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AMAZIGHS CELEBRES

ABBANE BOULOUGHINE KATEB YACINE


ABBAS BOUMEZRAG Al KHUSHANI
Abd el KRIM BOUBEGHLA Ibn KHALDOUN
Abd el MUMIN CARACALLA KHAYR EDDINE
Abu ZAKARIYA CYPRIEN KEBAÏLI
Isabelle ADJANI DAMSIRI KOCEILA
AHADDAD DASSINE KRIM
Al AKHDARI DJAOUT LACTANCE
Al ANKA Assia DJEBBAR MAGON
Al LAMTUNI DONAT MAMERI
Al MALZUZI El MOKRANI MASSINISSA
Al MANSUR FERAOUN MATOUB
Al MARRAKUCHI FIRMUS MEDDOUR
Al MU’IZ GAÏA MICIPSA MIMOUN
Al QAYRAWANI GILDON MOHAND
Al SHANI HANNIBAL MONIQUE
Al WARTILANI HIARBAS MOULOUDJI
Aït HOCINE HIEMPSAL Marie-José NAT
AMIROUCHE Ibn ARUS Edith PIAF
Jean AMROUCHE Ibn Abi ZAYD Daniel PREVOT
Taos AMROUCHE Ibn al ARIF Fatma N’SOUMER
ANTEE Ibn BADIS SEPTIME SEVERE
APULEE Ibn BATTUTA SHE-SHONG
ARNOBE Ibn al DJAZZAR SYPHAX
ARKOUN Ibn FIRNAS TARIQ BOZRAD
ATHENA Ibn MUTTI TACFIRINAS
ATLAS Ibn QUNFUD TERENCE
AUGUSTIN Ibn TACHFIN TERTULLIEN
Sliman AZEM Ibn TUMERT TIN HINAN
BELKACEM IDIR Najat-VALLAUD
Ben AÏSSA IGUERBOUCHENE BELKACEM
Ben BOULAÏD JUBA I YAGHMURASEN
Ben M'HIDI JUBA II Tarek Ibn ZIYADE
Ben YOUSSEF JUGURTHA ZIRI
BENZEMA KAHINA ZIDANE
BOUBAGHLA etc.
PROPOS INTRODUCTIF
Dans son excellente analyse des chances d’évolution favorable de
la langue et de la culture berbère en Algérie du Nord, ANIA KACI OULD
LAMARA émet un espoir pour l’avenir : « les récentes avancées (au
Maroc et en Algérie) en faveur du Tamazigh nous incitent à penser que
la question de l’identité culturelle berbère n’est plus taboue ». Ce tabou
qui durant si longtemps a entouré l’expression franche, non seulement
culturelle ou linguistique mais ô combien artistique, intellectuelle et
esthétique de l’apport berbérique à l’Afrique et à l’humanité.
Freud se plait à rappeler que ce qui est tabou pour un groupe
humain l’est forcément car il représente le totem d’un autre groupe.
Autrement dit, ce qui a paru défendu voire interdit par des générations
d’arabisants a finalement abouti à sacraliser, totémiser la revendication
aujourd’hui évidente de populations qui représentent 25 à 40% de
l’ensemble des peuples d’Afrique du Nord.
Le peuple appelé « berbère », « barbaros » en grec ou « bar-bar »
en arabe parce qu’ils ne parlaient pas la langue des « civilisés » ou «
Tamazigh » en berbère, « hommes libres » ce qui correspond à son
identité a donc une longue histoire. Il a connu toutes les périodes
depuis les Cananéens, les Abyssins, les Libyens et les pharaons, les
Phéniciens et les Romains, les vandales et les Byzantins et jusqu’aux
Arabes et aux Français. Il a eu ses grands rois de Numidie, ses
Aguelids, ses empereurs romains (Caracalla), ses héroïnes guerrières
mais aussi ses saints chrétiens (Augustin, Lactance), ses musulmans
et ses célébrités plus modernes:
- Lounès Matoub
- l’imam Abu Zakariya
- le poète et écrivain Katab Yacine
- l’intellectuel Miammri
- l’érudit moderne Charif al Wartilani (1710)
- le célèbre Ibn Battuta qui parcourut le monde
- l’héroïque Fatma N’Soumer
- le grand journaliste el Mouhoub Jean Amrouche
- le fameux écrivain Mouloua Feraoun
- la femme de lettres Marguerite Taos Amrouche
- le chanteur Azem (1915-1954)
- la Targuiya amoureuse Dassiné ult-Imana.
Sur une stèle de Micipra, roi numide, on retrouve des inscriptions
témoignant de la langue et de la civilisation numide. L’auteur St Gselle
ajoute : « à Hadrumète, dans une importante nécropole, beaucoup
d’urnes calcinées remplies d’os calcinés, portent traces au pinceau ou
au charbon des noms des défunts en une écriture cursive proche de
l’alphabet néopunique laissant admettre que les origines berbères de
la région tenaient à faire prévaloir leur langue et leur civilisation ».
Langues et cultures, les deux témoignages tangibles de l’identité
berbère forte de l’Amazighité sont depuis la nuit des temps une
revendication, une affirmation et un droit existentiel des peuples
berbères d’Afrique du Nord et d’ailleurs.
SOMMAIRE
INTRODUCTION:
HISTOIRES ET LEGENDES AUTOUR DE
L’ORIGINE DES AMAZIGHS

CHAPITRE 1 :
LA PREHISTOIRE

CHAPITRE 2 :
L’AFRIQUE CARTHAGINOISE ET
LES GUERRES PUNIQUES

CHAPITRE 3 :
LES ROYAUMES AMAZIGHS

CHAPITRE 4 :
DU CHRISTIANISME AUX CONQUETES
ARABO-MUSULMANES

CHAPITRE 5 :
LES CONQUETES ARABO-MUSULMANES

CHAPITRE 6 :
LES AMAZIGHS APRES LES CONQUETES
ARABO-MUSULMANES

CHAPITRE 7 :
LES AMAZIGHS A L’EPOQUE
CONTEMPORAINE

CONCLUSION
INTRODUCTION:
HISTOIRES ET LEGENDES
AUTOUR DE L’ORIGINE DES
AMAZIGHS

L a question des origines des Amazighs est au centre de


nombreux récits liés aux traditions les plus diverses de
l’Antiquité et aux légendes grecques ou pharaoniques. De
nombreux historiens comme Hérodote, Polybe, Salluste, Strabon,
Pline ou Ptolémée se sont intéressé à cette question. Le destin
singulier des peuples berbères, leur identité, leurs origines
passionnent toujours les historiens de l’Afrique du Nord. Parmi les
nombreux travaux sur ce sujet, c’est l’Histoire des Berbères (1402)
de l’historien Ibn Khaldoun (1332-1406), qui demeure l’œuvre de
référence.
L’anthropologie, l’archéologie et l’étymologie permettent de
déterminer une origine d’ordre scientifique du peuple berbère même
s’il subsiste de nombreuses zones d’ombre. Mais, l’histoire des
Berbères comporte également sa part de légende. Construite durant
des millénaires, c’est une histoire émaillée de conquêtes,
d’innovations sociales, de bouleversements culturels et religieux qui
participent à la construction de l’identité actuelle.

I. UN HERITAGE DE LEGENDE
Le mot « Berbère » vient du latin « barbarus » et du grec
« barbaros » signifiant « étrangers » (à la Grèce ou à Rome). En
berbère, c’est le terme « imazighen » (« amazigh » au singulier) qui
désigne les tribus de ce peuple et signifie « hommes libres ». En latin,
le mot « tributes » désigne une division du peuple romain.

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La Berbérie, est appelée « Tamazgha » et l’Afrique du Nord
« Hifriks-u-gafa ». Elle désigne les habitants des plateaux du Nord du
Sahara, élevant des troupeaux (Numides) et les Maures agriculteurs.
1. Prévalence sémite
Sous le nom de « lebu » « temehu » ou « tehenu », les Berbères
étaient connus des pharaons. Il en est de même des tribus Mesh-
wesh descendants des Mèdes iraniens dont ils auraient transformé
le nom de « Mazices » en « Imazighen » ou « Amazigh ».
Dans leurs étapes nord-africaines, les Mèdes et les Perses se
seraient mêlés aux peuples autochtones :
 Libyens formant le peuple des Maures, qui auraient peuplé les
diverses Maurétanies dont la Tingitane,
 Gétules, qui seraient à l’origine des Numides,
 Peuples éthiopiens qui permirent l’avènement des
Garamantes,
 Phéniciens qui ont fondé Carthage,
 Yéménites, selon certains tenants de l’origine Arabe des
Berbères.
Selon Ibn Khaldoun (1332-1408), le peuple amazigh aurait pour
ancêtre commun Mazigh, qui dans la Bible est le fils de Canaan, lui-
même fils de Cham, deuxième fils de Noé. Mazigh aurait engendré
deux peuples: les Botr et les Bernis.

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Strabon (v.64 av.J.-C.-v.25 ap.J.-C.), remontant aux Cananéens
et même aux Indiens, voit dans les origines des Berbères, des
hommes venus de l’Inde et conduits par Hercule (Héraklès) en Libye
puis jusqu’à l’extrême pointe du Maroc : la Tingitane1. C’est là que
sont situées les colonnes d’Hercule et le fabuleux jardin des
Hespérides aux pommes d’or, où le géant Atlas est condamné à
porter sur ses épaules la voûte du ciel.
Flavius Josèphe (37-100 ap. J.-C) verrait dans les Gétules les
descendants d’Euilaïo, fils de Kush roi biblique, maître de redoutables
guerriers éthiopiens qui ont fait prospérer cette région de Judée à
Canaan et sont à l’origine des peuples nabatéens. Le nom
d’« Euilaïo » aurait été transformé en « Gaï aloi »2.
Salluste (86 av. J.-C.-v.35 av. J.-C.) dans de Bello Jugurthino
consacré au plus illustre des Berbères, Jugurtha, prête une origine
orientale aux Berbères. Ils seraient descendants d’Ifricos le fils de
Goliath, le géant de la Bible. Chassés de la région cananéenne ils se
seraient établis en Afrique3.
Pour d’autres auteurs, le groupe de Cananéens chassés par
Josué serait issu d’Ophrem, petit fils d’Abraham qui aurait donné
naissance :
 Aux Gétules en Afrique du Nord et du centre
 Aux Libyens à l’est (la Tripolitaine).
2. Les « AFRI »
Ce terme désigne les populations du Maghreb. Leur pays est
appelé « Africa ».
Selon Salluste, le mot « Afrique » découlerait d’« Ifricos », le
prénom du fils de Goliath. Lui comme Hérodote appelaient les
hommes blancs du littoral « Libyens », « Mazices » ou « Maures »,

1 Géographie : encyclopédie géographique de 17 livres (écrite entre 20 av. J.-C. et 23 ap. J.-C.)
2
Les Antiquités judaïques : récit de 20 livres sur l'histoire du peuple juif (édité vers 93-94).
3
La Guerre de Jugurtha : récit de la guerre entre les Romains et le roi numide Jugurtha qui se déroula
de 112 à 105 av. J.-C. en Afrique du Nord.

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c'est-à-dire les « Occidentaux » plus ou moins soumis aux Grecs et
à Carthage. Les autres, non-soumis à Carthage sont les Numides
(Est Maghreb).
Pour les Romains les « barbari » sont ceux qui ne parlent ni latin
ni grec.
D’autres groupes étrangers venus d’Europe (Gaule, Espagne) se
seraient mêlés aux Berbères à l’origine.
3. Autres origines
Laurent-Charles Féraud (1829-1888) a découvert près de
Constantine des monuments d’allure celtique en terre berbère. Pour
lui, les Berbères blonds seraient descendants de Gaulois
mercenaires de Rome, d’où le fait que l’on trouve des dolmens en
Algérie.
Alfred Rosenberg (1893-1946), leur confère une origine Aryenne.
Enfin Quatrefages (1810-1892) affirme que les Berbères
descendent d’un cousin de l’homme de Cro-Magnon (l’homme
Atérien de Bir-el-Ateir, -40 000)4.

II. CULTURE ET MODE DE VIE


Le mode de vie initial des Berbères repose sur un système
patriarcal, endogamique et de concubinage centré sur la famille. Elle
est liée par la solidarité des générations.
L’ensemble des familles est appelé thakerouat (la tribu). Tous les
membres sont soumis au chef de village qui prend la forme d’une
république ayant à sa tête la Djemâa où les affaires communes sont
discutées ente les anciens, délégués des familles. Plus qu’une
population, la tribu représente une Nation. Il existe des groupements
très larges : Numides, Massyles, Massaesyles, Maures...

4 Unité de l'espèce humaine (1861), Paris, Hachette.

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Hérodote décrit les Berbères comme un peuple vigoureux,
résistant et avec une natalité forte. Ils se nourrissent de végétaux, de
blé, de froment, de grain moulu, de couscous mais également de lait.
Ils élèvent des bœufs, des chèvres, des moutons, des chevaux, des
chiens. La propriété est collective dans le cadre d’une sorte de
communisme villageois ou tribal.
Les rois sont appelés Aguellid. Leur mode de succession est
principalement dynastique et héréditaire (Massinissa eut pour
successeurs ses fils Micipsa, Gulussa et Mastanabal) mais peut
varier (en 207 Gaïa cède son titre à son frère plus âgé). Les Rois
Berbères détiennent un pouvoir absolu.
Les langues berbères dérivent du libyque et se lisent de bas en
haut. Elles se déclinent en plusieurs langues dont le kabyle. Des
vocables étrangers berbérisés incluent des sources germaniques,
finnoises, égyptiennes, coptes, sémitiques et aryennes.
L’art Kabyle comprend : gravures, peintures rupestres, bijoux,
tapis, céramique...
La religion reconnait l’immortalité de l’âme. Les morts sont
enterrés dans des bazinas (tumulus de pierre ou dolmens).
La plupart des tribus berbères sont à l’origine, nomades. Certaines
adopteront la vie sédentaire des villes alors qu’une partie résistera
longtemps à la sédentarisation en repoussant sans cesse les
menaces pesant sur leur mode de vie.
La structuration patriarcale fondée sur la famille permet dès le V e
siècle av. J.-C. la formation de tribus, de confédérations et de
royaumes dont les prémices furent les Massyles et les Massaesyles.

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III. LES GRANDES TRIBUS AMAZIGHS
Selon Ibn Khaldoun, les dynasties berbères ont pour ancêtre
commun Mazigh5. Elles se divisent en 2 branches :
 Les Botr descendants des Madghis
 Les Baranes.
Les grandes tribus sont :
 Les Sanhadjas
 Les Houaras
 Les Zenetes
 Les Masmoudas
 Les Koutamas
 Les Awrabas
 Les Berghwatas
 Les Zouaouas
Ces tribus se subdivisent en sous-tribus autonomes et
territorialement définies. Au Moyen Age, leurs descendants forment
de nouvelles dynasties :
 Les Zirides
 Les Ifren
 Les Maghraouas
 Les Almoravides
 Les Hammadites
 Les Almohades
 Les Abdelwadides
 Les Wattasides
 Les Meknassas
 Les Hafsides etc
De plus, certains chefs arabes ont épousé des femmes berbères:
 Idriss fonde la dynastie des Idrissides
 Ibn Rustom est à l’origine de la dynastie des Rostémides

5 Pour plus de détails voir annexe 1 : les tribus berbères selon Ibn Khaldoun.

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FIGURES LEGENDAIRES
ATHENA
Ou Minerve de la mythologie grecque. Elle aurait pour origine
Athena Tritogeneia, reine libyenne.

POSEIDON
Dieu de la mer libyque.

ANTEE
Géant libyque.

ATLAS
Titan portant le ciel.
Il est associé à l’Atlantide, aux Hespérides.

TIN HINAN
Reine de l’Hoggar, ancêtre des Touaregs. Elle eut une fille :
Kella. Ibn Khaldoun considère qu’elle engendra Ishawwra.

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CHAPITRE 1 :
LA PREHISTOIRE
(-2 millions à -3 500)
I. PALEOLITHIQUE INFERIEUR (-3 MILLIONS A -300 000)

L
a découverte à Ain El Haneche (Sétif), de sphéroïdes à
facettes par Arambourg en 1947, atteste de l’existence d’êtres
humains à la fin du Tertiaire : l’homo-habilis. Ces découvertes
sont le témoignage des premiers hommes. On retrouve
également des galets dentelés autour des lacs, des outils fossiles
constituant la Pebble culture (civilisation des galets).
L’Homo-erectus, Homme de Tigenif, de Ternifine ou de Palikao est
un atlanthrope de petite taille (1m50) qui se nourrit de chasse, de
pêche et de cueillette. La faune se compose d’animaux de sangliers,
éléphants, hippopotames, girafes… sa culture est acheuléenne. Ils
pratiquent des rites funéraires et peut-être avait-il découvert le feu.

II. PALEOLITHIQUE MOYEN (-300 000 A 35 000)


A Bir Ater (Tébessa), on retrouve des pointes
moustériennes6 typiques, des lames, des racloirs et des
éclats pédoncules qui attestent d’une longue période
atérienne et d’une industrie étendue présente en
Mauritanie, au Niger, au Sahel, dans les Nementchas, le
Sahara, la Libye.
L’Atérien est le correspondant en Afrique du Nord, de l’Homme de
Cro-Magnon (Homo-Sapiens Sapiens) vivant en Europe occidentale
et centrale. On retrouve sa présence en Algérie, au Maroc, en
Tunisie, dans le Sahara, en Libye, au Niger, en Maurétanie. Cet
ibero-maurusien présente des affinités morphologiques avec les

6 La période du Moustérien s’étend de -300 000 à -30 000.

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peuples du sud de l’Espagne. Maurus signifie noir en grec. Ce Cro-
Magnon d’1m75 et de stature robuste, habitait sous-abri, dans des
grottes. Il n’est pas certain qu’il fut l’ancêtre des Berbères.

III. PALEOLITHIQUE SUPERIEUR (-35 000 A -12 500)


Au Paléolithique supérieur, vivait l’homme dit de
Mechta Al Arbi (découvert à Afalou et à Tiaret). Il est
identifié comme l’homme des zones côtières
méditerranéennes du Tell, à l’ouest de Constantine et près
de Maghnia et à Rabat.
Cueilleur et chasseur, il ramassait des coquillages près de Tipasa,
dans le Chenoua et dans des grottes côtières. De grande taille
(1m72) et aux membres allongés, il est ibéro-maurusien. Certaines
migrations venues d’Espagne se seraient fondues avec les hommes
du Maghreb présentant des affinités morphologiques avec les
peuples du sud de l’Espagne, formant cet ensemble à l’origine des
Berbères.
L’homme de Taforalt (-12 500), remonte à cette origine
eurasienne. Ce protoméditerrannéen, un nouveau type d’Homo-
Sapiens, se généralise dans cette partie nord de l’Afrique proche de
la mer. Egalement de grande taille (1m 75), et de face haute, son
front est plus étroit et ses orbites carrées. Il a le nez droit et son crâne
est dolichocéphale. Il est défini comme le cromagnoïde de type
Capsien (Maroc, Berkane).

IV. EPIPALEOLITHIQUE (-12 500 A -6 000) ET


NEOLITHIQUE (-6 000 A -2 200)
A la même période apparait en Orient (Palestine, Jordanie,
Néguev) un homme dit natoufien, découvert à Oued-en Natouf
(Palestine). Ce chasseur, cueilleur et agriculteur, crée des villages et
inhume ses morts dans les sépultures aménagées. Il est peut-être à
l’origine du Capsien.

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Au Néolithique, des peuples méditerranéens, des pasteurs du
Haut Nil et des hommes venus de l’Est envahissent l’Afrique du Nord.
Ils sont les ancêtres directs des Numides. Cette période s’étend de -
6700 à -3000 et géographiquement du Constantinois au Tiddikelt.
Les Capsiens sont donc un peuple d’origine orientale qui aurait
subi une inflexion négroïde au Sahara durant le Néolithique. La
civilisation capsienne ou proto-berbère, est à l’origine des Berbères.
Elle tire son nom du site de Capsa (ou Gafsa) en Tunisie.
Pêcheurs, cueilleurs et agriculteurs, les Capsiens vivent dans des
abris, des grottes et sont faiblement nomades. Ils enterrent leurs
morts (à partir de -22 000) dans des amoncellements pierreux ornés
d’offrandes annonçant les futurs monuments funéraires (Medracen).
Ils utilisent les os pour fabriquer des aiguilles, des lames dentelées,
de petits outils, des couteaux, des haches. Ils travaillent également
l’argile pour en faire des poteries de forme animale. Ils construisent
des cendrières, faites de coquilles d’escargots et de divers
ossements. Tissages, tatouages, poteries et peintures se répandent
au Maghreb. On retrouve des peintures rupestres magnifiques au
Tassili N’adjer et dans la région d’Al-Bayadh en Algérie.
L’assèchement progressif du Sahara (-2600) assura la
conservation sèche de ce peuple. Trois types de Berbères
méditerranéens se distinguent dans leur évolution anthropologique :
 Le type robuste qui correspond aux Touaregs du Hoggar.
 Le type gracile et élancé qui correspond aux Berbères du Nord
(Kabyles du Nord de l’Algérie, de Tunisie et du Maroc).
 Le type intermédiaire que l’on peut attribuer aux Chleuhs,
Regueibat, nomades arabisés du sud Maroc.
La langue capsienne est l’ancienne langue berbère d’Afrique du
Nord. C’est le protoberbère.
La domestication du cheval ouvre la période équidienne. En
Kroumirie (sud tunisien) certains peuples de type éthiopien, à peau
noire sont éleveurs de chevaux. On les appelle « équidiens », ils sont
conducteurs de chars et connaissent la roue. Ces cavaliers

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redoutables vont conquérir le Sahara et une partie de l’Ethiopie. Ce
sont eux que les auteurs grecs et latins appellent, au IVe siècle,
« Berbères ». Il s’agit :
 Des Gétules du Centre et de l’Ouest
 Des Garamantes à l’Est et au voisinage des peuples
libyques.
Ces deux peuples sont les ancêtres des Berbères sahariens. A
ces paléoberbères s’ajouteront les libyens ou Lebous de l’extérieur
des frontières de la domination romaine en Afrique.

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CHAPITRE 2 :
L’AFRIQUE CARTHAGINOISE
ET LES GUERRES PUNIQUES
(-800 à-146)
I. LES PHENICIENS ET CARTHAGE

D
urant l’Antiquité les Berbères peuplaient l’Afrique du Nord, une
partie de la Libye et le Sahara. Les Grecs appelaient « Lebou »
l’ensemble de ces peuples « Libyques » incluant les Gétules,
les Garamantes et toutes les populations nomades ou sédentarisées
de l’Afrique du Nord et du Nord-Est également appelés « Maures »
(du grec « Mavros » : hommes à peau sombre).
A partir du IXe siècle, émerge la cité de Carthage. Selon
la légende, c’est Didon, fille ainée du roi des Phéniciens,
qui fonda la ville sur un site favorable et abrité de la côte
nord-africaine. Cette reine légendaire, aurait fui son pays
pour échapper à son frère Pygmalion, qui refuse de la voir
monter sur le trône. Le nom de la cité « Kart-Hadashi, »
signifie la ville nouvelle.
Cette cité devient le centre politique, économique et culturel de
l’Afrique du Nord contrôlant de nombreux comptoirs phéniciens
installés en Libye, en Sicile, en Sardaigne, sur la côte nord-africaine,
aux Baléares, en en Espagne et au Maroc. Peu à peu, les coutumes
et traditions phéniciennes et la langue punique se développent au
Maghreb. Des villes se forment, les tribus abandonnent leur mode de
vie nomade au profit de la vie citadine. Les clans qui jusqu’alors,
vivaient indépendamment les uns des autres, se regroupent et se
fédèrent autour d’un chef.
Sur le plan militaire, Carthage affirme sa puissance maritime en
combattant les tentatives grecques de s’implanter en Afrique

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Septentrionale. Son armée se compose de mercenaires issus des
peuples locaux: Berbères, Ibères, Gaulois insulaires des Baléares,
Libyens, Maures…
Deux royaumes notables coexistent aux frontières de Carthage :
les Masaesyles et les Massyles. Ce sont deux royaumes numides,
deux royaumes ennemis et Carthage, en faisant appel à eux, va sans
le savoir précipiter sa perte.

II. LES GUERRES PUNIQUES


A partir de -264, Carthage et Rome vont s’affronter durant trois
guerres dites Puniques (de « Poena » : la Phénicie). Elles ont pour
objet le contrôle de la Sicile occupée par des Grecs.
Nouvelle puissance en devenir au Nord, Rome qui s’étend sur
toute l’Italie centrale et les cités grecques de l’Italie du Sud, entrent
dans le jeu des conquêtes.
Les Mamertins, mercenaires originaires d’Italie installés à Messine
et menacés par les Carthaginois et les Grecs de Syracuse font appel
aux Romains. C’est la première guerre punique (-264 à -241), gagnée
par les Romains contre les Carthaginois menés par Hamilcar Barca
à Egates en -241. La Sicile devient alors province romaine.

20
Hannibal Barca, fils d’Hamilcar lui succède en -221 bien décidé à
vaincre Rome. Violant un traité interdisant au Puniques de franchir
l’Ebre, il assiège Sagonte (Espagne) en -219, déclenchant la
deuxième guerre punique (-218 à -201). Il franchit ensuite les Alpes
avec son armée et ses fameux
éléphants et bat successivement
Scipion, Tiberius Sempronius et
Flamininus. Parvenant à s’emparer de
Capoue ainsi que de Syracuse et de
Tarente, il épargne Rome. Puis,
Carthagène (sud de l’Espagne) tombe
aux mains de Scipion l’Africain et les
Romains débarquent en Afrique. Lors de
la bataille de Zama en -202, ils remportent
la victoire et Hannibal s’exile en Arménie.
Non contents de leur victoire à Zama, les Romains veulent détruire
totalement Carthage (« Delenda est Carthago » : « il faut détruire
Carthage »). Après avoir conclu une alliance avec le roi berbère
numide Massinissa, Scipion Emilien s’empare de Carthage en -146.
C’est la troisième guerre punique (149 à 146 av. J.C.). Détruit de fond
en comble, la cité de Carthage disparait. L’Afrique carthaginoise
devient une province Romaine (Africa proconsulaire).

21
22
CHAPITRE 3 :
LES ROYAUMES AMAZIGHS

s uite à sa victoire sur l’Empire carthaginois, Rome étend sa


puissance sur le continent africain. Durant plusieurs siècles
l’Afrique se romanise et se divise en trois régions :
1/ une Province romaine (Carthage, Leptis Magna ou Lebda).
2/ la Numidie englobant Constantine, Hippone et Timgad.
3/ le Royaume de Maurétanie (du Rhummel au Maroc inclus)
subdivisé en Maurétanie césaréenne (Césarée, Icosium, l’Oranie),
Maurétanie sitifienne (province de Sétif) et Maurétanie tingitane
(Tanger et la côte atlantique marocaine).
Le plus ancien roi berbère est Hiarbas (VIIe s. av JC), qui aurait
voulu épouser Didon de Carthage. On peut également citer : le roi
libyen Ailymas ou encore Naravas qui aurait commandé les Numides,
hors de Carthage.
Au IVe s. av. J.-C. se constitue le royaume massyle. Au siècle
suivant, l’Algérie est divisée entre royaume massyle avec pour
capitale Zama et royaume massaesyle dont la capitale est Siga.

23
I. LES MASSAESYLES
Les Massaesyles vivent sur un territoire s’étendant de la Moulouya
au Cap Bougaroun et comprenant le Maroc oriental et plus les deux
tiers de l’Algérie. En -203, leur capitale est Siga et le roi de la Numidie
occidentale est Syphax. Durant la deuxième guerre punique il s’allia
à Scipion et Hasdrubal Gisco dont il épousera la fille, Sophonisbe,
face à Gaïa (roi de Numidie orientale).
Roi puissant, il annexe le territoire de Gaïa à sa mort. Toutefois, la
guerre contre Carthage, Massinissa et Rome annonce la ruine de la
Massaessylie. Fait prisonnier en -203, après la défaite de la bataille
des Grandes Plaine, il mourut à Rome en -203 ou -202. Son fils
Vermina lui succède et sera le dernier roi massaesyle avant
l'unification de la Numidie par Massinissa.

II. LES MASSYLES


Leur royaume fut moins étendu que celui des Massaessyles. Il
correspond à l’Algérie orientale et la Tunisie Occidentale.
1. Massinissa (238 - 148 av. J.-C)
Dans l’est de l’Afrique du Nord, la Numidie suivait avec attention
les démêlés de son voisin carthaginois. Après la victoire romaine de
Zama sur Hannibal en -202 par Scipion l’Africain, Massinissa, fils du
roi Gaïa, prend le pouvoir. Furieux contre les Carthaginois qui avaient
préféré traiter avec son concurrent au trône, Syphax, il se rapproche
de Rome et notamment de Scipion l’Africain. Il participe à la victoire
de Zama sur Hannibal, puis entreprend la reconquête de son
royaume de Numidie. Il entre à Cirta (Constantine), bien décidé à
nuire à Carthage. Reconnu roi par le sénat romain et « grand
Aguellid » de la Berbérie (Massylie), une alliance s’établit entre Rome
et la Numidie. Elle permet aux Romains d’entreprendre la troisième
guerre punique dirigée par Scipion Emilien.
Durant son long règne, Massinissa étend son autorité sur de
nombreuses tribus. Le royaume de Numidie devient alors un agrégat

24
de regroupements tribaux parfois difficiles à apaiser (comme
l’illustrent les exemples des Mazetules, Soubas, Agazis etc.).
Toutefois, le rassemblement du peuple massyle s’opéra autour de ce
souverain qui, selon Tite-Live, proclama à la face du monde cette
réplique restée dans les mémoires : « L’Afrique aux Africains ».
Massinissa meurt en -148 sans avoir vu le triomphe romain ni la
destruction de Carthage. Honoré voire adoré, il est enterré à (Kroub)
dans la tradition berbère
2. Jugurtha (160 – 104 av. J.-C.)
Petit-fils de Massinissa, il s’insurge contre les Romains et tente de
reconstituer le royaume numide, morcelé par les alliances concluent
par les Romains avec les rois berbères. Ceux-ci devaient payer un
tribut et fournir des cavaliers à l’armée romaine.
Dès -118, Jugurtha s’affiche comme héraut de l’indépendance de
l’Afrique du Nord et remporte plusieurs succès militaires. Ce guerrier
valeureux et talentueux déconcerte les légionnaires romains par sa
rapidité. Mais, trahi par son beau-père Bocchus, roi de Maurétanie, il
est fait prisonnier par Sylla, délégué du consul Marius. Il meurt à
Rome en -104. Il incarne l’esprit et l’âme berbères de la résistance à
l’envahisseur.
3. Juba 1er (85 av. J.-C. - 46 av. J.-C)
Ce roi de Numidie allié de Rome prend parti pour Pompée, le
fameux ennemi et rival de Jules César. Vaincu par celui-ci à Thapsus,
le roi numide se suicide.
4. Juba II (52 - 23 av. J.C.)
Fils de Juba 1er, il est élevé à Rome à la mort de son père par
l’impératrice Octavie, épouse d’Auguste. Il reçoit alors une éducation
princière romaine et grecque. Il épouse Cléopâtre-Séléné, fille de
Marc-Antoine et de Cléopâtre d’Egypte et se voit confier par Auguste
le pouvoir royal sur la Numidie qui s’étend jusqu’à l’Océan Atlantique.
Il fonde sa capitale à Iol-Césarée (Cherchell) qu’il dote d’un phare

25
comme celui d’Alexandrie. Prince érudit, il est aussi un historien
reconnu de l’Afrique. Son règne se déroule de façon pacifique et
prospère malgré des difficultés avec les Gétules. Dès lors la
domination romaine s’étendit sur les territoires de la Tunisie, du
Constantinois, d’Alger, d’Oran et des côtes du Maroc. Des garnisons
défendaient le limes (zone frontière entre les terres à domination
romaine et le reste de l’Afrique). La colonisation romaine se traduit
par l’exploration de grands domaines cédés aux mercenaires aux
soldats et aux dignitaires de l’empire servis par des esclaves
nombreux, essentiellement africains.

26
FIGURES ILLUSTRES
SHE SHONG 945 av. JC.
Roi berbère, il est issu des Tehennous, Berbères qui pénètrent en Egypte ainsi que les
Mash-Wesh et les Lebous originaires de la Libye.
SYPHAX (berbère : ⵙⵉⴼⴰⴽⵙ) 240 - 200 av. JC.
Roi Numide issu des Massaessyle, il s’allia à Rome et à Hannibal contre Massinissa,
fils de Gaïa (Massyle). Il est l’époux de Sophonisbe et le père de Vermina.
MASSINISSA (berbère : ⵎⴰⵙⵏⵙⴻⵏ) 238 - 148 av. JC.
Fils de Gaïa, roi Massyle, il est l’allié de Rome contre Hannibal et unit la Numidie
après Zama (-202).
JUBA I (berbère : ⵢⵓⵠⴰ) 85 - 46 av. JC.
Fils de Hiempsal, il règna à partir de 50 av JC. Homme de guerre, fort et adroit il resta
brouillé avec le rois maures Bocchus et Bogud. A Rome, alors que la guerre civile
oppose César et Pompée, c’est avec Pompée qu’il choisit de s’allier. Les alliés de César
(dont Bocchus) défirent Juba qui fut encerclé à Thapsus et s’échappe dans les
montagnes. César s’empara de son royaume qui devint une province romaine : l’Africa
nova. Il emmène le futur Juba II à Rome pour son éducation.
JUBA II (berbère : ⵢⵓⴱⴰ) 52 - 23 av. JC.
Roi de Numidie, élevé à Rome, il fut l’époux de Cléopâtre Séléné et le père de
Ptolémée. Il sera roi sous tutelle romaine.
TACFARINAS (berbère : ⵜⴰⴽⴼⴰⵔⵉⵏ) 20 av. JC - 24 ap JC.
Ancien soldat des Romains, il déserte, mécontent des comportements romains envers
les populations. Il s’en prend aux colons, semant la panique et le désarroi en battant
l’armée de Decius et pratique la guérilla dans les villes et les campagnes. Dolabella,
proconsul romain le surprend à Auza dans une embuscade où il meurt en 24 ap JC.
SEPTIME SEVERE 146-211
Né à Leptis Magna (actuelle Lebda), Lucius Septimius Severus Pertinax fut empereur
de Rome. D’abord soldat commandant en Illyrie, il fut proclamé par ses soldats devant
la vacance du pouvoir de Rome. Ces troupes plus nombreuses et mieux entrainées lui
permirent la victoire à Isco contre son concurrent et adversaire Pescennius (195) et
contre Albinus à Lyon. Il s’empare de Ctésiphon, ville parthe sur la Caspienne. Il
meurt en 211en Grande-Bretagne où il combattit les Calédoniens. Il laisse un grand
empire à son fils Caracalla.
CARACALLA 188-217
Fils de Septime Sévère et empereur romain, il lutta contre les révoltes afin d’unifier
l’empire. Il mena des campagnes en Gaulle, en Syrie, sur le Danube, en Egypte et accorda
la citoyenneté romaine à tous les hommes libres de l’empire. Il fut assassiné en Syrie.

27
28
CHAPITRE 4 :
DE L’AVENEMENT DU
CHRISTIANISME AUX
CONQUETES ARABES
(IIIe s.-VIIe s.)
I. L’EXTENSION DU CHRISTIANISME

A partir du IIIe siècle, une Eglise d’Afrique se développe dans


les provinces de l’Est de l’Afrique du Nord. L’Edit de
Caracalla (212) accorde la citoyenneté romaine à tous les
hommes libres. Avec l’Edit de Milan (311) Constantin officialise la
religion chrétienne et la doctrine de l’Eglise romaine à partir de 325
(Concile de Nicée où le dogme de la Trinité est établi). Une brillante
civilisation romano-africaine se développe (théâtres, cirques,
amphithéâtres) et s’implante dans des villes telles que Césarée,
Timgad, Tipasa, Djemila, Cirta etc… De nombreux historiens,
philosophes, théologiens et écrivains sont d’origine berbéro-
romaine : Tertullien, Térence, Suétone, Apullée, Saint Augustin,
Saint Cyprien, etc.
Cependant, des divisions entre Chrétiens éclatent, liées à l’action
prosélyte de sectes déviantes de la doctrine officielle de l’Eglise
(donatisme, docétisme, arianisme)7. En 370, Firmus, un prince
Kabyle, se rebelle ouvertement contre les Romains, ralliant à sa
cause les partisans du Donatisme. La Numidie est alors mue par un
fort sentiment national, ses classes populaires aspirant à ne plus

7L’arianisme, remet en cause la nature du Christ (ni humain, ni divin) et la Sainte Trinité.
Le docétisme affirme que Jésus-Christ n'aurait pas véritablement eu un corps de chair et n'aurait
souffert et ne serait mort qu'en apparence.
Le donatisme affirme qu’un sacrement n’a aucune valeur s’il est rendu par un coreligionnaire n’ayant
pas résisté lors des persécutions.

29
vivre sous la coupe des envahisseurs. Si Firmus échoue dans sa
rébellion, la révolte ne s’essouffle pas pour autant. La division de
l’Empire romain et l’absence de gouvernement stable pour l’Afrique,
divisent les Berbères.

II. LES VANDALES ET LA PERIODE BYZANTINE


Au Ve siècle, cette Afrique romaine chrétienne divisée subit un
coup fatal. Les Vandales, originaires de Russie méridionale et
conduits par Genséric, envahissent la province romaine d’Afrique
(429-534). Les Berbères, insurgés contre
Rome les voient dans un premier temps,
comme des libérateurs. Cependant,
Genséric se proclame roi d’Afrique et de
Carthage. Il met ainsi fin à l’Afrique
romaine et ouvre l’ère de la Berbérie
vandale qui durera un siècle, jusqu’à ce
que Bélisaire chasse les Vandales.
Justinien réorganise l’Afrique du Nord en
sept provinces :
 La Zeugitane de Carthage (Tunisie du Nord)
 La Byzacene (Tunisie du Sud : Capsa)
 La Tripolitaine (Tripoli)
 La Numidie (Constantinois)
 La Maurétanie Sitifienne (Sétif)
 La Maurétanie Césaréenne (Cherchell, Oranie)
 La Maurétanie Tingitane (Tingis, Volubilis).
Durant la période byzantine de l’Afrique du Nord, les schismes
minant les dogmes chrétiens, l’insubordination des populations
berbères et leurs révoltes incessantes justifieront l’installation par les
Byzantins en Afrique du Nord de villes fortifiées. Les campagnes et
les montagnes délaissées, sont livrées de manière chroniques à
l’insécurité et à l’anarchie. Cette situation prépare les territoires à des
nouvelles conquêtes.

30
FIGURES ILLUSTRES
APULEE 125-170
Né à Madaure, cet Africain dans l’âme mais de culture et de langue latines, passe pour
un Numide issu des populations Gétules. D’une famille aisée, il acquiert une culture
exceptionnelle faisant de lui un Africain romanisé dans ses goûts et ses aptitudes
littéraire. Son père duumvir (membre du gouvernement de la ville) et donc homme
important, l’envoya suivre l’éducation des meilleurs maitres à Carthage, centre de l’Afrique
Proconsulaire romaine. Il maniait avec aisance le latin, le grec, le libyque, la grammaire, la
rhétorique, la philosophie… Il gagna Athènes et se lia d’amitié au jeune étudiant grec Pontianus
dont il épousa la mère. Sa passion philosophique pour le néoplatonisme le poussa à connaitre le
monde gréco-oriental d’alors : Corinthe, l’Egypte où il se fit adorateur d’Isis. Puis, il fut accusé
de sorcellerie et d’être le brillant admirateur de Psyché amante d’Eros punie par sa curiosité mais
qui, par sa beauté et son charme obtint de Zeus l’immortalité. Ce fut le thème majeur de ses
Métamorphoses. Avocat et orateur célèbre à Carthage, il créa avec sa femme Aemilia Pudentilla et
grâce à l’argent hérité de son père, un laboratoire de sciences physiques. Il développe ses idées
philosophiques, fait preuve de vastes connaissances médicales, musicales, astronomiques. Cet
esprit éclectique et universel est retenu dans les lettres latines comme un prodige et un symbole
d’érudition. Versificateur, il laisse des poèmes classiques. Il écrit notamment, Metamorphoses,
Florides, Apologie, De Deo Socratis.
TERTULLIEN v.150-220
Auteur chrétien de langue latine, Quintus Septimius Florens Tertullianus naquit et
vécut à Carthage. Il connut Rome et les défilés des Parthes de Médie dirigés par
Septime Sévère l’impressionnèrent. Africain attaché à son origine, à ses traditions
et passionné d’études latines, il se convertit au Christianisme en 195 après une
période dissipée et païenne. Il devient alors un ardent défenseur de la primauté du
Christianisme. Il condamne les incrédules, les païens, les Juifs, les détracteurs de toutes sortes de
la foi chrétienne et les incombent de réviser leur position et de se rallier à la vraie foi, la vraie
Eglise. Ses sermons en tant que prêtre lui valent admiration et respect y compris aux pires
moments des persécutions chrétiennes. Proclamant un retour à l’Eglise primitive, il reproche aux
responsables de son temps de négliger leur mission pastorale et rompt avec le pape et l’Eglise en
220 pour fonder sa propre communauté, œuvrant pour une foi active, une pratique sans faiblesse.
Son œuvre est considérable, à la fois morale, apologétique, théologique et fustigeant fermement
les hérétiques, ceux qui se montrent tièdes en religion ou manquent de discipline. Il est l’auteur
de nombreux traités dont : Apologeticum, Ad nationes, Ad martyras, De baptismo, De paenitentia…
ARNOBE dit l'Ancien v.240-327
Écrivain et philosophe berbère d’origine tunisienne converti au Christianisme, il se
montre un adversaire des païens dans le style de Tertullien. Il vante le Christianisme
comme étant supérieur à toutes les religions. Son œuvre principale est Adversus nationes. Il eut
Lactance comme disciple.

31
LACTANCE 250-325
Grammairien berbère de Sicco Venera en Tunisie, il est l’élève d’Arnobe. Il
enseigne à Dioclétien qui le nomme enseignant en Nicomédie. Constantin en
fit le précepteur de son fils Crispus à Trèves. Très chrétien et apologétiste, il
reste l’un des plus célèbres grammairiens de langue latine (institutions divines).
CYPRIEN 200-258
Evêque de Carthage et un des plus grands écrivains de langue romaine, il est né dans
une famille sénatoriale. Se spécialisant dans la grammaire et la réthorique, il exerce
ses dons de rhéteur et d’avocat à Carthage. Athée, il finit par se convertir au
Christianisme en 245 sous l’influence du prêtre Cecilianus. Renonçant au paganisme, à la vie
licencieuse, aux plaisirs, il s’adonne à la continence et vend ses biens pour les pauvres. Il exerce
une influence de plus en plus grande parmi les Chrétiens de Carthage dont il devient évêque
en 248. Son autorité épiscopale s’étend sur Carthage, Gabès, la Cyrénaïque, l’Afrique
proconsulaire, la Numidie, les deux Maurétanies. Profitant de la paix, Cyprien se consacra à
l’unité de l’Eglise, à la discipline comme l’avait fait Tertullien et au rejet des rites païens. Mais,
avec Decius les persécutions de Chrétiens reprirent et Cyprien est contraint de s’enfuir. Il réunit
également le deuxième concile des évêques d’Afrique où il prêche l’unité de la foi et
l’obéissance à l’Eglise. Les persécutions redoublent avec Valérien et refusant, d’abjurer sa foi,
il est arrêté et décapité en place de Carthage. Un an après, Gallien accordait la liberté religieuse
aux Chrétiens. Cyprien fut canonisé (Saint-Cyprien). Ses traités, ouvrages et épitres faisant
l’apologie de l’Eglise s’opposent à Donat (épitre ad donatum).
Œuvres : Ad Demetrianum, La prière du Seigneur, De L'activité pratique et les aumônes…
Ste MONIQUE 331-388
Monica, mère de St Augustin, naquit à Thaguste (actuelle Souk Ahras) dans l’est
algérien. Son nom dérive de celui de la déesse berbère Monna. Elle est issue d’une
famille chrétienne berbère convertie et pratiquante. Sa piété fut encouragée par
sa servante chrétienne qui lui apprit la méditation, la maitrise de ses pulsions
corporelles maudissant la vie comme une œuvre de Satan. En 347, elle épouse
Patricus, notable municipal de Thaguste avec qui elle eut trois enfants. Augustin le décrit
comme un brave homme, mais trompant régulièrement sa femme. Grâce à elle, leur fils
Augustin put aller à Madura s’instruire et y apprendre : la Bible, les Evangiles et l’art oratoire.
Mais, attiré par les plaisirs du paganisme, il mena d’abord une vie dissipée, vivant en
concubinage et ayant un enfant hors-mariage. Se rendant à Milan, où vit son fils, elle lui fit
renvoyer sa concubine et son rejeton pour qu’il épouse chrétiennement la femme qu’elle lui
destinait. Convaincu par sa mère, Augustin demande le baptême à Ambroise, évêque de Milan
et pousse à l’extrême ses réflexions et son engagement fervent pour une Eglise salvatrice sans
laquelle il serait vain d’être chrétien (La Cité de Dieu). Voyant ainsi se réaliser sa vision
herméneutique de la religion et du monde, Monique s’éteignit à Ostie comblée en 388.

32
SAINT-AUGUSTIN 354-430
Né à Thaghaste, il étudie à Milan et à Rome. Il se convertit au christianisme en
386 et devient Evêque d’Hippone en 391. Durant ses grandes périodes de doute
en matière de spiritualité, d’interrogations métaphysiques et religieuses, il fut
sensible au néoplatonisme et au manichéisme. Il se convertit finalement conduit
au catholicisme et envisage la religion à la lueur de la philosophie grecque et
romaine, c’est-à-dire sous un angle rationnel : il faut étudier le message des
Ecritures au-delà du sens premier des mots et des épisodes relatés. Ce sont des allégories, des
images qui invitent à une réflexion plus large sur le monde et les hommes. L’Homme est tout
à fait apte à en saisir le sens car il détient, au plus profond de lui-même, une parcelle de Dieu.
À condition qu’il fasse preuve de volonté et d’intelligence pour parvenir à cette vérité et
trouver, ainsi, une forme de bonheur. Grand défenseur d’une Eglise bienveillante et unie,
symbole du royaume de Dieu sur Terre, il s’éleva fortement contre le Donatisme en Afrique
qu’il condamne au motif qu’il exacerbe les divisions et hiérarchise le statut des croyants alors
que l’Eglise chrétienne a une vocation d’unité et d’égalité. Grâce à son intervention, le pape
Innocent I réunit le concile de Carthage en 390, qui encourage vivement les défenseurs de
doctrines comme le Donatisme, à rejoindre la communauté catholique sous peine de voir leurs
biens confisqués, de recevoir divers châtiments corporels et même d’être déportés.
Saint Augustin meurt en 430 lors du siège d’Hippone par les Vandales. Sa pensée théologique
influencera le monde occidental et il sera l’inspirateur de nombreux philosophes comme Pascal,
Thomas d’Aquin et Descartes.
DONAT ??? –v.355
Evêque de Carthage, il est le fondateur du schisme donatiste. Chrétien de Numidie, il a souffert
des persécutions et fut déposé de son siège épiscopal de Carthage. Vitupérant contre les
compromissions de l’Eglise officielle, il devient peu à peu le chef des opposants à l’Eglise et se
réfugie dans la région des Cellae Nigrae en Numidie. Il dénonce les Lapsi qui ont livré les
Ecritures aux Romains païens et demande le départ de Mensurius, évêque de Carthage accusé
d’être Traditeur. Caecilianus qui briguait l’évêché de Carthage fut également contesté et c’est
Donat qui accède à cette haute fonction et forme, avec ses nombreux partisans, un puissant
parti. Cependant, le donatisme fut condamné au Concile d’Arles en 314 et Constantin,
promulgua en 313, un édit intimant à l’Eglise d’Afrique de rentrer dans l’unité de l’Eglise,
réaffirmé lors du Concile de Nicée (325). Profitant de la révolte paysanne des Circoncellions
qui s’opposaient aux grands propriétaires romains et à la présence romaine en Afrique, les
donatistes, deviennent populaires et puissants. Ils prennent la basilique de Constantine et
massacre les propriétaires romains de Numidie. Donat sera arrêté en 355 à Théveste (Tébessa
actuelle) et mis à mort.
FIRMUS (370 - env. 375)
Kabyle chrétien de la tribu des Jubaley et fils de Nubel, il se révolte contre Romanus, maitre
de l’Afrique romaine et homme cruel, opprimant sévèrement les populations numides
berbères. Firmus entraine les citoyens de Césarée et d’Alger et s’allie avec les donatistes.
Echouant devant Tipasa, il fut combattu par Théodose, qui reprend Icosium (Alger).

33
34
CHAPITRE 5 :
LES CONQUETES ARABO-
MUSULMANES

L
es Arabes apportent avec eux l’Islam qui s’imposera face au
Christianisme. Cependant, islamisation ne signifie pas
forcément arabisation. L’Afrique du nord est avant tout la terre
des Berbères, qui y sont présents depuis des millénaires.
Divisée entre nomades et sédentaires dès les premières
tentatives de fédération amorcées par des souverains comme
Massinissa en Numidie, tantôt déchirée par des luttes internes et
tantôt unie contre les colons successifs, la population berbère reste
une entité civilisationnelle et culturelle à part.

I. LES PREMICES DE LA CONQUETE: UNE REGION


DIVISEE ET AFFFAIBLIE
En 642, les Arabes entrent à Barqa et Tripoli. Omar, deuxième
calife bien guidé de l’Islam, a longtemps refusé l’annexion de l’Ifriqiya,
la qualifiant de « traitresse ». Uthman, son successeur autorise les
premiers raids en 647.
A cette époque, ce sont les Byzantins qui sont installés en
Afrique. Une partie de la population les considère comme les
sauveurs ayant chassé les Vandales, d’autres croulent sous les
impôts et subissent le contraignant système fiscal auquel doivent se
soumettre les non Byzantins. De plus, lorsque Bélisaire arrache le
pays aux Vandales, il est totalement désorganisé économiquement,
administrativement et politiquement. Profitant, des faiblesses de
l’Empire Romain, un groupe de nomades chameliers, que les Arabes
nommeront Louata, saccagent les régions agricoles que Rome avait
mis plusieurs siècles à entretenir et qui avaient favorisé la
sédentarisation de toute une partie de la population berbère. Cette

35
annihilation de l’agriculture et la remise en question de la
sédentarisation à la romaine des paysans va considérablement gêner
la conquête byzantine. Les nomades Louata ne cessent pas leurs
incursions dans les terres byzantines, gagnant plusieurs territoires.
Le maillage culturel et ethnique est partagé entre les Africains
romanisés, les Maures non romanisés auxquels s’ajoutent les
nomades Zénètes (groupe de berbères amazighes nomades et
sédentaires), les rares descendants des Vandales et les Byzantins
occidentaux. Autant de particularismes qui ne parviennent pas à
s’unir pour construire une nation… Ajoutons à cela les nombreuses
querelles théologiques, dont le schisme donatiste qui ne manqua pas
d’ensanglanter l’Afrique du Nord, puis l’imposition de l’arianisme
comme religion d’Etat sous le règne vandale, et enfin le
monophysisme réintroduit par la conquête byzantine qui rallumait les
braises des nombreux conflits religieux ayant embrasé l’Afrique
chrétienne.
Quand l’armée byzantine du patrice Grégoire est écrasée par le
gouverneur d’Egypte, ‘Abd Allah Sa’d, une partie de la population
berbère voit en cette victoire l’occasion de mettre fin à la domination
byzantine. N’ayant par les ressources militaires nécessaires pour
assiéger les principales villes du Nord et appelés par les vives
tensions qui suivirent le meurtre d’Othman en 656 et le couronnement
contesté d’Ali, les Arabes attendront 661, c'est-à-dire le califat
omeyyade de Muawiya avant de poursuivre leurs opérations.

II. LA CONQUETE
En 666 le calife omeyyade Muawiya confie le
commandement d’une nouvelle armée à Muawiya ibn
Hodeidj. Toutefois, c’est Oqba Ibn Nafi qui se démarque
en fondant Kairouan, la première ville islamique en
Afrique, en 668. A partir de là, il dirige plusieurs raids vers
l’Ouest et gagne des villes importantes comme Lambèse,
autrefois capitale romaine de la Numidie. Oqba est soutenu par les
Mawâli au début des opérations. Ce sont les premiers convertis à

36
l’Islam et d’anciens esclaves affranchis. Toutefois, ils ne tardent pas
à exprimer leur mécontentement car malgré l’idéal d’égalité défendu
par l’Islam, ils sont confinés à des postes de second ordre et
demeurent désavantagés par rapport aux Arabes. Oqba est destitué
et remplacé par Abu Al Muhajir Dinar-Al-Ansari qui mène une
politique d’islamisation de l’Afrique et fédère autour de lui Mawâli et
d’autres laissés-pour-compte désireux de voir les Byzantins quitter
le pays. Mais la politique de Abû al Muhâjir Dinâr-al-Ansâri ne dure
qu’un temps.
Oqba est de nouveau placé à la tête des opérations par Damas
en 681 et entreprend la « Deuxième chevauchée ». Il humilie les
chefs berbères, pourtant convertis à l’Islam, en les soumettant à la
taxe due par les vassaux non arabes, les catégorisant de fait
comme citoyens de « seconde zone » comme sous l’empire romain
ainsi que sous la domination vandale et byzantine. Ensuite, il
reprend ses raids contre les Berbères d’une manière
particulièrement violente. Les conquêtes de Oqba Ibn Nafi
connaissent un temps d’arrêt lorsque Koceila, chef berbère
musulman des Awrabas, écrase ses troupes au Sud de l’Aurès.
Oqba lui-même fut tué à Tehuda et Koceila reprend Kairouan (688).

37
A la mort de Koceila, c’est la Kahina qui reprend les
rênes de la résistance berbère. Elle mène plusieurs
combats contre les envahisseurs et elle impose une
défaite cinglante aux Musulmans en 693 à Gabès.
Beaucoup de légendes entoure l’histoire de la Kahina,
Damya ou Dihya, de son vrai nom. Chrétienne (ou peut-
être juive), elle serait fille de Mathi (ou Matthias) et était
originaire d’une tribu zénète de l’Aurès : les Djeraoua. Elle meurt en
702, vaincue par Hassan ibn Noman. Peu de temps avant sa
disparition, les Musulmans se sont emparés de Carthage (693) et ont
bâti Tunis (698), soit plusieurs décennies après le début des
conquêtes, preuve de la résistance des Berbères. Condition à la
cessation des combats, les Omeyyades réclament aux Zénètes
rebelles 12 000 hommes pour mener à bien la conquête de
l’Espagne.

III. UNE ISLAMISATION RAPIDE…


En moins de deux siècles, l’Afrique du Nord est islamisée. La
diffusion de l’Islam commence dans les villes où la présence arabe
est la plus concentrée. Certaines cités comme Kairouan ou Fès
(fondée par Idris en 809) sont de véritables centres religieux. Les
docteurs arabes en théologie, habitués aux voyages, diffusent un
discours religieux construit et nourri qui encourage les conversions.
L’islamisation est également favorisée par les mariages mixtes.
D’autres religieux, les Da-‘i, sont chargés de constituer un réseau
de croyants à travers l’empire. La da’wa, appel pacifique aux non-
musulmans à écouter le message de l’Islam puis à lier serment en
prononçant la Chahada8, est particulièrement prisée par les Kharijites.
Ces partisans du kharijisme, secte apparue lors du conflit entre Ali et
Mu’awiyya, ne reconnaissent que l’arbitrage de Dieu et se sont
opposés vivement aux Omeyyades et aux Abbassides. Rejoindre leur
rang devient, pour les Berbères convertis à l’Islam un moyen de
protestation et de lutte contre le pouvoir en place. Le culte du Dieu

8 « Je témoigne qu’il n’y a de Dieu que Dieu et que Mohamed est son messager ».

38
unique étant présent en Afrique depuis des siècles avec le judaïsme
et le christianisme romain, le monothéisme absolu de l’Islam est
assimilé par les nouveaux convertis. Et ce, d’autant plus que l’Islam
reconnait les prophètes judéo-chrétiens tels qu’Abraham et Jésus et
tolère les « gens du livre », Juifs et Chrétiens.
Par ailleurs, l’âge d’or des ribats
sous le règne des très pieux émirs
aghlabides (800-909), permet la
diffusion de l’Islam. Ce sont des
châteaux fortifiés construits un peu
partout en Afrique du Nord, où
s’entrainent des moines guerriers. Ils
étudient l’orthodoxie rigoureuse comme
le combat et manient le prône aussi
bien que le sabre et luttent contre les hérétiques. Sur la côte
Atlantique, ils assurent la protection militaire du Maghreb contre les
invasions venues du Nord, telles celles des Normands au XIIe siècle.
La capitale du Maroc a d’ailleurs gardé le nom de Rabat.
Dans les zones de paix, le caractère militaire s’efface au profit de
l’étude religieuse. Plusieurs confréries théologiques se construisent
ainsi autour d’anciens ribats. Très respectés, hommes de foi entourés
d’une aura mystique, ces Murabitun ou Almoravides forment une
dynastie berbère conduite par Youssef Ibn Tachfin en 1060. Ils
deviendront les Marabouts africains, véritables saints vivants.
Mélange de mystique soufie, de messianisme chiite et de croyances
populaires magiques, le maraboutisme repose sur le lien entre
l’Homme et Dieu.
Dans les campagnes, le processus est légèrement plus long. Les
chefs berbères des tribus se convertissent parfois plus par calculs
politiques. De plus, les raids menés à la gloire de l’Islam et les
victoires stimulent l’adhésion à la religion musulmane. La conception
sacrée de la victoire, considérée comme un don de Dieu aux vrais
croyants, les stratégies militaires et la constitution d’une armée
professionnelle dès le califat d’Omar, ont sans doute aidé l’extension

39
de l’Empire musulman. Par ailleurs, les prises d’otages des fils de
chefs berbères participent également à l’islamisation des groupes car
les enfants sont éduqués et islamisés lors de leur captivité. De retour
au sein de leur tribu, des années plus tard, leur culture doublée du
prestige d’être revenu font d’eux de véritables modèles.
Certains groupes nomades berbères du Hoggar et du Sahara
méridional résisteront longtemps à l’Islam en conservant des
pratiques idolâtres. Quant au christianisme, la cohabitation avec
l’Islam fut relativement pacifique jusqu’au XIIe siècle, période à
laquelle les Almohades prennent le pouvoir et font de l’Islam la seule
religion autorisée au Maghreb.

IV. …MAIS UNE ARABISATION PROGRESSIVE


Si l’islamisation de l’Afrique fut rapide, l’arabisation prit plus de
temps. Les Arabes font face aux mêmes difficultés que les
précédents conquérants: l’unification culturelle des Berbères et la
constitution d’une unité nationale au Maghreb. On estime que la
majeure partie de l’arabisation de l’Afrique est due aux invasions
hilaliennes du XIe.

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1. Les Fatimides et les Zirides
Une timide arabisation avait commencé par le biais de langue
puisque certaines paroles d’adhésion à l’Islam ou parties de prières
doivent être dites en arabe.
Puis, l’arabisation de l’Afrique suit les évolutions politiques. La
plus marquante est l’arrivée au pouvoir des Fatimides, qui occupent
alors au Xe siècle une grande partie du Maghreb central. Les
Kotamas, une tribu de Petite Kabylie, recueille Abou Abd Allah, un
Ismaélien yéménite qu’ils connurent à La Mecque. Adhérant à sa
prophétie annonçant un nouvel Imam « dirigé », ils diffusent
largement le chiisme sous les ordres d’Abou Abd Allah. Constantine,
Kairouan, Sétif tombent entre leurs mains et en 906, les Kotamas
reconnaissent en Obaïd Allah le descendant d’Ali et de Fatima.
L’Imam dirigé accède au trône après avoir été délivré par Abdou de
sa captivité et inaugure ainsi la dynastie des Fatimides. Ils doivent
cependant lutter contre les dissidents kharidjites menés par Abou
Yazid et font appel aux Zirides une dynastie berbère menée originaire
de l'Algérois par Ziri Ibn Menad. En remerciement de cette alliance
contre les Kharidjites, les Fatimides installés au Caire laissent à
Bologhine, fils de Ziri, l’administration et la gouvernance de l’Ifriqiya.
Néanmoins, les Zirides ne demeureront pas fidèles aux Fatimides et
leur préféreront les califes abbassides dès le XIe siècle. Pour se
venger, les Fatimides autorisent plusieurs tribus arabes à s’emparer
des terres zirides en 1051.
2. Les Banu Hilal
Ces tribus bédouines originaires du Nedj en Arabie, sont unies par
un ancêtre commun, Hilal. Il s’agit des tribus Zoghba, Athbej, Ryâh,
Djochem, Rebia et Adi. Envoyés par les Fatimides, les Banu Hilal
auxquels se joignent les Banu Suleim et plus tard, les Banu Makil
déferlent sur l’Ifriqiya. Ils battent l’émir Ziride près de Gabès,
saccagent Kairouan et ravagent le pays.
Les Hilaliens poursuivent leur avancée vers l’Oranie et le Tafilalet
marocain que peupleront les Banu Makil, derniers arrivés. A la suite

41
de l’invasion hilalienne, les Hammadides se réfugient à Bougie et
Kairouan décline rapidement. Les Zenètes de Tahert sont refoulés à
l’ouest (Maroc) et le royaume Ziride éclate en petits groupes soutenus
par des tribus arabes. L’Ifriqiya se décompose alors en principautés
tribales et en petits fiefs sous contrôle de chefs Hilaliens. Zirides et
Hammadides s’éteignent peu à peu. C’est avec ces invasions que
l’arabisation du Maghreb s’accélère par la diffusion de leur langue. Ils
répandent également leur mode de vie pastoral: un nomadisme se
développe remplaçant progressivement l’économie et l’agriculture
prospère développée depuis l’époque romaine.
Des similitudes de mode de vie ont favorisé le processus.
Beaucoup de Berbères, dans un passé plus ou moins lointain, étaient
eux même nomades et observaient le mode de vie tribale, tout
comme les Arabes à l’ère antéislamique. Les deux peuples partagent
même certaines lois en rapport avec le système tribal. Par exemple,
si un clan berbère se place sous la protection d’une famille arabe, il
peut pendre le nom de cette famille et « devenir arabe » du moins par
le nom. Cette pratique avait lieu chez les Berbères, notamment en
cas de capture d’ennemis qui, petit à petit, s’intégraient à la tribu.
Les Banu Hilal sont défaits par les Almohades en 1153. Ils
sont disséminés dans des régions diverses, parfois contre leur
volonté. Ils travaillent alors pour un chef berbère, représentant
direct du pouvoir en place, mais demeurent insoumis à
l’autorité. La persistance de leur caractère, le profond ancrage
de leur identité bédouine ont transformé la culture berbère de
durable plus que toute autre civilisation avant eux. Dans son
Histoire des Berbères, Ibn Khaldoun décrit les invasions
hilaliennes comme une catastrophe et une rupture dans
l’histoire culturelle de la région.

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FIGURES ILLUSTRES
KOCEILA (640-686)
Parfois appelé Caecilianus ou Kacilia, il reste célèbre pour sa résistance à la
conquête arabe. Ce Berbère était le chef chrétien de la puissante tribu des Awrabas
qui occupait une grande partie des Aurès. Son nom dérive du berbère Aksil ou
Aghilas qui signifie le guépard. Combattant les Arabes à leur arrivée en Afrique du
Nord, il fut battu à Tlemcen, se soumit et se convertit à l’Islam (675). Mais, en 681, le
conquérant arabe Oqba Ibn Nafi, d’abord rappelé en Orient, revient en Afrique (2e
chevauchée). Il humilia Koceila, le trainant derrière sa monture, enchainé. Koceila promit alors
de se venger. Réussissant à s’enfuir, il abjura l’Islam. S’alliant aux Byzantins, il constitua une
forte armée et surprit Oqba en 633 à Biskra où il le tua. Revenant à Kairouan, il régna avec
tolérance sur les musulmans. Cependant en 638, le khalife Adelmalek envoya son général
Zuhayr Ibn Qays, ancien compagnon d’Oqba, qui défit Koceila et le tua.
LA KAHINA, Dihya (berbère : ⴷⵉⵀⵢⴰ ; arabe : ‫??? )ديهيا‬-703
Fille de Matthias, petite fille de Théophane et surnommée la prêtresse, la
devineresse, elle issue de la tribu des Djrawas. Certaines égendes, la font vivre près
d’un siècle voire jusqu’à 127 ans. Le khalife al Malik chargea son gouverneur
d’Egypte Hassan ibn Numan de la combattre. Prenant Carthage dont il chasse les
Byzantins, il marcha sur l’Aurès et attaqua la Kahina. Sur le fleuve Nini, les Berbères surprirent
les Arabes qui furent taillés en pièces. Ce fleuve portera le nom de « Nahr al bala », la rivière
du malheur. Victorieuse, la Kahina poursuivit ses adversaires qui durent se réfugier en
Tripolitaine. Elle adopte un de ses jeunes prisonniers arabes, Khalid ben Yazid. Mais en 698,
Hassan ibn Numan revint en force et chasse les Berbères hors de Carthage. Malgré
l’attachement passionnel qu’elle nourrit pour le jeune Khalid, elle pressent une trahison future.
En effet, il livra à son ennemi mortel Hassan ibn Numan, le lieu où elle s’était réfugiée. Trahie,
elle demanda à ses fils de se convertir à l’Islam et se réfugia près de Biskra dans une citadelle
dont elle fut délogée par les troupes arabes la pressant à Tobna où son sort fut scellé par sa
mort au puits qui porte son nom aujourd’hui : Bir al Kahina. Numan nomma un des fils de la
Kahina comme commandant de ses troupes, ce qu’avait « prédit » sa mère. Ainsi, l’alliance
Arabes-Berbères vit le jour et les Berbères allaient se convertir en masse à l’Islam et l’un d’eux,
Tariq, put à la tête de ses troupes, commencer la conquête de l’Espagne (711).
TARIQ BEN ZIYAD (arabe: ‫ ; طارق بن زياد‬berbère : ⵟⴰⵔⵉⵇ ⵓ ⵣⵉⵢⴰⴷ) 670-720
Tariq commandait une partie des troupes du général omeyyade Mussa Ibn Noçaïr.
Celui-ci, entrant à Tanger, confia à Tariq aimé et admiré de ses soldats, le soin de
franchir le détroit qui portera son nom : Gibraltar (Djebel Tariq). A la tête de 7000
hommes forts de l’appui du gouverneur de Ceuta, il mène les hostilités envers les Wisigoths
d’Espagne. Le passage du détroit occasionne une bataille à Algésiras en juillet 711 puis à Cadix.
C’est Rodrigue, chef de l’armée wisigothe qui se porta contre Tariq et les Arabes. Caparaçonné
d’ivoire et d’or, Rodrigue dut néanmoins décrocher et fuir. Tariq s’empara rapidement de
Cordoue et de Tolède puis d’une grande partie de l’Espagne. Il accumule un butin considérable.

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On dit qu’il s’appropria notamment, une grande table d’émeraude et de nacre, autel de l’église
de Tolède. Nuwayri la décrit ainsi : « elle était verte d’émeraudes, garnie de perles, de rubis, de corail et de
pierres précieuses y compris les pieds ». Mais Ibn Noçaïr, apparemment jaloux des succès de Tariq,
vint en Espagne, conquit Séville et alla trouver Tariq à Talavera. Furieux, il lui porta un coup
et voulut reprendre la fameuse table de Tolède à laquelle Tariq avait ôté un pied. Ibn Noçaïr
voulut emprisonner Tariq. Convoqué tous deux à Damas par le khalife al Walid, Tariq présenta
le pied de la table comme preuve de sa prise de Tolède. Ibn Noçaïr, ridiculisé fut disgracié.
BOULOUGHINE (arabe : ‫ )بلغين بن زيري‬940-984
Fils de Ziri, au service des Fatimides. Il fonda Alger, Miliana, Médéa. Il battit les
Zénètes et les Meghranas, prit Fès et Sijilmassa. Il battit également les Berghwatas.
On dit qu’il eut 100 épouses et fit 17 fils en un jour. Il fut notamment le père de
Badis, Hammad, Mansour, rois à leur tour.
Youssef IBN TASHFIN AS-SANHAJI (berbère: ⵢⵓⵙⴼ ⵓ ⵜⴰⵛⴼⵉⵏ ⵓ
ⵜⴰⵍⴰⴽⴰⴽⵉⵏ ⴰⵚⵏⵀⴰⵊⵉ ; arabe : ‫ )يوسف بن تاشفين الصنهاجي‬1006-1106
Souverain almoravide, conquérant de l’Andalousie, il conquit l’Ifriqiya, Alger,
Tanger. Il vainquit Alphonse VI à Tallaqa (1084) et réduisit les Reyes de Taifas.
AL MUIZZ IBN BADIS (arabe : ‫ )المعز بن باديس‬1008-1062)
4e souverain ziride, il conclut la paix entre les chiites et les sunnites. Roi berbère
indépendantiste, il connut l’invasion hilalienne (1057).
IBN TUMERT (arabe : ‫ )بن تومرت‬1070-1130
Fondateur des Almohades et issu de la tribu des Masmouda, il a rencontré Al-
Ghazali en Iran. Réformateur (il interdît le vin) et adversaire des Almoravides à
Tinmal, il gagna les Berbères du Haut Atlas avec Abdelmumin nommé émir.
ABD el MUMIN (arabe : ‫المومن‬ ٔ ‫ )عبد‬1094-1163
Unificateur du Maghreb et disciple d’Ibn Tumert, il prit Marrakech la capitale
almoravide, conquit l’Espagne : Séville, Malaga, Cordoue et dut lutter contre les
Hilaliens qu’il réduisit. Il tenta de stopper la Reconquista.
YAGHMORASEN (arabe : ‫ ; يغمراسن‬berbère : ⵢⵖⵓⵎⵔⴰⵙⴻⵏ ⵏ ⵣⵢⴰⵏ) 1231-1283
Fondateur de la dynastie des Zianides (1235), il a fait de Tlemcen sa capitale. Il
lutta contre les Mérinides Zyata, contre les Almohades et les Hafsides de Tunis.
IBN BATTUTA (arabe : ‫ ; ٳبن بطوطة‬berbère : ⵎⵉⵙ ⵏ ⵡⵓⴱⵟⵟⵓⵟ) 1304-1368
Voyageur marocain célèbre né à Tanger, il visita Tunis, Tripoli, l’Egypte, la Syrie, la Palestine,
la Mecque, Médine, l’Irak, Chiraz, Kerbala, Bagdad…Trois fois, il refit le périple par la Tunisie,
la Mecque, l’Inde jusqu’en Chine. Il se rendit également à Ceylan, à Sumatra, en Andalousie ou
encore au Mali, dans Hoggar, au Soudan. Son journal de voyage al-Rihla, permet la
connaissance des pays les plus éloignés.

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CHAPITRE 6 :
LES AMAZIGHS APRES LES
CONQUETES ARABO-
MUSULMANES

A
partir de la moitié du XIe siècle, débute l’ère des grandes
dynasties berbères. Ces dynasties vont renforcer
l'arabisation du Maghreb et de nouvelles cités arabes
émergent : Tlemcen, Marrakech, Fès…
La période Almoravide (1055-1147) est marquée
notamment par la victoire de Zallaqa (1086) sur les Chrétiens
d’Alphonse VI de Castille et sur les Reyes de Taïfas. Les
Almoravides favorisent une réforme religieuse ainsi que de
grandes réalisations de « l’art Almoravide » à Cordoue,
Grenade, Alger, Tlemcen, Fès et Kairouan.
Néanmoins, ils furent renversés par une nouvelle
dynastie : celle des Almohades (1147-1269), les « Unitaires »
de l’Islam (Muwahhidun) fondée par Ibn Tumert, natif de l’Atlas
Marocain. Ses successeurs Abd-al-Moumin et Al-Mansour
réunifient le Maghreb, puis dirigent une expédition en Espagne.
En 1163, ils réorganisent le Califat à Séville et remportent la
grande victoire d’Alarcos (1195) sur Alphonse VIII. La
splendeur des Almohades s’épanouit au Maroc, à Marrakech
devenu centre de rayonnement artistique et culturel. A la suite
d’un sursaut chrétien, ils sont vaincus à Las Navas de Tolosa
(1212). Cette défaite allait marquer le début du retrait des
Almohades de l’Espagne et leur remplacement, au Maroc par
la dynastie Abdulwadide de Yaghmorassen en 1236. Le terrible
dominicain Tomas Torquemada allait instaurer une Inquisition
impitoyable qui allait persécuter puis rejeter d’Espagne les juifs

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et les musulmans restés fidèles à leur foi. Ils gagneront
massivement les cités du Maghreb.
Enfin, la dynastie Mérinide (1248-1465), originaire des hauts
plateaux de l'Algérie de l'Ouest s’installe à Fès. A la fin du XVe et au
début du XVIe siècle, les dynasties berbères s'effondrent et l'Algérie
et la Tunisie passent sous la tutelle de l’empire Ottoman, le Maroc
sous le contrôle d’une dynastie chérifienne. Certains Berbères se
replient dans les montagnes et demeurent isolés surtout dans les
régions de l'Aurès ou en Kabylie et au Sahara.
A partir de la fin du XVIe siècle, les Berbères de tout le Maghreb
perdirent la maîtrise de leur destin à la suite de la disparition de leurs
trois derniers royaumes, celui des Mérinides dans l'actuel Maroc,
celui des Zianides ou Abd el-Wadides qui s'étendait sur une partie de
l'Algérie, de Tlemcen à Bougie, et celui des Hafsides qui englobait la
Tunisie plus le Constantinois. Le Maroc fut ensuite dirigé par des
dynasties arabes (Saadiens puis Alaouites), cependant que les
royaumes de Tlemcen et de Tunis passaient sous contrôle ottoman.
Durant la période ottomane, les Kabylies et les Aurès ne furent
jamais contrôlées par le pouvoir turc d’Alger. En 1824, la partie
orientale de la Kabylie se souleva. Les Mezzaïa attaquèrent Bougie
cependant que les Beni Abbès coupaient la route Alger-Constantine.
A la veille de la conquête française, les Berbères Ouaguenoun et Aït
Djennad étaient en rébellion contre Alger.

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CHAPITRE 7 :
LES AMAZIGHS A L’EPOQUE
CONTEMPORAINE
I. LES BERBERES DE L’OCCUPATION FRANÇAISE
A AUJOURD’HUI

L a colonisation française à partir de 1830 « facilite la diffusion de


la civilisation arabe, par la langue, par la loi et par la foi
musulmanes » (Eugène Guernier) conduisant à une
« déberbérisation ». Vont alors naitre des mouvements de résistance
à la colonisation au sein desquels les Berbères joueront un rôle
important et se soulèveront plusieurs fois contre l’occupant.
Lalla Fatma N’Soumer (1830-1863) incarne l’une de ces figures
importantes du mouvement de résistance kabyle contre les Français.
Elle mènera plusieurs révoltes avant d’être capturée en 1857 par les
forces françaises puis emprisonnée.
En mars 1871, une autre révolte majeure se produit en Kabylie.
Plus de 250 tribus se soulèvent (environ 1/3 de la population
algérienne), conduites par le Cheikh El Mokrani (de son vrai nom
Mohand Amokrane) et son frère Boumezrag. Toutefois la reddition et
l’arrestation des leaders et la mort du cheikh Mokrani dans des
combats près de l’oued Soufflat affaiblissent l’insurrection qui prendra
fin l’année suivante avec la capture de Boumezrag. Beaucoup de
Kabyles furent emprisonnés et déportés en Nouvelle-Calédonie («
Algériens du Pacifique ») et de nombreuses terres furent confisquées
conduisant à une expatriation massive des populations kabyles.
Au début du XXe siècle, un important mouvement de résistance
s'est également développé Maroc. De 1921 à 1926, les tribus
berbères du Rif affrontèrent les armées françaises et espagnoles
pendant la guerre du Rif dont Abdelkrim al-Khattabi est la figure de
proue.

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En Libye, Omar al-Mokhtar libyen d'origine berbère conduisit aussi
une révolte contre la colonisation italienne.
En 1949 une « crise berbériste » éclate au sein du mouvement
nationaliste (PPA-MTLD : Parti du peuple algérien/Mouvement pour
le triomphe des libertés démocratiques).
Durant la guerre d’Algérie qui commencera en 1954, les Berbères
lutteront pour l'indépendance : Mostefa Ben Boulaïd, Larbi Ben
M'hidi, Abane Ramdane, Krim Belkacem, Didouche Mourad, Hocine
Aït Ahmed, Ferhat Abbas, Amirouche Aït Hamouda, Belkacem
Radjef.
Après l’indépendance algérienne de 1962, l’idéologie arabo-
musulmane domine avec l’idée de construire un « Maghreb arabe ».
Cependant, pour les partisans de cette idéologie, la spécificité
berbère semble faire obstacle au triomphe du nationalisme arabo-
musulman. En effet, les « berbéristes », eux, affirment la double
composante de l’Algérie : à la fois arabe et berbère. La revendication
berbère est alors présentée comme une conspiration séparatiste
dirigée contre l’islam et la langue arabe. Ainsi, cette identité berbère
se retrouve à nouveau, niée par le nouveau système en place qui
mènera une politique d’arabisation systématique (surtout à partir de
1965 et du coup d’Etat de Boumediene).
Au Maroc, une politique d’arabisation est également mise en place
dès les années 1950. Un mouvement amazigh se développe à la fin
des années 1970 (Association de l’université d’été d'Agadir).
En 1980 des manifestations se déroulent pour réclamer la
reconnaissance officielle des langues berbères. C’est le « printemps
berbère » ou « printemps kabyle ». Le 10 mars 1980, Mouloud
Mammeri écrivain et universitaire kabyle francophone se voit interdire
sa conférence sur la poésie traditionnelle berbère par le préfet de
Tizi-Ouzou. Cette décision déclenche une grève des étudiants,
violement brisée par les forces de l’ordre. Il s’en suit une grève
générale de toute la Kabylie et le déclenchement de l’état d’urgence.
Les opérations militaires se multiplient pendant 4 jours. Cette

48
revendication culturelle et linguistique ouvre la brèche à la
contestation politique publique : corruption de l’Etat, méthodes
répressives, inégalités sociales…
En 1988, le « Mouvement culturel berbère » (MBC) est créé.
Cependant, la Constitution du 23 février 1989 ne reconnait que l’islam
comme religion d’Etat (article 2) et l’arabe comme langue nationale
et officielle (article 3). Puis, en juillet une loi interdit la formation de
partis politiques sur des bases linguistiques.
Par la suite, d’autres mouvements de protestation verront
régulièrement le jour :
 Manifestations pour la reconnaissance du berbère en 1991,
 « Grève du cartable » : grève scolaire en 1994-1995 pour
obtenir l’enseignement de tamazight.
Face à ses protestations, une réforme de la Constitution
algérienne en 1996 fait officiellement de l'amazighité, l'une des
composantes fondamentales de l'identité nationale aux côtés de
l'islam et de l’arabité et un Haut-Commissariat à l'amazighité est
institué.
En 1998, des affrontements violents éclatèrent après l’assassinat
du chanteur Matoub Lounes...).
De même, en avril 2001, de violentes émeutes secouèrent la
Kabylie suite à la mort d’un lycéen, abattu par des gendarmes en
Kabylie. Ce « Printemps noir » a causé la mort de plus d’une centaine
de personnes. Il sera suivi par la reconnaissance constitutionnelle du
tamazight en tant que langue nationale (article 3 bis). Le 14 juin 2001
: marche protestataire de la Kabylie vers Alger rassemblant plus de 2
millions de personnes. Les « Printemps arabes » de 2011 mettent au
centre des revendications la question de la pluralité ethnique et
linguistique.
En février 2016, une révision de la Constitution algérienne élève
le tamazight au rang de « langue officielle » sans pour autant
consacrer la double composante de l’Algérie berbère et arabe.

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Au Maroc, des concessions sont accordées par le roi Hasan II : en
1994 dans un discours, il préconise l’enseignement dans les écoles
primaires des trois « dialectes marocains » (tarifit, tamazight et
tachelhit). Puis, en 2001, l'Institut royal de la culture amazigh
(IRCAM) est créé. Enfin, la Constitution de 2011, reconnait que l'unité
du pays s'est « forgée par la convergence de ses composantes
arabo-islamique, amazigh et saharo-hassanie » et fait de l'amazight
« une langue officielle de l'État, en tant que patrimoine commun à
tous les Marocains sans exception ».

II. REPARTITION GEOGRAPHIQUE


Auparavant, la présence berbère était répartie sur toute l'Afrique
du Nord. Elle s’étendait de oasis de l'ouest de la vallée du Nil aux îles
Canaries et de la Méditerranée au pays des Maures. Cette présence
est toutefois plus restreinte et plus disparate aujourd’hui. Elle est
concentrée dans certaines zones : Kabylie en Algérie, Rif et Atlas au
Maroc et quelques oasis de l’Est du Sahara à l’Atlantique.
On compte aujourd’hui environ 38 millions de berbérophones
dans le monde.
En Algérie, les Amazigh représentent près du tiers de la population
soit 10 à 12 millions (plus de 25% de la population). La majorité est
kabyle mais il existe également d’autres groupes : Chaouis,
Mozabites, Touaregs, Beni Snous, Chanouis, les habitants du
Ouarsenis…
Le Maroc compte entre 12 à 15 millions de berbérophones (soit 40
à 45 % de la population). Les Chleuhs sont une majorité (environ de
8 millions) dans le Haut Atlas, l’Anti Atlas et le Sous. Le Maroc compte
également des Rifains, des Beni-Snassen, des Awraba, des Zayanes
etc.
En Tunisie, les Berbères représentent 2% de la population. Ils sont
situés dans les villages de l'île de Djerba, à Tamezret au nord de
Matmata, à Chenini, à Douiret, à l'est de Tataouine.

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La Libye compte 600 000 Berbères (10 % de la population) répartis
dans le Djebel Nefousa et les oasis de Ghadamès, de Sokna,
d'Aoudjila et sur la côte à Zouara.
Des groupes Berbères sont également présents au Mali (de 800
000 à 1,8 million soit 5 à 10 % de la population), au Niger (4% de la
population), au Burkina Faso (0,2% de la population), en Egypte dans
l’oasis de Siouah (0,03% de la population) ou encore en Mauritanie
au nord du fleuve Sénégal.
Enfin, les Touaregs (environ 4 millions) sont présents au Niger, au
Mali (pour les deux tiers), en Algérie (Ahaggar, Ajjer), en Libye (Ajjer),
au Burkina Faso (Udalen) et au Nigeria. Par ailleurs il existe une
diaspora berbère dans les grandes villes d'Afrique du Nord et en
Europe. A titre d’exemple, il y a environ 600 000 berbères marocains
et algériens en France (majoritairement des Kabyles).

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52
FIGURES ILLUSTRES
EL MOKRANI 1815-1871
Mohammed Ben Hadj Ahmed El Mokrani est né en Berbérie orientale dans une
famille aristocratique influente. Reconnu par les Français comme bachagha de la
région, il sera pourtant spolié de ses biens par ceux-ci. Dépouillé de ses anciens titres
et de ses fonctions de rendre la justice et de prélever les impôts, il est lui-même
imposé. En 1867, année de la famine en Kabylie, il dut emprunter beaucoup d’argent à des financiers
juifs afin d’ensemencer ses terres qu’il avait hypothéquées. Le gouverneur-maréchal Mac Mahon lui
avait promis de le rembourser de ses dettes en prélevant les impôts des tribus. Malheureusement,
rappelé en France, il est remplacé par un nouveau gouverneur qui ne tenu pas cette promesse. En
1870, la France de Napoléon III entre en guerre contre la Prusse et Sedan, grave défaite, coûta cher
à la France qui doit se plier aux exigences de Guillaume II lequel s’attribue au surplus l’Alsace et la
Lorraine. Dans ce contexte, le bachagha Mokrani voulant se venger des exactions et humiliations
françaises, écrivit au général Augereau et à son officier Olivier, une lettre de récriminations justifiant
son entrée en hostilité contre l’administration de sa région. En mars 1871, Mokrani attaque Bordj
Bou Arreridj, place forte coloniale, sans grand succès. Mais son frère, Boumezrag, réussit à refouler
les troupes du colonel Trumelet et à chasser les colons installés dans sa région. Les populations
locales sont appelées à l’insurrection contre l’armée française malgré le ralliement à la France de
quelques notabilités locales. Le cheikh Ahaddad de la confrérie de la Rahmaniya, proclama le djihad,
enflammant Boghni, Yedjer, Draa el Mizan, Ouacif dès mai 1871. Mokrani, installé à Bouira, envoya
ses émissaires dans le Djurdjura pour rallier les populations à l’insurrection. Le général Cérez et le
colonel Robin furent chargés de réduire la révolte de Mokrani. Robin écrit : « la fusillade dura tout le
jour. Les pelotons tiraient avec une rapidité effarante. Du fond du ravin s’élevait une clameur immense, et bientôt, un
silence succéda aux clameurs de ceux qui s’étaient acharnés contre les éléments de la troupe française. Tous disparurent
en s’échappant comme par miracle. Mokrani perdit ainsi sa bataille et la guerre car il fut tué ». Boumezrag
continua en vain ses actions armées mais dû affronter des troupes armées des nouveaux fusils
modernes à répétition Chebel, Chassepot ou Stati en arabe. Cette arme assura des succès fulgurants
sur les tribus d’Algérie décimées par ses effets. La Kabylie allait connaitre la dureté de la riposte :
presque tous les chefs arrêtés furent exécutés. Certains, comme Boumezrag furent prisonniers.
D’autres furent envoyés en Nouvelle Calédonie ou à Cayenne. La répression qui suivit allait
demeurer dans les mémoires.
FATMA N’SOUMER (kabyle: Lalla Faḍma N’Sumer ⴰ ⴼⵎⴰ ⵏ ⵙⵓⵎⵎⵔ) 1830-1863
Elle naquit à Werdja en Grande Kabylie l’année de l’entrée des Français en Algérie.
Fille d’une grande famille maraboutique, adepte du soufisme Rahmania, elle reçut une
solide éducation religieuse avec un caractère affirmé et libertaire. Atteinte d’épilepsie
que l’on attribuait au « mal des démons », elle épouse un cousin qui la renvoya chez
elle sans divorcer. Ses parents, mécontents, s’en désintéressent mais elle obtint de se rendre à
N’Sumer, où son frère Si Tahar était imam. Un jour, elle eut le pressentiment que des troupes
étrangères allaient envahir la Kabylie. Suite à cette « prédiction », la population s’attendant à des
malheurs, s’arma. En 1850, le maréchal Randon entreprit la conquête de la Kabylie après quelques
opérations préliminaires à Dellys (1837) ainsi que Bordj Menaïel, Tizi Ouzou. Randon se porta sur

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les Djurdjura et ses montagnes difficiles à réduire tant la résistance kabyle était forte.Fadhma
N’Soumer, appelle les siens au djihad, à la lutte armée. Elle put établir un lien avec Boubeghla, autre
héros kabyle de la résistance aux Français. Considérée comme une sainte, elle fut également louée
par les Français impressionnés par sa bravoure et son audace. Elle infligea des pertes françaises par
ses embuscades, ses harcèlements, son impact sur les populations. Recevant des renforts d’artillerie
et de troupes, il fut en mesure d’exercer de durs représailles sur les populations kabyles. Les
massacres s’enchainèrent dans les villages et montagnes du Djurdjura. À Takrit, elle résiste aux
troupes françaises, avec ses jeunes filles combattantes et sa robe rouge. Dépité, Randon s’écria « je
reviendrai ». Ce qu’il fit en 1857 encore plus redoutable. A Icheridan, Fadhma et ses troupes furent
décimées et durent se réfugier dans des villages amis. Mais, dénoncée, Fadhma fut faite prisonnière
et conduite devant Randon. La beauté, la noblesse des traits de la jeune femme attirèrent vers elle
des murmures d’admiration écrit Oussedik Tahar. Le maréchal lui-même, en tenue d’apparat, rendit
un hommage militaire à la prisonnière en la nommant « la Jeanne d’Arc du Djurdjura ». Transférée à
Tablat, elle mourut en septembre 1863. Les Kabyles considèrent encore Fadhma N’Soumer comme
le symbole de la résistance et de l’amour de la liberté. En 1994, Alger fit transférer ses cendres à El
Allia au carré des martyrs.
SI MOHAND 1848-1905
Né à Bouina et issu de la tribu des Aït Iraten, c’est le plus célèbre des poètes de langue kabyle.
ABDEL KRIM (berbère : ⴰⴱⴷⴻⵍⴽⵔⵉⵎ ⴻⵍ ⵅⴹⵜⵜⴰⴱⵉ ; arabe : ‫ )عبد الكريم‬1882-
1963
Roi dans le Rif où il combattit les Français, il fut cadi de Fès. Il soulève le Rif en 1919
et créé l’Etat du Rif. Français, Anglais, Russes et les pays arabes reconnaissent cet
Etat qui rompt avec le Royaume Chérifien. Mais, les Français qui nourrissaient
certaines convoitises sur des zones marocaines se trouvèrent en difficulté avec Abdel Krim qui
commença par chasser les Espagnols de leurs enclaves (Ceuta, Harache…). Après une longue et
sanglante lutte, il fut vaincu (1926) puis déporté à la Réunion (1927). Une terrible répression s’abattit
sur les zones favorables à Abdel Krim. En 1947, celui-ci fut autorisé à revenir en France. Mais,
pendant son transfert par bateau, il réussit à s’enfuir en Egypte où il s’installa pour reprendre son
combat pour le Rif mais aussi pour l’indépendance du Royaume. En 1948, il lança son manifeste
appelant à la lutte pour l’indépendance de l’Afrique du Nord. Ce nationaliste fervent fut le symbole
de la résistance à l’occupant. Le vietnamien Ho Chi-Minh le reconnait et glorifia sa lutte de libération
nationale. Il mourut en 1963 et resta le précurseur des luttes anticoloniales.
JEAN AMROUCHE 1906-1962
Jean El-Mouhoub, écrivain et journaliste né en petite Kabylie (Ighil), il est le fils de
Fadhma Amrouche et le frère de Marguerite Taos Amrouche, toutes deux femmes
de lettres. Attaché à la terre kabyle, il étudie à Saint-Cloud puis entame une carrière à
la radio (RTF), devient directeur de l’Arche. Ami de Claudel, de Mauriac, de Gide, de
Giono, il défend ses traditions ainsi que la patrie algérienne et intervient auprès du
général de Gaulle. Il meurt en avril 1962. Ses œuvres majeures sont Cendres, Chants Berbères de Kabylie.

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TAOS AMROUCHE 1913-1976
Auteur de la Jacinthe noire, de contes et de poèmes (le Grain magique) et interprète de
chants berbères traditionnels, elle est aussi membre de l’Académie berbère de Paris.
MOULOUD FERAOUN 1913-1962
Né à Tizi Hibel (anciennement Fort-National), il est le fils d’un émigré en France.
D’abord instituteur, il écrit le Fils du pauvre, roman autobiographique puis la Terre et
le Sang et correspond avec Camus. Surpris par les évènements de 1954, il adopte une
position nationaliste. Il traduit les poèmes de Si Mohand. Il décède en 1962, quatre
jours avant le cessez-le-feu, assassiné les coups de l’OAS. Ses œuvres seront
plusieurs fois rééditées en France et en Algérie.
KRIM BELKACEM 1922-1970
Grand chef nationaliste né à Aït Yahia Moussa en Kabylie, il fut sensible très tôt aux
idées nationalistes. Mobilisé dans les tirailleurs en 1943, il revint en 1945 avec le grade
de caporal-chef. Il adhéra au PPA et pris le maquis en 1946. Terrorisant la région il fut
condamné à mort en 1947 et 1950. Il ne suivit pas Messali et fonda avec d’autres le
Conseil National Révolutionnaire Algérien (CNRA) pour préparer la révolte armée de
l’Algérie avec l’initiateur du mouvement : Ben Boulaïd. En 1956, il fut coordinateur du Congrès de
la Soummam et vice-président du FLN en 1958 et du gouvernement provisoire de la République
algérienne (GPRA). Il sera également le principal négociateur des Accords d’Evian de mars 1962.
Mais, hostile à Ben Bella, il se réfugie en Allemagne où il sera assassiné en 1970. Réhabilité en 1984,
il est enterré au Carré des martyrs à Alger.
KATEB YACINE 1929-1989
Ecrivain algérien né à Constantine, il est issu de la tribu des Kbeltiya, d’ascendance
maraboutique. Sa famille porte le nom de Kateb qui signifie écrivain en arabe. Tous
étaient magistrats, auxiliaires musulmans, instruits et lettrés, interprètes ou
enseignants. Son père le place dans une école française et il obtient une bourse pour
aller au collège à Sétif. Arrêté en 1945 pour avoir participé aux évènements du 8 mai
1945, il fut exclu du collège. En prison, il prit conscience des aspirations
indépendantistes de son peuple. Il reprit ses études à Bône où il connut Nedjma. En 1946, il écrit le
« Réveil bônois » et Soliloques. A Constantine, Lounissi Mokhtar le mit en rapport avec les nationalistes
du PPA et en 1947, avec les nouvelles générations du MTLD. En 1949, il écrit une lettre aux
Français, un discours sur l’émir Abdelkader. Il est recruté par le quotidien Alger républicain, journal
communiste pour lequel il réalise des reportages en Arabie saoudite, au Soudan, en URSS ou encore
sur la guerre du Vietnam qu’il dénonce avec vigueur et s’inscrit au parti communiste. Son père meurt
en 1950. Il traverse ensuite une période de chômage et travaille comme docker durant deux ans en
France. Malade, il termina son roman Nedjma et écrivit pour les éditions les Seuil et la revue Esprit.
Nedjma connut un grand succès en France et dans le monde. Il n’adhéra pas au FLN mais fut un
militant nationaliste actif dans ses écrits (le Cadavre encerclé). Toutefois, on refusa ses pièces de théâtre
en dialectal et en berbère. Il écrivit la Poudre d'intelligence, qui fut représentée à Mouffetard ou encore
l'homme aux sandales de caoutchouc. Ecrivain renommé il est également un chantre de la révolution et de

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la Berbérité. Il nommera son fils Amazigh. Ses autres œuvres sont notamment : le Polygone étoilé, Les
mille et une nuit de la révolution.
TAHAR DJAOUT 1954-1993
Journaliste algérien né à Oulkhou près d’Azeffoun en Kabylie. Après son bac, il prépara
une licence en mathématiques à Alger. Il écrit des critiques dans le quotidien El
Moudjahid avant de poursuivre des études en sciences de l’information à Paris. Défenseur de la culture
algérienne non tributaire de l’arabisme officiel, il prend parti aux débats de la société, politiques et
identitaires. Menacé par les groupes terroristes, il fut assassiné à Alger en 1993, inaugurant la trop
grande liste de journalistes et intellectuels algériens que pourchassait la « révolution islamiste » de
l’Algérie. Plume redoutable, il fut proche de Kateb Yacine et des littérateurs francophones d’Algérie.
Ses assassins avoueront craindre sa plume acérée et ses écrits influençant fortement l’opinion en
Algérie.
ّ
LOUNES MATOUB (berbère : ⵍⵡⴻⵏⵏⴰⵙ ⵎⴰⵜⵓⴱ, arabe : ‫ )لوناس معطوب‬1956-1998
Chanteur algérien militant de la cause berbère né à Tawrirt, il est révolté par le peu
de cas qu’on réservait à la culture kabyle, à son enseignement, à ses traditions, à son
identité. Sa belle voix s’accompagne de la guitare ou de la mandoline dans des
chansons d’amour, des complaintes de héros de guerre : « Ayezem Andatellid » (où
es-tu ?). L’amour de sa terre natale, de sa berbérité l’amena à manifester à Tizi Ouzou, rassemblant
des milliers de jeunes, distribuant des tracts en Kabylie. Clamant son insoumission aux balles des
tueurs, refusant de céder aux intimidations de la police et aux menaces d’emprisonnement (il fut
cependant arrêté pendant un mois), il poursuivit son militantisme acharné et se qualifie lui-même de
rebelle. Il promet une Algérie où « les bourgeons refleuriront et où personne ne pourra arracher les étoiles du
ciel… ». Danielle Mitterrand lui décerna le prix de la Mémoire en 1994. Son assassinat à Tizi Ouzou
en 1998 provoqua des émeutes mémorables. Il demeure un symbole du combat identitaire kabyle.
Ses assassins n’ont jamais été retrouvés.
MOHAMMED ARKOUN (arabe : ‫ ; محمد أركون‬berbère : ⵎⵓⵃⴰⵎⴻⴷ ⴰⵔⴽⵓⵏ) 1928-
2010
Philosophe et historien de l'Islam, né à Aït Yenni en Kabylie, il prône un
dialogue entre les religions et une nouvelle pensée de l’Islam.

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ANNEXES
ANNEXE 1 : LES TRIBUS SELON IBN KHALDOUN
I. LES BERBERES BRANES
Bernis, l’ancêtre des Branès avait selon les auteurs 7 ou 10 enfants :
1) Esdaj dont est issue la tribu des Esdaja.
2) Masmod dont est issue la tribu des Masmoda.
3) Awrab dont est issue la tribu des Awraba.
4) Ujjis dont est issue la tribu des Ujjissa.
5) Ktam dont est issue la tribu des Ketama.
6) Sinhaj (Senag) dont est issue la tribu des Sanhaja.
7) Awrigh dont est issue la tribu des Awrigha. Il est aussi le père des Hawwara
8) Lamt dont est issue la tribu des Lamta, frères des Sanhaja et des Hawwara.
9) Haskor dont est issue la tribu des Haskora.
10) Gzoul dont est issue la tribu des Gzoula.
Ces tribus se déclinent en de nombreuses branches :
1) MASMODA (Maroc)
 Barghwata (Maroc atlantique de l’Oued Bou Regreg à l’Oued
Tensift)
 Rhomara (Rif occidental et central)
 Banou Hamid
 Mtiwa
 Banou Nal
 Aghsawa
 Banou Ouzarwal
 Majkassa
 Ahl Jabal Darn
2) AWRABA (du Pré-Rif à la Numidie)
 Bejaya
 Nefassa
 Na-ja
 Zahkouja
 Mezyata
 Rghiwa
 Da-y-kousse
3) KETAMA (du Rif central à la Numidie)
 Ghorsene
 Mossala
 Ayane
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 Malloussa
 Qallane
 Yantassem
 Awfasse
 Ghasmane
 Ijjana
 M-aad
 Yannawa
 Lahissa
 Jamila
 Massalta
 Yassouda (Banou Bassouda)
 Fellassa
 Dinhaja
 Matwassa
 Warsine
 Banou Yastitine
 Hachta-y-na
 Msala
 Béni Qansila
 Zouwawa
4) SANHAJA (de l’Atlas au fleuve Sénégal dont le nom provient de Senag,
fils de Barnos)
 Talkana (Talkata)
 Anjfa
 Charta
 Lamtouna
 Massoufa
 Kaddala (Gaddala)
 Mandala
 Banou Warit
 Banou Yaltissine
5) AWRIGHA
 Hawwara (du Maroc, Tripolitaine, région sahelo-soudanaise)
 Eddassa
 Safra
 Endara
 Hanzola
 Dhari-ya
 Hadagha
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 Awta-y-ta
 Taghala (Taghla)
6) LAMTA
 Zakan
 Lakhasse
Zakan et Lakhasse sont frères de Sanhaj et de Hawwar.
7) HASKORA (montagnes du Darn, Atlas et Rif oriental)
 Mastawa
 Ajrama
 Fatwaka
 Zamrawa
 Antifite
 Banou Neffal
 Banou Roskounte

II. LES BERBERES BOTR


1) LOUWA LE GRAND
 Nefzawa (Banou Nafza issus de Nafzaou, fils de Louwa)
 Banou Yattofene (d’après Tattofte)
 Walhassa (d’après Walhas)
- Bazghache
- Dihaya (Dihya)
- Laqos
- Makra
- Waratbounte
- Tarire
- Wartrine
 Ghassassa
 Zahla
 Sumata
 Oursife
 Zatima
 Warkol
 Marnissa
 Wardghros
 Wardine
 Majar
 Maklata
 Louwa le Petit
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 Akouza (Agouza)
 Atroza
 Zayer
 Mzata
 Banou Katof (Gatof)
 Maghana (Maghna)
 Jdana
 Banou Nitate
 Sedrata
2) ZAHHIK
 Tamsite
 Fatine (connu sous le nom de Dharsiya)
 Matmata (Maskab surnommé Matmat)
- Waranchete
- Louwa
* Warmaksene (Warmas)
* Yellaghef
* Waryakol (Waryagol)
* Yelissene
 Koumya (Goumya)
- Nadroma
- Sagh-ghara
- Banou Yelloul
 Lamaya (Maghreb central, orée du Sahara)
- Banou Wazkoufa (Wazgoufa)
- Mziza
- Banou Madnine
 Mtaghra
 Marina (Mrina)
 Maghila (Chelif et Mzouna au Maghreb central)
- Douna
- Kachtata
- Malzouza
 Makzouza (Magzouza)
 Kachata
 Dona
 Mad-youna
 Banou Yahya
 Warstaf

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Maknassa (Taza, Tsoul, Plaine de Guercif, Bassin de la
Moulouya, Rif, Moyen et Haut Atlas orientaux)
- Raflabesse
- Harate
- Mwalate
- Wartifa
- Wardoussen
- Taflite
- Mansara
- Wanfalta
- Qansara
- Banou Waridous
- Solate
- Banou Hawwate
- Banou Warfelasse
 Awkana
- Foughal
- Jarine (Tortine)
- Boulaline (Toulaline)
- Tadine (Tarine)
- Yastilene
 Wartnaj
- Foulal
- Hnata
- Sedraja
- Garnita
- Btalsa (Mtalsa)
- Mkansa
 Samkane
 Zwagha
- Dommar (Banou Simkane)
- Zahhik (Banou Watil)
- Ta-y-foune (Banou Makhir)
 Zwawa (région de Bjaya parmi les Ketama et Sanhaja)
- Banou Majasta (Mjasta)
- Banou Mala-y-Kach (Mlay-Kach)
- Banou Koufi
- Machdala

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- Banou Zourikif (Zrikif)
- Gersfina
- Wazlaja
- Khoja
- Ziklawa (Ziglawa)
- Banou Mrana
- Banou Kozite (Gozite)
- Banou Mlikech
 Ajana
 Zenata
 Wadlik (Walad Warsik)
- Massara
- Tajarte
- Rassine
 Farmi
- Yazmartene
- Mranjissa
- Warkla (Wargla)
- Namala
- Sbarta
 Eddirte (Eddirte avait un enfant Jrao d’où la tribu
Jrawa dont est issue la Kahina).
- Dhammar
* Gharzoul
* Lqora
* Wartatine
* Berzal
* Yassadrine
* Saghmane
* Yettofete
- Zakya
* Banou Maghrao (Maghrawa)
* Banou Yafrene
* Banou Wassine
* Masra
* Yafrane
* Masine
- Ancha (Banou Anch

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