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Education chrétienne: son sens et son but

L'éducation chrétienne est un mouvement de formation biblique qui se dessine


de plus en plus dans le milieu évangélique. On observe la création de différentes
associations dont le but est d'offrir des programmes éducatifs formels et informels en
vue de la croissance spirituelle des individus et des familles.1 Citons par exemple:
l'Ecole du dimanche, les associations de jeunesse dans les églises, les cours d'été, etc.
Toute éducation est un processus d'enseignement-apprentissage,2 et l'éducation
chrétienne renferme aussi cet aspect. Avec la différence, cependant, que ce processus
se déroule selon une orientation chrétienne de la vie, de la réalité en général. Deux
points essentiels caractérisent le processus enseignement-apprentissage de l'éducation
chrétienne: 1) la centralité de la Bible reconnue comme infaillible et l'autorité finale en
matière de foi et de conduite; 2) la participation du Saint-Esprit qui apporte la
dynamique surnaturelle et spirituelle de ce processus.3
Il convient de noter aussi que l'éducation chrétienne a un contenu. On peut dire
qu'on a reçu une bonne éducation. Ce qu'on a reçu n'est pas un mouvement ni un
processus. D'une façon simple on dira qu'on a été inculqué de la connaissance de la
vérité de Dieu: la vraie compréhension de la réalité et des vraies relations à l'intérieur
de cette réalité.4 En effet, pour l'éducation chrétienne nous croyons que toute vérité
vient de Dieu.5
L'éducation chrétienne trouve sa raison d'être dans la mission de l'Eglise
d'enseigner aux fidèles disciples tout ce que le Seigneur avait appris aux apôtres (Mt
28:18-20). Le but visé dans ce ministère est la maturité chrétienne. L'apôtre Paul
exprime cet objectif éloquemment en Colossiens 1:28 : C'est lui [le Christ] que nous
annonçons, exhortant tout homme, instruisant tout homme en toute sagesse, afin de
présenter à Dieu tout homme devenu parfait en Christ.

1
More Than Sunday School, (Wheaton: ETA, 1992), p. 5.
2
Petit Dictionnaire Larousse
3
K. O. Gangel, Educational Program of the Church,
4
De Haan, Education in the Truth,
5
F. Gabelein, The Pattern of God's Truth,

-1-
Initiation à l'Education Chrétienne 2

Le mot pour «parfait» ici est le grec τελειος (teleios) qui donne l'idée de maturité.
D'autres expressions bibliques traduisent cette même idée de maturité: «état d'homme
fait» (Ep 4:13), «homme accompli» (2 Tim 3:17). Une étude de cette idée de maturité
dans le NT nous montre qu'il a plusieurs aspects. Selon Ephésiens 4:13-14, les
chrétiens sont appelés à dépasser l'état d'enfant pour arriver à la maturité, « à l'état
d'homme fait, à la mesure de la stature parfaite de Christ. » En particulier il est
question ici de maturité en doctrine. Les « enfants » spirituellement sont « ballotés et
emportés par tout vent de doctrine »; les hommes mûrs par contraste sont «fondés et
enracinés dans la foi. »
Hébreux 5:13-14 souligne un autre aspect de l'état d'homme fait. Par la pratique,
il a habitué ses sens à discerner le bien du mal. Ici c'est la maturité en sagesse. Cette
sagesse donc consiste en la faculté de discerner ce qui est bien et ce qui est mal. Elle
suppose aussi un engagement pour la justice, c'est-à dire le choix d'aimer le bien et de
détester le mal (cf. Amos 5:15).
L'homme adulte spirituellement est propre à
toute bonne oeuvre (2 Ti 3:17). Le but de Dieu dans
l'oeuvre du salut par la foi sans les oeuvres est que
les croyants pratiquent les bonnes oeuvres qu'il a
préparé d'avance (Ep 2:10). Plusieurs activités sont
classées comme bonne œuvre ou piété dans la
Bible: s'occupper des pauvres, des veuves et des
orphelins, prendre soin de sa famille, donner à ceux
qui sont dans le besoin, se préserver des souillures du monde, jeûner et prier, etc.
Faire tout cela de façon agréable à Dieu suppose donc la maturité en service.
L'image du fruit communique aussi l'idée de maturité. En Galates 5:22, le fruit de
l'Esprit c'est l'amour. Dans 1 Ti 1:5 l'apôtre Paul confirme que l'un des objectifs de
l'enseignement qu'il donne dans l'épître c'est de « susciter l'amour qui vient d'un coeur
pur » (FC). Il y a donc aussi l'aspect de maturité en amour, en bonnes relations
fraternelles. C'est une dimension de la vie chrétienne à ne pas négliger puisque le
monde ne saura vraiment que nous sommes disciples du Christ que lorsqu’il verra que
nous avons de l'amour les uns pour les autres (Jn 13: 35).
Initiation à l'Education Chrétienne 3

Ainsi, l'éducation chrétienne vise la maturité globale des fidèles dans les
domaine de la connaissance doctrinale, du discernement et de la sagesse spirituelle, de
la pratique des bonnes oeuvres et de la vertu par excellence, l'amour. Le programme
de l'éducation chrétienne sera un effort à atteindre ces objectifs. Mais aussi il faudra
réaliser qu'il y a une opposition à cet heureux développement de la vie chrétienne.
Alors que nous travaillons au progrès de la foi chez les fidèles, selon ce que dit
expressément l'Esprit, dans les derniers temps certains abandonneront cette foi (1 Ti
4:1). Cette déperdition est attribuée à l'oeuvre de faux éducateurs et à la séductions de
forces maléfiques, sans oublier les passions qui luttent dans nos membres6. Dans son
livre Le libérateur, Neil ANDERSON rappelle que Satan a toujours opposé l'oeuvre de
Dieu depuis le Jardin d'Eden. Ses tactiques demeurent les mêmes: la tentation,
l'accusation, la séduction et le contrôle si possible.7 Dans son premier livre Victory over
the Darkness, le même auteur soutient que la maturité n'est pas possible si le croyant
ne réalise pas sa liberté en Christ. Car Satan et ses démons sont engagés activement
dans un effort de distraire les fidèles de leur cheminement de foi. Sa stratégie est de
semer ses pensées et ses idées dans notre esprit. Il ne se donne aucun repos dans
ses efforts à établir des manières de pensées négatives et mondaines dans notre
esprit; cela à son tour produira des manières d'agir négatives et mondaines.8
Comme 2 Corinthiens 10:3-5 le suggère, le ministère de l'éducation chrétienne,
de la formation de disciple en général, se déroule dans un contexte de lutte spirituelle
pour la pensée des fidèles. Les théories, méthodes et techniques humaines ne
suffisent pas. Par nous-mêmes nous ne pouvons triompher de Satan, du monde et de
la chair. Il nous faut des « armes qui ne sont pas charnelles mais [qui] sont puissantes
par la vertu de Dieu pour renverser des forteresses » (v. 4). Nous avons besoin de
l'assistance du Saint-Esprit. Il nous est donc nécessaire d'approfondir notre
compréhension de la participation de l'Esprit dans le ministère d'éducation chrétienne.

6
Jn Edner Jeanty,Jr., Si tu veux être parfait (Port-au-Prince: STEP, 1999), p. 9.
7
N. Anderson, Le libérateur (Eugene, OR: Harvest House Publishers, 1990)
8
______, Victory over the Darkness (Ventura, CA : Regal Books, 1990), p. 161.
Initiation à l'Education Chrétienne 4

FONDEMENTS BIBLIQUES
SACERDOCE DE TOUS LES CROYANTS
VOCATION DE SERVICE - LA GRACE TRANSFORMATRICE DE DIEU

Le Sacerdoce universel (1Pi 2 :9)


Cette doctrine est la charte fondamentale de l’éducation chrétienne (Wilhoit, p.17).
« Une conception équilibrée du sacerdoce de tous les croyants affirmera la
responsabilité spirituelle personnelle de tous les chrétiens, leur droit et leur devoir de
servir pour le nom de Christ et la vérité que l’on ne demeure en Christ en dehors d’une
persévérance dans le corps de Christ, l’église » (p.180).
 Accès auprès du Christ

 Les implications de la responsabilité spirituelle

 Les implications pour l’éducation chrétienne : perfectionnement pour le service

spirituel
La doctrine du sacerdoce universel des croyants affirme la dignité humaine et un sens
de valeur propre parce qu’elle affirme la responsabilité spirituelle. Nos décisions ont des
répercussions sur notre vie spirituelle, et nous sommes comptables de ces choix.

La vocation de servir : servir Dieu et les autres (Mi 6.8 ; Ac 2.45-47; Ro 12.1)
 L’appel de Dieu à l’action responsable

 L’Eglise en tant que Communauté de Service

 Les implications pour l’éducation chrétienne : cultiver un cœur de serviteur

On enseigne ce que l’on possède. Le cœur de serviteur s’épanouit là où il est démontré


et qu’il est tenu en haute considération pour le leadership de l’église.
Christ évalue ses disciples en fonction de l’attention accordée aux marginalisés et aux
mal-aimés. ( Mt 25 :40)
Une église est une vraie communauté de service dans la mesure où le service en
faveur de l’autre (du prochain) fait partie naturellement du style de vie des fidèles.

La Grâce transformatrice de Dieu ( Ac 6 :8 ; He 13 :9 ; 1 Co 15 : 10)


 Grâce est un « verbe d’action »
 Les implications pour l’éducation chrétienne : administrer la grâce de Dieu par
l’enseignement.
 Nous sommes des Sacrificateurs et des Serviteurs.
Initiation à l'Education Chrétienne 5

La dynamique spirituelle
L'éducation chrétienne se caractérise par la place centrale réservée à la Bible
d'une part, et aussi par la dynamique spirituelle et surnaturelle que l'Esprit Saint apporte
dans ce ministère d'enseignement qui vise la maturité des fidèles. L'éducateur chrétien
se doit donc de méditer sur sa coopération avec Dieu qui lui donne par l'Esprit des
armes puissantes pour amener «toute pensée captive à l'obéissance à Christ» (2 Co
10:5).

Les qualifications et l'oeuvre du Saint-Esprit


Les titres. Les noms et les titres dans la Bible renseignent sur la nature de la personne
qui les porte. C'est pourquoi nous relevons les titres suivants qui ont tous rapport avec
l'assistance du Saint-Esprit dans l'enseignment.
• Esprit de Dieu (1 Co 2:11, 13). Il est évident que nous parlons de la troisième
personne de la Trinité: alors les caractéristiques de la personnalité s'applique à
l'Esprit et il a toutes les prérogatives de la divinité. En particulier il convient de
souligner que l'enseignement apostolique est donné avec «la manifestation
convaincante de la puissance de l'Esprit divin» (v. 5, fr. courant). C'est par lui aussi
que Dieu révèle ses mystères (secrets); en effet «seul l'Esprit de Dieu connaît tout
ce qui concerne Dieu» (vv. 10, 11). D'autre part il est Esprit de Dieu aussi dans le
sens qu'il «vient de Dieu», il est mandaté par le Père pour nous assister dans notre
ministère (v. 12; cf Jn 14:26). Enfin à Paul (à nous aussi?) il a même enseigné les
mots avec lesquels il devait expliquer les «vérités spirituelles à ceux qui ont cet
Esprit» (v. 13).
• Esprit de vérité (Jn 14:17; 15:26; 16:13). Zuck voit dans ce titre la notion que l'Esprit
est la Source de la vérité, le Révélateur de la vérité et l'Applicateur de la vérité, celui
qui applique subjectivement la Parole objective de Dieu, la vérité de Dieu (Jn
17:17).9
• Consolateur (Jn 14:16, 26: 15:26; 16:7). Le mot grec pour cet autre titre du Saint-
Esprit est paracletos (παρακλητος). Littéralement, le Paraclète est «celui qui vient à

9
Roy Zuck, «The Role of the Holy Spirit in Christian Teaching» in The Christian Educator's
Handbook on Teaching, ed. K. Gangel et H. Hendricks (USA: Victor Books, 1988), p.35.
Initiation à l'Education Chrétienne 6

côté.» La version Français Courant le rend par «Celui qui doit vous aider». Ce titre
de Paraclète se rapporte aussi à l'enseignement en ce que deux fois il est mis en
apposition avec «Esprit de vérité» (Jn 14:1-17; 15:26).
• Esprit de sagesse et de révélation (Ep. 1:17). Dans ce passage, l'apôtre Paul
adresse une prière pour les Ephésiens où il demande entre autre que Dieu leur
«donne un esprit de sagesse et de révélation» (Segond). Certains comprennent
cette prière comme sollicitant une disposition spirituelle. Mais comment avoir une
disposition de révélation? La traduction du FC est meilleure: «je demande [à] Dieu
... de vous donner l'Esprit qui vous fera comprendre et qui vous révélera Dieu...».
Ce titre évoque le fait que c'est l'Esprit qui donnait les révélations. C'est l'Esprit
aussi qui donne la sagesse pour discerner ce qui est bien et ce qui est mal. Dans
l'éducation chrétienne, nous accueillons sa révélation de la vérité et nous comptons
sur son assistance pour développer le discernement chez les enseignants et les
élèves.
• Esprit de sagesse et d'intelligence [ ou de discernement] (Es 11:2). Ce titre
semblable au précédent est employé dans une prophétie messianique pour indiquer
que l'Esprit donnera la sagesse et le discernement au Christ. L'oracle continue pour
dire que l'Esprit donne «aptitude à décider (conseil) et vaillance (force), l'Esprit qui
fait connaître le Seigneur et enseigne à l'honorer» (FC).

Les fonctions. A présent nous voulons considérer les différentes tâches par
lesquelles le Saint-Esprit apporte sa contribution particulière au processus
d'enseignement-apprentissage en vue de la transformation de la vie des élèves et de la
croissance continue des enseignants.

• rappeler toutes les paroles du Seigneur (Jn 14:26)


• conduire dans toute la vérité (Jn 16:13)
• annoncer les choses à venir (Jn 16:13)
• distribuer le don d'enseigner (1 Co 12:28)
• remplir et fortifier l'enseignant fidèle (Ep 5:18)
• donner le discernement (Ep. 1:17)
• apporter la conviction (Luc 24:32; Jn 16:8-11; 2 Co 7:9-11)
• illuminer les coeurs pour comprendre les choses de Dieu (1Co 2:9s)
• produire le fruit de l'Esprit (Ga 5:22s.)
Initiation à l'Education Chrétienne 7

La coopération avec le Saint-Esprit

L'évidence de la coopération (1 Co 3:6-9).- Le texte biblique mentionne que


nous somme ouvriers avec Dieu. Différents serviteurs de Dieu peuvent avoir des
ministères divers, mais c’est Dieu qui donne la croissance spirituelle dans la
coopération avec l’œuvre des ouvriers chrétiens.

Les fausses conceptions sur la coopération.-


Le Saint-Esprit comme enseignant tout seul. 1 Jn 2.27 est utilisé parfois pour minimiser
le rôle de l’enseignant humain. Mais du fait même que l’apôtre humain est en train
d’écrire aux chrétiens pour leur communiquer une vérité implique que ce n’est pas là le
sens du passage. Les commentaires bibliques présentent des interprétations possibles
de ce texte difficile que l’éducateur évangélique fera bien de consulter.

Le Saint-Esprit comme enseignant en tandem. Certains agissent comme si l’œuvre de


l’Esprit commencerait après le travail de l’enseignant humain. La coopération divine
commence avant la rencontre dans la préparation des cœurs du moniteur et des
élèves, se poursuit pendant l’enseignement, et continue au-delà de la période
d’instruction.

Le Saint-Esprit comme enseignant totalitaire. D’autres prétendent que dans le


ministère, le Saint-Esprit prend le contrôle total de personnalité des instructeurs
humains qui agiraient pratiquement sous la dictée expresse de l’Esprit. L’une des
implications de cette thèse est que le leader n’aurait pas besoin de se préparer car
l’Esprit lui donnera de dire ce qu’il faut au moment de parler. Cependant, même dans
l’inspiration des Ecritures, nous observons que Dieu communique son message
fidèlement sans toutefois anéantir la culture et la personnalité des auteurs.

Le Saint-Esprit comme enseignant de trop. Il est peu probable qu’un éducateur


chrétien évangélique avance que l’assistance de l’Esprit soit superflue. Cependant si
dans la pratique on ne recherche pas intentionnellement sa coopération, on serait
coupable de considérer l’œuvre de Dieu dans le ministère comme négligeable.
Initiation à l'Education Chrétienne 8

L'application de l'assistance divine


La prière (Ep. 1:17)
La méditation (Ro 12:1-2)
L'obéissance (Ep 4:30; 1 Th 5:19; Hé 10:29)
Citation et exposition de la Parole (Ep. 6:17)
Connaissance et affirmation de la doctrine du Saint-Esprit (1 Co 3:16; cf Ro 6:11)
Désir de marcher et d'être conduit par l'Esprit (Ga 5:22s.)

Entraînement pour la lutte spirituelle


adapté de «The Body» par Chuck Colson, pp. 287s.

Au niveau le plus fondamental, l'église doit équiper ses membres à ...


• connaître et à défendre leur foi et à l'appliquer dans le monde.
• mener des vies exemplaires dans la société et dans les affaires.
• fonder des mariages et des familles solides.
• éduquer leurs enfants dans la voie qu'ils doivent suivre.
• réaliser leur vocation (dons spirituels et aptitudes vocationnelles).
• être de bon gérants de leurs ressources financières.
• être efficaces dans l'oeuvre d'évangélisation.
• se qualifier pour assister ceux qui se trouvent dans des situations particulières de
besoins physiques et spirituels (SIDA, prison, etc.)
Initiation à l'Education Chrétienne 9

Intégration de la vérité
La nécessité de l'intégration

«Que tout ce qui est vrai ... soit l'objet de vos pensées» (Ph 4:8)

Sanctifie-les par la vérité;


ta parole est la vérité (Jn 17:17).

« ... Nous faisons prisonnière toute pensée


pour l'amener à obéir au Christ» (2 Co 10:5 FC)

«Toute vérité est de Dieu», disait déjà St. Augustin. La vérité de Dieu a une
étendue universelle, non seulement la vérité révélée (qui est sur un plan plus élevé)
mais aussi toutes les autres choses qui sont vraies. Ainsi, chaque aspect de l'éducation
doit être ramené en relation avec la vérité. L'éducation profane se démène pour trouver
un facteur d'unification pour son programme. Pour l'éducation chrétienne ce facteur
d'unification est la foi historique révélée dans les Ecritures.
En effet, Jésus a dit: «Je suis la vérité...». Dans un sens cela voulait dire qu'il
confirmait qu'il était véritablement le Fils de Dieu, le Messie. Mais plus que cela, le
Christ revendiquait qu'il était «l'ultime réalité--la racine de tout ce qui est et qui était, le
point d'origine et le cadre de référence pour tout ce que nous pouvons voir, connaître et
comprendre. C'est l'affirmation qu'au commencement était Dieu, qu'il est responsable
pour l'univers, pour notre existence elle-même, et qu'il a créé l'ordre et les structures
dans lesquels la vie existe. Tout ce que nous connaissons--toute signification--découle
de lui.»10 A cause de cela, pour la pensée chrétienne il n'y a pas de dichotomie entre la
raison et la foi, entre ce que nous pouvons observer empiriquement et les propositions
que nous recevons par révélation. Car «toute vérité est la vérité du seul Dieu révélé en
Jésus-Christ.»11
Le contraire de la vérité c'est l'erreur. Et il y a pas mal de pensées erronnées qui
sont véhiculées même dans les écoles dites évangéliques. Il existe toujours le danger
de succomber dans les séductions du prince de ce monde et d'adopter les pensées
vaines de ce siècle qui se font passer pour «vérité scientifique». L'antidote contre cet
état de chose est une bonne connaissance de la vérité et de la bonne science
accompagnée par le renouvellement de l'intelligence du chrétien par la méditation sur la
Parole de Dieu.

10
Charles COLSON, The Body (Dallas: Word, 1992), p.158.
11
Wolfhart PANNENBERG, «The Present and Future Church,» First Things (Novembre 1991):51.
Initiation à l'Education Chrétienne 10

Le sens de l'intégration
Le mot intégration veut dire « action de rassembler des parties en un tout.»
L'intégration dans l'éducation chrétienne est l'union vivante de son sujet d'étude, de son
administration et même de son personnel avec le modèle éternel et infini de la vérité de
Dieu.12 C'est l'idée de ramener toute pensée captive à l'obéissance à Christ. Le
processus d'intégration s'efforce à enlever toute dichotomie ou incompatibilité entre
différents domaines de la connaissance, c'est-à-dire de notre compréhension de la
réalité.

Les moyens de l'intégration: par le professeur

Il y a deux approches à ce problème: 1) soit par la réconciliation point par point


des connaissances « scientifiques » avec les vérités bibliques, 2) soit par le moyen du
professeur. Cette dernière voie est la plus essentielle.
Selon K. BARTH, le moyen le plus efficace pour intégrer tout sujet d'étude avec le
christianisme passe par des professeurs avec un Weltbild (vision du monde)
véritablement chrétien.13 En effet le fait suivant est inévitable: la vision du monde du
professeur, dans la mesure qu'elle est effective, conditionne graduellement la vision du
monde de l'élève.
C'est pourquoi une école qui veut développer un programme centré sur Christ et
fondé sur la Bible doit avoir pour devise: «Pas d'éducation chrétienne sans des
éducateurs chrétiens.» En aucun cas on ne devra négocier ce principe fondamental.14
Avoir des professeurs qui professent la foi chrétienne ne veut pas dire ipso facto
que leur vision du monde est effectivement biblique. Nous sommes tous infectés d'une
façon ou d'une autre par la pensée du « siècle présent ». Les éducateurs chrétiens ont
besoin de ré-éducation, d'être «transformés par le renouvellement de l'intelligence» (Ro
12:1-2).
On est en droit de s'attendre de tout éducateur chrétien qu'il développe une
vision du monde assimilée avec intelligence et maintenue avec conviction. « Pour
l'éducateur évangélique, écrit GABELEIN, cette vision du monde repose ... en premier
lieu sur la révélation écrite de Dieu, bien qu'elle s'inspire aussi de sa révélation dans la
nature. [Cette vision chrétienne du monde] peut se développer au moyen de l'étude
personnelle de la Parole de Dieu ...; en étudiant l'oeuvre des grands penseurs
chrétiens; et ... au moyen de discussion entre collègues sur notre cadre de référence
chrétien.»15

12
GAEBELEIN, p. 9
13
Ibid., p. 37.
14
Ibid.
15
Ibid., p. 44.
Initiation à l'Education Chrétienne 11

Les moyens de l'intégration: par la matière

• Les mathématiques --voir Blaise PASCAL

La notion de «lois» dans la nature provient de la «croyance hébraïque et chrétienne en un Dieu qui était à
la fois Créateur et Législateur» (A. R. Hall, The Scientific Revolution, 1500-1800 [Boston: Beacon Press,
1954], 171-72), cité par Colson, The Body (Word, 1992), p. 162.

• La littérature

• La musique

Intégration des activités para-académiques

• Sélection des activités selon Colossiens 3:17


• Le déroulement doit être «pour la gloire de Dieu»
• Respecter la proportion --e.g. Sport dans le programme de l'école
• Discipline
• Le culte
• Les relations publiques
Initiation à l'Education Chrétienne 12

THEORIES PEDAGOGIQUES
Une théorie est une construction intellectuelle tendant à explique les faits ou
phénomènes et à les intégrer dans un système harmonieux de pensée.
--Henri et al.

Une théorie est un ensemble d’idées, de concepts abstraits, de définitions et


d’hypothèses plus ou moins organisés, ayant pour but d’expliquer et de prédire des
phénomènes.

Une théorie commence par une question. Pour les théories pédagogiques, cette
question est la manière dont l’esprit humain acquiert et retient la connaissance. A partir
de données disponibles, le chercheur formule une explication possible ou hypothèse.
Si des études répétées confirment cette hypothèse, cette réponse conceptuelle à la
question de recherche initiale acquiert de la force et éventuellement atteint le statut de
théorie établie. La qualité de toute théorie pédagogique dépend en dernier lieu en sa
capacité (1) à fournir une explication à ce qui a lieu dans le processus d’apprentissage,
et (2) à prédire quelles pratiques pédagogiques facilitent le plus efficacement
l’acquisition de la connaissance.

LE CERCLE DES THEORIES PEDAGOGIQUES

Pour essayer de représenter les rapports entre les théories pédagogiques, nous
pouvons les placer dans un repère ayant deux axes :

Axe X : Développement mental


Question: « L’apprentissage est-il un modelage ou une éclosion ? »

Axe Y : Acquisition de connaissance


Question: « La connaissance est-elle une incorporation d’information du milieu extérieur ou est-elle conçue dans la
pensée de la personne ? »

infuse Y

B.F. Skinner

modelage écolosion

Jean Piaget

conçue
Initiation à l'Education Chrétienne 13

Théories de développement moral


adapté de « Moral Development Through Christian Education » par James Riley Estep Jr. Et Alvin W. Kuest dans
Introducing Christian Education : Foundations for the Twenty-first Century (Grand Rapids : Baker, 2001), ed.
Michael J. Anthony.

Coles, Robert. The Moral Intelligence of Children.


Kilpatrick, William. Why Johnny Can’t Tell Right from Wrong and What We Can Do about It
Bennet, William. The Educated Child

Y a-t-il un développement des valeurs morales chez l’enfant ?

4 approches générales selon Bonnidell Clouse


Approches Promoteurs Description Choix moral est le
résultat de ...
Psychoanalytique Sigmund Freud Le développement arrive par suite de Conflit
conflit entre le moi, le surmoi et le
ça.
Apprentissage/ B. F. Skinner, Le développement arrive par suite Action
déterminisme Behavioristes d’être exposé à des stimuli externes
(learning/condi- et conditionné par une réponse de
tioning) comportement dans une situation
donnée
cognitive/raison-ne- Jean Piaget Le développement est un processus Connaissance
ment moral Lawrence Kohlberg, qui accompagne le développement
(cognitive/moral Carol Gilligan cognitif/intellectuel, avec chaque
reasoning) niveau représentant un plus haut
niveau d’autorité par laquelle les
décisions sont prises.
Potentiel moral Carl Rogers, Abraham Le développement des valeurs Potentiel
Maslow, Humanistes morales est inné dans l’humanité et
le progrès se fait par le moyen d’un
processus d’auto-réalisation à
mesure que les besoins, tant
fondamentaux que supérieurs, sont
satisfaits.

Moyens de développement moral


Education de caractère
Clarification de valeurs
Comportement moral
Conflit moral

Modèles de développement moral


Piaget : Modes
Réalisme moral (4-7 ans)
Autonomie morale (10+ ans)
Initiation à l'Education Chrétienne 14

Kohlberg : Niveaux/Etapes
Niveau 1 : Pré-conventionnel (4-10 ans)
Etape 1 : punition
Etape 2 : récompense naïve
Niveau 2 : conventionnel (10-13 ans)
Etape 3 : bon-garçon/bonne-fille
Etape 4 : autorité
Niveau 3 : post-conventionnel (13+ ans)
Etape 5 : contrat social
Etape 6 : principes individuels et conscience

Gilligan : Niveaux
Niveau 1 : moralité pré-conventionnelle (4-10) – préoccupation pour soi et sa survie.
Niveau 2 : moralité conventionnelle (10-13) – préoccupation d’être responsable, de prendre soin
des autres (caring for others)
Niveau 3 : moralité post-conventionnelle (13+ ans) – préoccupation pour soi et les autres comme
personnes interdépendantes.

Critique des théories de développement moral


1. Une définition trop simpliste, étroit et solitaire de la moralité
2. Le dilemme n’explique pas complètement le choix moral
3. Les présomptions philosophiques sur la morale et la nature humaine des théoriciens
4. La vision de Kohlberg de la religion est considérée comme une entrave

Adaptations évangéliques des Théories de Développement Moral


Dennis Dirk : cadre théorique: Métaphores de croissance morale dans le NT ;
Internalisation des valeurs (Ep 6.6 ; Mt 5.1s) ; Transformation morale (Ro 12.1-2)

Donald Joy, développement moral en tant que pèlerinage caractérisé par un désir
d’avancer vers de meilleures perspectives et solutions, et 2) attraction pour des
manières avancées d’interpréter la réalité (la vision est embracée avant que la
performance soit maîtrisée).

Blondinell Clouse, Teaching for Moral Growth (1993). La Bible met l’accent sur les 4
approches :
Conflit : Josué 24.14-18 ; Ro 5.17 ; 7.21-24
Action : Ps 15.1-4 ; Amos 5.11-12, 21-22 ; Mt 25.31-40 ; Ja 1.2
Connaissance : Ps 119.34 ; Jn 13.7 : Ep 2.12 ; Philp 4.9 ; Ja 2.17
Potentiel: imago dei Ph 2.7; Col 1.17; rédemption Ps 138.8; Ro 8.17; 2Co 3.18; 1Pi 2.2;
2Pi 1.1; 3.8

Ted Ward, Values Begin at Home (Wheaton : Victor, 1989). Modèle du pont. 4 facteurs
facilitent le développement : 1) expérience de justice ; 2) expérience d’interaction
sociale ; 3) discussion ouverte sur des préoccupations morales ; 4) opportunités pour
des jeux de rôles.
Initiation à l'Education Chrétienne 15

Théorie de développement de la foi


adapté de « Faith Development » par Dennis Dirks dans Introducing Christian Education : Foundations for the
Twenty-first Century (Grand Rapids : Baker, 2001), ed. Michael J. Anthony.

Fondements de la Théorie de développement de la foi


Fondateur du mouvement : James W. Fowler,
Charles Howard Candler Professor of Theology and Human Development,
Candler School of Theology à Emory University (United Methodist Church)
Directeur de Emory Center for Ethic in Public Policy and the Professions.
Stages of Faith : The Psychology of Human Development and the Quest for Meaning (San Francisco : Harper and
Row, 1981)

Sources d’inspiration
En sciences sociales
Jean Piaget : théorie de développement cognitif
Lawrence Kohlberg : théorie de développement moral
Erik Erickson : développement psychosocial

En théologie
H. Richard Niebuhr, Christ and Culture (New York: Harper & Row, 1951)
Paul Tillich (1886-1965), The Courage To Be (1952; Yale Univ Pr; 2e edition, 2000)
Wilfred Cantwell Smith (1916-2000), Professeur Emérite d’Histoire comparée de religion à Harvard. Patterns of
Faith Around World (1998).

Présomption de base : la foi est générique ; tous les êtres humains ont une sorte de
foi qui évolue selon un processus prévisible de développement.

Foi et croyances
Les croyances sont des moyens importants par lesquels la foi est exprimée.
La foi se définit en termes de loyauté et confiance
1. Centres de valeurs : dévotion aux idées et personnes qui en sont digne à nos
yeux
2. Sources de sécurité : centres de pouvoirs qui nous donne un sentiment de
sécurité
3. Histoire sacrée (master story) : histoire partagée avec d’autres qui transcende
l’existence humaine et qui donne une direction et de l’espérance à la vie.

Qualité de la foi
1. Relationnelle : la foi n’est pas une affaire privée. Elle s’exprime dans un modèle
triangulaire : relation avec les autres et relation avec un centre de valeur
2. Connaissance qui conduit au savoir-être et savoir-faire (action)
Initiation à l'Education Chrétienne 16

Structures de la foi
1. Thinking (raisonner)
2. Valueing (valoriser)
3. Knowing (connaître). Toute formes de connaissance comence par des images
et la plupart de ce que nous connaissons est conservée sous forme d’images.

Etapes de la foi
Les étapes sont invariantes, séquentielles, hiérarchiques ; mais la théorie n’est pas
nécessairement applicable à toutes les cultures.

Les six (6) étapes


0. Primal or Undifferentiated Faith (0-3 ans)
1. Intuitive-Projective Faith (2-7 ans)
2. Mythical-Literal Faith (8-11 ans)
3. Synthetic-Conventional Faith (12-22 ans)
4. Individuative-Reflective Faith (jeune adulte)
5. Conjunctive Faith (adulte moyen et après)
6. Universalizing Faith

Différence entre la théorie de développement de la foi et la doctrine de la sanctification


Développement de la Foi Sanctification
Accent sur l’expérience, néglige Dieu est actif,
Focus l’œuvre de Dieu L’homme est « passif »

Finalité Appréciation des humains et Rendre conforme à l’image de


acception des différences entre Christ dans tous les aspects de la
eux vie

Implications pour l’éducation chrétienne


1. Importance du ministère auprès des adultes puisque la foi des adultes a le
potentiel de continuer de se développer dans l’âge mur.
2. Encourager l’approfondissement de la foi à chaque étape ; encourager la
croissance vers la prochaine étape sans toutefois négliger d’apprécier l’étape à
laquelle se trouve une personne .
3. Ne pas remplacer le langage de la foi par le langage courant de la société.
4. Reconnaître la peine associée aux transition d’une étape vers la prochaine dans
le développement de la foi.
5. La foi ne doit pas évoluer de façon isolée par rapport aux expériences
journalières de la vie. Les progrès dans le développement de la foi est le résultat
d’interactions avec des idées, avec les autres, et avec les circonstances de la
vie : écouter le pèlerinage de la foi des autres, apprécier la perspective des
autres, impliquer les chrétiens dans des processus de prise de décision, situation
d’apprentissage regroupant différentes générations ou groupes d’âge.
Initiation à l'Education Chrétienne 17

Le cycle éducatif
Le diagramme du cycle éducatif (au bas de cette page) nous permet de voir
graphiquement les sept étapes de la programmation d'un ministère évangélique.

I- FINALITES BIBLIQUES.
Finalités bibliques
La première étape du cycle consiste à identifier les
Caractéristiques du groupe

impératifs de la Bible pour le ministère de l'éducation


Evaluation

chrétienne. La Bible étant centrale pour cette oeuvre et Objectifs courants

représentant l'autorité suprême du chrétien, nous devons


l'étudier pour découvrir quelle orientation rechercher. Méthodes et moyens

Comme nous l'avons déjà expliqué plus haut, dans ses Curriculum

Organisation et
grandes lignes la Bible présente la maturité comme but Administration

ultime (Col.1:28): maturité en doctrine (Eph. 4:14), en Le Cycle Educatif ou


relations (1 Tim 1:5) en sagesse (He 5:13,14) et en Cycle de Planification

service (2 Tim 3:17).

II- CARACTERISTIQUES ET BESOINS DU GROUPE D'AGE.


La Bible nous oblige quant à la finalité de notre
ministère, cependant pour identifier le point de départ de notre
démarche nous devons tenir compte des caractéristiques du
groupe avec lequel nous travaillons. Ces caractéristiques
peuvent être regroupés en 5 dimensions: physique,
intellectuel, social, émotionel, spirituel. En fonction de l'âge,
de la consition ou de l'étape dans la vie (universitaire? marié?
chômeur?) le groupe présentera des besoins particuliers à prendre en considération.

III- OBJECTIFS COURANTS


Les humains ne sont pas des êtres infinis mais plutôt limités dans l'espace et le
temps. Les progrès à réaliser dans n'importe quel domaine sont en fonction de cette
limitation-là. Il convient alors d'évaluer un programme pour une durée donnée, et
d'établir des objectifs courants pour une telle durée aussi. A cette étape donc on essaie
de formuler des buts dans le sens des finalités bibliques mais qui sont réalistes et
mesurables pour la période considérée (3 mois par exemple).
Initiation à l'Education Chrétienne 18

En tenant compte de la taxonomie des objectifs selon Bloom, il


faudra penser à des objectifs pour le domaine cognitif (la tête, cf. De
6:7), le domaine affectif (le coeur, cf. Ph 2) et le domaine psychomoteur
(les membres, cf Ro 6:13). Ces objectifs devront être mesurables
(verbes d'action) et formulés en fonction des étudiants, ce qu'ils devront
pouvoir faire et non ce que le professeur se propose de faire.
La Bible aussi nous interpelle en particulier à progresser dans la dimension de la
foi (relation avec Dieu), la dimension de l'amour (relation avec le prochain), la
dimension de l'espérance (relation avec les circonstances). Voir 1 Thess 1:3; 2 Thess
1:3; Col 1:4,5.

IV- CURRICULUM ET PROGRAMME


Par curriculum on entend l'ensemble des expériences éducatives pour réaliser
les objectifs fixés. Il faudra déterminer l'étendue du programme ainsi que la séquence
des leçons. En pensant au programme on peut prévoir les étapes de progrès. Par
exemple en travaillant avec les jeunes on prévoit 5 étapes:

5. MULTIPLICATION
4. LEADERSHIP
3. MINISTÈRE
2. CROISSANCE
1. ANIMATION

Ainsi on commence là où sont les jeunes (curieux, non-engagés, à la recherche


de loisirs) pour arriver au niveau de multiplication comme le demande 2 Tim 2:2. On
établit les activités convenables pour chaque étape et on place ces activités dans un
calendrier. C'est le programme prévu pour la période.

V- ORGANISATION ET ADMINISTRATION
Pour réaliser le beau programme préparé il faut un personnel et des ressources
matérielles. Cette préoccupation relève de cette cinquième étape. L'organisation
consiste à établir les aspects variés de la tâche globale, avec un accent particulier sur
la planification et la structuration des activités du programme. On peut représenter
graphiquement l'organisation par un organigramme. Ce tableau présente les différents
Initiation à l'Education Chrétienne 19

postes à fournir et montre les relations de hiérarchie entre les postes. Les statuts ou
constitution de l'organisation est un document important qui fixe la mission, les objectifs
et la structure de l'association ou de l'entreprise.
Un organigramme
présente les relations
hiérarchiques et les
relations d’état-major
dans l’organigisation

L'administration est la science d'accomplir des buts par le moyen de


personnes. Ici on retrouve les fonctions de planification, organisation, dotation en
personnel, initiation, délégation, direction, supervision, coordination, évaluation et
motivation. De façon plus simple, on dit que les grandes fonctions de gestion sont la
planification, l'organisation, la coordination/direction et le contrôle.

Dans la planification il est important de commencer par une analyse de la


situation du ministère ou de l’organisation. Le tableau d’Analyse SWOT (Strength,
Weaknesses, Opportunities, Threats) permet d’identifier les forces et faiblesses
internes, aussi bien opportunités et menaces externes. Quand cet exercice est fait en
groupe, il peut être d’une plus grande valeur pour l’organisation.

Un document de planification stratégique permet de clarifier l’orientation de


l’organisation. Un tel document comprendra une déclaraition de vision , une déclaration
de mission, une liste des valeurs fondatamentales, les priorités stratégiques, et autant
que possible les objectifs visés et résultats escomptés.

Un autre dossier très importants est le budget qui permet de bien prévoir et
contrôler les ressources financières de l'organisation. On définit le budget comme
Initiation à l'Education Chrétienne 20

l'expression numérique et financière d'un programme d'action pour une période donnée.
Dans la préparation du budget on doit clarifier certaines présomptions : inflation, taux de
change, plan de croissance, obligations et engagements, etc

Une bonne administration doit se doter d'un manuel de procédures qui établit la
manière de réaliser les activités de l'association: descriptions de tâches, question de
personnel, politique générale de l'organisation, procédures pour différentes fonctions et
les travaux de bureau (communication écrite et orale, classement de dossiers,
préparation de documents, machines de bureau tels que l’ordinateur).

L’informatique devient un outil de


plus en plus important pour
l’éducation chrétienne. Elle facilite
la tâche des enseignants et accélère
le travail des administrateurs.

Dans ses fonctions de coordination, un responsable d’éducation chrétienne aura


à mobiliser le personnel, superviser le travail, et recruter (et congédier) des ouvriers. Il
est important de répéter ici qu'il n'y a pas d'éducation chrétienne sans éducateurs
chrétiens et spirituels. La dernière fonction dans le cycle de gestion est le contrôle. Ici
on applique les procédures de contrôle interne (par exemple, reçus prénumérotés,
séparation des tâches de finances), on sanctionne les rapports d’activités et les
rapports financiers (états de résultats, bilan, rapport de cash flow).

Méthode pour
enseigner les versets
VI- METHODES ET MOYENS selon l’Association pour
l’Evangélisation des
enfants (AEE)
Il existe différentes méthodes pour enseigner. Jésus
Introduction
avait surtout favorisé les paraboles et le questionnement.
Presentation
Explication
Application
Répétition
Initiation à l'Education Chrétienne 21

L’éducation chrétienne prône les méthodes qui font appel à la créativité et qui tiennent
compte des connaissances modernes en éducation. Les programmes d’éducation
chrétienne utilisent les moyens impressifs (images, flannelographe, projection vidéo) et
le moyens expressifs (composition de poésie, recherche biblique, théaâtre). Cependant
la bonne méthode et les moyens appropriés sont choisis en fonction de principes tels
que résumés dans les Sept Lois de l'Enseignement de John Milton Gregory.16

1. Loi de l'enseignant: l'enseignant doit bien connaître la leçon à enseigner. D'où la


nécessité d'une préparation générale, personnelle et spéciale pour la leçon.

2. Loi de l'élève: l'élève est celui qui s'intéresse à la leçon. Le moniteur cherchera
d'abord à capter l'attention de son élève et se servir de son intérêt pour lui
communiquer la leçon. Eventuellement, l'intérêt devra se changer en motivation.

3. La loi du langage: le langage qui sert de moyen de communication entre


l'enseignant et l'élève doit être commun aux deux. On se rappelera que les enfants
ont une compréhension très littérale de ce qui est dit. Il vaut la peine d'écouter
comment le groupe de ses élèves utilise le langage.

4. Loi de la leçon: c'est par le connu qu'on explique l'inconnu. La leçon devrait être
conçue comme un ensemble de parties constitutives édifiées les unes sur les autres.
Le bon enseignant cherchera à connaître le niveau de ses élèves pour savoir quelles
autres parties ajouter pour les amener à arriver au sommet voulu.

5. Loi du processus d'enseignement: enseigner c'est stimuler l'intelligence de l'élève


pour lui faire découvrir la nouvelle vérité. L'idéal est que l'élève devienne un
chercheur autonome.

6. Loi du processus d'apprentissage: apprendre c'est assimiler à sa propre pensée


une nouvelle vérité ou transformer en habileté un nouvel art. On dit aussi que
l'apprentissage est un changement de potentiel de comportement.

7. Loi de la révision et de l'évaluation: une leçon apprise sera confirmée par la


16
Méthodes d'enseignement (Béthel, 1983, 1987), pp. 36-43.
Initiation à l'Education Chrétienne 22

révision, la reformulation et l'application. Carl Shaffer recommande de :


 Reviser souvent, avec soin, de manière intéressante.
 Utiliser une variété de conceptions récentes et des nouvelles associations.
 Apporter de nouvelles lumières sur des anciennes leçons.
 Porter les élèves à utiliser leurs mains aussi bien que leurs pensées dans la
révision.17

Ajoutons enfin que les méthodes doivent être variées. On ne saura trop mettre
l'accent sur la nécessité d'offrir aux jeunes des encadreurs qui sont de bons modèles de
chrétiens à l'église comme à la maison. Les encadreurs doivent développer des
relations importantes avec les jeunes car c'est dans un tel contexte que la formation de
disciples se réalise effectivement.

VII- EVALUATION
Si on s'est fixé des objectifs il faut savoir si oui ou non on les a atteints et aussi à
quel degré de réussite. L'évaluation alors consiste à mesurer les changements
(potentiels et actuels) dans les étudiants en fonction des objectifs formulés d'avance. A
cette étape on doit aussi revoir les différents aspects du ministère (programme,
organisation, méthodes) pour apprécier à quel point ils sont adéquats pour la réalisation
des objectifs qu'on s'est donnés. On s'efforcera alors de répondre à ces questions: A
quel point a-t-on réussi à réaliser les objectifs fixés (100%, 60%)? Qu'est-ce qui
marche bien et quelles sont les contraintes dans la planification, l'organisation et les
procédures du ministère?

Ce n'est pas une étape à redouter, car même les critiques peuvent contribuer à
réorienter l'effort vers une programmation plus conforme: meilleure appréciation des
besoins du groupe, objectifs mieux formulés, procédures améliorées, méthodes plus
efficaces, etc.

17
Carl Shafer, “Excellence in Sunday School Teaching” cité dans Almost Every Answer for Practically Any Teacher
(Oregon: Multnomah, 1992), ed Bruce Wilkinson, p 33.
Initiation à l'Education Chrétienne 23

La planification d'une leçon


1. La leçon commence avec la préparation du moniteur. Qu'on se rappelle la première
loi de l'enseignement qui dit que le maître doit bien savoir la leçon ou la vérité à
enseigner. Une préparation générale de base est essentielle. Les domaines de
formation requises pour un éducateur chrétien sont entre autres: Bible et doctrine,
expression orale, notions de pédagogie, gestion de la classe, éthique, connaissances
générales y compris des notions de musique, d'histoire de l'Eglise et de missiologie.
En vue de la présentation de chaque leçon il faudra une préparation partuclière.
Le moniteur étudie la leçon qu'on lui donne à enseigner ou il fait ses recherches pour
organiser sa propre leçon. Au cas où il y aurait un plan de leçon déjà préparé, il lui
faudra faire des recherches plus approfondies sur les mots clés, le contexte du passage
biblique et les problèmes s'y rapportant. Le maître préparé peut anticiper les questions
des élèves et peut répondre à la plupart de ces questions.
Un troisième domaine à considérer est la préparation personnelle. Le moniteur
doit appliquer à sa vie d'abord les vérités qu'il veut enseigner aux autres. La
préparation personnelle se maintient aussi par une pratique régulière de prière et de
méditation. Un autre aspect de cette préparation est la connaissance de ses élèves et
l'entretien d'une relation significative avec eux. Un tel contexte où l'élève se sent aimé
est un champ fertile pour l'apprentissage et la croissance.

2. Le développement de la leçon sera en fonction des obectifs fixés pour la classe. Le


moniteur doit formuler des objectifs pour les trois domaines identifiés par BLOOM:
domaine cognitif, domaine affectif, domaine psychomoteur (ou plutôt conatif). De façon
plus simple je préfère dire des objectifs pour la tête, pour le coeur et pour les membres.
Qu'on se rappelle que les objectifs bien formulés sont exprimés en fonction de ce que
l'élève fera (et non en fonction du moniteur) et les phrases seront composées avec des
verbes d'action mesurable ou falsifiable. Par exemple, au lieu de dire «savoir la
définition de 'Eglise'», on préfèrera «identifier les éléments essentiels d'une définition de
l'Eglise» ou «reformuler en une phrase la définition de l'Eglise à partir des éléments
essentiels de la notion d'Eglise dans le NT.» Les «éléments essentiels» sont connus,
on peut les identifier et en dresser la liste. On peut distinguer si l'élève peut reformuler
les éléments de la définition en une phrase. S'il peut faire tout cela on pourra se dire
qu'il connaît la définition.
Initiation à l'Education Chrétienne 24

3. Pour réussir l'introduction de la leçon il faudra penser à un moyen pour accrocher


l'attention de la classe. Imaginez une classe de jeunes à l'Ecole du dimanche. A quoi
pensent-ils en arrivant dans la salle? On trouvera sans doute qu'ils parlent de match de
foot-ball, de la jeune fille qu'ils sont allés voir, du programme à la télévision la veille ou
de l'examen qu'ils ont a préparer. Donc de toute autre chose sauf le sujet de la leçon
du jour. Or la loi de l'élève nous dit que pour apprendre il faut que l'élève s'intéresse à
la leçon. On cherchera donc une anecdote, une question ou une activité pour étonner,
émerveiller ou stimuler l'attention de l'élève. Ce moyen devra nécessairement avoir un
certain rapport avec la leçon.

4. Une «mise en train» suivra le moyen d'accrochage pour faire la liaison entre la
leçon à voir et le vécu de l'élève. Son intérêt soulevé dans l'introduction doit être
transformé en motivation pour l'étude à entreprendre. Je préfère ici identifier les
besoins et les problèmes de la vie auxquels la leçon apporte satisfaction, solution ou
perspective. Une illustration peut très bien servir à ce point. Par illustration j'entends
une anecdote ou une information factuelle qui peut clarifier ou appliquer une vérité.

5. La leçon à proprement parler est une série de vérités dont l'élève est appelé à
assimiler le sens et les relations. (cf. Le processus d'apprentissage). En procédant par
ordre (cf. Loi de la leçon), le moniteur stimulera l'esprit des élèves par une variété de
techniques (moyens et matériels), pour les porter à découvrir les vérités de la leçon (cf.
Loi processus enseignement).

Questions de développement
Qu'est-ce que je dois expliquer?
Qu'est-ce que je dois prouver (justifier)?
Qu'est-ce que je dois appliquer?

6. Il est important de chronométrer la présentation et de prévoir assez de temps pour


que la classe puisse réagir aux vérités enseignées (cf. Loi de révision et application).
En fonction des objectifs programmés, on organisera des activités propres à conduire
l'élève à appliquer les vérités de la leçon dans une situation réelle ou vraisemblable.
Initiation à l'Education Chrétienne 25

Questions pour l'Application


Quel péché à éviter?
Quelle promesse à réclamer?
Quel exemple à suivre?
Quel commandement à obéir?
Quelle vérité à croire et affirmer?

7. La conclusion de la leçon se fera par une révision des vérités étudiées sans négliger
des exhortations encourageant les transformations de vie appropriées.

8. Le travail du moniteur prend fin avec une auto-évaluation de son travail. Ceci
contribuera au perfectionnement de son ministère en évitant les erreurs du passé et en
reproduisant les bonnes approches.
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Date_______________________________________________________________
Classe_____________________________________________________________
Titre de la leçon______________________________________________________

CANEVAS DE LEÇON

Objectifs ____________________________________________________________
____________________________________________________________
____________________________________________________________

Heure Matière Méthode Matériel

_____ ZEN _______________ _______________ ___________

____ VECU _______________ _______________ ___________

____ RECHERCHE _______________ _______________ ___________


_______________ _______________ ___________
_______________ _______________ ___________

____ REPONSE _______________ _______________ ___________


_______________ _______________ ___________

____ REVISION _______________ _______________ ___________


_______________ _______________ ___________

AUTO-EVALUATION
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