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Chapitre 5

Polynômes

Sommaire
5.1 Définition . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 93
5.2 Division euclidienne . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 97
5.3 Racines . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 98
5.3.1 Généralités . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 98
5.3.2 Racines des polynômes à coefficients complexes — Théorème de d’Alembert . . . . . . 98
5.4 Polynômes irréductibles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 99
5.4.1 Généralités . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 99
5.4.2 Polynômes irréductibles à coefficients complexes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 99
5.4.3 Polynômes irréductibles à coefficients réels . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 99
5.5 Factorisation des polynômes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 100
5.5.1 Factorisation des polynômes à coefficients complexes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 100
5.5.2 Factorisation des polynômes à coefficients réels . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 100
5.6 Annexe : preuve du théorème de d’Alembert . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 101

Beaucoup de notions dans ce chapitre sont définies sur le corps des nombres réels R ou sur le corps des nombres
complexes C. Pour simplifier l’écriture, on posera souvent K “ R ou K “ C. On introduira aussi les définitions
ou les énoncés par la phrase ! Soit K un corps. . . " pour indiquer que ce qui suit est vrai pour K “ R ou K “ C,
ou pour tout autre corps.
Par ailleurs, les polynômes sont exprimés à l’aide d’une variable notée par une lettre capitale, souvent X. Cette
variable n’est pas de même nature que la variable d’une fonction : il convient donc de faire une distinction entre
! polynôme " et ! fonction polynomiale " ; voir à ce propos la remarque 5.8.

5.1 Définition
Définition 5.1 Soit K un corps.
(a) Un polynôme à coefficients dans K, et de variable X, est une expression de la forme :
n
ÿ
P “ ad X d ` ad´1 X d´1 ` ¨ ¨ ¨ ` a1 X ` a0 “ ai X i
i“0

où d est un entier, et pour tout i tel que 0 ď i ď d : ai P K.


(b) Si P “ ad X d ` ad´1 X d´1 ` ¨ ¨ ¨ ` a1 X ` a0 et Q “ be X e ` be´1 X e´1 ` ¨ ¨ ¨ ` b1 X ` b0 , avec d ď e ; on dit
que P et Q sont égaux si et seulement si les deux conditions suivantes sont vérifiées :
(i) pour tout i tel que 0 ď i ď d : ai “ bi ;
(ii) pour tout i tel que d ă i ď e : bi “ 0.
Autrement dit :
ad X d ` ad´1 X d´1 ` ¨ ¨ ¨ ` a1 X ` a0 “ 0 X e ` 0 X e´1 ` ¨ ¨ ¨ ` 0 X d`1 ` ad X d ` ad´1 X d´1 ` ¨ ¨ ¨ ` a1 X ` a0

màj 28 août, 2017 93 Laurent Koelblen — UPMC 2017–2018


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(c) On appelle les ai : les coefficients de P .


(d) On appelle le terme ai X i : le terme de degré i de P .
(e) D’après le point (b), si tous les coefficients de P ne sont pas nuls, on peut toujours ramener l’écriture de
P au cas où ad ­“ 0. On appelle alors :
— le nombre entier d : le degré de P , et on écrit deg P “ d ;
— le coefficient ad : le coefficient dominant de P ;
— le terme ad X d : le terme dominant (ou le terme de plus haut degré) de P .
(f) Si P “ 0 alors le degré de P n’est pas défini par ce qui précède ; dans ce cas on pose, par convention :
deg P “ ´8. (Cela est justifié par les formules qui lient le degrés de deux polynômes et les degrés de leur
somme et de leur produit ; voir proposition 5.3.)
(g) On dit que P est unitaire si son coefficient dominant est égal à 1.
(h) On appelle le coefficient a0 : le coefficient (ou le terme) constant de P .
(i) On appelle polynôme constant un polynôme dont tous les coefficients sont nuls, sauf éventuellement le
coefficient constant ; un tel polynôme a pour expression : P “ a, avec a P K ; il est de degré 0 ou ´8.
(j) On note KrXs l’ensemble des polynômes à coefficients dans K, et de variable X.

Définition 5.2 Soient P “ ad X d ` ad´1 X d´1 ` ¨ ¨ ¨ ` a1 X ` a0 et Q “ be X e ` be´1 X e´1 ` ¨ ¨ ¨ ` b1 X ` b0


deux polynômes à coefficient dans un corps K.
(a) On définit la somme de P et Q par :
n
ÿ
P ` Q “ pan ` bn qX n ` pan´1 ` bn´1 qX n´1 ` ¨ ¨ ¨ ` pa1 ` b1 qX ` pa0 ` b0 q “ pai ` bi qX i .
i“0

(avec n “ maxtd, eu et ai “ 0 si i ą d et bj “ 0 si j ą e).


(b) On définit le produit de P et Q par :
d ÿ
ÿ e d`e
ÿ ÿ
PQ “ ai bj X i`j “ ck X k où ck “ ai bj .
i“0 j“0 k“0 i`j “ k
0 ď i ď d
0 ď j ď e

(c) On définit les puissances de P par :

P 0 “ 1 et pour m P N˚ : P m “ P ˆ P m´1 “ P ˆ P ˆ ¨¨¨ ˆ P .


looooooooomooooooooon
m fois
(d) On définit la composée de P par Q par :

Q ˝ P “ be P e ` be´1 P e´1 ` ¨ ¨ ¨ ` b1 P ` b0 .

(e) On définit le polynôme dérivé de P par :


n
ÿ n´1
ÿ
P 1 “ n an X n´1 ` pn ´ 1q an´1 X n´2 ` ¨ ¨ ¨ ` 2 a2 X ` a1 “ i ai X i´1 “ pi ` 1q ai`1 X i
i“1 i“0

et on définit également, les dérivées successives de P par :


` ˘1
P pm`1q “ P pmq pour tout m P N avec la convention : P p0q “ P.

Proposition 5.3 Soit K un corps et soient P P KrXs et Q P KrXs deux polynômes ; on a :


(a) degpP ` Qq ď maxtdeg P, deg Qu ;
(b) degpP Qq “ deg P ` deg Q.

UPMC 2017–2018 — Laurent Koelblen 94 màj 28 août, 2017


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Remarque 5.4 l’énoncé est valable pour P “ 0 ou Q “ 0 à condition de poser :


— maxtn, ´8u “ n pour tout n P N ;
— maxt´8, ´8u “ ´8 ;
— p´8q ` n “ ´8 pour tout n P N ;
— p´8q ` p´8q “ ´8.

Preuve :
(a) On suppose que deg P ď deg Q ; si deg P ă deg Q alors Q ­“ 0 et le terme de plus haut degré de
P ` Q est égal au terme de plus haut degré de Q d’où degpP ` Qq “ deg P (ceci comprend le cas où
P “ 0) ; si deg P “ deg Q et si P ­“ 0 et Q ­“ 0, il est possible que les termes de plus haut degré de
P et de Q soient opposés, auquel cas leur somme est nulle et degpP ` Qq ă deg P “ deg Q, sinon on a
degpP ` Qq “ deg P “ deg Q ; enfin, si P “ Q “ 0, le résultat est évident.
(b) si P et Q sont non nuls, alors le terme de plus haut degré de P Q est égal au produit des termes de plus
haut degré de P et de Q, d’où le résultat ; si P “ 0 ou Q “ 0 alors P Q “ 0 et le résultat est évident.

Théorème 5.5 L’addition et la multiplication vérifient sur KrXs les propriétés suivantes :
(a) 0 est élément neutre pour l’addition ;
(b) l’addition est commutative ;
(c) l’addition est associative ;
(d) tout élément à un opposé ;
(e) 1 est élément neutre pour la multiplication ;
(f) 0 est élément absorbant pour la multiplication ;
(g) la multiplication est commutative ;
(h) la multiplication est associative ;
(i) la multiplication est distributive par rapport à l’addition ;
(j) KrXs est intègre.
Autrement dit : KrXs est un anneau commutatif unitaire intègre (tout comme Z avec lequel il partage d’autres
propriétés, comme on le verra plus loin).
Ces propriétés résultent des définitions de l’addition et de la multiplication des polynômes, et du fait que
l’addition et la multiplication dans K vérifient les mêmes propriétés.

Proposition 5.6 La dérivation vérifie pour tout m P N˚ , P P KrXs et Q P KrXs les propriétés suivantes :
(a) pP ` Qq1 “ P 1 ` Q1 ;
(b) pP Qq1 “ P 1 Q ` P Q1 ;
(c) pP m q1 “ m P 1 P m´1 ;
(d) pQ ˝ P q1 “ pQ1 ˝ P q ˆ P 1 .

d
ÿ d
ÿ
Preuve : soient P “ ai X i et Q “ bj X j deux polynômes de degré ď d ; le point (a) est immédiat ; on a :
i“0 j“0

d
ÿ
P `Q“ pai ` bi qX i
i“0

donc :
d
ÿ d
ÿ d
ÿ
pP ` Qq1 “ i pai ` bi qX i´1 “ i ai X i´1 ` i bi X i´1 “ P 1 ` Q1 .
i“1 i“1 i“1

Pour le point (b) on applique aussi directement la définition du produit de deux polynômes, mais pour mener
le calcul, on doit séparer les termes de degrés 0 et 1 comme ceci :
d ÿ
ÿ d d ÿ
ÿ d
PQ “ ai bj X i`j “ a0 b0 ` pa0 b1 ` a1 b0 qX ` ai bj X i`j
i“0 j“0 i“1 j“1

màj 28 août, 2017 95 Laurent Koelblen — UPMC 2017–2018


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d’où :
d ÿ
ÿ d
pP Qq1 “ pa1 b0 ` a0 b1 q ` pi ` jqai bj X i`j´1
i“1 j“1
d ÿ
ÿ d ÿd ÿ d
“ a1 b0 ` i ai bj X i`j´1 ` a0 b1 ` j ai bj X i`j´1
i“1 j“1
loooooooooooooooomoooooooooooooooon i“1 j“1
looooooooooooooooomooooooooooooooooon
ÿd ÿ d ÿd ÿ d
“ i ai bj X i`j´1 ` j ai bj X i`j´1
i“1 j“0
looooooooooomooooooooooon i“0 j“1
looooooooooomooooooooooon
1
“ P Q ` P Q1
Pour le point (c) on procède par récurrence ;
— initialisation : le résultat est vrai pour m “ 1 car P 0 “ 1 et pour m “ 2 d’après le point (b) ;
— hérédité : on suppose alors la formule vraie au rang m et on calcul la dérivée de P m`1 comme ceci, en
appliquant la formule démontrée au point (b) :
` ˘1 ` ˘1 ` ˘1 ` ˘
P m`1 “ P ˆ P m “ P 1 ˆ P m ` P ˆ P m “ P 1 ˆ P m ` P ˆ m P 1 P m´1 “ pm ` 1qP 1 P m ;

— conclusion : la formule est vraie pour tout m P N˚ .


Enfin, le point (d) est lui aussi la conséquence d’un calcul direct qui utilise les formules démontrées aux points
(a) et (c) :
˜ ¸1 ˜ ¸
d
ÿ d
ÿ d
ÿ
1 j 1 j´1 j´1
pQ ˝ P q “ bj P “ j bj P P “ j bj P ˆ P 1 “ pQ1 ˝ P q ˆ P 1
j“0 j“1 j“1

Définition 5.7 À tout polynôme P “ an X n ` an´1 X n´1 ` ¨ ¨ ¨ ` a1 X ` a0 à coefficients dans K, on associe


la fonction polynomiale :
P :KÑK
x ÞÑ P pxq “ an xn ` an´1 xn´1 ` ¨ ¨ ¨ ` a1 x ` a0

On devrait noter la fonction associée au polynôme P autrement que P , par exemple écrire P̃ ou P̌ , mais cela
alourdit l’écriture. Toutefois il faut bien garder à l’esprit que le polynôme et la fonction polynomiale qui lui est
associée, sont des objets de natures différentes. Voir à ce propos la remarque 5.8.

Remarque 5.8 On définit l’égalité de deux fonctions f : K Ñ K et g : K Ñ K par : pour tout x P K :


f pxq “ gpxq. Par exemple : la fonction cos2 définie sur R est égale à la fonction 1 ´ sin2 , même si les deux
expressions cos2 et 1 ´ sin2 sont différentes.
Par contre, on définit l’égalité de deux polynômes en comparant uniquement leurs coefficients.
L’égalité de deux polynômes est elle équivalente au fait que les fonctions polynomiales associées sont égales ?
On est tenter de répondre oui à cette question, mais une erreur. Ce résultat est vrai si K “ R ou K “ C et on
invite le lecteur à en donner une preuve, mais il n’est pas vrai pour tout corps K !
Mais alors, quelle est la nature de X ou de l’expression X i ? Ce ne sont que des facilités d’écriture, notamment
pour les calculs, car en réalité, ce qui définit un polynôme, c’est uniquement ses coefficients.

Remarque 5.9
(1) La fonction associée à la somme de deux polynômes est égale à la somme des deux fonctions associées à
chacun des deux polynômes, de même pour le produit.
(2) Par contre, pour ce qui concerne la dérivation, la même remarque ne s’applique que si K “ R. La dérivation
d’un polynôme sur un corps K ­“ R est donc une opération nouvelle (qui est bien-sûr inspirée de la formule
de dérivation d’une fonction polynomiale à coefficients réels).

UPMC 2017–2018 — Laurent Koelblen 96 màj 28 août, 2017


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5.2 Division euclidienne


Théorème et Définition 5.10 Soit K un corps et soient A et B deux polynômes à coefficients dans K tels
que B ­“ 0. Il existe un unique couple pQ, Rq de polynômes à coefficients dans K tel que :
(i) A “ BQ ` R,
(ii) et 0 ď deg R ă deg B.
On appelle Q le quotient, et R le reste, de la division euclidienne de A par B.

Exemple 5.11 Soit A “ 2X 4 ´ 19X 2 ` 26X ´ 13 et B “ X 2 ` 3X ´ 2. Pour effectuer la division euclidienne


de A par B on procède comme suit :
2X 4
— on divise le terme de plus haut degré de A par le terme de plus haut degré de B : Q1 “ “ 2X 2 ;
X2
— puis on calcule R1 “ A ´ Q1 B “ ´6X 3 ´ 15X 2 ` 26X ´ 13 (on constate que deg R1 ă deg A) ;
´ 6X 3
— on divise le terme de plus haut degré de R1 par le terme de plus haut degré de B : Q2 “ “ ´6X,
X2
— puis on calcule R2 “ R1 ´ Q2 B “ A ´ pQ1 ` Q2 qB “ 3X 2 ` 14X ´ 13 ;
— et ainsi de suite. . .
On arrête le calcul lorsqu’on obtient un polynôme Rk “ A ´ pQ1 ` Q2 ` ¨ ¨ ¨ Qk qB tel que deg Rk ă deg B. On
a alors R “ Rk et Q “ Q1 ` Q2 ` ¨ ¨ ¨ ` Qk . On présente le calcul de la manière suivante :

A 2X 4 ´ 19X 2 `26X ´13 X 2 ` 3X ´ 2 B


4 3 2 2
´Q1 B ´p2X `6X ´ 4X q lo2X ´6X loo`3
omoon loomoon moon Q
3 2
R1 ´6X ´ 15X `26X ´13 Q1 Q2 Q3
´Q2 B ´p´6X 3 ´ 18X 2 `12Xq
R2 3X 2 `14X ´13
´Q3 B ´p 3X 2 ` 9X ´ 6q
R3 5X ´ 7

On a donc A “ BQ ` R avec Q “ 2X 2 ´ 6X ` 3 et R “ 5X ´ 7.

Preuve du théorème 5.10 : la preuve de l’existence de Q et R suit le principe de l’exemple 5.11 ; on fixe le
polynôme B :
B “ be X e ` be´1 X e´1 ` ¨ ¨ ¨ ` b1 X ` b0
avec be ­“ 0 et on procède par récurrence sur le degré de A ;
— initialisation : si deg A ă deg B, il suffit de prendre Q “ 0 et R “ A ;
— hérédité : on suppose l’existence du quotient et du reste de la division euclidienne de A1 par B pour tous
les polynômes A1 de degré ă d et on considère un polynôme A de degré d ě e :

A “ ad X d ` ad´1 X d´1 ` ¨ ¨ ¨ ` a1 X ` a0 ;

on pose :
ad d´e
A1 “ A ´ X B;
be
ad
et on a deg A1 ď d ; de plus le coefficient du terme de degré d de A1 est égal à : ad ´ be “ 0, donc :
be
deg A1 ă d ;

d’après l’hypothèse de récurrence, il existe alors deux polynômes Q1 et R tels que A1 “ B1 Q ` R et


deg R ă deg B, d’où
ad d´e
A “ BQ ` R avec Q “ X ` Q1 .
be
— conclusion : pour tout polynôme A, il existe deux polynômes Q et R tels que A “ BQ`R et deg R ă deg B.

màj 28 août, 2017 97 Laurent Koelblen — UPMC 2017–2018


Chapitre 5. Polynômes 1M001 Analyse et Algèbre pour les Sciences

La preuve de l’unicité s’appuie sur les formules de degré de la somme et du produit de deux polynômes ; si
A “ BQ1 ` R1 “ BQ2 ` R2 avec deg R1 ă deg B et deg R2 ă deg B, alors R1 ´ R2 “ BpQ2 ´ Q1 q ; si R1 ­“ R2 ,
alors Q1 ­“ Q2 et deg B ą degpR1 ´ R2 q “ deg BpQ2 ´ Q1 q ě deg B ce qui est impossible. Conclusion : R1 “ R2
et Q1 “ Q2 .

5.3 Racines
5.3.1 Généralités
Définition 5.12 Soit K un corps et soient P P KrXs et a P K. On dit que a est racine de P si P paq “ 0.

Proposition 5.13 Soit K un corps et soient P P KrXs et a P K ; alors a est racine de P si et seulement s’il
existe un polynôme Q P KrXs tel que P “ pX ´ aqQ.

Preuve : si P “ pX ´ aqQ alors P paq “ 0 ; réciproquement, on suppose que P paq “ 0 et on considère la


division euclidienne de P par X ´ a : il existe Q P KrXs et R P KrXs tels que P “ pX ´ aqQ ` R et
deg R ă degpX ´ aq “ 1 ; le polynôme R est donc un polynôme constant : R “ c avec c P K ; mais alors
P paq “ c “ 0, d’où P “ pX ´ aqQ.
Si P “ pX ´ aqQ il est possible que a soit aussi racine de Q, auquel cas il existe un polynôme R tel que
P “ pX ´ aq2 R. Si Rpaq ­“ 0, on dit alors que a est une racine double, sinon on réitère le procédé, et a sera une
racine triple, ou quadruple, etc. Cela est précisé dans la définition suivante.

Définition 5.14 Soit K un corps et soient P P KrXs et a P K. On dit que a est une racine de multiplicité m
de P s’il existe Q P KrXs tel que P “ pX ´ aqm Q et Qpaq ­“ 0

Proposition 5.15 Soit K un corps et soient P P KrXs et a P K. Alors a est une racine de multiplicité m de P
si et seulement si P paq “ 0 “ P 1 paq “ ¨ ¨ ¨ “ P pm´1q paq et P pmq paq ­“ 0 (où P pkq désigne la dérivée k-ième de P ).

Preuve : on suppose tout d’abord que a est une racine de multiplicité m de P , c.-à-d. P “ pX ´ aqm Q
avec Qpaq ­“ 0 ; on va montrer que, pour tout k tel que 0 ď k ď m, il existe un polynôme Qk tel que
P pkq “ pX ´ aqm´k Qk et Qk paq ­“ 0 ; on procède en m itérations :
— initialisation : le résultat est vrai pour k “ 0 ; il suffit de prendre Q0 “ Q ;
— hérédité : on considère 0 ď k ă m et on suppose que P pkq “ pX ´ aqm´k Qk avec deg Qk “ deg Q et
Qk paq ­“ 0 ; on calcule alors :
` ˘1
P pk`1q “ pX ´ aqm´k Qk
m´k´1
“ pm ´ kqpX ´ aq ` Qk ` pX ´ aqm´k˘Q1k
m´k´1
“ pX ´ aq pm ´ kqQk ` pX ´ aqQ1k ;
en posant Qk`1 “ pm ´ kqQk ` pX ´ aqQ1k on a bien :
— P pk`1q “ pX ´ aqm´pk`1q Qk`1 ,
— Qk`1 paq “ pm ´ kqQk paq ­“ 0 (car on a supposé k ă m) ;
— conclusion : on a P pkq “ pX ´ aqm´k Qk avec Qk paq ­“ 0 pour tout k tel que 0 ď k ď m.
conséquence : on a P pmq paq “ Qm paq ­“ 0 et pour tout k tel que 0 ď k ă m on a : P pkq paq “ 0.
Réciproquement, on suppose que P paq “ 0 “ P 1 paq “ ¨ ¨ ¨ “ P pm´1q paq et P pmq paq ­“ 0 ; alors a est racine de P ;
on note µ sa multiplicité ; d’après la démonstration précédente, on a P paq “ 0 “ P 1 paq “ ¨ ¨ ¨ “ P pµ´1q paq et
P pµq paq ­“ 0 ; nécessairement µ “ m.

5.3.2 Racines des polynômes à coefficients complexes — Théorème de d’Alembert


Théorème 5.16 (Théorème de d’Alembert) Tout polynôme de degré ě 1 à coefficients dans C a au moins
une racine dans C.

Ce théorème est fondamental et justifie l’intérêt porté au corps des nombres complexes. On en donne une preuve
en annexe, basée sur les connaissances élaborées dans les chapitres précédents : borne inférieure, suites, limites
et écriture polaire des nombres complexes.

UPMC 2017–2018 — Laurent Koelblen 98 màj 28 août, 2017


1M001 Analyse et Algèbre pour les Sciences Chapitre 5. Polynômes

5.4 Polynômes irréductibles


5.4.1 Généralités
Définition 5.17 Soit K un corps et soient A P KrXs et B P KrXs tels que B ­“ 0. On dit que ! B divise
A ", ou que ! B est un diviseur de A ", ou encore que ! A est un multiple de B ", s’il existe Q P KrXs tel que
A “ BQ. On note cette relation : ! B | A ".

Définition 5.18 Soit K un corps et soit P P KrXs de degré d ě 1. On dit que P est irréductible si ces seuls
diviseurs sont :
— les polynômes Q “ a où a P K, c.-à-d. les polynômes constants non nuls,
— et Q “ aP où a P K, c.-à-d. les multiples de P par une constante non nuls.
Cela revient également à dire que les seuls diviseurs de P sont de degrés 0 ou d.

Remarque 5.19 Si P est un polynôme à coefficients réels, on peut aussi le considérer comme polynôme à
coefficient complexes. Dire de P qu’il est irréductible porte donc une ambiguı̈té. Dans ce cas on précise en
écrivant : ! P est irréductible dans RrXs " ou ! P est irréductible dans CrXs ". (On peut aussi écrire : ! P est
irréductible sur R " ou ! P est irréductible sur C ".)

Proposition 5.20 Soit K un corps. Tout polynôme P P KrXs de degré 1 est irréductible.

Preuve : si P “ AB alors deg A ` deg B “ 1 ; la seule possibilité est que deg A “ 0 et deg B “ 1, ou
l’inverse.

5.4.2 Polynômes irréductibles à coefficients complexes


Théorème 5.21 Les seuls polynômes irréductibles dans CrXs sont les polynômes de degré 1.

C’est une conséquence de théorème de d’Alembert (théorème 5.16) et de la proposition 5.13.

5.4.3 Polynômes irréductibles à coefficients réels


Proposition 5.22 Soit P “ aX 2 ` bX ` c P RrXs et ∆ “ b2 ´ 4ac. Alors P est irréductible si et seulement
si ∆ ă 0.

Preuve : On montre l’énoncé équivalente suivant : P n’est pas irréductible si et seulement si ∆ ě 0.


? ?
´b ` ∆ ´b ´ ∆
Si ∆ ě 0, il est bien connu que r “ et s “ sont racines de P d’où P “ apX ´ rqpX ´ sq,
2a 2a
ce qui montre que P n’est pas irréductible.
Réciproquement, si P n’est pas irréductible alors P “ AB avec deg A ě 1 et deg B ě 1 ; or deg A ` deg B “ 2 ;
la seule possibilité est donc que deg A “ deg B “ 1 ; on peut donc écrire P comme
` produit˘: P “ apX ´rqpX ´sq
avec pr, sq P R2 ; mais alors b “ ´apr ` sq et c “ ars d’où ∆ “ b2 ´ 4ac “ a2 pr ` sq2 ´ 4rs “ a2 pr ´ sq2 ě 0.

Définition 5.23 Si P “ aX 2 ` bX ` c P RrXs alors on appelle ∆ “ b2 ´ 4ac le discriminant de P .

Théorème 5.24 Les seuls polynômes irréductibles dans RrXs sont :


(i) les polynômes de degré 1, d’une part,
(ii) les polynômes de degré 2 de discriminant ă 0, d’autre part.

La preuve du théorème s’appuie sur le lemme suivant.

Lemme 5.25 Soit P P RrXs et soit a P C une racine de P . Alors ā est aussi racine de P .

màj 28 août, 2017 99 Laurent Koelblen — UPMC 2017–2018


Chapitre 5. Polynômes 1M001 Analyse et Algèbre pour les Sciences

Preuve du lemme 5.25 : on remarque tout d’abord que si P P RrXs et si z P C alors P pz̄q “ P pzq ; en effet,
si P “ cn X n ` cn´1 X n´1 ` ¨ ¨ ¨ ` c1 X ` c0 alors P pz̄q “ cn z̄ n ` cn´1 z̄ n´1 ` ¨ ¨ ¨ ` c1 z̄ ` c0 , mais les ci sont réels,
donc P pz̄q “ cn z n ` cn´1 z n´1 ` ¨ ¨ ¨ ` c1 z ` c0 “ P pzq.
Soit maintenant P P RrXs et a P C tels que P paq “ 0 ; d’après ce qui précède P pāq “ 0.
Preuve du théorème 5.24 : soit P P RrXs un polynôme irréductible ; d’après le théorème de d’Alembert
(théorème 5.16) P a une racine a P C ; si a P R alors X ´ a divise P , mais P est irréductible donc P “ c pX ´ aq
avec c P R ; si a R R alors ā est aussi racine de P , donc le polynôme pX ´ aqpX ´ āq “ X 2 ´ 2<epaqX ` |a|2
qui est à coefficients réels, est un diviseur de P , mais P est irréductible donc P “ c pX 2 ´ 2<epaqX ` |a|2 q avec
c P R ; de plus comme P n’a pas de racine réelle, son discriminant est nécessairement ă 0.

5.5 Factorisation des polynômes


5.5.1 Factorisation des polynômes à coefficients complexes
Théorème 5.26 Tout polynôme P à coefficients dans C s’écrit de façon unique comme produit :

P “ c pX ´ a1 qm1 pX ´ a2 qm2 ¨ ¨ ¨ pX ´ ar qmr

où :
— c P C,
— pa1 , a2 , . . . , ar q P Cr et ai ­“ aj si i ­“ j,
` ˘r
— pm1 , m2 , . . . , mr q P N˚ ,
— m1 ` m2 ` ¨ ¨ ¨ ` mr “ deg P .

L’existence et l’unicité de la factorisation dans CrXs découlent du théorème de d’Alembert (théorème 5.16), de
la proposition 5.13 et de la définition 5.14.

5.5.2 Factorisation des polynômes à coefficients réels


Lemme 5.27 Soit P P RrXs et soit a P C une racine de P de multiplicité m. Alors ā est aussi racine de P de
multiplicité m.

Preuve : soit P P RrXs, a P C, m P N˚ et Q P CrXs tels que P pXq “ pX ´ aqm QpXq ; si a P R il n’y a rien à
montrer ; on suppose donc que a R R ; on sait que ā est aussi racine de P , or pā ´ aqm ­“ 0 donc ā est racine de
Q ; on appelle µ sa multiplicité ; on a donc P “ pX ´ aqm pX ´ āqµ R avec R P CrXs, Rpaq ­“ 0 et Rpāq ­“ 0.
On rappelle que le polynôme pX ´ aqpX ´ āq “ X 2 ´ 2<epaqX ` |a|2 est à coefficients réels.
` ˘m
Si m ă µ, on considère le polynôme S “ pX ´ āqµ´m R, quotient de P par pX ´ aqpX ´ āq ; le polynôme S
est à coefficients réels, mais Spāq “ 0 et Spaq “ pa ´ āqµ´m Rpaq ­“ 0 ; c’est impossible ; on exclut de la même
manière le cas où µ ă m. On a donc µ “ m.

Théorème 5.28 Tout polynôme P à coefficients dans R s’écrit de façon unique comme produit :

P “ c pX ´ a1 qm1 pX ´ a2 qm2 ¨ ¨ ¨ pX ´ ar qmr Qn1 1 Qn2 2 ¨ ¨ ¨ Qns s

où :
— c P R,
— pa1 , a2 , . . . , ar q P Rr et ai ­“ aj si i ­“ j,
— pour tout k, Qk P RrXs ` ˚ ˘rest un polynôme unitaire ` ˚ ˘de degré 2 de discriminant ă 0, et Qk ­“ Q` si k ­“ `,
s
— pm1 , m2 , . . . , mr q P N et pn1 , n2 , . . . , ns q P N ,
— m1 ` m2 ` ¨ ¨ ¨ ` mr ` 2pn1 ` n2 ` ¨ ¨ ¨ ` ns q “ deg P .

L’existence et l’unicité de la factorisation dans RrXs découlent du théorème 5.26 et du lemme 5.27.

UPMC 2017–2018 — Laurent Koelblen 100 màj 28 août, 2017


1M001 Analyse et Algèbre pour les Sciences Chapitre 5. Polynômes

5.6 Annexe : preuve du théorème de d’Alembert


On donne dans cette section une démonstration du théorème de d’Alembert basée sur les connaissances élaborées
dans les chapitres précédents.
On rappelle l’énoncé : tout polynôme de degré ě 1 à coefficients dans C a au moins une racine dans C.

Lemme
` ˘ 5.29 Soit P P CrXs de degré ě 1, et soit pzn qnPN une suite à valeurs complexes telle que la suite
P pzn q nPN est bornée. Alors la suite pzn qnPN est aussi bornée.

Preuve : soit pzn qnPN une suite non bornée ; on peut en extraire une sous-suite de terme général ωp “ zϕppq (où
ϕ : N Ñ N est strictement croissante) telle que lim |ωp | “ `8 ; soit alors P “ cr X r `cr´1 X r´1 `¨ ¨ ¨`c1 X`c0 P
pÑ`8
CrXs avec r ě 1 et cr ­“ 0 ; on a :
ˆ ˙
cr´1 cr´2 c1 c0
P pωp q “ cr ωpr 1 ` ` ` ¨ ¨ ¨ ` `
cr ωp cr ωp2 cr ωpr´1 cr ωpr

donc : ˆ ˇ ˇ˙
ˇ cr´1 cr´2 c1 c0 ˇˇ
|P pωp q| ě |cr | |ωp |r 1 ´ ˇˇ ` ` ¨ ¨ ¨ ` `
cr ωp cr ωp2 cr ωpr´1 cr ωpr ˇ
˜ ˆ ˙¸
r |cr´1 | |cr´2 | |c1 | |c0 |
ě |cr | |ωp | 1 ´ ` ` ¨¨¨ ` `
|cr | |ωp | |cr | |ωp |2 |cr | |ωp |r´1 |cr | |ωp |r
loooooooooooooooooooooooooooooooooomoooooooooooooooooooooooooooooooooon
ÝÑ 0
pÑ`8
` ˘
d’où : lim |P pωp q| “ `8, ce qui montre que la suite P pzn q nPN n’est pas bornée. Inversement, si la suite
pÑ`8
` ˘
P pzn q nPN est bornée, alors la suite pzn qnPN l’est aussi.

Lemme 5.30 (corollaire du théorème de Bolzano-Weierstrass) De toute suite bornée à valeurs complexes on
peut extraire une sous-suite convergente.

Preuve : soit pzn qnPN une suite bornée à valeurs complexes ; on pose xn “ <epzn q et yn “ =mpzn q ; les suites à
valeurs réelles, de termes généraux xn et yn sont donc bornées ; d’après le théorème 2.52, on peut extraire de la
suite pxn qnPN une sous-suite pxϕppq qpPN convergente ; mais alors, la suite pyϕppq qpPN est bornée ; on peut donc en
extraire une sous-suite pyϕpψpqqq qqPN convergente ; la sous-suite de terme général zϕpψpqqq “ xϕpψpqqq ` i yϕpψpqqq ,
extraite de la suite pzn qnPN , est alors convergente.

Lemme 5.31 Soit P P CrXs et soit pzn qnPN une suite à valeurs complexes telle que lim zn “ a P C. Alors
nÑ`8
lim P pzn q “ P paq.
nÑ`8

Preuve : c’est une conséquence immédiate des propriétés sur les limites de suites à valeurs complexes énoncées
dans la proposition 4.17.
!ˇ ˇ ) ˇ ˇ
Lemme 5.32 Soit P P CrXs de degré ě 1 et soit m “ inf ˇP pzqˇ ; z P C . Il existe a P C tel que ˇP paqˇ “ m.

!ˇ ˇ ) ˇ ˇ
Preuve : comme m “ inf ˇP pzqˇ ; z P C , il existe une suite pzn qnPN telle que lim ˇP pzn qˇ “ m ; la suite de
nÑ`8
terme général P pzn q est donc bornée ; on en déduit, grâce au lemme 5.29, que la suite de terme général zn est
aussi bornée, et d’après le lemme 5.30 on peut donc en extraire une sous-suite pzϕppq qpPN convergente ; soit alors
ˇ ˇ ˇ ˇ
a “ lim zϕppq ; d’après le lemme 5.31 on a lim P pzϕppq q “ P paq ; d’où ˇP paqˇ “ lim ˇP pzϕppq qˇ “ m.
nÑ`8 pÑ`8 pÑ`8
!ˇ ˇ )
Preuve du théorème de d’Alembert : soit P P CrXs de degré r ě 1, soit m “ inf ˇP pzqˇ ; z P C , et soit
ˇ ˇ
a P C tel que ˇP paqˇ “ m ; l’existence de a est assurée par le lemme 5.32 ; pour démontrer le théorème, il suffit de
montrer que m “ 0 ; on raisonne donc par l’absurde en supposant m ­“ 0, c.-à-d. P paq ­“ 0 ; on va alors montrer

màj 28 août, 2017 101 Laurent Koelblen — UPMC 2017–2018


Chapitre 5. Polynômes 1M001 Analyse et Algèbre pour les Sciences

ˇ ˇ
que pour une valeur de θ P r0, 2πr bien choisie, et pour t P R`˚ suffisamment petit, on a ˇP pa ` t eiθ qˇ ă m ;
pour simplifier les calculs, on considère les polynômes suivant, obtenus à partir de P :

P pX ` aq
Q“
P paq

qui est tel que : !ˇ ˇ ) m


Qp0q “ 1 et inf ˇQpzqˇ ; z P C “ ˇˇ ˇ “ 1;
P paqˇ
on a Q “ 1 ` cs X s ` cs`1 X s`1 ` ¨ ¨ ¨ ` cr´1 X r´1 ` cr X r où s est le plus petit des entiers k ě 1 tel que le
coefficient du terme de degré k de Q soit non nul ; on considère alors ω P Z tel que ω s “ cs (si cs “ ρ eiθ , il
? iθ
suffit de prendre ω “ s ρ e s ) et on pose :
ˆ ˙ ˆ ˙s ˆ ˙s`1 ˆ ˙r´1 ˆ ˙r
X X X X X
R“Q “ 1 ` cs ` cs`1 ` ¨ ¨ ¨ ` cr´1 ` cr
ω ω ω ω ω

c.-à-d. :
R “ 1 ` X s ` ds`1 X s`1 ` ¨ ¨ ¨ ` dr´1 X r´1 ` dr X r
ck
où dk “ pour s ` 1 ď k ď r ; on a, comme pour Q :
ωk
!ˇ ˇ )
inf ˇRpzqˇ ; z P C “ 1 ; p˚q

on considère enfin le polynôme :

S “ ds`1 X ` ¨ ¨ ¨ ` dr´s´1 X r´s´1 ` dr X r´s de sorte que : R “ 1 ` X s p1 ` Sq

et les fonctions ϕ : R`˚ Ñ C et ψ : R`˚ Ñ C, ainsi que leurs parties réelles et imaginaires, définies par :
` iπ ˘ ` iπ ˘ ` ˘
ϕptq “ S `t e s ˘ ψptq “ R `t e s ˘ “ 1 ´ ts `1 ` ϕptq˘
f ptq “ <e `ϕptq ˘ hptq “ <e `ψptq ˘ “ 1 ´ ts 1 ` f ptq
gptq “ =m ϕptq kptq “ =m ψptq “ ´ts gptq ;

pour tout t P R`˚ ; on a : ˇ ˇ


ˇϕptqˇ ď |ds`1 |t ` ¨ ¨ ¨ ` |dr´s´1 |tr´s´1 ` |dr |tr´s

d’où : ˇ ˇ
lim ˇϕptqˇ “ 0 ;
tÑ0`

il existe donc η P R`˚ tel que pour tout t P R`˚ tel que t ă η on ait :

ˇϕptqˇ ă 1 1 1 1 1
ˇ ˇ
d’où ´ ă f ptq ă et ´ ă gptq ă
2 2 2 2 2
mais alors :
ts ˇkptqˇ ă t
ˇ ˇ s
hptq ă 1 ´ et
2 2
d’où :
2s s
ˇψptqˇ2 “ hptq2 ` kptq2 ă 1 ´ ts ` t “ 1 ´ t p2 ´ ts q ;
ˇ ˇ
2 2
ˇ iπ ˇ ˇ ˇ
pour tout t P R`˚ tel que t ă η et ts ă 2 on a alors : ˇRpt e s qˇ “ ˇψptqˇ ă 1, ce qui contredit la propriété p˚q ;
l’hypothèse de départ, à savoir m ­“ 0, est donc fausse, d’où m “ P paq “ 0.

UPMC 2017–2018 — Laurent Koelblen 102 màj 28 août, 2017