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PLAN DROIT CONSTITUITONNEL

Question de cours

1/ Retracez l’évolution du pouvoir politique

Le pouvoir politique a au fil des années connu une certaine évolution. D’abord, il a été diffus
c'est-à-dire dispersé dans la communauté. Tout le monde commandait et tout le monde
obéissait. Ensuite, il a été personnel c'est-à-dire qu’il s’incarnait dans la personne du chef à
raison des vertus dont il dispose. Il ne faut pas confondre pouvoir personnel et pouvoir
personnalisé. En effet, le pouvoir personnalisé renvoie à une concentration du pouvoir entre
les mains d’une seule autorité. Enfin, il est institutionnalisé c'est-à-dire qu’il y’a une
dissociation entre le pouvoir et celui qui est censé l’incarné.

2/ La population est-elle un élément suffisant de l’Etat

Au regard du droit constitutionnel, l’Etat est une collectivité humaine, géographiquement


localisée, soumise à une autorité exclusive et dotée d’une personnalité juridique et d’une
souveraineté. Au regard de cette définition, il apparait de façon claire que la population est un
élément nécessaire pour la population. Toutefois, si indispensable soit-elle, elle ne saurait à
elle seule suffire pour rendre compte de la totalité de l’Etat.

3/ Quelles appréciations faites-vous des conceptions de la nation ?

Il serait plus commode avant de répondre à cette question de dégager les différentes
conceptions de la nation. La conception objective considère que la nation est la résultante
d’éléments objectifs tels que la race, l’ethnie, la langue, la religion, la géographie, en
revanche, la conception subjective privilégie une composante volontariste : la libre décision
d’individus choisissant de s’associer pour un destin collectif commun. Pour peu qu’on
s’attarde sur ces conceptions, on se rend compte que chaque conception a une portée mais
limitée. Pour la conception objective, il faut souligner que l’actualité récente fournit
d’exemples de pays minés par des querelles linguistiques et religieuses. On en veut pour
preuve, le cas de la Belgique, de l’Iran, de l’Irak etc.…Par là, il ne fait de doute que
l’appartenance à une communauté religieuse ou linguistique est de nature à faciliter la
cohésion du groupe social. Cependant, la communauté de langue, si importante, ne doit
masquer une réalité. En effet, il arrive que la variété de culture et de religion favorise le
développement d’une solidarité nationale intense. La Suisse est là pour en témoigner. Au plus,
poussée à l’extrême, elle peut avoir des conséquences fâcheuses. D’ailleurs, le génocide juif
par le IIIe Reich a été légitimé par cette conception, la purification ethnique à l’endroit des
bosniaques semble se rattacher à cette thèse.

Pour ce qui est de la conception subjective ce qu’il faut dire c’est qu’en tant qu’elle ne prend
en compte les clivages religieux, linguistiques et raciaux laisse apparaitre qu’elle répond plus
à l’idéal de justice. En effet, le facteur le plus efficace de la solidarité nationale est la
représentation que les membres se font du groupe social. Toutefois force est d’admettre la
résurgence des mouvements nationaux dans certains Etats comme l’Inde ou la Chine prouve,
si besoin en était que cette conception est remise en cause de nos jours.
4/ En quoi consiste la personnalité juridique ?

C’est une notion qui a été conçue pour donner une existence et une capacité juridique à des
individus poursuivant un intérêt légitime. C’est elle qui explique que l’Etat peut participer au
commerce juridique, de détenir un patrimoine et d’ester en justice. Elle symbolise l’existence
de l’Etat à l’extérieur et la continuité de la communauté au-delà de la succession des individus
qui la composent. Les dirigeants changent, les citoyens meurent, d’autres naissent, l’Etat
demeure. C’est dire que les gouvernants ne sont pas propriétaires de leurs fonctions, ils en
sont titulaires, investis, elles peuvent leur être retirées. Les décisions prises par les autorités
sont réputées prises non par elles personnellement mais par l’Etat. On obéit à la règle et non à
celui qui l’a édictée.

5/ La population et la nation sont-elles identiques ?

L’identification de l’Etat avec la nation a été introduite à l’époque révolutionnaire. Partant du


principe de la souveraineté nationale, les publicistes affirmèrent que les prérogatives dont
l’Etat est le sujet ne sont que les droits et pouvoirs de la nation elle-même. Le principe de la
souveraineté nationale s’opposerait à ce qu’on puisse considérer l’Etat comme un sujet
distinct de la nation puisque la nation ne peut être un attribut étatique et national qu’à la
condition que l’Etat et la nation ne forment une même personne. Cette conception ne saurait
être retenue. Elle confond deux notions que sont la souveraineté et la puissance étatique. En
outre, elle méconnait la nature véritable de l’Etat qui est une entité juridique et la signification
sociologique de la nation qui existe antérieurement à l’Etat. Enfin, une nation peut être
écartelée entre plusieurs Etats (Kurdes, Arméniens, Peuls, Bantous, etc.) et des nations
différentes peuvent être regroupées dans un Etat plurinational ou multinational (Inde,
ancienne Yougoslavie).

6/ Pourquoi dit-on que le pouvoir de l’Etat est non subordonné ?  

On dit que l’Etat est non subordonné car il peut s’organiser comme il l’entend, que sa volonté
prédomine sur celle des individus et groupes qui le et qu’il n’est lié à aucune règle, sa liberté
est totale. Sur son territoire, il n’a pas de rivaux. Son pouvoir est originaire et illimité, c'est-à-
dire qu’il ne tient que de lui-même et peut poser des régles sans se soucier des régles
extérieures à lui. Il peut poser librement ses régles. C’est ce que traduisent les allemands
lorsqu’ils disent « l’Etat a la compétence de ses compétences ». L’Etat peut intervenir quand
il veut comme il veut où il veut.

7/ Comparez pouvoir individualisé et pouvoir institutionnalisé

Le pouvoir individualisé se traduit par l’incarnation du pouvoir en la personne du chef en


raison de ses qualités ou vertus personnelles, sa force physique, son prestige naturel, sa
puissance matérielle ou occulte or le pouvoir instutionnalisé se traduit par une rupture ou une
nette démarcation entre le pouvoir et ceux qui l’incarnent. A cela il faut ajouter le fait que le
pouvoir individualisé survient difficilement à la mort du chef en raison des guerres de
succession souvent engendrées par la mort du chef alors que le pouvoir institutionnalisé
déploie des régles impersonnelles et générales qui déterminent son mode d’acquisition et
d’exercice.
8/ Peut-il avoir un Etat sans territoire ?

Le territoire est la structure matérielle de l’Etat en ce sens qu’il représente la sphère


géographique d’implantation et de délimitation de l’Etat. Sans un territoire, le pouvoir de
l’Etat, ses compétences ne peuvent s’exercer. Un Etat qui perd son territoire n’en est plus un.
Par conséquent, il ne peut y avoir d’Etat sans territoire.

9/ L’Etat-nation est-il toujours d’actualité ?

L’Etat-nation n’est plus aujourd’hui la forme normale de l’Etat, il est minoritaire aujourd’hui
dans le monde et le modèle qu’il représente est dépassé et contesté. De l’intérieur beaucoup
d’Etats-nations sont minés par l’affirmation de particularismes régionaux, linguistiques,
religieux voire ethniques mettent en cause l’identité nationale. Par un effet inverse, ces Etats
voient leur capacité de décision limitée par la mondialisation dans certains domaines macro-
économiques et financiers par exemple, sans compter l’uniformisation des références
culturelles.

10/ Que signifie l’Etat détient le monopole de la contrainte organisée ?

Cela veut dire que l’Etat est la seule entité habilitée d’exiger, si besoin par la force, le respect
des régles qu’il a édictées. Non seulement il peut user de la force pour exécuter ses décisions,
mais que les particuliers doivent recourir à l’Etat pour obtenir le respect des régles qu’ils ont
eux-mêmes fixés dans leurs rapports. Les particuliers n’ont pas le droit d’user de la force, de
se faire justice eux-mêmes. Le pouvoir de l’Etat va plus loin puisqu’il permet à l’Etat de
déposséder des individus de leurs biens, d’envoyer les citoyens à la mort (cas de guerre) ou de
donner lui-même la mort (exécution d’une décision de justice telle la peine de mort).

11/ QCM

Les éléments constitutifs d’un Etat sont :

Une nation et un pouvoir politique démocratique ;


Un territoire, une population, une autorité publique ; Vrai
Une portion territoriale caractérisée par l’autonomie ;
Le fait d’être une organisation politique reconnue par l’Organisation des
Nations Unies.
 
La population est

Une réalité sociologique symbolisée par la nation Vrai


Un domaine de compétence de l’Etat Vrai
Un attribut juridique de l’Etat
Un élément sociologique suffisant pour la définition de l’Etat

Les sujets de l’Etat

Sont ceux qui sont rattachés à l’Etat par un lien spécial appelé la nationalité Vrai
Ils sont composés des nationaux, des ressortissants et des apatrides
Sont ceux qui vivent sur le territoire de l’Etat de façon permanente
Sont ceux qui ont élu le président de la république

La conception objective de la nation est

La conception qui soutient selon laquelle la nation est la résultante d’éléments objectifs Vrai
Celle qui postule que l’Etat et la nation ne forment qu’une même réalité
Celle qui admet que la nation est antérieure à l’Etat
Celle qui défend l’idée selon laquelle la nation est un élément indispensable à la formation de
l’Etat
 
Un Etat unitaire :

Est un Etat dont la structure territoriale est totalement continue ;


Est un Etat qui ne possède qu’une seule institution politique représentative Vrai
Est un Etat sans façade maritime ;
Est un Etat qui ne connaît pas de fractionnement du pouvoir politique entre le niveau national
et le niveau local.

La confédération d’Etats

Une union confédérale est créée par la signature d’un traité international entre les Etats
souverains qui veulent y prendre part. Vrai
Un Etat qui représente ses membres sur le plan international
Une association d’Etats fondée par une constitution
Un Etat régi par le principe de superposition

La fédération d’Etats

Est un Etat unitaire où les régions disposent d’une large autonomie


Est un Etat où les citoyens ont la double nationalité
Est un Etat une union d’Etats jusqu’alors souverains qui acceptent de transférer une partie de
leurs compétences à un super Etat Vrai

L’Etat fédéral
Est une application du fédéralisme Vrai
Est un Etat qui se ramène à un seul centre de décision et d’animation
Est aussi appelé Etat autonomiste
Est une association d’Etats où chaque Etat est libre de quitter quand bon lui semble
Sujet : L’Etat, une réalité juridique
Les hommes ont toujours senti la nécessité de vivre en société de façon harmonieuse dans des
cadres qui n’ont pas toujours pris la dénomination d’Etat. Toutefois à partir du XVe siècle,
l’Etat est devenu la forme d’organisation sociétale la plus répandue. L’Etat est une notion
ambivalente ou polysémique car étant susceptible de faire l’objet de plusieurs définitions ou
conceptions. C’est ainsi qu’on le conçoit comme une réalité historique, théorique,
sociologique, politique et juridique. Dans le cadre de ce sujet, l’accent sera essentiellement
mis sur la conception juridique de l’Etat.

L’Etat est un concept difficile à définir de manière pleinement satisfaisante. Dans


ses contributions à la théorie générale de l’État (1921), le juriste Carré de Malberg le définit
comme une "communauté d’hommes, fixée sur un territoire propre et possédant une
organisation d’où résulte pour le groupe envisagé dans ses rapports avec ses membres une
puissance suprême d’action, de commandement et de coercition". Il souligne ainsi la double
acception de la notion d’État, qui correspond à un mode d’organisation sociale
territorialement défini et à un ensemble d’institutions caractérisées par la détention du
monopole de l’édiction de la règle de droit et de l’emploi de la force publique.

La réalité est l’ensemble des phénomènes considérés comme existant effectivement par
un sujet conscient. Ce concept désigne donc ce qui est perçu comme concret, par opposition à
ce qui est imaginé, rêvé ou fictif. Par là, la réalité juridique renvoie à ce qui existe au regard
du droit. Ces précisions faites, le sujet soulève la question de savoir en quoi l’Etat est une
réalité juridique ?

Une telle étude est importante à bien des égards car ayant soulevé des controverses
doctrinales. En effet, certains auteurs et pas des moindres tels que Léon Duguit et Gaston Jeze
écartent ainsi les autres conceptions métaphysiques de l'État telles que la souveraineté ou la
notion de personne morale (Jèze soulignera la fictivité de cette notion dans sa célèbre phrase :
« Je n'ai jamais déjeuné avec une personne morale »), alors classiquement utilisées pour
décrire l'État. Ils font une critique de l'État et soutiennent que ce dernier n'est qu'une modalité
politique. Cette position n’est pas partagée par d’autres comme Jean Bodin et Jean Claude
soyer, le premier assimilant l’Etat à la souveraineté alors que le second réagissant aux propos
de Duguit dira que s’il n’a jamais « diné avec un Etat », il l’a « souvent vu payer l’addition  ».  
 
Sans prendre parti au débat, force est d’admettre qu’aujourd’hui que sur le plan international,
l’Etat, pour son existence, doit être doté d’un certain nombre d’attributs que sont la
souveraineté et la personnalité juridique. Compte tenu de ces considérations, il s’agira de
montrer que l’Etat est une réalité juridique en ce qu’il est doté de la personnalité juridique (I)
et de la souveraineté (II).

I/ L’Etat, un être souverain

Les manifestations de la souveraineté (A) ont connu avec l’évolution des sociétés nationales
et internationales une véritable érosion (B)

A/ Les manifestations de la souveraineté


La souveraineté se manifeste de deux manières : le pouvoir de l’Etat est non subordonné (1)
et est indépendant (2)
1/ L’insubordination du pouvoir de l’Etat

Par là, il faut comprendre l’Etat peut s’organiser comme il l’entend, que sa volonté
prédomine sur celle des gouvernés. Il n’y a rien au-dessus de ce pouvoir «au sens non
seulement relatif et comparatif mais superlatif et absolu ». Ce pouvoir n’est pas délégué par
une autre autorité, il est à l’origine des autres pouvoirs internes. L’Etat ne tient son pouvoir
que de lui-même et peut poser ses régles sans se soucier des régles qui lui extérieures. A ce
titre, il a la possibilité de déterminer sa propre organisation politique (le pouvoir constituant)
de fixer les règles de droit (pouvoir législatif) et de les faire appliquer, le droit de contraindre
(pouvoir exécutif). En posant ses régles, l’Etat dispose d’une liberté quasi-totale. Il a le
pouvoir d’intervenir quand il veut comme il veut où il veut. Les auteurs allemands disent que
« l’Etat a la compétence de sa compétence ».

2/ L’indépendance du pouvoir de l’Etat

Dans les six livres de La République, Jean Bodin, en 1576, affirmait qu’il y avait une
équivalence entre la souveraineté et l’indépendance absolue. L’Etat jouit d’une totale
indépendance par rapport aux autres États. Cela se traduit par la non-intervention dans les
affaires intérieures et par l’égalité dans les organisations internationales. Il n’y a pas de
«gouvernement international » et l’Etat n’est soumis à l’égard des autres Etats à aucune
obligation qu’il n’ait librement souscrite. Seul le consentement peut le lier sur la scène
internationale. C’est dire que la souveraineté peut-être volontairement limitée par des traités
ou son adhésion à des organismes internationaux comme les Nations Unies ou l’Union
européenne. Sous cette forme, le caractère absolu a été contesté. Certains ne peuvent admettre
que les Etats acceptent de la limiter par des traités. En procédant ainsi, les Etats reconnaissent
une règle extérieure à eux selon laquelle « les traités doivent être respectés ».

B/ La souveraineté, un attribut remis en cause

On assiste aujourd’hui à un effritement de la notion tant dans l’ordre interne (1) que dans
l’ordre externe (2)

1/ Dans l’ordre interne

Si la souveraineté interne est toujours pertinente, elle doit toujours prendre en compte un
certain nombre de données. En effet, elle se heurte à l’affirmation des droits de l’homme, au
respect du à la vie privée, à la définition autour de l’individu d’une sphère d’autonomie
interdite à l’Etat. Dans une société démocratique l’Etat ne pourrait y porter atteinte sans
s’exposer à de vives réactions du corps social. En outre, chaque citoyen devant participer à la
vie locale, l’État se doit de transférer aux autorités locales certains pouvoirs, entrainant ainsi
le renforcement des collectivités décentralisées. Enfin, la globalisation de l’économie et des
communications enlèvent à l’Etat une part croissante de sa liberté. Comment pourrait-il
prétendre fixer ses impôts, ses droits de douane, la réglementation de l’internet en faisant
abstraction de ce qui se passe chez ses voisins et sur le marché mondial ?

2/ Dans l’ordre externe

Les limitations de souveraineté sont plus spectaculaires. Les conventions et accords signés par
les Etats érodent la conception d’une stricte souveraineté d’Etats fermés sur eux-mêmes.
Depuis, la fin de la seconde guerre mondiale des alliances militaires ont restreint la liberté de
certains Etats de pourvoir eux-mêmes et seuls à leur défense : à l’Ouest (OTAN) à l’est (le
pacte de Varsovie). Au plus, l’Allemagne s’est vue interdire la possession d’armes nucléaires,
le Japon la constitution d’une armée. En 1956, l’intervention des Soviétiques en Hongrie, puis
en 1968 en Tchécoslovaquie s’est faite au nom de la théorie de la « souveraineté limitée ».
Dans les pays en voie de développement les besoins en capitaux et la crise financière
chronique ont placé bon nombre d’Etats sous la dépendance des organismes internationaux.
Le principe de non ingérence est ébranlé depuis 1991 par l’affirmation d’un devoir
d’ingérence humanitaire lorsque sont en jeu des valeurs communes de l’humanité. La
construction européenne est un abandon d'une partie de la souveraineté de l’État.

II/ L’Etat, un être jouissant d’une personnalité juridique

La personnalité juridique a un fondement(A) et des conséquences (B)

A/ Le fondement de la personnalité juridique

La personnalité juridique est un attribut partagé (2) découlant de l’institutionnalisation du


pouvoir (1)

1/ L’institutionnalisation du pouvoir : fondement de la personnalité juridique

La personnalité juridique découle de l’institutionnalisation du pouvoir. L’Etat, personne


juridique, ne doit être confondu avec les autorités qui l’incarnent et tirant leurs compétences
de l’Etat. La personnalité juridique permet d’imputer à l’Etat les effets de droit qui résultent
de l’activité des personnes physiques qui l’incarnent. La responsabilité des agissements de ses
agents commis dans l’exercice des missions qui leur sont confiées lui est imputée.
Inversement, les gouvernés obéissent à l’Etat en exécutant les décisions prises par les
autorités et non aux individus qui ne font qu’exercer des fonctions publiques. La personnalité
juridique est une qualité qui s’attache aux personnes physiques et morales. Elle leur confère la
capacité d’être des titulaires de droits et obligations qui leur permettent de participer au
commerce juridique en prenant des actes, en détenant un patrimoine composé de biens
propres, en gérant un budget et d’ester en justice.

2/ La personnalité juridique, un attribut partagé

Le pouvoir de l’Etat s’exerce à travers une organisation, l’Etat est une collectivité organisée.
Les formes de cet agencement peuvent varier, mais elles reposent toujours sur une distinction
des gouvernants et gouvernés, sur l’existence d’organes de l’Etat et sur des régles déterminant
les relations entre ces organes et avec les gouvernés. Cette structuration est indispensable pour
que l’Etat puisse exprimer sa volonté et la mettre en œuvre. On dit que l’Etat est une personne
morale, un être fictif. La notion de personnalité morale a été conçue pour donner une
existence et une capacité juridique à des groupements d’individus poursuivant un intérêt
légitime.   C'est une collectivité organisée : on peut dire que c’est une personne morale par
opposition aux personnes physiques. Cette notion de personne morale sert à donner une
existence et une capacité juridique à des groupements d'individus poursuivant un intérêt
légitime : l'Etat n'est pas le seul à avoir une personnalité morale (ex : société commerciale,
département). En effet, l’Etat partage cette qualité avec d’autres institutions comme les
sociétés commerciales, les associations, les départements, les communes etc.…
B/ Les conséquences de la personnalité juridique

La personnalité juridique érige l’Etat en être de droits et d’obligations (1) et assure la


continuité des institutions (2)

1/ L’Etat, un être de droits et d’obligations

La personnalité morale est une fiction juridique qui permet d’ériger l’Etat en centre de droits
et d’obligations susceptibles de s’obliger ou de se voir traduire en justice. Il est doté d’une vie
propre et indépendante des volontés individuelles de tous ses membres. On lui reconnait ainsi
une capacité juridique lui conférant le pouvoir de vouloir et d’agir au nom de la collectivité et
de participer au même titre qu’une personne physique au commerce juridique. Cette
personnalité juridique lui permet ainsi de prendre en charge de façon permanente les intérêts
de la nation qu’il personnifie juridiquement. Au plus, la personnalité morale permet de
matérialiser le pouvoir de contrainte car l'Etat dispose d'une capacité de vouloir et d'agir sur le
plan juridique. Grâce à la personne morale l’Etat peut posséder des biens, contracter des
dettes, gérer des activités et services, entretenir une armée, une police, des tribunaux. Pour
faire face à des charges financières, il dispose des ressources qu’il tire de son domaine ou de
ses impôts. Ces ressources et dépenses figurent dans son budget. L’Etat ne peut jouir d’un
patrimoine pour accomplir sa mission que parce qu’il est considéré comme une personne
juridique.

2/ La personnalité juridique : garantie de la continuité de l’Etat

Cette personnalité ne se confond pas avec la personne physique des dirigeants de l'Etat ; cela
permet la continuité de l'Etat, car les dirigeants ne sont pas propriétaires de leur fonction. Les
actes des dirigeants précédents engagent leurs successeurs et survivent aux changements
politiques, c'est la permanence du droit. L’Etat survit aussi bien à ses dirigeants éphémères
qu’aux générations qui se succèdent. Il est permanent car les changements qui surviennent
dans sa composition ou sa direction n’affectent ni son existence, ni la durée de ses décisions.
Les lois d’une Assemblée ou les décrets d’un Président survivent aux gouvernants qui en ont
pris l’initiative. Elle permet d’assurer le fonctionnement continu des pouvoirs nécessaires à la
sécurité du commerce juridique national et international. Cette continuité est parfois niée. Le
problème s’était posé lorsque le régime communiste a renversé le tsar de Russie. En droit
international, elle est le fondement de l’égalité entre les Etats. Si tous les Etas sont
matériellement différents il reste qu’ils sont juridiquement égaux.
Sujet: La Population
Toute société n'a pas vocation à devenir Etat. L'Etat est le résultat d'une évolution qui se
manifeste par le passage d'un pouvoir personnel à un pouvoir d'institutionnalisé. En tant
qu'organisation sociale, il est doté d’une personnalité juridique et d’une souveraineté. Au plus,
il suppose un territoire, un pouvoir de contrainte et une population déterminée. Ce dernier
élément fera l’objet de notre étude.

Par population, on entend un ensemble d’individus établis sur un espace donné et soumis à un
ordre juridique qui est celui de l’Etat. En tant que réalité démographique, elle est une
collectivité humaine vivant sur un territoire qui est celui de l’Etat. Sur le plan juridique elle
regroupe tant les sujets que les étrangers. L’analyse de la population soulève une multitude de
points les uns aussi importants que les autres. Toutefois, ils ne seront pas tous abordés dans le
cadre de notre travail. Seule la question de savoir : que représente la population pour l’Etat
sera au cœur de notre préoccupation.

La population a été au centre d’une vive controverse entre juristes classiques et modernes.
Pour les premiers, la population ne peut être prise comme élément constitutif de l’Etat que si
elle s’est enrichie d’une qualité appelée nation. En termes clairs, il faut qu’il ait une
adéquation entre la nation et la population pour celle-ci soit considérée comme un élément de
l’Etat, à défaut il s’agira tout simplement d’un groupement humain. Quant aux juristes
modernes, cette qualité qu’est la nation ne doit être prise en compte. En effet, pour eux, cette
coïncidence n’est toujours vérifiée dans la mesure où les faits laissent apparaitre l’existence
de population composant plusieurs nations ou des nations écartelées entre plusieurs Etats.

En tout état de cas, si aucun seuil n’est exigé pour la définition de la population force est de
reconnaitre qu’une population importante est un facteur de puissance dans les relations
internationales.

A partir du moment qu’il est admis qu’un Etat ne peut exister sans population alors on peut
dire que la population est un élément constitutif de l’Etat (I). Il ne saurait en être autrement
dans la mesure où la population est un objet de compétence de l’Etat (II)

I/ La population, un élément constitutif de l’Etat

On ne saurait concevoir un Etat sans une population d’où le caractère indispensable de la


population (A). Toutefois, si indispensable soit-elle, elle ne saurait, à elle seule, expliquer
l’Etat (B)

A/ Un élément indispensable

Si l'Etat est une société organisée, c'est d'abord parce qu'il se compose d'individus sur lesquels
s'exerce le pouvoir. La population est un ensemble limité d'hommes et de femmes soumis à un
ordre juridique déterminé. Cet ensemble de personnes est hétérogène car il comprend des
individus vivant sur le territoire de l'Etat n’ayant pas forcément la même nationalité, des
femmes et des hommes, des jeunes et adultes etc.. Sur le plan juridique, la population est
homogène en ce sens que tous les individus se soumettent à un même ordre juridique.
Cela étant précisé, il est nécessaire de souligner que le droit n’exige pas un seuil en deçà
duquel on ne saurait parler de population. La coexistence de micro-Etats comme les iles
Nahru avec de géants comme l’Inde ou la Chine est là pour en attester. Cette population, si
déterminante soit-elle ne saurait suffire à elle seule pour rendre compte de l’effectivité de
l’Etat.

B/ Un élément insuffisant

La population est un élément insuffisant de l’Etat d’autant plus qu’elle ne peut expliquer à elle
seule la totalité. C’est pourquoi, on l’a fait remarquer que toute société humaine ne forme pas
un Etat. La Palestine en est une parfaite illustration. En effet, au-delà de cet élément
sociologique qu’est la population il en faut d’autres tels que le territoire qui est la sphère
géographique d’implantation de l’Etat, le pouvoir politique qui traduit la relation de
domination et d’obéissance.

Pour sa reconnaissance sur le plan international des attributs comme la personnalité juridique
et la souveraineté sont plus qu’indispensables. Si la personnalité juridique est conçue pour
donner une existence et une capacité juridique à l’Etat, la souveraineté, en revanche, se traduit
par la possibilité pour l’Etat de fixer librement ses régles et d’être l’égal des autres Etats sur le
plan international.

II/ La population, un élément de compétence de l’Etat

La population est un objet de compétence pour l’Etat. Il exerce une compétence pleine sur les
nationaux (A) et une compétence limitée sur les étrangers(B)

A/ Une compétence pleine sur les nationaux

Les nationaux sont des individus établis ou non sur le territoire de l’Etat et liés à celui-ci par
un lien spécial appelé la nationalité. Pour ces personnes, l’Etat exerce sur eux une compétence
générale. Par là, il faut comprendre qu’elles sont tenues de se conformer à toutes les règles
édictées par l’Etat. En matière civile comme en matière pénale qu’aucune exception en
principe n’est accordée aux nationaux établis sur le territoire de l’Etat.

Mieux, pour les lois relatives à l’état et à la capacité, elles suivent la personne partout où elle
se trouve. Pour une bonne compréhension de cette idée, il est nécessaire de partir d’un certain
nombre d’exemples. Un sénégalais basé en France, pour se marier, doit se conformer à la
législation prévue par l’Etat sénégalais en cette matière. En revanche pour les lois pénales, ce
même sénégalais se soumettra à la législation du pays d’accueil. Si la compétence est générale
pour les nationaux pour les étrangers, en revanche, elle est limitée.

B/ Une compétence restreinte sur les étrangers

La compétence sur les nationaux est limitée. Il revient à l’Etat d’accueil de réglementer les
conditions d’entrée et de séjour pour les étrangers. Il peut, à cet effet, leur interdire l’exercice
de certaines activités notamment celles qui sont liées à l’exercice de ses missions de
souveraineté ou limiter leur participation à la vie politique interne. Toutefois sur l’Etat, pèse
des obligations de protection de la personne et des biens des étrangers vivant sur son
territoire. Pour certaines catégories d’étrangers, l’Etat n’exerce pas ses attributs classiques de
souveraineté. Il s’agit des agents diplomatiques et consulaires et des agents et fonctionnaires
internationaux. Ces deux catégories d’étrangers bénéficient de l’immunité diplomatique qui
les soustrait de la compétence pénale et dans une certaine mesure fiscale de l’Etat d’accueil.
Ce privilège s’étend également à leur entourage.
Sujet : Le territoire
Toutes les sociétés humaines ne forment pas un Etat. Dans l’analyse classique on considère
qu’il n’en est ainsi que lorsque trois éléments sont réunis : un pouvoir de contrainte,
s’exerçant sur une population, rassemblée sur un territoire. Au fondement de la structure
étatique se trouve le principe de souveraineté. C’est dire qu’au regard du droit constitutionnel,
l’Etat n’existe que s’il y’a la réunion d’éléments juridiques que sont la personnalité juridique
et la souveraineté et d’éléments sociologiques renvoyant à la population, le pouvoir politique
et le territoire. Ce dernier, à savoir le territoire, nous occupe dans le cadre de cette analyse.

Par territoire, on entend la structure matérielle de l’Etat en ce sens qu’il représente la sphère
géographique d’implantation et de délimitation de l’Etat. Il n’y a pas d’Etat sans territoire. De
même l’Etat qui perd son territoire n’en est plus un. L’analyse du territoire soulève une
multitude de points les uns aussi importants que les autres. Toutefois, ils ne seront pas tous
abordés dans le cadre de notre travail. Seule la question de savoir : quelle est l’importance du
territoire représente sera au cœur de notre préoccupation.

La nature du territoire a fait l’objet de vives controverses au sein de la doctrine. En effet,


l’Etat considéré comme une personne, on suppose qu’il possède un territoire et on s’interroge
sur la nature de son droit sur ce territoire. Certains juristes l’assimilent à un droit de propriété.
Cette position n’est pas partagée par d’autres qui estiment que l’assimilation de ce droit à la
propriété n’est pas pertinente. Pour eux, si l’Etat était le propriétaire du sol, son droit serait
exclusif et que les particuliers ne pourraient être propriétaires en même temps que lui. C’est
ainsi qu’ils ont considéré ce droit comme un droit réel institutionnel, réel pour marquer qu’il
porte sur une chose, institutionnel car son contenu est limité et déterminé par l’Etat.

Sur le plan pratique, le territoire est un facteur de cohésion du groupe social et de


raffermissement de la nation car étant le cadre physique d’intégration de populations diverses.
En droit, il n’y a d’exigence de surface minimale.

En tant qu’il est une condition de l’indépendance de l’Etat (I) et un moyen d’action pour lui
(II), il ne fait de doute que le territoire joue un rôle déterminant pour l’Etat.

I/ Le territoire : une condition de l’indépendance de l’Etat

Le territoire sert de mesure (A) et de limite (B) à l’autorité de l’Etat

A/ Une mesure de l’autorité de l’Etat

Le territoire est pour le pouvoir une condition de son existence. Pour être le maitre, il faut
qu’il soit chez lui et le meilleur moyen de l’être est de tracer ses limites de son domaine. C’est
cette idée que l’on traduit juridiquement en disant que le territoire est un objet de compétence.
Il constitue la dimension spatiale dans laquelle s’exerce le pouvoir de l’Etat car c’est lui qui
détermine le cadre de compétence rationné loci de l’Etat sur sa population. Relèvent de
l’autorité de l’Etat tous ceux qui vivent sur son territoire. Ils sont tous subordonnés à la
réglementation de l’Etat.
Les seules exceptions concernent, entre autres, les exclusions de souveraineté de l’Etat (Berlin
en 1946 ou le Sud de l’Irak en 1992), les abandons exprès de souveraineté (Etats Unis
exercent une souveraineté sur le Canal de Panama) et les missions diplomatiques. En
contrepartie de cette soumission, l’Etat assure la protection dans les limites du territoire tant
les personnes physiques que les droits des Etats notamment ceux réclamés par leurs
ressortissants.

B/ Une limite de l’autorité de l’Etat

Le territoire est la circonscription à l’intérieur de laquelle s’exerce la puissance de l’Etat. Il


détermine la limite matérielle de l’action des gouvernants. Il permet de protéger son
indépendance en fixant les frontières derrière lesquelles il pourra plus efficacement se
défendre les agressions extérieures. Tout Etat doit défendre son territoire, comme il doit
protéger sa population, mais de tout temps, les Etats se sont efforcés d’élargir leurs frontières.
On en veut pour preuve l’âpreté des querelles concernant la propriété des fonds marins ou, en
Asie, de certaines iles (Iles de Bakassi entre le Nigéria et le Cameroun et les iles malouines
entre l’Angleterre et l’Argentine), et les ambitions territoriales ont été dans l’Histoire l’une
des causes essentielles des guerres.

Beaucoup de constitutions posent le principe de son intangibilité et interdisent aux pouvoirs


publics de consentir à des abandons de souveraineté. Aux termes de l’article 95 de la
constitution du 22 janvier 2001, les traités comportant cession, échange ou adjonction de
territoire ne peuvent prendre effet qu’après autorisation de l’autorisation de l’Assemblée
Nationale. Au plus, nulle cession, nulle adjonction de territoire n’est valable sans le
consentement des populations intéressées.

II/ Le territoire, un moyen d’action de l’action

Le territoire est un moyen pour l’Etat d’assurer l’unité du groupe (A) et la stabilité de son
domaine (B)

A/ Une garantie de l’unité du groupe

Par la détermination d’un cadre territorial, le pouvoir inscrit la nation sur le plan des réalités
concrètes. Il permet de réaliser cette synthèse d’un sol et d’une idée qui est l’essence même de
la nation.

Symbole et protection avancée de l’idée nationale, il est par excellence, le facteur de l’unité
du groupe en lui permettant de prendre conscience de soi par sa différenciation avec les
groupes voisins. Il est un facteur de cohésion du groupe social et de raffermissement de la
nation car c’est le cadre physique d’intégration de populations diverses.

Par là, on comprend, dans ces conditions cette tache de rassembleur de territoires que
s’assignent nos rois. De son succès, dépendent la réussite de toute leur entreprise
gouvernementale, puisque l’autorité est toujours fonction de l’unité de vue de ceux qui sont
appelés à la supporter.
B/ Une garantie de la stabilité du domaine de l’Etat

Politiquement le rôle de l’Etat ne se limite ou ne se réduit pas à la fonction négative de


délimitation d’une sphère de compétence. Il est aussi, positivement, un moyen d’action de
l’Etat. D’une part l’autorité, forte de la stabilité de son domaine peut imprimer plus facilement
une direction à l’activité du groupe, d’autre part, qui tient le sol tient l’habitant.

On ne peut mieux contraindre les individus lorsqu’on peut les saisir par l’intermédiaire du
territoire sur lequel ils vivent. C’est ce qui explique en partie le fait que les problèmes de
frontières ne sont tous résolus car de nombreux conflits existent encore dans le monde
contemporain sans parler des bouleversements existant à l’Est. On assiste à la contestation de
certaines frontières (Irak-Koweït, Lybie-Tchad) et à leur revendication (Iles Kouriles entre le
Japon et la Russie, le Cachemire entre l’Inde et le Pakistan. Pour terminer il faut souligner que
le territoire peut être terrestre, aérien et maritime.
Sujet : Le pouvoir politique
Toute société n'a pas vocation à devenir Etat. L'Etat est le résultat d'une évolution qui se
manifeste par le passage d'un pouvoir personnel à un pouvoir d'institutionnalisé. En tant
qu'organisation sociale, il est doté d’une personnalité juridique et d’une souveraineté. Au plus,
il suppose un territoire, un pouvoir de contrainte et une population déterminée.

C’est dire que la rencontre d’une population et d’un territoire ne débouche ipso facto sur
l’existence de l’Etat. En effet, la matérialité de l’Etat est conditionnée par l’existence d’un
pouvoir politique sur cette population et sur ce territoire. Ce pouvoir politique, d’ailleurs, sera
au cœur de nos préoccupations car le sujet nous à réfléchir sur cette notion.

Le pouvoir est une énergie particulière qui permet à son détenteur de prévoir, d’impulser, de
décider et de coordonner les activités des individus et groupes placés sous son autorité. Il se
traduit par une relation de domination et d’obéissance. L’analyse du territoire soulève une
multitude de points les uns aussi importants que les autres. Toutefois, ils ne seront pas tous
abordés dans le cadre de notre travail. Seule la question de savoir : quels sont les caractères du
pouvoir sera traitée.

Il est admis depuis les philosophes du Moyen Age que le pouvoir est une sorte de convention
aux termes de laquelle les sujets reconnaissent l’autorité du Prince à condition que celui que
n’en use que pour le service du bien public. C’est au nom de ce pacte que Montesquieu
s’élève contre Hobbes qui légitimait la pire tyrannie par l’idée que le peuple avait une fois
pour toutes fait l’abandon de ses droits au Prince. Montesquieu soutient, au contraire, que
celui-ci n’a reçu qu’une délégation restreinte à ce qu’exige l’utilité de ses commettants et
qu’un abus de sa part, rompant le pacte que le peuple lui a imposé, délie les sujets du devoir
d’obéissance.

Au-delà de ce débat, somme toute intéressant, force est de reconnaitre que s’il est une
constante dans l’histoire de la vie politique, c’est bien son institutionnalisation continue. Du
chef absolu des premiers groupes humains, au pouvoir fondé sur son courage, son habileté ou
sa sagesse, que de chemin parcouru jusqu’aux parlements contemporains, légitimés par
l’élection et soumis à des régles contraignantes et compliquées. Compte de ces considérations,
il nous plaira de montrer que le pouvoir politique revêt des caractères permanents (I) et un
caractère exclusif (II)

I/ Les caractères permanents

Le pouvoir politique implique une double relation de commandement(A) et d’obéissance (B).

A/ Une relation de commandement

Le pouvoir dispose de la capacité de commander à ses membres et de sanctionner


légitimement ses ordres par la force. Il permet ainsi à ses détenteurs de prescrire
unilatéralement des normes de conduite à l’intention des gouvernés qui sont tenus de s’y plier.
Il peut ne pas être tenu compte dans l’exercice du pouvoir de consentement préalable des
destinataires de la décision arrêtée des gouvernants.
Pour être reconnu comme tel, le pouvoir doit être consenti. Le sort des empires qui n’ont pas
survécu aux revers du conquérant est là pour nous renseigner qu’il n’y a d’ordre politique
durable que celui qui unit dans une commune énergie la volonté du pouvoir et la confiance
des gouvernés. Le pouvoir pour être efficace doit être assorti de mécanismes permettant de
faire prévaloir la volonté de ceux qui gouvernent.

La relation de commandement n’est pas l’apanage de l’Etat. Elle se retrouve dans toutes les
organisations sociales mais la mise en œuvre d’un appareil spécialisé de contrainte différent
des autres systèmes de sanction permet de distinguer le pouvoir politique des autres
organisations sociales.

B/ Une relation d’obéissance

Le commandement a pour contrepartie l’obéissance des gouvernés qui est conditionnée par la
légitimité du pouvoir. On a pu distinguer trois types de légitimité selon que le pouvoir est
traditionnel (gouvernement du prince), charismatique (gouvernement du chef qualifié par son
propre prestige) ou rationnel (gouvernement d’autorités investies par la loi).

Dans tous ces cas, la légitimité est l’expression d’une qualification ; l’autorité apparait
qualifiée pour l’exercice de la fonction gouvernementale. Elle fournit le fondement ou la
justification de l’autorité des gouvernements. Elle est le caractère de ce qui est conforme aux
valeurs et croyances auxquelles se réfère le pouvoir.

On constate que ces éléments (valeurs et croyances) correspondent à des phénomènes qui sont
non juridiques mais sociaux et culturels et, par conséquent insusceptibles d’une définition
précise et utile. C’est pourquoi la légitimité est considérée, à juste raison, comme une notion
sociologique et non juridique.

II/ Le caractère exclusif du pouvoir politique

Le pouvoir d’Etat a le monopole de l’édiction des régles des droits (A) et de la contrainte
organisée (B)

A/ Le monopole de l’édiction de régles de droit

Ces régles s’analysent comme des contraintes. L’Etat n’est pas le seul à créer des régles de
droit.  Ce pouvoir appartient également aux particuliers qui s'engagent par des actes juridiques.
L’Etat définit un certain nombre de régles de la vie en société, de normes, s’imposant aux
particuliers, obligatoires pour eux.   L'Etat a le pouvoir de fixer les règles qui doivent régir ou
diriger la vie en société.

Les règles sont des normes obligatoires et s'imposent aux particuliers d’où des contraintes, des
contrats, il appartient aussi aux syndicats, sociétés, associations qui s'imposent des obligations
à leurs membres. Mais ces entités n’ont pas vocation à régir des sociétés politiques, elles n’ont
pas une compétence générale, mais une compétence limitée à leur objet social (protection des
salariés, de l’environnement etc.…) ou qui leur est attribué par l’Etat (gestion administrative
d’un territoire).
Si l’Etat n’a pas le monopole de l’édiction des régles, il dispose de la prérogative de créer de
régles générales, impersonnelles et obligatoires, de commander et de se faire obéir. En tant
que « Pouvoir de droit » l’Etat est dans son territoire la et seule entité à pouvoir fixer des
régles et d’en imposer le respect.

B/ Le monopole de la contrainte organisée

L'Etat est le seul à détenir le monopole et l'usage de la force. Les gouvernants peuvent
disposer de l’administration et des forces de l'armée pour établir les règles ; ce pouvoir de
contrainte est étendu car il permet à l'Etat de déposséder les individus de leurs biens. Il a le
pouvoir de demander unilatéralement des prestations ou des abstentions aux individus vivant
sur son territoire de contraindre les gouvernés à s’exécuter par la force si besoin est.

En conséquence, les particuliers n'ont pas le droit d'user de la force ni de faire justice eux-
mêmes, ils doivent recourir à l'Etat pour obtenir le respect des règles qui sont fixées dans le
rapport. Le monopole de contrainte est donc un élément capital dans l'existence de l'Etat.

Ce pouvoir est exclusif. L’Etat ne saurait laisser sur son territoire des forces armées
concurrentes, des contre-pouvoirs sans mettre en péril son existence. En effet, si l'Etat laisse
se développer des pouvoirs de contrainte privée, il s'expose à l'anarchie (ex : Liban). Pour être
légitime, le pouvoir de contrainte de l’Etat doit être accepté par la population, pour garantir la
paix civile.
Sujet : La souveraineté
Il est unaniment reconnu que l'Etat est le résultat d'une évolution qui se manifeste par le
passage d'un pouvoir personnel à un pouvoir institutionnalisé. Pour qu'il y ait Etat, il faut :
une population déterminée, un territoire défini, un pouvoir de contrainte. En tant
qu'organisation sociale, l'Etat présente juridiquement deux caractères : la personnalité
juridique et la souveraineté. Ici, il sera du second élément, à savoir la souveraineté.

La souveraineté se laisse définir comme un pouvoir de droit initial inconditionné et suprême,


indiquant par là que l’Etat ne tient son pouvoir que de lui-même, qu’il est fondé sur le droit et
qu’il n’a pas d’égal, ne relève d’aucun autre et ne reconnait aucun pouvoir qui lui soit
supérieur ou concurrent. L’examen de la notion soulève une multitude de questions les unes
aussi pertinentes que les autres. Elles ne seront pas toutes abordées. On s’intéressera
uniquement à celle de savoir que représente la souveraineté pour l’Etat ?

La souveraineté a fait l’objet de vifs débats entre les partisans de la conception absolue de la
souveraineté et ceux de la conception relative. Si l’on s’en tient aux premiers, la souveraineté
doit permettre à l’Etat de tout faire sans tenir compte du bien et des intérêts des individus et
de la communauté. Ils ne peuvent admettre que l’Etat soit créateur du droit et en être soumis.
Cette position a été vivement critiquée par les partisans de la conception de la souveraineté
relative. Ils considèrent que l’Etat doit être soumis au droit sur la base de l’existence d’un
droit naturel transcendant, préexistant, constaté et créé par les lois, idéal et extérieur et
s’imposant à lui. En tout état de cause, les faits laissent apparaitre que les Etats acceptent de
limiter leur souveraineté par des traités d’où le caractère relatif de la souveraineté.

En tout état de cause force est de reconnaitre, malgré son effritement continu, la souveraineté
demeure un élément essentiel de l’Etat et demeure le fondement de l’indépendance des Etats
modernes. Compte tenu de ces considérations, pour une bonne analyse, on va montrer que la
souveraineté une condition nécessaire de l’Etat (I) mais aussi est un attribut de l’Etat (II)

I/ La souveraineté : une condition d’existence de l’Etat

La souveraineté est une condition d’existence de l’Etat car étant à la fois un fondement de la
compétence internationale (A) et de l’indépendance de l’Etat (B)

A/ Le fondement de la compétence internationale

Par compétence internationale, il faut comprendre la possibilité offerte à l’Etat de connaitre


d’une affaire, de prendre une décision, de régler un différend. Elle confère à l’Etat une
aptitude juridique lui permettant d’agir ou de ne pas agir dans un sens ou dans un autre, de
légiférer sur certaines matières, de prendre un acte ou d’accomplir une opération.

L’Etat se voit reconnaitre un domaine dans lequel il jouit d’une compétence de principe qui
échappe à l’autorité de tout autre sujet de droit et qu’il exerce d’une manière discrétionnaire et
absolue.

A ce titre, il a la possibilité de déterminer sa propre organisation politique : le pouvoir


constituant de fixer les règles de droit : pouvoir législatif et de les faire appliquer, le droit de
contraindre : pouvoir exécutif.
En posant ses régles, l’Etat dispose d’une liberté quasi-totale. La souveraineté fait de l’Etat un
sujet immédiat de droit international, titulaire et obligataire de droits, capable de s’obliger soit
par la conclusion de conventions internationales soit par l’adoption d’un fait opposable.

B/ Le fondement de l’indépendance de l’Etat

La souveraineté confère à l’Etat un droit à l’autonomie de décision. Il n’est soumis à aucun


pouvoir politique de décision supérieur. Au contraire, il n’est tenu d’obéir qu’aux seules
décisions et régles qu’il s’est imposé. Au plan interne, il dispose d’une liberté absolue pour
définir son régime constitutionnel ou régir les domaines politique, économique, social et
culturel de son pays. L’Etat ne tient son pouvoir que de lui-même et peut poser ses régles sans
se soucier des régles qui lui extérieures.. Il a le pouvoir d’intervenir quand il veut comme il
veut où il veut. Les auteurs allemands disent que « l’Etat a la compétence de sa
compétence ». L’Etat peut s’organiser comme il l’entend, que sa volonté de l’Etat prédomine
sur celle des gouvernés. Dans ses relations avec les autres sujets de droit international, il jouit
d’une indépendance complète qui est l’une des conditions de la souveraineté. Il n’est assujetti
à aucun Etat ni soumis à aucune obligation qu’il n’est librement souscrite.

II/ La souveraineté, un attribut de l’Etat

Il s’agit d’un attribut exclusif (A). Toutefois, il est de nos jours remis en question (B)

A/ la souveraineté, un attribut exclusif de l’Etat

Seul l’Etat est détenteur de la souveraineté. C’est la seule entité qui a vocation à régir des
sociétés politiques. Contrairement aux autres entités établies sur son espace ayant une
compétence limitée à leur objet social (protection des salariés, de l’environnement etc.…) ou
qui leur est attribué par l’Etat (gestion administrative d’un territoire), l’Etat a une compétence
générale, mais.

En tant que « Pouvoir de droit » l’Etat est dans son territoire la seule entité à pouvoir fixer des
régles et d’en imposer le respect. Avoir la souveraineté veut dire que l’Etat ne reconnaît aucun
pouvoir concurrent ou supérieur. La notion de souveraineté a été inventée par Jean Bodin au
XVIème s ; selon lui il y a deux types de souveraineté : la souveraineté interne et la
souveraineté externe.

La souveraineté interne est l’expression non subordonnée du pouvoir de l’Etat sur le territoire
c’est-à-dire que sa volonté prédomine celle des individus et des groupes. Son pouvoir est
illimité et originaire (il ne tient son pouvoir que de lui-même) : on dit à cet égard qu’il a la
compétence de ses compétence, et c’est le seul qui ait cet attribut. La souveraineté externe
signifie que l’Etat n’est soumis sur la scène internationale à aucune obligation qu’il n’ait
librement consentie.

B/ La souveraineté, un attribut remis en cause  

Si la souveraineté interne est toujours pertinente, elle doit toujours prendre en compte un
certain nombre de données : l’affirmation des droits de l’homme, le respect dû à la vie privée.
Dans une société démocratique, l’Etat ne pourrait y porter atteinte sans s’exposer à de vives
réactions du corps social. En outre, chaque citoyen participant à la vie locale l’État doit
transférer aux autorités locales certains pouvoirs, entrainant ainsi le renforcement des
collectivités décentralisées.

Enfin, la globalisation de l’économie et des communications enlèvent à l’Etat une part


croissante de sa liberté. Comment pourrait-il prétendre fixer ses impôts, ses droits de douane,
la réglementation de l’internet en faisant abstraction de ce qui se passe chez ses voisins et sur
le marché mondial ?

Depuis, la fin de la seconde guerre mondiale des alliances militaires ont restreint la liberté de
certains Etats de pourvoir eux-mêmes et seuls à leur défense. Au plus, l’Allemagne s’est vu
interdire la possession d’armes nucléaires, le Japon la constitution d’une armée. Dans les pays
en voie de développement les besoins en capitaux et la crise financière chronique ont placé
bon nombre d’Etats sous la dépendance des organismes internationaux. Le principe de non
ingérence est ébranlé depuis 1991 par l’affirmation d’un devoir d’ingérence humanitaire
lorsque sont en jeu des valeurs communes de l’humanité.
Sujet : La personnalité juridique

Les éléments sociologiques sont contingents d’autant qu’ils varient dans le temps et dans
l’espace. Cette instabilité sociologique occulte une permanence et une pérennité de l’Etat que
lui procurent la souveraineté et la personnalité juridique. Cet élément, à savoir la personnalité
juridique, fera l’objet de notre étude.

Par personnalité juridique, on entend un attribut conférant une existence juridique comparable
à celle des personnes physiques tout en lui offrant les mêmes possibilités d’action. L’examen
de la notion soulève une multitude de questions les unes aussi pertinentes que les autres. Elles
ne seront pas toutes abordées. On s’intéressera uniquement à celle de savoir à quoi renvoie la
notion de personnalité juridique ?

L’étude de la personnalité juridique renseigne à suffisance que celle-ci est le seul et unique
moyen permettant de distinguer l’Etat des personnes qui sont sensées le représenter. Elle
permet de se faire à l’idée que l’Etat, au même titre que les personnes physiques, dispose de
droits et se soumet à des obligations.

Au plus l’égalité entre les Etats justifiée par la personnalité juridique est plus théorique que
réelle. Il suffit de s’attarder sur les relations entre les Etats pour s’en convaincre.

Cela étant précisé, pour une bonne étude du sujet, nous allons dans un premier temps montrer
que la personnalité juridique est une condition d’existence de l’Etat (I) et dans un deuxième
temps qu’elle est un attribut de l’Etat (II)

I/ La personnalité d’existence de l’Etat : une condition d’existence de l’Etat

La personnalité juridique est une condition d’existence de l’Etat car lui permettant de jouir et
de droits et soumettre à des obligations (A). Au plus, elle assure sa continuité. (B)

A / L’Etat, un être de droits et d’obligations

La personnalité morale est une fiction juridique qui permet d’ériger l’Etat en centre de droits
et d’obligations susceptibles de s’obliger ou de se voir traduire en justice. Il est doté d’une vie
propre et indépendante des volontés individuelles de tous ses membres. On lui reconnait ainsi
une capacité juridique lui conférant le pouvoir de vouloir et d’agir au nom de la collectivité et
de participer au même titre qu’une personne physique au commerce juridique. Cette
personnalité juridique lui permet ainsi de prendre en charge de façon permanente les intérêts
de la nation qu’il personnifie juridiquement.

Au plus, la personnalité morale permet de matérialiser le pouvoir de contrainte car l'Etat


dispose d'une capacité de vouloir et d'agir sur le plan juridique. Grâce à la personne morale
l’Etat peut posséder des biens, contracter des dettes, gérer des activités et services, entretenir
une armée, une police, des tribunaux. Pour faire face à des charges financières, il dispose des
ressources qu’il tire de son domaine ou de ses impôts. Ces ressources et dépenses figurent
dans son budget. L’Etat ne peut jouir d’un patrimoine pour accomplir sa mission que parce
qu’il est considéré comme une personne juridique.
B/ La personnalité juridique : garantie de la continuité de l’Etat

Cette personnalité ne se confond pas avec la personne physique des dirigeants de l'Etat ; cela
permet la continuité de l'Etat, car les dirigeants ne sont pas propriétaires de leur fonction. Les
actes des dirigeants précédents engagent leurs successeurs et survivent aux changements
politiques, c'est la permanence du droit. L’Etat survit aussi bien à ses dirigeants éphémères
qu’aux générations qui se succèdent. Il est permanent car les changements qui surviennent
dans sa composition ou sa direction n’affectent ni son existence, ni la durée de ses décisions.

Les lois d’une Assemblée ou les décrets d’un Président survivent aux gouvernants qui en ont
pris l’initiative. Elle permet d’assurer le fonctionnement continu des pouvoirs nécessaires à la
sécurité du commerce juridique national et international. Cette continuité est parfois niée. Le
problème s’était posé lorsque le régime communiste a renversé le tsar de Russie.

En droit international, elle est le fondement de l’égalité entre les Etats. Si tous les Etas sont
matériellement différents il reste qu’ils sont juridiquement égaux.

II/ La personnalité juridique ; un attribut de l’Etat

La personnalité juridique est un attribut découlant de l’institutionnalisation du pouvoir d’Etat


(A). Toutefois, contrairement à la souveraineté, il s’agit d’un attribut partagé (B)

A/ L’institutionnalisation du pouvoir : fondement de la personnalité juridique

La personnalité juridique découle de l’institutionnalisation du pouvoir. L’Etat, personne


juridique, ne doit être confondu avec les autorités qui l’incarnent et tirant leurs compétences
de l’Etat. La personnalité juridique permet d’imputer à l’Etat les effets de droit qui résultent
de l’activité des personnes physiques qui l’incarnent.

La responsabilité des agissements de ses agents dans l’exercice commis dans l’exercice des
missions qui leur sont confiées lui est imputée. Inversement, les gouvernés obéissent à l’Etat
en exécutant les décisions prises par les décisions prises par les autorités et non aux individus
qui ne font qu’exercer des fonctions publiques La personnalité juridique est une qualité qui
s’attache aux personnes physiques et morales.

Elle leur confère la capacité d’être des titulaires de droits et obligations qui leur permettent de
participer au commerce juridique en prenant des actes, en détenant un patrimoine composé de
biens propres, en gérant un budget et d’ester en justice.

B/ La personnalité juridique, un attribut partagé

Le pouvoir de l’Etat s’exerce à travers une organisation, l’Etat est une collectivité organisée.
Les formes de cet agencement peuvent varier, mais elles reposent toujours sur une distinction
des gouvernants et gouvernés, sur l’existence d’organes de l’Etat et sur des régles déterminant
les relations entre ces organes et avec les gouvernés.

Cette structuration est indispensable pour que l’Etat puisse exprimer sa volonté et la mettre en
œuvre. On dit que l’Etat est une personne morale, un être fictif.
La notion de personnalité morale a été conçue pour donner une existence et une capacité
juridique à des groupements d’individus poursuivant un intérêt légitime.   C'est une collectivité
organisée : on peut dire que c’est une personne morale par opposition aux personnes
physiques.

Cette notion de personne morale sert à donner une existence et une capacité juridique à des
groupements d'individus poursuivant un intérêt légitime : l'Etat n'est pas le seul à avoir une
personnalité morale (ex : société commerciale, département). En effet, l’Etat partage cette
qualité avec d’autres institutions comme les sociétés commerciales, les associations, les
départements, les communes etc.…
Sujet : Etat unitaire

L’Etat est considéré comme la forme d’organisation sociétale la plus achevée. Dans sa
structuration, il peut prendre deux formes que sont la forme unitaire ou la forme composée ou
complexe. Un État unitaire peut être centralisé, décentralisé ou régionalisé. En revanche l’Etat
composé prend la forme d’Etat fédéral ou de confédération d’Etat. C’est cette première forme
d’Etat à savoir l’Etat unitaire qui nous intéresse dans le cadre de ce sujet
Un État est dit unitaire lorsque tous les citoyens sont soumis au même et unique pouvoir. C'est
une forme d'Etat dans laquelle les divisions territoriales résultent de la volonté unilatérale de
l'Etat lui-même. Les collectivités qui le composent ne disposent pas de compétences
constitutionnelles ou législatives.   C'est la forme d'État la plus répandue dans le monde. En
général, l'État unitaire connaît des divisions territoriales, il existe des relais entre
la population et le pouvoir central. Il s'oppose conceptuellement à l'État fédéral, composé
d'États fédérés, où la souveraineté est partagée entre l'État fédéral et les États fédérés.
Sans entrer dans les variantes d’Etats unitaires existant dans le monde ce qui aboutirait à une
étude descriptive, la question principale que pose le sujet est celle de savoir qu’est ce qui, au-
delà, de cette diversité d’Etat unitaire dans le monde caractérise l’Etat unitaire ?
Il faut dire que l’Etat unitaire tel que théorisé en France conformément à la doctrine jacobine
qui pose comme postulat l’indivisibilité du peuple et l’universalité de la norme a connu une
évolution. En effet dans ce pays, certains auteurs se sont posé la question de savoir si la
France était encore un Etat unitaire mettant en exergue certainement l’autonomie de plus en
poussée des collectivités territoriales, le statut spécial de certaines collectivités exemple de la
corse ou encore le contexte supranational avec l’union européenne.
Au Sénégal même si ce débat n’est pas encore d’acuité, l’influence du droit communautaire et
récemment la question du statut spécial de Touba à l’occasion des élections législatives et
municipales peut nous amener à poser un débat identique.
En réalité, il faut dire que ces théories n’ont pas une grande portée car aussi bien le Sénégal
que la France sont considérés comme des Etats unitaires selon la doctrine positiviste.
Sans prendre parti au débat, il nous sera loisible de voir que l’Etat unitaire s’articule autour
du principe de l’unité (I) bien qu’il soit susceptible de modalités (II).
I/ L’Etat unitaire : un Etat régi par le principe de l’unité

L’Etat unitaire se caractérise par sa simplicité organisationnelle (A) et la cohésion de


l’élément humain (B)

A/ La simplicité organisationnelle

Dans l’Etat unitaire, tous les citoyens sont soumis au même et unique pouvoir. Un parlement
légifère pour l’ensemble des citoyens, ceux-ci sont soumis à l’autorité d’un même
gouvernement et d’un droit unique où ils habitent. C’est dire qu’il ne comporte qu’un seul
appareil de politique qui satisfait à toutes les fonctions étatiques. L’appareil d’Etat est unique.
Il est constitué d’un seul exécutif, d’un seul parlement, d’une seule organisation
juridictionnelle et d’un seul ordonnancement juridique dont le ressort s’étend sans
différenciation à l’ensemble du territoire. C’est dire que dans un Etat unitaire, il n’existe
qu’une seule organisation politique et juridique incarnée par un seul centre d’impulsion doté
de la plénitude de la souveraineté.

L’Etat unitaire constitue la forme la plus répandue d’Etats : la Chine, le Sénégal, le Portugal,
la Thaïlande sont des Etats unitaires. La France aussi où la Constituante, reprenant le principe
consacré par la monarchie, a proclamé en 1792 que la « République est une et indivisible »,
coupant court aux tentations fédéralistes inspirées des Etats-Unis.

B/ La cohésion de l’élément humain

Pour rappel, la population est l’ensemble des personnes physiques vivant de façon permanente
sur le territoire étatique sur lesquelles l’Etat exerce sa souveraineté personnelle. Les nationaux
sont des individus liés à l’Etat par un lien spécial appelé nationalité. Celle- ci rattache une
personne à un Etat donné quelque soit le lieu où elle se trouve.

Elle crée une allégeance personnelle de l’individu envers son Etat d’origine et fonde la
compétence personnelle de l’Etat qui l’autorise à soumettre à sa juridiction ses nationaux en
quelque endroit qu’ils se trouvent. Il en est de la capacité des personnes, de leurs obligations
militaires ou de leurs droits électoraux.

L’Etat est un dans son élément humain. Tous les individus sont soumis aux mêmes régles. Les
décisions de l’Etat obligent toutes les personnes d’où « l’homogénéité du pouvoir ».
L’uniformité d’action garantit ainsi la cohésion de l’élément humain car elle procède à une
agrégation d’une population bien intégrée dont les particularismes locaux sont émoussés par
une solidarité ancienne.

II/ L’Etat unitaire : un Etat susceptible de modalités

La centralisation (A) et la décentralisation (B) posent le problème du partage de la gestion des


affaires publiques entre l’Etat et les collectivités qui lui subordonnées.

A/ La centralisation

La centralisation est un procédé qui consiste à confier la gestion des affaires publiques au
pouvoir central. Dans l’Etat centralisé, toutes les normes sont prises par des autorités
nationales dites autorités centrales. Tous les problèmes centraux ou locaux sont pris en charge
par le centre qui ne reconnait aucune capacité juridique à la périphérie.

L’Etat est la seule personne publique à caractère territorial dans son territoire. Il n’existe pas
d’autres collectivités locales pouvant prendre en charge les problèmes spécifiques à une
localité déterminée.

L’Etat assure seul la satisfaction des besoins d’intérêt national à travers ses services centraux
confiant aux antennes locales de ces services la résolution des questions d’intérêt local. La
centralisation n’est pas incompatible avec le découpage territorial en circonscriptions. Celles-
ci peuvent exister mais ne disposent d’aucune volonté qui leur soit propre.
Elles ne sont que de simples courroies de transmission d’une volonté unique qui part du centre
de l’Etat et se transmet jusqu’aux parties les plus reculées du territoire national. La
centralisation est une construction des juristes. Dans la réalité on ne la rencontre pas à l’état
pur mais seulement des situations qui lui sont proches.

B/ La décentralisation

Elle consiste à confier des attributions propres à des autorités élues à l’échelon local par les
citoyens ou à des organismes autonomes, à des personnes morales, chargées de gérer des
activités d’intérêt public. Dans un Etat décentralisé, l’Etat n’est plus la seule personne
publique. Au contraire, il cohabite avec d’autres personnes publiques infra-étatiques qui sont
autant de centres de décisions et d’appareils autonomes.

On ne doit pas confondre déconcentration et décentralisation car dans un Etat déconcentré, les
normes locales sont prises, par délégation, par des agents nommés par les autorités centrales.
Ces agents font partie d’une hiérarchie et sont soumis au contrôle de leurs supérieurs, de sorte
que les sujets ne participent en rien à la création des normes. Par là, on voit que la
déconcentration est non une forme de décentralisation mais de centralisation.

La décentralisation est liée à l’idée démocratique. En effet, la population d’un Etat n’est pas
homogène sur le territoire d’un point de vue linguistique, religieux ou simplement politique. Il
arrive qu’un groupe soit minoritaire sur le plan national mais majoritaire dans certaines
régions.

Dans un Etat centralisé, ce groupe serait soumis à des normes qu’il n’a pas voulues et qui lui
sont imposées par la majorité or dans un Etat décentralisé, il est soumis à des normes qu’il a
lui-même adoptées, directement ou indirectement par des autorités élues.
Sujet : La confédération d’Etats
La structure matérielle de l’Etat peut être éclatée. L’Etat peut se décomposer en plusieurs
entités qui se présentent comme des Etats dépouillés de certains de leurs attributs et entre
lesquels existent des liens d’union. Historiquement, plusieurs types de cette forme d’Etat ont
existé (unions personnelles et unions réelles) qui se réduisent de nos jours à l’Etat fédéral, lui-
même né de la confédération, objet de notre analyse.

La confédération est une association d’Etats qui, par un traité, décident d’exercer par
l’intermédiaire d’organes communs un certain nombre de compétences et de tenter d’unifier
leurs politiques dans divers domaines.

L’examen de la confédération soulève une multitude de points. Toutefois, ici il ne sera abordé
que la question de savoir : que recouvre la confédération ?

Maints auteurs ont considéré que l’étude de la confédération n’a qu’un intérêt historique dans
la mesure où cette forme d’organisation appartient entièrement au passé. Cette position a été
relativisée par d’autres qui considèrent que celle-ci a connu un renouveau à l’époque
contemporaine. S’ils admettent qu’il n’existe pas de véritable confédération, ils s’empressent
de souligner que certaines formes d’organisations internationales s’en rapprochent. C’est le
cas de la Commonwealth et dans une moindre mesure, l’Union européenne.

Ce qui est sur est que la pratique révèle que cette forme d’organisation qu’est la confédération
est une solution transitoire. En général, elle aboutit à la fédération.

Compte tenu de ces considérations, il nous plaira de montrer que la Confédération est une
association d’Etats (I) mais dépourvue de la qualité étatique (II)

I/ La confédération : une association d’Etats

La confédération est une association d’Etats fondée par un traité (A) et régie par le principe
du consensualisme (B)

A/ Une association fondée par un traité

L’acte constitutif de la confédération réside dans un traité, un pacte international alors un Etat
qu’il soit unitaire ou fédéral est fondé par une constitution. Ce sont donc des Etats qui se
groupent par un traité international et constituent la confédération. Les Etats parties au traité
sont les Etats membres de la confédération.

A l’origine, elle est donc contractuelle et une modification de ses compétences initiales
suppose une révision du traité constitutif. Etant créée par un traité, la confédération se réalise en
mettant en commun une politique.

L’acte constitutif (ou institutif) est un traité. Le traité constitutif de la confédération peut instituer
un organe central compétent pour exercer un certain nombre de fonctions énumérées de façon
limitative. L’histoire montre plusieurs exemples de confédérations : la confédération
américaine, la confédération helvétique, la confédération sénégambienne.
Au-delà du fait qu’elle soit instituée par un traité, un autre trait marquant de la confédération
et pas des moindres est que ses décisions sont prises à l’unanimité.

B/ Une association régie par le principe de l’unanimité    

L’organe institué par la confédération n’est pas composé de députés élus, mais de
représentants des Etats nommés par leurs gouvernements respectifs. Les représentants de
chaque état se rassemblent dans une conférence où les décisions seront prises à l’unanimité.
Les décisions réputées prises dans ces conférences ou diètes par ces Etats ne pourront être
exécutées sur le territoire de chaque Etat qu’avec l’accord de ce dernier.

Les délégués des Etas souvent mandés par les Etats pour défendre un certain point de vue,
pour voter dans un sens convenu ; les décisions prises ne s’appliquent qu’après ratification par
chaque Etat. En principe la plupart des décisions se prennent à l’unanimité, mais certaines
peuvent être prises à la majorité, si elles portent sur des questions jugées essentielles.

Rien ne peut être imposé à un Etat contre son gré. S’il y a désaccord, l’état en question pourra
se retirer de la confédération. C’est dire que tout Etat partie peut se retirer librement de la
confédération ce qui n’est pas des Etas fédérés.

II/ Une association dépourvue de la qualité étatique

La confédération n’est pas un Etat car ne disposant d’une souveraineté qui lui est propre (A).
En réalité, il s’agit souvent d’une organisation transitoire vers l’Etat fédéral (B)

A/ Une organisation dépourvue d’une souveraineté propre

La confédération n’est pas une simple alliance. Elle peut disposer d’une organisation
exécutive ou législative qui se réunit périodiquement pour traiter des affaires communes
prévues par le pacte. Mais il ne s’agit pas d’une organisation de nature étatique. En effet, la
confédération est une association d’états qui respecte la souveraineté de chacun.

Les Etats conservent leur personnalité d’État indépendant mais acceptent dans le traité de
constituer un ensemble. La souveraineté n’appartient pas à la confédération, qui n’est pas elle-
même un Etat, mais continue de résider dans les Etas membres. Chaque Etat membre
conserve la plénitude de sa personnalité et de sa souveraineté.

C’est pour cette raison qu’on ne parle pas d’Etat confédéral mais de confédération d’Etats. En
effet, elle ne tend pas à créer une volonté étatique supérieure, ni une personnalité
internationale, mais seulement un moyen d’exercer en commun la volonté propre de chacun
des Etats membres.  

B/ La confédération, une solution transitoire.

La confédération est une organisation relativement instable en ce sens qu’elle évolue vers la
fédération ou la dissolution. C’est dire qu’une confédération n’a pas vocation à subsisté très
longtemps. En effet, dans la pratique, ou la confédération se dissout (cas de la Sénégambie) ,
ou les liens entre les Etats membres se sont renforcés et la confédération se transforme en
Etat fédéral voire en Etat unitaire. La confédération américaine instituée en 1778 s’est
transformée en Etat fédéral en 1787. La confédération helvétique du 15e siècle jusqu’en 1848,
époque à laquelle elle fut transformée en un Etat fédéral par la Constitution Suisse du 12
Septembre 1848. La Suisse conserve encore officiellement le titre de « Confédération », mais
un Etat fédéral. Quant aux Pays-Bas, ils se transformés en Etat unitaire. Comme on le voit, la
confédération est une organisation transitoire.

Pour terminer, il faut souligner avec les tentatives pour réaliser la décolonisation sans rompre
complètement les liens entre la puissance coloniale et les Etats qui accédaient à
l’indépendance, puis avec les entreprises d’intégration économique, on assiste à un renouveau
de la confédération.

 
Sujet  :  L’Etat fédéral  

L’analyse classique affirme que trois éléments doivent être réunis pour avoir un État : la
population, le territoire et des structures gouvernementales assumant l'organisation et le
fonctionnement des services essentiels à la population et au territoire. Les Etats ont des
critères communs mais ces connaissent des formes distinctes. On peut surtout distinguer deux
formes : les Etats unitaires et les Etats composés. Aujourd’hui, les Etats composés modernes
renvoient à la Confédération et l’Etat fédéral, objet de notre examen.

Par Etat fédéral, on entend un ensemble d’Etats qui jusque là souverains acceptent de perdre
une partie de leur souveraineté au profit d’une entité qui les représente sur le plan
international. Cette association est fondée sur des relations de droit public interne,
précisément et non point des relations de nature internationale comme le cas de la
confédération. Il se dote d’une constitution et exerce toutes les fonctions de l’Etat.

L’examen de l’Etat fédéral laisse apparaître une multitude de points. Ici la question abordée
sera celle de savoir quels sont les principes régissant de l’Etat fédéral ?

Une bonne analyse du sujet permet de sa faire à l’idée qu’aujourd’hui des auteurs, et pas des
moindres, considèrent que l’Etat fédéral est en crise dans la mesure où l’autonomie des Etats
fédérés illusoire. Elle ne repose sur rien, elle est plus utopique que réelle. Ils en veulent pour
preuve le cas de l’URSS où l’autonome est sans cesse réduite. Cette prétendue crise est
relativisée par d’autres qui soulignent qu’aux Etats Unis, la Cour Suprême s’affirmant comme
le défenseur des droits des entités fédérées s’oppose à de nouvelles interventions fédérales.
Aussi a-t-elle annulé des lois fédérales interdisant le port d’armes à proximité d’un
établissement scolaire. S’y ajoute que partout dans le monde dans la dynamique fédéraliste en
nette progression. D’ailleurs, la Belgique depuis 1993 s’est transformée en Etat fédéral.

Mais, il faut noter que l’expérience prouve que les garanties juridiques accordées aux entités
fédérées sont parfois bien fragiles et que, lorsque des conflits éclatent, les Etats les plus
faibles ont du mal à faire respecter leur point de vue.

Compte tenu de ces considérations, il est commode d’analyser l’Etat fédéral comme une
combinaison de principes. Ces principes sont relatifs au principe d’organisation (I) et le
principe de fonctionnement (II) seront les deux points qui seront traités

I/ Le principe de superposition : principe d’organisation de l’Etat fédéral

La fédération repose sur une superposition de deux niveaux étatiques (A) et de deux ordres
juridiques (B).

A/ Une superposition de deux ordres étatiques

L’Etat fédéral englobe les Etats fédérés mais ne les absorbe pas si bien que la fédération
réalise la synthèse entre l’Etat unitaire et la confédération, entre la solidarité et l’autonomie
d’où la différence de principe avec la confédération d’Etats.
La création de l’Etat fédéral suppose l’existence de deux ordres étatiques. D’abord, au niveau
inférieur il y’a les entités fédérés qui possèdent certains attributs de l’Etat (une constitution,
des organes politiques et juridictionnels, un pouvoir législatif autonome) à l’exclusion de la
souveraineté internationale. Ensuite, au niveau supérieur on retrouve le super Etat qu’est
l’Etat fédéral qui, du point de vue international, est le seul à exprimer la souveraineté. Pour
caractériser cette situation de dualité étatique, la Cour constitutionnelle allemande déclare que
le propre de l’Etat fédéral est que la fédération et les Etats fédérés possèdent la qualité
d’Etat » Cela signifie que l’Etat fédéral dispose comme les entités fédérées d’une constitution
déterminée par eux-mêmes.

B/ La superposition de deux ordres juridiques

L’Etat fédéral suppose deux ordres constitutionnels distincts. En effet, les Etats fédérés se
dotent d’un ordre juridique distinct de celui de l’Etat fédéral. Cependant, leur ordre juridique
se doit de respecter celui de l’Etat fédéral. C’est ainsi qu’en Allemagne, les länders (entités
fédérées) doivent respecter la loi fondamentale de 1949 (article 28) qui dispose que tout Etat-
partie à la fédération doit respecter les principes d’un Etat de droit républicain, démocratique
et social.

Aux Etats Unis, les Etats fédérés doivent respecter la forme républicaine du gouvernement
(art 4 de la Constitution américaine du 17 Septembre de 1787) mais aussi les droits
individuels garantis par la Constitution de l’Etat fédéral. En outre, les Etats fédérés, au même
titre que l’Etat fédéral, disposent d’un pouvoir législatif très large trouvant son fondement tant
dans la constitution de l’Etat fédéral que dans la constitution de l’Etat fédéré.

Toutefois, il y’a une primauté du droit fédéral sur le droit des Etats fédérés. En cas de conflit
il appartient aux juridictions mises en place par les Etats fédéraux de veiller à l’harmonie
juridique.

II/ Le principe de fonctionnement de l’Etat fédéral

L’Etat fonctionne sur la base de deux principes à savoir ; le principe de l’autonomie (A) et le
principe de participation (B)

A/ Le principe d’autonomie

Dans le cadre de l’Etat fédéral, les entités fédérées sont investies de compétences propres.
L’Etat fédéré dispose d’une double autonomie. Il dispose de sa propre constitution lui
conférant un pouvoir d’auto-organisation s’inscrivant dans le cadre défini par la constitution
de l’Etat fédéral. Cependant, il ne faut pas croire que la structure suppose deux étages
nettement séparés. Il n’en est rien car la Constitution fédérale organise non seulement la
participation des Etats membres à la formation des normes fédérales, mais aussi l’autonomie.
Celle-ci n’existe qu’en vertu des lois fédérales. En effet, l’autonomie des entités fédérées
trouve son fondement dans la Constitution fédérale. Au plus, chaque Etat fédéré dispose d’une
compétence législative garantie par la Constitution de l’Etat fédéral et sauvegardée par le juge
constitutionnel. C’est l’Etat fédéral qui détermine les compétences des organes fédéraux,
notamment de l’organe législatif et donc à contrario de celles des entités fédérées.
Les Etats membres reçoivent leurs compétences de la loi fédérale comme les autorités locales
dans un Etat unitaire les reçoivent de la loi nationale. L’Etat fédéré n’a pas donc la
compétence de sa compétence. Cela se comprend dans la mesure où elle n’est pas souveraine.

B/ Le principe de participation

Les Etats fédérés participent à la formation des décisions de l’Etat fédéral. Il y ‘a en principe
dans les Etats fédéraux une seconde chambre où siègent des représentants des Etats membres.
En contrepartie de la perte de leur souveraineté, les entités fédérées participent au pouvoir
constituant, au pouvoir exécutif et au pouvoir législatif.

D’abord au pouvoir constituant ce qu’il faut dire c’est que toute modification de la révision
requiert l’intervention des entités fédérées. C’est ainsi qu’aux Etats Unis, l’initiative
appartient aux 2/3 des membres du Congrès et la ratification ¾ des législatures des entités
fédérées.

Ensuite, sur le plan législatif, la loi fédérale doit trouver sa source dans la volonté des citoyens
représentés dans la première chambre mais aussi dans la deuxième chambre.

Enfin, sur le plan exécutif, la participation est indirecte. Ainsi en Suisse, le gouvernement
fédéral est désigné par les deux chambres du Parlement. De même en Allemagne, le Président
fédéral est élu par un collège comprenant les représentants des Länders. Au Canada, chaque
province est représentée par un ministre fédéral.
Sujet : Etat Unitaire décentralisé
Aujourd’hui il existe plusieurs Etats dans le monde. Ils n’ont pas tous la même forme, il
existe des variétés différentes d’Etats selon leur degré d’unification juridique. On distingue
essentiellement les Etats composés et les Etats unitaires. Parmi ces derniers, on note des
différences considérables : les uns sont dits centralisés, les autres décentralisés. Ici, il ne sera
question que de l’Etat unitaire décentralisés.

L’Etat unitaire décentralisé est un Etat dans lequel le pouvoir central confie des attributions
propres à des autorités à l’échelon local par les populations ou à des organismes autonomes, à
des personnes morales, chargés de gérer des activités d’intérêt public. De nos jours, la
décentralisation a franchi un pas important dans certains pays donnant ainsi une variété
d’Etats unitaires décentralisés. Dés lors la question qu’on peut se poser est celle de savoir :
au-delà de cette variété qu’est ce qui fait la spécificité de l’Etat unitaire décentralisé ?

Certains auteurs ont considéré que l’objectif visé dans l’Etat unitaire décentralisé est le
rapprochement de l’administration des administrés car comme dit Napoléon « On peut
gouverner de loin mais on administre bien que de prés ». Au plus, l’Etat unitaire décentralisé
est lié à l’idée démocratique car toutes les minorités sur le plan national auront la possibilité
d’adopter directement ou indirectement des normes par des autorités qu’elles ont élues. Cette
position est relativisée par d’autres. Ils considèrent que les minorités n’auront pas à se louer
d’un pouvoir de décision plus proche d’eux car le pouvoir même décentralisé reste le pouvoir.
Toutefois, dans les faits, on assiste à une décentralisation de plus en en poussée dans les Etats.
Au Sénégal, avec l’acte 3 de la décentralisation la participation citoyenne a été érigée en
principe comme la libre administration, en Espagne et en Italie la reconnaissance d’une réelle
autonomie politique au profit des entités régionales a été consacrée.

Ces précisions faites, ce qu’il faut dire c’est que l’Etat unitaire décentralisé est un Etat régi par
le principe de l’unité (I) mais acceptant le partage du pouvoir avec leurs démembrements que
sont les collectivités locales. En termes simples, il s’agit d’un Etat unitaire aménagé (II)

I/ L’Etat unitaire décentralisé : un Etat unitaire

L’Etat unitaire décentralisé est un Etat unitaire car tous les aspects des caractères d’un Etat
unitaire y sont respectés notamment l’indivisibilité de la souveraineté (A) et des éléments
physiques (B)

A/ L’indivisibilité de la souveraineté

Dans un Etat unitaire décentralisé, il n’existe qu’une seule source de souveraineté destinée à
s’exercer sur l’ensemble du territoire d’où le caractère unitaire de l’Etat unitaire décentralisé.
Elle est indivisible parce qu’elle réside dans la collectivité étatique envisagée globalement
sans tenir compte de la diversité des aspirations locales ou de la variété des différentes
collectivités qui forment l’Etat. Les collectivités territoriales ont un pouvoir limité par leurs
compétences, dans le respect des prérogatives étatiques. Seul l’Etat a la compétence de ses
compétences.
Néanmoins, dans certains Etats unitaires décentralisés comme la France, derrière cette unité il
y a un pluralisme toléré par la Constitution. On peut citer, entre autres le statut particulier
pour la Corse (lois du 2 mars 1992 et du 13 mai 1991). Au Sénégal, la loi sur la parité n’est
pas respectée partout : à Touba par exemple

L’indivisibilité de la souveraineté signifie que la loi doit être la même pour tous, ce qui
implique une indivisibilité du pouvoir normatif. Le pouvoir législatif, le pouvoir judiciaire et
le pouvoir exécutif appartiennent seulement à l’Etat. L’indivisibilité de la souveraineté
signifie que les autorités territoriales ne possèdent pas de compétences internationales ; elles
sont des structures intra étatiques

B/ L’indivisibilité des éléments physiques

Le principe du caractère unitaire de l’Etat ne signifie pas que le territoire de cet Etat est
intangible : l’évolution historique peut amener à remettre en question l’évolution du territoire
(exemple de l’Algérie). La Constitution sénégalaise se réfère à la protection du territoire
malgré l’option décentralisatrice. Le Président de la République est le gardien de l’intégrité de
ce territoire. En cela il peut activer l’article 52 de la Constitution et prendre les pleins
pouvoirs. De plus selon l’article 103 de la Constitution, il peut y avoir révision de la
Constitution mais pas en période de crise (annexion du territoire par des forces étrangères.

Pour ce qui de l’indivisibilité de la population, elle est consacrée par le texte constitutionnel.
En France, pays unitaire décentralisé, le principe d’indivisibilité de la République peut être lié
au principe d’égalité. Cette combinaison commande l’unité du peuple sénégalais et interdit
donc toute différenciation entre les citoyens qui constituent un même peuple. Cette
reconnaissance est due au Conseil Constitutionnel qui avec la révision de 2003 consacre
l’unité du peuple français tout en reconnaissant une certaine diversité ; l’article 72-3 dispose
que la République reconnait au sein du peuple français les populations d’outre mer dans un
idéal commun de liberté, d’égalité et de fraternité. Ce qu’il faut retenir est que dans le cadre
de l’Etat décentralisé, la population est un tout et s’enrichit d’une qualité appelée nation.
Aucune partie de celle-ci ne peut revendiquer une place particulière.

II/ L’Etat unitaire décentralisé : un Etat aménagé

Le maître mot dans le cadre de l’Etat unitaire décentralisé est le transfert d’une certaine
autonomie, qui se traduit en termes plus juridiques par le principe de la libre administration
des collectivités locales, posé par l’article 102 de la Constitution sénégalaise (A). Toutefois,
l’autonomie ne signifie absence de contrôle (B)

A/ Le transfert d’une autonomie aux collectivités locales

L’autonomie s’analyse en un triple niveau ; D’abord sur le plan juridique, ce sont des
personnes juridiques distinctes de l’Etat qui sont créées : les collectivités territoriales.
Personnes morales de droit public, les collectivités territoriales disposent en tant que telles
d’un patrimoine, de la capacité d’accomplir des actes juridiques et de la possibilité d’ester en
justice.

Ensuite, sur le plan organique, les collectivités territoriales s’administrent librement par des
conseils élus alors que les autorités administratives déconcentrées sont nommées par l’Etat (le
Préfet), les organes délibérants des collectivités locales sont élus par les administrés.
Enfin, sur le plan fonctionnel, les organes des collectivités territoriales gèrent par leurs
délibérations leurs affaires propres (affaires communales, départementales, régionales), bref
elles sont compétentes pour prendre en charge les intérêts des populations concernées. C’est
la «clause générale de compétence » qui traditionnellement est liée à l’élément territorial de la
collectivité même si aujourd’hui cette clause est complétée par des transferts de compétence
énoncés par des lois.

Pour terminer, il faut souligner qu’au Sénégal comme en France, les compétences transférées
ne peuvent être que purement administratives. Par contre dans des pays voisins, les entités
décentralisées peuvent se voir transférer des compétences législatives, on passe alors à la
décentralisation politique ou à l’Etat Régional. C’est le cas de l’Italie, de l’Espagne, et plus
récemment du Royaume uni.

B/l’existence d’un contrôle de l’Etat

Dans le cadre de l’Etat unitaire décentralisé, les collectivités territoriales s’administrent


librement comme le rappellent l’article 72 de la Constitution française de 1958 et celle
sénégalaise du 22 janvier 2001 en son article 102. Toutefois cette libre administration se fait
sous le contrôle de l’Etat exercé par « le délégué du gouvernement » qui peut être le sous-
préfet, le préfet ou le gouverneur. Ce contrôle ne peut être supprimé, mais il peut être réduit à
sa plus simple expression. C’est ce qui c’est passé en 1982, lorsque la loi du 2 mars 1982 a
transformé la tutelle en contrôle.

Plus précisément, le contrôle d’opportunité exercé à priori s’est transformé en contrôle de


légalité exercé à posteriori. C'est un mode d'organisation dans lequel certaines compétences
sont attribuées par l'Etat à des collectivités locales autonomes dotées d'une personnalité
juridique distincte de celle de l'Etat. Il y a donc prépondérance des organes autonomes dans la
prise de décision.
Au Sénégal, la loi 96/06 du 22 mars 1996 a instauré un contrôle de légalité qui remet en cause
les principes de tutelle antérieure dans le sens de renforcer l’autonomie des collectivités
locales. Toutefois, dans la mise en œuvre, des carences ont été décelées tant au niveau des
autorités locales qu’au niveau des représentants de l’Etat voire du juge. C’est pour y remédier
que les autorités sénégalaises ont voté l’acte 3 de la décentralisation.  
Sujet : Etat fédéral et Confédération d’Etats
Le fédéralisme renvoie aux idées, aux valeurs, aux philosophies développées par des penseurs
qui se sont efforcés de rechercher un équilibre entre gouvernement national et autorités
locales, entre intégration et autonomie, entre unité et diversité, et enfin entre liberté et
autorité. Son application débouche sur plusieurs formes d’Etats ou de regroupements d’Etats
dont les plus importants sont la confédération d’Etats et l’Etat fédéral. Ces regroupements
d’Etats que sont la confédération et l’Etat fédéral feront l’objet de notre étude.

Une confédération est une association d’Etats créée par la signature d’un traité international
entre des Etats souverains qui veulent y prendre part. Ces Etats, par ce pacte, acceptent de
collaborer sur un certain nombre de domaines tout en conservant leur souveraineté. Par là, on
voit que les Etats qui souhaitent y participer se regroupent dans une organisation qui
s’apparente à une association d’Etats. Il n’y a aucune fusion.

Quant à l’Etat fédéral, il est un regroupement de collectivités qui acceptent d’abandonner une
partie de leurs compétences au profit du regroupement qu’elles forment. Plus précisément, la
fédération est une union d’Etats (ou Etats fédérés) qui donne par cette union la création d’un
nouvel Etat (ou Etat fédéral). L’Etat fédéral se superpose aux Etats fédérés qui gardent une
certaine autonomie.

Il est relativement fréquent que l’intégration des Etats fédérés au sein d’un Etat fédéral soit
précédée par la création d’une confédération qui regroupe d’abord ces Etats. Ainsi, la
fédération des Etats Unis du Nord en 1787 a succédé la Confédération qui avait été créée en
1776 entre treize Etats. La Confédération helvétique fondée en 1315 deviendra une fédération
en 1848. C’est dire que si la Confédération et l’Etat fédéral reposent sur des principes
différents, il faut reconnaitre qu’historiquement la Confédération est une étape vers l’Etat
fédéral.

Par là, il faut dire l’analyse du sujet suffit à admettre l’existence d’une réelle parenté entre la
fédération et la Confédération d’Etats. Toutefois, cette parenté si vérifiée soit- elle sera
écartée dans le cadre de cette étude. En effet, nous allons nous intéresser uniquement aux
différences d’où la question ; qu’est ce qui différencie l’Etat fédéral de la Confédération
d’Etats ?

On ne peut manquer, en traitant ce sujet, de soulever un débat, lequel tourne autour de la


question de savoir si la communauté européenne est une fédération ou une Confédération.
Pour certains auteurs, la communauté européenne s’inscrit dans un type confédéral car il y a
un traité et non pas une constitution qui est à la base de sa création. Pour d’autres, en
revanche, elle est plus une confédération parce qu'elle dispose d'une personnalité juridique
internationale.

Pour notre part, il faut remarquer que depuis le traité de Maastricht (7 février 1992), l'Union
Européenne revêt une forme juridique à mi-chemin entre la confédération d'Etats et l'Etat
fédéral. Il y a toutefois un projet de Constitution en cours d'élaboration par une convention
présidée par Valéry Giscard d'Estaing.

Compte tenu de toutes ces considérations, il nous plaira de montrer que l’Etat fédéral et la
Confédération se distinguent tant du point de vue de leur formation (I) que de leurs
compétences (II)
I/ Différences au niveau de leur formation

La confédération est fondée sur un traité (A) alors que la constitution est fondement de l’Etat
fédéral (B)

A/ Le traité : fondement de la Confédération d’Etats

Au regard du principe, la Confédération d’Etats est une association d’Etats qui tire son origine
d’un traité international qu’on appelle pacte confédéral. Ce sont donc des Etats qui se
groupent par un traité international et constituent la confédération. Les Etats parties au traité
sont les Etats membres de la confédération.

A l’origine, elle est donc contractuelle et une modification de ses compétences initiales
suppose une révision du traité constitutif. La réalisation de l'Union confédérale se fait par le
biais d'un traité entre Etats souverains. C'est une forme d'organisation qui tend plutôt vers une
formule d'association d'Etats que vers une forme de fusion. Elle diffère de la fédération par la
nature sensiblement relâchée des liens qui existent entre les Etats membres. La confédération
est régie plus par des règles s'apparentant au droit international qu'au droit public interne.

Elle constitue une forme assez rare d’Etat composé, qui n’est pratiquement plus représenté
dans la société internationale d’aujourd’hui. La Confédération Suisse, malgré son nom, est
devenue depuis 1848 une fédération. De même pour l’Argentine depuis 1960. Au moment du
congrès de Vienne en 1815 l’Allemagne était une Confédération associant 41 Etats. Elle
devait durer jusqu’en 1871. De leur coté, les Etats Unis ont été une Confédération de 1776 à
1787. Comme, on le voit dans la pratique, ou la Confédération se dissout (cas de la
Sénégambie), ou elle se transforme en Etat fédéral. Elle n’est donc jusqu’en présent qu’une
solution transitoire. S’il n’existe pas de véritable Confédération, certaines formes
d’organisations internationales s’en rapprochent : Commonwealth, et, dans une mesure, Union
européenne, déjà proche d’une fédération.

B/ La Constitution : fondement de l’Etat fédéral

L’acte fondateur de l’Etat fédéral, contrairement à la Confédération d’Etats, est une


constitution. Les entités fédérées y organisent (par une Assemblée constituante) les
institutions du nouvel Etat et répartissent les compétences entre l’Union (c'est-à-dire l’Etat
fédéral) et les Etats fédérés. Surtout y sont inscrites, les garanties juridiques concernant leur
autonomie, les régles leur assurant qu’il ne sera pas touché à leur statut sans leur participation.

C’est la Constitution qui consacre l’égalité des Etats fédérés entre eux, quelle que soit leur
superficie, leur population et leur richesse- car elle est la condition à laquelle les petits Etats
ont pris le risque de s’associer avec les grands.

La Constitution fédérale organise la participation des Etats membres à la formation des


normes fédérales, mais l’autonomie elle-même n’existe qu’en vertu des lois fédérales. Au
plus, chaque Etat fédéré dispose d’une compétence législative garantie par la Constitution de
l’Etat fédéral et sauvegardée par le juge constitutionnel. C’est l’Etat fédéral qui détermine les
compétences des organes fédéraux, notamment de l’organe législatif et donc à contrario de
celles des entités fédérées.
Aux termes de l’article 30 de la loi fondamentale de 1949 : " L'exercice des pouvoirs étatiques
et l'accomplissement des missions de l'Etat relèvent des länders Les Etats membres reçoivent
leurs compétences de la loi fédérale comme les autorités locales dans un Etat unitaire les
reçoivent de la loi nationale. La Loi Fondamentale australienne du 9 juillet 1900 accorde une
large autonomie est accordée aux Etats membres : la primauté appartient toutefois aux Lois
Fédérales Article 19 : " Quand la loi d'un Etat n'est pas conforme à une loi du
Commonwealth, cette dernière doit prévaloir ".

II/ Différences au niveau des compétences

La Confédération d’Etats a une compétence restreinte (A) alors l’Etat fédéral dispose d’une
large compétence (B)

A/ La compétence restreinte de la Confédération d’Etats

Pour rappel, la confédération est une association d’Etats qui, tout en gardant leur
souveraineté, acceptent de collaborer sur un certain nombre de domaines. Par conséquent, la
Confédération ne peut porter que sur des matières données d’où le caractère restreint de leurs
compétences. L’organe institué par la confédération n’est pas composé de députés élus, mais
de représentants des Etats nommés par leurs gouvernements respectifs. Les représentants de
chaque état se rassemblent dans une conférence où les décisions seront prises à l’unanimité.

Les décisions réputées prises dans ces conférences ou diètes par ces Etats ne pourront être
exécutées sur le territoire de chaque Etat qu’avec l’accord de ce dernier. Les Etats confédérés
sont placés sur un même pied d’égalité. De même, les régles juridiques émanant de la
Confédération ne sont pas d’application directe et immédiate dans l’ordre interne des Etats
membres, elles doivent faire l’objet d’une réception de la part de ces derniers.

Les délégués des Etas souvent mandés par les Etats pour défendre un certain point de vue,
pour voter dans un sens convenu ; les décisions prises ne s’appliquent qu’après ratification par
chaque Etat. En principe la plupart des décisions se prennent à l’unanimité, mais certaines
peuvent être prises à la majorité, si elles portent sur des questions jugées essentielles.

La confédération ne peut donc imposer à un Etat confédéré une décision susceptible de porter
atteinte à ses intérêts. Elle respecte la liberté des Etats au prix d’une faible efficacité. Donc
rien ne peut être imposé à un Etat contre son gré. S’il y a désaccord, l’état en question pourra
se retirer de la confédération. C’est dire que tout Etat partie peut se retirer librement de la
confédération ce qui n’est pas des Etas fédérés.

B/ La compétence large de l’Etat fédéral

La fédération est une union d’Etats (Etats fédérés) qui débouche sur la création d’un nouvel
Etat (l’Etat fédéral). Lequel dispose de compétences larges contrairement à la Confédération
d’Etats. Il intervient dans toutes les matières or la Confédération ne porte que sur des matières
limitées. Les Etats fédérés ne disparaissent pas pour autant : ils disposent d’une relative
autonomie, mais l’Etat fédéral qui se superpose à eux n’est que le produit de la participation
des Etats fédérés. Les Etats fédérés sont autonomes sur le plan non seulement administratif,
mais aussi législatif et surtout constitutionnel.
Chaque Etat fédéré a une Constitution propre autonomie constitutionnelle. Chaque Etat fédéré
a la possibilité de participer à l’expression de la volonté de l’Etat fédéral, tant sur le plan
législatif que constitutionnel. Cette participation peut être directe ou indirecte

Le droit fédéral l’emporte sur le droit fédéré et directement c'est à dire sans intervention des
autorités locales. Il faut noter que la fédération peut se faire par intégration c'est-à-dire un
rapprochement d’états souverains qui ont ressenti la nécessité d’un état qui se superpose à
eux-mêmes.

La fédération succède souvent à une confédération ou par dissociation : L’Etat accepte de


transformer ses structures pour accorder à certaines collectivités une autonomie, il s’agit d’un
éclatement (ex : ex-URSS).
Sujet : Etat fédéral et Etat unitaire décentralisé

On confond souvent la forme d’organisation et de gouvernement de l’État. La forme de


gouvernement décrit le détenteur du pouvoir. La forme d’organisation de l’État se réfère aux
formes juridiques de l’État. On peut opposer deux grandes formes d’Etat : l’Etat composé
dont l’exemple type aujourd’hui est l’Etat fédéral et l’Etat unitaire comme la France ou le
Sénégal. Quelques aménagements y sont en effet souvent apportés. En pareille occurrence, on
peut se trouver en présence de l’Etat unitaire décentralisé. Lequel nous intéresse car le sujet
soumis à notre analyse nous invite à réfléchir sur « Etat fédéral et Etat unitaire décentralisé »

Par Etat fédéral, on entend une union d’Etats (Etats fédérés) qui débouche sur la création
d’un nouvel Etat (l’Etat fédéral). Les Etats fédérés ne disparaissent pas pour autant : ils
disposent d’une relative autonomie, mais l’Etat fédéral qui se superpose à eux n’est que le
produit de la participation des Etats fédérés

L’Etat unitaire décentralisé renvoie à un mode d'organisation dans lequel certaines


compétences sont attribuées par l'Etat à des collectivités locales autonomes dotées d'une
personnalité juridique distincte de celle de l'Etat. Il y a donc prépondérance des organes
autonomes dans la prise décision.

Dans le cadre de l’Etat fédéral, les lois des Etats membres doivent être conformes de l’Etat
fédéral comme les normes des collectivités décentralisées tiennent leurs forces de la loi
nationale. Par là, il ne fait de doute, qu’entre l’Etat unitaire décentralisé et l’Etat fédéral il
existe une différence. Cependant, on ne saurait exclure un certain rapprochement entre ces
deux formes d’Etats. Dés lors, la question qu’il faut se poser est celle de savoir : Quels sont
les rapports existant entre l’Etat unitaire décentralisé et l’Etat fédéral ?

On ne peut manquer, en traitant ce sujet, de soulever un débat, lequel tourne autour de la


question de l’étendue des différences entre ces deux institutions. Pour certains, et pas des
moindres, entre l’Etat unitaire décentralisé et l’Etat fédéral, il n’existe qu’une différence de
degré et non de nature. Pour d’autres, cette différence a une grande signification politique car
il est clair qu’une région qui dispose simplement d’un pouvoir administratif autonome n’est
pas aussi libre qu’une entité fédérée qui peut, même si c’est en vertu de la Constitution
fédérale, légiférer sur le droit des personnes ou la politique scolaire.

En tout état de cause, pour peu qu’on prenne le parti de la profondeur, on se rend vite compte
que l’Etat unitaire décentralisé et l’Etat fédéral sont deux formes d’Etats différentes.
Toutefois, malgré cette différence, ces formes d’Etats entretiennent une certaine parenté.

Compte tenu de ces considérations, après avoir démontré que l’Etat unitaire décentralisé et
l’Etat fédéral sont deux formes d’Etats différentes (I) nous soulignerons que sur maints points
se rapprochent (II)

I/ Etat unitaire décentralisé et Etat fédéral : deux formes juridiquement différentes

Les différences entre l’Etat unitaire et l’Etat fédéral se situent au niveau des techniques
d’aménagement du pouvoir (A) mais aussi au niveau des rapports entre le centre et la
périphérie (B)
A/ Au niveau des techniques d’aménagement

Dans le cadre de l’Etat unitaire décentralisé, la technique utilisée pour rapprocher


l’administration de l’administré est la décentralisation. Laquelle est une technique consistant à
transférer des compétences du pouvoir central au bénéfice d’entités territoriales appelées
collectivités locales qui s’administrent par des conseils élus au suffrage universel (art. 72 de la
constitution française et 102 de la constitution sénégalaise). Au plus, elle est le moyen de faire
participer les citoyens à la gestion de leurs affaires mais ne permet aux collectivités locales de
participer décisions du pouvoir central.

Contrairement aux collectivités décentralisées qui ne participent pas au pouvoir central, les
entités fédérées participent au pouvoir central. En effet, elles disposent d’attributions plus
importantes que celles des collectivités décentralisées. Leurs attributions ne peuvent être
modifiées qu’avec leur accord. Au plus, l’aménagement dans l’Etat fédéral aboutit à une
superposition de deux ordres juridique et étatique. Les entités fédérées possèdent, à
l’exclusion de la souveraineté certains attributs de l’Etat. L’Etat fédéral est le seul à exprimer
la souveraineté. Or dans la décentralisation, l’Etat est régi par le principe de l’unité seulement
il accepté le partage du pouvoir avec d’autres entités qu’il a créées.

Si les Etats fédérés se dotent de leurs propres constitutions distinctes de celle de l’Etat fédéral
il en va autrement pour les collectivités locales qui ne peuvent pas avoir de Constitution ni
disposer d’un pouvoir législatif. En effet, dans le cadre de l’Etat unitaire décentralisé, il
n’existe qu’une seule constitution et un seul ordre législatif qui sont de l’Etat. La
décentralisation ne peut pas s’appliquer aux Etats fédérés dans le cadre de la fédération.

B/ Au niveau de rapports entre le centre et la périphérie

Dans le cadre de l’Etat unitaire décentralisé, chaque collectivité locale jouit d’une
personnalité juridique lui permettant d’être un sujet de droit et d’obligations. La
décentralisation assure l’autonomie et la participation des populations au choix de leurs
dirigeants et à la prise de décisions leur intéressant. Toutefois, l’autonomie ne signifie pas
indépendance. Contrairement aux entités fédérées où l’autonomie revêt un double aspect ou
un double caractère, d’abord une autonomie constitutionnelle ensuite une autonomie
législative.

Les collectivités décentralisées sont créées par la loi de l’Etat qui s’arroge le droit de les
contrôler. Il dispose d’un droit de regard sur leurs activités. Ce contrôle connu sous le nom
de contrôle de tutelle vise le respect de la légalité par les collectivités locales et la garantie du
maintien de l’unité de l’Etat. L’Etat fédéral offre plus que l'État unitaire, la possibilité de
préserver les autonomies locales. Son utilité historique a permis au fédéralisme d'être un
moyen de faciliter l'adhésion de nouveaux État car c'était une structure d'accueil. En effet,
dans le cadre de l’Etat fédéral, les entités fédérées disposent d’une sphère de compétence dans
laquelle l’Etat ne peut en principe s’ingérer ou s’immixer.

Chaque état fédéré a certaines compétences et les utilise sans restriction ni ingérence. L’État
fédéré élabore ses propres règles juridiques. C’est cette autonomie qui distingue l'organisation
de ces Etats d’avec les collectivités décentralisées. Par là, il faut comprendre que si les
collectivités locales disposent de compétences administratives, les entités fédérées, quant à
elles, disposent de compétences législatives garanties par la Constitution fédérale et
sauvegardées par le juge constitutionnel.
II/ Deux formes d’Etats qui se rapprochent

A y regarder de prés, il faut admettre l’existence d’une certaine parenté entre l’Etat fédéral et
l’Etat unitaire décentralisé. En effet, dans l’Etat fédéral, l’exclusion du principe de l’unité (A)
n’est pas aussi absolue qu’on le croit. Au plus, l’autonomie dans les unitaires devient de plus
en poussée (B).

A/ Les principes unitaires identiques

D’abord il faut souligner que tant dans un Etat unitaire décentralisé dans un Etat fédéral, il
n’existe qu’une seule source de souveraineté destinée à s’exercer sur l’ensemble du territoire
d’où le caractère unitaire de l’Etat unitaire décentralisé et de l’Etat fédéral. Cette souveraineté
est indivisible parce qu’elle réside dans la collectivité étatique envisagée globalement sans
tenir compte de la diversité des aspirations locales ou de la variété des différentes collectivités
ou entités qui forment l’Etat.

A cela il faut noter que l’indivisibilité de la souveraineté signifie que la loi doit être la même
pour tous, ce qui implique une indivisibilité du pouvoir normatif. L’indivisibilité de la
souveraineté signifie que les autorités territoriales comme les entités fédérées ne possèdent
pas de compétences internationales ; elles sont des structures intra étatiques. Tant les entités
fédérées que les collectivités locales n’ont pas la compétence de leurs compétences. Ensuite,
dans le cadre de l’Etat décentralisé comme du reste dans l’Etat fédéral, la population est un
tout et s’enrichit d’une qualité appelée nation. Aucune partie de celle-ci ne peut revendiquer
une place particulière.

Pour ce qui de l’indivisibilité de la population, tant dans l’Etat unitaire décentralisé que dans
l’Etat fédéral, elle est consacrée par les textes constitutionnels. En France, pays unitaire
décentralisé, le principe d’indivisibilité de la République peut être lié au principe d’égalité.
Cette combinaison commande l’unité du peuple sénégalais et interdit donc toute
différenciation entre les citoyens qui constituent un même peuple. Enfin, Le principe du
caractère unitaire de l’Etat ne signifie pas que le territoire de cet Etat est intangible.

B/ Renforcement de l’autonomie dans l’Etat unitaire décentralisé

L’Etat fédéral est l’autorité centrale des autres Etats fédérés. Toutes les décisions importantes
c'est-à-dire engageant l’Etat relèvent de la compétence de l’Etat fédéral. Sur le plan
international, seul l’Etat fédéral est représenté. Il dispose du monopole des relations
internationales. La souveraineté externe lui appartient et ce de façon exclusive. Il a l’armée
sous son autorité. C’est la Constitution fédérale qui attribue des compétences aux entités
fédérées. Les Etats membres reçoivent leurs compétences d’une norme fédérale, comme les
autorités locales dans un Etat unitaire les reçoivent d’une norme nationale. Généralement, elle
attribue le plus souvent les compétences attribuées aux entités fédérées, toutes les autres
matières sont laissées à l’Etat fédéral.

Parfois, au contraire, la Constitution donne la liste des attributions confiées aux Etats fédérés,
l’Etat fédéral seul peut intervenir dans les autres domaines. C’est le cas du Canada. Ce
second système est peut-être plus favorable à l’Etat fédéral, car il est compétent pour tous les
cas imprévus, les situations que l’évolution de la société peut faire apparaitre et qui n’avaient
pas été envisagées à l’origine.
Mais cet avantage dépend aussi, bien sûr, de l’ampleur des compétences attribuées par la
Constitution aux Etats fédérés. De toutes les façons, la loi fédérale s’impose aux Etats dés sa
promulgation, elle abroge les lois fédérées contraires « le droit fédéral brise le droit des Etat ».
Il en est de même dans le cadre de l’Etat unitaire décentralisé d’autant que toute loi prise par
les autorités décentralisées et contraire à la loi nationale est dépourvue toute valeur juridique.
Sujet : L’élaboration de la Constitution
Aujourd’hui, tous les groupes humains sont organisés en Etats. On en compte plus de deux
cents aujourd’hui. A la suite du mouvement constitutionnalisme apparu avec le siècle des
lumières (18e siècle) et qui s’est généralisé au cours du 20e siècle, tous les Etats se sont dotés
d’une constitution. Celle-ci fera l’objet de notre analyse. Pour être précis, il s’agit de réfléchir
sur l’élaboration de la constitution.

L’élaboration renvoie à la création des régles relatives à la dévolution et à l’exercice du


pouvoir politique. La constitution au sens formel est élaborée par le pouvoir constituant. On le
désigne par l'expression pouvoir constituant originaire parce qu'il ne peut logiquement
appartenir dans un état qu’au pouvoir suprême, au souverain. La fonction de ce pouvoir
constituant originaire est de créer les pouvoirs constitués qui auront la charge de conduire
l'État, et en particulier de créer un organe compétent pour réviser la constitution. Cet organe
est désigné par l’expression pouvoir constituant dérivé ou institué.

A chaque fois les modes d’élaboration ont été liés aux réponses à deux questions classiques.
Qui peut rédiger la Constitution, ce qui pose la question du titulaire du pouvoir constituant
originaire, et comment rédiger et plus particulièrement selon quelle procédure ? Mais on s’est
aussi interrogé sur la façon de concilier une rédaction efficace et une rédaction démocratique.
Ces questions tournent autour de celle de savoir: quels sont les procédés d’élaboration de la
Constitution ?

Les débats autour du référendum du 29 mai 2005 visant à autoriser la ratification du Traité
établissant une Constitution pour l’Europe, parce que très souvent l’expression Constitution
européenne a été utilisée tant par les partisans du non que du oui, ont suscité des questions et
interrogations sur les conditions dans lesquelles une Constitution pouvait être élaborée. Sans
doute, ne s’agissait-il pas d’une constitution pour l’Etat- nous sommes encore bien loin des
Etats Unis d’Europe- mais les conditions dans lesquelles ce texte avait été rédigé ont suscité
des comparaisons avec les modalités selon lesquelles une constitution peut-ou doit-être
élaborée.

Au plus, dans la plupart des démocraties modernes, on a toujours vu s’opposer tout en


essayant souvent de les concilier, une volonté d’efficacité et une volonté de démocratie tant en
ce qui concerne la rédaction du texte constitutionnel que sa ratification. La pratique montre
que la recherche d’une grande efficacité peut conduire à des méthodes loin de la démocratie.

En revanche, il est rare que les procédés démocratiques donnent satisfaction. Parfois, le choix
du peuple se fera en fonction de la personnalité de celui qui propose le texte : les sénégalais
avaient plus porté leur choix sur Abdoulaye Wade que sur le contenu de la Constitution du 22
janvier 2001 en est la parfaite illustration. En outre, bien souvent l’abstention aura un
caractère quelque peu désespérant. En 1999, en Suisse, la participation a été de 35,89%, dans
le Canton de Vaud le taux est tombé à 17,5%.

Pour aborder le sujet, plusieurs plans sont possibles. On peut utiliser un plan chronologique en
envisageant la rédaction du texte constitutionnel et l’adoption du texte constitutionnel.
La difficulté est que les différents cas évoqués d’élaboration seront fractionnés et évoqués de
façon multiple. C’est pourquoi, on a estimé utile de s’inspirer du plan retenu par la plupart des
manuels : les procédés non démocratiques (I) et les procédés démocratiques (II)

I/ Les procédés non démocratiques

Ils excluent le peuple du processus d’élaboration et d’adoption de la Constitution ou rendent


sa participation illusoire. C’est le cas des chartes (A) et des plébiscites (B)

A/ Les chartes

Les procédés autocratiques d’établissement de la Constitution par excellence sont les chartes
qui ont au même titre que les Constitutions écrites un caractère de super-légalité. Elles
peuvent être octroyées ou négociées. Elles traduisent souvent de la volonté du souverain
d’octroyer une Constitution à son peuple afin de lui permettre de participer à l’exercice du
pouvoir. La charte octroyée est l’expression de la volonté nationale mais procède d’un geste
unilatéral du ou des titulaires du pouvoir constituant

Ces procédés excluent ou réduisent au minimum l'intervention du peuple dans l'élaboration de


la constitution. Le roi Louis XVIII a établi de sa propre autorité une constitution qu'il appela
charte, suivant en cela la terminologie de l'ancien régime. Cette charte ne fut pas préparée par
les représentants élus du peuple français, ratifié ensuite par lui-même, elle fut octroyée par
Louis XVIII à ses sujets.

La charte peut être aussi le résultat d’une transaction ou d’un compromis entre les forces
politiques en présence, notamment entre la Couronne et l’Assemblée parlementaire. La charte
de 1830 présente une originalité par rapport à ce modèle. Elle ne résulta pas de la seule
volonté de Louis-Philippe mais d'un pacte entre le Parlement qui avait élaboré le texte et le
lieutenant général du royaume qui l’accepta.

B/ Les procédés semis-autoritaires

Ces procédés se distinguent des précédents dans la mesure où l'intervention du peuple est
réelle. Mais elle se limite à une autorisation préalable ou à une ratification postérieure du texte
que rédigera ou qu’a rédigé un organe non élu. Le peuple n'a donc aucun contrôle sur
l'élaboration de la loi elle-même. Le plus autoritaire est celui donné en 1852 par Napoléon III
qui demanda au peuple français, par plébiscite, de lui faire confiance « a priori » pour la
rédaction d'une nouvelle constitution.

Le plébiscite est un mécanisme de participation populaire qui ressemble formellement au


référendum dont il se différencie par son objet. Dans les deux cas, l’intervention du peuple est
sollicitée mais dans le référendum il lui est demandé de se prononcer sur un texte alors que
dans le plébiscite l’accent est mis sur la personne.

La loi constitutionnelle du 10 juillet 1940 prévoyait un système analogue. Votée par le dernier
parlement de la 3e République, cette loi donnait «tout pouvoir au gouvernement de la
république, sous l’autorité et la signature du maréchal Pétain, à l'effet de promulguer, par un
ou plusieurs actes, une nouvelle constitution de l'État français… ».
L’élaboration de la constitution de 1958 offre un exemple voisin. La loi constitutionnelle du 3
juin 1958 donnait au gouvernement de la république formée le 1 juin 1958, c'est-à-dire à celui
présidé par le général De Gaulle, le soin de rédiger un projet de constitution, qui devait être
ensuite soumis au référendum.

II/ Les procédés démocratiques

La participation du peuple se traduit par l'élection d'une assemblée appelée assemblée


constituante (A), et dont le rôle spécifique est de rédiger une constitution afin que le peuple
puisse l’adopter (B).

A/ L’élection d’une Assemblée

L’élaboration de la Constitution peut être l’œuvre d’une Assemblée spécialement instituée.


Cette assemblée peut être spécifique et générique. Dans le cadre d’une Assemblée spécifique,
une assemblée constituante ad hoc est spécialement élue pour rédiger la Constitution. C’est le
procédé de la « Convention » de type américain qui est une Assemblée constituante qui ne
cumule pas le pouvoir législatif constitutionnel et le pouvoir législatif ordinaire. Elle est
seulement constituante. Ce procédé est démocratique car permet une large discussion des
dispositions constitutionnelles.

Pour l’assemblée générique, il faut dire que l’assemblée constituante et législative chargée
d’élaborer une Constitution mais parallèlement de voter les lois ordinaires et de contrôler
l’action du gouvernement. Il se peut aussi que le pouvoir exécutif s’arroge le droit de rédiger
le texte constitutionnel à charge de le soumettre le cas échéant à la ratification du peuple par
voie de référendum ou de plébiscite.

Ce procédé inauguré par Napoléon 1er fut poursuivi par son neveu par Napoléon III avant
d’être remis à l’honneur par le Général de Gaulle pour l’élaboration de la Constitution du 4
octobre 1958. Parfois, le peuple élit d’abord une constituante et est ensuite consulté par
référendum par le texte.

B/ L’adoption du texte constitutionnel par le peuple

Le peuple peut ne pas être associé à l’élaboration même du texte en raison de sa complexité
ou de sa technicité. Toutefois, il doit intervenir pour l’adopter soit par l’intermédiaire de ses
représentants, soit directement par référendum, soit par une combinaison des deux procédés.

Une assemblée spéciale peut être élue à cet effet pour adopter le texte. Ce système a cours
aux Etats Unis où les entités fédérées doivent approuver à la majorité qualifiée la nouvelle
constitution fédérale. L’adoption peut être faite par une assemblée législative qui se
transforme en assemblée constituante. C’est le cas de la Constitution sénégalaise du 29 aout
1960 qui avait été adoptée par l’Assemblée Nationale.

Le peuple peut aussi l’adopter par référendum ; Le référendum est une votation par laquelle
on demande au peuple de se prononcer par oui ou non sur un texte soumis à leur approbation.
C’est un mécanisme de participation directe du peuple au processus de prise de décision. Il
s’oppose au plébiscite où l’expression populaire porte non sur un texte mais sur une personne
qui sollicite l’allégeance du peuple. Le référendum peut intervenir dans deux hypothèses :
suite à l’élaboration de la Constitution par des organes spécialisés. Plus fréquemment le texte
est élaboré par le pouvoir législatif puis adopté définitivement par référendum.
Sujet : La Constitution coutumière et la constitution écrite
Tous les Etats du monde ont une constitution. L’un des premiers gestes d’un nouvel Etat est
de se donner, avec un drapeau, un hymne et une monnaie, une constitution. Cela s’explique
par le fait que la constitution présente à la fois une valeur symbolique, une valeur
philosophique, une valeur politique. Elle est un symbole avant d’être une loi et apparait
comme l’acte fondateur de l’Etat, consacrant ainsi la naissance et l’entrée d’un nouveau
membre dans la société internationale.

Dans un passé très loin, en l’absence de textes, il n’y en avait pas moins de régles qui
s’imposaient au pouvoir. L’organisation de la société était fixée par la coutume et non
enfermée dans un écrit. Même dans les démocraties modernes toutes les régles de la
Constitution ne sont pas écrites, dans certains cas la plupart des régles sont d’origine
coutumière (la constitution britannique). C’est pourquoi il faut admettre qu’à coté de la
constitution écrite existe une constitution coutumière. Ici, eu égard à la formulation du sujet, il
ne sera question de la constitution écrite et de la constitution coutumière

Une constitution coutumière est une constitution formée par une accumulation de coutumes.
Elle est le fruit de traditions, d’usages, de principes respectés pendant les générations.

Quant à la constitution écrite, elle est un corpus de régles relatives à la dévolution et au


fonctionnement du pouvoir politique élaborées et révisées selon des procédures spéciales
différentes de celles des lois ordinaires. Elle procède d’une vision rationaliste cherchant à
construire le droit à partir d’un idéal. Pour faire simple, il s’agit d’un document écrit
contenant l’ensemble des régles relatives à l’organisation des pouvoirs de l’Etat.

Le sujet peut être traité sous plusieurs angles. Toutefois, pour notre part, l’analyse des
relations existant entres ces concepts sera au cœur de notre préoccupation d’où la question :
Quels ont les rapports existant entre la constitution écrite et la constitution coutumière ?

Le sujet est intéressant à plus d’un titre en raison des débats qu’il a suscité au sein de la
doctrine. En effet, la tradition juridique française a été toujours hostile à l’idée qu’une
coutume puisse modifier une constitution écrite.

Une telle position n’a pas été acceptée par d’autres qui considèrent qu’il ne devrait avoir
aucun obstacle à ce que la coutume puisse modifier la constitution. Ce qui permet, d’ailleurs,
de comprendre la création de la Présidence du Conseil sous la 3e République malgré le silence
de la Constitution de 1857. En outre, il faut souligner l’existence de différences fondées sur la
forme ne doit pas nous faire perdre de vue que dans les faits on note l’existence de réelle
parenté entre elles. En termes clairs, on ne saurait négliger les interférences existant entre ces
deux formes de constitutions.

Compte tenu de ces considérations, il nous plaira de souligner les différances (I) sans occulter
les interférences (II) En tant qu’elle permet de les cerner
I/ Deux constitutions différentes

Il suffit d’analyser les différences existant entre la constitution coutumière et la constitution


écrite pour admettre que celles-ci renvoient en grande partie à leur valeur (A) mais aussi à
leur source (B)

A/ Des différences liées à leur valeur

La constitution écrite renvoie à un ensemble de régles contenues dans un document spécial


ayant une valeur supérieure à celle de toutes les autres normes positives et ne peuvent être
modifiées qu’en procédure spéciale, plus difficile à mettre en œuvre que celle qui permet de
modifier une autre norme, par exemple une loi ordinaire. En revanche, la constitution
coutumière peut être facilement modifiée par l’un des pouvoirs constitués, le pouvoir législatif
par exemple, au terme d’une procédure ordinaire.

La constitution écrite offre des garanties de certitude et de protection contre l’arbitraire. Fixer
les institutions politiques dans un texte écrit et solennel était avant tout un moyen de limiter
les prérogatives du pouvoir existant. La coutume est imprécise, souvent difficile à cerner et
laisse une solution contestable des cas imprévus.

L’écrit présente l’avantage d’être permanent et intangible tant qu’il n’a pas été abrogé
formellement ou modifié. Cependant, il faut reconnaitre que la coutume n’est pas dépourvue
de valeur d’autant qu’elle peut limiter le pouvoir alors que ce dernier peut en fonction de ses
humeurs et fantaisies changer la loi ; une majorité parviendra à surmonter les obstacles mis
par le constituant pour la révision. Quoi qu’il en soit, ce type de constitution n’est plus adapté
à l’Etat démocratique moderne et aux changements caractéristiques des démocraties
contemporaines

B/ Les différences liées à leur source

La constitution écrite est l’œuvre d’un organe spécial soumis à une procédure particulière. On
appelle « pouvoir constituant dérivé », le pouvoir des organes compétents pour modifier la
constitution, par opposition au pouvoir constituant originaire, celui des organes qui ont adopté
la constitution. La coutume n’est pas l’œuvre d’un organe mais le fruit du comportement, des
choix, adopté par les couches supérieures de la classe dirigeante, de ceux qui gravitent autour
du pouvoir, le peuple n’y est pas associé.

Dans les sociétés non démocratiques, le titulaire du pouvoir constituant originaire est le chef,
le monarque ou le dictateur ou encore le groupe d’individus qui tient le pouvoir ; c’est le
système de la charte octroyée. Le monarque décide unilatéralement de donner une constitution
à ses sujets sans réunion d’une Assemblée ni ratification populaire : constitution des Etats
allemands du 19e siècle, portugaise de 1826 et espagnole 1834. Il arrive que le pouvoir soit
partagé entre le monarque et le peuple Charte de 1830. Dans les régimes démocratiques, il
appartient au seul peuple de se donner une constitution. Quant à la coutume, elle obéit à la
règle des trois « C » c'est-à-dire d’abord la continuité ; un fait isolé ne suffit pas à engendrer
la coutume. Ce fait doit être constitutif d’un précédent qui devra faire l’objet d’une répétition
continue pour prétendre au statut de coutume.
Ensuite, ce fait doit constant car devant être répétitif et insusceptible d’interprétations
divergentes. Enfin, il doit faire l’objet d’un consensus car doit être accepté par l’ensemble des
populations.

II/ Les interférences entre la constitution écrite et la constitution coutumière

Pour peu qu’on prenne le parti de la profondeur, on se rend vite compte que dans la
constitution coutumière, l’écrit n’est pas totalement absent (A) et qu’on note une part
importante de la coutume dans la constitution écrite (B)

A/ La coutume dans la constitution écrite

Un décalage peut survenir entre la volonté du constituant et la pratique qui peut conduire à
des dysfonctionnements de la règle de droit ou à un modèle d’organisation autre que celui qui
avait été initialement posé par le texte écrit. En pareille occurrence, la coutume intervient
pour compléter la Constitution, on parle alors de coutume Prater legem.

Parfois, l’élaboration de la coutume laisse apparaitre des lacunes auxquelles aucune solution
n’est prévue alors il reviendra à la coutume de combler le vide. Elle sera d’autant plus riche
que le texte sera bref et sibyllin, c’est ce qui expliquerait le rôle important qu’ait joué sous la
3e République la coutume. Ainsi, maints auteurs considèrent de coutumier le statut du
Président du Conseil entre 1857 et 1934. Aux Etats Unis, à partir de 1797, suite au refus de
Washington de sa réélection, il s’est imposé peu à peu une coutume selon laquelle le
Président ne pourrait remplir deux mandats.

A cela il faut ajouter dans beaucoup de situations, la coutume peut aller à l’encontre de la
Constitution. Sous la 4e République, le Parlement déléguait au gouvernement de voter des lois
et ce, en violation de la constitution ou encore la désuétude du droit de dissolution, pourtant
prévu par la constitution, à partir de l’engagement de Jules Ferry, en 1879, de ne pas y
recourir.

B/ L’écrit dans la constitution coutumière

L’Angleterre est souvent citée comme l’un des rares pays dans lesquels il n’y a pas de
constitution formelle. Bien entendu, cela ne signifie pas qu’il n’y a pas d’écrit. Ce qu’il y a
c’est que les régles ne sont pas enfermées dans un document unique et surtout qu’elles n’ont
pas de valeur supra-législative, de sorte qu’elles peuvent être modifiées facilement par une loi
ordinaire. Si la constitution anglaise résulte d’usages, de pratiques, de précédents il ne faut
négliger l’existence de textes écrits tels que la Grande Charte de 1215 et le Bill of right de
1689.

Par la première, le Roi Jean Santerre concédait un certain nombre d’avantages et de droits et
posait le principe selon lequel l’impôt ne pourrait être levé sans le consentement du Grand
conseil où siégeaient les vassaux du Roi. Par le second, on posait le principe de l’annualité du
vote de l’impôt et supprime l’essentiel de la prérogative royale.
En plus, une coutume peut être écrite sans cesser d’être une coutume. De même une
constitution coutumière peut comporter des régles écrites et adoptées sous la forme de lois
ordinaires. La constitution britannique est de plus en plus écrite. Une évolution se fait jour, les
textes écrits à valeur constitutionnelle se multiplient ; lois de dévolution concernant l’Ecosse,
l’Irlande du Nord, le Pays de Galles en 1938, Human Right Act de la même année a conduit à
incorporer au droit britannique la convention européenne des droits de l’Homme, la réforme
de la chambre des Lords
Sujet : Constitution rigide et Constitution souple
La constitution se présente comme une œuvre durable destinée à braver le temps. A
l’expérience pourtant, on constate qu’elle ne résiste pas indéfiniment à l’évolution de la
société. Il n’est donc de constitution qui puisse être définitive d’où la nécessité de la modifier
pour l’adapter aux circonstances changeantes. Cette révision diffère selon que les régles
prévues pour s’y prendre exigent une facilité ou une certaine difficulté. Sous cet angle, il est
traditionnel de distinguer constitution souple et constitution rigide.

Ici, il ne sera question de la constitution souple et de la constitution écrite et rien que d’elles
en tant qu’elles font l’objet du sujet.

Une constitution souple si elle est peut être modifiée par l’un des pouvoirs constitués, par
exemple le pouvoir législatif, au terme de la procédure législative ordinaire. En revanche, elle
est dite rigide lorsqu’une procédure spéciale est prévue pour la révision, plus difficile que
celle suivie pour l’élaboration de la loi ordinaire.

Au regard des définitions dégagées, on peut dire que la distinction est fondée sur la facilité
plus ou moins grande avec laquelle la constitution est modifiée. Mais il n’y a pas d’opposition
radicale, on constate que certaines constitutions sont plus souples que d’autres. C’est pourquoi
pour une bonne compréhension le sujet doit être apprécié sous l’angle de leurs relations d’où
la question de savoir : Quels sont les rapports existant entre constitution écrite et constitution
souple.

Ce sujet ne manque pas d’intérêts en ce sens que la doctrine considère généralement de


souples les constitutions coutumières et donne souvent l’exemple de la Grande Bretagne où,
le Parlement peut facilement modifier la constitution en votant une simple loi. Cela est exact
sur le plan juridique mais sur le plan politique maints auteurs émettent des réserves car pour
eux il ne sera pas si facile pour le Parlement de rompre d’avec une tradition séculaire à
laquelle le peuple est très attaché. Sur le plan pratique, considérant que la rigidité est une
garantie contre l’arbitraire des gouvernants la plupart des démocraties modernes, à l’exclusion
de la Grande Bretagne, de la Nouvelle Zélande et de l’Israël à partir de 1947, ont opté pour la
rigidité constitutionnelle.

D’un point de vue formel, la distinction entre la constitution coutumière et constitution écrite
n’a qu’un intérêt relatif car elle risque de faire un double emploi : la constitution coutumière
étant souple et la constitution écrite rigide. Toutefois, sur le plan sociologique, il n’y a pas de
rapport direct entre le caractère rigide ou souple d’une constitution et le fait qu’elle soit écrite
ou coutumière puisque l’une des distinctions porte sur la révision et l’autre sur l’élaboration
de la constitution. Il peut arriver qu’une coutume soit rigide et que la rigidité soit contournée
par des pratiques qui assouplissent sa portée.

Après avoir montré l’existence d’une réelle distinction entre elles (I) il sera ensuite nécessaire
de souligner que cette distinction revêt une portée relative (II).
I/ Une réelle différence entre la Constitution rigide et constitution coutumière

La différence entre ces deux constitutions s’apprécie par rapport à la procédure utilisée. La
révision d’une constitution rigide nécessite une procédure spéciale (A) alors que pour la
constitution souple, on note l’existence d’une procédure identique à celle des lois ordinaires
(B)

A/ Nécessité d’une procédure spéciale pour la constitution rigide

La technique des constitutions rigides est apparue à la fin du 18e siècle aux Etats-Unis avec
les constitutions des Etats fédérés qui ont procédé la constitution fédérale de 1787. Elle est
inspirée par les soucis de protection de la démocratie et de la légalité constitutionnelle. Charte
fondamentale de l’Etat, la Constitution est un texte solennellement élaboré et rédigé avec
beaucoup de soin. Elle est au sommet de toutes les normes juridiques. Elle est en conséquence
investie d’une prééminence sur tous les actes juridiques des organes institués qu’ils soient
législatifs ou réglementaires. A partir du moment où elle assigne les limites contraignantes à
l’arbitraire du pouvoir, il faut donc la rendre plus ou moins difficile à modifier.

La rigidité constitutionnelle répond à cette préoccupation. Elle soumet la révision d’une


constitution à une procédure rendue difficile par la mise en place de régles spéciales de
compétence et de procédure. La révision de la constitution s’effectue selon une procédure
différente de celle utilisée pour les lois ordinaires.

Il en résulte une double différenciation organique et procédurale entre le pouvoir constituant


et le pouvoir législatif. Inspirée par des soucis de démocratie et de légalité, la rigidité vise à
placer les régles et principes fondamentaux du régime politique hors d’atteinte du législateur.
Une primauté incontestable ainsi qu’une représentativité exemplaire sont renforcées au
constituant qui, seul dispose du pouvoir d’influer sur le destin politique de la société.

B/ Une procédure de révision semblable à celle des lois ordinaires

La souplesse s’apprécie par rapport à la facilité des conditions dans lesquelles des
modifications peuvent être apportées à la Constitution. On dit d’une constitution qu’elle est
souple lorsque sa procédure de révision est facile à mettre en œuvre, lorsqu’elle peut être
aisément révisée selon une procédure qui ne se distingue en rien de celle des lois ordinaires.
Le cas extrême est celui où une constitution écrite ne prévoit pas de procédure spéciale de
révision. La constitution chinoise de 1978 laissait le soin à l’Assemblée nationale populaire la
liberté d’amender la Constitution.

En France, les chartes de 1814 et 1830 abandonnaient ce pouvoir au Roi, qui pouvait
reprendre ce qu’il avait donné. Mais la référence de la souplesse est relative et n’est pas
réservée aux seules constitutions modifiables par une simple loi ordinaire. Une constitution
dont la révision doit être révisée par les 3/5 des membres d’une Assemblée à la cause du
pouvoir exécutif (Cas du Sénégal) est plus souple qu’une autre pour laquelle la majorité
exigée est les 2/3 des entités fédérées (Etats-Unis). La constitution souple n’occupe pas une
place hiérarchiquement supérieure à la loi ordinaire dans le bloc de la légalité. Elle se situe au
même niveau dans la hiérarchie des normes.
II/ Une distinction relative

On ferait preuve de cécité intellectuelle en considérant que la distinction entre ces deux
constitutions serait absolue. En réalité, il n’en est rien. Certaines sont rigides (A) et que la
rigidité peut être contournée (B)

A/ L’existence de coutumes rigides

Dans la pratique, le constituant se confond purement et simplement avec le législateur et la


procédure constitutionnelle avec la procédure législative de droit commun. La constitution
souple permet un réajustement sans ruptures ni cassures du système constitutionnel à la
culture politique évolutive. Elle présente néanmoins l’inconvénient de laisser le destin de
l’Etat entre les mains d’une majorité parlementaire qui peut transformer comme elle l’entend
les régles du jeu politique. Une constitution coutumière peut être parfois rigide et s’imposer
aux gouvernants qui ne disposent d’aucune latitude pour y apporter des changements même
par des lois écrites. Il en était ainsi des lois fondamentales sur la dévolution du pouvoir royal
sous l’Ancien régime.

L’hérédité était régie par des régles coutumières établies dans l’intérêt exclusif de la
monarchie. Elle transcendait la volonté du monarque régnant qui ne pouvait s’opposer à la
dévolution de la Couronne au Prince ainé. De manière générale ces lois fondamentales, bien
que coutumières, se caractérisaient par leur rigidité. Elles s’imposaient au monarque qui, dans
l’exercice d’un pouvoir législatif dont il était investi, ne pouvait pas les modifier sans le
consentement des Etats Généraux.

B/ Le contournement de la rigidité

Si dans la majorité des cas les constitutions écrites sont rigides, il n’en est pas ainsi de tout
temps. Ainsi, historiquement, il a existé des constitutions écrites qui n’étaient pas rigides. Les
chartes de 1814 et 1830 en France pouvaient être révisées par les organes législatifs
ordinaires. Il en fut de même pour la Constitution allemande de Weimar de 1919.

La lecture de la procédure prévue par l’art 103 de la Constitution du 22 janvier 2001 laisse
apparaitre que le constituant s’est attaché à la rigidité constitutionnelle du moins en théorie
serait-on tenté de dire. Au Sénégal on a assisté à une multitude de révisions depuis son
accession à la souveraineté internationale. En effet, dans la pratique on assiste à une certaine
facilité pour le Pouvoir à réviser la Constitution.
Sujet ; La voie d’action et la voie d’exception
Dans le système de la hiérarchie pyramidale des normes, on trouve au sommet la norme-mère
celle qui commande tout le système juridique, à laquelle sont subordonnées directement ou
indirectement toutes les autres. La suprématie de la Constitution n’aurait aucun sens si elle
pouvait être impunément violées par les organes de l’Etat sans qu’aucune sanction ne s’en
suivie. C’est pourquoi, il a été institué dans les démocraties modernes un organe chargé de
contrôler la constitutionnalité des lois par rapport à la Constitution à travers un mécanisme
appelé contrôle de constitutionnalité des lois. Le contrôle de constitutionnalité des lois peut
s’exercer selon des modalités diverses parmi lesquelles les plus répandues : la voie d’action et
la voie d’exception, objet de notre étude.

Le contrôle par voie d’action est un contrôle qui a pour objet d’attaquer directement une loi
en demandant à la juridiction compétente (le juge constitutionnel en principe) d’en empêcher
la promulgation ou de l’annuler. On dit qu’il s’agit d’un procès fait à la loi.

Le contrôle par voie d’exception, en revanche, permet aux auteurs de la saisine de soulever la
question de constitutionnalité non à titre principal mais indirectement à l’occasion d’un litige
portant sur l’application de la loi au plaignant. On dit ici qu’il ne s’agit pas d’un procès fait à
la loi.

A l’analyse du sujet, il faut relever que la formulation du sujet incite à concevoir une
démarche comparative et de voir ainsi les points de divergences et de convergences des
modalités de contrôle.

Relativement aux points de convergences entre ces deux types de contrôle, il faut dire que ces
modalités de contrôle se ressemblent surtout quant à leur finalité qui est de garantir
l’orthodoxie juridique, l’Etat de droit, la suprématie de la Constitution. Toutefois il ne sera
pas question de développement concernant ces points de ressemblances mais plutôt il sera
question d’insister sur les différences entre ces modalités de contrôle d’où la question qui
suit : Qu’est ce qui différencie le contrôle par voie d’action du contrôle par voie d’exception ?

Le sujet est important à bien des égards car qu’il soit par voie d’action ou par voie
d’exception, le contrôle de constitutionnalité a fait l’objet de beaucoup de critiques avant
qu’il ne soit consacré par les Constitutions. Certains auteurs n’ont pas manqué de souligner
son caractère antidémocratique car disent-ils que la loi, expression de la volonté générale
donc du peuple ne doit pas pouvoir être censurée par une autorité à savoir le juge qui n’est pas
élu mais nommé et de surcroit ne bénéficie pas de la même légitimité que le peuple. Ils
conclurent que le contrôle de constitutionnalité ne saurait être accepté dans une démocratie.
Cette conception n’est pas partagée par d’autres qui considèrent que la démocratie ne saurait
se résumer au pouvoir du parlement et qu’au plus toute loi n’est l’expression de la volonté
générale que si le législateur a respecté les prescriptions fixées par la Constitution.

Dans la pratique, il faut dire que le contrôle de constitutionnalité s’est développé dans presque
tous les systèmes juridiques et est considéré par la majorité comme l’une des institutions les
plus efficaces de garantie et de protection des droits humains.
Il suffit de s’attarder aux caractéristiques des modalités de contrôle mais également à leur
effet en cas d’inconstitutionnalité de la loi constatée par le juge pour admettre de réelles de
différences entre ces types de contrôle.

Compte tenu de ces considérations, il nous plaira de montrer d’une part les différences tenant
à leurs caractéristiques (I) et d’autre part celles liées aux effets (II).

I : les différences liées à leurs caractéristiques

Il s’agira de s’attarder sur les caractéristiques de la voie d’action (A) d’une part et sur ceux de
la voie d’exception (B) d’autre part.

A : les caractéristiques de la voie d’action

Le contrôle par voie d’action est traditionnellement considéré comme un contrôle objectif,
préventif, fermé et abstrait et qui s’exerce en principe avant la promulgation de la loi. Le
contrôle est considéré comme objectif en tant qu’il s’agit d’un procès fait contre la loi.
L’auteur de la saisine demande à ce que si la loi est contraire à la norme-mère qu’elle soit
privée d’effet juridique. C'est-à-dire qu’elle ne puisse être promulguée.

Le contrôle est qualifié de préventif dans la mesure où il doit intervenir après l’adoption de la
loi et avant sa promulgation. On dit qu’il s’insère dans la procédure législative car l’organe de
contrôle ici le conseil constitutionnel joue un peu le rôle d’une chambre spécialisée dans une
dernière vérification de la loi sur l’angle de la conformité à la Constitution.

Le contrôle est fermé car n’étant pas ouvert aux citoyens. Il est en réalité enfermé dans des
conditions de saisines assez strictes. Seules quelques autorités et généralement les plus hautes
autorités du pays peuvent saisir le juge aux fins d’un contrôle par voie d’action. En outre le
contrôle est abstrait car soulevé à l’occasion d’un procès mais porte uniquement sur la
conformité de la loi aux normes qui composent le bloc de constitutionnalité.

Enfin il faut le rappeler le contrôle par voie d’action s’exerce a priori normalement c'est-à-dire
avant la promulgation de la loi (France, Sénégal), toutefois lorsque la loi viole les droits
fondamentaux du citoyen, on permet dans certains systèmes (Rfa, Italie) que le contrôle
puisse être possible même après la promulgation de la loi dans un délai qui ne dépassant pas
toutefois le mois qui suit la promulgation. Qu’en est t-il des caractéristiques de la voie
d’exception

B : Les caractéristiques du contrôle par voie d’exception

Le contrôle de constitutionnalité par voie d’exception en revanche est un contrôle subjectif,


concret, ouvert et s’exerçant selon des modalités variés

D’abord il faut dire que le contrôle par voie d’exception est qualifié de subjectif car l’auteur
de la saisine ne cherche pas à garantir l’orthodoxie juridico-constitutionnelle mais cherche
simplement à éviter l’application d’une loi à l’occasion d’un procès auquel il est partie.
Le caractère concret du contrôle découle de son caractère subjectif. Le contrôle de
constitutionnalité par voie d’exception s’exerce en effet dans le cadre d’une affaire concrète
en cause, d’un procès entre des parties. Il est par ailleurs considéré comme étant ouvert parce
qu’il peut être effectué par n’importe quel citoyen à l’occasion d’un procès dont il est partie. Il
devra alors saisir le juge compétent.

Aux Etats unis, l’exception peut être soulevée devant n’importe quelle juridiction. On dit que
c’est un système décentralisé car le juge du fond est le juge de l’exception. Le juge saisi peut
en effet trancher lui-même la question de constitutionnalité. En France aussi l’exception peut
être soulevée devant n’importe quelle juridiction mais la question de constitutionnalité ne peut
être tranchée que par le conseil constitutionnel. Au Sénégal, l’exception ne peut être soulevée
que devant la Cour suprême qui doit surseoir à statuer et saisir le conseil constitutionnel.

Enfin il faut dire que dans le premier cas c'est-à-dire dans le système américain, il est dit que
la question posée au juge est une question préalable c'est-à-dire une question qu’il doit lui-
même apprécier avant de juger du fond du litige. Et dans le second cas c'est-à-dire les cas
sénégalais et français, il est retenu que la question soulevée est une question préjudicielle et
ces derniers doivent surseoir à statuer c'est-à-dire arrêter le cours du procès et saisir le juge
compétent en l’occurrence le conseil constitutionnel pour qu’il se prononce sur la
constitutionnalité ou non de la loi. Il y’a lieu de voir maintenant que ces deux modalités de
contrôle se distinguent aussi quant à leurs effets.

II : les différences tenant aux effets du contrôle

Le contrôle par voie d’action aboutit à l’annulation ou à la non promulgation de la loi (A)
alors que le contrôle par voie d’exception aboutit à l’abrogation ou à la non application de la
loi (B)

A : les effets du contrôle par voie d’action

Le contrôle de constitutionnalité par voie d’action est un véritable procès intenté à l’encontre
d’une loi dont il est demandé l’anéantissement pour inconstitutionnalité. L’objet principal du
recours est l’annulation de la loi. Lorsque le juge considère que la loi soumise à son
appréciation est inconstitutionnelle alors une telle loi ne saurait être promulguée car est privée
de tous effets et frappée d’une nullité absolue. La loi ainsi sanctionnée est réputée n’avoir
jamais existé. La déclaration d’inconstitutionnalité est investie de l’autorité absolue de la
chose jugée. Elle vaut ‘’erga omnes’’ c'est-à-dire à l’égard de tous : gouvernants et gouvernés.

Dans la pratique, il faut dire que le juge constitutionnel se contente le plus souvent de faire
retourner la loi à l’assemblée nationale pour une autre lecture et mise en conformité à la
Constitution si l’inconstitutionnalité ne porte que sur certaines dispositions de la loi. Il y’a lieu
maintenant de voir enfin ce qu’il en est du contrôle par voie d’exception.
B : les effets de la voie d’exception

Elle ne vaut que pour les parties concernées au procès et non erga omnes. Le juge statuant
inter partes c'est-à-dire que entre les parties. Mais il faut distinguer à ce niveau des différences
entre les systèmes américains, sénégalais et français

Dans le système américain, la loi inconstitutionnelle n’est pas annulée, elle ne disparait mais
subsiste dans l’ordonnancement juridique. Son application est simplement écartée dans le
litige considéré. Elle est simplement gelée ou neutralisée pour le cas d’espèce. Dans l’avenir,
elle est susceptible d’être appliquée ou servir de base à un autre litige. Les justiciables devront
soulever chaque fois l’exception d’inconstitutionnalité pour faire écarter son application. La
déclaration d’inconstitutionnalité rendue dans le cadre du contrôle par voie d’exception est
revêtue de l’autorité relative de la chose jugée. On parle d’effet relatif de la décision.

Au Sénégal, la loi 92-23 du 30 mai 1992 prévoit que si une loi déclarée inconstitutionnelle
dans le cadre d’un contrôle par voie d’exception, que celle-ci ne peut plus être appliquée.
Cette formulation est plus ou moins laconique. Est-ce à dire que la loi va demeurer dans
l’ordonnancement juridique mais qu’elle ne pourra plus faire l’objet d’application ? Si oui
quel est l’intérêt de garder dans l’ordonnancement juridique une loi qui ne peut plus faire
l’objet d’application ? En tout cas le système sénégalais est dans tous les cas plus proche du
système américain que le système français.

Il faut dire qu’en France, l’article 61-1 de la Constitution de 1958 modifiée prévoit que
lorsqu’une loi est déclarée inconstitutionnelle dans le cadre d’un contrôle par voie
d’exception, que celle-ci doit être abrogée. A la différence du système américain et
sénégalais, ici on fait intervenir le législateur pour priver d’effet la loi jugée
inconstitutionnelle.
Sujet : La portée de la démocratie représentative
Les théoriciens de la révolution française se sont efforcés de donner un fondement juridique à
la souveraineté, tenant non plus à la religion ou à la tradition, mais résidant dans la collectivité
des citoyens. Deux expressions, à l’origine indifféremment utilisées : souveraineté populaire
et souveraineté nationale, ont fini par être distinguées sous la monarchie de Juillet pour
donner naissance à deux conceptions distinctes et ayant abouti à des conséquences opposées.
La première a donné naissance à la démocratie directe, la seconde à la démocratie
représentative, objet de notre sujet. Pour être précis, il s’agit de réfléchir sur la portée de la
démocratie représentative.

Par portée, on entend la force, la valeur, bref la pertinence. Quant à la démocratie


représentative, elle renvoie à un système par lequel le corps électoral désigne ses
représentants. La nation n’exerce pas directement la souveraineté, elle en délègue l’exercice à
des représentants élus, mais elle reste titulaire, n’en perdant que la jouissance. Au regard de la
définition des termes du sujet la question que l’on peut se poser est celle de savoir ; Quelle est
l’étendue de la portée de la démocratie représentative ?

Différents systèmes cherchant à associer les citoyens à l’exercice du pouvoir ont été proposés
par des auteurs mais ici, seule la démocratie représentative nous occupera.

L’analyse du sujet permet de se rendre compte que la représentation est une nécessité de bon
sens. Devant l’impossibilité matérielle de la démocratie directe, il faut se résoudre à ce
quelques-uns parlent et agissent au nom du peuple. Cependant, dans les faits, le représentant
est plus redevable au parti qu’aux électeurs. En vérité, c’est le parti, beaucoup plus que les
électeurs, qui désigne les élus : le Sénégal en est une parfaite illustration.

En tant que la démocratie directe pose des problèmes matériels tels qu’il ne serait utilisable, à
l’extrême rigueur, que dans des micro-Etats où le nombre de citoyens serait réduit et que la
démocratie représentative assure la légitimité des dirigeants par l’élection prouvent à bien des
égards que le système représentatif est une option réaliste. Toutefois, l’absence d’une possible
révocation des mandants et les tentatives de reprise de la démocratie laissent apparaitre que le
système représentatif n’est pas sans limites.

Compte tenu de ces considérations, il nous plaira de montrer que la démocratie représentative
est une option réaliste (I) sans passer sous silence que de nos jours ce système est en crise (II)

I/ La démocratie représentative : une option idéaliste

Le système représentatif est une solution à l’impraticabilité de la démocratie directe (A) et


assure une véritable légitimité aux élus par le biais de l’élection (B).

A/ L’impraticabilité de la démocratie directe

La démocratie représentative repose sur le postulat que le peuple ne peut matériellement


exercer lui-même directement la souveraineté et qu’il est alors nécessaire de confier à des
représentants le soin de décider pour lui au nom de la nation.
En effet, la démocratie directe est un système idéal, qui répond le mieux à l’aspiration
populaire, dans lequel les gouvernés sont eux-mêmes gouvernants. Le peuple se gouverne
directement lui-même par la participation de tous les citoyens. En corps il fait la loi, prend les
décisions gouvernementales comme la désignation des fonctionnaires, la conclusion des
contrats et traités, c’est aussi lui qui rend la justice. Toute idée de représentation est écartée,
les liens entre l’électeur et l’élu sont très étroits.

La mise en œuvre de la démocratie directe de ce système pose des problèmes matériels. Son
application n’est possible que dans les Etats où la population n’est aussi importante,
démographiquement parlant. Il faut pouvoir en effet réunir le peuple dans un lieu
suffisamment vaste, il faut lui fournir une information complète, il faut enfin que les affaires à
traiter ne soient pas trop nombreuses pour éviter que les citoyens ne soient mobilisés en
permanence. Si l’Assemblée se tient sur la place publique, il est préférable aussi que le temps
soit beau.

L’histoire fournit pourtant quelques exemples de démocratie directe, encore appelée


Gouvernement. A Athènes, l’Assemblée des citoyens se tenait sur la colline du Pnyx. Ce
système présente des inconvénients tenant au risque de démagogie ou à l’incompétence du
peuple. Il est de toute manière impraticable dans les grands Etats modernes. C’est qui permet
de constater qu’elle ne fonctionne que dans trois cantons suisses (Glaris, Unterwald,
Appenzell) d’où son impraticabilité.

B/ La légitimation des représentants par l’élection

En raison des impairs du système direct, on a estimé qu’il serait préférable que le peuple
délègue l’exercice de la souveraineté à des hommes qu’il choisit pour les représenter. Le
système représentatif est donc une variété de démocratie, dés lors qu’il est associé à l’élection
au suffrage universel.

Initié par Montesquieu, dans l’Esprit des lois (1747), repris par l’Abbé Sieyès en 1789, ce
système a été consacré pour la première fois dans la Constitution de 1791. Mais, on est loin,
ici, de la démocratie, les représentants de la Nation étant le Roi et le corps législatif élu au
suffrage censitaire. Ce n’est qu’au XXe siècle que se mettra en place la véritable démocratie
représentative grâce à la généralisation de l’élection des représentants au suffrage universel.
C’est cette conception qui a été retenue par la Constitution de 1958 en son article 3 en
déclarant « La souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses
représentants ».

La démocratie représentative repose sur une notion empruntée au droit romain et connue de
notre civil ; le mandat c'est-à-dire le titre par lequel le peuple confie aux représentants le
pouvoir de gouverner et de décider en son nom. Du fait qu’ils sont élus alors ils sont
légitimes. Une fois élus, ils agissent par eux-mêmes définissant ainsi ce qu’ils estiment être
l’intérêt et la volonté de ceux qu’ils représentent d’où le caractère représentatif du mandat. Au
plus, il est collectif : dans la conception française de la souveraineté, le mandat n’est pas
conféré par une partie de la population mais par l’ensemble de la Nation. Un député ne
représente pas sa circonscription mais la nation dans son intégralité.
La démocratie représentative est la forme la plus répandue dans les démocraties modernes en
tant qu’elle assure la légitimation des représentants par l’élection.

II/La démocratie représentative ; un système en crise

Le principal risque de la démocratie représentative est la confiscation de la volonté du peuple


par les représentants (A) d’où le tempérament du caractère absolu de la représentative par
l’introduction de certaines techniques de démocratie directe (B)

A/ La confiscation de la volonté du peuple

Dans le système représentatif, la volonté des représentants est sans limite, ce qui a pour
conséquence la souveraineté de la loi qui ne peut être contrôlée. On assiste à une confiscation
du pouvoir au profit des représentants. C’est ce que Carré de Malberg appelle le
« parlementarisme absolu » et le doyen Vedel « le régime ultra-représentatif ». Le
représentant est libre de ses décisions. Les électeurs ne lui pas tracent de programmes ; ils
s’en remettent à lui pour discerner les meilleures solutions. L’investiture donnée à l’élu est
générale, il n’a d’autre engagement que d’agir en conscience et, si ses opinions viennent à
changer, ses électeurs ne peuvent le révoquer.

La différence est nette avec le droit civil où le mandataire reçoit des ordres de son mandant,
lui doit des comptes et peut être demis par lui. Ici, il n’en est rien, il n’y a pas de contrat entre
l’élu et le représentant. Le caractère essentiel de la représentation en droit public tient au fait
que l’élu représente la nation en entier et non ses électeurs, c’est là un corollaire de la
souveraineté nationale. Le mandat représentatif s’oppose au mandat impératif. En pareille
hypothèse, le mandat trace des limites au mandataire. Il a été prohibé par la Constitution de
1791. La prohibition a pour but de protéger la liberté et la dignité de l’élu.

Aujourd’hui, force est de constater que le mandat impératif est incompatible avec le
fonctionnement des Parlements modernes .Il est nécessaire de laisser de l’initiative aux
députés pour qu’ils ne reviennent constamment devant les électeurs pour demander leurs
instructions d’où le risque de confisquer la volonté du peuple.

B/ Les tentatives de reprise de la souveraineté populaire.

Aujourd’hui il serait absurde de considérer que la démocratie directe est un rêve sans avenir.
Le développement des médiats rend concevable ce qui hier était utopie. Il lève en partie les
obstacles matériels qui cantonnaient la démocratie dans des circonscriptions exigües. Par
internet, la radio et la télévision, les débats se déroulent dans la place publique, les citoyens
n’ont plus l’excuse de ne pas informés. Les individus, tout au moins, « la frange éclairée » de
la société, aspirent à participer aux décisions qui les concernent. Le peuple ne débat pas lui
même mais intervient directement dans maintes décisions ; les représentants partagent une
partie du pouvoir avec le peuple.

On est alors en présence d’un régime mixte, lequel consiste à introduire des éléments de
démocratie dans le système représentatif. D’ abord par le véto populaire, le peuple a le droit
à la mise en œuvre d’une loi votée par le Parlement.
Ensuite par l’initiative populaire, les citoyens obligent le Parlement à légiférer dans un
domaine déterminé. Avec cette technique, le système représentatif est assez malmené car
forçant les parlementaires à agir peut-être contre leur gré et qu’elle peut même les laisser à
l’écart de l’élaboration de la loi. Enfin, par le référendum, le texte voté par le Parlement est
soumis à l’approbation de l’ensemble du peuple.

On distingue plusieurs types de référendum : le référendum constituant et référendum


législatif selon que le texte est de nature constitutionnelle ou législative, le référendum
obligatoire et le référendum facultatif selon que la réforme envisagée doit être soumise au
peuple ou qu’elle aurait pu être discutée par le Parlement et faire l’objet d’une loi ordinaire,
référendum de ratification (on demande au peuple de ratifier directement le texte), référendum
de consultation (l’avis du peuple est sollicité par voie de réforme).
Sujet : Les systèmes électoraux : signification et portée
L’expression de la souveraineté par le peuple par l’entremise des représentants suppose qu’on
fixe la manière dont ceux –ci seront désignés. Dans l’esprit démocratique, le seul procédé
acceptable est l’élection. Celle-ci est susceptible de modalités très différentes qui ne sont sans
influence sur les résultats du scrutin et, par conséquent sur la portée du suffrage émis par les
citoyens. C’est dire le caractère partial du système électoral, qui fera d’ailleurs l’objet de
notre sujet.

Le système électoral renvoie aux modalités de désignation des élus. Traditionnellement par la
loi ordinaire et non par la Constitution (Cas de la France, du Sénégal, de la Belgique et de
l’Espagne), il est constitué par un ensemble de modalités techniques à travers lesquelles sont
poursuivis des objectifs politiques d’autant que les aménagements techniques qui lui sont
apportés, de temps en temps, ici ou là, ne doivent pas faire illusion. Le plus souvent, ils ne
cherchent pas à donner une représentation plus fidèle des courants d’opinion, ils visent avant
tout à conserver, et si possible accroitre, la représentation c'est-à-dire la puissance de ceux qui
décident. Pour les hommes politiques, le bon système est celui qui les fait gagner.

L’étude des systèmes électoraux soulève une multitude de points, les uns aussi pertinents que
les autres. Toutefois, cette étude ne sera pas un prétexte pour évoquer les systèmes électoraux
dans tous leurs aspects, il ne sera question que de leur signification et de leur portée.

Au plus, du fait que l’histoire des institutions électorales permet de constater que les types de
scrutin les plus usités sont le scrutin majoritaire et le scrutin proportionnel, toute notre analyse
tournera autour d’eux.

Dés lors la question qu’il faut se poser est celle de savoir ; Que recouvrent les systèmes
électoraux ? En termes simples il s’agit de s’interroger sur la notion des scrutins et de leur
pertinence.

Les débats sur les modes de scrutins sont ceux qui ont le plus passionné la classe politique.
On en devine aisément les enjeux. Aucun mode de scrutin n’est neutre et selon qu’on choisira
tel ou tel, la victoire peut changer de camp. Cela explique aussi l’extraordinaire imagination
dont on a pu preuve en la matière. Habituellement, on oppose deux types ; le scrutin
majoritaire et le scrutin proportionnel. Sans doute, le dernier est le plus répandu mais le
premier concerne encore beaucoup de pays qui lui sont favorables comme le Royaume-Uni et,
dans une certaine mesure la France et le Sénégal. Il n’en reste pas moins que dés la fin du
XIXe siècle, les débats ont divisé la doctrine à cet égard entre ceux qui considéraient le
système majoritaire comme illustrant des « mares stagnantes » et ceux estimant que la
représentation proportionnelle était « la photographie du brouillard ».

Au regard de la formulation du sujet : systèmes électoraux ; signification et portée, il ne fait


de doute le plan s’est dégagé de lui -même. Compte de ces considérations, il nous plaira de
montrer d’une part la signification des systèmes électoraux(I) et d’autre part la portée (II)
I/ La signification des systèmes électoraux

Il sera question de la signification du scrutin majoritaire (A) et de celle du scrutin


proportionnel (B)

A/ La signification du scrutin majoritaire

Pour comprendre le scrutin majoritaire, il est nécessaire de s’attarder sur ses principes(1) et
modalités(2)

1/ les principes du scrutin majoritaire

Le scrutin majoritaire repose sur l’idée que l’autorité de l’élu n’est réelle que si elle peut
s’appuyer sur un nombre suffisant de suffrages. On exigera donc la majorité absolue des
suffrages calculée sur le nombre d’inscrits soit sur celui des votants ou des suffrages
exprimés. La règle de la majorité veut que le candidat qui obtient le plus de voix soit déclaré
élu.

Ce mode de scrutin est utilisé dans de nombreux pays pour l’élection des députés. C’est le cas
en particulier de la Grande-Bretagne et au Sénégal pour la liste départementale.

2/ Les modalités du scrutin majoritaire

Le scrutin majoritaire est le plus souvent uninominal mais il peut être plurinominal ou de liste.
Lorsque chaque circonscription n’élit qu’un seul candidat, il y’ a scrutin nominal, lorsqu’elle
élit plusieurs il y’a scrutin plurinominal et, comme les partis se groupent par listes, on dit
qu’il y a scrutin de listes.

En pareille hypothèse, la liste des candidats est établie et l’électeur n’a pas la possibilité de la
modifier. Pour éviter cet automatisme, on a inventé le vote préférentiel qui permet à l’électeur
d’indiquer les candidats auxquels il souhaite que soient attribués les sièges qui reviennent à la
liste et le panachage qui consiste de la part de l’électeur à rayer un ou plusieurs noms sur une
liste et à leur substituer des noms de candidats empruntés à d’autres listes, c’est également un
procédé qui permet de restituer à l’électeur la liberté de choisir ses candidats.

B/ La signification du système proportionnel

Comme le scrutin majoritaire, il a des principes(1) et des modalités (2)

1/ Les principes du scrutin proportionnel

Le scrutin proportionnel est un mode de suffrage qui tend à assurer à chaque parti une
représentation en rapport avec l’importance numérique des voies qu’il a recueillies. S’il ya
100 électeurs, 10 sièges à pourvoir et si une liste obtient 60 voix, une autre 30 et une troisième
10, alors le premier se voit attribuer 6 sièges, le second 3, le troisième 1. C’est ce que
Barthélémy Joseph dénomme « le vieux principe de justice distributive », qui donne à chacun
ce qui doit lui revenir La représentation proportionnelle a été utilisée sous la IVe
République.
Sous la Ve République elle est largement utilisée, par exemple pour la désignation des
députés au parlement européen. Au Sénégal, elle est utilisée pour les députés élus sur la liste
nationale.

2/ Les modalités du scrutin proportionnel

Habituellement, on distingue trois types ; le plus fort reste, la plus forte moyenne et le
système d’Hondt. Par le premier, on calcule le quotient électoral, qui est la division du
nombre de voix exprimées par le nombre de sièges à pourvoir. Après l’attribution des sièges
aux partis en fonction du quotient, les sièges restants sont accordés aux listes ayant les plus
forts restes. Par la plus forte moyenne, après l’attribution des premiers sièges on feint
d’attribuer un siège à chaque liste et les partis ayant obtenu la plus forte se répartissent les
sièges restants. Par le système d’Hondt, on détermine par une seule opération le nombre total
des sièges qui doivent être attribués à chaque liste. C’est le système utilisé en Belgique.

II/ La portée des systèmes électoraux

La portée du scrutin majoritaire (A) et celle du scrutin proportionnel (B) seront étudiées

A/ La portée du scrutin majoritaire

L’étendue de la portée du scrutin (1) et ses limites (2) seront étudiées

1/ L’étendue de la portée

Il a le mérite de la clarté et de la simplicité. Il aboutit à l’apparition d’un système bipartite car,


fautes de possibilités d’alliances, ou de désistements, les électeurs mettent de coté leurs
désaccords de détail pour voter utile c'est-à-dire en faveur d’un parti dont ils sentent le plus
proche. Il favorise le multipartisme limité. Il permet des marchandages et des accords avant
l’élection. Il facilite l’apparition d’une majorité au Parlement donnant ainsi une assise solide à
l’exécutif. Le pays peut être gouverné de façon stable pendant une législature. Ces avantages
doivent être relativisés

2/ Une portée limitée

Nul ne conteste le caractère injuste du scrutin majoritaire, aussi est-il parfois condamné au
nom d’une certaine éthique de la représentation, d’une conception de la morale démocratique.
En effet, les voix des candidats battus sont perdues et certains ne sont pas représentés à
l’Assemblée. Certains partis ayant une audience non négligeable peuvent ne pas être
représentés au Parlement. Au plus, s’il est vrai que le scrutin à un tour assure la stabilité, il en
va autrement pour ce qui est du scrutin à deux tours. Le régime de la IIIe République en est
une parfaite illustration. Certes la prime à la majorité renforce la représentation du parti arrivé
en tête, mais pas nécessairement au point de lui permettre d’obtenir plus de la majorité des
sièges au Parlement.

Au plus, les majorités cohérentes qu’ a connues la Ve République sont probablement moins
dues au scrutin majoritaire qu’à la bipolarisation de l’opinion publique et de la vie politique.
B/ La portée du scrutin proportionnel

Comme celle du scrutin majoritaire, elle a une étendue (1) et des limites (2)

1/L’étendue de la portée

La représentation proportionnelle s’impose à l’évidence car elle apporte la justice électorale.


Elle répond à un besoin élémentaire de justice, à un besoin fondamental de loyauté et de
vérité. Cette idée de justice s’impose et n’a pas besoin d’être démontrée. Elle est
essentiellement un argument de justice car elle permet de représenter le pays selon toutes les
nuances qu’il comporte. Avec ce scrutin, ce ne sont pas seulement les droits des minorités qui
sont garantis ce sont également les droits de la majorité car cette majorité résulte non d’une
victoire dans quelques circonscriptions, mais du total des suffrages dans toutes les
circonscriptions. Il s’accorde mieux avec l’idée même du régime représentatif, car il permet
au Parlement de refléter avec exactitude les tendances du corps social.

En assurant une place à chaque parti sérieux, elle rend inutiles les coalitions qui, avec le
scrutin majoritaire faussent le sens des élections et conduisent au Parlement des majorités
dont la cohérence et la discipline ne survivent pas à la période électorale.

2/ Les limites de la portée du scrutin proportionnel

Contre le scrutin proportionnel, il existe une objection grave qui tient à des difficultés
d’application. D’abord, il réduit la liberté de choix des électeurs. En effet, l’opération
électorale repose sur des listes de candidats établies par les partis ; l’électeur doit accepter les
noms qui lui sont proposés car si on l’autorisait à les remplacer par d’autres, on irait à
l’encontre même de la représentation proportionnelle qui est de faire de l’élection un débat
entre doctrines et non une lutte entre hommes.

Ensuite la formule technique qui assure une égale proportionnalité dans la répartition des
sièges n’est pleinement satisfaisante que si elle est compliquée. Or toute complication est un
vice en matière électorale. La formule du quotient est certes simple mais ne résout
qu’imparfaitement le problème car il ya des restes.
Sujet : Le régime parlementaire et le régime présidentiel
La séparation des pouvoirs est une technique de droit constitutionnel selon laquelle doivent
être distinguées la fonction de faire la loi, la fonction d’exécuter la loi et la fonction de juger
les litiges. Chacune de ses fonctions est exercée par un organe spécifique. De nos jours, elle
est un critère de classification des régimes en tant qu’elle permet d’une part de distinguer les
régimes démocratiques des régimes autoritaires d’autre part la séparation stricte des pouvoirs,
fondement du régime présidentiel, et la séparation souple, fondement du régime
parlementaire. Ici seuls le régime parlementaire et le régime présidentiel et rien que ces
régimes seront étudiés.

Par régime présidentiel, on entend un régime fondé sur la séparation stricte des pouvoirs.
C’est un régime qui exclut, en principe, toute collaboration : le chef de l’Etat ne peut
dissoudre le Parlement, lequel ne peut renverser son administration (gouvernement).

Par régime parlementaire, on entend un régime fondé sur la séparation souple des pouvoirs
impliquant une collaboration entre les pouvoirs : le chef du pouvoir exécutif peut dissoudre le
Parlement-au moins sa chambre basse- alors que le pouvoir législatif peut mettre en jeu la
responsabilité politique du gouvernement.

Le traitement du sujet requiert, évidemment, une bonne connaissance des caractères


principaux des deux régimes, des temps forts de leur pratique dans les Etats modernes, du
sens de leur évolution. Cependant, ce thème étant vaste, tous ces aspects ne seront pas
abordés. Un seul point mérite une attention particulière, il s’agit des rapports entre ces deux
régimes d’où la question de savoir : Quels sont les rapports entre le régime parlementaire et le
régime présidentiel ?

Pour certains auteurs, et pas des moindres, la distinction entre régime parlementaire et régime
présidentiel ne présente qu’une utilité pratique. En effet, ils partent de l’expérience pour
souligner qu’il est rare voire inexistant qu’un régime fonctionne exactement comme le
voudrait la théorie tracée dans les manuels. C’est pourquoi ils suggèrent de parler de régime à
dominante « parlementaire » ou de régime à dominante « présidentiel ». Le régime
britannique, considéré comme le parangon (modèle) du régime parlementaire laisse apparaitre
de réels traits du régime présidentiel. Pour preuve, la prééminence du Premier ministre au sein
du Cabinet fait que sa situation est comparable à celle du Président des Etats Unis.

En outre, il est l’élu du peuple indirectement peut-être mais en votant pour le candidat
travailliste u conservateur, l’électeur sait en même temps qu’il vote pour tel premier ministre.
Pour ce qui est du régime présidentiel, il faut dire que les régles de la spécialisation et de
l’indépendance ne sont pas respectées : le Président participe de façon déterminante dans la
fonction législative par un droit de véto partiel et que, de son coté, le Congrès participe à la
fonction exécutive de plusieurs manières : vote du budget grâce au rôle des commissions.

A partir de ces remarques, somme toute, intéressantes, il vient immédiatement à l’esprit de


montrer que les différences entre ces régimes (I) sans occulter l’existence d’une véritable
parenté entre eux (II).
I/ Deux régimes différents

Dans sa formulation théorique, le régime présidentiel est un régime de séparation stricte des
pouvoirs (A) alors que le régime parlementaire est un régime de séparation souple (B).

A/ Le régime présidentiel : un régime de séparation stricte

Dans le cadre du régime présidentiel, le pouvoir exécutif est concentré dans les mains du
Président. Il est le seul détenteur du pouvoir exécutif. Le cabinet du Président ne figure pas
dans la Constitution. Il n’a pas une autorité propre et n’est pas un organe collégial. Le
Président est la seule autorité au sein de l’exécutif d’où le caractère monocéphale du pouvoir
exécutif. Le Président fait office de chef d’Etat et de chef du gouvernement. Le vice-président
élu en même temps que lui, choisi d’ailleurs par lui, ne peut jouer un rôle politique que pour
autant que le Président le veuille. Les ministres sont uniquement des collaborateurs, de
simples exécutants. Ils sont nommés par lui et sont révocables par lui à tout moment.

Les parlementaires ne peuvent pas mettre en cause leur responsabilité. C’est pourquoi on dit
que l’exécutif est véritablement indépendant du pouvoir législatif. Pour donner plus d’autorité
au Président, on a considéré qu’il doit être élu au suffrage universel. Ce faisant, il est placé sur
un même pied d’égalité avec le Parlement en ce sens que l’origine de leur pouvoir est
populaire. Ce qui veut dire que l’élection du Président au suffrage universel est une condition
du régime présidentiel.

B/ Le régime parlementaire ; un régime de séparation souple

La règle du régime parlementaire voudrait que les fonctions de l’Etat soient exercées
conjointement par le Parlement et le Gouvernement. Cette règle est respectée par la
Constitution française de 1958 en ce sens qu’elle associe les deux organes dans
l’accomplissement de toutes les grandes fonctions de l’Etat. En matière législative, l’initiative
appartient concurremment au législatif et à l’exécutif, le Parlement vote et l’exécutif
promulgue et fait exécuter la loi. Dans le domaine de la politique générale, le Parlement
contrôle le gouvernement mais celui-ci participe aux débats et les dirige. En matière
diplomatique l’exécutif négocie les traités maison ne peut ratifier les plus importants sans une
autorisation expresse du Parlement. Seules les mesures de clémence échappent au partage ; la
grâce est une prérogative exclusive du Président, l’amnistie est accordée par le seul
Parlement.

Etant un régime d’équilibre entre les pouvoirs sous le contrôle de l’opinion, le


parlementarisme implique que le gouvernement et le Parlement puissent agir réciproquement
l’un sur l’autre. C’est ainsi que le chef du gouvernement peut mettre fin aux pouvoirs d’une
Assemblée avant l’expiration du mandat de ses membres. Le Parlement ou au moins l’une des
assemblées parlementaires peut contraindre le Cabinet à la démission : C’est la responsabilité
gouvernementale. Engagée à l’initiative du Parlement, on parle de motion de censure ou de
défiance, à l’initiative du Gouvernement on est en présence d’une question de confiance.
II/ Des différences plus théoriques que réelles

La distinction entre ces régimes est exagérément schématique et présente surtout une utilité
didactique. L’existence de moyens d’actions réciproques est notée dans le régime présidentiel
(A) et l’élection du Chef du gouvernement au suffrage universel est constatée dans le régime
parlementaire (B)

A/ L’existence de moyens d’actions réciproques dans le régime présidentiel

L’indépendance des autorités et la spécialisation des organes, traits fondamentaux du régime


présidentiel, relèvent plus de la théorie que de la réalité. Aux Etats Unis, il n’y a de
spécialisation encore moins d’indépendance à proprement parler car les organes participent
aux grandes fonctions de l’Etat, le Président à la fonction législative, le Congrès à la fonction
exécutive et la Cour Suprême à la fonction législative. Ces fonctions ne sont pas
indépendantes car si la Constitution n’organise pas la dissolution, ni la responsabilité
politique, il est clair que chaque organe dispose vis à vis des autres un moyen d’action
puissants.

Le Congrès, par l’impeachment qui n’est rien d’autre qu’une procédure destinée à mettre la
responsabilité du Chef de l’Exécutif, ne peut destituer le Président ou le contraindre à
démissionner. C’est ainsi que le Président Nixon dut démissionner le 08/08/ 1974 après que la
commission judiciaire de la Chambre des représentants eut recommandé l’ouverture d’une
procédure de mise en accusation. Au plus, si le Congrès ne peut engager la responsabilité du
Président, il peut l’empêcher d’agir en rejetant les crédits nécessaires à celui-ci, l’empêchant
ainsi de gouverner. Il peut faire pression sur la Cour Suprême en menaçant d’accroitre son
nombre car n’étant pas par la Constitution.

De son coté, le Président dispose de moyens, il peut influer le Congrès par le véto. En effet,
les textes votés par le Congrès doivent être promulgués par le Président dans les dix jours. Il
peut refuser de le faire par simple opportunité. Par le message qu’il adresse à la nation, ses
« amis » peuvent le reprendre à leur compte pour en faire des projets de lois.

B/ L’élection du Chef du gouvernement au suffrage universel dans le régime


parlementaire

Pour donner une certaine légitimité au même titre que les élus du Congrès, on a estimé utile
de le faire élire par le Peuple. De là, on a cru, à raison d’ailleurs, que l’élection du Président
au suffrage universel est une des caractéristiques du régime présidentiel. Toutefois, de nos
jours, le procédé est utilisé pour la désignation du chef de l’Etat dans le régime parlementaire.
En France, avant la Constitution de 1958, le chef de l’Etat était désigné par un collège
électoral restreint.

En 1962, le Général de Gaulle, après avoir réglé le problème algérien, souhaitait rehausser le
statut et l’autorité du Président en le faisant élire au suffrage universel. Pour ce faire, il passa
par la voie référendaire prévue par l’art 11. Par la révision du 6 novembre 1962, on assiste à
une consécration de l’élection du Président au suffrage électoral malgré le caractère
parlementaire du régime français.
En Grande Bretagne, la situation est à la fois claire et démocratique : un parti est investi du
pouvoir pour la durée de la législature, le pays es gouverné par un parti. L’Etat major de ce
parti occupe les postes du Cabinet et son leader deviendra le Premier ministre. On peut dire
qu’en pratique que c’est le Peuple qui désigne le Chef d’autant que la Constitution ne donne
aucune prérogative au monarque pour le désigner.