Vous êtes sur la page 1sur 421

tel-00713847, version 1 - 2 Jul 2012

tel-00713847, version 1 - 2 Jul 2012 SOUS LE SCEAU DE L’UNIVERSIT É EUROPEENNE DE BRETAGNE

SOUS LE SCEAU DE L’UNIVERSITÉ EUROPEENNE DE BRETAGNE

UNIVERSITÉ RENNES 2

Ecole Doctorale - Sciences Humaines et Sociales

Laboratoires d’Anthropologies et de Sociologies (EA 2241)

Année 2012

!

N° attribué par la bibliothèque

!

!

!

!

!

!

!

!

!

!

LA MICROFINANCE EN TUNISIE ET EN EGYPTE : UN OUTIL AU SERVICE DU DEVELOPPEMENT LOCAL ?

Thèse de Doctorat

Discipline : ECONOMIE

Présentée par Pascal KENGUE MAYAMOU

Directeur de thèse : Marc HUMBERT

Soutenue le 25 Juin 2012.

Marc Humbert, Professeur à l’Université de Rennes 1, Chercheur au Ciaphs (Directeur de la recherche)

Philippe Béraud, Professeur à l’Enst de Bretagne (Rapporteur)

Pascal Glémain, Maître de Conférences, HDR, responsable de la chaire économie sociale à l’ESCA d’Angers (Rapporteur)

Michel Lelart, Directeur de recherche émérite au Centre National de la Recherche Scientifique. Laboratoire d'Economie d'Orléans

2

Kengue Mayamou, Pascal. La microfinance en Tunisie et en Egypte : un outil au service du développement local - 2012

tel-00713847, version 1 - 2 Jul 2012

mes parents.

En la mémoire de tous

3

Kengue Mayamou, Pascal. La microfinance en Tunisie et en Egypte : un outil au service du développement local - 2012

tel-00713847, version 1 - 2 Jul 2012

REMERCIEMENTS

Nous tenons à remercier toutes les personnes qui nous ont apporté leur soutien, leurs conseils, et leurs encouragements dans la réalisation du présent travail de thèse.

Merci à Monsieur Marc HUMBERT, Professeur des Universités en Économie à l’Université de Rennes 1, ex-Directeur de l’Institut Français de Recherche sur le Japon à Tokyo, qui en dépit de ses lourdes responsabilités et ses nombreux engagements a bien voulu accepter la direction de cette thèse et a fait preuve d’une grande disponibilité dans la réalisation de ce travail. Merci à Monsieur Pascal GLEMAIN, Maître de conférences, HDR, responsable d’ESSCA CeRESS et associé au Ciaphs (EA2241) Rennes 2 Ueb, pour ses conseils, son soutien moral et ses différentes orientations qui nous ont été très utiles. Nous remercions aussi les membres du Jury qui malgré des emplois du temps très chargés ont accepté de participer à notre jury de thèse.

Nos remerciements vont aussi à Messieurs les Professeurs J. Michel SERVET, Michel LELART, Bruno AMOUSOUGA qui nous ont conseillé et encouragé dans la conception de cette thèse à l’Université Senghor d’Alexandrie. Ainsi qu’à Monsieur Pierre MATOKO, Enseignant, Docteur en Sciences de Gestion pour ses conseils et son encadrement. Nous éprouvons également une sincère reconnaissance envers tous les enseignants et le personnel administratif de l’Ecole Doctorale de Rennes 2, du LAS et à toute la communauté Universitaire de Rennes. Et nous remercions également Mademoiselle Alice François étudiante en Master 2 de Droit Public à l’Université de Nantes pour son aide et ses conseils.

Enfin, nous adressons nos remerciements à toute notre famille et à nos amis pour leur soutien moral lors de la réalisation de cette thèse.

4

Kengue Mayamou, Pascal. La microfinance en Tunisie et en Egypte : un outil au service du développement local - 2012

tel-00713847, version 1 - 2 Jul 2012

EXPLICATIONS DES SIGLES

ABA :

Alexandria Businessman Association.

ADEW : Association Pour le Développement et la Promotion de la Femme.

AFD :

Agence Française de Développement.

AELE : Association Européenne de Libre Echange. AMC : Association du Microcrédit.

ATB :

Arab Tunisian Bank.

AVFA : Agence de Vulgarisation et de Formation Agricoles.

ASFE : Autorité de Surveillance Financière Egyptienne.

BDS:

Business Development Services.

BCE :

Banque Centrale d’Egypte.

BCT:

Banque Centrale Tunisienne.

BIAT : Banque Internationale Arabe de Tunisie.

BIT :

Bureau international du travail.

BEI :

Banque Européenne d'Investissement.

BH :

Banque de l'Habitat.

BTS:

Banque Tunisienne de Solidarité.

CEC :

Caisse d’Epargne et de Crédit.

CIB:

Commercial International Bank.

CGAP: Consultative Group to Assist the Poor. COMESA: Marché commun pour l’Afrique de l’Est et l’Afrique Australe CRIEF : Centre de Recherche sur l’Intégration Economique et Financière.

DID:

Développement International Desjardins.

DECODE : Base des Données de la Coopération au Développement pour l’Egypte.

DPG:

Development Partners Group.

DT:

Dinar Tunisien.

DSRP : Document de Stratégie pour la Réduction de la Pauvreté.

DSP :

Document de Stratégie Pays.

ESF :

Évaluation du secteur financier.

ESDF:

Egyptian-Swiss Development Fund.

IBN :

Initiative du Bassin du Nil.

IDH :

Indice de Développement Humain.

IDE :

Investissement Direct Etranger.

IEDDH : Initiative Européenne pour la Démocratie et les Droits de l’Homme.

IFD :

Institution Financière Décentralisée.

IFM :

Institution Financière Mutualiste.

IMB :

Modèle d’impact du microcrédit sur les bénéficiaires.

IFNM :

Institutions Financières Non Mutualistes.

IEVP :

Instrument Européen de Voisinage et de Partenariat.

OMD :

Objectifs du Millénaire pour le Développement.

UBCI :

Union Bancaire pour le Commerce et l'Industrie.

UTICA : Union Tunisienne pour l'Industrie, le Commerce et l'Artisanat

UTAP :

Union Tunisienne de l'Agriculture et de la Pêche.

UE :

Union Européenne.

UIB :

Union Internationale des Banques.

UNDG : Groupe des Nations Unies pour le développement.

USM :

Unité Spéciale de Microfinance.

5

Kengue Mayamou, Pascal. La microfinance en Tunisie et en Egypte : un outil au service du développement local - 2012

tel-00713847, version 1 - 2 Jul 2012

FNCE :

Fédération Nationale des Caisses d’Epargne.

FENU : Fonds d’Equipement des Nations Unies.

FES

: Formation Economique et Sociale.

FAO :

Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture.

FIDA :

Fonds International de Développement Agricole.

FINBI:

Finance and Banking Consultants International.

FNG :

Fond National de Garantie.

FMI :

Fonds monétaire international.

FEMIP :

Facilité Euro-méditerranéen d’Investissement et de Partenariat.

FMF :

First Microfinance Fondation.

FSD :

Fond Social de Développement.

FSRP :

Programme Global de Réforme du Secteur Financier.

FTA :

Free Trade Agreement « Zone de libre échange d’Afrique ».

GAD:

Groupe d’Assistance Donateur.

RDH :

Rapport du Développement Humain.

MAFFEPA: Ministère des Affaires de la Femme, de la Famille, de l'Enfance et des Personnes Agées.

MFEF :

Mécanisme de Financement Pour l’Envoi de Fonds.

MBB :

Micro Banking Bulletin.

MDCI :

Ministère du Développement et de la Coopération Internationale.

MDG :

Millenium Development Goals

MENA : Moyen Orient et Afrique du Nord. MOFIB : Monnaie Finance et Banque.

MIX :

Microfinance Information Exchange.

MSS :

Ministère des Solidarités Sociales.

NCW :

Conseil National des Femmes

NEPAD : Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique.

GAFTA : Grande Zone Arabe de Libre-échange

PNUD :

Programme des Nations Unies pour le Développement.

PDR :

Programme de Développement Rural.

PDRI :

Programme de Développement Rural Intégré.

PDUI :

Programme de Développement Urbain Intégré.

PEV :

Politique Européenne de Voisinage.

PIN :

Programme Indicatif National.

PPA :

Parité du pouvoir d’achat.

PPP :

Partenariat Public-Privé

SCM :

Sociétés de Cautionnement Mutuel.

SFI :

Société Financière Internationale.

SMF :

Société de Microfinance.

SRP :

Stratégie de Réduction de la Pauvreté.

SPI :

Système de Partage d’Information.

TIFA:

Trade and Investment Framework Agreement “accord de libre échange commercial et

d’investissement”

ZLE :

Zone de libre-échange.

6

Kengue Mayamou, Pascal. La microfinance en Tunisie et en Egypte : un outil au service du développement local - 2012

tel-00713847, version 1 - 2 Jul 2012

SOMMAIRE :

Introduction Générale…………… …………………………………………………………… 8

..

..

.

I-Evolution de la notion de développement vers le développement local…………………………9

.

II-A quoi peut servir la microfinance ? ……………… 20

...............................................................

..

.

III-Notre recherche…………………………………………………………… ……………… 25

..

..

.

Partie 1. De la microfinance et du développement de la Tunisie……………

.........................

36

.

Chapitre I. L’analyse économique des modes et structures de développement en Tunisie 39

..

.

Section 1. Analyse historique, sociopolitique et socioéconomique de la Tunisie……………… 43

..

.

Section 2. La stratégie de développement utilisée en Tunisie…………………………………

...

62

.

Chapitre II. Analyse de l’organisation de la microfinance en Tunisie…………………… 92 ..

.

Section1. Présentation du paysage de la microfinance en Tunisie……………………………

.....

93

.

Section 2 Les principales Institutions de microfinance de la Tunisie et leurs rôles…………….108

.

Chapitre III. L’impact de la microfinance sur le financement des entreprises privées et du

secteur rural en Tunisie……………………………………………………………………….146

.

Section 1. L’analyse de l’impact économique et social de la microfinance en Tunisie……… 147 ...

.

Section 2. Politique d’accompagnement de la microfinance et dynamisation du marché du travail

tunisien……………………… …………………………………….………………………… 180

..

...

.

Partie 2. La microfinance comme outil d’intégration sociale et financière : Le cas du

contexte Egyptien… …………………………………………………………………….…….198 ..

.

Chapitre IV. L’analyse macroéconomique des modes et structures de développement en

Egypte ………………………………………………………………………………………….200

.

Section 1. Analyse historique, sociopolitique et socioéconomique de l’Egypte……………… 201 ..

.

7

Kengue Mayamou, Pascal. La microfinance en Tunisie et en Egypte : un outil au service du développement local - 2012

tel-00713847, version 1 - 2 Jul 2012

Section2. La stratégie de développement utilisée par l’Egypte…………………………………215

.

Chapitre V. Analyse de l’organisation de la microfinance en Egypte…………………… 240

..

.

Section 1 Présentation du paysage de la microfinance en Egypte………………………………241

.

Section 2. Les principales Institutions de microfinance de l’Egypte et leurs rôles………

..........

267

.

Chapitre VI. L’impact de la microfinance sur le développement en Egypte………………295

.

Section 1. L’analyse de l’impact économique et social de la microfinance en Egypte…………296

.

Section 2. Politique d’accompagnement de la microfinance et intégration sociale en Egypte

… ……………………… …………………………………….………………………… 321

........

... ..

.

Conclusion Générale : Les limites de la microfinance dans les pays en développement 335 ....

.

Bibliographie ………………………………………………………………………………….354 ..

.

Annexes…………………………………………………………………………………………390

.

.

8

Kengue Mayamou, Pascal. La microfinance en Tunisie et en Egypte : un outil au service du développement local - 2012

tel-00713847, version 1 - 2 Jul 2012

Introduction Générale

Bien que depuis le discours du président Truman de 1949 la communauté internationale

n’ait pas cessé de lutter officiellement contre le mal-développement, ses efforts n’ont pas encore

abouti. En témoigne le fait que l’ONU ait dû lancer, quelques cinquante ans plus tard, un

formidable travail avec les objectifs du millénaire (MDG) afin de tenter d’endiguer la pauvreté

d’ici 2015. Douze ans après ce lancement, le mal-développement ainsi que la pauvreté qui est

associée, restent des réalités criantes en beaucoup de lieux comme en Tunisie et en Egypte, par

exemple. Les modes et structures de développement engagés depuis soixante ans n’ont pas donné

les résultats attendus.

C’est une des raisons pour lesquelles de nombreux chercheurs, experts et responsables

politiques se sont tournés vers des mesures qui paraissent plus modestes mais qu’ils espèrent plus

efficaces, pour réduire le sous-développement 1 général, dont la microfinance.

Ainsi peut-on se demander si, et en quoi, la microfinance servirait au développement

local, et contribuerait à son niveau au développement en général ?

Avant de pouvoir présenter les réponses apportées par cette recherche, il convient de

préciser les contours de la question étudiée. Nous revenons d‘abord sur l’évolution de la notion

même de développement depuis le discours de Truman de 1949 et le premier emploi de celle-ci

(I). Ensuite, il faut expliciter ce qu’on entend par microfinance, un concept et une réalité bien

1 Pour Alfred SAUVY(1952), la notion du sous développement est une situation à laquelle où les laissés pour compte de la croissance aspirent à un développement cohérent et autonome. Elle change en fonction des pays observés. Ces dimensions sont multiples : - Elles peuvent être économiques avec un faible PIB par habitant, un endettement important, un commerce spécialisé dans les produits agricoles, ou dans les produits à faible valeur ajoutée, des infrastructures insuffisantes ; - Elles peuvent être démographiques avec des taux de natalité et de mortalité qui sont très élevés et une faible espérance de vie ; - Elles peuvent être sociales avec des problèmes de sous nutrition ou de malnutrition, un accès aux soins difficile, un faible taux de scolarisation chez les filles, des conditions de vie qui sont rudes notamment par le manque d’accès à l’eau potable et aux logements ; - Elles peuvent être politiques avec des institutions politiques qui sont corrompues, l’absence des institutions démocratiques et un faible accès des femmes aux postes de responsabilités. L’Observateur, 14 août 1952, n°118, page 14.Tiers Monde Alfred Sauvy BA NDUNG.

9

Kengue Mayamou, Pascal. La microfinance en Tunisie et en Egypte : un outil au service du développement local - 2012

tel-00713847, version 1 - 2 Jul 2012

postérieurs à ce discours (II). Il sera enfin possible de préciser l’objet de notre thèse et son

organisation dans ce contexte (III).

I) Evolution de la notion de « déve loppement » vers le développement local

Le concept de développement désigne, dans son usage courant, un processus de

développement économique basé sur une évaluation monétaire de l’évolution du bien-être.

Cependant, chacun va à la recherche d’un processus de changement social entendu au sens large,

sans d’ailleurs toujours expliciter la logique et les finalités de ce dernier. Le développement

recouvre également une dimension comparative (les pays développés/les pays sous-développés,

puis richesse/pauvreté à l’intérieur des pays eux-mêmes), une frontière entre l’inclusion et

l’exclusion (E. Assidon, 2000) 2 .

Cette section aborde l’évolution de la notion du développement dans une perspective

d’aller vers celle du développement local. Elle est subdivisée en cinq points qui seront abordés

par la suite.

L’appréhension du développement a traditionnellement été présentée sous diverses formes

théoriques : la forme d’une théorie du « rattrapage », celle d’une théorie de la « modernisation »,

d’une théorie dite de la « réduction d’écarts », d’une théorie du « développement endogène » ou

enfin d’une théorie du « développement autocentré » (GRELLET, 1996) 3 . Sans ambitionner une

analyse exhaustive de ces théories, nous tenterons cependant de dégager leurs principaux apports,

avant de formuler les remarques qu’elles suggèrent et de nous prononcer en faveur de l’une ou de

l’autre relativement à nos terrains d’observations que sont l’Egypte et la Tunisie. Nous

envisagerons ainsi les articulations qui peuvent exister entre ces différentes théories du

développement et celles qui portent sur la microfinance.

L’idéologie prédominante du développement renvoie à la division internationale du

travail. Cette idéologie s’est généralisée à partir des années 1950 et est fondée sur les théories

suivantes : la théorie du rattrapage ou réduction des écarts de développement, la théorie de la

2 Elsa Assidon, Les théories économiques du développement, Paris, La Découverte, 2ª ed. 2000 (Capítulo VI).

3 Modes et structures de développement. Paris, Thémis, PUF.

10

Kengue Mayamou, Pascal. La microfinance en Tunisie et en Egypte : un outil au service du développement local - 2012

tel-00713847, version 1 - 2 Jul 2012

modernisation, la théorie du développement endogène et autocentré, la notion du développement

soutenable, le développement local.

1) La théorie du rattrapage ou de réduction des écarts de développement

La théorie du rattrapage étudie le processus par lequel le PIB des pays « en retard »

rattrape progressivement celui des pays où il est le plus élevé (ROSTOW, 1960). La question du

« rattrapage » économique apparaît au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, afin d’étudier

le redressement des économies européennes alors dévastées par le conflit et leur rattrapage

progressif du nouveau leader international : les Etats-Unis d’Amérique (EUA). A la même

époque, cette théorie commence également à s’intéresser au phénomène du développement

économique des pays récemment décolonisés et au processus de leur « rattrapage » par rapport

aux pays occidentaux. Pour ce faire, elle envisage plusieurs moyens. L’industrialisation et la

spécialisation des pays « en retard » dans la production de biens à faible intensité capitalistique,

mais à forte intensité en facteur de production de travail.

.

Pour Rostow, dans les années 1960, le développement devient un phénomène inéluctable.

Certains pays ayant simplement débuté le processus avant d'autres, tout ne serait donc qu'une

question de temps. Mais, sous certaines conditions, le développement pourrait être accéléré. Pour

cet auteur, il serait possible de « dégager les caractéristiques uniformes de la modernisation des

sociétés 4 ». Selon lui, sans qu’il ne propose de diachronie précise, les sociétés parcourent au

cours de leur développement cinq différentes étapes, selon une datation qui reste discutable : la

société traditionnelle, les conditions préalables au décollage, le décollage, le progrès vers la

maturité et l’ère de la consommation de masse.

La définition des stratégies de développement des pays sous développés (terminologie des

années 1970) comme stratégies de « rattrapage » des pays développés ou de « réduction des

écarts de développement » entre les uns et les autres, interroge l’économiste.

4 Rostow., (1963) Les étapes de la croissance économique », Paris, Le Seuil, D'autres avant lui ont distingué des étapes dans l'évolution des sociétés, K. Marx et F. par exemple dans Le système national d’économie politique publié en 1841, distingue cinq stades dans l'évolution des nations : l'état sauvage, pastoral, agricole, agricole manufacturier, agricole-manufacturier-commercial.

11

Kengue Mayamou, Pascal. La microfinance en Tunisie et en Egypte : un outil au service du développement local - 2012

tel-00713847, version 1 - 2 Jul 2012

- De prime abord, envisager le développement comme processus c’est assimiler le sous

développement à un retard dans l’industrialisation et prétendre pouvoir y remédier en faisant

franchir à l’économie sous développée aux moindres coûts et avec le maximum de rapidité – en

« brûlant les étapes » - , la série uniforme et inévitable d’étapes conduisant toutes les sociétés

vers une même situation, celle des sociétés industrielles contemporaines considérées comme

modèle de référence (ROSTOW, 1963). Or, le développement réalisé par ces sociétés, en même

temps qu’il accroit les possibilités de développement de l’homme et de la société, engendre

certains problèmes qui précisément minent ce développement. En effet, les progrès considérables

réalisés par les sciences et les techniques modernes dans la connaissance et la manipulation de la

matière, au lieu de permettre un élargissement de la liberté humaine, ont abouti à la généralisation

d’une situation caractérisée par trois phénomènes majeurs : la mécanisation croissante de la vie

aux dépens des instruments conviviaux (Illich, 1973), la polarisation, centralisation et

concentration du pouvoir de décision, l’homogénéisation socio cultuelle, et, bien sûr, ces

phénomènes sont plus sensibles dans le bas que dans le haut des pyramides sociales.

La mécanisation de la vie résulte aussi de la spécialisation accrue que l’on a imposée à ces

pays, fondée sur le principe de la correspondance entre structure et fonction, et qui tend à affaiblir

la formation globale de l’homme et son épanouissement dans plusieurs directions à la fois. Ainsi,

le travailleur de base devient de plus en plus un être mécanisé, aux gestes et aux pensées

professionnels stéréotypés, dont la richesse humaine n’est que très imparfaitement utilisée, voire

de plus en plus instrumentalisée. Le même travailleur ne peut ni s’épanouir, ni se réaliser en

dehors de son travail, parce qu’il retrouve un système politique qui ne repose plus sur sa capacité

civique et aussi, parce que le système productif devient en voie de « mécanisation forcenée » 5 .

On assiste également à un développement de la centralisation, de la production et de la

concentration du pouvoir de décision entre les mains d’une élite. C’est enfin une

homogénéisation qui s’opère en ruinant les cultures locales, régionales et ethniques. Cette

homogénéisation culturelle 6 engendre au niveau individuel et dans le cas des ethnies laminées une

crise d’identité et se traduit sur le plan collectif par l’imposition d’un modèle unique. Ces

phénomènes ne sont pour autant pas absents des pays sous développés. En particulier, au lieu que

leurs originalités s’expriment et se fortifient, au lieu qu’apparaissent les caractères singuliers des

peuples et des cultures, c’est à l’uniformisation des formes d’organisation, de production, de

  • 5 Y. BAREL, Le rapport humain à la matière, Action concertée, DGRST, IPEPS, CNRS, juillet 1976, Tome 1, p. 2.

  • 6 Edgar. MORIN, Développement, ouvrage collectif, in la direction de Candido Mandès, Seuil, Paris, 1977, p.249.

12

Kengue Mayamou, Pascal. La microfinance en Tunisie et en Egypte : un outil au service du développement local - 2012

tel-00713847, version 1 - 2 Jul 2012

consommation, de pensée qu’on assiste. Et la stratégie du « rattrapage » consiste à pousser plus

loin cette uniformisation. Elle suppose aussi que l’approche quantitative ne laisse pas de place à

une approche plus qualitative du développement.

- La « réduction de l’écart » comme premier objectif du développement ne présente à ce

titre qu’un intérêt limité, la limite en question tenant à l’appréciation de cet écart et à la nature des

moyens envisagés pour le réduire. La pratique la plus courante consiste à apprécier le processus

du développement par le taux de croissance du produit national brut (PNB), à mesurer l’état

atteint de développement par le PNB par tête et à évaluer le niveau de bien- être atteint par une

société d’après le revenu national par habitant. Or, à condition de tenir compte de la répartition

sociale du revenu et du PNB et du degré de participation des divers groupes sociaux aux fruits de

la croissance, ces trois indicateurs ne reflètent au mieux que l’évolution des forces productives,

condition nécessaire mais nullement suffisante du développement. De telles quantifications, si

elles présentent quelque utilité ne peuvent cependant pas appréhender le développement dans son

aspect qualitatif le plus essentiel : Celui d’un « processus d’apprentissage rendant les hommes de

plus en plus maîtres de leurs destinées grâce à la réalisation des projets individuels et sociaux

viables » nous dit Ignacy Sachs 7 .

A propos des moyens permettant la réduction de l’écart, nous avons observé qu’il

s’agissait essentiellement de l’implication d’industries industrialisantes, en particulier dans le cas

des pays qui optaient pour une stratégie de substitution aux importations, tels que : l’Algérie et le

Maroc. Or, comme le montre le Destanne de Bennis 8 , les industries ayant une telle vocation ne

sont pas les mêmes à toutes les époques historiques, et si on ajoute à cela l’avantage dont

disposent les pays déjà fortement industrialisés par rapport aux pays sous développés dans la

création de ces industries, la réduction de l’écart ne peut pas ne pas être considérée comme une

course sans fin où le développement des pays sous développés apparaîtrait de plus en plus

comme un mythe. Il convient juste, pour exemple, de considérer le cas de l’économie algérienne

qui n’a pas pu se développer malgré un « noircissement de sa matrice industrielle » à partir de

son industrie des hydrocarbures.

7 Ignacy SACHS, Développement, Utopie, Projet de Société, Tiers Monde, Tome XIX n° 75, juillet- Septembre 1978, p.646. 8 G. DESTANNE DE BENNIS , art.cit., p.424

13

Kengue Mayamou, Pascal. La microfinance en Tunisie et en Egypte : un outil au service du développement local - 2012

tel-00713847, version 1 - 2 Jul 2012

Les lignes qui précèdent avaient pour but de rendre compte des approches les plus en

vogue dans les années 1970-1990 en matière de développement ainsi que les limites qui en ont

découlé. Ni les stratégies de substitutions aux importations, ni celles reposant sur la seule

révolution verte, n’ont abouti aux résultats attendus en termes de développement « socialement »

soutenable.

Néanmoins, l’examen de ces approches, bien qu’introductif, a mis en évidence les dangers

que recèlent la conceptualisation du développement des pays mal développement par référence au

développement réalisé par l’occident, la subordination du développement à la croissance

économique et le transfert mimétique des technologies. En fait, ce qui est en cause, c’est la

définition mêmes des stratégies de développement à partir de concepts et critères n’ayant de

signification que dans et par rapport à un système socio économique particulier, le système

capitaliste en l’occurrence. C’est donc le problème du choix des critères et de la définition des

concepts permettant de penser le développement des pays en mal développement qui se pose.

Comprendre ce mal développement, est-ce envisager de mobiliser la théorie de la

modernisation ?

2) La théorie de la modernisation

La théorie de la modernisation soutient que les différences qui existent entre pays du Nord

et ceux du Sud sont liées principalement à des problèmes culturels (Peemans J.-Ph., 2002) 9 ,

(Frederic P Miller, Agnès F Vandome, John McBrewster, 2010) 10 . Elle comporte comme deux

composantes : la politique d’import substitution et la révolution verte.

- La politique d’import –substitution peut-être définie comme « la substitution d’une

production nationale à l’importation de biens industriels destinés à satisfaire les demandes

intérieures existantes et suffisamment amples déjà pour justifier la rentabilité des investissements,

ce qui signifie la production de biens de consommation manufacturés » 11 . Les raisons de la mise

9 Peemans J.-Ph., (2002) Le développement des peuples face à la modernisation du monde. Essai sur les rapports entre l’évolution des théories du développement et les histoires du développement réel dans la seconde moitié du XXe siècle. Louvain-la-Neuve, Paris : Academia Bruylant, L’Harmattan.

10 Frederic P Miller, Agnes F Vandome, John McBrewster (2010) Théorie de la modernisation , VDM Publishing House Ltd., p.68 11 C. PALLOIX, L’économie mondiale capitaliste et les firmes multinationales, Maspéro, PARIS, 1977, Tome 2, p.

306.

14

Kengue Mayamou, Pascal. La microfinance en Tunisie et en Egypte : un outil au service du développement local - 2012

tel-00713847, version 1 - 2 Jul 2012

en œuvre de cette politique résident en premier lieu dans la supériorité des opportunités de gains

offertes par l’implantation de ces industries dans les économies sous-développées 12 par rapport à

celles offertes par leur implantation dans l’économie d’origine. Cependant, la demande des pays

sous développés en bien manufacturés (tels les automobiles, appareils ménagers, téléviseurs,

etc.…), compte tenu de l’absence d’industries préexistantes et in fine de demande intermédiaire,

porte essentiellement sur des consommations de luxe, émanant des bourgeoisies locales. La

politique d’import –substitution ne peut donc concerner qu’un des stades de l’élaboration du

produit, le dernier, c'est-à-dire l’assemblage ; ce qui revient à substituer une importation (les

pièces détachées) à une autre (le produit fini).

Le développement économique fondé sur cette stratégie rencontre un blocage-constaté

dans tous les pays qui l’ont adoptée lorsque l’import substitution remonte aux biens

d’équipement et produits intermédiaires. L’impossibilité de remonter le processus de production

est due, selon C. Palloix 13 à l’épuisement rapide dans l’économie sous-développée, de la capacité

d’absorption de capital et de secteurs de production dynamiques, c'est-à-dire ceux devant

produire les pièces détachées importées ainsi que ceux produisant les machines servant à

fabriquer les pièces 14 . De même, comme les bourgeoisies locales ne consomment qu’une part

infime de la production, l’essor des industries d’import substitution dépend essentiellement de la

demande intérieure des populations rurales et urbaines dont les revenus sont très bas. Aussi, le

taux d’expansion de ces industries, après épuisement de la demande préalable, puisqu’elles

n’agissent pas sur les facteurs déterminant cette demande, notamment sur le niveau du revenu

agricole.

- La deuxième composante de la stratégie de la modernisation est la révolution verte.

Celle-ci consiste essentiellement à généraliser l’usage des semences améliorées. Ici, également,

l’échec a été inévitable et tient à deux raisons liées à la nature des rapports sociaux dans le cadre

desquels cette pseudo-révolution a été menée. D’une part, la diffusion des semences nouvelles

nécessite une utilisation plus intensive tant des engrais que des pesticides, ce qui, compte tenu de

la faible capacité des populations rurales à se procurer ces deux éléments et du temps plus ou

  • 12 Le terme le plus approprié de nos jours est « en développement » au lieu de « sous-développés ».

  • 13 C. PALLOIX, op. cit., p. 310

  • 14 C. PALLOIX, p. 205 précise que ce que l’import substitution épuise en fait, c’est « la capacité d’absorption des techniques simples dans l’économie sous développée, et elle se trouve alors bloquée par l’absence de secteurs dynamiques d’amont qu’elle n’a aucune vocation de susciter ».

15

Kengue Mayamou, Pascal. La microfinance en Tunisie et en Egypte : un outil au service du développement local - 2012

tel-00713847, version 1 - 2 Jul 2012

moins long nécessaire à leur adoption systématique, restreint le rythme de leur diffusion.

L’augmentation de la production enregistrée n’a pu se faire que par une popularisation sociale

marquée ainsi que par l’accaparement des terres par les éléments les plus « perméables aux

progrès » ; ce qui a occasionné l’exode rural et la famine. Nous pensons ici à l’échec de la

révolution verte du milieu des années 1960 en Inde, en particulier (H. DIATA, 1979) 15 .

3) La théorie du développement endogène ou autocentré

Un courant de pensée d’inspiration marxiste, représenté par les adeptes de la théorie de la

dépendance, a réagi contre cette idéologie en mettant en évidence l’impuissance de la croissance

capitaliste à assurer le développement des pays sous développés. Ces auteurs insistent sur la

nécessité pour ces pays sous développés de rompre avec le système capitaliste. Le développement

indépendant ou développement « autocentré » (S. Amin) de même que le développement

« endogène » (I. Sachs) sont conçus par eux comme une accélération du processus

d’industrialisation par le secteur public. L’application de cette stratégie ne peut se faire que sous

certaines conditions:

  • - Les industries à implanter doivent être « industrialisantes », c'est-à-dire « avoir pour

fonction économique fondamentale d’entraîner dans leur environnement localisé et daté un

noircissement systématique ou une modification structurelle de la matrice inter industrielle et des

transformations des fonctions de production ». 16 Ces industries se situent dans le secteur des

biens de production ; elles sont hautement capitalistiques et de grandes dimensions 17 ;

  • - Cette dernière caractéristique des industries industrialisantes exclut qu’elles puissent être

construites dans le cadre de pays isolés. L’industrialisation doit donc se réaliser à une échelle

régionale, voire continentale ;

  • - La dernière condition est l’intra version de ces industries, c'est-à-dire leur orientation

vers les besoins internes des zones d’implantation.

  • 15 Système social. Technologie et développement : Application à l’agriculture congolaise ». Université de Grenoble.

  • 16 G. DESTANNE DE BERNIS : Industries industrialisantes et contenu d’une politique d’intégration régionale . Economie Appliquée, Tome XIX, N°3-4, 1966, p.419.

  • 17 G. DESTANNE DE BERNIS, art. cit. page 419.

16

Kengue Mayamou, Pascal. La microfinance en Tunisie et en Egypte : un outil au service du développement local - 2012

tel-00713847, version 1 - 2 Jul 2012

L’option en faveur de l’industrialisation constitue également une réponse aux dilemmes

opposant le développement par l’industrie au développement par l’agriculture, l’industrialisation

à l’amélioration du niveau de vie de la population. L’argument mis en avant pour justifier cette

option face à ces dilemmes est que l’agriculture ne peut se développer que par l’utilisation des

inputs d’origine industrielle (machines, engrais, pesticides, etc.…) et l’augmentation du niveau de

vie n’est possible qu’avec l’accroissement de la productivité, elle –même liée à

l’industrialisation. A l’intérieur de ce même courant, certains auteurs comme Samir Amin

considèrent cependant que la priorité première est l’amélioration immédiate de la productivité et

du niveau de vie de populations, notamment rurales 18 , car dans la perspective d’une rupture avec

le marché capitaliste, le surplus paysan est le moyen le plus sûr de réaliser cette industrialisation.

Bien que cette seconde théorie parte d’une négation de l’idéologie d’import substitution,

l’une et l’autre reposent cependant sur le paradigme productiviste de la libéralisation automatique

par le progrès technologique.

L’idée centrale de ce paradigme est que la croissance économique, permise surtout par

l’industrialisation et entretenue par le progrès technologique, est le moteur du développement

socioéconomique qui assure épanouissement et progrès des virtualités, des libertés et des

pouvoirs de domination de l’homme sur la nature et éventuellement sur la société. D’où la

croyance que seule l’industrialisation libère, croyance renforcée par le développement réalisé par

l’Occident tant capitaliste que socialiste. En supposant en outre que toute économie a vocation à

s’industrialiser, on en vient à accorder le primat, dans la définition des stratégies de

développement des pays sous développés, au transfert des technologies. La mise en œuvre d’une

telle stratégie devrait permettre le « rattrapage » des pays développés en brûlant un certain

nombre d’étapes 19 , ou « la réduction des écarts de développement » 20 entre les uns et les autres.

Il faut remarquer en premier lieu que le rôle privilégié accordé au transfert des technologies

suppose que ces technologies soient universelles, c'est-à-dire qu’elles soient les meilleures

partout et pour tous.

  • 18 S. AMIN : Préface à l’ouvrage de Pascal LISSOUBA : « Conscience du développement et démocratie », Nouvelles Editions Africaines, Dakar –Abidjan, 1975.

  • 19 G. DESTANNE DE BERNIS, art. cit. p.426

  • 20 C. PALLOIX, op. cit. Tome 2, p. 328. Cf. aussi Paul BAIROCH : « Les écarts des niveaux de développement économique entre pays développés et pays sous développés de 1770 à 2000 », Tiers Monde, Tome XII-N°47 Juillet Septembre 1971, p. 497 à 514.

17

Kengue Mayamou, Pascal. La microfinance en Tunisie et en Egypte : un outil au service du développement local - 2012

tel-00713847, version 1 - 2 Jul 2012

4) La notion du développement soutenable

L’apparition de la notion de « développement soutenable » popularisée par Gro Harlem

Brundtland en 1987, réconcilie les dynamiques économiques, sociables et écologiques, et

remonte aux années 1980 (UICN, 1980). Son enjeu porte tant sur le contenu de la

« soutenabilité » que sur celui de la notion de « développement ». En effet, il y a trois points

essentiels qui déterminent la notion de soutenabilité :

  • - Le premier, qui exprime le point de vue de la théorie économique dominante, met en

avant l’idée d’une croissance durable comme condition nécessaire et suffisante pour accéder à un

développement soutenable ;

  • - Le deuxième, plus inspiré de la « pensée des limites » héritée de l’écologie, cherche à

élaborer des contraintes socio-environnementales à l’intérieur desquelles le développement

économique doit se poursuivre ;

  • - Le troisième, marqué par les expériences des Pays en Développement (PED), met

l’accent sur les inégalités sociales et s’interroge sur le sens de la notion de développement. Pour

chacune de ces visions du monde, il s’agit à chaque fois de s’interroger sur le contenu pris par

l’objectif de soutenabilité et sur les politiques à même de répondre à ces enjeux.

Ainsi, même si la question du développement soutenable s’est construite en partie sur la

critique de la croissance - une problématique centrale dans le corpus néoclassique - ce courant

entend tout de même proposer des modèles de croissance qui sont censés répondre à cet enjeu.

C’est le modèle de Solow, légèrement amendé, qui constitue aujourd’hui encore l’élément central

de la réponse de la théorie néoclassique à la problématique du développement soutenable.

D’autres types de travaux complètent ce dispositif doctrinal en insistant sur l’idée que la

croissance durable va dans le sens du développement et de la protection de l’environnement. « W.

ROSTOW, (1978, p.129).

L’objectif de la soutenabilité doit se traduire par la nécessité faite aux sociétés de

transmettre à travers le temps une capacité à produire du bien-être économique et faire ainsi en

sorte que celui des générations futures soit, au minimum, égal à celui des générations présentes.

En d’autres termes, la soutenabilité est définie ici comme la « non décroissance » dans le temps

18

Kengue Mayamou, Pascal. La microfinance en Tunisie et en Egypte : un outil au service du développement local - 2012

tel-00713847, version 1 - 2 Jul 2012

du bien-être individuel, lequel peut être mesuré, selon le type d’analyse, par le niveau d’utilité, le

revenu ou la consommation individuelle. Pour atteindre cet objectif, disent les auteurs

néoclassiques, il importe que, moyennant un taux d’épargne suffisamment élevé, le stock de

capital à disposition de la société reste intact d’une génération à l’autre, permettant ainsi la

production d’un flux constant de richesse à travers le temps. Les capacités de production d’une

économie sont constituées par le stock d’équipements, les connaissances et les compétences, le

niveau général d’éducation et de formation, ainsi que par le stock de ressources naturelles

disponibles. Conformément à la tradition initiée par Harold Hotelling (1931), la nature est

considérée comme une forme particulière de capital.

5) Le développement local

Le développement local est la contribution qu'un territoire apporte au mouvement général

du développement, en termes de plus-value économique, sociale, culturelle, spatiale. C'est un

produit de nature globale instrumenté par le projet de territoire d'une équipe, articulé autour

d'initiatives économiques et écologiques (K. Kolosy, 2006). C'est vers la fin des années 1950 que

prend forme la théorie du développement endogène, par John Friedmann et Walter Stöhr. C'est

une approche volontariste, axée sur un territoire restreint, qui conçoit le développement comme

une démarche partant du bas, privilégiant les ressources endogènes. Elle fait appel aux traditions

industrielles locales et insiste particulièrement sur la prise en compte des valeurs culturelles et sur

le recours à des modalités coopératives.

Les profondes modifications de l'économie mondiale et notamment des formes que prend

la compétitivité renversent les modes de production. C’est désormais la demande du marché qui

est à l'origine de l'organisation de la chaîne productive. Le maître-mot n'est plus la

programmation mais la flexibilité, que les réseaux souples de petites unités de production ou les

pôles de développement intégré semblent mieux à même de porter que les macro-unités. Quand la

crise touche des régions dont l'économie est caractérisée par la mono-activité, c'est tout le tissu

social qui s'effondre. En réaction à la vulnérabilité des économies tunisienne et égyptienne, le

développement local, c'est-à-dire la recherche d'un équilibre territorial par le biais d'une certaine

auto-suffisance qui s'appuie sur la diversification et l'intégration des activités, peut-t-il être vu

comme une réponse possible ? La crise amène à privilégier l’échelle locale par rapport au niveau

national et rencontre sur le terrain des poussées sociales, culturelles et identitaires. Le local

19

Kengue Mayamou, Pascal. La microfinance en Tunisie et en Egypte : un outil au service du développement local - 2012

tel-00713847, version 1 - 2 Jul 2012

s'approprie en quelque sorte le développement de proximités (sociale et géographique) pour en

faire un concept et une pratique globale, une stratégie territoriale intégrée, solidaire, durable.

La décentralisation de l’économie est une notion capitale en matière de développement local,

elle ne doit pas être l’occasion pour l’Etat d’abandonner ses responsabilités en matière

économique. Il revient à l’Etat d’aider les populations locales à s’émanciper de son influence et

de celle des grandes entreprises. En somme, l’Etat doit aider les gens à compter davantage sur

eux-mêmes et, pour ce faire, aussi paradoxal que cela puisse paraître, il doit leur fournir les

moyens d’y parvenir. L’un de ces moyens, et de loin le plus indispensable, c’est bien sûr, la

présence d’un organisme qui assure les fonctions d’animateur et de dispensateur de l’information

liée à l’essor d’initiatives locales de création d’emplois. Et en termes de création d’emplois

indépendants, la microfinance à travers le microcrédit peut y contribuer durablement et

significativement.

Le développement local est un processus qui crée des activités, répartit leurs effets de manière

équitable et en reconstitue les ressources. Ses ressorts sont globaux et locaux. Les premiers sont

en général assimilés à l’existence d’un environnement macroéconomique favorable ou d’un cadre

réglementaire pertinent. Souvent laissés dans l’ombre, les seconds ressorts ont trait à la

mobilisation des acteurs locaux, l’utilisation du partenariat, la capacité d’organisation de

nouveaux services, l’amélioration de l’image d’un territoire.

Le développement local nécessite la conception d’outils de financement spécifiques, le

crédit ne convenant généralement pas à la mise en œuvre d’équipements publics ou collectifs

privés. Par ailleurs, avec les réformes de décentralisation au début des années 1990, de nouveaux

acteurs sont apparus, les collectivités locales. Il devient alors nécessaire de concevoir des

modalités de financement du développement local qui respectent la maîtrise d’ouvrage des

collectivités, améliorent la transparence financière et permettent l’apprentissage collectif de la

gestion des biens communs. Ces outils de financement doivent permettre la réalisation des

investissements nécessaires au développement des collectivités et l’intervention concertée d’un

grand nombre d’acteurs étatiques et locaux. Il s’agit d’une condition nécessaire à la réussite des

processus de décentralisation 21 .

21 IRAM depuis 2000 Outil de financement du développement local.

20

Kengue Mayamou, Pascal. La microfinance en Tunisie et en Egypte : un outil au service du développement local - 2012

tel-00713847, version 1 - 2 Jul 2012

Il n’y a pas de développement local sans organisation. Celle-ci doit prendre forme autour

d’un organisme spécialement à la diversification de l’économie locale. Il peut s’agir d’un

organisme déjà mis en place ou que l’on créera de toutes pièces. Il lui reviendra de bien définir la

problématique à laquelle il doit faire face. Après quoi, il aura la responsabilité de faire

l’inventaire des ressources disponibles. L’un de ces organismes serait-il la microfinance ?

II) A quoi peut servir la microfinance ?

Après avoir précisé le contenu du concept de la microfinance nous aborderons l’analyse

de son impact sur le développement.

1) Définition et origine

La microfinance est la fourniture d’un ensemble de produits financiers à tous ceux qui

sont exclus du système financier classique ou formel (CGAP 22 ). Parmi les produits financiers

de la microfinance nous avons trois éléments.

  • - Le microcrédit représente une part assez substantielle de l’activité des Institutions de

microfinance (IMF) et se définit comme un prêt de faible ampleur accordé à des personnes ayant

un accès limité aux crédits bancaires afin qu'elles puissent créer leurs propres activités ;

  • - La micro-assurance est un système par lequel un individu, un commerce ou une autre

organisation effectue un paiement pour partager le risque ;

- La micro-épargne concerne des services de dépôt qui permettent à un individu

d’engranger de faibles sommes d’argent pour une utilisation future. Souvent dépourvus de crédit

minimal, les comptes d’épargne permettent aux ménages de mettre de l’argent de côté afin de

faire face à des dépenses imprévues ou de planifier de futurs investissements.

22Consultative Group to Assist the Poor: un consortium de 27 Agences de développement publiques et deux fondations privées soutenant le développement de la microfinance (www.cgap.org).

21

Kengue Mayamou, Pascal. La microfinance en Tunisie et en Egypte : un outil au service du développement local - 2012

tel-00713847, version 1 - 2 Jul 2012

Enfin, le terme de microfinancement recouvre les prêts, l'épargne, l'assurance, les services

de transferts et d'autres produits financiers visant des clients à faibles revenu (J.M. SERVET

2006). Cette définition représente une synthèse pragmatique issue de la recherche d’une

dynamique commune à la diversité des opérations de terrain. Cette diversité d'objectifs est tout à

la fois la conséquence:

de la pluralité des motivations initiales des opérations qui ont permis d'affranchir

majoritairement les femmes d’'un système informel contraignant dont les banquiers ambulants et

des usuriers tiraient profit ;

de

la réussite de plus en plus médiatisée des méthodes mises au point par la

microfinance au profit des populations pauvres ;

de la mobilisation accrue de la communauté internationale qui a conduit à

l'adoption d'un objectif universel de lutte contre les inégalités et les disparités économiques

régionales rendant ainsi ces populations moins vulnérables ;

de l'évolution concrète d'une activité de nature commerciale qui contribue à la

diversification et l'approfondissement du secteur financier.

Les origines de la microfinance sont très anciennes, les Babyloniens la pratiquaient 1500

ans avant Jésus Christ de façon similaire à celle qui existe aujourd'hui. En Inde le microcrédit est

apparu il y a 3000 ans, sous trois formes principales: les traditionnels usuriers, les chit funds

(épargne et crédit rotatif par association), et les guides de marchands (les corporations). Ces trois

formes existent encore aujourd'hui.

En Irlande, les grandes famines des XVIIe et XVIIIe siècles, ont permis à Jonathan Swift

de prôner le principe du micro-prêt, qui permet de rompre le cycle de la pauvreté. Il a mis en

place le Système Irlandais de Fonds pour Prêts, qui soutiendra jusqu'à 20% des familles

irlandaises chaque année. En Allemagne, en 1848, le maire Friedrich Raiffeisen cherche à court-

circuiter les usuriers. Ayant réalisé que l'épargne coopérative est plus efficace que la charité pour

permettre aux pauvres de sortir de leur dépendance vis-à-vis des usuriers, il crée le premier

22

Kengue Mayamou, Pascal. La microfinance en Tunisie et en Egypte : un outil au service du développement local - 2012

tel-00713847, version 1 - 2 Jul 2012

Syndicat du Crédit, qui finira par toucher 2 millions de paysans. L'idée se réplique rapidement en

Europe et en Amérique du Nord, puis en Indonésie et en Amérique Latine.

Les Associations Rotatives d’Epargne et de Crédit (ECRA) désigne des groupes

d'individus volontaires qui construisent un cycle d'épargne et de prêt. Régulièrement, les

membres se rencontrent et chacun contribue de façon égale à un fonds. Ce fonds finance le crédit

rotatif dont chaque membre bénéficiera au cours du cycle, chacun son tour. L'ECRA existe

depuis des siècles dans différentes régions du monde: « tontines » dans l'Ouest africain,

« tandas » au Mexique, « pasanaku » en Bolivie, « arisan » en Indonésie, « cheetu » au Sri Lanka,

« esusu » au Nigeria. Les « susu » du Nigeria ont été importés aux Caraïbes par les esclaves

noirs.

Au XIXe siècle l’Allemagne fut le berceau des premières coopératives d'épargne et de

crédit où deux hommes, Schulze-Delitzsch (1808-1883) et Raffeisen (1818-1888) ont contribué à

leur naissance. Ce modèle a été exporté partout dans le monde. Alfonse Desjardins (1854-1920)

va initier plus tard au Canada en 1920 l'expérience canadienne des caisses populaires, cette

expérience aussi va connaître du succès et sera exportée dans plusieurs continents. La réputation

des caisses populaires « Desjardins » a pu s'étendre au delà du Canada et des USA.

En Afrique, l'émergence de la microfinance se situe dans la filiation des modèles

occidentaux apparus à la fin du XIXe siècle. Les pratiques microfinancières sont plus anciennes

en Afrique Anglophone: le Ghana en 1920, la Tanzanie en 1955, au Cameroun en 1964 mais leur

développement se fait à partir de 1970. Elles sont plus récentes en Afrique francophone: le Togo

en 1967, la Haute Volta en 1969 avec l'Union des caisses d'épargne et de crédit du Burkina Faso,

au Cameroun zone francophone en 1971 avec l'Union des caisses populaires de Yaoundé, au

Zaïre en 1972, la Côte d'Ivoire en 1975 etc. Dans la zone Franc CEMAC la microfinance a connu

son émergence en 1990 avec la consolidation d'un texte réglementaire s'inspirant de la loi

PARMEC 23 qui était déjà appliquée en Afrique de l'Ouest. L’Egypte et la Tunisie ont suivi la

même évolution que nous allons présenter dans les chapitres structurant notre thèse.

23 En 1993, une approche communautaire au cadre de réglementation sur les institutions de microfinance (IMF) fut développée par la Banque Centrale régionale (BCEAO) qui supervise tous les intermédiaires financiers dans les huit pays de l'UMOA. Le projet de réglementation de toutes les IMF dans la région a été financé par des fonds canadiens dans le cadre du Projet d’Appui à la Réglementation sur les Mutuelles d'Epargne et de Crédit (PARMEC) et a abouti à une loi réglementant toutes les IMF autorisées dans la zone de l’UMOA, loi communément appelée la Loi

23

Kengue Mayamou, Pascal. La microfinance en Tunisie et en Egypte : un outil au service du développement local - 2012

tel-00713847, version 1 - 2 Jul 2012

Les différentes étapes de l’évolution de la microfinance : se résument en trois décennies de

rayonnement de la microfinance (J.M. SERVET 2006):

La première décennie (1975-1985) est celle de l'émergence des organisations modernes de

microfinance avec l'apparition des premières organisations majoritairement de petite taille

avec un taux élevé de remboursement des prêts. Ne disposant pas d'une véritable

autonomie financière, leur charge de fonctionnement étant supérieure à leurs ressources

propres. Le professeur Yunus, fondateur de la Crameen Bank (1976) est l'un des

précurseurs de ces premières organisations.

La deuxième décennie (1985-1995) est celle où un grand nombre des institutions les plus

connues ont été formées à l'exemple de la BIRD en Indonésie et Bancasol en Bolivie.

Cette période est marquée par l'autonomie et la taille de ces Institutions qui deviennent de

plus en plus importantes et certaines nouent des relations de partenariat commerciales

avec les banques commerciales.

La troisième décennie (1995-2005) est caractérisée par l'intégration de la microfinance

dans les programmes de développement économique et par la prolifération des modèles

qui concourent tous à lutter efficacement contre la pauvreté et à l'autonomie financière

des Institutions de microfinance.

La décennie ouverte en 2005 (déclaré année du microcrédit par les Nations Unies) est celle

d'une diversification des services et d'une interrogation croissante sur la capacité de la

microfinance à réaliser ses promesses et sur l'efficience relative des institutions dans les contextes

particuliers dans lesquels elles interviennent (J.M. Servet, 2006). Les interrogations croissantes

sur la microfinance ont permis de développer un courant de pensée ou les chercheurs en sciences

PARMEC. Cette loi a été adoptée par tous les pays membres de l’UMOA, excepté la Guinée Bissau en raison de l'absence d'une industrie assez importante de la microfinance dans ce pays. La législation pour la mise en application de la Loi PARMEC a été décrétée au Bénin en août 1997 (loi N° 97-027) et suit très étroitement la loi modèle régionale. Toutes les organisations de microfinance sont soumises à cette loi bien qu’il ne peut être délivré de licence de plein droit qu’aux seules coopératives d’épargne et de crédit et à leur réseau de fédérations. D'autres IMF sont autorisées à fonctionner suivant des règles définies par un accord spécial ou convention-cadre avec le ministère des finances pendant cinq ans et renouvelable par consentement mutuel. Banque Mondiale, 2004.

24

Kengue Mayamou, Pascal. La microfinance en Tunisie et en Egypte : un outil au service du développement local - 2012

tel-00713847, version 1 - 2 Jul 2012

financières et les techniciens de la finance internationale (M. LELART 2003, M. HUMBERT

2004, J.M. SERVET 2006, B. AMOUSOUGA 2006, P. GLEMAIN, 2005, 2010) traitent de ces

questions avec toutes les règles de l'art. Dans un langage simple, ils décrivent les enseignements

que certains acteurs du milieu de développement (M. YUNUS 1984, HALEY 2001, J.

MORDUCH 2003…) ont pu tirer ces dix dernières années sur la construction de systèmes

financiers accessibles à tous. A l'aide de multiples sources d'information, ils décrivent la situation

du secteur de la microfinance dans son état actuel, les perspectives et les défis avenir.

Des nombreux travaux (M. LELART 1999, 2003 ; M. YUNUS 1984, 2006 ; J. M.

SERVET 1999, 2006) ont été réalisés pour mettre en évidence le rôle de la microfinance dans les

économies des pays en développement. Ceci afin d'identifier la relation qui existe entre la

microfinance et le développement économique d'une nation. Il est aujourd'hui difficile d'identifier

le niveau de développement microfinancier qui va favoriser le développement économique

optimal et durable. Le contenu du débat n'est pas encore épuisé et de nombreuses interrogations

subsistent encore sur le sujet, d'où l'abondance de la littérature.

C'est sur ce terreau qu'a pris le microcrédit et qu'il s'est développé, depuis la première

initiative de M. YUNUS, à un rythme accéléré. Un siècle après les réseaux mutualistes de

Raiffeisen en Allemagne vers 1860, le Professeur M. YUNUS, a été confronté aux mêmes

problèmes de misère populaire et d’exploitation de celle-ci par des usuriers dans une région

rurale du Bangladesh. Il a pris l’initiative de prêter de petites sommes à quelques villageois

constitués en « groupes de prêt ». Se heurtant à l’insuffisance de ses ressources propres, il s’est

tourné vers le système bancaire, le gouvernement, et l’épargne populaire. Le système se

développa et, en 1984, naquit la Grameen Bank, détenue aujourd’hui par les bénéficiaires de ses

services.

2) Microfinance et développement

Il n'existe que peu d'éléments sur la manière dont la microfinance agit au niveau local et

sur la mesure de ses effets à la fois économique et sociaux. Cette question de mesure d'impact a

pourtant donné lieu à de nombreuses discussions d’experts 24 notamment dans le cadre du projet

24 * Susy Cheston, Directrice exécutive, Women's Opportunity Fund Larry Reed, Directeur général, Opportunity International Network et Vanessa Harper, Lauren Hill, Nancy Horn, Suzy Salib, Margaret Walen (1999), Comment mesurer la transformation: Évaluation et amélioration de l’impact du Microcrédit. * Cristina Himes et Lisa J. Servon. « Évaluation de la réussite des clients : évaluation de l’impact d’ACCION sur les microentreprises aux États-Unis », The U.S. Issues Series Document N° 2, avril 1998.

25

Kengue Mayamou, Pascal. La microfinance en Tunisie et en Egypte : un outil au service du développement local - 2012

tel-00713847, version 1 - 2 Jul 2012

AIMS (Assessing the Impact of Microenterprise Service - Évaluation de l'impact des prestations

à la microentreprise) de l'Agence des États-Unis pour le Développement International (USAID)

et par le Groupe consultatif d'assistance aux plus défavorisés (GCAPD) de la Banque mondiale.

Ces organismes travaillent pour améliorer les outils d’évaluation de l’impact de la microfinance.

Le débat sur l’évaluation d’impact conduit à la question de savoir dans quel but doit se faire la

mesure de l’impact. Ces experts voudraient voir adoptés des outils d’évaluation d’impact qui ne

se limitent pas à incorporer les indicateurs d’évaluation financière mais qui puissent également

indiquer la transformation chez les clients c'est-à-dire les modifications profondes dans la vie des

personnes ainsi que celles de leur quartier ou région. L’objectif en est tout à la fois de mesurer les

résultats et d’améliorer les programmes analysés.

. Le groupe formé par l’USAID, l’équipe du projet AIMS (Assessing the Impact of

Microenterprise Services) et le réseau SEEP (Small Enterprise Education and Promotion),

quoique assez hétérogène, s’est accordé sur l’idée que le secteur avait besoin d’une approche

intermédiaire de l’analyse d’impact, qui soit à la fois utile, fiable et d’un coût raisonnable. A sa

création en 1995, le projet AIMS de l’USAID était l’un des rares à défendre les vertus de l’étude

d’impact en microfinance. D’autres thèmes dominants, notamment l’amélioration de la

performance institutionnelle, l’accès aux marchés financiers et la recherche de la croissance,

éclipsaient à l’époque la question de l’étude d’impact. Quelques années plus tard jusqu’à nos

jours, l’intérêt porté à la mesure de l’impact réel des programmes de microfinance sur leurs

clients est beaucoup plus marqué. Le projet AIMS a cultivé ce regain d’intérêt pour la clientèle

des IMF à travers ses recherches sur les méthodes d’évaluation, couvrant un éventail d’approches

très large (cf. tableau annexe 1).

III) Notre recherche

*Cohen, Monique. Septembre 1998. « Impact Assessment: The Evolving Agenda ». Washington, D.C. : Document USAID. *Hulme, David. 1997. « Impact Assessment Methodologies for Microfinance: A Review ». Washington, D.C., précis du projet AIMS n° 14. *Mayoux, Linda. 1997. « Impact Assessment and Women’s Empowerment in Micro-finance Programs: Issues for a Participatory Action and Learning Approach ». Document de travail présenté à la réunion virtuelle de GCAP ayant pour thème les méthodes d’évaluation d’impact dans les programmes de microfinance.

26

Kengue Mayamou, Pascal. La microfinance en Tunisie et en Egypte : un outil au service du développement local - 2012

tel-00713847, version 1 - 2 Jul 2012

La thèse que nous défendons ici est celle du rôle de la microfinance en tant qu’ « un outil

au service du développement soutenable local », en Tunisie et en Egypte. Ce choix ne constitue

nullement une réponse aux concepts évoqués plus haut opposant « développement »,

« soutenabilité », bien au contraire. Il envisage une analyse des interrelations possibles entre ces

concepts.

Le choix de ce thème est justifié par l’intérêt que nous portons sur les questions de

développement en Afrique et sur la connaissance des deux pays choisis pour cette raison comme

terrain d’études. La particularité de notre thèse est de pouvoir mener nos recherches en tenant

compte de toute cette masse d’information sur la microfinance et les stages de plusieurs mois que

nous avons effectués au Département du secteur privé et de la Microfinance de la Banque

Africaine de Développement à Tunis, à l’Université Senghor d’Alexandrie en Egypte et au siège

des Nations Unies à New York.

Nous verrons qu’en Tunisie et en Egypte, le milieu rural est celui où se manifeste le plus

le phénomène d’un certain mal développement.

Les caractéristiques générales de ces pays sont bien connues en France, nous mettons

cependant une fiche pour chaque pays (avec une carte) en appendice à cette introduction, les

caractéristiques spécifiques à notre question de recherche sont quant à elles explicitées et

analysées dans le corps du texte.

  • a) Caractéristiques de la Tunisie

La Tunisie est un pays de l’Afrique du Nord et le plus petit pays du Maghreb. Elle est

située au bord de la Mer méditerranéenne. C’est un pays situé à l’extrême Nord-est de l’Afrique

et au centre du bassin méditerranéen, un relief peu accidenté et un réseau hydrographique

comprenant essentiellement l’Oued Medjerda et l’Oued Méliane (cf. appendice 1 : carte de la

Tunisie fig. 1). La Tunisie, peu dotée en ressources naturelles, a axé son développement sur le

capital humain. La capitale de la Tunisie est Tunis, son régime politique est la République. La

superficie de la Tunisie est de 164 418 km², avec un découpage administratif de 24 gouvernorats.

Pays à revenu intermédiaire avec une population estimée à 10.434.000 habitants en 2009 elle

27

Kengue Mayamou, Pascal. La microfinance en Tunisie et en Egypte : un outil au service du développement local - 2012

atteindra 11.025.000 d’habitants en 2014 25 . L’espérance de vie est de 74,4 ans et atteindra 75,2

tel-00713847, version 1 - 2 Jul 2012

en 2014 ce qui est une très bonne moyenne par rapport à d’autres pays du Maghreb et de

l’Afrique. Le taux de couverture social est de 95% et atteindra 98% selon les projections en 2014.

La majorité de la population vit dans les villes (64,8%), notamment dans le grand Tunis

(20%) 26 . La structure par âge indique que la Tunisie a effectué sa transition démographique. Au

niveau de l’administration territoriale, les 24 gouvernorats sont dirigés par un Gouverneur qui

représente le Chef de l’Etat au niveau régional, et regroupe plusieurs communes (au total

1541communes). Les Gouverneurs avaient, avant les récents événements, sous leur autorité des

délégués, à la tête de Délégations (262 au total). La Tunisie est un Etat indépendant et souverain.

Sa religion est l’islam, sa langue est l’arabe.

  • b) Caractéristiques de l’Egypte

Située en Afrique du Nord, en bordure de la Mer Méditerranée, avec ses 83 millions

d’habitants 27 et un taux de croissance démographique de 1,7 % par an, il s’agit du pays arabe le

plus peuplé. C’est la deuxième économie la plus puissante de l’Afrique et l’une des quatre

meilleures économies du monde Arabe.

L’Egypte s’étend entre la Libye et la bande de Gaza à l’Ouest et la Mer Rouge à l’Est. Elle

est limitée au Sud par le Soudan et constitue l’unique lien entre l’Afrique et l’hémisphère Est. Sa

superficie totale est de 1001450 kilomètres carrés dont 995450 kilomètres carrés de terres et 6000

kilomètres carrés d’eau. Seules 2,85 % des terres sont arables.

Le pays est essentiellement constitué d’un vaste plateau désertique traversé par le Delta

du Nil et la Vallée du Nil. Il baigne dans un climat méditerranéen, caractérisé par des étés très

chauds et des hivers doux (cf. appendice 2 carte de l’Egypte fig. 2). Le Nil est l’un des plus longs

fleuves du monde et représente le « poumon » de l’Égypte : c’est dans la vallée et dans le delta du

Nil que se situe l’essentiel des richesses du pays. Seulement 10 % du territoire égyptien est habité

25 Selon les estimations du Centre National de la Statistique de la Tunisie dans son document « Développement Economique & Social en Tunisie 2010-2014 : Vers une croissance basée sur l’innovation et la créativité ».

26 Source des données : Institut National de la statistique de Tunis, 2009. 27 PNUD, 2010.

28

Kengue Mayamou, Pascal. La microfinance en Tunisie et en Egypte : un outil au service du développement local - 2012

tel-00713847, version 1 - 2 Jul 2012

et cultivé, le reste du pays étant constitué de zones désertiques : 99 % de la population est

concentrée sur moins de 4 % de la superficie totale.

La langue officielle est l’arabe. La capitale de l’Égypte est le Caire. C’est une ville

immense qui forme un véritable labyrinthe. Elle rassemble à elle seule le quart de la population

de l’Égypte. Elle attire aussi beaucoup de touristes, car tout près se trouvent les célèbres

pyramides de Gizeh. Le Caire se trouve dans le nord-est de l’Égypte, sur la rive droite du Nil. Au

plan juridique, l’Islam est la religion d’Etat, le droit égyptien a été influencé par plusieurs

courants dont le droit européen et le droit de l’empire Ottoman.

L’objectif que nous visons consiste à mettre au point un ensemble d’analyses propres à

penser la transformation de la microfinance dans les deux pays. La réalisation de cet objectif est

liée à l’examen d’un certain nombre des questions d’ordre théorique qui vont constituer la

problématique de cette recherche, à la définition d’un corps d’hypothèses sur lesquelles reposera

l’analyse des problèmes ainsi qu’à celle d’une méthode d’approche de ces problèmes.

En effet, il semble utile dans ce travail de thèse d’identifier les traits spécifiques qui

structurent l’identité de la microfinance et sa dynamique de construction. Cette dernière est,

multiple et marquée par le tâtonnement. Son principal enjeu aujourd’hui est celui d’entrer dans

une nouvelle phase de développement. Celui-ci devra prioritairement mettre l’accent sur la

structuration et la régulation d’un secteur en pleine expansion tout en préservant une dynamique

d’initiatives et d’expérimentation qui a été au cœur de sa réussite. Le secteur de la microfinance

dans les PED peut désormais se donner des nouveaux défis qui pourraient être la diversification

des produits et des cibles (par exemple le financement du monde rural plus particulièrement, de

l’agriculture) et, plus globalement, le renforcement des impacts économiques et sociaux. Autant

des priorités nouvelles qui impliquent une refonte des objectifs et des modes d’interventions des

partenaires publics ainsi que l’intégration d’une dimension d’accompagnement, aujourd’hui

possible et nécessaire, de l’investissement privé.

Cette thèse se situe au cœur du débat sur les apports de la microfinance et de son utilité

dans le processus de développement des pays du Sud. Elle s’intéresse à un aspect particulier de la

microfinance : l’émergence d’un outil au service du développement soutenable local en Tunisie et

en Egypte. Elle questionne en premier lieu les populations vulnérables qui forment, les paysans

ruraux avec ou sans terre et les citadins sans emplois. Les questions de vulnérabilités, d’inégalités

29

Kengue Mayamou, Pascal. La microfinance en Tunisie et en Egypte : un outil au service du développement local - 2012

tel-00713847, version 1 - 2 Jul 2012

socioéconomiques, de territorialités et de la microfinance dans les deux pays sont intimement

liées et ont un regain d'intérêt en commun. Cet intérêt vient d'être ravivé par les révolutions du

printemps arabes. Ces deux pays n'arrivent malheureusement pas à se démarquer de leur carcan

qui n'est autre que le mal développement avec ces corollaires: les inégalités, la pauvreté donc les

exclusions à la fois économiques et sociales, l'insécurité alimentaire, et le chômage de la jeunesse

etc. ; A tel point qu'on a vu des milliers de Tunisiens fuyant la misère au péril de leur vie

s'échouant dans des embarcations de fortune aux portes de l'Europe. En ces temps incertains pour

ces deux pays, notre recherche participe à la compréhension de « l’avenir » de la Tunisie et de

l’Egypte.

Face à la situation socioéconomique et politique que traversent la Tunisie et l’Egypte, il y

a tout lieu à cet effet de formuler quelques interrogations:

Quelle

  • - est

la

place de la microfinance

dans la lutte contre les inégalités des

populations?

 
  • - Permet-elle de pallier l’insuffisance des ressources des paysans ruraux sans terre, des citadins sans emplois et des populations rurales qui sont directement touchées par les variations climatiques ?

  • - Dans quelle mesure peut-elle lutter efficacement contre la précarité urbaine et rurale des jeunes dont le manque d’emploi résulte entre autres de la stagnation du développement rural et de la pression démographique élevée ?

  • - Enfin, quel est son impact sur le pouvoir d’achat de ces populations et en particulier celles qui ne sont pas propriétaires des terres cultivables ?

L’ensemble

de

ces

questions

illustre

la

diversité

des

enjeux

que

peut

poser

la

microfinance et nous amène à formuler la question à laquelle cette thèse entend répondre à

savoir:

mode de développement local, socialement soutenable?

En quoi la microfinance en Egypte et en Tunisie participe-t-elle à un autre

30

Kengue Mayamou, Pascal. La microfinance en Tunisie et en Egypte : un outil au service du développement local - 2012

tel-00713847, version 1 - 2 Jul 2012

1) Problématique

Pour répondre à notre question de recherche nous avons formulé des hypothèses dont nous

chercherons à vérifier la validité.

  • a) les hypothèses

H1 : L’accès au microcrédit diminue le risque de vulnérabilité des ménages tunisiens et

égyptiens d’être pauvres et constituent un facteur de réduction des inégalités. Ici, il est question

de vérifier si le fait d’obtenir un crédit a permis aux ménages d’améliorer leurs conditions

d’existences ou pas.

H2 : La microfinance contribue fortement au financement du secteur privé en Tunisie et

en Egypte. Elle a des limites et des contraintes qui entravent son efficacité dans le financement

des zones rurales et des zones périurbaines. Il s’agira de vérifier si la microfinance permet de

financer le secteur privé et les zones rurales.

H3 : Les changements observés dans la vie des clients sont liés directement à l’IMF ou ils

sont la conséquence d’autres facteurs. Cette hypothèse permet de vérifier le niveau d’implication

du microcrédit envers les populations. Elle va consister à vérifier l’origine des changements

observés au sein de la population qui peut être due à la microfinance ou à d’autres politiques

étatiques.

H4 : La politique du taux d’intérêt est un obstacle pour la généralisation du microcrédit

auprès des populations démunies. Nous allons vérifier si le taux d’intérêt peut constituer un frein

ou une incitation à l’accession du microcrédit par les populations.

H5 : La microfinance contribue à la stabilisation de la Tunisie et de l’Egypte. Avec les

révolutions Arabes et la crise économique, il est question de vérifier si la microfinance peut

contribuer à la stabilisation de ces deux pays.

  • b) la méthodologie

31

Kengue Mayamou, Pascal. La microfinance en Tunisie et en Egypte : un outil au service du développement local - 2012

tel-00713847, version 1 - 2 Jul 2012

Pour vérifier nos hypothèses nous avons adopté une méthode mixte qui associe à la fois la

recherche documentaire et les techniques d’enquêtes (questionnaires, interviews), laissant à

d’autres travaux futurs la mobilisation éventuelle de modèles plus mathématiques. En d’autres

termes, la méthodologie utilisée pour traiter ce thème s’articule autour de deux principaux points

à savoir les outils de recherche et le traitement des données. Il s’agit principalement :

  • - de la recherche documentaire qui consiste en l’analyse et l’interprétation des théories sur

la microfinance et le développement, mais aussi de l’analyse des études antérieures qui traitent

des mêmes questions sur lesquels nous appuyons notre propre analyse (cf. annexe N°16). Ces

études sont réalisées dans le cadre des résultats de l’impact de la microfinance ;

  • - les entretiens directs et les questionnaires qui portent sur les entrevues avec des

Responsables des Institutions de Microfinance, les autorités de tutelle et les bénéficiaires des

services de la microfinance afin de comprendre la portée et les limites des IMF dans le processus

du développement local de la Tunisie et de l’Egypte ;

  • - Enfin, le traitement des données recueillies à la phase d’investigation sont analysées et

traitées par les méthodes des statistiques. Il consiste à utiliser et interpréter les données recueillies

au cours de nos enquêtes.

L’approche retenue à cet égard est à la fois analytique (théorique) et factuelle. Il s’agit, en

premier lieu, de mieux préciser la notion de microfinance et de développement qui lui est associé.

Ces deux approches ont permis d’apprécier dans un premier temps l’importance de la

microfinance dans le financement des services financiers à l’égard des populations tunisiennes et

égyptiennes qui étaient jusque là excluent du système financier formel et dans un second de

relever les déterminants de l’octroi de crédits par les IMF suivi de leur impact dans la lutte contre

les inégalités. L’approche descriptive a reposé essentiellement sur la construction des tableaux

croisés de fréquence pour apprécier non seulement l’importance du recours aux IMF par les

ménages ou les microentreprises en fonction des caractéristiques socio-économiques et

démographiques des microentrepreneurs mais également l’impact des microcrédits sur les

activités de la microentreprise et des ménages.

2) Plan de la thèse

Notre thèse s’articule autour de six chapitres regroupés en deux grandes parties. La

première partie concerne la microfinance et le développement de la Tunisie.

32

Kengue Mayamou, Pascal. La microfinance en Tunisie et en Egypte : un outil au service du développement local - 2012

tel-00713847, version 1 - 2 Jul 2012

Elle est constituée de trois chapitres :

Le premier chapitre aborde l’analyse économique des modes et structures de

développement. Il retrace la situation socioéconomique, historique et politique de la Tunisie. Les

différentes stratégies de développement que la Tunisie a adoptées pour sortir de la pauvreté ainsi

que les enjeux de la crise politique et économique actuelle.

Le deuxième chapitre fait l’analyse de l’organisation de la microfinance en Tunisie. Il

permet de répondre à certains questionnements notamment, par rapport à l’évolution et à la

réglementation du secteur de la microfinance. Et son degré de pénétration en Tunisie ?

Le troisième chapitre analyse l’impact de la microfinance sur le financement des

entreprises privées et du secteur rural en Tunisie. Il est consacré à l’analyse des résultats de nos

enquêtes sur le terrain afin de vérifier et de démontrer l’impact du microcrédit sur les

populations : Le microcrédit améliore t-il les activités des populations ? Permet-il de financer les

microentreprises et les zones rurales ? Sans le microcrédit que devient la population sans

ressources ? Quelles sont les mesures souhaitables pour renforcer le secteur de la microfinance en

Tunisie afin qu’il puisse toucher ces pauvres ?

La

seconde partie traite la microfinance comme un outil d’intégration sociale et

financière : Le cas du contexte égyptien.

Elle est également constituée de trois chapitres :

Le quatrième chapitre fait l’analyse économique des modes et structures de

développement de l’Egypte. Il retrace la situation socioéconomique, historique et politique du

pays et ces différentes stratégies de développement. Il est question ici de présenter des différentes

stratégies de développement que l’Egypte a adoptées depuis les indépendances jusqu’à nos jours.

Et de voir comment ces stratégies ont permis à l’Egypte de se retrouver dans la situation

socioéconomique et politique actuelle.

Le cinquième chapitre

va faire

un

état de

lieux de la microfinance en Egypte, son

évolution et la manière dont elle a évolué jusqu’à nos jours. Il sera question d’aborder la

réglementation et le principal rôle des Institutions de microfinance dans ce pays.

Le sixième chapitre est consacré à l’impact de la microfinance sur le développement en

Egypte. La microfinance cible-t-elle les exclus du système bancaire classique en leur proposant

33

Kengue Mayamou, Pascal. La microfinance en Tunisie et en Egypte : un outil au service du développement local - 2012

tel-00713847, version 1 - 2 Jul 2012

des services financiers adaptés ? Peut-elle être un instrument de lutte contre les inégalités ? Son

rôle comme levier du développement et l’engouement qu’elle suscite conduisent à s’interroger

sur son impact, tout particulièrement auprès des populations pauvres. Cette question est centrale

car les programmes de microfinance ont généralement revendiqué l’objectif d’avoir un impact sur

leurs clients et sur le développement comme, par exemple 28 : La réduction des situations de

pauvreté; Le renforcement de la position sociale de la femme ou de groupes de population

défavorisés ; L’encouragement à la création d’entreprise ; Le soutien à la croissance et à la

diversification d’entreprises existantes. Ainsi, qu’en est –il en Egypte ?

Notre travail soulève de nombreuses questions restées pendant longtemps peu ou pas

traitées de la microfinance en tant qu’outils au service du développement local en Tunisie et en

Egypte. Nous allons présenter dans notre conclusion une analyse comparée de deux systèmes.

Cette analyse nous permettra de faire des interrelations avec les différentes théories économiques

que nous avons présentées précédemment. Enfin quel enseignement tirer de cette recherche ?

Cela nous permettra de montrer les tensions qui existent entre les modèles économiques tunisiens

et égyptiens avec les missions sociales du développement local.

28 Joanna Ledgerwood, Manuel de microfinance, Éditions Banque Mondiale, 1998.

34

Kengue Mayamou, Pascal. La microfinance en Tunisie et en Egypte : un outil au service du développement local - 2012

tel-00713847, version 1 - 2 Jul 2012

Appendice 1 Figure N°1 : Carte de la Tunisie

tel-00713847, version 1 - 2 Jul 2012 Appendice 1 Figure N°1 : Carte de la Tunisie

Source : Lexilogos, librairie en ligne. Carte d’identité de la Tunisie : - Superficie : 163 610 km², dont 25 000 km² de désert. Population : 10,4 millions d'habitants, dont 98,2 % 'Arabes, 1,2 % de Berbères et 0,6 % autres (Français, Italiens). - Densité : 65 habitants au km², dont 63 % en zone urbaine - Capitale : Tunis (730 000 habitants, 2 000 000

35

Kengue Mayamou, Pascal. La microfinance en Tunisie et en Egypte : un outil au service du développement local - 2012

tel-00713847, version 1 - 2 Jul 2012

avec l'agglomération). - Religions : islam, religion officielle. On compte 98 % de musulmans, 1 % de juifs et 1 % de chrétiens. - Langue officielle : arabe. - Monnaie : dinar tunisien. (http://www.lexilogos.com/tunisie_carte.htm).

Appendice2 Figure N° 2: Carte de l’Egypte.

tel-00713847, version 1 - 2 Jul 2012 avec l'agglomération). - Religions : islam, religion officielle. Onp te 98 % de musulmans , 1 % de j uifs et 1 % de chrétiens. - Langue officielle : arabe. - Monnaie : dinar tunisien. ( http://www.lexilogos.com/tunisie_carte.htm ). Appendice2 Figure N° 2: Carte de l’Egypte. 36 Kengue Mayamou, Pascal. La microfinance en Tunisie et en Egypte : un outil au service du développement local - 2012 " id="pdf-obj-34-26" src="pdf-obj-34-26.jpg">

36

Kengue Mayamou, Pascal. La microfinance en Tunisie et en Egypte : un outil au service du développement local - 2012

tel-00713847, version 1 - 2 Jul 2012

Source : Lexilogos, librairie en

ligne. Carte d’identité de

la

Egypte :

-

Population :

83

millions d’habitants

(estimation 2010). - Superficie : 1 001 449 km² (le territoire est composé à 97 % de désert !). - Densité : 74,10

hab./km².

Capitale : Le Caire (presque 20 millions d’habitants en 2011).

 

Langue :

arabe. - Monnaie :

livre

égyptienne.- gime : présidentiel.-

Revenu

mensuel

moyen

:

autour

de

600

LE

(70

€).

Première partie De la Microfinance et du développement en Tunisie

.

37

Kengue Mayamou, Pascal. La microfinance en Tunisie et en Egypte : un outil au service du développement local - 2012

tel-00713847, version 1 - 2 Jul 2012

Dans quelle mesure la microfinance

contribue –t-elle à la dynamisation du marché du

travail (dynamique économique) et dans la lutte contre la pauvreté (cohésion sociale), donc au

développement, en Tunisie ?

A l’observation, il semble que la pauvreté progresse en Tunisie comme le montre les

statistiques officielles indiquant un pourcentage de la population vivant en dessous du seuil de

pauvreté de 24,7% en 2011. Ce taux a connu une augmentation considérable en raison des

mouvements sociaux de protestations observés qui revendiquent l’amélioration des conditions de

vie, la promotion des services sociaux, le renforcement des libertés individuelles et de la

démocratie. Le nombre des chômeurs est estimé, actuellement, à 700 mille sans emplois dont

69% sont âgés de moins de 30 ans, alors que le nombre des chômeurs parmi les diplômés du

supérieur est estimé à 170 mille (M. Mohamed, 2011) 29 .

Dans ce contexte, l’objet de cette première partie est précisément de dresser un premier

état des lieux théorique et empirique des fondements de l’expansion de la microfinance en

Tunisie. Pour ce faire, nous cherchons à comprendre le contexte de la Tunisie afin d’expliquer en

quoi la microfinance peut apparaître comme l’un des instruments de son développement

socialement soutenable local.

Le premier chapitre aborde l’analyse macroéconomique des modes et structures de

développement de la Tunisie. Il est constitué de deux sections dont la première traite l’Analyse

historique, socio politique et socio économique de la Tunisie. Et la deuxième de la stratégie de

développement utilisée par la Tunisie.

Le deuxième chapitre aborde l’analyse de la situation de la microfinance en Tunisie. Il

est constitué de deux sections dont la première section fait la présentation du paysage de la

29 D’après M. Mohamed En Nacer, ministre des Affaires sociales qui s'exprimait, vendredi, lors d'une rencontre avec les membres de la haute instance pour la réalisation des objectifs de la Révolution, la réforme politique et la transition démocratique a expliqué que la pauvreté, le chômage et l'emploi constituent les principales revendications des habitants de ces régions en cette période transitoire.

38

Kengue Mayamou, Pascal. La microfinance en Tunisie et en Egypte : un outil au service du développement local - 2012

tel-00713847, version 1 - 2 Jul 2012

microfinance en Tunisie. Et la deuxième section du rôle des institutions de microfinance en

Tunisie.

Et enfin le troisième chapitre analyse l’impact de la microfinance sur le financement des

entreprises privées et du secteur rural en Tunisie. Il est constitué de deux sections dont la

première section analyse l’impact économique et social de la microfinance en Tunisie. Et la

deuxième section la politique d’accompagnement de la microfinance et la dynamisation du

marché du travail tunisien.

A l’issue de cette première partie nous devrions être en mesure de montrer le degré

d’implication de la microfinance et les différents aspects du développement local qu’elle a servi

en Tunisie.

39

Kengue Mayamou, Pascal. La microfinance en Tunisie et en Egypte : un outil au service du développement local - 2012

tel-00713847, version 1 - 2 Jul 2012

Chapitre I. L’analyse macroéconomique des modes et structures de développement en Tunisie

Depuis son indépendance en 1956 jusqu’à ce jour, les politiques macroéconomiques de la

Tunisie ont connu des mutations considérables, conséquences de ses objectifs politiques, de ses

stratégies de développement et des ses conjonctures financières. À cela, il faut ajouter le poids

des acteurs régionaux (l’Union européenne) et internationaux, en particulier les principales

institutions économiques internationales (Fond monétaire international (FMI), Banque mondiale

et GATT/Organisation mondiale du commerce). Cet ensemble d’objectifs politiques et de

stratégies de développement, de conjonctures financières et d’influences extérieures s’inscrit dans

des phases qui peuvent être regroupées en quatre grandes périodes historiques 30 :

  • - la période 1956-1969, est celle de la conquête de la souveraineté et de la tunisification

de l’économie et du commerce extérieur;

  • - la période 1969-1986, est celle de la promotion des industries exportatrices, de la

valorisation des matières premières et de la poursuite des industries de substitution aux

importations;

  • - la troisième période, celle qui s’ouvre en 1986 et se poursuit jusqu’au milieu des années

1990 avec l’ajustement structurel et, enfin, la période actuelle, fortement marquée par la

multiplication des accords régionaux notamment avec l’Union européenne et les pays arabes.

En tant que membre à part entière au GATT depuis 1990, la Tunisie a signé plusieurs

accords commerciaux préférentiels régionaux, avec des pays qui représentent l’essentiel de ses

partenaires commerciaux. Le plus important est l’Accord d’association avec l’Union Européenne

(UE), instauré le 15 novembre 1995 et ayant pour objectif d’établir une zone de libre-échange

30 Rapport Institut de statistique de Tunis : Mahamoud BEN ROMDHAME « CAPC: Centre Africain des politiques commerciales. Commission économique pour l'Afrique N° 3 » travail en cours. Commerce et stratégies de développement: Cas de la Tunisie. Janvier 2007. Réaliser avec le soutient du PNUD.

40

Kengue Mayamou, Pascal. La microfinance en Tunisie et en Egypte : un outil au service du développement local - 2012

tel-00713847, version 1 - 2 Jul 2012

(ZLE) 31 pour les produits manufacturés à l’horizon 2008. Il fait suite à un accord de libre-

échange avec l’Union du Maghreb, décidé par le Conseil de la Présidence de cette institution en

1994 et il a été suivi par deux autres accords: la grande Zone arabe de libre-échange (GAFTA),

entrée en vigueur en janvier 2005 et l’Accord arabo-méditerranéen de libre-échange signé le 25

février 2004 et prévoyant l’instauration d’une ZLE regroupant, dans une première étape, la

Tunisie, le Maroc, l'Égypte et la Jordanie, tout en restant ouverte à l’adhésion des autres pays

arables méditerranéens, signataires d’Accords d’Association avec l’UE.

Ainsi, l’accord d'association avec l'Union européenne qui s’est établi dans le cadre de la

mise en œuvre de la déclaration de Barcelone, dont l'un des principaux axes consistait en

l'instauration d'une zone de libre-échange euro-méditerranéenne à l'horizon 2010, a permis à la

Tunisie de bénéficier de l’accès privilégié de ses marchandises sur les marchés européens. Par

exemple, les droits en douane ont été démantelés à partir de 2001, comprenant des produits non

fabriqués localement, surtout des matières premières et des consommations intermédiaires.

L'Accord contient également des dispositions en matière non tarifaire. Il prohibe le maintien de

restrictions quantitatives et de mesures d'effet équivalent sur les échanges entre la Tunisie et

l’UE.

Par contre l’objectif de la grande zone arabe de libre-échange (GAFTA), a été de créer

une grande zone arabe de libre-échange dans un délai de dix ans, à travers le démantèlement des

droits de douane au rythme de 10% par an. Le 1er janvier 2005, quinze pays avaient achevé le

démantèlement accéléré de leurs barrières tarifaires. Il s'agit de l'Arabie saoudite, de Bahreïn, de

l'Égypte, des Émirats arabes unis, de l'Irak, de la Jordanie, du Koweït, du Liban, de la Libye, du

Maroc, d'Oman, de la Palestine, du Qatar, de la Syrie, et de la Tunisie (le Soudan et le Yémen, en

tant que PMA disposent d'un délai plus long). Par conséquent, la Tunisie accorde la franchise de

droits de douane sur tous les produits originaires des 17 pays.

Il y a eu d’autres accords que la Tunisie a signés avec des partenaires au développement :

31 Espace économique dans lequel plusieurs pays décident d'éliminer les barrières douanières faisant obstacle au commerce de biens et/ou de services. A la différence d'une union douanière, chaque pays reste maître de ses relations commerciales vis-à -vis des pays extérieurs à la zone. L'objectif d'une zone de libre-échange est de favoriser le commerce (un commerce loyal) entre pays le plus souvent proches du point de vue géographique, de favoriser la spécialisation des économies et la croissance économique.

41

Kengue Mayamou, Pascal. La microfinance en Tunisie et en Egypte : un outil au service du développement local - 2012

-

L’Accord arabo-méditerranéen de libre-échange (dit «Accord d'Agadir»), signé le 25

tel-00713847, version 1 - 2 Jul 2012

février 2004 avec l'Égypte, la Jordanie et le Maroc. Cet accord prévoit l'élimination de la quasi-

totalité des droits de douane et des taxes d'effet équivalent sur le commerce bilatéral. Son

principal objectif est de permettre le cumul pan-euro-méditerranéen en matière de règles d'origine

et d’engager une coopération accrue en matière de procédures douanières et de normes

techniques. Il couvre également les marchés publics, les services financiers, les mesures

commerciales de circonstance, la propriété intellectuelle, et prévoit une procédure de règlement

des différends.

  • - L’Accord de libre-échange avec l'AELE, signé en décembre 2004 avec les États

membres de l'Association européenne de libre-échange (AELE), Islande, Liechtenstein, Norvège

et Suisse. Cet accord couvre les échanges de biens non-agricoles, mais également des

dispositions relatives à la propriété intellectuelle, la concurrence et le règlement de différends. Il

concerne la libéralisation progressive et réciproque de certains services, de l'investissement et des

marchés publics.

  • - L'Union du Maghreb arabe (UMA), créée en 1989. Elle a pour objectifs la libre

circulation des biens et des personnes ainsi que l'harmonisation des législations en vue de la

création d'une zone de libre-échange. Le différend algéromarocain sur le Sahara occidental n’a

pas permis à ce projet de progresser, bien au contraire.

  • - La Tunisie a signé un ensemble d'accords bilatéraux prévoyant des préférences tarifaires

(démantèlement immédiat pour certains produits, démantèlement accéléré pour d'autres)

notamment avec l'Égypte (1998), la Jordanie (1998), le Maroc (1999), la Libye (2001), l'Irak

(2001) et la Syrie (2003). Elle a également signé, le 25 novembre 2004, un Accord d'association

portant création d'une zone de libre-échange avec la Turquie prévoyant l'exonération tarifaire

pour des produits originaires non agricoles et des préférences tarifaires à certains produits

agricoles ainsi que ceux de la pêche. L'accord contient également des dispositions en matière de

protection de la propriété intellectuelle, des services, de règlement des différends, de droits

antidumping, de droits compensateurs, et de sauvegarde.

Enfin, La Tunisie bénéficie, sur une base non réciproque, des avantages procurés dans le

cadre du Système généralisé de préférences (SGP) par des pays tels que l'Australie, la

Biélorussie, la Bulgarie, le Canada, les États-Unis, la Hongrie, le Japon, la Nouvelle-Zélande, la

Pologne, la Russie, la Suisse, l'Union européenne, et les Républiques tchèque et slovaque. À ce

42

Kengue Mayamou, Pascal. La microfinance en Tunisie et en Egypte : un outil au service du développement local - 2012

tel-00713847, version 1 - 2 Jul 2012

titre, les exportations tunisiennes de produits couverts par le SGP bénéficient d'une exonération

totale ou partielle des droits de douane. La Tunisie a ratifié, en février 1989, l'accord relatif au

Système global de préférences commerciales (SGPC) entre pays en développement. Les produits

originaires des 48 pays signataires de l'accord bénéficient de préférences tarifaires sur une base

réciproque, tandis que les pays les moins avancés bénéficient d’un traitement spécial.

L’idée consiste ici à chercher à mieux comprendre le contexte socio économiques et

politique de la Tunisie, en interrogeant l’histoire de ses faits économiques et politiques. Pour ce

faire, nous allons procéder en deux temps. D’une part, l’analyse historique, socio politique et

socio économique de la Tunisie. D’autre part, l’évolution économique et potentielle de croissance

de la Tunisie.

Ainsi pour aborder ce chapitre, nous présentons les grandes périodes historiques que la

Tunisie a connues suivi des différents accords que la Tunisie a conclus avec plusieurs partenaires

(UE, UMA,…) au développement. La prise en compte de ces accords est très déterminante car

elle permet de montrer les efforts que la Tunisie a fournis pour rompre son isolement économique

et la stratégie de développement qu’elle a adoptée depuis plusieurs décennies afin de promouvoir

sa croissance. Il existe un lien étroit entre l’évolution de la croissance avec les différents accords.

Car sans ces accords, la Tunisie ne pouvait pas connaître le même niveau de développent. La

présentation de ces accords nous éclaire sur la trajectoire de croissance de la Tunisie au cours des

vingt dernières années et cela rejoint les différentes théories de développement que nous venons

d’évoquer précédemment sur les étapes de croissance de Rostow et la théorie du rattrapage.

43

Kengue Mayamou, Pascal. La microfinance en Tunisie et en Egypte : un outil au service du développement local - 2012

tel-00713847, version 1 - 2 Jul 2012

Section1 :

Analyse

historique,

socio

politique

et

socio

économique

de

la

Tunisie

Cette section retrace la genèse des faits historiques, politiques, économiques et sociaux de

la Tunisie. Elle rappelle la dimension historique et sociopolitique de ce pays. L’analyse de ces

interactions au travers des problèmes posés par l’évolution de la problématique de

développement en Tunisie dans la période récente, l’économie s’est en effet progressivement

libéralisée depuis une dizaine d’année, la politique affichée étant de réduire l’intervention

économique directe de l’Etat Tunisien et de fonder le développement sur l’initiative privée.

L’économie tunisienne s’est également ouverte à la concurrence internationale. L’analyse de ces

interactions sur les faits historiques, socio politique et socio économique de la Tunisie nous

permet d’aborder cette section en deux phases. La première permet de faire une analyse

historique et politique de la Tunisie et la deuxième traitera de la situation socio économique de la

Tunisie.

  • 1.1. Analyse historique et sociopolitique de la Tunisie L’histoire de la Tunisie est celle d’une nation d’Afrique du Nord indépendante depuis

1956. Cette histoire contemporaine s’inscrit aussi dans une histoire qui commence avec la

période préhistorique du Capsien et la civilisation antique des Puniques, avant que le pays ne

passe sous la domination des Romains, des Vandales puis des Byzantins. Le VII e siècle marque

un tournant décisif dans l’itinéraire d’une population qui s’islamise et s’arabise peu à peu sous le

règne de diverses dynasties qui font face à la résistance des populations berbères. Par son

emplacement géographique stratégique au cœur du bassin méditerranéen (cf. fig.1), la Tunisie

devient l’enjeu de la rivalité des puissances successives, l’Espagne de Charles Quint, le jeune

Empire ottoman puis de la France, qui prend le contrôle de la province ottomane pour devancer

sa rivale italienne. Marquée par de profondes transformations structurelles et culturelles, la

Tunisie voit s’affirmer rapidement un mouvement nationaliste qui conclut avec la puissance

44

Kengue Mayamou, Pascal. La microfinance en Tunisie et en Egypte : un outil au service du développement local - 2012

tel-00713847, version 1 - 2 Jul 2012

tutélaire les accords aboutissant à l’indépendance en 1956. Depuis, le pays est conduit à marche

forcée vers la modernisation et l’intégration économique sous l’impulsion d’un parti politique

resté dominant.

Depuis l'Indépendance, la Tunisie a adopté une démarche favorisant le progrès et la

modernité. Ainsi, dès 1956, un Code du Statut Personnel a été promulgué, abolissant la

polygamie et établissant le principe de l'égalité entre l'homme et la femme devant la loi. Sur la

période 1956-1986, la Tunisie a engagé une action de développement global et planifié par la

mise en place d'une infrastructure économique et sociale et l'extension massive de l'enseignement

et de la santé publique. Une impulsion a été donnée à la croissance économique et à l'emploi. La

part des salariés dans la population active est passée de « 38% en 1956 à 64,5% en 1984 » 32 .

Une croissance économique soutenue permet de réduire le chômage des jeunes et le retour à

l’emploi d’un jeune à un impact positif au niveau de la cellule familiale.

Au milieu des années 1980, l'économie tunisienne subit les contrecoups d'un

environnement international difficile. Le pays est en proie à de sérieux problèmes liés notamment

à l'état de santé du Président Bourguiba et à la déliquescence du pouvoir. Le 7 novembre 1987, la

Tunisie entame une nouvelle ère de son histoire avec l'accession de M .Zine El Ben Ali à la

présidence de la République, dans le strict respect de la légalité républicaine et en conformité

avec l'esprit et la lettre de la Constitution alors en vigueur.

Plusieurs réformes politiques ont été introduites pour consolider l'Etat de droit et

promouvoir le pluralisme démocratique. Le 7 novembre 2001, le Président de la République a

annoncé une réforme constitutionnelle fondamentale visant à consacrer l'ancrage de la Tunisie à

la démocratie moderne : le pouvoir législatif a été renforcé par la création d'une deuxième

chambre (la Chambre des conseillers). Les droits de l'Homme et les libertés publiques, ainsi que

les valeurs de solidarité, d'entraide et de tolérance ont reçu une protection constitutionnelle.

L'alternance démocratique a été consolidée notamment à travers la pluralité de candidatures à

l'élection présidentielle et le maintien de l'option contre la présidence à vie. Le résultat de ces

réformes, sur lesquelles le peuple tunisien a été amené à se prononcer par référendum, a été

l'émergence d'une société politique plus évoluée assise sur des institutions stables, une économie

32 Fathi CHAMKHI: « La dette extérieure dans la stratégie du développement en Tunisie ». Observatoire international de la dette (OID) - Séminaire de formation économique et historique Bruxelles, 12-14 octobre 2005

45

Kengue Mayamou, Pascal. La microfinance en Tunisie et en Egypte : un outil au service du développement local - 2012

tel-00713847, version 1 - 2 Jul 2012

a priori plus solide et une société apparemment plus équilibrée par rapport aux pays de l’Afrique

du Nord.

1.1.1. L’indice du développement humain de la Tunisie

Chaque année depuis 1990 le Rapport sur le développement humain a publié l'IDH qui a

été lancé comme alternative aux mesures conventionnelles de développement, telles que le niveau

de revenus et le taux de croissance économique. L'IDH représente une volonté de définition plus

large du bien-être et fournit une mesure composite de trois dimensions de base du développement

humain : la santé, l'éducation et le revenu. L’Indice de développement humain (Idh), est calculé

sur la base d’une combinaison de plusieurs indicateurs, notamment l’espérance de vie, le taux

d’alphabétisation ou encore le produit intérieur brut par habitant.

L’édition du 20ème anniversaire du Rapport sur le Développement Humain du

Programme des Nations Unies pour le Développement a été lancée le 4 novembre 2010. Ce

dernier rapport a mis en évidence les pays qui ont réalisé les progrès les plus significatifs au cours

des dernières décennies, progrès mesurés par l’Indice de Développement Humain (IDH). Cinq

pays Arabes, dont la Tunisie, se placent parmi les dix meilleures progressions du monde. Le

rapport de 2010, intitulé « la Vraie Richesse des Nations : Les chemins du développement

humain » examine les gains réalisés au cours des 40 dernières années en matière de santé,

d’éducation et de revenu, mesurés par l’IDH, pour les 135 pays dont des données complètes,

fiables et comparables sont disponibles. Ces pays représentent plus de 90% de la population

mondiale.

D’après le classement de 169 pays selon l’IDH, La Tunisie est désormais classée 81ème

avec un IDH de 0,683 pour devenir ainsi en 2010 un pays à développement humain élevé

(PNUD, 2010). Elle enregistre ainsi des succès dans les trois dimensions de l’IDH, et l’éducation

a fait l’objet de nombreuses mesures politiques. Le taux de scolarisation y a considérablement

augmenté, spécialement depuis que le pays a promulgué en 1991 une loi rendant la scolarité

obligatoire pendant 10 ans. Le déclin rapide de la fécondité et des taux élevés de vaccination

46

Kengue Mayamou, Pascal. La microfinance en Tunisie et en Egypte : un outil au service du développement local - 2012

tel-00713847, version 1 - 2 Jul 2012

contre la rougeole et la tuberculose représentent cependant des succès dans le domaine de la

santé, tout comme l’éradication de la polio, du choléra, de la diphtérie et de la malaria (cf. tab.1).

Tableau N° 1 : La Tunisie, un pays à développement humain moyen

67

73,3

63

Tx

scolaris

%

Taux d’alphabétisation des adultes > 15 ans 74,4 61,3 Tunisie Espérance de vie à la naissance
Taux
d’alphabétisation
des adultes > 15
ans
74,4
61,3
Tunisie
Espérance
de vie à la
naissance
(EV)
74,3
78,5
78,5
67 73,3 63 Tx scolaris % Taux d’alphabétisation des adultes > 15 ans 74,4 61,3 Tunisie
humain moyen Développement 69,4 Pays Arabes 66,8
humain moyen
Développement
69,4
Pays Arabes
66,8
67 73,3 63 Tx scolaris % Taux d’alphabétisation des adultes > 15 ans 74,4 61,3 Tunisie
67 73,3 63 Tx scolaris % Taux d’alphabétisation des adultes > 15 ans 74,4 61,3 Tunisie
67 73,3 63 Tx scolaris % Taux d’alphabétisation des adultes > 15 ans 74,4 61,3 Tunisie
67 73,3 63 Tx scolaris % Taux d’alphabétisation des adultes > 15 ans 74,4 61,3 Tunisie
Indice niveau PIB/hab PPA Indice EV instruction Indice PIB Valeur IDH 2010 0,75 en 0,648 0,64
Indice
niveau
PIB/hab
PPA
Indice
EV
instruction
Indice
PIB
Valeur
IDH
2010
0,75
en
0,648
0,64
0,62
0,69
4550
0,714
0,68
0,71
0,75
82 226
0,684
0,61
0,70
3850

Source : PNUD, 2010.

Entre 1980 et 2010 l'IDH de la Tunisie a augmenté de 1.5% par an comme le montre le

tableau 4, passant de 0.436 à 0.683 aujourd'hui. Cette dynamique de croissance et de

développement par rapport aux autres pays Arabes a permis en une décennie à la Tunisie

d’améliorer ces performances économiques et sociales.

Tableau N°2: Indice de développement humain Tunisie (81 e Rang), Pays Arabes et monde

World États arabes (BR) Tunisie
World
États arabes (BR)
Tunisie
Year
Year
0.455 0.398 0.436
0.455
0.398
0.436
1980
1980
1985
1985
0.486 n.d. 0.442
0.486
n.d.
0.442
1990
1990
0.526 0.477 0.526
0.526
0.477 0.526
1995
1995
n.d. 0.509 0.554
n.d.
0.509 0.554
  • 2000 0.613

0.570 0.530
0.570
0.530
2000 0.613 0.570 0.530
2001
2001
n.d. 0.536 0.575
n.d.
0.536 0.575
  • 2002 n.d.

0.581 0.545
0.581
0.545
2002 n.d. 0.581 0.545
2003
2003
n.d. 0.549 0.587
n.d.
0.549 0.587

47

Kengue Mayamou, Pascal. La microfinance en Tunisie et en Egypte : un outil au service du développement local - 2012

tel-00713847, version 1 - 2 Jul 2012

  • 2004 n.d.

2004 n.d. 0.556 0.594
0.556 0.594
0.556
0.594
  • 2005 0.650

0.563 0.598
0.563 0.598
2005 0.650 0.563 0.598
2006
2006