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c Christophe Bertault - MPSI

Polynômes

Dans tout ce chapitre, K est l’un des corps R ou C . De nombreux résultats présentés dans ce chapitre demeurent vrais dans un cadre plus général, mais nous ne nous en préoccuperons pas ici.

1 Anneau K[X] des polynômes à une indéterminée à coefficients dans K

Si je vous demande maintenant ce qu’est un polynôme, vous allez sans doute me répondre : « c’est une fonction de la forme

x −→ a n x n + a n 1 x n 1 +

que cela n’est pas un polynôme mais une fonction polynomiale. On a pendant longtemps confondu les polynômes et les fonctions polynomiales en mathématiques, mais on s’est rendu compt e que cela ne satisfaisait pas tous les besoins du mathématicien ; on s’est rendu compte qu’on avait parfois besoin de remplacer la variable des fonctions polynomiales par autre chose que par des nombres réels ou complexes. On a voulu remplacer cette variable parfois par des applications de C dans C , parfois par des matrices (ce sont des tableaux de nombres qu’on est capable d’additionner

On aurait pu définir

n N et où ( a i ) 0 i n est une famille de nombres complexes ». Je vous dirai alors

+ a 1 x + a 0 , où

et multiplier, nous les rencontrerons dans quelques mois), parfois par des objets plus abstraits

plusieurs notions de fonction polynomiale : une pour les nombres, une pour les fonctions, une pour les matrices, etc. Mais au fond, on aurait dû dans chaque contexte redémontrer les mêmes théorèmes. Pour éviter de telles redondances inesthétiqu es, on a choisi de remonter le fleuve des polynômes jusqu’à sa source et une définition unique mais abstraite a été donnée.

Définition (Polynôme à une indéterminée à coefficients dans K) On appelle polynôme à une indéterminée à coefficients dans K toute suite presque nulle d’éléments de K, i.e. toute suite ( a k ) k N d’éléments de K dont tous les éléments sont nuls à partir d’un certain rang. Pour tout k N , le coefficient a k est appelé le coefficient de degré k du polynôme.

L’ensemble des polynômes à une indéterminée à coefficients dans K est noté K[X ], si on choisit de noter X l’indéterminée.

.) à coefficients dans K.

Nous allons bientôt pouvoir noter a n X n + a n 1 X n 1 +

cette notation en tête si vous voulez bien comprendre les défi nitions qui suivent. En tout cas, si on admet la pertinence de cette

+ a 1 X + a 0 une telle suite et je vous conseille d’avoir d’ores et déjà

Conformément à cette définition, un polynôme est une suite de la forme ( a 0 , a 1 ,

, a n , 0, 0, 0,

notation, on comprend aisément pourquoi a k est qualifié de coefficient de degré k pour tout k N .

Quoi qu’on en pense, la définition précédente a l’intérêt majeur de rendre trivial le résultat suivant, si l’on n’oublie p as ce que c’est qu’une suite. Je vous rappelle qu’en Terminale vou s avez admis « ce » théorème dans le cas des fonctions polynomiales.

Théorème (Identification des coefficients) Deux polynômes de K[X ] sont égaux si et seulement si leurs coefficients sont égaux. Bref, les polynômes ( a k ) k N et ( b k ) k N sont égaux si et seulement si a k = b k pour tout k N .

Définition forme ( λ, 0, 0,

Avec cette notation, le polynôme 0 est appelé le polynôme nul ( de K[X ]).

(Polynôme constant, polynôme

nul) On appelle polynôme constant ( de K[X ]) tout polynôme de K[X ] de la

) , où λ K ; un tel polynôme est noté tout simplement λ .

Si P =

n

a k X k est un polynôme au sens intuitif du terme, le degré de P est égal à n si on a a n = 0. Ce rappel justifie la

k =0

définition suivante.

Définition (Degré d’un polynôme, coefficient dominant, polynôme unitaire) Soit P = ( a k )
Définition (Degré d’un polynôme, coefficient dominant, polynôme unitaire) Soit P = ( a k ) k ∈ N ∈ K[X ] non nul. Le
plus grand indice k pour lequel a k = 0 est appelé le degré de P et noté ∂˚P . Le coefficient de degré ∂˚P de P est appelé son
coefficient dominant ; s’il est égal à 1, on dit que P est unitaire.
Par convention, le polynôme nul est de degré −∞ : ∂˚0 = −∞ .
Enfin, pour tout n ∈ N , on note K n [X ] l’ensemble des polynômes de K[X ] de degré inférieur ou égal à n.

Attention ! K n [X ] n’est pas du tout l’ensemble des polynômes de K[X ] de degré égal à n. Remarque à retenir en prévision de nos prochains chapitres d’algèbre linéaire.

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Pour nous rapprocher véritablement de l’intuition que nous avons de la notion de polynôme, il nous faut définir une addition

b k X k sont des polynômes au sens

n n

a k X k et Q =

et une multiplication sur l’ensemble K[X ] fraîchement défini. Si P =

k

=0

k

=0

intuitif du terme — on sait que les coefficients de P et Q sont nuls à partir d’un certain rang n, on peut prendre le même pour les deux — voici le genre de calculs qu’on a bien envie de faire :

et P Q =

n

i=0

a i X i ×

P + Q =

n

k

=0

a k X k +

n

k

=0

b k X k =

n

k

=0

( a k + b k ) X k

n

j =0

b j X j =

0 i,j n

a i b j X i+ j =

2n

k

=0

0 i,j n i+ j = k

a i b j X k =

k =0 l=0

2n

k

a l b k l X k .

Dans ces calculs, on a regroupé les termes en fonction de leur degré. La définition suivante doit maintenant vous paraître naturelle.

Définition (Anneau K[X ]) On définit ici deux lois + et × de composition internes sur K[X ]. Soient P, Q K[X ], P = ( a k ) k N et Q = ( b k ) k N .

On appelle somme de P et Q le polynôme a k + b k k N , noté P + Q ;

On appelle produit de P et Q le polynôme

k

i=0

a i b k i k N

, noté P × Q ou P Q .

En particulier, pour tout λ

K, λP est le polynôme ( λa k ) k N .

Alors K[X ], + , × est un anneau commutatif. L’élément neutre pour + est le polynôme nul 0 ; l’élément neutre pour × est le polynôme constant 1.

Attention !

Pour le moment, nous n’avons pas de fractions rationnelles à notre disposition. Les écritures de la

forme X X 2 + + 2 1 sont donc bannies jusqu’à nouvel ordre. Nous les retrouverons en fin d’année.

Démonstration

Vérifions tout d’abord que la somme et le produit de deux polyn ômes sont bien des polynômes. Soient donc P = ( a k ) k N et Q = ( b k ) k N deux polynômes. Notons N un rang à partir duquel a k = b k = 0. Alors déjà, a k + b k = 0 à partir du rang N , donc P + Q est bien une suite presque nulle d’éléments de K, i.e. un polynôme.

Ensuite, soit k 2N . Pour tout i 0, k , l’un des entiers i et ( k i) est supérieur ou égal à N — en effet,

si i < N , alors k i > k N 2N N = N . En particulier, pour ces i 0, k , a i = 0 ou b k i = 0, donc

a i b k i = 0. Par conséquent

k

a i b k i = 0. Finalement, les coefficients de P Q sont nuls au moins à partir

i=0

du rang 2N ; cela montre bien que P Q est un polynôme.

Soient P = ( a k ) k N un polynôme et λ K. Explicitons les coefficients du polynôme λP . Notons ( b k ) k N la suite de ses coefficients.

.) . Par conséquent, dans la somme de k termes qui

définit b k dans la définition du produit de deux polynômes, seul un terme est éventuellement non nul et on

Soit k N . Le polynôme constant λ est la suite ( λ, 0, 0,

a bien :

b k = λa k .

L’associativité et la commutativité de + sont évidentes. En outre le polynôme nul est élément neutre p our + et l’inverse pour + d’un polynôme P = ( a k ) k N est le polynôme P = ( a k ) k N . Conclusion : K[X ], + est un groupe abélien.

Montrons la commutativité de × . Soient P = ( a k ) k N , Q = ( b k ) k N K[X ]. Alors pour tout k N :

k

a i b k i =

k

b j a k j après le changement d’indice i + j = k . Ceci montre que P Q et QP ont les mêmes

i=0

j =0

coefficients et sont donc égaux.

Montrons l’associativité de × . Soient P = ( a k ) k N , Q = ( b k ) k N , R = ( c k ) k N K[X ]. Pour tout k N , le coefficient de degré k de ( P Q ) R est :

k

i

i=0

j =0

a j b ij c k i =

0 j i k

a j b ij c k i =

k

a j

k

j

=0

i= j

b ij c k i l= ij

=

k

a j

k

j

j =0

l=0

b l c ( k j ) l .

Le terme obtenu se trouve être égal au coefficient de degré k de P ( QR ) . Par conséquent ( P Q ) R et P ( QR ) ont les mêmes coefficients et sont donc égaux.

Puisque 1 × P = P pour tout P K[X ], le polynôme constant 1 est élément neutre pour × .

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Montrons pour finir que × est distributive sur + . Soient donc P = ( a k ) k N , Q = ( b k ) k N , R = ( c k ) k N K[X ]. Pour tout k N , le coefficient de degré k de P ( Q + R ) est :

k

i=0

a i ( b k i + c k i ) =

k

i=0

a i b k i +

k

i=0

a i c k i .

Le terme obtenu se trouve être égal au coefficient de degré k de ( P Q ) + ( P R ) . Par conséquent P ( Q + R ) et

( P Q ) + ( P R ) ont les mêmes coefficients et sont donc égaux.

Et voilà, le temps de la notation polynomiale des polynômes est enfin venu. Désormais, grâce au théorème suivant, les polynômes seront notés comme des polynômes au sens intuitif du terme. Je ne vous conseille certainement pas d’oublier la construction que nous venons d’effectuer, mais en tout cas il est vrai que nous ne verrons plus jamais les polynômes apparaître sous forme de suites dans ce cours.

Théorème (Notation polynomiale) Dans K[X ], notons X le polynôme (0, 1, 0, 0,

.) .

Pour tout k N , X k est le polynôme (0,

, 0, 1, 0, 0,

) dans lequel le coefficient 1 est placé en k ème position.

Pour tout polynôme non nul P = ( a k ) k N de degré n, P =

n

k =0

a k X k .

Pour tout k 0, n , le polynôme a k X k est appelé le monôme de degré k de P .

Tout polynôme peut être écrit d’une unique façon sous la forme d’une somme

k =0

a k X k ( a k ) k N est une suite

d’éléments de K. Une telle somme, contrairement aux apparences, est finie par définition des polynômes ; cette notation rend de précieux services de rédaction.

Attention !

X n’est pas un nombre ! Otez-vous une fois pour toutes cette idée de la tête.

Insistons bien : dans l’écriture

k =0

a k X k d’un polynôme, on ne somme pas une infinité de termes. Parce qu e tous les

coefficients a k , k N , sont nuls à partir d’un certain rang, une telle somme « infinie » n’est que faussement infinie et constitue seulement une notation bien pratique.

Définition (Composition des polynômes) ∞ ∞ • Soient P = a k X k ,
Définition (Composition des polynômes)
• Soient P =
a k X k , Q ∈ K[X ]. On appelle composée de Q suivie de P , noté P ◦ Q , le polynôme P ◦ Q =
a k Q k .
k =0
k =0
• La composition ◦ est associative et distributive à droite par rapport à l’addition + et à la multiplication × . Pour
tous P, Q, R ∈ K[X ] :
( P ◦ Q ) ◦ R = P ◦ ( Q ◦ R ) ,
( P Q ) ◦ R = ( P ◦ Q ) × ( Q ◦ R )
et
( P + Q ) ◦ R = ( P ◦ R ) + ( Q ◦ R ) .

Démonstration Débrouillez-vous.

Attention ! La composition n’est pas distributive à gauche par rapport à l’addition et à la multiplication.

X 2 ( X + 1) = ( X + 1) X 2 + 1 ( X 2 X ) + ( X 2 1) =

2

(addition)

et

( X + 1) ( X × X ) = X 2 + 1

( X + 1) X × ( X + 1)

X = ( X + 1) 2

(multiplication) .

Théorème (Opérations sur les polynômes et degré) Soient P, Q K[X ] et λ K.

(i) Degré d’une somme :

˚( P + Q ) max ˚P, ∂˚Q .

Cette inégalité est stricte si et seulement si P et Q ont le même degré et des coefficients dominants opposés.

(ii) Degré

d’un produit :

˚( P Q ) = ˚P + ˚Q .

En particulier, si λ = 0, ˚( λP ) = ˚P .

(iii) Degré d’une composée : Si Q n’est pas constant : ˚( P Q ) = ˚P × ˚Q .

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Démonstration Toutes les formules du théorème sont évidentes dans le cas où P = 0 ou Q = 0. Supposons

donc P et Q non nuls et notons m = ˚P et n = ˚Q et P = ( a k ) k N

(i) Clairement, quand on fait la somme de P et Q , les coefficients de degré strictement supérieur au maximum

et Q = ( b k ) k N .

des degrés de P et Q sont nuls. D’où l’inégalité ˚( P + Q ) max ˚P, ∂˚Q .

(ii) Montrons que ˚( P Q ) = m + n. Pour tout k N , notons c k =

k

a i b k i le coefficient de degré k de P Q .

i=0

c m+ n = a m b n ; comme a m b n = 0, cela montrera que ˚( P Q ) m + n.

et

si i > m , alors a i = 0. Donc seul le terme d’indice i = m peut être non nul, ce qui montre comme voulu que c m+ n = a m b n . 2) Soit alors k N , k m + n + 1, montrons que c k = 0 ; cela montrera que ˚( P Q ) m + n. Dans la somme définissant c k , si i m , alors k i k m ( m + n + 1) m = n + 1, et donc b k i = 0 ; et si i > m , alors a i = 0. Tous les termes de la somme étant nuls, on obtient bien c k = 0. Au final, on a bien obtenu l’égalité souhaitée.

(iii) Montrons que si Q est non constant, i.e. si ˚Q 1, alors ˚( P Q ) = ˚P × ˚Q . Pour tout k 0, m , ˚( Q k ) = k∂˚Q via (ii). Comme ˚Q 1, la suite ˚Q k 0 k m est donc strictement

1) Montrons d’abord que

Dans la somme définissant c m+ n , si

i < m , alors ( m + n) i > ( m + n) m = n, et donc b m+ n i = 0 ;

croissante. Via (i), on a donc ˚( P Q ) = ˚

k =0 a k Q k a m

m

=0

=

˚Q m = m∂˚Q = mn.

Théorème (Intégrité de K[X ]) K[X ] est intègre, i.e. :

P, Q K[X ],

P Q = 0

=

P = 0 ou Q = 0 .

Explication Remercions les mathématiciens d’avoir inventé les polynôm es et rejeté en partie les fonctions polynomiales. Si on travaillait ici avec des fonctions polynomiales et non avec des polynômes, ce théorème serait nettement plus difficile à démontrer. En effet, si on a P ( x ) Q ( x ) = 0 pour tout x R , alors en tout point l’une des fonctions P et Q s’annule. Mais qui nous dit qu’en tout point l’une s’annule ? Rien a priori.

Démonstration

nécessairement ˚P = −∞ ou ˚Q = −∞ , i.e. P = 0 ou Q = 0.

Soient P, Q K[X ] tels que P Q = 0. Alors ˚( P Q ) = −∞ . Or ˚( P Q ) = ˚P + ˚Q , donc

2 Division dans K[X]

2.1 Relation de divisibilité

Définition (Divisibilité, diviseur, multiple) Soient A, B K[X ]. On dit que A divise B , ou que A est un diviseur de B , ou que B est un multiple de A , s’il existe P K[X ] tel que B = AP ; cette relation entre A et B se note A |B .

). Elle

est en un sens ce qui différencie les anneaux les uns des autres. L’étude de cette relation est le point de départ de ce qu’on appelle

en général l’arithmétique. L’arithmétique ne concerne donc pas seulement les entiers relatifs, elle a un sens bien au-delà. Dans les pages qui suivent, de nombreuses preuves ressemble nt à s’y méprendre aux preuves que nous avons données dans le chapitre d’arithmétique sur les entiers relatifs et certaines ne seront pas refaites ici.

En réalité, la relation de divisibilité pourrait être intro duite et étudiée dans n’importe quel anneau ( Z , K[X ], Z

Théorème (Propriétés de la relation de divisibilité) Soient A, B, C, D K[X ].

(i) La relation de divisibilité | sur K[X ] est réflexive et transitive ; elle n’est cependant pas antisy métrique puisque :

A | B

et

B | A

⇐⇒

λ K × /

A = λB.

On dit alors que A et B sont associés ( sur K) .

(ii) Combinaisons linéaires : Si D |A et si D |B , alors D |( λA + µB ) pour tous λ, µ K.

(iii)

Produit : Si A |B et si C |D , alors AC |BD .

En particulier, si A |B , alors A k |B k pour tout k N .

(iv)

Multiplication/division par un polynôme : Si D = 0 : A | B ⇐⇒ AD | BD .

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Démonstration

(i) Laissons de côté la réflexivité et la transitivité ; contentons-nous de montrer l’équivalence relative au défaut

d’antisymétrie de |. L’une des deux implications est triviale : si A = λB avec λ K × , i.e. B = λ A , alors

A |B et B |A .

Réciproquement, supposons qu’on ait A |B et B |A . Il existe alors P, Q K[X ] tels que A = BQ et B = AP . Du coup A = AP Q . Deux cas se présentent alors.

1

Si A = 0, alors

B = AP = 0, et donc en posant λ = 1 on a bien A = λB .

0, alors P Q = 1 par intégrité de K[X ]. En particulier P et Q sont non nuls,

donc de degrés entiers. Finalement, les inégalités 0 ˚P ˚P + ˚Q = ˚( P Q ) = ˚1 = 0 montrent que ˚P = 0, i.e. que P est un polynôme constant non nul. Notons-le λ . On a comme voulu A = λB et λ K × .

(iv) Supposons D = 0. Si A |B , alors AD |BD via l’assertion (iii). Réciproquement, supposons que AD |BD . Il existe alors P K[X ] tel que BD = AP D . Or K[X ] est intègre

Si au contraire A =

et D = 0, donc B = AP . Ceci montre bien que A |B .

2.2 Division euclidienne

En principe, le théorème suivant devrait vous rappeler le th éorème de la division euclidienne établi dans notre précédent chapitre d’arithmétique. Ce théorème nous garantit que Z et K[X ] sont identiques jusqu’à un certain point. C’est en tout cas ce que nous allons découvrir.

Théorème

tel que

Dans cet énoncé, A est appelé le dividende, B le diviseur, Q le quotient et R le reste.

=

(Division euclidienne dans K[X ]) Soient A, B K[X ], B

0. Il existe un unique couple ( Q, R ) K[X ] × K[X ]

A = BQ + R

et

˚R < ∂˚B .

Démonstration

Existence du couple ( Q, R ) : Soient b N le degré de B et β = 0 son coefficient dominant.

On définit une suite ( Q 0 , R 0 ) , ( Q 1 , R 1 ) ,

de la façon suivante :

On se débrouille pour tuer le terme dominant du reste R k à chaque étape en retranchant un multiple adapté de B.

1)

2) Sinon ˚R 0 b , et donc R 0 = 0. On note r 0 le degré de R 0 et α 0 son coefficient dominant, puis

Au départ, Q 0 = 0 et R 0 = A . Bien sûr, A = BQ 0 + R 0 . Si ˚R 0 < b , on s’arrête.

on pose Q 1 = Q 0 + α 0 X r 0 b et

β

R 1 = R 0 α 0 X r 0 b B . On conserve l’égalité A = Q 1 B + R 1 .

β

L’intérêt de ces opérations, c’est que le degré de R 1 est strictement inférieur au degré de R 0 . En effet,

pour passer de R 0 à R 1 , on a retranché à R 0 son monôme de plus haut degré. Si ˚R 1 < b , on s’arrête.

3) Sinon ˚R 1 b , et donc R 1 = 0. On note r 1 le degré de R 1 et α 1 son coefficient dominant, puis

on pose Q 2 = Q 1 + α 1 X r 1 b et R 2 = R 1 α 1 X r 1 b B . On conserve l’égalité A = Q 2 B + R 2 et là encore

˚R 2 < ∂˚R 1 .

β

β

4) Et cetera.

est

strictement décroissante — c’est une suite d’entiers naturels, à ceci près que le dernier degré peut valoir −∞

— elle finit nécessairement par être strictement inférieure au degré b de B au bout d’un moment. Si N est ce moment, alors ˚R N < b = ˚B et A = BQ N + R N et nous avons terminé.

Unicité du couple ( Q, R ) : Soient ( Q 1 , R 1 ) et ( Q 2 , R 2 ) deux couples associés à la division euclidienne de

L’algorithme ainsi défini se termine-t-il ? Oui, nécessaire ment. Puisque la suite des degrés de R 0 , R 1 ,

A par B . Alors A =

Supposons Q 1 = Q 2 . Alors ˚( Q 1 Q 2 ) 0, et donc ˚B ( Q 1 Q 2 ) ˚B . Or ˚( R 2 R 1 ) < ∂˚B par

définition de R 1 et R 2 . Contradiction. Par conséquent Q 1 = Q 2 et donc R 1 = A BQ 1 = A BQ 2 = R 2

comme voulu.

BQ 1 + R 1 = BQ 2 + R 2 , donc B ( Q 1 Q 2 ) = R 2 R 1 .

En pratique (Algorithme de la division euclidienne) Comme dans le cas de la division euclidienne dans Z , cette démonstration nous fournit un algorithme très facilement utilisable. On le met en généralement œuvre en « posant » une division. Un exemple vous sera certainement plus utile ici que de longues explications. Effectuons par exemple la div ision euclidienne de 7X 5 + 4X 4 + 2X 3 X + 5 par X 2 + 2.

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Laisser la place des monômes de degré 2 même s’il n’en apparaît pas pour le moment.

 

7X 5 + 4X 4 +

2X 3

  7 X 5 + 4 X 4 + 2 X 3 − X + 5

X +

5

7X 5

14X 3

 

4X 4 12X 3

 

X +

5

Voici R 1 .

X 2 + 2 7X 3 Voici Q 1 . −
X 2 + 2
7X 3
Voici Q 1 .

7X 5 + 4X 4 + 2X 3

 

X +

5

7X 5

14X 3

 

4X 4 12X 3

X +

5

4X 4

8X 2

12X 3 8X 2 X + 5 Voici R 2 .

− 12 X 3 − 8 X 2 − X + 5 Voici R 2 .

X 2 + 2

7X 3 + 4X 2 12X 8

et

X 2 + 2

7X 3 + 4X 2 Voici Q 2 .

7X 5 + 4X 4 + 2X 3

X +

5

7X 5

14X 3

 

4X 4 12X 3

X +

5

4X 4

8X 2

12X 3 8X 2 X + 5

+ 12X 3

+ 24X

8X 2 + 23X + 5

+

8X 2

+ 16

23X + 21

Le quotient de notre division est 7X 3 + 4X 2 12X 8,

et son reste est 23X

+ 21.

Corollaire (Divisibilité dans R [X ] et divisibilité dans C [X ]) Soient A, B
Corollaire (Divisibilité dans R [X ] et divisibilité dans C [X ]) Soient A, B ∈ R [X ] — à coefficients réels, attention.
(i) Si B = 0, la division euclidienne de A par B est la même dans R [X ] et dans C [X ].
(ii) A divise B dans R [X ] si et seulement si A divise B dans C [X ].

Quand on divise deux polynômes à coefficients réels A et B l’un par l’autre, disons A par B , on a

a priori un vrai choix à faire : effectuer cette division dans R [X ] — quotient et reste dans R [X ] — ou l’effectuer dans C [X ]

quotient et reste dans C [X ]. Le théorème affirme justement que la distinction R [X ]/C [X ] n’est ici d’aucun intérêt.

Explication

Démonstration

(i) La division euclidienne de A par B dans R [X ] est aussi une division euclidienne de A par B dans C [X ]. Par unicité de la division euclidienne, on en déduit que cette division euclidienne est tout simplement la division euclidienne de A par B dans C [X ], de sorte que les deux divisions euclidiennes coïncident.

(ii) Dire que A divise B dans R [X ], c’est dire que le reste de la division euclidienne de A par B dans R [X ] est nul ; remarque analogue dans C [X ]. Or via (i), les deux divisions euclidiennes coïncidant, le urs restes sont

égaux. C’est pourquoi A divise B dans R [X ] si et seulement si A divise B dans C [X ].

3 Diviseurs et multiples communs

Définition (Diviseur commun, multiple commun) Soient A, B K[X ].

On appelle diviseur commun de A et B tout polynôme D K[X ] qui est à la fois diviseur de A et diviseur de B .

On appelle multiple commun de A et B tout polynôme M K[X ] qui est à la fois multiple de A et multiple de B .

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3.1 PGCD

Définition (PGCD) Soient A, B ∈ K[X ]. On appelle plus grand commun diviseur (PGCD)
Définition (PGCD) Soient A, B ∈ K[X ]. On appelle plus grand commun diviseur (PGCD) de A et B tout polynôme
D ∈ K[X ] tel que :
• D est un diviseur commun de A et B :
D |A
et
D |B ;
• D est un multiple de tout diviseur commun de A et B :
∀ ∆ ∈ K[X ],
∆ |A et ∆ |B
=⇒
∆ |D .

Un PGCD de deux polynômes existe-t-il toujours ? Si oui, est- il unique ? Le lemme et le théorème suivants répondent à ces questions. On y retrouvera l’algorithme d’Euclide, appliqué cette fois au cas des polynômes.

Lemme (Idée fondamentale de l’algorithme d’Euclide) Soient A, B K[X ], B = 0 et R le reste de la division euclidienne de A par B .

Si A et B possèdent un PGCD, alors ce PGCD est aussi un PGCD de B et R .

Réciproquement, si B et R possèdent un PGCD, alors ce PGCD est aussi un PGCD de A et B .

Théorème (Existence et « unicité » du PGCD) Soient A, B ∈ K[X ]. •
Théorème (Existence et « unicité » du PGCD) Soient A, B ∈ K[X ].
• Si A = 0 ou B = 0, il existe un unique PGCD unitaire de A et B , noté PGCD ( A, B ) et appelé le PGCD de A et B .
Il est clair que 0 est l’unique PGCD de 0 et 0 et on peut poser PGCD (0, 0) = 0.
• Les autres PGCD de A et B sont tous les λ PGCD ( A, B ) , λ décrivant K × .

Explication On dira par exemple que 2X est un PGCD de X et X 2 , mais, au choix, que le polynôme unitaire X

est un ou le PGCD de X et

X 2 .

Démonstration

Commençons par montrer que les PGCD de A et B , s’ils existent, sont identiques à une constante multipli- cative non nulle près, i.e. sont associés. Soient donc D et D deux PGCD de A et B . Alors D est un diviseur commun de A et B , donc D |D puisque D est un PGCD de A et B ; de même D est un diviseur de A et B , donc D |D puisque D est un PGCD de A et B . Finalement D et D sont associés. Nous pouvons donc d’ores et déjà décider de noter PGCD ( A, B ) l’unique PGCD unitaire de A et B , du moins quand il existe.

Montrons à présent l’existence d’un PGCD de A et B dans le cas où A ou B est nul. Supposons par exemple que B = 0. Il est alors clair que A est un diviseur commun de A et B . Mais d’autre part, si D est un diviseur commun quelconque de A et B , alors par définition D |A . Tout ceci montre que A est un PGCD de A et B .

Montrons ensuite l’existence d’un PGCD de A et B dans le cas où A et B sont non nuls. Le problème étant symétrique en A et B , on peut toujours supposer que ˚A ˚B . On définit alors une suite de polynômes

R 0 , R 1 , R 2 ,

de la façon suivante :

1)

2) ensuite, k désignant un entier naturel, tant que R k +1 = 0, on note R k +2 le reste de la division

on commence par poser R 0 = A et R 1 = B ;

euclidienne de R k par R k +1 — on a dans ce cas ˚R k +2 < ∂˚R k +1 .

Si ce procédé de construction pouvait être répété indéfiniment, on serait capable de construire une suite ( ˚R n ) n N × strictement décroissante d’entiers naturels, ce qui n’est pas possible. C’est pourquoi de toute façon la construction est interrompue au bout d’un moment : on finit tôt ou tard par obtenir R N = 0 pour un certain N N × . Alors R N 1 est le dernier reste non nul de la famille R 0 , R 1 , R 2

L’égalité R N = 0 nous montre que R N 1 et R N possèdent un PGCD et que celui-ci est R N 1 . En vertu du lemme établi précédemment, nous pouvons donc écrire les équ ivalences suivantes :

R N 1 est un PGCD de R N 1 et R N

⇐⇒

R N 1 est

un

PGCD

⇐⇒

R N 1 est

un

PGCD

⇐⇒

.

.

.

⇐⇒

de

de

R N 2

R N 3

et

et

R N 1

R N 2

R N 1

est un PGCD de R 0 = A et R 1 = B.

Nous pouvons donc affirmer que R N 1 est un PGCD de A = R 0 et B = R 1 .

7

c Christophe Bertault - MPSI

En pratique (Algorithme d’Euclide) La démonstration précédente de l’existence du PGCD de deux p olynômes fait appel à ce qu’on appelle l’algorithme d’Euclide. Vous devez savoir utiliser cet algorithme. Contentons-nous de le mettre en œuvre sur un exemple.

Déterminons par exemple le PGCD de A =

On commence par effectuer

la division euclidienne de A par B , puisque ˚B ˚A : A = ( X + 6) B + (15X 2 + 45X + 30) . On poursuit avec la division euclidienne de B par 15X 2 + 45X + 30 = 15( X 2 + 3X + 2) . Mais pour éviter que les calculs soient

pénibles, on peut plutôt

Le dernier reste non nul obtenu est X 2 + 3X + 2 (peu importe le facteur 15, puisqu’on veut des PGCD unitaires). Conclusion : PGCD ( A, B ) = X 2 + 3X + 2.

X 4 + 7X 3 +

17X 2 + 17X + 6 et B = X 3 + X 2 4X 4.

B = ( X 2) × ( X 2 + 3X + 2) + 0.

diviser B par X 2 + 3X + 2 :

Théorème (Propriétés du PGCD) Soient A, B ∈ K[X ] et P ∈ K[X ]
Théorème (Propriétés du PGCD) Soient A, B
∈ K[X ] et
P ∈ K[X ] unitaire .
PGCD ( AP, BP ) = P × PGCD ( A, B ) .

Explication La condition « P est unitaire » remplace la condition « k 0 » dans la formule du chapitre d’arithmétique

des entiers relatifs :

PGCD ( ak, bk ) = k PGCD ( a, b ) a, b, k Z .

Théorème (Théorème de Bézout, première partie) Soient A, B ∈ K[X ]. Il existe des
Théorème (Théorème de Bézout, première partie) Soient A, B ∈ K[X ].
Il existe des polynômes U, V ∈ K[X ] tels que PGCD ( A, B ) = AU + BV . Un tel couple ( U, V ) est appelé un couple de coefficients
de Bézout de ( A, B ) .

Attention ! Les polynômes U et V ne sont pas du tout uniques.

Démonstration

l’idée est exactement la même et nous la laisserons donc de côté. Le paragraphe En pratique ci-dessous devrait

suffire à vous en convaincre.

La preuve de ce théorème ressemble de très près à la preuve du t héorème analogue dans Z ;

En pratique (Algorithme de Bézout) Nous allons, sur un exemple, retrouver l’idée du calcul des c oefficients de Bézout que nous avons étudiée dans le chapitre d’arithmétique dans Z .

Cherchons par exemple le PGCD des polynômes A = 6X 4 + 8X 3 7X 2 5X 2 et B = 6X 3 4X 2 X 1 ainsi qu’une

relation de Bézout associée. Tout commence avec les divisions euclidiennes successives de l’algorithme d’Euclide, dont nous notons

R 0 , R 1 , R 2 ,

les restes successifs à partir de R 0 = A et R 1 = B :

R

0

R

1

R

2

6X 4 + 8X 3 7X 2 5X

2 = ( X + 2) × (6X 3 4X 2 X 1) + (2X 2 2X ) ,

R

1

6X 3 4X 2 X 1

R

2

R 3

= (3X + 1) × (2X 2 2X ) + ( X 1) ,

R 2

R 3

R 4

2X 2 2X = 2X × ( X 1) + 0 .

Le dernier reste non nul est ( X 1) et il est unitaire, c’est lui le PGCD de A et B . Finalement :

R 3

PGCD ( A, B ) = X 1 =

R

1

6X 3 4X 2 X 1 (3X +

R

2

1) × (2X 2 2X )

R

1

R

0

= B (3X + 1) × A ( X

R

1

+ 2) × B

R

0

= (3X + 1) × A +(3X 2 + 7X

R

1

+ 3) × B .

(on élimine R 2 )

La voilà, notre identité de Bézout .

3.2 Polynômes premiers entre eux

c Christophe Bertault - MPSI

Théorème

(Théorème de Bézout, deuxième partie) Soient A, B K[X ]. Les assertions suivantes sont équivalentes :

(i) A et B sont premiers entre eux.

(ii) Il existe deux polynômes U, V K[X ] tels que AU + BV = 1.

En pratique Pour montrer que deux polynômes sont premiers entre eux, l’algorithme d’Euclide est une méthode qui marche toujours.

Démonstration

(i) =(ii) Conséquence immédiate du théorème de Bézout, première partie.

(ii) =(i) Supposons l’existence de deux polynômes U, V K[X ] tels que AU + BV = 1. Soit alors D un

diviseur commun de A et B . Alors D ( AU + BV ) = 1, donc ˚D = 0, donc D est constant non nul et comme

voulu A et B sont premiers entre eux.

Théorème

(Théorème de Gauss) Soient A, B, C K[X ]. Si A |BC et si A et B sont premiers entre eux, alors A |C .

Démonstration Faisons l’hypothèse que A |BC et que A et B sont premiers entre eux. Alors BC = AP pour

un certain P K[X ] et le théorème de Bézout affirme qu’il existe U, V K[X ] tels que AU + BV = 1. Multiplions

par AP :

A ( CU + P V ) = C . Il est bien

clair

cette identité par C : ACU + BCV = C , puis remplaçons BC que A |C comme voulu.

 

3.3 PPCM

Définition tel que :

(PPCM) Soient A, B K[X ]. On appelle plus petit commun multiple (PPCM) de A et B tout entier M

K[X ]

est un multiple commun de A et B :

M

A |M

et

B |M ;

est un diviseur de tout multiple commun de A et B :

M

N K[X ],

A |N et B |N

=

M |N .

Un PPCM de deux polynômes existe-t-il toujours ? Si oui, est- il unique ? Le théorème suivant répond à ces questions.

Théorème (Existence et « unicité » du PPCM) Soient A, B ∈ K[X ]. •
Théorème
(Existence et « unicité » du PPCM) Soient A, B ∈ K[X ].
• Si A = 0 ou B = 0, il existe un unique PPCM unitaire de A et B , noté PPCM ( A, B ) et appelé le PPCM de A et B .
Il est clair que 0 est l’unique PPCM de 0 et 0, on note donc PPCM (0, 0) = 0.
• Les autres PPCM de A et B sont tous les λ PPCM ( A, B ) , λ décrivant K × .
De plus, AB et PGCD ( A, B ) PPCM ( A, B ) sont associés, i.e. égaux à une constante multiplicative non nulle près.

Démonstration

L’« unicité » du PPCM se démontre comme dans le cas des PGCD.

Si A ou B est nul, comme 0 est le seul multiple de 0, A et B possèdent un PPCM unique, à savoir 0.

Supposons désormais A = 0 et B = 0 et posons D = PGCD ( A, B ) = 0. Puisque D |AB , introduisons M K[X ] le polynôme pour lequel AB = MD . Nous allons montrer que M est un PPCM de A et B . Cela montrera d’un coup d’un seul l’existence d’un PPCM et le fait que AB et PGCD ( A, B ) PPCM ( A, B ) sont associés.

Commençons par introduire les deux polynômes A , B K[X ] tels que A = DA