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NOVEMBRE 2013 www.nrp–college.

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lettres
collège
Nouvelle Revue Pédagogique
N° 635 / 8,20 € / ISSN 1636–3574
NRP

Séquences

X Le type du valet balourd


dans la comédie 6e Héros et antihéros
X Masques et grimaces de l’amour
au théâtre 4e au théâtre
X Le Dieu du Carnage,
de Yasmina Reza 3e
Conformément aux dispositions sur le droit d'auteur
(Code de la Propriété Intellectuelle), la reproduction et
la représentation de tout ou partie de ce numéro de la NRP
notamment sur les sites web contributifs, les blogs, sont
strictement interdites et passibles de sanctions pénales et civiles
N°635
NRP Nouvelle Revue Pédagogique
Collège / NOVEMBRE 2013 Sommaire
16 Dossier héros et anti-héros au théâtre
NOUVEAUTÉ 2013 Par Carole Guidicelli

Toutes les fiches


à télécharger au format word sur
le site pour les abonnés numériques.
Adaptables aux besoins des élèves.

Actualité
4 Livres
Par Édith Wolf

6 Pédagogie
Par Jessica Pinhomme
et Claire Beilin-Bourgeois

8 Spectacles
Par Carole Guidicelli
Séquences pédagogiques Fiches pédagogiques

9 Collèges d’ici 22 Séquence 1 6e 50 étude de la langue


Par A.W. Le type du valet balourd 6e 5e 4e 3e
dans la comédie Analyser la valeur des temps
Par Franck Évrard † et des modes
10 Cinéma
Par Marie-Laure Guétin
Par Amélie Berthou-Sergeant

30 Séquence 2 4e
Masques et grimaces de l’amour 58 Analyse filmique 6e 5e
11 histoire du cinéma
Par Alain Barbé
au théâtre
Indigènes, de Rachid Bouchareb
(2006)
Par Claire Beilin-Bourgeois
Par Marie Pierre Lafargue

12 Lire au CDI
Par Yannick Denoix 40 Séquence 3 3e 60 Entraînement au brevet
Le Dieu du carnage, 3e
de Yasmina Reza Huis-clos, de Jean-Paul Sartre
13 Le carnet d’écriture
Par Édith Wolf
Par Mariane Zingraff Par Mariane Zingraff

63 Latin 4e
14 Maisons d’écrivains
Par Rachel Druet
L’humour noir d’Hannibal
Par Anne Sinha

Les + numériques Au fil de la revue, vous pourrez exploiter les ressources multimédia suivantes*, disponibles sur
le site NRP dans l’espace « Ressources abonnés ». Rendez-vous sur http://www.nrp-college.com.

En partenariat avec l’INA

Corrigés, bibliographies,
documents complémentaires, etc. Fichiers audio Vidéo Iconographie

* Certaines de ces ressources sont réservées aux abonnés numériques (abonnés papier + numérique ou 100 % numérique).
« Pour mon premier poste, j’ai dû quitter
Nîmes pour Brest . Ça m’a fait bizarre. À mon

L’Offre Métiers de l’Éducation est un contrat proposé par la coassurance MAIF et USU. MAIF – Société d’assurance mutuelle à cotisations variables – 79038 Niort cedex 9. USU – Société d’assurance mutuelle des Autonomes de Solidarité Laïques à cotisations variables 7 Rue Portalis – 75008 Paris.
compte en banque aussi. Heureusement,
côté assurance, la MAIF m’a bien aidée. »
Aurore – Professeure stagiaire.

Entreprises régies par le Code des assurances. Fédération des Autonomes de Solidarité Laïque – Association régie par la loi de 1901 – 7 rue Portalis – 75008 Paris.

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adressé après la souscription, en simultané ou en différé au plus tard le 30 juin 2014, de l’assurance des risques professionnels OME associée : à l’assurance habitation RAQVAM (40 € remboursés) ou à
l’assurance auto VAM (100 € remboursés), ou aux deux (120 € remboursés). ** Appel gratuit depuis un poste fixe.
Édito Nous ne sommes pas des héros…
Au quotidien, nous ne réglons pas les difficultés du métier
et de la vie en général à coups d’épée ou de sabres laser.
Et le théâtre est là pour nous rappeler, avec sa cohorte de
personnages, toute l’ambiguïté même de l’héroïsme, par les
conflits intérieurs et les images inversées des grands hommes
de la comédie ou la tragédie.
Et c’est aussi une tragédie que je voudrais ici évoquer. Franck
Évrard, fidèle collaborateur de la NRP depuis près de cinq ans,
Yun Sun Limet
qui a, dans les pages de cette revue, partagé avec enthousiasme
Directrice et ferveur son expérience d’enseignant, nous a brutalement
de la rédaction
quittés le 20 juin dernier à l’âge de 52 ans. Ce passionné des
lettres, du théâtre, aimait son métier et ses élèves, qui le lui
rendaient bien. Il a « converti » au « français » bien des garçons
Éditeur : Nathan, 25 av. P. de Coubertin
75013 Paris et filles qui n’appréciaient guère cette matière. Il a accompli
Directrice de la rédaction : Yun Sun Limet
Conseillère pédagogique : la belle mission de les éveiller aux puissances de la langue et
Claire Beilin-Bourgeois
Directeur de la publication : Catherine Lucet
des œuvres, sans lesquelles nous sommes bien peu de chose.
Directeur délégué : Françoise Fougeron Il a aussi été un auteur prolifique d’essais, de pièces de théâtre,
Responsable d’édition : Annie Chouard
Révision : Eva Baladier de nouvelles et récits que je vous invite à découvrir (sur le site
Assistante d’édition Web : Alexandra Guidal
Fabrication : Lucile Davesnes-Germaine qui lui est dédié, http://franck-evrard.net/). Dans ce numéro, la
Iconographie : Laure Penchenat
Marketing/Diffusion : Marielle Bignos,
NRP a le triste honneur de publier son tout dernier texte sur le
Catherine Coat, Évelyne Delcroix. « type du valet balourd dans la comédie ». Et le mot posthume
Impression : NIL, Allée Louis Blériot,
58500 Clamecy est bien difficile à écrire.
Création de la couverture : Christophe Billoret
Création des pages intérieures : Élise Launay Nous ne sommes pas des héros… Nous adressons une pensée
Réalisation maquette : Alinéa, route de
Gallardon 28130 Yermenonville toute particulière à son épouse et ses deux filles.
Publicité : Mistral Media, Directeur
commercial : Luc Lehéricy ; Directeur de la
publicité : David Bichot, 365 rue de Vaugirard Cyrano
75015 Paris. Tél. : 01 40 02 99 00 […]
Partenariats : Christophe Vital-Durand.
Tél. : 01 45 87 52 83
Dans ce trajet si court de la branche à la terre,
Code article : 111623 Comme elles savent mettre une beauté dernière,
N° d’édition : 101 97 358 Et malgré leur terreur de pourrir sur le sol,
Dépôt légal : novembre 2013
Commission paritaire : 0714T83332
Veulent que cette chute ait la grâce d’un vol !
Roxane
Abonnement 1 an, France (5 numéros) :
39 € ; DOM/TOM : 51 € ; France (5 numéros et
Mélancolique, vous ?
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www.nrp-college.com – Numéro vert : Crédits photographiques
0800 032 032 – Abonnement pour la Suisse,
COUVERTURE : photo- AKG images/Sotheby’s, « Pavlova taking a bow », Dame Laura Knight @ Repro-
EDIGROUP SA, abonne@edigroup.ch –
duced with permission of The Estate of Dame Laura Knight DBE RA 2013. All Rights Reserved. ; 7 : Audrey
Abonnement pour la Belgique, Edigroup Sprl, Fournier ; 10 : DR/Cinémathèque française ; 11 LEEMAGE ; 13 Pierre Grosbois/JerryCom ; 16 WIKISPEC-
email : abobelgique@edigroup.org – ISSN TACLE/Christophe Raynaud De Lage ; 17 : BIS/Ph. Jeanbor © Archives Larbor ; 20 : ARTCOMART/Pascal
1636-3574 – Prix au n° : 8,20 € Victor ; 22 : BIS/Ph. Sergio Rossi © Archives Larbor ; 24 : BIS/Ph. Coll. Archives Larbor ; 27 : BIS/Ph. ©
Tournachon – Nadar/Archives Larbor ; 30 : BIS/Ph. Coll. Archives Larbor ; 32 : BIS/Ph. © Art Institut of
Certains exemplaires sont accompagnés Chicago – Archives Bordas ; 36 : BIS/Ph. Coll. Archives Larbor – DR ; 37 : LEEMAGE/Photo Josse ; 40 : ART-
d’une offre d’abonnement. COMART/Pascal Victor ; 42 : ARTCOMART/Pascal Victor ; 45 : Coll. CHRISTOPHE L ; 46 : BIS/Ph. Jean-Alex
Brunelle © Fondation Dina Vierny-Musée Maillol, Paris © Succession Marcel Duchamp/Adagp, Paris… ;
49 : Coll. CHRISTOPHE L ; 62 : ARTCOMART/Pascal Victor ; 63 : BIS/Ph. © British Museum – Archives Larbor.

novembre 2013 NRP COLLÈGE 3


Actu
Livres
Essai Roman
Thomas Laqueur, Cécile Minard,
La Fabrique du sexe, Faillir être flingué,
Essai sur le corps et Rivages, 326 pages,
le genre en Occident, 20 €.
trad. Michel Gautier,
Gallimard, « Folio essais »,
397 pages, 10,50 €.

Le sexe est-il une idée ? La poésie du western


« […] la substance du discours de la différence sexuelle Le titre vilain et vulgaire (quelle image des lecteurs peut
ignore l’entrave des faits et demeure aussi libre qu’un jeu bien guider des choix aussi consternants ?) annonce très
de l’esprit. » La dernière phrase du livre en montre l’appa- mal un récit plein de charme. Inspirée par la mythologie du
rent paradoxe. Il ne s’agit pas d’analyser la construction western, l’auteure prend un plaisir communicatif à en dé-
de la différence des genres mais bien celle de la différence ployer les motifs : relations entre Indiens et Blancs, brutalité
des sexes, et de prouver qu’elle est toujours une fabrica- des mœurs, voyage à travers les plaines dans des chariots,
tion culturelle. naissance d’une ville (avec ses commerces rudimentaires,
L’ouvrage présente une histoire en trois temps des repré- son bétail, son saloon). Ces thèmes traités avec humour
sentations anatomiques et physiologiques du sexe fémi- donnent au roman sa dynamique. Les récits d’action sont
nin, dans les ouvrages de médecins, de théologiens, de efficaces : les voyages, les rituels indiens, les bagarres font
philosophes, de savants, de l’Antiquité à nos jours. De la voir dans le détail objets, personnages et lieux.
Grèce antique à la fin du xviie siècle, hommes et femmes Mais ce qui donne au livre sa poésie, c’est la présence de
sont considérés comme fondamentalement semblables, la nature, et la manière dont les personnages l’affrontent,
mais hiérarchiquement inégaux, la femme étant une s’en servent, s’y perdent ou s’y retrouvent. Chacun d’eux
version incomplète de l’humain. Ses organes génitaux est d’abord montré seul, tentant de survivre dans la
sont dessinés comme ceux de l’homme et désignés par plaine, pendant que son but et son passé sont peu à peu
les mêmes mots, mais placés à l’intérieur du corps, donc dévoilés. Personnage emblématique, la chamane Eau-
imparfaits. Au xviiie siècle, les organes sexuels sont mieux qui-court-la-plaine guérit par son savoir traditionnel les
connus, et leurs différences sont interprétées comme le hommes perdus dans la nature. Puis les trajets de tous
signe d’une incommensurabilité totale, qui se retrouve convergent vers une ville en train de naître. On assiste à
dans tout le reste du corps (nature des cheveux, de la cette naissance au cours de laquelle chaque personnage
peau et, bien sûr, de l’esprit…). Dans la troisième période, découvre sa vocation, participe à la création d’une société
les découvertes montrant une indétermination de l’em- et noue des liens de solidarité avec les autres.
bryon modifient cette conception.
Il s’agit donc d’un récit de fondation dans lequel les
Toutefois, le passage d’une représentation à l’autre n’est
hommes (les personnages féminins sont stéréotypés
ni immédiat ni total, le modèle unisexe pouvant persis-
comme dans les westerns) passent d’une survie solitaire,
ter jusqu’au xixe siècle, voire jusqu’à aujourd’hui dans des
dans la nature où l’autre est un ennemi, à une société
croyances populaires, et le second servant encore à jus-
humaine. Cette dimension de mythe des origines ne fait
tifier les places sociales « naturelles » des hommes et des
nullement du roman un récit didactique. La structure, très
femmes.
maîtrisée, permet de passer en souplesse d’un person-
C’est en cela que l’ouvrage est passionnant (notamment nage à l’autre. La tonalité, lyrique lorsque les hommes
pour les enseignants confrontés aux questionnements affrontent la puissance de la nature, devient burlesque
des adolescents sur leur corps et leur identité) : il nous à l’intérieur de la ville de western. Le jeu avec le genre
montre à quel point, dans nos représentations du monde fait du lecteur un complice ravi, qui peut penser, par
(et des sexes), coexistent des conceptions modernes et moments (avec quelques couacs peut-être) à un Giono
d’autres très archaïques. Une invitation érudite à ques- du Far West.
tionner ce qui semble aller de soi.
Les élèves à partir de la 4e devraient se plonger avec dé-
Édith Wolf lices dans ces aventures américaines.
Édith Wolf

4 NRP COLLÈGE novembre 2013


Actu
aussi

Livres
À lire
Mythologie
Jean-Paul Savignac, Lougous
longue-main, illustrations de Jean
Mineraud, La Différence, 192 p.,
18 €.

Prix NRP
La mythologie des Gaulois,
peuple sans écriture, est mal connue.
Dans la collection « Les Hommes-dieux »,
Jean-Paul Savignac propose des récits sur
les personnages essentiels de cet univers.
Le premier, Lougous, rappelle Achille
et Héphaïstos mais certains épisodes
(métamorphoses animales, mariage avec une
Les tendances de la femme-fleur) nous font entrer dans un monde
sélection 2013-2014 mythique autre et passionnant. À proposer en
extraits en 6e, pour l’étude de la mythologie,
Avec le retour de l’année scolaire, le prix NRP a lui aussi et en 5e, pour présenter les sources de la
fait sa rentrée. Douze nouveautés de littérature de jeu- matière de bretagne. belles illustrations.
nesse ont été passées au crible par notre jury de profes-
seurs de lettres et documentalistes. D’ores et déjà, nous
vous proposons de découvrir les grandes tendances de la témoignage
sélection 2013-2014. Peurs sur l’école de Christophe
Comme l’an dernier, le roman historique occupe les de- Varagnac, Jean-Claude Gawsewitch,
vants de la scène, que le lecteur se plonge dans une fratrie 304 p., 19 €.
des années 1970 (Jean-Philippe Arrou-Vignod, La Cerise Le récit sincère de ce qui
sur le gâteau, Gallimard), dans un xviie siècle pittoresque a été une « affaire » de plus
(Odile Weulersse, La Poudre d’amour de Louis XIV, Pocket d’agression d’un enseignant
Jeunesse) ou dans une Pompéi encore vivante (Annie Jay, par un élève en 2012 en région bordelaise.
La Fiancée de Pompéi, Livre de Poche). Le passé se fait aus-
Il permet de comprendre le contexte précis
si l’écho des combats d’aujourd’hui, notamment contre
le racisme (Annelise Heurtier, Sweet Sixteen, Casterman).
d’une information souvent tronquée dans les
De même, quand le monde contemporain est abordé, médias. Aucun manichéisme, aucun esprit
c’est souvent pour sensibiliser le lecteur à ses aspects vindicatif : mais un constat et des pistes
sombres : sexisme (Charlotte Erlih, Bacha posh, Actes Sud de « mesures » à prendre. Si ces dernières
Junior), viol (Mireille Disdero, À l’ombre de l’oubli, Le Seuil semblent bien modestes à l’égard de
Jeunesse), méfiance envers les immigrés (Claire Clément, l’ampleur des problèmes et des enjeux, il reste
Sami, Goliath, Oscar, Ousmane et les autres, Bayard), mon- sur la fin de ce livre l’essentiel : conserver le
tée des extrémismes (Jérôme Leroy, Norlande, Syros). « plaisir simple de la transmission ».
Mais cette sélection 2013 voit émerger une nouvelle
tendance : la présence forte du personnage de l’artiste.
Des adolescents en mal de vocation artistique de Mar- Anthologie
tin Page (Plus tard je serai moi, Éditions du Rouergue) et Esprit de Diderot, choix de citations
Chris Donner (Mes débuts dans l’art, L’École des loisirs), au par L. Loty et É. Vanzieleghem,
génie tourmenté de Camille Claudel (Marie Sellier, Cœur Hermann, 160 p., 6 €.
de pierre : Camille Claudel et Rodin, Nathan), en passant par Ce choix de pensées éparses
un écrivain en herbe pris au piège de l’écriture (N.M. Zim- rend fidèlement compte de la
mermann, Une histoire terrifiante, Flammarion), la littéra- philosophie de Diderot, toute
ture de jeunesse s’interroge sur la création et la figure du en dialogues, questions et paradoxes. Utile à
créateur.
l’enseignant (grâce à une préface excellente),
Dès ce mois de novembre, vous pourrez retrouver l’en- il peut fournir à l’élève des sujets de réflexion
semble de la sélection dans votre PDF enrichi (présen- ou servir d’introduction à l’étude des
tation, biographie des auteurs, extraits, avis du jury ), en Lumières.
attendant le verdict final.
 Louise Roullier

novembre 2013 NRP COLLÈGE 5


Actu
Pédagogie Le théâtre de l’Aquarium, espace
ouvert aux publics scolaires


plus ciblées. Nous proposons ainsi des
Paroles dispositifs plus ponctuels et assez faciles à

d’experte
mettre en œuvre pour les professeurs. Par
exemple, avant de faire venir les élèves au
théâtre, nous avons imaginé ce que nous
appelons désormais des «  itinérances  »,
des lectures théâtralisées avec un comé-
Par Jessica Pinhomme, responsable des relations publiques dien ou une comédienne qui joue dans le
au théâtre de l’Aquarium
spectacle. C’est une sorte d’avant-goût, et
Interview par Claire Beilin-Bourgeois
la représentation a lieu dans une salle de
Depuis que le théâtre de l’Aquarium est classe puis est suivie d’une discussion. Ce
dirigé par le metteur en scène François type d’intervention est très aisé à mettre
en place, d’autant qu’il n’y a pas à recher-
Rancillac, la troupe a voulu faire de l’accueil cher de financement, puisque c’est gratuit
des scolaires une priorité. Chaque année, de pourvu que la classe aille voir une repré-
nombreux élèves se rendent à ce théâtre, à sentation. De manière générale, quand
un enseignant appelle pour des places de
La Cartoucherie dans le bois de Vincennes,
spectacle, on lui propose toujours quelque
pour une véritable immersion dans l’univers chose pour accompagner la représenta-
du théâtre. Jessica Pinhomme, chargée des tion, ne serait-ce qu’une plaquette ou une
relations avec les publics, nous parle de ces visite du théâtre, afin qu’un dialogue s’en-
gage et que les élèves aient l’impression
expériences toujours fortes. de savoir pourquoi ils sont là, et d’avoir
choisi d’être là.
Des spectacles qui s’adaptent J. P. : En effet, car le théâtre n’est pas un
aux publics univers familier des élèves, et un mauvais Faire entrer les élèves
choix peut susciter de véritables rejets. dans le jeu
Claire Beilin-Bourgeois  : Vous accueil- Cela dit, quand les classes sont accompa-
lez beaucoup de scolaires : avez-vous une gnées, on est souvent surpris par la réac- C. B.B.  : Le fait de beaucoup travailler avec
méthode ? tion du jeune public. Un spectacle peut des publics scolaires a-t-il une incidence
Jessica Pinhomme  : Tout d’abord, finalement plaire à un groupe alors qu’on sur votre programmation ?
accueillir des élèves de collège et de craignait que ça ne marche pas. J. P. : Pas vraiment, car nous ne cherchons
lycée est un axe très développé à l’Aqua- pas à nous régler sur les programmes
rium : c’est un choix personnel de François scolaires. En réalité, chaque année, la
Rancillac, et une exigence, une priorité à Donner un avant-goût
programmation s’articule autour d’un
intégrer dans le temps, l’espace et la dispo- du spectacle
fil thématique. Cela, François Rancillac y
nibilité des artistes. Nous avons un principe C. B.B.  : Quelles actions proposez-vous ? tient beaucoup. Cette saison 2013-2014,
simple. Chaque fois qu’un projet scolaire J. P. : Ici, à l’Aquarium, nous privilégions le par exemple, a pour thème « (En)quêtes ».
est en route, toute l’équipe est impliquée. travail sur la durée. On essaie de faire en Les spectacles sont variés, mais tous s’y
On travaille par étages. On accompagne sorte que les élèves viennent voir deux rapportent  : quête de soi pour Œdipe
toujours les classes qui voient un spectacle. spectacles. En réalité, plutôt que par spec- roi, petites enquêtes plus ludiques dans
Au minimum, on envisage, avant la repré- tacle, on fonctionne par parcours. Pour Le mardi où Morty est mort de Rasmus
sentation, une rencontre avec l’équipe, cela on utilise tous les dispositifs existants Lindberg, quête du passé… Nous par-
souvent dans le cadre d’une visite du [voir encadré ci-contre], avec des projets tons plutôt du principe qu’un spectacle
théâtre, et, après, une nouvelle rencontre qui permettent d’associer le fait d’assister bien choisi suscitera l’intérêt du public si
sous la forme d’un atelier ou d’un débat. à un spectacle à des ateliers pratiques et celui-ci est bien accompagné. Un profes-
Nous nous efforçons d’individualiser ces un travail d’analyse. seur peut sélectionner un spectacle parce
interventions, en tenant compte, toujours, Nous menons des projets très divers, et qu’il s’inscrit dans le cadre du cours, mais
du public auquel nous avons affaire : l’âge qui nécessitent un engagement plus ou aussi parce que l’œuvre, l’angle adopté
des élèves, le type de classe, leurs centres important de la part des enseignants. sont intéressants en eux-mêmes. La pro-
d’intérêt, etc. Certains impliquent une classe ou même grammation obéit donc, avant tout, à
C. B.B.  : Vous insistez sur cette nécessité de un établissement sur une année entière. des exigences thématiques et artistiques.
choisir des spectacles adaptés aux élèves… D’autres interventions sont beaucoup En revanche, nous tenons compte des

6 NRP COLLÈGE novembre 2013


Actu
Quelques actions

Pédagogie
publics scolaires pour le calendrier, et
programmons l’essentiel des spectacles
susceptibles d’intéresser des élèves et
leurs professeurs en dehors des vacances Les dispositifs académiques
scolaires. De plus, nous considérons qu’il
doit y avoir une continuité dans le travail • Ateliers artistiques : l’atelier artistique s’adresse à
que nous proposons aux professeurs. C’est un groupe d’élèves volontaires (quinze au minimum)
pourquoi les intervenants sont toujours les et se déroule en dehors des heures d’enseignement.
mêmes : ce sont désormais des complices, Sa durée est de deux heures hebdomadaires sur toute
comme Antoine Caubet, qui est associé l’année scolaire. Il est fondé sur un partenariat avec une
au théâtre, ou la comédienne Christine structure artistique et culturelle reconnue par la DrAC.
Guênon qui vient souvent présenter son • Classes à PAC (projet artistique et culturel) : elles
travail à l’Aquarium. Sa version de L’Homme permettent à l’enseignant de proposer une expérience
qui rit de Victor Hugo, l’an dernier, a beau-
artistique et culturelle à toute la classe (et non aux
coup séduit les élèves.
C. B.B.  : Quels «  retours  » avez-vous de
seuls volontaires), avec le concours d’artistes et de
leurs visites au théâtre ? professionnels de la culture qui interviennent entre 8 et
J.  P.  : On essaie de faire en sorte qu’ils 15 heures par an.
passent le plus de temps possible au
théâtre. Quand ils y vont, ils se trouvent Les formules « maison »
dans un lieu différent de la classe, plus
impliqués, plus concentrés. Des profes- • Les itinérances : des lectures théâtralisées effectuées
seurs, ils en ont déjà. L’intérêt, c’est que par un comédien dans les classes pour introduire le
nous venons d’ailleurs. Nous parvenons spectacle et engager une discussion avec les élèves.
même parfois à réunir des classes de • Les Acolytes du théâtre de l’Aquarium, et les
différents établissements, ou plusieurs Acolytes junior : des spectateurs sont invités à suivre
classes d’un établissement, pour des ate- l’évolution d’un spectacle. Un groupe d’élèves peut
liers communs, avec des résultats éton- devenir « Acolytes junior », ce qui leur permet d’avoir une
nants. Les faire venir et revenir au théâtre expérience très concrète de la création.
est un choix toujours payant. Ce sont des
• Les Ateliers du week-end : le théâtre propose aussi
publics que nous sommes alors amenés à
connaître. C’est d’autant plus vrai que nous
aux adultes des ateliers autour de chaque spectacle. Il
cherchons toujours à rendre les élèves s’agit d’un travail avec le metteur en scène, pratique,
acteurs, à les faire entrer dans le jeu. Lors concret, sur les enjeux dramaturgiques.
des ateliers qui ont lieu après la représen-
tation, ils sont invités à une relecture du Contact
texte, à faire de nouvelles propositions de
mises en scène, à revisiter le spectacle. Là, Théâtre de l’Aquarium, La Cartoucherie, route du Champ
il se passe toujours quelque chose de pas- de manœuvre, 75012 Paris – Tél. : 01 43 74 72 74
sionnant. Il y a un retour visible. www.theatredelaquarium.net
Jessica Pinhomme : pinhomme.theatredelaquarium@wanadoo.fr

Atelier théâtre à l’Aquarium en 2012-2013, avec les élèves du lycée Camille-Claudel


à Pontault-Combault et du lycée Louise-Michel à Champigny-sur-Marne.
© Audrey Fournier, enseignante du lycée Camille-Claudel.

novembre 2013 NRP COLLÈGE 7


Actu
Spectacles « Du bienfait des Le spectacle cité
balades en forêt Petit Poucet ou Du bienfait
des balades en forêt dans

dans l’éducation
l’éducation des enfants,
d’après Charles Perrault, écriture
et mise en scène de Laurent

des enfants » Gutmann, avec Jade Collinet,


David Gouhier, Jean-Luc
orofino.
Dates :
Par Carole Guidicelli – les 21 et 22 novembre à
belfort ;
Tel est le sous-titre du Petit Poucet (prix – du 3 au 5 décembre à Saint-
Momix 2013), réécrit et mis en scène Étienne ;
– le 10 janvier à Draguignan ;
par Laurent Gutmann d’après Perrault, – le 31 janvier à Pau ;
qui poursuit sa tournée cette saison. – du 12 au 16 février à Cergy ;
– du 24 au 28 février à Lorient ;
– le 8 mars à nanterre ;
– le 8 et 9 avril à Colmar ;
– du 16 au 18 avril à
Angoulême ;
– le 24 avril à Foix.

réveille avant. » Le rêve vire pourtant au


cauchemar pour Poucet autant que pour
le public qui, plongé dans le noir tout
comme l’acteur, distingue soudain une
Une transposition caustique Dans une scène très drôle, les parents, en main armée d’un couteau, et une lampe-
tenue de sport ample et ridicule à souhait, torche qui balaie la salle pour trouver sa
Du conte de Perrault, Laurent Gutmann proie. Laurent Gutmann nous fait perdre
encadrent leur fils en costume sombre
ne conserve que la trame narrative : Petit nos repères et explore les peurs primitives
et cravate, juché sur de petites échasses
Poucet, abandonné dans la forêt, échappe de l’enfance, celles de l’abandon et de la
métalliques qui le haussent jusqu’à eux.
à l’ogre, escroque l’ogresse et réintègre la A contrario, la famille ogre – un riche trader dévoration.
maison familiale grâce une valise pleine toujours plus vorace, une blonde glamour Un dispositif scénique simple, délimité par
de billets. Loin de toute visée morale, digne des Desperate Housewives et une une série de tulles (peints de branchages
cependant, Laurent Gutmann observe à la petite princesse endormie – évolue dans sombres pour la forêt ou mordorés pour la
loupe la cellule familiale contemporaine, un monde doré et file le parfait bonheur. maison de l’ogre) et complété de quelques
un couple à enfant unique : garçon pour On comprend que Poucet, jusque-là silen- accessoires (une petite table, deux tabou-
la famille pauvre, fille pour la famille riche. cieux, s’accroche à l’ogresse de toute la rets, une assiette en carton avec des mor-
La pauvreté des parents de Poucet est force de ses petits bras et use de tous les ceaux de pizza versus un plat doré garni
moins matérielle qu’affective et cultu- trésors de sa rhétorique. d’un cochon de lait rouge sang), permet
relle : l’enfant fait obstacle à l’épanouisse- de figurer tous les lieux et de décliner faci-
ment du couple et ne correspond pas au lement toutes les ambiances et émotions.
rêve de ses parents. La distribution sert à
Les rêves et les épreuves
Affronter ses angoisses, les surmonter par
pour aider à grandir
merveille le propos. Poucet est joué par un le rire, se défier des apparences pour trou-
homme de petite taille (Jean-Luc Orofino) «  Il ne peut rien m’arriver chez vous, dit ver sa place dans le monde : finalement,
plus âgé que les interprètes de la mère et Poucet à l’ogresse. Je suis dans un rêve. l’abandon du Petit Poucet lui aura permis
du père (Jade Collinet, David Gouhier). Et on ne meurt pas dans les rêves. On se de devenir adulte.

8 NRP COLLÈGE novembre 2013


Actu
Enseignements et parcours

Collèges d’ici
culturels
Par A.W.

La présence de l’histoire des arts au brevet des collèges (DNB)


a été le point d’aboutissement d’un effort d’intégration de
ces domaines aux programmes. Pourtant, des inquiétudes
subsistent sur ses finalités et ses mises en œuvre, quand elles
n’ont pas des raisons encore plus profondes : qu’il soit lecteur,
spectateur, cinéphile ou mélomane, c’est en effet le rapport
même de l’enseignant à la culture que vient questionner cette
problématique.

Une pluralité d’approches – cinémas, théâtres, compagnies de danse, rir des repères pour mieux comprendre
conservatoires, etc. –, sachant qu’il s’agit la création contemporaine et à ceux qui,
L’histoire des arts peut ainsi être l’objet ayant suivi un parcours l’an passé, sou-
de « conjuguer au mieux les trois piliers
d’une double approche : la première, offi- haitent approfondir leurs découvertes »,
de l’éducation artistique et culturelle  :
cielle, articule étroitement les contenus ce dispositif mêle conférence et spectacle.
connaissances, pratiques, rencontres (avec
d’enseignements à l’épreuve de fin de Son succès traduit l’intérêt croissant pour
des œuvres, des lieux, des professionnels
troisième ; elle découle de choix d’objets l’offre culturelle locale, surtout quand elle
de l’art et de la culture) ». À l’initiative de
d’étude donnés, arrêtés localement et s’inscrit dans une politique volontariste
l’enseignant et des partenaires, ces ren-
ratifiés en CA. La seconde, que l’on qua- de mise en réseau des différents acteurs
contres peuvent prendre la forme d’ensei-
lifiera de discrète ou de souple, amène le culturels. À travers ces parcours – de l’élève
gnements spécialisés, de dispositifs de
professeur à tirer parti de toutes les occa- ou de l’enseignant – on voit ainsi aboutir
sensibilisation, de fréquentation et même
sions pour faire acquérir aux élèves des et converger trois tendances : l’intégration
d’initiation si les moyens le permettent
compétences de lecture et de réflexion. des arts et de la culture au cursus scolaire,
Elle encourage ainsi une approche non – on peut songer ainsi à l’audiovisuel, acti-
vité transversale par excellence. Les élèves l’articulation entre les établissements et
exclusivement muséale ; à titre d’exemple, les dispositifs locaux et, enfin, le rôle nou-
les réalisations architecturales ou urbanis- concernés par ces parcours doivent pou-
veau de l’enseignant, à la fois pédagogue
tiques contemporaines permettent d’ini- voir en conserver la mémoire sur un sup-
et architecte de telles actions.
tier les élèves à des problématiques qui les port papier ou sous forme électronique ;
touchent en tant que citoyens, citadins et l’élaboration de ce document permet de
témoins critiques des tendances nouvelles. revenir, in fine, sur des activités permettant
de valider des compétences d’écriture et
de réflexion – à l’instar du journal de bord
Des partenariats avec
de TPE, en classe de première.
les acteurs culturels locaux
Aussi l’enseignant peut-il être amené à Professeur et spectateur
changer de posture par rapport à sa dis-
cipline, sa pédagogie et son rôle dans Outre des qualités d’initiative, il est
l’établissement. Le récent texte sur le attendu des enseignants impliqués la Références
«  Parcours d’éducation artistique et capacité à investir auprès de ses élèves organisation de l’enseignement de
culturelle  » entérine cette évolution  ; les centres d’intérêt qui les définissent en l’Histoire des arts (bo no 32 du
prenant appui sur les acquis de l’histoire tant qu’intellectuels ; de même, avoir une 28 août 2008) ;
des arts et sur l’existence – dans le projet connaissance des structures culturelles Histoire des arts au Dnb (bo no 41
d’établissement ou le contrat d’objectif – et de leur offre est également souhaité. À du 10 novembre 2011) ;
d’un volet artistique et culturel, ainsi que ce titre, des initiatives telles que le « par- Le parcours d’éducation artistique et
sur les comités territoriaux de pilotage, il cours du professeur spectateur » (DAAC, culturelle (bo no 19 du 9 mai 2013) ;
invite l’enseignant à occuper un rôle char- académie de Grenoble) méritent d’être Parcours du professeur spectateur :
nière dans les partenariats qui peuvent mentionnées. Destiné aux enseignants http://tinyurl.com/puucdaw.
se nouer avec les acteurs culturels locaux non spécialistes « qui souhaitent acqué-

novembre 2013 NRP COLLÈGE 9


Actu
Cinéma Cocteau : « Remuer cette grande
machine de rêves… »
Par Marie-Laure Guétin

« … se battre avec l’ange de la lumière,


l’ange des machines, les anges de l’espace
et du temps, voilà une besogne à ma
taille. » À l’occasion du cinquantenaire
de la mort de Jean Cocteau, l’automne
cinéphilique s’ouvrira sur la lutte exaltée
du poète avec le cinématographe.

écrire en pellicule rons distendent l’espace à l’inconnu et le


réel à l’onirisme. Quant à la Bête, loin des
Du 25 septembre 2013 au 2 mars 2014, la illustrations antérieures la représentant
Cinémathèque propose une exposition en sanglier, vieil homme aux jambes de
dévoilant l’ensemble des fonds collectés bête ou encore satyre, elle acquiert ici le
sur le poète cinéaste. Autour notamment statut de grand seigneur, reconfigurant le
de correspondances, photographies et monde de sortilèges en enchantements,
costumes, l’occasion est donnée d’entrer et qui n’a de bête que la tête et les mains.
dans le laboratoire poétique de Cocteau. Aussi participe-t-elle de ces êtres intermé-
La réédition de La Belle et la Bête en version diaires, aux limites de l’humain, dont la fai-
restaurée, en salles et en DVD (compre- le malaise » (p. 192) à la « flaque d’encre »
blesse, aux confins de la toute-puissance,
nant des bonus inédits), constitue l’autre (p. 214) près de laquelle agonise la Bête,
se mesure à l’aune de ses désirs indomp-
événement majeur de cet anniversaire1. Le il s’agit toujours d’atteindre la vérité de
tables, sublimes ou horrifiants.
journal tenu par Cocteau lui-même permet l’irréel. Épuré de tout pittoresque, le sur-
Cette Bête rappelle l’essence quasi divine
d’alimenter et de prolonger la réflexion sur naturel porte le sens profond du conte,
que Cocteau reconnaît aux poètes, puisqu’il intensifie les désirs entre les êtres.
le cinéaste : d’août 1945 à juin 1946, tout le capables, dans une expiration, de mani-
processus de création y est décrit au jour le Partant, c’est du réel, conçu comme une
fester les fantasmes nocturnes de la pen- réserve de merveilleux, qu’émane la poésie,
jour, dans le vif d’une écriture acérée. Lec- sée humaine. « Ma nuit n’est pas la vôtre », véritable circulation et dissonance entre
ture passionnante, ce journal raconte le confie la Bête à la Belle. Et c’est précisé- réel et rêve. Vertiges de la connaissance et
combat, mené jusqu’à l’épuisement, pour ment dans ces nuits que Cocteau puise la de la conscience, tout est ici question de
qu’émerge enfin la traduction filmique substance poétique nécessaire à son art. saisie, fugace et fulgurante, tendue vers
du sens poétique que Cocteau entend
une mise en lumière des nuits hantées de
conférer au conte2.
Un véhicule de poésie l’âme.

Les nuits du fiancé-animal Cocteau a souligné combien ce conte cor-


respondait à sa mythologie personnelle, À cONSuLtER
La Belle et la Bête, écrit par Mme Leprince elle-même façonnée par les thèmes de
de Beaumont en 1758, prolonge le cycle l’amour, la mort, le destin, la médiation Dossier consacré à La Belle et la
du fiancé-animal que Bruno Bettelheim entre deux mondes. Toutefois ces thèmes Bête sur www.cinematheque.fr
fait remonter au conte de Psyché (Les traditionnels s’incarnent dans une logique
Métamorphoses d’Apulée). Or, l’essentiel du merveilleux, toute personnelle.
du travail de transposition de Cocteau se Ainsi, la fabrique du merveilleux s’ancre 1.  Une nouvelle adaptation de La Belle et la
concentre sur cette figure monstrueuse. surtout dans de multiples collusions entre Bête, réalisée par Christophe Gans, sortira en
Cocteau multiplie les séquences dans le animé et inanimé. Tout vibre et s’anime février 2014.
château et réinvente tout l’imaginaire qui étrangement au rythme subtil des inven- 2.  Jean Cocteau, La Belle et la Bête. Journal
gravite autour de cet être hybride, tour tions visuelles de Cocteau. Des déplace- d’un film, Éd. du Rocher, 2003, p. 229 (citation
liminaire). Les autres citations renvoient à cet
à tour humain et animal, magnétique et ments habités d’une «  grâce d’un autre
ouvrage.
charnel, qui attire comme il rebute. monde  » (p.  221) au décor noir inondé 3.  Une exposition consacrée à Gustave Doré
Nourris visuellement par les illustrations d’une « forêt de lumière » (p. 194, le hall du se tiendra au musée d’Orsay du 11 février au
de Gustave Doré3, le château et ses envi- château), d’un détail travaillé pour « créer 11 mai 2014.

10 NRP COLLÈGE novembre 2013


Actu
Traîtres du Moyen Âge

Histoire
Par Alain Barbé

La société féodale vit dans la hantise de la félonie


qui bouleverse l’ordre établi. Elle nous a légué
des figures de traîtres emblématiques.

Ganelon se défend d’avoir trahi et sou-


Transgression tient s’être simplement vengé de Roland.
Son lignage et la plupart des barons le
Parjure, forfaiture, complot  : de l’His-
soutiennent. Seul un duel judiciaire per-
toire des Francs de Grégoire de Tours au
met d’établir sa culpabilité : en s’attaquant
vie siècle aux Mémoires de Commynes à la
à Roland, neveu et serviteur de Charle-
fin du xve siècle, la trahison paraît être le
magne, Ganelon a trahi son suzerain. Le
ressort de l’histoire médiévale. Elle touche
aussi bien les nobles que les roturiers, les félon finit écartelé et trente de ses proches
femmes que les hommes. Sa définition très sont pendus, car « qui trahit perd les autres
large inclut tout manquement à la parole avec soi ». L’image du traître Ganelon est
donnée. L’adultère, la rébellion, le refus de très ancrée dans la culture populaire, au
l’autorité paternelle relèvent de la trahison. point que l’expression «  traître comme
Dans la société féodale qui repose sur le Ganelon » devient proverbiale. Cependant,
serment prêté sur les reliques ou les Écri- c’est avec Mordred que la figure du traître
tures, le traître devient un renégat qui met achève de se diaboliser.
en péril la famille, le lignage, l’État et les
valeurs chrétiennes. Les textes soulignent Diabolisation
le caractère diabolique de ce criminel, pré-
Dans les premières versions du cycle arthu-
disposé à faire le mal. Son visage est décrit
rien, Mordred est un simple vassal du roi
comme maléfique et monstrueux, et il est
Arthur qui séduit la reine Guenièvre, puis
assimilé à un animal enragé. Sa punition
tente de s’emparer du trône avec l’aide
doit être infamante et exemplaire. Quand
des Saxons. Arthur le tue à la bataille de
le culte de l’honneur devient l’apanage de
Camlan mais Mordred le blesse mortelle-
la caste nobiliaire, il n’est pas rare de voir le Mordred tue Arthur, miniature
ment. Le cas de ce vassal félon ne cesse de
blason d’un chevalier félon exposé « sens d’un manuscrit de Boccace,
s’aggraver au fil des réécritures du mythe.
dessus dessous  », c’est-à-dire renversé, fin du xve siècle, British Library.
Au xiie  siècle, Geoffroy de  Monmouth en
symbole de la subversion de l’ordre établi
dont il s’est rendu coupable. fait le neveu d’Arthur, ce qui accroît encore
sa scélératesse. Les romans français du
xiiie siècle vont plus loin : Mordred devient
Félonie le fils incestueux d’Arthur. Antihéros parfait,
Des portraits types de traîtres imprègnent Mordred cumule toutes les transgressions
les esprits. Dans la culture chrétienne, majeures : félonie, inceste et parricide. La
le traître a un nom  : Judas l’Iscariote. diabolisation du personnage se double
Dans La Divine Comédie de Dante, on le d’une instrumentalisation politique  : ses
trouve au neuvième et dernier cercle de tares sont celles que la cour capétienne
l’enfer, au plus près de Lucifer. Lorsque attribue aux Plantagenêts, tout en révélant À lire
Louis XI condamne pour trahison le prince une condamnation de plus en plus forte de M. Billoré et M. Soria (dir.), La
d’Orange Jean de  Chalon, en 1477, il le la traîtrise dans l’imaginaire collectif. Avec Trahison au Moyen Âge, de la
qualifie de « prince des trente deniers » ! l’affirmation d’une monarchie sacrée, la monstruosité au crime politique, Presses
Avec l’essor des littératures profanes, la traîtrise devient un crime de lèse-majesté universitaires de Rennes, 2010.
traîtrise va s’incarner dans un autre per- exhibé lors de grands procès politiques. C. Lucken, « Ganelon, félon modèle »,
sonnage : Ganelon, le « félon modèle » qui L’époque médiévale aura, en tout cas, pro- in Le Magazine littéraire, no 533, juillet-
s’allie aux Sarrasins pour faire tomber le duit des archétypes littéraires qui survivent août 2013, dossier « La trahison ».
preux Roland dans l’embuscade de Ronce- encore aujourd’hui, car comme disait J. Verdon, Intrigues, complots et trahisons
vaux. Pourtant, son cas est ambigu. Lors de Hitchcock, « meilleur est le méchant, meil- au Moyen Âge, Paris, Perrin, 2012.
son procès, qui clôt La Chanson de Roland, leur est le film ».

novembre 2013 NRP COLLÈGE 11


Actu
Lire au CDI Aimer le théâtre
au CDI
Par Yannick Denoix, documentaliste au collège
Gérôme (Vesoul), Fadben

Il faut l’avouer, le théâtre n’est pas la star


principale de nos CDI. Caché dans un
coin, entre documents pédagogiques et
dossiers documentaires, souvent réduit
aux incontournables Molière, le rayon
théâtre fait pâle figure. Pourtant, si les
élèves ne se jettent pas sur les recueils
de pièces, ils adorent les jouer en classe !
Dès lors, comment réconcilier lecture et
mise en jeu d’une pièce ?

Un fonds documentaire adapté riques à travers de brefs textes de théâtre. Mettre les paroles en scène
Rois, médecins, femmes de lettres : autant
Aux yeux des élèves, le théâtre a une d’occasions de découvrir l’histoire en Le théâtre peut facilement s’inviter dans
image poussiéreuse de vieux classiques s’amusant. la vie du CDI. Si les « clubs théâtre » fonc-
peu attirants, de mises en scène pom- Mais, avant tout, le CDI doit montrer aux tionnent régulièrement et mettent en
peuses et de tirades interminables. élèves que, loin de se résumer aux grands scène de petites pièces ou des saynètes,
Cependant, aujourd’hui, de nombreuses classiques, le théâtre est un art vivant, d’autres activités peuvent être imaginées.
collections en proposent des présenta- fondé sur le spectacle et la mise en scène. À l’occasion d’une semaine thématique,
tions attrayantes et vivantes, et accordent À ce titre, on pourra faire cohabiter avec un groupe d’élèves pourra, par exemple,
une belle place aux textes de toutes les les livres les différents programmes des déclamer des vers dans la cour pendant
époques, des «  Étonnants Classiques  » théâtres de la région, en fonction desquels une récréation, ou annoncer de façon
de Flammarion jusqu’aux «  Petits Clas- seront proposées des sélections théma- théâtrale le menu de la cantine lors de son
siques » de Larousse. Mais il est également tiques. ouverture.
important pour le CDI de mettre en valeur On peut également créer une mise en
le théâtre contemporain, par exemple à scène dans laquelle les élèves prennent
travers la magnifique collection de l’École
Pour comprendre le théâtre la place des documentalistes et gèrent le
des loisirs et ses courtes pièces particuliè- Le théâtre sortira d’autant plus facilement CDI selon différentes attitudes, pendant
rement travaillées, propices à des mises en des rayonnages qu’il sera joué et compris. une récréation ou une pause méridienne,
scène originales. Pour tout savoir sur le monde du théâtre, par exemple. Et pour aller jusqu’au bout,
Il ne faudra pas non plus passer à côté de on ne se lassera pas de feuilleter encore on pourra imaginer que dans une classe,
la collection « Expression théâtre », chez et encore l’Histoire du théâtre dessinée un groupe d’élèves se charge de présenter
Retz, dont les pièces comportent de nom- d’André Degaine, dont la présentation ori- de façon théâtrale… le rayon théâtre !
breux rôles (pour ne fâcher personne), des ginale, l’écriture manuscrite et le contenu Alors maintenant, levons le rideau sur nos
décors facilement modulables en fonction particulièrement riche séduisent toujours rayons, et tous en scène !
des contraintes pratiques et un vocabu- les lecteurs. Les éditions Thierry Magnier
laire adapté à l’âge des élèves. De même, ont, quant à elles, publié l’excellent
le recueil Scènes à lire et à jouer, de la 6e à la ouvrage La Fabrique à théâtre, qui présente À lire
3e d’Ariane Carrère chez Hatier, comporte toutes sortes d’activités autour du théâtre : G. Beaudout et C. Franek, La Fabrique
des textes courts et simples à mettre en améliorer sa diction, créer un spectacle de à théâtre, Thierry Magnier, 2011.
place. Quant aux éditions du Sablier, leur marionnettes ou encore écrire une pièce. A. Degaine, Histoire du théâtre dessinée,
belle collection, « En scène » fait partir le Un livre indispensable pour désacraliser le Nizet, 1992.
lecteur sur les traces de personnages histo- théâtre et le rendre captivant.

12 NRP COLLÈGE novembre 2013


Le carnet
Actu
d’écriture

Atelier d’écriture
Les saisons : un thème
et un langage
Par Édith Wolf

Traditionnel dans l’art et la littérature, le thème des saisons a


fourni un matériau littéraire immense : supports des métaphores,
échos des états d’âme, sources de jouissance esthétique, les
saisons sont à la fois expérience et signes de cette expérience.

Faire écrire les élèves sur ce thème, c’est leur permettre Pendant la correction les élèves justifient la présence
de relier le cycle naturel à des faits vécus et de se fami- des éléments repérés.
liariser avec un motif majeur de la littérature et de l’art. Ensuite, les élèves inventent un âge, une profession, des
Cet atelier d’écriture prend pour support L’Automne, goûts et des traits de caractère à attribuer au person-
tableau de Giuseppe Arcimboldo (1573, musée du nage, dont ils font le portrait à partir du texte à trous
Louvre). En 4e/3e, c’est l’occasion d’initier les élèves à la (qu’ils peuvent modifier) et des éléments inventés.
figure de l’allégorie. Enfin, en reprenant la liste faite au début de l’atelier,
chaque élève dessine un personnage incarnant « leur
Écriture de liste automne » à qui ils donnent la parole : le personnage
En 6e et 5e : on demande une liste fondée sur l’ana- se présente dans un texte où on pourra utiliser tous les
phore des termes  : «  L’automne, pour moi, c’est…  / éléments de la séance. À la fin de l’atelier, images et
C’est… ». Les notations peuvent être objectives et sub- textes sont affichés dans la salle.
jectives, ainsi que grammaticalement diverses. On lira
ces listes à voix haute, convergences et divergences Observation et écriture en 4e/3e
seront commentées. Observation :
En 4e et 3e : on fait noter des mots et expressions asso- Après le repérage des éléments recherchés, on fait
ciés à l’automne puis quelques listes sont lues rapide- expliquer en quoi il s’agit d’une allégorie –  tous les
ment. éléments visuels contribuent à construire l’idée – avec,
cependant, un sujet moins abstrait que dans le cas des
Recherches à faire à la maison allégories traditionnelles. Pendant que l’on lit à l’oral
À tous : on donne des recherches à effectuer sur Arcim- les poèmes trouvés lors de la phase de recherches, les
boldo (dates, pays, genres abordés, commanditaires).
élèves prennent des notes sur l’image de l’automne
On demande aussi une définition et une image des élé-
dans les textes, image que l’on oppose à celle d’Arcim-
ments suivants : coing, prunelle, millet, potiron, citrouille,
boldo : le peintre présente une figure de la vie végétale
rave.
féconde, les poètes une image de la fuite du temps et
En 4e/3e : on invite la classe à définir le mot « allégo-
de la mort.
rie », avec deux exemples, l’un dans un texte, l’autre
dans une œuvre plastique. On fait également chercher Écriture :
des poèmes sur l’automne, dans les œuvres de Lamar- En utilisant la liste élaborée au début de l’atelier et
tine, Baudelaire, Verlaine, Jules Laforgue (« L’hiver qui des éléments de l’observation, chaque élève fait une
vient »), Apollinaire (deux textes), et préparer des lec- nouvelle liste de mots ou expressions associés à l’au-
tures orales. tomne ; il proposera soit une vision positive de cette
saison (comme le peintre), soit une image mélanco-
Observation et écriture en 6e/5e lique (comme les poètes). Les termes abstraits comme
On fait expliciter le principe de L’Automne d’Arcimboldo : « Vie », « Temps » et « Mort » prendront une majuscule.
une figure humaine incarnant une saison. Puis on fait Les élèves écrivent ensuite un texte adressé à « leur
compléter un texte dans lequel les élèves devront automne » et commençant comme le poème de Lamar-
retrouver les noms des végétaux qui composent cette tine : « Salut !… » Ils peuvent y intégrer des éléments
figure (voir compléments numériques en ligne) : trouvés dans les textes littéraires.

novembre 2013 NRP COLLÈGE 13


Actu
Maisons d’écrivains La villa Arnaga d’Edmond Rostand
à Cambo-les-Bains en région
Par Rachel Druet Midi-Pyrénées

« Toi qui viens partager notre


lumière blonde
Et t’asseoir au festin des horizons
changeants
N’entre qu’avec ton cœur, n’apporte
rien du monde
Et ne raconte pas ce que disent les
gens »
Tels sont les mots tracés à l’entrée de la villa Ar-
naga. Située à Cambo-les-Bains, entre Biarritz et
Pau, la maison que le poète a fait construire au
début du xxe siècle est un musée depuis 1962. gerac, renferme le César du meilleur acteur pour le film
Le visiteur qui pénètre dans la propriété est d’emblée éponyme de Rappeneau de 1990, offert par Gérard De-
impressionné par le parc : jardins à l’anglaise et à la fran- pardieu. L’office s’orne de frises décoratives qui évoquent
çaise entourent l’immense villa de 1500 m² comportant Chantecler, pièce écrite à Arnaga en 1910. À l’étage, un
40 pièces, qui ne sont pas toutes ouvertes au public. ensemble Art nouveau féerique compose le boudoir de
Rosemonde, et trois costumes d’académiciens rappellent
Rostand découvre Cambo en 1900 sur les conseils du
le destin d’Eugène, d’Edmond et de Jean. L’ancienne
docteur Granger qui lui recommande la ville thermale
chambre des enfants est consacrée à L’Aiglon et son in-
pour soigner une pleurésie. Il y achète alors un vaste
terprète principale, amie de la famille, Sarah Bernhardt.
terrain avec vue sur les Pyrénées et où serpente l’Arraga,
Le petit salon bleu contient des documents de famille,
« eau qui coule sur les cailloux » en basque, qui devien-
lettres et photographies, dont celles prises en 1918 avec
dra Arnaga. En 1906, le jeune académicien s’installe dans
Mary Marquet, la dernière compagne du poète. La salle
ce bâtiment au style néo-basque, avec sa femme, la poé-
d’hydrothérapie montre à quel point, derrière une façade
tesse Rosemonde Gérard, et ses deux fils, Maurice et Jean.
rurale, la villa cache un confort très moderne : calorifère,
tableau électrique, système de passe-plats, appareils sa-
Un décor de théâtre nitaires… et plus de 40 domestiques.
Tout dans la villa Arnaga évoque le théâtre, à commen-
Un musée vivant
cer par les décors savamment réfléchis par l’écrivain. La
salle de jeux des enfants est ornée de scènes illustrant Aujourd’hui, le musée reçoit près de 70 000 visiteurs par
de vieilles chansons françaises. Le grand hall abrite un an et accueille des expositions temporaires. Son site Inter-
balcon anglais depuis lequel Edmond aimait déclamer net regorge de fiches à télécharger pour préparer la visite
des vers. La salle à manger joue les trompe-l’œil, avec ses (2,50 euros / élève), et des stages de théâtre et d’expres-
faux marbres et ses volets intérieurs abritant des miroirs. sion y sont organisés. Les jardins comportent aussi des
La bibliothèque, entièrement dédiée à Cyrano de Ber- parcours pédagogiques.

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de master 1 sur « les décors d’Arnaga » très riche et exploi- bayonne et de biarritz, sur la route départementale D932,
table dans le cadre de l’Histoire des arts. direction Cambo-les-bains.
Contact pour vos visites :
villa Arnaga – musée edmond rostand
route du docteur Camino
64250 Cambo-les-bains

14 NRP COLLÈGE novembre 2013


Histoire e
des arts 3
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pour les professeurs d’Histoire, de Français, d’Arts plastiques
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de Dom Juan de
Molière, par Jean-
Pierre Vincent, avec
Serge Bagdassarian
(Sganarelle) et Loïc
Corbery (Dom Juan),
Paris, Comédie-
Française, 2012.

Héros et antihéros
au théâtre Par Carole Guidicelli,
professeur de lettres et docteur en études théâtrales

Sommaire D ans La Vie de Galilée de Bertolt


Brecht, Andrea, l’ancien élève de
La figure du héros : Galilée, indigné par le renoncement de
notion et évolution 17 son maître face à l’Inquisition, s’écrie :
« Malheureux le pays qui n’a pas de
Le héros classique : héros ! » Et Galilée de lui rétorquer :
un héros de tragédie 18
« Malheureux le pays qui en a besoin. »
Du grand homme Rodrigue, Don Juan, Médée, Tartuffe
au héros marginal 19 ou Cyrano de Bergerac… autant
de figures de héros (ou d’antihéros)
Du héros négatif dont la rencontre jalonne la découverte
à l’antihéros 21 des grands textes littéraires au collège.
En les resituant dans le contexte
historique et social de leur époque,
ce dossier permettra de mettre en
perspective les modèles héroïques
et les valeurs qu’ils incarnent.

16 NRP COLLÈGE novembre 2013


Héros et antihéros au théâtre Dossier

La figure du héros :
le chevalier de rome, celui qui combat les Infidèles,
qui délivre le tombeau du Christ à Jérusalem ou qui
part à la recherche du saint Graal. Il est exemplaire
notion et évolution par la fermeté de sa foi, qui le rapproche du saint ou
du martyr, et, tout comme le héros de l’Antiquité, il
n’accomplit pas ses exploits pour sa seule gloire, mais
pour une cause qui transcende sa personne.
Du héros épique au héros tragique Ces modèles héroïques informent à la fois les
Dans les civilisations de l’Antiquité, le héros se chansons de geste, les romans de chevalerie et la lit-
distingue par ses origines (c’est souvent un demi- térature de cour qui œuvre à l’éloge du souverain.
dieu), par son enfance (il a été abandonné à sa La notion de héros devient ainsi indissociable d’une
naissance, exposé à la mort dans un espace sau- conception aristocratique du monde : si l’héroïsme
vage, comme moïse, Œdipe, romulus et rémus), trouve naturellement sa légitimité dans une société
parfois aussi par un signe distinctif (la chevelure féodale qu’il contribue à maintenir, il est aisément
de Samson, la force d’Héraclès, les pieds percés transposable dans une société monarchique avec des
d’Œdipe…). radicalement autre, il accomplit des ajustements (quand le héros n’est pas le souverain
actions exemplaires au profit de la communauté : il lui-même, il est celui qui contribue à sa gloire). en
tue les monstres qui la menaçaient (Thésée, Œdipe), étudiant Le Cid en 4e, on pourra faire percevoir aux
élèves cette continuité du modèle héroïque.

«
libère son peuple d’une situation d’asservissement,
le ramène sur son territoire (moïse) ou lui en trouve
mme
Le théâtre naît co or té
un nouveau (Énée), fonde une cité (Cadmos, romu-
lus et rémus) ou la sauve de ses ennemis (Horace,
p
Coriolan). Il est donc celui qui a été placé en dehors
un regard critique s. »
e
sur les héros épiqu
de sa communauté tout autant que celui qui en
incarne et en sublime les valeurs.
La figure occidentale du héros revêt un triple
aspect :
– mythique : le héros est doué de facultés excep- Avec le développement de la bourgeoisie, aux
tionnelles, ses exploits repoussent sans cesse les XViie et XViiie siècles, les représentations du héros
limites de l’humain ; sont mises en question, tantôt sur le mode du ren-
– politique : le héros est, sinon une figure royale, versement comique (comme l’antihéros du roman
du moins toujours un personnage central de la picaresque), tantôt sur le mode de la revendication
société, un chef de guerre ou un chef de peuple ; égalitaire, qui prône le libre exercice de la raison et
– littéraire : placé au centre du récit, le héros en défend la liberté d’entreprendre (le Figaro de beau-
est le « sujet actantiel », et ce récit a pour fonction de marchais en est un bon exemple). Avec la généralisa-
conter ses exploits. Le « héros » désigne donc alors le tion des valeurs bourgeoises qui reposent sur l’éloge
« personnage principal ». Illustration
des vertus domestiques, le héros ne sert plus qu’à
Si l’on prend l’exemple de la littérature grecque du Mariage
nourrir une mythologie populaire et n’en impose plus
de l’Antiquité, toutefois, on voit bien comment le de Figaro,
théâtre s’écarte des modèles construits par ces récits 1784.
héroïques, tels que nous pouvons les connaître à
travers l’Iliade et l’Odyssée. Là où la poésie épique
célèbre les héros en magnifiant leurs actions exem-
plaires, la tragédie les montre dans leurs échecs,
leurs souffrances (Prométhée enchaîné, Ajax) ou leur
monstruosité (La Folie d’Héraclès). en effet, pour les
spectateurs de la tragédie, au Ve siècle avant J.-C., les
héros étaient les témoins d’un temps archaïque, celui
des « tyrans », c’est pourquoi ils étaient marqués par
la démesure (hybris), un comportement inacceptable
aux yeux de la démocratie athénienne. Le théâtre naît
donc comme un regard critique porté sur les héros
épiques, c’est-à-dire, selon la célèbre formule de
l’historien Walter nestle, « quand on regarde le mythe
avec l’œil du citoyen ».

Du héros chevaleresque à l’antihéros


Dans le monde chrétien, l’héritage gréco-romain
doit s’adapter à de nouvelles valeurs. Le héros est

novembre 2013 NRP COLLÈGE 17


à l’honnête homme, l’homme éclairé, qui cherche à que l’identification du spectateur a lieu en direction
se constituer en modèle en s’efforçant de dévelop- d’un être divin ou inaccessible. Ses actions doivent
per ses propres qualités et vertus. C’est pourquoi il apparaître comme exemplaires et sa destinée libre-
trouve alors refuge dans le mélodrame. ment choisie. Le héros est toutefois pris tragique-
Le Romantisme, passant au crible la figure du ment entre la loi divine aveugle, mais irrépressible et
héros, l’instituera de nouveau comme modèle, la conscience malheureuse, mais libre (tragique)1. »
mais selon d’autres caractéristiques. L’héroïsme Héritier de la tragédie grecque, le théâtre occiden-
revu par les romantiques exalte le sentiment contre tal fait en effet coïncider figure héroïque et figure
la froide raison, développe des vertus plus spiri- tragique. Les actions héroïques portées à la scène
tuelles que guerrières, et se présente comme une ont pour cette raison non seulement un caractère
lutte contre l’adversité (une société corrompue, un exemplaire, mais encore suscitent-elles la terreur et
destin injuste). Plus encore, le héros romantique a la pitié. En tant que support d’identification, le héros
perdu sa place centrale (réelle et symbolique) dans est donc aussi une figure cathartique.
la société pour occuper la marge, vivre dans l’ombre, À cet égard, il importe de distinguer le théâtre
ou connaître le déclassement. C’est ainsi que Jean antique du théâtre classique, notamment sur la
d’Aragon est devenu le bandit Hernani chez Victor notion d’exemplarité. Œdipe est assurément un
Hugo ou que le vertueux Lorenzo s’est transformé héros, mais n’est certainement pas un exemple. Plus
chez Musset en Lorenzaccio, le débauché affublé de précisément, si les héros tragiques grecs se caracté-
tous les quolibets.

« 
risent par l’hybris (la démesure), la tragédie romaine

a perdu
nous montre la façon dont leur aveuglement (sous le

é ro s ro m a n ti qu e coup de la colère, du désir de vengeance, de l’obses-


Le h
ans la
sion du pouvoir, de la passion amoureuse, etc.) fait

sa place centrale d r la d’eux des monstres. Sommet du genre, l’œuvre théâ-


e
société pour occup ombre,
trale de Sénèque multiplie les actes sanglants comme
dans Thyeste où Atrée assassine ses propres neveux
l’
marge, vivre dans ssement. »
pour les faire manger à leur père, son frère jumeau,
au cours d’un banquet cannibale censé célébrer leur
cla
ou connaître le dé réconciliation.

Dès lors, le héros, toujours personnage principal, Une exigence classique : l’exemplarité
n’est plus pour autant systématiquement le moteur
de l’action, ni la figure exceptionnelle qui tendait Au contraire, les héros cornéliens sont exem-
vers le mythe, ni la figure d’autorité réelle et symbo- plaires en ce qu’ils ont valeur de modèles : l’empereur
lique que l’on serait en droit d’attendre. C’est à ce Auguste par sa magnanimité (Cinna), Polyeucte par
moment-là qu’on peut sans doute commencer à par- son consentement à mourir en martyr de la religion
ler d’antihéros, dans la mesure où celui qui devrait chrétienne (son exemple a d’ailleurs pour effet de
accomplir l’exploit ou le geste libérateur attendu convertir Pauline, sa femme, au christianisme, et à
diffère son geste, l’accomplit par accident ou pour lui inspirer le même esprit de sacrifice puisqu’elle
des motifs dénués de toute noblesse : des traits qui renonce à se remarier avec l’homme qu’elle aime).
ne cesseront de s’accentuer à l’époque moderne et Dans la tragédie classique, le conflit tragique oppose
contemporaine, jusqu’à brouiller les distinctions du le destin (sous la forme de la loi divine ou des devoirs
héros, de l’antihéros et de l’homme ordinaire. envers l’État) et la conscience malheureuse : d’un
côté il faut se soumettre au souverain, au code de
l’honneur, à l’intérêt collectif, de l’autre obéir au
mouvement spontané du cœur, à l’amour, à la foi
jurée, aux liens de l’affection (amoureuse, fraternelle,
Le héros classique : filiale…). Ce conflit met en balance la sphère privée
et la sphère publique, le sentiment et la raison, et

un héros de même l’autorité royale et le peuple. Dans son essai


Corneille dramaturge, Bernard Dort souligne com-

tragédie bien « la réconciliation entre un roi et son peuple,


par l’intermédiaire du héros, est nécessaire2 ». Si le
roi ne pardonne pas au héros, il est un tyran ; si, au
contraire, le héros ne se soumet pas au roi, il est un
Le héros, figure cathartique rebelle. L’enjeu de cette réconciliation est la fonda-
tion ou la consolidation de l’État monarchique. Dès
« Il n’y a de héros, au sens fort, explique Patrice la 3e, on pourra sensibiliser les élèves à la manière
Pavis, que dans une dramaturgie présentant les dont cette notion d’« exemplarité » du héros a pu évo-
actions tragiques des héros ou des princes, si bien luer au fil des siècles.

18 NRP COLLÈGE novembre 2013


Héros et antihéros au théâtre Dossier
De plus, le héros classique n’est pas seulement moins la notion de héros qu’elle ne la met en crise
au cœur du conflit : il en cristallise tous les aspects, de façon à la reconstruire selon de nouveaux modèles
toutes les implications et interprétations possibles, de représentation sociale et politique amenés par les
comme l’explique Patrice Pavis : transformations historiques. En particulier, l’on voit
« Le héros classique coïncide parfaitement avec se dessiner l’idée d’un devenir-héros de l’homme du
son action : il se pose et s’oppose par le combat et peuple, non plus seulement à travers la catégorie du
le conflit moral, répond de sa faute et se réconci- héros guerrier sur le modèle napoléonien, mais en
lie avec la société ou avec lui-même lors de sa chute suivant le chemin d’une ascension sociale due aux
tragique. Il ne peut y avoir de personnage héroïque mérites personnels (ceux de Ruy Blas, par exemple).

« 
que lorsque les contradictions de la pièce (sociales,
n’est
Le héros classique ur
psychologiques et morales) sont entièrement conte-
nues dans la conscience de son héros : celui-ci est un

pas seulement au
microcosme de l’univers dramatique3. »
Rodrigue, par exemple, porte en lui à la fois les
istallise
du conflit : il en cr tes
douleurs de l’honneur et celles de l’amour au point
de devenir le champ de bataille de ces forces oppo-
u
sées qui se livrent un combat incessant : « Contre mon
tous les aspects, to
les implications et ibles. »
propre honneur mon amour s’intéresse » (Le Cid,
acte I, scène 6).
ss
inter prétations po
Du grand homme Déclassé et rebelle, le héros romantique

au héros marginal De plus, Pré-romantisme et Romantisme mul-


tiplient les figures héroïques marquées par la néga-
tivité : personnages d’exclus, coupés du reste du
monde par une tare sociale (la pauvreté : Chatterton
Un héros en devenir : l’homme du peuple de Vigny ; la bâtardise : Antony de Dumas ; une condi-
tion inférieure : Ruy Blas de Hugo), par une faute ou
Dans ses dimensions morales et politiques, par une caractérisation psychologique (la faiblesse :
l’idée du héros classique recoupe souvent celle du Lorenzaccio de Musset, la rêverie ayant entraîné la
grand homme, qu’il soit prince, gouvernant, chef de désobéissance aux ordres : Le Prince de Hombourg de
guerre, homme d’Église… Les qualités qui font le Kleist). Le héros est alors bien souvent un inadapté,
grand homme sont à la fois liées à l’excellence (émi- partagé entre deux ordres du monde, comme Hamlet
nence, ascendant naturel…), à la morale et à la reli- avait pu l’être entre le royaume féodal du Danemark
gion (le désintéressement, l’absence d’affectation, la et l’enseignement humaniste de l’université de Wit-
foi), ainsi qu’à l’intelligence et au calcul (être plein temberg.
de ressources, volontaire, savoir tirer parti des cir- Ces figures découlent de plusieurs sources,
constances…). En cela, il réalise une synthèse entre mythologiques et bibliques d’une part, populaires
l’héritage antique, les valeurs chrétiennes et l’idéal de d’autre part. Elles ont commencé de prendre forme
l’honnête homme ou de l’homme de bien. De plus, le dans la littérature dès avant la Révolution française,
grand homme et le héros ont ceci de commun qu’ils à travers une forme d’héroïsation de la révolte. Pro-
sont ceux qui font l’histoire – et l’histoire n’est-elle méthée et Satan exercent ainsi une forte fascination
pas, d’abord, celle des grands hommes ? sur les romantiques, tant par le caractère grandiose
Inversement, le Romantisme, qui se développe de leur rébellion que par la violence de la remise
à une période agitée (Révolution française, Pre- en cause de l’ordre divin dans leurs plaintes, chez
mier Empire, Restauration), prend acte de ce que Milton (Le Paradis perdu) ou Goethe (Prométhée) par
le peuple a montré qu’il était désormais lui aussi un exemple. Ce motif de la grandeur dans le mal irrigue
acteur essentiel de l’histoire. Dès lors, la vénération de différentes manières le théâtre de l’époque.
d’un héros souverain et l’obéissance absolue d’une L’imagerie populaire du hors-la-loi est aussi l’ori-
population à un seul et unique détenteur du pouvoir gine de la transformation du marginal en héros, que
politique et spirituel apparaissent comme des com- ces figures soient au départ romanesques (le bandit
portements obsolètes. Autant la Révolution fran- justicier Robin des bois) ou historiques (Mandrin,
çaise que l’épopée napoléonienne ont décliné tour Cartouche, plus tard héroïsés par la littérature). Le
à tour des modalités différentes de relation du grand mélodrame (dont le maître est Pixérécourt) reprend
homme au peuple, du héros à la masse (les martyrs ces figures, mais en leur imposant un cadre moral
de la liberté et héros de la Révolution comme Marat simplificateur et contraignant : l’innocence est per-
ou Joseph Viala, les maréchaux napoléoniens issus sécutée et le vice puni. Le partage des personnages
du peuple…). La période romantique rejette donc entre « bons » et « méchants » y est sans ambiguïté et

novembre 2013 NRP COLLÈGE 19


Jérôme
Kircher dans
Lorenzaccio les valeurs (familiales, morales) ne sont jamais atta- ses droits (Hernani), soit comme celui qui, placé en
de Musset, quées, puisque le méchant lui-même se décrit comme situation d’accomplir un acte héroïque, s’en révèle
mise en scène tel. Les valeurs héroïques sont fortement marquées bien peu digne (Lorenzaccio) : dans les deux cas, le
de Jean-Pierre d’une part à travers le héros désintéressé et chaste, héros semble ne plus pouvoir trouver sa place dans
Vincent, 2000. qui rétablit l’innocence persécutée dans ses droits et le monde.
ressoude la famille après avoir démasqué le méchant,
d’autre part à travers la jeune fille victime du méchant,
enlevée, torturée, mais surtout toujours restée pure Le XXe siècle ou le crépuscule du héros
afin que l’ordre familial soit complètement rétabli à la
fin. Le schéma actantiel fait généralement apparaître Prolongeant les figures romantiques, les héros
le méchant en position de sujet dominant, comme d’edmond rostand sont tout aussi solitaires et
moteur de l’action et porteur d’un projet néfaste. incompris, montrés tantôt végétant dans l’ombre des
Face à lui s’oppose le héros comme « anti-sujet » (Anne héros de l’épopée napoléonienne (L’Aiglon), tantôt
Ubersfeld), porteur des valeurs positives, mais qui ne vivant par procuration un amour-passion parfait mais
triomphe que pour mieux s’effacer, sans jamais tirer factice (Cyrano de Bergerac). Quant au Tête d’or de
de profit personnel des actions qu’il a accomplies. Claudel, il montre bien comment, lorsqu’un person-

«
nage traditionnel de héros, chef de guerre en révolte
onfère
Le Romantisme c vé
contre la médiocrité des hommes, se trouve réinvesti
par le théâtre moderne, il échoue à imposer sa vision
u
à la figure du répro restige d’un nouvel ordre du monde.
p
une autorité et un
Le théâtre du XXe siècle, à son tour, hésite à
glorifier les héros, alors même que les événements

renouvelés. »
historiques (guerres mondiales, révolutions, guerres
civiles, résistance contre les armées d’occupation)
donnent largement matière, dans le reste de la créa-
Le romantisme, synthétisant ces différents tion littéraire et plus encore au cinéma, à l’exalta-
modèles, confère à la figure du réprouvé une autorité tion de comportements héroïques. Dans Morts sans
et un prestige renouvelés. Si le héros mythique était sépulture, par exemple, Sartre montre un groupe de
un être hors normes, qui devait parfois transgresser résistants captifs de la milice, confrontés à la torture,
les lois pour fonder un nouvel ordre, le héros roman- qui sont traversés par toutes les faiblesses humaines.
tique apparaît soit comme un révolté mis au ban de Dans Les Mains sales, il établit une double distance à
la société et qui doit lutter pour être restauré dans l’égard de la figure du héros : non seulement Hugo,

20 NRP COLLÈGE novembre 2013


Héros et antihéros au théâtre Dossier
tel un nouveau Lorenzaccio, assassine le leader poli- du tragique, du pathétique, voire au sublime, l’anti-
tique Hoederer par jalousie et non par idéal politique, héros trouve généralement sa place dans un trai-
mais l’élan final qui lui fait braver la mort criant qu’il tement réaliste, quand il ne participe pas tout
est « non récupérable » n’est, dans l’esprit de l’auteur, simplement du registre comique : le Don Quichotte
que le signe d’un idéalisme petit-bourgeois qui doit de Cervantès, retournement parodique des héros des
être dépassé. romans de chevalerie, et les protagonistes du roman
picaresque comptent parmi les premiers exemples
qu’on peut en donner. Tandis que le héros est une
figure fondatrice de la littérature de l’Antiquité, la

Du héros négatif
naissance de l’antihéros coïncide donc avec celle
d’une certaine conception de la modernité. Toutefois,
les scènes d’aujourd’hui semblent peu enclines à s’en
à l’antihéros saisir, au contraire de la bande dessinée, du cinéma
et de la télévision.

« 
Le mal sous une forme grandiose
À côté des formes contemporaines du héros La naissance de
e
traditionnel encore très présentes au cinéma, proli-
l’antihéros coïncid ine
r ta
avec celle d’une ce
fèrent aujourd’hui les figures du héros négatif et, plus
encore, celles de l’antihéros. Par héros négatif, il faut

conception de la
entendre un personnage qui, tout en ayant un carac-
tère d’exceptionnalité qui le distingue de la foule et

modernité. »
exerçant un véritable pouvoir de fascination sur celle-
ci, accomplit des actes transgressifs qui n’ouvrent sur
aucune possibilité de fondation de nouvelles valeurs
mais cristallisent, au contraire, toutes les formes de
négativité. La figure du criminel endurci ou du meur- L’effacement de l’exceptionnel
trier en série, telle que l’ont popularisée le roman
policier, le cinéma ou la télévision, en est l’exemple Dans le théâtre moderne et contemporain en
le plus frappant. Au théâtre, le personnage de Kol- effet, les personnages – quand ils existent encore – se
tès, Roberto Zucco, est doté d’un certain nombre de montrent souvent incapables de décider de leur sort
caractéristiques propres au héros : personnage hors ou, même quand ils font le choix, comme Béranger
du commun, voire mythique, il apparaît et disparaît dans Rhinocéros de Ionesco, de résister au phéno-
mystérieusement sur les toits de sa prison. Koltès en mène qui menace de les emporter, sont loin d’avoir la
fait à la fois un spectre sorti de la nuit et une créature volonté et la force requises pour mettre en œuvre leur
solaire qui réalise à la fin une ascension fusionnelle décision. Plus encore que la « crise du personnage »
avec l’astre du jour. Meurtrier, parricide et matricide, (Robert Abirached), c’est sans doute celle de l’action
il incarne des valeurs négatives, liées à la violence et dramatique qui contribue le plus à faire disparaître
au mal, mais sous une forme grandiose. Les images les marques distinctives du héros, positif ou négatif,
choisies par le dramaturge soulignent en effet com- et même de l’antihéros. Le développement du théâtre
bien ce héros moderne s’apparente à la fois à Sam- du quotidien dans les années 1970 et 1980 (Michel
son, à David et à Icare. Vinaver, Jean-Paul Wenzel), du théâtre documentaire,
de la création collective puis des formes dites « post-
dramatiques » (Hans-Thies Lehmann) réduit l’action
à une série de gestes infimes, de micro-conflits, où les
L’antihéros, figure de la modernité marques de l’exceptionnalité ne sont plus repérables,
Le terme d’antihéros, pour sa part, connaît où l’enchaînement causal et la chronologie des faits
aujourd’hui des définitions très variables, liées pour n’ont plus d’importance. La notion même de héros
beaucoup aux modèles développés par la culture semble devenue illisible, voire se confondre avec celle
populaire : le sens de cette expression, dans l’usage de spectaculaire, comme dans la pièce de Jean-Luc
courant, nous renvoie surtout au cas de l’homme Lagarce Nous les héros où ces derniers ne sont autres
ordinaire, montré tantôt dans toute la banalité d’une que des acteurs.
vie quotidienne sans surprise (à la façon d’Ulrich, Si donc nous avons encore besoin de héros, ce
le protagoniste de L’Homme sans qualités de Robert n’est certainement plus au théâtre qu’il faut venir les
Musil), tantôt comme un personnage « décalé » par y chercher…
rapport à des circonstances qui le dépassent (tel
Meursault dans L’Étranger d’Albert Camus), et qui 1. Patrice Pavis, « Héros », in Dictionnaire du théâtre, Dunod, Paris,
1996.
donc n’aura pas l’envergure du héros. Surtout, alors 2. Bernard Dort, Corneille dramaturge, L’Arche, Paris, 1972, p. 6.
que l’héroïsme était intrinsèquement lié aux registres 3. Patrice Pavis, « Héros », in Dictionnaire du théâtre, op. cit.

novembre 2013 NRP COLLÈGE 21


6e Séquence 1

Le type du valet balourd


dans la comédie
Par Franck Évrard †, certifié de lettres modernes,
docteur ès lettres et ès arts du spectacle, collège Blaise-Pascal, Massy (91)

Présentation et problématique
• Dans la comédie et la farce, les auteurs dramatiques ont souvent
privilégié le type du valet balourd. Paresseux, grossier, préoccupé
par la satisfaction de ses besoins physiques (boire, manger, dormir),
le personnage fait figure d’antihéros. Faire-valoir du personnage
principal, doté de finesse d’esprit et souvent rusé, il comprend mal
la situation, n’a pas l’initiative de l’action en raison de sa position
de soumission par rapport à son maître, et parle maladroitement.
Le valet balourd est le plus souvent un personnage secondaire. Sa
fonction est d’assurer la dimension triviale de la comédie.
• Au théâtre, le « type », un personnage simplifié, réduit à quelques
comportements essentiels propres à sa catégorie sociale, est
condamné à répéter les mêmes actes et paroles, provoquant le rire
des spectateurs. Dans la comédie, le type du balourd permet de
faire jouer tous les ressorts du comique. Sa maladresse physique est
à l’origine d’un comique gestuel que la commedia dell’arte a exploité.
Le comique de mots vient de la singularité de son langage, qu’il
s’agisse du patois de Lucas dans Le Médecin malgré lui de molière,
Ghezzi, Arlequin et Polichinelle,
du parler prosaïque d’Arlequin dans Arlequin poli par l’amour de
dessin.
marivaux ou du français incorrect parlé par le domestique belge des
Pavés de l’ours de Feydeau. Sa naïveté confinant à la bêtise (comique

+ numériques
de caractère) favorise enfin le comique de situation marqué par de
Les nombreux quiproquos. Cependant, plus complexe qu’il n’y paraît,
Dans cette séquence, vous pourrez le balourd peut acquérir une épaisseur en s’éveillant à un sentiment
exploiter les ressources multimédia comme l’amour ou en critiquant la société.
suivantes*, disponibles sur le site NRP
dans l’espace « Ressources abonnés ». Le choix du corpus
Rendez-vous sur
http://www.nrp-college.com. • Le choix des textes a pour but de mettre en valeur les variations
des auteurs dramatiques autour d’un type littéraire qui appartient
Écrire un quiproquo (revue) au personnel comique traditionnel. Il s’agit aussi d’initier les élèves
Lexique du théâtre et polysémie
(+ icono des théâtres) aux genres théâtraux de la farce, de la comédie et du vaudeville.
Fiche notion : les comiques de situation
Corpus de la séquence
Corrigés des fiches élèves La séquence proposée
Archives NRP : Les grands types de
la Commedia dell’arte (texte + icono)
• Après une première approche historique et esthétique, la séquence
propose de s’interroger sur les ressorts comiques de la balourdise
à travers deux extraits de molière et de marivaux, et leur associe
des activités de lecture et d’écriture. Centrée sur le quiproquo, la
* Certaines de ces ressources sont
réservées aux abonnés numériques
troisième partie s’efforcera de montrer que le personnage simple
(abonnés Papier + numérique d’esprit est capable de créer une sorte de mécanique théâtrale, folle
ou 100 % numérique). et déréglée, comme dans le vaudeville de Feydeau. Une « mécanique
plaquée sur du vivant », dirait le philosophe bergson.

22 NRP COLLÈGE novembre 2013


Le type du valet balourd dans la comédie 6e Séquence 1

Supports • Groupement de textes : Le Médecin malgré lui de Molière, 1666 ; Arlequin poli par l’amour de Marivaux, 1720 ;
Les Pavés de l’ours de Georges Feydeau, 1896 (in Théâtre complet, tome II, Classiques Garnier / Poche, 2012).
• Extrait audio d’Arlequin poli par l’amour
Objectifs • Enrichir son imaginaire et sa culture littéraire
• Lire et comprendre un texte théâtral
• Écrire un court texte de théâtre
Durée • 6 séances de 1 à 2 heures pour un total d’une dizaine d’heures, histoire des arts incluse

1
Évaluation de compétences en lien avec le socle
Identifier un personnage type
ÉtAPE

commun
de comédie
Maîtrise de la langue / Lire
• Adapter son mode de lecture à la nature du texte proposé
SÉANCE 1. Le valet balourd dans l’histoire du théâtre
et à l’objectif poursuivi (séances 3, 4, 5)
➔ Repères • Manifester, par des moyens divers, sa compréhension de textes
Supports : Les recherches des élèves, la fiche « Histoire des arts » variés (séances 3, 4,5)
Objectif : Faire le lien entre l’histoire et l’art
Maîtrise de la langue / Écrire
Durée : 2 heures
• Enrichir le vocabulaire en percevant les nuances de sens (séance 2)
SÉANCE 2. Autour du mot « balourd » • Écrire un texte de théâtre en respectant les contraintes du genre
(séance 6)
➔ Vocabulaire / Expression écrite
Support : Fiche élève 1 Avoir des connaissances et des repères (culture humaniste)
Objectifs : Appréhender la richesse de la langue à travers les • Acquérir des repères en histoire, littérature et arts (séance 1)
différents moyens d’expression • Percevoir les nuances de sens
Durée : 1 heure

2 La balourdise,
ÉtAPE

source de comique

1 Identifier un personnage
ÉtAPE

SÉANCE 3. Le Médecin malgré lui, de Molière


➔ Étude de texte type de comédie
Support : Le Médecin malgré lui, de Molière
Objectifs : Approfondir la lecture analytique d’un texte • Appliquer le Séance 1 REPèRES
schéma actantiel pour dégager les enjeux d’un texte • Comprendre
la mise en abyme
Durée : 1 heure
Le valet balourd dans l’histoire
SÉANCE 4. Arlequin poli par l’amour, de Marivaux du théâtre
➔ Lecture
Support : Arlequin poli par l’amour, de Marivaux, extrait audio de la
• En relation avec l’histoire et l’histoire des arts, cette première
séance sera consacrée au type du valet balourd dans la farce ou
scène
la comédie, et plus particulièrement à la figure d’Arlequin.
Objectifs : • Exprimer un point de vue subjectif • Écrire de façon
expressive • Enrichir le lexique de l’émotion Déroulement de la séance
Durée : 1 heure
• Les recherches effectuées en amont par les élèves feront appa-
3 Balourdise raître un certain nombre de noms ou de références : esclaves as-
ÉtAPE

tucieux de la comédie latine (Pseudolus chez Plaute au iie siècle


et mécanique théâtrale av. J.-C.), gracioso espagnols burlesques et zanni de la commedia
SÉANCE 5. Les Pavés de l’ours, de Georges Feydeau dell’arte au xvie siècle, valets de Molière, personnage d’Arlequin
➔ Lecture dans les comédies de Marivaux, etc.
Support : Les Pavés de l’ours, de Georges Feydeau
Objectifs : Comprendre les enjeux d’un texte • Distinguer les
•  Vous pourrez montrer comment la figure du valet balourd ap-
partient à la tradition italienne de la commedia dell’arte, forme
différentes formes de comique
Durée : 1 heure théâtrale comique d’origine populaire, qui se caractérise par un
jeu improvisé des acteurs, l’utilisation de masques, et le recours
SÉANCE 6. Écrire un quiproquo à des rôles-types. Dans la première moitié du xvie siècle en Italie,
➔ Expression écrite les valets bergamasques étaient désignés par le nom typique de
Support : Fiche élève 2 zanni. Caricatures du paysan pauvre et ignare, ils portaient une
Objectifs : Écrire un court texte théâtral • Comprendre le
fonctionnement comique du quiproquo
chemise blanche serrée à la taille par une corde munie d’une
Durée : 2 heures escarcelle et d’une batte servant à l’attaque ou à la défense ; ils
parlaient un dialecte.

novembre 2013 NRP COLLÈGE 23


• Plutôt que de procéder à un historique du valet, de l’esclave de 2. Retrouvez l’intrus qui s’est glissé dans chacune des listes sui-
la comédie antique jusqu’au valet Matti dans la pièce de Bertolt vantes. Vous justifierez votre réponse.
Brecht ou même aux domestiques de Genet (Les Bonnes) et de Liste a : bête, bovin, baudet, cruche, âne, butor, buse.
Beckett (Fin de partie), il serait plus pertinent de montrer que les Liste b : sot, ignorant, obtus, subtil, rustique.
serviteurs ne forment pas un corps homogène mais sont pris dans Liste c : « avoir du mal à percuter », « ne pas avoir inventé la poudre »,
un jeu d’oppositions. Loin de constituer un type figé, ils sont ca- « ne pas avoir inventé le fil à couper le beurre », « être long à la dé-
pables d’évoluer au cours des siècles. tente ».
• Rapidement, les zanni se différencièrent en deux catégories : le 3. Pour indiquer à quel registre de langue appartiennent ces
valet rusé et fourbe comme Brighella et le serviteur balourd, gros- synonymes du mot balourd, classez-les dans un tableau en trois
sier et cocasse comme Arlequin. Inspiré par la tradition italienne, colonnes correspondant à chaque registre.
Molière perfectionne au xviie siècle les deux types de zanni, le Synonymes : béotien, bêta, grossier, inepte, imbécile, abruti.
valet intrigant et vif d’esprit comme Scapin dans Les Fourberies Colonnes à choisir :
de Scapin qui ourdit d’ingénieuses intrigues et joue un rôle d’adju-
Registre familier Registre courant Registre soutenu
vant précieux dans la course au bonheur des jeunes amoureux,
et le valet balourd, d’origine paysanne, parlant un patois indéter-
miné comme Lucas dans Le Médecin malgré lui, Martine dans Les Éléments de réponse
Femmes savantes, et complètement soumis à son maître comme • Établir un champ lexical à partir d’un mot
Sganarelle dans Dom Juan. Alors que le premier, vantard, cupide,
1. Tableau complété :
ivrogne, insolent, fait rire des autres, le second est victime du
rire du public. Cette opposition se retrouvera dans les couples Synonymes Antonymes Mots de la même famille
comiques formés au cinéma par Laurel et Hardy ou Bourvil et
nigaud habile balourdise
Louis de Funès dans La Grande Vadrouille.
•  Vous pourrez enfin faire remarquer qu’un même type théâtral stupide raffiné lourdeur
comme Arlequin, apparu au xvie siècle en Italie, peut évoluer
gauche spirituel
sensiblement au cours des siècles. À l’origine, paresseux, gour-
mand, lourdaud et grossier, le personnage proche du clown 2. Liste a : le mot cruche car les autres termes renvoient à des
évolue au xviiie siècle vers un plus grand raffinement physique et animaux.
une psychologie plus complexe dans les pièces de Marivaux et Liste b : le mot subtil car il s’agit d’un antonyme.
de Goldoni, comme par exemple Arlequin valet de deux maîtres Liste c : l’expression « ne pas avoir inventé le fil à couper le beurre »
(1748) où le personnage se dédouble. Continuant à faire rire, il car elle ne fait pas référence au champ lexical des armes à feu et
peut exprimer des émotions. de la guerre (percuter, poudre, détente).
De même, la relation du couple maître / valet au théâtre a évolué • Identifier les registres de langue
au fil des siècles avec l’apparition au xviiie siècle de domestiques 3. Tableau complété :
revendiquant une égalité de dignité comme Arlequin dans L’Île
des esclaves de Marivaux, prenant l’initiative de l’action comme Registre familier Registre courant Registre soutenu
Jacques dans Jacques le Fataliste (1778-1783) de Diderot ou affir-
bêta grossier béotien
mant des idées libérales comme Figaro, le valet contestataire du
Mariage de Figaro (1784) de Beaumarchais. Le valet n’est plus là abruti imbécile inepte
pour aider les couples d’amoureux ou pour faire rire. Mêlé per-
sonnellement à l’intrigue, il occupe une place centrale dans la
pièce et devient un héros à l’image de Ruy Blas, figure idéalisée
du peuple dans la pièce éponyme de Victor Hugo au xixe siècle.

Séance 2 VO C A B U L A I R E / E X P R E S S I O N

Autour du mot « balourd »


• Cette séance à dominante lexicale permettra en particulier de
travailler la notion de champ lexical, et de se familiariser avec les
registres de langue (voir fiche élève 1).
Activités
1. Construisez un tableau à trois colonnes et intégrez dans celle
qui convient les mots de la liste suivante, synonymes, antonymes
et mots de la famille du mot « balourd » : habile, nigaud, balourdise,
lourdeur, stupide, raffiné, gauche, spirituel.
Colonnes du tableau (voir fiche élève 1, p. 28)
Synonymes Antonymes Mots de la même famille Portrait de Molière en habit de Sganarelle, xviie siècle.

24 NRP COLLÈGE novembre 2013


Le type du valet balourd dans la comédie 6e Séquence 1
6. Les couleurs vert et jaune éveillent en lui l’image du perroquet,

2 La balourdise, ce qui le conduit à conclure naïvement que les patients du méde-


Étape

source de comique cin sont des oiseaux exotiques. Lucas ne semble guère faire de
différences entre le monde humain et le monde animal.

Séance 3 é tude de texte


Séance 4 lecture
Le Médecin malgré lui,
de Molière Arlequin poli par l’amour,
• À l’ouverture de la séance, vous rappellerez le début de la pièce de Marivaux
et en particulier la scène d’exposition au cours de laquelle Sga-
narelle bat sa femme Martine.
• Vous ferez écouter aux élèves l’extrait radiophonique (6.07 à 7.50)
lu à une voix par Michel Polac en 1954 [audio intégral].
• L’explication de cet extrait pourra mettre en valeur la manière www.youtube.com/watch?v=b79Yb9tqeZ8
dont Martine profite de la naïveté de Valère et Lucas pour prépa-
rer sa vengeance. En effet, la balourdise des deux domestiques lui
•  À l’intersection du conte de fées et de la comédie (séquences
préconisées par les Instructions Officielles en 6e), l’extrait de la
permet de mettre en place le quiproquo qui conduira Sganarelle pièce de Marivaux permet de mieux appréhender la balourdise
à être pris pour un fameux médecin. sur le plan psychologique. Vous rappellerez que cette comédie
• Dans un second temps, à partir d’un relevé des répliques de Lu- féérique et pastorale en un acte et en prose, inspirée par un conte
cas, vous montrerez comment ce personnage est le prototype de fées de Mme Durand, intitulé Le Prodige de l’amour, s’inscrit
du valet balourd. S’exprimant dans un patois comique, le paysan dans la tradition de la commedia dell’arte puisqu’elle met en
pataud se caractérise par une grande naïveté. scène Arlequin. La pièce fut d’ailleurs jouée pour la première fois
Questions par les Comédiens italiens en 1720. Le personnage n’est pas un
valet mais un paysan aussi beau que bête, que l’amour rendra
1. Qui sont les trois personnages de la scène ? Que cherchent-ils ?
ingénieux. Au début de la pièce, Arlequin est fidèle à ses ori-
2. En quoi consiste le stratagème de Martine ? Quel moyen utilise-
gines : mélange comique de bêtise naïve et de goinfrerie, il n’est
t-elle pour rendre son affirmation véridique ?
pas encore ce personnage délicat, malicieux, à la fois crédule et
3. Par quel moyen Molière fait-il en sorte que les spectateurs
spirituel qui plaît aux spectateurs du xviiie siècle. Le comique de
soient au courant des intentions de Martine ?
geste souligné par les didascalies (« il siffle ») rappelle les panto-
4. Quelles différences repérez-vous entre les deux personnages
mimes grotesques de la comédie italienne. Il serait intéressant
de Valère et Lucas ?
de demander aux élèves de rechercher la signification du verbe
5. En quoi le patois de Lucas vous paraît-il comique ?
« polir », présent dans le titre, pour mettre en valeur l’aspect brut
6. Pourquoi l’expression « le madecin des paroquets » est-elle
et non policé du type théâtral.
amusante ?
Éléments de réponse
•  L’ignorance et la sottise du personnage peu raffiné viennent du
fait qu’incapable de percevoir les sous-entendus et les nuances
1. Les personnages sont Martine, Valère et Lucas. Martine cherche du langage, il prend au sens propre les expressions figurées (l’ap-
un moyen de se venger de son mari qui l’a battue. Valère et Lucas pel de l’amour), et trouve comique le regard amoureux de la Fée
sont deux domestiques qui se mettent en quête d’un médecin (« Dame, cela est drôle ! »). Pas encore initié à l’amour, Arlequin
afin qu’il soigne l’étrange maladie de la fille de leur maître. n’éprouve que des sensations physiques sollicitant l’ouïe, la vue
2. L’« admirable invention » de Martine consiste à faire passer et le goût, jamais des sentiments. Au bonheur de la vie affective,
son mari pour un grand médecin. Afin de prévenir les objections il préfère les plaisirs matériels qui investissent le corps (« un grand
futures, elle le présente comme un homme savant, rendu un peu appétit », « il soupire après sa collation »).
fou par son génie, ce qui explique son accoutrement extravagant •  Dans cette scène, le comique naît du décalage entre le monde
en bûcheron et son refus de se reconnaître comme médecin. réaliste du personnage enfantin, resté dans un état de minorité
3. Grâce à l’aparté de Martine, les spectateurs connaissent son in- affective, et la sphère féerique et merveilleuse de l’univers pas-
tention de se venger et sont en avance sur les deux domestiques. toral, placé sous le signe des arts. La scène burlesque joue sur
4. Alors que Valère s’exprime avec aisance et comprend rapi- l’opposition entre le balourd Arlequin et le raffiné Trivelin, sorte
dement, Lucas, présenté comme un « nourricier » (le mari de la de majordome de la Fée.
nourrice), paraît lourdaud, s’exprime en patois et comprend len-
tement. Questions
5. Lucas emploie de nombreux jurons (« parguenne », « tes- 1. Quels signes montrent qu’Arlequin reste insensible à l’appel
tigué ! »), déforme les mots (« pardu », « vart », « paroquets »), de l’amour ?
confond les personnes verbales (« j’avons », « je pensons »), com- 2. Quelle est la préoccupation principale d’Arlequin ?
met des erreurs de construction (« ne sart de rian » au lieu de « ne 3. Relevez deux termes dans les didascalies et le dialogue qui
sert à rien », « v’êtes » au lieu de « vous êtes », « je vous demandons dénoncent la balourdise du personnage.
excuse » au lieu de « je vous prie de m’excuser », etc.). Son discours 4. En quoi Arlequin ressemble-t-il à un grand enfant ?
est comique en raison de l’emploi de verbes comme « boutez » 5. Quelles différences voyez-vous entre le langage du chanteur
(« mettez ») ou « lantiponez » (« traînez ») et d’exagérations « une et celui d’Arlequin ?
gueble de commission » pour désigner une tâche qui n’a rien de 6. En quoi le climat de cette scène peut-il être qualifié de mer-
diabolique, et la référence à l’expression « y perdre son latin ». veilleux et poétique ?

novembre 2013 NRP COLLÈGE 25


Éléments de réponse
1. Arlequin n’entend pas l’appel de l’Amour et la musique ne le
• Il est possible de suggérer que cette mécanique folle n’est pas
entièrement gratuite. En effet, si la balourdise de Bretel, ignorant
touche pas. Il ne sait pas déchiffrer le regard amoureux de la Fée. des usages de la ville, est irrésistiblement drôle, elle met en relief
Il s’ennuie rapidement et finit par s’endormir. de manière satirique le poids des conventions sociales, l’hypocri-
2. Arlequin est surtout préoccupé par l’idée de faire un bon repas. sie des mœurs, la médiocrité des existences bourgeoises. Dans
3. L’adverbe « niaisement » dans la didascalie et le nom « igno- cette scène, l’obéissance aveugle de Bretel, qui a voulu appliquer
rance » dans la réplique de la chanteuse montrent la balourdise à la lettre les recommandations de son maître, finit par remettre
du personnage. en cause l’ordre établi.
4. Arlequin, indifférent aux sentiments amoureux, est resté dans
le monde innocent de l’enfance, placé sous la tutelle bienveillante Questions
des parents. 1. Relevez et expliquez toutes les impertinences et grossièretés
5. Alors que le chanteur s’exprime en vers poétiques, Arlequin prononcées par Bretel dans cette scène.
s’exprime en prose. Si le quatrain en octosyllabes révèle un lan- 2. Pourquoi le bégaiement de Madame de Prévallon fait-il rire ?
gage raffiné, les répliques courtes du paysan montrent un lexique 3. En quoi le langage de Bretel est-il comique ?
simple et concret. 4. En vous aidant du paratexte, quelles sont les conséquences de
6. Le merveilleux est suggéré par la présence de la Fée qui a la « gaffe » commise par Bretel ?
enlevé Arlequin sur son île et le climat onirique (le sommeil du
Éléments de réponse
jeune homme). Les chansons et les danses confèrent à la scène
une dimension poétique évidente. 1. Non seulement Bretel tutoie une personne de la haute société
mais il déforme son nom (« Madame Prévallon-butor ») en l’ampu-
Prolongement tant de la particule de noblesse et en lui greffant une injure (« bu-
• Il peut être intéressant d’évoquer la postérité du personnage tor ») qui lui était destinée. Le domestique dévalorise son interlo-
d’Arlequin dans la langue française : une arlequinade (pantomime cutrice sur le plan physique en suggérant qu’elle est vieille et laide
inspirée de la commedia dell’arte), un manteau d’Arlequin (pan- (« affreuse »). Enfin, il la flanque à la porte de manière cavalière.
neaux en trompe-l’œil imitant des rideaux ouverts sur les côtés), 2. Le bégaiement de Madame de Prévallon a pour effet, en iso-
des habits d’Arlequin. lant des syllabes, de créer des mots saugrenus dans le contexte
(« pépé », « tutu », « coco », « lulu »), et, en coupant les mots, de les
détourner de leur sens. L’adverbe « affreusement », employé pour
caractériser la colère, devient ainsi l’adjectif « affreuse » qui quali-
fie le personnage féminin.

3 Balourdise et mécanique 3. Le langage de Bretel fait sourire en raison de son mélange de


Étape

tutoiement et de vouvoiement (« savez-vous »), de sa syntaxe fau-


théâtrale tive (omission du « ne », redoublement du nom par un pronom
dans « M. Ferret, il reçoit que […]), le mauvais emploi du lexique
Séance 5 lecture (« rigolo ») et la prononciation (l’accent belge).
4. En injuriant et en mettant à la porte la visiteuse, Bretel a com-
Les Pavés de l’ours, promis les projets de son maître qui voulait épouser la fille de la
de Georges Feydeau riche Madame de Prévallon.
Prolongement
• Sans doute sera-t-il utile de rappeler le contexte social et histo-
rique de la Belle Époque. L’exode rural qui a commencé vers 1850 • Il serait intéressant de faire lire la scène suivante, au cours de la-
a conduit de nombreux habitants des campagnes à venir travail- quelle Lucien découvre par la bouche de Bretel l’impair commis.
ler en ville comme ouvrier ou comme domestique. Lassé de la Les élèves pourront relever toutes les injures prononcées par le
fourberie des domestiques parisiens, Lucien a engagé un homme maître à l’encontre de son domestique : « fou », « idiot », « crétin »,
simple, au bon sens terre-à-terre et plein de bonne volonté, « un « butor », « âne », « cet imbécile ».
diamant brut » qu’il veut façonner à sa guise.
Vous pourrez lire la fable de La Fontaine, « L’Ours et l’Amateur des
Jardins » qui permet de comprendre le titre de la pièce de Fey- Séance 6 expression é crite
deau. Dans cette fable, un ours qui veut tuer la mouche posée
sur le nez de son ami, l’homme, lui jette un pavé dans la figure. Écrire un quiproquo
Les élèves saisiront vite la morale de l’histoire : il faut se méfier des
amis benêts et leur préférer des ennemis intelligents. • Retrouvez cette activité dans les ressources complémentaires en
ligne et utilisez pour la conduire la fiche élève 2 p. 29.
• Dans ce vaudeville en un acte de Georges Feydeau, la balourdise
prend une forme hypertrophiée avec le personnage de Bretel.
Doté d’un franc-parler et usant d’une familiarité choquante dans
un milieu bourgeois, le domestique nouvellement engagé prend
au pied de la lettre les paroles de son maître et commet des im-
pairs à répétition. La balourdise n’épargne pas le langage et la
communication qui deviennent fous : bégaiement de Madame
de Prévallon et discours débridé de Bretel.

26 NRP COLLÈGE novembre 2013


Le type du valet balourd dans la comédie 6e Séquence 1

Histoire
des
arts Pierrot muet
Le boulevard
du Crime
Dans la commedia
dell’arte, au valet Le théâtre des Funambules où se
produit Deburau est situé sur le célèbre
balourd qu’est « boulevard du Crime », ainsi nommé
Arlequin s’oppose à cause des crimes représentés tous
le naïf et honnête les soirs sur la scène de ses nombreux
Pierrot, dont les théâtres. Le public s’y presse, y compris
gaffes provoquent les plus miséreux installés aux places les
moins chères, le « paradis » : entièrement
souvent des muet, son spectacle de pantomime, où
quiproquos. Plus tout passe par les gestes et les expres-
qu’Arlequin, il sions, est universellement accessible
va connaître une et attire tous les publics. Il s’inspire
grande vogue dans de l’art des forains qui, au début du
les années 1830 sur siècle précédent, s’étaient vu interdire
Photographie du mime Deburau
tout dialogue sur les tréteaux afin de
les scènes du théâtre ne pas concurrencer les acteurs de la par Nadar en 1855.
parisien où son Comédie-française : le mime était un
personnage inspire des subterfuges qu’ils avaient trouvé pour contourner cette interdiction, et eux-
particulièrement mêmes puisaient leur inspiration dans la commedia dell’arte.
les acteurs de la C’est de Jean-Gaspard Deburau que nous vient l’image du Pierrot enfariné de
pantomime. blanc dont les romantiques, enthousiastes, s’emparent pour en faire un doux rêveur
amoureux de la lune, probablement sous l’influence de la vieille chanson « Au clair
de la lune ». Le succès de Deburau est en effet tel qu’à sa mort, en 1846, son fils
C’est un rôle dans
Charles prend la relève. C’est ce dernier qui figure sur la photo ci-dessus, prise vers
lequel triomphe 1854-1855.
alors Jean-Gaspard
Deburau. Peut-être les
élèves le connaissent- Le photographe photographié
ils sans le savoir car Ce portrait, où l’artiste mime comme en miroir le photographe faisant signe
c’est lui qui a inspiré de ne pas le regarder mais de fixer l’objectif, provoque une amusante confusion
le rôle de baptiste, d’identité. entre les deux hommes d’abord : Deburau reproduit avec exactitude les
joué par Jean-Louis gestes qu’il voit son double effectuer en face de lui, sa main droite retirant le châs-
sis à plaques de l’appareil – viendrait-il de photographier le photographe ? entre
barrault dans le film Deburau et Pierrot ensuite : qui au juste est photographié ? C’est d’autant plus inté-
de marcel Carné, ressant qu’à l’art de la pantomime répond ici l’art encore naissant de la photogra-
Les Enfants du paradis. phie. on en est aux premières reproductions en série, aux premières expérimen-
tations sur les négatifs. Le jeune homme de trente-quatre ans passionné qui a pris
ce cliché vient tout juste d’ouvrir un atelier avec son frère Adrien, et il place cette
photographie en tête de l’album qu’il va présenter à l’exposition universelle de 1855
et qui va recevoir une médaille d’or. Il se nomme Félix Tournachon et a pris pour
pseudonyme nadar. Ce grand gaillard fantasque aux cheveux roux, qui se définit
lui-même comme « un vrai casse-cou, un touche-à-tout, mal élevé jusqu’à appeler
les choses par leur nom, et les gens aussi », est en train de réaliser les portraits de
tous les artistes de la bohème parisienne, de Charles baudelaire à Sarah bernhardt.
expérimentateur enthousiaste, il invente l’éclairage artificiel, jouant sur tous ses
Retrouvez clichés comme ici avec les ombres et les lumières, dans un décor toujours très sobre.
le questionnaire Sa galerie de portraits va faire de lui l’emblème de la photographie du XiXe siècle.
élève de cette analyse
et son corrigé en
ligne.

novembre 2013 NRP COLLÈGE 27


Séquence 1 6e E ÉL È V
cH
1

FI

E
Autour du mot « balourd »
Du moyen français « bellourd », dérivé de « lourd », le mot « balourd » employé comme adjectif ou comme nom commun
se dit de façon méprisante d’une personne grossière et stupide dans ses actions comme dans son caractère.

1. Établir un champ lexical à partir d’un mot


1. Vous remplirez le tableau en intégrant dans la bonne colonne les mots de la liste suivante.
Liste des mots : habile, nigaud, balourdise, lourdeur, stupide, raffiné, gauche, spirituel.
Balourd, nom commun et adjectif

Synonymes Antonymes Mots de la même famille

.......................................................... .......................................................... ..........................................................

.......................................................... .......................................................... ..........................................................

.......................................................... ..........................................................

2. Retrouvez l’intrus qui s’est glissé dans chacune des listes. • Liste c : « avoir du mal à percuter », « ne pas avoir inventé
Vous justifierez votre réponse. la poudre », « ne pas avoir inventé le fil à couper le beurre », « être
• Liste a : bête, bovin, baudet, cruche, âne, butor, buse long à la détente »

............................................................................................ ............................................................................................

............................................................................................ ............................................................................................

• Liste b : sot, ignorant, obtus, subtil, rustique ............................................................................................

............................................................................................ ............................................................................................

............................................................................................ ............................................................................................

2. Identifier les registres de langue


3. Classez ces synonymes du mot balourd selon leur registre de langue en les recopiant dans la colonne du tableau
qui convient.
Synonymes : béotien, bêta, grossier, inepte, imbécile, abruti.

Registre familier Registre courant Registre soutenu

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aux besoins des élèves.

28 NRP COLLÈGE novembre 2013


E ÉL È V 6e Séquence 1
cH
2

FI

E
écrire un quiproquo
Le quiproquo peut venir des mots eux-mêmes quand ils sont mal interprétés en raison de leur double sens ou de leur homonymie.
Apprenant que la mer est « démontée », un personnage de Raymond Devos demande quand on la « remontera ».
Une homonymie comme « Rome antique » et « Romantique » peut prêter aussi à confusion.

1. Repérer un quiproquo

1. Voici un extrait des Femmes savantes de Molière (1672) : a. Quelle est la condition sociale de Bélise et de Martine ?
martine ............................................................................................

mon dieu, j’avons pas étugué comme vous, ............................................................................................


et je parlons tout droit comme on parle cheux nous.
[…] ............................................................................................

bélise b. Quel mot est à l’origine du quiproquo de Martine et


Ton esprit, je l’avoue, est bien matériel. pourquoi ?
Je n’est qu’un singulier, avons est pluriel.
............................................................................................
veux-tu toute ta vie offenser la grammaire ?
............................................................................................
martine
Qui parle d’offenser grand’mère ni grand-père ? » ............................................................................................

molière, Les Femmes savantes, acte II, scène 8. ............................................................................................

2. écrire une saynète fondée sur un quiproquo

2. Rédigez une saynète fondée sur un quiproquo qui mettra en scène un personnage balourd interprétant
au sens propre une expression figurée. Contrairement à toute attente, le balourd sortira vainqueur de la scène.
a. ÉtAPE 1 Choisissez l’expression figurée parmi les expressions proposées et complétez le tableau.
Expressions figurées : « prendre ses jambes à son cou », « poser un lapin », « jeter l’argent par les fenêtres »,
« avoir un chat dans la gorge », « mettre les pieds dans le plat », « demander la lune », « reprendre du poil de la bête ».

Ce qui est dit Ce que le locuteur veut dire Ce que le balourd comprend

« Tu te crois sorti de la cuisse de « Tu te crois supérieur aux autres ! » « Tu es d’essence divine car ton père est
Jupiter ! » Jupiter. »
.......................................................... .......................................................... ..........................................................

b. ÉtAPE 2 Choisissez deux personnages dont l’un incarnera le type du balourd.


.........................................................................................................................................................................................

.........................................................................................................................................................................................

c. ÉtAPE 3 Vous rédigerez une courte scène qui adoptera la présentation et la forme d’un dialogue
(une douzaine de répliques) en imaginant des didascalies.
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novembre 2013 NRP COLLÈGE 29


4e Séquence 2

Masques et grimaces
de l’amour au théâtre
Par Claire Beilin-Bourgeois, professeur de lettres

Présentation et problématique
• Le théâtre est un monde d’apparences, c’est l’art du masque
et du travestissement. on y joue la vie, on y fait semblant. C’est
donc tout naturellement que nous pouvons orienter notre choix,
pour une séquence sur le théâtre en classe de 4e, vers le motif
du mensonge, de la traîtrise et de la dissimulation. Ces thèmes,
très présents dans les intrigues des pièces au programme pour
ce niveau, ont l’intérêt de révéler l’implication du public dans la
représentation théâtrale. Loin de s’identifier au personnage, le
spectateur « s’associe » à lui, complice de son mensonge ou sensible
au malheur de celui qui a été dupé. Pour cette séquence, on s’en
tient essentiellement aux intrigues amoureuses, aux histoires de
pères abusés, de maris trompés et d’amants échangés.
• on rit bien souvent quand apparaissent menteurs, affabulateurs
et traîtres. mais le mensonge ou la duplicité ont aussi des enjeux
moraux, et à travers ces situations particulières sont dénoncées
Demoiselle masquée, l’hypocrisie et la comédie sociale.
aquarelle de 1586.

Le choix du corpus
• Une des ambitions de cette séquence est de faire lire ou de
Les + numériques montrer aux élèves de larges extraits de plusieurs pièces : L’Avare,
La Puce à l’oreille et Le Mariage de Figaro. Il n’est évidemment pas
Dans cette séquence, vous pourrez question de les étudier complètement, mais d’y reconnaître le
exploiter les ressources multimédia thème de la traîtrise et du mensonge, et d’en apprécier le contenu.
suivantes*, disponibles sur le site NRP
dans l’espace « Ressources abonnés ». La séquence proposée
Rendez-vous sur
http://www.nrp-college.com. • La séquence démarre par une phase de révision à la fois utile et
rassurante sur le théâtre, son histoire, son fonctionnement, et les
Le vaudeville ou la gaieté au théâtre
Connaissez-vous bien le vocabulaire ressorts de la comédie. on en profite pour familiariser les élèves
de la mise en scène ? test d’évaluation avec la pièce de molière au programme de 4e : L’Avare. Le deuxième
Corpus de la séquence
Corrigés des fiches élèves
volet de la séquence aborde un chapitre plus neuf pour des élèves
de 4e : le vaudeville et la comédie de mœurs. enfin, pour montrer
Arlequin et Colombine
Version en images du questionnaire
que le mensonge et la traîtrise n’appartiennent pas uniquement
de la séance 1 (texte + icono) à l’univers de la comédie, on prolonge la séquence par la lecture
Archives NRP :  fiche HDA : les masques d’un extrait de Cyrano de Bergerac afin d’ouvrir sur un registre plus
au théâtre (texte + icono)
« sérieux » qui est celui du drame.
* Certaines de ces ressources sont
• Le traître se cache, il ruse, il manipule : les extraits étudiés
contiennent des apartés, des monologues, des quiproquos, autant
réservées aux abonnés numériques
(abonnés Papier + numérique
de procédés dramaturgiques qui font la spécificité du texte de
ou 100 % numérique). théâtre. L’illusion théâtrale permet toutes les situations, puisqu’elle
n’est pas soumise à une logique réaliste.

30 NRP COLLÈGE novembre 2013


Masques et grimaces de l’amour au théâtre 4e Séquence 2

Supports • Des extraits variés de pièces de théâtre : Molière, Beaumarchais, Feydeau, Rostand.

Objectifs • Montrer que dans le spectacle théâtral, en particulier le spectacle comique, le mensonge et la duplicité sont
un ressort de l’intrigue impliquant la participation du public.
• Proposer des repères dans l’histoire du théâtre, en abordant des auteurs différents.
• Revoir et analyser les procédés comiques.
Durée • 10 heures

1 Le mensonge, Évaluation des compétences en lien avec le socle


ÉtAPE

commun
un ressort de la comédie
Lire
SÉANCE 1. La tromperie dans l’histoire de la comédie • Dégager l’idée essentielle d’un texte lu ou entendu : lecture
➔ Repères analytique ou cursive d’extraits de L’Avare ou de La Puce à l’oreille.
Supports : Images du théâtre antique et de la commedia dell’arte • Manifester sa compréhension de textes variés, qu’ils soient
Objectif : Comprendre qu’à ses origines, le théâtre est l’art documentaires ou littéraires : lecture analytique et cursive de textes
du déguisement et du masque d’époques diverses.
Durée : 1 heure Écrire
SÉANCE 2. M. de Pourceaugnac se déguise Rédiger un texte cohérent : la séquence est émaillée de plusieurs
exercices d’écriture documentaire ou d’invention.
➔ Expression écrite, vocabulaire
Support : Un extrait de Monsieur de Pourceaugnac dans lequel S’exprimer à l’oral
le personnage éponyme se déguise en femme Prendre la parole en public : une séquence sur le théâtre, et
Objectifs : Montrer avec quel brio Molière utilise l’effet comique davantage encore sur la comédie, est l’occasion de plusieurs séances
du travestissement – s’initier aux questions de mise en scène de lecture ou de jeu.
Durée : 2 heures Avoir des connaissances et des repères
SÉANCE 3. L’Avare ou L’École du mensonge La séquence revient sur l’histoire de la comédie, de l’Antiquité
jusqu’au début du xxe siècle.
➔ Lecture cursive
Support : Trois extraits de L’Avare de Molière
Objectif : Mener une lecture cursive de L’Avare, à travers le prisme
du mensonge
Durée : 2 heures

1 Le mensonge,
SÉANCE 4. Le subjonctif dans les principales
ÉtAPE

et les subordonnées
➔ Grammaire, conjugaison un ressort de la comédie
Supports : Un extrait de L’Avare de Molière
Objectifs : Revoir, ou apprendre la conjugaison du subjonctif Séance 1 REPèRES
– s’interroger sur son emploi
Durée : 1 heure (+ exercices de la fiche élève) La tromperie dans l’histoire
de la comédie
2 Maris trompés, femmes bafouées
ÉtAPE

dans la comédie de mœurs • En posant quelques repères sur l’histoire du théâtre et celle de la
comédie en particulier, on met en évidence le rapport congéni-
SÉANCE 5. Rire et satire sociale : La Puce à l’oreille
de Feydeau tal entre le genre dramatique et le thème du mensonge. Pas de
théâtre sans masque ; pas de représentation qui ne se donne pour
➔ Étude de texte
objectif, justement, de lever les masques.
Support : Extrait de l’acte I de La Puce à l’oreille de Feydeau
Objectif : Revoir le fonctionnement de la comédie Questions préparatoires
Durée : 1 heure
1. Quelles étaient les caractéristiques du costume de l’acteur dans
SÉANCE 6. Vaudeville et théâtre de boulevard l’Antiquité grecque et romaine ?
➔ Repères 2. Qu’est-ce que la commedia dell’arte ?
Support : Ressources personnelles ou celles du CDI 3. Quels sont les personnages principaux de la commedia
Objectif : Découvrir l’histoire du vaudeville dell’arte ?
Durée : 1 heure
SÉANCE 7. Quiproquos et comique de situation Éléments de réponse
➔ Repérages, vocabulaire, expression écrite 1. Les attributs de l’acteur dans l’Antiquité : le masque et le cos-
Support : Acte I, scène 8 du Mariage de Figaro de Beaumarchais tume.
Objectifs : Reconnaître et analyser des procédés courants au • Les masques ont une double fonction :
théâtre ; rédiger une scène avec un témoin caché ou un quiproquo. – amplifier les voix ;
Durée : 2 heures
– permettre aux acteurs de la troupe, qui sont seulement trois,

novembre 2013 NRP COLLÈGE 31


d’incarner chacun plusieurs personnages, y compris féminins. Les 3. Quelques personnages de la commedia dell’arte
traits en sont grossis pour permettre aux spectateurs de deviner Ce sont des personnages que nous connaissons encore au-
aisément le statut de ce personnage (vieillard, esclave, roi,…) ou jourd’hui par des représentations ou des chansons, mais dont
ses émotions (haine, colère, pitié…). nous avons oublié le rôle dans les représentations. On peut s’at-
• Le masque tragique est plutôt réaliste. Celui du drame satyrique tarder sur quatre personnages : Arlequin, Colombine, Pantalon
et Polichinelle.
porte une barbe, des oreilles pointues et un crâne chauve. Le
masque comique peut être très varié ; il s’agit souvent d’une cari- •
  Arlequin est malin, fourbe, gourmand, coureur de jupons, et
cature d’une personne bien connue des spectateurs. Très vite, dif- n’aime guère travailler. Il est souvent valet mais il peut aussi être
férents masques sont apparus selon le type de personnage. Ainsi, barbier ou arracheur de dents. On le reconnaît à son costume fait
au iie siècle après J.- C., on a pu recenser une liste de 76 masques : de pièces diverses car sa pauvreté ne lui permet pas d’acheter un
44 modèles comiques, 28 modèles tragiques et 4 modèles de véritable morceau de tissu. Ce costume est aussi le reflet de son
drame satyrique. caractère changeant.
• Au départ, le masque couvre – intégralement – le visage. Plus •
 Pantalon est un vieil avare bougon qui a perdu sa fortune. Il est le
tard, il se prolonge vers le haut du crâne pour permettre de fixer jouet des fourberies de Scapin et d’Arlequin. Il porte une longue
une perruque ou, au contraire, de représenter un crâne chauve. culotte à laquelle il a donné son nom.
Fabriqués en bois, en cuir, en cire… les masques sont fragiles.
C’est pourquoi les masques originaux ont presque tous disparu.

 Colombine est la fille de Pantalon : elle est le modèle de la ser-
vante agréable et vive à la langue déliée qu’on trouvera chez Mo-
Cependant, il existe des reproductions en terre cuite de plus pe- lière. Son père veut la marier à un homme riche, mais elle n’aime
tite dimension qui permettent d’avoir une idée assez proche de qu’Arlequin.
l’apparence des véritables masques. •Quant à Polichinelle, son nom signifie « petit poussin » et rappelle
• Le costume est lui aussi différent des vêtements portés habituel- la démarche de son grand-père qui marchait comme un canard.
lement à cette époque. Lui-même a un gros ventre, témoin de sa gourmandise. Il aime
Il sert essentiellement à identifier le rôle, et cela est d’autant plus les femmes mais celles-ci le raillent : Polichinelle est avant tout un
nécessaire que les spectateurs sont placés loin de la scène. personnage ridicule qu’on ne peut prendre au sérieux.
Le costume comique masculin consiste souvent en un chiton
(tunique) et un manteau court. Il arrive que l’acteur utilise
également des rembourrages au niveau des fesses et du ventre.
Commentaire :
Le théâtre, dès ses origines, n’a rien de naturel ou de réaliste. C’est
un monde d’artifices qui ne cherche pas du tout à ressembler à
la réalité. D’une certaine manière, c’est là le premier mensonge
du théâtre.

2. La commedia dell’arte : l’art de la tromperie


• La commedia dell’arte est née en Italie au xvie siècle mais tire ses
origines de la fin de l’Antiquité. Il s’agit d’un théâtre sans texte :
les acteurs costumés et masqués suivent des « patterns », des
scénarii qui sont toujours les mêmes, et à partir de ces canevas,
improvisent des scènes.

Un exemple de canevas :
La Fiancée enlaidie

Pantalon veut marier Colombine au Capitaine


Spaventa qu’il croit riche et courageux. Colombine
elle, aime Arlequin, un valet. Mais le vieil avare
s’oppose à ce mariage. Arlequin est chargé d’acheter
les gâteaux pour les fiançailles, mais, en cours
de route, il rencontre les fourbes Polichinelle et
Brighella. Ces derniers lui jouent un mauvais tour
en mangeant ses gâteaux, mais ils lui proposent
aussi un stratagème pour se débarrasser de son
rival : Colombine devra rencontrer le Capitaine en
l’absence de Pantalon et s’enlaidir le plus possible
pour lui inspirer crainte et répulsion.
Marcola, Commedia dell’arte à Vérone, xviiie siècle.

32 NRP COLLÈGE novembre 2013


Masques et grimaces de l’amour au théâtre 4e Séquence 2

Séance 2 exp. é crite , vocabulaire


Petit lexique de la mise en scène
M. de Pourceaugnac se déguise
Le côté cour/côté jardin : afin d’éviter la confu-
• La scène extraite de Monsieur de Pourceaugnac est extrêmement sion entre droite et gauche de la scène, les mots cour
drôle, et le projet de la séance est d’en concevoir une représenta-
et jardin sont venus remplacer côté du roi et côté de la
tion. On expliquera le texte, bien entendu, mais on pourra aussi
reine.
passer par des dessins pour imaginer le déguisement, et travailler
Le(s) rideau(x) : dans le vocabulaire du théâtre,
la lecture et la diction.
il y a plusieurs types de rideaux, le plus familier ou le
Objectifs et déroulement de la séance plus connu étant le rideau d’avant-scène. D’autre part,
1. Comprendre le texte. et particulièrement lorsque ces rideaux sont des élé-
2. Donner à « voir » les personnages ments de décors, on emploie surtout le mot toile.
Consignes pour l’expression écrite : vous êtes metteur en scène et Les pendillons (ou pendrillons) : rideaux, la
vous vous proposez de représenter cette scène. Vous expliquez plupart du temps en velours noir, placés de chaque
donc aux acteurs la manière dont vous imaginez la scène : côté du plateau. Les pendillons forment les coulisses.
– vous devez décrire les personnages et leur costume ; La face : c’est le devant du plateau, la partie la
– vous précisez leur position sur la scène et les uns par rapport plus proche du public, opposé au lointain. Le plateau
aux autres ; étant en pente, descendre, c’est se déplacer du loin-
– vous caractérisez la voix et les gestes de chacun. tain à la face. On parle aussi de face pour la partie de
La fiche ci-contre pourra être distribuée aux élèves pour les aider tout élément de décor orienté vers le public.
dans ce travail. Le lointain : matérialisé par le mur du fond, le
3. Travailler la diction lointain est l’endroit le plus éloigné de la scène, op-
•   Le mensonge et le travestissement passent aussi au théâtre posé à la face.
par un travail sur la voix et sur la manière de s’exprimer. Le per- Les coulisses : c’est l’envers du décor, l’espace
sonnage adopte alors l’accent, le style, ou les tics verbaux de non visible par le spectateur qui se trouve de part et
quelqu’un d’autre. C’est ce que désigne le mot « parlure ». d’autre du côté cour et du côté jardin et qui contient
•  Ici, le travail sur les accents et sur la voix s’avère très amusant : il les pendillons.
s’agit d’imiter la voix des Suisses et celle de Pourceaugnac qui La rampe : c’est la galerie lumineuse qui borde
contrefait une femme, et qui, progressivement, abandonne pro- l’avant de la scène d’un bout à l’autre.
bablement cette posture pour retrouver sa virilité. Le mur du fond (ou mur de scène) : c’est le
mur qui clôt l’espace scénique face au public, derrière
le lointain.
Séance 3 lecture cursive La scène : c’est la partie du théâtre – considéré en
L’Avare ou L’École du mensonge tant que bâtiment – où se passe l’action.
Le plateau : il s’agit d’un espace plus important
Il est utile de prendre un peu de temps pour exposer la fable de que la seule scène puisqu’il comprend aussi les cou-
la pièce. Cette présentation sera facilitée par la projection d’une lisses et les dessous.
version filmée de la pièce. On propose ensuite aux élèves un L’avant-scène : c’est la partie de la scène com-
groupement d’extraits à partir desquels ils doivent travailler. prise entre la rampe et le rideau. C’est à l’avant-scène
Activités et questions que le metteur en scène vient pour diriger les acteurs
pendant les répétitions ; il quitte alors la table installée
1. Complétez le tableau suivant en répertoriant les mensonges au septième rang de l’orchestre pour faire des propo-
de chacun et la manière dont ils sont ensuite démasqués (par des
sitions de jeu ; c’est ce qui s’appelle descendre à l’avant-
aveux ou par la ruse d’un autre personnage).
scène.
Personnages Mensonges Le manteau d’Arlequin : c’est la partie de la
scène qui commence au rideau et se termine aux pre-
Frosine … miers pendillons. Elle est généralement décorée d’une
draperie de couleur rouge.
Cléante …

Mariane …

Harpagon …

2. Montrez que le thème de la tromperie et les procédés mis en


œuvre pour tromper sont à la source de la comédie.
3. Que dénonce Molière à travers ce thème du mensonge et de
la tromperie ?

novembre 2013 NRP COLLÈGE 33


Éléments de réponse
Cléante. – Voulez-vous que je trahisse mon cœur ?
1. Une accumulation de mensonges Harpagon. – Encore ? Avez-vous envie de changer de
discours ?
Personnages Rôles Mensonges Cléante. – Hé bien ! puisque vous voulez que je parle
d’autre façon, souffrez, Madame, que je me mette ici
Frosine entremetteuse Elle flatte Harpagon en
à la place de mon père, et que je vous avoue que je
prétendant que Mariane
n’ai rien vu dans le monde de si charmant que vous ; que
n’a d’intérêt que pour les
je ne conçois rien d’égal au bonheur de vous plaire, et
hommes âgés. que le titre de votre époux est une gloire, une félicité que
Cléante fils Il adopte un double discours préférerais aux destinées des plus grands princes de la
d’Harpagon, pour déclarer sa flamme terre. Oui, Madame, le bonheur de vous posséder est à je
amant à Mariane en prétendant mes regards la plus belle de toutes les fortunes ; c’est où
de Mariane parler au nom de son père. j’attache toute mon ambition ; il n’y a rien que je ne sois
capable de faire pour une conquête si précieuse, et les
Mariane amante de Elle répond aussi à Cléante obstacles les plus puissants…
Cléante, par un discours à double Harpagon. – Doucement, mon fils, s’il vous plaît.
convoitée par sens. Cléante. – C’est un compliment que je fais pour vous à
Harpagon Madame.
Harpagon. – Mon Dieu ! j’ai une langue pour
Harpagon barbon, père Il ment à Cléante pour m’expliquer moi-même, et je n’ai pas besoin d’un
de Cléante le démasquer et révéler procureur comme vous. Allons, donnez des sièges.
et d’Élise ses intentions. Le piège Frosine. – Non ; il vaut mieux que de ce pas nous
fonctionne et Cléante avoue allions à la foire, afin d’en revenir plus tôt, et d’avoir
son amour pour Mariane. tout le temps ensuite de vous entretenir.
Harpagon. – Qu’on mette donc les chevaux au
2. Des scènes très drôles carrosse.
Les propos flatteurs de Frosine et son portrait de la jeune fille Molière, L’Avare (1668), acte III, scène 7.
sont l’occasion d’un moment comique, qui offre au spectateur
le plaisir de voir le vieillard abusé. Sur scène, on imagine celui-ci
rempli d’aise, se rengorgeant à chaque phrase de l’entremetteuse. Éléments de réponse
Son langage imagé et hyperbolique ajoute encore au comique 1. Subjectif, subjectivité, sujet sont des mots de la même famille
de la scène. On éprouve le même plaisir en entendant les jeunes que subjonctif. Le subjonctif engage donc le point de vue de celui
gens encoder leur message d’amour. Le double langage est ici la qui parle : il donne son avis, émet un jugement comme dans « il
source d’une sorte de quiproquo. Enfin, la ruse d’Harpagon, très vaut mieux que de ce pas nous allions à la foire ». Il peut d’ail-
efficace, met en lumière la naïveté des jeunes gens. leurs être utile de revenir sur le mot indicatif et sa signification.
3. Une mise en lumière de l’hypocrisie, et de la violence des rap- 2. La conjugaison des verbes au subjonctif présent :
ports entre les hommes
Les scènes comiques ont aussi quelque chose de sombre. La faci- Terminaisons Exemples
lité avec laquelle Harpagon se laisse convaincre de sa capacité
de séduction révèle sa fragilité ; en proie à une forme de folie, ce Que je… -e mette  ; parle 
; fasse, finisse,
personnage essaie de soumettre le monde à ses manies. D’autre aille, voie
part, le double discours de Cléante et Mariane, le piège tendu par Que tu… -es mettes ; parles, finisses ; ailles ;
Harpagon dénoncent le conflit patent entre amour et mariage. voies
Qu’elle… -e mette ; parle ; finisse ; aille ; voie
Séance 4 g rammaire , con j u g aison Que nous… -ions mettions ; parlions ; finissions ;
allions ; voyions
Le subjonctif dans les principales
et dans les subordonnées Que vous… -iez mettiez ; parliez ;
alliez ; voyiez
finissiez ;

Questions Qu’ils… -ent mettent ; parlent ; finissent ;


1. Trouvez des mots de la famille du mot « subjonctif ». Que pou- aillent ; voient
vez-vous en déduire sur le sens de ce mot ?
3. Cette phrase exprime un ordre d’Harpagon.
2. Comment le subjonctif se conjugue-t-il ? Observez la conju-
gaison des verbes en gras dans l’extrait qui suit, puis apprenez la Pour les exercices, voir la fiche élève (p. 39).
conjugaison du subjonctif.
3. Pourquoi emploie-t-on le subjonctif dans la phrase suivante :
« qu’on mette donc les chevaux au carrosse ! »

34 NRP COLLÈGE novembre 2013


Masques et grimaces de l’amour au théâtre 4e Séquence 2
de cette époque : en témoignent les bretelles du mari, le chapeau

2 Maris trompés, femmes et le manteau de la dame. Enfin le colis postal ancre bien la pièce
Étape

dans ce xixe siècle de la Révolution industrielle. L’utilisation de la


bafouées dans la comédie poste est devenue quotidienne, banale.
de mœurs
Séance 5 é tude de texte
Séance 6 rep é res

Rire et satire sociale : Vaudeville et théâtre


La Puce à l’oreille de Feydeau de boulevard
• Cette séance et la suivante permettront de montrer comment le Questions
rire dénonce le mensonge social. Elles seront aussi l’occasion de
définir la « comédie de mœurs » : dénonciation des travers d’une 1. Quelles sont l’origine et l’ étymologie du mot « vaudeville » ?
société, de ses institutions. 2. Quelle est la définition du vaudeville au xixe siècle ?
•  La séance 5 est centrée sur la lecture d’un extrait de La Puce à 3. Quels sont les deux auteurs qui ont inscrit le vaudeville dans
l’histoire de la littérature ?
l’oreille de Feydeau :
– en lisant le texte et en répondant aux questions, les élèves vont 4. Pourquoi assimile t-on souvent ce genre léger au « théâtre de
boulevard » ?
retrouver les types de comique qu’ils ont rencontrés chez Molière.
Mais il sera intéressant de souligner ensuite l’écart considérable Éléments de réponse
entre ce dialogue écrit à la fin du xixe siècle et ceux du siècle de
1. Le vaudeville ou « vau de rire » est, au xviie siècle, une façon
Louis XIV ;
plaisante et poétique de se moquer des gens et des choses.
– après avoir travaillé sur le sens du texte, une lecture préparée Au xviie siècle, le vaudeville s’unit avec le théâtre pour proposer
et la plus expressive possible met en valeur la vivacité et la légè- des pièces courtes, parlées et chantées qui sont à l’origine de
reté du dialogue. l’opéra comique.
Questions 2. À partir du xixe siècle, le vaudeville désigne une comédie popu-
1. Relevez dans le texte un exemple de chacune des formes de laire pleine de rebondissements, de quiproquos et de situations
comique suivantes : comique de situation, comique de répétition, cocasses. À cette époque, où domine le drame sérieux, un public
comique de mots, comique de geste, comique de caractère. bourgeois réclame du divertissement. Un point essentiel : vers
2. Montrez que les personnages sont bien ancrés dans la réalité 1860, le vaudeville perd sa dimension musicale (celle-ci est alors
sociale de leur époque. récupérée par l’opérette) et devient un genre théâtral à part
entière.
Éléments de réponse 3. Deux auteurs se distinguent : Georges Feydeau et Eugène La-
1. La situation comique vient directement du thème du men- biche. Avec eux, le vaudeville devient une mécanique théâtrale
songe. Raymonde est confrontée à l’adultère de son mari. En d’une redoutable efficacité, bien souvent au service d’une satire
outre, elle-même a considéré qu’elle trompait son mari avec Tour- des habitudes et des conventions sociales.
nel : il est donc paradoxal qu’elle se plaigne de son infidélité. Les 4. On parle de théâtre de boulevard car, à la fin du xviiie siècle, de
allusions grivoises amplifient le comique de la situation. nombreux théâtres étaient installés boulevard du Temple à Paris.
Le comique de répétition est provoqué par la reprise de mots ou On l’appelait d’ailleurs aussi « Boulevard du crime » par allusion
d’expressions d’un personnage à l’autre. Ainsi, le verbe « pincer » aux nombreux crimes qui y étaient représentés chaque soir. À
est répété quatre fois au début de la scène. partir du Second Empire, on y joue de nombreux vaudevilles.
Le comique de mots vient de l’emploi d’un vocabulaire familier, et
du grand nombre d’interjections comme « Ah », « Oh ».
Le comique de geste est suggéré par les didascalies, lorsque le Séance 7 rep é rag es , vocabulaire …
ton de la confidence rapproche les deux amies ou quand Ray-
monde monte sur la table, ou lorsqu’elle brandit les bretelles.
Le comique de caractère concerne la personnalité même de
Quiproquos et comique
Lucienne et de Raymonde. Lucienne adopte volontiers un ton de situation
ironique. Ses réponses ne manquent pas de sel, en particulier
lorsque Raymonde lui demande d’imaginer qu’elle soit délaissée Déroulement de la séance
par son mari. Quant à Raymonde, son indignation et sa colère la
rendent comique.
• On lira d’abord la scène 8 de l’acte I du Mariage de Figaro, dans
laquelle Suzanne est confrontée au comte en même temps qu’elle
2. Les deux femmes se sont connues au couvent avant leur tient Chérubin caché derrière un fauteuil, puis la scène dans la-
mariage, comme la plupart des jeunes filles de la bourgeoisie. quelle le comte se retrouve face à sa femme alors qu’il croit avoir
On rappellera à ce sujet les récits contemporains, en particulier rendez-vous avec Suzanne.
les nouvelles de Maupassant. Le milieu est bourgeois : d’ailleurs,
Lucienne a fait un « beau » mariage, c’est-à-dire un mariage qui lui La démarche choisie
a permis d’acquérir une particule. La pièce se situe dans un Paris • Il faut d’abord comprendre les deux procédés choisis : le quipro-
bourgeois, et on imagine aisément le décor : le canapé, la table, quo et le témoin caché. Les deux sont facilement perceptibles
les meubles. Les costumes sont également ceux de la bourgeoisie dans les deux scènes de Beaumarchais, à condition de bien sou-

novembre 2013 NRP COLLÈGE 35


ligner les jeux de scène et d’en faire une lecture expressive. De
ces lectures se dégage une définition de chacun de ces procédés :
– quiproquo : erreur qui consiste à prendre une personne ou une
chose pour une autre. Le quiproquo est l’un des ressorts de la
farce et de la comédie. En laissant ses personnages commettre un
contresens sur une situation, une personne ou une idée, tandis
que la vérité éclate aux yeux du public, l’auteur fait du spectateur
son complice et déclenche le rire. C’est un procédé efficace qui
ridiculise toujours celui qui en est victime ;
– scène à témoin caché : scène dans laquelle un personnage est
dissimulé. Le public est complice, ainsi que certains personnages
(ici, Suzanne), mais un personnage au moins ignore complète-
ment sa présence (le comte). La présence de Chérubin modifie
sensiblement le sens de la scène, car il est en effet amoureux de
la comtesse, et les roucoulades du comte face à Suzanne ouvrent
pour lui des perspectives. Ainsi, le témoin caché complexifie l’in-
trigue tout en étant la matière même de la comédie.
•  On insistera sur le fait que ces procédés théâtraux favorisent la
participation et l’émotion du spectateur. Les élèves sont alors
prêts pour la rédaction d’une scène dans laquelle ils ont recours
à l’un ou l’autre de ces procédés.

Consignes pour l’expression écrite


• Le sujet : imaginez une scène qui contienne ou bien un quiproquo
ou bien un témoin caché.
• Quelques conseils :
– la présentation du texte de théâtre est importante ;
– les répliques ne doivent pas être trop courtes ;
– pour que la scène soit comique, le quiproquo peut porter sur un
personnage, ou encore sur le sens d’un mot ou d’une expression ;
– ceux qui choisissent un témoin caché peuvent décider de le
faire, ou non, intervenir dans la scène. Il peut par exemple com-
muniquer par signes avec son complice. Dans ce cas, le person-
Le baiser de Roxane, illustration de Laurens
nage « naïf » tient des propos que le témoin caché ne devrait pas
pour Cyrano de Bergerac de Rostand, 1910.
entendre, d’où l’effet comique.

Prolongement
Malentendus et tromperie dans Cyrano de Bergerac d’Edmond
Rostand :
• Notre séquence est centrée sur la puissance comique de la dupli-
cité au théâtre. Mais on trouve dans d’autres genres – le drame,
la tragédie – des mensonges qui ne provoquent pas le rire, au
contraire.
• La substitution des mots de Cyrano à ceux de Christian est un
des moments les plus émouvants de la pièce. Le spectateur se
fait complice de Cyrano, un peu aux dépens de Christian. Ce sont
les mots et la poésie de Cyrano qui séduisent autant Roxane que
le public.
• Pour cette dernière séance, on choisira de préférence pour sup-
port la version filmée de Jean-Paul Rappeneau, afin de montrer
la manière dont, partout dans la pièce, Cyrano est une sorte de
double de Christian.

36 NRP COLLÈGE novembre 2013


Masques et grimaces de l’amour au théâtre 4e Séquence 2

Histoire
des
arts théâtre et Nabis

Exubérant ou sobre,
le décor met l’accent
sur la dimension
non pas seulement
textuelle mais
visuelle du théâtre.

L’aspect esthétique s’y


conjugue donc avec
l’aspect fonctionnel,
voire le domine,
imposant plus souvent
la vision du metteur
en scène que celle de Édouard Vuillard, panneau représentant une scène du Malade imaginaire de Molière.

l’auteur. Un mode
d’approche riche de Des arbres jaunes
réflexions avec les vuillard, né en 1868, a tout juste vingt et un ans et suit de manière assez dilet-
élèves. en écho à une tante les cours de l’École des beaux-arts lorsqu’il est persuadé par un de ses anciens
récente exposition condisciples de lycée, maurice Denis, de rejoindre la « fraternité » des nabis réunie
du Grand-Palais sur autour de Paul Sérusier. Ce groupe s’est créé à partir d’un tableau, Le Talisman, que
les nabis, on leur Sérusier a peint lors d’un séjour à Pont-Aven en suivant les conseils de Gauguin :
« Comment voyez-vous ces arbres […] ? Ils sont jaunes. eh bien, mettez du jaune ;
proposera de découvrir cette ombre plutôt bleue, peignez-la avec de l’outremer pur… » Ainsi naît une
l’œuvre d’Édouard méthode basée non pas sur l’observation directe mais sur les émotions et sensations
vuillard. éprouvées, où l’emportent les formes globales et les couleurs pures. Nabi signifie en
hébreu « prophète » car le groupe voit dans l’art un caractère sacré, mais vuillard s’y
rattache surtout par la prédominance accordée aux couleurs et par l’influence de
l’estampe japonaise.

Un effet de mise en scène


vuillard va trouver grâce à son goût pour le théâtre un vaste champ d’expéri-
mentation. Parmi ses meilleurs amis, se trouve André Lugné-Poe, fondateur en 1893
du théâtre de l’Œuvre, qui lui demande de dessiner pour lui de nombreux décors,
costumes et programmes. Puis, en mai 1912, il reçoit une commande pour une série
de panneaux destinés à orner le nouveau théâtre de la Comédie des Champs-Élysées.
L’un des principaux doit représenter la comédie classique, et il choisit une scène tirée
du Malade imaginaire de molière. S’il est moins novateur que d’autres décors conçus
autour des répertoires d’Ibsen, Strindberg et maeterlinck, on y retrouve cependant le
goût pour les motifs style papier, les formes globalement dessinées, les visages à peine
esquissés, les juxtapositions de couleurs sourdes. Ces dernières sont aussi dues à sa
technique de peinture à la détrempe, qu’il a apprise des décorateurs de théâtre : une
technique qui exige une grande maîtrise, car la colle chauffée sèche très rapidement
en donnant au tableau un aspect mat, mais que vuillard emploie de plus en plus
Retrouvez fréquemment. Son activité de décorateur va ainsi grandement influencer toute son
le questionnaire œuvre : tous ses tableaux sont par ailleurs conçus comme autant de scénettes.
élève de cette analyse En classe : l’œuvre de vuillard pour le théâtre mérite d’être largement explorée ;
et son corrigé en les élèves pourront aussi donner libre cours à leur sens de la décoration en allant
ligne. visiter sur Internet la scène dénudée du théâtre des Champs-Élysées.

novembre 2013 NRP COLLÈGE 37


Séquence 2 4e E ÉL È V
cH
1

FI

E
Couleurs et formes
de la comédie
1. Les personnages de comédie
1. Quels sont habituellement les personnages de comédies ? ...........................................................................................

........................................................................................... ...........................................................................................

........................................................................................... ...........................................................................................

2. Les types de comique


2. Recherchez la définition de chacun de ces types virginie. – Il ne s’agit pas de ça… m. Fadinard, votre
de comique. bourgeois1, se marie aujourd’hui… vous m’avez invitée
• Comique de situation : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . à venir voir la corbeille… voyons la corbeille !….
FéliX. – nous avons bien le temps… mon maître est
...........................................................................................
parti, hier soir, pour aller signer son contrat chez le beau-
...........................................................................................
père… il ne revient qu’à onze heures, avec toute
sa noce, pour aller à la mairie.
• Comique de gestes : ......................................................... virginie. – La mariée est-elle jolie ?
........................................................................................... FéliX. – Peuh !…. je lui trouve l’air godiche2 ; mais elle est
d’une bonne famille… c’est la fille d’un pépiniériste de
........................................................................................... Charentonneau… le père nonancourt.
• Comique de répétition : .................................................... eugène Labiche, Un chapeau de paille d’Italie, acte I, scène 1.

...........................................................................................
1. votre maître. 2. gauche, maladroite.
...........................................................................................

• Comique de mots : ........................................................... 4. Voici des mots qui désignent des nuances de comique :
...........................................................................................
expliquez chacun d’eux en vous aidant d’un dictionnaire.

........................................................................................... • farce : ................................................................................

............................................................................................
• Comique de caractère : .....................................................

........................................................................................... • burlesque : ........................................................................

........................................................................................... ............................................................................................

• grotesque : ........................................................................
3. Dans l’extrait suivant, quels types de comique observez-
vous ? ............................................................................................

virginie, à Félix, qui cherche à l’embrasser : – non, laissez-


moi, monsieur Félix !…. Je n’ai pas le temps de jouer. • parodie : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
FéliX. – rien qu’un baiser ?
............................................................................................
virginie. – Je ne veux pas !….
FéliX. – Puisque je suis de votre pays !…. je suis de
rambouillet…
Cette fiche est à télécharger au
virginie. – Ah ! ben ! s’il fallait embrasser tous ceux qui format word sur le site pour les
sont de rambouillet !…. abonnés numériques. Adaptable
FéliX. – Il n’y a que quatre mille habitants. aux besoins des élèves.

38 NRP COLLÈGE novembre 2013


E ÉL È V 4e Séquence 2
cH
2

FI

E
Le subjonctif, conjugaison
et emplois
1. La conjugaison du subjonctif
1. Conjuguez les verbes suivants au subjonctif présent.
• Aller : qu’il ......................................................................... • Revoir sa leçon en silence : qu’il .........................................

• Choisir un autre modèle : qu’elle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . • Ne pas perdre son sang-froid : que je .................................

2. Les emplois du subjonctif


2. Dans les phrases suivantes, employez le verbe proposé Extrait b. Molière, Les Fourberies de Scapin
au subjonctif ou à l’indicatif : attention à l’orthographe !
Géronte. – va-t’en, Scapin, va-t’en vite dire à ce
a. Penses-tu que le dossier (pouvoir) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Turc que je vais envoyer la justice après lui.
être complet pour la fin du mois ?
SCapin. – La justice en pleine mer ! vous moquez-
b. Il faudra bien qu’il (avoir) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . vous des gens ?
une explication franche avec sa sœur.
Géronte. – Que diable allait-il faire dans cette
c. Les dés sont jetés. (Advenir) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . galère ?
que pourra !
SCapin. – Une méchante destinée conduit
d. Nous souhaitons que vous (s’associer) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . quelquefois les personnes.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . tous à ce projet qui nous tient tellement à cœur.
Géronte. – Il faut, Scapin, il faut que tu fasses ici
l’action d’un serviteur fidèle.
3. Voici deux extraits de pièces de théâtre : soulignez
les verbes au subjonctif et justifiez leur emploi. SCapin. – Quoi, monsieur ?

Extrait a. Corneille, Le Cid Géronte. – Que tu ailles dire à ce Turc qu’il me


renvoie mon fils, et que tu te mettes à sa place jusqu’à ce
roDrigUe que j’aie amassé la somme qu’il demande.
Je dois tout à mon père avant qu’à ma maîtresse : ............................................................................................
Que je meure au combat, ou meure de tristesse,
Je rendrai mon sang pur comme je l’ai reçu. ............................................................................................

............................................................................................ ............................................................................................

............................................................................................ ............................................................................................

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format word sur le site pour les
abonnés numériques. Adaptable
aux besoins des élèves.

novembre 2013 NRP COLLÈGE 39


3e Séquence 3

Le Dieu du carnage,
de Yasmina Reza
Par Mariane Zingraff, professeur de lettres

Présentation et problématique
• La critique théâtrale autant que la critique universitaire s’est
longtemps montrée réticente face au théâtre de Yasmina reza.
• Après l’immense succès de sa pièce Art en 1994, Yasmina reza
tente à nouveau l’expérience de la mise en scène des conflits, en
écrivant Le Dieu du carnage. La pièce se déroule en un huis clos où
deux couples se retrouvent pour signer un constat à propos d’une
bagarre entre leurs deux fils. mais sous des apparences d’abord
calmes et policées, ils finissent par s’entredéchirer avec la violence
la plus crasse.
• Dans cette pièce de théâtre contemporain, Yasmina reza se sert
d’éléments classiques de la comédie tout en utilisant de nouveaux
éléments. Selon Denis Guénoun dans son essai Avez-vous lu Reza ?,
celle-ci « cherche à fonder une nouvelle comédie sans pour autant
tomber dans la régression esthétique et idéologique qu’on reproche
André Marcon et Isabelle Huppert souvent à un théâtre qui fait rire ». Pour l’apprécier à sa juste valeur,
dans Le Dieu du carnage, mise en scène il conseille donc tout simplement de la lire attentivement.
de Yasmina Reza, théâtre Antoine, 2008.
• C’est ce que je me propose de faire dans cette séquence
consacrée au Dieu du carnage. Créée en 2008 au théâtre Antoine
à Paris, la pièce a rencontré un tel succès qu’elle a ensuite voyagé
en Angleterre, puis à broadway. elle sera d’ailleurs adaptée pour
l’écran en 2011 par roman Polanski, qui transpose la scène dans
un appartement de brooklyn avec des acteurs de langue anglaise.

Les + numériques La séquence proposée


Dans cette séquence, vous pourrez • Le texte ne présente pas de difficulté de compréhension. C’est
exploiter les ressources multimédia pourquoi cette séquence peut débuter l’année scolaire. Les élèves
suivantes*, disponibles sur le site NRP rient de bon cœur à sa lecture grâce au comique efficace de
dans l’espace « Ressources abonnés ». reza. nous essaierons de dégager les procédés et les enjeux de
Rendez-vous sur
ce comique, qui ne sert pas seulement à divertir, mais plutôt à
http://www.nrp-college.com.
exprimer une critique acerbe de notre société en traduisant la vision
« Lire » la représentation théâtrale pessimiste que porte Yasmina reza sur la condition humaine.
Bibliographie du théâtre contemporain
Fiche notion : l ‘ironie • L’étude de cette pièce permet également de réactiver les
Corrigés des fiches élèves connaissances des élèves sur le registre comique et sur le rôle d’une
scène d’exposition, mais aussi d’approcher la notion d’ironie.
• enfin, la lecture de cette pièce offre aux élèves un premier regard
* Certaines de ces ressources sont sur le théâtre contemporain comme art vivant et moderne, loin des
réservées aux abonnés numériques représentations qu’ils se font généralement de ce genre littéraire.
(abonnés Papier + numérique
ou 100 % numérique).

40 NRP COLLÈGE novembre 2013


Le Dieu du carnage, de Yasmina Reza 3e Séquence 3

Support • Le Dieu du carnage de Yasmina Reza, éditions Magnard, collection « Classiques & contemporains »
Objectifs • Étudier les procédés du comique et les enjeux du registre comique
• Découvrir la notion d’ironie
• Prendre la parole en public lors d’un exposé
Durée • Environ 10 heures

1
SÉANCE 4. La satire, un savoureux mélange des registres
Découvrir
ÉtAPE

la pièce ➔ Lecture analytique, repères


Support : L’ensemble de la pièce
SÉANCE 1. Parcours de lecture Objectif : Découvrir ou réinvestir les notions de registres
➔ Lecture et de genres littéraires.
Durée : 2 heures
Support : Le Dieu du carnage en intégralité + Fiche élève 1
Objectif : Vérifier la lecture de la pièce SÉANCE 5. L’ironie, arme du polémiste
Durée : 1 demi-heure ➔ Lecture analytique, vocabulaire
SÉANCE 2. Une scène d’exposition efficace Support : L’ensemble de la pièce + Fiche élève 2
Objectif : Découvrir la notion d’ironie
➔ Lecture analytique, recherches Durée : 1 heure
Support : p. 8 à 14
Objectifs : Réactiver les connaissances des élèves sur les conventions
théâtrales, et notamment sur le rôle d’une scène d’exposition • Aider
les élèves à situer la pièce dans le registre comique et la forme
particulière qu’est le huis clos.
Durée : 1 heure et demi
ÉtAPE

3 Élargir ses connaissances


sur le théâtre
SÉANCE 6. Découvrir le théâtre contemporain
➔ Recherches, expression orale

2 Une comédie Support : Ressources du CDI


ÉtAPE

Objectif : Découvrir les grandes figures du théâtre contemporain


grinçante Durée : 1 heure et demi
SÉANCE 3. Des personnages médiocres SÉANCE 7. Écrire une scène d’exposition à partir
➔ Lecture analytique d’un roman
Support : L’ensemble de la pièce ➔ Lecture, expression écrite
Objectifs : Révéler l’ambivalence des personnages • Montrer que cette Support : Un roman donné en lecture cursive.
mise en scène des faux-semblants constitue une dénonciation de la Objectifs : Comprendre les caractéristiques des genres narratifs
société contemporaine. et dramatiques • Écrire un texte théâtral.
Durée : 1 heure et demi Durée : 2 heures

maine. Je leur demande de lire dix pages par soir, et de compléter


Évaluation des compétences en lien avec le socle commun
le document « parcours de lecture » à la manière d’une enquête
La maîtrise de la langue française – Lire (voir Fiche élève 1).
Utiliser ses capacités de raisonnement, ses connaissances sur la langue,
savoir faire appel à des outils appropriés pour lire.
Ce document sera corrigé en classe mais ne fera pas l’objet d’une
évaluation ; il s’agit simplement de vérifier la lecture.
La maîtrise de la langue française – Dire
Développer de façon suivie un propos en public sur un sujet
déterminé. Séance 2 LECTURE ANALyTIQUE, REChERChES
La culture humaniste
• Être sensible aux enjeux esthétiques et humains d’un texte littéraire. une scène d’exposition efficace
• Être capable de porter un regard critique sur un fait, un document,
une œuvre. • L’objectif de cette séance est de réactiver les connaissances des
élèves sur les conventions théâtrales, notamment sur le rôle d’une
scène d’exposition, et d’aider les élèves à situer la pièce dans le

1 Découvrir registre comique et la forme particulière qu’est le huis clos.


ÉtAPE

la pièce Déroulement de la séance


Vous pouvez mener cette étude à l’aide du questionnaire suivant :
Séance 1 LECTURE 1. Regardez la didascalie initiale. Combien y a-t-il de personnages ?
Parcours de lecture La didascalie initiale nous indique d’emblée qu’il s’agit d’un huis
clos, c’est-à-dire une pièce dans laquelle les personnages, peu
• Le Dieu du carnage est une courte pièce de soixante-dix pages. Il nombreux, restent les mêmes du début à la fin de la pièce, et se
est donc possible de la donner à lire à des élèves de 3e en une se- trouvent enfermés dans un endroit, ici un salon.

novembre 2013 NRP COLLÈGE 41


2. Que pouvez-vous dire des prénoms des personnages ?
Michel, Véronique, Alain et Annette sont des prénoms français très • Ces premières pages remplissent bel et bien leur fonction de
scène d’exposition. Une exposition fort efficace, puisque l’on sent
classiques, qui peuvent indiquer l’appartenance à une certaine bour-
très bien la tension entre les personnages et, derrière les faux-
geoisie.
semblants de courtoisie et de calme qu’ils affectent, une grande
3. Quels autres éléments de la didascalie confirment cette idée ? violence qu’ils ne parviennent pas à contenir. Ainsi ces person-
La suite de la didascalie précise des éléments de décor : « une table nages qui se veulent des exemples sont-ils finalement en proie
basse, couverte de livres d’art. Deux gros bouquets de tulipes dans aux défauts qu’ils dénigrent.
des pots. » Ces détails montrent en effet une certaine importance
accordée à l’apparence, à l’envie de faire preuve de bon goût et de •  À l’issue de cette séance, vous donnerez un travail de recherches
à effectuer à la maison.
montrer sa culture.
1. Quand et où cette pièce a-t-elle été créée ? (Rappelez au be-
4. Quel est le rôle d’une scène d’exposition ? En quoi peut-on dire soin ce qu’est la « création » d’une œuvre). Qui était le metteur
que ces premières pages jouent ce rôle ? en scène ?
Dès la première réplique de Véronique, on apprend que les fils des 2. Quel est le sens propre du terme « huis clos » ? Que signifie-t-il
deux couples se sont battus et que leurs parents essaient de se mettre dans le domaine du théâtre ? D’où vient cette appellation ?
d’accord sur une déclaration. La deuxième réplique d’Alain coupe la
parole de Véronique et la reprend sur le mot « armé ». On comprend
dès lors que cette rencontre qui se veut placée sous les auspices de la

2
courtoisie va s’avérer plus complexe qu’il n’y paraît.
Une comédie

Étape
5. Quels mots Véronique propose-t-elle pour remplacer « armé » ?
Précisez la différence de sens entre ces mots. grinçante
Elle propose « muni » ou « doté ». « Armé » a un sens militaire, et
suppose de la part de Ferdinand une intention de blesser Bruno, Séance 3 L ecture analy tique
de se servir du bâton pour lui faire mal, dans une sorte de prémé-
ditation. « Muni » a également une connotation militaire (« munir » Des personnages médiocres
et « munition » ont tous deux la même étymologie latine « mu-
nire »), tandis que « doté », du latin « dotare » signifiant « douer », a
• Cette séance prend appui sur l’ensemble de la pièce. Son objectif
est de révéler l’ambivalence des personnages et de montrer que
plutôt une connotation positive. On comprend donc qu’Alain joue
cette mise en scène des faux-semblants constitue une dénon-
sur les mots, plus pour contredire Véronique et ne pas la laisser
ciation de la société contemporaine de la part de Yasmina Reza,
mener la discussion, que par réel souci du sens.
qui critique ainsi la trop grande importance accordée aux appa-
6. Quelles remarques pouvez-vous faire sur le vocabulaire em- rences, le « politiquement correct » et les diktats d’une certaine
ployé par Véronique dans sa première réplique ? Quelle intention société bien-pensante.
de Véronique ce choix de vocabulaire traduit-il ?
Son vocabulaire est soutenu et précis : « altercation verbale », « tumé- Déroulement de la séance et activités
faction », « brisure de deux incisives ». Ce vocabulaire se veut la preuve 1. Sous des apparences courtoises…
d’une grande objectivité, mais il montre également que Véronique
tente de tenir ces événements à distance. Malheureusement, cette
• Complétez le tableau suivant. (Les réponses proposées ici sont
des suggestions, car il y a bien d’autres exemples dans la pièce,
trop grande sophistication manque de naturel et crée l’effet inverse dont vous pourrez faire un relevé plus complet en répartissant la
de celui qu’elle escomptait : on sent Véronique en ébullition et dans recherche par groupes.)
la retenue de ses sentiments réels.
Parole courtoise Geste courtois
Véronique « Oh Annette ! Elle a acheté des fleurs,
Je m’inquiétais… elle a gardé
Vous êtes mieux ? » du clafoutis.
(l. 771-772, p. 41)
Michel « On ne vous a rien Il offre son meilleur
proposé, café, thé ? » rhum et un cigare
(l. 145, p. 15) à Alain.
Annette « Elles sont ravissantes
ces tulipes » (l. 56,
p. 11).
« Succulent » (l. 195,
p 17)
Alain « Très bon. Très bon. »
(l. 194, p 17)

2. … des personnages grossiers et mesquins


Le Dieu du carnage, mise en scène de Yasmina Reza, •  Avant de poursuivre la séance, vous pouvez faire un petit point de
théâtre Antoine, 2008. vocabulaire et demander aux élèves comment ils définissent les

42 NRP COLLÈGE novembre 2013


Le Dieu du carnage, de Yasmina Reza 3e Séquence 3
termes « grossier » et « mesquin ». La plupart du temps, les élèves Séance 4 L ecture analy tique , rep è res
donnent une définition parcellaire du terme « grossier », ne tenant
compte que de l’aspect langagier du terme (« être grossier c’est La satire, un savoureux mélange
dire des gros mots »), et ne connaissent pas le terme « mesquin »
auquel ils substituent volontiers d’autres noms d’oiseaux…
de registres
• Cette séance prend appui sur l’ensemble de la pièce. Son objec-
tif est essentiellement de permettre aux élèves de découvrir ou
de réinvestir la notion de registres et de genres littéraires. Cette
Rappel de vocabulaire
pièce, dont le ton est résolument satirique, utilise le registre co-
mique en mêlant des éléments caractéristiques de la farce et de
• grossier : qui n’a pas été affiné par la civilisation, la comédie. Après un rappel des termes « farce » et « comédie », on
l’éducation, la culture ; qui est contraire à la demandera aux élèves de chercher dans la pièce entière ce qui se
bienséance, ou à la décence ; rapporte à chaque genre.
• mesquin : qui s’attache à ce qui est petit, médiocre,
aux détails infimes sans considération de l’ensemble ; Déroulement de la séance et activités
qui manque de grandeur, d’élévation, de générosité ; 1. Rappel de notions
qui s’attache bassement aux intérêts matériels.
• Une farce est une pièce de théâtre d’inspiration bouffonne met-
tant en scène des personnages souvent grotesques et présentant
généralement un comique de mots, de gestes ou de situations.
• Complétez le tableau suivant : • Une comédie est une pièce de théâtre dont le propos est de faire
rire le public en brossant la peinture des mœurs et en mettant
Propos ou geste Propos ou geste en scène le ridicule des caractères. À l’époque classique, par
grossier mesquin opposition à la tragédie, elle met en scène des personnages de
Véronique Elle se saoule. « Je ne sais pas qui a condition modeste ou privée, dans un cadre quotidien, et son
Elle s’inquiète mis le clafoutis dans le dénouement est toujours heureux.
davantage pour frigo. Monica met tout • Pour compléter ces définitions, voici les questions que je pose aux
son livre d’art que dans le frigo, il n’y a élèves (les réponses sont en italique) :
pour Annette qui est rien à faire » (l. 178-179, a. Donnez un exemple de comique de mots (insultes, gros mots,
malade. p. 16. Elle accuse sa mots prétendument savants), de comique de gestes (coup de bâ-
femme de ménage). ton, grimaces) et de comique de situation (quiproquo, répétition
d’une scène, renversement de situation).
Michel « Qui nous fait chier Il abandonne le b. Donnez le titre d’une comédie de mœurs (Tartuffe, Le Misan-
encore ? » (l. 1114, hamster sur le trottoir thrope…) et le titre d’une comédie de caractère (L’Avare, Le Malade
p. 55). car il a peur de le imaginaire…).
toucher. c. Molière a écrit dans la préface de Tartuffe : « […] rien ne reprend
Annette Elle vomit. « Amusant entre mieux la plupart des hommes que la peinture de leurs défauts.
parenthèses quelqu’un C’est une grande atteinte aux vices que de les exposer à la risée
qui se réclame de tout le monde. On souffre aisément des répréhensions ; mais
d’Ivanhoé et de John on ne souffre point la raillerie. On veut bien être méchant, mais
Wayne et qui n’est pas on ne veut point être ridicule. » Comment comprenez-vous cette
capable de tenir une citation et que nous apprend-elle sur les intentions de la comédie
souris dans sa main » classique ? Qu’en est-il de la farce ? Molière pensait qu’en faisant rire
(l. 1081-1082, p. 53). les gens de leurs défauts, la comédie pouvait ainsi les corriger. Tandis
que la farce a pour but le divertissement.
Alain Il répond sans cesse au (À propos de la mère
téléphone. de Michel qui prend 2. Les éléments caractéristiques de la farce
de l’Antril, équivalent a. Le comique de mots
du Médiator et que L’utilisation de termes techniques qui sont du charabia pour le
défend Alain.) « Si elle spectateur rend les personnages ridicules à nos yeux, car on a
en prend et qu’elle a l’impression qu’ils sont prétentieux et imbus d’eux-mêmes : « l’An-
l’air normal, je la fais tril, antihypertenseur des laboratoires Verenz-Pharma, allant de la
citer comme témoin » baisse d’audition à l’ataxie » (p. 13, l. 92-93) ; « J’ai participé à un
(l. 895, p. 46). ouvrage collectif sur la civilisation sabéenne » (p. 13, l. 106-107) ;
« au twelve, au kalachnikov, au grenade launcher » (p. 62, l. 1290).
• Ces deux tableaux, que vous pouvez faire compléter lors d’un tra- La grossièreté soudaine d’Annette, en opposition avec le voca-
vail de groupe, montrent l’évolution des personnages. Les appa- bulaire très soutenu qu’elle utilisait jusqu’à présent, et associée à
rences courtoises sont vite démasquées par l’attitude grossière son ivresse, traduit une perte de contrôle qui nous fait rire : « Non,
et mesquine des personnages, qui se révèlent même violents à la je veux encore boire, je veux me saouler la gueule, cette conne
fin de la pièce, notamment les deux personnages féminins : Véro- balance mes affaires et personne ne bronche » (p. 74, l. 1559-
nique se jette sur Michel et le frappe, Annette jette le portable 1560). Ou encore : « et vos droits de l’homme, je me torche avec ! »
d’Alain dans le vase rempli d’eau et détruit le bouquet de tulipes. (l. 1566).

novembre 2013 NRP COLLÈGE 43


b. Le comique de gestes Séance 5 L ecture analy tique ,
Comme nous l’indiquent les didascalies, Véronique bastonne son vocabulaire
mari : « Véronique se jette sur son mari et le tape, plusieurs fois,
avec un désespoir désordonné et irrationnel » (p. 63) ; pendant ce L’ironie, l’arme du polémiste
temps, Annette vomit : « Annette vomit violemment. Une gerbe
brutale et catastrophique qu’Alain reçoit pour partie », « Annette
• Cette séance s’intéresse plus particulièrement au personnage
d’Alain, avocat de profession, qui pratique beaucoup l’ironie.
a un nouveau haut-le-cœur mais rien ne sort » (p. 35) ; « Annette Même en 3e, les élèves la repèrent difficilement. Nous verrons
vomit de la bile dans la cuvette », « encore un peu de bile » (p. 36) ; donc que l’ironie repose sur un ensemble de procédés stylis-
« Annette crache dans la cuvette », « Annette a un haut-le-cœur » tiques. Vous pourrez mener cette séance avec la fiche élève 2.
(p. 62).
Alain répond systématiquement à son téléphone plutôt qu’à ses Déroulement de la séance et activités
hôtes, et impose ainsi un silence contrit. 1. Définition de l’ironie
c. Le comique de situation Questions à poser aux élèves :
À plusieurs reprises, les Reille essaient de trouver une excuse pour a. Que pouvez-vous dire de l’attitude du personnage d’Alain ?
s’en aller, mais il y a toujours quelque chose qui les en empêche. Il est arrogant, on sent qu’il aime dénigrer ceux qui ne sont pas du
Ils sont comme prisonniers de l’appartement et de la situation. même avis que lui.
Pendant qu’Annette et Alain sont dans la salle de bains, Michel et b. Par quels procédés cette attitude s’exprime-t-elle ? Donnez un
Véronique se moquent d’eux : « – Comment il l’appelle ? – Toutou. exemple. Cette attitude s’exprime par l’ironie, notamment quand il
– Ah oui, Toutou ! » (p. 39). Au même moment, Alain sort de la salle prétend être intéressé par les mécanismes de WC, p. 31.
de bains et les entend, les Houllié sont gênés et se croient obligés
de révéler le surnom ridicule qu’ils se donnent : Darjeeling.
2. Les éléments caractéristiques de la comédie
Rappel de vocabulaire
a. Des personnages de condition modeste ou privée
Les quatre personnages sont certes des bourgeois, mais n’ont pas L’ironie : figure de rhétorique par laquelle on dit
de haute fonction, ne sont pas issus de la noblesse ou de l’aristo- le contraire de ce qu’on veut faire comprendre, dans
cratie. Michel est grossiste en articles ménagers. un but moqueur, sarcastique ou railleur.
b. Dans un cadre quotidien
On sait que la pièce se passe dans l’appartement des Houllié. On
remarque également de nombreuses indications géographiques 2. Les procédés stylistiques de l’ironie
réelles (tout se passe dans le 14e arrondissement de Paris) et des Voici les différents procédés stylistiques qui peuvent créer un
indices sur les habitudes quotidiennes des personnages : « au effet d’ironie. On demandera aux élèves d’en écrire la définition
square de l’Aspirant-Dunant », p. 9 ; « Nous avons toujours dit le et de relier chaque définition à un exemple extrait du texte.
parc Montsouris non, le square de l’Aspirant-Dunant oui. », p. 10 ; •  L’antiphrase consiste à dire le contraire de ce que l’on pense.
« C’est le petit fleuriste du marché Mouton-Duvernet » ; « Dix euros (exemples c et e)
la brassée de cinquante », p. 11 ; « Donc ce clafoutis, c’est votre •  L’antithèse consiste en une affirmation contradictoire soit par
mère ? – C’est une recette de ma mère, mais c’est Véro qui l’a fait », rapport à la pensée commune, soit par rapport à une autre affir-
p. 19. mation présente dans le texte. (exemple f )
c. La peinture des mœurs •  L’oxymore consiste à associer dans une même expression deux
Dans cette pièce, Yasmina Reza raille les bienséances de notre termes antagonistes, opposés. (exemple d)
société bourgeoise, qui veut que l’on obéisse à certains codes, •  La litote consiste à édulcorer la réalité affirmée pour laisser en-
édictés par le poids des apparences. Véronique tient absolument tendre plus que ce qui est dit. (exemple a)
à ce que Ferdinand s’excuse, mais elle craint de paraître grossière
et invite les Reille en prétendant à une rencontre amicale. Elle ne
•  L’hyperbole consiste à exagérer la réalité affirmée, à l’amplifier,
notamment à l’aide d’expressions superlatives, d’énumérations.
veut pas sacrifier son image de femme modèle. Avec le dénoue- (exemple b)
ment en demi-teinte, où chacun repart comme il était venu, elle
Exemples extraits du texte :
remet également en cause la légitimité de porter un jugement
a. « Pain d’épice, délicieux… Au moins ça nous permet de décou-
moral.
vrir une recette » (p. 17, l. 200).
Conclusion : Avec ce mélange de farce et de comédie, Yasmina
b. « Madame, il faudrait beaucoup de choses. Il faudrait qu’il
Reza écrit une pièce très satirique, et fait ouvertement la critique
vienne, il faudrait qu’il en parle, il faudrait qu’il regrette » (p. 24,
de la société contemporaine et de la condition humaine, qui
l. 358-359).
oscille constamment entre finesse et brutalité.
c. « vous avez visiblement des compétences qui nous font défaut,
nous allons nous améliorer mais entre-temps, soyez indulgente »
(p. 24, l. 360-361).
d. « Véronique, vous êtes mue par une ambition pédagogique qui
est sympathique » (p. 28, l. 461-462).
e. « Ah des mécanismes de WC. J’aime bien ça. Ça m’intéresse. […]
Ça m’intéresse. Le mécanisme de WC m’intéresse » (p. 31, l. 544-
545).
f. « Vous continuez à vous jeter des fleurs, c’est merveilleux »
(p. 48, l. 951).

44 NRP COLLÈGE novembre 2013


Le Dieu du carnage, de Yasmina Reza 3e Séquence 3

Séance 7

3
L ecture ,
élargir ses connaissances expression é crite
Étape

sur le théâtre Écrire une scène d’exposition


à partir d’un roman
Séance 6 rec h erc h es ,
• Pour aider les élèves à bien comprendre les caractéristiques des
expression orale
genres narratif et dramatique, j’aime bien les faire réfléchir sur
Découvrir le théâtre l’un et l’autre à l’aide de l’écriture d’une adaptation.
contemporain Déroulement de la séance

Déroulement de la séance
•  Au cours du déroulé de la séquence, les élèves auront lu un
roman en lecture cursive. Ils devront transposer le début de ce
• Les élèves devront faire des exposés par groupe de 3, dont vous roman en une pièce de théâtre, dont ils écriront la (les) scène(s)
leur donnerez les sujets. Voici une liste d’exemples de sujets pos- d’exposition. Cet exercice permet également de consolider les
sibles : connaissances sur le rôle d’une scène d’exposition. En donnant le
– André Antoine et le Théâtre Libre ; sujet, j’insiste bien sur le fait que la pièce doit être un huis clos. Le
– Le cartel des quatre : Jouvet, Dullin, Baty, Pitoëff ; roman que j’ai choisi de donner à lire est un roman de littérature
– Antonin Artaud ; jeunesse : Nine Eleven de Jean-Jacques Greif, qui raconte les évé-
– Le théâtre de l’absurde : Ionesco, Beckett, Adamov ; nements du 11 septembre 2001, selon le point de vue de lycéens.
– Jean Vilar et le TNP ; De nombreux romans policiers fonctionnent sur le principe du
– Le living théâtre ; huis clos, notamment ceux d’Agatha Christie.
– Peter Brook et les Bouffes du Nord ;
– Ariane Mnouchkine et le Théâtre du Soleil ;
– Henrik Ibsen ;
– Luigi Pirandello.
Prolongements
1. Comparer avec une autre pièce de Yasmina Reza : Art.
•  La pièce est disponible dans son intégralité sur Internet.
•  Vous pouvez regarder les dix premières minutes en classe et inter-
roger les élèves sur les points suivants :
– Qui sont les personnages ?
– Quel est le thème de la pièce ?
– Quelle est sa visée ?
– Quels procédés présents dans Le Dieu du carnage reconnaissez-
vous ici ?
– Quelles remarques pouvez-vous faire sur les décors et les cos-
tumes ?
2. Comparer la pièce avec l’adaptation de Roman Polanski.
•  Avec vos élèves, regardez la bande-annonce du film :
http://www.youtube.com/watch?v=N6OiLrumyc8
•  Vous pourrez ensuite leur poser les questions suivantes :
– D’après les extraits présentés dans la bande annonce, cette
adaptation vous semble-t-elle fidèle à la pièce ? Justifiez votre
réponse en donnant au moins trois arguments.
– Que pensez-vous du choix des scènes mises en avant dans cette
bande-annonce ? Vous semblent-ils propres à susciter l’envie d’al-
ler voir le film ? Quelles scènes auriez-vous choisies et pourquoi ?
3. Découvrir Huis clos de Jean-Paul Sartre.
•  Rendez-vous sur la page de la BNF consacrée à Huis clos.
http://expositions.bnf.fr/sartre/reperes/oeuvres/huis.htm
•  Après lecture de cette page, les élèves répondront aux questions
suivantes :
– Quand et où la pièce a-t-elle été créée ?
– Dans quelles circonstances la pièce a-t-elle été écrite ?
– Dans quel contexte historique la pièce a-t-elle été écrite ?
– Quelle réplique de la pièce est restée très célèbre ?
– Quel sens Sartre donne-t-il à cette réplique ? Affiche de Carnage de Roman Polanski, 2011.

novembre 2013 NRP COLLÈGE 45


Histoire
des
arts un « ready-made » de Duchamp

La dénonciation
des apparences,
du « politiquement
correct », des
diktats de la société
bien-pensante
se retrouve aussi
dans nombre de
créations plastiques
contemporaines. La
notion d’art se prête
d’ailleurs à toutes
les interrogations
sur tout ce qui fait la
réelle valeur d’une
œuvre.

Dans cette réflexion,


on doit beaucoup à
marcel Duchamp. Il
invente dans les années
1910 le concept du
« ready-made » qui
bouscule radicalement
les idées académiques.
Le plus célèbre d’entre Marcel Duchamp, Fontaine, 1917.
eux, Fontaine, ou
Urinoir, n’en finit pas
de poser des questions
sur la définition même Already made
de l’art. marcel Duchamp, né en 1887, est un peintre d’abord proche du cubisme mais
qui s’intéresse rapidement à la décomposition du mouvement. Installé aux États-
Unis, il y est bientôt reconnu comme un des principaux représentants de l’avant-
garde française.
en 1917, il achète un objet ordinaire, un urinoir, le dote d’un titre, Fontaine, et
l’orne d’une signature et d’une date : Richard Mutt, 1917. L’objet possède ainsi a
priori tous les attributs d’une œuvre d’art. La différence est que l’artiste ne l’a pas
fabriqué de ses mains, mais l’a acheté already made, c’est-à-dire tout fait. Ce n’est
pas le premier ready-made créé par Duchamp, mais celui-ci va provoquer une petite
révolution.
Il l’envoie anonymement au comité de sélection d’une exposition de la Société
Retrouvez des artistes indépendants de new York, dont le principe est que n’importe quelle
le questionnaire œuvre d’art doit y être acceptée sans passage devant un jury. or, l’objet est refusé
élève de cette analyse au motif que ce n’est pas une œuvre d’art. Un article, également anonyme, publié
et son corrigé en dans la toute nouvelle revue The Blind Man, dont Duchamp est un des fondateurs,
ligne. dénonce la contradiction et déclenche la polémique.

46 NRP COLLÈGE novembre 2013


Histoire
des
arts
Est-ce sérieux ou est-ce une blague ?
Fontaine va donner lieu à un grand nombre d’interrogations. D’abord sur la no-
tion même d’artiste. Car ce que marcel Duchamp conteste ici, c’est que l’artiste soit
une sorte de super-artisan ; pour lui l’idée prévaut sur la création : « Que richard
mutt ait fabriqué cette fontaine avec ses propres mains, cela n’a aucune importance,
il l’a choisie. »
ensuite, qu’est-ce qu’une œuvre d’art ? Fontaine n’a aucune des qualités d’élé-
gance ou d’harmonie qu’on lie habituellement à l’art. mais Duchamp conteste la
notion de goût, le bon goût n’étant que la répétition de ce que la société approuve.
L’art, pour lui, est une drogue à accoutumance. Son souci est d’en écarter ses ready-
made dont le choix, insiste-t-il, n’est pas fondé sur une délectation esthétique mais
au contraire sur une réaction d’indifférence visuelle. Dès lors, c’est le simple choix
de l’artiste qui crée l’œuvre, et tout objet de la vie quotidienne peut être utilisé, avec
ou sans transformation.
L’œuvre d’art perd en outre avec Fontaine son caractère unique, original car la
première ayant disparu, il n’en existe aujourd’hui que des répliques, toutes considé-
rées comme des « originaux », concept dont Duchamp se moque en appliquant sur
un autre de ses ready-made l’étiquette « antique certifié ». en fin de compte, c’est le
spectateur que Duchamp interroge, sur son propre regard sur l’art.

Exploitation en classe
Quelques questions possibles Éléments de réponse
1. Que voyez-vous ? 1. Un urinoir.
2. Quelle est l’intervention de l’artiste sur cet objet ? 2. L’artiste a donné à cet urinoir le titre ironique de Fontaine,
3. Le nom qui figure en signature est-il celui de l’artiste ? l’a signé, daté (1917) et l’a envoyé à la Société des artistes
4. Pourquoi, à votre avis ? indépendants en vue d’une exposition.
5. Selon vous, que cherche-t-il à dénoncer à travers cette mise 3. Duchamp a signé R. Mutt.
en scène ? 4. Il s’agit d’une mise en scène.
6. Que signifie le terme « ready-made » ? 5. Le fait de soumettre Fontaine à la Société des artistes
indépendants est une ruse de Marcel Duchamp pour mettre
dans l’embarras les membres de cette institution : ou bien
les membres de cette Société obéissent à leurs principes
démocratiques et se ridiculisent dans ce cas auprès du public
et de la presse, ou bien ils refusent l’envoi de R. Mutt et se
constituent comme un jury au sens traditionnel, de sorte qu’il
n’y a plus alors d’artistes indépendants.
6. Le terme de « ready-made » désigne un objet tout fait.
Le poète surréaliste André Breton définit le « ready-made »
comme un « objet usuel promu à la dignité d’objet d’art par le
simple choix de l’artiste ».

novembre 2013 NRP COLLÈGE 47


Séquence 3 3e E ÉL È V
cH
1

FI

E
Parcours de lecture
1. Un univers quotidien
1. Complétez la déclaration : • Michel Houllié :
• Quand ? ...........................................................................................

........................................................................................... • Annette Reille :


...........................................................................................
• Où ?
...........................................................................................
• Alain Reille :
...........................................................................................
• Coupable ?
3. Donnez trois ingrédients du clafoutis de Véronique.
...........................................................................................
...........................................................................................
• Victime ?
...........................................................................................
...........................................................................................
4. Quels sont les trois livres sur la table basse du salon ?
• Délit ? ...........................................................................................

........................................................................................... ...........................................................................................

• Conséquences ? 5. Quel est le surnom d’Annette ? D’où vient-il ?


........................................................................................... ...........................................................................................

...........................................................................................
2. Retrouvez les professions de chaque personnage.
• Véronique Houllié : 6. Quel surnom les Houllié se donnent-ils ? D’où vient-il ?
........................................................................................... ...........................................................................................

2. Une politesse aigre-douce


7. Complétez les mots manquants dans les phrases • « Alors si vous ne pensez rien, ne dites rien, ne faites pas ces
ci-dessous, extraites de la pièce. réflexions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . » (Annette).
• « Nous sommes très touchés par votre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . , • « Ça vous a . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . de dégobiller » (Michel).
nous sommes sensibles au fait que vous tentiez d’aplanir • « L’honnêteté est une idiotie qui ne fait que nous
cette situation au lieu de l’. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . » (Annette). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . et nous . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . »
• « La femme pense il faut . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . , il (Véronique).
faut………………………., comme si ça servait à quelque • « Quand on est élevé dans une idée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . de
chose » (Alain). la virilité, on n’a pas envie de régler ce genre de situation à
• « Nous avons la faiblesse de croire aux pouvoirs coup de conversations » (Alain).
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . de la culture » (Véronique).

Cette fiche est à télécharger au


format word sur le site pour les
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aux besoins des élèves.

48 NRP COLLÈGE novembre 2013


E ÉL È V 3e Séquence 3
cH
2

FI

E
L’ironie dans la pièce
1. Définition
1. Que pouvez-vous dire de l’attitude du personnage 2. Par quels procédés cette attitude s’exprime-t-elle ? Donnez
d’Alain ? un exemple.
........................................................................................... ...........................................................................................

........................................................................................... ...........................................................................................

........................................................................................... 3. Formulez une définition de l’ironie.


........................................................................................... ...........................................................................................

........................................................................................... ...........................................................................................

........................................................................................... ...........................................................................................

2. Identifier les procédés stylistiques de l’ironie


4. Voici les différents procédés stylistiques qui peuvent
créer un effet d’ironie. Retrouvez quelle phrase du texte
correspond à chaque procédé. (À chaque procédé
correspondent deux exemples.)
1. L’antiphrase consiste à dire le contraire de ce que l’on
pense.
2. L’antithèse consiste en une affirmation contradictoire soit
par rapport à la pensée commune, soit par rapport à une
autre affirmation présente dans le texte.
3. L’oxymore consiste à associer dans une même expression
deux termes antagonistes, opposés.
4. La litote consiste à édulcorer la réalité affirmée pour laisser
entendre plus que ce qui est dit.
5. L’hyperbole consiste à exagérer la réalité affirmée, à
l’amplifier (notamment à l’aide d’expressions superlatives,
d’énumérations).
Exemples extraits du texte :
a. « Pain d’épice, délicieux… Au moins ça nous permet de
découvrir une recette » (p. 17, l. 200).
Kate Winslet et Christophe Waltz dans Carnage
b. « Madame, il faudrait beaucoup de choses. Il faudrait qu’il
de Roman Polanski.
vienne, il faudrait qu’il en parle, il faudrait qu’il regrette »
(p. 24, l. 358-359).
c. « Vous avez visiblement des compétences qui nous font
défaut, nous allons nous améliorer mais entre-temps, soyez
indulgente » (p. 24, l. 360-361).
d. « Véronique, vous êtes mue par une ambition
pédagogique qui est sympathique » (p. 28, l. 461-462).
e. « Ah des mécanismes de WC. J’aime bien ça. Ça
m’intéresse. […] Ça m’intéresse. Le mécanisme de WC
m’intéresse » (p. 31, l. 544-545).
f. « Vous continuez à vous jeter des fleurs, c’est merveilleux »
(p. 48, l. 951). Cette fiche est à télécharger au
format word sur le site pour les
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aux besoins des élèves.

novembre 2013 NRP COLLÈGE 49


ÉtuDE DE LA LANGuE
Analyser les valeurs
des temps et des modes
FIcHE
Par Amélie Berthou-Sergeant, professeur de lettres
ENSEIGNANt

Présentation
Déroulement • Les exercices portent d’abord sur la notion même de valeur,
puis sur trois temps simples de l’indicatif : le présent, l’imparfait
Ces pages sont constituées d’un test (évaluation diagnostique) et le passé simple envisagés dans leur complémentarité. Les
et de cinq fiches « Entraînement » suivies d’une évaluation temps composés sont ensuite traités ensemble pour leur aspect
sommative. Le test a été conçu par paliers de difficulté croissante accompli et le fait qu’ils expriment l’antériorité. Le futur simple est
avec, pour chaque niveau de difficulté, une fiche « Entraînement » rattaché aux modes impératif, infinitif et subjonctif du fait de leur
correspondante. Ainsi pourrez-vous orienter chaque élève vers capacité à exprimer l’ordre. Enfin, le mode subjonctif est opposé
l’entraînement qui lui est utile : l’entraînement 1 si l’exercice n° 1 au mode indicatif et les élèves sont invités à analyser la diversité
du test n’est pas réussi, ou l’entraînement 2 si le n°1 est réussi de ses emplois, dans le domaine de la virtualité.
mais pas le 2, et ainsi de suite. Une fiche « remédiation » est
téléchargeable sur le site de la NRP pour les élèves qui seraient en
• La question des valeurs repose en effet sur la capacité à
analyser. La complexité de cette question tient à ce qu’il ne
difficulté face au test. L’évaluation finale permettra de mesurer les
suffit pas de reconnaître un temps ou un mode mais, en plus,
progrès accomplis au terme de ce parcours d’entraînement.
il faut comprendre sa signification (ce qu’il sert à exprimer)
dans un contexte donné. C’est un travail de lecture autant que
Contenu
de conjugaison. C’est pourquoi, le plus souvent, les exercices
• Ces fiches couvrent l’ensemble des valeurs des temps et proposés dans ces fiches reposent sur une démarche inductive :
des modes abordés au collège : les entraînements 1 et 2 peuvent une phase d’observation guidée par des questions permet aux
être faits dès la 6e mais toutes les fiches concernent la fin de 4e élèves de construire eux-mêmes leur leçon. Ensuite seulement,
ou la 3e. d’autres exercices leur permettent de découvrir la variété des
valeurs et leurs nuances.
Le + numérique : en ligne, une fiche de remédiation sur les
valeurs de base du présent, de l’imparfait et du passé simple.

éléments de réponse aux fiches


tESt Je sais analyser la valeur des temps ENtRAÎNEMENt 4 L’expression de l’ordre
et des modes Le futur simple exprime le plus souvent des faits situés dans
Chaque exercice permet à l’élève de s’évaluer sur 4 ou 5 points. l’avenir, mais il peut aussi exprimer l’ordre : c’est le « futur
(Pour l’exercice n° 4, compter 1 point pour l’aspect.) Vous pouvez catégorique ». On distingue de nombreuses nuances comme
estimer que l’élève a bien répondu avec 3 réponses correctes au l’ordre, la défense, le conseil ou la prescription.
moins.
ENtRAÎNEMENt 5 Les valeurs des modes indicatif
ENtRAÎNEMENt 1 Les valeurs du présent et subjonctif
Définition : « Chaque temps verbal peut avoir différentes valeurs Il montre l’opposition entre l’indicatif, mode de la réalité, et
selon les phrases. La valeur d’un temps est son emploi, c’est-à-dire le subjonctif, mode de la virtualité (nuances : souhait, ordre,
ce qu’il sert à exprimer dans un contexte donné. » défense, supposition, éventualité, regret…). Quatre valeurs
circonstancielles entraînent l’emploi du subjonctif :
ENtRAÎNEMENt 2 Les valeurs de l’imparfait 1. les subordonnées de temps exprimant l’antériorité (L’action
et du passé simple n’étant pas encore réalisée quand la principale se réalise, elle est
considérée comme virtuelle.)
Valeurs de l’imparfait (arrière-plan : 1, 2, 7 / description : 8, 9 /
habitude, répétition : 3, 4, 5, 6, 10, 11). 2. le but (L’objectif est seulement visé mais pas encore atteint.)
3. la cause niée (La négation entraîne l’action dans le virtuel.)
Les valeurs et aspects
ENtRAÎNEMENt 3
4.  la cause avec alternative « soit que… soit que… » (Aucune des
des temps composés deux causes possibles n’est encore affichée comme réelle.)
Les temps simples marquent l’aspect inaccompli alors que les temps
composés marquent l’aspect accompli. De plus, ils expriment
l’antériorité par rapport aux temps simples qui leur correspondent.

50 NRP COLLÈGE novembre 2013


t E St

ÉtuDE DE LA LANGuE
Reconnaître Analyser Accorder construire Enrichir FIcHE
ENSEIGNANt

je sais analyser la valeur


des temps et des modes
Analyser les valeurs du présent
1. Vrai ou faux ? 3. « Je vais te lire une histoire. » Le verbe est ici conjugué au
1. La valeur du verbe dans « Tu danses maintenant » futur simple. . . . . . . . . . . . . . . . .
est le présent de l’indicatif. . . . . . . . . . . . . . . . .
4. « En 1789, on prend la Bastille. » Le verbe ici aurait dû être
2. La valeur du verbe dans « Tu danses maintenant » est
le présent d’énonciation. . . . . . . . . . . . . . . . . conjugué au passé simple. . . . . . . . . . . . . . . . .

Analyser les valeurs de l’imparfait et du passé simple


2. Entourez la bonne réponse parmi les deux propositions. 3. Son règne dura cent ans.
 Le passé simple s’emploie pour des actions : bornées / non
1. À Cannes, il montait les marches tous les soirs !
bornées.
 Le verbe est : à l’imparfait de description / d’habitude.
4. Il entra, vit le fauteuil confortable, s’installa et s’endormit.
2. Alors qu’elle prenait son bain, le téléphone sonna.  Pour une succession d’actions, on emploie : le passé simple /
 L’imparfait indique : l’arrière-plan / le premier plan de l’action. l’imparfait.

Analyser les valeurs et les aspects des temps composés


3. Reliez les propositions de façon à marquer l’antériorité 4. Reliez les temps à l’aspect qui leur correspond :
avec le temps qui convient :
temps simples •  • aspect accompli
Il faisait beau •  • quand le printemps sera venu. temps composés •  • aspect inaccompli
Il fait beau • • quand le printemps était venu.
Il fera beau • • quand le printemps est venu.
Il fit beau • • quand le printemps fut venu.

Distinguer l’expression de l’avenir et celle de l’ordre


5. Dans les phrases suivantes, entourez le verbe qui Si, vous participerez à la collecte ! (……………………)
exprime un fait situé dans l’avenir et indiquez le temps / Dans cette chambre, vous dormirez au calme.
(………………….) / Monter les blancs en neige.
auquel il est conjugué. Dans les autres phrases, c’est (……………….) / Montez le son. (…………………) / Il faut
l’ordre qui est exprimé : indiquez par quel moyen. absolument que tu nous rejoignes ! (……………………)

Comprendre les emplois du subjonctif


6. Expliquez l’emploi du subjonctif dans chaque phrase : 4. Ils patientent en attendant que le spectacle commence.
1. J’exige que tu enlèves tes chaussures chez moi !
...........................................................................................
...........................................................................................

2. Afin qu’il pleuve, il fait la danse de la pluie.


...........................................................................................
Cette fiche est à télécharger au
3. Il ne faut surtout pas que tu pleures ! format word sur le site pour les
abonnés numériques. Adaptable
...........................................................................................
aux besoins des élèves.

novembre 2013 NRP COLLÈGE 51


ÉtuDE DE LA LANGuE AÎNEME
tR

EN
1 Reconnaître Analyser Accorder construire Enrichir

Nt
Les valeurs du présent
Comprendre ce qu’est la valeur d’un temps
1. Observez ces séries de trois phrases puis répondez aux a. Ces verbes sont-ils tous conjugués au même temps ?
questions. Si oui, lequel ?
1. Je marche vers la piscine. – J’arrive bientôt. – Toutes les ...........................................................................................
semaines, je vais à la piscine.
b. Les trois actions exprimées par les verbes se déroulent-
a. Ces verbes sont-ils tous conjugués au même temps ? elles en même temps ?
Si oui, lequel ?
...........................................................................................
...........................................................................................

2. Complétez la leçon suivante :


b. Les trois actions exprimées par les verbes se déroulent-
elles en même temps ? Chaque . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . verbal peut avoir différentes
........................................................................................... ........................... selon les phrases. La . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
2. Il écoutait la radio ce soir-là. – Il se promenait toujours d’un temps est son emploi, c’est-à-dire ce qu’il sert à
avec son chien. – Il portait de grandes moustaches brunes exprimer dans un contexte donné.
depuis qu’il était marié.

Les valeurs du présent


3. Surlignez sur chaque axe chronologique la partie qui 4. Elle vient de voir passer Justin Bieber !
correspond aux actions exprimées par des verbes au
présent. (Le trait vertical indique le moment où l’on parle.)
1. Je parle aussi fort que possible, m’entends-tu ? 5. Les fleuves se jettent dans la mer, c’est scientifique !

2. Depuis deux semaines, je lis un roman passionnant. 6. Tous les soirs, mon frère me réclame une histoire…

3. Mon père part à la retraite dans cinq ans. 7. Christophe Colomb découvre l’Amérique en 1492.

4. En vous aidant de l’exercice précédent, reliez les phrases données à la valeur du présent qui leur correspond.
1. Il se brosse les dents après chaque repas. • présent d’énonciation
2. Je vais te confier un secret très important… • présent étendu
3. En 1969, Neil Armstrong marche sur la Lune. • présent d’habitude
4. L’eau gèle à zéro degré. • présent de vérité générale
5. Cette année, les pivoines sont à la mode. • présent à valeur de passé proche
6. Avec la marée, la mer monte à vue d’œil. • présent à valeur de futur proche
7. Dommage ! Votre train part à l’instant ! • présent historique

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52 NRP COLLÈGE novembre 2013


AÎNEME

ÉtuDE DE LA LANGuE
tR
Reconnaître Analyser Accorder construire Enrichir
2

EN

Nt
Les valeurs de l’imparfait
et du passé simple
Les valeurs de l’imparfait
1. Indiquez la valeur des verbes à l’imparfait du texte arrière-plan .........
en recopiant leur numéro dans le tableau.
.........
Il était  une fois un dragon qui se sentait 
bien seul. Chaque fois qu’il rencontrait  quelqu’un, il .........
essayait  de sourire mais alors il se mettait  à cracher
.........
des flammes qui faisaient  fuir ses interlocuteurs. Un
jour, il aperçut une jeune fille qui pleurait . Malgré
description .........
ses larmes, il vit qu’elle avait  les plus beaux yeux
qu’il n’ait jamais vus. Ses cheveux roux ondulaient  .........
merveilleusement. Au lieu de lui sourire, il la réconforta
.........
par la chanson douce que son père lui chantait  jadis
quand il était  mélancolique. C’est ainsi que le dragon .........
solitaire se fit une amie.
habitude, répétition .........

.........

.........

.........

La complémentarité de l’imparfait et du passé simple


2. Complétez les leçons suivantes par « l’imparfait » 3. Dans les phrases suivantes, conjuguez les verbes soit à
ou « le passé simple ». l’imparfait, soit au passé simple, selon leur valeur.
1. Il (être) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . une fois un rat d’égout qui
a. Dans un récit, les actions à l’arrière-plan et les (vivre) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . à Lyon. Un jour, il (recevoir) . . . . . .
descriptions sont à . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . alors que . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . la visite surprenante d’un crocodile qui ne
l’on utilise . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . pour les actions (passer) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . jamais par là d’habitude.
principales.
2. Une grosse moustache brune (retomber) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
b. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . s’emploie pour des actions ...... sous un nez aquilin. Sa couleur foncée (trancher) . . . . . . . . . . .
ponctuelles et bornées (c’est-à-dire des actions qui sont . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . avec un visage livide et inexpressif.
situées dans des limites précises).
À l’inverse, pour des actions répétitives ou non bornées 3. Soudain, le cowboy (arriver) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . au
(c’est-à-dire des actions envisagées dans leur durée, sans galop dans la rue principale ; il (sauter) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
limites précises), on emploie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . de son cheval et (entrer) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . bruyamment
dans le saloon. Tous les regards (se tourner) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
c. Dans le schéma narratif d’un récit au passé (un conte,
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . vers lui.
par exemple), on observe que la situation initiale est à
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . tandis que l’élément perturbateur
et les péripéties sont au . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
d. Pour écrire un portrait, on utilise plutôt . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
............... alors que pour un récit de bataille on emploie
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plutôt . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
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novembre 2013 NRP COLLÈGE 53


ÉtuDE DE LA LANGuE AÎNEME
tR

EN
3 Reconnaître Analyser Accorder construire Enrichir

Nt
Les valeurs et aspects
des temps composés
Aspects des temps simples et des temps composés
1. a. Indiquez pour chaque phrase si le verbe marque 3. Sa sœur avait grimpé au sommet de l’arbre.
l’aspect accompli (action achevée) ou inaccompli (action
➞ aspect . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
en cours).
b. S’il marque l’aspect accompli, modifiez son temps pour ➭ aspect . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ➞ . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
qu’il marque l’aspect inaccompli, et vice-versa. 4. Pour cela, il faut lire attentivement le mode d’emploi.
Exemple : Elle boit son thé. ➞  aspect INACCOMPLI
➞ aspect . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
➭ aspect ACCOMPLI = Elle a bu son thé.
➭ aspect . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ➞ . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
1. Tu termines ton exercice. ➞ aspect . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
➭ aspect . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ➞ . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 2. D’après vos réponses, complétez la leçon suivante :
2. Ce livre aura rencontré un grand succès.
Les temps simples marquent l’aspect . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
➞ aspect . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Les temps composés marquent l’aspect . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
➭ aspect . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ➞ . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

L’expression de l’antériorité avec les temps composés


3. Complétez le tableau suivant :
temps composé Il marque l’antériorité Exemples Placez les deux actions
par rapport au temps sur un axe chronologique.
simple suivant :
Passé composé présent Quand il a mangé, il part.
(il a mangé) (il part)
Plus-que-parfait imparfait Quand il…

… … Quand il eut mangé, il partit.

Futur antérieur … Quand il…

4. Exprimez l’antériorité en conjuguant le verbe ranger 2. Dès que tu (obtenir) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . la permission,


au temps qui convient : nous irons jouer au parc.
1. Tu ne sortiras que lorsque tu . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3. Je (lire) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . encore un peu mais j’ai
ta chambre !
déjà fini deux livres.
2. Tu peux sortir maintenant si tu . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
4. Elle se souvenait très bien de ce qu’elle (voir) . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
ta chambre.
................. .
3. Il put sortir une fois qu’il . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . sa chambre.
4. Il sortait seulement quand il . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . sa chambre.

5. Conjuguez les verbes indiqués au temps qui convient


en cherchant quelle action est antérieure à l’autre. Cette fiche est à télécharger au
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1. Quand les invités eurent diné, ils (se lever) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
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............. .
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54 NRP COLLÈGE novembre 2013


AÎNEME

ÉtuDE DE LA LANGuE
tR
Reconnaître Analyser Accorder construire Enrichir
4

EN

Nt
L’expression de l’ordre
Les valeurs du futur simple
1. Complétez la leçon suivante : 2. Soulignez en bleu les futurs qui expriment des faits
situés dans l’avenir et en vert les futurs catégoriques.
• Le plus souvent, le futur simple exprime des faits situés
dans l’ . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Quand vous irez dans la maison, vous verrez une pièce plus
sombre que les autres sur votre droite. C’est là que vous
Exemple : Cet été, j’écrirai un poème sur les bords de mer. prendrez la lampe et le tabouret et vous les chargerez dans
• Mais il existe d’autres valeurs du futur, regroupées sous le camion. Par contre, vous ferez bien attention à ne pas
le nom de « futur catégorique » : on peut en distinguer casser les vases. Vous ne les toucherez pas pour plus de
quatre nuances principales. sûreté. Mes parents seront ravis du service que vous nous
rendrez alors.
Exemples : Tu fermeras la porte en sortant !
= .............................................
– Tu ne tueras point. Tu ne voleras pas.
= .............................................
– Tu pourras peut-être vérifier que tu as ton billet.
= .............................................
– Vous prendrez ces médicaments avant le repas.
= .............................................

L’expression de l’ordre et de la défense


3. Observez les phrases suivantes puis complétez le tableau.
1. Ne bougez pas ! – 2. Entourer la bonne réponse. – 3. Vous n’oublierez pas votre sac. – 4. Regarde bien. – 
5. Que la lumière soit ! – 6. Tu feras la vaisselle et le ménage ! – 7. Chantons en chœur ! – 8. Qu’ils entrent ! – 
9. Ne pas se pencher. – 10. Faire le tour pour entrer. – 11. Faites-le !

Moyens employés pour exprimer Le temps du Le mode Le mode Le mode


l’ordre ou la défense ............................. ............................. ............................. .............................

Phrases données ci-dessus ............................. ............................. ............................. .............................


(indiquez le numéro)

4. Voici un extrait de recette de cuisine donné au futur catégorique. Récrivez-le trois fois en employant
les trois autres moyens (vus dans la question précédente) pour exprimer l’ordre et la défense.

Futur catégorique ... ... ...

Vous casserez les œufs et ............................................. ............................................. Il faut que vous…


séparerez les blancs des
............................................. ............................................. .............................................
jaunes. Surtout, vous ne
laisserez pas de bouts de ............................................. ............................................. .............................................
coquille dans le saladier !
............................................. ............................................. .............................................

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novembre 2013 NRP COLLÈGE 55


ÉtuDE DE LA LANGuE AÎNEME
tR

EN
5 Reconnaître Analyser Accorder construire Enrichir

Nt
Les valeurs des modes
indicatif et subjonctif
Indicatif ou subjonctif ?
1. Observez les deux phrases suivantes pour répondre d. Leçon :
aux questions, puis complétez la leçon.
Le mode . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . est le mode de la réalité
Il vient me voir. – J’aimerais qu’il vienne me voir.
alors que le mode . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . est le mode de
a. Le verbe « venir » est au présent dans les deux phrases, la virtualité.
mais de quel mode ?
2. Conjuguez les verbes indiqués soit à l’indicatif
– Dans la première phrase, le verbe est conjugué au mode soit au subjonctif en précisant le mode choisi.
....................................
1. J’apprends que tu (paresser) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . au
– Dans la seconde phrase, le verbe est conjugué au mode lieu de travailler ? (➞ . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . )
....................................
2. Donne-moi une feuille pour que je (pouvoir) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
b. Dans quelle phrase l’action du verbe « venir » est-elle écrire. (➞ . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . )
présentée comme certaine, réelle ? . . . . . . . . . . . . . . . 3. Cachons-nous afin qu’il (avoir) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
une surprise ! (➞ . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . )
c. Dans quelle phrase l’action du verbe « venir » est-elle
présentée comme éventuelle, incertaine, virtuelle ? 4. Elle est ravie que son orchidée (pousser) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
............... (➞ . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . )

Les valeurs du subjonctif


3. Reliez les propositions suivantes à la valeur du subjonctif qui convient.
1. Que personne ne bouge ! • le souhait
2. Nous irons danser, que tu le veuilles ou non. • l’ordre
3. Que la lumière soit ! • la défense
4. Dommage que la lune soit cachée par les nuages. • la supposition
5. Pourvu que sa sœur lui pardonne ! • l’éventualité
6. Imaginez que le monstre sorte de sa grotte… • le regret

4. Dans les propositions subordonnées conjonctives circonstancielles suivantes, expliquez l’emploi


du mode subjonctif en précisant sa valeur.
1. Nous sommes rentrées avant qu’il ne fasse nuit.
.................................................................................................................................................................................................

2. Il insiste pour qu’elle finisse la course.


.................................................................................................................................................................................................

3. Il n’a pas aimé ce film, non qu’il soit raté mais parce que le sujet lui déplaisait.
.................................................................................................................................................................................................

4. Elle n’a rien vu, soit qu’elle soit naïve, soit qu’il soit très discret.
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56 NRP COLLÈGE novembre 2013


LuAtIO

ÉtuDE DE LA LANGuE
VA
Reconnaître Analyser Accorder construire Enrichir

N
É
je vérifie mes connaissances sur
les valeurs des temps et des modes
Complétez le tableau après avoir lu le texte suivant.
Le nain, qui jugeait quelquefois un peu trop vite, décida – Mais, dit le nain, j’ai bien tâté.
d’abord qu’il n’y avait personne sur la terre. Sa première – Mais, répondit l’autre, vous avez mal senti.
raison était qu’il n’avait vu personne. Micromégas lui fit
– Mais, dit le nain, ce globe-ci est si mal construit, cela est si
sentir poliment que c’était raisonner assez mal : « Car, disait-
irrégulier et d’une forme qui me paraît si ridicule ! »
il, vous ne voyez pas avec vos petits yeux certaines étoiles de
la cinquantième grandeur que j’aperçois très distinctement ; Voltaire, Micromégas, chapitre IV (1752).
concluez-vous de là que ces étoiles n’existent pas ?

Verbe du texte temps de l’indicatif Aspect (accompli Valeur (Pourquoi ce temps ? Je sais
ou inaccompli) Cherchez le sens du texte.) répondre :
jugeait inaccompli
/2
décida inaccompli
/2
était
/3
avait vu
/3
aperçois
/3
ai tâté
/3
tOtAL :
/ 16

Reliez le mode à la valeur et à l’exemple qui lui correspondent.


VALEUR MODE EXEMPLE

mode de la réalité • • indicatif • • « Pourvu qu’il vienne ! »

mode de la virtualité
• • infinitif • • « Il est venu hier. »
(ex : pour un souhait)

mode du verbe non conjugué, peut


• • impératif • • « Ne pas faire de bruit dans les coulisses. »
servir à exprimer l’ordre ou la défense

mode qui sert surtout à exprimer


• • subjonctif • • « Faites un effort ! Concentrez-vous ! »
l’ordre ou la défense

tOtAL : / 20

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novembre 2013 NRP COLLÈGE 57


ANALYSE FILMIQuE 6e-5e
Indigènes
de Rachid Bouchareb (2006)
FIcHE Par Marie Pierre Lafargue, intervenante cinéma en milieu scolaire
ENSEIGNANt
• Venu « du fond de la misère », lié à sa mère qu’il quitte pour
Une page oubliée de l’histoire de France
aller défendre la « mère Patrie », Saïd est encore un enfant et la
guerre sera son rituel initiatique. Son rapport explosif à Marti-
• En 2006, avec Indigènes, le réalisateur Rachid Bouchareb
nez traduit la relation à la fois inégale, paternaliste et fusion-
ouvre une page oubliée de l’histoire de l’immigration en
nelle de la France et de l’Algérie. Emblématique, leur mort em-
France, celle des 130 000 « sujets français » d’Algérie, des pro-
porte ensemble l’enfant du bled et le pied-noir métis, enlacés
tectorats du Maroc et de la Tunisie et des colonies d’Afrique
comme des frères ennemis (11). Une cavalcade de chevaux
Équatoriale et Orientale engagés au secours de la France
introduit Yassir, le fier goumier marocain engagé par appât
occupée aux côtés des Alliés et des forces de la France Libre
du gain. Il se tient déjà aux côtés de son frère Larbi, auquel
durant la Seconde Guerre mondiale.
il voue un amour immodéré. Son apparente sauvagerie (3)
• Outre sa portée historique et civique évidente, le film pré- révèlera une véritable figure christique, portée par le sens du
sente un autre intérêt pédagogique, car il engage une véri- sacré, du sacrifice et de la transmission (5/7/9). Homme de
table réflexion sur le langage cinématographique et la place base entonnant Le Chant des Africains, Messaoud est repré-
du spectateur. Incarné par des acteurs populaires de renom et senté comme un homme debout. Tireur d’élite, toujours en
soutenu par des formes et des effets inspirés du cinéma spec- première ligne, il rêve cependant davantage d’amour et de
taculaire américain, Indigènes s’adresse clairement à un public famille que de gloire. Finalement terrassé comme un géant
jeune dans une volonté de transmission. Mais en mêlant de magnifique, dont un ralenti accompagne doucement la chute,
l’intime à l’épique, il transcende aussi les stéréotypes du film il ne connaîtra des joies du pater familias qu’un bref sommeil
de guerre et libère le regard sur l’histoire, condition sine qua dans une maison vide, sur un fauteuil abandonné, sous les
non de l’élaboration de l’esprit critique. portraits d’une famille inconnue (10).

Cinéma et histoire Le regard accusateur d’Abdelkader


• Constitué d’une mosaïque d’images d’archives en noir et • Personnage central et chaînon manquant entre le récit his-
blanc et d’une musique orientale, le générique (1) manifeste torique et ses répercussions dans le présent, Abdelkader
d’emblée l’intention du réalisateur de recomposer une part incarne les questions politiques et morales revendiquées par
de l’histoire du Maghreb. De la bataille de Monte Cassino (3) le film. Représenté tout d’abord assis en train d’écrire devant
qui ouvre aux Alliés la voie vers Rome, aux combats meurtriers sa copie d’examen, dans le lieu symbolique de Sétif, il figure
des forêts des Vosges (7) en passant par la libération de Mar- la lutte contre l’injustice et l’intégration par le mérite et la loi.
seille (5), Indigènes opère un travail précis de reconstitution Porteur des réclamations de ses hommes (les tomates [4], la
des faits militaires et révèle le rôle primordial joué par les sol- permission [8]), il annonce les revendications nationalistes et
dats d’Afrique lors de la reconquête de l’Europe. indépendantistes des pays du Maghreb.
• Le film rectifie le récit historique, toujours écrit par les vain- • L’épilogue (12) fait de ce survivant à la fois le témoin et la
queurs comme en attestent les séquences des photographes victime de l’ingratitude de la France : soixante ans plus tard,
après les combats (3/11), et en reconstitue les pièces man- seul au milieu des stèles anonymes du carré musulman d’un
quantes. Hommage aux anonymes sacrifiés, il s’adresse aussi à cimetière militaire, Abdelkader se recueille sur les tombes de
la France d’aujourd’hui et, à travers le parcours de Saïd, Abdel- ses compagnons. Avec son décor minéral et ses cadres fron-
kader, Messaoud, Yassir et Martinez, accuse une intégration taux, la mise en scène souligne le sort des soldats gisant dans
manquée. l’oubli. Puis l’espace se resserre autour du vieillard. En suivant
son trajet silencieux du tramway à la petite chambre d’une
HLM de banlieue, Indigènes révèle un paysage social morne et
De grandioses antihéros indifférent que le regard d’Abdelkader, dans le dernier plan du
film, vient accuser comme il dénonce les carences politiques
• Indigènes repose sur des personnages fortement carac- d’un État capable de condamner une partie de ses citoyens à
térisés. De leur apparition (1) à leur ultime combat (11), ils un dénuement et une solitude sans fin.
obéissent à un système figuratif complexe qui confère au
film d’action une dimension métaphorique et soutient son
caractère critique.

58 NRP COLLÈGE novembre 2013


E ÉL È V
cH

ANALYSE FILMIQuE 6e-5e


FI

E
Indigènes
de Rachid Bouchareb (2006)
Après la projection du film, répondez aux questions et aux consignes.

1. Le générique
1. De quel type d’images est-il constitué ? 4. Quel genre de musique les accompagne ?
........................................................................................... ...........................................................................................

2. Que représentent-elles ? 5. Qu’évoque-t-elle ?


........................................................................................... ...........................................................................................

...........................................................................................
6. En quelle(s) langue(s) s’inscrit le titre du film ?
3. Quelle forme dessinent-elles ? ...........................................................................................

...........................................................................................
7. Que signifie le terme « indigène » ?
...........................................................................................
...........................................................................................

2. Cinq soldats
8. Citez les noms des cinq personnages principaux. 11. Décrivez-les en vous aidant du tableau suivant :
...........................................................................................
S… Y… A… M… M…
...........................................................................................
Posture
...........................................................................................
Vêtement
9. Dans quel lieu chacun apparaît-il ?
Attributs
...........................................................................................

...........................................................................................
Personnage associé
........................................................................................... Rapport au
langage/écriture
10. Quelle est leur situation au début du film ?
Grade militaire
...........................................................................................

........................................................................................... 12. Qu’ont-ils tous en commun ?


........................................................................................... ...........................................................................................

3. La France et eux
13. Pour quelle(s) raison(s) chacun s’engage-t-il ? 17. Dans quel lieu se termine le film ?
........................................................................................... ...........................................................................................

14. Que représente La France pour eux ? 18. À quelle époque sommes-nous ?
........................................................................................... ...........................................................................................

15. À quoi sont-ils prêts pour elle ? 19. Qu'est devenu Abdelkader ?
........................................................................................... ...........................................................................................

16. Bénéficient-ils du même traitement que les autres ? Cette fiche est à télécharger au
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novembre 2013 NRP COLLÈGE 59


ENtRAÎNEMENt BREVEt
Huis clos
de jean-Paul Sartre
FIcHE Par Mariane Zingraff, professeur de lettres
ENSEIGNANt

Questions (15 points) Réécriture (3 points)


1. Les indices attendus sont : le découpage en scène, puisque « Qu’est-ce que vous voulez, chaque client pose (0,5 point)
qu’il est indiqué au début du texte « Scène première », les la même question. Il s’amène (0,5 point) : “Où sont les pals ?”
didascalies (il y en a plusieurs, l’élève doit en recopier au À ce moment-là, je vous jure qu’il ne songe (0,5 point) pas
moins une), et l’alternance des répliques indiquée par le nom à faire sa (0,5 point) toilette. Et puis, dès qu’on l’(0,5 point) a
des personnages : Garcin et Le Garçon. rassuré (0,5 point), voilà la brosse à dents. »
2. Les mots appartiennent au champ lexical de l’hôtellerie.
On peut supposer que la scène se passe dans une chambre Dictée (7 points)
d’hôtel.
3. Il n’y a pas de miroirs, de fenêtres, de brosse à dents ni « Ce que le théâtre peut montrer de plus émouvant
de lit. Pour la seconde partie de la question, toute réponse est un caractère en train de se faire, le moment du
pertinente est acceptée. choix, de la libre décision qui engage une morale et
4. a. Cette énumération fait référence à la torture. toute une vie. et comme il n’y a de théâtre que si l’on
réalise l’unité de tous les spectateurs, il faut trouver des
b. L’article défini introduit un nom connu ou supposé connu
situations si générales qu’elles soient communes à tous.
de tout le monde : cela vient confirmer l’idée que nous ne
nous avons nos problèmes : celui de la fin et des moyens,
sommes pas dans une quelconque chambre d’hôtel, mais
de la légitimité et de la violence, celui des conséquences
dans un lieu que tout le monde connaît. de l’action, celui des rapports de la personne et de
5. Cette énumération et le titre de la pièce connotent un la collectivité, de l’entreprise individuelle avec les
univers carcéral et un procès. constantes historiques, cent autres choses encore. Il me
6. Toute réponse évoquant l’enfer, le purgatoire ou le semble que la tâche du dramaturge est de choisir parmi
jugement dernier sera acceptée. ces situations limites celle qui exprime le mieux ses
soucis et de la présenter au public comme la question
7. Garcin utilise l’imparfait pour parler de lui-même : « Savez- qui se pose à certaines libertés. »
vous qui j’étais ? » ; cela nous indique qu’il est mort.
L’autre élément prouvant que les deux personnages sont en Jean-Paul Sartre, Un théâtre de situations,
enfer est la réplique du garçon : « Des personnes qui n’ont © éd Gallimard, coll. « Folio essais », 1992.
jamais mis les pieds ici. Car enfin, si elles y étaient venues… »,
Barême : 0,5 point : fautes de grammaire, d’accords ;
ainsi que le rire des deux personnages indiqué dans la
0,25 point : fautes d’orthographe lexicale ;
didascalie suivante : on comprend que personne n’est jamais
0,5 point maximum pour les erreurs de ponctuation.
revenu de l’endroit où ils se trouvent.
Une troisième réponse peut-être acceptée, la réplique de
Garcin : « Voulez-vous que je vous raconte comment cela Rédaction (15 points)
se passe ? Le type suffoque, il s’enfonce, il se noie, seul son
regard est hors de l’eau et qu’est-ce qu’il voit ? Un bronze de Quelques conseils pour l’évaluation :
Barbedienne. » Il semble qu’il ait fait lui-même l’expérience • Les copies rédigées dans une syntaxe et/ou une
de son récit de mort, puisque le bronze face auquel le « type » orthographe trop approximative ne devraient pas être
se réveille se trouve dans la chambre de Garcin. notées au-dessus de 5/15.
• Les hors sujets ne devraient pas être notés au-dessus de
8. « Et pourquoi se regarderait-on dans les glaces ? […]
3/15.
J’imagine qu’il y a de certains moments où je regarderai de
• Le recours à une culture personnelle (littéraire ou autre)
tous mes yeux. »
sera valorisé.
a. Dans la première phrase, « regarder » est conjugué au
conditionnel simple, dans la deuxième phrase, ce verbe est
conjugué à l’indicatif futur.
b. Le conditionnel marque l’incertitude, le doute. Au
contraire, l’indicatif futur est la marque d’une action qui va
avoir lieu de manière certaine.

60 NRP COLLÈGE novembre 2013


E ÉL È V
cH

ENtRAÎNEMENt BREVEt
FI

E
Huis clos
de jean-Paul Sartre
Scène première le garÇon. – Là ! Là ! excusez-moi. Qu’est-ce que vous
garCin, le garÇon D’étage. voulez, tous les clients posent la même question. Ils
Un salon style Second Empire. Un bronze sur la cheminée. s’amènent : « où sont les pals ? » À ce moment-là, je vous
jure qu’ils ne songent pas à faire leur toilette. et puis,
garCin, Il entre et regarde autour de lui. – Alors voilà.
dès qu’on les a rassurés, voilà la brosse à dents. mais,
le garÇon. – voilà.
pour l’amour de Dieu, est-ce que vous ne pouvez pas
garCin. – C’est comme ça… réfléchir ? Car enfin, je vous le demande, pourquoi vous
le garÇon. – C’est comme ça. brosseriez-vous les dents ?
garCin. – Je… Je pense qu’à la longue on doit garCin, calmé. – oui, en effet, pourquoi ? (Il regarde
s’habituer aux meubles. autour de lui.) et pourquoi se regarderait-on dans
le garÇon. – Ça dépend des personnes. les glaces ? Tandis que le bronze, à la bonne heure…
garCin. – est-ce que toutes les chambres sont pareilles ? J’imagine qu’il y a de certains moments où je regarderai
le garÇon. – Pensez-vous ! Il nous vient des Chinois, de tous mes yeux. De tous mes yeux hein ? Allons,
des Hindous. Qu’est-ce que vous voulez qu’ils fassent allons, il n’y a rien à cacher ; je vous dis que je n’ignore
d’un fauteuil Second empire ? rien de ma position. voulez-vous que je vous raconte
garCin. – et moi, qu’est-ce que vous voulez que j’en comment cela se passe ? Le type suffoque, il s’enfonce,
fasse ? Savez-vous qui j’étais ? bah ! ça n’a aucune il se noie, seul son regard est hors de l’eau et qu’est-ce
importance. Après tout, je vivais toujours dans des qu’il voit ? Un bronze de barbedienne. Quel cauchemar !
meubles que je n’aimais pas et dans des situations Allons, on vous a sans doute défendu de me répondre,
fausses ; j’adorais ça. Une situation fausse dans une salle je n’insiste pas. mais rappelez-vous qu’on ne me prend
à manger Louis-Philippe, ça ne vous dit rien ? pas au dépourvu, ne venez pas vous vanter de m’avoir
le garÇon. – vous verrez : dans un salon Second surpris ; je regarde la situation en face. (Il reprend sa
empire, ça n’est pas mal non plus. marche.) Donc, pas de brosse à dents. Pas de lit non
garCin. – Ah ! bon. bon, bon, bon. (Il regarde autour de plus. Car on ne dort jamais, bien entendu ?
lui.) Tout de même, je ne me serais pas attendu… vous Jean-Paul Sartre, Huis clos, 1944, © éd. Gallimard.
n’êtes pas sans savoir ce qu’on raconte là-bas ?
le garÇon. – Sur quoi ? 1. Pal : pieu aiguisé à son extrémité.
garCin. – eh bien… (avec un geste vague et large) sur
tout ça.
le garÇon. – Comment pouvez-vous croire ces
âneries ? Des personnes qui n’ont jamais mis les pieds
ici. Car enfin, si elles y étaient venues…
Questions (15 points)
garCin. – oui.
Ils rient tous deux. 1. À quels indices comprenez-vous que ce texte appartient
garCin, redevenant sérieux tout à coup. – où sont les au genre du théâtre ? Relevez des indices précis pour
pals1 ? répondre. (3 points)
le garÇon. – Quoi ? 2. À quel champ lexical appartiennent les mots suivants :
garCin. – Les pals, les grils, les entonnoirs de cuir. « toutes les chambres » et « tous les clients » ? Où peut-on
Le garÇon. – vous voulez rire ? supposer que la scène se passe ? (2 points)
garCin, le regardant. 3. Relevez dans le texte deux éléments qui devraient se
– Ah ? Ah bon. non, je ne voulais pas rire. (Un trouver dans une chambre d’hôtel, mais qui sont absents ici.
silence. Il se promène.) Pas de glaces, pas de fenêtres, Comment l’interprétez-vous ? (2 points)
naturellement. rien de fragile. (Avec une violence subite :)
et pourquoi m’a-t-on ôté ma brosse à dents ? 4. a. À quoi l’énumération « les pals, les grils, les entonnoirs
le garÇon. – et voilà. voilà la dignité humaine qui vous de cuir » fait-elle référence ? (1 point)
revient. C’est formidable. b. Dans cette énumération, justifiez l’emploi de l’article
garCin, frappant sur le bras du fauteuil avec colère. – Je défini. (1 point)
vous prie de m’épargner vos familiarités. Je n’ignore rien 5. Mettez cette énumération en relation avec le titre de la
de ma position, mais je ne supporterai pas que… pièce. Qu’est-ce qui est ainsi connoté ? (1 point)

novembre 2013 NRP COLLÈGE 61


ENtRAÎNEMENt BREVEt

6. Où se trouvent réellement les deux personnages ? personne et de la collectivité, de l’entreprise individuelle


Appuyez-vous sur vos réponses aux questions précédentes. avec les constantes historiques, cent autres choses
(1 point) encore. Il me semble que la tâche du dramaturge est de
7. Relevez deux autres éléments du texte qui appuient votre choisir parmi ces situations limites celle qui exprime le
réponse. (2 points) mieux ses soucis et de la présenter au public comme la
question qui se pose à certaines libertés. »
8. « Et pourquoi se regarderait-on dans les glaces ? […]
J’imagine qu’il y a de certains moments où je regarderai de Jean-Paul Sartre, Un théâtre de situations,
tous mes yeux. » © éd Gallimard, coll. « Folio essais », 1992.
a. À quels temps et modes est conjugué le verbe regarder
dans ces deux phrases ? (1 point)
b. Expliquez la différence de sens entre les deux. (1 point)
Rédaction (15 points)
Vous traiterez au choix l’un des sujets suivants :
Réécriture (3 points) Sujet 1 : Inventez la scène qui suit celle que vous venez de
Réécrivez le passage suivant en remplaçant « tous les lire.
clients » par « chaque client ». Faites toutes les modifications Votre texte fera au moins deux pages.
nécessaires : Sujet 2 : À la fin de la pièce, Garcin s’exclame : « Pas besoin
« Qu’est-ce que vous voulez, tous les clients posent la même de gril : l’enfer, c’est les Autres ! » Qu’en pensez-vous ?
question. Ils s’amènent : “Où sont les pals ?” À ce moment-là, Vous présenterez votre réflexion dans un développement
je vous jure qu’ils ne songent pas à faire leur toilette. Et puis, organisé.
dès qu’on les a rassurés, voilà la brosse à dents. » Votre texte fera au moins deux pages.
Quelques conseils méthodologiques
• Pour le sujet 1, pensez à recopier la dernière phrase du
Dictée (7 points) texte. Cela vous aidera à respecter la situation d’énonciation
(temps, personnages…).
« Ce que le théâtre peut montrer de plus émouvant
• Pour le sujet 2, veillez à adopter une présentation en
est un caractère en train de se faire, le moment du
choix, de la libre décision qui engage une morale et paragraphes. Cela favorise la bonne intelligibilité de votre
toute une vie. et comme il n’y a de théâtre que si l’on propos. Il est vivement conseillé d’utiliser un brouillon sur
réalise l’unité de tous les spectateurs, il faut trouver lequel vous ferez la liste de vos différents paragraphes.
des situations si générales qu’elles soient communes N’oubliez pas : 1 paragraphe = 1 idée (+ 1 exemple si
à tous. nous avons nos problèmes : celui de la fin et possible).
des moyens, de la légitimité et de la violence, celui Après cela, classez vos idées de la moins importante à la plus
des conséquences de l’action, celui des rapports de la importante.

François Marthouret, Claire Nebout et Claire Borotra dans Huis clos, mise en scène de Robert Hossein, 2000.

62 NRP COLLÈGE novembre 2013


LAtIN 4e
L’humour noir d’hannibal
Par Anne Sinha, professeure agrégée de lettres classiques

FIcHE
ENSEIGNANt

Présentation punique (218-202 av. J.-C.), dont le point de départ est la


prise de Sagone, en Espagne, par les Carthaginois. Hannibal
Ce texte, qui rapporte une plaisanterie d’Hannibal, est issu a alors l’idée d’attaquer Rome par voie terrestre, avec le
des Saturnales de Macrobe (370-430), œuvre mettant en fameux épisode de la traversée des Alpes. Il remporte
scène un banquet philosophique et fournissant grâce à de nombreuses victoires comme celle du lac Trasimène
ce dispositif toutes sortes d’anecdotes et de mots d’esprit. (217 av. J.-C.) et de Cannes (216 av. J.-C.), avant de perdre
Le texte ne présente pas de difficultés grammaticales le combat à l’issue de la bataille de Zama en 201 av. J.-C.
particulières, et la perspective de la pointe finale pourra Après la victoire romaine, il s’exile en Asie, où il fréquente
encourager les élèves à le traduire. La séance est prévue les cours de plusieurs souverains, dont Antiochus, et finit
pour une heure. par se suicider vers 183 av. J.-C., afin d’éviter d’être livré aux
Romains.
Traduction 5. La plaisanterie d’Hannibal est explicitée par Macrobe
lui-même. Alors qu’Antiochus, certes fier avant tout
des richesses arborées par ses troupes, évoque dans sa
Le Carthaginois Hannibal, réfugié chez le roi Antiochus, question le rapport de force numérique, Hannibal pense,
fit une plaisanterie avec beaucoup de finesse. Son beau lui, au tribut que vont payer ces troupes, qui selon lui sont
mot fut le suivant. Antiochus montrait dans la plaine les assurées de perdre. Cette anecdote sert à mettre en avant
troupes immenses qu’il avait préparées en vue de faire la la grande finesse du personnage et, surtout, sa lucidité
guerre au peuple romain et faisait manœuvrer son armée quant à l’invincibilité de la puissance romaine à l’issue de la
resplendissante d’insignes d’or et d’argent. […] Alors le
Deuxième Guerre punique.
roi, tout fier de contempler son armée si grande et si or-
nementée, aperçut Hannibal et lui demanda : « Penses-tu
que tout ceci soit suffisant pour les Romains ? » Alors le
Punique, se moquant de la paresse et de l’inaptitude à la
guerre de ses soldats si richement armés, dit : « Je pense
que cela est tout à fait suffisant pour les Romains, même
s’ils sont très cupides. »

grammaire
1. La forme facturus est un participe futur, reconnaissable à
son suffixe -urus, a, um. Il peut se traduire par « sur le point
de ». On rappellera les trois formes de participes en latin,
deux actifs (participes présent et futur) et un passif (participe
parfait passif ).
2. La forme « comparaverat » est au plus-que-parfait, servant
à marquer l’antériorité dans un texte au passé.
3. Dans le groupe « imbelliam militum ejus », il y a deux
compléments au génitif. Le premier est le complément du
nom de imbellia et le deuxième est le génitif du pronom de
rappel is, ea, id et sert à indiquer la possession (traduction
littérale « de celui-ci »).

Monnaie d’argent de la famille d’Hannibal.


Civilisation
4. Hannibal Barca (247-183 av. J.-C.) est le fils d’Hamilcar.
Cette fiche est à télécharger au
Il grandit dans la détestation de Rome, qui a vaincu
format word sur le site pour les
Carthage lors de la Première Guerre punique (264-241
abonnés numériques. Adaptable
av. J.-C.). Il mène les opérations lors de la Deuxième Guerre
aux besoins des élèves.

novembre 2013 NRP COLLÈGE 63


E ÉL È
cH
LAtIN 4e

VE
FI
L’humour noir d’hannibal
Macrobe rapporte dans ses Saturnales une plaisanterie grammaire
d’Hannibal, alors en lutte contre les Romains et réfugié 1. Identifiez la forme « facturus ».
auprès du roi Antiochus.
...................................................................................................

Hannibal Carthaginiensis apud regem Antiochum profu- 2. À quel temps est la forme « comparaverat » ?
gus facetissime cavillatus est. Ea cavillatio hujuscemodi fuit.
Ostendebat Antiochus in campo copias ingentes quas bellum ...................................................................................................

populo Romano facturus comparaverat, convertebatque exer-


3. Analysez la construction « imbelliam militum ejus ».
citum insignibus argenteis et aureis florentem […]. Atque ibi
rex contemplatione tanti et tam ornati exercitus gloriabundus ...................................................................................................
Hannibalem aspicit et : Putasne, inquit, satis esse Romanis ...................................................................................................
haec omnia ? Tunc Poenus eludens ignaviam imbelliamque
militum ejus pretiose armatorum : Plane, inquit, satis esse
credo Romanis haec, etsi avarissimi sunt.
Civilisation
Macrobe, Saturnales.
4. Que savez-vous d’Hannibal ?
...................................................................................................
Traduction ...................................................................................................

Traduisez le texte à l’aide du vocabulaire suivant. ...................................................................................................


Hannibal, alis, m : Hannibal ...................................................................................................
Carthaginiensis, e : carthaginois, synonyme aussi de Poenus,
...................................................................................................
a, um
...................................................................................................
Apud + acc : chez
Rex, regis, m : roi 5. Expliquez sa plaisanterie.
Antiochus, i, m : Antioche ...................................................................................................

Profugus, a, um : réfugié ...................................................................................................

Facetus, a, um : plaisant, spirituel ...................................................................................................


Cavillor, aris, ari, atus sum : plaisanter ...................................................................................................
Cavillatio, onis, f : plaisanterie
...................................................................................................
Hujuscemodi : de cette manière
...................................................................................................
Ostendo, is, ere, ostendi, ostentum : montrer
...................................................................................................
Campus, i, m : plaine
...................................................................................................
Copiae, arum, f. pl. : troupes
Comparo, as, are, avi, atum : préparer ...................................................................................................

Converto, is, ere, verti, versum : faire manœuvrer ...................................................................................................

Floreo, es, ere, ui : avoir des couleurs brillantes ...................................................................................................

Insigne, is, n : insigne (militaire) ...................................................................................................

Gloriabundus, a, um : tout fier ...................................................................................................


-Ne : particule interrogative, est-ce que ? ...................................................................................................
Eludo, is, ere, lusi, lusum + acc : se moquer de
...................................................................................................
Ignavia, ae, f : paresse
...................................................................................................
Imbellia, ae, f : inaptitude à la guerre
...................................................................................................
Pretiose : à grand prix
Armatus, a, um : armé Cette fiche est à télécharger au
Plane : entièrement format word sur le site pour les
abonnés numériques. Adaptable
Etsi : même si
aux besoins des élèves.

64 NRP COLLÈGE novembre 2013


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