’assurance de l’instant d’une plus grande
proximité avec Dieu et avec la Dame, car le non-formalisme corse
vos questions - le désert - en dématérialisant les événements, en
évitant les fixités et les nominations, les choses pouvant alors se
manifester elles-mêmes par leur libération. Bien souvent donc,
ne pas répondre précisément à une question est bien le meilleur
moyen d’y répondre vraiment, à condition que l’expérience ne soit
pas une autre face d’un mouvement intellectuel vide révélant en
fait l’impuissance.
Les aveux se font au creuset du désert, durant une manipulation
chymique et en présence de votre maître. La nuit est l’instant de
la plus sûre approche de Marie. Elle dépouille formes, couleurs et
contours, le regard se noie, se retourne à l’intérieur de soi, le feu
crépite, l’athanor fume et le guide se tient tout prêt. Les rythmes
du temps paraissent suspendus, la terre dort, c’est le grand
silence ... Au seuil du matin, prêt à répondre aux questions
discrètes du guide, c’est le contact absolu entre vous, la Science et
le maître comme intercesseur. C’est alors que les cieux racontent
la gloire de la Dame, l’instant est indicible, toute l’atmosphère est
annonciatrice. Ah ! Les malheureux qui n’ont pas pu vivre de tels
moments purificateurs sont bien dépourvus. La Vierge semble
vous enserrer de toutes parts comme si vous reposiez en son sein.
Il vous semble juste devoir tendre la main pour toucher
l’impossible.
Ce seront les périodes les plus chères pour vous, plus précieuses
que le jour, où les influences du monde moderne vous
envahissent : vous appartenez à la Science davantage, parce que
vos sens sont affranchis des questions de détails obsédantes
laissant votre être plus libre de rejoindre l’Art.

333
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 334

Marie se plaît à combler les cœurs attentifs. L’obscurité protège


des témoins indiscrets, des identifications. La Dame vient à
l’improviste au sein des ténèbres et, si votre coeur est pur, si
votre esprit est vigilant, pour vous la nuit illuminera le jour, le
creuset du désert marquera de son sceau filial vos opérations les
plus élémentaires. La solennité est impressionnante, la création
de la lumière comme au premier jour semble incoercible, tout
paraît sortir directement des mains de Dieu, la lune, les étoiles,
l’air prend son souffle comme si la terre respirait, comme si vous
étiez en période nourricière. C’est l’état de l’enfance.
Vous devez écouter, chaque nuit au laboratoire, ces voix du
silence et recevoir la grâce toujours agissante de ces mystères,
sans rien en attendre avec vos interprétations. Ne regrettez
jamais de quitter votre logis douillet pour rejoindre la paix
nocturne du laboratoire, en solitaire. Ne soyez pas de ceux qui ne
reçoivent pas parce qu’ils ne savent pas faire silence en eux-
mêmes, surtout parce qu’ils ne le veulent pas. La nuit, c’est
l’heure préférée de tous les saints, du Christ, des sages et des
maîtres ce sera également la vôtre. Bien sûr, elle a ses
épouvantes, la solitude enserre le chymiste, ainsi est la nuit. Elle
est en vous agissante comme un ferment pour travailler la pâte
qu’est votre être. L’absence de distraction vous fera ressentir
cette douloureuse joie qu’est l’ermitage au creuset, c’est l’obscure
clarté qui tombe des étoiles. Si vous êtes éloigné à cause de vos
préoccupations personnelles, Dieu ne fera rien pour vous par
l’intermédiaire des Pères. Car Il vous veut tout cru, comme votre
travail, sans caution, ni contre-épreuve. Vous devez être pur de
tout alliage avec l’ego, de tout alliage métabolique ... Vous n’avez
pas ici, au creuset du désert, l’entraînement de la piété ni le
soutien des amis ou des bons entretiens que vous avez pu avoir,
ni l’émulation que dégage la rencontre avec d’autres frères
sincères : vous êtes seul. Le bien que vous faites sera totalement
inconnu et il le restera. Les grâces de la Science n’auront peut-
être aucun caractère expérimental, manifesté, il se peut que vous
restiez longtemps dans la plus complète ignorance des desseins
des Pères.
Vous en serez réduit à « vouloir croire », à marcher à tâtons en
gémissant, sans plus rien comprendre. Vous devez faire comme si
la lumière éclairait vos pas, vous devez l’attendre patiemment,

334
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 335

approfondissant votre foi par le silence, et non en compulsant les


livres, en étant hâtif et en vous distrayant. Il faut vous soumettre
humblement à ce retrait de lumière, le silence du guide sera lui-
même un puissant catalyseur. Il ne vous prêtera pas main-forte,
car il connaît ce que vous vivez, il est renseigné. Sans le savoir,
dans le désarroi le plus profond, vous n’aurez cependant jamais
adhéré avec autant de force à la souveraineté divine de la Dame :
ces nuits obscures seront justement votre illumination. Vous
connaîtrez la Science par sa propre connaissance, sachant d’elle
non pas ce que les livres en balbutient, mais ce qu’elle en sait
elle-même et veut bien en révéler. Dieu vous jette par la
Providence dans ce creuset redoutable, votre maître le sait et
vous accompagne, vous allez subir le pire : la vision juste de vous-
même.
En peu de temps vous aurez fait plus d’actes que d’autres en une
longue existence, parce que vous avez accepté de regarder en face
la nuit, de vivre comme les hommes ordinaires ne veulent pas
vivre. Il faut que vous buriniez jusque dans votre chair
l’impérieuse nécessité et la conviction de l’extrême bonté de ces
instants. Patiemment, avec douleur souvent, exprimez jusqu’à la
dernière goutte de tentation, d’impatience, de confiance en vous-
même dont vous êtes plein. Quoi que vous fassiez, en donnant
votre vie à l’Alchimie, vous êtes condamné à une longue période
de ténèbres. Il est sûr que vous en viendrez là tôt ou tard. Et si
par infidélité ou pratique excessive de l’ego vous perdiez cette
grâce, repentez-vous au cours de la nuit suivante, car votre
infidélité n’entraîne pas celle de la Dame. Vous La trouverez vous
attendant avec tout ce qu’Elle s’était promis de vous octroyer.
Vite, séchez-lui ses larmes, lavez-lui les pieds parce qu’Elle a
souffert de vous avoir perdu. Vous serez désolé, vous direz de
douces paroles au bout de vos lèvres. Dans ces instants de retour,
de confession, on pourrait vous ôter la vie, vous ne douteriez pas
de votre parole.
Ne soyez pas de cette mauvaise tristesse lorsque l’Art vous paraît
si loin, même si vous observez le silence. Je le sais, rien n’est plus
lourd à porter qu’un amour dédaigné ou méconnu. Le cœur
souvent brisé vous voudrez reprocher à la Science de vous
tromper, puisqu’elle vous aurait promis ses privautés par les
dires des Pères et qu’elle vous traiterait sur l’heure en esclave.

335
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 336

Vous semblez être inconsolable de cette froideur. Voyez-vous, le


creuset du désert, dans son aridité, parle moins de magnificence
de l’Art que de sa transcendante perfection. Mais, il ne suffit pas
que vous le sachiez par la métaphysique : il vous faut
l’expérimenter et rendre à cet amour un hommage totalement
gratuit. N’ayez crainte, si l’épreuve durait trop, vous ne
dépéririez pas, l’humilité vous viendrait en aide. Acceptez de ne
pas goûter le temps qu’il faudra à la bienheureuse Science, vous
qui avez trop savouré les idées et les philosophies. Si vous laissez
poindre cette tristesse, c’est que vous vous jugez digne des
faveurs de Marie. Ne revenez pas en arrière. Ne vous en prenez
ni à votre entourage ni au cadre de vie. Celle qui vous aime se
cache dans cette obscurité et vous y donne rendez-vous. Ne vous
dérobez pas.

Soyez-en sûr, ce sont ces instants qui vous gratifient de la


visitation des Pères. Certains modernes pourraient dire qu’il
s’agit de phénomènes « parapsychologiques », tant ils sont forts
par leur réalisme et leur vigueur. Les maîtres disparus
intercèdent pour vous, les sincères, auprès de Marie, et leur
intrusion dans le monde concret se fait toujours par l’entremise
de la Providence. Rarement, ils se manifestent directement par
leur image astrale ou par d’autres témoignages de présence
personnelle. Ils préfèrent vous venir plus directement en aide et
vous donner vraiment ce dont vous avez besoin pour l’heure.
Vous pouvez être certain que la promptitude de la Providence à
réaliser pour vous une chose apparemment impossible tant elle
vous paraissait ardue, indique l’action directe des Pères à votre
égard. Mais il faut savoir écouter et, pour écouter, faire silence.
Faire silence revient à manifester intérieurement le désir d’une
rencontre. Il faut vous sortir de la tête que l’Alchimie serait une
forme d’ascèse ou d’accomplissement qui n’a pas d’autre idéal que
votre seul perfectionnement. Le silence n’est pas le fruit unique
et laborieux d’un effort humain. Il est d’abord contemplation, c’est
pourquoi les véritables ascèses façonnent l’âme par le silence,
mais elles ne sont pas le silence. Il s’agit du combat invisible. Se
retirer des choses et des hommes est utile à tous, et plus

336
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 337

spécialement recommandé aux faibles : en effet, par la seule


action extérieure, l’intellect ne peut pas devenir impassible.
L’impassibilité doit être assurée par de nombreuses aides dont
seule la solitude est le nid. Vous serez inévitablement mis à mal
par la distraction, parce que vous vous coupez de l’impulsion
d’En-Haut. Si vous ne trouvez pas l’impassibilité, jamais Marie
n’enverra sur vous les influx de l’Esprit Universel, car lui-même
serait détourné pour servir vos passions. Ne faites rien dans vos
actes quotidiens qui soit ambigu. L’ambiguïté cultive l’instabilité,
ennemi premier du manque d’impassibilité, et détruit votre
rectitude d’être. N’ignorez plus que les Pères n’attendent que le
moment où vous serez assez dégagé de vous-même pour entrer en
contact avec vous. Ils peuvent même vous venir en aide lorsque
vous butez sur des opérations particulièrement difficiles, sur
lesquelles vous peinez depuis des années. Ils vous apparaissent
alors en « rêves », image qui n’est pas du tout symbolique, à un
tel point qu’une personne parfaitement étrangère à vos pratiques
ressentirait exactement ce que vous vivez par les sens au
moment des manifestations. Bien entendu, la différence
apparaîtrait immédiatement dès les interprétations.
Pour recevoir ce mérite - car c’est un mérite - vous devez d’abord
payer de votre personne et apprendre le silence solitaire au
laboratoire. Non pas de cette solitude d’une soirée par mois, en
réalité, mais bien de ce contact prolongé avec le mystère.
Commencez, dès que vous pénétrez dans l’enceinte de votre
laboratoire et que vous allez y travailler seul, pour vous
abandonner. Vous avez quitté votre univers habituel pour celui
du contact avec les autres mondes. Vous abandonner n’est pas
seulement trouver le refuge près de votre fourneau lorsque la vie
mondaine vous trouble. Il faut vous livrer corps et âme à Celle
qui seule peut vous sauver. Utilisez l’approfondissement du
lâcher prise à la fin de quelques expirations en vue de favoriser
cet état d’abandon. Bien expirer et cultiver l’attention à ce
moment permet de laisser une forme d’abord grossière de détente
s’installer en vous. Décrispez-vous vous abandonner est
l’expérience privilégiée de la fidélité, c’est devenir disponible de
tout votre être, c’est vous livrer en toute confiance au possible et
à Marie, c’est vous laisser conduire par Celle qui sait mieux que
vous, même si vous ne comprenez pas maintenant. Acceptez le
mystère, acceptez qu’il subsiste aussi longtemps qu’il le désire.

337
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 338

Lorsque vous êtes dans une telle situation, vous mobilisez en


réalité vos énergies dont votre partie émettrice se servira pour
appeler les Pères.
Ces énergies, analogiquement sur le plan matériel, sont solaires ;
elles se manifestent sous forme de radiations d’un type spécial et
encore inconnu de la petite science, de filiation magnétique. Leur
émission est engendrée par une élasticité particulière du
diaphragme qui, en pratiquant les expirations comme je vous l’ai
dit, prend un timbre spécial. Cette résonance mobilise votre
spectre d’absorption des dérivés de l’hémoglobine. La bande
d’absorption, qui se situe normalement pour les ions Fe++ aux
alentours de 560 mou, éclate littéralement, expulsant un type
d’ions très particulier qui s’emmagasine à des endroits où il sera
« échangé » en émission magnétique. Le champ terrestre se
canalise en un lieu très précis du corps plus qu’à l’habitude,
l’accumulation d’ions Fe++ spéciaux et réunis faisant office
d’aimant. Cette aimantation entoure le lobe antérieur de
l’hypophyse au niveau de sa membrane extérieure et c’est elle qui
est à l’origine de la sensation immédiate de calme intérieur. Mais
l’incidence ne s’arrête pas là, le magnétisme inaccoutumé
s’infiltre dans les tissus de la glande.

Rien de plus clair que votre devoir est de ne rien cacher à votre
instructeur. Tout s’accomplit généralement le plus possible de
vive voix. Sans parler du mensonge, qui est un des degrés de
l’Echelle Sainte, il faut saisir qu’avant de dire la vérité, ou ce qui
se passe dans la tête, les sentiments et ce que l’on fait dans les
actes, il faut s’en rendre compte soi-même. Cela vous paraît
évident, il vous semble parfaitement savoir très exactement ce
que vous faites de votre présence générale. A l’encontre, certaines
modes psychologiques ont tendance à proclamer le danger d’être «
trop conscient », s’appuyant sur la thèse que les meilleurs de nos
organes sont ceux dont nous ignorons l’existence. Erreur.
Les modernes s’imaginent pouvoir à leur guise dire la vérité, se
connaître eux-mêmes en prétendant relater précisément ce qu’ils
ont fait. Il n’en est rien. Toutes leurs tentatives ne sont que
superficielles car, se rendre vraiment compte de ce qui se passe

338
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 339

en soi-même revient à exercer la connaissance de soi. Cela


dépasse largement, contrairement à l’habitude, les notions de
surface appelées « analyse de soi » par eux.
Par exemple, prenons tel disciple affectif que le maître envoie
chercher un ustensile de chimie chez le fournisseur en ville. Il en
revient fatigué, le dos voûté, reste immobile sur une chaise, les
yeux cernés. Questionné sur son état, il dira : « pardonnez-moi
maître - se mettant presque à genoux - mais la ville me perturbe.
J’aspire tellement au recueillement, au silence du laboratoire !
Ah ! Cher maître, quelle joie de vous servir ! ». L’instructeur, qui
est en général plus malin que le renard, connaît son loustic. Il
avait surpris, à la poubelle, ces jours derniers, quelques boîtes
vides qui contenaient une bonne crème, plus qu’il n’en faut bien
entendu, avec lesquelles se trouvait un tas incroyable de papiers
de bonbons.
Sans bouger, il questionne son disciple
- Donc, tu as été chez « Pitrochimie » ; as-tu trouvé le
nécessaire ? - Oui, maître. Ils ont été très courtois et
rapides.
- Est-ce tout ce que tu as fait ?
- Quasiment. En passant, j’ai vu la petite chapelle de Saint-
Beauzire et m’y suis arrêté pour une métanie.
- Deo gratias, mon fils. Mais, cette chapelle n’est-elle pas
plus belle que celle de Saint-Vincent juste à côté ?
- Elle est en effet merveilleuse ! De si dignes sculptures
l’anoblissent, créant cette atmosphère indescriptible ...
- Recherchais-tu l’atmosphère, ou voulais-tu prier ?
- Que voulez-vous dire, maître ?
- Prenais-tu ou offrais-tu ?
- Il me semble que je priais.
- Alors, pourquoi ne pas honorer la chapelle de Saint-
Vincent ? ... Je ne sais pas ...
La pâtisserie Museau n’est-elle pas attenante à la Chapelle
Saint-Beauzire ? En effet.
Alors, Michel ?
J’y suis passé et y ai avalé trois éclairs au chocolat.

339
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 340

A quelle heure ?
A trois heures et demie, maître.
Tu n’avais pas fini de digérer, tu te gaves de pâtisseries et
maintenant ton foie travaille indûment tu es fatigué et la ville
t’insupporte. Tu as des vertiges, parce que ton état affectif se
caractérise par des fringales subites que tu ne peux pas contrôler.
Tu sais pourtant que ces fringales sont morbides, tu en perpétues
les métabolismes en les satisfaisant.
Deux jours après, l’instructeur apprendra innocemment que
Michel a été vu par un ami en compagnie de Janine, avec laquelle
il a passé le reste de l’après-midi. Pour le disciple, il a « servi la
Science en cherchant les ustensiles du maître », pour le guide, il
n’a été qu’un sale gosse désobéissant et farfelu. Dans le meilleur
des cas, cela se passe de la sorte, car l’élève dit
approximativement la vérité. En chaque règne humain il existe
ce genre de tare. Le pire commence lorsque les mensonges vont
de pair avec les récits. Les menteurs cachent durant des années
la vérité - même sans le savoir quelquefois car il leur semble que
leurs actions sont insignifiantes - et au milieu de la route, ils
s’étonnent de craquer complètement puis de tomber très bas. Ils
se plaignent alors de l’enseignement qu’ils ont reçu, disent qu’il
n’est pas complet, accusent la faiblesse du maître, alors qu’ils
sont leur propre châtiment. Manger des gâteaux ou fumer n’est
pas grave en soi, peut-être, mais ces choses inscrites dans la
chaîne de vos métabolismes qui maintiennent votre ignorance
sont très dangereuses. Vous n’êtes pas en mesure d’évaluer vous-
même les erreurs que vous commettez, car vous n’en connaissez
pas l’incidence exacte dans votre machine humaine. Il vous faut
dire la précise vérité des faits au maître, quels qu’ils soient.
Et pourtant, le disciple Michel a quarante-neuf ans ; et pourtant,
nous vivons au XXe siècle.
Le soir, évidemment, le maître demande au disciple d’aller se
coucher, plutôt que de venir au laboratoire, sans rien manger.
L’élève pleurera et, s’il se plaint ou s’il remercie comme son règne
le lui commande, par dessus le marché, retombant dans les
manies serviles de son affect, il prendra une bonne claque. S’il se
délecte de cette correction, il se verra, à l’opposé comme on

340
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 341

pourrait le croire, contradictoirement imposé de présence


quotidienne au laboratoire à laver le sol ou les murs.
L’instructeur ne lui adressera la parole qu’en termes très banaux,
matériels et lourds. Cela durera jusqu’à ce qu’il comprenne
comment il se trompe sur lui-même.
Je sais que certains souriront à la lecture de ce qui précède - on
est d’ailleurs tenté de s’y laisser aller -, malheureusement avec la
cigarette à la lèvre ou avec le projet d’aller dépenser cinq mille
francs samedi prochain au marché aux Puces dans un objet qu’ils
ne regarderont plus l’an prochain. Vous ne fumez peut-être pas,
vous n’êtes certainement pas ce dépensier ou ce jouisseur, mais
votre ego est ce qu’il est : il a ses habitudes qui, en regard de la
Science, sont aussi grotesques que celles dont nous avons parlé.
Sourire aux descriptions précédentes ne vous autorise pas à vous
déclarer vierge de toute faute et à vous passer de ce degré.
En tant que manifestation des pensées et des gestes, ce qui doit
donc précéder le descriptif précis est l’attention avec laquelle vous
devez toujours vivre. Soyez sobre, vigilant, attentif, ce qui ne veut
pas dire radin, maniaque et pinailleur. Il faut veiller
perpétuellement à la porte de votre esprit et, à chaque suggestion
de la loi d’accident générale, demander « à qui appartiens-tu,
événement, es-tu un signe de la Providence ou une vague
régurgitation du courant de la suggestion permanente ? »
Vous vous croyez capable de distinguer le loup de la brebis,
oubliant qu’une des plus magnifiques propriétés du moi est celle
de travestir les choses pour qu’elles paraissent saines,
justifiables, dignes d’analyse, alors que tout n’est qu’illusion. Ne
soyez pas débordé, toute vie spirituelle simplifie, toute vie dans le
monde complique. Si vous trouvez ces choses complexes, c’est que
vous vous adonnez trop souvent à l’identification. Avec
l’identification, vous vous oubliez vous-même et vous vous perdez
dans tous vos problèmes. Votre intérêt et ce qui reste de votre
attention sont complètement happés par chacun d’eux, vous ne
pensez plus du tout aux buts véritables que vous vous étiez fixés.
Finalement, le seul point fixe dont vous pouvez dire qu’il vous
appartient, dans l’état actuel de votre avancement, c’est
l’identification : seuls changent les buts successifs, ce qui fait
ressortir une certaine « mobilité » suscitée par les événements.
Tantôt c’est une attention dispersée - ce que vous appelez la «

341
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 342

spontanéité » -, tantôt c’est une attention captivée qui est fixe - et


que vous appelez « concentration ». Evidemment, spontanéité et
concentration sont tout autre chose.
Quoi qu’il en soit, le résultat est le même, vous êtes entièrement
pris par les événements extérieurs, perdant de vue l’ensemble, et
surtout votre présence dans cet ensemble. Ne nous étonnons pas,
cependant, que la grande difficulté que l’on rencontre lorsqu’on
décide de se libérer de l’identification réside dans le fait qu’elle
est prise par les modernes comme une grande qualité. Toutes les
valeurs sociales pivotent autour de ce funeste comportement,
ainsi que leur promotion, c’est-à-dire l’éducation. Voilà qui
constitue la somme des interprétations personnelles, et nous
retombons dans les mêmes problèmes de centralisme aveugle.
Ces interprétations personnelles avec lesquelles vous constituez
votre personnalité et sur lesquelles vous comptez pour apparaître
dans le monde sont jalousement gardées. La moindre atteinte est
ressentie comme une menace ou une amputation : c’est ce que
l’on nomme l’amour-propre dont le dynamisme est votre volonté
propre, ou ce que j’appelle l’illusion d’être.
Lorsque vous pratiquez les dangereux mécanismes de
l’identification, non seulement vous gaspillez l’attention - avec
toutes les conséquences que vous pouvez imaginer en rapport
avec ce qui précède - mais en plus vous n’êtes rien. En singeant
tel ou tel comportement que vous prenez petit à petit pour le
vôtre parce qu’il vous a rendu des services, vous êtes celui qui
vous a montré ce comportement, lui-même l’ayant copié sur un
autre. Tout cela n’est rien. Par exemple, vous constatez en
arrivant dans un nouvel emploi que votre supérieur a une grande
influence sur son personnel. Je ne vous donne pas deux heures
avant d’observer comment ce supérieur se manifeste, quel est le
répertoire de ses gestes, la tonalité de sa voix ou certaines de ses
invectives psychologiques ; bref, vous serez surpris de faire
comme lui devant untel. Regardez comme tous les hommes
politiques se copient. Rappelez-vous leurs intonations, reprises
par tous les subordonnés. Rien qu’à les écouter, on sait de quel
bord ils sont. C’est même devenu un nouveau genre de spectacle.
Vous, vous croyez échapper au phénomène lorsque vous riez en
allant voir de tels spectacles ou en les entendant à la radio.

342
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 343

Et moi je vous dis qu’il vous faut apprendre à être vous-même,


car la Dame vous veut tout cru.

Une des nombreuses manifestations basses de l’esprit universel.

Ce cinquième degré est, sans doute, celui de l’assiduité au


laboratoire, elle-même la pierre d’achoppement du premier
œuvre. Vous ne pouvez pas mesurer combien d’artistes se sont
arrêtés là, dont la plupart des grands noms de la littérature
romanesque moderne dite alchimique : aucun n’a terminé le
premier œuvre. Je sais que vous ne voudrez pas le croire, mais
moi je vous le dis par expérience. On ne peut pas tout faire, être
présent dans les salons, dans toutes les manifestations
mondaines, écrire de nombreux livres, envoyer quelques articles
mensuels à diverses revues, vivre sa vie de gagne-pain et en
même temps travailler sérieusement au fourneau. Certains m’ont
dit que ces choses ne devaient pas se dire, parce qu’ils croient que
les postulants s’en rendent compte. Je clame exactement le
contraire, sachant très bien que très peu d’aspirants en ont
conscience, que ces choses doivent être hurlées sur les toits. Ils ne
veulent pas que cela se sache car ils défendent les intérêts de ces
nantis, tout simplement par le fait qu’ils ont leurs propres
intérêts placés avec ceux d’iceux.

343
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 344

J’affirme que les jeunes sincères ne le savent pas, même s’ils en


parlent. Ils sont d’accord sur le fait que l’on ne peut pas faire le
pitre tout en étant devant le fourneau, mais ils ont leurs livres en
reliques dans la bibliothèque, qu’ils connaissent par cœur.
L’étude livresque de la Science est en fait courte. Mieux vaut
exercer que vous perdre dans les textes, car l’expérience de
l’Alchimie est vivante. Au XXe siècle, vos consciences sont
suffisamment développées pour peu étudier. A l’encontre de vos
frères d’antan, vous êtes infirme du geste. Je réitère mon
affirmation : on ne peut pas être à la fête et au tison tout à la fois.
La fête est la source première de la beuverie en identifications et
considérations, le tison représente des années consécutives de
travail assidu au pilon. Ces deux mondes ne peuvent cohabiter,
tout simplement par le fait qu’ils n’ont pas les mêmes objectifs ...
Aussi, vous ne m’avez vu qu’une seule fois en public lors de
l’annonce de la résurgence artisanale de la conception des
ustensiles de chymie par un labourant, et c’est tout. Ce fut une et
dernière. Jamais plus sous notre filiation, il n’y aura d’autre
manifestation mondaine. Jamais vous ne nous rencontrerez dans
une de ces fêtes annuelles réunissant tout le gratin de la honte de
la spiritualité moderne. A vous, mes disciples, je vous ordonne de
suivre notre attitude, et que la foudre tombe sur celui qui fera le
coq sur le tas de fumier. Conséquemment, ce ne sera point un
secret si je vous dis que j’ai cessé durant quelques mois mes
activités au feu, afin de parachever les manuscrits de ce traité. Il
m’a fallu attendre la fin du second œuvre, par ordre, car toutes
les notes étaient prêtes depuis huit ans. Ne comptez donc pas que
je réapparaisse en public avant la grande fin, si Dieu le veut, et si
la charge que Marie voudrait bien me confier y soit rapportée.
Séduisants sont les mondains ; mais, aussi vaste que paraisse
leur culture extérieure, aussi nombreuses et apparemment
intéressantes que soient leurs publications, sachez qu’il n’y a rien
derrière eux. Après leurs réunions, il ne reste que leurs verres
vides et leurs détritus aux ordures. Après s’être ciré
respectivement les bottes, ils se quittent satisfaits de leurs plans
secrets à votre encontre. Ils disposent de tous les moyens
extérieurs de vous faire avaler n’importe quoi. Ce sont toujours
eux les bénéficiaires, d’une manière ou d’une autre, qui plus est
lorsqu’ils forment par mimique leurs dignes descendants.
Observez-les de loin, voyez qui va prendre la relève de celui-ci ou

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 345

de celui-là, vous ne tarderez pas à comprendre que tout était


prévu à l’avance, que vous ne valez pas plus cher que de
vulgaires pigeons, très respectés bien entendu en amont, mais
objets de leurs plans en aval.
L’assiduité est autre chose. Le premier œuvre est celui des
travaux d’Hercule, et c’est peu de le dire, le nom n’est pas trop
fort. A tel point que je me demande si quelques-uns d’entre vous
pourront y arriver simplement physiquement, tant je crains pour
leur santé. Qu’ils me parlent de leurs difficultés à ce niveau, s’ils
sont surpris par leur faiblesse corporelle, je leur viendrai en aide.
Maintenez-vous en bonne forme physique, pratiquez un sport
quelconque mais complet. Ne négligez pas votre chair, vous aurez
besoin d’elle plus d’une fois lorsque, par exemple, à trois heures
du matin, après trois fois huit jours de travail nocturne, le
vaisseau éclatera à cause d’une erreur de manipulation, et que
d’un seul coup vous devrez vous saisir de la barre à mine pour
extraire vivement le charbon incandescent. Ne croyez pas que le
laboratoire est ce ludus puerorum dont parlent beaucoup. Ce jeu
ne se situe pas ici, mais plus vers le langage des oiseaux. Il faut
que vous preniez conscience que le laboratoire peut tuer, si vous
vous en montrez indigne. Lorsque vous travaillez les particuliers,
lorsque vous pratiquez certaines fusions élevées en titre, vous
risquez gros, tout comme, plus subtilement, avec les poisons
redoutablement efficaces que vous devez générer en voie humide.
Les voies ne vous mettent pas à l’abri du danger : par le feu, ce
sera l’explosion ; par l’humide, les poisons. Vous préserver de ces
dangers est inutile, car vous devez en passer par là, ce sont les
épreuves voulues par la Science et vous n’êtes pas dispensé de les
endurer. Oui, vous avez bien lu, le danger est inévitable, dussiez-
vous lire tous les traités de chymie des Maîtres. Chacun de nous
avons notre quota d’explosions et de souillures en tous genres,
dont il faut par notre force réchapper. Vous pouvez vous entourer
de tous les systèmes de sécurité actuellement connus, vous
pouvez vous retourner les méninges pour tenter de prévoir
l’imprévisible, car ce doit être l’imprévisible. Vous devez
absolument montrer à la Dame comment vous la défendriez en
face du danger ; c’est une épreuve, et ceux qui ne l’ont pas passée
ne sont pas encore arrivés au stade de prétendre parler à des
frères.

345
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 346

Pourquoi est-ce une épreuve et en quoi consiste-t-elle ? C’est une


épreuve qui a plusieurs charges pour votre évolution. L’une
d’elles est que vous devez démontrer votre malléabilité mentale
et physique à réagir immédiatement en regard de la Providence.
C’est le stade qui est requis pour aller plus de l’avant. Une autre
exige la mise au point de votre capacité de sacrifice, la Dame
voyant si vous sauvez d’abord votre peau avant celle du dauphin
... N’ayez crainte, contrairement à ce que vous pensez, en sauvant
le sauveur vous vous sauvez vous-même. Mais, en pensant
d’abord à ne pas abîmer votre petit minois, vous serez certain
d’en prendre plein la face. En effet, à ce stade de l’œuvre, le
dragon devient curieusement votre allié, si vous avez su lui
montrer que vous étiez son maître. Mais vous vous rendez maître
du dragon en étant l’esclave de la Science ; vous serez alors son
geôlier, veillant à ce qu’il n’aide plus le soufre grossier à revenir
souiller la Vierge, étant attentionné au bien-être de l’Esprit
Universel.
Et n’imaginez pas qu’un « incident » est l’accident, l’épreuve. Je
sais que quelques-uns ont subi certaines mésaventures, qu’ils
prennent pour les manifestations des forces d’en-haut. Fêlure de
vaisseau, fumées subites, bruits ou craquements audibles,
vibrations parfois inquiétantes, tout cela n’est rien : le dragon est
simplement chatouillé et il rit de bon cœur. L’accident est bien
plus terrible, il vous anéantit en une fraction de seconde, vous
surprend vivement durant votre demi-sommeil, dans un fracas
épouvantable, au milieu d’une gerbe d’étincelles aveuglante, vous
êtes brusquement confondu avec l’épaisse fumée suffocante, la
pièce s’illumine et votre souffle est totalement coupé : c’est
inévitablement la première naissance du dauphin, qui ne peut se
manifester autrement, car elle présente pour vous un caractère
irréversible ( à moins que vous soyez un manipulateur hors pair
). La caractéristique de l’accident réside dans sa manifestation
impromptue. Que cela soit en voie sèche, en art bref ou encore
par la spagyrie, l’incident grave sera aussi votre lot. Comprenez
bien mes termes : je ne dis pas que la naissance du Remora
s’exprime dans le vacarme - au contraire, en voie sèche elle se
caractérise plutôt par une intense quiétude -.
Vous devez simplement noter la soudaineté avec laquelle Marie
vous rappelle à l’ordre.

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 347

Si vous n’êtes pas à la mesure de ce présent, la Dame reprend son


enfant et vous pouvez errer des années. Par contre, si vous
montrez votre entraînement, vous arrivez à sauver le dauphin
pour ressortir totalement hirsute, l’air gogo vous poursuivant
pendant des semaines. Un entonnoir sur le sommet du crâne ne
ferait pas un meilleur effet ; ne vous exclamez pas ; cela est vrai,
aussi vrai que, par cette manipulation, vous intégrez un état de
non-connaissance requis pour la suite des opérations.
Je sais que certains d’entre vous auront saisi l’extrême
importance des présents propos.
L’assiduité : les travaux d’Hercule, les innombrables fusions,
entre trois et sept fois par trois cents grammes et par
purification, dont le nombre de culots étoilés, source essentielle
de mercure, d’eau, doit approcher les quatre kilogrammes pour
un bon débutant. Il vous en faudra autant, cher aspirant, pour
comprendre simplement le second œuvre, tant vous êtes
inexpérimenté et à juste titre. Les poids et les mesures annoncés
par les Adeptes, ne l’oubliez pas, sont ceux du final, lorsque vous
êtes prêt au grand œuvre. En attendant, vous pouvez aisément
faire provision de quelques kilogrammes d’étoiles, si l’on peut
dire. La même remarque concerne le caput et donc les
séparations car, avant que vous ayez trouvé le tour de main qui
vous mènera à la terre du Renard, vous en fumerez beaucoup !
Méfiez-vous de ceux qui vous « révèlent » qu’ils ont pilonné plus
de deux ou trois kilogrammes, surtout lorsqu’ils sont réputés et
qu’ils ont moins de soixante ans. Notre cas est autre, vous l’aurez
compris. Nous pouvons même dire que, si vous voyiez de visu tout
le travail pour lequel nous avons donné notre eau, certains
deviendraient fous, d’autres ne croiraient pas que c’est l’effort
d’un seul homme. Mon maître avait tant de corne sur les mains
qu’il cassait les planches avec ses doigts sans effort ; il était
insensible aux piqûres de frelon tant la peau de son visage était
cuite par le feu. Ses yeux étaient presque blancs, donnant à son
regard une extraordinaire dimension de profondeur.
On ne peut pas pilonner et avoir les paumes blanches, les ongles
manucurés, tenant dans les griffes le dernier stylo de chez
Dupont, celui qui sert aux dédicaces. Ce sont deux métiers
différents, qui sont aussi étrangers qu’un minéral l’est d’un

347
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 348

animal. Un disciple court toujours, il a le train couvert de


poussière, ses yeux sont cernés. Il n’a pas le temps d’enfiler un
costume et au moins deux ou trois de ses ongles sont noirs par les
coups de pilon désaxés à cause de la fatigue. Il ne sait pas bien
parler, parce qu’il est dans le brouillard, bref, on a l’impression
d’avoir affaire à un être complètement niais. Et pourtant, il est
en passe de devenir un redoutable philosophe. Regardez les
valets autour des Adeptes, sur les images d’Epinal, ils sont
comme je vous les décris. J’ai été comme eux. Vous serez comme
eux. Et, bien souvent, sur vos joues la poussière sera mêlée à
votre sueur en crasse discrète ; on pourra vous voir aller chercher
le pain du maître - et le vôtre - au petit matin, alors que les
larmes s’étaient frayées un chemin discret plus clair que le fond,
complètement ahuri, demander au vieux Pierre qui est le premier
paysan à aller au champ où se trouve la boulangerie, que vous
connaissez depuis dix ans ...

Vous le croiseriez, mous ne L’état du disciple au petit


lui jetteriez pas même un matin.
regard et pourtant, c’est un
des plus grands hommes
de cette terre.

Il pourrait vous paraître curieux de vous indiquer quelques soins


pour votre corps physique. Après tant de mots durs à l’encontre
des manies de l’ego, métabolisées jusque dans vos cellules,
affirmer que vous devez donner à votre corps son tribut semble

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SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 349

contradictoire. Et pourtant, rien n’est plus recommandable, car il


vous faut distinguer nettement les mauvaises métabolisations
issues des comportements illicites de vos manies des exigences
naturelles de vos fonctions. Rien ne serait en effet plus
dangereux que de tout ramener dans un camp ou dans l’autre. Ne
vous égarez ni dans une déification de votre petite santé, ni dans
ce que les religiosités - et non les religions - ont souvent porté en
excès de censure.
Reconnaissons que le mauvais esprit religieux, lui-même étant le
résultat de nauséabondes cogitations d’intellectuels refoulés
qu’ont été certains évêques, abusa de sanctions illégitimes sous le
couvert des nécessités soi-disant ascétiques. Cette sorte de
prétention au spiritualisme absolu, ne voyant dans le corps qu’un
tas d’immondices, a tourné les mentalités en folie interdisant le
manger, le boire, l’exercice, le repos, ne comptant que sur une
sorte de guérison spirituelle. Toute dégradation du physique
indique pour ces malades mentaux une élévation de l’âme, et le
fruit final de ces attitudes perverses n’est qu’un cœur
impénétrable à toute sensibilité et à toute réalité.
A l’opposé de ces tendances, il y a les écologistes de tous styles,
naturalistes et autres farfelus qui prennent évidemment le
contre-pied, ne s’occupant que des soins de leurs corps et croyant
fermement qu’en agissant ainsi l’âme sera inévitablement saine.
Ne s’agissant en fait que d’une éxubérance corporelle - forme
dépravée et détournée d’un animisme perverti - ces attitudes se
traduisent elles aussi par leur caractère impérieux, obnubilant,
démontrant en réalité un appétit sensuel tentant de compenser
une avidité plus profonde.
Ces deux mondes fous ont le même point commun : l’incapacité à
adopter une règle mesurée. Nos précurseurs et maîtres, dont
Paracelse, nous indiquent la route à suivre. L’homme n’est pas
un être quelconque, ressemblant à son frère. Il est Un et créé,
portant en lui le témoignage de sa fonction terrestre mais aussi
celui des déviations de son moi, c’est-à-dire sa maladie. Les
médecines employées pour tenter de guérir un homme doivent
tenir compte en premier lieu de cela. Toute décision médicale doit
être conforme et soumise au contrôle de la nature, considérant
l’être dans ses rapports avec l’univers, et non pas avec les
régurgitations de l’ego collectif : le social. Tant qu’une médecine

349
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 350

s’obstinera à cadrer exclusivement le plan social, elle sera une


médecine d’adaptation, d’aliénation. La véritable médecine
chasse l’examinateur sagace pour faire place à l’Observateur
averti qui, relatant les témoignages pris dans leur ensemble,
évolue vers une réelle connaissance adaptée au temps, à la masse
et aux mesures de la personne malade.
La maladie n’est pas un fait primitif, inné ; elle est une
conséquence. Elle est le résultat d’un désaccord entre le potentiel
d’un individu et la vie que le social lui commande de mener selon
les buts lucratifs de l’ego. Ce décalage a pour effet essentiel de
modifier complètement le temps intérieur de métabolisation,
installant des vitesses de réaction dénaturées, et donc des
résultats toxiniques : dérythmie, menant petit à petit le « malade
» à son état de malaise, à son niveau de malaise.
Le temps intérieur est désaxé, c’est le signe d’une adhésion ou
d’une intrusion des mécanismes du moi dans votre propre nature.
Il existe plusieurs étapes de cet état de choses. Bien entendu,
vous n’êtes pas de ces êtres épais qui se laissent aller d’excès en
excès. Vous avez vos propres « petits péchés mignons », dont vous
semblez garder la maîtrise et l’emprise, mais en ignorant
complètement que le monde social actuel lui-même vit dans une
totale décadence. Vivre comme ceci, manger comme cela vous
semble « normal », alors que ce sont des habitudes destructrices.
Elles ne causent pas directement votre mort physique, mais
collaborent avec tous les processus d’endormissement.
Le temps intérieur est équivalent à la succession ininterrompue
de vos réactions cellulaires dont l’horloge centrale est commandée
par la nature, et non par vos exigences personnelles. Il est une
dimension de vous-même en regard du cosmos. Votre temps
physiologique représente la longue série de toutes vos
modifications organiques, rythmiquement commandées pour
votre mission terrestre, qui n’est pas celle dans laquelle vous
vivez maintenant. Votre notion de durée mentale, s’étant
identifiée à l’ego, a pris ses dimensions et ses propres mesures.
Mais, comme les rythmes du moi ne sont qu’identifications, ils
font inévitablement marcher votre machine plus vite que la
musique, et vos glandes, votre sang, charrient les résultats de ces
abus. Votre conscience enregistre votre notion désaxée de temps-
ego, elle ne capte plus votre temps physiologique. Le temps-ego

350
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 351

n’a ni queue ni tête, malgré ses apparences. Vous pouvez très


bien désirer longtemps acquérir tel objet et vous comporter en
conséquence, comme désirer furtivement telle autre chose et vous
comporter différemment, tout en croyant que vous agissez
logiquement et d’une manière suivie.
Ces décalages et ces leurres n’existent pas dans le temps
physiologique sain. Tout entier, il vous suit à chaque instant, ses
agencements sont très complexes, faisant que votre âge
chronologique n’est évidemment pas celui qui est inscrit sur votre
carte d’identité. Certains d’entre vous, qui avez une trentaine
d’années, ont quinze ans pour quelques-uns et cinquante ans
pour d’autres. Croyez-moi, il faut en tenir compte dans le Grand
Œuvre. N’imaginez pas, parce que vous avez trente-cinq ans, que
vous avez le temps. Il vous reste en effet peut-être
statistiquement autant à vivre, mais cela ne veut pas dire que
vous pourrez développer autant de conscience. Votre âge réél est
celui de votre état organique entier. Il ne peut être mesuré qu’avec
le rythme de changement de cet état, objet essentiel de la
Médecine Universelle. Le temps intérieur, c’est vous-même, et il
est bon de ne pas le décaler dans un sens ou dans l’autre. Il est
donc convenant de vous « réinstaller » dans votre temps intérieur,
puis d’être capable d’y rester. De cette manière, vous serez
relativement bien portant, sans retomber dans vos excès ou dans
ceux du monde.
Réintégrer votre temps intérieur signifie l’emploi de médecines
appropriées. Evidemment, ces médecines doivent elles-mêmes
être des sortes d’harmoniques avec le temps réellement
organique, pour prétendre vous y reconduire. Il est hors de
question d’employer les médecines ignorant volontairement à la
base ces notions.
Contrairement à ce que l’on pourrait penser, il ne s’agit pas
présentement d’établir une liste ségrégationiste des médecines
qui sont bonnes ou pas. Toutes les médecines sont valables, à
condition de respecter nos précédents propos. C’est ainsi que vous
ne trouverez pas ici l’énumération des mauvaises médecines, car
je sais que certains d’entre vous attendent que j’accuse
l’allopathie, ou les régimes carnivores. Nous reparlerons
précisément du manger en temps voulu, mais affirmons tout net

351
SOLAZAREF INTROITUS AD PHILOSOPHORUM LAPIDEM 352

qu’il n’y a pas de mauvaise médecine, il n’existe que des


charlatans dans chaque discipline.
L’allopathie n’est pas une médecine à rejeter. Vous ne devez pas
avoir de préférence pour telle ou telle thérapeutique. Vous devez
simplement accorder l’emploi d’une thérapeutique aux troubles
précis qui vous assaillent. Et tout d’abord, je vous commande,
avant d’appeler une médecine à votre secours, de regarder le plus
objectivement possible vos déviations égoïstes. Engendrant
toutes sortes de maux, le meilleur moyen de les faire disparaître
reviendra à réintégrer un mode de vie normal. Soyez équilibré et
n’exagérez en rien, et vous supprimerez les trois quarts de vos
malaises. Il est inutile d’y insister, tant cela est évident, et cela
vaut pour tout, y compris les maladies psychosomatiques. Quant
à l’allopathie, elle sera la thérapeutique de votre choix chaque
fois que d’importantes déviations métaboliques d’ordre chimique
vous perturbent. C’est une médecine de choc, violente, directe et
à employer très temporairement. Il vous faut choisir un bon
allopathe, qui sait bien son répertoire, qui a de l’expérience, qui
vous connaît depuis longtemps. Vous pouvez sauver la vie des
vôtres et de vous-même par l’usage parcimonieux de l’allopathie.
Mais, dès que l’équilibre des valeurs chimiques est retrouvé dans
les formules d’analyse, intégrez immédiatement une
thérapeutique plus adaptée, plus douce et naturelle. L’allopathie
doit vous servir lorsque vous êtes fortement dévié de la source
originelle, lorsque vos productions organiques sont de ce fait
troublées jusque dans leurs réactions moléculaires.
L’homéopathie est la médecine dont le champ d’action est
essentiellement fonctionnel et psychique, où elle fait merveille.
Elle demande dans son bon emploi un mode de vie adéquat, qu’il
vous faut suivre à la lettre. Vous reconnaîtrez un bon
homéopathe à ce qu’il vous prescrit. Son interrogatoire doit
s’étendre sur l’éventail le plus vaste possible vous représentant.
Hérédité, passé personnel, habitudes, améliorations,
aggravations, préférences, douleurs, psychologie, etc... l’examen
clinique suivra avec autant de minutie vous retenant
globalement deux bonnes heures. Ensuite, votre ordonnance doit
inévitablement comporter votre remède de drainage, souvent
accompagné de votre remède aigu ou de fond ; tout dépend du
devenir de votre morbidité. Il n’est pas bon que votre homéopathe

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soit pluraliste. Il doit être le plus possible uniciste, c’est-à-dire


employer toujours deux ou trois remèdes maximum, dont un est à
haute dilution. Une tartine de médicaments doit vous inspirer la
méfiance, ainsi que le mélange des puissances thérapeutiques.
Les médecines orientales sont d’une efficacité souveraine.
Acupuncture et auriculothérapie sont recommandées dans de
très nombreuses maladies, dont le trait caractéristique est une
déviation énergétique de votre puissance vitale, facteur principal
de dérythmie. Alors que l’homéopathie couvre le rayon d’action
des auto-intoxications, les thérapeutiques d’aiguille concernent
plus les détournements énergétiques, engendrant des malaises
dont la dérythmie est l’indice qui doit être principalement retenu.
De même, il vous faut un bon médecin, qui soit formé à ces
enseignements, et surtout qui les pratique ... Un excellent
thérapeute des médecines orientales vit comme un oriental, cela
ne peut pas être autrement, car il doit interpénétrer toutes les
subtilités ancestrales de ces savoirs, qui ne sont pas l’apanage de
l’intellect seul.
Quant au jeûne, nous en toucherons mot lorsque nous traiterons
verbalement du bien manger. Evidemment, il existe
d’innombrables autres thérapeutiques. L’utilisation des oligo-
éléments, par exemple, doit être prodiguée avec beaucoup de
prudence. L’isothérapie, elle, est efficace seulement dans le cas
d’infections chroniques. L’hydrothérapie, par contre, peut être
abondamment recommandée à tous, car sa valeur est redoutable,
lorsqu’elle est bien prescrite et convenablement suivie. J’ai vu de
très gros problèmes fonctionnels entièrement guéris par
l’hydrothérapie.
La psychanalyse a son action limitée mais très valable dans les
questions d’adaptation dues à une mauvaise incidence des
structures psychiques du passé, qui ont été déviées par des chocs
de toute nature. Bref, nous ne pouvons entrer dans le détail de
toutes ces choses, qui demandent en fait un examen individuel et
un enseignement profondément dispensé, comme il sera fait en
temps voulu.
Quoi qu’il en soit, vivez régulièrement, tentez de réparer par
l’abstinence un excès quelconque, lui appliquant l’énergie inverse
d’une manière contrôlée et équivalente. Prenez soin de régénérer

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de bonnes forces à la suite de maladies infectieuses, appliquez-


vous à chasser de votre corps celles qui se sont installées
chroniquement. Venez au laboratoire relativement équilibré, car
beaucoup de forces vous seront demandées. D’autre part, ne vous
étonnez pas de la venue subite d’une souffrance engendrée par
l’observance de l’ascèse que vous commande votre maître. Cela
est normal. Si tel intellectuel reçoit la recommandation de
travailler énormément avec ses mains, qu’il ne prenne pas de
chlorure de magnésium parce qu’il se sent fatigué, par exemple.
Vous devez par l’ascèse non pas bannir votre corps, mais en
rectifier les mauvaises habitudes fonctionnelles, ce qui ne peut
être fait sans souffrance. Il vous faut donc discerner la souffrance
dont vous êtes la cause par vos excès, la souffrance engendrée par
vos propres efforts en vue de changer en vous améliorant, et la
souffrance que vous subissez intégralement comme étant issue de
facteurs vraiment extérieurs. Les douleurs issues de l’ascèse,
vous l’aurez compris, traduisent en fait le signe parfait d’une
désintoxication. Ce sont les processus physiologiques
habituellement bloqués et en sommeil qui, par l’artifice du Devoir
intérieur, se débloquent pour retrouver leur mouvement inné.
Appliquez alors avec sapience telle ou telle thérapeutique, et tout
rentrera dans l’ordre, en quelques semaines, même pour de
graves ou d’anciens troubles.
Pratiquez un sport complet. Natation, marche à pied, athlétisme,
cyclotourisme, ou autre, que vous puissiez faire fonctionner la
chaudière humaine en bon tirage pour favoriser les éliminations.
Ne tentez pas une thérapeutique si vous laissez de