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Prof.

Hugo Bachmann

Principes de base pour la conception parasismique des


bâtiments*

Prof. Dr. Hugo Bachmann


Eidgenössische Technische Hochschule (ETH) Zürich, Schweiz

RESUME: chez certains professionnels – surtout les architectes – on considère encore que la sécurité
parasismique des bâtiments est uniquement une question de calculs et de dimensionnement de la structure
porteuse par l’ingénieur civil. Ceci n’est de loin pas le cas! La conception et l’exécution de la structure
porteuse et des éléments non-porteurs jouent un rôle au moins aussi important. C’est pourquoi les principes de
base pour la conception parasismique des bâtiments sont présentés ici. Ils concernent le plus souvent à part
égale le travail de l’architecte et celui de l’ingénieur civil.

1 INTRODUCTION Des calculs et un dimensionnement aussi élaborés


soient-ils, ne peuvent pas compenser les erreurs ou
Pour la sécurité parasismique de nouveaux les défauts “parasismiques” de conception et
bâtiments, les principes déterminants à suivre pour d’exécution de la structure porteuse et des
- la conception et éléments non-porteurs.
- la réalisation
de Une conception et une exécution parasismique
- la structure porteuse et appropriées n’entraînent en général pas ou peu de
- des éléments de construction non-porteurs surcoût pour les nouvelles constructions. Ceci reste
(cloisons intermédiaires, éléments de façade, valable même lors de l’application de méthodes
etc.) modernes de calculs et de dimensionnement, en
pour particulier le dimensionnement en capacité orienté
- la sécurité en cas de séisme (comportement à la en déformation.
rupture) et
- la vulnérabilité sismique (endommagement)
sont exposés.

* Traduction de la version revue et complétée de “Grundsätze für Ingenieure und Architekten für den erdbebengerechten
Entwurf von Hochbauten“, contribution à la journée d’études de la Société Suisse du Génie Parasismique et de la Dyna-
mique des Structures “Prévention sismique en Suisse, Mesures parasismiques pour les constructions existantes et nouvel-
les “ des 7/8 septembre 2000 à l’ETH Zurich.

1
Il est indispensable de respecter les principes de
base pour la conception et la réalisation exposés
ci-après, cependant cela n’est pas suffisant. Des maître de
calculs et un dimensionnement appropriés sont l'ouvrage
également indispensables. Alors que l’architecte et architecte ingénieur civil
l’ingénieur civil participent tous deux à
l’élaboration du projet ainsi qu’à certains aspects
de la construction, les quelques principes de base Collaboration étroite entre l'architecte et l'ingénieur civil
de calculs et de dimensionnement qui suivent dès les premières étapes d'un projet !
s’adressent essentiellement à l’ingénieur civil. Le
respect de ces principes par l’ingénieur civil sera le
plus souvent largement compensé par une
économie des coûts de construction. Il est faux de travailler “les uns après les autres”.
C’est-à-dire qu’il est faux que l’architecte élabore
d’abord un projet pour la structure porteuse et
choisisse des cloisons non-porteuses et des élé-
2 PRINCIPE GENERAL POUR LA ments de façade et seulement après s’adresse à
PLANNIFICATION l’ingénieur pour lui faire faire les calculs et le di-
mensionnement. Il est également faux de d’abord
Le respect du principe suivant lors des différentes élaborer la structure porteuse pour les charges
phases du projet est déterminant pour atteindre une verticales, puis les cloisons non-porteuses et les
solution optimale: éléments de façades et seulement après de complé-
ter la structure pour qu’elle résiste aux effets de
Collaboration étroite entre l’architecte et séismes.
l’ingénieur civil dès les premières étapes d’un Il est nettement plus avantageux « de projeter en-
projet! semble »: L’architecte et l’ingénieur élaborent
De sérieuses lacunes persistent encore souvent ensemble une structure porteuse “polyvalente”,
dans la collaboration entre l’architecte et c’est-à-dire une structure pour les charges vertica-
l’ingénieur civil. Elles peuvent entraîner inutile- les et les forces sismiques et ils choisissent ensem-
ment des surcoûts importants. Souvent, l’ingénieur ble les cloisons intermédiaires et les éléments non-
civil est impliqué trop tard dans le projet. Même porteurs convenant à cette structure. Ce procédé
les calculs les plus habiles des ingénieurs civils ne évite des surcoûts considérables et une construc-
peuvent compenser des erreurs et des défauts “pa- tion revue et corrigée qui sera finalement tout de
rasismiques” de conception et de réalisation de la même inadaptée.
structure porteuse et des éléments non-porteurs.
C’est pourquoi une collaboration étroite entre
l’architecte et l’ingénieur civil est absolument 3 PRINCIPES POUR LA
nécessaire dès les toutes premières étapes d’un CONCEPTION
projet.
Les principes suivants concernent la conception de
la structure porteuse et des éléments non-porteurs
(avant tout les cloisons et les éléments de façade),
pour laquelle une collaboration étroite entre
l’architecte et l’ingénieur civil est primordiale.

Eviter les rez-de-chaussée flexibles !


De nombreux effondrements de bâtiments lors des
tremblements de terre sont à mettre sur le compte
d’éléments de stabilisation présents dans les étages
supérieurs, mais absents au rez-de-chaussée où
seules des colonnes relativement minces subsis-
tent. Cela entraîne un rez-de-chaussée flexible

2
Principes de base pour la conception parasismique des bâtiments

horizontalement (« soft storey ») et conduit au


dangereux mécanisme de colonnes (mécanisme W, S
d’étage). S W
M M

Eviter les stabilisations non symétriques!

Eviter les discontinuités de stabilisation!


Les discontinuités de stabilisation, c’est-à-dire une
Eviter les rez-de-chaussée flexibles !
disposition différente en plan et/ou en élévation sur
la hauteur des bâtiments, sont toujours des points
sensibles et conduisent souvent à l’effondrement
Eviter les étages supérieurs flexibles! des bâtiments. Au droit des discontinuités, les
moments de flexion et les efforts tranchants ne
Lorsqu’à un étage supérieur la stabilisation hori- peuvent généralement pas être reportés de manière
zontale est affaiblie ou même totalement absente, satisfaisante. C’est pourquoi toute discontinuité de
cela entraîne un étage flexible et par conséquent un stabilisation est absolument à éviter.
mécanisme de colonnes dangereux (mécanisme
d’étage).

Eviter les discontinuités


de stabilisation !

Eviter les étages supérieurs flexibles !

Les sauts de rigidité et de résistance sont problé-


matiques!
Eviter les stabilisations non symétriques!
Des sauts de rigidité et de résistance du contreven-
Sur les plans des bâtiments de la figure suivante, tement principal sur la hauteur de la structure por-
seules les parois constituant les éléments de la teuse peuvent entraîner un comportement dynami-
stabilisation horizontale sont représentées. Les que irrégulier et engendrer des problèmes lors de
colonnes conçues uniquement pour reprendre des la transmission locale des efforts. Une augmenta-
charges verticales n’y figurent pas. Les refends tion de la rigidité et de la résistance de bas en haut
sont disposés de façon fortement asymétrique. Le (à gauche dans la figure) est nettement moins favo-
centre de résistance W ne coïncide pas avec le rable qu’inversement. En tout cas, le plus grand
centre de masse M, ce qui entraîne une forte tor- soin doit être apporté au dimensionnement et aux
sion avec rotation autour du centre de cisaillement dispositions constructives des zones de transition.
S et surtout la rupture des colonnes les plus éloi-
gnées du centre S.

3
Eviter « le remplissage » des cadres par de la
maçonnerie!
Le remplissage des cadres par de la maçonnerie est
une combinaison extrêmement défavorable de
Les sauts
deux méthodes de construction très différentes: les
de rigidité et de résistance
sont problématiques !
cadres sont souples et plus ou moins ductiles, la
maçonnerie est rigide et en même temps fragile.
Au début d’un tremblement de terre, la maçonnerie
reprend presque toutes les forces sismiques, mais
après elle s’écroule souvent par compression obli-
que ou glissement (faible frottement suite à un
manque de compression). Il peut aussi arriver que
la maçonnerie cisaille les piliers.
Eviter les systèmes mixtes de cadres et de parois
porteuses en maçonnerie!
Les systèmes porteurs mixtes composés de cadres
et de parois porteuses en maçonnerie ne sont pas
bien adaptés à la reprise des efforts sismiques.
Même avec un cadre relativement massif, les for-
ces sismiques sont pratiquement toutes reprises par
les parois en maçonnerie qui sont nettement plus Eviter le remplissage des cadres
rigides que le cadre. Lorsque les parois en maçon- par de la maçonnerie !
nerie s’effondrent suite aux forces sismiques, elles
ne peuvent alors plus reprendre les charges vertica-
les, ce qui conduit le plus souvent à un effondre- Séparer les parois en maçonnerie, dans les bâti-
ment total.
ments stabilisés par des refends en béton armé,
par des joints et les assurer contre les accéléra-
cadre en béton armé paroi porteuse
en maçonnerie
tions transversales!
Il peut souvent être utile de séparer les cloisons
intermédiaires - particulièrement les parois en
maçonnerie non-porteuses relativement rigides
dans leur plan et fragiles – de la structure porteuse
par des joints pour leur éviter d’être endommagées
par de petits tremblements de terre (< séisme de
dimensionnement). Les joints doivent être remplis
Eviter les systèmes mixtes de cadres et par un matériau très souple, et si possible insonori-
de parois porteuses en maçonnerie ! sant, par exemple avec du caoutchouc. Le liège, les
mousses dures, les kits pour joints, etc., sont par
Les systèmes mixtes de cadres et de parois en ma- contre trop rigides. L’épaisseur nécessaire du joint
çonnerie sont aussi mal adaptés aux modifications dépend de la rigidité de la structure porteuse et de
d’utilisation de plus en plus fréquentes tout au long la sensibilité à la déformation des cloisons inter-
de la vie d’un bâtiment. Pour cette raison égale- médiaires ainsi que du niveau de sécurité choisi (<
ment ils devraient être évités. A long terme, il est séisme de dimensionnement). Souvent l’on doit
donc aussi dans l’intérêt du maître de l’ouvrage également assurer les cloisons intermédiaires
d’opter pour une structure porteuse avec quelques contre les accélérations latérales, par exemple à
refends élancés en béton armé disposés sur toute la l’aide de cornières, afin d’éviter leur effondrement
hauteur du bâtiment. Des modifications ultérieures hors plan.
compliquées et coûteuses sur la structure porteuse
sont ainsi automatiquement évitées.

4
Principes de base pour la conception parasismique des bâtiments

Armer les parois porteuses en maçonnerie!

caoutchouc
Au lieu de stabiliser les bâtiments en maçonnerie
20 - 40 mm
Séparer les
avec des refends en béton armé, on peut armer les
parois en maçonnerie parois porteuses en maçonnerie. Il faut alors pré-
dans les bâtiments stabilisés voir une armature horizontale minimale et une
par des refends armature verticale d’extrémité renforcée. Ainsi les
par des joints et les glissements dans les joints d’appui seront évités et
assurer contre les une certaine ductilité ( µ ∆ ∼ 2) pourra être atteinte.
accélérations transversales!

Stabiliser les bâtiments en maçonnerie avec des Armer les


parois porteuses en maçonnerie !
refends en béton armé!
Les bâtiments en maçonnerie sont relativement armature minimale
rigides. Ils ont souvent une fréquence propre éle- armature d'extrémité
vée (dans la zone du plateau du spectre de dimen-
sionnement) et par conséquent ils subissent de
grandes forces sismiques. Par ailleurs les parois en
maçonnerie non armées sont fragiles et elles ont
une dissipation d’énergie relativement faible.
Comme on ne peut, en général, pas atteindre une Dans les bâtiments stabilisés par des murs de
sécurité sismique suffisante pour les bâtiments en refends, souvent deux refends élancés en béton
maçonnerie « purs » même pour des tremblements armé par direction principale sont suffisants!
de terre modérés (par exemple zone 1 d’après SIA
160), on doit stabiliser les bâtiments en maçonne- Pour une zone de faible sismicité, comme c’est le
rie non armée avec des refends en béton armé. cas en Suisse, en général deux refends élancés par
direction principale en béton armé s’étendant sur
maçonnerie refend en maçonnerie
toute la hauteur du bâtiment suffisent. Ceci est
béton armé
particulièrement valable dans le cas de cloisons
intermédiaires non-porteuses plutôt flexibles ou
séparées de la structure porteuse par des joints (pas
de remplissage en maçonnerie sans joints). Pour
diminuer les effets de torsion, les refends devraient
êtres disposés symétriquement et, si possible, à la
périphérie du bâtiment. Il faudrait également éviter
de disposer les refends dans un angle du bâtiment à
cause de la difficulté de diffuser les forces de réac-
Stabiliser les bâtiments en maçonnerie
tion correspondantes dans le sol. Des refends avec
avec des refends en béton armé !
une section en L (parois d’angle) et des refends
avec une section en U sont souvent nettement
Les refends en béton armé doivent être conçus de moins favorables que ceux de section rectangu-
façon suffisamment rigide (la longueur de la paroi laire, car ils peuvent difficilement être conçus de
et la quantité d’armature verticale sont déterminan- manière ductile. Par contre, des refends en béton
tes). Ils doivent supporter leur part des forces sis- armé de section rectangulaire peuvent être facile-
miques en restant élastique, c’est-à-dire sans plas- ment adaptés pour augmenter leur ductilité, ce qui
tification de l’armature. Pour le séisme de dimen- permet d’atteindre une grande sécurité parasismi-
sionnement, les déplacements horizontaux du bâ- que pour l’ensemble du bâtiment.
timent ne doivent pas excéder le déplacement en-
traînant la rupture des parois en maçonnerie les
plus rigides (longues).

5
nes courtes et massives, il se produit un énorme
gradient de moment et ainsi un grand effort tran-
chant, qui entraîne, avant même d’atteindre Mpl,
une rupture par cisaillement (une alternative pour
éviter une telle rupture est de les dimensionner au
cisaillement et de les construire selon les règles du
dimensionnement en capacité).

Dans les bâtiments stabilisés par des murs de refend, souvent deux
refends élancés en béton armé par direction principale suffisent !

M pl

l énorme gradient
Choisir et concevoir soigneusement les contre- M pl
de moment
rupture par
ventements triangulés! effort tranchant !

Les contreventements triangulés avec les liaisons


centriques usuelles aux noeuds se comportent sou- Eviter les colonnes courtes !
vent de manière très défavorable lors d’une sollici-
tation cyclique. Les diagonales élancées se plasti-
fient en traction, s’allongent et flambent ensuite en
compression. De ce fait, la rigidité des contreven-
tements triangulés diminue fortement au passage Eviter les remplissages partiels dans les cadres!
du point de déformation nulle, ce qui entraîne des
effets dynamiques qui peuvent contribuer à la L’insertion sans joint de remplissage partiel dans
ruine de la structure. De tels contreventements les cadres a pour conséquence l’apparition du phé-
triangulés ne devraient donc être prévus que pour nomène des colonnes courtes ou captives (voir
des comportements élastiques ou une ductilité très principe précédent). Cela entraîne une rupture par
basse. Des contreventements triangulés avec des cisaillement ou – en cas de résistance au cisaille-
barres massives et des liaisons excentriques se ment suffisante – un mécanisme de colonnes avec
comportent nettement mieux. Il faut de toute ma- des effets du 2ème ordre importants (effet-N- ∆ ).
nière soigneusement vérifier la compatibilité des
déformations des contreventements triangulés avec
les autres éléments de construction porteurs ou
non-porteurs.

Eviter les remplissages partiels dans les cadres !

Accorder la rigidité de la structure porteuse à la


sensibilité envers les déformations des cloisons
non-porteuses et des éléments de façade!
Choisir et concevoir soigneusement
les contreventements triangulés !
Si l’on combine, sans joint, des cloisons intermé-
diaires peu déformables (par exemple, en maçon-
nerie) avec une structure porteuse souple horizon-
Eviter les colonnes courtes! talement (par exemple, un cadre), alors même de
petits séismes provoquent des dommages impor-
Dans les cadres avec des poutres massives, les
tants.
colonnes peuvent être sollicitées au plus jusqu’à
leur moment plastique Mpl. Dans le cas de colon-

6
Principes de base pour la conception parasismique des bâtiments

La grandeur déterminante est la déformation se trouvent à des niveaux différents et heurtent les
moyenne par étage (storey drift), c’est-à-dire le colonnes de l’autre bâtiment.
rapport de la déformation de l’étage δ par sa hau-
teur h.


δ

grandeur déterminante:
h déformation moyenne
par étage δ/h
Concevoir les joints entre deux bâtiments
de façon appropriée!

Accorder la rigidité de la structure porteuse à la


sensibilité envers les déformations des cloisons non-porteuses
et des éléments de façade ! Assurer la cohésion grâce à des dalles monolithi-
ques et répartir les forces sismiques!
Les dalles doivent être compactes et être reliées
avec tous les éléments porteurs verticaux de façon
Préférer des plans compacts! à pouvoir transmettre la compression et la traction.
Les parties gauche et droite du bâtiment sur la Les dalles en éléments préfabriqués sans béton
figure ci-dessous voudraient vibrer de façon diffé- armé de liaison, par exemple, ne sont pas recom-
rente, mais elles se gênent mutuellement. Ceci mandées (à gauche sur la figure). Les dalles
conduit en particulier dans la zone de transition à monolithiques en béton armé, qui fonctionnent
de fortes sollicitations. Le comportement s’avère dans leur plan comme des voiles rigides et
nettement meilleur si l’on sépare le plan en deux conservent ainsi la section des refends (effet de
parties compactes par un joint. diaphragme), sont préférables.

défavorable meilleur
défavorable meilleur

Assurer la cohésion grâce à des dalles monolithiques


et répartir les forces sismiques !
Préférer des plans compacts !

En cas de sols sablonneux tenir compte d’une


éventuelle liquéfaction du sol!
Concevoir les joints entre deux bâtiments de fa-
çon appropriée! Certains sol sablonneux à teneur en eau plutôt
élevée sont très stables et supportent bien les char-
Cela signifie:
ges statiques, mais se comportent subitement
1) Les joints doivent avoir une largeur minimale
comme un liquide sous l’effet de vibrations –
(normes);
comme lors d’un tremblement de terre –. Les bâ-
2) Les joints doivent être vides et ne doivent pas
timents peuvent s’affaisser ou – si le sol est inho-
présenter des points de contact.
mogène ou lors d’une liquéfaction inégale –
Les joints doivent éviter que les bâtiments voisins
s’incliner, ce qui peut aboutir à un effondrement
s’entrechoquent (pounding) et se martèlent (ham-
total. Un examen soigneux du sol de fondation et
mering). Ces phénomènes sont particulièrement
des mesures spéciales telles que renforcement par
dangereux lorsque les dalles des bâtiments voisins

7
injections, fondation profonde (pieux), etc, peu-
vent éviter ce phénomène.
4 PRINCIPES DE BASE POUR LE
CALCUL ET LE
DIMENSIONNEMENT

Les principes de base suivants pour le calcul et le


dimensionnement concernent avant tout les do-
maines spécialisés de l’ingénieur civil et sismique,
mais ils peuvent également être importants pour
l’architecte.
En cas de sols sablonneux tenir compte
d'une éventuelle liquéfaction du sol ! Dans certains cas le développement d’un spectre
de site est nécessaire!
Les conditions locales du sol peuvent conduire à
"Assouplir" peut être plus efficace des particularités notables de l’ampleur du mou-
vement du sol et de la réponse structurale. Ceci
que renforcer!
peut être le cas
Un « assouplissement », (softening) respective- - avec des sols meubles dont la vitesse des ondes
ment un affaiblissement de la structure porteuse - de cisaillement est inférieure à 200 m/s ou/et
par exemple, en incorporant des appuis sismiques dont l’épaisseur est importante
en matière synthétique – peut provoquer un dépla- - de certaines vallées avec des remplissages allu-
cement de la fréquence propre dans le domaine viaux ou glaciaires (rapport de la profondeur à
favorable du spectre de dimensionnement. Contrai- la largeur plus grand que environ 0.2)
rement à un renforcement, respectivement un rai- - de façon générale, en cas de soupçon d’une
dissement – et souvent combiné avec une augmen- résonance entre le sol et le bâtiment.
tation de l’amortissement – les forces sismiques
résultantes peuvent être réduites de façon notable.
Les déplacements relatifs augmentent par contre
très fortement.

"assouplir" renforcer
accélération

"Assouplir"
fréquence peut être plus efficace Dans certains cas le développement
que renforcer ! d'un spectre de site est nécessaire !
déformation
relative

Dans ces cas, même lors de faible tremblement de


terre, les vibrations propres très prononcées du sol
fréquence tendent à amplifier les mouvements sismiques.
C’est pourquoi des études spéciales sont indispen-
sables. Si aucun microzonage avec les valeurs
spectrales correspondantes (spectre de réponse)
n’est disponible, il faut déterminer la fréquence
propre du sol et élaborer un spectre de dimension-
nement propre au lieu (spectre de réponse de
l’accélération et du déplacement).

8
Principes de base pour la conception parasismique des bâtiments

Une structure porteuse ductile grâce au dimen-


sionnement en capacité!
La structure porteuse d’un bâtiment doit toujours
être conçue de façon ductile, c’est-à-dire fortement
N efforts de
déformable dans les zones sollicitées plastique- Mo surcapacité
Vw
ment. Ceci est généralement également valable
dans le cas extrême où la résistance ultime est
tellement grande, que le séisme de dimensionne-
ment peut être supporté de façon « élastique ». En Protéger les fondations par le dimensionnement en capacité et
effet, les tremblements de terre peuvent être bien acheminer les forces jusqu'au sol de fondation!
plus grands que le séisme de dimensionnement! La
méthode de dimensionnement en capacité offre ici
un procédé simple et efficace. Grâce à elle, la sé-
curité à la rupture peut être considérablement
augmentée (facteur 2-4) sans surcoûts importants. 5 PRINCIPES DE BASE POUR LES
DETAILS CONSTRUCTIFS

∆ E Les principes suivants concernent les aspects im-


structure structure portants de la construction de la structure porteuse
fragile ductile
et des éléments non-porteurs ainsi que des installa-
E tions techniques et des aménagements. Ils concer-
rupture
nent dans certains cas aussi bien l’ingénieur civil
∆ que l’architecte.
Structure porteuse ductile grâce au dimensionnement en capacité !
Dans les zones plastiques des refends en béton
armé il faut utiliser de l’acier d’armature ductile
avec Rm/Re ≥ 1.15 et Agt ≥ 6 % (valeurs fracti-
Protéger les fondations par le dimensionnement les) !
en capacité et acheminer les forces jusqu’au sol En Europe, une grande partie de l’acier d’armature
de fondation! disponible sur le marché – en particulier les barres
La fondation doit reprendre, selon les principes de de petits diamètres – n’est pas assez ductile. Pour
base du dimensionnement en capacité, les efforts pouvoir atteindre une ductilité moyenne des struc-
de surcapacité de la structure et elle doit pouvoir tures en béton armé, l’acier d’armature dans les
les reporter sans plastification au sol de fondation. zones plastiques doit répondre au minimum aux
Les fondations devraient toujours rester dans un exigences suivantes (valeurs fractiles) :
état élastique. Elles évitent ainsi le développement • Rapport de la résistance à la traction Rm = ft à
de zones plastiques, qui conduisent généralement à la limite d’écoulement Re = fy:
des comportements incontrôlés produisant de Rm/Re ≥ 1.15
grandes déformations de la structure. Des répara- • Allongement total à la force de traction maxi-
tions sont également bien plus difficiles à effectuer male: Agt ≥ 6 %
dans les fondations que dans la structure. Il faut
donc absolument éviter des sollicitations excessi-
ves et des déformations plastiques du sol.

9
R m / R e : rapport d'écrouissage
A gt : allongement total à la Dans les zones plastiques
traction maximale Dans les zones plastiques
des refends en béton armé
des colonnes et
utiliser de l'acier
800 s s des refends, munir
Rm d'armature ductile avec
contrainte [MPa]

Rm
600 Re l'armature transversale
400
Re R m /R e ≥ 1,15 135º d d
de crochets à 135° et les
A gt ≥ 6% disposer à intervalle
200 A gt
A gt
(valeurs fractiles) vertical s ≤ 5d !
0
0 5 10 15 20
d d
allongement [%]

Des désignations telles que « acier d’armature


selon norme SIA162 » ou « répond aux exigences Les évidements pour les conduites, les canaux de
des normes » ne sont pas suffisantes et induisent ventilation, etc. ne doivent pas empiéter sur la
en erreur car les normes actuellement en vigueur structure porteuse!
sont elles-mêmes insuffisantes.
Il est vivement recommandé de faire faire des es- Sur les chantiers, les éléments pour l’évidement
sais appropriés avant la mise en place de l’acier des conduites, des canaux de ventilation, etc. sont
d’armature dans la construction. souvent insérés dans le coffrage d’éléments de la
structure porteuse très sollicités sans concertation
Dans les zones plastiques des refends et des co- avec l’ingénieur civil, s’ils ne sont pas carrément
lonnes, munir l’armature transversale de cro- repiqués après coup. Ceci peut conduire à la ruine
d’éléments porteurs soigneusement planifiés (par
chets à 135° et les disposer à intervalle s≤ 5 d !
exemple des refends, des colonnes) et, par là, à de
Dans les zones plastiques des refends et des colon- graves problèmes de sécurité. Les évidements doi-
nes en béton armé (longueur plastique Lp), il faut vent être planifiés en étroite collaboration avec
stabiliser les barres d’armature verticales pour l’ingénieur civil et être inscrits dans des plans
éviter qu’elles ne flambent sous les charges de d’évidement pour ensuite être soigneusement
compression. Parfois, le béton doit également être contrôlés sur le chantier.
confiné afin de permettre des déformations de
compression plus élevées. L’armature transversale
nécessaire – armature de stabilisation et de confi-
nement avec des étriers et des barres de liaison –
doit être ancrée avec des crochets à 135°; des cro- Les évidements pour les
chets à 90° ne suffisent pas, et les dommages ob- conduites, les canaux de ventilation, etc.
servés lors de chaque nouveau séisme le rappelle ne doivent pas empiéter
invariablement. La distance verticale nécessaire sur la structure porteuse !
relativement faible entre les étriers et les barres de interdit !
stabilisation s ≤ 5 d (d = diamètre des barres stabi-
lisées) est due à la ductilité souvent mauvaise (fai-
ble rapport d’écrouissage Rm/Re) des aciers
d’armature européens qui conduisent à un effet de
flambement défavorable.
Pour les constructions préfabriquées assurer les
appuis!
Pour les appuis mobiles, il faut prévoir une lon-
gueur d’appui minimale bmin (normes) et pour les
appuis fixes, il faut disposer des goujons solides.
De plus, les poutres doivent être assurées contre
les risques de déversement latéral particulièrement
vers les appuis.

10
Principes de base pour la conception parasismique des bâtiments

b min
goujon

appui mobile appui fixe


en plus: assurer contre le déversement latéral!

insuffisant meilleur

Pour les constructions préfabriquées assurer les appuis !


Ancrer les éléments de façade aussi pour les forces horizontales!

Ancrer les remplissages partiels et les murs li- Bien fixer les faux-plafonds et les systèmes
bres! d’éclairage!
Les forces sismiques horizontales provoquent tou- Il arrive fréquemment que des faux-plafonds et des
jours un moment renversant. S’il n’y a pas systèmes d’éclairage tombent et mettent ainsi la
d’ancrage, ou que celui-ci est insuffisant, l’élément vie des personnes en danger. Des revêtements de
bascule et tombe. plafond, qui ne sont maintenus que par de minces
fils, par exemple, peuvent représenter un grand
risque pour les personnes. Des luminaires mal
fixés ou simplement vissés dans le plafond peu-
vent également tomber.

Ancrer les remplissages


force sismique
horizontale partiels et les murs libres !

moment renversant

Ancrer également les éléments de façade pour les Bien fixer les faux-plafonds et les systèmes d'éclairage!

forces horizontales!
Les éléments de façade ne doivent pas simplement
être posés sur des consoles, car le frottement résul-
Assurer les installations et les équipements!
tant des charges verticales peut être vaincu par les
accélérations horizontales et verticales lors d’un La sécurité des installations et des équipements est
tremblement de terre. Les ancrages des éléments particulièrement importante pour les infrastructu-
de façade doivent donc également être dimension- res vitales en cas de catastrophe, telles les hôpi-
nés pour l’accélération horizontale de l’étage taux, bâtiments des pompiers, centrales de com-
considéré. mande, etc. qui doivent rester opérationnelles
même lors de graves tremblements de terre (classe
d’ouvrage CO III selon SIA160). Par exemple, les
conduites et les armoires doivent être fixées de
façon adéquate.

11
REFERENCES
Assurer les
Bundesamt für Zivilschutz: "Katastrophen und
installations et
les équipements! Notlagen in der Schweiz, eine vergleichende
(CO III SIA 160) Übersicht (KATANOS)". Bern, 1995.
Schweizerischer Pool für Erdbebenversicherung:
"Erdbebenszenarien Schweiz". Untersuchungs-
bericht, Bern 1988. Kurzfassung im 10. Ges-
chäftsbericht, Bern 1988.
Bachmann H., Darbre G.R., Deichmann N., Koller
M.G., Studer J.A., Tiniç S., Tissières P., Wenk
T., Wieland M., Zwicky P.: "Mesures à prendre
6 CONCLUSIONS par les autorités, les Hautes Ecoles, l’industrie
et le public pour la sécurité parasismique des
Pour la conception parasismique de bâtiments, il ouvrages en Suisse". Documentation
est très important que l’ingénieur civil et SGEB/SIA DO150, Société Suisse des ingé-
l’architecte travaillent en étroite collaboration dès nieurs et des architectes, Zurich, 1998.
le début du projet. Ainsi, des surcoûts notables et Paulay T., Bachmann H., Moser K.: "Erdbeben-
des adaptations après coup, de toute manière insuf- bemessung von Stahlbetonhochbauten". Birk-
fisantes, peuvent souvent être évités. Des principes häuser Verlag Basel, Boston, Berlin, 1990.
de base importants et simples doivent être pris en Paulay T., Priestley M.J.N.: "Seismic Design of
considération dès la conception des structures por- Reinforced Concrete and Masonry Buildings".
teuses et lors du choix des éléments non-porteurs John Wiley & Sons, Inc., New York, 1992.
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