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ANALYSE DE LA LOI MAROCAINE CONTRE LE

TERRORISME

Introduction

Au lendemain des événements du 11 septembre2001, on a beaucoup


parlé du phénomène du terrorisme qui menace la paix et la sécurité
internationale.

Etant considéré comme pays sujet aux attentats terroristes, le


gouvernement Marocain a ratifié, le 13 Novembre 2001, quatre traités
Internationaux concernant la lutte contre des actes terroristes. Le 23
Janvier 2003, le conseil des ministres adopte et dépose auprès du
parlement un projet de « loi contre le terrorisme » (la loi 03-03). Or, le
mouvement des contestations, constitué par les organisations de la
défense des droits de l'Homme, les syndicats et les partis politiques, ont
réussi en un temps record à le faire adopter.

Cependant, Les évènements de Casablanca du 16 Mai 2003 ont


ouvert la voie pour son adoption à l'unanimité, en l'espace de quelques
jours seulement, par les parlementaires et publié au Bulletin officiel le 28
Mai 2003 (13 jours après les attentats du 16 Mai).

Aujourd'hui, la menace terroriste paraît faire partie de notre


quotidien. C'est ce qui ressort de la suggestion du gouvernement sur
l'opportunité d'une mise à niveau de la loi anti-terroriste en vue d’une
meilleur lutte contre ce fléau, dévoilée juste la veille du démantèlement
du réseau terroriste « Belliraj ». C'est ce qui ressort également du
message Royale du 4 Mars 2008 adressé aux responsables sécuritaires,
les félicitant pour cette anticipation sur le réseau « Belliraj ».
Le souverain a promis de leur fournir tous les moyens matériels, humains,
et techniques qui leur seront nécessaires à l'accomplissement de leurs
tâches, mais en précisant la nécessité d’une lutte anti-terroriste qui se
donne comme souci le respect des Droits de l’Homme.

Donc les questions qui se posent à ce niveau sont :


- Quels sont les moyens introduits par la loi 03 - 03 pour lutter
contre le terrorisme ?

- Quel est l’impacte de cette loi sur le respect des droits de


l’homme au Maroc ?

Notre sujet sera scindé en deux parties, une sera consacrée à


l’analyse de la loi 03-03 par rapport aux dispositions du code pénal et
celles du code de procédure pénale. La deuxième partie sera consacrée à
la lutte antiterroriste et le recul des droits de l’homme au Maroc.

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1ERE PARTIE : LECTURE ANALYTIQUE DE LA LOI 03-03 RELATIVE
A LA LUTTE CONTRE LE TERRORISME

Deux idées majeures se dégagent à la lecture du Dahir portant


promulgation de la loi relative à la lutte contre le terrorisme au Maroc :
d'une part, le souci de se protéger contre toute forme de terrorisme ; de
l'autre, faire de cette loi un acte déclaratif de la volonté de combattre le
terrorisme international dans ses formes nouvelles.
L’on remarque, avec la lecture de la loi, que les dispositions de cette
dernière sont relevées exclusivement du code pénal et du code de
procédure pénale. Ces dispositions ont été modifiées en ce qui concerne
la sanction vu la nature de l’acte terroriste.
Il nous sera donc utile d’analyser la loi 03-03 par rapport aux
dispositions du code pénal et du code de procédure pénale tout en
soulignant les changements introduits par cette législation.

I - Dispositions relatives au droit pénal

1- La notion du terrorisme

Le terrorisme est l'usage de la violence à des fins politiques, visant à faire


pression par la terreur.
La loi marocaine antiterroriste donne une définition large et ambiguë des
actes qualifiés de terroristes en laissant la porte ouverte aux autorités
politiques de les interpréter abusivement et de porter atteinte aux droits
humains.
Ce type d’incriminations porte atteinte au principe de légalité en matière
de crimes et de délits qui prescrit que les définitions légales des
infractions pénales doivent être strictes et dépourvues de toute équivoque
et ambiguïté.
Selon les dispositions de code pénal marocain l’article 218-1 prévoit que
plusieurs actes sont qualifiés de terrorisme « lorsqu'ils sont
intentionnellement en relation avec une entreprise individuelle ou
collective ayant pour but l'atteinte grave à l'ordre public par
l'intimidation, la terreur ou la violence ».
La violence et la terreur sont des actes matériels. Mais, la notion ambiguë
c’est « d'intimidation » qui demeure, indéfinie et permet au juge d'y
ranger tous les actes qui ne sont pas des actes de violence ou de terreur.
Il en est de même pour l'expression « d'atteinte grave à l'ordre public »
qui donne une large marge d'appréciation au juge de constater, parmi les
actes punissables par le droit commun, qu'il y a une « atteinte grave à
l'ordre public » comme l'atteinte volontaire à la vie des personnes, à leur
intégrité ou à leur liberté, l'enlèvement ou la séquestration des personnes,
la contrefaçon ou la falsification des monnaies on effet de crédit public,
des sceaux de l'Etat et des poinçons, timbres et marques, ou le faux ou la

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falsification ... détournements, dégradations d'aéronefs ou des navires ou
de tout autre moyen de transport. Il en est ainsi des installations de
navigations aériennes, maritimes et terrestres et la destruction, la
dégradation ou la détérioration des moyens de communications, le vol et
l'extorsion des biens. Relèvent aussi de ces actes, les infractions relatives
aux systèmes de traitement automatisés des données, le faux ou la
falsification en matière de chèque ou de tout autre moyen de paiement, la
participation à une association formée ou à une entente établie en vue de
la préparation ou de commission d'un des actes de terrorisme, le recel
sciemment du produit d'une infraction de terrorisme (art.218 – 1 CP).

Parmi les actes qualifiés également de terroristes « le fait de fournir, de


réunir ou de gérer par quelque moyen que se soit, directement ou
indirectement, des fonds, des valeurs ou des biens dans l'intention de les
voir utiliser ou en sachant qu'il seront utilisés, en tout on en partie, en vue
de commettre un acte de terrorisme, indépendamment de la survenance
d'un tel acte. Et aussi le fait apporter un concours ou de donner des
conseils à cette fin ». (Art. 218 – 4 CP).

Au terme de l’article 218-3, la loi marocaine prévoit un autre type de


terrorisme, c’est le terrorisme écologique qui est « le fait d'introduire
ou de mettre dans l'atmosphère, sous le sol, dans le sous-sol ou dans les
eaux, y compris celles de la mer territoriale, une substance qui met en
péril la santé de l'homme ou des animaux ou le milieu naturel ».

2 - La répression de l’infraction terroriste

La répression est le fait postérieur à l'acte terroriste, qui est régi sous la
théorie du « Droit de L’Etat à punir ».
Le législateur marocain a prévu notamment dans la loi 03-03 des mesures
répressives, en effet si le droit pénal marocain se caractérise par des
peines lourdes, l’actuelle loi a alourdi encore ces peines lorsque les
infractions se rapportent à une activité terroriste.
Nous allons mesurer l'efficacité de la répression à travers les peines
applicables aux auteurs d'actes terroristes, qui sont de deux catégories :
des peines principales, propres à chacune des activités terroristes
constitutives d'infractions, et des peines complémentaires.

A- Les peines principales

Dans son article 218-7, la loi marocaine antiterroriste prévoit le maximum


des peines prévues pour les infractions visées à l'article 218-1, lorsque les
faits commis constituent des infractions de terrorisme, les peines de 30
ans de réclusion sont transformées en peines de réclusion perpétuelle, les
peines privatives de liberté sont relevées au double sans dépasser 30 ans,
et les peines d'amende sont multipliées par 100 sans être inférieures à
100 000 dirhams (art.218 – 7 CP).

L'article 218-8 prévoit aussi une peine de réclusion de 5 à 10 ans, de non


révélation d'infraction de terrorisme aux autorités publiques, contre toute
personne, à l'exception des parents ou alliés jusqu'au quatrième degré,
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ayant des connaissances de projets ou d'actes tendant à la perpétration
de fait constituant des infractions de terrorisme.

De même, l'article 218-7 prévoit la dissolution de la personne morale


lorsqu'elle commet un des actes de terrorisme évoqués dans l'article 218-
1.

Et pour réagir efficacement contre les actes terroristes, le législateur


marocain a engagé la responsabilité pénale des personnes morales tout
en prévoyant de différentes peines.

B - Les peines complémentaires

La loi prévoit des mesures de sanction communes contre toute


infraction de terrorisme. L'article 70 (al.2) stipule que « lorsque l'acte
commis constitue une infraction de terrorisme, la juridiction peut
assigner au condamné un lieu de résidence, et dont il ne pourra
s'éloigner sans autorisation pendant la durée fixée dans le
jugement sans toutefois dépasser dix ans ».

L'article 70 (al.4), prévoit « l'interdiction de séjourner peut toujours


être prononcée lorsque la juridiction applique une peine
d'emprisonnement pour une infraction de terrorisme ».

Aussi l'article 86 (al.1) autorise la juridiction à prononcer l'incapacité


d'exercer toutes fonction ou emploi public lorsqu'il s'agit de la
condamnation d'une personne dans une affaire de terrorisme.

La juridiction peut aussi, au terme de l'article 44-1, et lorsqu'il s'agit d'un


acte constituant une infraction de terrorisme, prononcer la confiscation.

C - Les excuses légales

La loi prévoit une excuse absolutoire, en faveur de l'auteur, le


coauteur ou le complice qui, avant toute tentative de commettre une
infraction de terrorisme faisant l'objet d'une entente ou d'une association
et avant toute mise en mouvement de l'action publique, a le premier,
révélé aux autorités judiciaire, de sécurité, administrative ou militaire
l'entente établie ou l'existence de l'association.

Lorsque la dénonciation se fait après l'infraction, la peine est diminuée de


moitié pour l'auteur, le coauteur ou le complice qui se présente d'office
aux autorités ci-dessus mentionnées ou qui dénonce les coauteurs ou
complices dans l'infraction.

Lorsque la peine prévue est la mort, elle est commuée à la peine de


réclusion perpétuelle, lorsqu'il s'agit de la peine de la réclusion
perpétuelle, elle est commuée à la réclusion de 20 à 30 ans.

II - Dispositions relatives au Code de Procédure Pénale

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En se basant sur les circonstances exceptionnelles, prévues par la
constitution, d'état d'urgence, de siège et d'exception, le législateur
marocain s'est permis de légaliser des mesures restreintes, de certaines
garanties juridiques des inculpés et des personnes soupçonnées de
terrorisme pour « faciliter » les enquêtes policières et judiciaires.
Toutefois, ces dispositions, et compte tenu de la réalité de la justice
marocaine, portent vivement atteinte aux droits de l'homme.

1 - La limitation du droit à la vie privée

A - Les perquisitions nocturnes

En principe le droit pénal a limité les perquisitions nocturnes entre 6h du


matin et 9h du soir.
Dans les affaires liées au terrorisme, la loi marocaine antiterroriste a
permis les perquisitions de nuit.

Au terme de l'article 102 du code de la procédure pénale modifié par la loi


N° 03 - 03, les perquisition et les visites à domiciles sont permises, sans
autorisation écrite du ministère public, pour les besoins de l'enquête, à
toute heure, c'est-à-dire avant 6h du matin et après 21h, à condition que
le juge d’instruction y procède lui-même et en présence du représentant
du ministère public.

B - Le secret de la correspondance

En principe, l'interception des communications et des courriers est


interdite, avec tout ce qui s'en suit comme enregistrement, transcription
ou saisie. Mais lorsqu'il s'agit d'affaire de terrorisme, ou encore pour
beaucoup d'autres actes criminels cités par le législateur, le secret de la
correspondance n'est pas respecté.

L'article 108 (al.3 CPP) accorde au procureur général du Roi, en cas de


nécessité de l'enquête, et après une requête écrite du 1er président de la
Cour d'Appel, d'intercepter des appels téléphoniques ou des
communications effectuées par les moyens de communication à distance,
de les enregistrer, d'en prendre copies ou de les saisir.

Le procureur général en cas d'extrême urgence peut ordonner lui-même,


sans recueillir l'accord du 1er président, l'exécution des opérations
précédemment mentionnées (art 108 al4 CPP).

C - Le secret bancaire

Le principe du secret bancaire n'est pas respecté dans les affaires de


terrorisme. L'article 595- 1 relatif à la procédure de financement du
terrorisme accorde au procureur général du Roi, au juge d'instruction et à
la juridiction chargée des affaires de terrorisme, de requérir des
renseignements sur les fonds financiers soupçonnés liés au terrorisme, de
la part des institutions financières, obligées de les fournir. De même, ces

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fonds peuvent être saisis, gelés ou confisqués, et même s'il s'agit de
soupçons seulement.

2 - Restriction des garanties lors de la garde à vue

A - Prolongation de la garde à vue

La garde à vue est la rétention d'une personne, pour une durée


déterminée, dans les locaux de la police ou de la gendarmerie, justifiée
par les nécessités de l'enquête.

L'article 66 (al.4 CPP) prévoit une prolongation de la durée de garde à vue


à 96 heures, renouvelable deux fois, sans autorisation écrite du ministère
public, (une durée maximale de douze jours), alors que la personne
suspecte d'une infraction de droit commun n'est gardée à vue que
pendant 48 heures, ou 72 heures en cas de prolongation. En réalité, cette
prolongation de la garde à vue expose l'inculpé de terrorisme à la torture,
et la situation s'aggrave, en tenant compte de la réalité, avec les abus et
le tripatouillage de la date et de l'heure du commencement de la garde à
vue.

B - Retard à l’accès à un Avocat

Le droit à l'assistance d'un avocat dés l'arrestation et la mise en garde à


vue du suspect est limité par l'article 66 ( al.9 CPP) de la loi, qui précise
que « en cas d'une infraction de terrorisme ou des infractions
visées à l'article 108 de la présente loi et si les nécessités de
l'enquête l'exigent, le représentant du ministère public peut à la
demande de l'officier de police judiciaire, retarder la
communication de l'avocat avec son client sans que ce retard ne
dépasse 48 heures à compter de la première prolongation ». En
fait, cette mesure est justifiée elle aussi par des raisons sécuritaires,
intervient dans un moment crucial où l'inculpé a besoin de l'assistance
d'un avocat, ce qui permet à l'officier de police judiciaire d'interroger le
suspect à sa guise pour soutirer des renseignements, voire même des
aveux, sans la présence « dérangeant » de l'avocat.

2EME PARTIE : LA LUTTE ANTITERRORISTE ET LE RECUL


DES DROITS DE L’HOMME AU MAROC

Depuis les attentats antiterroristes du 11 septembre à New York, et dans


le cadre de la lutte contre le terrorisme, on a assisté dans plusieurs pays à
une montée spectaculaire du souci sécuritaire au détriment du respect
des droits de l’homme.
Plusieurs ONG ont exprimé leur indignation devant l’escalade des
violations des droits de l’homme.
Pour sa part, le Maroc, a connu, après les attentats terroristes de Casa le
16 Mai, un durcissement autoritaire qui a touché les législations et la
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situation des droits de l’homme en général. Sous prétexte de la lutte
contre le terrorisme, il y a eu des violations des droits de plusieurs
Marocain ce qui entraîne des régressions en matières des acquis des
droits de l’homme au Maroc.

I - Les droits de l’homme à l’épreuve de la loi antiterroriste

Les attentats terroristes meurtriers du 16 Mai à Casablanca ont


accéléré l’adoption par le parlement d’une loi antiterroriste, entrée en
vigueur le 29 Mai 2003, la loi 03-03 relative à la lutte contre le terrorisme
a fortement élargi les pouvoirs des appareils sécuritaires, ce qui a suscité
de vives critiques de la part des organisations de la défense des droits de
l’homme au niveau national et international. Elle a été adoptée
rapidement et à la quasi-totalité par les deux chambres du parlement et
sans aucune concertation avec les ONG des droits de l’homme.
La loi a fait l’objet de plusieurs critiques, les défenseurs des droits de
l’homme lui reprochent le manque de garanties du respect des droits
humains et l’omniprésence du souci sécuritaire. Parmi les critiques les plus
significatives soulevées par cette loi, on peut signaler :

• La loi 03-03 est caractérisée par la forte présence sécuritaire, et selon


les associations de défense des droits de l’homme, les législations
existantes sont suffisantes pour réprimer les actes terroristes.

• La définition floue de l’acte terroriste dans la loi 03-03 qui stipule


que : « constituent des actes terroristes diverses infractions
lorsqu’elles sont commises intentionnellement en relation
avec une entreprise individuelle ou collective ayant pour but
l’atteinte grave à l’ordre public par l‘intimidation, la terreur
ou la violence ». On pourrait conclure que la loi contre le terrorisme
contient plusieurs dispositions vagues susceptibles d’être interprété
de façon excessive, c’est ce qui peut autoriser tous les abus.

• La loi attribue les compétences de poursuite, d’instruction et de


jugement à la Cour d’Appel de Rabat qui devient ainsi un tribunal
compétant dans le traitement des affaires spéciales, consacrant le
système de la justice d’exception, ce qui est contre les règles des
droits de l’homme et les règles du procès équitable.

Plusieurs défenseurs des droits de l’homme dénoncent la loi antiterroriste,


elle marque une restriction des libertés et une régression grave par
rapport à certains acquis. Ceci se manifeste surtout au niveau de :

• La prolongation de la garde à vue qui peut atteindre 12 jours ;

• La possibilité d’effectuer des perquisitions à domicile à toute heure du


jour ou de la nuit en dehors des heures légales ;

• Le fait que le procureur général auprès de la Cour d’Appel peut


exceptionnellement ordonner sans l’accord de principe du président
de la Cour d’Appel, l’interception et l’enregistrement, la copie et la
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saisie des appels téléphoniques et des communications à distance. Ce
qui constitue une atteinte au droit à la vie privée.

• Le procureur du roi peut demander aux banques ou aux


établissements de crédits des renseignements sur des transactions ou
des mouvements du fond susceptibles d’avoir une relation avec le
financement du terrorisme.

• La loi fixe des peines lourdes jusqu'à la peine capitale, alors que la
peine capitale était prévue par le code pénal pour 17 crimes, tandis
que cette nouvelle loi y ajoute 12 nouvelles infractions.

• La loi a favorisé l’accroissement des compétences du ministère public,


il peut à la demande de l’officier de la police retarder la
communication du suspect mis en garde avec son avocat, ce qui est
une atteinte grave au droit à la défense.

• Les délais de la garde à vue et de la détention préventive demeurent


longs par rapport aux normes internationales.

• La force probante des procès-verbaux et rapports établis par les


officiers de la police judiciaire pour constater les délits n’est pas
compatible avec la présomption d’innocence et limite l’autorité du
juge dans le contrôle et l‘appréciation des moyens de preuves. Alors
que pour garantir les conditions d’un procès équitable, il est
nécessaire de considérer ces procès comme simple renseignement
qui n’ont aucune force juridique.

En général, la lutte antiterroriste menée par le Maroc a menacé


véritablement les acquis juridiques relatifs au respect des droits de
l’homme, on constate un retour de l’autoritarisme qui entraîne une
restriction des libertés et une recrudescence des soucis sécuritaires.
Ces dernières années, plusieurs détenus islamistes reconnus coupable
d’acte de terrorisme ont mené des grèves de faim pour réclamer leur
libération ou un réexamen de leur procès.
La réforme des politiques pénales et la révision de la législation pénale et
de la loi contre le terrorisme sont une grande priorité et ce en vue de
mieux respecter les droits de l’homme et renforcer la sécurité des
personnes et de l’état en conformité avec les instruments internationaux
en matière de droits de l’homme.

II - La pratique de la torture

Malgré les évolutions positives que connaît le Maroc au niveau du respect


et de la promotion des droits de l’homme, la lutte contre le terrorisme a vu
le retour spectaculaire de pratique qu’on a cru comme un moment faisant
partie du passé. Certes il est tout à fait légitime de combattre le
terrorisme, mais cela ne justifie pas l’exercice des actes qui portent
atteinte aux droits de l’homme.

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Les défenseurs des droits de l’homme au Maroc n’ont cessé d’exprimer
leurs soucis pour non respect des droits de l’homme en matière de lutte
contre le terrorisme.
Par ailleurs, la commission des Nations Unies a exprimé dans ces
recommandations et observations au sujet du 3éme rapport périodique
rendu par le Maroc au titre de la Convention contre la Torture, son
inquiétude devant:
- la recrudescence de la pratique de la torture et des mauvais
traitements;
- l’extension considérable du délai de garde à vue;
- l’absence de garanties assurant l’accès à un avocat;
- le manque d’information sur les mesures prises par les autorités
judiciaires, administratives et autres pour donner suite aux plaintes
à des enquêtes, Inculpations, procès et jugements contre les auteurs
d’actes terroristes.

De leurs coté, les associations internationales des droits d l’homme ont


également signalé, dans leurs rapports relatifs au Maroc après les
attentats terroristes du 16 mai 2003, qu’il y a des défaillances qui
menacent le processus positif des droits de l’homme.
Les ONG internationales, la Commission des Nations Unies et Amnesty
Internationale ont montré la responsabilité de la DST dans la régression
des droits de l’homme au Maroc. D’ailleurs, selon l’AI Jazeera, le centre de
détention de Témara géré par la DST: « est l’un des principaux endroits
dans lequel le recours à la torture est signalé. Plusieurs dizaines de
personnes arrêtées en application de mesures antiterroristes se sont plaint
d’avoir été torturées et maltraitées à Témara. La détention dans ce centre
est secrète et non reconnue, ce qui constitue une violation de la législation
marocaine et des normes internationales relatives aux droits humains ».

III - La restriction de la liberté de la presse et de l’information

Depuis l’indépendance et jusqu’aux années 90, le Maroc a connu un


contrôle et un monopole absolu de l’Etat sur la communication
audiovisuelle, la presse a trop souffert de restrictions, censures et
pressions durant les années de plomb.
Aujourd’hui la presse Marocaine jouit d’une grande liberté et pluralité par
rapport aux autres pays du monde arabe.
Cependant, à la suite des attentats de Casablanca, il y a eu un
durcissement autoritaire de la part de l’état : restriction de la liberté de
la presse, arrestation de plusieurs journalistes qui ont été condamnés à
des peines allant jusqu'à trois ans d’emprisonnement, notamment pour
diffusion de fausses nouvelles et incitation à la violence, en publiant les
déclarations des islamistes présumés être impliqué dans ces attentats.
La censure de la presse critique et indépendante s’est accentuée, les
interdictions administratives ont cédé la place à deux nouveaux types de
répression de la liberté de la presse : la répression judiciaire et la
répression économique (amendes, boycott publicitaire). Ainsi les
journalistes marocains sont aujourd’hui confrontés à des poursuites

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judiciaires multiples qui ont des conséquences très graves sur la liberté
d’expression.
Pour ce faire, le code de la presse adoptée en 2002 contient quelques
dispositions positives. Parmi elles :
- La consécration du droit du citoyen à l’information, du droit d’accès
aux sources d’informations ;
- Le pouvoir d’interdire les journaux n’est plus une prérogative
administrative, mais judiciaire ;
- Les décisions de saisie, de suspension et d’interdiction d’un journal ou
d’une publication doivent être motivées ;
- Le journaliste poursuivi en justice dispose d’un délai de 15 jours pour
préparer sa défense ;
- La pénalisation de l’incitation à la haine et à la violence, …

Cependant, le nouveau code de la presse et de l’édition restreint les


garanties juridiques de la liberté d’expression et de la presse. Il maintient
des peines privatives de liberté pour plusieurs délits et remplace quelques
peines de prison par des lourdes amendes.

Conclusion

Il est vrai que le l’Etat a le devoir de réprimer et lutter contre les actes du
terrorisme en vue de préserver les principes de l’Etat de droit et de
protéger le droit des citoyens à la vie, à la sécurité et à la liberté.
Toutefois il faut éviter de permettre au nom de la lutte contre le
terrorisme, de transgresser arbitrairement les droits fondamentaux des
personnes.
Pour remédier à cette situation déplorable, les autorités doivent procéder
à des Réformes juridiques et adopter plusieurs mesures, parmi elles:
- Incriminer tous les actes de torture (Article 2 et 4 de la convention
contre la torture);
- Restreindre le délai de garde à vue et garantir le droit d’accéder
rapidement à un avocat;
- Mener des enquêtes impartiales, infliger des sanctions aux
responsables de la torture;
- Accorder des indemnités aux victimes des actes de torture;
- Garantir l’indépendance et l’impartialité de la magistrature pour
assurer le droit des citoyens à un procès équitable ;
- Retirer les réserves émises sur la convention contre la Torture (etc.
…)

Malgré ce déficit, il faut ajouter que le Maroc vient de faire une déclaration
reconnaissant la compétence du Comité Onusien contre la torture pour
recevoir les plaintes individuelles et étatiques (Article 21 et 22 de la
Convention contre la Torture).
En plus la loi 43-04 relatives aux abus d’autorité commis par les
fonctionnaires contre les particuliers et à la torture, prévoit des peines
rigoureuses pour les actes de torture.

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