PROTOPRESBYTRE

STÉPHANE ANAGNOSTOPOULOS

VIVRE LA DIVINE LITURGIE
La divine liturgie orthodoxe interprétée et
commentée selon la Tradition et les expériences de
nombreux prêtres, moines et laïcs orthodoxes

LE PIRÉE 2011

1

2
Protopresbytre Stéphane Anagnostópoulos

VIVRE LA DIVINE LITURGIE
Traduit du grec au français par l’archimandrite
Éphrem Triantaphyllópoulos
(Vicaire général du Saint Évêché
de Sissánion et de Siatista.)

Le Pirée 2011

3
Auteur et C
Protopresbytre
Stéphane Anagnostópoulos
26, rue Aghías Lavras
CP 187 57 Kératsíni
Le Pirée
Tél. – fax 0030210-4311872

Achevé d’ imprimer par G. Gkélbessis
Imprimeur – Relieur
Leophóros Vilas Pentaghónou 1,
Aghii Anárghyri
Tél. 0030210-8547723 ou 8317703

Traduit du grec par l’archimandrite
Éphrem Triantaphyllópoulos
Vicaire Général du
Saint Évêché de Sissánion et de Siatista
CP 503 00 Siatista, Grèce.
Tél. 00302465021365 ou 00306977179788 mob.
Fax : 00302465021204

ISBN 978-960-930568-6

Deuxième édition 2011

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AVANT PROPOS À L’ÉDITION FRANÇAISE
C’est avec une joie en Jésus-Christ très profonde et pour la gloire de notre
Dieu Trinitaire que nous donnons l’autorisation de traduire en français notre
étude modeste, « Expériences Liturgiques ».
Cette analyse de la Divine Liturgie offre aux pieux lecteurs, non
seulement quelques connaissances de base, mais aussi l’expérience vécue,
dans l’histoire, du sacrifice sur la Croix du Fils et Verbe de Dieu qui s’est
incarné « du Saint-Esprit et de la Vierge Marie », en la Personne de notre
Sauveur Jésus-Christ.
Les orthodoxes de partout, de toutes les nations et de toutes les langues,
qui participent au sacrement suprême de la sainte eucharistie avec crainte
de Dieu, un vrai repentir, une foi fervente et un amour agissant, c’est-à-dire
dignement, sont divinement changés et incompréhensiblement transfigurés,
car ils communient « au Corps et au Sang du Christ pour la rémission des
péchés et la vie éternelle ».
Et alors …
C’est le débordement de la grâce divine !
C’est la plénitude de l’amour divin !
C’est la fête céleste et splendide !
C’est l’éclat spirituel et l’allégresse divine !
C’est l’embellissement angélique de l’âme !
Le fait que notre nature pervertie, déchue, se mêle à l’âme de JésusChrist, le Dieu-Homme et que notre corps misérable, notre sang souillé par
le péché et notre intellect enténébré se mêlent à son Corps tout saint, à son
Sang immaculé et à l’Intellect infini de la Divinité de triple éclat, constitue
un grand miracle, un miracle inouï !
Tout cela n’est qu’une expérience ; c’est la manifestation de la vie, de la
puissance, de la lumière, non seulement dans la vie ascétique des saints de
l’Église Orthodoxe, mais aussi chez des prêtres serviteurs du Très-Haut
œuvrant dans le monde et, en outre, chez certains fidèles chrétiens
orthodoxes qui aiment Dieu, qui ont revêtu la robe de la sainte humilité et
que transfigure sans égarement l’observation des commandements.
Ce miracle rédempteur témoigne de la venue de la Divinité Trinitaire dans
notre cœur, selon la parole évangélique « nous viendrons à lui et nous
établirons en lui notre demeure ». (Jean 14, 23)
Je souhaite humblement que le cœur de tout prêtre célébrant orthodoxe
(de quelque rang qu’il soit), français ou francophone, devienne un buisson
ardent par le feu de la Divinité et qu’il vive en même temps l’union
incompréhensible entre l’Autel céleste et l’Autel terrestre en une unité

6
indivise, car il n’y a qu ’un seul troupeau et qu’ un seul berger, notre
Seigneur, le Christ !
Je souhaite aussi que tout chrétien orthodoxe qui participe à la Divine
Liturgie et qui communie aux Saints Mystères, vive de toute son âme et de
tout son corps la descente du charbon ardent du Saint-Esprit qui lui offre,
par la grâce, la rémission des péchés, la délivrance et la sanctification afin
que son cœur crie triomphalement « Abba, Père ».
Priez pour moi, prêtre pécheur Stéphane, pour ma femme Hélène, mes
enfants, mes petits-enfants et mes arrière-petits-enfants.
Chers frères et sœurs,
recevez tout mon amour en Christ,
Protopresbytre Stéphane Anagnostópoulos

Note du traducteur
Je désire fort remercier du fond de mon cœur
- le très révérend et cher Archimandrite Placide Deseille et la
fraternité de Solan pour leur encouragement et leurs remarques
essentielles,
- le révérend et cher père Timothée Ntumba, théologien, de la
Diocèse de l’Afrique Centrale,
et
- Μ. Chrístos Vassiliádhis, théologien,
sans la contribution desquels la réalisation de cette rude tâche n’aurait pas
été possible.

Archimandrite Éphrem Triantaphyllópoulos

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L’ARCHEVÊQUE D’ATHÈNES
ET DE TOUTE LA GRÈCE
CHRISTODOULOS
No d’enregistrement /X/EX. 478 / 2006

Athènes, le 26 janvier 2006

Révérend Père,
… Le fait de traduire en français l’ouvrage intitulé « Expériences
Liturgiques » du père Stéphane Anagnostópoulos, prêtre pieux et digne, est
une entreprise importante, laborieuse et sérieuse. Lors du travail, prenez
garde à l’adaptation des termes théologiques…
Je souhaite que notre Dieu de bonté vous fortifie abondamment pour
l’accomplissement des œuvres qui lui sont agréables.
Prieur fervent envers le Seigneur,

Signature

Monastère de la Protection
De la Mère de Dieu
Dépendance du Monastère de Simonos Petra (Mont Athos)
Solan – 30330 LA BASTIDE D’ENGRAS
FRANCE

Solan, le 18 août 2005
Révérend et cher Père, votre bénédiction,
… Le livre est extrêmement intéressant et nous espérons qu’il pourra être
utile à de nombreux fidèles ici en France. Nous ne pouvons que vous
encourager vivement à continuer votre œuvre…
… Nous nous confions dans votre prière et avec notre reconnaissance pour
ce trésor que vous mettez à la portée des orthodoxes francophones, nous
vous prions de recevoir nos respectueuses salutations dans le Seigneur.
L’ancienne du Saint monastère
Moniale Hypandia

8

9

Dédié avec reconnaissance
 à l’archimandrite Éphrem, ancien du saint
monastère Philothéou au Mont Athos qui a
été, depuis plus de quarante ans, mon très
respecté
et saint ancien, père affectueux,
guide lucide, père spirituel discret,
bon pasteur, prédicateur suave,
lutteur spirituel assidu,
imitateur du Christ
à l’esprit ecclésiastique pur
au sein de l’Église Orthodoxe.
 À tous les membres du clergé
orthodoxe de tous les rangs qui,
partout sur la terre, revêtus du sacerdoce du
Christ, préservent
“Son héritage” irréprochable et intact.
 À mon épouse et compagne de vie
grandement aimée, Hélène, ainsi
qu’à nos enfants et petits-enfants.

10

AVANT-PROPOS
DE MON ANCIEN* ARCHIMANDRITE ÉPHREM
Que c’est grandiose la Divine Liturgie ! Combien Dieu fait honneur à
l’homme quand, il descend avec les armées des anges à chaque Liturgie
pour le nourrir de son Corps très saint et de son Sang ! Il nous a tout donné.
Il ne nous prive de rien de corporel ou de spirituel, de périssable ou
d’impérissable. Puisqu’ il nous donne quotidiennement, Son Corps et Son
Sang très saints, déifiants, il ne Lui reste rien de supérieur à nous octroyer.
Dans quel mystère n’a-t-il pas accordé à l’homme terrestre la grâce de se
plonger ! Ô ! Amour céleste, inestimable ; une seule goutte d’amour divin
dépasse tout amour profane, physique, mondain. Le péché originel fut le
commencement et la racine de tous les événements déplorables survenus
jusqu’ à ce jour et il le sera jusqu’ à la fin des siècles. Cette unique
désobéissance, comme une semence dans le sein d’Ève, a engendré la mort
et en a contaminé le corps et l’âme du genre humain. Comment aurait-elle
pu la malheureuse Ève s’ imaginer que le seul fait de goûter au fruit, ayant
provoqué une telle catastrophe infernale, forcerait la Trinité, principe de
vie, à envoyer d’ un commun accord la Deuxième Personne dans le monde
où Elle y subirait, de la part de l’ homme qu’ Elle-même a créé, soufflets,
insultes, flagellations, crachements et toutes sortes d’ ignominies et
finalement serait suspendue à la Croix, signe de malédiction ! Car,
« Maudit soit quiconque est pendu à l’arbre ».1 La passion sur la Croix ainsi
que la vivifiante Résurrection de notre Jésus, qui constituent la délicieuse
rédemption de nos péchés et la lumière de nos âmes enténébrées, se
représentent réellement à chaque Divine Liturgie et réconcilient avec Dieu
toute âme pécheresse. À vrai dire, combien Jésus nous aime ! Il a assumé la
nature humaine et s’est laissé crucifier pour nous offrir la liberté et
l’acquittement de nos dettes envers son Père céleste ; comme un frère bien
aimé, Il nous rend dignes d’hériter des richesses paternelles infinies. Si,
dans l’Ancienne Alliance, sous l’ombre de la vérité, le sang des taureaux et
les cendres des jeunes vaches pouvaient purifier les impurs, à plus forte
raison le saint Sang sur les Autels des saintes Églises de Dieu, nous
purifiera-t-il de tout péché et réchauffera-t-il notre âme par l’amour divin de
notre très doux Jésus. L’agneau égorgé pour notre salut, nous baignera,
nous lavera de la saleté de nos péchés et fera régner la paix en nous,
éternellement !

1

Gal. 3, 13.
« starets » n.d.tr.

* Le terme grec «ancien» est à peu près synonyme au terme russe

11
Ô ! Comme il nous revient, à tout prix, de nous approcher de cette Cène
divine et céleste que le sacrement surnaturel de l’autel nous accorde ! Il faut
donc que nous nous tenions dans l’église avec piété et crainte de Dieu,
parce que le Christ, assisté de ses saints anges, invisiblement y est présent.
Il remplit de sa grâce et de sa bénédiction ceux qui sont pieux et attentifs
tandis qu’il désapprouve ou il considère indignes les distraits. Les anges
servent, les fidèles se présentent à la sainte communion – pendant que le
chœur chante le « recevez le Corps du Christ, goûtez de la source
immortelle », pour vivre en Christ et ne pas succomber à leurs péchés.
Donc, « que chacun s’examine lui-même, avant de manger ce pain et de
boire cette coupe »1 car « celui qui mange et boit sans discerner le corps,
mange et boit sa propre condamnation ».2 Comme, quand quelqu’un veut se
présenter devant le roi, il se prépare pendant longtemps et d’ une façon
spéciale, par la propreté, les paroles prudentes, une conduite attentive etc,
dans l’attente de gagner la sympathie du roi et d’ obtenir ce qu’ il désire,
ainsi suivant la différence incomparable qui existe entre le roi terrestre et
celui des cieux, chaque chrétien doit se préparer avant la sainte communion
afin de pouvoir obtenir le pardon et la rémission de ses péchés. Celui qui se
présente devant le roi terrestre, maintes fois a recours à la malice, à la
flatterie, á la prétention et au mensonge pour satisfaire ses désirs, tandis
que le chrétien fidèle, quand il veut se présenter devant le Roi des rois qui
surveille l’ homme intérieur, doit être paré de sainteté, d ’humilité et de
simplicité d’ âme, choses plus précieuses que l’ or qui est périssable. Le
Seigneur a créé son Église qui est son Épouse sur la terre afin qu’elle
intercède auprès de lui au profit de ses enfants à lui. Il nous a laissé le grand
sacrement de l’eucharistie. C’est ainsi que nous pouvons nous purifier, nous
sanctifier et nous déifier. Il nous a tous appelés, les uns dès leur enfance, les
autres à l’âge mûr ou à la vieillesse. Étant très bon, il nous a tous reçus,
comme la poule sous ses ailes pour nous rendre participants à son royaume
divin. Il ne nous a pas pris en aversion à cause de nos maladies, de nos
blessures, de nos ulcères ou de la difformité spirituelle de nos âmes. Il nous
a acceptés comme un père ; il nous a allaités comme une mère et comme un
médecin qui n’accepterait même pas de toucher ses honoraires, il nous a
guéris et nous a revêtus de la première tenue d’adoption et de la grâce,
passant outre l’immense dette de nos péchés. Donc, nous lui devons une
adoration et un amour infinis. Que l’amour règne dans nos cœurs comme
une source vivante d’ où jaillissent des ruisseaux de vin divin, des fleuves
d’amour divin.
1
2

I Cor. 11,28.
I Cor. 11,29.

12
Participons le plus fréquemment possible au sacrifice de l’Agneau
immolé, si rien ne nous en empêche, car la sainte communion constitue une
aide excellente pour ceux qui luttent contre le péché. Approchons-nous du
saint sacrement avec beaucoup de componction, de contrition et le
sentiment profond de nos péchés. Que c’est grande est la miséricorde de
Dieu ! Lui, il veut bien entrer dans notre âme sans nous prendre en aversion
à cause de nos innombrables chutes. Son amour et son affection étant
infinis, Il vient nous sanctifier, en nous accordant la grâce de son amour et
son affection, la grâce de devenir ses enfants et cohéritiers dans son
royaume. Préparons-nous donc, nous aussi, d’un esprit purifié, par la
mortification de nos sensations vicieuses, tout modestes, à nous présenter à
la Cène divine et mystique, avec les saints Apôtres, pour recevoir la sainte
communion, notre très doux Jésus, afin que celui-ci demeure en nous dans
les siècles des siècles. Quant à moi, je suis complètement indigne de
célébrer la Divine Liturgie. Cet office est vraiment redoutable. Tous les
jours, j’offre le sacrifice agréable à Dieu, l’agneau immaculé, offert au Père
Dieu très saint, pour qu’ il nous fasse miséricorde de tout ce par quoi nous
l’ attristons, tandis que lui a sacrifié son Fils par égard pour nous. Ô ! Mon
Dieu. Ton Fils bien aimé pour nous ! Qui sommes-nous, pour mériter ce
Sacrifice suprême !
« Quand nous étions ennemis de Dieu, nous avons
été réconciliés avec lui par la mort de son fils ».1Par ailleurs, c’est un
événement bien connu que plusieurs interprétations et analyses de la Divine
Liturgie illuminées par la grâce du Saint-Esprit, nous ont été transmises par
divers écrivains de la part des saints Pères. Mais, ce qui rend la présente
analyse de la Liturgie de mon enfant spirituel père Stéphane
Anagnostópoulos digne de toute attention et très bénéfique sur le plan
spirituel, c’ est qu’ elle est riche d’ expériences vécues et de la description
des visions accordées à certains prêtres méritants, soit âgés, soit plus jeunes.
Je souhaite, et tel est également le désir profond de son auteur, que ce
livre nous conduise à une vie liturgique consciente et authentique et qu’il
nous incite à œuvrer ardemment, en serviteurs reconnaissants, au repos
divin de sorte que Dieu se console2 et que nous autres, nous ressentions Son
saint Don, nous réjouissant dans la beauté de son Amour ! Amen ! Ainsi
soit-il !
Le plus indigne
+ Père Éphrem

1
2

Rom. 5,10.
Ps. 134,14

13

AVERTISSEMENT AU LECTEUR EN GUISE D’
INTRODUCTION

Les chrétiens qui fréquentaient l’église de sainte Barbe à Kératsíni du
Pirée où j’officie, m’ont demandé à plusieurs reprises des homélies
vespérales ayant pour objet la Divine Liturgie et son explication.
Conscient de mon manque d’aptitude à faire des sermons, ainsi que des
défauts de mon expression orale extrêmement pauvre, sans élégance et
pleine de fautes, j’ai d’abord hésité. Cependant, quelques années plus tard,
me fondant sur bien des manuels et des travaux remarquables, j’ ai osé
embellir les interprétations existantes par des apports charismatiques du
mystère redoutable du sacrifice non-sanglant de Jésus-Christ, confirmés par
des expériences relatées ici telles qu’ elles m’ ont été confiées en privé par
quelques âmes pures et humbles et après avoir réfléchi sur certains
événements, s’ y rapportant.
Ainsi, la première homélie vespérale a eu lieu au mois d’octobre 1992 et
la dernière en mars 1995. Au total, cinquante-deux homélies enregistrées,
ont été faites.
Le but principal de ces homélies était de guider le peuple de Dieu vers
une participation plus vivante, plus chaleureuse et plus authentique au
sacrement de la communion avec Jésus-Christ le Sauveur, pour la
transfiguration et la déification de l’homme dans sa totalité.
Cependant, pour que la grandeur inaccessible de la Divine Liturgie soit
mise en relief et que les fidèles, participant ou non au Calice de vie,
puissent en profiter, j’ai essayé de me référer à des événements réels qui ont
une relation directe ou indirecte avec le sacrement de l’eucharistie.
Ces cas d’expérience ont été tirés d’une multitude de « Livres des
Anciens » (livres avec des recueils de maximes et de récits des vies des
saints), de tout ce que des ancien (anciens, prêtres-ascètes sanctifiés), des
curés justes et humbles qui vivent dans le monde, des moines du Mont
Athos ou enfin, des laïcs pieux ont bien voulu me confier, ainsi que de ce
que j’ ai pu moi-même voir ou entendre pendant les quarante-trois années
de ma vie de prêtre.
Ces témoignages authentiques sur la Liturgie, qui proviennent de prêtres
de tout rang, de combattants spirituels, mais aussi de laïcs, connus ou
anonymes, ont été vérifiés par des pères spirituels expérimentés, afin d’
éviter les ruses du malin, les illusions, les imaginations et les égarements.

14
Ces témoignages constituent l’élément particulier des homélies en question,
étant donné la richesse inépuisable et inégalable qui peut caractériser une
explication de la Divine Liturgie.
Le pieux lecteur remarquera que ces récits vérifiés se rapportent à certains
moments particulièrement merveilleux de la Divine Liturgie, comme
l’Hymne des Chérubins, la grande ou la petite Entrée, la consécration des
saintes espèces, la sainte communion. Ils sont répartis dans tout le corps du
texte, visant exclusivement à apporter un profit spirituel au cœur des
lecteurs, indépendamment de la partie de la Divine Liturgie qu’ on y
analyse.
Dès la première homélie, nous avons constaté que ces narrations vérifiées
motivaient les auditeurs, que leur piété s’en trouvait renforcée aussi bien
que leur respect envers le Mystère royal de la Divine Liturgie. Ainsi, leur
préparation pour la réception de la sainte communion prenait déjà des
dimensions plus spirituelles. Toutes ces homélies ont été enregistrées et
mises à la disposition de nombreux chrétiens, qui ont pu ainsi en prendre
connaissance.1
Bien des prêtres, ainsi que des laïcs, m’ont vite proposé de les publier.
Rien que d’y penser, j’en tremblais. Finalement, au bout de sept ans, j’ai
cédé, les homélies ont été transcrites et publiées dans ce volume. Le texte
conserve le style du langage oral, propre au sermon, avec les corrections
nécessaires, jugées indispensables, apportées par des théologiens, des
philologues et d’autres pieux chrétiens. Je les remercie fort parce qu’ils se
sont surpassés et je souhaite que les dons salutaires de Dieu remplissent
abondamment leurs cœurs.
Pendant la période des dix ans qui a suivi la présentation orale de ces
homélies-sermons, bien d’autres événements apparents et aussi merveilleux
que ceux déjà mentionnés auparavant, m’ ont été rapportés par des prêtres
et des laïcs. Certains d’ entre eux ont été inclus dans la présente édition
l’enrichissant encore plus.
À bien des âmes, ces sermons ont été d’un grand profit spirituel, les
aidant à mieux prendre conscience, autant qu’ il était possible, de la
grandeur de la Divine Liturgie. C’est pour cela que, je procède maintenant à
leur publication et je souhaite humblement et de tout mon cœur que
certaines âmes, même si elles ne sont que peu nombreuses, puissent tirer
profit de leur lecture grâce à leur présentation dans le présent volume.

1

Les homélies paraîtront aussi en CD.

15
Pour toute omission ou exagération, je demande humblement pardon car,
elles proviennent de mes imperfections. Mon but était, et demeure, le profit
spirituel, fût-ce d’une seule âme, surtout quand il s’agit de l’ âme d’ un
prêtre.

Rédigé
le 31 août 2002,
Fête de la Déposition de la sainte Ceinture
de la Vierge.
Celui qui n’est que « terre et cendre »
+ Père Stéphane

16

17

INTRODUCTION GÉNÉRALE À LA DIVINE LITURGIE
Qui est le célébrant, pendant la Divine Liturgie ? Le prêtre seul ou
toute la communauté dans son ensemble ?
Toute la communauté : le peuple de Dieu et le prêtre.
L’Église constitue le Corps mystique de Jésus-Christ dont nous tous, le
clergé et le peuple, nous sommes les membres. L’Église en tant que Corps
du Christ prie pour le monde entier. Elle s’intéresse au salut de tous.
Cependant, elle célèbre la Divine Liturgie seulement avec les fidèles
chrétiens orthodoxes, c’est-à-dire avec ceux qui ont reçu le saint Baptême et
le saint Chrême. Eux seuls, constituent les membres de l’Une Église,
Sainte, Catholique et Apostolique. Eux, ils sont le peuple de Dieu.
La Divine Liturgie est le culte public de tous les fidèles. Elle est offerte à
Dieu de la part du peuple de Dieu et du prêtre célébrant. Son don divin et
son fruit salutaire, c’est-à-dire le sacrifice rédempteur, sont offerts à nous
tous, qui constituons le peuple de Dieu. La Divine Liturgie est donc
accomplie par le peuple de Dieu et pour le peuple de Dieu, de notre part et
pour nous.
Par conséquent, les prêtres et les fidèles chrétiens, les laïcs, tous
ensemble, constituent le peuple de Dieu. Nous, les prêtres, ne célébrons
jamais seuls ni en secret. Un prêtre ne peut pas célébrer la liturgie lui seul,
il ne peut pas dire « Béni soit le Règne du Père et du Fils et du SaintEsprit… » et ensuite, répondre « Amen ». Il ne peut pas dire le « En paix
prions le Seigneur » et puis répondre lui-même : « Seigneur, aie pitié ». Au
moins une deuxième personne doit être présente ; il faut qu’il y ait au moins
deux personnes : l’une qui célèbre et l’autre qui représente les laïcs.
Quand nous sommes dans l’église, durant la Divine Liturgie, nous ne
sommes pas de simples spectateurs. Nous le sommes quand nous regardons
un match de football ou quand nous sommes assis devant la télévision.
Pendant la Divine Liturgie nous ne sommes pas spectateurs. Nous célébrons
et nous entendons en même temps. C’est pour cela que nous devons nous
ressentir responsables. Comme le prêtre est responsable de son
comportement devant l’Autel, de même les laïcs sont responsables de leur
comportement dans l’église. Nous autres, comme peuple de Dieu, nous
célébrons la Divine Liturgie par l’intermédiaire des prêtres et des évêques
qui dès leur ordination, ont reçu la grâce et le pouvoir du sacerdoce. Les
laïcs sont une chose ; les prêtres ministres du Très-haut en sont une autre.
Il est certain que les laïcs, par leur saint baptême, participent à la triple
dignité du Seigneur. Donc, ils participent aussi à la dignité épiscopale du

18
Christ le Sauveur. C’est ce que l’apôtre Pierre appelle « la communauté
sacerdotale »1, et saint Basile le Grand le répète. Les laïcs ne sont pas
ordonnés, ils ne sont pas prêtres. Ainsi la différence entre prêtres et laïcs est
claire.
Les prêtres sont les pasteurs spirituels qui guident l’Église du Christ,
tandis que les laïcs sont les brebis spirituelles conduites dans l’ enclos du
Christ. Le prêtre, ministre du Très-Haut, qui célèbre les sacrements
Immaculés, est en même temps membre du Corps du Christ. Nous sommes
tous ensemble membres du Christ. Nous sommes aussi membres les uns des
autres. Nous sommes le peuple de Dieu. Nous sommes l’Église du Christ, le
Corps du Christ.
1. À partir de 1815, Milos était roi de Serbie. Un dimanche, il est allé
avec sa famille à la chapelle du palais pour l’office. Comme le prêtre du
palais était âgé et malade, ce dimanche-là, un prêtre qui avait 30 ans,
récemment ordonné, célébrait l’office. La liturgie terminée, le célébrant
distribuait l’antidoron*.
Le roi s’y est approché le premier. Il était très âgé. Quand le prêtre lui a
donné l’antidoron, il a retiré sa main pour que le roi ne la baise pas.
Alors le vieux roi l’a regardé rigoureusement et lui a dit : « Donne-moi,
mon père, ta main et ne la retire pas la prochaine fois parce que ce n’est
pas ta main que je baise, c’ est ton sacerdoce. C’est le sacerdoce du Christ
que j’embrasse et je m’ incline devant elle qui est vraiment supérieure à
nous deux ! » 2
Cet événement est authentique et nous enseigne beaucoup.
Premièrement, il nous enseigne que le service du prêtre est grand.
Deuxièmement, que nous devons le respecter et l’honorer. Troisièmement,
que sans le sacerdoce, sans le célébrant, nous ne pouvons célébrer aucun
sacrement. Le prêtre n’a pas une sacerdoce à part, mais celle du Christ et il
l’ a en lui, dans son âme, dans tout son être. Par la grâce du sacerdoce il
enseigne, il célèbre, il guide le peuple de Dieu, il guérit et il administre
« comme quelqu’ un qui a de l’autorité ». (Mat. 7, 29)
Pour que l’église du Christ existe vraiment, le prêtre et la Divine Liturgie
sont absolument indispensables. Sans eux, nous ne sommes pas une église
mais tout simplement une fondation charitable, une organisation
quelconque, comme c’est le cas des protestants.

1

2

I Pierre 2,9.
Augustin Cantiótis, évêque de Florina, «Εἰς τὴν Θείαν Λειτουργίαν», p. 50.
* pain béni, n.d.tr.

19
Conclusion : pour nous l’Église c’est le peuple, le prêtre célébrant et
le saint Autel, c’est-à-dire la Divine Liturgie.
La Divine Liturgie n’ a été élaborée ni par les gens ni par les Apôtres ; c’
est pourquoi, elle est un grand Mystère, incompréhensible, indicible,
inégalable, le plus divin, établi par Notre Seigneur Jésus-Christ lui-même,
le soir du jeudi saint. C’est donc en continuant ce mystère immaculé que l’
Église célèbre la Divine Liturgie. La sainte eucharistie est encore un
sacrifice, par lequel le sacrifice de la Croix de Jésus-Christ se continue de
façon non sanglante. Nous y participons tous, en tant que peuple de Dieu,
prêtres et laïcs. Ainsi, la Divine Liturgie constitue aussi une communion
des fidèles, une communion au Corps et au Sang du Christ.
Dans la biographie du père Jacques Tsalíkis, ancien du monastère de saint
David*, un professeur d’université qui a été un de ses enfants spirituels,
rapporte l’événement suivant :
« Le père Jacques a vu et touché le Sang très saint du Seigneur ».
2. Ce très grand et très admirable miracle que Dieu lui a accordé, a eu
lieu le matin du 22 novembre 1975. Le père en a été tellement bouleversé
qu’il l’a consigné par écrit. Ces notes ont été retrouvées après sa dormition
dans l’un des ses cahiers. Datées de ce même jour, elles comportent
exactement les mots suivants : « Le 22 novembre, samedi matin, à l’office
de la Préparation à la Prothèse, après la commémoraison et au moment où
j’allais procéder à la couverture des Saints Dons, j’ai vu d’une façon bien
vivante, et je l’avoue en toute humilité, un morceau de Sang séché, que j’ai
touché de mon doigt ! Il y avait du sang sur mon doigt ! Lorsque j’ai appelé
du saint monastère père Séraphin et je lui ai dit tout ce qui s’était passé, il
m’a répondu : « Père, nous, nous ne voyons rien. Toi, tu as vu ce que
c’était ? » Moi, j’ai répondu que je crois et je me prosterne devant Dieu
Lui-même qui est présent. J’ai dit trois fois « Seigneur, aie pitié. Seigneur,
aie pitié. Seigneur, aie pitié ».
+ Archimandrite Jacques1
Un miracle similaire est arrivé au père Antoine Tsígas, qui était prêtre à
l’église du prophète Élie sur la butte de Castéla au Pirée, du vivant de l’
estimé bienheureux Chrysostome Tavladhorákis, Évêque du Pirée.
3. Un samedi matin, tandis que père Antoine célébrait la Divine Liturgie
et au moment où la consécration des saintes éspèces était arrivé, s’étant
1

Papadópoulos Stylianós « Ὁ μακαριστὸς Ἰάκωβος Τσαλίκης», p. 111.
* Monastère qui se trouve en Eubée, une île grecque.

20
agenouillé, il disait la prière appropriée consacrée, les mains appuyées sur
l’autel. Au moment où il allait se relever pour bénir les Saints Dons, une
goutte de sang est tombée d’en haut sur sa main. Elle l’a même
éclaboussé !
À cette vue, il a été pris de terreur ! Il s’est levé tout tremblant. Il a
regardé le sang et une crainte sacrée, une frayeur, une épouvante, une
stupéfaction, une extase, un éblouissement, des sentiments divers et
incompréhensibles, se sont emparées de lui, tels qu’il était difficile au père
Antoine de décrire. Il ne savait quoi faire. Il a léché le Sang du Christ,
hébété comme il était. Mais après ce miracle, par la grâce de notre saint
Dieu qui l’a amené à regarder dans le saint calice, il a constaté que celuici était vide. Il avait oublié d’y mettre du vin. Il a regardé le Corps et il a
constaté qu’il n’était pas transpercé ; c’est-à-dire qu’il n’avait pas achevé
l’office de la proscomidie. Le chantre a continué de chanter « Nous te
chantons, nous te bénissons… ». D’un hochement de tête le prêtre lui a fait
signe de continuer. (Il n’y avait pas beaucoup de monde car c’était
samedi.) Il a pris la sainte lance, a transpercé le saint Pain et dit : « L’un
des soldats lui perça le coté avec sa lance et aussitôt il en sortit du sang et
de l’eau ». Il a rempli le saint calice, y a mis du vin et de l’eau comme d’
habitude, le bénit en croix puis il s’est agenouillé, a lu la prière de la
consécration, s’est mis debout, a béni les saints dons et notre Dieu très
saint a changé le pain et le vin, comme cela se passe à chaque Divine
Liturgie, en Corps et en Sang du Christ. Après la Consécration, la Divine
Liturgie terminée, il a consommé le contenu du saint calice qu’il a
complètement nettoyé. Immédiatement après la Divine Liturgie du samedi,
il est allé raconter ces événements à l’évêque Chrysostome. Celui-ci lui a
pris sa main et l’a humée. La main toute entière embaumait d’un parfum
indicible ! Il l’a saisi et s’est mis à la baiser, à plusieurs reprises.
-- Monseigneur, dit père Antoine…
-- Je ne baise pas ta main, dit-il, bien qu’il convienne de le faire car tu es
célébrant du Très-haut. Cela n’a pas d’importance si toi, tu es prêtre et
moi, je suis évêque. Moi, je touche sur ta main le Sang de Dieu, le Sang de
Dieu !
Je me souviens qu’après la dormition du père Antoine, l’évêque lui-même
m’a raconté l’histoire et comme il était très expressif, il s’est levé en me
disant :
-- Père Stéphane, le Sang de Dieu ! Et il s’est mis à pleurer.
Voilà ce que c’est, la Divine Liturgie ! 1
1

notes personnelles de l’ auteur

21
Je n’y pense pas de résoudre des problèmes liturgiques ou historiques. Au
contraire, nous nous efforcerons, tous ensemble, de comprendre et de vivre
l’Office Divin.
Saint Jean Damascène dit que la Divine Liturgie s’appelle aussi Sainte
Communion, parce que nous y participons à la chair et à la divinité de
Jésus-Christ.1 Par conséquent, chaque fois qu’on communie et qu’on
s’approche du mystère immaculé, on vit la Divine Liturgie comme une
Sainte Communion et en même temps, comme une rencontre divine.
Comment ? Ce n’est pas facile à répondre à ce « comment ». Cela présente
des difficultés souvent insurmontables.
Le digne célébrant de la Divine Liturgie, aussi bien que ceux qui
participent dignement à la sainte communion, ne peuvent pas exprimer,
décrire ou exposer ce qu’ils y vivent. Ils ne peuvent pas trouver des mots
pour le dire ou pour l’écrire. L’expérience « bouleversante » vécue par le
père Jacques est décrite en trois lignes. Ce qui se vit ne se dit pas car cela
ne peut pas s’exprimer en paroles. La vérité, la réalité du grand Mystère
risque d’être vidée de son «contenu», car elle ne se trouve pas dans les
paroles, dans les belles expressions poétiques ou dans les procédés
esthétiques qu’on utilise. La vérité se trouve dans l’événement inaccessible
du changement des saints dons, du pain et du vin, en Corps et en Sang
du Christ. Les mots réduisent l’événement… Pourtant, cet événement est
vécu de manière psychosomatique :
 selon le niveau spirituel des fidèles,
 selon leur foi,
 selon leur pureté,
 selon leur repentir.
Ô ! Chrétien, Quel est ton repentir ? Quelle est ma contrition ? À quel
degré de pénitence te trouves-tu ? Peux-tu éprouver de la componction ?
Peux-tu verser des larmes ? Mais quel repentir et quelles larmes ? Celles
que Dieu seul voit et non celles que les autres voient, celles que tu penses
avoir. Seulement celles que Dieu seul voit !
 Et certainement, selon le désir ardent et sincère de
communier que ressent le fidèle.
L’homme tout entier participe au culte divin :
 l’âme et le corps
 l’esprit et les os
 le cœur et les cinq sens
 même les viscères !
1

Saint Jean Damascène, «Ἔκδοσις ἀκριβὴς τῆς ὀρθοδόξου πίστεως», p. 375.

22
4. Un prêtre m’ a raconté ce qu’ il a vécu une fois, après la
consommation du reste des saintes espèces. Que ne fut pas son extase ! Il a
ressenti sa poitrine et son cœur se transformer en un ciel immense, d’une
façon indescriptible ! Notre Seigneur se trouvait intronisé au centre de ce
ciel ; à Sa droite sa très sainte Mère immaculée et autour de son trône, tous
les prophètes, les justes, les ancêtres, les apôtres, les hiérarques, les saints
patriarches, les prêtres et les moines méritants, les troupes innombrables
des martyrs, les saints rendus resplendissants par l’ascèse, les pères
théophores des Conciles Œcuméniques, les saints anargyres, les saints qui
se sont distingués dans le monde, les armées innombrables des anges, des
archanges, des chérubins, des séraphins, des trônes (comment vous en
parler!) Il a vu des taxiarques servant le Seigneur, les saints, les cieux et
tous les chrétiens, toute l’Église. Il a tout vu ! Et plus bas, les innombrables
âmes des vivants et des défunts.
Il a tout vécu de toute son âme et avec la participation de son corps à
partir de sa poitrine. « Un ciel immense » a-t-il dit, « la joie et la
jouissance du paradis ». Et il est resté ainsi, essuyant le saint calice. À ce
moment-là, il a tout ressenti, il a tout compris. 1
Ce ne sont pas de simples paroles, mots ou phrases mais des événements
et des réalités, tout ce qu’il a vécu et il ne pouvait le décrire que comme cidessus. Cependant, les mots et les phrases ont limité cette réalité. En ce
vieil homme il y a eu un vrai tremblement de terre qui l’a secoué
profondément. Pour mieux comprendre, il faut savoir qu’on ne peut pas
saisir l’expérience spirituelle de quelqu’un, si on ne l’a pas vécue lui-même,
surtout s’il s’agit d’états spirituels transcendants qui ont leur « langage » à
eux.
Certains interprètent mal le sens, doutent, objectent ou se méfient quand
ils entendent parler d’un événement de ce genre ou quand on leur décrit un
miracle ou un tel changement spirituel provenant de la Grâce parce que les
descriptions qui en sont données sont tellement pauvres qu’elles « vident »
la réalité de sa substance et réduisent l’événement. Mais malgré tout, il ne
faut pas douter parce qu’il est certain que tout cela a eu vraiment lieu.
***
5. Un de mes proches parents m’ a raconté l’ événement suivant : l’ un de
ses amis qui est docteur, quand il était enfant, allait à l’église avec son petit
cousin. Tous les deux riaient pendant l’office et dérangeaient les autres
petits enfants qui se trouvaient dans l’église. Ils se comportaient comme
1

notes personnelles de l’ auteur.

23
certains petits enfants qui, échappant à la surveillance de leurs parents, se
déplacent et courent ça et là dans l’ église sans raison. La liturgie étant
finie et tout le monde étant parti, les deux petits cousins, après avoir reçu l’
antidoron, ont recommencé à se conduire mal dans l’ église. À ce momentlà, une voix de femme, sévère mais douce, s’ est fait entendre :
-- Ce n’ est pas permis de jouer dans la maison de mon Fils ! Il ne faut
pas courir çà et là car ici, on prie, on communie à son Corps et à son Sang,
au Sang de mon Fils !
Soudain, Elle les saisit par la nuque et en un clin d’œil les deux enfants se
sont trouvés dehors, sur le parvis de l’église !
Le docteur continue à affirmer même aujourd’hui : « Qu’on vienne me
demander si Dieu existe ou pas ! Dieu m’a parlé par sa très sainte Mère ! »
1

De cette façon on en conclut qu’on « peut » vivre des événements mais
qu’on ne peut pas les décrire. Cependant, quand on parle de la Divine
Liturgie, il est nécessaire d’oser quelques descriptions et quelques analyses.
Les sujets qui portent sur la Divine Liturgie sont parmi les plus difficiles,
même si on les considère comme déjà connus.
On sait que la procession du prêtre portant l’Évangile devant les fidèles, à
la suite des enfants qui tiennent des cierges et qui portent les emblèmes de
séraphins (en métal ou en bois), s’appelle la « Petite Entrée».
Tout cela vous est connu ; à quoi bon le redire ? Il est quand-même très
difficile de pénétrer au cœur de l’événement et de l’ enseigner en tant qu’
événement. Il existe en effet un certain événement derrière ce déplacement
du prêtre.
Tout ce qui est dit, tout ce qui est chanté, tout ce qui est entendu, vu par
les yeux, senti par le nez ou encore toutes les lumières ne sont pas de
simples types ou symboles, des mots simples ou des sons ordinaires, de
simples petites flammes qui allument les cierges ou les lampes à l’huile.
C’est une question d’essence. Il s’agit d’événements « bouleversants »,
d’une profondeur inconcevable et incompréhensible ; on ne peut y toucher
ni spirituellement ni physiquement.
Nous n’allons pas faire des traités théologiques ou des analyses
historiques concernant les saintes églises et ce qui s’y passe. En interprétant
la Divine Liturgie, nous nous efforcerons humblement d’instruire et de nous
instruire. C’est moi qui ai le plus besoin d’instruction et de prière ; ne
m’oubliez pas.
Il n’y a qu’un seul événement central à la Divine Liturgie : LE
MIRACLE. Le miracle du changement des saints dons. Pourtant,
1

notes personnelles de l’auteur

24
particulièrement ce miracle, comme un événement vécu, peut s’ exprimer
seulement par le silence.
Tous ceux qui participent dignement au calice commun du saint Corps et
du saint Sang, sont aussi en communion les uns avec les autres ; ils s’
unissent « en la foi ». Sommes-nous en état de comprendre cette union ? Si
oui, dans quelle mesure ? De tout ce qu’ on a vécu, que peut-on décrire ou
exprimer ?
N’ importe qu’ on ose dire, si Dieu nous en rend dignes, étant donné que
c’ est de toute façon audacieux de parler de ces choses divines, sera basé
sur les Pères de l’ Église et sur la Sainte Écriture. Ainsi, on va vivre la
continuité de la Sainte Tradition, parce que la Divine Liturgie exprime
vraiment cette Tradition. On ne peut pas facilement définir la Tradition ou
la décrire, on la perçoit comme une réalité vivante pendant la Divine
Liturgie. Cela n’ a rien à voir ni avec la somptuosité des habits sacerdotaux
ni avec la magnificence byzantine mais avec tout ce qui est accompli,
prononcé ou chanté et avec l’ esprit vigilant de communion et d’ unité qui
existe entre les fidèles, en tant que membres du Corps de l’ Église du
Christ. Aucun des mots qui s’ y prononcent n’ est dépourvu de but, aucune
parole n’ aboutit dans le vide. Aucun mouvement, aucun contact, aucune
bénédiction ne doivent passer inaperçus ; mais tout cela constitue un
dialogue spirituel et mystique de sons, de mouvements et de lumière qui
pénètre au plus profond du cœur des fidèles qui fréquentent l’église.
Par exemple :
 l’ élévation de l’ évangéliaire.
Les ecphonèses telles que :
 « Béni soit le règne… »
 « Sagesse ! Tenons-nous droit», et
 « Paix à tous »,
 l’ inclination de la tête (« inclinons nos têtes… »)
 l’ encensement
 le signe de la Croix,
 l’ « amen » (que c’ est puissant comme le tonnerre !)
 la petite et la grande entrées
 les objets liturgiques et les saints voiles,
 la sainte iconostase, le trône,
 l’ humilité des chants sacrés
 la lumière joyeuse des cierges et des lampes à l’ huile.
Tous ces éléments, d’ une manière mystique, parlent, enseignent et
guident le cœur des chrétiens et du prêtre célébrant. Tout ce qui se déroule,
tout ce qui est dit et entendu pendant la Divine Liturgie vise donc à aider les

25
participants à tourner leur cœur vers cet événement véritable et réel et à se
laisser «captiver» par lui, c’ est-à-dire par le changement des Saints Dons et
non par la personne du prêtre.
Jésus-Christ ne se cache pas dans les Saints Dons. Il ne s’ y trouve pas
dissimulé. Quant au vin et au pain, ce ne sont pas de simples symboles du
Corps et du Sang du Christ, comme l’affirment les protestants. Beaucoup
plus il s’agit non d’ une union ordinaire mais d’ une union mystique de l’
âme de chaque fidèle à Jésus-Christ. Non ! Je pourrais crier mille fois :
non ! Ce Changement véritable et réel, c’ est LE CHRIST ! Le Christmême. Voilà pourquoi nous disons que « nous mangeons et nous buvons ».
De cette façon nous devenons un seul corps, un seul sang et porteurs du
Christ. Recevant en nous ce corps et ce sang, nous ne faisons plus qu’ un
avec Jésus-Christ. Dieu-homme, notre Seigneur Jésus-Christ, « demeure en
nous avec son Père et le Saint-Esprit ». Saint Basile le Grand nous l’ assure
dans une prière secrète de sa Liturgie.
Certes, les yeux voient le pain et le vin seuls, et on en a le goût, mais ce
ne sont que des apparences. J’ose dire : bien des fidèles n’ ont pas mâché,
ni mangé, ni avalé du pain ou du vin, mais le Corps et le Sang, la Chair et le
Sang du Christ et un changement miraculeux s’ est opéré dans leur corps et
dans leur âme par l’ action du Saint-Esprit, et tout cela dans une joie
spirituelle sans fin.
Dès que le Saint-Esprit est descendu et que le saint Sacrément est
accompli, il n’y a pas devant nous ce que les yeux voient et la langue goûte,
mais Celui à qui nous croyons, Celui devant qui nous nous prosternons,
Celui que nous adorons ; son Corps et son Sang eux-mêmes déifiés,
véridiquement, infailliblement.
6. Il y avait dans un monastère de Roumanie, un prêtre comblé de grâce,
le père Ménas, qui est devenu ensuite le vénérable saint Ménas. Le
monastère était entouré de bois, alors après la Divine Liturgie, le père
avait l’habitude d’ aller se reposer dans la forêt où il chantait et glorifiait
Dieu par les tropaires de résurrection et d’ autres chants.
Les oiseaux de la forêt se rassemblaient alors autour de lui, sautaient sur
sa petite tête, s’asseyaient sur ses épaules, sur ses bras et lui, il les
caressait tendrement. La plupart du temps, quand le père Ménas
psalmodiait, les oiseaux se taisaient et l’écoutaient.
Comme la Liturgie commençait déjà pendant la nuit et finissait dès
l’aube, après qu’il ait consommé les saintes Espèces et ait enlevé ses habits
sacerdotaux, il faisait déjà jour et ainsi, tôt le matin et sous le soleil il se
promenait dans la forêt, jouissant de la nature et de la présence des
oiseaux, avec lesquels il louait et glorifiait Dieu.

26
On a donc constaté que vers la fin de sa vie, aux grandes fêtes, quand la
Divine Liturgie tardait à finir et que le lever du soleil le trouvait encore
officier, les oiseaux se rassemblaient sur le toit de l’église !
À l’heure même du changement des saints dons, où le prêtre disait le « Ce
qui est à Toi, le tenant de Toi, nous Te l’offrons», tous les oiseaux sur le toit
se taisaient ! Et quand le chœur chantait, en roumain bien sûr, le « Et en
premier lieu pour notre très sainte, immaculée, toute bénie et toute
glorieuse Souveraine… » et puis après le « Il est digne en vérité de Te
célébrer, ô Mère de Dieu », ils commençaient à gazouiller de nouveau ! 1
* * *
7. Un fidèle m’a raconté un événement similaire qui a eu lieu à l’église de
la Mère de Dieu qui s’appelle « Ecatontapyliani » et qui se trouve à Paros
(dans les Cyclades), pendant la Divine Liturgie de la veille de l’ Épiphanie,
en 1998.
Des dizaines de passereaux et d’autres oiseaux entraient et sortaient et au
dehors de l’église par les fenêtres ouvertes de la coupole, gazouillant et
chantant avec vivacité. Pourtant, à l’heure de la consécration des saints
dons, ils se sont tus et immobilisés tous pour recommencer après
l’ecphonèse : «Et en premier lieu pour notre très sainte… » 2
Les propres paroles du Seigneur « Ceci est mon corps…ceci est mon
sang … »3 à la sainte Cène, le soir du jeudi saint, témoignent de cette réalité
du Changement du pain et du vin en Corps et en Sang du Christ. La
constitution donc du saint sacrement est divine. C’est le Christ lui-même
qui en est l’auteur.
Les signes visibles du saint sacrement sont le pain au levain, le vin et la
prière secrète « envoie ton Saint-Esprit sur nous et sur ces Dons… ». Ce
n’est pas seulement la grâce du Christ qui est transmise par la sainte
communion comme c’est le cas d’ ailleurs pour d’autres sacrements, mais
c’est le Christ, le Seigneur lui-même. Les fidèles qui reçoivent dignement
le Corps et le Sang du Christ, s’y intègrent, ayant les mêmes corps et sang
que Lui. L’adhésion au Corps de l’église, c’est-à-dire l’incorporation,
commence par le saint Baptême et s’achève avec la sainte communion,
c’est-à-dire l’intégration. Cela veut dire que notre être tout entier reçoit
d’une façon mystique la Vie-même, notre Seigneur et Rédempteur et
l’incorpore.

1

Balan Joannice, hiéromoine « Ρουμανικὸ Γεροντικὸ», p. 340.
notes personnelles de l’auteur.
3
Marc 14, 22-24.
2

27
Nous allons essayer, autant qu’ il nous est possible, de mettre par écrit
toutes ces expériences et de là, de les inscrire dans nos cœurs. Ensuite, il
reste une chose : les mettre en pratique. Nous devons travailler dur pour
devenir des dieux !
* * *
Au centre de la patène, on place « l’agneau de Dieu, qui ôte le péché du
monde»1, notre Seigneur Jésus-Christ. La très sainte Mère de Dieu se place
à droite de l’Agneau (à gauche par rapport au prêtre.) Les neuf parcelles des
saints se placent à gauche de l’Agneau (à droite par rapport au prêtre).
Ensuite, on place la parcelle de l’évêque de l’église locale en dessous de l’
agneau et puis les parcelles des vivants et des défunts commémorés. Le
récit instructif ci-dessous en témoigne.
8. Un prêtre très pieux vivait dans un monastère ; (cet événement m’ avait
été raconté par l’estimé bienheureux père Gabriel, ancien du saint
monastère Dionysíou, au Mont Athos.) Ce prêtre n’était pas fort instruit
mais il était un grand combattant spirituel et d’ une foi vivante. Bien qu’il
souffrait d’hémorragie, les veines de ses pieds étant faibles, il restait
longtemps debout devant l’ autel de la proscomidie. Maintes fois, on voyait
le sang couler par terre tandis que lui, debout, continuait à commémorer de
nombreuses personnes, ce qui lui prenait beaucoup de temps. Il avait
l’esprit de sacrifice jusqu’ à la fin de sa vie ; il était même mort juste après
avoir terminé la célébration de la Divine Liturgie.
Comme il était peu instruit et à cause, pour ainsi dire, d’un malentendu, il
ne plaçait pas correctement les parcelles sur la Patène.
Quand le célébrant y place la parcelle de la Toute Sainte Mère de Dieu, il
dit : « La Reine s’est présenté à ta droite… ». Ce prêtre donc d’âge avancé,
au lieu de placer la parcelle de la Vierge à la droite de l’Agneau, la plaçait
à gauche, prenant la gauche pour la droite par rapport à lui-même ; il
plaçait pour ainsi dire les parcelles à contresens.
Un jour un évêque s’est rendu au saint monastère pour l’ordination d’un
diacre.
Au moment où l’ on chantait les laudes, l’ évêque est entré dans le
sanctuaire, s’ est revêtu de sa tenue épiscopale et puis s’ est dirigé vers l’
Autel de la préparation pour y continuer seul les commémoraisons, le
prêtre ayant déjà accompli la préparation jusqu’ à un certain point.
L’évêque a alors observé que le prêtre avait placé les parcelles à contre
sens.
-- Tu n’as pas mis correctement les parcelles, mon père, lui dit-il.
1

Jean 1,29.

28
Viens ici, père. Il faut placer la parcelle de la Vierge par ici et les
parcelles des saints par là. Personne ne te l’a jamais dit ? Personne ne t’a
jamais vu le faire ?
Non, mon révérendissime ! a-t-il répondu. Je célèbre la liturgie tous les
jours mais l’ange qui me sert et me suit de près, ne m’en a rien dit.
Excusez-moi d’avoir fait une telle faute, parce que je suis illettré ;
dorénavant, je ferai attention.
-- Qu’est-ce que tu dis ? Qui te sert ici ? lui a demandé l’évêque. N’est-ce
pas un moine qui te sert ?
-- Non, c’est un αnge du Seigneur.
L’évêque s’est tu. Qu’aurait-il dire ? Surpris, il a compris qu’il avait
devant lui un prêtre saint.
Après le repas de midi, l’évêque a salué l’ancien et les autres moines et
est parti.
Le lendemain, il faisait encore nuit quand le vieux prêtre est entré dans le
sanctuaire pour commencer la proscomidie ; l’ange du Seigneur est
descendu et a remarqué que le prêtre avait placé les parcelles
correctement.
-- Très bien père ! Maintenant tu les as bien placées !
-- Oui mais toi, tu voyais ma faute depuis tant d’années ! Pourquoi ne
m’en as-tu rien dit afin que je me corrige ?
-- Oui, je la voyais, mais moi je n’ai pas un tel droit. Je ne suis pas digne
de corriger un prêtre ; Dieu m’a chargé de le servir. Seul l’évêque a un tel
droit ! 1
Quant à nous, nous nous melons de la vie des prêtres, nous les critiquons,
nous les blâmons, nous faisons des commérages à leur détriment et nous les
condamnons. Dorénavant soyons attentifs lorsque nous parlons d’un prêtre
quel qu’il soit.
Le point central de la Divine Liturgie est le grand événement inégalable et
insaisissable du Changement du pain et du vin en Corps et en Sang du
Christ et on doit l’accepter en silence. Que les chantres se taisent un peu,
pour que les fidèles puissent intérioriser cet événement au moyen de ce
silence éloquent qui parle à ce moment-là dans leurs cœurs, avec beaucoup
plus de clarté que toute autre chose.
La Divine Liturgie est aussi un sacrifice. C’est le même sacrifice que le
Seigneur a fait s’offrant lui-même « pour le salut du monde ». Ce soir-là à
la sainte Cène, le Christ a nettement et littéralement souligné et signifié :
« Ceci est mon corps… » (Quand il leur a donné le pain) et « ceci est mon
1

notes personnelles de l’auteur.

29
sang… » (Quand il leur a offert la coupe avec le vin.)1 Ensuite Il a laissé un
commandement à ses disciples : « Faites cela en mémoire de moi ».2
Par conséquent, l’ Église, fidèle au commandement du Christ, célèbre la
Divine Liturgie, depuis deux mille ans et plus et elle continue le même
sacrifice non sanglant et le même sacrement de la sainte eucharistie.
Absolument le même ! En ces paroles « faites ceci en mémoire de moi » se
trouve la continuation du Sacrifice du Seigneur et la communion de son
Corps et de son Sang. Autrement dit, la Divine Liturgie ou l’ eucharistie n’
est pas seulement le sacrifice et la mémoire de la Cène, mais aussi la
communion des fidèles, puisque nous recevons la communion tous à la
même coupe. Ayant donc la même communion, nous sommes des membres
les uns des autres.
Cela signifie que l’Église célèbre la Divine Liturgie et continue le
Sacrifice de Jésus-Christ pour que nous puissions recevoir la Communion.
Quand on dit « son sacrifice », on entend sa mort sur la Croix et sa
glorieuse Résurrection le troisième jour. À une prière secrète liturgique les
prêtres disent : « Nous reconnaissons sa mort et nous confessons sa
Résurrection ». Et quand ils mettent toutes les parcelles dans le calice, (le
Corps du Seigneur avec les parcelles de Notre Dame et des saints) ils
disent : « Ayant contemplé la Résurrection du Christ… ». Bien qu’absents
et éloignés du fait historique de la Résurrection, nous y sommes présents.
C’est cette Résurrection que nous vivons maintenant, en communiant au
Corps et au Sang de Jésus-Christ « pour la rémission de nos péchés » et la
vie éternelle. Cette « vie éternelle » est une annonce préalable de notre
propre résurrection.
Quand notre Seigneur a institué le sacrément de la sainte eucharistie à la
Cène du jeudi saint, Il a aussi parlé de sa mort sur la Croix et de sa
Résurrection : de son Corps très saint qui mourrait sur la sainte Croix et de
son Sang précieux qui s’ écoulerait de son côté. Il a parlé du Corps qu’ il a
assumé en se faisant homme et qui ressusciterait le troisième jour
incorruptible, immortel et éternel. Il a parlé du Corps que les fidèles
mangeraient à la Divine Liturgie pour « la rémission de leurs péchés et la
vie éternelle ».
Notre intelligence ne peut pas concevoir tout ce qui se passe vraiment au
cours de la Divine Liturgie. Notre vécu dépend de notre foi et de la pureté
de notre âme, mais surtout de la Grâce de notre Saint Dieu qui nous est
accordée gratuitement.

1
2

Marc 14, 22-24.
Luc 22, 19.

30
Quand on participe à la Divine Liturgie, on doit le faire avec l’esprit du
publicain, avec la sensation spirituelle de cette femme pécheresse dont
l’Église nous parle amplement dans les hymnes du mardi saint et à qui
sainte Cassienne a dédié le tropaire bien connu, composé par elle-même :
« Seigneur, moi la femme tellement pécheresse… ». Qu’est-ce qu’elle a
offert au Seigneur ? La chose la plus précieuse qu’elle pouvait offrir ! La
chose la plus précieuse qu’elle avait ! Elle lui a offert de l’huile parfumée.
Et nous, qu’est-ce que nous allons Lui offrir ! En entrant dans l’Église,
qu’est-ce que nous allons apporter ? Le repentir, la componction, le deuil à
cause de nos péchés, nos profonds soupirs et les larmes cachées de notre
âme, lavant ainsi le visage de notre âme, tout en baignant nos joues de nos
larmes, nos vêtements et même l’endroit où nous nous tenons debout. C’est
ainsi que l’homme entier resplendit par la grâce. C’ est pour cela que nous
disons que ce lavage, cette préparation de l’ âme sont clairement visibles.
Dieu les voit infailliblement, tandis que les gens s’ en aperçoivent
partiellement ou pas du tout. Car personne ne peut se cacher du regard de
Dieu.
L’élément essentiel qu’ il nous faut, c’ est le repentir, la contrition, la
conscience de notre état de pécheur. Gardons-nous de ne pas venir à la
Divine Liturgie avec une attitude pharisienne. Il ne faut pas songer
ainsi : « Je ne suis pas comme les autres hommes qui sont voleurs,
malfaisants, adultères… ».1 Il ne faut pas dire : « Je garde les
commandements, je jeûne deux fois par semaine, je paie la dîme du tout
que je gagne », je prie matin et soir, je fais l’aumône …ou d’autres choses
que chacun de nous pourrait dire. Nous devons avoir les sentiments du
publicain. Disons en esprit, intérieurement : « Ô ! Dieu ! Purifie le pécheur
que je suis et aie pitié de moi » et frappons-nous la poitrine, mentalement
en signe de pénitence et d’humilité. Il n’est pas nécessaire de nous la
frapper extérieurement étant donné que nous participons à un culte public.
De même qu’on ne fait pas attention aux vêtements des autres participants,
ni à leur comportement, ni même s’ils pleurent, soupirent, s’agenouillent ou
font le signe de la Croix 10 ou 50 fois. Nous devons nous regarder
attentivement : nous trouvons-nous au même niveau spirituel que la femme
pécheresse qui a offert de l’huile parfumée, ou au contraire, notre état est-il
semblable à celui du disciple-traître qui a offert le baiser de la trahison? La
première a gagné le Paradis, l’autre, bien qu’apôtre, l’a perdu.
1

Luc 18, 11-13.

31
Ainsi, pendant la Divine Liturgie on peut vivre tous les événements de la
vie terrestre de notre Seigneur et du mystère de la divine Providence qui a
commencé par la création du monde, d’ après le psaume préliminaire des
Vêpres et s’ achèvera non seulement au jour du Jugement Dernier et de la
séparation redoutable des brebis par les chèvres mais à la future gloire
éternelle des âmes élues. Les chrétiens orthodoxes vivent tous cela lors de
la Divine Liturgie et plus spécialement lorsqu’ ils reçoivent la sainte
communion. Par conséquent, ils vivent aussi la Résurrection.
Au moment où nous recevons la communion au moyen de la sainte cuiller
et que celle-ci nous touche les lèvres, c’est alors que notre bouche
ressemble au mont Sinaï qui tremblait lorsque Moïse recevait les tables de
la Loi, les dix Commandements. Si alors Moïse a été effrayé à cause du
redoutable tremblement de terre, quelle sorte de tremblement ne devionsnous pas ressentir intérieurement, quelle transformation de l’ âme, quelle
componction, nous, qui sommes en train de recevoir, non la Loi mais Dieu
lui-même, Son Corps et Son Sang !
Ces faits sont inconcevables, inexprimables, indescriptibles mais
quelquefois Dieu permet qu’ils touchent même nos sens ! Ceux qui ont les
cœurs purifiés et sont infailliblement illuminés par la grâce, peuvent
éventuellement voir de temps à autre le célébrant voler au-dessus du sol, et
sentent un parfum précieux dans l’église ou une odeur suave pendant la
sainte communion.
Il faut dire que notre Église ainsi que de la Divine Liturgie ont un
caractère mystique, ce qui signifie qu’ au moyen des saints sacrements, la
sainte grâce transforme et refait le chrétien, non pas d’ une façon
simplement morale mais d’ une façon ontologique. Elle le déifie, le remplit
et le libère des passions et des faiblesses tout en le changeant en une
nouvelle création. Il faut donc participer à la Divine Liturgie avec attention,
avec crainte, componction, dévotion, avoir des pensées saintes et, surtout,
sans laisser vagabonder l’esprit. Que l’on garde le Nom du Seigneur dans le
cœur autant que possible !
Dieu révèle le mystère du salut à l’homme tout en transfigurant celui-ci.
Dieu est descendu des cieux, à notre similitude mais sans péché. Il nous
appelle donc au moyen des sacrements (le baptême, le chrême, le repentir et
plus spécialement la confession et la sainte eucharistie) à lui devenir
semblables, « reproduire l’image de son Fils »,1 comme dit l’apôtre Paul.
Par conséquent, la Divine Liturgie est une occasion de régénération
spirituelle et de transformation de l’âme, du corps et des sens. À notre
départ de l’église, nous devrions nous ressentir différents, changés,
1

Rom. 8, 29.

32
transformés, calmes et paisibles ; tout énervement, impatience ou trouble,
indiquerait la persistance de profonds problèmes ! Gardez-vous surtout de
l’orgueil !
La puissance de la Divine Liturgie réside dans son caractère mystique, ce
qui veut dire que nous pouvons et nous devons dépasser les symboles et les
formes qui, bien qu’indispensables, n’en sont pas moins suffisants, c’ est
pourquoi, nous ne nous y attardons pas. Le but du culte divin est d’élever et
de transformer la nature humaine, c’ est pourquoi, nous devons le vivre
profondément, en son essence. Quand on se transforme spirituellement, on
acquiert intérieurement des forces de paix sanctifiantes, grâce auxquelles on
arrive à influencer de façon bénéfique l’environnement, ses enfants, sa
famille, son époux ou son épouse, ses parents, ses frères et sœurs et le
peuple de Dieu en général. Nous devons donc sortir de l’église avec une foi
plus fervente et plus intense.
Nous ne sommes donc pas de simples spectateurs de la Divine Liturgie ;
tout ce qui s’y passe ne nous est ni lointain ni étranger. En nous réunissant,
nous constituons l’Église où la Divine Liturgie est célébrée par
l’intermédiaire des membres du clergé appelés célébrants du Très-haut et
pasteurs. Je considère vraiment, ainsi que célébrant du Très-haut, que ce
n’est pas moi, pécheur et indigne que je sois, qui vous guide. Vous, en tant
que peuple de Dieu, vous n’êtes pas mes ouailles à moi, ma possession.
C’est Dieu lui-même, notre Seigneur Jésus-Christ qui vous guide, vous, ses
ouailles, à travers de moi, indigne, pécheur et misérable. Il nous guide tous,
vous et moi. Si Dieu me conduit à des pâturages spirituels, aux prairies du
paradis et des Écritures, je dois vous conduire aussi aux mêmes pâturages
du royaume de Dieu.
Nous allons maintenant brièvement donner quelques indications sur le
symbolisme des vases sacrés :
 Le calice : familier à tous ceux qui communient souvent. Avant la
consécration il symbolise le vase de la Passion, c’est-à-dire dans lequel on
avait mis du vinaigre mêlé à la bile qu’au moyen d’une éponge on avait
offert à Jésus-Christ lorsqu’ il avait crié « J’ai soif ». C’ est pourquoi, il y a
toujours une éponge dans le calice que l’on garde à l’Autel de la
Préparation ou dans la Sacristie. Suivant la tradition, l’évangéliste saint
Jean a recueilli dans ce même vase, du Sang et de l’ Eau qui se sont écoulés
du côté du Seigneur lorsque le soldat le transperça de sa lance.
Après la consécration, le calice symbolise aussi la coupe que le Seigneur
utilisa pour la célébration du très saint sacrement salvateur de la sainte
eucharistie, le soir de la Cène mystique.

33
 La patène symbolise les cieux et c’ est pour cela qu’ elle est toute
ronde.
Elle porte celui qui est le Maître, le Seigneur et le Créateur des cieux.
Souvent sur la patène se trouve gravée une icône de la très sainte Mère de
Dieu, des entrailles d’ où est né le Dieu-homme Jésus-Christ, Dieu et
homme parfait.
 L’astérisque* renvoie aux étoiles du ciel et plus précisément à celle
qui conduisit les trois mages jusqu’ à Bethléem et « vint s’ arrêter au-dessus
de l’ endroit où était l’ enfant avec Marie, sa mère ».1 L’ astérisque se place
en forme de croix sur la patène.
 La lance, avec laquelle on fait symboliquement et exactement le même
geste que le soldat a faite sur le Corps du Seigneur et on dit : « Un des
soldats, d’un coup de lance, le frappa au côté et aussitôt il en sortit du sang
et de l’ eau » 2 et l’ on verse dans le calice du vin et de l’ eau.
A ce stade, il convient de rapporter un événement authentique concernant
saint Théodose d’Argos (dans le Péloponnèse.)
9. Ce saint n’a célébré la liturgie qu’une seule fois dans sa vie. Le
premier jour il a été ordonné diacre, le deuxième il est devenu prêtre et le
troisième il a célébré pour la première fois l’Office divin. Quand le moment
est venu de « transpercer » le saint Pain avec la sainte Lance, il s’est vu
comme un soldat qui avec une lance acérée, perçait le Corps du Seigneur
d’ où s’écoulaient du sang et de l’eau. Nul ne saura jamais avec quelle
terreur il versa l’eau et le vin dans le calice ! Il a été saisi d’une telle
crainte sacrée qu’il s’ est décidé à ne plus jamais célébrer. 3
* * *
10. Un événement semblable est arrivé au père Jérôme de l’île d’Égine
qui, étant manchot, menait la vie hésychaste dans son propre lieu de
quiétude jusqu’ à sa dormition, en 1966. Je lui avais rendu visite l’ année
précédente avec mon épouse et, après nous avoir donné bien des conseils, il
m’ a raconté en privé, pourquoi il avait renoncé à célébrer la liturgie. En
1923, lorsqu’ il était encore un diacre sous le nom de Basile, le Métropolite
de Cárystos* Panteleïmon, lors de sa visite à Égine, après l’ avoir
persuadé, l’ ordonna prêtre. Il l’ avait même placé comme curé à l’ hôpital
1

Mat. 2, 9-11.
* « petite étoile », n. d. tr.
2
Jean 19, 34.
3
Archim. Gervais Paraskevópoulos, «Ἑρμηνευτικὴ ἐπιστασία ἐπὶ τῆς θείας Λειτουργίας», p.
32.
* en Eubée, n.d.tr.

34
d’ Égine. Pourtant le prénom Jérôme lui avait été donné un an après par le
vénérable père Jérôme du monastère de Simonos Pétra au Mont Athos, qui
lui a accordé le Grand Habit monastique après sa démission sacerdotale.
Quarante jours après son ordination, durant la Divine Liturgie, après la
consécration des saints dons et la mise du Corps du Christ dans le calice
ainsi que le versement de l’ eau bouillante, alors qu’ il était prêt à
communier, tout extasié et stupéfait, plein de componction à cause de la
prière du cœur, il s’ est aperçu tout à coup les saintes espèces dans le
calice prendre l’ aspect de la Chair et du Sang, de la vraie chair et du vrai
sang. Bien évidemment la vue de ce phénomène surnaturel l’ a secoué.
Face à un miracle si effrayant, il a continué à prier longtemps, tout en
versant des larmes brûlantes. Tout tremblant, il dit le congé devant les
saintes portes, sans prononcer aucun autre mot. Ensuite, il a continué sa
longue prière intense en suppliant Dieu qu’ il consente à ce que ses très
saints Corps et Sang reviennent à leurs formes naturelles, chose qui s’ est
produite. À la suite de cet événement il a présenté sa démission le soir
même. Depuis lors il se sentait les mains incapables de percer le Seigneur à
la sainte proscomidie ou de Le rompre après la consécration. Il a
cependant continué à chanter et à prêcher à la chapelle de l’ hôpital. En
me parlant, il m’ a souligné de manière caractéristique : « Je ne pouvais
plus toucher le Seigneur de la gloire avec ces mains pécheresses et
mortelles ». Après m’ avoir embrassé, il est parti en me disant
succinctement : « Sois prudent mon père, parce qu’ il y a très peu de
prêtres qui font leur salut». À un autre membre du clergé il disait avec un
grand naturel : « Si tu ne vois pas ton ange à côté de l’ Autel, ne célèbre
pas la liturgie» ! 1
À la suite de ces récits véridiques de deux hommes saints, de quoi ne
pourrait donc pas témoigner notre conscience, celle de nous tous, célébrants
du Très-haut contemporains, quel que soit notre rang?
 La sainte cuiller symbolise la main du Séraphin qui tenait un charbon
ardent avec lequel il a touché les lèvres du prophète Isaïe et il a dit : «Vois,
ceci a touché tes lèvres et en lèvera tes iniquités et te purgera de tes
péchés».2
On l’appelle aussi « pince » parce que, jadis, on l’utilisait comme une
pince au moyen de laquelle on prenait les perles, c’est-à-dire les parcelles
du Corps du Seigneur. Alors, les chrétiens passaient devant le prêtre, la
paume droite mise sur la paume gauche et les prêtres y mettaient le Corps
du Seigneur et de leur paume les fidèles Le mangeaient, coutume qui a
1
2

notes personnelles de l’auteur
Isaïe 6, 7, Traduction des Septante.

35
survécu à la Liturgie de saint Jacques, appelé le « Frère du Seigneur ». L’
habitude d’ utiliser la cuiller a, plus tard, prévalu afin que « les flammes »
de la Divinité n’ entrent pas en contact immédiat avec les mains qui se
salissent et se souillent très facilement.
 Les deux voiles à l’aide desquels on couvre la patène et le calice,
symbolisent le firmament des cieux ainsi que soit les langes du nourrisson
divin, soit le drap et les linges de la sainte sépulture.
 L’étoffe jetée sur le dos du diacre ou du prêtre pendant la Grande
Entrée s’appelle aër, ou « grand voile », et symbolise la nuée lumineuse
apparue sur le mont Thabor. On agite aussi ce voile au-dessus des saints
dons pendant la récitation du Credo. C’est aussi un symbole du triomphe de
la Résurrection et de la foi.
L’ « aër » s’appelle aussi « rideau ». Il est sous-entendu qu’il s’ agit de ce
rideau -là qui séparait dans le temple de l’ Ancien Testament, le lieu saint
du saint des saints.
 La petite serviette rouge, avec laquelle on s’essuie les lèvres lorsqu’ on
Communie, s’appelle purificatoire ou voile rouge et, parfois,
« chlamyde » (manteau) et son rôle à l’office divin est de symboliser la
chlamyde dont on a revêtu le Seigneur au Prétoire et que son Sang,
s’écoulant de son Corps fouetté, a imprégné.
 L’éponge est une éponge commune arrondie. Après la consommation
des saintes espèces et le nettoyage du calice à l’aide du purificatoire, le
prêtre y met l’éponge pour faire absorber l’humidité et le protéger de
l’oxydation. Cette éponge-là symbolise celle à l’aide de laquelle les
sacrificateurs ont donné à boire au Seigneur : « Quelqu’un courut, emplit
une éponge de vinaigre et, la fixant au bout d’un roseau, il lui présenta à
boire ». 1
 La « moússa », sorte de petite éponge dense et mince, destinée à
recueillir les parcelles de l’antimension et à nettoyer la patène.
Voici, maintenant quelques indications sur les habits sacerdotaux, encore
appelés « vêtements du culte » :
Quand nous, les prêtres, allons célébrer la Divine Liturgie, nous devons
nous préparer mentalement aussi. Nous devons encore laisser hors de
l’église toute préoccupation mondaine, nous oublier nous-mêmes, nos
faiblesses, notre fatigue, nos infirmités, et nous souvenir de Celui dont nous
sommes les célébrants ainsi que de ce que nous allons faire ! Donc, il serait
bon que rien ne nous trouble depuis notre réveil jusqu’au moment où nous
dirons le : « Béni soit notre Dieu… »
1

Marc 15, 36.

36
Pendant la Célébration, le prêtre devrait en tout point ressembler à un
ange. Comme s’il ne touchait pas la terre de ses pieds ; comme s’il n’avait
pas conscience du poids de son corps et était devenu immatériel, comme les
anges. Ainsi devrait-il se tenir, avec une profonde crainte, devant l’Autel
qui est en même temps, trône de Dieu et Calvaire (son sacrifice). Si les
prêtres célébraient avec componction et larmes et une profonde crainte de
Dieu, tout changerait. Mais nous en sommes dépourvus, moi le premier.
Les habits sacerdotaux ont leur propre « langage ». Quand les prêtres
revêtent, ils prononcent quelques versets de la Bible.
 La tunique (stikhárion), est un habit lumineux symbolisant
l’incorruptibilité, l’immortalité et la sainteté, la grandeur et la splendeur
divines, comme disent les Pères de l’Église. En plus elle indique la pureté et
le resplendissement de Jésus-Christ, la chasteté et l’éclat des saints anges.
Au cas où la tunique est rouge, elle symbolise le Sang du Christ le
Sauveur. Si elle est blanche ou d’une autre couleur, elle est l’image de la
Chair de notre Seigneur. La tunique est l’habit intérieur que le prêtre porte
le premier. Sur le dos, elle a une croix cousue. Tous les habits sacerdotaux
portent ces croix cousues.
 Ensuite, on revêt l’étole, appelée aussi épitrachílion, sans laquelle on
ne peut célébrer aucune cérémonie, aucun office ecclésiastique.
L’étole représente le joug, le poids spirituel et la responsabilité qu’ont les
prêtres de vos âmes. Les franges au bord de l’étole symbolisent les âmes
qui sont suspendues au cou du père spirituel. Cela ne signifie pas que
chacun ou chacune d’entre vous n’a pas l’obligation d’assumer sa propre
responsabilité personnelle. Quant à moi, je vais rendre compte de mon
labeur spirituel et de mes douleurs, de comment je vous ai conduits
spirituellement, dans quelle mesure j’ai labouré la terre de vos cœurs, si je
vous ai prêché par l’exemple. Car le temps s’enfuit, les années sont passées
et j’ai l’impression de n’avoir encore rien fait…
 Les surmanches symbolisent les mains créatives de Dieu. Le prêtre
prête ses mains à Dieu qui, au moyen de ces mains, officie Lui-même. Les
cordons qui ferment les surmanches symbolisent les cordes avec lesquelles
on a ligoté le Seigneur.
 La ceinture avec laquelle nous nous ceignons la taille n’est pas
seulement là pour soutenir les habits de peur qu’ils ne tombent. Il y a bien
sûr cet aspect pratique, mais elle symbolise surtout l’attention indivise
nécessaire, les forces spirituelles requises, la tempérance, la continence et
les vertus que nous devons cultiver pour être dignes et capables de guider
les fidèles.

37
 L’épighonátion est l’emblème d’une dignité qu’accorde l’Église aux
prêtres. Il représente le « linge », c’est-à-dire la serviette avec laquelle le
Seigneur a essuyé les pieds de ses disciples. Jadis, les prêtres pendaient à
leur ceinture une serviette auxiliaire pour s’y essuyer les mains. Par la suite
elle est devenue un ornement et finalement, un vêtement de culte.1
L’Epighonátion, selon saint Siméon de Thessalonique, symbolise « la
victoire contre la mort, l’incorruptibilité de la nature humaine et la grande
force de Dieu contre la tyrannie du malin ».2
 Finalement la chasuble, autrement dit « phelónion », signifie la
chlamyde rouge dont les soldats ont revêtu le Christ au prétoire de Ponce
Pilate pour se moquer de lui. À mon avis, tout prêtre qui suit fidèlement les
traces du Christ est souvent raillé, injustement traité et crucifié à son tour.
Car dans des cas pareils, c’est comme si l’on voyait Christ lui-même
s’acheminer vers le Calvaire. La chasuble n’a pas de manches ce qui
signifie, selon saint Cosmas l’Étolien, que les prêtres ne doivent pas se
mêler aux affaires du monde.
11. Il est arrivé qu’après qu’un prêtre ait lu les exorcismes à une âme qui
souffrait de l’action d’esprits impurs, cette personne a commencé à
protester et à écrier lorsque le prêtre l’a touché avec la chasuble qu’il
venait de porter durant la liturgie. Savez-vous pourquoi ces cris et ces
protestations ? Parce qu’elle a été aussitôt remplie d’un bel arôme auquel
le démon n’a pas pu résister. Cette raison a été donnée comme explication
par la souffrante-même le lendemain. 3
Voici une autre histoire vraie qui témoigne en outre du caractère sacré des
habits sacerdotaux et du pouvoir du sacerdoce :
12. Un hésychaste anonyme s’apprêtait à célébrer. Il avait déjà dit les
prières préparatoires devant l’iconostase, ce que font tous les prêtres avant
de pénétrer dans le sanctuaire où ils se revêtent de leurs ornements
sacerdotaux.
Au moment où il allait chercher ses habits dans une armoire du
sanctuaire, il a vu les cieux ouverts d’où une multitude d’anges
descendaient tenant un panier excessivement grand, en forme de plateau,
chose vraiment incompréhensible à nos yeux ! Il y avait dans ce panier des
vêtements que les anges avaient apportés du ciel, d’une texture divine, et
c’est avec ces vêtements qu’ils l’ont habillé ! Cette tenue avait été faite aux

1

Callínicos Constantin, protopresbytre, « Ὁ Χριστιανικὸς ναὸς καὶ τὰ τελούμενα ἐν αὐτῷ»,
p. 521.
2
Siméon de Thessalonique, «Τὰ ἅπαντα», p. 322.
3
notes personnelles de l’auteur

38
ateliers de tissage célestes ! Qui pourrait décrire ces habits sacrés et qui
pourrait en parler ? 1
Et maintenant prêtez attention à une autre histoire, à un autre événement
très intéressant :
13. Un homme simple, dans un village grec, désirait fort porter les
ornements du prêtre dont il était « jaloux » lorsqu’il le voyait tout splendide
célébrer la liturgie. Un matin donc, alors que le prêtre était absent, il est
entré discrètement dans l’église et s’est habillé. On ne sait pas exactement
ce à quoi il pensait lorsqu’il était vêtu des habits sacerdotaux, mais ce qui
demeure impressionnant, quand-même, c’est qu’ensuite, lorsqu’il a essayé
de se déshabiller, il a constaté avec effroi, qu’il ne pouvait pas ôter les
ornements !
Alors il a commencé à s’écrier au secours. Bien des gens sont accourus.
Certains d’entre eux ont essayé de lui ôter les habits mais en vain. C’était
impossible à enlever les ornements de quelque façon !
Cependant, quand le prêtre est venu, il a pu les lui ôter, selon la règle,
décemment, pendant qu’il priait tout en le bénissant. 2
Les objets du culte sont sacrés. Ne touchez donc pas, là où il ne faut pas.
Le célébrant a son rôle, les fidèles ont une autre fonction. À chacun son
métier, c’est-à-dire à chacun son secteur.
Je souhaite donc que, chaque fois que vous allez à l’église pour participer
à la Divine Liturgie, vous en sortiez tout transfigurés, avec le sceau de sa
grâce. Que la grâce du Saint-Esprit vous soit transfusée et que vous viviez
une nouvelle vie en Christ. Amen.
* * *
Avant de passer à l'explication de la Divine Liturgie qui commence par
l’ecphonèse : « Béni soit le Règne du Père et du Fils et du Saint-Esprit… »,
nous mentionnerons, au passage, le sanctuaire gardé par les saints anges et
dans lequel, surtout, on célèbre le sacrifice non-sanglant.
14. Il est arrivé une fois l’événement suivant qu’un prêtre m’avait
raconté : il est allé le soir, pas trop tard, à l’église, parce qu’il avait oublié
quelque chose qui lui était nécessaire. Il l’a déverrouillée et il y est entré. Il
faisait sombre. Il s’est aperçu en plus qu’il avait oublié de fermer les
saintes portes du sanctuaire, ou plutôt qu’il n’avait pas tiré le rideau qui
tenait lieu de portes puisqu’il n’y avait pas de portes véritables là et,
soudain il a vu un ange tout flamboyant avec un glaive brûlant à la main, à
côté de l’Autel ! Il en a été tellement effrayé qu’il a pris la fuite ! En
1
2

Hésychaste Anonyme, «Νηπτικὴ θεωρία», chap. 18, p. 205-206.
Saint Évêché de Nicópolis et de Préveza, revue «Λυχνία» fasc. 173, déc. 1997, p. 17.

39
arrivant dans le narthex, il a entendu une voix : « Arrête-toi ! » Il s’est
donc arrêté, glacé de terreur !
-- N’aie pas peur, lui dit tout doucement la voix. Je suis l’ange gardien
de cette église. Quand on consacre une église et pendant la cérémonie de sa
consécration, le Seigneur, le Tout-puissant, le « Roi des rois et Seigneur
des seigneurs » place un ange gardien vigilant à côté de cet Autel.
Pendant que l’ange parlait, le prêtre est resté immobile dans le
narthex écoutant tout tremblant, le dos tourné vers le sanctuaire. L’ange a
continué d’un ton encore plus doux :
-- Viens, retourne, ferme, s’il te plaît, les portes saintes que tu as laissés
ouvertes.
L’ange a dit au prêtre « s’il te plaît » ! Combien y en a-t-il, parmi nous,
qui disons à notre époux, à notre enfant, à notre frère, à notre prochain
« s’il te plaît », sincèrement ? Combien donc ?
Le prêtre s’est tourné vers la voix n’ayant plus peur ; il se sentait déjà
l’âme sereine mais il n’a plus vu l’ange. Il s’est porté en avant avec
hésitation, mais sans peur dès lors, avec révérence. Néanmoins, émerveillé
et avec timidité, il a saisi le rideau des saintes portes et, petit à petit, l’a
fermé. Mais il a commencé à s’interroger : « Est-ce que tout cela est dû à
mon imagination? Est-ce que je rêvais ? Était-ce une hallucination ? » Et
comme en réponse à ses pensées, il a entendu les voix de myriades d’anges
chantant : « Il est vraiment digne de te bénir » (L’église était dédiée à la
très sainte Mère de Dieu.) Ne pouvant résister à cette douce psalmodie
angélique, il a perdu connaissance ! Il s’est effondré ! Quand il est revenu
à lui, peu après, il est rentré chez lui et n’en a parlé à personne ! Il m’a
raconté son expérience, 15 ans plus tard, peu avant sa mort. 1
Ainsi, dans toutes les églises et à côté de l’autel, il y a un ange gardien
que nous ne voyons pas mais qui nous observe silencieusement.
* * *
La Divine Liturgie commence par l’ecphonèse : « Béni soit le règne du
Père et du Fils et du Saint-Esprit… » et finit sur : « Par les prières de nos
saints pères, Seigneur… »
Elle se divise en trois parties :
 L’office de la prothèse ou Préparation constitue sa première partie.
Elle s’accomplit dans la partie gauche du sanctuaire et c’est la préparation
des pains qu’apportent les fidèles. Saint Siméon de Thessalonique écrit :
« le prêtre va à la sainte prothèse et se prosterne trois fois ; Il dit « Béni soit
notre Dieu… » et il prend UN pain parmi les pains offerts, ensuite avec la
1

notes personnelles de l’auteur

40
lance à sa droite il fait trois fois le signe de la croix sur le pain, ce qui
symbolise la Passion salvatrice du Christ ». 1
 La deuxième partie s’appelle la liturgie des catéchumènes. Elle
commence par l’ecphonèse : « Béni soit le Règne… » et finit après les deux
lectures néotestamentaires (évangile et épître), la litanie ardente et les
prières pour les catéchumènes.
 La troisième partie, qui commence par les prières pour les fidèles et
l’hymne des chérubins et finit sur : « Par les prières de nos saints Pères »,
s’appelle la liturgie des fidèles.
Le point central de la première partie est la préparation des saints dons,
tandis que celui de la deuxième partie est la lecture de l’Évangile. Le
chrétien s’initie au sacrement de la sainte eucharistie avec l’Évangile et
l’Epître, la prédication et la catéchèse. À la troisième partie tout est centré
sur la patène et le calice.
Le centre de toute la Divine Liturgie est l’événement inaccessible du
changement des saints dons en Corps et en Sang du Christ.

1

Siméon de Thessalonique «Τὰ ἅπαντα», p. 111.

41

PREMIÈRE PARTIE

LA LITURGIE
DES
CATÉCHUMÈNES

42

1. BÉNI SOIT LE RÈGNE DU PÈRE
ET DU FILS
ET DU SAINT-ESPRIT… »
Cette première ecphonèse est un miracle ! Ne vous émerveillez pas ! Il
s’agit d’un miracle, d’une confession de foi. Elle exprime la vérité centrale
de notre foi orthodoxe et elle est caractérisée par les trois éléments
suivants :
Premièrement : le signe de la croix. Quand le prêtre dit « Béni
soit le règne… », il fait le signe de la croix.
Deuxièmement : la déclaration du dogme trinitaire.
Et troisièmement : l’aveu, la confession que c’est ce caractère
trinitaire de Dieu qui constitue le règne béni du Père et du Fils et du SaintEsprit.
On va maintenant analyser ces trois éléments de l’ecphonèse.
 Le premier élément : en élevant l’évangéliaire et en traçant un
signe de croix au-dessus de l’Autel et surtout au-dessus de l’antimension
plié, le prêtre dit : « Béni soit le règne… ». On ne peut pas célébrer l’office
liturgique sans cet antimension qui n’est que l’un des voiles sacrés,
consacrés pendant l’inauguration d’une église. Habituellement on y insère
et on y coud des reliques semblables à celles qu’on place au fond de l’Autel
au moment de sa consécration.
Lors de l’ecphonèse « Béni soit le règne du Père et du Fils et du SaintEsprit…», nous inclinons tous la tête très bas en attendant que la
bénédiction du Dieu Trinitaire, dont nous glorifions le règne à haute voix,
nous couvre de son ombre, comme une nuée lumineuse.
15. Un certain prêtre me disait comment il avait vu une fois au Mont
Athos son vénérable et vieux père spirituel, au moment où celui-ci élevait
l’évangéliaire pour dire l’ecphonèse « Béni soit… ». Son visage
resplendissait d’une beauté ineffable. Ses yeux étaient transparents et
scintillants comme deux mers bleues infinies pleines de grâce. Son front et
ses lèvres rayonnaient de lumière chérubique… 1
À ce moment de la Divine Liturgie, nous étant inclinés dans l’église, nous
faisons tous une fois le signe de la croix, correctement et harmonieusement
tout en remerciant Dieu.
Nous devons aussi toujours faire le signe de la croix pendant les
moments suivants de la Divine Liturgie :
1

notes personnelles de l’auteur

43
 lorsqu’est proclamé le caractère trinitaire de Dieu : « du Père, et du
Fils et du Saint-Esprit ».
 quand on fait référence à la très sainte Mère de
Dieu : « …Invoquant notre très sainte, immaculée, toute bénie et glorieuse
Souveraine, la Mère de Dieu » et
 en d’autres moments solennels.
 Le deuxième élément : par l’ecphonèse « béni soit le règne du Père et
du Fils et du Saint-Esprit », le dogme du caractère trinitaire de Dieu et
l’œuvre du salut se révèlent à nous.
Cette œuvre, que la Divine Liturgie entière nous raconte, est celle des
trois Personnes de la Sainte Trinité dont l’origine et le règne sont un ». Par
la bienveillance du Père et la synergie du Saint-Esprit, le Verbe s’est fait
chair », certifient les pères de l’Église.
Cette expression trinitaire, nous l’entendons bien des fois pendant la
Divine Liturgie :
 à toutes les ecphonèses comme :
 à la petite doxologie : « Gloire au Père et au Fils et au Saint-Esprit
maintenant et toujours et dans les siècles des siècles ».
 « Car tu es un Dieu de bonté, plein d’amour pour les hommes et
nous Te rendons gloire, Père, Fils et Saint-Esprit, maintenant et toujours et
dans les siècles des siècles. Amen ».
 au contenu du chant du Trois-fois-saint (le Trisagion) : « Saint Dieu,
saint Fort, saint Immortel aie pitié de nous ».
 au triple « Alléluia »,
 à l’hymne des séraphins « Saint, saint, saint le Seigneur Sabaoth ».
 à la fin de presque toutes les prières inaudibles de la Divine
Liturgie et dans tous les sacrements.
Cette expression trinitaire présente l’ Un Dieu en trois hypostases. Trois
hypostases adorables, un Dieu qui est distingué en trois Personnes. Chaque
Personne, Père, Fils et Saint-Esprit est entièrement le Dieu et non une partie
de la Divinité :
tout Dieu le Père,
tout Dieu le Fils,
tout Dieu le Saint-Esprit.
Dieu est une Unité : un Dieu. Il est un quant à Son essence une et
indivise. Dieu est aussi une Trinité : un Dieu Trinitaire. C’est la Sainte
Trinité, quant aux Personnes - ses hypostases.
Chaque hypostase-personne est distincte de l’autre. Cependant, les trois
Personnes de la Divinité sont inséparables et indivises ayant une et même
substance, nature et action. Elles sont du même avis, prennent la même

44
décision et procèdent au même acte et à la même action. Elles ont un seul
désir, une seule volonté. Elles sont donc « Unité en Trinité et Trinité en
Unité ». Il faut être prêt à mourir pour la défense de ces vérités. Nous
devrons même être prêts à verser notre sang pour soutenir que notre Dieu
est Trinitaire.
Retenons :
 Dieu le Père,
 Dieu le Fils,
 Dieu le très Saint-Esprit.
 sans commencement le Père,
 sans commencement aussi le Fils,
 sans commencement et coéternel aussi le Saint-Esprit.
 tout puissant le Père,
 tout puissant le Fils,
 tout puissant le Saint-Esprit.
Dans le chant du Trois-fois-saint « Saint Dieu, saint Fort, saint Immortel,
aie pitié de nous », se voit le caractère trinitaire de Dieu puisque « saint
Dieu c’est le Père sans commencement, saint Fort c’est le Fils aussi sans
commencement, saint Immortel c’est le Saint-Esprit ou le Paraclet, l’Esprit
de consolation. Trinité Sainte, gloire à toi ».
Ce dogme est « l’essence de notre Foi », d’après saint Grégoire le
Théologien. 1
Cependant, chaque Personne a une particularité une qualité hypostatique
qui la distingue des deux autres :
 le Père est non-engendré.
 le Fils est engendré.
 le très Saint-Esprit procède du Père.
Le Fils est engendré par le Père perpétuellement, sans commencement, de
façon inexplicable. Il est toujours engendré. Il n’y a pas eu un moment où
Il n’ait pas été engendré. Cependant, il est né dans le temps, il « s’est
incarné par le Saint-Esprit et la Vierge Marie » en la Personne de JésusChrist, le Dieu-homme Seigneur, sans père quant à Sa nature humaine, sans
mère quant à Sa nature divine, tandis que le très Saint-Esprit toujours et
perpétuellement procède du Père seul.
Toutes les œuvres de Dieu, l’œuvre de la création, celle de la régénération
et du salut de l’homme s’effectuent par les Trois Personnes ensemble. Le
Père prend une décision, le Fils la réalise et le Saint-Esprit accomplit toute

1

Saint Grégoire le Théologien, ΕΠΕ 4, p. 277.

45
œuvre. « Le Père par le Fils dans le Saint-Esprit fait tout »1 dit saint
Athanase le Grand.
Certes, il y a de nombreux témoignages dans la Sainte Ecriture qui
nous aident à confronter les doctrines hérétiques et dans lesquels nous
trouvons une nourriture spirituelle substantielle.
Saint Spyridon, au Premier Concile Œcuménique, nous a donné un
exemple symbolique du caractère trinitaire de Dieu quand il a pris une tuile
et l’a fortement serrée dans sa paume devant Arius. Tout à coup, au-dessus
de sa main du feu est sorti par le haut, de l’eau par le bas et dans sa paume
c’est la terre qui est restée. Les trois éléments de la tuile (feu, eau, terre)
sont inséparablement unis.
Pour mieux saisir le mystère de la Sainte Trinité, soyons attentifs à
l’apolytíkion de l’Épiphanie :
« Quand Tu as été baptisé dans le Jourdain, Seigneur, l’adoration de
la Trinité s’est manifestée car la voix du Père qui T’a engendré, a
témoigné de Toi, T’appelant Son Fils Bienaimé ; et le Saint-Esprit en
forme de colombe, confirma l’immuabilité du verbe… »
Au saint baptême donc de notre Seigneur Jésus-Christ, a été révélée
sensiblement au monde, pour que les gens le voient et l’entendent, la
vénération et le véritable culte spirituel de Dieu c’est-à-dire du Père, du Fils
et du Saint-Esprit.
16. Dans un petit village de l’Épire qui s’appelle Paléosséli, dans la
province de Cónitsa, en 1910, un garçon âgé de douze ans s’est levé et est
sorti dans la cour de sa maison. C’était la fête de l’Épiphanie et il était très
tôt le matin, (à peu près 4am). Tout était couvert de neige et il faisait très
froid.
Cependant, dès que l’enfant a ouvert la porte et a fait le premier pas, il
est resté figé de surprise et à émerveillement, il a vu toute la nature,
renversée ! C’est-à-dire qu’il a tout vu à l’envers, la tête en bas : les
montagnes, les maisons, les arbres et même le ciel qui était clair et étoilé ;
les racines des arbres pointaient vers le haut et les branches vers le bas ;
les toits avec les tuiles vers le bas et les fondations des maisons vers le
haut ; les haies des cours étaient retournées et les montagnes aussi. Il a
aussi vu les eaux fluviales de l’Aóos coulant en sens inverse, de l’aval vers
l’amont !

1

Saint Athanase le Grand, P.G. 26, 596A.

46
Mais, qu’y a-t-il de paradoxal à cela ? Notre Église ne certifie-t-elle pas
triomphalement lors de la fête de l’Epiphanie que « le Jourdain a coulé à
reculons » ?
Quand l’enfant, revenu à soi de cette douce surprise, est rentré dans sa
maison, il a vu que tout y était normal. Immédiatement il est retourné
dehors… et voilà encore cette nature renversée… Le même paysage
antérieur incompréhensible, étrangement éclairé d’une lumière paisible et
diffuse ! … Ce n’était pas dû à la neige qui avait tout couvert à foison, ni au
ciel limpide étoilé. Non ! C’était quelque chose d’autre qui s’était emparé
des sens et de l’âme enfantine de ce garçon. C’était un épanchement de
lumière telle qu’il n’en avait jamais revu de toute sa vie, jusqu’à l’âge de
quatre-vingt-quatre ans, où il est mort. Ce garçon-là de douze ans était
mon père.
À combien de fidèles à l’âme chaste et pure, a-t-il été donné de voir cet
événement très paradoxal de la nature renversée ?
Les deux ou trois fois que mon père m’ a raconté cet événement, il
utilisait toujours les mêmes mots, sa voix était douce et humble et de ses
yeux coulaient sans cesse des larmes, qui nous remplissaient de
componction et d’ une peur sacrée ! …1
Si nous tous, prêtres et fidèles d’aujourd’hui, avions l’innocence de cet
enfant-là et une vie de sainteté, sûrement Dieu nous donnerait une lueur
céleste, un rayon divin révélant les choses redoutables et salutaires qui
s’accomplissent durant le grand sacrement de la sainte eucharistie que nous
examinons ici.
La vérité concernant le dogme de la Sainte Trinité dépasse l’intelligence
humaine. (Cependant, cela ne signifie pas que nous ne devons pas déclarer
ce en quoi nous croyons.) Certes, notre cerveau limité et restreint ne peut
pas contenir l’infinité de Dieu. Toutefois nous l’honorons, nous le
vénérons, nous l’adorons. Il est notre créateur, l’Unique Dieu Trinitaire.
17. Cette doctrine, se rapportant au caractère trinitaire de Dieu, à son
essence inaccessible, à sa nature indivise, aux traits hypostatiques des
Trois Personnes, préoccupait jour et nuit l’ancien célèbre d’un monastère.
Un soir, par un ciel clair et étoilé, l’ancien, fatigué de l’étude, de la
méditation et de la recherche sur les choses concernant les Personnes de la
Sainte Trinité, est sorti du monastère et se promenait en jouissant de la
tranquillité nocturne, tout en disant intérieurement la prière : « Seigneur
Jésus-Christ, aie pitié de moi ».
S’étant éloigné du monastère, au bout d’une demi-heure il a aperçu une
bergerie.
1

notes personnelles de l’auteur

47
« Comme c’est étrange ! Il y a une bergerie si près du monastère et moi je
ne le savais pas ? », se dit-il. Il a cependant remarqué que le berger du
troupeau faisait quelque chose de bizarre : il levait la main vers le ciel et
montrait du doigt ici et là, puis il se penchait et grattait quelque chose par
terre continuellement et longtemps. L’ancien s’est approché du berger et
lui a demandé :
-- Homme de Dieu, qu’est-ce que tu fais ici dans la nuit ?
-- Ah ! dit-il, mon père, je compte les étoiles ! Puis j’écris par terre
combien j’en ai compté. Ensuite, je lève la main et je compte de nouveau :
une, deux, trois, quatre…Je compte cent, deux cents et j’écris de nouveau.
À la fin j’en ferai l’addition !
-- Homme béni, lui dit-il, peut-on compter les étoiles ? Il y en a des
milliards… Peux-tu les compter ?
-- Mais les réalités divines que tu examines tellement, sont-elles
dénombrables ? Ne sont-elles pas au-delà de ta portée ?
Immédiatement le berger et la bergerie ont disparu ! L’ancien humilié est
rentré au monastère, la tête basse : « C’est bien fait pour moi ! Cela
m’apprendra ! » disait-il. 1
On ne peut ni compter ni explorer les réalités divines, ni les découvrir en
faisant appel au cerveau ou à l’intelligence, mais elles se révèlent aux
esprits illuminés dans « un cœur purifié et humilié ». Si l’on veut donc
interpréter un certain verset de la Sainte Écriture, il faut le faire en se basant
sur les Pères de l’Église et non d’une manière arbitraire, comme le font
certains hérétiques.
Le culte donc de la Sainte Trinité est l’héritage saint et sacré des Pères de
l’Église, c’est la base et le fondement de la foi chrétienne !
Le troisième élément de cette ecphonèse, c’est qu’on loue, on bénit et
on glorifie de toutes ses forces le règne du Père et du Fils et du Saint-Esprit.
On exprime c’est-à-dire, son admiration, son adoration spirituelle et son
amour à ce règne de la Divinité trinitaire. On vivra en Elle dans les siècles
des siècles. Sans Elle on ne peut pas exister sur la terre. Il ne s’agit pas
d’une royauté de souverains terrestres qui sont en possession d’une
puissance matérielle, des richesses, de l’argent, des connaissances, d’une
sagesse séculière ou d’un pouvoir suprême mais…du règne de Dieu !
On pourrait dire que le royaume de Dieu embrasse tout l’univers qu’il soit
matériel ou spirituel ainsi que l’ensemble des fidèles et des défunts qui se
trouvent sur la terre et aux cieux, c’est-à-dire l’Église !

1

notes personnelles de l’auteur

48
Tout d’abord, en premier lieu, il se rapporte à l’univers matériel, c’està-dire aux créatures visibles du ciel, de la terre et de la mer, de l’univers
sidéral jusqu’ aux structures organiques même les plus petites.
En deuxième lieu : le règne de Dieu se rapporte au monde spirituel
c’est-à-dire à la totalité des puissances angéliques célestes.
Un vieux prêtre une fois, durant la Divine Liturgie, n’a pas pu résister aux
psalmodies des anges qu’il écoutait et s’est évanoui ! Il est vrai que la
psalmodie céleste ne peut pas être entendue par des oreilles humaines.
Même si elle est entendue, elle ne peut l’être que jusqu’à un certain point,
jusqu’ au point où l’ on ne meure pas. C’est pour cela qu’ on s’évanouit tout
simplement !
En troisième lieu, le règne de Dieu s’étend aussi au monde des
hommes sur la terre. Dieu règne aussi sur les hommes. Mais quels
hommes ? Ceux qui croient en Lui en tant que Dieu vrai, trinitaire, qui s’est
fait homme en la Personne de notre Seigneur Jésus-Christ, qui est à la fois
homme parfait, c’est-à-dire sans péché, et Dieu parfait. Dieu règne sur les
chrétiens qui non seulement croient en Lui, L’adorent et déclarent leur foi
en Lui mais qui aussi observent fidèlement Ses commandements, pratiquent
les vertus et obéissent à Sa sainte volonté.
Dieu ne règne-t-il pas dans le cœur des hommes ? Certes, car « le
royaume de Dieu est au-dedans de vous ».1 Parfois l’homme a la sensation
de ce royaume. Pour cela, je vous en prie : priez, étudiez, observez les
commandements, pratiquez les vertus, allez à l’église, confessez-vous,
communiez …
Qui est-ce donc, ce Dieu ? Les autres religions prétendent posséder aussi
des dieux. Pourquoi notre religion diffère-t-elle des autres ? Parce qu’elle
croit en Dieu Un, Vrai, Trinitaire que le Christ Dieu-homme a révélé,
lorsqu’il est venu sur la terre. Chez les autres religions, celui en qui ils
croient, n’est pas révélé. Le Christ a fait connaître le vrai Dieu au monde :
le Père, le Fils et le Saint-Esprit, la Divinité Une au triple éclat s’est révélée
à nous. Voilà pourquoi nous prions souvent ainsi :
 « Trinité Toute Sainte aie pitié de nous,
 Seigneur, purifie-nous de nos péchés,
 Maître, pardonne-nous nos iniquités,
 Saint, visite et guéris nos infirmités, » invoquant la Divinité Trinitaire
de trois façons différentes : Seigneur, Maître, Saint.
L’Archange Gabriel a annoncé le royaume de Dieu à la Vierge Marie en
Lui disant : « …et son règne n’aura pas de fin ».2 Jésus-Christ a prêché
1
2

Luc 17, 21.
Luc 1, 33.

49
l’avènement de ce règne en commençant son œuvre terrestre par ces mots :
« Repentez-vous : le royaume des cieux est proche ». 1
On a aussi démontré que le règne de Dieu étend sa suprématie sur l’esprit
d’égarement, sur le Satan qui, comme dominateur « de ce monde de
ténèbres »2, exerce son pouvoir, malheureusement, sur les âmes des
hommes. On peut voir cela clairement :
 lors des trois tentations du Seigneur sur le mont Sarantarion où le
Christ-roi a totalement vaincu le diable,
 et dans le cas des possédés où le Christ a commandé aux esprits impurs
et ils Lui ont obéi.
Mais le royaume de Dieu se révèle dans toute sa grandeur pendant la
Divine Liturgie, où la communion des Trois Personnes de la Sainte Trinité
devient communion des fidèles. Pendant la Divine Liturgie donc, se produit
une communion d’amour entre l’Eglise militante et l’Eglise triomphante,
c’est-à-dire entre les vivants et les défunts, mais aussi entre l’Église Une et
Dieu.
Les fidèles voyant cette grandeur du royaume de Dieu peuvent s’écrier
avec le prêtre, pleins de gratitude, les paroles superbes que les prières
inaudibles et sacrées de la Divine Liturgie adressent à la Sainte Trinité.
Malheureusement, les gens et en particulier nous, chrétiens orthodoxes,
nous laissons de côté le royaume de Dieu et devenons serviteurs du
royaume du diable, du Satan. Comment donc la terre, de royaume de Dieu
qu’elle devait être, est-elle devenue enfer ? Comment est-elle devenue une
malédiction tandis qu’au commencement elle était bénie ? Comment ?
Chacun peut le comprendre : à cause de nos péchés. Chaque fois que nous
commettons un péché transgressant les commandements de notre saint
Dieu, n’importe quel commandement (même quand nous n’avons pas de
patience, ce qui nous paraît ne pas avoir une grande importance, puisqu’Il
nous l’a commandé : « Vous avez entendu l’histoire de l’endurance de Job
et vu le but du Seigneur »,3 soyez donc patients !) immédiatement le
royaume de Dieu qu’il a fondé au dedans de nous, se change en enfer !
Ce royaume béni du Père et du Fils et du Saint-Esprit nous rappelle la
triple dignité du Seigneur : celle de Grand prêtre, de Prophète et de Roi.
Cela vaut la peine de nous pencher plus particulièrement sur un verset de
l’évangile selon saint Luc (12, 37) qui nous initie aux mystères
incompréhensibles du royaume trinitaire des cieux et surtout à la façon dont
le Seigneur lui-même s’offre à nous dans son royaume.
1

Mat. 4, 17.
Ephés. 6, 12.
3
Jacques 5, 11.
2

50
Ce verset, plus concrètement, nous dit quelque chose d’effrayant et de
formidable : notre Seigneur et Roi, Souverain et Gouverneur de la terre, des
cieux et de tout l’univers, Seigneur tout-puissant, Maître et Seigneur, Dieu
créateur omnipotent, en la personne de Jésus-Christ deviendra en quelque
sorte notre serviteur ! Il va porter le tablier du domestique comme les
serviteurs de jadis, Il va encore nous installer confortablement, dans la
béatitude du royaume des cieux et passera devant nous, devant chacun de
nous, pour nous servir ! Quelle sorte de service va-t-Il nous offrir ? Quels
dons célestes, incompréhensibles, trinitaires nous accordera-t-Il ? Il nous
révélera les mystères secrets de Son royaume tout en nous faisant resplendir
de Sa Gloire, dans les siècles des siècles ! Est-ce que cela vaut la peine de
risquer de tout cela pour satisfaire nos passions vulgaires ?
Le cerveau de l’homme est littéralement paralysé devant une pareille
image. L’intellect est ébloui, il a le vertige. Tant que l’on vit ici-bas, sur la
terre, on ne peut pas saisir la profondeur de ce verset parabolique,*1 c’est
pourquoi l’intelligence demeure surprise, elle admire, elle s’émerveille et
tombe en extase. Le Sauveur sert ceux qu’Il a sauvés par Son propre
sacrifice sur la Croix ! Celui qui a « payé » pour nos fautes, devient notre
serviteur. Nous L’avons crucifié et Lui, non seulement Il nous a pardonnés,
non seulement Il nous a fait grâce pour ce crime mais aussi Il nous comble
de cadeaux ! Il nous prend dans Ses bras, Il nous étreint, Il nous sert comme
un diacre, Il nous embrasse !
Ces messages célestes de Dieu sont inaccessibles à notre esprit. Donc, que
nos yeux, ne vont-ils pas voir et de quoi ne vont-ils pas jouir ?
Ce jour-là sera une Épiphanie grandiose pour tous les fidèles chrétiens
vainqueurs. Un jour, d’une lumière sans déclin, éternel, lumineux !
C’est pourquoi il faut prier ! Priez beaucoup ! Pratiquez les vertus, soyez
patients, étudiez la Sainte Écriture, ayez de la longanimité, espérez, faites
l’aumône en cachette et au nom des défunts aussi. Soyez tempérants en
tout, jeûnez, priez aussi pour moi …
* * *
À la fin de l’ecphonèse « Béni soit le règne du Père… », les fidèles
répondent « amen » par l’intermédiaire des chantres.

1

*Luc 12, 37 : « Heureux ces serviteurs que le maître, à son arrivée, trouvera veillant. En
vérité, je vous le dis, il se ceindra, les fera mettre à table et passera de l’un à l’autre pour
les servir ». n.d.tr.

51
Ce mot n’est pas grec. Cependant, on le rencontre maintes fois dans les
Saintes Écritures (Ancien et Nouveau Testament) et on l’entend pendant la
Divine Liturgie.
Qu’est-ce que le mot « amen » signifie ?
Quand il se trouve répété deux fois, au commencement du discours, il
signifie que tout ce qu’on va entendre est absolument vrai. « En vérité, en
vérité, je vous dis… » « Je vous dis, assure Jésus-Christ, que mes paroles
sont vraies et sures ».
Pourtant, quand le mot « amen » se trouve à la fin d’une phrase, il a
parfois une nuance de certitude mais le plus souvent il exprime un souhait,
c’est-à-dire qu’il correspond à : « Que cela arrive », « Qu’il en soit ainsi ».
On souhaite de tout son cœur que tout ce qui a été dit auparavant se réalise.
Aux premiers temps de la chrétienté, l’« amen » était dit par tous ceux qui
se trouvaient dans l’église, hommes, femmes, enfants et se faisait entendre
comme un grand coup de tonnerre.

2. LA GRANDE LITANIE DE PAIX*
« EN PAIX, PRIONS LE SEIGNEUR ».
Il était une fois un hiéromoine, le père Gédéon le Cafssokalyvite** qui
célébrait tous les jours la Divine Liturgie ; c’est ainsi qu’il faisait souvent
des liturgies de quarante jours pour les défunts.
18. Quand il était encore travailleur au Mont Athos, il avait fait la
promesse de devenir moine. Pourtant, il n’a pas tenu sa promesse et il est
parti, il est retourné dans le monde, dans son village. Un matin, alors qu’il
allait à l’église, il a reçu un soufflet, une gifle sur son visage. «Ta place
n’est pas ici ! », une voix s’est fait entendre d’en haut. Il a quitté le monde
et ses vanités et il s’en est allé à la cellule de Saint Acace, mener une vie
ascétique.1 Cet événement du soufflet me rappelle une autre histoire
similaire qu’on m’a racontée :
19. Un certain prêtre, âgé de 35 à 40 ans, négligeait ses responsabilités
spirituelles, nocturnes et matinaux et surtout pendant la Divine Liturgie.
Peu à peu, il a commencé à décliner spirituellement. Une fois, pendant la
Divine Liturgie et au moment de la Proscomidie des saints dons, il s’est mis
à bâiller. Il a cessé de lire les prières inaudibles pour bâiller. Il a reçu
alors une forte gifle au visage dont le bruit était si fort qu’il a été entendu
1

Moine Moïse l’agiorite, «Ἁγιορείτικες διηγήσεις τοῦ γέροντος Ἰωακεὶμ», p. 152

52
par les fidèles qui se trouvaient là. En même temps, une voix austère lui
dit : « Eh ! Ça suffit ! Tu vas passer ton temps à dormir ? Tâche d’arrêter
l’hémorragie de ton âme ! » Sa joue est restée toute rougie pendant
longtemps, on pouvait même y voir l’empreinte des doigts ! Le mot
« hémorragie » le faisait souvent penser, de toute son âme, à la femme
atteinte d’une perte de sang (qui était la future sainte Véronique) et, dès
lors, il lisait chaque jour le verset correspondant (Matt. 9, 20-23). Il a
acquis la même peur que cette femme qui, tout tremblant, a touché le bord
du vêtement du Seigneur et « à l’instant même, a été guérie de son
hémorragie ». 1 Chaque fois que ce prêtre célébrait se sentait comme si
c’était sa dernière liturgie. 2
Je pourrais dire que toute âme qui entre dans l’église pour participer à la
Divine Liturgie, est une « femme atteinte d’une perte de sang » à cause du
péché. Entre-elle dans l’église ? Elle y trouve la miséricorde, l’amour,
l’affection. Pendant la Divine Liturgie, on reçoit en abondance la grâce
trinitaire et la bénédiction de notre Seigneur. Dans l’église, se réalise notre
guérison. Quand on reçoit la Divine Communion, non seulement on touche
le bord de Son vêtement, mais on mange Son très saint Corps et l’on boit
Son Sang très précieux ! Voilà donc l’union, la joie, la vie, l’élévation, la
résurrection ! Que notre désir ardent donc, soit de Le connaître, Le toucher,
Le goûter !
Quelque chose de semblable disait le prêtre qui reçut le soufflet : « J’entre
ainsi dans l’église à la façon de cette femme atteinte d’hémorragie, je sens
la gifle et l’hémorragie de mon âme, je vis la même situation au moment de
la Préparation de saints dons, de ce grand miracle : un rapprochement, une
union et un séisme à cause du soufflet ». Il vivait, alors, la même chose !
Tout comme la femme atteinte de la perte de sang, tout homme affligé,
s’empresse de prier immédiatement, de supplier, de toucher l’habit et l’étole
du prêtre, d’implorer… Cependant, à l’église, c’est le Christ qui court près
de nous. Il s’humilie beaucoup, Il cherche à rencontrer, non seulement le
prêtre pécheur, mais aussi tout fidèle.
Si la femme atteinte d’hémorragie a avancé la main avec une certaine
hésitation pour toucher le bord du vêtement du Seigneur, nous les prêtres,
nous faisons quelque chose d’encore de plus audacieux et de plus
téméraire : nous Le tenons dans nos mains ! Nous L’élevons, nous le
« rompons », nous Le morcelons ! Elle, ainsi que les disciples, à notre
1

Luc 8, 44.
* Les « iréniques » ou les « irinika ». n.d.tr.
** Celui qui change souvent de cellule après avoir brûlé celle qu’il avait avant. Ici le mot
désigne la skite de Cafssokalývia sur la Sainte Montagne. n.d.tr.
2
notes personnelles de l’auteur

53
place, je suppose qu’ils se retiendraient de faire pareille chose. Ils
hésiteraient, ils pleureraient, ils fondraient, ils n’oseraient pas, ils
tomberaient à genoux et ils s’écrieraient comme jadis Pierre l’apôtre :
« Seigneur, éloigne-toi de moi car je suis pécheur ». 1
« J’ai reçu le soufflet », disait le prêtre ci-dessus « et, cependant, je ne me
ressaisis pas, je ne m’afflige pas, je ne tombe pas à genoux, je ne suis pas
ému ! … Ô ! Mon Dieu, pardonne-moi… »
Nous autres prêtres, nous célébrons le sacrifice non-sanglant et nous
devons nous écrier « Seigneur, aie pitié ». Je pourrais dire, j’oserai dire
sans faire semblant d’être humble, je vous dis la vérité, que de mes mains
souillées par le péché je « romps », je coupe en morceaux Son très saint
Corps et je balbutie tout en implorant : « Seigneur, aie pitié ». Je suis
célébrant, prêtre, et toutes les âmes, y compris la mienne, se nourrissent de
ce Sang très précieux et de ce Corps très saint. C’est le pain immortel des
âmes afin qu’elles ne meurent pas. Il les nourrit, les fortifie, les vivifie, les
sanctifie, les revêt des cieux, les ressuscite. Moi donc, dans ce ministère
inégalable qui est au-dessus de mes forces, je m’écrie de
nouveau : « Seigneur, aie pitié » ! Seigneur, aie pitié ! » Je suis diacre et
serviteur de Dieu. Je récite les prières inaudibles…et Lui…, le Seigneur
Dieu et Sauveur, m’obéit et descend sur la terre par l’intermédiaire du
Saint-Esprit. Je Le fais descendre, moi, l’indigne ! Comment ne dirais-je
pas « Seigneur, aie pitié » ? Du saint calice, je L’offre aux fidèles.
Seigneur, aie pitié ! C’est vrai ! Au moyen du saint Corps, le ministre du
Très-Haut se joint lui-même ainsi que les fidèles au Dieu éternel, à
l’éternité, à l’immortalité. Seigneur, aie pitié ! Notre Dieu Trinitaire donc,
emprunte mes mains, mes lèvres, mes yeux, mon être tout entier (ainsi que
celui de tous les prêtres et évêques) pour que le grand et inaccessible
sacrifice non-sanglant de la Croix soit célébré. Seigneur, aie pitié ! Il
m’honore ainsi que tous les prêtres, plus que tous « les esprits liturgiques »,
des anges et archanges, aux chérubins et aux séraphins… Seigneur, aie
pitié ! Que c’ est inestimable le grand don du sacerdoce ! Malheur à moi,
donc ! Je demande vos prières. Seigneur, aie pitié !
* * *

 « EN PAIX PRIONS LE SEIGNEUR ».

1

Luc 5, 8.

54
C’est la première demande et ecphonèse de la Grande Litanie de paix.
Après le « Béni soit le règne… » commence la Grande Litanie, dite « de
paix ». Elle comprend toutes les demandes qui se rapportent à notre vie à sa
totalité et plus spécialement celles qui concernent la paix sous ses divers
aspects. Elle constitue la première présence de l’Église devant Dieu et face
à tous les besoins terrestres et toutes les circonstances de la vie de l’homme.
Les trois premières demandes se réfèrent à la paix, car la paix est
l’oxygène, elle est l’air pur dans lequel le peuple de Dieu, c’est-à-dire
l’Église, peut vivre. La paix c’est l’essentiel pour se tenir devant Dieu.
Ayons de la paix en nous-mêmes d’abord et ensuite entre nous : avec notre
compagnon, nos enfants, nos parents, nos frères et sœurs, ceux qui
fréquentent régulièrement notre maison et nos proches, tout homme, car
c’est seulement quand nous avons la paix dans le cœur, que nous pouvons
être paisibles avec autrui. Nous ne pouvons rien dire ou faire dans l’Église
sans la paix intérieure.
Quand un évêque entre dans l’église pour officier, soit aux Vêpres, soit
aux Matines, soit à la Divine Liturgie, il se tient au centre de l’église ; il ne
monte pas immédiatement au trône épiscopal, mais après s’être signé, il
bénit de façon cruciforme (devant, derrière, à droite et à gauche) le peuple
de Dieu tout en disant intérieurement « Paix à tous ». Ensuite, il monte au
trône.
Si la paix ne règne pas dans notre cœur mais qu’y règnent au contraire, les
différends, les dissensions, la haine et la cruauté, nous ne pouvons pas
participer correctement à la Liturgie ni apporter des prosphores à l’église. À
plus forte raison, nous ne pouvons pas communier. Malheur à ces cœurs
durs que ni le pardon ni l’amour ni l’indulgence, n’adoucissent.
Dans le martyrologe de notre Église nous est rapporté un événement
bouleversant :
20. Il y avait deux chrétiens aux temps des persécutions, qui s’étaient
disputés et ne se parlaient plus. L’un s’appelait Nicéphore et l’autre
Sapricius, un prêtre.
Les idolâtres, sur une dénonciation, ont arrêté Sapricius et d’autres
chrétiens et les ont mis dans la prison. Nicéphore, apprenant cela, s’ est
précipité à la prison, est tombé à genoux devant les grilles et dit :
-- Sapricius, pardonne-moi ! L’heure du martyre approche, je te demande
de me pardonner !
-- Non, je ne te pardonne pas ! répond Sapricius.
Ses compagnons de martyre ont intervenu et lui ont dit :
-- Sapricius, pardonne-lui !
-- Non ! Il m’a fait tant de mal que je ne lui pardonnerai pas.

55
L’heure approchant, on a rassemblé les martyrs enchainés et on les a
emmenés au lieu du martyre. Nicéphore les suivant répétait :
-- Sapricius, pardonne-moi !
-- Je ne te pardonne pas ! C’était là toute sa réponse.
En ce moment-là, quelque chose de terrible est arrivé : quand les
premières têtes sont tombées sous les épées des bourreaux et que c’ était le
tour de Sapricius de confesser sa foi en Christ pour la dernière fois et
d’être décapité, il a perdu courage et a renié le Christ ! La sainte grâce l’a
abandonné parce que l’amour, le pardon et l’indulgence n’avaient pas
prévalu dans son cœur.
Nicéphore, en voyant Sapricius renier le Christ, s’ est hâté de prendre sa
place ! Il a avoué, il a professé sa foi et a été décapité. Il est devenu alors
un saint martyr de notre Église ! 1
Ainsi, celui qui éprouvait de la haine et de la dureté dans son cœur a été
désapprouvé par Dieu et son sacrifice n’a pas été accepté. Il s’est privé de la
sainte grâce, c’est-à-dire de la sainte force, et il n’a pas pu mourir en bon
martyr, tandis que l’autre, qui avait de l’amour, a été béni par Dieu qui a
accepté son sacrifice. De même, nos offrandes et nos sacrifices à Dieu ne
sont pas acceptés si dans nos cœurs prédominent la haine, la méchanceté, la
dureté, le manque de miséricorde et de pardon. Par conséquent, que
l’agitation des pensées, d’inimitié, de vengeance, de plainte ou d’opposition
à Dieu ne troublent pas nos cœurs pendant la Divine Liturgie. Au contraire,
ayons le cœur en paix, même quand les plus grandes injustices nous
blessent ou nous tourmentent. Soyons en paix avec tout le monde. Que la
paix du Christ règne dans nos cœurs !
Malheureusement, dans une même église il y a souvent des chrétiens qui
ne se parlent pas, ils ne se disent même pas bonjour, bien qu’ils soient de la
même famille : parents et enfants, bru et belle-mère ou amis, frères et
sœurs ! Il arrive malheureusement que tous entrent dans l’église avec de la
haine et en ressortent dans la même disposition. Ils vivent même avec cette
haine jusqu’à leur dernier souffle. Ils ne comprennent pas qu’il convient de
pardonner. Ils ont expulsé la paix du Christ de leur cœur où règne la haine
diabolique. Qu’ils sachent bien, vous de même, qu’ils ont beau apporter des
pains bénis (prosphores), offrir des cierges, faire des Liturgies ou des
aumônes, ils n’en tireront aucun profit.2
La dureté, la rancune et l’absence de miséricorde sont des péchés
« mortels ». Le péché remplit l’homme de trouble et de confusion. La
1

Évêque Augustin Cantiótis, «Εἰς τὴν θείαν Λειτουργίαν…», p. 44.

2

Évêque Augustin Cantiótis, «Εἰς τὴν θείαν Λειτουργίαν…», p. 46.

56
cruauté et l’intransigeance font du chrétien l’ennemi de Dieu, ennemi de
lui-même, et l’ennemi de son prochain.
 Ennemi de Dieu parce qu’il se sépare de Lui.
 Ennemi de lui-même parce qu’il perd sa paix intérieure.
 Ennemi du prochain parce qu’il est rempli de confusion et de
méchanceté.
« En paix prions le Seigneur ! »
On demande la paix du Christ parce qu’Il l’a offerte au monde avec son
sacrifice sur la croix. On obtient cette paix par la voie du repentir. Le Christ
lui-même nous envoie là où sa paix règne si, en nous approchant de Lui,
nous avons des sentiments de repentir ». « Allez en paix »1 nous dit-il et il
nous conduit à Sa sainte Église qui constitue la demeure, l’abri et le palais
royal de la paix.
Dans l’église, par les prières de la très sainte Mère de Dieu, des anges et
des saints, notre âme, si elle est vraiment en paix, à l’aide de la prière pure,
s’élève à la vision de Dieu en l’Esprit-Saint. Plus simplement dit : grâce à la
paix intérieure, toute âme vit le « règne béni du Père, du Fils et du SaintEsprit ».

« SEIGNEUR, AIE PITIÉ ».
« KYRIÉ, ÉLÉISON ».
La réponse des fidèles à chaque demande de la Grande Litanie est :
« Kyrié, éléison », « Seigneur, aie pitié ».
Le « Kyrié, éléison » est la prière la plus courte de l’Église, la plus
concentrée et la plus riche. Elle dit tout. Le « Kyrié, éléison » fait de vrais
miracles.
Un livre de l’Église ancienne, qui s’appelle CONSTITUTIONS
APOSTOLIQUES et qui contient les enseignements oraux, les traditions et
les décisions des apôtres sur des questions ecclésiastiques, met l’accent sur
le fait que ce sont surtout les enfants qui doivent dire tous ensemble le
« Kyrié, éléison » pendant la Divine Liturgie.2 La Divine Liturgie est donc
inconcevable sans les enfants ! Nous, nous ne sommes ni protestants ni
catholiques romains ! Les enfants ne sont-ils pas membres du Corps du
Christ et donc membres de l’Église ? Lorsque j’étais petit, entre 1930 et
1940, les mères rangeaient leurs enfants dans l’église, tous les garçons à
droite et toutes les filles à gauche, sur un lieu élevé, appelé « soléa », devant

1
2

Luc 7, 50.
Saint Évêché de Sérvia et de Kozáni, «Λόγοι οἰκοδομῆς… », p. 26.

57
l’iconostase, où ils se tenaient sages et tranquilles. Derrière eux se tenait
l’assistance, les hommes et les femmes rangés séparément aussi.
Le commandement donc des Constitutions Apostoliques en ce qui
concerne le « Kyrié, éléison » qui doit être chanté aussi par les enfants,
nous montre clairement l’esprit du culte divin Orthodoxe de notre Église. Il
s’agit d’un esprit d’une simplicité et d’une pureté enfantine qui montre que
l’absence des enfants porte préjudice non seulement à l’ambiance
d’adoration dans l’église, mais aussi au Culte lui-même.
La Divine Liturgie n’est pas une simple cérémonie, une réception ou un
concert dans une salle de protestants, mais une célébration, un sacrement,
un sacrifice, un miracle auxquels nous devons tous participer, tous les
membres, en tant que Corps mystique du Christ. Selon les Constitutions
Apostoliques, tous les petits enfants qui se trouvent dans l’église, aussi bien
que toutes les personnes qui assistent au culte, doivent répondre « Kyrié,
éléison » parce que « le royaume des cieux demeure en eux ». 1
C’est donc par la voix des enfants que les fidèles répondent « Kyrié,
éléison » aux demandes du Prêtre Célébrant. Nous demandons alors la
miséricorde de Dieu, qu’Il nous soit propice, toujours par la voix des
enfants. Pourquoi ? Parce que nous, adultes, nous ne pouvons pas tolérer la
justice de Dieu, car nous sommes pécheurs. C’est pour cela que nous
sollicitons la pitié et la charité du Christ, le Sauveur, par l’entremise d’
enfants innocents. Je ne sais pas quel courant moralisant a prévalu à partir
de 1948 (ou à peu près) qui a mis tous les petits enfants hors de notre église.
Nous subissons toujours les conséquences de cette erreur.
Revenons à la grande litanie de paix. Pendant celle-ci, comme d’ailleurs
pendant toute la Divine Liturgie, le prêtre invite les fidèles à prier Dieu
pour les nombreux et multiples besoins qu’ils ont dans leur vie. Les fidèles,
cependant, ne demandent que Sa miséricorde.
-- En paix prions le Seigneur (le prêtre).
-- Kyrié, éléison (le chœur).
-- Pour la paix d’en haut… prions le Seigneur.
-- Kyrié, éléison.
-- Pour la paix du monde entier…
-- Kyrié, éléison.
-- Pour cette sainte maison…
-- Kyrié, éléison.

1

CONSTITUTIONS APOSTOLIQUES-ΑΠΟΣΤΟΛΙΚΑΙ ΔΙΑΤΑΓΑΙ, βιβλίο H, ΒΕΠΕΣ,
vol. 2, p. 150.

58
-- Pour les navigateurs, les voyageurs, les malades, ceux qui souffrent,
les prisonniers…
-- Kyrié, éléison.
Nous faisons des milliers de demandes. La réponse est « pitié ! »
« Pitié ! » « Pitié ! » parce que quand nous demandons Sa pitié, nous
demandons Son royaume que notre Seigneur Jésus-Christ nous a promis.
Celui qui demande Son royaume, a tout, « Cherchez d’abord le royaume et
la justice de Dieu et tout cela vous sera donné par surcroît ».1 Tous vos
besoins seront satisfaits. Avec nos actes donc, et notre vie, nous devons
demander avant tout le royaume de Dieu.
La miséricorde de Dieu constitue la force du Royaume Divin. Avec la
pitié de Dieu nous avons tout ce qui nous est nécessaire pour notre salut.
C’est la Divine Liturgie qui nous conduit au Royaume de Dieu. C’est
exactement « le règne béni du Père, du Fils et du Saint-Esprit ».
Dieu entend et répond à un « Kyrié, éléison », en fonction de notre
simplicité et de notre pureté intérieure. Même si l’on crie mille fois
« Kyrié, éléison », si l’on persiste dans le péché et que l’on ne se repent
pas, cela demeure sans effet.
Le « Kyrié, éléison » fait des miracles quand on est pur. D’ailleurs, on le
rencontre maintes fois dans les Évangiles :
 « Seigneur, Fils de David, aie pitié de nous »2 crièrent les deux
aveugles assis au bord du chemin et ils ont recouvré la vue immédiatement.
 « Jésus, Maître, aie pitié de nous…» crièrent les dix lépreux à l’entrée
du village et « pendant qu’ils allaient se montrer aux prêtres, ils furent
guéris ».3
 « Seigneur, aie pitié de mon fils : il est lunatique », suppliait le pauvre
père pour son fils et le Seigneur a fait un miracle.4
 Quand une tempête s’est élevée sur la mer de Tibériade, les Disciples
ont eu peur à cause de la hauteur des vagues et ont réveillé le Christ, en lui
disant : « Seigneur au secours ! – aie pitié de nous ! – Nous périssons ».5 Et
le Seigneur s’est levé, a menacé les vents et la mer furieuse, et le miracle
s’accomplit !
 Qu’est-ce que la femme cananéenne criait derrière le Christ ? Qu’est-ce
qu’elle implorait ? « Aie pitié de moi, Seigneur, Fils de David ! Ma fille est
cruellement tourmentée par un démon ». Le Seigneur, après avoir éprouvé
1

Mat. 6, 33.
Mat. 20, 30.
3
Luc 17, 13-14.
4
Mat. 17, 15.
5
Mat. 8, 25.
2

59
sa foi, pour que les générations futures suivent son exemple jusqu’à
aujourd’hui, a fait un miracle et lui a dit : « Femme, grande est ta foi ! Qu’il
t’advienne selon ton désir ! »1
La théologie de la prière spirituelle du cœur, commence par ce « Kyrié,
éléison ».
21. Une personne m’a raconté ce qui lui est arrivé pendant sa prière
nocturne. Elle priait à l’aide de la corde à nœuds le nom du Seigneur
Jésus-Christ, « Seigneur Jésus-Christ aie pitié de moi…mon Jésus, pitié… »
Elle a prié ainsi pendant une, deux, trois, quatre heures… plusieurs heures,
penchée, plongée dans l’ « espace » de son cœur.
À un moment donné, au sein de cette tranquillité et dans un état que l’âme
ne peut pas définir, le diable lui-même est apparu devant elle, devant cette
personne en prière qui se trouvait en extase spirituelle. Il s’est agenouillé et
lui a dit :
-S’il te plaît…( Le diable suppliait ! Le diable qui provoque la peur et la
terreur chez les chrétiens lâches et incrédules que nous sommes, s’est
agenouillé et implorait ! ) S’il te plaît, lui dit-il, ne dis pas ce Nom, je t’en
prie, ne le dis pas ! Ne dis pas ce Nom (c’est-à-dire celui du Christ) et je
t’offrirai le monde entier !
Il lui a dit : «N’adore pas le Nom du Seigneur et je te donnerai le monde
entier. Je te donnerai autant de gloire, de pouvoir ou de force que tu veux».
En plus, comme il s’agissait d’une jeune femme, il a ajouté : « Ne prononce
pas ce Nom et de nombreux hommes s’éprendront de toi et se traîneront à
tes pieds ». 2
Le « Kyrié, éléison », pendant la Divine Liturgie, nous montre trois
choses :
premièrement : que la célébration s’accomplit non seulement par le
prêtre célébrant mais aussi par la présence obligatoire des fidèles et plus
particulièrement des bons enfants innocents.
deuxièmement : qu’avec ces deux mots « Kyrié, éléison », nous
confessons que tous les biens qui nous sont nécessaires (célestes et
terrestres) proviennent gratuitement de Dieu.
troisièmement : que, pour que nous soyons sauvés, la miséricorde de
Dieu nous est nécessaire. Sans cette miséricorde il n’y a pas de salut.
Seule cette miséricorde divine jette un pont entre l’homme pécheur et
Dieu. Ni nos œuvres, ni nos soi-disant vertus et nos jeûnes, ni nos veilles ni
nos prières avec le chapelet, ni nos bienfaisances ne nous sauvent ! Ils sont
1
2

Mat. 15, 22-28.
notes personnelles de l’auteur

60
nécessaires mais ils ne nous sauvent pas. Rien d’autre n’«oblige» notre
Dieu Trinitaire à nous sauver, ni même son Fils et Verbe de Dieu à
descendre des cieux et à devenir homme, le Dieu-homme Jésus-Christ, à
souffrir, à être crucifié, à mourir pour ressusciter dans toute sa gloire, si ce
n’est sa très sainte miséricorde !
C’est pour cela que l’invocation continue et ininterrompue pendant la
Divine Liturgie des enfants et des adultes, la demande la plus courte qui est
à la fois la sollicitation la plus efficace et la supplication la plus fervente,
c’est la prière « Kyrié, éléison ». Avec ces mots s’exprime notre attitude
vraie et correcte par rapport à Dieu et par rapport à tout le mystère de notre
salut.
22. En 1979, à l’église des Saints Constantin et Hélène, au Pirée, une
Divine Liturgie a eu lieu pour la fête de Saint Nectaire. Un prêtre et le
diacre de l’église célébraient. À la fin, on a dit « Par les prières… », on a
distribué l’antidoron et tout le monde est parti. Pour consommer les saintes
espèces, plier ses ornements sacerdotaux etc, le prêtre a un peu tardé, de
même que le diacre. Enfin, ils sont sortis de l’église. Au dehors, près de la
porte, tout anxieuse, une dame pieuse de leur connaissance les attendait.
-- Qu’est ce que tu fais ici, qu’est-ce que tu attends ? lui a demandé le
prêtre.
-- J’attends que l’évêque qui a célébré avec vous sorte pour que je
reçoive sa bénédiction. Je le désire tellement. Où est-il ? Il était tout
resplendissant, mon père ! Il étincelait tout entier !
Le prêtre s’est immobilisé ! Heureusement, il lui a répondu avec
souplesse : -- Ah ! Ma pauvre, il est parti depuis longtemps, par la porte
latérale du sanctuaire !
La femme, en partant, se signait sans cesse et disait : « Kyrié, éléison !
Kyrié, éléison ! Kyrié, éléison ! Quel évêque ! 1
Demandons lui, indépendamment des circonstances, d’avoir pitié de nous,
de nos proches, de nos enfants, de nos parents, de nos amis, de tous les
chrétiens orthodoxes. Car, seule Sa miséricorde peut sauver nous-mêmes
ainsi que notre patrie.
« Kyrié, éléison. Kyrié, éléison. Kyrié, éléison ».
N’oubliez pas de Lui demander Sa pitié de moi aussi.
Nous allons nous référer maintenant au passage à l’allumage des lampes
à huile devant les icônes de l’église et de nos maisons.
L’archevêque d’Ohrid Nicolas Velimirovitch, mentionne sept raisons
pour lesquelles on allume la lampe à huile.
1

notes personnelles de l’auteur

61
Premièrement : elle nous rappelle que notre foi, c’est la lumière. Le
Christ a dit « Je suis la lumière du monde ».1 La lumière de la lampe à
huile, donc, nous rappelle la lumière avec laquelle le Christ illumine nos
âmes.
Deuxièmement : elle nous rappelle que notre vie doit être lumineuse,
comme celle des saints, que Paul l’apôtre appelle « enfants de lumière ».2
Troisièmement : elle vérifie nos œuvres obscures, nos mauvais souvenirs
et désirs pour que nous retournions au chemin lumineux de l’Évangile de
sorte que la parole du Seigneur devienne une réalité : « De même, que votre
lumière brille aux yeux des hommes, pour qu’en voyant vos bonnes actions,
ils rendent gloire à votre Père qui est aux cieux ». 3
Quatrièmement : elle nous rappelle le caractère continuel de la prière !
Chaque fois que la petite lampe à huile est allumée, cela nous rappelle qu’il
faut prier.
Cinquièmement : elle épouvante les forces ténébreuses qui nous
attaquent de façon très rusée avant ou pendant la prière voulant ainsi
éloigner notre pensée de Dieu ! Les démons aiment les ténèbres et
tremblent devant la lumière du Christ qui illumine ceux qui L’aiment.
Sixièmement : elle nous incite au sacrifice de soi ! C’est-à-dire que tout
comme brûle la mèche de la lampe à huile, ainsi notre volonté doit brûler
avec l’ardeur de l’amour en Christ et se soumettre toujours davantage à la
volonté de Dieu.
Septièmement : pour que nous apprenions que tout comme la lampe à
huile ne peut s’allumer sans nos mains, de même, la lampe à huile
intérieure du cœur, ne s’allume que par les mains de Dieu. Les peines de
nos vertus constituent la matière combustible nécessaire, c’est-à-dire la
mèche et l’huile ; pour qu’elle s’allume et éclaire, il lui faut le feu du SaintEsprit.
L’allumage de la lampe à huile est notre petit sacrifice, un signe et une
preuve de la reconnaissance et de l’amour que nous devons à Dieu pour le
grand sacrifice qu’Il a fait en notre faveur. C’est par ce sacrifice et aussi par
notre prière que nous le remercions de la vie, de la santé, du salut et de tout
ce que Son amour divin et infini nous accorde.
Pourquoi utilisons-nous seulement de l’huile d’olive ? Pour nous
rappeler la prière de Jésus dans le jardin des oliviers. La prière du Seigneur
a été faite dans le jardin de Gethsémani qui était une oliveraie.

1

Jean 8, 12.
Ephésiens 5, 8.
3
Mat. 5, 16
2

62
Rapportons un événement réel qui a une relation directe avec la petite
lampe à huile :
23. C’était la veille de la fête de l’Annonciation, le 24 mars 1942, et nous
étions à Drama, ma ville natale qui se trouvait alors sous l’occupation
bulgare. La pénurie, les maladies et la famine avaient pris des dimensions
terrifiantes et la mort causait des ravages quotidiens parmi les adultes et
surtout les enfants.
Parmi mes parents éloignés j’avais une tante veuve, qui avait cinq
enfants. Les occupants avaient tué son mari, six mois auparavant, lors du
massacre du 29 septembre 1941. En matière de nourriture, il ne lui restait
que très peu d’huile et une poignée de farine de maïs.
Cet après-midi-là, elle a pensé que, pour le jour suivant, fête de
l’Annonciation, il y avait quelque chose, si petit que cela soit, à manger,
pour ses enfants : cent grammes de farine et un doigt d’huile.
Soudain, elle a jeté un coup d’œil sur la lampe à huile éteinte qui pendait
devant l’iconostase. Elle s’est trouvée devant un dilemme : fallait-il donner
l’huile à ses enfants à jeun ou l’ utiliser pour l’icône de l’Annonciation ?
Elle s’est signée avec détermination et a dit à la Toute-Sainte : « Ma Toute
Sainte ! Moi, je vais allumer ta lampe à huile parce que le jour qui
s’annonce est une grande fête de notre foi mais toi, tu te chargeras de
nourrir mes enfants ».
Elle a donc allumé la lampe de la Toute-Sainte avec l’infime quantité
d’huile qu’elle avait. Sa lumière joyeuse a illuminé la pauvre maison et le
cœur de la femme s’est rempli de sérénité. Cette lumière-là les a
accompagnés pendant leur prière du soir et leur sommeil, pendant toute
cette nuit inoubliable.
Le lendemain, après la Divine Liturgie, ma tante a ouvert l’armoire pour
prendre le peu de farine qui restait et elle est restée sans voix. Qu’est-ce
qu’elle voit ? L’huilier plein d’huile jusqu’au bord, et deux sacs pleins de
farine et de macaroni ! … La femme s’est signée plusieurs fois en glorifiant
et en remerciant Dieu et la Toute-Sainte pour ce grand miracle mais elle
n’en a rien dit à personne. Au cours de deux années ni l’huilier ne se vidait,
ni la farine ne s’épuisait, bien qu’ils soient utilisés quotidiennement pour
nourrir six personnes, ou pour les échanger contre d’autres aliments et
pour faire l’aumône en secret. La lampe à huile restait, elle aussi, allumée
jour et nuit donnant ainsi un témoignage avec sa lumière non éteinte, de la
foi vivante de cette femme.1

1

notes personnelles de l’auteur

63
Cette histoire vraie constitue une gifle cuisante pour nous, chrétiens
orthodoxes de la Grèce d’aujourd’hui chez qui non seulement la lampe à
huile est éteinte mais même l’iconostase y est absent.
* * *
La deuxième demande de la Grande Litanie de paix est la suivante :


 « POUR LA PAIX D’EN HAUT
ET LE SALUT DE NOS ÂMES, PRIONS
LE SEIGNEUR ».
Cette demande se compose de deux demandes plus particulières : la
première se rapporte à la paix qui provient de notre Dieu, Père céleste et la
deuxième au salut de nos âmes.
Commençons maintenant par la première demande :
« Pour la paix d’en haut… »
Il existe vraiment la paix céleste qui jaillit du Dieu très saint. C’est la
paix qu’ont chantée les anges, la nuit de la nativité, quand ils disaient
« gloire à Dieu au plus haut des cieux et sur la terre paix pour ses bienaimés ». 1
C’est la paix qu’a donnée le Seigneur à ses disciples en leur disant : « Je
vous laisse la paix, je vous donne ma paix ».2 Il s’agit d’un état spirituel
spécial, plein de grâce, qui s’empare du « lieu » intérieur, du cœur, et se
répand dans le monde psychosomatique entier de l’homme. Alors, les
pensées s’apaisent, s’immobilisent ! Les sens se calment ! Le corps (et
notamment les yeux) est en paix et une sérénité infinie règne en l’homme
tout entier. Il ressent le besoin de partager ce qu’il a avec les gens qui
l’entourent, comme jadis l’apôtre Pierre avec le boiteux.3 Même les
animaux sont conscients de cette paix et deviennent très amicaux envers
l’homme sanctifié.
24. L’estimé bienheureux père Charalampos qui a été ancien du saint
monastère Dionysíou à la Sainte Montagne, quand il était à Néa Skiti, en
1964, à un moment donné et à ma question, quelle est la différence entre la
paix du Christ et la paix du monde, a répondu : « L’une diffère de l’autre. Il
y a une différence capitale entre la paix du monde et celle que Dieu donne.
Ainsi, une fois je priais près de la fenêtre de ma cellule et j’ai ressenti
quelque chose d’inexprimable. Tout en priant, j’ai soudain entendu un bruit
1

Luc 2, 14.
Jean 14, 27.
3
Actes 3,6.
2

64
« sss…sss…sss ». Mes sens extérieurs ont cessé de fonctionner et, dans mon
cœur, une paix « s’est épanouie » à un degré ineffable. Je ne pouvais plus
bouger. Une douceur, une sérénité, une paix indicibles… Cela est
indescriptible ! Je sentais le paradis en moi. Cela a peut-être duré une
heure, puis, cela s’est estompé. Certainement il en subsiste quelque chose
jusqu’à aujourd’hui. Dès lors, quoi qu’il advienne, que ce soit un souci, une
tentation ou une agitation quelconque, ma paix intérieure ne se perd pas.
Quand cette grande paix-là indicible s’estompait, je pleurais et je criais :
« Qu’est-ce que c’était donc? Mon Dieu, disais-je, est-ce que c’était la paix
que tu as donnée aux saints apôtres lorsque tu leur affirmais : « je vous
donne ma paix » ? Je ne pouvais pas le supporter. Je pleurais, je pleurais.
Qu’est-ce que c’était, mon Dieu ? »1
Les gens qui vivent dans le péché et la corruption, comprennent tout
différemment la prédication de l’Église sur la paix et ils demandent une
paix de caractère extérieur sans peurs, dangers, famine, malheur,
perturbations, rébellions et guerres ; c’est pourquoi, ils manifestent avec des
slogans du type : « Faites l’amour et pas la guerre ». Ils demandent à vivre
sans Dieu, sans l’Église ou les sacrements, sans l’Évangile, sans la loi de
Dieu. Ils désirent une paix sans interdictions et sans règles ; une paix sans
barrières morales. Ils aiment la paix de la société de consommation et des
plaisirs matériels et charnels : une paix sans le labeur des vertus. Une telle
paix, Dieu ne la veut pas et, en plus, elle n’a rien à voir avec la paix que les
fidèles demandent pendant la Divine Liturgie : « pour la paix d’en haut…
prions le Seigneur ».
Ceux qui croient sincèrement et se repentent tout en déposant aux pieds
du Crucifié, à l’étole du père spirituel leur culpabilité et leur péché, sortent
du confessionnal apaisés. Il s’agit d’une paix qui dépasse toute intelligence,
incompréhensible. Ils ne peuvent ni l’estimer, ni la raconter.
* * *
La deuxième demande se rapporte au salut de nos âmes, qui a un rapport
direct avec la paix d’en haut, car comment le salut peut-il exister si
l’homme n’est pas en paix avec lui-même, son prochain et Dieu ? La
demande rend donc clair :
 que l’homme se compose d’un corps et d’une âme,
 que l’image de Dieu se rapporte à l’esprit de l’homme, c’est-à-dire à
l’âme qui est immatérielle, invisible, esprit et au corps aussi
 et que l’âme est « supérieure » au corps, du point de vue de son
immaterialité relative.
1

notes personnelles de l’auteur

65
Cette demande est purement spirituelle puisque Dieu le Verbe s’est fait
homme pour notre salut. Il est appelé Sauveur, montrant ainsi que Son
œuvre était de sauver sa créature des trois tyrannies : du diable, du péché,
de la mort.
Si une catastrophe « biblique » quelconque, naturelle ou nucléaire met
tout en ruines, qu’est-ce qu’il en restera ? Deux choses seulement resteront.
Seulement deux ! L’âme et le Seigneur, Celui qui l’a créée et qui va la
juger. C’est pour cela que l’ on doit prendre des mesures concernant son
« cuirassement », son « blindage », sa sécurité et son salut surtout après la
mort.
Inestimable est la valeur de l’âme puisqu’elle est « à l’image de Dieu » et
qu’elle tend « à sa ressemblance ». Elle est sans fin, immortelle et éternelle
aussi, chose que le Seigneur nous certifie : « Quel avantage l’homme a-t-il à
gagner le monde entier, s’il le paie de son âme ? Que pourrait donner
l’homme qui ait la valeur de son âme ? » 1
La chose donc la plus essentielle sur la terre, c’est le salut de notre âme. Il
faut qu’elle soit sauvée. Malheur, si elle n’est pas sauvée ! Cependant, on
ne doit pas omettre de prendre en considération quelques besoins
raisonnables selon Dieu, parce que le corps aussi, constitue le temple du
Saint-Esprit et il nécessite notre soin indispensable et salutaire pour qu’il se
maintienne comme temple du Saint-Esprit et comme instrument de l’âme
pour notre salut. Cela veut dire qu’il faut éviter l’excès, l’abus, la volupté et
le culte du corps. C’est pour cela que notre Église, au commencement de la
Divine Liturgie et avant toute autre demande, nous invite à demander la
paix et le salut des âmes.
A cette double demande, « pour la paix d’en-haut et le salut de nos âmes
prions le Seigneur », c’est-à-dire pour la divine paix céleste et pour le salut
éternel de notre âme, les fidèles avec les enfants répondent : « Kyrié,
éléison ». Sans la miséricorde divine, on ne peut acquérir ni l’un, ni l’autre
car le Seigneur a dit : « En-dehors de moi, vous ne pouvez rien faire ». 2
N’oublions pas, ne perdons pas le souvenir, ne nous bouchons pas les
oreilles, ne nous taisons pas ! Crions jour et nuit : « Kyrié, éléison ! Kyrié,
éléison ! Kyrié, éléison…»
* * *
À la Grande Litanie de paix, il y a aussi une troisième demande pour la
paix :

1
2

Marc 8, 36-37.
Jean 15, 5.

66

« POUR LA PAIX DU MONDE ENTIER, LA
STABILITÉ DES SAINTES ÉGLISES DE DIEU ET
L’UNION DE TOUS, PRIONS LE SEIGNEUR ».
-- « KYRIÉ ÉLÉISON ».
La demande précédente se rapportait à la paix de Dieu en nous et au salut
de nos âmes parce que cela est de notre intérêt éternel. « En remportant
comme prix de la foi, le salut de vos âmes »,1 comme écrit Paul l’apôtre.
C’est-à-dire : atteindre le but de notre foi qui est le salut de nos âmes ainsi
que la paix de Dieu en nous. Voilà le premier bon fruit du Saint-Esprit.
Cependant, en tant que chrétiens, nous ne vivons pas hors du monde.
Nous n’en sommes pas séparés, nous en faisons partie intégrante. L’Église
se trouve aussi sur la terre. Elle est l’Église militante dont les membres sont
les chrétiens orthodoxes, les croyants, vous, moi, nous tous. L’Église
militante, donc, sur la terre, en tant que Corps du Christ, est en marche avec
le monde, bataillant pour le transformer, pour le métamorphoser et pour le
conduire à « la vie du siècle à venir ».
Ainsi, avec cette troisième demande de la Grande Litanie l’Église supplie
et implore :
 pour la paix du monde entier,
 pour la stabilité des saintes Églises de Dieu et
 pour l’union de tous les hommes sous la protection d’une seule foi,
unique et véritable, en le Dieu trinitaire.
L’Église n’a pas de limites locales. L’Évangile doit être répandu aux
quatre coins du monde. « Allez donc : de toutes les nations faites des
disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, leur
apprenant à garder tout ce que je vous ai prescrit ».2 L’Église donc,
s’intéresse à la paix du monde entier, car c’est de cette paix que dépend
localement sa propre paix.
La prospérité des Églises locales, c’est-à-dire leur stable et paisible
situation, dépend de la paix au monde. Les agitations politiques et sociales,
les révolutions, les guerres et plus particulièrement les guerres civiles, les
massacres mutuels, ne sont jamais pour le bien de l’Église. Dans certaines
régions du monde (par exemple la Serbie, la Terre sainte) où seule une
partie des citoyens est composée de chrétiens orthodoxes, existent des
conflits sanglants. Lorsque les membres de ces Églises locales versent tant

1
2

I Pierre 1, 9.
Mat. 28, 19-20.

67
de sang à cause de ces agitations mortelles, le Corps de l’Église ne souffret-il pas ? Bien sûr ! Non seulement il souffre mais il perd son sang.
Il faut souligner que l’Église, au cours de son histoire de deux milles ans,
a maintes fois « payé » pour les péchés d’autrui, parce que les gens avec
leurs passions l’ont impliquée à dessein dans leurs différends et leurs
disputes. Les croisades, les guerres entre des nations orthodoxes ou
chrétiennes et d’autres nations, les discordes internes chez les orthodoxes
accompagnées du pillage des monastères, de l’incendie des églises, de
l’humiliation et du massacre des prêtres, des profanations, du pillage des
tombeaux et des martyres, en sont des exemples caractéristiques.
En outre, les divers partis politiques dans le monde entier essaient de
gagner des partisans et des votes en exploitant la foi chrétienne.
Les demandes pour la coexistence pacifique de tous les peuples existent
depuis la fondation de la première Église à l’époque des apôtres. Selon la
doctrine évangélique de Notre Seigneur Jésus-Christ, la demande se fait
pour que tous les hommes et toutes les nations s’unissent pacifiquement et
par la paix du Christ deviennent un seul troupeau sous la houlette de
l’Unique Seigneur.
Depuis vingt siècles existent la tradition et la continuité. Les
générations de croyants orthodoxes ont célébré de la même façon et avec à
peu près les mêmes mots la Divine Liturgie. Tous les anciens textes
liturgiques présentent le même plan, le même ordre, la même forme et les
mêmes demandes. Cela paraît dans le livre de l’Église ancienne
Constitutions Apostoliques dans lequel est conservé un texte de la Divine
Liturgie célébrée en ce temps-là, comprenant la demande suivante :
« Prions pour la paix et la stabilité du monde et
des saintes églises ».1
Cette demande donc de la première Église, se rapporte non seulement à la
paix de tout l’univers mais aussi des Églises locales qui alors souffraient
énormément à cause des persécutions et des martyres. Plus loin, dans le
même texte il y a une demande spéciale relative à la paix intérieure du
Corps de l’Église, puisqu’elle est constamment blessée et tourmentée
depuis toujours, par les multiples hérésies, schismes et dissensions de ses
membres :
« Prions pour l’église sainte, catholique et apostolique jusqu’au bout
du monde, que le Seigneur la garde inébranlable et ferme jusqu’à la fin
des siècles, basée sur la pierre ». 2

1
2

CONSTITUTIONS APOSTOLIQUES, βιβλίο H, ΒΕΠΕΣ, vol. 2, p. 148.
Ibid.

68
Un peu plus tard saint Basile le Grand, dans une prière de sa Divine
Liturgie, demande : « Par la puissance de Ton Esprit Saint, fais cesser les
schismes des églises, … hâte-toi de mettre un terme aux révoltes des
hérésies ». Ces prières, en tant que demandes au Dieu Trinitaire, sont en
usage même aujourd’hui. Mais la paix si désirée pour l’Église et le monde,
est avant tout « la paix d’en haut », celle de nos âmes et non la paix qui
garantit biens matériels et jouissances. Il s’agit d’un état en nous-mêmes
de véritable et sincère humilité qui fait que nous nous tolérons les uns les
autres sans gémir. Elle est le fruit du Saint-Esprit, « qui donne tout bon
ordre et tout état paisible », ce qui montre que le bon ordre manque dans
notre vie, dans nos maisons et dans nos familles puisque nous n’avons pas
la paix en nous.
-- Es-tu en paix ? Pourquoi ne dis-tu pas « bonjour » ? Pourquoi es-tu
refermé sur toi-même ? As-tu peur de perdre ta spiritualité ? ! Tu ne la
perdras pas ! Rien ne peut te l’enlever si ce n’est le diable et tes passions !
Les fruits de la paix intérieure sont la tolérance, la longanimité, l’entraide,
la fraternité, l’amour non seulement dans l’Église mais surtout après la
Divine Liturgie en dehors de l’Église, dans la vie quotidienne.
Les peuples ne parviendront pas à la paix extérieure si les hommes
n’acquièrent pas la paix divine en eux-mêmes. Ne nous attendons pas à ce
que la paix vienne chez nous, si nous ne sommes pas en paix d’abord avec
nous-mêmes et ensuite avec notre entourage, notre mari ou notre femme,
nos parents et nos frères et sœurs. Tranquilles, mais de cette paix dont Dieu
seul nous fait don. Cela signifie que nous devons tout d’abord nous corriger
nous-mêmes à l’aide de l’enseignement salutaire orthodoxe du Christ et des
saints sacrements afin que, plus tard, au vu de notre vie et de notre exemple,
les autres membres de la maison se corrigent aussi. Par la suite, notre
prochain, notre voisin, l’étranger, l’hérétique, et même l’ennemi finiront par
se corriger.
Les gens commencent par la fin. Ils veulent changer le monde en premier
temps et puis eux-mêmes. Nous pouvons tous remarquer cela dans notre vie
personnelle, les mots d’ordre de nos associations et des groupes mais aussi
dans les proclamations des manitous de la politique et de la finance qui
nous gouvernent. Nous devons commencer par Dieu, par la foi, par les
mystères, par l’Évangile, et aussi en mettant les commandements en
pratique. C’est ainsi qu’on s’amende. On doit avant tout se transformer en
un être bon, vertueux, responsable, irréprochable, pieux.
Mettons donc dans notre esprit « la paix qui vient d’en haut » qu’elle
devienne notre « propriété », une sensation dans notre cœur, qu’elle se
manifeste au-dehors comme lorsque nous expirons. Les autres peuvent le

69
remarquer lorsque nous avons acquis la paix céleste, lorsque nous sommes
de vrais enfants du saint Dieu, du Dieu de la paix !
* * *
La quatrième demande de la Grande Litanie se rapporte au temple
orthodoxe et aux chrétiens qui y entrent pour participer au culte divin :

 « POUR CETTE SAINTE MAISON ET POUR

CEUX QUI
Y PÉNÈTRENT AVEC FOI, PIÉTÉ ET
CRAINTE DE DIEU, PRIONS LE SEIGNEUR ».
On a déjà mentionné qu’on ne peut pas célébrer la Divine Liturgie si le
saint antimension n’est pas sur l’autel. Il s’agit d’un voile sacré, plié, sur
lequel le prêtre trace le signe de la croix avec l’Évangile tout en
disant « Béni soit le règne du Père et du Fils et du Saint-Esprit ». À chaque
coin est représenté l’un des quatre évangélistes. (L’Évangile du Seigneur
est le fondement et le pilier de la vérité.) Au centre de l’antimension on
représente la Passion (à gauche la descente de la croix, à droite la
Résurrection, en bas le saint sépulcre et en haut le Golgotha avec les trois
croix.) Il y a aussi les anges , « qui furent saisis de crainte quand ils t’ont vu
… », le poteau auquel on a lié le Seigneur, le fouet, le coq qui a chanté
trois fois, l’éponge, le roseau, la lance et tout ce qu’on a utilisé pendant le
martyre du Seigneur. (Notons qu’il y a plusieurs sortes d’antimension.)
Sur l’antimension l’on coud avec, un autre tissu rouge en soie, la nappe
d’autel, en grec, « ilitón » (qui se plie) sur lequel on figure une impression
du saint Sépulcre que l’on ne peut pas voir. Souvent l’on coud des saintes
reliques aux deux coins supérieurs de l’antimension.
La Divine Liturgie se célèbre sur l’antimension que l’on utilise parfois
comme autel. L’antimension exhale une odeur de myrrhe parce que pendant
la cérémonie de la consécration de l’autel de l’ église on s’en sert pour
essuyer la myrrhe. Ainsi l’antimension « est consacré » et sanctifié. Ensuite,
l’évêque célébrant y appose son sceau, le tamponne et le signe.
Parfois des prêtres et des diacres pieux m’ont rapporté que pendant la
Divine Liturgie, après l’hymne des Chérubins, lorsque l’antimension est
déplié, d’une façon totalement inattendue, en sort un parfum indicible de
saintes reliques !
25. Je cite en exemple père Démétrius Gagastáthis qui avouait que
« pendant l’hymne des Chérubins, une bonne odeur montait de l’autel…il

70
sortait comme un rayon de fumée et parfumait l’église entière. C’était une
liturgie qui nous remplissait de componction et que les mots ne peuvent
décrire. Voilà notre Foi qui s’écrie qu’elle est vivante ! »
« Même maintenant, à chaque Divine Liturgie, un parfum délicat se
dégage de l’autel de l’église des Archanges après la grande entrée, quand
j’y place les saints dons ».1
Au centre de l’autel, dans le pilier central qui symbolise le Seigneur, on
place aussi des reliques de martyrs parce que l’Église, dont l’itinéraire est
ensanglanté, est consolidée par le sacrifice et le Sang de notre Seigneur
Jésus-Christ et des martyrs ; c’est pourquoi, notre salut se réalise à travers
des afflictions, labeurs, luttes et lamentations. On ne marche pas sur du
coton ou du velours. Nous passons par bien des afflictions ; nous souffrons
beaucoup parce que le plaisir du péché a été abondant dans notre vie.
26. Un certain hiéromoine, qui se surnomme « désespéré », dans son livre
« ΝΗΠΤΙΚΗ ΘΕΩΡΙΑ», prétendant qu’il s’agissait de quelqu’un d’autre,
alors qu’en réalité il s’agissait de lui-même, raconte qu’il est tombé en
extase pendant qu’il disait la prière « Seigneur Jésus-Christ, aie pitié de
moi » et qu’il a vu une foule infinie de démons comme les grains de sable,
tellement qu’ ils étaient nombreux, l’attaquer pleins de rage.
Ils avaient envers lui des dispositions homicides. De tous les côtés,
terriblement enragés, ils s’élançaient vers lui pour le déchirer…
Il a repris ses sens et tout tremblant il a couru vers l’église.
-- Où pourrais-je bien me réfugier ? a-t-il pensé, si ce n’est au redoutable
Calvaire, à l’autel où chaque jour je célèbre l’Office Divin avec larmes et
componction ? Je vais me jeter aux pieds du Christ et de Sa très douce
Mère, la très sainte Mère de Dieu.
Pensant à tout cela, il est arrivé en grande hâte à l’église. Quand il y est
entré, il a vu le Seigneur et la Mère de Dieu à l’iconostase comme s’ils
étaient vivants, dans une gloire royale. La face divine du Seigneur était
d’une beauté inexprimable et son éclat était plus fort que le soleil. Toute la
petite église était inondée de Son rayonnement divin qui ornait tout. Les
lampes à huile, les grands chandeliers, les stalles peu nombreuses, les
lutrins des chantres, le petit lustre suspendu au-dessus, le petit trône de
l’évêque, le sanctuaire, l’autel, les ornements sacerdotaux, les têtes d’anges
ailées en métal (héxaptérygha), l’autel de la sainte prothèse, tout
resplendissait, plein de lumière glorieuse et surtout les icônes tout autour,
sur les murs de l’église : l’Église triomphante était présente, dans une
splendeur glorieuse.
1

«Παπα-Δημήτρης Γκαγκαστάθης, βίος, θαύματα, νουθεσίαι καὶ ἐπιστολαί…», p. 187.

71
Le prêtre et ascète, n’a plus pu regarder la face du Seigneur dans sa
gloire éblouissante ! Il s’est prosterné seulement devant l’icône du
Seigneur…, il n’a pas touché sa main offerte.
Craintif, il s’est approché de l’icône de la Toute Vierge, a baisé sa main
et il a osé la regarder au visage. L’Enfant divin reposait sur son sein
comme s’il était assis sur un trône chérubique…et cet assemblage divin
était tout aussi bien assorti que la beauté et le parfum d’un lys tout blanc
ou d’un bouquet de roses au suave parfum… Quelle beauté, quel effluve !
La Mère de Dieu regardait le prêtre avec une douceur infinie et avec tant
d’affabilité qu’il a rassemblé son courage et lui a demandé :
-- Ma Toute Sainte ! Ma très douce, et Mère de mon Jésus, comment puisje être délivré des démons qui me pourchassent ?
-- Avec le nom de mon Fils et mon nom tu seras capable de vaincre et
d’anéantir les démons, a répondu la Mère de Dieu.
« Seigneur Jésus-Christ aie pitié de moi »,
« Très sainte Mère de Dieu sauve-nous »,
« Très sainte Mère de Dieu, aide-moi ».
Ici, dans l’église, dans ta petite cellule et dehors, que tu travailles ou que
tu te reposes, partout et toujours, invoque le nom de mon Fils et mon nom,
a continué la Mère de Dieu.
Le hiéromoine s’est prosterné, est sorti de la petite église et s’est écrié de
toutes ses forces :
« Seigneur Jésus-Christ, aie pitié de moi ! »,
« Mère de Dieu et Vierge, réjouis-toi Marie, pleine de grâce ! »
Les démons impuissants, faibles et lâches se sont aussitôt évanouis
devant lui, comme un éclair.1
* * *

-- Pour cette sainte maison et pour ceux qui y pénètrent avec foi, piété
et crainte de Dieu, prions le Seigneur.
-- Kyrié, éléison.
À vrai dire, qu’est-ce qu’on entend plus particulièrement par sainte
maison, ce qu’on appelle d’habitude « église » ? On sait que l’Église
constitue le corps mystique du Christ dont nous, les croyants, sommes les
membres. Les orthodoxes par le mot « église » entendent le bâtiment et sa
forme. Ce lieu saint et sanctifié, où se rassemble le peuple de Dieu et où
l’on célèbre la Divine Liturgie, s’appelle, et il l’est vraiment, l’église,
comme le dit l’apôtre Paul : « comment tu devrais te conduire dans la
maison de Dieu, qui est l’église du Dieu vivant ».2
1
2

Hésychaste Anonyme, «Νηπτικὴ θεωρία», κεφ. 1, p. 30-31.
I Tim. 3, 15.

72
C’est exactement pour cela que l’on peut voir sur de nombreuses icônes
les deux apôtres prééminents, Pierre et Paul, représentés tenant dans leurs
mains, une église. Il s’agit de l’Église du Christ qui a été fondée partout
localement. Les Pères de l’Église insistent sur le fait qu’on ne peut pas
donner une définition précise du terme « Église » autre que celle du « corps
mystique du Christ », c’est pourquoi on la représente et on l’exprime sous
la forme d’un saint édifice. Cette représentation n’est pas seulement réussie
mais également sainte, car la Divine Liturgie célébrée par l’Église, sanctifie
et transfigure tant les croyants que l’espace matériel où elle a lieu.
L’Église s’appelle sacrée et sainte parce que :
Premièrement : le Dieu-homme, notre Seigneur et sauveur, existe et
repose dans le saint Évangile. Jésus-Christ et l’Évangile sur l’autel ne font
qu’un. C’est la même chose parce qu’on ne peut jamais séparer notre
Seigneur Jésus-Christ de son enseignement divin qu’Il est venu révéler au
monde.
Deuxièmement : l’église est sainte et sacrée, parce qu’on y trouve le
sanctuaire, le saint autel et le saint antimension sur lequel est offert le
sacrifice non sanglant.
Sur l’autel il y a le saint ciboire (artophórion) où, grâce à la bienveillance
de Dieu, l’on garde et l’on conserve le Corps et le Sang du Seigneur, dès le
jeudi saint. Unis et secs, ils peuvent ainsi être conservés et offerts dans des
circonstances exceptionnelles et en cas d’urgence.
Troisièmement : l’église est appelée « sainte », parce qu’en elle se meut
et officie le ministre du Très-haut, un prêtre saint ou, du moins, quelqu’un
qui s’efforce de tout son être et avec un zèle constant de réaliser le
commandement du Maître : « ils seront consacrés à leur Dieu… puisque ce
sont eux qui présentent les mets du Seigneur, la nourriture de leur Dieu, ils
seront en état de sainteté ». 1
Saint Maxime le Confesseur dit que la relation entre l’église et le temple
est identique à celle de l’âme de l’homme à son corps. Voit-on l’âme ? Non,
on ne la voit pas, tandis que le corps est visible. On le voit et on dit : « voilà
un homme ». Il se passe exactement la même chose quand on voit un
temple : aussitôt on dit « voilà l’église ».
L’Église donc, qui est une réalité divine et spirituelle, corps mystique du
Christ, est en contact avec le monde matériel et s’exprime à travers le
temple et tout ce qui s’y passe.2

1
2

Lév. 21, 6.
Saint Évêché de Sérvia et de Kozáni, «Λόγοι οἰκοδομῆς…», p. 35

73
Le premier temple du Nouveau Testament, comme lieu de culte, fut la
chambre haute de Sion. Dans cette chambre haute, le Grand Prêtre, notre
Seigneur Jésus-Christ, a célébré la première liturgie pendant la Cène.
Après la Pentecôte, le sermon de l’apôtre Pierre et la fondation de
l’Église, les premiers rassemblements chrétiens avaient lieu dans des
maisons pour « la fraction du pain », le culte divin avec hymnes et
cantiques spirituels et pour l’écoute de la parole de l’Évangile par la bouche
des apôtres. Ces maisons étaient les «maisons-églises». Cependant, après la
lapidation du premier martyr et archidiacre Étienne, quand ont commencé
les persécutions contre l’Église, les chrétiens se réfugiaient dans des grottes,
aux champs, dans des barques, des auberges, des caves, des greniers et plus
tard dans les catacombes.
Les catacombes étaient des cimetières souterrains romains constitués d’un
dédale de corridors, aux murs latéraux dans lesquels on enterrait les morts
et, naturellement, les martyrs. C’est pour cela que l’ on voit inscrits sur les
pierres tombales le nom du martyr et la date de son martyre suivis des mots
«endormi dans le Seigneur » ou « a souffert le martyre pour le Seigneur ».
Les chrétiens pourchassés, qui se réfugiaient dans les catacombes pour
adorer en secret leur Dieu, étaient-ils en sécurité ? Pas toujours. Les
idolâtres avaient des espions qui surveillaient les chrétiens et quand ils en
découvraient, ils les tuaient. Dans les catacombes en particulier, ils faisaient
des feux pour brûler les chrétiens ou obstruaient les sorties et les bouches
d’air et les chrétiens mouraient d’asphyxie. C’est ce à quoi se rapportent les
textes ci-dessous.
27. Lors de la grande persécution de Numérien, fils de Marc Aurèle, un
grand nombre de chrétiens, s’étaient réfugiés dans les catacombes des
saints Chrysanthe et Daria. Pourtant, les espions des idolâtres s’en sont
aperçus et, avec des soldats, ils ont obstrué les portes secrètes et
apparentes de la catacombe ainsi que tous les trous d’aération, causant la
mort par asphyxie des fidèles lesquels ont ainsi rendu leurs âmes saintes en
martyrs.
Quand on a ouvert la catacombe bien des années après, on les a trouvés
tous, tenant des patènes et des calices, à côté des tombeaux des autres
saints martyrs, décédés avant eux. Il semble qu’on leur avait donné un
calice à chacun, où l’on avait mis la sainte communion, ils avaient
communié et étaient morts tout en le tenant fermement…1
* * *
1

Protopresbytre Callínicos Constantin, «Ὁ Χριστιανικὸς ναὸς καὶ τὰ τελούμενα ἐν αὐτῷ»,
p. 30

74
28. Saint Étienne, évêque de Rome, pendant la persécution de Valérien,
est mort en martyr avec d’autres chrétiens.
Il célébrait la Divine Liturgie dans une catacombe. Quand les soldats
romains ont découvert la cachette, ils y sont entrés, l’épée à la main… Là,
ils ont vu Saint Étienne célébrer la liturgie. Une force terrible les a tenus
immobiles et muets jusqu’à la fin de la Divine Liturgie.
Dès la fin du culte divin, se sentant libérés, ils se sont rués sur saint
Étienne, l’ont fait tomber par terre et l’ont décapité avec d’autres
chrétiens. 1
* * *
29. Successeur de saint Étienne a été saint Sixte. Lui aussi, méprisant les
ordres du même empereur ennemi du Christ, descendait dans la catacombe
de Prétextat et célébrait la liturgie.
On l’a trahi, il a été découvert, arrêté et condamné au martyre devant
l’autel où il avait été arrêté, ce qui a été fait.
En même temps que saint Sixte, on avait aussi arrêté son archidiacre, le
bienheureux et grand martyr Laurent que les idolâtres avaient fait rôtir sur
le gril, comme s’il était un poisson ou une côtelette…
Il nous reste des paroles qu’il a adressées aux bourreaux, une phrase
qu’ils ont admirée et puis ils ont professé, eux aussi, leur foi en Christ. Il
leur a dit : « Je suis rôti de ce côté ; tournez-moi aussi de l’autre
maintenant ! » 2
Les catacombes de Rome sont les plus connues et notamment celles de
sainte Priscille et de sainte Agnès. Dans la catacombe de sainte Agnès, il y
a plusieurs inscriptions grecques et des textes liturgiques qui prouvent que
la langue liturgique prédominante, même dans la Rome maculée de sang,
était le grec.
Dans les catacombes on voit toutes sortes de symbolismes, des trônes
d’évêques, des baptistères primitifs, une multitude de lampes à huile et
autres ustensiles… le tout arrosé du sang écarlate des saints martyrs.
L’archéologue Padre Marchi, appelé aussi « Colomb des catacombes »,
estime que les tombeaux des martyrs sont au nombre de 6 ou 7 millions.
Les chrétiens de cette époque-là allaient dans les églises au risque de leur
vie tandis que nous, les chrétiens d’aujourd’hui, bien qu’il n’y ait aucun
danger, nous n’allons pas à l’église ou nous sommes las d’y aller ou, si nous
y allons, nous le faisons à contre cœur. Nous avons besoin de componction,
de larmes et d’un vrai repentir. Nous devons changer notre façon de vivre,
1
2

Ibid p. 31
Ibid. p. 31

75
abandonner l’esprit mondain et vivre plus en accord avec nos obligations
envers le Dieu Trinitaire et, notre prochain. Nous devons confesser notre
foi. Que notre vie en soit un témoignage éloquent et que notre exemple soit
édifiant pour autrui !
La grandeur que recelaient ces Divines Liturgies dans les catacombes
éclaboussées de sang, la même grandeur, le même faste, le même triomphe
de la foi, la même mystagogie, sont aussi vécus pendant les Divines
Liturgies d’à présent. Le culte divin, la sainte eucharistie est UNE parce que
un et le même pour nous tous a été le sacrifice sur la croix du Dieu-Homme,
notre Seigneur Jésus-Christ.
L’ édifice de l’ église orthodoxe est divisé en trois parties :
 le narthex, qui est la première partie que rencontre celui qui entre dans
l’église et où l’on trouve souvent le bac à bougies, les grands candélabres,
les porte-icônes etc.
 la nef (ou « église » proprement dite) qui s’étend du narthex jusqu’à
l’iconostase et
 le sanctuaire qui se trouve derrière l’iconostase, à l’est.
Dans le narthex qui s’appelle aussi « pronaos » (partie précédant le
“naos”, c’est-à-dire la nef) y prenaient place les catéchumènes. Pourtant,
aux temps anciens, s’y mettaient aussi les repentants, c’est-à-dire tous les
chrétiens qui faisaient stricte pénitence selon laquelle ils devaient non
seulement s’abstenir de recevoir la Sainte Communion mais aussi d’entrer
dans la nef et de prendre part à la Divine Liturgie. Ceux-ci restaient souvent
dans le narthex avec les catéchumènes. Quand les catéchumènes partaient,
certains repentants les accompagnaient.
Il y avait plusieurs catégories de repentants :
les éplorés, c’est-à-dire ceux qui pleuraient à cause de leurs péchés et
suppliaient les chrétiens qui entraient de prier pour leur salut,
les excommuniés (temporairement),
les éprouvés qui restaient souvent à l’extérieur de l’église sous la pluie et
la neige (c’est pourquoi, on les appelait « éprouvés»),
les « auditeurs »,
les « agenouillés »,
les « pénitents » et
les « énergumènes » (qui étaient sous l’influence d’esprits impurs), c’està-dire les possédés, les démoniaques. Là était leur place, pas dans la nef.
Ainsi, dans le narthex restaient tous ceux qui avaient commis des péchés
« mortels ». L’église était rigide aux premiers siècles. Si l’on faisait

76
aujourd’hui la distinction entre déplorés et repentants, nous serions tous, le
prêtre y compris, relégués au narthex ! C’est là notre juste place !
Alors, l’Église ne permettait ni aux impies ni aux impénitents d’entrer
dans la nef. Ses gardiens véritables, les évêques et les prêtres, auraient
plutôt préféré perdre leur poste et même leur vie plutôt que de permettre
l’entrée pendant la Divine Liturgie à des impies qui avaient commis des
péchés graves, même s’il s’agissait des seigneurs ou de rois. C’est ce dont
témoignent les faits suivants issus de l’histoire ecclésiastique :
30. Babylas était évêque d’Antioche en 283. Quand le roi local qui avait
commis un péché très grave, a voulu aller à l’église le jour de Pâques, saint
Babylas l’a empêché d’entrer. Il lui a dit qu’il n’entrerait que s’il se
repentait sincèrement et accomplissait sa pénitence. C’est-à-dire qu’il
devait confesser publiquement son péché – voyez-vous ce qu’il lui a
demandé ! – déclarer son repentir et accepter sa pénitence ! En
conséquence, il resterait dans le narthex comme tous ceux qui faisaient
pénitence, bien qu’il soit roi, autrement il pouvait s’en retourner. Ce jourlà cependant, il ne devait pas entrer dans l’église.
Le roi, après avoir chanté « le Christ est ressuscité » à l’extérieur de
l’église, a rassemblé sa suite et est parti. 1
* * *
31. On trouve un fait similaire dans la vie de Saint Ambroise, évêque de
Milan. Il n’a pas permis à l’empereur byzantin Théodose le Grand, d’entrer
dans l’église, parce qu’il avait ordonné l’assassinat de milliers d’innocents
à l’hippodrome de Salonique.
Il lui a demandé de déclarer en public son repentir, d’accepter sa
pénitence et d’entrer ensuite dans l’église de Dieu, ce que l’empereur a fait
à genoux au centre de la nef. 2
* * *
32. Le troisième événement est pris dans la vie du patriarche de
Constantinople, Polyeucte. Le dit patriarche n’a pas permis à l’empereur
Nicéphore Phocas d’entrer dans l’église de Sainte Sophie parce qu’il avait
contracté un mariage illicite avec Théophano.
Dès qu’il a été proclamé empereur, Nicéphore Phocas a voulu entrer
dans l’église de la Sagesse-de-Dieu. Le patriarche Polyeucte est allé à
l’entrée de l’église et l’a « bloquée ». Il lui a d’abord demandé de se

1

Saint Jean Chrysostome, «Εἰς τὸν ἅγιον ἱερομάρτυρα Βαβύλαν…», P.G. 50, 529.
Callínicos Constantin, protopresbytre, «Ὁ Χριστιανικὸς ναὸς καὶ τὰ τελούμενα ἐν αὐτῷ»,
p. 104
2

77
repentir et de se confesser en vérité devant tout le monde, d’accepter sa
pénitence et seulement ensuite lui serait-il permis d’entrer dans l’église. 1
Sur le mur ouest du narthex, les iconographes peignaient de redoutables
scènes de l’enfer pour que les impénitents les voient et qu’ils se repentent
de leurs transgressions ayant pris conscience de l’affreux tourment éternel
de l’enfer. Sur le mur du narthex sont dépeints les délices et la beauté du
paradis dont la porte reste toujours ouverte à ceux qui se repentent et se
confessent. On voit aujourd’hui de pareilles fresques dans le narthex des
monastères du Mont Athos et aussi de quelques monastères anciens ailleurs
dans le monde, des Xe – XVIIe siècles.
Après le narthex, nous nous référerons à la nef et au sanctuaire. Ces
deux parties représentent le ciel et la terre. La nef représente la terre et le
sanctuaire les cieux.
Nous tous, dans la nef, constituons l’Église militante sur la terre. L’Église
triomphante est aussi présente dans l’iconographie du temple : les saints, les
martyrs, les saints moines, les hiérarques, les justes, les prophètes, les
anges, c’est l’Église du Christ, l’UNE Église militante et triomphante, avec
nous, ensemble, dans le temple !
Dans la nef il y a l’ambon, le trône de l’évêque, les stalles, les lustres, les
grands chandeliers, les lampes à huile, les icônes…
L’ambon, d’où se fait la lecture de l’Évangile et d’où l’on prononce le
sermon, se trouve du coté nord de l’église. Jadis il se trouvait au centre de
l’église mais, aujourd’hui, on l’a déplacé.
Le trône de l’Évêque se trouve du côté sud de l’église, bien visible et il
porte l’icône de Jésus-Christ l’Archiprêtre, devant laquelle il n’y a pas de
lampe à huile, ce qui laisse supposer que le jugement de Dieu sera
impitoyable.
Les stalles se trouvaient et se trouvent en principe à droite et à gauche le
long des murs de la nef. Les sièges qui existent aujourd’hui sont d’origine
protestante, chose vérifiable à partir des églises orthodoxes slaves qui, ayant
une pratique plus conservatrice, n’ont pas de sièges.
Entre la nef et le sanctuaire, s’insère l’iconostase avec les icônes du
Christ, de la sainte Vierge, du Précurseur, du saint patron de l’église, des
archanges Michel et Gabriel. L’iconostase n’existait pas aux premiers
temps du christianisme et elle est apparue au milieu du VIIe siècle. Elle a
trois portes : celle du milieu s’appelle « saintes portes », les deux autres
s’appellent « portes latérales ». Les saintes portes sont plus hautes parce
que devant elles se trouvent les marches de la solea. Le prêtre célébrant
1

ΘΗΕ, τομ. 9, p. 482

78
apparaît aux saintes portes pour bénir, prêcher et distribuer la communion
aux fidèles. La solea symbolise le fleuve de feu qui sépare les justes des
pêcheurs impénitents.1
Les Pères disent que le prêtre est entre le ciel et la terre, parmi les saints de
l’iconostase, c’est pour cela qu’ il se trouve un peu plus haut que les fidèles.
C’est le médiateur, l’intercesseur entre le ciel et la terre, entre les fidèles qui
assistent à la liturgie et notre Seigneur Jésus-Christ ; c’est pourquoi, il y en
a qui parfois, durant la Divine Liturgie, le voient –bien qu’il soit indigne–
en l’air, ses pieds ne touchant pas le sol.
Il y a deux types d’icônes : les portables et les fresques. Il y a des icônes
du Christ, de la sainte Vierge, des saints et des anges dans toutes les églises
orthodoxes. C’est seulement dans les églises catholiques qu’ il n’y a pas
d’icônes. Les catholiques romains ont des statues à la place des icônes,
tandis que les protestants n’ont ni statues ni icônes. Ils ont seulement la
croix.
Pourtant, ceux qui haïssent et méprisent le plus les icônes sont les témoins
de Jéhovah. Ils nous accusent, nous et notre Église, à cause des icônes que
nous utilisons, d’être devenus idolâtres et de transgresser le deuxième
commandement du Décalogue qui interdit absolument l’idolâtrie : « Tu ne
feras aucune image sculptée… » 2
Les ennemies des icônes disent qu’elles sont des idoles et par conséquent
qu’elles tombent sous l’interdiction du deuxième commandement du
Décalogue de la loi de Moïse. Mais ils se trompent. Ils confondent l’icône
avec l’idole. L’icône est une chose, l’idole en est une autre. Si l’on prenait
un bloc de marbre, si on le taillait et lui ayant donné une forme, on
l’érigeait, le prenait pour Dieu et l’adorait, alors on serait idolâtre.
Certainement, si un bloc de marbre ou de bois peut entendre les prières
des hommes, chose impossible, à plus forte raison, cela se passe avec les
idoles. Quant aux idoles de jadis, elles n’étaient qu’une terrible tremperie
du diable. Sous les idoles se cachait le diable lui-même. Idolâtrie veut dire
adoration des démons.
Nous, cependant, ne disons pas que l’icône est Dieu. D’abord nous
n’avons pas d’icônes représentant Dieu parce que Dieu est invisible. Il est
l’esprit absolu et on ne peut pas Le peindre ; c’est pourquoi, on ne peut pas
peindre d’icône de la Sainte Trinité.3 Même si l’on représente la sainte
Trinité, cela se fait suivant la tradition où le Père est dépeint en tant que
1

Callínicos Constantin, protopresbytre «Ὁ Χριστιανικὸς ναός καὶ τὰ τελούμενα ἐν αὐτῷ»,
p. 112.
2
Deutéronome 5, 8.
3
Genèse 18, 1-2.

79
l’Ancien des jours. La première personne, Dieu le Père, n’a pas rendu
visible sa présence. On a seulement entendu sa voix divine pendant le saint
Baptême et la Transfiguration. De même, lorsque le Saint-Esprit est
dépeint, c’est une colombe au Baptême et comme des flammes de feu à la
Pentecôte.
Cependant, quand Dieu qui est invisible, précisément en tant que
deuxième personne de la Sainte Trinité, est devenu semblable à nous mais
sans péché, a marché sur la terre, a souffert, a été crucifié, est ressuscité,
alors Dieu qui est invisible, par l’intermédiaire de la deuxième personne,
s’est rendu visible sur la terre ! Le Christ, en tant que Dieu, ne se peint pas
mais, en tant qu’homme, on peut en faire l’icône ! Seuls ceux qui refusent
que le Christ se soit fait homme, homme parfait, avec une chair et des os
humains, sans péché et sans cesser d’être Dieu parfait, peuvent s’opposer à
sa représentation iconographique.
Le Christ et toutes ses activités visibles sur la terre, peuvent être peints :
du moment de la Nativité jusqu’à l’Ascension. Pourtant, quand on peint
Jésus-Christ on ne dit jamais que son icône est le Christ lui-même ! Non !
On dit que l’icône représente le Christ. Où y a-t-il donc idolâtrie ?
Les hérétiques, qui refusent l’usage des icônes, peuvent objecter que nous
les adorons. Non ! Nous ne les adorons ni ne leur rendons un culte. Nous
les vénérons seulement. Les chrétiens orthodoxes leur rendent hommages et
adorent seulement la Sainte Trinité. Nous ne nous prosternons pas devant
les icônes comme devant des dieux. Dieu nous en garde ! L’honneur et la
vénération rendus à l’icône « s’étendent au prototype » 1, selon saint Jean
Damascène.
Tous les hérétiques sont comme cela : ils disent des mensonges et
trompent les gens. Ils altèrent la vérité et accusent l’orthodoxie qui accepte
et enseigne tout ce qui est en accord avec l’interprétation authentique de la
Sainte Écriture. Si néanmoins il se trouve des fidèles qui honorent
excessivement les icônes, au-delà de ce que le dogme de l’Église orthodoxe
permet, cela ne signifie pas pour autant que l’Église approuve ces déviances
ou ces abus.
Les saintes icônes ne sont ni des idoles ni des tableaux. Leur grande
valeur se trouve dans leur contenu théologique et dans l’influence
sanctifiante et miraculeuse qu’elles exercent sur les fidèles. Comme chaque
page de l’Évangile avec le Verbe écrit, ainsi chaque icône, par les visages,
les formes et les postures particulières qu’elle contient, exprime les vérités
de la foi chrétienne. C’est donc à bon escient que les fresques et les icônes
1

Saint Jean Damascène, «Ἔκδοσις ἀκριβής…», p. 392.

80
portables orthodoxes, ont été appelées « la théologie des illettrés » ou
mieux encore « la Sainte Écriture des illettrés ». Toute icône constitue un
sermon vivant, une confession de notre foi. En même temps, elle nous
invite à imiter les saints.
Ainsi, les icônes nous inspirent, affermissent notre foi, font grandir notre
espérance, nous encouragent à persévérer dans notre combat spirituel.
Quand nous les regardons, elles suscitent en nous la certitude et la
conviction qu’avant nous, bien des chrétiens ont lutté et ont triomphé ceux
auxquels nous rendons hommage aujourd’hui parce qu’ils sont sortis
vainqueurs du monde des passions, de la chair et de ses désirs grossiers,
mais aussi du diable. Ils ont vaincu la peur de la mort et en particulier la
lâcheté face au moment de professer leur foi et de souffrir le martyre. Leur
victoire est et constitue la gloire de l’Église.
En regardant les saintes icônes, même nos sens se sanctifient. Ce n’est pas
le cas quant à la peinture religieuse séculière que nous voyons dans les
livres ou avec les « madones » des catholiques romains. Ces images ne nous
inspirent ni ne nous purifient et, beaucoup plus, elles ne nous censurent pas,
parce que à travers ces peintures, l’artiste exprime ses propres sentiments
et, utilisant le matériel et les modèles qui sont à sa disposition, il s’exprime
lui-même. Ces formes d’expression de soi -même de type occidental, n’ont
pas leur place au sein du culte de l’Église.
En revanche, l’iconographie byzantine constitue un service divin, un
diaconat, exigeant de l’iconographe la sainteté, la sanctification, la pureté,
la continence, la prière. L’iconographe doit commencer et finir par le signe
de la croix, encenser l’icône, prier le saint dont il va peindre l’icône de
l’aider. Les iconographies byzantines sont un signe de la présence sur la
terre de Dieu et du Fils et Verbe incarné. Elles sont un signe de la présence
de l’Église triomphante parmi les fidèles et un admirable critère pour une
compréhension orthodoxe de la vie et du monde.
Cette grande importance spirituelle des saintes icônes a eu pour résultat
qu’elles sont devenues des objets d’une vénération et d’un respect
particuliers de la part des fidèles. Devant elles, les chrétiens se prosternent
et c’est ce qu’il convient de faire. Ils allument des veilleuses et des bougies,
les embrassent en se signant ou font même des génuflexions. Ils les
encensent quotidiennement chez eux, dans les églises et aux oratoires qui se
trouvent sur les routes, les collines ou au sommet des montagnes.
Compte tenu des nombreux abus et excès qui ont eu lieu, d’une part avec
les iconolâtres d’autre part avec les iconoclastes, le VIIème Concile
Œcuménique convoqué entre 784 et 787 a déterminé le sens de ces
démonstrations honorifiques envers les saintes icônes. Les chrétiens

81
orthodoxes n’adorent pas les icônes, ce qui appartient exclusivement au
Dieu très saint. Nous vénérons les icônes seulement pour leur rendre gloire.
En plus la vénération ne s’adresse point aux éléments matériels (bois,
couleurs, verre, papier, toile) avec lesquels elles sont fabriquées mais aux
personnes qui y sont représentées. La vénération honorifique que nous
adressons aux icônes avec la conviction ferme qu’elle remonte jusqu’aux
personnes y peintes, c’est elle qui fait le miracle.
Les saintes icônes sont les livres de notre peuple. Les illettrés les
regardent et s’instruisent à travers elles.
33. L’histoire mentionne que la cause du repentir et du retour du peuple
bulgare au christianisme était une icône. Cette icône représentait le
Jugement Dernier. Le missionnaire Saint Méthode l’a montrée au roi Boris
et la lui a analysée. Le roi, lui, a tellement été impressionné qu’il a cru
immédiatement au Christ et tout le peuple bulgare encore à sa suite. 1
C’est pour cela que les deux saints, Cyrille et Méthode, sont les grands
missionnaires qui ont vraiment illuminé les slaves.
34. Il était une fois un prédicateur qui faisait une tournée. Passant aux
abords d’une ferme, près d’une bergerie il se dit : « Pourquoi ne pas
m’arrêter chez ce chrétien ? Je pourrais lui dire quelque chose d’utile ».
Il y est entré et il a commencé à parler du Seigneur. Cependant, il a
remarqué qu’il n’y avait pas d’icônes dans la maison. Alors, il lui a parlé
des icônes.
-- Qu’est-ce qu’une icône, a demandé le villageois.
Le prédicateur en a tiré une de sa pochette et la lui a donnée. Il lui a dit
d’allumer sa veilleuse et de prier… Il lui en avait enseigné assez.
Le villageois s’est enthousiasmé. À la première occasion, il est descendu
à la ville et a acheté une icône de la sainte Vierge. Il aimait la façon dont
elle tenait l’enfant divin. Il a vu aussi saint Démétrios en cavalier avec son
javelot. « Je le prendrai avec moi pour qu’il combatte les ennemis » a-t-il
pensé. « Je prendrai aussi ce saint à la longue barbe » ; c’était saint
Nicolas.
Il a placé les icônes dans sa petite maison et a commencé à faire ses
petites prières à la Sainte Vierge, à saint Démétrios, à saint Nicolas.
Quelques jours après, alors qu’il était absent, des voleurs ont pénétré
chez lui et ont tout écumé. Ils ne lui ont rien laissé excepté les trois icônes.
De retour, tout surpris, il voit qu’on lui ont tout volé. Allant donc vers
l’icône de la Sainte Vierge, il lui dit :
1

ΘΗΕ, τομ. 3, p. 995.

82
-- Très bien ! Toi, tu avais ton bébé à soigner, à laver, à nourrir, tu
n’avais pas le temps. Qu’est-ce que tu aurais dû faire, avant tout ? Te
soucier du bébé ou courir après les voleurs… ?
Il va ensuite à saint Démétrios.
-- Et toi, cavalier, pendant le temps dont tu avais besoin pour que tu
puisses faire sortir le cheval de l’écurie, le seller, l’apprêter, les voleurs
étaient déjà partis.
-- Et toi alors, (s’adressant à saint Nicolas), qu’as-tu fait ? Tu n’as rien
fait ! Pourquoi n’as-tu pas protégé mes affaires ? Alors, comme punition, je
te mets à la porte !
Il prend l’icône de saint Nicolas et l’accroche quelque part au dehors.
-- Tu resteras ici jusqu’à ce que toutes mes affaires reviennent !
Le lendemain matin, les voleurs sont arrivés chargés des objets qu’ils
avaient volés.
-- Prends-les vite parce qu’un vieillard nous a roués de coups…
Saint Nicolas avait fait retourner les objets miraculeusement ! 1
Quand on regarde attentivement en haut, au centre du plafond de la nef, on
voit sur la coupole l’image divine du Christ “pantokrator” (tout-puissant,
omnipotent). Il est le soleil de la justice et regarde la terre d’en haut,
illuminant et transmettant à tout l’univers la lumière spirituelle de
l’assemblée liturgique.
Le sanctuaire est une image du ciel, c’est le « saint des saints », dans
lequel se trouve l’autel qui est un type de l’autel supra céleste où célèbre
continuellement le Grand Prêtre Suprême, le Dieu-homme Jésus-Christ.
C’est le redoutable autel du sacrifice, le Golgotha spirituel, le Sépulcre du
Seigneur, le Trône de Dieu, la demeure de la gloire divine. Un ange du ciel
flamboyant le garde à jamais.
L’autel s’appuie sur une colonne qui symbolise Jésus-Christ. Il y a aussi
certains autels qui sont soutenus par quatre piliers symbolisant les quatre
évangélistes. On couvre l’autel tout entier de couvertures.
 La première couverture s’appelle « catassárkion » (sur la chair).
C’est un tissu blanc, comme un linceul et il couvre tout l’autel. On le met
sur l’autel et on l’attache droitement par-dessous. Il symbolise le drap
propre dans lequel le noble Joseph d’Arimathée avait enveloppé le corps
défunt du Seigneur après l’avoir descendu de la croix.
 La deuxième est l’endhytí (du verbe ἐνδύομαι = se vêtir). Elle est
faite d’étoffes diverses brillantes et luxueuses, jaune d’or, pourpres,
mauves, noires ou blanches, selon les fêtes et les périodes. Ce sont ces
couvertures qui habituellement, ornent l’Autel.
1

notes personnelles de l’auteur

83
 La troisième s’appelle ilitón (du verbe εἱλίσσω = rouler, enrouler).
C’est une petite couverture en soie qui, jadis, se roulait. Maintenant
cependant, on la coud à l’antimension. Jadis, on y imprimait le Sépulcre de
Jésus-Christ.
 La quatrième couverture, que l’on a déjà mentionnée, est
l’antimension : elle tient lieu d’autel et l’on ne peut pas célébrer la Divine
Liturgie sans elle. Sur l’antimension, plié et cousu avec l’ilitón, on met le
saint Évangile à la place du Christ le Sauveur.
Aux temps des persécutions, on utilisait comme autel la poitrine même
des martyrs !
35. Le saint martyr Lucien allait mourir en martyr pour sa foi en Christ.
Il était déjà emprisonné. Il n’y avait pas d’église dans la prison et, en plus,
le martyr ne pouvait pas se déplacer non seulement parce qu’il était
lourdement enchaîné mais aussi parce que la veille on l’avait bravement
torturé afin qu’il y succombe et proclame qu’il vénérerait les idoles, reniant
le Christ.
Alors, tout gravement blessé qu’il était, étendu par terre, enchainé,
comme il était prêtre, il a célébré lui-même, sur sa poitrine, dans des
douleurs aiguës et affreuses, le sacrifice redoutable, utilisant comme saints
dons le pain et le vin qu’on lui avait apportés en secret à la prison.
Cependant, dans la prison, il n’était pas seul. Il y avait d’autres
chrétiens, des futurs martyrs eux aussi, prêts à mourir pour le Christ.
Tous ensemble, ils ont formé un cercle autour de Saint Lucien, une sorte
d’église ou des anges et des saints couvraient d’en haut le martyr pour que
les geôliers et les bourreaux idolâtres ne puissent pas voir ce qui était
accompli pendant la Divine Liturgie. Ils ont ainsi préservé le grand
sacrement des yeux profanes des idolâtres.1
Quelle révérence ! Ô ! Si l’on avait des yeux pour voir ! Si l’on pouvait
en prendre conscience ! Écoutez l’histoire suivante :
36.Saint Théodoret nous donne les renseignements ci-dessous concernant
le saint martyr Maris l’ermite: quand celui-ci a voulu participer à la Divine
Liturgie et communier, après 38 ans d’ascèse et d’une vie de reclus
(volontairement, il n’avait jamais entendu la Liturgie ni n’avait communié
pendant toutes ces années), il a révélé son désir à saint Théodoret qui lui
avait rendu visite; lorsqu’il avait ouvert la porte de sa cellule pour recevoir
quelques visiteurs, parmi les premiers, se trouvait saint Théodoret avec
deux diacres par ses disciples.

1

Callínicos Constantin, protopresbytre «Ὁ Χριστιανικὸς ναὸς…», p. 190.

84
Il lui dit : « Je désire qu’on célèbre la Divine Liturgie pour que je puisse
communier aux mystères immaculés. Demain, le Seigneur m’appelle ! »
Alors, saint Théodoret a immédiatement et bien volontiers célébré la
Divine Liturgie qui sauve le monde, utilisant comme autel, les mains
déployées des deux diacres ! Redoutable Calvaire et sanctuaire spirituel
que les mains et les paumes des deux diacres ! 1
« Gloire à ta longanimité, Seigneur… »
Certainement, ce sont là de rares exceptions mais qui deviennent quandmême nécessaires lorsque les circonstances l’exigent. Les poitrines des
martyrs et les paumes des diacres tenaient donc lieu d’antimension.
Toutes les églises sont orientées vers l’est, afin que nous puissions
regarder vers le paradis. Le soleil se lève à l’est. Le Seigneur est le soleil de
la justice, la divinité au triple éclat ; c’est pourquoi, toute l’église, par le
saint sanctuaire regarde vers l’est pour accueillir le lever de ce soleil, le
Christ-Messie qui, par l’Esprit Saint, réalise le grand miracle dans l’église,
le miracle du changement divin des saintes espèces.
Dans l’église on allume des cierges.
Quand les chrétiens se réfugiaient dans les catacombes, à l’époque des
persécutions, ils se servaient de torches enflammées pour voir et s’orienter.
Les catacombes étaient des cimetières souterrains obscurs. Par conséquent,
les torches enflammées étaient pour ainsi dire leurs « guides » pendant leurs
saintes réunions et la Cène dominicale. Ainsi, pour nous, aujourd’hui, les
bougies allumées sont comme des torches spirituelles qui doivent illuminer,
au sein des ténèbres de notre siècle, vers le chemin qui conduit à la lumière
du Christ. Les bougies nous rappellent qu’il nous faut être donateurs de
lumière, capables de transmettre la lumière et non de l’éteindre ou de priver
autrui du peu de lumière qu’il a. Prions en secret afin que notre méchanceté
et nos passions fondent comme fondent les bougies. Le cierge s’éteint
parfois ; parfois, le sacristain le saisit dès qu’on l’a allumé. N’oublions pas,
qu’un jour ou l’autre, qu’on nous éteindra, nous aussi…
En allumant notre bougie, nous pouvons prier pour notre santé et notre
illumination : « Seigneur Jésus-Christ, aie pitié de mon enfant » ou « aie
pitié de mon père, de ma mère, de mon frère… qui est malade ». Nous
pouvons supplier le Seigneur pour les défunts aussi : « Mon Christ accorde
le repos à l’âme de mon père » ou « accorde le repos à l’âme de ma mère »,
et nous allumons autant de cierges que nous avons de requêtes et de prières.
Saint Siméon le Nouveau Théologien écrit que les bougies nous révèlent
la lumière spirituelle tandis que les veilleuses nous incitent à avoir des
1

Ibid

85
pensées lumineuses. « Les cierges que tu allumes te révèlent la lumière
spirituelle. Tout comme l’église entière resplendit à cause du grand nombre
de cierges, ainsi la demeure de ton âme, qui est plus précieuse que l’église,
doit resplendir tout entière spirituellement… La multitude des bougies
allumées signifie les pensées lumineuses qui doivent, comme les lampes à
huile, resplendir en toi, pour qu’aucune pensée obscure ne demeure dans la
maison de ton âme. Que tes pensées soient toutes éclairées et qu’elles
brillent de la lumière de l’Esprit Saint ».1
Dans l’église il y a aussi les grands chandeliers, sur lesquels on met les
cierges. Ils symbolisent la colonne de feu qui, comme un pinceau de
lumière céleste, conduisait le peuple d’Israël dans le désert, pendant la nuit.
Le lustre se composait jadis de plusieurs lampes à huile.
A l’extérieur de l’église se trouve le clocher (ou campanile) avec les
cloches. Chaque église a son propre clocher avec ses propres cloches. Une
église qui n’a pas de cloche, c’est quelque chose de très rare. Les fidèles
montrent de l’intérêt même pour les petites chapelles éloignées, isolées,
abandonnées loin de tout, au sommet des montagnes. Ils considèrent que
c’est un péché pour une église de ne pas avoir de cloche ; c’est pourquoi, ils
y en placent une, si petite soit-elle pour qu’elle sonne de temps en temps,
sous le souffle du vent. Cela suffit.
Une question s’est posée : y avait-il des cloches aux églises à
l’origine ?
Non, répond l’histoire. À l’époque des persécutions, il n’y avait pas de
cloches. Quand les chrétiens devaient se rassembler quelque part pour
adorer Dieu, ils s’avertissaient d’une autre façon, en secret, c’est-à-dire
qu’il y avait des personnes dignes de confiance dont la mission était
d’avertir les chrétiens en faisant extrêmement attention afin que les
idolâtres ne les remarquent pas. Car, si on savait le lieu du rassemblement,
on les attendrait, puis on les arrêterait, on les mettrait en prison, ensuite on
les tuerait ou on allumerait un feu et on les brûlerait tous ensemble, comme
ils étaient rassemblés dans les cavernes, les trous, les catacombes ! C’était
alors une époque effroyable !
Ceux qui étaient chargés de cette mission difficile et très dangereuse
d’avertir les croyants, étaient des chrétiens, appelés « théodromes », qui
parcouraient les rues, les villages et les villes, pour accomplir le devoir
divin. « Théodromes » signifie «estafettes» de Dieu. On les appelait aussi
« rassembleurs du peuple », parce qu’ils rassemblaient, réunissaient le
peuple pour adorer Dieu.
1

Saint Siméon le Nouveau Théologien, P.G. 120, 677 A.

86
Dès le IIe et le IIIe siècle après J.-C., bien des chrétiens quittaient les
villes et les villages. Ils allaient dans le désert, où ils construisaient des
huttes et éloignés du monde, ils menaient une vie austère, une vie consacrée
à Dieu. C’étaient les premiers moines.
Étant éloignés les uns des autres, ils utilisaient comme signal de
rassemblement, quelques morceaux de bois qu’ils frappaient d’une façon
spéciale, en vue de leurs réunions où ils adoraient Dieu, comme cela existe
encore aujourd’hui dans les monastères, où les moines sont invités à se
rendre aux offices au son des dits tálanta.
Au monastère que saint Pachôme avait fondé, les moines étaient appelés
aux offices avec un clairon. Le saint justifiait cette façon disant que
l’ancienne synagogue des hébreux était convoquée, elle aussi, en assemblée
sous les sons des trompettes. 1
Pourtant, quand Constantin le Grand est apparu et les persécutions
cessèrent, les chrétiens étaient appelés officiellement. La première façon
était celle au moyen des « sémantres » (grosses barres de fer tenant lieu de
cloche) que l’on frappait à l’aide d’un marteau.2 Encore aujourd’hui, ces
« cloches » résonnent au Mont Athos et dans tous les monastères ; ce sont
les « tálanta » qui sonnent les premiers, ensuite les « sémantres » et
finalement les cloches.
Au début, il n’y avait pas de cloches en Orient. Il en existait déjà en
Occident. En l’an 865 elles sont apparues à Constantinople, longtemps
après la construction de sainte Sophie (:la sagesse de Dieu.) Alors, un doge
vénitien a envoyé à l’empereur de Constantinople douze cloches en cadeau
pour l’église de sainte Sophie. [Elles se sont appelées cloches
(« campánes » en grec) parce qu’on les fabriquait d’un métal exquis, issu
des mines de Campanie, province d’ Italie.]
Quand les cloches ont sonné pour la première fois à Constantinople,
d’après les informations fournies par les historiens de cette période, le
peuple des fidèles s’est répandu dans les rues célébrant joyeusement cet
événement. Il a pensé que les anges étaient descendus sur la terre,
claironnaient et invitaient les fidèles chrétiens à l’église. Ces cloches-là ont
sonné à sainte Sophie pendant près de 600 ans, mais quand « la Ville »,
Constantinople, a été conquise en l’an 1453 elles ont cessé de sonner. Les
occupants les ont décrochées et les ont fondues pour en faire des canons et
des balles… Partout dans les lieux chrétiens pris par les Turcs, on a défendu
de sonner les cloches parce que, à ce qu’ils prétendaient, le son troublait le
sommeil de leurs morts !
1
2

Nombres 10, 2-3
Évêque Augustin Cantiótis, «Ὀρθόδοξος ναὸς», p. 71

87
Alors, en ces terribles années, les chrétiens recommencèrent à s’avertir de
façon secrète. Les « théodromes » sont réapparus, mais avec un prénom
nouveau : « crieurs ». Dans l’épouvantable nuit de la domination turque, au
risque de leur vie, ils couraient aviser les chrétiens, la race esclave des
hellènes, des offices et de l’école secrète qui fonctionnait dans les églises
pour l’éducation des jeunes orthodoxes.
Mais, notre patrie libérée, les cloches ont refait leur apparition aux
clochers et elles ont commencé à sonner de nouveau triomphalement.
37. Il y avait une fois un sacristain très pieux et très respectueux qui avait
une grande crainte de Dieu. Il était comme ces sacristains que l’on
recherche et que l’on souhaite avoir comme assistants dans les églises.
L’église était dédiée à saint Jean le Précurseur. Le sacristain sonnait les
cloches de l’église – trois, quatre cloches – des deux mains.
Cependant, il est tombé, sa main gauche a été blessée et il ne pouvait plus
sonner les cloches d’une seule main, ce qui le désolait beaucoup. Une
grande fête approchait et il n’allait pas pouvoir sonner les cloches, comme
il le faisait d’habitude, mélodieusement et de façon rythmique, tantôt l’une,
tantôt l’autre, tantôt deux à deux, tantôt trois à une, comme on fait à la
Sainte Montagne.
Que faire maintenant ?
Il va vers l’icône de saint Jean le Précurseur et lui dit :
-- Écoute-moi saint Jean ! Cette église est à toi, tu as vu ma main, je ne
peux pas sonner d’une seule main. Viens ici. (Il le prend par la main –le
saint Précurseur est descendu de son icône ! – et ils sont allés tous les deux
au clocher). Montre-moi maintenant comment puis-je sonner les cloches !
Saint Jean prend les cordes et en fait quatre nœuds qu’il met aux deux
pieds, à la main et au coude du sacristain, lui montrant la façon
enthousiaste dont il sonnerait les cloches.
-- Merci beaucoup, a dit le sacristain au saint !
À partir de ce moment, il sonnait les cloches comme saint Jean lui avait
montré !1
* * *
Dans le sanctuaire, entre autres, il y a l’encensoir et la veilleuse qui,
d’une certaine manière et avec l’ange gardien vigilant de l’autel, veillent
auprès du saint ciboire (artophórion). C’est un symbole de sacrifice. Elle
nous rappelle les luttes sanglantes des saints martyrs mais aussi le martyre
non-sanglant des saints pères du désert. Nous devons conserver une
veilleuse allumée en permanence devant les icônes de notre maison pour
1

notes personnelles de l’auteur

88
nous rappeler que le combat spirituel visant à notre salut doit aussi être
vigilant, infatigable, plein de lumière.
L’encens est une offrande et un sacrifice à notre Dieu Trinitaire. C’est
pourquoi, chaque fois que nous, célébrants, prenons à la main l’encensoir
pour encenser, nous bénissons l’encens. Vous aussi, quand vous encensez
chez vous, après avoir mis de l’encens sur le petit charbon, faites d’abord le
signe de la croix au-dessus avec les trois doigts et puis encensez.
Nous les prêtres, en bénissant l’encens, disons la prière suivante :
« Nous t’offrons cet encens, ô Christ, notre Dieu, comme un parfum
spirituel d’agréable odeur ; l’ayant reçu à ton autel céleste, envoie-nous
en retour la grâce de ton Esprit très saint ».
C’est-à-dire que comme l’arôme et le parfum de l’encens s’élèvent en
haut, de la sorte que notre Dieu, Jésus-Christ accepte notre prière à son
autel céleste et qu’il nous fasse don en retour de la grâce de son Esprit très
saint.
Paul l’apôtre écrit quelque chose d’ analogue : notre Seigneur JésusChrist s’est livré lui-même pour nous « en offrande et sacrifice, à Dieu,
comme un parfum d’agréable odeur ».1 Le sacrifice de notre Sauveur JésusChrist a été à Dieu le Père pour nous, un sacrifice odorant, acceptable,
agréable, un sacrifice pour tous les hommes.
Certes, au sein de l’humanité, il y en a plusieurs qui acceptent le message
du salut : ils croient, ils sont baptisés et luttent pour être sauvés. Cependant,
il y en a de nombreux autres qui en fait représentent la majorité, qui
rejettent le dogme trinitaire, la nature divine-humaine de Jésus-Christ, la
révélation de Dieu et, par conséquent, l’Évangile en général et ils
s’avancent eux-mêmes vers leur perte. Seuls les fidèles orthodoxes qui
s’efforcent d’être sauvés de façon convenable, sont l’« odeur agréable du
Christ ».
Toute prière pure que l’on fait à l’église, chez soi ou en tout autre lieu,
toute bonne œuvre (l’œuvre la plus essentielle c’est la longanimité, le
pardon et l’amour envers les ennemis), toute observation des
commandements de Dieu, tout repentir, tout profond soupir ainsi que toute
participation irréprochable aux mystères très saints, constituent une « odeur
agréable » et un « sacrifice » acceptable et délectable devant le trône de
gloire du Dieu Trinitaire.
À propos de l’encens, voyons aussi ce que l’encensoir symbolise. Sa
base désigne la nature humaine de Jésus-Christ dans le sein de la Mère de
Dieu. Les charbons ardents indiquent le feu de la Divinité. Ils représentent
1

Ephés. 5, 2.

89
« le buisson ardent qui brillait sans se consumer»1. La fumée odorante qui
s’élève nous montre le parfum de l’Esprit Saint.
Tout encensoir possède douze grelots qui représentent les douze apôtres
tandis que les quatre chaînes nous rappellent les quatre évangélistes. Ainsi,
l’œuvre de notre salut par l’Incarnation du Verbe, s’établit et s’annonce
partout à l’aide de la grâce de l’Esprit très saint sous la forme de la suavité
du parfum de l’encens. Ce symbolisme est en fait beaucoup plus postérieur,
mais il nous annonce l’œuvre d’ amour pour les hommes de Dieu qui au
moyen du parfum se répand jusqu’au bout du monde, « aux quatre coins du
monde ».
38. Un prêtre, avant 1940, selon ce que m’a raconté un de ses petits-fils,
est allé à l’église un matin de fête pour célébrer. Les lampes à huile étaient
toutes éteintes, à cause du vent qui entrait par une vitre cassée. Le vent
avait tout éteint, même la veilleuse inextinguible.
Le prêtre vieillard a été désolé parce qu’il était très pieux. Il a cherché
des allumettes, il n’y en avait pas. Il a regardé près du banc à bougies,
dans les placards, ici et là, il n’en a rien trouvé. Il avait les larmes aux yeux
parce qu’il devait rentrer chez lui. Cependant, c’était l’hiver. Il pleuvait, il
faisait du vent, la bise glacée soufflait, il faisait très mauvais temps…
Puis, soudain, il s’ est retourné, il regarde… l’encensoir était allumé ! Il y
avait à l’intérieur des charbons qui rougeoyaient !
(À cette époque-là on utilisait du charbon de bois et non pas de petits
charbons comme aujourd’hui. Certes, je m’en souviens. On avait un petit
brasero dans lequel le sacristain allumait le charbon de bois, tôt le matin et
quand il devenait tout rouge on en prenait à l’aide de pincettes, on en
mettait dans l’encensoir et puis on y ajoutait de l’encens).
Ayant vu tout surpris l’encensoir, il a enflammé un petit morceau de
papier et puis un cierge à l’aide duquel il a allumé en premier la lampe à
huile vigilante et ensuite toutes les autres lampes à huile.
À tout moment, il se retournait, regardant l’encensoir et disait :
-- Tiens ! Tiens ! Qu’est-ce que Dieu fait! Si Dieu veut, il fait des
miracles ! … Quel miracle !
Le chantre est venu après, on a commencé les matines, l’encensoir
rougeoyait toujours ! À l’heure de la neuvième ode, « plus vénérable que
les chérubins », il le prend pour encenser et il voit des colonnes de fumée
odorantes en sortir, comme s’il y avait mis de l’encens !
-- Mais moi, je n’y avais pas mis d’encens ! Seigneur, aie pitié !, a-t-il dit
enfin et, se retournant vers l’autel, il a ajouté :
-- Tu es Dieu, tu peux faire ce que tu désires !
1

Ex. 3,2.

90
Peu après son petit-fils est venu.
-- N’y touche pas, lui dit-il. Laisse-le comme ça parce que Dieu fait tout
ce qui Lui plaît, mon petit garçon. Il fait tout ce qui Lui plaît ! …
-- Bien, grand-papa, dit le petit enfant.
Chaque fois qu’il était nécessaire d’encenser, du congé de l’Office de la
proscomidie jusqu’à la fin de la Divine Liturgie, l’encensoir rougeoyait, ses
charbons toujours ardents, prêt pour l’encensement. De l’encens très
odorant en sortait, devant les yeux du petit-fils ! Dès que le prêtre le
décrochait, des fumées très odorantes de mille parfums en sortaient et
s’étendaient partout dans l’église. Toute l’église exhalait une bonne odeur !
Les fidèles étaient impressionnés par cet événement et, dès que la Divine
Liturgie a fini, ils lui ont dit :
-- Mon père, où as-tu trouvé ce bon encens ?
Et à son petit-fils, il a dit les paroles suivantes :
-- Ne dis rien à personne, sauf après ma mort. Il est Dieu, Il fait tout ce
qu’Il veut. C’est Dieu et Il fait tout ce qu’Il veut !…
C’est ce que disait père Jean, qui était originaire de Tchesmé (région de
Smyrne en Turquie)1.
* * *
Dans le sanctuaire et sur l’Autel on voit une variété d’éclairage : des
cierges simples, doubles, triples ou des lampes à huile simples, doubles,
triples, septuples. Les cierges et les lampes à huile simples nous rappellent
le caractère unique de la Divinité, les doubles, les deux natures du Christ,
les triples, la Sainte Trinité. La lampe à huile septuple, représente le
chandelier (sorte de lampadaire qui comportait sept lampes à huile) du
Tabernacle (tente du Témoignage) que Moïse avait fabriqué, mais aussi les
sept dons du Saint-Esprit que le prophète Isaïe rapporte :
 « esprit de sagesse et de discernement,
 esprit de conseil et de pitié,
 esprit de connaissance et de sainteté »2.
L’Église orthodoxe constitue une véritable Epiphanie.
 Dans le temple se trouve l’Église,
 dans l’Église s’accomplit la Divine Liturgie,
 pendant la Divine Liturgie se trouvent les anges, les archanges, les
chérubins, les séraphins, les trônes, les puissances, les dominations, les
saints hiérarques, les martyrs, les grand-martyrs, les apôtres, les prophètes,
les justes… Dans la Divine Liturgie on trouve Dieu, le Dieu Trinitaire !
L’Église triomphante tout entière et l’Église militante, toute l’Église !
1
2

notes personnelles de l’auteur
Is. 11, 2-3.

91
C’est pour cela qu’après la consommation des saintes espèces, les prêtres
chantent et pour le compte de tous les fidèles : « quand on est dans la
sainte maison de ta gloire, on se sent dans les cieux » c’est-à-dire tous
ceux qui se trouvent dans cette sainte maison de Ta gloire divine Seigneur,
se sentent, croient se trouver devant Ton trône, au-dessus des cieux. Et
avant de réciter le « Par les prières… », à la fin de la prière d’action de
grâces qui suit la sainte Communion, nous disons aussi trois fois :
« Affermis cette maison de Dieu, Seigneur ».
Dans toute église orthodoxe, nous adorons en esprit et en vérité et nous
nous prosternons devant notre Dieu Trinitaire et devant le Verbe incarné
qui nous a révélé ce culte au Dieu Trinitaire.
En réalité donc, toute sainte maison, toute église constitue une véritable
Épiphanie !
Le père apostolique Hermas, dans son livre intitulé ΠΟΙΜΗΝ, raconte
une vision qu’il a eue lui-même :
39. Six jeunes hommes, aidés par bien d’autres, font bâtir tous ensemble
une très grande tour, sur les eaux d’un grand lac bizarre. La bâtisse était
seulement en pierre mais elle était tellement parfaite qu’on ne pouvait
même pas distinguer les jointures entre les pierres.
Alors, une Dame respectable à la silhouette imposante, se présente et dit
au père apostolique Hermas :
-- La tour que tu vois ériger c’est moi, l’Église. On la construit sur les eaux
parce que notre vie, notre âme, ont été sauvées, sont sauvées et seront
sauvées à jamais par les eaux baptismales au moment où la grâce salutaire,
qui prend sa source dans le sacrifice sur la croix de notre Sauveur JésusChrist, passe à travers les fonts baptismaux. Celui qui est baptisé, participe
à la sépulture de trois jours et à la résurrection du Seigneur. Les six jeunes
hommes sont des saints anges. Les pierres sont les apôtres et leurs
successeurs, c’est-à-dire les évêques, les prêtres et les diacres de tous les
siècles jusqu’à la fin du monde, qui ont vécu et vivront avec modestie et
justesse, qui ont servi avec ferveur spirituelle la parole évangélique et avec
amour et respect le peuple de Dieu. Certains d’entre eux vivent encore,
d’autres sont morts et il y en a d’autres qui viendront et d’autres encore…
jusqu’au Jugement Dernier.
Le tout était harmonieux, tous étaient en accord, vivaient en paix… Et la
Dame respectueuse et imposante, l’Église, a demandé : « Jusqu’à
quand ? », c’est-à-dire jusqu’à quand y aura-t-il l’harmonie et l’accord
entre eux ? Et elle a disparu.

92
La vision superbe de saint Hermas a aussi disparu et le père apostolique
est revenu à lui. 1
L’œuvre de la construction se poursuit mais à travers bien des obstacles.
Très vite, les premiers nuages sont apparus. C’étaient les hérésies qui ont
provoqué une pluie ensanglantée et ont déchiré le corps de l’Église, aux
quelles succéda le schisme, en 1054. Puis ce sont les croisades, l’occupation
vénitienne et la grande plaie incurable des uniates, jusqu’à nos jours. Les
quelques quatre cents hérésies des protestants (il y a même des prêtresses en
Angleterre), les « témoins de Jéhovah », comme une organisation satanique,
la franc-maçonnerie, l’œcuménisme, le spiritisme, la magie, le satanisme, le
danger provenant des doctrines hindouistes et bouddhistes etc. tous
ensemble ont provoqué et provoquent encore des hémorragies incessantes
dans le corps de l’Église orthodoxe. Malheureusement, nous aussi, comme
représentants responsables et prêtres, ne sommes pas en paix ni réconciliés
entre nous… Mais même « la puissance de la mort ne l’emportera pas
contre elle»2. L’Église vivra jusqu’à la fin des siècles… et au-delà d’elle.
* * *
Ensuite, la quatrième demande rappelle :
« Et (pour) ceux qui y pénètrent avec foi, respect et crainte
de Dieu, prions le Seigneur ».
Pendant toute la Divine Liturgie, maintes fois les prières liturgiques, les
“iriniká” et les litanies, nous poussent à avoir l’attitude convenable, la
disposition spirituelle juste, les mouvements justes quand nous y
participons!
Tous ceux qui vont entrer dans l’église, doivent se préparer
convenablement. Il nous faut y entrer (les prêtres aussi) « avec foi, respect
et crainte de Dieu », choses que la quatrième demande de la grande litanie
de paix considère comme données. Nous devons aussi être parés
d’exactement les mêmes vertus au moment où l’on nous invite à la coupe
commune de la vie éternelle : « Approchez avec foi, amour et crainte de
Dieu ». Même après le « Par les prières… », chaque fois que la Divine
Liturgie finit, nous devons être sereins, paisibles, parler à voix basse et nous
comporter décemment.
Saint Jean Chrysostome insiste : « Quand nous sortons de l’église après
la Divine Liturgie, nous devons nous voir descendus des cieux, enfin,
comme des hommes célestes»3. Pourtant nous ne le sommes pas ! Nous
n’avons ni foi, ni peur, ni respect, ni décence, nous n’avons rien ! …
1

ΒΕΠΕΣ, τομ. 3, p. 43.
Mat. 16, 18.
3
Hiéromoine Grégoire, «Ἡ θεία Λειτουργία, σχόλια», p. 139.
2

93
Après la participation à la Liturgie et à la Sainte Communion, quand nous
sommes de ceux « qui entrent avec foi, respect et crainte de Dieu »,
chaque partie de notre corps, chaque membre, est une partie de l’église du
Christ !
« La table eucharistique de la Sainte Communion pendant l’office divin»,
dit saint Nicolas Cabasilas, «fait que nous demeurions en Christ et que le
Christ demeure en nous parce qu’Il a lui-même dit : « Celui qui mange ma
chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui ». Il est pour nous à la
fois l’habitant et la demeure… et nous sommes heureux de notre habitat et
très heureux d’un tel Maître divin »1.
Si l’on entre triste dans l’église, l’on doit en sortir joyeux. Si l’on y entre
irrité on en sort serein. Si l’on y entre le cœur lourd, on en sort soulagé. Et
parfois s’accomplit le grand miracle : c’est-à-dire qu’on y entre noirs
comme des charbons et on en sort aussi blancs que les colombes les plus
blanches.

POUR NOTRE ARCHÉVÊQUE N., L’ORDRE
HONORABLE DES PRÊTRES, CELUI DES DIACRES
DANS LE CHRIST, POUR TOUT LE CLERGÉ ET LE
PEUPLE, PRIONS LE SEIGNEUR.

1

Ibid, p. 141.

94
40. Un évêque faisant le tour de son diocèse, est arrivé un samedi soir dans
un village. C’était la première fois qu’il passait par-là. Le maire de la
commune l’avait hébergé et quelque temps après, l’évêque a demandé voir
le prêtre.
-- Il est aux champs et n’est pas encore venu, lui ont-ils dit.
Au bout de quelque temps, le prêtre s’est présenté devant l’évêque avec
ses habits de travail et vous pouvez imaginer dans quel état il se trouvait.
Cela n’a pas plu à l’évêque qui désirait une tenue plus décente.
Le lendemain était un dimanche. Le prêtre s’est préparé pour la Divine
Liturgie. L’évêque, qui célébrait aussi, y participerait au commencement du
haut de son trône et ensuite, il entrerait dans le sanctuaire - il trouverait
certainement, bien des fautes à ce prêtre-là rustaud !
De façon bien surprenante, quand le prêtre vieillard a dit : « béni soit le
règne… », il a été couvert d’une lumière céleste qui le réchauffait et le
faisait resplendir tout entier, sans le consumer, ce qui s’est prolongé
jusqu’aux paroles du prêtre « Par les prières… ».
Après avoir distribué l’antidoron aux fidèles du village, le prêtre est entré
dans le sanctuaire.
L’évêque s’est approché de lui, s’est agenouillé et lui a demandé pardon
de l’avoir critiqué par la pensée, tout en le priant de lui donner sa
bénédiction.
Ce prêtre simple a été déconcerté.
-- Comment est-il possible, dit-il, que le supérieur, soit béni par
l’inférieur ? Veuillez me bénir, Monseigneur!
-- Il m’est tout à fait impossible de bénir celui qui se trouve dans la divine
flamme incréée, quand il célèbre devant l’autel très saint !
« C’est le supérieur qui est béni par l’inférieur », a répondu l’évêque, et
le prêtre a demandé :
-- Y a-t-il donc, votre Éminence, un évêque ou un prêtre qui ne soit pas
plongé dans la lumière céleste en célébrant la Divine Liturgie ?
Voilà ce qui étonnait ce prêtre simple !
Que pouvait bien répondre l’évêque au prêtre qui prenait le surnaturel
pour la chose la plus naturelle du monde dans le culte divin ? C’est pour
cela qu’il a admiré la pureté, l’humilité et la sainteté de ce prêtre de
campagne qui lui ont été bien bénéfiques et l’ont fort instruit. 1
Après avoir prié pour la demeure de Dieu, c’est-à-dire la sainte maison,
pour notre Église et pour tous ceux qui y entrent avec foi et piété, on
demande maintenant, avec cette demande de la grande litanie de paix
1

Théodora Khambáki, supérieure, «Γεροντικὸν», p. 415.

95
« pour notre archevêque… », que Dieu envoie sa grâce aux célébrants des
saints mystères.
Dès que les prêtres ou le diacre prononcent le prénom de l’archevêque, le
chantre dit : « Que Dieu t’accorde la longévité » et l’évêque bénit les
fidèles. Il ne s’agit pas d’un compliment pour l’archevêque, on ne fait pas
de compliments pendant la Divine Liturgie. Cette mention du prénom de
l’évêque, de l’archevêque, du métropolite, du patriarche, de qui que ce soit
qui est commémoré, qu’il soit présent ou non pendant la célébration de la
Divine Liturgie, nous rappelle que nous sommes l’Église du Christ, son
corps mystique.
L’église c’est le prêtre, le peuple de Dieu et l’autel. Par conséquent quand
on dit : « Pour tout le clergé et tout le peuple » –devant l’autel – la réunion
de l’Église tout entière est empreinte par le Saint-Esprit. C’est une réunion,
un rassemblement ecclésiastique et liturgique.
Prêtons attention à saint Jean Chrysostome qui rapporte que le prêtre
diffère légèrement de l’évêque en ce qu’il remplit les mêmes devoirs que
l’évêque, qu’il célèbre tous les saints sarcrements mais pas l’ordination. Il
ne peut non plus procéder à la consécration d’une église ni sanctifier la
sainte huile.1
L’évêque, pour les pères de l’Église, est « à l’image du Christ et à Sa
place » !
L’ordination de tous les prêtres, de tous les membres du clergé des trois
rangs (évêque, prêtre, diacre) a lieu pendant la Divine Liturgie. Cela n’est
pas dû au hasard, c’est un événement de grande importance. Le sacerdoce et
la sainte eucharistie ne se séparent pas ! Le plus grand miracle des miracles,
celui du changement divin, ne peut pas se réaliser sans le sacerdoce. La
Divine Liturgie peut-elle avoir lieu sans le prêtre ? Non. C’est pour cela que
l’ordination s’accomplit toujours durant la Divine Liturgie.
Le soir du jeudi saint, première célébration de la Cène, Jésus-Christ Luimême a été le célébrant, Il a même donné un commandement : « Faites cela
en mémoire de moi ». 2 Après l’Ascension et la Pentecôte, les douze apôtres
ont pris sa place au rassemblement eucharistique. Ainsi, suivant notre foi
orthodoxe, le Dieu-homme Jésus-Christ, notre Seigneur, le Grand Prêtre
unique et éternel de l’Église, est la source du sacerdoce.
Le Grand Prêtre Jésus-Christ est le premier et le seul qui ait offert le
sacrifice unique et éternel sur la croix pour la rédemption de nos péchés.
Ensuite, les apôtres ont transmis le sacerdoce à leurs successeurs – évêques
et prêtres – par imposition des mains. Ensuite, les évêques on continué cela
1
2

Saint Jean Chrysostome, P.G. 62, 653.
Luc 22, 19.

96
par une nouvelle imposition des mains à d’autres évêques et prêtres et ainsi
de suite… (C’est la continuité apostolique.) Cependant, personne n’a sa
propre sacerdoce. Nous, tous les prêtres, n’avons que l’Une sacerdoce
Unique et Éternelle du Christ, dès notre ordination. On en est les porteurs
pendant toute notre vie et en sa vertu on célèbre les saints sacrements de
l’Église et l’on sert le peuple de Dieu, pas le nôtre ! Nous les prêtres donc,
on administre le sacerdoce et le sacerdoce suprême du Christ en sa vertu et
« en son nom », on sert l’Église. Par conséquent, le prêtre n’est pas
seulement le représentant du Christ sur la terre mais sa présence vive dans
son peuple !
Dans tout office ecclésiastique la présence de l’évêque est vraie, vive et
réelle. C’est pour cela qu’ on le commémore. Tout prêtre célèbre la Divine
Liturgie et les autres sacrements « au nom » de l’évêque, qui est de cette
façon présent à et à la conscience du peuple.
D’abord, l’Église c’est la sainte eucharistie, le culte divin, le
rassemblement eucharistique et après c’est l’ administration et l’ assistance
sociale. Elle est d’abord grâce et après loi.
En premier lieu, l’évêque et le prêtre sont des instructeurs, catéchistes du
peuple et célébrants des saints sacrements, et en second lieu ils sont
responsables de l’œuvre philanthropique de la paroisse ou du diocèse. Je le
répète : le prêtre est tout d’abord célébrant, un instrument divin et céleste
animé par lequel la grâce divine se transmet au peuple de Dieu, et puis tout
le reste ! Maintes fois on lui demande d’être autre chose qu’un prêtre mais
il ne l’est pas ! Il est surtout célébrant, il est un prêtre !
L’existence et l’unité de l’Église dépendent de l’évêque qui continue sans
interruption le sacerdoce du Christ. « Là où est l’évêque se trouve aussi
l’Église ». Sans le sacerdoce, il n’y a pas l’Église ni la Divine Liturgie ni la
sainte eucharistie.
Quand l’évêque s’habille de son pallium (omophórion), il dit : « Ayant
porté, Christ, sur tes épaules la nature humaine, tu l’as amenée au DieuPère, avec ton ascension », c’est-à-dire : tu as offert la nature humaine
sauvée et déifiée au Dieu-Père avec ton ascension, après l’avoir emportée
sur tes épaules, elle qui était perdue et pervertie.
Le pallium symbolise la brebis perdue qui est sauvée de la mort éternelle,
du diable et du péché. L’évêque la porte sur ses épaules et entre dans
« l’enclos » de l’Église, où se trouvent le trône de Dieu et le saint autel. On
voit cet acte, de façon symbolique, pendant la grande entrée d’une liturgie
célébrée par l’évêque, où un prêtre précède les têtes d’anges ailées en métal
et les porte-cierges, tenant le pallium sur les mains. Quand il arrive à la
solea il le met sur les épaules de l’évêque. Il s’agit de la brebis perdue qui

97
se dirige vers le trône de Dieu pour être sauvé et en faveur de laquelle
s’accomplit le sacrifice.
Un pareil symbolisme se réalise même quand le prêtre célèbre, lui seul.
Pendant la grande entrée, il met « l’aër », le troisième voile avec lequel on
couvre les saints dons, sur ses épaules et au moment où il réalise le chemin
horrible vers le Calvaire, en même temps, il amène aussi la brebis perdue
c’est-à-dire tout pécheur qui se repent et qui participe à la Divine Liturgie.
Il l’amène au très saint autel, au trône de la gloire du saint Dieu.
La crosse (bâton pastoral) de l’évêque est non seulement un signe de
pouvoir c’est-à-dire la “houlette” du pasteur spirituel avec laquelle il
conduit les agneaux spirituels des ouailles du Christ mais elle symbolise
aussi quelque chose d’autre : elle porte une croix au sommet, à droite et à
gauche de laquelle il y a deux serpents, les têtes tournées vers la croix, les
bouches ouvertes et leurs langues venimeuses mises dehors. Ces deux
serpents sont les ennemis de l’Église. Le premier serpent symbolise ses
ennemis intérieurs c’est-à-dire les hérésies, les égarements, les schismes.
L’autre serpent représente les ennemis extérieurs c’est-à-dire les
persécutions, les martyres, les emprisonnements des fidèles, la fermeture
des églises et leur transformation en musées ou en écuries, le rachat des
consciences et les prohibitions religieuses.
Le signe de bénédiction est un mouvement qui a son interprétation
spirituelle. Le prêtre sort du sanctuaire et bénit. Voyez-vous le geste de la
main ? Jésus-Christ dans l’icône de la coupole comme dans la plupart de
ses icônes fait ce mouvement de la bénédiction.
(La façon dont on se signe a aussi un sens spirituel : les trois doigts unis
de la main droite symbolisent la Sainte Trinité et les deux autres la nature
double du Christ.)
Un Turc appelé Ahmed, a remarqué cette bénédiction d’un prêtre dans
l’église et il a vu des pinceaux de lumière divine incréée émis par ses mains
aux cœurs des fidèles. Cela l’a tellement impressionné – avec bien d’autres
choses admirables et formidables qu’il a vues – qu’il a demandé ensuite,
d’être baptisé et même de subir le martyre !
* * *
On revient à la cinquième demande de la grande synaptie :
« Pour notre archevêque… »
Le diable fait la guerre avec fureur à chaque prêtre et s’il ne réussit pas de
le vaincre moralement, il ne cesse pas de le gêner jusqu’au dernier moment
de sa vie. Il essaiera de diminuer sa réputation avec toutes sortes de

98
médisances et de diffamations. L’histoire ecclésiastique témoigne que la
haine contre le clergé est parfois arrivée jusqu’au meurtre !
Dans le Livre des Anciens, on rapporte l’histoire suivante :
41. Une fois, un évêque a commis un grand péché. Le lendemain, c’était
un jour de fête. Il est allé à l’église qui fêtait et bien sûr la plupart de ses
ouailles se trouvait là.
Il est monté sur l’ambon, a ôté son pallium (« homophórion »), le symbole
épiscopal, l’a mis par terre et en face de tous, a avoué son péché et il a
conclu :
-- Je démissionne ! Je ne suis plus digne ! Je pars, je ne peux pas…
J’abandonne. Je ne suis plus capable de vous guider. Choisissez un nouvel
évêque qui vous célébrera, vous sermonnera, vous professera et vous
guidera.
À peine avait-il commencé de descendre et tout le monde a réagi ! Ils
l’ont empêché, tout en le réfrénant.
-- Arrête-toi, lui ont-ils dit, nous ne te laissons pas, tu restes à ton poste.
(Ils l’aimaient tellement.) Que ton péché retombe sur nous ! (Quelle parole
redoutable ! Quel amour !) Nous voulons que tu sois notre père, ont-ils crié
tous ensemble.
L’évêque, touché par leur amour, a dit :
-- Si vous voulez que je reste, bien que je sois indigne, vous ferez ce que je
vais vous dire.
-- On va faire tout ce que tu veux à condition que tu restes, se sont tous
accordés.
-- Je vais m’allonger devant la porte. Vous sortirez tous de l’église et en
sortant, vous mettrez vos pieds sur ma poitrine, vous cracherez sur moi et
vous direz : «Que Dieu lui pardonne !» Je ne reste que lorsque vous
passerez tous, jusqu’au dernier !
-- On le fera, lui ont-ils dit à contre cœur, parce que cela était horrible.
Les fidèles ont fait tout ce qu’il leur a demandé pour ne pas le perdre.
Lorsque le dernier fut passé, ils ont tous entendu une voix céleste :
-- Son péché a été pardonné grâce à son repentir et son humiliation !1
42. Quelque chose de semblable s’est passé avec le père spirituel (ancien)
d’une confrérie monastique au Mont Athos qui n’ayant fait aucune faute,
cependant, à cause de la désobéissance d’un de ses moines qui ne
demandait pas pardon, s’est allongé lui-même auprès de la porte de l’église
dès la fin de la Divine Liturgie et a demandé que tous les moines
l’enjambent, même l’insoumis. C’est ainsi que l’on gagne les âmes! 2
1
2

Théodora Khambáki, supérieure «Γεροντικὸν», p. 220.
notes personnelles de l’auteur

99
C’est pour cela que les fidèles orthodoxes qui luttent et qui prennent
exemple par le caractère et le renoncement du bon pasteur (évêque, prêtre,
père spirituel), l’aiment et le défendent à toute force. Cependant, quand il
critique et stigmatise le péché, la corruption des mœurs, l’altération de la
foi, l’hérésie, les égarements et la méchanceté dans la société, alors, il fait
sans doute des ennemis qui le calomnient et l’accusent. Le premier but donc
du diable c’est de souiller la réputation du bon pasteur avec des sousentendus de toute nature, des mensonges impudents etc.
Conséquemment, il est nécessaire de prier pour les prêtres, ce qui
s’accomplit dans toute liturgie, à tout sacrément, aux matines ou aux
vêpres… au moment où l’on dit : « Pour notre archevêque N, l’ordre
vénérable des pères, le diaconat en Christ, pour tout le clergé et tout le
peuple… » Nous aussi, à part, pendant nos prières nocturnes, on doit prier
pour notre célébrant, pour notre père spirituel, pour tous les prêtres.
« Pour notre archevêque N…, l’ordre vénérable des pères, celui des
diacres dans le Christ, pour tout le clergé et le peuple, prions le
Seigneur ».
La phrase : « pour tout le clergé et le peuple » déclare l’unité de l’Église
UNE qui est le peuple de Dieu à la réunion eucharistique, au culte divin,
avec les évêques, les prêtres et les diacres.
Et l’on répond tous ensemble : « Kyrié, éléison ».
Personne n’est seul pendant la liturgie ! Tout fidèle s’y trouve avec les
autres, tous ensemble ! Clergé et peuple de Dieu constituent l’Un Corps du
Christ ! C’est pour cela que l’on prie pour tous et tous prient pour l’un, pour
chacun séparément et pour l’ensemble des fidèles ! Tous pour tous ! Il n’y a
pas de place à l’individualisme et à l’égoïsme dans l’église, et surtout
pendant la Divine Liturgie. Il faut faire attention à cela parce que souvent
l’amour-propre nous incite à oublier notre prochain tout en plaçant nousmêmes, nos besoins et nos problèmes au centre de l’univers et même de la
Divine Liturgie en perdant bien sûr ainsi ses dons divins.
L’événement avec le prophète Jonas le confirme.1 Il a été désolé du
calebassier desséché (parce qu’il lui donnait de l’ombrage) et il n’a pas été
désolé de la disparition de la grande ville de Ninive que Dieu allait niveler
suivant sa parole. Malheureusement, c’est ainsi que nous réagissons, nous,
les gens. Jonas a été attristé du calebassier inanimé et non pas de la ville qui
serait détruite ! Puis, il s’est aussi attristé parce que Dieu a sauvé la ville !
Mais, si lui, a regretté du calebassier, Dieu ne s’affligerait pas de ses
créatures si elles se repentent ? Ne désespérons donc pas.
1

Jonas 4, 6 -11.

100
La demande suivante de la grande litanie de paix, dit :


 « POUR CETTE VILLE (ou ce saint monastère),
POUR TOUTE VILLE, TOUT MONASTЀRE ET
TOUTE CONTRÉE ET POUR LES FIDÈLES QUI
Y DEMEURENT, PRIONS LE SEIGNEUR ».
Ce qu’il faut souligner ici c’est le dépassement de l’individualisme et de
l’égoïsme. La sociabilité, la solidarité, l’entraide, sont vécues par les
membres du Christ dans l’Église dont la direction est d’ici, de la terre, vers
les cieux. Soutenir, puis « pencher » sur l’âme affligée et souffrante du
prochain avec compassion, amour, sincérité et compréhension c’est la
sanctification, qui certes est un don de l’Église de Dieu mais aussi notre
propre destination sur la terre.
Notre indifférence, notre froideur se voient très bien sur nos visages après
la Divine Liturgie et, en particulier, après la sainte communion ! On en voit
les « reflets ». Sur nos visages se voient la fatigue et la peine. De la même
façon se voit la douceur de l’âme qui s’exprime avec la solidarité prompte
envers le prochain, envers n’importe qui, justement après la Divine
Liturgie, dès que l’on a distribué le pain béni. « Un frère offensé est plus
inaccessible qu’une ville forte ». 1
Nos expériences pendant la liturgie sont transférées aux autres, même si
l’on veut les cacher. Elles réchauffent les âmes froides, pacifient les cœurs
agités, transmettent le parfum du respect, s’approchent des indécis,
soulagent les fatigués, consolent les endoloris. Ceux qui reçoivent des dons
bienfaisants pendant la Divine Liturgie, les transmettent, les transfèrent aux
autres. Si l’on n’est pas « vivant » pendant la Divine Liturgie, si l’on n’y
existe pas, si l’on est froid comme la glace, notre comportement en sera
conforme aussi. Juste avant la fin de la liturgie on est énervé et inquiet ?
Cela se voit au moment où l’on prend l’antidoron. On n’est pas prêt à
recevoir de tels dons !
Cependant, quand nous sommes « purifiés» de nos passions, bien
préparés à recevoir la sainte communion, notre participation à la liturgie
devient une mystagogie céleste et une sanctification en nous-mêmes. Cette
sanctification donne ses fruits à tout l’univers, tout le monde, tous les gens,
fidèles ou non.
Les saints, les justes, sauvent le monde avec leurs prières, tandis que les
impénitents, les indécents et les blasphémateurs le détruisent.
1

Prov. 18, 19.

101
43. Une fois, une petite fille âgée d’à peu près huit ans, s’est approchée
de moi et m’a dit d’un air impudent et effronté :
-- Mon père, je blasphème le nom de la Vierge ! …
Je suis resté brièvement sans voix et après, je l’ai demandée :
-- Pourquoi tu la blasphèmes, ma petite ?
-- Par habitude, a-t-elle répondu. Mon papa l’injurie souvent et ma
maman aussi parfois, quand je l’énerve…
Une petite fille qui blasphème la divinité ! Qu’en dites-vous ?
Ce n’est pas la faute de l’enfant. Ses parents sont responsables de sa faute.
Nous, en tant qu’adultes, nous ne donnons pas le bon exemple. Nous, avec
notre irrévérence, on détruit le monde. La plupart des fidèles de la Grèce
d’aujourd’hui ne vont pas à l’église. Ils ne se confessent pas. Ils ne
communient jamais ou ils ne communient qu’une ou deux fois par an
d’habitude. Ils ne sont pas continents. Ils sont indifférents.
La sanctification des âmes commence par l’église et par le culte divin et
est liée à la participation simultanée aux saints mystères, au repentir, à la
pratique de la prière et du jeûne double, à la patience, à la longanimité, à
l’amour, à l’indulgence, à la tolérance, au pardon et aux autres vertus
divines.
On doit tous avouer – prêtres et laïcs – avec de la peine et des larmes aux
yeux qu’à notre époque le péché a extrêmement augmenté puisqu’une
multitude de péchés d’aujourd’hui ne se passaient même pas à l’époque de
Sodome et Gomorrhe -- par exemple le satanisme. Même aux plus petits
villages, les gens font de terribles péchés. À part cela, ici, dans les grandes
villes, centres de perversité et de débauche, règnent le crime, les drogues,
l’anarchie, la sodomie, la magie, le satanisme et toutes sortes de
perversions. En plus, la télévision les projette comme un mode de vie.
On demande quelqu’un : « pourquoi tu fais cela ?»
-- Mais, c’est tout naturel, nous répond-il.
-- C’est un péché quand-même !
-- Je ne le savais pas ! Où est-il écrit que c’est un péché ?
Le mal s’est étendu à un niveau très grand et dangereux. Ici se vérifie la
parole de Dieu qui dit : « Car, le salaire du péché, c’est la mort ».1 Qui estce qui nous sauvent ? Seuls les saints qui prient incessamment, attirent la
miséricorde de Dieu.
On revient à la sixième demande de la grande litanie de paix :
- Pour cette ville, pour toute ville et toute contrée…
La litanie du prêtre à la grande synaptie « pour cette ville… » se réfère à
l’église, à toute église qui se trouve dans la ville, au village ou sur une île.
1

Rom. 6, 23.

102
C’est une oraison qui se fait non seulement pour les gens, mais encore pour
les choses. Tout homme habite à un certain lieu, ainsi l’Église a aussi son
propre lieu c’est-à-dire « toute ville et toute contrée ». Là où s’accomplit la
Divine Liturgie, se trouve l’Église.
L’amour de Dieu est catholique, œcuménique, universel. Il embrasse tous
les gens, tous les lieux, tous les temps et veut transfigurer le tout – vraiment
le tout ! L’oraison pour notre quartier, paroisse, village, île, ville, pays, est
le débordement de cet amour. On ne peut pas prier seulement pour luimême d’autant plus que les chrétiens sont l’âme de l’univers.
Les chrétiens prient pour tous et pour tout. Ils prient pour les ennemis et
les amis, connus ou inconnus, bons et méchants, pour ceux qui leur ont fait
du mal hier et continuent à leur en faire même aujourd’hui, parents, frères
et sœurs, enfants, beaux-parents, voisins, pour ceux qui souffrent sur le lit
de douleur. Ils prient pour ceux qui plongent dans les afflictions et les
tentations, pour ceux qui ont faim ou non, pour toute ville, pour tout village
et pour les nécessités de leur patrie. Ils prient pour ceux qui souffrent à
cause de la guerre où les gens sont assassinés. Ils prient pour les milliers
d’enfants qui meurent de faim tandis qu’eux, ils sont repus. Ils prient pour
l’inconséquence et la discorde des hommes politiques, puisque « la discorde
perfide » comme dit notre poète national, a provoqué tant d’horreurs. Ils
prient pour leurs enfants écervelés qui sont si facilement entraînés sur la
drogue, l’anarchisme, le satanisme et le gourou-ïsme. Ils prient pour
l’accord entre les époux, pour que les fondements de la famille ne soient
pas ébranlés et que les épaves dues aux divorces soient évitées. Ils se
réjouissent à la joie des autres. Ils compatissent à la douleur, à la tristesse, à
la mort, à la pauvreté, au regret, à l’accident. Ils pleurent avec et gémissent
sur les chutes du prochain. Pendant la Divine Liturgie, tout et tous, sont
pardonnés. C’est ainsi que l’on progresse avec l’Église, du chagrin à la joie
et de la dégradation à l’incorruptibilité.
L’Église prie pour tous, mais elle met l’accent surtout sur « les fidèles qui
y demeurent », c’est-à-dire les fidèles orthodoxes qui habitent à la ville où
se trouvent l’église, pour que Dieu les en garde :
 les nombreux avec les peu nombreux.
 les pécheurs avec les justes et grâce à eux.
 pour qu’Il illumine les impies comme les respectueux.
 pour qu’Il corrige les méchants comme les bons.
 pour qu’Il nous sauve tous, avec les saints, aussi bien que notre patrie.
« Pour cette ville… »
L’urbanisme a créé d’énormes et insurmontables problèmes pastoraux.
Dans les grandes villes de notre patrie où nous vivons, on ignore plusieurs

103
fois ce qui se passe dans l’appartement d’à côté, quel drame s’y joue ! Nous
avons tous subi la cimentation et nous sommes devenus identiques à notre
environnement : du béton armé ! Cependant, l’Église prie pour tous : on dit
« pour cette ville… » pendant la Divine Liturgie et les chrétiens restent
indifférents. Les églises sont vides aux villages, il en va de même pour les
villes. Si un seul chrétien de chaque famille assistait à la liturgie, alors
toutes les églises ne pourraient nous contenir ! Les grecs d’aujourd’hui sont
rassasiés de biens, de l’aisance, de la culture et du péché. L’abondance des
biens et l’aisance sont les plus grands ennemis du christianisme et du salut
des fidèles.
* * *
La demande suivante de la grande litanie de paix est :

« POUR LA CLÉMENCE DES SAISONS,
L’ABONDANCE DES FRUITS DE LA TERRE ET DES
TEMPS DE PAIX, PRIONS LE SEIGNEUR ».
-- « KYRIÉ ÉLÉISON ».
Avec cette demande on sollicite la bénédiction de l’amour divin du
Seigneur. Que cette bénédiction s’établisse en l’air, sur la terre et la mer,
sur tout l’univers. On demande que toute la création suive le chemin
désigné par le Créateur.
L’Église prie et s’intéresse aux besoins corporels de l’homme, à sa
subsistance et sa nutrition. Alors, pendant la Divine Liturgie, nous prions
Dieu de fournir à la terre tout ce qui est nécessaire pour sa fructification. Le
beau temps, l’air bienfaisant et doux, le soleil et la pluie, même la neige,
sont un don de Dieu pour « notre pain de ce jour » que l’on demande
comme chrétiens chaque jour à la prière dominicale, c’est-à-dire le « Notre
Père ».
Le problème du manque de pluie et les canicules continues, sont très
dangereux pour les gens, les animaux, les forêts. Nous voyons tous très
souvent leurs résultats ces dernières années.
(Il y a quelques prières spéciales contre le manque de pluie qu’on lit aux
processions qui se font à cause de la sécheresse.) La demande en question
ne se fait pas seulement pour les gens mais pour tout ce qui vit sur la terre.
« Pour la clémence des saisons…
et des temps de paix… »
« Les temps de paix » ne sont pas les circonstances et les situations de la
vie en paix, c’est-à-dire il ne s’agit pas d’une période de paix, d’après nos
dires « qu’on ait de la paix ». Non ! « Les temps de paix » signifie le temps

104
bienfaisant de l’atmosphère pour la fructification de la terre. Car, il ne suffit
pas de pleuvoir ; il est nécessaire de pleuvoir quand il faut et autant qu’il
faut pour que la pluie soit bienfaisante.
Les mauvais « temps » influencent défavorablement les fleuves, les lacs,
la mer qui, à leur tour, détruisent la fructification de la terre, les animaux et
les gens. Une collaboration excellente est donc nécessaire entre le soleil et
la terre où nous vivons, entre les éléments de l’atmosphère et toute notre
planète ; une collaboration qui assurerait les conditions de la vie naturelle.
L’Église appelle cette bonne collaboration « temps de paix».
La plupart d’entre nous, les hommes des villes, ne comprennent pas ce
que veut dire :
• « clémence des saisons
• abondance des fruits de la terre,
• et des temps de paix »,
parce que nous ne sommes pas en contact avec la nature, nous ne respirons
pas l’air pur des montagnes, nous ne buvons pas de l’eau fraîche par les
sources des rochers, nous ne nous promenons pas dans les forêts, nous ne
nous délectons pas des claires nuits étoilées, nous n’aspirons pas le parfum
des fleurs sauvages en plein champ. Nous ne voyons pas le soleil, nous ne
posons pas notre pied sur la terre et nous nous acharnons à trouver un petit
espace vert que l’on appelle « poumon vert ».
De jour en jour, nous nous inquiétons davantage à cause de la pollution de
l’environnement, à cause des bruits qui nous tapent sur les nerfs ; à cause
des catastrophes écologiques et à cause de nombreuses choses qui
augmentent l’anxiété, les maladies cardiaques, le cancer, l’hypertension…
L’Église prie pour tout cela, le prêtre aussi –même s’il est pécheur– « pour
la clémence des saisons… »
44. Au Pirée, il y a quelques années, un prêtre a été destitué ; comme il
était en même temps enseignant, il a continué désormais d’exercer son
métier. Certes, il a demandé un déplacement et il est allé vivre en province.
Une période de fête, il est venu au Pirée voir ses proches et il est passé
par son quartier.
Une dame l’a reconnu et a dit à une autre :
-- Tu sais ? Lui, on l’a destitué. Il était prêtre et « il a jeté l’habit aux
orties ».
L’autre dame, dès qu’elle a entendu cela, sans avoir une once de bon sens
et comme l’ex-prêtre passait par-là, a relevé les mains et lui a fait une geste
d’injure (elle lui a fait les cornes !).
C’était presque un an après que cette femme est morte et on l’a enterrée
au « cimetière de la Résurrection », du Pirée.

105
Trois ans après, son exhumation a eu lieu. Le corps s’était tout à fait
décomposé sauf ses deux mains qui restaient tout entières avec leur chair
comme si on les avait inhumées à ce moment-là. Elles étaient toutes noires,
comme si on les avait alors peintes ! Des grosses mains noires, d’un aspect
affreux avec de longs ongles !
On a donc appelé le prêtre responsable de la section correspondante du
cimetière, il a célébré la litie pour les défunts et a dit une prière de pardon,
une, deux, trois fois… Rien ne s’est passé.
On a averti alors le métropolite Chrysostome. Il est venu tout de suite, a
mis son étole et le pallium, il a lu une prière de pardon spéciale que seul
l’évêque peut lire…mais rien du tout ! On espérait que quelque chose
arriverait mais à rien !
Entre les parents et les connus qui assistaient à l’exhumation, se trouvait
la femme qui avait montré à la morte le prêtre destitué. Elles étaient
voisines et parentes lointaines. Elle pensait que la défunte devrait avoir fait
quelque chose de mauvais avec ses mains, pour qu’elles ne se décomposent
pas. Elle s’est souvenue de l’événement, a compris qu’il en était la cause et
elle a raconté ce qui s’était passé.
Le métropolite a dit de chercher immédiatement l’ex-prêtre. Comme
c’était une période de vacances, celui-ci se trouvait au Pirée.
L’après-midi du même jour, il est allé au cimetière avec le métropolite.
Le prêtre et les fossoyeurs étaient présents. Ils avaient gardé les autres
ossements tandis qu’ils avaient laissé de côté les mains.
Le métropolite a mis au courant l’ex-prêtre :
-- Tiens ! Mon enfant, écoute, la grâce du sacerdoce ne s’est pas enfuie
car elle fait partie intégrante de ton être, de ton âme ! Pardonne-lui, dis
« qu’elle soit pardonnée et déliée », touche ses mains avec les tiennes et le
miracle aura lieu. Dès que l’ex-prêtre a dit : « Qu’elle soit pardonnée et
déliée » et qu’il a failli toucher les mains, celles-ci ont été complètement
décomposées ! 1
Tout célébrant est comme un charbon. S’il est sanctifié, c’est un charbon
ardent qui va vous brûler. S’il ne l’est pas, qui que ce soit, c’est un charbon
(éteint) qui vous charbonnera à coup sûr. Qui a touché un charbon et n’a
pas été charbonné ? Qui a touché un charbon et ne s’est pas brûlé ?
Qu’on soit conscient dans la crainte et le tremblement que le prêtre
pendant la Divine Liturgie est « à l’image du Christ et à sa place ». Il se
trouve devant le Calvaire horrible et il célèbre, même de manière indigne, le
sacrifice non-sanglant. Et il prie comme on le voit à la demande suivante :
1

notes personnelles de l’auteur

106

« POUR LES NAVIGATEURS, LES VOYAGEURS, LES
MALADES, CEUX QUI SOUFFRENT, LES
PRISONNIERS ET POUR LEUR SALUT, PRIONS LE
SEIGNEUR».
L’intérêt de l’Église pour tous les fidèles est très tendre. Pendant chaque
Divine Liturgie, l’Église embrasse toutes les circonstances de la vie des
chrétiens. On doit prier pour tous les fidèles et en particulier pendant la
sainte eucharistie : pour ceux qui naviguent, qui voyagent, qui s’envolent,
pour les malades, les impotents et les fatigués même pour les captifs…
L’Église nous incite à cela et on y répond affirmativement :

« KYRIÉ ÉLÉISON ».
Cette demande est susceptible de deux interprétations.
 La première interprétation, considère que cette demande se réfère à la
protection du Dieu le Père – que l’on demande au moyen de nos
prières – à tous ceux qui sont loin de nous, soit qu’ils voyagent, soit
qu’ils se trouvent au lit de douleur à un hôpital, soit que leur faiblesse
les empêche, les captifs ou les disparus. Nous souhaitons que leurs
maux et leurs épreuves deviennent le chemin qui mène à Son royaume,
certes avec la protection du saint Dieu.
 La deuxième interprétation considère que la demande se réfère aux
chrétiens fidèles qui, contre leur gré, ne sont pas présents à la Divine
Liturgie. Ce sont « les voyageurs, les navigateurs, les malades, les
impotents, les handicapés, les captifs ». Il s’agit de ceux qui ne peuvent
pas et n’ont pas la joie d’assister avec nous à la liturgie. Ils le veulent
bien mais ils ne le peuvent pas. Ce sont ceux dont saint Basile le
Grand parle dans une prière de sa Divine Liturgie : « de ceux qui sont
absents pour de justes raisons ». Les « justes raisons » sont les
circonstances atténuantes de la vie de l’homme, que la demande
mentionne, c’est-à-dire la longue marche, la maladie, toute sorte de
souffrance.
Quand on célèbre une Divine Liturgie que quelques chrétiens nous l’ont
demandée pour une raison quelconque, par exemple pour la santé, pour la
guérison, pour le mariage, pour le repos…, cette Divine Liturgie spéciale
s’accomplit en même temps pour tous les chrétiens. Vivants et défunts se

107
réjouissent tous de son bénéfice insurpassable. C’est une charité universelle
sur la terre et un « profit » aussi pour tous les défunts en Christ.
La Divine Liturgie nous concerne tous. Elle constitue une affaire de
chacun séparément et en même temps une affaire qui concerne tout le
monde. Ainsi l’on prie pour tous, que Dieu les assiste, qu’Il les protège,
qu’Il les éclaire et les sauve.
« Quand on dit « et pour leur salut, prions le Seigneur », nous n’y
entendons pas seulement que, ceux qui voyagent par voie d’air, de mer ou
de terre, rentrent sains et saufs chez eux, ou que les malades et les
incapables guérissent et que les captifs soient libérés. Nous entendons en
même temps, « qu’ils soient tous sauvés, c’est-à-dire qu’ils aient ce que
nous avons quand nous participons à la Divine Liturgie où l’on reçoit la
sainte communion ! »1
Qu’est-ce qui se passe pourtant avec tous les autres chrétiens qui sont
absents sans raison du culte divin de la sainte Cène dominicale ? On y
entend tous ceux qui se croient de bons chrétiens mais qui ne vont à l’église
que deux ou trois fois par an. Ils y vont seulement quand on les invite à la
célébration d’un mariage, d’un baptême ou à des obits. On y entend tous
ceux qui le dimanche matin fréquentent les montagnes ou les plages sans
aller à l’église. Finalement, on entend ceux qui disent « je crois en Dieu et
j’aime tout le monde » et qui gardent leur foi seulement pour leur
enterrement.
Eux, ils ne sont pas « ceux qui sont absents pour de justes raisons ». Ils ne
le veulent pas et c’est pour cela qu’ils ne sont pas présents à la Divine
Liturgie du dimanche. Ils ne le veulent pas ! Ils ne veulent pas le remède de
la vie éternelle ! Ils ne veulent pas goûter l’immortalité. Ils ne veulent pas
« l’eau vive », cette eau très pure et céleste qui arrosera leurs cœurs et les
préservera vifs et droits pour qu’ils ne se fanent pas et qu’ils ne meurent pas
à cause du manque d’eau, c’est-à-dire la sécheresse spirituelle et l’aridité du
péché et de la méchanceté de ce monde !
La foi est vivante seulement dans l’Église et ses mystères. Seulement
dans la sainte Cène, car Dieu est présent dans le saint calice commun. Pour
que tout fidèle soit donc un vrai chrétien, il doit aller à l’église tous les
dimanches et les jours fériés (sauf « ceux qui sont absents pour de justes
raisons ».)
* * *
L’histoire suivante ne va pas de pair avec la partie de la Divine Liturgie
qu’on analyse ici. On l’a pourtant choisie parce qu’elle est vivante et vraie.
1

Saint Évêché de Sérvia et de Kozáni « Λόγοι οἰκοδομῆς… », p. 77.

108
Les vécus liturgiques et les expériences similaires de la vie de quelques
prêtres suscitent l’intérêt des lecteurs qui en tirent un grand bénéfice.
45. Un prêtre célébrant qui était marié et qui desservait un bourg de
Chalcidique, m’a raconté l’événement suivant qui lui est arrivé pendant la
grande entrée, les saints dons aux mains, en présence de bien des chrétiens
qui y assistaient.
C’était samedi, à la vigile de Noël. Comme il s’est arrêté devant les
saintes portes et était prêt à dire « dans les siècles des siècles » et puis se
retourner pour entrer dans le sanctuaire sans commémorer, il a vu, tout
surpris, une dizaine de chrétiens, hommes et femmes, courir vite devant lui,
se jeter à ses pieds et farfouiller sa tunique qui touchait le sol.
Il n’a pas parlé, il est entré dans le sanctuaire et il a continué la Divine
Liturgie. Après le « par les prières » et pendant qu’il donnait l’antidoron, il
leur a demandé des explications.
Ils lui ont répondu qu’ils ont couru vite vers lui, car ils croyaient que de
petits charbons ardents étaient tombés sur le tapis des saintes portes, par
l’encensoir que le sacristain tenait, et qu’ils le brûlaient et fumaient… Ils
ont alors voulu les éteindre.
-- Avez-vous vu quelque chose, leur a demandé le prêtre.
-- Non, on n’a rien vu, sauf la fumée. Qu’est-ce-que c’était donc ?
Le prêtre n’a pas répondu. Pourtant, lui-même aussi, en se dirigeant vers
les saintes portes, il disait « de nous tous que le Seigneur notre Dieu se
souvienne dans son royaume… ». Au moment où il récitait « maintenant et
toujours… », il s’est tourné et il a vu des nuages denses de fumée blanche
qui montaient vers le haut d’en dessous des saintes portes.
Les chrétiens ont vu les mêmes nuages et ont pensé que le tapis se brûlait.
Les fumées blanches sortaient d’en dessous des saintes portes. Qu’est-ce
que ces fumées blanches étaient ? 1
* * *
46. Un autre célébrant fut témoin d’un pareil événement au Mont Athos.
Il a vu des fumées blanches sortir d’en dessous des saintes portes – une fois
de plus pendant la grande entrée – se répandre dans toute l’église et la
remplir d’un étrange parfum indicible. Elles ressemblaient à un lumineux
brouillard bleu-blanc qui s’est étendu dans toute l’église. Il l’a faite
embaumer. Tous ont ressenti le parfum. Ils ont tous aspiré et goûté, ce
«brouillard». D’une certaine façon, ils l’ont mis en eux…et certes, petit à
petit, il se dissipa. 2
Nous venons à la demande suivante :
1
2

notes personnelles de l’auteur
notes personnelles de l’auteur

109


 « POUR QUE NOUS SOYONS DÉLIVRÉS DE
TOUTE TRIBULATION, COLЀRE, PÉRIL ET
NÉCESSITÉ PRIONS LE SEIGNEUR ».
Dans l’Église, il y en a bien sûr des personnes distinctes et non pas des
individus isolés. « Aucun de nous ne vit pour lui-même »1 écrit l’apôtre
Paul, ce qui signifie que personne ne vit isolé et pour lui-même. Pendant la
Divine Liturgie, nous ne sommes pas des numéros impersonnels. La
communion est personnelle et toujours en Jésus-Christ.
Cette « communion » active est vécue par chacun de nous, séparément,
d’une façon particulière et personnelle. Moi, toi, lui, chacun s’intéresse à sa
guise. Pourtant, l’intérêt, la bonté, la compréhension, comme fruits de la
sainte communion se transfèrent au prochain pendant la Divine Liturgie et
sitôt après.
Je souhaite, en tant que pasteur et père spirituel qu’on ait tous, la
sensation et l’expérience vécue de l’UNE famille en Christ, c’est-à-dire
qu’on vive
 l’Église comme mère,
 le prêtre célébrant comme père
 et tous les fidèles qui assistent à la liturgie comme enfants.
Voilà l’image d’une sainte unité trinitaire. L’image de la Sainte Trinité où
il existe une communion d’amour entre les Trois Personnes. Pendant la
Divine Liturgie, nous sommes tous avec le Christ, les membres d’un seul
corps et non pas des étrangers.
Où que se fasse la Divine Liturgie, il y a les prêtres et les laïcs avec les
flammes de la Divinité qui dissipent et suppriment toute affliction de notre
vie.
« Pour que nous soyons délivrés… »
Les dernières paroles de notre Christ à ses disciples, après la sainte Cène
du jeudi saint, étaient : « En ce monde vous êtes dans la détresse mais
prenez courage, j’ai vaincu le monde ».2 « Plongez-vous dans l’affliction ?
Dans le monde vous aurez des chagrins, mais soyez courageux. Pourquoi ?
Parce que moi, j’ai triomphé du monde ! » L’affliction, la douleur, le
danger et la nécessité sont associés à la vie de l’homme dans le monde. Ils
existent dans la vie, on les vit et on les voit. Pourtant, le Christ a dit qu’Il a
vaincu non seulement les afflictions et les persécutions de la vie, mais aussi
1
2

Rom. 14,7.
Jean 16, 33.

110
le monde. Les dangers, les afflictions, les ennuis et les tristesses de la vie
restent. Quand on dit « de (toute) nécessité, on y entend les soucis de la vie
et les embarras…et, en général, toute difficulté amère. C’est la tentation,
avec laquelle, nous luttons sans cesse. Tentation ! La tentation du mal, du
monde, du diable, de soi-même.
Pendant toute sa vie, le chrétien fidèle, lutte contre la tentation, comme
luttait Jacob pendant toute la nuit contre l’ange. Contre l’ange de Dieu.
Τout le mérite des fidèles et des vrais enfants du Dieu Trinitaire se trouve
en cette lutte, de façon qu’on s’améliore et qu’on obtienne « le prix attaché
à l’appel d’en haut »1 sur lequel Paul l’apôtre met l’accent.
Nous devons rajouter à l’affliction, au danger et à la nécessité, la juste
« colère » de Dieu.
« Pour que nous soyons délivrés de toute tribulation, colère… »
Ce qui ressemble comme un juste châtiment à nos yeux, est en réalité une
divine thérapie, une divine consolation. C’est le remède salutaire. Les
afflictions, les tentations, les dangers et la « colère » de Dieu sont les
remèdes qui nous guérissent de la maladie du péché et qui nous donnent de
nouveau la santé d’une vie vertueuse. Ce sont les moyens pédagogiques de
l’amour divin. Pourtant, chaque fois que nous sommes éprouvés, nous
recevons la force proportionnelle, pour pouvoir endurer les épreuves.
La tentation qui charge les chrétiens fidèles est de deux genres : selon
saint Maxime le Confesseur, l’un engendre le plaisir, et l’autre fait venir la
souffrance. (« La tentation est double : plaisir et douleur ») La première
dépend de la volonté de l’homme et engendre les passions et les
méchancetés. La deuxième est involontaire, c’est pourquoi elle libère et
purifie.2
Toute forte tentation, toute épreuve et affliction dures, sont un point
décisif à la vie des fidèles chrétiens ; c’est pourquoi, il est nécessaire
d’avoir une foi vivante et une confiance totale en Dieu très saint, pour
pouvoir endurer aux tentations cruelles de la vie. L’exemple le plus vif,
dans les saintes écritures, est celui d’Abraham. Son endurance, disent les
Pères, a dépassé celle de tous les saints martyrs. C’est épouvantable !
Abraham a écouté une voix céleste : « Prends ton fils unique et bien aimé et
va le sacrifier sur la montagne ! » Vous rendez-vous compte de Sara ? Elle
enfanta Isaac quand elle avait quatre-vingts ans, elle a reçu la prophétie de
Dieu que sa descendance multipliera comme les étoiles du ciel, et
maintenant Dieu dit à Abraham :

1
2

Philippiens 3, 14.
Saint Maxime le Confesseur, P.G. 90, 593 A.

111
-- « Prends-le, je veux que tu le sacrifies sur le Mont-Morille » ! Abraham
donc prend son fils unique et bien-aimé, lui met du bois sur le dos –
symbole de la Croix – et ils montent sur la montagne pour le sacrifier,
obéissant à la voix de Dieu. Cette action dépasse toute limite de logique !
Son endurance donc, produit de sa foi inébranlable envers Dieu, a dépassé
la patience même du juste Job.
Tous les saints ont été éprouvés dans la forge des afflictions. Il faut alors
que nous soyons, nous aussi, les chrétiens insipides d’aujourd’hui,
éprouvés. IL LE FAUT ! On a vraiment la grosse tête ! On blasphème, on est
désordonné, infidèle, indécis, pécheur, méchant sans limites !
L’affliction, le danger et la nécessité sont donc une tentation et une épreuve
pour tout fidèle. L’événement suivant, dans la vie de saint Nicolas Planás,
confirme cette vérité :
47. Un matin, pendant qu’il célébrait les matines à l’église, il s’attendait
à ce que les femmes qui savaient qu’il célébrait la liturgie tous les jours, lui
apporteraient une prosphore. Pourtant, les matines avançaient et le pain
n’arrivait pas.
Comment interrompre la célébration quotidienne de la Divine Liturgie
qu’il faisait pendant tant d’années ? Comment ne pas célébrer la liturgie ?
Cela lui était impensable et il s’était empli de tristesse. Il a commencé à
pleurer comme un petit enfant. Il ne pouvait pas célébrer la liturgie et il en
souffrait ! Il souffrait !
Peu après, il est sorti du sanctuaire, tenant une tout petite prosphore sur
laquelle il n’y avait que « l’empreinte » mais, qui était suffisante pour
célébrer la Divine Liturgie.
-- Voyez, a-t-il dit, ce que le bon Dieu m’a envoyé sur l’autel : une
prosphore fraîche et odorante ! Nous allons donc continuer, même
aujourd’hui, la Divine Liturgie…
Ensuite, le changement divin des saints dons a eu lieu… et la Divine
Liturgie a fini avec bien de larmes et beaucoup de componction. Qui sait
quelle sorte de liturgie et de communion ont eu lieu ce matin-là ! 1
Cependant, tout fidèle chrétien, qui est un vrai et obéissant enfant de
Dieu, ne tente jamais lui-même et ainsi il ne s’attire pas la colère divine. La
colère de Dieu vient donc « sur les rebelles »,2 c’est-à-dire à ceux qui
d’eux-mêmes provoquent les tentations avec le dérèglement de leur vie.
Pour que chacune de nos œuvres soit marquée par la patience aux
afflictions, elle doit être marquée par la Divine Liturgie. La charité, la
patience, la continence, la foi, la garde des sens, la tempérance aux paroles,
1
2

Marthe moniale, «Ὁ ἅγιος παπα-Νικόλας Πλανᾶς», p. 43.
Ephés. 5, 6 et Col. 3, 6.

112
la purification à l’aide du repentir, la pureté, l’amour, l’honnêteté, la
candeur, la paix, l’humilité, la douceur, la longanimité, la sérénité, en
général, toutes les vertus, comme fruit de l’Esprit Saint, se pratiquent
pendant la Divine Liturgie et en particulier avec la réception de la sainte
communion.
48. Avant Noël de 1992 une dame m’a remis une copie du testament de sa
mère, mal écrit et mal orthographié mais avec un contenu spirituel riche.
Ladite mère avait quatre filles et un fils. Tous ses enfants étaient mariés et
elle avait quinze petits-enfants. Je vais vous rapporter quelques extraits de
ce testament :
« Mes chers enfants (elle les cite tous, un par un, ses enfants, tant les
filles que les fils, les gendres, la belle-fille et tous les petits-enfants, vingtcinq prénoms).
Je vous embrasse et je vous dis adieu. Vous ouvrirez et vous lirez cette
lettre après ma mort…
La première chose à faire, dès votre réveil de très bonne heure, c’est de
vous laver, d’allumer votre petite lampe à huile et d’encenser toute la
maison. Ensuite, vous ferez votre prière comme je vous l’ai apprise par le
livre d’Heures. Vos maris et ma belle-fille ainsi que tous les petits-enfants,
peuvent faire, s’ils le veulent, la même chose. Après, allez tous travailler.
C’est ainsi que Dieu vous protégera et bénira votre travail et votre famille.
Veuillez aller à l’église tous les dimanches aussi bien que les grandes
fêtes.
Tous les soirs, adultes et enfants, avant de vous coucher, faites l’office
des Complies, les « réjouis-toi », lisez le Nouveau Testament, le psautier et
le livre « Le salut des pécheurs ».
N’oubliez pas les jeûnes. Faites-les toutes comme moi qui jeûnais à partir
de six ans.
Si vous êtes fidèles à tout cela mes chers enfants et petits-enfants, il sera
comme si vous m’allumiez une bougie par jour. Ce sera pour moi la
meilleure commémoraison quotidienne. Ainsi vous vous souviendrez de moi
dans vos prières… »
« …Observez les coutumes religieuses de notre patrie et n’aimez pas les
choses de ce monde mais laissez-les de côté et suivez la béatitude céleste,
parce que toutes les choses mondaines sont passagères et vaines.
Seules les bonnes œuvres et les œuvres de bienfaisance secrètes vous
accompagneront dans la vie éternelle. Tout le reste s’éteindra comme un
rêve. On ne prendra rien avec soi, ni la richesse, ni les splendeurs, ni la
gloire, ni les maisons. Seulement les bonnes œuvres et la patience.

113
Je vous bénis et vivez en paix entre vous d’abord, comme frères et sœurs,
puis avec vos familles mais aussi avec vos parents, les voisins et tout le
monde. Faites de bonnes œuvres autant que vous pouvez et ne soyez jamais
absent de l’église. Pardonnez ceux qui veulent votre malheur.
Tout cela restera ici-bas sur la terre mais aussi dans l’éternité. Quelques
années qu’on vive, ce sera comme si on n’était né que d’hier. Voilà
pourquoi il faut que vous pratiquiez les bonnes œuvres en secret.
Ne faites pas des injustices et ne mentez à personne ni à votre ennemi. Ne
quittez pas l’Église et le père spirituel prudent. Vous lirez ce testament tout
entier devant vos enfants à chaque anniversaire de ma mort et après la litie
pour les défunts que vous ferez à ma mémoire.
Je vous bénis, je vous embrasse, je vous dis adieu et au revoir dans le
paradis. Votre mère et grand-mère ». 1
Ce sont les conseils qu’une grand-mère de 90 ans a donnés à ses enfants,
à ses gendres, à sa brune et à ses petits-enfants. On voit comme elle a voulu
préserver l’unité de la foi Orthodoxe par son testament et en particulier par
le canal du culte divin. Tous ses conseils aspirent au salut de l’âme et à
l’observance des commandements évangéliques. La tradition, l’assistance à
la liturgie, le père spirituel, le jeûne, la famille, la foi, les bonnes mœurs et
les bonnes coutumes, tous ensemble, aspirent à l’unité de la foi et de la
famille avec l’église.
Après ce testament édifiant et touchant, on continue l’analyse de la
Divine Liturgie avec la dernière demande de la grande litanie de paix
(« grande synaptie»).

« SECOURS-NOUS, SAUVE-NOUS, AIE PITIÉ DE
NOUS ET GARDE-NOUS, Ô DIEU PAR TA GRÂCE ».
Cette demande se dit très souvent avec la suivante : « faisant mémoire de
notre toute sainte, immaculée…», à chaque petite ou grande synaptie et à
peu près dans tous les sacrements.
La grâce divine est la nouvelle que le Christ a importée au monde. Le
règne de la grâce, c’est le royaume des cieux. La vérité de l’Évangile c’est
la grâce du salut et la grâce du salut, c’est la vérité de l’Évangile.
« Grâce » c’est l’amour de Dieu. Tandis que l’homme est coupable,
pécheur, indigne de l’amour et des bonnes grâces de Dieu, pourtant Lui,

1

notes personnelles de l’auteur

114
tout-miséricordieux et tout-bon, Il en fait cadeau, Il l’accorde quoique
l’homme ne l’ait pas demandée ! Lui, Il la donne ! Donc, la grâce divine :
 n’est pas un salaire pour une œuvre qu’on fait,
 ce n’est ni une récompense pour quelques bonnes actions qu’on a
faites,
 ni un prix pour les maux et les sacrifices de l’homme dans sa lutte pour
la vie.
 Beaucoup plus ce n’est pas une suroffre aux sacrifices humains.
La Grâce, c’est un don gratis!
Le salut ne résulte donc pas de quelques bonnes œuvres ou de la pratique
des vertus, mais c’est le résultat du sacrifice sur la croix et de la
résurrection de Jésus-Christ. « L’homme n’est pas justifié par les œuvres de
la loi »1 mais « c’est par la grâce, en effet, que vous êtes sauvés ». 2 Certes,
cela ne signifie pas que nous ne devons pas respecter les commandements.
Nous sommes fidèles aux commandements non seulement pour qu’elles
nous sauvent, mais aussi par amour ! Seulement par amour, comme le
meilleur enfant obéissant, qui aime et écoute son père et sa mère.
Le salut de l’homme constitue à redevenir enfant de Dieu, à retrouver sa
place dans le paradis, celle qu’il a perdue à cause de la chute d’Adam et
d’Ève, à se libérer du fardeau de la culpabilité et du péché qui oppresse son
âme, à vivre la joie de se délivrer de la mort éternelle. Le salut, en deux
mots, c’est : « rémission des péchés et vie éternelle ». C’est ainsi que
l’homme peut redevenir Dieu par grâce. Mais pas lui-même. Il ne doit pas
écarter Dieu pour le remplacer, se déifiant lui-même ! C’est ce qu’on fait de
nos jours. On se déifie lui-même à cause de l’égoïsme, de la fierté, de la
vanité et de l’arbitraire.
Soit vous vivons cette vérité de la Grâce et du salut, soit nous ne la
vivons pas. Si nous la vivons, nous en comprenons long et nous nous
sentons des changements spirituels singuliers, qui raffermissent en nous la
certitude de la foi. Sinon, nous sommes esclaves de nos passions.
* * *
Nous continuons avec la prochaine demande :

 « FAISANT MÉMOIRE DE NOTRE TOUTE-SAINTE,
IMMACULÉE, BÉNIE PAR-DESSUS TOUT,
GLORIEUSE SOUVERAINE, LA MÈRE DE DIEU
ET TOUJOURS VIERGE MARIE ET DE TOUS LES
1
2

Gal. 2, 16.
Ephés. 2, 8.

115

SAINTS, CONFIONS-NOUS NOUS-MÊMES,
CONFIONS-NOUS LES UNS LES AUTRES,
CONFIONS TOUTE NOTRE VIE AU CHRIST
NOTRE DIEU ».
Cette mention de la vierge que fait le prêtre, « faisant mémoire de notre
toute-sainte, immaculée… » (pendant laquelle on se signe tous), ouvre
devant nous, le monde merveilleux et lumineux du culte orthodoxe, dont le
signe particulier, est l’honneur aux saints de Dieu et d’abord à la très-sainte
Mère de Dieu qui est « plus sainte que tous les saints ».
La place de la Vierge Marie, de la Toute Sainte, dans la foi, et le nom
« Mère de Dieu (Théotócos) » est le fondement de l’Orthodoxie parce que
tous les dogmes se résument d’une certaine façon à ce mot.
Le mot « Mère de Dieu » révèle deux choses : d’abord ce que c’est la
toute-sainte et ensuite, ce que c’est le Christ.
Le Christ est Dieu et homme aussi, Dieu parfait et homme parfait, JésusChrist le Dieu-homme le Théanthrope. La Vierge Marie l’a enfanté, non
seulement comme un homme, mais aussi comme Dieu, c’est-à-dire avec sa
nature double, c’est pourquoi, elle est devenue Mère de Dieu, ce que le
IIIème Concile Œcuménique a dogmatisé : « On proclame donc, que la
sainte Vierge est vraiment Mère de Dieu, parce que Dieu a été engendré par
elle ». 1
La « Mère de Dieu » nous introduit au Mystère de l’Incarnation. Elle
nous montre comment Jésus-Christ est devenu homme pour notre salut !
Nous les orthodoxes, nous acceptons et nous confessons le terme « Mère de
Dieu », mais sans diviniser la toute-sainte. Nous la vénérons plus que tous
les saints et tous les anges. Pourtant, bien que notre Église avec son
hymnologie chante et lui dise qu’ « on lui rend la seconde gloire après celle
qu’on rend à la Sainte Trinité » nous ne l’adorons pas comme Dieu
Trinitaire ou comme le Verbe incarné, Jésus-Christ qu’elle a engendré et
qui est notre Dieu. Nous la vénérons avec dévotion et pieusement. Nous ne
l’adorons pas. Nous ne sommes pas mariolâtres, comme les catholiques
romains. La toute-sainte est la mère du Seigneur, la Mère de Dieu qui a le
lien naturel d’une mère. Nous lui accordons ce lien naturel ainsi que le lien
spirituel. Nous lui rendons le plus grand hommage, la plus grande gloire
qu’on puisse rendre à une existence quelconque sur la terre ou dans les
cieux. Elle est « plus vénérable que les chérubins et bien plus glorieuse que
les séraphins. Nous recourons à elle, comme à une mère ou à une
1

Saint Jean Damascène, « Ἔκδοσις ἀκριβής… », p. 252.

116
médiatrice, à une guide ou à une Vierge qui exauce vite nos prières, à elle
qui intercède auprès de son Fils, notre sauveur, pour tous et pour tout.
L’histoire suivante confirme cette force de l’intercession de notre Toute
Sainte, chaque fois que nous recourons à elle avec ferveur et foi vivante :
49. Il y avait jadis, aux environs de 1900, au Mont Athos, un père
spirituel fameux, appelé père Jean. Il était le père spirituel de la cellule
appellé « Áxion estín » ( : il est vraiment digne) où, selon la tradition,
l’archange Gabriel, sous forme de moine, a chanté l’hymne de la Vierge
« Áxion estín.
Père Jean a raconté, qu’une fois, un jeune homme qui travaillait à la
skite de Saint André, qu’on appelle « Séraï », est allé se confesser à lui et
lui a dit entre autres, que quand il était encore tout petit, il était mort ! Sa
mère a immédiatement couru à l’église pour prier. Cela s’est passé aux
alentours de Serrès.
Les voisines ont accouru tout de suite et l’ont pris soin de l’enfant. Elles
ont changé ses vêtements et l’ont préparé pour l’inhumation.
La mère, pendant cet espace de deux, trois ou cinq heures, se trouvait
dans l’église du village et priait avec ferveur à la Toute Sainte Mère de
Dieu. Puis, elle est rentrée chez elle et elle a mis tous à la porte.
Ils ont été étonnés… elle était veuve, elle n’avait que son fils unique et ils
ont pensé que quelque chose de grave lui était peut-être arrivé.
Quand ils sont tous sortis, elle s’est changée les vêtements et toute prête
elle s’est allongée à côté de son enfant mort en lui disant :
-- Lève-toi mon enfant, tu es jeune. C’est moi qui vais te remplacer. C’est
une consigne de la Toute Sainte. Quand tu auras grandi, tu iras la servir à
son jardin, à la Sainte Montagne.
L’enfant est ressuscité et la mère est morte. Quand il avait presque vingt
ans, il est allé à la Sainte Montagne où il a été travailleur. Cependant,
quand il s’est confessé au père Jean et lui a dit ce qui s’est passé à sa vie,
ce que son âme a vu et a écouté pendant que son corps restait mort et que
les femmes du village se souciaient de lui, L’ancien lui a recommandé une
confrérie lointaine, à Catounákia, où il est devenu moine et il est mort
quelques années plus tard.
Après sa dormition, père Jean racontait cet événement de la résurrection
de l’enfant mais pas ce qu’il avait vu. 1
Si la prière de cette mère fidèle et endolorie à la Toute Sainte a apporté
un tel fruit riche et un tel résultat paradoxal, d’autant plus n’en
apporteraient pas nos demandes et nos supplications pendant la Liturgie, si
elles se faisaient « de toute notre âme et de tout notre cœur » ! Ces propos
1

Archim. Joannice, « Ἀθωνικὸν Γεροντικὸν », p. 221.

117
de saint Grégoire Palamas vers notre Toute sainte sont vraiment
admirables :
« Nul ne peut s’approcher de Dieu que par les prières de la toute sainte
Mère de Dieu au Sauveur notre Seigneur Jésus-Christ, qu’elle a enfanté.
Aucun don, non plus, ne peut s’offrir ni aux anges ni aux chrétiens fidèles
que par la médiation de la Mère de Dieu.
La Vierge Marie et Mère de Dieu est la trésorière et le chef des richesses
et des dons trinitaires de la Divinité. Toutes les puissances célestes des
chérubins et des séraphins, des anges et des archanges, comptent sur Elle et
espèrent en Elle. De plus, à mesure qu’ils aiment et désirent les dons et les
grâces incompréhensibles du Dieu Trinitaire, qui s’offrent par la médiation
de la Mère de Dieu, ils s’enflamment davantage d’un amour divin pour elle.
De même tous les chrétiens pieux et orthodoxes, hommes et femmes,
jeunes et plus âgés, mariés et célibataires, nous recevons toute illumination
et force par Dieu, par la médiation de la Mère de Dieu, conformément à la
mesure de l’amour et de la piété que nous avons envers elle. La Mère de
Dieu fut :
le sujet des prophéties,
l’origine des apôtres,
l’affermissement des martyrs,
le fondement des maîtres de l’Eglise,
la gloire des fidèles partout sur la terre,
la suavité des anges aux cieux,
le phénix de tout l’univers.
Elle constitue le commencement et la racine des biens secrets,
le sommet et la perfection de tous les saints.
Rien que de se souvenir de la toute sainte Mère de Dieu, sanctifie tout
chrétien fidèle »,1 dit le saint.
C’est pour cela que nous tous, ses enfants, à chaque Liturgie
 la glorifions,
 la bénissons
 et la supplions de nous protéger avec ferveur et d’intercéder.
50. Il y a bien des années, un saint ministre du Très-haut, peu avant sa
dormition, a été demandé par un prêtre confrère :
-- Mon père, pourquoi tu tardais tant à la prière de préparation (Kairós)2
devant les portes saintes et surtout devant l’icône de la Toute Sainte ?Le
célébrant saint a fait l’aveu suivant :
1

Saint Grégoire Palamas, homélie 37, P.G 151, 461 A.
« Kairós » signifie la préparation liturgique spéciale des prêtres qui s’accomplit devant
l’iconostase. On récite le « Notre-père », ensuite quelques prières, on ouvre les saintes
2

118
-- Quand je suis ordonné prêtre, c’était la Toute Sainte Mère de Dieu qui
m’a fait s’agenouiller devant le saint Autel pour ainsi accepter la grâce du
sacerdoce à travers les mains de l’évêque.
Il a commencé à pleurer et peu après, la face de ce prêtre qui était au
bord de la tombe, a pétillé ; il a donc continué :
-- Dès lors, si la Vierge ne venait pas d’abord me bénir, je ne commençais
pas les prières à dire devant l’iconostase. Je n’ai jamais célébré sans
qu’elle soit présente. Même à ce moment-ci, c’est Elle que j’attends venir
me rappeler. Elle me l’a promis.
À un certain moment, pendant qu’il prononçait son nom et qu’il se
signait, tout l’endroit, aussi bien que sa figure, ont resplendi et puis il
baissa la tête et rendit l’esprit. La très sainte Mère de Dieu l’emmena aux
cieux. 1
Ce n’est pas un événement étrange ou unique. L’ancien Joseph
l’Hésychaste (le « cavernicole »), quarante jours avant sa mort, avait reçu
la même prophétie par la Toute sainte : le jour même de sa Dormition, elle
l’emmènerait aux cieux ! Chose qui s’est réalisée.
Après tout ce qu’on a dit de bouleversant au sujet de ce saint prêtre, j’ose
dire : malheur à nous, les prêtres d’aujourd’hui, évêques, prêtres ou diacres.
Trois fois hélas et gare à moi, pécheur et indigne, après ce qu’on entend
raconter des ministres du très-Haut d’un tel mérite. C’est pourquoi je vous
supplie de prier la très sainte Mère de Dieu pour moi…
« Faisant mémoire de notre toute-sainte, immaculée… et de tous les
saints… »
Nous aimons et nous vénérons les martyrs de la foi, les justes et tous les
saints, en général, avec des fêtes, comme ils le méritent, à cause de leur
amour insurmontable pour Christ le sauveur. Si nous étions « imitateurs du
Christ » ! C’est seulement ainsi, qu’on peut devenir leurs condisciples et
certainement les « cohéritiers » du Christ. La consolation la plus douce que
l’Église nous offre, c’est qu’elle nous tient unis avec les frères dans
la foi, avec tous les saints, dès le début, jusque maintenant, et pour toujours,
par l’Amour crucifié.
Les saints sont les « icônes animées » de la vertu et de la sainteté.
Vénérer les saints ne veut pas dire qu’on les met à la place du Christ, mais à
celle des ambassadeurs et des anciens de la Révélation qui se prosternaient
devant l’agneau égorgé et qui priaient tout en offrant de l’encens en notre
portes, on embrasse les quatre icônes de l’iconostase et après on prie Dieu de nous couvrir
avec Sa grâce pour qu’on soit capable d’accomplir l’œuvre sublime de la Divine Liturgie.
Par la suite on lit le congé.
1
notes personnelles de l’auteur

119
faveur, qui luttons dans ce monde. Celui qui sauve c’est seulement Christ le
Sauveur, tandis que les saints, implorent avec leurs prières notre salut qu’ils
ne peuvent pas nous offrir par eux-mêmes. Ils nous aident, ils nous
renforcent, ils se soucient de notre illumination mais ils ne sauvent pas.
C’est le Seigneur qui sauve ; c’est pourquoi, nous n’adorons pas les saints
et les anges, Notre-Dame non plus. Quand nous nous signons et nous nous
prosternons devant leurs icônes, nous parlons d’une «vénération
honorifique». Cependant, la vénération au Christ incarné, au Dieu
Trinitaire, c’est la vénération parfaite qu’on appelle «vénération
adoratrice». C’est une chose « honorer » et autre chose « adorer ».
Nous vénérons les saints comme amis et intimes de Dieu. Rendre gloire
aux saints et leur demander de nous aider à nos besoins et d’intercéder en
notre faveur, c’est glorifier Dieu. Pourquoi ? Parce qu’eux aussi, à leur tour,
rapporteront nos prières et nos litanies à la fois avec leurs doxologies au
Dieu tout-saint Trinitaire et de la sorte la vénération grandira, multipliera.
Avec ce rapport de l’intercession des saints nous exaltons la grandeur du
Nom de notre Seigneur et nous glorifions Dieu très saint.
Tous les hérétiques, les protestants et surtout les millénaristes (témoins
de Jéhovah) refusent les saints. Notre sainte Église, à travers les Saintes
Écritures et la tradition sacrée, nous enseigne beaucoup de choses par
rapport aux saints, choses qui pour nous, en tant que chrétiens orthodoxes,
font partie intégrante de notre foi.
Je crois que tous, vous vous êtes prosternés devant les saintes reliques et
que vous avez aussi conçu d’une certaine façon leur influence bienfaisante
aussi bien par l’effluve que par le contact avec les lèvres ou d’autres
expériences spirituelles : joie, apaisement des pensées, ferveur spirituelle
psychosomatique, allégresse, componction, larmes de contrition, libération
des tentations, même un miracle.
« Confions-nous, nous-mêmes, confions-nous les uns les autres,
confions toute notre vie au Christ notre Dieu ».
Nous devons nous offrir totalement, nous-mêmes et les autres à Dieu.
Quand on dit « les autres », on n’entend pas le mari ou la femme et leurs
enfants. On entend ceux qui se trouvent dans l’église. Une église pleine, –
remplie cependant, de cœurs fervents, orthodoxes et fidèles – constitue
souvent un motif d’empressement pour l’assistance à la liturgie, le repentir,
l’étude, la pratique des vertus, la lutte contre les passions, la prière, le jeûne
et tout cela à la fois.
Tous, une âme, une foi, une Église, un cœur. C’est-à-dire que dans le
saint culte, il faut s’appuyer les uns sur les autres, reposer et délasser les uns

120
les autres, suivant l’incitation de Paul l’apôtre « pour être affermis et
réconfortés ».1
Si nous recevons le Christ, c’est le Christ que nous allons communiquer
et c’est le Christ que nous allons recevoir de la part d’autrui. Approchonsnous de celui qui a reçu la sainte communion pour qu’il nous transmette le
Christ au moyen de son expiration, du toucher et du serrement de ses mains.
Le célébrant placera sa main sur notre tête. Pour quelle raison fait-il cela ?
C’est simple. Il veut transmettre et offrir, ce qu’il a reçu comme ministre
des saints mystères : la sainte grâce.
Le peuple répond à cette incitation avec les chantres :

 « À TOI SEIGNEUR ».
« À toi Seigneur ». Oui, Seigneur, nous laissons nous-mêmes à toi et
nous confions à tes mains toute notre vie, la nôtre et celle des autres ».
Nous ne prions jamais seuls dans l’église, mais avec le peuple de Dieu et
avec tous les ordres célestes angéliques. Tout le monde céleste, toute
l’Église triomphante, y assiste, ainsi que l’Église militante. Nous célébrons
tous la Divine Liturgie, en quelque sainte maison que ce soit, réunis au nom
de Jésus-Christ et avec tous les saints. Ce n’est pas une foule anonyme qui
se trouve dans la sainte maison ni une masse populaire, ni une plèbe
impersonnelle comme dans les réunions politiques. Il s’agit d’une
communion concrète des personnes, chacune ayant son prénom, son
identité, sa personnalité, sa liberté. Nous constituons une communion des
personnes, nous prions, l’un pour l’autre, et tous pour tous. C’est ce que
signifie le « confions-nous, les uns les autres ».
Comme ce n’est pas facile de s’abandonner à Dieu et laisser lui-même à
Ses mains, à Sa grâce, on prie Sa toute sainte Mère et tous les
saints : « …faisons mémoire de Notre-Dame, la très sainte, très pure,
toute bénie… Mère de Dieu ainsi que de tous les saints… »
Nous ne demandons pas seulement les dons de Dieu, mais, avec les
intercessions de la très sainte Mère de Dieu et celles des saints aussi, nous
nous laissons à un dévouement vivant et logique au tout saint Dieu
trinitaire.
* * *
Je répète que les expériences de la Divine Liturgie que j’ai écoutées, sont
tellement nombreuses qu’il a fallu les classifier par deux ou trois à chaque
homélie, indépendamment du contenu de la partie de la Divine Liturgie
1

Rom. 1, 11-12.

121
analysée. Cependant, elles témoignent d’une façon réelle, en tant
qu’expériences vécues, de la grandeur inaccessible du sacrement de la
Sainte Eucharistie.
51. Une fois, une jeune femme s’était confessée, mais on ne lui a pas
permis de communier à cause de sa situation spirituelle. Elle en a été
fâchée, son égoïsme a été blessé – paraît-il – et elle a réagi. Comme elle
était parente avec l’évêque, elle y est allée protester.
L’évêque lui a dit : « Viens dimanche prochain à l’église, où je
célébrerai, et moi je te ferai communier ».
La jeune femme est allée à l’église et, quand elle s’est approchée du saint
calice, elle a eu un terrible vomissement de liquides noirs. Certes, elle n’a
pas communié parce qu’en outre, elle a eu des spasmes au ventre. Par
conséquent, elle le ferait dimanche prochain. Elle a jeûné et elle y est allée
de nouveau. Dès qu’elle s’est trouvée devant le saint calice, sa bouche ne
s’ouvrait pas ! Elle restait hermétiquement fermée. Un, deux, trois efforts…
Aucun résultat ! Elle a commencé à gémir, « les yeux lui sont sortis de la
tête »…et s’est éloignée.
Elle s’est souvenue du père spirituel et s’y est allée de nouveau. Le père
spirituel lui a dit : « Tu communieras au jour fixé. Ni un jour plus tôt… et
tu verras la sainte grâce ».
Elle a attendu, elle a communié quand le père spirituel lui avait indiqué,
et la paix s’est complètement rétablie en elle. 1
* * *
52. Un événement pareil a eu lieu avec le père Jacques Tsalíkis. Le père
Jacques nous racontait une fois, mon épouse et le père Luc du monastère
Philothéou de la Sainte Montagne étant présents, qu’un journaliste chrétien
et connu, est allé communier au monastère de Saint David, sans la
préparation nécessaire par la sainte confession et le repentir.
« Au moment où je dirigeais vers lui la sainte cuiller », nous a dit le père
Jacques, « j’ai vu qu’il était tout noir, certainement à cause de son
désordre intérieur. Il n’était pas préparé. Il était immonde, pollué à cause
de sa saleté spirituelle » – cette malpropreté se manifeste parfois sur notre
face – « et en outre, il s’était embrouillé à la magie ».
« En même temps », a-t-il dit « j’ai vu que quand la sainte cuiller est
arrivée à sa bouche », – tout cela s’est passé à la vitesse de l’éclair – « un
éclat d’or chatoyant en sortait, c’est-à-dire du corps et du sang du Christ,
outrepassant ma tête et il est perdu, il est éteint en arrière, à l’autel ». 2

1
2

notes personnelles de l’auteur
notes personnelles de l’auteur

122
La sainte grâce, le Saint-Esprit s’en est allé. Et quand cela s’en va, la
sainte communion entraîne le « jugement » et la « condamnation » de nos
âmes, elle se fait charbon ardent qui brûle le cœur et pas la lumière qui
illumine, pas la force divine qui renforce l’homme et –beaucoup plus– pas
un don qui revêt l’âme de célestes bénédictions trinitaires. Attention donc !
On ne « joue » pas pendant la Divine Liturgie et pendant le saint culte…
À la fin de la grande litanie de paix, le prêtre dit :


 « CAR À TOI CONVIENT TOUTE GLOIRE,
HONNEUR ET ADORATION, PÈRE, FILS ET
SAINT-ESPRIT, MAINTENANT ET TOUJOURS ET
DANS LES SIÈCLES DES SIÈCLES ».
Toutes les demandes et les prières de la Divine Liturgie aboutissent à une
ecphonèse de glorification envers la Sainte Trinité, comme :
 « Car à ta majesté appartiennent le Règne, la puissance et la gloire,
Père, Fils et Saint-Esprit, maintenant et toujours et dans les siècles des
siècles ».
 « Car tu es un Dieu de bonté, plein d’amour pour les hommes et nous te
rendons gloire, Père, Fils et Saint-Esprit, maintenant et toujours et dans les
siècles des siècles ».
 « Car tu es saint, ô ! Notre Dieu et nous te rendons gloire, Père, Fils et
Saint-Esprit, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles ».
 « Afin que, gardés en tout temps par ta puissance, nous te rendions
gloire, Père, Fils et Saint-Esprit, maintenant et toujours et dans les siècles
des siècles ».
 « Par la miséricorde de ton Fils unique, avec lequel tu es béni, ainsi que
ton très saint, bon et vivifiant Esprit, maintenant et toujours et dans les
siècles des siècles ».
 « Car tu es notre sanctification et nous te rendons gloire, Père, Fils et
Saint-Esprit, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles ».
Le caractère trinitaire de Dieu, comme nous le voyons, se rapporte non
seulement une mais plusieurs fois, pendant la Divine Liturgie et plus en
particulier, quand on chante les canons, où l’on dit continuellement « gloire
au Père, Fils et Saint-Esprit ». Le dogme qui se réfère au caractère trinitaire
de Dieu est le plus important, le plus préféré, le plus fondamental dans
notre foi. Le Père, le Fils et le Saint-Esprit est notre Dieu trinitaire, le Dieu
des chrétiens. Un Dieu mais en Trois Personnes, en trois hypostases. Ce
mystère est inconcevable, énorme, insurpassable pour notre intelligence.

123
Le Mystère du caractère trinitaire de Dieu, de la Sainte Trinité, était
inconnu aux gens des années de l’Ancien Testament. Seulement dans
quelques-uns de ses versets, la Sainte Trinité étendait certains rayons de la
Divinité au triple éclat pour ainsi illuminer un peu les cœurs des hommes.
Pourtant, quand le Christ est venu au monde ce qui restait couvert et
ombragé pour tout le monde ancien, même pour les juifs, s’est clairement
manifesté.
On mentionne l’exemple de saint Augustin à tous ceux qui doutent et se
méfient du dogme du caractère trinitaire de Dieu, c’est-à-dire de la Sainte
Trinité :
53. Saint Augustin se promenait une fois au long de la plage, fatigué à
cause des pensées concernant le dogme trinitaire et en particulier la
consubstantialité de la Divinité du Père, du Fils et du Saint-Esprit.
Il a rencontré alors un petit enfant qui avait creusé une petite cavité dans
le sable. Il prenait de l’eau de la mer avec un petit seau et la vidait làdedans. Le petit enfant allait et venait, allait et venait…
Saint Augustin surveillait le petit enfant, qui sait pour combien de temps.
À la fin il l’a approché et lui a dit.
-- Eh bien mon enfant, qu’est-ce que tu fais ?
-- J’essaie de vider la mer dans cette petite cavité.
-- Eh ! Bien mon garçon, lui dit-il, toute la mer, peut-elle se vider làdedans ? Peut-elle y être contenue ? Cela est impossible !
-- Si la mer ne peut être contenue dans cette cavité et que si cela est
impraticable et impossible, de cette façon et incomparablement plus que
cela, le caractère infini de Dieu et de la Sainte Trinité, les mystères de
Dieu, ne peuvent entrer dans ton petit cerveau restreint… lui a dit l’enfant
-- qui sans aucun doute était un ange envoyé par le Seigneur -- et il a
disparu.1
Toutes donc les demandes et les prières pendant la Divine Liturgie et à
tous les sacrements, aboutissent à un hymne glorifiant la Sainte Trinité.
Dans tout ce qui se passe pendant le saint culte à l’intérieur de la sainte
maison, à l’intérieur de chaque église, le Dieu trinitaire vivant est présent.
En plus, il nous aide tous, sans excepter personne, par le Saint-Esprit. Il prie
avec nous, il « intercède pour nous en gémissements inexprimables ». 2
Si Dieu trinitaire n’est pas présent, vivant, vrai, en nous, tout autour de
nous, sur le saint autel, s’il n’est pas « partout présent » et en particulier
dans l’église, alors notre saint culte n’est que des mots creux, perdus en
l’air, comme ceux des prophètes de Baal qui criaient du matin au soir
1
2

Évêque Augustin Cantiótis, « Εἰς τὴν θείαν Λειτουργίαν…», fasc. A΄, p. 39
Rom. 8, 26.

124
devant le prophète Élie et leurs rois pour que le bois du sacrifice prenne feu.
Le texte dit mot à mot « mais il n’y eut ni voix ni réponse ».1 Cette phrase
est restée et on la dit souvent aujourd’hui. Personne n’entendait et personne
ne répondait.
54. Le prophète Élie a voulu prouver aux prophètes de Baal, aux
Israélites, aux rois impies et en particulier à la reine Jézabel qui le
persécutait et essayait de semer au peuple d’Israël le culte de Baal, qui est
le vrai Dieu :
-- On ramassera du bois pour faire un sacrifice. Ramassez-en ici, faites vos
prières et moi, j’en ramasserai là, leur a-t-il dit. Cela signifie que celui qui
avec ses prières fait que le bois s’enflamme de lui-même, invoque le vrai
Dieu.
En effet, les prophètes de Baal criaient du matin au soir mais le bois n’a
pas pris feu.
Le prophète Élie a ramassé du bois, y a versé beaucoup d’eau et en plus
il a fait tout autour du bois un fossé plein d’eau ! Il a relevé une seule fois
les mains et avant même de les baisser, du ciel qui était tout bleu, un éclair
effrayant est tombé sur le bois et l’a entouré de feu qui a tout consumé,
même les pierres.
S’en est suivi le massacre de ces trois cents prophètes de Baal, qui
étaient idolâtres et c’est alors, que la haine de Jézabel a été terrible. Elle a
persécuté le prophète et lui, il s’est réfugié sur les montagnes…2
Notre communion avec Dieu est vivante et réelle parce qu’effectivement
notre Dieu trinitaire est présent, vivant, vrai dans l’église, ainsi que dans
toute sainte maison orthodoxe. Cela est une union, une théokinonía (union
avec Dieu par ses énérgies incréées). Le prêtre, célébrant du Très-Haut,
prie, supplie, remercie, glorifie Dieu devant l’Autel, en élevant ses mains
vers Lui, comme un autre Moïse. Les événements pendant la Divine
Liturgie, nous révèlent comme Dieu est ami des hommes, comme il est bon
et dont l’amour est incompréhensible en ses manifestations, comme il est
illimité dans sa grandeur, insurpassable en ses offres, seigneurial dans son
comportement.
Nous ne recevons pas de charité ou de compassion humaines par le tout
saint Dieu trinitaire dans le saint culte, mais un amour royal, princier,
splendide. Un amour qui connaît se sacrifier et se crucifier. Cet amour

1

III Rois 18, 26.

2

III Rois 19, 3-4.

125
divin, crucifié, met la Table de la vie éternelle et nous invite au Dîner
dominical et à la Coupe de l’immortalité.
Quand on dit que l’amour divin se contraint lui-même – là il s’agit d’une
expression anthropomorphique, parce que Dieu n’est jamais obligé à
personne. Cet amour s’oblige lui-même à son offre parce qu’il est écrit :
« Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela ? ».1 C’est cet amour qui nous
contraint et nous incite à participer au Dîner de la vie éternelle. Il l’a dit :
« Force les gens à entrer ».2 Il veut de force nous sauver, il nous pousse au
salut. Et nous –quoi dire maintenant ?– nous réagissons obstinément.
Comment donc ne pas glorifier et ne pas remercier le Dieu trinitaire.

3. LES ANTIENNES
Après l’ecphonèse « car à toi revient toute gloire, tout honneur et toute
adoration… » on passe aux ANTIENNES.
La première antienne est chantée après l’ecphonèse « car à toi revient
toute gloire, tout honneur et toute adoration… »
La deuxième antienne est chantée après l’ecphonèse « car à ta majesté
appartiennent le Règne, la puissance et la gloire, Père, Fils et Saint-Esprit ».
La troisième antienne est chantée après l’ecphonèse « car tu es un Dieu
de bonté, plein d’amour pour les hommes et nous te rendons gloire, Père,
Fils et Saint-Esprit ».
L’antienne la plus ordinaire est le « mon âme, bénit l’Éternel ». (Ps.
102, 1)
La deuxième est le « mon âme loue l’Éternel ». (Ps. 145, 1)
Et la troisième comprend les « Béatitudes ».
 À la fin de la première antienne on chante le refrain « par les prières
de la Mère de Dieu ô ! Sauveur, sauve-nous ».
 À la fin de la deuxième antienne on chante le refrain « sauve-nous ô !
Fils de Dieu, ressuscité d’entre les morts. Nous Te chantons : alléluia » (ou
l’on peut dire « admirable dans les saints », quand on n’est pas dimanche ou
quelque chose d’autre les jours de grande fête).
1
2

Luc 24. 26.
Luc 14, 23.

126
Juste après l’on chante l’hymne « Fils unique… »
 À la fin de la troisième antienne on chante le tropaire de résurrection.
Les jours de grande fête du Seigneur, on chante l’apolytikion correspondant
(Épiphanie, Annonciation, Hypapante [Sainte Rencontre], Nativité), tandis
que les jours ordinaires on chante l’apolytikion du saint qui a sa fête, tout
en faisant la procession, ce qu’on appelle “petite entrée”.
Avec les psaumes, on récitait jadis les prophéties. Cependant, dans les
psaumes qu’on chante, prédominent les psaumes messianiques, parce qu’ils
annoncent à l’avance l’avènement et la présence du Christ au monde ; non
seulement son incarnation mais aussi sa parole évangélique, ses miracles et
toute son œuvre salutaire. C’est comme de cette façon que les prophéties
nous annoncent : « Voici, le Seigneur ! » et peu après, Il apparaît par le
moyen de l’évangéliaire que le prêtre tient à la hauteur de son visage,
pendant la petite entrée.
Les antiennes, avec les psaumes et les prophéties, se réfèrent au temps
avant la présence de Jean baptiste au Jourdain, avant que la lampe s’allume.
Le monde avait alors encore besoin des prophéties. Ensuite, le Messie
prophétisé est apparu, s’est manifesté, notre Seigneur Jésus-Christ, celui
que Jean le précurseur désigne : « Voici l’agneau de Dieu qui enlève le
péché du monde ».1
Le petit enfant qui porte le cierge allumé pendant la petite entrée et
précède le prêtre avec l’évangéliaire, symbolise le vénérable Précurseur qui
avec sa petite lampe à huile désigne la présence au monde de notre Christ le
Sauveur et rédempteur. C’est une façon de nous dire : « Voici le Seigneur !
Voici le Christ ! Voici le Sauveur ! Baissez les têtes ! Signez-vous ! Mettez
la Croix dans vos cœurs ! Oui, Il est vraiment celui qui « ôte le péché du
monde », le Christ !
Tout ce qui s’accomplit pendant la Divine Liturgie, s’effectue avec « des
psaumes et des hymnes et des odes spirituelles ». Notre âme participe
sûrement à ces hymnes psalmodiés par nos chantres et souvent notre voix y
participe aussi, tout bas.
Saint Jean Chrysostome souligne la façon dont on doit chanter dans
l’église : « Chaque fois que l’on psalmodie, ce n’est pas absolument
nécessaire que la mélodie soit conforme aux règles de la musique (on dirait
de la musique byzantine). L’harmonie est bien sûr nécessaire, une mélodie
délicieuse est nécessaire aussi, mais ce qui est nécessaire avant tout, c’est
que notre cœur soit « contrit et humilié », de façon que la psalmodie
s’identifie, qu’ il soit à l’unisson avec les psalmodies et les doxologies
angéliques. Même si quelqu’un qui chante, qu’il soit jeune ou vieux,
1

Jean 1, 29.

127
rauque, gutturale ou qu’il n’en ait pas la moindre idée sur le rythme ou la
mélodie, ce n’est pas un péché. Ce qu’on veut pendant la Divine Liturgie,
c’est autre chose : que notre âme soit en éveil. Que notre esprit ne soit pas
inerte, mais qu’il soit plein de lumière divine. Que notre cœur batte de
componction. Que nos pensées soient saines et fortes. Enfin, que notre
conscience soit pure et innocente. Si notre homme intérieur se distingue par
tout cela, conclue le saint, la dissonance, la cacophonie et la voix rauque
n’ont pas tellement d’importance. 1
En plus, on n’utilise pas d’instruments musicaux comme bien d’autres le
font, à la Liturgie orthodoxe. Pourquoi n’a-t-on pas d’instruments
musicaux ? Car, répond Saint Jean Chrysostome, l’homme lui-même, le
chrétien fidèle, qui assiste à l’ Eucharistie comme il convient, est un
« orgue » créé par Dieu qui est tout-prêt à glorifier le très saint nom
trinitaire du Dieu créateur, s’il garde son âme innocente, pure et sans
taches.2
Les hymnes sacrés et les psalmodies pleines de componction, dit le même
saint, sont nés par la dévotion de l’âme, sont nourris par une conscience
innocente et sont acceptés aux chambres célestes par le Dieu très saint
trinitaire lui-même. 3
Cette parenthèse avec les positions orthodoxes de Saint Chrysostome
était nécessaire, car le saint culte orthodoxe se réalise avec des hymnes et
des psaumes. Nous avons démontré quelle doit être notre attitude, c’est-àdire que les psalmodies proviennent d’abord du cœur et après de la bouche
et des cordes vocales. Cela signifie que personne ne doit dénier sa
participation à la Divine Liturgie sous prétexte que le chantre ou le prêtre
sont dissonants.
* * *
Nous passons maintenant à la première antienne :
« Mon âme, bénis l’Éternel ainsi que tout ce qui est en moi
son saint nom ! »
Pourquoi dit-on « mon âme bénis l’Éternel » ? Parce que « l’Éternel est
compatissant et il fait grâce, il est lent à la colère et riche en bienveillance».
Ce verset constitue le résumé le plus admirable du psaume entier. Le
psaume 102 est un hymne superbe, la doxologie la plus merveilleuse de la
commisération et de la miséricorde du saint Dieu. L’âme est très émue
devant la mer de la merci divine, devant l’amour pour l’homme infini et la
1

Hiéromoine Grégoire, « Ἡ θεία Λειτουργία…», p. 165.
Saint Jean Chrysostome, P.G. 55, 158.
3
Saint Jean Chrysostome, P.G. 46, 690 C.
2

128
longanimité du saint Dieu. Nous le chantons tout entier dans les monastères
du Mont Athos et aux vigiles des paroisses dans le monde pour que nos
cœurs se vivifient et évoluent avec reconnaissance à la glorification de
Dieu.
« Mon âme bénis l’Éternel »
Toutes nos forces intérieures, toutes les vibrations cordiales,
toutes les qualités et les facultés de l’âme,
de tout le cœur, de toute l’âme, de toute la pensée,
notre existence en sa totalité,
bénit, glorifie, chante des hymnes, remercie et vénère le Seigneur dans les
siècles des siècles. Comment ne pas Le glorifier ? Comment ne pas Le
remercier puisque toujours, jour et nuit, Il nous comble de bienfaits ?
Il nous attend à bras ouverts pour nous accorder le paradis, le ciel, la
lumière, l’éternité. Il nous fait du bien et nous pardonne continuellement
parce que nous péchons à chaque instant. Il nous pardonne d’une telle façon
qu’il ne demeure dans notre âme pas une tache de culpabilité, pas une
ombre ou une ride ou une tache de péché. Il pardonne tout !
Les psaumes donc, se chantent tout entiers ou l’on en psalmodie quelques
vers avec lesquels l’incarnation du Verbe de Dieu se proclame, tandis
qu’avec les refrains : a) « par les prières de la Mère de Dieu… »,
b) « sauve-nous, ô ! Fils de Dieu… » et
c) « Fils unique… »,
il apparaît que cet événement s’est réalisé. Avec les premiers, l’incarnation
de Dieu s’annonce, se proclame et avec les deuxièmes, nous déclarons que
ce fait est accompli au présent. Dieu s’est fait homme et pendant la petite
entrée, tout en voyant l’évangéliaire, nous faisons face, tête-à-tête, à celui
que nous adorons, à celui que nous prions, à celui dont nous prendrons, peu
après, le saint corps et le saint sang.
« Fils unique et Verbe de Dieu qui es immortel et qui pour notre salut
as voulu t’incarner de la sainte Mère de Dieu et toujours-vierge Marie,
qui sans changer t’es fait homme, as été crucifié, Christ Dieu, et par ta
mort tu as triomphé de la mort, l’Un de la Sainte Trinité glorifié avec le
Père et le Saint-Esprit, sauve-nous ».
Cet hymne a été composé par l’empereur Justinien, pour que l’on chante
dans l’énorme église qu’il a bâtie, celle consacrée à la Sagesse de Dieu. Son
explication est la suivante : « Christ, qui es le Fils unique et Verbe de Dieu,
notre Dieu, toi qui es immortel et éternel et as daigné t’incarner pour notre
salut, de la sainte Mère de Dieu et toujours-vierge Marie et te faire homme,
sans cesser d’être Dieu, qui en tant qu’homme es crucifié et as vaincu la

129
mort, toi qui es l’une Personne de la Trinité et l’on te glorifie avec le Père et
le Saint-Esprit, sauve-nous ».
Ce tropaire est un hymne christologique qui comporte sommairement six
articles du Credo. Aux premiers temps de la chrétienté on le tenait pour
« Credo » chez les fidèles.
« Avec cet hymne », nous dit saint Nicolas Cabasilas, « Dieu se charge
de la lutte contre le mal en faveur des hommes parce que c’est un homme
parfait et en tant qu’homme, il vainc le péché étant impeccable parce qu’il
est en même temps Dieu. De cette façon, la nature humaine se libère de la
honte et elle se couronne vainqueur parce que le péché est tombé ». 1

1

Saint Nicolas Cabásilas, P.G. 150, 589 C.

130

4. LA PETITE ENTRÉE
Après la troisième ecphonèse, le prêtre prend l’évangéliaire de l’autel et
des porte-cierges et des emblèmes des séraphins précédant, il fait la petite
entrée pendant qu’on chante le tropaire de résurrection du ton occurrent ou
celui de la fête. En même temps, il récite une prière secrète. Lors de la
sortie du prêtre du sanctuaire avec l’évangéliaire, précédé du porte-cierge,
notre âme doit « se mêler » à la foule de myriades d’anges présents pour
accueillir ainsi l’entrée du Seigneur non seulement dans le monde – chose
qui déclare la petite entrée, comme on a dit – mais aussi dans le monde de
son cœur. En ce cas, il est lui aussi « bienheureux ».
Jusqu’au VIIe siècle, la Divine Liturgie commençait par l’entrée de
l’Évangile. Le prêtre, portant ses ornements, prenait l’évangéliaire de la
sacristie qui se trouvait dans le narthex, entrait dans la nef et ensuite au
sanctuaire. Ainsi se faisait la petite entrée. À partir du VIIe siècle, on a
adopté ce rituel qu’on conserve intact jusqu’à aujourd’hui.
Nous tenons l’évangéliaire, lors de la petite entrée, à la hauteur de notre
visage, le couvrant ainsi avec Jésus-Christ, le Seigneur à venir. La petite
entrée est l’entrée du Christ au monde. Quand le Christ est venu au monde
et est né « à la ville de Bethléem », le ciel s’est ouvert et une foule d’ordres
angéliques montait et descendait du ciel à la terre, à la crèche, tout en
chantant : « Gloire à Dieu, au plus haut des cieux et sur la terre paix pour
ses bien-aimés ». 1
Ceci s’est fait alors, à Bethléem. Maintenant, pendant la petite entrée le
prêtre dit :
« Maître et Seigneur notre Dieu, qui as établi dans les cieux une
multitude d’anges et d’archanges pour te servir de ta gloire, fais que
notre entrée soit également celle des saints anges qui servent avec nous
et avec nous glorifient ta bonté ».
Pour saisir le sens et la grande valeur de cette prière secrète, nous allons
citer quelques événements bibliques qui se relient immédiatement à son
contenu sublime :
55. Le prophète Isaïe avait vu un trône qui était Très-Haut, plus haut que
tout autre. Sur ce trône « très élevé », il a vu le Seigneur. Il a vu le temple
de Dieu resplendir de la sainte gloire trinitaire et autour du trône (il a vu)
des anges et des archanges.

1

Luc 2, 14.

131
Il a vu les séraphins, ces esprits sublimes immatériels, dont chacun avait
six ailes dont deux couvraient leurs faces, deux couvraient leurs pieds et
deux leur servaient pour voler, criant l’un à l’autre et tous ensemble au
Seigneur avec une harmonie divine, un hymne merveilleux qui s’entendait
(et parfois il s’entend ici bas sur la terre aussi) : « … saint, saint, saint, le
Seigneur, le tout-puissant, sa gloire remplit toute la terre ». 1
* * *
Le prophète Daniel décrit de la même façon la gloire de Dieu :
56. Il dit que Dieu, « l’Ancien des jours » dans lequel le temps n’existe
pas, l’éternel, l’immortel, s’est assis sur un trône… et ce trône était comme
« des flammes de feu ». Tout entier un feu ! Et ses « roues comme un feu
ardent». Le tout était feu ! Un fleuve, pas avec de l’eau, un « fleuve de feu »
coulait et sortait de devant lui. D’innombrables esprits aussi, des anges,
des archanges, des chérubins aux yeux innombrables, des séraphins, des
trônes, des principautés, des dominations … servaient le Seigneur. 2
Ces troupes d’anges et d’archanges qui entourent le trône de Dieu, pour
le louer et le glorifier, ces troupes sont descendues sur la terre aussi, cette
nuit-là inoubliable de la naissance du Christ le Sauveur, comme nous dit
l’évangéliste Luc : « …Tout à coup, il y eut avec l’ange l’armée céleste en
masse qui chantait les louanges de Dieu et disait : gloire à Dieu au plus
haut des cieux et sur la terre paix pour ses bien-aimés ». 3
Lors de la Divine Liturgie dans l’église, même s’il s’agit d’une tout petite
église déserte, humble et dépouillée, comme l’étable de Bethléem, ces
anges, ces esprits sublimes et immortels descendent et remplissent l’église
et concélèbrent avec le prêtre simple et humble qui est le ministre du TrèsHaut. Oui, les anges assistent à la liturgie qu’il fait !
L’Apocalypse nous relate : « Alors je vis : et j’entendis la voix d’anges
nombreux autour du trône… et des anciens. Leur nombre était myriades de
myriades et milliers de milliers ».4 Des anges aux cieux, des anges aussi
dans l’église terrestre où l’on célèbre le sacrement redoutable de la Divine
Liturgie. Les chantres chantent, les fidèles chantent aussi, les anges
chantent également. Une concélébration triomphale d’hommes et d’anges !
Une demande de la prière secrète « Maître et Seigneur notre Dieu… »
se dit pour que les anges et les archanges viennent concélébrer dans la
Divine Liturgie. (« Fais que notre entrée soit également… ») Les enfants
qui tiennent les emblèmes des séraphins, derrière le porte-cierge,
1

Es. 6, 1-4.
Dan. 7, 9-10.
3
Luc 2, 13-14.
4
Apoc. 5, 11.
2

132
représentent, symboliquement, les bataillons d’anges. Les anges viennent
effectivement donc, pour escorter triomphalement cette entrée du Seigneur
dans l’église qui s’accomplit au moyen de l’évangéliaire. Quelques vieux
prêtres pieux voyaient des anges lors de la petite entrée comme d’ailleurs à
d’autres moments sacrés de la Divine Liturgie. C’est ce qu’on chante à
l’apolytíkion de saint Spyridon : « Tu avais des anges comme
concélébrants, notre très saint ». Cela se passait clairement à saint Spyridon
et s’est passé à plusieurs reprises jusqu’à nos jours et pendant les centaines
d’ans qui se sont coulés dès lors, à quelques pieux prêtres (pas toujours).
57. Saint Chrysostome dit qu’une fois, il a connu un prêtre à qui Dieu a
permis de voir une foule d’anges en tenue resplendissante comme le soleil.
Ils se réunissaient autour de lui et l’accompagnaient à la petite entrée.
Quelque chose plus redoutable aussi : il est arrivé à un tel état spirituel, où
les anges le portaient haut et l’aidaient à faire la petite entrée ! Ensuite, il
dit qu’il les a vus faire un cercle autour de l’Autel et baisser les têtes tout
respectueusement. Une autre fois, il les voyait rester debout silencieux ou
psalmodier les hymnes avec les chantres, les accompagnant musicalement
si doucement, que le prêtre a failli s’évanouir. 1
La petite entrée avec l’Évangile représente la venue et l’apparition du
Seigneur au monde. Il s’agit d’une apparition silencieuse, c’est pourquoi
l’évangéliaire se présente fermé.
Lors de la petite entrée, les dons de notre Jésus, à travers le saint
Évangile, sont grands et inconcevables.
58. Il y a quelques années, à une vigile, un fidèle pieux qui se trouvait en
extase spirituelle, a «vu » avec les yeux de son âme et pendant la petite
entrée, le prêtre célébrant, relever de l’Autel un nourrisson par les
aisselles, tout resplendissant, tout lumineux, tout blanc et le donner au
diacre, au lieu de lui donner l’évangéliaire. Lui à son tour, il l’a pris et a
fait la petite entrée.
Il a dit « Sagesse ! Tenons-nous droit ! », il est passé par les saintes
portes et a déposé le nourrisson sur l’autel tandis qu’en même temps, les
anges et le peuple de Dieu tous ensemble, s’entendaient accompagnant la
voix du prêtre : « Venez, adorons et prosternons-nous devant le Christ… ».
Ici, la révélation divine a pris fin.
Quand il est revenu à soi, il était rempli d’effroi, d’admiration et d’une
sérénité infinie. Il ressentait les membres de son corps lumineux et légers,
ses pensées étaient tout calmes tandis qu’il y avait une immobilité

1

Hiéromoine Grégoire, « Η θεία Λειτουργία…», p. 178.

133
spirituelle dans ses sens. Cette situation psychosomatique sereine a duré
quelques jours…1
La prière secrète de la petite entrée constitue une réalité tout-vivante. Le
chant d’entrée contient des propos vrais et redoutables. Cela est démontré
par les histoires vécues ci-dessus. Oui, dans les saintes églises, les anges se
pressent avec les fidèles en une unité, en une fête commune entre le ciel et
la terre ! L’hymne est commun et le saint culte est commun aussi. UNE
Eucharistie, UNE doxologie, UNE exultation, UNE psalmodie réjouissante
aussi. UNE Église triomphante et militante. Une foi, un pasteur spirituel, un
Seigneur, Jésus-Christ !
Cependant, le prêtre avant qu’il dise « Sagesse ! Tenons-nous droit ! », il
marque, en forme de Croix avec sa main droite, (il bénit) l’entrée aux portes
saintes en disant :
« Bénie soit l’entrée de tes saints en tout temps, maintenant et
toujours et pour les siècles des siècles. Amen ».
Cette entrée bénie représente d’un côté celle du souverain sacrificateur
« une fois par an » au Saint des saints et de l’autre côté, tout
particulièrement, elle dépeint l’entrée trois fois bénie des saints de Dieu au
royaume des cieux.

« Sagesse ! Tenons-nous droit ! »
« Sagesse », se dit pour l’Évangile qui est le Seigneur Jésus-Christ, la
vraie sagesse, qui vient d’en haut ».
« Tenons-nous droit », se dit pour les fidèles. Ils doivent recevoir,
debout et avec piété, la sagesse révélée de Dieu. Nous devons élever notre
esprit et notre cœur pour faire attention à ce qui se passe maintenant : JésusChrist, flanqué des anges et des archanges, est ici, dans l’église, et ils
entrent ensemble dans le sanctuaire pour que la Divine Liturgie ait lieu.
« Sagesse ! Tenons-nous droit ! ». C’est comme si le prêtre proclamait
triomphalement : « Soyez sans crainte, car voici, je viens vous annoncer
une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple » 2 c’est-àdire ce que l’ange avait dit aux bergers. Les chrétiens qui assistent à l’
Eucharistie doivent vivre le miracle de cette présence angélique comme
alors les bergers à Bethléem. Il y a des signes spéciaux que cet état est vécu.
Parfois, l’esprit extasié les conçoit. Parfois, on est trompé à cause du malin
qui intervient et veut nous égarer. Attention donc !
Le prêtre alors prie, que les fidèles et lui-même, vivent ce mystère
incompréhensible de la présence et de la concélébration (des anges), ayant
1
2

notes personnelles de l’auteur
Luc 2, 10.

134
l’habit spirituel nécessaire, puisque le Seigneur avec les anges nous invite
comme commensaux au repas des noces royales, à la Cène du saint culte.
L’histoire qui suit le certifie :
59. Un matin hivernal, en allant vers son église, saint Marcien a
rencontré un loqueteux qui grelottait littéralement de froid.
-- Donne-moi un vêtement, père, l’a supplié.
Le pauvre Marcien, qui n’avait rien d’autre que ses propres vêtements,
s’est déshabillé et lui a tout donné. Il est resté nu. Il a vite couru à l’église,
il a mis ses ornements et attendait le patriarche pour célébrer la Divine
Liturgie. Entre-temps, d’autres prêtres sont venus, ils ont eux aussi mis
leurs ornements et attendaient. (Avant le 7e siècle et quand un évêque
célébrait, la Divine Liturgie commençait de la sorte : les prêtres
l’attendaient à l’entrée de l’église et lorsque l’évêque ou le patriarche
venait, ils prenaient l’Évangile et la petite entrée s’effectuait).
Lors de la Divine Liturgie, tous les fidèles et les prêtres célébrants qui
étaient là, et d’autres évêques auxiliaires aussi, voyaient quelque chose
d’extraordinaire qui les faisait porter leur regard sur saint Marcien : il
portait des ornements mille fois plus splendides que ceux du patriarche !
Ses simples ornements sacerdotaux avaient été transformés en habits
célestes, divinement tissés, somptueux, d’un triple éclat, par les éclairs et
les lueurs de la sainte grâce !
Les prêtres et les autres évêques ont commencé à murmurer. « Comment
cela est-il possible qu’un bon curé porte des ornements plus splendides que
ceux du patriarche ? » Comme les griefs se sont transmis au patriarche –
d’ailleurs le patriarche lui-même le voyait aussi – il a dû enfin l’appeler et
lui a dit :
-- Marcien, viens ici ! Quelle honte ! Quels ornements as-tu mis ? Est-il
permis de porter des tels ornements ?
-- Quels ornements votre Sainteté, demanda le saint tout surpris.
-- Eh bien ! Même moi je ne porte pas d’ornements d’un tel éclat !
-- Ah bon ! Vous vous moquez de moi !
-- C’est toi qui te moques de moi ! répond le patriarche. Cet habit est
éclatant ! On n’a besoin ni de bougies ni d’autre chose. Toute l’église en
est illuminée ! …
-- Votre Sainteté, les ornements que je porte sont ceux que vous m’avez
donnés quand vous m’avez ordonné prêtre.
À peine avait-il relevé les ornements pour les montrer que tous ont vu
qu’il était nu ! C’était alors que la splendeur de la sainte grâce est partie et
que la première pauvre tenue est apparue.

135
Le patriarche était alors éclairé et il a compris qu’il était nu, car il avait
offert ses vêtements à quelqu’un. 1
Les prêtres anciens s’embellissaient de cette façon lors de la Divine
Liturgie. Nous autres, on couvre notre situation lamentable avec de beaux
ornements… Ceux-là en sont les couvertures !
60. Quand le nouveau saint de notre Église, père Nicolas Planás célébrait,
il voulait que tout contribue à la magnificence de la Divine Liturgie. Il ne
voulait pas que seule une petite bougie précède à la petite entrée mais de
grands cierges comme ceux qu’on tient à la Sainte Montagne. De plus,
quand il chantait les Béatitudes et les tropaires trinitaires, il allumait
plusieurs bougies devant l’icône du Christ et en général devant les saintes
portes.
Il portait sa chasuble de façon à prendre une pose officielle – bien qu’il
soit très petit et courbé - et souvent sa grandeur spirituelle semblait
atteindre les cieux !
Il psalmodiait tous les hymnes avec une telle componction qu’une fois,
pendant qu’il chantait dans l’église de Saint Jean il a écouté les anges
chantant avec lui les béatitudes, les hymnes trinitaires, le trisagion et bien
des hymnes de la Divine Liturgie de Saint Basile le Grand.
À un moment, il a interrompu la psalmodie et prenant par la main sa fille
spirituelle, ancienne Marthe – que j’ai connue de vue et j’avais plusieurs
fois l’occasion d’écouter de ses propres lèvres quelques événements qui se
rapportaient au ancien saint Nicolas Planás – l’a prise donc par la main et
lui a dit :
-- Tu écoutes ? Tu écoutes ? Tu écoutes les anges ?
-- Je ne les écoute pas, mon père !
À l’instant, le bon prêtre s’est repenti d’avoir rapporté l’évènement et
soliloquait : « Oh ! Je ne devais pas le dire ! Pourquoi l’ai-je dit ? Il ne
fallait pas le dire ». 2
Tout ce qui se passe dans l’église est signé par la Croix et toute
bénédiction de prêtre se donne en forme de Croix. Il serait bon et béni que
la main du prêtre, quand on la baise, soit en position de bénédiction. Partout
et toujours dans la vie des chrétiens, la sainte Croix se distingue.
61. Une jeune demoiselle, avec sa compagnie, est allée manger au
restaurant et elle s’est signée.
-- Qu’est-ce que tu fais ? lui ont-ils dit ironiquement.
-- C’est ce qu’on fait les hommes ; les animaux ne le font pas, a-t-elle
riposté. 1
1
2

Lagkís Matthieu, « Ὁ μέγας Συναξαριστὴς… », tome I, p. 219.
Marthe moniale, «Ὁ ἅγιος παπα-Νικόλας Πλανᾶς», p. 42.

136
Après le « Venez, adorons, prosternons-nous devant le Christ… » le
prêtre entre dans le sanctuaire et dépose l’évangéliaire sur l’autel, au-dessus
de l’antimension et aussitôt après on chante les tropaires : ceux en
l’honneur de la résurrection, des saints du jour, du saint patron de l’église,
ainsi que le contakion. Ensuite, commence le trisagion.

1

notes personnelles de l’auteur

137

5. L’HYMNE TROIS FOIS SAINT
« SAINT DIEU, SAINT FORT, SAINT IMMORTEL AIE
PITIÉ DE NOUS ».

Les saints anges, qui accompagnent parfois les prêtres pieux à certaines
difficultés qu’ils rencontrent sur leur voie, ces mêmes anges, ne les
accompagneront beaucoup plus avec des mélodies célestes mais aussi avec
des services pratiques en vu de la célébration de la Divine Liturgie ? Bien
sûr qu’ils le feront ! Dans l’Écriture il y a de nombreux reflets de la
grandeur divine avec la présence des myriades d’anges.
62. Une fois, un moine qui avait assisté à la liturgie du dimanche dans
une église d’Athènes, me raconta :
Dès que les chantres ont commencé le trisagion « Saint Dieu, saint Fort,
saint Immortel… », l’église a été remplie d’une foule de jeunes hommes,
lumineusement habillés, en uniforme militaire. Chacun d’eux, est allé à
côté de chaque chrétien ! Chaque soldat lumineux à côté de chaque
chrétien ! …En outre, chantant harmonieusement, mélodieusement, de
façon céleste le « saint Dieu…», ils incitaient aussi les fidèles ! Est-ce que
ceux-là les voyaient ? Les ressentaient-ils ? S’avisaient-ils de leur
présence ? Probablement non. Pourtant, ils incitaient les fidèles à chanter
du fond de leur cœur ou à murmurer le « saint Dieu, saint Fort, saint
Immortel, aie pitié de nous ».
L’Église, le culte divin, les saints militaires lumineux, avec les fidèles et
la présence de tous les anges, tous ensemble, une famille, une âme, un
corps, une foi, UNE Église !
Les visages de tous les fidèles étaient ensuite lumineux, placides et
paisibles. Tous les croyants sont transformés en une âme enfantine qui se
réjouissait de la présence du Père. Tout était si paradoxal, si beau ! … Ah !
Que ce vif reflet paradisiaque, cette beauté, ne finissait jamais, vraiment
jamais !…
La grandeur du culte céleste, ici-bas, dans la sainte maison terrestre !
Une seule liturgie ! Un seul saint culte ! Une seule Eucharistie ! Une seule
Église ! 1
Il est bon de se rappeler la façon divine avec laquelle l’hymne trois fois
saint est introduit dans la Divine Liturgie.
63. En 433 lorsque saint Proclus, disciple de Saint Jean Chrysostome,
était patriarche de Constantinople, la ville était secouée par des
1

notes personnelles de l’auteur

138
tremblements de terre, tantôt faibles, tantôt forts, pendant quatre mois
continuellement.
Tous les chrétiens, les habitants de la ville, étaient sortis de leurs maisons
et logeaient dans des campements improvisés tout autour, où ils priaient
sans arrêt Dieu, d’arrêter ce malheur. Quand la terre tremblait, le peuple
disait « Seigneur, aie pitié ! Seigneur, aie pitié ! »
Une fois, lors d’un tremblement de terre et puisque tous les chrétiens
priaient avec le « Seigneur, aie pitié ! », une force invisible a saisi un
enfant au milieu du peuple et l’a élevé au ciel ! L’enfant a disparu ! Ils en
sont restés tous la bouche bée !
Peu de temps après, l’enfant est descendu du ciel de façon de nouveau
merveilleuse. Il a alors raconté au patriarche, qu’il avait écouté une voix
divine qui l’ a ordonné de dire à l’évêque qu’ils devront chanter aux
processions pour les séismes l’hymne suivant – et l’enfant a commencé à
chanter – « Saint Dieu, saint Fort, saint Immortel, aie pitié de nous ».
Saint Proclus a prié le petit enfant de le chanter plusieurs fois pour que
les chrétiens fidèles l’apprennent. Ensuite, ils ont fait tous ensemble une
procession, chantant cet hymne et les tremblements de terre ont cessé !
Avec cette prière, avec le « Saint Dieu », le séisme ou plutôt les nombreux
séismes ont cessé. 1
Il y a peut-être des gens, parmi ceux qui sont éduqués et qui se vantent
des sciences et de leurs connaissances, aussi bien que d’autres choses qui,
en entendant tout cela, vont rire et dire : « Qu’est-ce que tu nous racontes,
père ? Un tremblement de terre est un phénomène naturel. C’est un
déplacement de plaques entières au sein de la terre. Des phénomènes
naturels qui se produisent dans l’univers et qui n’ont rien à voir avec
Dieu ! » Pourtant, la parole de Dieu nous certifie que même les séismes et
tous les phénomènes naturels se produisent dans le monde car ils dépendent
de Lui. « Il regarde la terre et elle tremble ; il touche les montagnes et elles
fument ». 2
La cause des séismes qui se produisent, est le regret de Dieu du fait que
les gens commettent des péchés continuellement, qu’ils soient jeunes ou
âgés, prêtres ou laïcs, riches ou pauvres, jeunes hommes ou jeunes femmes.
Le péché naît le mal. 3
« Saint Dieu… » Avec l’hymne trois fois saint, la chorale céleste des
anges et l’assemblée des chrétiens fidèles orthodoxes, s’unissent à un
cantique incessant envers Dieu trinitaire. Les anges chantent à l’autel au1

Arch. Gervais Paraskevópoulos, « Ἑρμηνευτικὴ ἐπιστασία… », p. 115.
Ps. 103, 32.
3
Saint Jean Chrysostome, P.G. 50, 716.
2

139
delà des cieux : « Saint, saint, saint, Dieu Sabaoth… ». Nous chantons,
nous aussi, dans l’église terrestre : « Saint Dieu, saint Fort, saint
Immortel… »
L’Église sur la terre, avec son propre saint culte dans l’autel, imite ce qui
se passe au culte des cieux, dans la Jérusalem d’en haut. Tous les jours,
dans chaque assemblée liturgique de l’Église, s’accomplit la même liturgie
incessante. Dans les églises terrestres comme aux cieux ; c’est pourquoi,
heureux sont les moines du Mont Athos, qui assistent à la liturgie tous les
jours. Si nous ne sommes pas sanctifiés et sauvés, c’est de notre faute. Ce
n’est pas Dieu qui en est responsable. C’est de notre faute, à cause de nos
péchés, et moi, je suis le premier pécheur…
Quand on dit « Saint Dieu », le mot est utilisé dans son sens littéral. C’est
autre chose « un homme saint » et autre chose « Dieu SAINT ».
Un homme, aussi saint qu’il soit, c’est quoi devant Dieu ? Saint Antoine,
saint Athanase, saint Nicolas ou saint Paul ? Ils ne sont qu’une goutte d’eau
dans les mers immenses et les océans. Qu’est-ce qu’une goutte d’eau dans
l’océan Pacifique ? Rien du tout ! Qu’est-ce qu’une luciole par rapport à la
splendeur du soleil en plein jour ? Rien du tout ! Dieu seul est SAINT au
degré absolu.
« Saint Fort ». Cela se réfère à la toute-puissance qui constitue une des
qualités de Dieu. Certes, l’homme est fort aussi, mais la force de l’homme,
aussi grande qu’elle soit, quelles que soient ses prouesses, sa capacité de
s’envoler aux étoiles du ciel, elle n’est que petite et insignifiante par rapport
à l’omnipotence de Dieu. C’est moins que rien, c’est zéro.
« Saint Immortel ». L’immortalité constitue une autre qualité divine, ce
qui signifie qu’Il est et qu’Il demeure immuable, incorruptible et éternel. Il
constitue la Vie, Il est la source de la Vie.
Toutes les trois qualités auxquelles nous nous sommes référés, celles de
la sainteté, de la force (la toute-puissance, l’omnipotence) et de
l’immortalité (l’éternité), sont en relation avec le Père et le Fils et le SaintEsprit.
« Aussitôt Père, aussitôt Fils, aussitôt Saint-Esprit ». Trinité Sainte, gloire
à toi.
Pour tout homme, et beaucoup plus pour tout chrétien, Dieu est la source
de la sainteté, pour pouvoir parvenir à l’union avec Lui, la source de la
toute-puissance, et pour frapper, d’un coup mortel, le triple mal et obtenir la
source de la vie éternelle. Puisque l’homme est créé « à Sa ressemblance » !
On a dit que, lors de l’hymne trois fois saint, le prêtre célébrant avec les
chrétiens fidèles qui assistent à la liturgie, s’unissent aux forces célestes

140
angéliques, à l’œuvre de la glorification du Dieu trinitaire. Le ciel et la terre
marchent ensemble vers l’autel pour une doxologie commune.
Pendant qu’on chante l’hymne trois fois saint, le prêtre célébrant fait
quelques mouvements dans le sanctuaire : il se déplace du saint autel à la
table de la prothèse et puis il revient à sa place. Ces mouvements
symbolisent les mouvements circulaires des chérubins autour du trône
céleste de Dieu. De la sorte, avec l’hymne trois fois saint et les mouvements
angéliques dans le sanctuaire, nous vivons et nous prenons part à
l’événement de la concélébration du ciel avec la terre, de l’Église Une,
triomphante et militante. Allant vers la sainte prothèse, les bras tendus, le
célébrant glorifie le Seigneur, qui vient dans le monde souffrir pour notre
salut, et dit : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ». Il est « le
Fils du Dieu béni ». 1
La bénédiction que nous offrons au Christ à ce moment-là est celle que
nous en recevons. Nous donnons ce que nous recevons. Nous lui offrons de
bonnes paroles, tirées du fond de notre cœur et Lui, par le saint culte, est
offert Lui-même, c’est-à-dire le Verbe et le Bien.
Le diacre (s’il y en a), se tournant avec piété vers les trônes épiscopaux,
élevés derrière l’autel, symbole du trône du Christ, dit au prêtre :
-- Bénissez, père, le trône élevé.
Alors le prêtre, les mains élevées, à côté de l’autel et avec tremblement et
allégresse – « Servez le Seigneur avec crainte, exultez en tremblant »2 – il
dit :
-- Béni sois-tu sur le trône de gloire de ton royaume, toi qui sièges sur
les chérubins, en tout temps maintenant et toujours et dans les siècles
des siècles. Amen. (Cette phrase est une version d’un vers de l’hymne des
trois compagnons). 3
Quand le prêtre glorifie, se réfère au siège élevé au-dessus des cieux et au
trône de gloire de notre Seigneur Jésus-Christ, tout en imitant les chérubins
qui rendent grâces à Dieu. « Bénie soit en son lieu la gloire du Seigneur ».4
L’esprit a le vertige, le prêtre perd contenance, sa tête tourne. Les faits du
saint culte sont redoutables, la responsabilité en est très lourde ! Trop
lourde ! Pour cela, s’il vous plaît, priez pour moi… La Divine Liturgie
terrestre est une réelle et vivante représentation de ce qui se passe à la
liturgie de la gloire de la Jérusalem d’en haut.

1

Marc 14, 61.
Ps. 2, 11.
3
Dan. 3, 31-32.
4
Éz. 3, 12.
2

141
64. Une fois, père Philarète qui était ancien au monastère Constamonítou
de la Sainte Montagne, a voulu célébrer la liturgie à la fête de saint
Antoine, dans une église déserte, 500m loin du monastère. Il est alors parti
de nuit. Il a pris avec lui deux ou trois prosphores dans une musette, du vin
de l’Eucharistie et avec une lanterne à huile, il est parti dans la nature
sauvage, que cette nuit hivernale sans lune, rendait encore plus sauvage.
Au milieu du trajet, il a buté contre une pierre et il est tombé. Aussitôt le
flacon de vin dans la musette s’est cassé. Il a donc dû rentrer. Il a pris un
nouveau flacon de vin et il est parti pour l’église déserte. Au même endroit,
il est encore tombé ! Le flacon de vin s’est cassé de nouveau. Il s’est alors
mis en une colère légitime et il a dit :
-- Esprit malin, autant de fois que tu casseras le flacon et que tu en
verseras le vin, j’irai célébrer la liturgie ; même si cela se passe dix fois !
Il est rentré de nouveau, il avait déjà pris du vin de l’Eucharistie et tout
en criant « Seigneur Jésus-Christ, aie pitié de moi », il est parti, est arrivé à
l’église déserte et a célébré la liturgie. Deux moines sont venus après et
l’ont aidé à la psalmodie et à toute la préparation et la célébration de la
Divine Liturgie. Quand il a fini, il a dit :
-- Un essaim… un grand essaim m’a couvert ! …
-- Quoi ? Qu’est-ce que vous dites, lui a demandé père Pachôme.
-- Des anges…des anges célestes ont tout envahi : le sanctuaire, la nef,
toute l’église, puis tout autour la forêt entière … des milliers d’anges et
d’archanges innombrables…et il a commencé à pleurer.
On raconte de lui que quand il célébrait la liturgie, il était tout illuminé,
tout joyeux, tout en paix, tout « concentré » à la Divine Liturgie, sérieux,
éploré, comme son biographe a écrit. Il pleurait souvent, très souvent, à
cause des défaillances et des insuffisances des prêtres. Il était un prêtre qui
célébrait l’eucharistie sur la terre mais, avec son esprit et son cœur il
célébrait, en même temps, à l’autel de la Jérusalem d’en haut. Qu’est-ce
qu’il vivait donc, à quoi prenait-il part ?… Quelle béatitude, quelle
allégresse, quelle exultation divines !… Personne ne connaît ses
expériences vécues que lui seul, son cœur et ceux qui l’environnaient : le
Seigneur et l’Église triomphante. Il était un des plus dignes prêtres de notre
époque.1
Après que les chantres auront chanté le trisagion trois fois, le prêtre se
tournera vers le peuple et avec joie spirituelle et allégresse, s’exclamera :
« DYNAMIS ».
Quand on analyse et l’on interprète ce mot, on voit qu’il se réfère au
caractère trinitaire de la Divinité, à ses trois hypostases. Puisque Dieu très
1

Hiéromoine Joannice Cotsónis, « Ἀνθοδέσμες ἀπὸ τὸ περιβόλι τῆς Παναγίας», p.129.

142
saint est Unité en Trinité et Trinité en Unité, une substance et nature, alors
il est aussi une puissance. Nous glorifions donc, la puissance et le pouvoir
uniques de ce Dieu Trinitaire. Saint Jean Chrysostome se référant à
l’hymne trois fois saint, dit à tout prêtre : « Bien que tu sois fait mon bon en
chair et en os, ceint d’une multitude de faiblesses, Dieu te rend digne de
chanter des hymnes et de glorifier avec les puissances incorporelles notre
commun Maître et Seigneur. Malgré tes manques de caractère, quand tu le
veux bien, tu es accompagné « étroitement » et de façon psychosomatique
par les chérubins à l’aide du Saint-Esprit et tu glorifies avec eux,
joyeusement, le Dieu tout-saint trinitaire. Une fête commune se déroule
entre le ciel et la terre, une Eucharistie, une allégresse, un chœur réjouissant
».1Pendant qu’on chante l’hymne trois fois saint, le prêtre célébrant lit, à
mi-voix, dans le sanctuaire, une des plus merveilleuses prières de la Divine
Liturgie :
« Oh ! Dieu saint, toi qui reposes dans les saints, qui es loué par les
séraphins chantant trois fois « saint », qui es glorifié par les chérubins
et adoré par toutes les puissances célestes. Toi qui du néant as amené
toutes choses à l’être, qui as créé l’homme à ton image et à ta
ressemblance et qui l’as orné de tous les dons de ta grâce. Toi qui
accordes sagesse et intelligence à ceux qui le demandent et ne méprises
pas le pécheur, mais qui as institué la pénitence comme voie du salut.
Toi qui nous as rendus dignes nous tes humbles et indignes serviteurs,
de nous tenir, à cette heure encore, devant la gloire de ton saint Autel et
de t’offrir l’adoration et la glorification qui te sont dues. Toi-même
Seigneur, reçois aussi de nos lèvres de pécheurs le Trisagion et jette sur
nous un regard de bonté. Pardonne-nous toute faute volontaire et
involontaire. Sanctifie nos âmes et nos corps, et accorde-nous de te
servir dans la sainteté, tous les jours de notre vie, par l’intercession de
la sainte Mère de Dieu et de tous les saints qui, dès le commencement
des siècles, ont été agréables à tes yeux.
Car tu es saint, ô notre Dieu et nous te rendons gloire, Père, Fils et
Saint-Esprit, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles.
Amen ».
Cette prière est composée de deux parties : la première partie finit aux mots
« qui te sont dues » et la deuxième commence par les mots « Toi-même
Seigneur, reçois aussi de nos lèvres de pécheurs… ». Au commencement
de la prière, le prêtre confesse que Dieu est saint. Il possède la sainteté
entière, de nature. Il est la source de la sainteté, la source de la
sanctification.
1

Saint Jean Chrysostome, P.G. 56, 97-98.

143
« Oh ! Dieu saint, toi qui reposes dans les saints ».
Comme Il est saint, Il se fait plaisir, Il repose et Il réside dans des cœurs
purs qui L’aiment et qui Lui sont consacrés.Il est le créateur du monde et le
créateur de l’homme. Il a créé le monde du néant et l’homme « à son icône
et à sa ressemblance » c’est-à-dire afin que l’homme soit personne comme
Dieu et que comme personne, ressemble à Dieu. Dieu a orné l’homme avec
tous les dons et c’est Lui qui nous a rendus dignes de Le glorifier. Le prêtre
dit tout cela, face à face avec Dieu, au nom de l’assemblée, avant de
continuer les demandes ». Toi donc, notre Dieu, agrée ce Trisagion,
pardonne-nous nos péchés, sanctifie nos âmes et nos corps et rends-nous
dignes de T’adorer à vie ». La sainte assemblée adresse toutes ces
demandes à Dieu, mettant toujours en évidence l’intercession de la Mère de
Dieu et de tous les saints ». 1
Ainsi, lors de l’hymne trois fois saint, le chœur céleste des anges et le
chœur terrestre des fidèles, en assistant à la liturgie, s’unissent à une
incessante et irrépressible doxologie envers Dieu. Le prêtre tend les mains
comme un autre Moïse ou il les relève en haut ou il se baisse jusqu’au sol
tout en récitant la prière secrète du Trisagion. Les chantres nous chantent le
« Saint Dieu », le Trisagion. Les anges assistants chantent avec nous, et
avec eux, toute l’Église triomphante, unie à l’Église militante en UNE
Église. Heureux celui qui sans erreur conçoit tout cela en esprit, le vit, le
ressent, le déguste, le touche… Lorsque la liturgie est célébrée par un
évêque, à la fin du Trisagion, il prend à sa main droite le chandelier à trois
branches avec trois cierges, fixées en Croix (tríkiron), et à sa main gauche,
le chandelier à deux branches, avec deux cierges, fixées en Croix
(dhíkiron). Il reste debout aux saintes portes et se tournant vers l’icône du
Seigneur il dit : « Dieu le tout-puissant, reviens donc ; regarde du haut
des cieux et vois. Interviens pour cette vigne, pour la souche plantée
par ta droite ».2
Les trois cierges du chandelier à trois branches symbolisent la Sainte
Trinité comme lumière. Le Père, c’est lumière, le Fils, c’est lumière, le
Saint-Esprit, c’est lumière, l’une Divinité au triple éclat. Les deux cierges
du chandelier à deux branches symbolisent les deux natures du Christ c’està-dire que le Christ est homme et Dieu en même temps, un homme parfait
et un Dieu parfait, le Dieu-homme Jésus-Christ. Comme on voit, l’on
accentue les deux dogmes fondamentaux de notre Église, avec les
chandeliers à deux et à trois branches : le dogme trinitaire et le dogme
christologique. Sans eux l’homme ne peut pas être sauvé.
1
2

Saint Évêché de Sérvia et de Kozáni, «Λόγοι οἰκοδομῆς…» p. 164.
Ps. 79, 15-16.

144
65. Une vision particulière de saint Éphrem le Syrien, nous rappelle le
vignoble du Seigneur. Le saint dit : « j’ai vu, qu’est ce que j’ai vu ? J’ai vu
une vigne, qui avait des raisins abondants mais s’était implantée à ma
langue, d’où elle prenait racine. Quand elle est sortie de ma bouche, ses
sarments se sont répandus tant, qu’ils ont couvert la terre entière. Tous les
oiseaux se reposaient sur la vigne, dans ce vignoble qui s’étendait à perte
de vue et s’envolant joyeusement en haut, se nourrissaient abondamment de
ses raisins… À mesure que les oiseaux en mangeaient, les raisins
multipliaient davantage… ils multipliaient continuellement ». 1
Quelle bénédiction divine ne serait cela donc, si chacun d’entre nous,
prêtres et évêques, devenait une telle vigne ! Quelle bénédiction ! Quelle
gloire au Dieu tout-Saint ! Quel coup mortel ne serait cela pour les démons
aussi et quel salut pour les âmes des pieux chrétiens, fidèles orthodoxes !
Quelle occasion bénie ne serait cela pour le salut de tous les gens, de tous
les peuples de la terre, de l’univers ! Quelle bénédiction ! « Je suis la vigne,
vous êtes les sarments : celui qui demeure en moi, et en qui je demeure,
celui-là portera du fruit en abondance ».2 La vision de saint Éphrem qu’on a
déjà décrite si pauvrement, se réfère immédiatement à ces paroles du
Seigneur. Car l’œuvre spirituelle d’un prêtre, soit comme père spirituel, soit
comme célébrant, soit comme prédicateur, soit comme un missionnaire, soit
comme un prêtre instituteur, soit comme un prêtre d’un village, soit même
comme un père de famille, donne de bons résultats, seulement quand il est
incorporé à la grâce divine salutaire du Dieu-homme et notre Seigneur
Jésus-Christ, avec une foi inébranlable, avec un sentiment humble, avec un
zèle spirituel et un esprit de renoncement. En ce cas, sans doute les fruits de
son œuvre, à l’aide de l’Esprit Saint seront toujours nombreux, succulents,
bons et salutaires. Malheureusement, on constate quelque chose de
décevant, tout autour de nous. Il y a une sécheresse spirituelle se déposant
sur plusieurs activités de l’Église. C’est la faute de tous les deux côtés : la
prière, le jeûne, la vigile, l’usage d’effort spirituel et l’envie douloureuse
pour le salut des âmes, sont absents dans la vie du prêtre. Les ouailles aussi,
le plus souvent sont indifférentes, tièdes, noyées d’abord dans leurs
passions et après dans les biens et les soucis de la société de
consommation… Pourtant, IL FAUT redresser la situation. L’amélioration
doit commencer par nous-mêmes, les bergers des troupeaux spirituels et
ministres du Très-Haut.

1
2

Matt. Lagkís, « Ὁ Μέγας Συναξαριστής… », tome I, p. 699.
Jean 15, 5.

145

6. LA LECTURE DE L’ ÉPÎTRE
Le Christ est venu. C’est le «Béni, celui qui vient ».
Pourtant, Il reste dans le silence pendant trente ans. Le Seigneur vient au
monde escorté d’une multitude d’anges, des armées d’anges mais Il reste
silencieux. Qui est-ce qui s’entend ? Qui parle ? C’est Jean le précurseur
qui nous «crie» : « Voici l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde» 2
et la voix du Père qui nous incite du haut des cieux : « Écoutez-le !»3
Comment le Seigneur parle-t-Il Lui-même, lors de la Divine Liturgie ?
Avec les saintes lectures : l’épître et l’Évangile. Pourtant, avant les
lectures et immédiatement après le trisagion, on entend le « prokiménon de
l’épître ».
Qu’est-ce que c’est que ce « PROKIMÉNON DE L’EPÎTRE » ? Ce
sont de petits versets de psaume qui nous révèlent les merveilles de Dieu,
comme p. ex. « Dieu est admirable dans ses saints… », « Parle, Seigneur,
ton serviteur t’écoute… » et bien d’autres.
Saint Germain nous dit que les « prokiménon » symbolisent la
révélation des mystères divins et leur signe avant-coureur par les prophètes
du royaume spirituel du Christ sur la terre. 4
À l’époque ancienne, le prokiménon était un psaume entier que les
fidèles chantaient comme les antiennes, séparés en deux chœurs. Chaque
fois que l’on ajoute des psaumes pendant la Divine Liturgie et qu’on chante
comme des antiennes, alors cela décèle la douceur des divins biens célestes.
C’est alors que l’âme s’adoucit et se réjouit, les yeux s’humidifient, le cœur
soupire, les sens se purifient, l’esprit s’illumine… tout ce qu’il y a autour de
nous est splendide et très joyeux…
Au Mont Athos on dit : « Prokiménon de l’épître » et les versets
s’ensuivent.
À tout prokiménon, on entend le prêtre nous inciter : « Soyons attentifs »,
c’est-à-dire qu’il faut faire attention, car c’est la sagesse de Dieu, la sagesse
de la parole divine qui s’ensuit. On répète ce « soyons attentifs » avant la
lecture évangélique aussi.
« Soyons attentifs… » et encore « soyons attentifs… » et encore « soyons
attentifs… » et malgré les incitations continues, nous n’y faisons pas
attention ! Pardonnez-moi, mais nous n’y faisons pas attention !
1

1

Mat. 21, 9,
Ps. 117, 26.
Jean 1, 29.
3
Luc 9, 35.
4
Saint Germain de Constantinople P.G. 98, 412 B.
2

146
Nous ne lisons pas les saints passages pour faire passer le temps et
même quand nous les « chantons ». Il ne faut pas « chanter » les lectures ! Il
faut réciter mélodieusement les lectures – épître et Évangile – d’un air
pieux, humble, rendant compte du sens des textes, dans la mesure du
possible. Car même avec les saintes lectures, nous célébrons le Verbe de
Dieu.
Saint Jean Chrysostome blâme sévèrement les chrétiens qui ne font pas
attention aux lectures, comme il convient, et il dit : « Le prêtre reste debout
entre les portes saintes et dit à haute voix : « Soyons attentifs… », voire à
maintes reprises. Cette incitation, c’est la voix de l’Église, mais la plupart
des gens ne l’écoutent pas.
Le lecteur dit : « Lecture de la prophétie d’Isaïe ».
Le prêtre : « Sagesse ! Soyons attentifs !
Le lecteur dit encore : « Lecture de l’épître de saint Paul aux Romains ».
Le prêtre : « Sagesse ! Soyons attentifs !
Avant la lecture du saint Évangile, le prêtre dit : « Lecture du saint
Évangile selon Matthieu… soyons attentifs… »
« Soyons attentifs… », « soyons attentifs… », mais personne n’y fait
attention ».
Le Saint continue : « Plusieurs disent : nous écouterons encore une fois la
même chose… toujours le même refrain. D’autres encore disent : quoi
qu’ils disent, on ne comprend rien… »
Puis le Saint répond : « Comment oses-tu dire qu’on lit toujours les
mêmes choses, puisque tu ne connais pas les noms des prophètes, ni ceux
des apôtres, ni ceux des évangélistes ? Encore plus, comment oses-tu dire
que tu ne comprends pas les saints passages des lectures lors de la Divine
Liturgie puisque tu ne les étudies pas du tout à la maison ?
Dis-moi donc, toi, tu ne conseilles pas tes enfants ? Pourtant, s’ils te
disent « tu nous as entrepris sur ton sujet préféré. Tu vas nous faire un
prêche encore ? » Si donc tes enfants te répondent de la sorte, tu ne crois
pas que cela soit une offense à ta personne ? Bien sûr ! Toi aussi, de la
même façon, tu offenses avec ton attitude le Christ et Son Église ! » 1
L’histoire donc se répète. « Soyons attentifs ! Soyons attentifs ! » Soyons
attentifs pour ne pas être mis en jugement !
S’ensuit la LECTURE DE L’ÉPÎTRE lors de laquelle nous ne lisons pas
de textes anonymes mais nous avons devant nous, l’apôtre lui-même, Paul,
Pierre, Jean, Jacques, qui ont écrit l’épître, ils y sont présents et parlent aux
chrétiens, assistant au saint culte, par la bouche du lecteur.
1

Saint Jean Chrysostome, Homélie 19, ΕΠΕ 15, 564.

147
L’épître est, non seulement un texte sacré, mais aussi la personne
vénérable de l’apôtre qui parle à nous tous et nous harangue : « Frères… »
Tous les épîtres commencent ainsi : « Frères… » et puis le texte continue.
Les exégètes-interprètes anciens nous expliquent que les Actes et les
Epîtres constituent un sermon évangélique, quoiqu’ils ne s’appellent pas
«Évangile». Le Seigneur a dit aux apôtres après Sa Résurrection : « Allez
par le monde entier, proclamez l’Évangile à toutes les créatures ».1 Les
Actes et les Epîtres, tous les deux, sont la bonne nouvelle et le sermon du
salut, c’est-à-dire le « saint Évangile ».
Saint Nicolas Cabasilas demande : « Pourquoi ne lit-t-on pas d’abord le
saint Évangile et après l’épître ? Ensuite il répond : ce que le Seigneur Luimême dit, est une révélation plus complète que celle dont nous parlent les
apôtres. En outre, nous avons dit que les événements pendant la Divine
Liturgie correspondent à une révélation progressive et suivent un cours
ascendant échelonné, avançant de l’inférieur au supérieur. Pour cela nous
lisons d’abord l’épître et après le passage évangélique ».2

1
2

Marc 16, 15.
Saint Nicolas Cabasilas P.G. 150, 416 C.

148

7. LA LECTURE DE L’ÉVANGILE
La joie à cause de la bonne nouvelle du salut, est exprimée avec le triple
« ALLÉLUIA » qui est chanté par les chantres dès la fin de la lecture
apostolique et qui signifie : « Louez Dieu ». Le mot même « alléluia »,
aussi bien que la façon dont il est chanté (en particulier au Mont Athos
pendant les vigiles), montrent qu’il s’agit d’une interjection de joie. C’est
un bon accueil joyeux au Seigneur qui, à travers l’Évangile, approche
l’assemblée liturgique des chrétiens fidèles.
L’« alléluia » ne concerne pas la lecture de l’épître mais celle de
l’Évangile. C’est pour cela que nous le chantons majestueusement,
lentement et mélodieusement, douze fois, comme cela se passe la Semaine
sainte. En même temps, le prêtre encense. S’ensuit la lecture du saint
Évangile. De nos jours l’alléluia est chanté brièvement.
L’« alléluia » nous rappelle le très expressif 19e chapitre de l’Apocalypse,
dans lequel sont décrits les événements suivants : l’évangéliste Jean « voit »
tout surpris devant lui, quelques nouvelles images impressionnantes, après
l’effondrement de Babylone. Ces scènes sacrées sont merveilleuses et
majestueuses, pleines de lumière divine. La force du mal a été désormais
éliminée et les oreilles de l’évangéliste sont remplies par des mélodies
supraterrestres. Une foule infinie d’anges commence à chanter
mélodieusement avec des voix harmonieuses, l’« alléluia ». (Le 19e
chapitre de l’Apocalypse décrit la grande chute de Babylone spirituelle,
pécheresse et vile. Cette chute occasionne un fracas, tellement fort, que sa
répercussion atteint les cieux. L’Avènement glorieux du Christ s’ensuit.)
Cependant, qu’est-ce que « alléluia » veut dire ? Cela veut dire :
« Glorifiez le Seigneur ! Louez Dieu ! » Veuillez chanter et glorifier le
Seigneur, auquel appartiennent toute gloire, tout honneur et toute adoration,
même notre salut ! Glorifiez-Le, car Il a enfin condamné Babylone
corrompue, qui, avec ses infamies a pollué les habitants de la terre.
Glorifiez-Le, car Il nous a libérés de la sodomie et de la manie meurtrière
contre les innocents chrétiens fidèles. Glorifiez-Le, car Il s’est vengé du
sang de ses enfants martyrs sur elle qui les a égorgés. (La ville infâme de
Babylone).
« Glorifiez Dieu » disaient les myriades des voix angéliques. « Alléluia,
alléluia, alléluia ». Oui, rendez grâces au Seigneur ! La fumée de
l’effondrement et de l’annulation de Babylone spirituelle monte aux cieux.
La force antichrétienne s’est enfin écrasée.

149
À l’instant, les vingt-quatre anciens qui représentent l’Église triomphante
des saints, se prosternent et adorent Dieu, assis sur son trône, tout glorieux
et céleste, en disant : « Amen. Alléluia… » Oui ! Glorifiez Dieu le
Seigneur et tout-puissant, toute l’Église céleste des saints.1
En même temps, des voix angéliques s’entendent, appelant tous les pieux
chrétiens fidèles à glorifier Dieu. « Louez, vous tous notre Seigneur Dieu »,
disaient les voix angéliques. Vous tous, qui préservez en vous la foi vivante
et inébranlable. Vous tous, qui avez gardé la parole de patience du Seigneur
jusqu’au bout. Vous tous, qui êtes pieux et avez crainte de Dieu. Vous tous,
qui avez gardé votre corps sans tache et votre âme sage. Vous tous, qui avez
préservé vos sens purs et votre esprit illuminé. Vous tous, aux yeux
desquels les larmes du repentir n’ont jamais cessé de ruisseler. Vous tous,
enfants et adultes, hommes et femmes qui avez confessé Jésus-Christ « et
Jésus-Christ crucifié ». Vous tous, qui êtes membres de l’Une, sainte,
catholique, Orthodoxe Église Apostolique ! …
L’évangéliste rajoute, que s’est alors passé quelque chose de grandiose et
de bouleversant : les cieux et la terre sont remplis par des voix
mélodieuses : « J’entendis comme la voix d’une foule considérable, comme
la voix de grandes eaux, et comme la voix de forts tonnerres, disant :
ALLÉLUIA ! Car le Seigneur, notre Dieu tout-puissant, a manifesté son
Règne ». 2
Aux six premiers versets du chapitre 19, nous rencontrons le mot
« alléluia » quatre fois. Comme il est beau cet hymne, ce quadruple
« alléluia » ! Quel hymne des chérubins ! Quelle joie ! Quelle exultation !
Quelle gloire ! Quelle louange ! Quel honneur ! « Alléluia », parce que
l’antéchrist a été complètement vaincu ! « Alléluia », parce que la
méchanceté s’est anéantie ! « Alléluia », parce que la Babylone spirituelle
est ruinée !
L’« alléluia » donc, était une manifestation d’enthousiasme au triomphe
de la vérité contre le mensonge. De la justice contre l’injustice ! L’
« alléluia » était un débordement de joie et d’allégresse pour la victoire de
l’Agneau Égorgé contre les fauves de l’antéchrist !
Cet « Alléluia » mélodieux est devenu une psalmodie incessante à la vie
liturgique de l’Église. Nous l’entendons maintes fois au saint culte, aux
psaumes du polyéleos, aux évlogitaria, aux Réjouis-toi et à la Sainte
Semaine, pendant les offices des Matines. On ne célèbre aucun office sans
chanter l’ « Alléluia ».

1
2

Revue « Ὁ σωτὴρ», fasc. 1565, année 1994, p. 454.
Apoc. 19, 6.

150
L’« Alléluia » est une incitation continuelle à glorifier le Dieu Trinitaire.
Il est une piqûre spirituelle pour que notre cœur se tourne vers les demeures
des saints. Il est la stimulation spirituelle pour que notre âme s’élance vers
les cieux imitant d’une certaine façon les anges, ces brigades célestes qui
dans les siècles ne cessent de glorifier le Dieu tout-saint et tout-puissant
« de leurs voix infatigables, en une incessante doxologie » ! Elles ne cessent
jamais. Les anges, les archanges, les dominations, les principautés, les
puissances, les trônes, les chérubins et les séraphins, ne sont pas fatigués,
n’assouvissent pas leur désir de chanter la gloire de notre Seigneur Dieu. Ils
ne cessent pas, car le Dieu Infini, étant un Dieu de bonté et un Dieu
donateur, dévoile et découvre continuellement, de nouveaux aspects de la
grandeur infinie de Ses divines qualités incréées. Toujours, dans les siècles
des siècles, hors temps, Il rajoute gloire à la gloire, allégresse à l’allégresse,
paix à la paix, amour à l’amour, béatitude à la béatitude, exultation à
l’exultation, de nouvelles lueurs divines à la lumière incréée, théologie à la
connaissance divine et bien d’autres manifestations multiples, très variées,
infinies et alternatives de Son amour et de Sa providence divins envers ses
créatures raisonnables, hommes et anges, même à la Création inanimée.
Tous ces biens indescriptibles et inexplicables du paradis et de la beauté
divine, sont « ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu et ce
qui n’est pas monté au cœur de l’homme ».1 Des laudes et des hymnes de
tout l’univers envers le Dieu tout-saint Trinitaire !2 Puisque l’alléluia est
une doxologie envers le Dieu ami des hommes, des laudes en faveur de Lui,
cela signifie que nous autres encore, nous avons plusieurs raisons de
glorifier le Dieu-homme Christ, le Sauveur de nos âmes :
 la première c’est que nous sommes nés de parents orthodoxes et que
nous nous trouvons aujourd’hui dans le commun saint culte raisonnable,
dans l’arche de l’Église et pas dans les ténèbres de l’athéisme, de
l’égarement et des hérésies. NON DANS LES SALLES, mais dans
l’Église !
 une deuxième raison est le sacrifice du Christ sur la Croix à travers
lequel nous participons au triomphe de la Résurrection et à la victoire sur le
diable et ses propres esprits malins.
 une troisième raison est la rémission des péchés et le salut de nos âmes
qu’Il nous accorde.

1
2

I Cor. 2, 9.
Revue « Ὁ σωτὴρ», p. 455 (extraits adaptés).

151
 une quatrième raison est Son corps tout saint et Son sang très précieux
qu’Il nous offre comme nourriture d’immortalité.
 une cinquième… sixième…, septième… mille raisons, qui ne finissent
jamais car pour des millions de raisons on doit reconnaissance,
remerciement et glorification à Dieu !
Tous les bienfaits de Dieu, spirituels ou matériels, temporaires ou
éternels, vieux ou récents, mais aussi toutes les angoisses et les émotions
que nous avons vécues, étant respectueux à la loi de l’Évangile et vivant
dans l’esprit du repentir et du saint culte, nous obligent à nous écrier
continuellement : « Alléluia ! Alléluia ! Alléluia ! »
En ce qui concerne l’encensement pendant les douze « alléluia », cela
symbolise la grâce du Saint-Esprit. Comme le parfum de l’encens se répand
dans toute l’église, la grâce aussi des paroles évangéliques, en tant
qu’effluve incréé, entre dans les âmes des chrétiens qui assistent à la lecture
évangélique avec dévotion. « Mes frères, louez Dieu ! »
66. À Catounákia un novice a dit à son ancien (père spirituel) :
-- Ancien, on te demande.
-- Qui ?
-- Trois théologiens laïcs.
-- Qu’est-ce qu’ils veulent ?
-- Que tu leur dises quelques propos salutaires.
-- Réponds-leur : « Qu’ils étudient le Nouveau Testament et le Psautier
quotidiennement. Ils ont oublié même la couleur de ces saints livres !
L’Évangile dit tout. Il résout tout. Il contient toute la connaissance, toute la
sagesse, toute la vie ! Va leur dire cela ! »
Le novice le leur a rapporté et eux, ils sont partis humiliés et pensifs.
Cela s’est passé de nos jours. 1
Avant la lecture de l’Évangile, on lit la prière secrète suivante :
« Fais luire en nos âmes, Seigneur ami des hommes, la pure lumière
de ta divine connaissance et ouvre les yeux de notre esprit, pour que
nous comprenions ton message évangélique. Inspire-nous aussi la
crainte de tes bienheureux commandements, afin que, réprimant en
nous les désirs de la chair, nous commencions à vivre selon l’Esprit, ne
pensant et n’agissant qu’à la seule fin de te plaire. Car tu es
l’illumination de nos âmes et de nos corps, ô ! Christ, notre Dieu et
nous te rendons gloire, ainsi qu’à ton Père sans commencement et à ton
très saint, bon et vivifiant Esprit, maintenant et toujours et pour les
siècles des siècles. Amen ».
1

Ancien Joseph de Vatopédi, « Ὁ χαρισματοῦχος ὑποτακτικὸς, γέροντας Ἐφραὶμ
Κατουνακιώτης», p. 165.

152
En d’autres termes cela signifie : « Fais resplendir dans nos cœurs la pure
lumière de la connaissance de ta divinité, ô ! Maître ami des hommes et
ouvre les yeux de notre intelligence pour que nous comprenions ton sermon
évangélique. Fais implanter en nous la crainte de tes saints
commandements, afin qu’ayant foulé aux pieds tout désir charnel, nous
menions une vie spirituelle ne pensant et n’agissant qu’à la seule fin de te
plaire… »
Pour que nous puissions comprendre cette prière secrète, il faut lire
attentivement le chapitre 4 de la seconde épître de Paul l’apôtre aux
Corinthiens, versets 3-6 qui nous disent à peu près ceci : « Souvent le
message de l’Évangile est occulté et inconvenable à ceux qui, volontiers
courent à leur ruine. Le démon, en tant que dieu de ce monde, aveugle
l’esprit de ces pécheurs incroyants et impénitents, de façon qu’ils ne
puissent voir la lumière de l’Évangile, qui décèle la gloire du Christ, qui est
l’image de Dieu et Dieu lui-même. Car, on ne prêche pas lui-même mais
Jésus-Christ comme Seigneur de gloire ».
Ces versets nous parlent de deux espèces de ténèbres et de lumières. En
premier, des ténèbres couvraient la terre avant que Dieu crée la lumière.
« Au commencement Dieu créa le ciel et la terre. La terre était déserte et
vide, et les ténèbres à la surface de l’abîme ».1 Quand Dieu eut dit « Que la
lumière soit », 2 les ténèbres se sont dissipées. Ainsi, il y a des ténèbres
naturelles et la lumière naturelle.
Cependant, il y a les ténèbres spirituelles et la lumière spirituelle. Quand
Adam fut créé « à l’image et à la ressemblance de Dieu », son esprit était
tout lumineux, lucide et claire. Les dons primitifs de la justice divine
pouvaient s’offrir de façon excellente. L’homme avait la possibilité du
choix, de la liberté, de la volonté, de l’innocence, de l’immortalité.
Cependant, quand les premiers hommes ont désobéi à la volonté de Dieu, la
lumière spirituelle de leur âme s’est changée en ténèbres. À cause de cela
on dit [le «à l’image» s’est noirci et l’esprit de l’homme s’est obscurci] – le
résultat de la chute. Néanmoins, Dieu qui a dit : « Que la lumière soit ! Et la
lumière fut », à travers notre Seigneur Jésus-Christ, son Fils unique qui est
devenu homme, a fait resplendir la lumière spirituelle et l’humanité
s’illumina.
Le Christ donc, est le soleil spirituel de l’humanité. Cependant, le
misérable « moi » de l’homme ne veut pas ouvrir ses yeux devant Christ-le
soleil et s’illuminer. Comme ceux, qui sont malades des yeux, sont gênés
1
2

Gén. 1, 1-2.
Gén. 1, 3.

153
par la lumière, l’évitent et préfèrent vivre à des lieux ombragés, portent des
lunettes ou quoi que ce soit, de la même façon, ceux qui sont malades de
l’égoïsme et de l’orgueil, sont faibles à l’égard de la vision spirituelle. Ils
haïssent et ont le dégoût de la riche lumière bienfaisante. Savez-vous ce que
le Christ a dit ? « La lumière est venue dans le monde et les hommes ont
préféré l’obscurité à la lumière parce que leurs œuvres étaient mauvaises.
En effet quiconque fait le mal hait la lumière et ne vient pas à la lumière de
crainte que ses œuvres ne soient démasquées ». 1
Celui donc, qui ressent son état de pécheur, a en même temps besoin
d’être illuminé par le Christ. Sans l’illumination du Christ, bien que
connaissant l’éducation classique, l’homme reste dans l’obscurité. Il ne sait
pas d’où il est venu, où il se trouve, où il va, quelle est sa vocation, où son
âme ira après sa mort.
Avant donc de lire l’Évangile – pendant la Divine Liturgie – nous, les
prêtres, nous demandons que notre Seigneur, en tant que Soleil de Justice et
Divinité au triple éclat, fasse présent de la lumière de la connaissance
divine à nos âmes. La lumière de la divinité est délivrée par le Seigneur, à
travers même la lecture évangélique, si simple que ce soit, si modeste que
soit la narration. À cause de cela, la lecture et l’étude quotidiennes du
nouveau testament sont nécessaires. L’esprit s’illumine, le cœur s’adoucit,
la volonté se renforce, l’homme se purifie de ses passions. La connaissance
divine est une semence qui enfante le salut, la vie dans l’homme. Étudiez
donc les écritures, parce que « ce sont elles qui rendent témoignage à mon
sujet ». 2
La pratique quotidienne des vertus évangéliques doit coexister avec la
connaissance divine. Si nous voulons la lumière de Dieu, nous devons
pratiquer les commandements évangéliques. Nier la tendance de la chair et
les convoitises mauvaises. Participer aux très saints mystères. Si l’on désire
que la lumière de la connaissance divine éclaire notre âme, alors le repentir,
les larmes, le jeûne, la continence, la prière, la vigile, la lutte contre les
passions… tout cela doit avoir la première parole. Seulement de cette façon
peut-on mener une « vie spirituelle » que l’on demande avec la prière
secrète. Dans ce mode de vie pure, nous connaissons le Dieu ami des
hommes, comme Celui-là veut se dévoiler.
La prière secrète aboutit ainsi :
« Car Tu es l’illumination de nos âmes et de nos corps, ô ! Christ
notre Dieu ».

1
2

Jean 3, 19-20.
Jean 5, 39.

154
Le mode de vie, pure et sans taches, illumine, non seulement les âmes,
mais aussi les corps ! C’est pourquoi, il y a des gens dont les visages sont
lumineux, éclairés. Cela provient de leur pure lumière d’âme. Cette divine
lumière intérieure, non seulement illumine, mais aussi embellit l’homme,
sans crèmes ni parures.
67. Mon épouse et moi, avions fait connaissance de la sous-diacre de
Saint Nectaire, ancienne Madeleine. Le visage de cette vieille de quatrevingt-dix ans était tellement lumineux qu’il resplendissait dans l’obscurité,
pendant qu’elle nous parlait. C’était un visage enfantin et éclatant comme
celui d’un ange. Elle avait une superbe beauté céleste qui provoquait
l’admiration et que toutes les femmes du monde en seraient jalouses ! Une
beauté céleste et non pas de ce monde.1
Si tu t’approches de cette âme, qui s’illumine par la lumière divine, et
que tu la touches, elle a une douce chaleur… la chaleur du Saint-Esprit et
l’effluve du ciel. C’est le saint culte, la Divine Liturgie, la vie prudente, la
pureté d’âme et de corps, l’observation des commandements, la
participation aux saints mystères, qui offrent ces dons.
68. Je me souviens de ce qu’on disait d’un prêtre à Áno Vrontou, un
village sur l’île de Chio, avant que la deuxième guerre mondiale ait eu lieu.
Il était malade, il avait une forte fièvre, mais puisque le lendemain était une
grande fête, il devait, coûte que coûte, célébrer la Divine Liturgie pour ne
pas abandonner ses paroissiens.
Il est sorti par les saintes portes, pour lire le passage évangélique, tenant
le livre sacré dans les mains. L’évangéliaire était lourd, on n’avait pas un
lutrin pour le placer. Il s’est dit :
-- Mon Christ, qu’est-ce qui va se passer maintenant ? Tu as tant de
millions et de milliards d’anges, n’envoies-tu pas un ou deux me tenir
l’évangéliaire ? Comment le tenir ? J’ai une température de 40 !
Et les anges le lui ont tenu !
Voilà le Mystère incompréhensible et inconcevable de Dieu et de la
Divine Liturgie. Nous ne le voyons pas, car les yeux de notre âme ne
fonctionnent pas. Nous ne l’écoutons pas, car nous sommes « sourds ».
C’est pour cela que le Seigneur dit sans arrêt « que celui qui a des oreilles
entende ». Avec les yeux de notre âme, nous verrons les choses spirituelles,
nous verrons les choses célestes – ce qui nous convient. 2
Tout ce qui se dit et tout ce qui se passe pendant la Divine Liturgie peut
paraître étrange, bizarre, des choses d’un autre monde. Pourtant, il ne l’est
pas ! Il est pour nous ! Ce que Dieu a aux cieux, le fait descendre et le
1
2

notes personnelles de l’auteur
notes personnelles de l’auteur

155
donne sur terre ! Si nous purifions notre cœur, nous verrons cela en
pratique.
69. Une fois, deux moines, L’ancien et son novice, montaient au sommet
de la Sainte Montagne pour célébrer la liturgie dans la petite église de la
Transfiguration : le père gréco-russe Abercius et son novice, père
Prochore. Ils sont enfin arrivés au sommet et ont passé la nuit à la cellule
de la très Sainte, là où la très sainte Mère de Dieu était apparue à saint
Maxime le Kafsokalyvítis. Après leur dîner frugal, ils ont célébré les
complies et les « réjouis-toi ». Puis ils iraient se reposer, séparément, à
deux petites cellules. Alors, L’ancien a dit à son novice :
-- Arrange-toi pour lire l’Évangile selon Matthieu tout entier, avant de
dormir et puis couche-toi.
-- Que cela soit béni, a répondu le novice.
Pourtant, il est allé à sa cellule, a fermé à clé la porte et s’est couché
sans faire ce que son ancien lui avait dit.
Après minuit, L’ancien a entendu de fortes voix. Quelqu’un criait « au
secours ». Il s’est réveillé effrayé, il s’est levé d’un bond. Les cris sortaient
de la cellule du novice. Il court vers la cellule.
-- Qu’est-ce qui se passe ? le demande-t-il. Pourquoi tu cries mon
enfant ?
-- Les démons me battent ! dit-il. Ancien… au secours !
L’ancien prend vite sa Croix et commence à faire des signes de croix sur
la porte et à dire toutes sortes de prières et d’exorcismes qu’il connaissait
par cœur. Rien du tout ! Il fait des signes de croix de nouveau sur la porte,
il dit encore quelques prières, rien du tout ! Il a essayé d’ouvrir la porte
mais c’était impossible ! Elle était fermée. Entre temps, le novice recevait
la raclée de sa vie…
Alors le père Abercius va à la fenêtre de la cellule qui, heureusement,
était ouverte et dit d’un ton impératif aux démons :
-- De quel droit battez-vous mon propre novice ?
Aussitôt, les démons se sont disparus ! Car, comme il est connu chez les
moines, seul L’ancien a des droits sur le novice. Ainsi, père Prochore a
expié durement sa désobéissance. Si le brave faisait l’obédience et lisait
l’Évangile, il serait en sécurité, tout calme et il dormirait doucement. 1



 « SAGESSE, TENONS-NOUS DROIT, ÉCOUTONS
LE SAINT ÉVANGILE. PAIX À TOUS ».
1

Archim. Joannice, « Ἀθωνικὸν Γεροντικὸν», p. 287.

156
La coutume des chrétiens d’écouter la parole du Seigneur, c’est-à-dire la
lecture évangélique debout, est passée comme un ordre et comme une règle
dès les temps anciens des Dîners dominicaux. Célébrants et peuple écoutent
avec bien du respect et tout silencieux, la sainte lecture, le saint Évangile.
Cependant, l’incitation « Tenons-nous droit » a une importance plus
profonde. C’est la deuxième fois qu’on l’entend. (La première fois, le
prêtre, lors de la petite entrée, élève l’évangéliaire de façon cruciforme et
dit : « Sagesse, tenons-nous droit » et la deuxième fois il dit la même
chose avant la lecture du saint Évangile).
Le célébrant ne reste pas seulement au « Sagesse, tenons-nous droit », il
ajoute sa bénédiction avec le signe de la Croix tout en disant :
-- « Paix à tous ».
Le peuple répond par les chantres :
-- « Et à ton esprit ». Écoutons le saint Évangile droits, non seulement au
physique et au moral mais avec la paix intérieure aussi, chose que le prêtre
souhaite au peuple et le peuple au prêtre.
Le signe de bénédiction du prêtre « paix à tous », est une bénédiction
effective du Christ Lui-même, nous dit saint Isidore de Pelouse.
Pourquoi ? Parce que c’est la dernière image visible du Christ sur la terre.1
Quand Il était monté aux cieux et bénissait les apôtres, c’est-à-dire à Son
Ascension, on voyait cette image. « Or, comme il les bénissait, il se sépara
d’eux et fut emporté au ciel ».2 Cela signifie que : jusqu’au Jugement
Dernier, quand Jésus-Christ, le Sauveur du monde, viendra juger le monde,
Il bénira tout le monde à travers le prêtre. D’ici là, la bénédiction de
l’Ascension et l’intercession du Fils qui s’assied à droite du Dieu-père tout
glorieux continuera. Par conséquent, quand le prêtre nous bénit, il nous
transmet la bénédiction du Dieu-homme Christ.
70. Dans le synaxaire (livre avec des vies de saints) des nouveaux martyrs
de Saint Nicodème l’Agiorite, il y a l’événement avec Ahmed qui, quand il
est entré dans l’église, il voyait qu’avec le signe de bénédiction du prêtre,
des rayons, des pinceaux lumineux, partaient de ses doigts et arrivaient aux
cœurs des chrétiens. Telle est la merveille de la bénédiction ! 3
* * *
Avant la lecture mélodieuse du passage évangélique, nous annonçons le
nom de l’évangéliste. Le prêtre dit : « Lecture de l’Évangile, selon saint
1

Saint Isidore de Pélouse, lettre 122, P.G. 78, 265 C.
Luc 24, 51.
3
Saint Nicodème l’agiorite, « Συναξαριστὴς Νεομαρτύρων», p. 509.
2

157
Matthieu (Marc, Luc ou Jean) ». C’est certain que tout ce que l’Évangile, selon n’importe quel évangéliste- contient, n’est que ce que notre Seigneur
Jésus-Christ a dit et a fait. Les miracles, les paroles, les ordres et les
commandements qu’Il a donnés, ainsi que tout ce qu’Il a subi : les insultes,
la passion affreuse, la crucifixion, la mort, la sépulture, la résurrection ;
c’est-à-dire Sa vie entière, de l’Annonciation et de Sa naissance « à la ville
de Bethlehem », jusqu’à l’Ascension.
Par conséquent, l’Évangile n’est pas seulement une description de
quelques événements historiques de la vie du Christ. Il ne nous conduit pas
seulement vers les événements du passé mais, en même temps, il nous fait
avancer, au moyen de l’instruction, vers le royaume des cieux ! Saint Jean
l’évangéliste nous certifie : « Ceux-ci ont été écrits pour que vous croyiez
que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu et pour qu’en croyant, vous ayez la
vie en son nom ».1 Ce n’est pas une histoire ordinaire, c’est une
posthistoire. C’est une révélation du Dieu vivant.
L’Évangile nous révèle aussi la fin du monde sensible. Une fin qui
viendra, qui vient et que dès notre mort elle est déjà venue. Car, après notre
mort, s’accomplit le premier Jugement partiel.
La lecture de l’Évangile ne se fait pas pour nous informer de ce qui se
passa en « ce temps-là » mais pour nous déclarer, nous prêcher le message
de la fin de ce monde et du Jugement Dernier. Elle nous claironne la bonne
nouvelle de notre salut mais par le repentir. « Convertissez-vous : le
royaume des cieux s’est approché ».2 Le Seigneur a commencé Son sermon
ainsi : veuillez devenir les concitoyens du ciel dès maintenant, avant que la
mort vous attrape. Cela est le message de la lecture du passage évangélique
lors du culte divin que le prêtre nous annonce.
L’évangéliaire par lequel la parole de Dieu est écoutée et le saint calice
s’appellent – tous les deux – « Eucharistie » ; c’est-à-dire que, nous les
prêtres, nous voyons et vous aussi, vous pouvez le voir, que tous les deux,
le saint Évangile et le saint calice, se placent sur l’autel.
À la première partie, la partie introductive à la Divine Liturgie, jusqu’aux
prières secrètes des catéchumènes, l’Évangile, placé sur l’Autel, occupe la
première place. Après la lecture évangélique, l’Évangile cède la place au
saint antimension que l’on déplie et sur lequel on place les Saints Dons
depuis la grande entrée.
Nous nous signons, tout en se prosternant devant l’Évangile, qui est le
livre liturgique sacré de notre Église, nous l’accueillons et nous
1
2

Jean 20, 31.
Matt. 4, 1.

158
l’embrassons plusieurs fois de nos yeux et de nos lèvres et de tout notre
cœur.
Dès la fin de la lecture évangélique, le prêtre ferme l’évangéliaire et
pendant qu’on chante lentement le « Gloire à toi, Seigneur, gloire à toi »
– selon le rite ancien – il passe devant tous les fidèles qui se trouvent dans
l’église et tout chrétien, se signant, embrasse l’Évangéliaire. Nous avons
aujourd’hui transposé ce rite aux matines des dimanches après la lecture de
l’Évangile matinal – Éothinon (il y en a onze). La lecture évangélique
matinale ayant fini et pendant qu’on chante lentement le psaume 50, le
prêtre, debout au milieu de l’église, tient l’évangéliaire à la hauteur de son
visage, couvre ses mains avec le phélonion et tous les chrétiens, l’un après
l’autre, dans l’ordre et sans bruit, l’embrassent. Par la suite, nous plaçons
l’évangéliaire dans le narthex ou à quelque porte-icône à la partie derrière
de la nef, afin que les chrétiens qui sont en retard puissent l’embrasser
aussi.
Il y a encore deux très bonnes habitudes qui témoignent de la piété et du
respect à la lecture évangélique mais aussi à l’Évangile lui-même.
La première habitude est que, pendant la lecture du passage évangélique,
les quelques chrétiens qui entrent dans l’église, ils restent immobiles dans le
narthex et ne s’avancent pas vers la nef. C’est un moment particulier du
culte orthodoxe cette immobilisation lors de la lecture évangélique. Dès la
fin de la lecture du passage, ils entrent dans la nef.
(Nous restons aussi immobiles et nous ne bougeons pas dans l’église,
pendant la lecture des six psaumes des matines (héxapsalme). Le temps de
lecture des six psaumes représente la durée du Jugement Dernier. Un temps
pas plus long que cela : « en un clin d’œil ». Dès que le retour du Christ
sera fait, le temps s’annule et le Jugement Dernier commence… mon
Christ, sauve-nous !)
La deuxième coutume est que lorsqu’on lit l’Évangile depuis les saintes
portes, de nombreuses mères avec leurs enfants, en particulier aux villages,
s’y approchent et s’agenouillent au-dessous du livre sacré. C’est comme si
la parole de Dieu tombe sur eux, les couvre et les lave avec sa force
vivante, de même que cette force qui sortait du Christ « et les guérissait
tous ». 1
Cependant, pour éviter le désordre et le bruit, on a supprimé cette
habitude. Les premiers siècles, tous les chrétiens, écoutaient la lecture
évangélique les mains élevées. Cette habitude s’est aussi affaiblie et par
l’écoulement du temps elle est éradiquée. Nous devons maintenir un ordre,
un respect et un aspect uniforme dans le saint culte.
1

Luc 6, 19.

159
L’Évangile matinal du dimanche se lit du dedans du sanctuaire, à la droite
de l’autel. Pourquoi ? Parce que le contenu de l’Évangile matinal se réfère
aux événements de la résurrection et le prêtre qui lit le passage évangélique,
représente l’ange qui, du tombeau du Seigneur –dans le cas en question,
c’est l’autel– a dit la bonne nouvelle, c’est-à-dire il annonça aux saintes
femmes, qui apportaient des parfums, la résurrection du Seigneur.
Le prêtre, pendant l’Évangile matinal, doit porter des ornements blancs
car il représente l’ange en tenue blanche éclatante : « Il avait l’aspect de
l’éclair et son vêtement était blanc comme la neige ».1 (Par conséquent,
cette obligation de porter des ornements blancs, qui était mise en relief
comme une règle aux anciens codes des premiers siècles, est due aux
Saintes Écritures).
Pourquoi le prêtre reste-t-il debout à droite de l’autel ? La réponse est
donnée par l’évangéliste Marc. Quand les saintes femmes, qui apportaient
les parfums, sont entrées dans le tombeau vide, « elles virent, assis à droite,
un jeune homme, vêtu d’une robe blanche et elles furent saisies de frayeur »
(ici encore on se réfère à la robe blanche).2 Ainsi, le prêtre qui lit l’Évangile
matinal, comme un autre ange, doit aussi rester debout à droite de l’autel.
Pourquoi le prêtre va-t-il au milieu de la nef afin que les chrétiens
embrassent l’Évangile ? La réponse se trouve une fois encore aux
narrations des évangélistes. À travers l’Évangile, les chrétiens se
prosternent devant le Seigneur Lui-même, qui, dès Sa résurrection, vint
debout au milieu de Ses disciples, à la chambre Haute de saint Sion et
accepta leur adoration, « les portes de la maison où se trouvaient les
disciples étant verrouillées ». 3
71. Une fois, un moine était arkhontáris dans un monastère de la Sainte
Montagne. L’arkhontáris est celui qui se soucie des visiteurs, arrange les
chambres, offre du café, des loukoums et de l’eau-de-vie. Il s’agit d’un
diaconat très fatigant et en particulier à la Sainte Montagne où les pèlerins
tous les jours sont très nombreux.
L’arkhontáris en question, était très fatigué à cause de son diaconat qu’il
exécutait depuis cinq ans et il a demandé à son ancien de le substituer.
-- Sois patient, lui a-t-il répondu et tu offriras l’hospitalité même à des
anges.
-- Que ça soit bénit, a répondu le moine.
Après peu de temps, lors du crépuscule, les portes du monastère étant
fermées et comme il était très fatigué, il s’est assis un peu dans la salle
1

Matt. 28, 3
Marc 16, 5.
3
Jean 20, 19.
2

160
d’accueil, il a ouvert le Nouveau Testament et a commencé à lire. Soudain,
il a vu un très beau jeune homme, en tenue blanche, entrer par la porte de
la salle.
-- Bénissez, mon père, lui dit-il. Ah ! Qu’est-ce que vous lisez, l’Évangile
du ciel ? Vous êtes bienheureux alors !
Avant même d’avoir le temps de répondre, car il était stupéfait, le jeune
homme a continué :
-- Ah ! Excusez-moi de vous avoir interrompu mais je suis très affamé.
L’arkhontáris était surpris mais il a dit très gentiment :
-- Voilà, voilà, asseyez-vous, je vais vous préparer quelque chose.
Comment vous appelez-vous ?
-- Je m’appelle Michel, répond le jeune homme.
Il a très vite commencé avec ardeur et empressement de mettre la table
afin que le jeune homme, en tenue blanche, puisse manger.
À cette heure-là, il n’a pas bien compris mais ensuite ses vêtements l’ont
impressionné.
-- Pendant que vous mangez, lui dit-il, je vais préparer votre cellule et
vous apporter un peu de salade.
Cependant, étant parti apporter la salade, il a instinctivement tourné sa
tête en arrière pour voir une fois de plus ce jeune homme qui l’avait tant
surpris. Ce très beau jeune homme avait disparu. Il était sans aucun doute
l’archange Michel !
Dès lors, son empressement pour offrir l’hospitalité avait grandi. Il se
souvenait de cet événement avec émotion. Il s’agit du père Philarète,
l’ancien ultérieur du monastère Constamonítou. 1
Si l’archange a appelé bienheureux celui qui étudie le livre sacré de Dieu,
le diable s’efforce de cambrioler notre esprit avec de mauvaises pensées et
de semer la zizanie pour disperser la richesse spirituelle que la parole de
Dieu accumule en nous.
« L’audition de la parole de Dieu dans l’église nous conduit au royaume
céleste, dit Saint Jean Chrysostome. L’évangéliste qu’on écoute est notre
guide spirituel à la ville du Haut-Jérusalem. Nous y entrons par la porte que
l’évangéliste nous ouvre –lorsque nous écoutons le passage évangélique– et
nous avons besoin d’un grand effort car, cette ville a un aspect royal et
splendide. Ouvrons donc les portes de notre intelligence largement, ayons
des oreilles pour entendre et avec respect prosternons-nous devant le roiChrist… La lecture évangélique est le paradis où coule la source du SaintEsprit. Une source de myriades de fleuves dont les flots ne sont pas aqueux
mais ils sont les dons même du Saint-Esprit. Ces flots se partagent aux
1

Hiéromoine Joannice Cotsónis, « Ἀνθοδέσμες…», p. 164.

161
âmes sans s’amoindrir ou être épuisés. La source reste tout-entière pour
tous et pour chacun séparément ». 1
Le Christ tout entier entre dans l’âme. Parfois et pour certaines âmes, les
paroles de l’Évangile et par conséquent celles des Saintes Écritures,
prennent une « substance » et deviennent la nourriture qui entre dans eux et
les rassasie. Parfois, elles deviennent la lumière qui illumine leur esprit,
l’élargissant pour comprendre les sens divins. Alors les sens acquièrent
d’autres dimensions… qui se prolongent dans l’éternité.
Ils sont tellement nombreux les dons du tout Saint-Esprit, une telle
multitude ! C’est pour cela que l’on insiste à la valeur et au besoin, non
seulement de l’audition de la lecture évangélique avec dévotion, mais aussi
de l’étude du Nouveau Testament, du Psautier, des prophètes et
généralement des Saintes Écritures à domicile.
La nouvelle annonce du saint Évangile, c’est le Christ. Le Christ est
« l’Évangile du salut ». Qu’est-ce qui peut égaler l’Évangile ? demande
Saint Chrysostome ». Dieu sur la terre, l’homme aux cieux. Tout s’est
réuni. Les anges font un chœur avec les hommes et les hommes participent
à la vie des anges et des autres puissances célestes. Il t’est possible de voir
la guerre de longue durée, maintenant apaisée (c’est-à-dire la réconciliation
de Dieu avec l’homme), le diable humilié, les démons qui s’enfuient, la
mort abolie, le paradis ouvert, la malédiction qui s’est éteinte, le péché
écarté, la vérité qui est revenue, la parole fructueuse de Dieu qui est
parsemée et qui aboutit à la vie céleste ». 2
La lecture évangélique, qui est la source de vie, nous est donnée
facilement. On n’est pas fatigué, on n’a pas peiné ! En plus, on nous
demandera la parole, car Dieu nous a aimés « jusqu’à la mort, à la mort sur
la Croix ». 3
Il ne convient pas que les chrétiens aillent à la liturgie après la lecture
évangélique, suivant un canon ancien de l’Église. Certes, il y a quelques
obstacles naturels tels que les grandes distances, les bébés, le froid
quelquefois… Efforçons-nous et le ciel nous aidera.
Il y en a quelques uns, heureusement peu nombreux, qui s’en vont en
plein milieu de la Divine Liturgie. Ils doivent être soumis à
l’excommunication –suivant les canons de l’Église qui sont très rigoureux–
car « ils occasionnent un désordre et ils méprisent les saints mystères ». 4
1

2

Saint Jean Chrysostome ΕΠΕ 9, 47-49.

Saint Jean Chrysostome, Homélie I, ΕΠΕ 12, 429.
Philippiens 2, 8.
4
Alivizátos Amílcas, «Οἱ ἱεροὶ Κανόνες », p. 11.
3

162
Ne nous plaignons pas que nous ne comprenons rien. Comment
comprendre avec la dissipation et le grand désordre qu’il y a en nous ?
Comment voir avec une telle obscurité intronisée dans notre cœur ? Qu’estce qui confond notre esprit et notre cœur ? Nos passions, l’amour-propre
(amour de soi-même), l’orgueil, l’attitude du monde, notre esprit non
éclairé et le manque de foi. En plus, l’incurie, la paresse, la colère, la
dureté, la concupiscence, l’avarice, la cruauté, la méchanceté et tant
d’autres…
Les chrétiens des premiers siècles aimaient beaucoup l’étude des Saintes
Écritures, tandis que les pères spirituels-confesseurs contemporains, nous
sommes très satisfaits, si nous arrivons à obtenir, ne fût-ce qu’une faible
promesse de la part des fidèles, qu’ils étudieront quatre ou cinq versets par
jour ! …Gare à nous ! C’est une honte de ne pas étudier les Saintes
Écritures, en tant que chrétiens orthodoxes, tandis que les hérétiques la
« dévorent » à proprement dire ! Peut-on entrer dans le paradis de la sorte ?
Peut-on vaincre le diable de cette façon ? Peut-on lutter contre ses passions
de la sorte ? Le peut-on, quand on s’est endormi ?
72. En 1960, j’étais diacre au saint diocèse de Thessalonique et je suis
passé à une librairie religieuse pour acheter un livre. J’y ai rencontré le
père Léonidas qui était alors le prédicateur du diocèse. À peine deux
minutes avaient-ils passé, qu’une petite vieille, âgée d’à peu près 75 ans,
est entrée. Elle a dit bonjour, a demandé la bénédiction du père Léonidas et
a voulu acheter la Sainte Écriture.
P. Léonidas : tu sais lire ?
Vieille : N… non !
P. Léonidas : Tu l’achètes pour en faire cadeau à tes enfants ou à un de
tes petits-enfants ?
Vieille : Non ! Non !
P. Léonidas : Eh ! Alors, qu’en feras-tu, puisque tu ne sais pas lire ? Tu
vas donc la placer à l’iconostase ?
Vieille : Non ! Non !
P. Léonidas (vivement) : Eh ! Alors, qu’en feras-tu ?
Vieille : Voilà, père, je la prendrai le matin et le soir, je resterai debout
devant l’iconostase du Christ, avec sa petite lampe à huile allumée, je
l’ouvrirai au premier chapitre et je dirai au Christ : «Mon cher Christ, moi
je suis illettrée, mais fais que tout ce qui est écrit dans cette page loge
d’abord dans mon cœur (elle a montré le lieu de son cœur) et puis dans
mon intelligence (elle a montré sa tête) et illumine-moi pour que je puisse
dire ce que tu écris là-dedans, d’abord à mes enfants et petits-enfants et
ensuite à ceux qui ont soif de ta parole».

163
Un instant, nous sommes restés sans voix, tout surpris. Puis, le père
Léonidas a béni cette âme pieuse et il lui a fait cadeau un Nouveau
Testament.1
Personnellement, j’ai tiré la leçon. Je crois que cette âme-là sanctifiée,
jugera un grand nombre de nous, clercs et laïcs – chrétiens orthodoxes de la
Grèce contemporaine – à cause de la négligence et de l’indifférence que
nous montrons en ce qui concerne l’étude des Écritures, désobéissant au
commandement de Dieu qui nous dit : « il récite sa loi jour et nuit »2,
« vous scrutez les Écritures… ce sont elles qui rendent témoignage à mon
sujet ».3
L’Évangile donc, nous conduit à observer harmonieusement les
commandements, à la pure connaissance contemplative sur le caractère
trinitaire du saint Dieu, sur Jésus-Christ le Dieu-homme et, en général, sur
l’œuvre du salut par le fait de l’Incarnation, car là-dedans on trouve les
incitations pour pratiquer les vertus, l’observation des commandements et le
respect envers les dogmes de notre foi.
Saint Jean Damascène compare la sainte Écriture à un paradis, c’est-àdire à un jardin qui a une porte et il dit : «Qu’on frappe à la porte de ce très
beau paradis des saintes Écritures qui est très odorant, très délicieux et
rempli des grâces qui vont droit au cœur et quand on est triste, il nous
console et quand encore on est agité, il nous calme, il nous rehausse». Puis
il s’étonne : « Comme la sainte Écriture, avec l’étude, élève notre esprit sur
le dos de la colombe divine et nous emmène par ses ailes argentées au Fils
et Verbe de Dieu qui règne au royaume des cieux, à l’Héritier du Vigneron
du vignoble spirituel ! » Le saint continue : « Toutefois, qu’on ne frappe
pas cette porte de la sainte Écriture indifféremment, comme si l’on
s’occupait d’une activité secondaire ou de quelque chose d’ennuyant mais
qu’on y frappe instamment et patiemment ne nous laissant pas abattre. Car
seulement de la sorte la porte du royaume des cieux nous sera ouverte.
Quand on lit l’Évangile et l’on ne comprend pas le texte, ne nous
décourageons pas mais continuons l’étude et, à un autre moment Dieu peut
nous donner l’illumination et la réponse. Demandons aux Pères qui dans
leurs livres interprètent les saintes Écritures, à l’Église et aux pères
spirituels, car la parole de Dieu nous incite : « Pour apprendre, demande à
ton père et lui il t’annoncera la vérité ». 4
* * *
1

notes personnelles de l’auteur
Ps. 1, 2.
3
Jean 5, 39.
4
Saint Jean Damascène : « Ἔκδοσις ἀκριβής…», p. 397.
2

164
Saint Jean Chrysostome dit ceci : « Le Christ a appelé à juste titre la
sainte Écriture « porte » car : elle nous introduit et nous fait approcher de
Dieu, elle façonne notre caractère et nous rend doux comme les moutons,
elle nous protège des ennemis divers.
Cette porte de la sainte Écriture est sûre. Elle défend l’entrée aux
hérétiques et aux égarés et nous tient en sécurité. Elle nous donne la juste
doctrine et ne nous laisse pas vivre dans le mensonge et l’égarement.
Dans la sainte Écriture nombreux sont les exemples des Justes qui ont
souffert un tas de tribulations et qui sont quand même parvenus à les
dépasser. Les histoires des saints, avec leurs multiples martyres, nous
donnent aussi leur propre force et tonifient notre foi. Les saints martyrs ont
été les imitateurs des épreuves, d’abord du Christ Lui-même et par la suite
des justes et des saints de notre foi.
C’est pour cela que Paul utilisait cette façon pour consoler quelques
chrétiens. Quand il écrivait l’épître aux Hébreux, il nous recommandait le
prophète Daniel, les trois Enfants dans la fournaise de feu, le prophète Élie,
le prophète Élisée et tant d’autres comme exemples de patience, de
résignation et de foi… le saint qui parle d’or aboutit : « Participer aux
épreuves des martyres dont les autres ont souffert, ne fût-ce qu’avec le
souvenir et la mémoire, assure la consolation à tous ceux qui sont au
désespoir et souffrent. Ainsi, pour ne pas être déçu ou fléchir sous le poids
des épreuves qu’on rencontre et qui nous harcèlent, qu’on accoure tous aux
exemples des saints et des justes des Saintes Écritures et, en particulier, à
celui de Job qui à un moment a écouté : « tes dix enfants sont tous morts »
et il a répondu : « que le nom du Seigneur soit béni dans les siècles ! »1
C’est une réponse que notre Église chante triomphalement à toute Divine
Liturgie. L’esprit s’illumine, la volonté se renforce, la foi se fortifie et les
décisions se renouvellent par les eaux vives de la parole divine ». 2
Tout ce que Saint Chrysostome et Saint Damascène nous ont dit, montre
qu’il est indispensable d’étudier les Saintes Écritures régulièrement,
systématiquement et assidûment. Il ne suffit pas de les ouvrir, les feuilleter
et les lire vite, superficiellement, sommairement. Nous ne pouvons pas
jouer avec le livre de Dieu, ni le tenir pour quelque chose de frivole ou le
mépriser. Il ne s’agit pas d’un journal, d’un magazine, ce n’est non plus une
télévision ou une radio ! Il est nécessaire que notre âme la «mâche» et
l’assimile. Il faut l’assimiler et la mettre en action.
Nous voyons l’influence bénéfique et la toute-puissance de la parole
divine à l’événement suivant.
1
2

Job 1, 21.
Saint Jean Chrysostome, homélie II, ΕΠΕ 9, p. 75-77.

165
73. Quand j’étais diacre à l’église de la Toute Sainte « Révélée » à Néa
Mikhanióna de Thessalonique, on a demandé au père Basile, qui était alors
le curé de l’église, de lire les exorcismes à une femme qui avait un esprit
malin, c’est-à-dire qui était possédée, liée avec une corde et que quatre
hommes n’ étaient pas capables de la soutenir et lui, il a répondu : « Il est
nécessaire qu’ on lui lise avec le livre des Quatre Évangiles ; pour cela
vous resterez ici quatre jours. Chaque jour, je lirai un évangile entier sur
elle.
Pendant la lecture des Évangiles, le démon la faisait palpiter et ses
proches la soutenaient de vive force sous l’étole. Après la lecture du dernier
évangile, le prêtre a dit le congé avec le «Par les prières… » et il a
légèrement frappé de sa main droite la tête de la possédée. Il a relevé
l’étole et le démon était parti. La femme était maintenant «vêtue et dans son
bon sens». C’était un miracle de notre Seigneur, pareil à ceux que les
évangélistes décrivent.1
Au cours de la Divine Liturgie, après les lectures sacrées – l’évangile et
l’épître – s’ensuit le sermon de la parole de Dieu et par la suite
«l’Ecténie » (la litanie ardente ou la prière instante).
Cela se passait dès les temps anciens jusqu’aux années récentes. De
temps à autre il se passe même aujourd’hui. C’est là, la place normale du
sermon, et non pas pendant le Kinonicón (le verset de communion du jour).
Certes, on a transposé le sermon pour des raisons purement pratiques, car,
malheureusement, les chrétiens vont à l’église très tard. Le sermon de la
parole de Dieu a été de tout temps conjoint à la prière et au culte de notre
Église. Le Seigneur Lui-même enseignait aux synagogues « le jour du
sabbat » 2 et faisait là des miracles.
 Paul, le grand apôtre des nations, se rend compte de ce que la
responsabilité est lourde, si l’on ne prêche pas : « Malheur à moi si je
n’annonce pas l’Évangile ».3 Quand il écrit à son disciple Timothée
l’apôtre, il ordonne : « Proclame la parole». 4

Saint Justin, martyr et philosophe de notre Église, en 100 après J. C.
environ, nous donne le premier témoignage que le ministère de la parole
commençait après la lecture des Saintes Écritures.5
Conformément à l’étude médiocre et pauvre que j’ai faite aux textes
patristiques, j’ai constaté que le sermon doit être un sermon de repentir.
1

notes personnelles de l’auteur
Marc 3, 2.
3
I Cor. 9, 16.
4
II Tim. 4, 2.
5
Saint Justin le martyr et philosophe, P.G. 6, 429, B.
2

166
Quand Jésus-Christ, après sa résurrection, envoyait ses apôtres dans toutes
les nations, Il leur a dit non seulement de prêcher mais aussi de quoi
prêcher : « on prêchera en son nom la conversion et le pardon des péchés à
toutes les nations ».1 Saint Paul l’apôtre aussi, a annoncé « à se convertir et
à se tourner vers Dieu ».2 Le sermon donc de l’Église, l’Évangile du Christ,
est le repentir et la conversion de l’homme vers Dieu.
Le grand privilège et le grand don que l’Évangile annonce et que l’Église
offre, se relie au repentir : la rémission des péchés ! Je pense, et
personnellement je crois, que le sermon de l’Église doit être un sermon de
repentir et de conversion de tous les gens vers la volonté de Dieu, quelles
que soient les circonstances et les nécessités qui pressent les peuples et les
nations et surtout les chrétiens.
Sans aucun doute, nous les prêtres, nous stigmatiserons le mal, nous
critiquerons, nous réprimanderons, nous ferons des remarques à ceux qui
commettent des illégalités, mais nous sermonnerons aussi, nous
catéchiserons, nous conseillerons de façon paternelle, nous prierons et
inviterons continuellement le peuple à se repentir. « Réconfortez,
réconfortez mon peuple, dit Dieu, parlez au cœur de Jérusalem ». 3
L’Église, comme saint Paul l’apôtre écrit, n’a pas reçu le commandement
de la part du Christ de prêcher des théories philosophiques et des idéologies
sociales mais « a reçu la grâce apostolique pour conduire à l’obéissance de
la foi ».4 Elle a paru au monde pour prêcher le repentir et la conversion avec
obéissance à la volonté de Dieu et non pour faire que les hommes
commencent à discuter, à se heurter, à combattre, à tuer. Non pour se
diviser avec les hérésies et les égarements, comme il se passe depuis deux
mille ans, mais pour obéir aux saints canons et aux décisions prises par les
sept Conciles Œcuméniques, pour se repentir et pour que tous y croient.
À la prière secrète qu’on récite avant la lecture évangélique, nous
demandons de Dieu l’illumination pour le sermon : « Pour que nous
comprenions Ton message évangélique ». Cette phrase se réfère aussi au
sermon de la parole divine, puisque le sermon, en tant qu’exégèse, est la
continuation et le prolongement de la Sainte Écriture. Cela signifie qu’il
faut que Dieu nous illumine quand nous étudions la parole de Dieu chez
nous, aussi bien que quand les prêtres la prêchent et les fidèles l’écoutent.
74. Saint Jean le miséricordieux (555-619 après J.-C.) a été archevêque
d’Alexandrie pendant la dernière décennie de sa vie. À son époque,
1

Luc 24, 47.
Actes 26, 20.
3
Es. 40, 1-2.
4
Rom. 1, 5.
2

167
certains chrétiens impies, avaient la mauvaise habitude suivante : après la
lecture de l’Évangile, lors de la Divine Liturgie, ils sortaient de l’église et
commençaient à bavarder. (C’était l’heure même du sermon !) Ils y
entraient de nouveau lors de l’hymne des chérubins. Une fois, voyant que la
situation restait incorrigible, saint Jean, en tenue d’évêque, est sorti hors
de l’église et s’est assis avec eux ! Tout en le voyant, ils ont été surpris.
Alors, le saint leur a dit :
-- Ne vous étonnez pas ! Le berger doit être là où se trouve son troupeau.
Allons tous dedans, sinon je reste avec vous dehors et je vous prêche ici la
parole de Dieu !
De la sorte, il est parvenu à corriger cette mauvaise habitude. 1
* * *
Avec tout ce qu’on a dit sur le saint culte et sur le sermon, on conclue
que l’Église ne comprend que deux parties : la célébration de la parole
divine et la célébration des saints mystères, c’est-à-dire l’Ambon et l’Autel.
Tout ce qu’on prêche depuis l’ambon et l’on annonce dans l’église,
« qu’elle est l’Église du Dieu vivant, colonne et soutien de la vérité »,2 tout
ce qui est dit de n’importe quelle façon et par n’importe qui,
malheureusement n’est pas une parole visant à la repentance et à la
conversion des pécheurs. Le sermon dans le saint culte doit être, autant
comme contenu que comme expression, du même esprit que le saint culte,
la foi et la prière de l’Église. 3
75. Un dimanche, saint Spyridon célébrait la liturgie lui seul. Tous les
fidèles chantaient. Après la lecture évangélique, d’innombrables voix
angéliques ont commencé à chanter. Tous sont restés muets d’étonnement,
d’admiration, de retenue et de peur. Quand saint Spyridon a dit au peuple
« paix à tous », les anges et les archanges, les chérubins et les séraphins,
les trônes, les principautés, les puissances, les dominations, toutes les
armées angéliques ont répondu de la même voix : « et à ton esprit » ! Ainsi,
ce dimanche-là inoubliable, les chrétiens fidèles ont vécu le culte de
l’Église triomphante unie avec l’Église militante sur la terre. L’une Église
avec l’un Berger, le Christ.4

1

Matt. Lagkís, « Ὁ μέγας Συναξαριστὴς… », vol. XI, p. 381.
I Tim. 3, 15.
3
Saint Évêché de Sérvia et de Kozáni, « Λόγοι οἰκοδομῆς… », p. 224.
4
Saint Nicodème l’agiorite, « Συναξαριστὴς Νεομαρτύρων», vol. I, p. 294.
2

8. L’ECTÉNIE ARDENTE
Justement après la lecture évangélique et le sermon, s’ensuit la Litanie
ardente, (« l’ Écténie », la prière instante), qui est une prière fervente à
Dieu pour tous les croyants, vivants ou défunts, comprenant six demandes
au total. Elle commence avec l’incitation :
« DISONS TOUS DE TOUTE NOTRE ÂME ET DE
TOUT NOTRE ESPRIT, DISONS ».
Comme Jésus-Christ, ce soir-là dans le jardin de Gethsémani, avant
qu’on l’arrête, « pris d’angoisse, il priait plus instamment »1, voire de telle
façon que Sa sueur tombait par terre et aux racines des arbres comme des
grumeaux de sang… nous aussi, nous devons prier de la même manière.
Avec insistance et foi, « de toute notre âme et de tout notre esprit » après la
divine lecture évangélique.
Est-ce que nous participons vraiment à la Divine Liturgie ? Nous ne
devons penser qu’au Christ. À rien d’autre qu’au Christ et à ce qu’Il
ordonne. Ainsi, nous faisons ce à quoi le prêtre nous incite avec vivacité
dès le début de la litanie ardente : « Disons tous de toute notre âme et de
tout notre esprit, disons ». Pourtant, combien parmi nous, exécutons-nous
cette incitation de l’Église ? Malheureusement, nous sommes présents
physiquement, mais nous sommes absents spirituellement, ayant les nerfs
de l’âme « en hypnose », sorte d’engourdissement d’esprit.
76. Une fois notre saint père Nicolas Planás encensait à l’heure de la
neuvième ode, quand les chantres chantaient le « plus vénérable que les
chérubins et bien plus glorieuse que les séraphins ».
Il a passé devant une dame qui restait debout dans une des stalles d’à
côté et ne l’a pas encensée. Il ne l’a pas du tout encensée, il a seulement
passé à côté d’elle. Deux stalles plus loin il y en avait une troisième qui
était vide. Il s’est arrêté là, il l’a encensée cinq, six fois et il est parti.
Quand la Divine Liturgie a fini, cette dame est allée au prêtre et lui a dit :
-- Père Nicolas, à la neuvième ode tu ne m’as pas encensé, tandis que tu
as encensé une stalle vide.
-- Eh ! Madame Georgette, toi, tu n’étais pas là ! La stalle vide est celle
de madame Marie qui est malade. Elle était malade chez elle, cependant

1

Luc 22, 44.

169
elle était ici avec son cœur et son esprit. Toi, tu étais ici avec ton corps,
mais avec l’esprit, tu étais à tes chèvres ! 1
Le « disons tous… » se réfère aux fidèles qui se trouvent dans l’église
ainsi qu’aux membres du clergé de n’importe quel rang.
Saint Nicolas Cabasilas, relativement à cela, dit : la litanie ardente est
une prière pour les fidèles qui respectent les commandements de l’Évangile
et sont imitateurs de l’amour pour les hommes du Christ. Ceux-là sont les
pasteurs, car s’ils sont conséquents dans leurs obligations, observent et
enseignent ce qui est écrit dans l’Évangile, guident bien les brebis
spirituelles du Christ et méritent d’être l’objet des prières communes. 2
La litanie ardente continue avec des demandes déjà analysées comme :
 « pour tous les chrétiens fidèles et orthodoxes… »,
 « pour notre archevêque N… »,
 « pour obtenir miséricorde, vie, paix, santé… »
Le peuple répond au moyen des chantres par un triple « Kyrié éléison ».
Saint Nicolas Cabasilas observe que « demander à Dieu sa miséricorde,
veut dire demander Son royaume, qu’Il a promis à tous ceux qui le
recherchent et qu’Il leur rajoutera le reste dont ils ont besoin. C’est pour
cela que les fidèles se contentent de cette oraison qui est efficace pour
toutes nos demandes.3
* * *

La demande suivante de la litanie ardente est celle-ci :

« NOUS TE PRIONS ENCORE POUR LES PRÊTRES,
LES DIACRES, LES MOINES ET POUR TOUTE
NOTRE FRATERNITÉ DANS LE CHRIST ».
Quelle est la fraternité dans le Christ pour laquelle on prie ?
Il y a deux réponses :
 la première considère comme fraternité dans le Christ tout le corps
des pasteurs (patriarches, métropolites, archevêques, évêques, prêtres,
diacres) et de tous les moines.
 la deuxième va être analysée plus amplement : quand le Dieu-homme
Seigneur Jésus-Christ est venu au monde, Il a embrassé l’homme humble et
méprisé, l’appelant « Son frère ». Celui qui obéit à la volonté du saint Dieu,
est aussi le frère de Jésus-Christ. Il le certifie Lui-même : « Quiconque fait
1

Marthe, moniale, « Ὁ ἅγιος παπα-Νικόλας Πλανᾶς», p. 61-62.
Saint Nicolas Cabasilas « Ἑρμηνεία στὴ θεία Λειτουργία», p. 82.
3
du même auteur : chap. XXII, P.G. 150, 396.
2

170
la volonté de mon Père qui est aux cieux, c’est lui, mon frère, ma
sœur… ».1
« Un frère » selon la langue grecque est « celui qui est né de la même
mère ». Pourtant « frères » au sens spirituel du terme et selon le message de
l’Évangile, sont ceux qui sont nés de la Mère-Église. Celle-ci est la mère
spirituelle des fidèles. Les fonts baptismaux constituent le sein de la Mère.
Comme les enfants qui sortent du même ventre s’appellent frères et sœurs,
ceux qui sont baptisés et sortent des fonts baptismaux orthodoxes, qui sont
les mêmes pour tous, s’appellent frères et sœurs. C’est pourquoi, dans toute
église orthodoxe, il ne faut pas être indifférent. Nous sommes tous, frères et
sœurs, en Jésus-Christ.
Ιl faut se connaître, fraterniser, se mettre en contact de plus en plus
intime. Approchons-nous les uns des autres. Échangeons le salut de
l’amour, le « bonjour » béni, le sourire, le baiser du Christ. Pas de façon
hypocrite ou mensongère, mais chaleureusement, ardemment, de tout notre
cœur. « De toute notre âme et de tout notre esprit ». Nous sommes « ses
membres, chacun pour sa part »,2 des membres du Christ, c’est-à-dire des
frères.
Dans l’église, les discriminations sont abolies. Qu’on soit riche ou pauvre,
armateur ou général, député ou professeur à l’université, élève ou étudiant,
agriculteur, cultivé ou illettré, industriel ou ouvrier… tous, mais tous, sont
égaux dans l’église ! Égaux devant Dieu. Enfants de Dieu, frères et sœurs !
Les discriminations de type mondain, se mettent hors de l’Église, il n’y en a
pas et il faut qu’il n’y en ait pas dans les églises.
Les chrétiens sont comme des frères et sœurs entre eux; comme la fratrie
se mettent à table commune et mangent ensemble après avoir fait leur
prière, de la même façon, dans la même église, assis tous et rassemblés
autour de la même Table, avec les anges et les archanges, avec les
chérubins et les séraphins, avec les prophètes et les justes, avec les apôtres
et les saints… tous ensemble à la même Table, nous mangeons le même
Corps et nous buvons le même Sang ! C’est pourquoi, selon nos Pères, nous
avons « le même sang avec le Christ », le même Sang coule dans nos
veines.
Notre fraternité ne doit pas se limiter seulement dans l’église, mais au
contraire, elle doit aussi s’étendre en dehors, de façon sociable. Sans intérêt
personnel, sans arrière pensée. Une fratrie dans l’église, une fratrie hors de
l’église. Cela se mettait en pratique par la première Église chrétienne,
comme le livre des Actes des Apôtres témoigne : « La multitude de ceux
1
2

Matt. 12, 50.
I Cor. 12, 27.

171
qui étaient devenus croyants, n’était qu’un cœur et qu’une âme et nul ne
considérait comme sa propriété l’un de ses bien ; au contraire, ils mettaient
tout en commun ». 1
Plusieurs sont ceux qui ont utilisé et ont spéculé sur le mot « fraternité »,
c’est-à-dire des groupes d’hommes, des nations, même des révolutions,
comme la révolution française, dont le slogan était le triptyque : fraternité –
égalité –liberté. C’est un bon slogan mais il reste irréalisable sans le Christ !
Car, celui qui n’appartenait pas à cette « fraternité » l’attendait la guillotine,
c’est-à-dire la décapitation.
Les Français ont échoué en utilisant ce terme, non parce que Dieu ne le
voulait pas mais parce que les gens ne l’ont pas voulu. La même chose se
passe jusqu’à présent. L’enseignement du Christ et Son Église proposent
cette fraternité pour la coexistence en paix entre les hommes, la concorde,
l’amour entre eux, chaque jour, chaque fois qu’on célèbre la Divine
Liturgie. Néanmoins, celle-ci ne se réalise pas, non parce que Dieu ne le
veut ou ne le peut pas, d’ailleurs c’est Lui qui la propose, mais parce que
l’homme ne le veut pas. Car, c’est moi qui ne le veux pas, c’est toi, c’est
l’autre ! On a beau s’appeler des vrais chrétiens, on ne l’est pas !
Il est nécessaire que « la fraternité en Christ » soit vraiment « en
Christ » ! Car, aucun système humain social n’a eu de succès
jusqu’aujourd’hui, la chute du socialisme existant en étant la preuve. On
dirait que cela a été même une utopie. La vie chrétienne quand-même se
base ailleurs : là où deux ou trois croient et règlent leur vie suivant
l’Évangile et le saint culte, dans ce petit groupe, il y a l’image de la
communion en Christ, « de la fraternité en Christ ». Si peu font cela,
plusieurs peuvent le faire aussi mais à l’aide de Jésus-Christ.
Nous tous, qui assistons à la liturgie, qui nous confessons, qui participons
à la Sainte Eucharistie, qui avons :
 une seule foi,
 un seul baptême,
 une seule Eucharistie,
 un seul dogme,
 un seul saint culte…
 qui menons une lutte commune… avant qu’il soit tard, nous devons
réchauffer et enflammer notre foi, vivre plus près des saints mystères,
remplir les églises, aussi bien que nos cœurs, de Christ pour Le confesser
partout et toujours, tout en criant : « Je crois en Christ ! » Le Christ luimême a dit : « Je vous le dis à vous, mes amis : ne craignez pas ceux qui
1

Actes 4, 32.

172
tuent le corps et qui après cela ne peuvent rien faire de plus ».1 Ne craignez,
dit-Il, ceux qui tueront vos corps ou couperont vos mains ou vous
arracheront les dents ou vous éborgneront mais craignez ceux qui auront la
force de déraciner de vos cœurs, la foi. Des temps durs arrivent : les forces
du mal s’efforceront « d’égarer, s’il était possible, même les plus élus ».2
Que Dieu nous assiste et qu’Il nous illumine !
Pourtant, si l’on n’a pas de concorde, d’amour, de paix dans notre maison,
dans notre famille, si nos relations manquent de longanimité, d’amour, de
patience, comment peut-on constituer une société fraternelle en JésusChrist ? Comment ? C’est pourquoi nous prions « de toute notre âme et de
tout notre esprit » à la Litanie ardente « pour toute notre fraternité en
Christ ».
* * *
La demande suivante se fait pour les défunts :

« NOUS TE PRIONS POUR LES BIENHEUREUX
FONDATEURS DE CETTE SAINTE MAISON, POUR
NOS PÈRES ET FRÈRES DÉFUNTS QUI REPOSENT
ICI ET POUR LES DÉFUNTS ORTHODOXES
DU MONDE ENTIER ».
Par cette prière, le prêtre nous incite tous ensemble, tant le clergé que le
peuple de Dieu, à prier d’abord pour les fondateurs de la sainte église et
ensuite pour tous ceux qui se sont endormis (morts) en piété. C’est une
prière pour les défunts. Une prière qui se répète à la fin de la Divine
Liturgie quand sur le redoutable et saint Autel se trouvent déjà les saints
Corps et Sang du Seigneur Dieu et notre Sauveur Jésus-Christ.
Nous nous souvenons des défunts, notamment à la cérémonie de la
Préparation (la proscomidie – la prothèse) où nous disons : « Souviens-toi,
Seigneur de tes serviteurs, les défunts… » et nous lisons les noms que les
fidèles nous apportent, écrits sur un papier.
Deux événements réels témoignent du très grand bénéfice que les âmes
des défunts reçoivent des commémoraisons, faites lors de la Divine
Liturgie :
77. Un écrivain, pendant sa visite au saint Sépulcre à Jérusalem, a connu
un moine dépendant du saint Sépulcre. Ce moine lui a dit à propos de ses
parents :
1
2

Luc 12, 4.
Matt. 24, 24.

173
« Mon père était pauvre mais très pieux. Il attendait le prêtre qui allait
célébrer la liturgie à la porte même de l’église. Ma mère n’était pas
irrespectueuse, mais elle allait à l’église rarement. Le dimanche, elle
préférait rester à la maison pour faire la cuisine et le ménage pour la
famille, au lieu d’assister à la liturgie.
Lorsque mes deux parents se sont endormis, j’ai rêvé d’eux, a dit le
moine. D’un côté mon père se trouvait dans un très beau jardin réjouissant
où il goûtait le bonheur du paradis, tandis que ma mère, atteinte d’une
grande douleur m’a dit : « Donne-moi, mon cher enfant, à manger, moi
aussi, un tantinet de ton plat ! J’ai faim ! »
Le lendemain, quand je me suis réveillé, j’ai pensé : puisqu’elle est morte
ma mère, quelle sorte de nourriture peut-elle désirer ? Sûrement, elle a
besoin d’une nourriture spirituelle.
Sans aucune réticence, je suis allé au monastère de saint Sabas où j’ai
donné ce qui était nécessaire et j’ai prié qu’on fasse un rappel de la
mémoire de ma mère pendant quarante liturgies consécutives pour que
Dieu la soulève un peu, la plaçant avec mon père dans la joie et la
réjouissance de la beauté paradisiaque.
Pourtant, avant que les quarante liturgies consécutives prennent fin, à
peu près au milieu de la période, j’ai rêvé de mon père qui d’un air morose
m’a dit :
-- Pourquoi as-tu enlevé ma portion ?
Je vous jure que j’ai été figé. Je ne savais pas quoi répondre !
Le lendemain, j’ai immédiatement demandé d’ajouter le nom de mon père
aux quarante liturgies consécutives et quand elles ont fini, j’en ai fait
encore quarante à la mémoire de mes deux parents. Puis, j’ai de nouveau
rêvé d’eux. Ils étaient au repos et satisfaits, sans plus se plaindre.
Dès lors, plusieurs ans ont passé, plus même de vingt ans, je donne leurs
noms aux prêtres pour les commémorer et en plus je fais quarante liturgies
consécutives par an, afin qu’ils soient au plus grand repos dans le
Seigneur ». 1
78. Il y a quelques années, un jeune prêtre m’a raconté les redoutables
choses suivantes :
« Ma mère, qui ne voulait pas que son fils devienne prêtre, est morte trois
ans après mon ordination. Moi, son fils, comme prêtre, je n’avais pas
attaché une grande importance à sa mort. J’ai fait tout ce qui était
nécessaire et rien de plus.
Un après-midi, à la tombée de la nuit, je passais par le cimetière. J’ai
donc pensé : « Ne vais-je pas lui allumer sa petite veilleuse ? » En fait, je la
1

Sotírkhos Panayiótis, « Ὁδὸς ἀναπαύσεως», p. 41-42.

174
lui ai allumée et je me suis assis sur une pierre. Cependant, n’ayant pas
avec moi l’étole, je ne lui ai pas lu la litie pour les défunts.
Soudain, comme si j’avais eu le vertige, j’ai cru que les tombeaux ont
commencé à s’ouvrir, tandis que les corps morts des gens s’étaient levés et
criaient ! …
-- AU SECOURS ! AU SECOURS ! Ministres du Très-Haut, au secours…
chrétiens orthodoxes, au secours ! … Faites des liturgies, des prières, des
commémoraisons, des lities pour les défunts… AU SECOURS, les
chrétiens !
Peu de temps après, tout effrayé, je vois ma mère aussi :
-- AU SECOURS, mon fils, m’a-t-elle dit, au secours ! Au secours,
maintenant que tu es prêtre, prête main-forte à tous, au secours, au
secours !
Elle est tombée sur moi palpitant d’hurlements de désespoir, cherchant
assistance pour son âme.
Je suis revenu à moi… La nuit était déjà tombée. Je suis parti en
courant… mon habit a été déchiré… et je n’ai pas du tout dormi toute la
nuit à cause de ma frayeur.
Le lendemain matin, j’ai dit à mon épouse : « Vois ! Je vais célébrer des
liturgies tous les jours pendant trois ans, même pendant les carêmes pour
ma mère, pour tous les défunts, pour tous ceux dont les noms sont écrits sur
les croix du cimetière et pour tous les noms des défunts qu’on me donnera
dorénavant ».
J’ai fait mille cents liturgies continuellement, sans arrêt ! Mille cents
obits avec des colybes (du blé bouilli, mêlé du sucre et des raisins secs
offerts pour les morts), des lities pour les défunts avec tout ce qu’il fallait.
Tous les jours !
J’ai souvent rêvé des âmes qui me disaient « merci », les unes car elles se
sont désaltérées et rafraîchies, les autres car elles se sont repues et
chauffées dans les gelées ! « Merci mon père, je me suis chauffée », me
disaient-elles « j’avais froid et je me suis chauffée, je te remercie ». Les
unes me remerciaient car elles avaient vu un peu de lumière tandis que les
autres tenaient de petits pains aux mains … » 1
Pensez-y donc… Les âmes crient AU SECOURS ! Ma mère, mon père,
ta mère, ton père, ton frère, ta grand-mère, ton grand-père… ils
DEMANDENT GRÂCE ! Qu’est-ce qu’on fait en faveur d’eux ? Plusieurs
fois, l’assistance à la liturgie nous fait rappeler nos défunts favoris.
« Nous te prions encore pour nos pères et frères défunts… »
1

notes personnelles de l’auteur

175
Il y a le corps mais il y a aussi l’âme. Il y a la vie mais il y a aussi la mort.
Il y a la mort physique mais il y a aussi la mort spirituelle. Le corps qu’on a
maintenant, cache un redoutable virus, celui de la détérioration et de la
mort. La mort est une conséquence de la chute des premiers hommes,
d’Adam et d’Ève. Après la mort, c’est-à-dire la séparation du corps de
l’âme, le corps s’abîme mais, il n’est pas réduit à néant. « Tu es créé de la
terre et tu redeviendras terre ». Il se dissout aux éléments matériels dont il
est composé. Il y aura un jour, où tous ces éléments qui sont dispersés dans
la nature, avec l’ordre du Dieu omnipotent, seront unis pour constituer les
nouveaux corps incorruptibles, spirituels, qui ne seront pas touchés par la
mort. Des corps qui seront très différents de ceux qu’on a, des corps
angéliques. Le projet de Dieu pour la résurrection des corps est grandiose.
Une fois saint Augustin a raconté ceci :
79. De son temps, vivait un médecin qui s’appelait Gennade et qui était
matérialiste. Il ne croyait ni en Dieu, ni à l’âme, ni à l’immortalité, ni à
l’enfer, ni au paradis, ni aux anges, ni aux démons. Il ne croyait à rien et il
s’en vantait, comme plusieurs font aujourd’hui.
Une nuit, pendant qu’il dormait, il a fait un rêve. Un jeune homme est
apparu à côté de son lit. Il lui a semblé qu’il l’a soi-disant réveillé et lui a
dit :
-- Viens avec moi.
Gennade s’est levé volontiers et l’a suivi. Ils se sont promenés ensemble
longtemps, à des beaux endroits et ils sont arrivés à une très belle ville où
ils ont écouté une musique superbe avec des mélodies célestes
d’innombrables anges. Il s’est réveillé, peu de temps après, calmement. Il a
beaucoup aimé cette aventure. Comme il était matérialiste il n’y a pas
attaché de l’importance et il a dit : «Quel dommage ! Il n’était qu’un rêve.
C’est fini !» Il l’a oublié.
Assez de temps après, il a rêvé encore une fois du même jeune homme qui
était debout à côté de lui et lui demandait :
-- Tu me connais, Gennade ?
-- Bien sûr, dit-il, je te connais bien, très bien.
-- Qu’est-ce que tu te rappelles ?
-- Je me souviens que tu es venu et nous sommes allés ensemble à une
ville d’une beauté inexprimable où nous avons écouté des mélodies
superbes. Que c’était à merveille !
-- Comment l’as-tu vue, cette ville-là, a demandé le jeune homme,
comment l’as-tu écoutée, cette belle mélodie-là ? Tu étais réveillé ou en
songe ?
-- J’ai vu cela en songe.

176
-- Où était ton corps ?
-- Sur le lit.
-- Tes yeux étaient fermés ou ouverts ?
-- Fermés.
-- Tu me voyais quand-même ?
-- Oui, je te voyais.
-- Tu m’écoutais ?
-- Oui, je t’écoutais.
-- Comment donc me voyais-tu ? Avec quels yeux et quelles oreilles tu
nous écoutais, tant moi que la mélodie ?
Le médecin ne savait pas quoi répondre. Alors, ce jeune homme splendide
lui dit :
-- Tu vois donc ? Bien que tes yeux étaient fermés, tes sens inactifs et ton
corps engourdi, ensommeillé et immobile, toi tu vis, tu agis et tu as
quelques aventures agréables. Tu vis indépendamment du corps. La même
chose se passe aussi avec la mort. Tu verras avec d’autres yeux, tu
écouteras avec d’autres oreilles et tu vivras sans le corps. Cesse de douter,
comme s’il n’y avait pas d’autre vie !
Gennade s’est réveillé brusquement et a voulu dire « il n’était qu’un
rêve » mais il a interrompu la phrase et s’interrogea : « Est-ce que c’était
un rêve ? Est-ce que c’était une réalité ? Un enseignement de… de… de
qui ? De Dieu ?» Il ne pouvait pas donner une réponse sûre… D’ailleurs, il
était matérialiste !
Cependant, dès lors, il a commencé, petit à petit, à croire. Gennade luimême, chrétien maintenant, a raconté cette aventure à saint Augustin et le
saint l’a écrite dans un de ses livres. 1
Comment la vie se comprend-elle ? Comment s’y connaît-on ? En vivant
la vie ! Quand on vit, on est déjà dans la vie ! La vie éternelle n’est que de
la vie ! Par conséquent, elle se comprend, on s’en rend compte, elle se
conçoit. On vit la vie éternelle quand, dès maintenant, on a un avant-goût de
l’immortalité et de l’éternité. On vit l’éternité en particulier dans le saint
culte. « Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle, et
moi, je le ressusciterai au dernier jour ».2 On ne vit pas l’éternité lui-seul
mais avec tous les chrétiens fidèles, vivants et défunts, en tant que membres
du Corps de l’Église du Christ.
Saint Grégoire le Grand a écrit d’un certain chrétien, appelé Servulus et
qui a vécu entre 550 et 600 après J. C.

1
2

Archim. Basile Bakoyiánnis, « Μετὰ τὸ θάνατο τί »; p. 12-13.
Jean 6, 54.

177
80. Servulus était tout à fait pauvre. Il vivait dans un portique, dans
maintes privations et des difficultés excessives. Une longue maladie l’avait
paralysé tout entier. Il ne pouvait pas bouger les jambes, et les bras non
plus. Vous comprenez que sa condition physique était tragique.
Pourtant, le soutien de la part des chrétiens de son époque était grand :
on ne cessait pas de le laver, nettoyer ses plaies ainsi que les selles, le
nourrir, le changer, le soigner et l’assister de façons multiples.
Malgré sa condition tragique, il avait à foison les vertus de la patience,
sans se plaindre, de la glorification de Dieu, du remerciement envers les
chrétiens pour ce qu’ ils lui offraient (il avait le « merci » à la bouche,
même pour le service le plus petit), de la longanimité, de l’amour, de la
bonté, de la vaillance spirituelle et en particulier il sermonnait richement la
parole de Dieu.
Pourquoi ? Parce qu’il suppliait toujours les chrétiens de lui lire par les
manuscrits de l’époque la Sainte Écriture et les martyres des premiers
chrétiens. Ainsi, lui aussi, à son tour, adressait des paroles consolantes,
réconfortantes, renforçateurs, des paroles salutaires aux visiteurs et à ceux
qui le soignaient ; par conséquent ceux-là, au lieu de le consoler, ils
partaient tous en ayant tiré profit…
Servulus priait beaucoup et communiait régulièrement.
Un jour, le temps est arrivé où il serait récompensé de sa patience d’ange
à sa maladie lourde, aux ecchymoses corporelles, aux douleurs, à la
mauvaise odeur du corps et des plaies, à la tristesse, à la pauvreté… Au
commencement, toutes les douleurs ont cessé et son corps entier s’est
allégé. Il a compris que le moment de sa mort est venu… Il a prié tous les
participants de s’agenouiller et de chanter des hymnes à Dieu, en attendant
la sortie de son âme par un corps si tourmenté.
Soudain, la hutte pauvre a été inondée d’hymnes célestes… Tous se sont
tus… Ιl a levé alors ses mains paralysées, il s’est signé et il les a mises sur
sa poitrine de façon cruciforme ! …tandis qu’en même temps son âme se
libérait du corps.
Dès la sortie de l’âme, le lieu a été rempli d’un étrange parfum très
délicieux. Le visage de Servulus s’est illuminé.
Un moine qui a été témoin oculaire de tout cela, a raconté ensuite à saint
Grégoire, avec des larmes aux yeux et tout ému, que jusqu’au moment de
l’inhumation de ce chrétien-là béni, c’est-à-dire de Servulus, cet effluve
incompréhensible et céleste n’était pas parti… 1

1

Lagkís Matt. «Εὐεργετινὸς», Vol. 1, p. 102.

178
Voici un témoignage provenant des écrits de nos saints, qu’au moment de
sa sortie, une âme prête et repentante est reçue par les troupes angéliques et
célestes, la présence de l’effluve du Saint-Esprit en étant un signe évident.
* * *

L’ ÉTAT DE L’ ÂME AVANT LE JUGEMENT
DERNIER ET LE JUGEMENT PARTIEL.
Qu’est-ce qui se passe à l’âme du moment de la mort jusqu’au
moment de la résurrection des morts ?
 Où se trouve-t-elle ?
 De quoi s’aperçoit-elle quand elle sort du corps ? Qu’est-ce qu’il
lui arrive ?
 Peut-on aider l’âme d’un homme après la mort ?
Dès la mort, l’âme entre dans un autre état, dans une autre réalité,
purement spirituelle. Elle se trouve –ou plutôt elle s’emmène– à l’état qu’on
appelle AVANT LE DERNIER JUGEMENT. Les oraisons de l’Église et
plus concrètement la Prière Instante qu’on analyse ici, se font aussi pour les
âmes des défunts qui se trouvent à cet état.
La mort constitue un phénomène universel concernant tous les gens : « Le
sort des hommes est de mourir une seule fois, après quoi vient le
jugement ».1 La Sainte Écriture nous dit, qu’après la mort, s’ensuit le
premier jugement, le dit JUGEMENT PARTIEL de l’homme et la
récompense – d’une certaine façon – de ses œuvres, en forme d’avant-goût.
On s’explique : les âmes qui ont connu la vérité et l’ont vécu avec foi et
repentir, c’est-à-dire elles ont vécu avec foi au Dieu Trinitaire, avec foi au
fait que Jésus-Christ est le Dieu-homme, avec foi à l’enseignement
évangélique de l’Orthodoxie, avec foi aux sept saints sacrements de notre
Église et à la Sainte Tradition orthodoxe, ces âmes donc, goûtent d’avance
les biens éternels et la béatitude divine du paradis. Elles vivent, en partie la
joie du royaume des cieux, comme jadis Servulus, à qui nous nous sommes
référés.
Pourtant, les âmes qui n’ont pas vécu suivant la sainte volonté du Dieu
Trinitaire et elles ont nié le Dieu-homme Seigneur et l’œuvre de l’Église,
restant jusqu’à la fin de leur vie dures, impénitentes et impies, toutes ces
âmes, goûtent une tristesse accablante et un embarras, une douleur
insupportable et indescriptible, une pesanteur, un éternel martyre
insurpassable. Par conséquent, elles goûtent d’avance et d’une façon dure,
le «juste châtiment», c’est-à-dire l’enfer éternel.

1

Héb. 9, 27.

179
Comme celui qui est inculpé pour viols et pour crimes affreux et qui
attend en angoisse, jour et nuit, le résultat du procès, les âmes pécheresses
impénitentes et dures, dès la mort du corps et dans cet état d’AVANT LE
JUGEMENT DERNIER, ont peur, tremblent, sont en anxiété, souffrent et
ont vraiment mal ; certes d’une façon spirituelle mais vraiment pas
fictivement ! Pourquoi souffrent-elles ? Car le jour du Jugement Dernier
approche, ce qu’elles connaissent.
Cette attente, cet état qui dure du moment de la mort du corps jusqu’au
Jugement Dernier du Seigneur, s’appelle « ÉTAT DES ÂMES AVANT LE
DERNIER JUGEMENT » et constitue un dogme de notre Église.
Les catholiques romains sont tombés à de graves égarements, à des fautes
hérétiques et à des falsifications. Ils parlent du « feu purgatoire », des
indulgences, du caractère méritoire des œuvres, ce que notre Église a rejeté
par les Conciles.
Selon la parabole du riche et de Lazare de l’évangéliste Luc, selon encore
les récits des Saintes Écritures et les homélies des Pères de l’Église, nous
constatons et nous apprenons –c’est un dogme de l’Église– les suivants :
Premièrement : la communication entre les âmes qui goûtent d’avance le
paradis avec celles qui goûtent d’avance l’enfer, n’est pas possible. Un
grand abîme infranchissable se trouve entre elles.
Deuxièmement : les âmes dans cet état du Jugement partiel ont le
sentiment et la conscience de ce qu’elles sont, c’est-à-dire d’elles-mêmes et
de leur personnalité. (Moi, je saurai que je suis le père Stéphane)
Troisièmement : elles se souviennent de leur vie, c’est pourquoi elles
souffrent ou elles sont contentes. Les âmes impénitentes se tournent avec
haine contre Dieu, car elles Le considèrent responsable de leur condition et
leur haine s’identifie à celle du diable contre Dieu. L’amour de Dieu
fonctionne comme enfer à ceux qui sont punis. Les âmes repenties, saintes
et justes, glorifient et rendent grâce à Dieu. Elles ressentent une
reconnaissance infinie du fait qu’elles se trouvent là.
Quatrièmement : elles se souviennent de leurs proches sur la terre, de
leurs parents, frères et sœurs, amis…
Et cinquièmement : dans cet état le repentir n’est plus possible, c’est-àdire les âmes ne peuvent pas se repentir là ! Elles souffrent, elles se
tourmentent, elles demandent à être soulagées un peu mais elles ne peuvent
pas se repentir. « Dans le séjour des morts il n’y a pas de repentir », dit le
peuple modifiant de façon confirmative le verset du psaume 6 qui
interroge : « Qui te confessera dans le séjour des morts » ?

180
Puisque les âmes ne peuvent pas communiquer entre elles et s’entraider,
la compassion infinie de Dieu les aide de deux façons jusqu’au Jugement
Dernier.
1. L’Église céleste des anges et des saints reçoit nos prières pour les
vivants et les défunts et les transmet à Dieu, intercédant pour nous. Par ex.
on prie saint Nectaire pour quelque chose. Saint Nectaire « prend dans ses
bras » notre prière, notre oraison et l’ « emmène » tout en intercédant à
Dieu.
2. Nous, en tant qu’Église militante sur la terre, étant unis à nos frères
défunts à L’UN CORPS du Christ, nous prions pour eux et l’on célèbre
spécialement en faveur d’eux :
• la Divine Liturgie…
• les commémoraisons et les obits,
• le Trisagion (des lities pour les défunts),
• les prières avec des chapelets et les génuflexions,
• les aumônes.
D’ailleurs, il est écrit : « la demande d’un juste agit avec beaucoup de
force ». 1
Comme l’on voit, notre Église, en tant que mère affectueuse a inventé des
façons de communication, de soulagement et d’allègement pour les âmes
qui se trouvent à l’état dit du JUGEMENT PARTIEL. Ainsi, il y a la Divine
Liturgie, où les noms des défunts (les miettes de la prosphore, c’est-à-dire
les partielles) se jettent à la fin dans la sainte Coupe, dans le sang et le corps
très saints du Seigneur, au moment où le prêtre célébrant dit :
« Seigneur, par ton sang précieux et les prières de tes Saints, lave de
leurs péchés ceux dont il a été fait mémoire ici » ou « Purifie Seigneur
par ton sang précieux les péchés de tes serviteurs ici commémorés, par
les prières de la Mère de Dieu et de tous tes saints » (Autre version).
Donc, le sang et le corps très précieux du Seigneur continuent à s’offrir
même pour les défunts. Pour quels défunts ? Pour quels morts le sang du
Seigneur s’offre-t-il ?
1er : pour tous ceux qui sont morts dans la foi orthodoxe mais qui ont
vécu en repentir et de façon pieuse.
2ème : pour ceux qui se sont probablement repentis le dernier moment. Il
se peut qu’ils aient gémi avant leur dernier soupir, il est très probable qu’ils
ont crié en eux : « Mea culpa, mon Dieu, pardonne-moi ! », « Seigneur, aie
pitié ! Ma très sainte, prête-moi secours ! Aie pitié de moi, Seigneur !
Souviens-toi de moi, Seigneur ! » Qui sait quels autres cris n’ont-ils pas
poussé ? Il se peut ! Je l’ai vu de mes propres yeux, quand je donnais la
1

Jacques 5, 16.

181
Sainte Communion à des mourants pleurant silencieusement à chaudes
larmes qui coulaient du coin de leurs yeux… des larmes de repentir, je
crois…
3ème : pour tous les chrétiens Orthodoxes qui sont morts ayant la vraie
foi.
4ème : pour ceux qu’on commémore chaque fois pendant la Divine
Liturgie. Saint Nicolas Planás commémorait pendant plusieurs heures les
noms des vivants et des défunts pendant même plusieurs mois. « Il
commémorait les patriarches, les métropolites, les prêtres, les diacres et les
laïcs qui sont morts. Les noms qu’on lui donnait, il les plaçait lui-même
entre deux mouchoirs qu’il nouait (« boxás ») les mettant sur sa poitrine et
recouvrant son cœur. Quand on lui demandait : « C’est quoi ça ? », il
répondait : « Ce sont mes traites et mes contrats ». 1
81. Grégoire le Grand nous raconte qu’une fois, un bateau s’est fracassé
sur les rochers, à cause de la forte houle. Les gens de la ville, voyant de
loin cet événement, ont cru que vu la houle et les vents, personne ne se
sauverait. Certes, ils ont déploré, ils ont porté le deuil aussi car, la plupart
des marins qui se trouvaient dans le bateau étaient originaires de cette
ville.
Pourtant, un prêtre s’est hâté aussitôt de célébrer la liturgie en faveur de
l’âme de son frère qui était membre de l’équipage.
Le lendemain, il a vu son frère, vivant ! Il allait à la maison ! Tous se sont
surpris et l’ont demandé comment a-t-il échappé à la mort, tandis que les
autres se seraient sans doute noyés. Lui, il a répondu : «Quand le bateau
s’est fracassé sur les rochers, il s’est brisé, il s’est disloqué et l’on est tous
tombés dans la mer. Moi, j’ai saisi une planche et autant que je pouvais, je
me battais avec les vagues. Après quelques heures, j’ai langui, j’ai failli
m’évanouir et me noyer. La nuit était tombée d’ailleurs …
C’était alors que j’ai vu un jeune homme très beau, venant à côté de moi,
sur la planche, au beau milieu des vagues de la mer. Il m’a donné un pain
très beau et il m’a dit de le manger ! Moi, j’ai mangé le pain et j’ai pris
tant de forces que je ne ressentais pas du tout de fatigue. Grâce à Dieu, j’ai
lutté contre les vagues et je me suis trouvé sur la terre. 2
Voilà donc, que la Divine Liturgie a fait le miracle et un mourant est
sauvé d’une sûre noyade.
La Confession de Pierre Moghílas est très éclairante et consolante pour
nos frères défunts. « Il y a nombreux qui se libèrent des liens de l’enfer,
écrit-il, non avec le repentir ou leur propre confession, car la Sainte Écriture
1
2

Mon. Marthe « Ὁ ἅγιος παπα-Νικόλας…», p. 28.
Lagkís Matt. «Εὐεργετινὸς», vol. 4, p. 500.

182
certifie « aux enfers qui te rend grâce ? »1, mais par les aumônes des
vivants, par les prières qui se font par leurs proches, et en particulier par le
sacrifice non-sanglant que l’Église offre quotidiennement tant pour les
vivants que pour les défunts, Jésus-Christ étant mort sur la Croix pour
tous ». 2
Plus grande encore est la consolation que nous donne l’énonciation que
fait saint Siméon de Thessalonique. Le saint insiste à la commémoraison
des défunts pendant la Divine Liturgie car : « pendant celle-ci, les morts, au
moyen de leur parcelle sur la patène (chaque nom est représenté par une
parcelle, une petite miette) participent à Dieu invisiblement, sont délavés
dans le Sang très précieux (quand ils y sont entrés) et ils communient… ils
sont consolés… se réjouissant en Christ ».3Les paroles de St Siméon sont
vraiment salutaires ! Elles nous consolent !
Les obligations déterminées qu’on a pour nos proches défunts sont cellesci : la commémoraison du troisième jour depuis la mort, celle du neuvième
jour, celle du quarantième jour, l’obit, la commémoraison des trois ans
après la mort, ainsi que les lities pour les défunts les samedis des morts. Ces
offices sont obligatoires. Je l’accentue fort.
 La litie pour les défunts du troisième jour se fait à l’honneur de la
Sainte Trinité ou en commémoraison du séjour de trois jours du Seigneur
aux enfers.
 La litie pour les défunts du neuvième jour se fait à l’honneur des neuf
ordres angéliques tout en souhaitant que l’âme du défunt se range entre les
anges.
 La commémoraison des quarante jours se fait en souvenir du deuil du
peuple d’Israël pour la mort de Moïse ou du séjour de quarante jours du
Seigneur sur la terre après sa Résurrection et jusqu’à son Ascension.
 L’obit (au jour anniversaire de la mort du défunt) se fait par
obligation, sans qu’il y ait un symbolisme.
Dans l’écoulement du temps on a adopté les commémoraisons des trois
mois, des six mois, des neuf mois, des deux ans. Elles sont certainement
bienfaisantes mais pas obligatoires.
Il y a plusieurs témoignages dans la sainte Écriture sur le grand bénéfice
des commémoraisons et des lities pour les défunts. Nous référerons ici à
l’exemple connu de Judas des Maccabées, qui a offert un sacrifice en
mémoire des généraux tués. La Sainte Écriture soutient que, ce sacrificeprière de Judas, se fonde à la croyance en la résurrection des morts, c’est-à1

Ps. 6, 6.
Trembélas Panayiótis, «Δογματικὴ», vol. 3, note 415.
3
Siméon de Thessalonique, P.G. 155, 284 D.
2

183
dire en l’existence personnelle posthume des âmes. En plus cette action de
Judas se croit comme « une sainte et pieuse ingéniosité », c’est-à-dire une
pensée sainte et pieuse. Voici la traduction au sens littéral des mots, du
verset correspondant : « Pensant à la résurrection, Judas (des Maccabées,
dont on parle ici), a très bien agi et comme il plaît à Dieu. Car, s’il ne
croyait pas à la résurrection de ceux qui sont tombés, (c’est-à-dire des
soldats tués), il serait inutile et insensé de prier pour les morts.1
Nous commémorons les noms des défunts pendant la célébration de la
Divine Liturgie :
Premièrement : à la Préparation (la prothèse), nous les prêtres, nous
disons : « En mémoire et pour le repos en Christ de Tes serviteurs qui sont
endormis ».
Deuxièmement : à la litanie ardente (prière instante) que nous analysons
ici.
Troisièmement : justement après la consécration des Saints Dons (par les
« diptyques »-liste des noms commémorés).
Quatrièmement : au moment où les parcelles des défunts sont jetées
dans le Sang du Seigneur.
82. Le père agiorite Sabas le Spirituel épuisait souvent ses forces,
pendant des heures, pour commémorer les âmes des vivants et des défunts.
Cela cachait un certain secret.
Il s’agissait d’une vision qu’il avait eue quand il était encore un jeune
prêtre, à la cellule de Saint Jacques : un ange en tenue de prêtre lavait et
effaçait les péchés « dans le Sang de l’Agneau ».
À la fin, avant sa dormition, il a pensé qu’il ne devrait plus cacher cette
révélation. Il l’a donc écrite, puis l’a laissée entre ses manuscrits. En 1925,
le père Joachim Spetsiéris, fouillant dans les papiers, l’a trouvée et l’a
copiée. Nous allons la rapporter exactement comme elle est écrite :
À ceux qui me demandent qu’est ce qui m’a poussé à citer
nommément tant de gens découpant leurs parcelles pendant la
Préparation (Proscomidie - prothèse) aux Liturgies quotidiennes.
« En 1843, nous sommes venus du monastère Ivíron au monastère
Dionysíou, menant la vie hésychaste à la cellule de Saint Jacques-frère du
Seigneur, au-dessus du monastère. Son église était vieille et mon père
spirituel a dit à l’ancien et lui, il l’a restaurée de fond en comble.
Un jour l’évêque, est venu la consacrer. La veille au soir, un hiéromoine
du monastère a cousu les couvertures du saint Autel et de la table de la
1

II Maccabées 12, 43-45.

184
prothèse, il a fait bouillir les mélanges nécessaires (cire, mastic, arômes
etc.) Le matin, après la consécration et la Liturgie, il a dit à mon ancien :
« S’il te plaît, donne quelques noms au père-Sabas pour les commémorer à
la sainte prothèse durant 40 jours, car il célèbre la liturgie
quotidiennement ». Lui, il a répondu : « donne-en lui autant que tu veux ».
L’évêque a écrit sur un papier 62 noms et à la fin il a noté la somme de
l’aumône qu’il a faite au père Stéphane.
Le quarantième jour, ayant commémoré ces noms pendant 39 jours,
m’appuyant sur le lutrin et attendant mon ancien pour commencer les
prières préparatoires avant la Liturgie, je me suis assoupi et j’ai rêvé de ce
que j’étais debout devant le saint Autel, habillé de tous mes ornements
sacerdotaux. Sur l’Autel il y avait la patène de la Divine Liturgie, remplie
de Sang du Christ. Je vois le père Stéphane (pas moi, certainement) qui est
venu et a pris le papier de la prothèse, la lance aussi, il a placé le papier
(avec les 62 noms) sur l’Autel, près de la patène, il a plongé la lance dans
le Sang du Christ et il a effacé un nom. Il y a replongé la lance, puis il a
effacé de nouveau, jusqu’à ce que les noms aient fini et le papier soit
apparu clair.
Je me suis réveillé, mon ancien est venu, je lui ai raconté mon rêve et lui,
il m’a dit : « Ne t’ai-je pas dit de ne pas croire aux rêves ? » Après la
liturgie il m’a dit : « Toi, tu n’es pas digne de leur faire pardonner les
péchés. Ils ont reçu la rémission de leurs péchés au moyen de leur propre
foi, c’est pourquoi, les noms se sont effacés ».
Voilà la cause de mes commémoraisons continues. 1
Faisons donc des aumônes pour nos chers proches défunts. S’ils sont
tombés dans des péchés légers, les aumônes leur effaceront les péchés,
tandis que s’ils ont été justes, elles augmenteront la sensation de justice et la
lumière spirituelle de leurs âmes.
Ceux qui mettent en doute la force de la prière du saint culte pour les
défunts, le bénéfice que les âmes tirent des commémoraisons, des lities
pour les défunts, des œuvres de bienfaisance, des prières par cordes à
nœuds… feront bien de lire les synaxaires, l’office funèbre, les prières et les
demandes de notre Église pour ceux qui se sont endormis. Leur attitude
négative montre une spiritualité d’origine protestante.
Selon le dogme orthodoxe la mémoire des défunts et les
commémoraisons, pendant la Divine Liturgie, constituent un Mystère, qui

1

Archim. Chérubin, « Σύγχρονες ἁγιορείτικες μορφὲς 6, παπα-Σάββας ὁ πνευματικὸς », p.
98-99.

185
caractérise et décrit, la façon dont les membres de l’un Corps de l’Église du
Christ, sont liés. 1
Saint Denis l’Aréopagite a fait une homélie sur le Mystère de « ceux qui
se sont endormis en paix » où il remarque que pendant un office de
commémoraisons, les catéchumènes devaient prendre congé. Cela montre le
caractère mystique de cet office, chose que seuls les membres vivants de
l’Église connaissent et comprennent…
La mémoire incessante du Nom du Seigneur est, en même temps, la
mémoire des frères vivants et des frères qui se sont endormis dans
l’espérance de la résurrection.2
83. Une fois un pasteur protestant a rencontré un prêtre russe respectable
et pieux et il lui a dit:
-- Nous, nous faisons des bienfaisances, nous bâtissons des hospices de
vieillards, des orphelinats, des salles, des hôpitaux, nous organisons des
concerts de musique pop et rock et les stades sont remplis de jeunes gens.
Nous faisons des excursions, de l’alpinisme, du tourisme…, nous
intervenons même à la vie politique de notre pays et des autres nations…
On est plein de vie et d’activité !… Vous, qu’est-ce que vous faites alors ?
Le prêtre russe pourrait certes répondre que l’Église aussi procède à des
activités humanitaires et sociales, commençant par la Basiliade (une
«ville» qui a été bâtie par St Basile le Grand en faveur des pauvres),
jusqu’aux œuvres multiples auxquelles tout évêché s’adonne secrètement.
Pourtant, il n’a pas répondu de la sorte ! À la question « vous, qu’est-ce
que vous faites ? » il a répondu autrement :
-- Nous, qu’est-ce que nous faisons ? Nous célébrons la Divine
Liturgie !… C’est par le saint culte qu’on fait remplir le paradis gratis, et
que l’on fait vider les enfers. C’est cela que nous faisons : la Divine
Liturgie ! 3
La Divine Liturgie est :
le goût du Règne de Dieu,
la connaissance de la béatitude divine…
l’effluve du Saint-Esprit !
la contemplation des secrets de Dieu !
l’expérience de l’éternité !
une espérance certifié du salut.
Les samedis des morts et aux commémoraisons nous offrons des colybes,
qui sont un symbole de la sépulture et de la résurrection. Les corps des
1

Chrístos Androútsos, «Δογματικὴ τῆς Ὀρθοδόξου Ἀνατολικῆς Ἐκκλησίας», p. 429.
Saint Denis l’Aréopagite, P.G. 3, 556 C.
3
notes personnelles de l’auteur
2

186
morts ressusciteront un jour de leurs tombes. Comme on sème le blé dans la
terre où il est enterré et il est pourri mais après il ressuscitera plein de fruit,
les corps des défunts ressusciteront aussi. Les commémoraisons, les
aumônes, les génuflexions et la prière avec le chapelet, sont SANS
AUCUN DOUTE utiles aux chrétiens orthodoxes « qui reposent en paix ».
Il est bon de commémorer intérieurement les noms des défunts autant que
l’on peut, immédiatement après la consécration des Saints Dons pendant
que le prêtre dit à haute voix « Et surtout en l’honneur de notre Dame, la
très-sainte, très pure… » et les psalmistes chantent le « Il est vraiment
digne… ». À ce moment-là, nous les prêtres aussi, dans le sanctuaire, on
commémore les noms des défunts chrétiens orthodoxes. En même temps
que l’on chante le « Il est vraiment digne… », vous direz intérieurement :
« Seigneur Jésus-Christ ait pitié des défunts… » et vous commémorez leurs
noms. Ainsi, vos commémoraisons s’unissent à celles des prêtres en une
sollicitation.
« Ne doute pas du tout » dit saint Jean Chrysostome « que les morts en
tireront grand profit. Le prêtre n’implore pas en vain soit à la prothèse, soit
à l’Autel pour ceux qui se sont endormis en Christ, croyant au Dieu-homme
Seigneur ».1
Saint Grégoire Palamas dit que « la prière pour les défunts avec la corde
à nœuds est très utile ».
Plusieurs chrétiens, sachant ce bénéfice, font aussi des génuflexions. Cela
est très utile surtout au moment du râle du mourant. Pendant ce temps, nous
faisons beaucoup de génuflexions, des prières avec des cordes à nœuds et
des lectures. C’est pour cela que lors de la veillée funèbre, il ne faut pas s’
adonner aux cafés ou aux cognacs ou bavarder mais nous devons s’ occuper
des lectures sacrées par le psautier, les saintes écritures et de la prière ! Le
mort a besoin de grâce ! Plus on aide le défunt, plus on recevra de la grâce à
notre tour! Toutes ces commémoraisons et les œuvres de bienfaisance,
offrent du soulagement et du bénéfice aux âmes qui attendent le Jugement
Dernier du Dieu Trinitaire.
Saint Nectaire énonce la vérité que jusqu’au Jugement Dernier, l’Église
veut et peut faire des oraisons envers le Seigneur, ami des hommes, pour
rafraîchir spirituellement et reposer les âmes de ses enfants. 2
À la Confession du patriarche de Jérusalem Dosithée et sur le même
sujet on rapporte ceci : « Ceux parmi les chrétiens qui sont tombés à des
péchés même « mortels » et ne sont pas morts dans le désespoir, ILS SE
SONT REPENTIS mais ils n’ont pas eu le temps de se confesser et de
1
2

Chrístos Androútsos, « Δογματικὴ», … p. 428.
Saint Nectaire, « Μελέτη περὶ ἀθανασίας ψυχῆς καὶ περὶ ἱερῶν μνημοσύνων», p. 152.

187
montrer le fruit de leur repentir, sont partis aux enfers où leurs âmes
supportent les peines à cause de leurs péchés commis, - sorte d’avant-goût mais avec espérance. Certes, ils ressentent qu’ils se libéreront, ils seront
déliés en raison de l’extrême bonté de Dieu, par la Divine Liturgie et les
aumônes de leurs proches.
Pourtant, on doit comprendre que nous, on ne connaît pas le temps précis
de l’exonération. On connaît et l’on croit sûrement qu’une certaine
délivrance, un soulagement des horreurs, un rafraîchissement spirituel
même avant la résurrection commune et le Jugement Dernier se passent.
Cependant, on en ignore le temps précis». 1
Ces paroles de saint Dosithée de Jérusalem pour les âmes qui ont voulu se
repentir mais, elles n’ont pas eu le temps de mener à terme leur repentir
effectivement, sont fort consolantes. Car, plusieurs demandent : « Qu’est-ce
qui va se passer avec ces âmes ? »
* * *

Rapportons-nous maintenant au DÉDOUANEMENT DES ÂMES.
Nombreux sont les pères qui se sont occupés de ce qui se passe aux âmes
dès le départ du corps.
Nous savons que, tout chrétien a son ange-gardien, qui le protège, qui le
conduit au bien, qui éveille sa conscience, qui combat le diable et les esprits
malins car ils veulent déchiqueter l’âme qu’il garde. Il est donc naturel, que
notre ange ait son autorité et qu’il prenne des initiatives pour nous protéger
à l’heure de la mort ! D’ailleurs, nous le prions chaque soir, pendant l’office
des complies, avec la prière à notre ange gardien :
« Saint ange, qui as été placé à côté de mon âme et de ma vie pleine
de tribulations, ne me quitte pas, le pécheur, ne permets pas au diable,
à l’esprit malin, de s’emparer de moi, de me saisir, de m’opprimer à
cette heure-ci de la mort ».
L’ange-gardien de notre âme, nous couvre et nous protège mais
malheureusement, chaque jour nous l’attristons à cause de nos chutes…
Mais les démons ? Les démons haïssent à mort l’âme du fidèle chrétien
orthodoxe et ils essaient, avec des millions de malices qu’ils effectuent, de
l’éloigner de la volonté du Dieu Trinitaire et de sa parole évangélique. De la
sorte, au moment de la mort, ils guettent comme des corbeaux, pour fondre
sur les âmes et, en particulier, à celles qu’ils tiennent pour leurs propres
âmes, c’est-à-dire à celles qui, pendant leur vie terrestre, ont été d’accord
avec leurs incitations soit au plaisir et à la débauche, soit à la méchanceté et
à la malice, soit à la fierté et à la fatuité, soit à l’avidité et à l’avarice, soit à
1

Saint Dosithée de Jérusalem, «Ὁμολογία Ὀρθοδόξου πίστεως», p. 95.

188
la dureté et à l’ingratitude, soit à l’abstention aux mystères et à
l’ajournement de la confession, soit à l’incroyance, à l’athéisme, à la
lâcheté et au refus de l’existence de Dieu. Selon les Pères, cette intervention
des anges et des démons est tout à fait naturelle.
Toute âme, selon sa situation spirituelle - obscure ou claire - porte sur elle
une marque : les âmes pieuses qui aiment Dieu, disent les Pères, et qui ont
donné des fruits de repentir jusqu’au dernier soupir de leur vie portent le
sceau lumineux du Dieu Trinitaire et l’entaille du Saint-Esprit, tandis que
les âmes impénitentes, dures, impies et très méchantes, portent la tache
sombre du diable et l’entaille de l’antéchrist dès maintenant ! La
revendication des âmes à l’heure de la mort, s’accomplit soit par les anges,
soit par les démons, selon la marque que portent les âmes…
Ainsi, selon la tradition orthodoxe – qui se fonde sur les avis des Pères,
sur les expériences des saints et surtout sur l’expérience importante des
moines – à l’heure de la mort, un dédouanement de l’âme prend lieu, c’està-dire une censure par les esprits malins, qui s’appellent « douaniers », et
qui s’efforcent de trouver des points d’ appui, c’est-à-dire des graves fautes
morales et des péchés, pour la mettre sous leur occupation.
Autour du lit mortel, se déroule un combat très fort, entre les esprits
bienfaisants, et les esprits malfaisants, pour la revendication de l’âme qui
est en train de sortir du corps. Une âme pécheresse et impénitente passe
sous le joug des esprits impurs qui, avec la rage dont ils disposent et qui les
caractérise, revendiquent même les âmes justes et pieuses. Ils n’ont même
pas hésité de s’approcher du Seigneur sur la montagne de Sarantárion, sans
certainement n’y rien trouver, ce qui pourrait soutenir leurs exigences
obscures. Vous vous rendez compte du pouvoir qu’ils avaient ! Ils ont placé
le Dieu-homme Jésus-Christ, Dieu parfait et homme parfait, sur le haut du
temple et ils l’ont transporté sur le sommet d’une montagne pour lui
montrer la gloire du monde entier : « Voilà, on te donne tout cela !
Prosterne-toi pour nous adorer ! » Ils n’ont pas pu cependant venir à bout de
leurs fins. « Le prince de ce monde vient ; certes, il n’a en moi aucune
prise »1, assure le Seigneur lui-même.
Saint Jean Chrysostome caractérise les esprits malins comme « des
anges menaçants », c’est-à-dire des anges qui menacent notre âme et
comme « des forces célestes qui amputent ». 2
Saint Cyrille d’Alexandrie nous décrit de façon très descriptive le
« dédouanement » des âmes : l’âme, au moment où elle se sépare de son
corps, voit les démons « horribles, féroces, impitoyables et rebelles, comme
1
2

Jean 14, 30.
N. Vassiliádhis, « Τὸ μυστήριον τοῦ θανάτου», p. 371, 375.

189
des gitans d’un aspect noir, autour d’elle ». Si elle est juste, ce sont les
saints anges qui la reçoivent. Pourtant, lorsqu’elle monte en l’air vers le
haut – Saint Cyrille continue son descriptif – elle est empêchée par les
douaniers (les esprits malins), chacun d’eux lui montrant ses péchés, c’està-dire les passions qui proviennent des sens naturels, de la vue, de l’ouïe, de
l’odorat, du goût et du toucher, comme tout autre péché aussi dont elle peut
être coupable, pour empêcher son ascension vers le trône du Seigneur et
d’être détenue par les forces obscures. Cependant, les saints anges encore
montrent en même temps les œuvres bonnes des âmes.
Dans le cas, où l’âme s’avère vertueuse, les anges la conduisent à la joie
indicible des cieux, à l’état –évidemment– avant le Jugement Dernier, c’està-dire à l’avant-goût du royaume des cieux. Pourtant, si elle se montre
pécheresse et impénitente, ayant mené une vie de luxure et d’imprudence,
elle écoutera la voix redoutable : « Le méchant n’a pas égard à la majesté
de l’Éternel ».1 Hélas! … et elle sera certainement reçue par les démons. 2
84. Pourtant, la grand-mère du père Démétrios Gagastáthis, comme il
nous le raconte lui-même, n’a pas probablement passé par les douaniers
célestes parce que « pendant toute sa vie, elle était sacristaine avec une
offre bénévole et très cordiale. Elle a prévu sa mort, trois jours plus tôt. Le
dernier jour, elle s’est apprêtée et nous a dit : «Ne voyez-vous pas l’échelle
qu’on m’a préparé pour monter aux cieux ?». Elle a retroussé un peu ses
couvertures, elle s’est signée, puis, elle a fait comme si elle attrapait
l’échelle pour monter et elle s’est endormie… » 3.
Je crois qu’elle a écouté la voix des saints archanges, l’inviter dans le
paradis. Je souhaite aussi que nous écoutions tous cette voix et pas la voix
qui condamne en enfer éternel.
J’ai une expérience personnelle, amère et édifiante, à l’hôpital
« Metaxás » du Pirée, où l’on fait le dépistage du cancer, pendant les années
70, avec bien des mourants. Je vous rapporte quelques événements écrits
dans quelques notes tenues que j’ai trouvées.
85. Un matin, j’étais allé faire communier un malade qui s’était fait un
nom, qui avait du pouvoir séculier, qui était très puissant et riche, sur
l’invitation de ses proches. Il se trouvait au dernier étage de l’hôpital, dans
une chambre à un lit, de luxe. J’ai prié ses proches de nous laisser seuls
pour que je puisse occasionner quelque confession, écouter ne fût-ce qu’au
dernier moment quelques-uns de ses actes, à mesure qu’il pouvait parler.
1

Es. 26, 10.
Nicolas Vassiliádhis, «Τὸ μυστήριον τοῦ θανάτου», p. 375.
3
« Παπα- Δημήτρης Γκαγκαστάθης, βίος, θαύματα, νουθεσίαι, ἐπιστολαὶ», p. 185.
2

190
À peine lui avais-je fait la première question, « est-ce que vous avez fait
cela ? », qu’il ne m’a pas répondu mais il a commencé tout effrayé à me
crier de chasser les démons noirs de la chambre. Il commença à trembler…
Il a blêmi… son visage s’est assombri… ses yeux exorbités de peur, il m’a
attrapé par l’habit, il a commencé à me tirer. (Heureusement, la petite fiole
avec la Sainte Communion était scellée).
-- Je ne veux pas ce que tu m’as apporté, me dit-il. Prends-les par ici.
Prends-les. Sauve-moi, sauve-moi, au secours… au secours…
Il a commencé à se tourner et à se retourner dans son lit. L’effroi, la
peur… la panique étaient diffus. Il se voilait le visage. Peut-être avait-il
peur. Qui sait ce qu’il voyait !
Je priais continuellement. C’était quelque chose d’épouvantable !
J’essayais de le calmer. En vain. En plus, pendant qu’il me tirait par
l’habit, il a commencé à demander un délai pour vivre. Cela a été le plus
tragique.
-- Laissez-moi vivre pour un jour, une heure, une heure…
Je voulais le confesser, le faire communier, pour que son âme soit sauvée
et pourtant il demandait une prolongation de vie. Pourquoi ? Pourquoi
demandait-il une heure de vie ?
-- …Pour en être repu. Au secours, mon père, je veux une heure, une
heure de vie, une heure, pour en être saturé… en être saturé…
Il serrait ses mains et il criait :
-- Une heure, une heure…
C’était épouvantable, comment vous dire ?
Ses proches ont couru auprès de lui à cause de ses voix, les médecins
aussi. Je me suis retiré à part et je priais autant que je pouvais. Lui, il
continuait toujours à crier… Petit à petit, petit à petit, sa voix diminuait…
-- Au secours… au secours… au secours… une heure pour en être repu,
pour en être repu… éloignez-vous, les noirs…
Malheureusement, je n’ai pas pu le faire communier dans une telle
situation car il remuait la tête à droite et à gauche, il faisait sauter les pieds
et les mains, il se secouait tout entier.
Le râle du mourant a commencé peu de temps après, et méprisant la
Sainte Communion, tout en disant « prends-les, ceux-ci, par ici », il est
mort ! … Le délai n’a pas été donné. 1
Voyez-vous donc ? Il n’a pas demandé une heure de vie pour se repentir
mais pour être saturé de vie… Il a dit aussi « prends-les, ceux-ci, par ici ».
S’il demandait cet « un jour de vie » pour se repentir, je crois et je suis sûr
que le Dieu ami des hommes, le lui donnerait. Mais à condition qu’il se
1

notes personnelles de l’auteur

191
repentît, à condition qu’il dise ces quelques mots-ci : « Mon Dieu,
pardonne-moi, je suis un pécheur ». Les mots qu’il devait dire pour prendre
la Sainte Communion et s’en aller aux cieux.
Je crois aussi, que tout ce qui s’est passé, a été pour moi, mais encore
pour nous tous, un fort sermon de repentance. Pourtant, on doit tous, en tant
que chrétiens, apprendre, être enseigné, avoir peur enfin, avant qu’il soit
tard. Ne pas apprendre dès qu’on est mort ! Nous n’apprenons pas alors !
« Voici maintenant le moment, tout à fait favorable, voici maintenant le
jour du salut ».1
Nous pratiquons le repentir dorénavant, chaque jour et à tout instant. Il
doit s’identifier à notre respiration. Si l’on se distingue par l’ajournement et
la tiédeur, il est probable qu’on ne pourra pas se repentir à l’heure de la
mort. Car, il y a aussi le cas d’une mort soudaine. Il n’est pas improbable
qu’on n’aura alors ni la volonté ni la disposition de se repentir. Peut-être se
croit-on juste et saint.
86. Une fois, il y avait une femme, qui menait une vie de jeûne et de
prière. Vue de l’extérieur, elle avait l’air pieux, mais elle avait une fierté
démesurée et se croyait sainte. Elle avait aussi tant de rancune, que si elle
se disputait avec une autre personne, non seulement ne la pardonnait pas
mais elle ne voulait pas la revoir. Une fois, elle était malade et elle a
appelé le père spirituel, mais elle ne s’est pas confessée sincèrement.
Certains chrétiens futiles en ont l’habitude et cachent leurs grands péchés
tandis qu’ils révèlent les petits. À la fin, quand le prêtre a apporté les Saints
Dons pour la faire communier, elle a tourné le visage vers le mur et ne
pouvait même pas faire face à la perle divine. Au même instant et par
concession divine, elle a confessé à haute voix : « Comme moi je ne
pardonnais pas ceux qui m’avaient fait une faute, à cause de mon orgueil et
j’en avais le dégoût, maintenant, le Seigneur détourne son regard de moi et
il ne veut pas entrer dans mon âme indigne. Je ne vais pas le voir dans son
royaume céleste mais je me brûlerai aux enfers éternels ». En disant ces
mots elle a rendu l’âme…2
Dans la prière envers la Mère de Dieu, à l’office des complies, il est aussi
question de la présence des douaniers :
« …et à l’heure de ma mort, tu te soucieras de mon âme misérable,
chassant loin d’elle, les aspects obscurs des esprits malins… »

1

II Cor. 6, 2.
Revue « Ἡ Μεταμόρφωσις» fasc. 10, juillet-décembre 1998 (Association philanthropique,
culturelle et missionnaire d’Aghrínion).
2

192
A partir des exemples déjà cités, il est évident qu’à la vue même des
démons, l’âme a peur, tremble et demande la protection des anges et de la
Toute Sainte.
La prière aussi de l’office du minuit du samedi est révélatrice de la
présence des démons-douaniers. Nous prions « que les esprits malins ne
rencontrent pas et n’empêchent pas notre âme, à cause des péchés que nous
avons faits dans cette vie, à notre escient ou non. Que le Seigneur ait pitié
de nous et que notre âme ne voie pas l’aspect ténébreux et obscur des
esprits malfaisants, mais qu’elle soit reçue par des anges joyeux et
lumineux. Que le Seigneur glorifie son saint Nom et qu’Il nous conduise
dans Son saint Autel par sa puissance. À l’heure du jugement qu’on ne
tombe pas dans les mains du prince de ce monde de façon qu’on descende
aux profondeurs des enfers… ». Les prières des offices nous disent tout.
Sur le visage du mort se fixent souvent la sérénité et la paix. Tantôt son
aspect s’adoucit, s’embellit, tantôt il devient splendide aussi… Tantôt il
devient très enfantin, très joyeux, comme si le mort dort doucement, tantôt
une angoisse horrible et une dureté se fixent sur son visage de façon qu’à
leur vue le sang des participants se glace. Certainement ces éléments ne
sont pas confirmatifs ou déterminants pour l’ascension de l’âme. Pourtant
les moines les rapportent. Dieu notre Seigneur, qui connaît les cœurs de
tous, c’est Lui seul qui sait. Le jugement de Dieu est impénétrable.
Après tout ce que nous avons rapporté sur le Jugement Partiel, l’état avant
le Jugement Dernier et le dédouanement des âmes, nous en venons à la
conclusion suivante : les litanies de l’Église, les prières, les
commémoraisons, les lities pour les défunts, les aumônes, les jeûnes, les
oraisons avec la corde à nœuds et, en particulier, la Divine Liturgie, offrent
un très grand bénéfice aux âmes de nos frères défunts.
Toutes les narrations et les positions des Pères de l’Église sur les esprits
douaniers appartiennent à la Sainte Tradition, n’ayant pas encore ceint
l’autorité du dogme. Cependant, l’«état des âmes avant le Jugement
Dernier » est un dogme. Cette phrase caractérise un modus vivendi, une
sorte de vie. Elle ne se réfère pas à l’«où » –ce que Dieu seul connaît– mais
au « comment » de la vie des âmes, avant le Jugement Dernier. Ce
« comment », définit l’avant-goût de la béatitude divine, ou la douleur de
l’enfer éternel.
L’état des âmes, avant le Jugement Dernier, suit le « premier » ou le
« partiel » Jugement de l’homme qui prend lieu dès le départ de l’âme du
corps. Ce « premier Jugement » ou « Jugement partiel » est aussi un des
dogmes de notre Église.
* * *

193
Nous allons conclure le discours avec un événement que le petit-fils d’un
prêtre m’a rapporté, il y a plusieurs années.
87. Quand il avait environ 10 ou 11 ans, son grand-père qui était prêtre,
est mort. Le lendemain, on l’a enterré et le troisième jour, on devait chanter
la litie pour les défunts sur sa tombe où l’on avait placé des colybes.
Ils sont tous partis de la maison et sont allés au cimetière. Il était un
après-midi ensoleillé. Deux de ses tantes sont restées à la maison pour
préparer les cafés et les gâteaux qu’elles offriraient ensuite aux proches,
quand ils seraient rentrés du cimetière. Le petit enfant est resté aussi à la
maison avec elles.
Soudain, quelqu’un a frappé à la porte d’en dessous de la maison. Une
tante lui a dit :
-- Va, mon petit, voir qui frappe à la porte, et ouvre-lui !
Le petit enfant est descendu et en ouvrant la porte, il voit… Qu’est-ce
qu’il voit ? Il voit le père, son grand-père, bien vivant !
Bah ! Mais pépé, comment es-tu ici ? Eh bien ! Tu n’es pas mort, toi ? a
dit le petit enfant avec toute sa naïveté enfantine. Et comment es-tu devenu
tout mouillé ?
De la tête, de son chapeau de prêtre, aux pieds, il était tellement mouillé,
comme s’il était sorti de l’eau. L’eau coulait, goutte à goutte, et tombait sur
le plancher de bois…
-- Oh là là ! Comment es-tu devenu tout mouillé ? Eh bien ! Comme
dehors il ne pleut pas, toi comment as-tu reçu une telle douche ?
-- Écoute-moi, mon petit garçon ! Ce n’est pas de la pluie. C’est de la
sueur d’angoisse ! Jusqu’à maintenant, il y a trois jours que je passais par
les douaniers… Dis à la grand-mère, aux oncles et aux tantes, à ton père et
à ta mère et à tous les autres, que pendant trois jours je passais par les
douaniers ! L’ « eau » que tu vois, c’est à cause de mon angoisse ! …C’est
maintenant, que je suis libéré, c’est maintenant, que j’ai échappé,
maintenant, mon petit garçon, je suis sauvé ! Lorsqu’ils seront revenus, dis
à eux de se pencher et lécher les eaux, restées ici, car, elles sont la sueur
d’angoisse. De cette façon, ils se convaincront tous de ce que je t’ai parlé…
Aussitôt il a disparu ! Le petit enfant ouvre de nouveau la porte pour voir
au dehors si son grand-père était là, où était-il allé, mais son grand-père
avait disparu !
Ses proches sont venus… il y avait, en effet, une mare d’eau par terre,
l’eau qui avait coulé par l’habit du prêtre, par sa barbe et par son étole. Le
petit garçon leur avait tout raconté mais ils ne l’ont pas cru. Cependant,

194
lorsqu’ils se sont penchés et ils ont léché l’eau, ils s’en sont persuadés.
L’eau était salée comme la sueur qui est aussi salée…1
Faisons des commémoraisons pendant la Divine Liturgie, des aumônes,
des lities pour les défunts, des jeûnes, des veillées, des génuflexions – si
l’on peut et l’on a une bonne santé – des prières avec des cordes à nœuds …
le plus tôt sera le mieux. Peut-être demain sera-t-il trop tard. Aujourd’hui,
c’est « le jour du salut », aujourd’hui c’est une occasion de prier pour nous,
pour les autres, pour les défunts… et pour notre père spirituel aussi.
« Nous Te prions encore pour… nos pères et frères défunts qui
reposent ici et pour les défunts orthodoxes du monde entier ». Après
cette demande s’ensuivent encore deux : « pour qu’obtiennent merci,
longue et paisible vie… » et « pour ceux qui apportent des dons et qui
font de bien dans… » tandis qu’en même temps, le prêtre lit la prière
secrète et brève de la Litanie ardente :
« Seigneur notre Dieu, agrée cette fervente supplication de tes
serviteurs. Aie pitié de nous, dans ta grande bonté. Fais descendre sur
nous ta compassion, ainsi que sur tout ton peuple, qui attend de toi le
trésor de ta miséricorde ».
C’est-à-dire : Seigneur notre Dieu, reçois cette prière instante et fervente
que nous, Tes enfants, Tes serviteurs, faisons et aie pitié de nous tous, nous
pressant sur ton sein miséricordieux, ainsi que de tout ton peuple qui attend
ta miséricorde abondante.
L’ecphonèse à laquelle aboutit la prière secrète est, elle aussi, une
doxologie à la Sainte Trinité :
« Car, tu es un Dieu miséricordieux et ami des hommes… »

9. LES CATÉCHUMÈNES ET LES
REPENTANTS
Immédiatement après les lectures, le sermon et la Prière instante, le prêtre
célébrant se rapporte aux catéchumènes.
 Qui étaient les catéchumènes ?
 Comment et pourquoi ont-ils paru ?
 Y en a-t-il aujourd’hui ?
1

notes personnelles de l’auteur

195
Répondons, commençant par les premières années chrétiennes. Si un
païen quelconque, désirait devenir chrétien, les fidèles le conduisaient à
l’évêque régional pour qu’il le range parmi les catéchumènes. Il n’était pas
baptisé d’emblée. Saint Grégoire Palamas nous renseigne sur cela :
« Lorsque l’évêque se met au courant, que celui qui demande à être baptisé,
s’est présenté, lui-même d’abord comme imitateur du Seigneur, ami du
bien, adresse une action de grâces à Dieu qui, Lui-seul, veut et provoque
tout bien. Ensuite, il convoque les fidèles de l’Église dont il est le pasteur,
pour qu’ils célèbrent ensemble le salut du néophyte et qu’ils contribuent à
sa catéchèse. Puis, il demande au futur chrétien de lui dire pour quelle
raison s’est-il présenté à l’Église du Christ. Quand il répondra qu’il désire
devenir un enfant de Dieu et acquérir les biens célestes, par sa médiation et
sa coopération, ainsi que par celle des autres chrétiens, l’évêque lui dit que
comme il se présente à un Dieu parfait et impeccable, sa venue et toute sa
vie ultérieure doivent y être conformes. Quand il se met d’accord qu’il
désire vivre de la sorte, l’évêque le signe et invite les prêtres à enregistrer
son nom au groupe de ceux qui sont sauvés, comme d’un amoureux de cette
vie qui donne la vie ». 1
Il était permis aux catéchumènes d’entrer dans la sainte maison, de rester
à un certain lieu, d’ ordinaire dans le Narthex, d’assister à la liturgie mais
jusqu’à un certain point. Ils priaient avec les autres chrétiens et après avoir
écouté les lectures, l’homélie, la litanie ardente et les litanies particulières
des catéchumènes, le diacre les faisait appeler à sortir au dehors dès
l’ecphonèse :
« Que pas un catéchumène ne reste ! »
D’habitude, la catéchèse durait à peu près trois ans. Le troisième an de la
catéchèse, et plus précisément à la vigile de Pâques, les catéchumènes
s’apprêtaient à être baptisés. C’est pourquoi, pendant la période du carême,
ceux qui allaient être baptisés, entraient à l’ordre des «catéchumènes se
préparant déjà au baptême». La litanie instante de la Liturgie des Dons
présanctifiés s’accomplit en faveur d’eux. Eux aussi, ils partaient, avec les
autres catéchumènes, avant que la Liturgie des fidèles commence, dès
l’ecphonèse :
« Les catéchumènes se préparant au baptême, retirez-vous… »
Cependant, à l’ancienne Église, outre les catéchumènes, d’autres encore
étaient obligés de sortir de l’église, bien qu’ils aient été baptisés, bien qu’ils
aient été écrits aux diptyques de l’Église comme fidèles, car, depuis leur
saint Baptême, ils n’ont pas été attentifs et ils sont tombés dans des péchés
très graves qui ont été connus aux gens, scandalisant la société des fidèles et
1

Constantin Callínicos, protopresbytre , «Ὁ Χριστιανικὸς ναὸς…», p. 415.

196
donnant lieu aux païens d’accuser les chrétiens. Leur pénitence consistait à
ce que tous restaient hors de l’église. Ceux qui se repentaient sincèrement,
pouvaient, plus tard, rester dans l’église avec les catéchumènes et assister à
la liturgie jusqu’au sermon, mais ils étaient ensuite obligés de partir.
88. En 1978, le cinquième dimanche du carême, j’ai fait un sermon sur le
repentir à l’église de saint Basile du Pirée, à propos de la fête de notre
bienheureuse mère, Marie l’Égyptienne.
Je me suis référé aux diverses catégories des repentants et à la confession
qui se faisait publiquement les premiers ans de la vie de notre Église, dans
les catacombes et aux saintes maisons de l’époque.
Un chrétien fidèle, âgé d’à peu près 60 ans, avait une grande passion
dont – même à son âge – il ne pouvait pas se défaire et ainsi, il s’était privé
de la Sainte Communion.
Le dimanche après, celui des Rameaux, nous avions une Liturgie célébrée
par un évêque. Lorsque nous sommes arrivés à la fin par la grâce de Dieu
et que tous les prêtres étions devant les saintes portes pour le congé,
pendant que le diacre disait « prions le Seigneur » et que le métropolite
commencerait la formule du congé avec le « Que la bénédiction du
Seigneur descende sur vous… », nous avons entendu le cri qu’a poussé un
chrétien depuis le trône de l’évêque…C’était le dit chrétien avec la grande
passion.
Depuis le trône de l’évêque donc, il α crié fort deux fois : « Je suis un…,
Je suis un… », révélant sa passion. Il a confessé sa passion dans l’église
pleine des chrétiens ! Nous nous sommes tous surpris, nous sommes
restés muets. Pourtant, l’évêque n’a pas été paumé. Il a continué et il a dit
le congé.
Quel était le résultat de cette confession ? Comme il m’a dit lui-même
plus tard, il a ressenti que les membres de son corps avaient été libérés
d’un « rocher », il s’est défait de cette habitude une fois pour toutes et dès
sa première Sainte Communion il avait le cœur en fête.1
Je vous recommande : quand vous vous confessez, dites avec précision et
sincérité vos péchés.
* * *

Nous revenons maintenant à la catégorie des repentants, bien qu’on s’y
soit rapporté en résumé :
L’Église mettait des pénitences sévères à ceux qui faisaient des péchés
très graves, pédagogiquement, afin de sauver leurs âmes. Ceux-là étaient les
« repentants » qui se distinguaient aux différentes catégories suivantes :
Premièrement : les excommuniés.
1

notes personnelles de l’auteur

197
L’Église les coupait complètement de son corps car, elle les considérait
morts.
Seulement après un grand repentir actif et la signature d’un acte de foi et
d’un libelle, elle les acceptait de nouveau à son sein. Aux excommuniés
appartenaient aussi « ceux qui sont tombés à la négation de Dieu ». Selon
les canons de l’Église, ceux qui étaient absents de l’église trois dimanches
consécutifs, sans raisons sérieuses – p.ex. une raison de santé – étaient, eux
aussi, excommuniés. Aujourd’hui, on a aboli cette peine. Alors, cela se
pratiquait et l’on en avait des effets bénéfiques. L’Église décidait et les
fidèles obéissaient sans réplique.
Deuxièmement : les déplorables et les éprouvés.
Il s’agissait des chrétiens, ayant commis des péchés très graves, et qui
restaient hors de l’église, en plein air, en été comme en hiver (soit qu’il
neigeait ou qu’il pleuvait, soit qu’il faisait froid, qu’il grêlait ou qu’il faisait
chaud) et demandaient aux chrétiens qui y entraient, avec bien de larmes et
agenouillés, de prier pour que Dieu les pardonne. Ils ne prenaient même pas
du pain béni (antidoron).
Troisièmement : les agenouillés.
Les « agenouillés », se prosternaient continuellement dans l’église, même
les dimanches. En raison de la multitude de leurs péchés, ils recevaient
seulement la bénédiction de l’évêque – s’il y en avait – ou du prêtre
célébrant et ensuite, ils partaient de l’église avec les catéchumènes.
Quatrièmement : les pénitents.
 La plupart des chrétiens d’aujourd’hui sont des pénitents, se trouvant
sous la peine de ne pas communier. Ils assistent à la liturgie jusqu’à la fin et
prennent l’antidoron.
 Il y avait aussi une autre catégorie de pénitents : eux, ils se trouvaient
dans l’église pendant le saint culte, ils communiaient, mais l’Église les
empêchait de pétrir des prosphores, c’est-à-dire d’apporter des offrandes
(prosphores, vin, bougies, huile) à l’église.
Cinquièmement : en même temps que les catéchumènes, une autre
catégorie de chrétiens, partaient de la sainte église qui, eux aussi, restaient
dans le narthex. Il s’agissait des énergumènes, des possédés (qui souffraient
par les esprits impurs). Eux, ils étaient baptisés mais démoniaques.
Les CONSTITUTIONS APOSTOLIQUES mentionnent ceci : lorsque le
diacre disait « Que tous les catéchumènes se retirent… catéchumènes,
retirez-vous » (c’est-à-dire vous devez partir), s’adressant aussi aux
possédés du démon, il proclamait :
« Les possédés priez le Seigneur. Qu’on prie tous pour eux
ardemment, de sorte que Dieu ami des hommes par Jésus-Christ

198
menace les esprits impurs et malins libérant ses suppliants de la
domination étrangère… Les énergumènes retirez-vous ».1
Ils devaient partir, eux aussi. Cette ancienne disposition liturgique s’est
affaiblie, comme d’ailleurs tant d’autres, ou plutôt, elle s’est abolie.
Le bienheureux et inoubliable père Gervais Paraskevópoulos dit pour
les possédés des esprits impurs : « La Liturgie des fidèles ayant commencé,
il n’est pas permis aux démons tapageurs et turbulents de danser, de
vociférer et de blasphémer à travers nos frères souffrants, de façon
hypocrite et clandestine, à l’heure même où les fidèles sont invités comme
« l’image mystique des chérubins » à recevoir le Roi de la gloire ».2
De nos jours, il y a beaucoup de clémence, de tolérance, mais aussi
beaucoup de dérèglement !
Sixièmement : les auditeurs.
Il se pouvait que les auditeurs aient été des juifs ou des païens qui
entraient dans le narthex, écoutaient et voyaient la première partie de la
Divine Liturgie –assistant en particulier à l’homélie– et ensuite, ils sortaient
hors de l’église avec les catéchumènes, loin de l’assemblée.
Alors que les déplorables et les éprouvés restaient au dehors, les
auditeurs, bien qu’ils aient été des juifs ou des païens, restaient dans le
narthex !
Le diacre disait à haute voix aux auditeurs :
« Y a-t-il quelqu’un des auditeurs ? Y a-t-il quelqu’un des infidèles ?
Retirez-vous… »
Cependant, pour ne pas les aigrir, à l’instant même de leur départ, le
célébrant priait pour eux ardemment, suppliant :
« Que le Dieu tout miséricordieux ouvre les oreilles de leur cœur…
Qu’il leur enseigne la parole de vérité… Qu’il leur accorde une vie
pieuse… etc. »
L’intérêt de l’Église pour les « auditeurs » était réel, palpable, de sorte
que la plupart, partaient de l’assistance avec des larmes aux yeux. Pendant
les demandes précitées, le peuple chantait plusieurs fois et avec
componction :
-- Seigneur, aie pitié. Seigneur, aie pitié. Seigneur, aie pitié.
Selon plusieurs pères spirituels pieux et respectables, représentant notre
Église et suivant les conditions contemporaines, il est nécessaire de créer
une nouvelle catégorie de repentants, qui auraient un besoin immédiat de
1
2

CONSTITUTIONS APOSTOLIQUES, livre H, ΒΕΠΕΣ, vol. 2, p. 150.
Archim. Gervais Paraskevópoulos, « Ἑρμηνευτικὴ ἐπιστασία…», p. 32.

199
catéchisme, et d’une nouvelle évangélisation. Cette catégorie comporterait :
les indifférents, les tièdes, les non-informés, les ignorants, les durs, les
douteux, les incrédules, ceux de mauvaise foi, les impénitents et tant
d’autres… c’est-à-dire nous tous ! Car, presque tous, nous ne connaissons
qu’un minimum des éléments de notre foi ou de ses sacrements et attendu la
situation de nos passions qui règnent en nous, le tout Saint Dieu Trinitaire
ne nous en révèle presque rien. Nous avons l’obscurité totale de l’esprit.
Ignorance totale ! Notre vie spirituelle est déplorable …
Les pasteurs, nous sommes indifférents. L’«enclos» est sans surveillance,
sans clôture. Le champ est inculte, en friche. Ainsi, des loups en forme de
mouton, infestent, sans encombre, les âmes raisonnables « pour lesquelles
le Christ est mort ». À cause de tout cela, notre pastorale est censée être
négligente et défective, envers le troupeau spirituel du Christ. Il s’agit d’une
réalité dure dont on va RENDRE COMPTE le jour du Jugement. Il n’est
pas facile d’être prêtre aujourd’hui. On lui baise la main, on lui fait des
génuflexions, mais ce qui se pend à la nuque du prêtre, l’étole, c’est-à-dire
sa responsabilité pour le sort des âmes, est trop lourd. Que Dieu ait pitié de
nous, mais vous aussi ; priez pour tous les prêtres.
L’exemple du patriarche de Constantinople Nicéphore, nous désigne
quelle doit être la position de l’Église et, en particulier, de ses évêques
devant la dépravation des mœurs contemporains.
89. Lorsque l’évêque Nicéphore (829 après J.-C.) a vu la fameuse dame
de distinction Markezíni, amante de l’empereur de Constantinople de
l’époque, entrer dans l’église de la Vierge à Vlakhérnes pour assister à la
Liturgie, il l’a immédiatement congédiée hors de l’église ! Il lui α demandé
de restituer sa chute à la fornication avec un repentir actif et de faire sa
pénitence. Jusqu’à la fin de sa pénitence, elle resterait dans le Narthex,
comme tous les repentants, avec les catéchumènes.
Tous les commandements de l’évêque ont été dits à une telle haute voix,
que tous les assistants les ont entendus. L’historien Eusèbe de Césarée a
inscrit l’événement dans sa « Chronique ».1
D’après ce que nous avons dit jusqu’à maintenant, il s’avère que le
narthex était :
 d’un côté, la maison de correction où se repentaient tant les simples
chrétiens que les seigneurs et les rois,
 et de l’autre côté, le sein spirituel de l’Église où les catéchumènes
étaient en gestation, et plus tard ils ouvraient leurs yeux à la lumière de la
vie en Jésus-Christ, par le moyen de la tenue céleste et lumineuse de
l’allégresse divine, dont ils se vêtaient au saint Baptême.
1

Constantin Callínicos, protopresbytre « Ὁ Χριστιανικὸς ναὸς…», p. 145.

200
« Fidèles, prions pour les catéchumènes, afin que le Seigneur leur fasse
miséricorde. Qu’il leur enseigne la parole de vérité. Qu’il leur révèle
l’Évangile de justice. Qu’Il les unisse à son Église sainte, catholique et
apostolique ».
À cette demande, il y a quatre pétitions que les fidèles adressent pour les
catéchumènes :
 Premièrement : que le Seigneur ait pitié d’eux,
 deuxièmement : qu’il les instruise de la parole de Vérité,
 troisièmement : Qu’il leur révèle l’Évangile de la justice,
 et quatrièmement : Qu’il les unisse à sa sainte Église.
Ces quatre demandes ont une grande importance car, elles montrent le vif
intérêt de l’Église pour les catéchumènes.
La première chose donc, pour laquelle nous prions le Seigneur, est de
faire miséricorde aux catéchumènes.
À la deuxième demande nous lui demandons leur donner la foi.
 FOI en Jésus-Christ, l’Homme Dieu, Fils et Verbe de Dieu et Dieu
lui-même, le Sauveur du monde et Sauveur de toi, de moi, de lui, de
tous personnellement.
 FOI au caractère trinitaire de Dieu.
 FOI en ce que la Sainte vierge Marie est la Mère de Dieu, a enfanté
Dieu et elle est toujours Vierge.
 FOI en la providence divine et le miracle.
 FOI en l’immortalité de l’âme.
 FOI aux saints, à leurs miracles, à leurs saintes reliques et à leurs
saintes icônes.
 FOI en la Sainte Tradition.
 FOI au deuxième Avènement et Jugement équitable de Dieu.
 FOI au caractère éternel de l’enfer et du paradis…
FOI… FOI…FOI…
La foi est un don de Dieu qu’il offre à ceux qui ont la disposition de
croire et de vivre selon sa volonté et pas à tous.
Foi ! Mais avons-nous la vraie foi ? Nous n’avons besoin de rien. D’
aucun bien matériel. Les biens du monde, tous ensemble, ne peuvent pas
être comparables à la foi. Cette foi-là, le Seigneur va la demander quand il
reviendra dans toute sa gloire au redoutable Jugement Dernier. « Mais le
Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il de la foi sur la terre ? »1
Trouvera-t-il vraiment la foi dans nos cœurs ?
1

Luc 18, 8.

201
Cependant, rappelons-nous les bourreaux des saints martyrs qui
constituent une catégorie spéciale et étrange de catéchumènes. Car, après
les affreux et multiples tourments qu’ils ont faits aux martyrs et voyant en
eux :
 leur foi inébranlable,
 leur courage invincible,
 la paix répandue sur leurs visages,
 l’acceptation joyeuse de leur martyre,
 leur endurance physique lors des tortures,
 l’amour, la générosité, la longanimité et le pardon qu’ils montraient à
leurs tortionnaires mêmes, ils étaient profondément bouleversés, sentant
dans leurs âmes une divine renaissance spirituelle, et ils confessaient, tout
spontanément, leur foi au Christ le Sauveur, pour que s’ensuive
immédiatement après leur propre Baptême, le Baptême du martyre. Cette
conduite et cette attitude des martyrs aux affreuses tortures –résultant d’une
foi inébranlable – constituaient souvent une véritable catéchèse vivante, la
plus forte catéchèse, autant pour les bourreaux que pour les idolâtres ou les
païens qui y assistaient, ainsi qu’un renforcement des chrétiens pour qu’ils
confessent leur foi.
* * *
L’Église ancienne changeait les noms des catéchumènes. Elle proposait et
elle en donnait ceux qui avaient comme composants les mots Théos (Dieu)
ou Christ. (Par ex. Théophile, Théophilie, Philothée, Théodore, Théodora,
Christódoulos, Christodoúli, Théoktistos, Théoktisti, Dorothée, Dorothéa
etc.). Écoutons cela, un bon nombre de nous, qui insistons à donner à nos
enfants des noms qui n’ont rien à voir avec l’histoire de notre Église ou
avec les noms des martyrs et des saints qui nous rappellent leur vie et leurs
vertus.
Nous revenons à la procédure de la catéchèse, comme elle se faisait dans
la première Église.
Les catéchumènes, au troisième an de la catéchèse, s’appelaient « les
catéchumènes se préparant au baptême » qui, pendant le Carême, venaient
chaque jour à l’église, quand on lisait la Prime. Là, on leur lisait les
exorcismes. Par les exorcismes, l’âme se libérait de l’influence du diable.
Après les exorcismes s’ensuivait la catéchèse quotidienne. Comme la
purification de l’âme était achevée, les fondements de la foi s’y plaçaient.
Une semaine avant la Semaine Sainte, la catéchèse avait comme sujet le
Credo («L’ENSEIGNEMENT DU SYMBOLE DE LA FOI»). Le dimanche
des Rameaux, l’évêque examinait si les catéchumènes se préparant au

202
baptême connaissaient le Credo, non seulement par cœur, mais
pratiquement dans la vie.
Pourtant, outre la catéchèse et les exorcismes qui se faisaient dans
l’église, les catéchumènes se préparant au baptême, menaient une lutte
spirituelle intense, pendant tout le Carême, selon saint Grégoire le
Théologien : « pour parvenir à ce que tu désires fort, cela t’aidera de
jeûner, de faire des veillées, des prières, de verser des larmes, de faire des
aumônes, d’endurcir le corps et un tas d’autres moyens du combat
spirituel ».1 Les catéchumènes pratiquaient tout cela. Ce sont les combats
spirituels dont nous avons tous besoin, car on est tous comme des
catéchumènes repentants…
Pendant la veillée du samedi saint, vers le jour de Pâques, s’effectuait la
renonciation à Satan, puis l’insertion au Christ. La procédure du baptême
s’ensuivait la nuit de la résurrection.
L’habitude qui a prévalu à l’Église orthodoxe de se baptiser en très bas
âge, a contribué à supprimer complètement la catéchèse avant le baptême.
Cependant, le parrain et les parents de l’enfant se chargent, obligatoirement,
de la catéchèse. « Parrain » indique celui qui va assumer une tâche
d’enseignement à l’enfant, des dogmes de la foi, du moins de ceux de base :
 comment prier,
 comment étudier la Sainte Écriture,
 comment jeûner,
 comment mener une vie sobre,
 comment se confesser,
 comment et quand aller à l’église,
 comment doit-il communier,
 comment préserver ses sens,
 comment faire obédience au père spirituel et à l’Église,
 comment respecter la tradition…
 tout ce qui est relatif à l’enseignement de l’Église sur les deux natures
de Jésus-Christ, sur la Toute Sainte, sur les saints…
Le parrain a un tas d’obligations spirituelles desquelles il y a une
ignorance et une indifférence totales et parfois une attitude ennemie.
90. Au monastère Dionysíou de la Sainte Montagne vivait un moine,
appelé Aghápios. Lorsqu’il était encore en France, il menait une vie
dissolue, toute dissipée… Il était maçon et s’appelait Antoine.
(Faites attention à la façon dont il s’est initié à la foi chrétienne. Il était
chrétien mais, il avait besoin d’une évangélisation).
1

Saint Grégoire le théologien, «Εἰς τὸ ἅγιον Βάπτισμα», Homélie 40, ΕΠΕ 4, p. 299.

203
Une nuit, pendant qu’il dormait, un jeune berger lui est apparu et lui a
dit :
-- Je m’appelle Démétrios et je suis originaire du même village que toi.
Te souviens-tu de moi ? Prends garde à ne plus pécher et moi, je vais te
protéger !
Lui, il s’est réveillé et se demandait :
-- Qui était alors ? Quel Démétrios le berger !
Il ne pouvait pas comprendre…
Le lendemain, pendant qu’il travaillait, il est tombé par un échafaudage
qui avait 7 étages de haut et il s’est sauvé, sans la moindre égratignure !
Tous les ouvriers du bâtiment (aussi bien les Français que les Grecs) lui
disaient : « Le ciel était sans aucun doute avec toi, pour être sauvé tombant
d’une telle hauteur, un saint t’a protégé ! »
Il s’est rappelé le rêve avec Démétrios, il a compris que saint Démétrios
l’avait sauvé. Il l’a cru son patron. (L’église de son village était consacrée
à saint Démétrios)
Dès lors, il a commencé à mener une vie prudente et sans péchés graves ;
il allait à l’église tous les dimanches. Il a appris quelques prières par un de
ses amis qui était tailleur et les récitait.
Un matin, pendant qu’il priait, le même jeune, saint Démétrios lui est
réapparu ! Il lui a demandé :
-- Quelle sorte de prière fais-tu ?
-- Saint Dieu…, Trinité Toute Sainte…, Notre Père…, répondait-t-il.
-- Ah ! Très bien. Cependant, je veux que tu apprennes le « Quand Moïse
traça une Croix… »
-- Mais, monsieur je ne le connais pas, lui dit-il. Comment l’apprendre ?
-- Écoute-moi et apprends-le. Le saint a ensuite commencé à chanter le
tropaire («catavassía») très mélodieusement.
Antoine est resté sans voix, plein de peur et d’admiration. Pourtant il lui
a émis une objection parce qu’il était inculte et illettré.
-- Comment l’apprendre cela moi ? Je ne peux pas !
-- Je te le chanterai de nouveau.
Le père Antoine avait encore quelques objections.
-- Alors, tu iras chez le tailleur, ton ami Georges, celui qui chante à
l’église et lui, il te l’apprendra.
Et il a disparu !
C’était là qu’Antoine, d’un air pensif, est allé trouver son ami le tailleur
et lui a révélé sa vision ainsi que le commandement du saint. En entendant
tout cela, son ami s’est surpris. Pourtant, comme il avait du travail à son
atelier de tailleur, il lui a dit d’y aller l’après-midi. En effet Antoine est

204
venu l’après-midi, son ami lui a chanté le tropaire plusieurs fois, il le lui a
aussi écrit sur un papier pour l’apprendre. À un moment, le tailleur s’est
illuminé et lui a dit :
-- Antoine, mon ami, quitte tout. Dieu te destine à une autre vie.
Rassemble tes affaires et pars immédiatement. Va à Jérusalem ou à la
Sainte Montagne…
(Le père Antoine racontait cela au père Lazare du monastère Dionysíou
en 1954 quand il était malade et lui, il le servait.)
-- Dès lors père Lazare, j’ai commencé à penser quitter le monde et la vie
pécheresse que je menais avec des femmes, des ébriétés etc., comme tu sais
déjà et pour être bref, d’une certaine façon, j’ai liquidé des biens et je suis
venu ici à la Sainte Montagne.
-- Bravo ! lui dit le père Lazare. Tu es digne de louanges. A un tel âge, tu
as échappé aux malices du diable lui décochant de nombreux coups.
Au moment où le père Antoine a quitté le monde et est allé à la Sainte
Montagne où il est devenu le moine Aghápios, il avait l’âge d’à peu près
cinquante ans. 1
Dieu dépasse l’espace et le temps. Il invite l’homme à la voie du salut à
un moment opportun. Il choisit plusieurs façons pour faire venir tout
homme près de lui.
Ce que l’Église fait aujourd’hui avec les multiples actions missionnaires,
la catéchèse, l’édition débordante des livres patristiques ou avec les stations
de radio ou de télévision ecclésiastiques, Dieu lui-même l’a fait au père
Aghápios, l’ex-Antoine, par l’intermédiaire de saint Démétrius. Il l’a invité
et catéchisé de la sorte.
Ainsi, nous tous, nous sommes aujourd’hui des catéchumènes et
évangélisés de nouveau à la parole du salut. Qu’on ne tourne pas le dos à
cet appel de Dieu et qu’on en profite autant que l’on peut, à l’aide du Saint
Dieu et de la Grâce, au moyen des tout saints mystères.

1

Moine Lazare, « Διονυσιάτικαι διηγήσεις», p. 65-66.

205

DEUXIÈME PARTIE

LA LITURGIE
DES FIDÈLES

206

10. LES PRIÈRES INAUDIBLES DES
FIDÈLES
Le 15 octobre on commémore le martyre d’un chrétien moine martyr
auquel succède une narration édifiante. Cette narration a été écrite le 12e
siècle par Maurice, le diacre de la Grande Église du Christ
(Constantinople), comme suit :
91. Un certain moine vivait dans une skite en Égypte et il avait été pour
longtemps le novice d’un ancien. Mais envié par le diable et cédant aux
attaques démoniaques, il a renié l’obédience et abandonnant son ancien il
est descendu à Alexandrie pour se faire missionnaire. Son ancien l’a
certainement averti que s’il désobéissait, il lui infligerait une pénitence
lourde. Lui, il n’en écoutait rien. Il est descendu volontairement à la ville
d’Alexandrie.
C’était alors les dernières années des persécutions des chrétiens.
Là, dans la ville, le seigneur idolâtre l’a arrêté (car il portait l’habit
monastique) et le pressait de renier son habit et le Christ. Pourtant, lui,
courageux, il s’obstinait dans sa foi. Ils lui ont alors enlevé l’habit et ils
l’ont durement fouetté.
Cependant, il est resté inébranlable à sa foi. Alors, après bien des
tortures, les bourreaux ont décidé de le décapiter. Ainsi s’est-il passé. Ils
l’ont attrapé, ils lui ont coupé la tête et ils ont jeté son corps hors de la ville
pour que les bêtes sauvages le dévorent.
Pourtant, des pieux chrétiens qui ont assisté au martyre, sont allés de nuit
et ils ont pris, secrètement, son saint corps. Ils l’ont embaumé d’aromates,
l’ont enveloppé d’un linceul et l’ont déposé dans une urne funéraire, dans
le sanctuaire d’une église de la ville d’Alexandrie, afin de l’honorer comme
la relique d’un martyr.
Cependant, chaque fois qu’on célébrait la Divine Liturgie et que le diacre
prononçait : « Tous les catéchumènes retirez-vous. Les catéchumènes,
retirez-vous. Plus de catéchumènes », l’urne funéraire avec la relique du
saint martyr s’élevait en l’air, passait au-dessus des têtes des fidèles et
allait dans le narthex, où elle restait jusqu’au congé ! Lorsque le prêtre
disait : « par les prières de nos saints Pères … », elle rentrait de nouveau
automatiquement à sa place, c’est-à-dire dans le sanctuaire.
Tous s’en étonnaient. Ils admiraient l’évènement mais ils ne pouvaient
pas l’interpréter. L’effroi et la peur à la fois ont commencé à influencer les

207
fidèles. Ils ont recouru à un fameux ascète sage de l’église pour qu’il donne
une explication à cet événement étrange.
Lui, il a recouru au jeûne et à la prière. Il a eu donc la réponse. Quelques
jours après un ange du Seigneur lui est apparu et a dit :
-- N’admire pas et ne t’en étonne pas. Ce frère-ci, qui est rendu digne de
verser son sang en faveur du Christ et à qui, pourtant, n’est pas permis de
se trouver dans le sanctuaire lors de la Divine Liturgie, lors du Sacrifice
non-sanglant, sache qu’un ange du Seigneur l’emmène, le fait sortir et
l’amène dans le narthex. Car, lorsqu’il était le novice de l’ascète X que tu
connais, il a renié l’obédience. Lorsque son ancien, à juste titre, lui a
infligé une pénitence, lui, il l’a quitté et « traînant » la pénitence, il est
descendu à Alexandrie. En tant que martyr, il a reçu la couronne du
martyre mais, il ne peut pas se trouver dans le sanctuaire lors de la
Liturgie des Fidèles car, comme il « traîne » la pénitence de son ancien, il
appartient à la catégorie des repentants, c’est-à-dire de ceux qui sont sous
pénitence, qui n’a pas été réglée. Par conséquent, lors de la Liturgie des
Fidèles, il doit se trouver dans le narthex avec les catéchumènes et les
repentants.
Le problème peut être résolu, l’ange a continué, si son ancien lui-même
lève la pénitence et il est à noter qu’il ne connaît pas que son novice est
mort comme un martyr pour la sainte foi du Christ, n’ayant pas voulu faire
des sacrifices aux idoles.
L’ange du Seigneur a révélé tout cela à ce grand ascète. Quand ce saint
père a appris cela, il a pris son bâton, est allé au ancien du martyr et lui a
tout raconté.
Ensuite, ils sont descendus tous les deux à Alexandrie. Ils sont allés à
l’église où se trouvait la relique de martyr du novice, ont ouvert l’urne
funéraire contenant le corps du martyr, et lui ont lu la prière d’absolution
et de déliement de la pénitence que son ancien avait mise. À la fin, après
l’avoir baisé, ils ont fermé l’urne, ils ont fait une longue prière glorifiant
Dieu et ils sont partis.
Dès lors, chaque fois qu’on célébrait la liturgie, la relique du moinemartyr restait immobile à sa place, dans le sanctuaire, répandant un effluve
dans toute l’église et à tous les participants fidèles.1

LA LITURGIE DES FIDÈLES
--

1

Matt. Lagkís, « Ὁ μέγας Συναξαριστής..», p. 333.

208
« Que tous les catéchumènes se retirent. Catéchumènes retirez-vous.
Qu’aucun catéchumène ne reste, que pas un infidèle, que pas un
possédé… »
Dès cette incitation du diacre, toutes les catégories des catéchumènes et
des repentants partaient de l’église. Ceux qui restaient pendant la partie
principale de la Divine Liturgie, étaient les pénitents et les fidèles. C’est
pour cela que le diacre s’adressait alors et s’adresse maintenant à eux,
disant :
« Nous tous, les fidèles, encore et sans cesse en paix prions le Seigneur.
Protège-nous, sauve-nous, aie pitié de nous et garde-nous, ô ! Dieu, par
ta grâce ».
Aux premiers temps de la chrétienté, ceux qui restaient dans la sainte
église étaient des fidèles et TOUS recevaient la Sainte Communion.
Aujourd’hui, la situation a changé. La plupart des chrétiens sont tièdes et
indifférents. Ils viennent à l’église, non pour assister à la liturgie de façon
consciente, mais pour être présents de façon formaliste à des mariages, à
des baptêmes, à des obits et à des services funèbres ou même à des Te
Deum des fêtes nationales. À cause de cela, ils ne participent pas aux deux
sacrements essentiels et salutaires de notre foi : la confession et la Sainte
Communion. Cependant, ils se croient bons, voire à un tel point qu’ils
croient aimer tout le monde. Pourtant, tous ces « bons » qui n’ont jamais
assisté à la liturgie, ignorent complètement les vérités fondamentales de
notre foi, ils méprisent les commandements de l’Évangile et ne font que
satisfaire chaque jour et à tout prix leurs propres passions. Ils sont de bons
hommes, des humanistes et des altruistes mais l’enfer se remplira
exactement de bons hommes de la sorte. Il ne suffit pas d’être « bon » mais,
nous devons être « fidèles » pratiquement aussi, dans nos actes, avec « la
foi agissant par l’amour ».1 « Prouve-moi ta foi sans les œuvres et moi, je
tirerai de mes œuvres la preuve de ma foi ».2 Le premier acte de foi c’est de
croire au caractère trinitaire de Dieu, au fait que le Christ s’est fait HommeDieu (Dieu-homme), à Son enseignement divin, à la crucifixion, à la
résurrection, à Son deuxième Avènement et au Jugement, à la vie du siècle
à venir, au caractère éternel de l’âme, soit dans le paradis soit en enfer.
« Sans les œuvres la foi est morte ».3 Par conséquent, la foi orthodoxe doit
s’exprimer à travers les actes du respect de la volonté divine et de l’effort
quotidien aux combats spirituels. D’ailleurs…
« C’est la foi des Apôtres.
1

Gal. 5, 6.
Jacques 2, 18.
3
Jacques 2, 26.
2

209
C’est la foi des Pères.
C’est la foi des Orthodoxes.
C’est cette foi-là qui a soutenu l’univers ».
Il ne suffit donc pas d’être un « bon » homme pour être sauvé.
N’oublions pas que l’homme porte le mal au-dedans de lui et personne ne
peut se vanter que son cœur est impeccable.
 « Que Dieu soit vrai et tout homme menteur »1 selon la parole
évangélique.
 « Le cœur de l’homme est porté au mal dès sa jeunesse »,2 complète de
façon affirmative la sagesse de la sainte Écriture.
 « Qui fera sortir le pur de l’impur ? Personne. Si par toi ses jours sont
fixés –le nombre de ses mois »3 c’est-à-dire qu’il n’y a personne qui ne
soit impur.
 « Tant nous trébuchons tous »4 certifie la parole de Dieu ailleurs.
C’est pour cela que j’y insiste. C’est une chose un bon homme, un bon
chrétien et C’EST AUTRE CHOSE un pieux chrétien et un saint. Selon
notre foi il faut qu’on devienne des saints, des dieux, mais par la grâce de
Dieu.
Nous ne tirons pas profit si nous allons à l’église par habitude et sans
raison, sans croire au Christ, voire au caractère Dieu-homme de JésusChrist, à l’œuvre de l’économie divine par l’Incarnation, ainsi qu’au
mystère de la Sainte Trinité. C’est pour cela que, avant la célébration de la
Sainte Eucharistie le diacre dit à haute voix : -- Nous tous les fidèles…
Nous ne pouvons pas participer à la vie éternelle, seulement avec nos
œuvres bonnes, et nos soi-disant aumônes, si en même temps, nous ne
participons pas à la VERITÉ de l’incarnation du Fils et Verbe de Dieu, de
Son Sacrifice rédempteur sur la Croix et de la Résurrection. Nul ne peut se
présenter au Mystère de la Communion du Saint-Esprit s’il ne participe pas
d’avance à l’unité de la foi. Le calice commun de la Vie présuppose la foi
commune. « Notre foi en la Sainte Eucharistie est unanime et le saint culte
soutient la foi » confirme saint Irénée.5 Pour cela il faut participer tous les
dimanches à la Divine Liturgie.
« NOUS, TOUS LES FIDÈLES…
ENCORE ET SANS CESSE PRIONS LE SEIGNEUR … »
1

Rom. 3, 4.
Gén. 8, 21.
3
Job. 14, 4-5.
4
Jacques 3, 2.
5
Hiéromoine Grégoire, «Ἡ θεία Λειτουργία…», p. 120.
2

210
« Nous, tous les fidèles » dit à haute voix le diacre et ensuite il fait une
petite litanie qui finit au mot « sagesse ». La signification du mot est la
suivante : ce qui va se passer, peu de temps après, constitue un témoignage
de la sagesse de Dieu pour le salut des hommes.
Le prêtre reste debout devant l’Autel, sur lequel il déplie le saint
antimension pour y célébrer le Mystère de la Sainte Eucharistie, alors qu’il
dit la première PRIÈRE SECRÈTE DES FIDÈLES :
« Nous te rendons grâce, Seigneur Dieu des puissances car tu nous as
accordé de nous tenir à ce moment encore devant ton saint Autel et de
nous prosterner en implorant ta miséricorde pour nos péchés et pour
les inadvertances du peuple. Accepte, ô ! Dieu, notre prière. Rendsnous dignes de t’offrir nos prières, nos supplications et nos sacrifices
non sanglants pour tout ton peuple, et nous, que tu as établi pour ce
ministère. Rends-nous capables, par la puissance de ton Esprit Saint,
de t’invoquer en tout temps et en tout lieu, sans encourir de
condamnation ni reproche, avec une conscience pure, afin qu’exauçant
nos prières, tu nous sois propice dans la plénitude de ta bonté ».
Par cette prière secrète, le prêtre exprime ses propres remerciements et
ceux des fidèles pour l’hommage que Dieu nous fait de rester tous à cette
heure-ci devant l’Autel, dans la sainte église. Une église et un Autel qui
diffèrent de tout autre Autel temporel, surtout des ceux des idoles et du
Satan.
En plus, le prêtre célébrant remercie Dieu parce qu’il l’a rendu capable
de recourir à sa grande miséricorde pour ses propres péchés et pour les
inadvertances du peuple.
Ensuite, le prêtre célébrant demande au Seigneur de le rendre digne
d’offrir le sacrifice de l’Eucharistie et capable d’invoquer son Nom très
saint.
La pureté du prêtre est une condition essentielle pour qu’il puisse
célébrer les redoutables Sacrements sans encourir de condamnation. Saint
Chrysostome fait remarquer que l’âme du prêtre doit être plus splendide
que les rayons solaires eux-mêmes. 1
Le prêtre doit être aussi pur que les ordres angéliques, souligne notre
saint père Théognostos. Sinon, continue le saint, en mêlant les ténèbres à
la lumière et la mauvaise odeur aux saintes huiles, nous allons sans doute,
nous, les prêtres, hériter le « malheur à vous », c’est-à-dire la lamentation
éternelle et la perte de notre âme, en tant que profanateurs.
1

Saint Jean Chrysostome, Homélie 6, ΕΠΕ 28, p. 260.

211
Pensez-y, écrit-il, quelles doivent être les mains qui sont au service de
ces mystères ! Quelle doit être la langue par où débordent les paroles
divines et de quelle autre âme ne faudrait-il être plus sainte et plus pure
cette âme-là qui, au moyen du sacrement du sacerdoce, a reçu tant de grâce
par l’Esprit saint !
Cependant, ce qui finalement rend digne le prêtre de célébrer la sainte
Anaphore, c’est « l’abîme de l’humilité ». Humilie-toi, comme si tu étais
une brebis menée à l’immolation, tenant tous supérieurs à toi. Crois-toi
terre et cendre, impur comme un chien. Que tu te lamentes toujours en se
rendant compte que tu te rends digne d’être invité en société et à la parenté
avec Dieu à travers la communion des Saints Dons de l’office redoutable,
grâce à son amour ineffable pour les hommes et l’honnêteté indicible de
Dieu », conclut saint Théognostos.1 Par l’humilité, le prêtre réalise ce que
c’est que de se trouver devant l’ Autel à la place du Christ.
[Tous les prêtres, et en particulier les futurs, doivent étudier les chapitres
13-23, 37-38 et 50-60 de notre saint père Théognostos. (« Philocalie »,
tome 2, traduction G. Ghalítis, éd. To perivóli tís Panaghías : le jardin de la
Toute Sainte)].
L’ «AMEN» que les fidèles chantent à la fin de la première prière secrète
des fidèles, signifie qu’eux, tout comme le prêtre célébrant, ressentent la
hauteur et les dangers du ministère d’un prêtre. C’est pour cela que tout le
peuple encore qui se trouvent hors du sanctuaire, c’est-à-dire dans la nef,
compatient et prient avec le prêtre qui célèbre les mystères divins. Cet
AMEN n’est pas un grondement céleste, comme il l’est après le « Béni soit
le Règne … » au début de la Divine Liturgie, mais il est un soutien fraternel
que les fidèles apportent à la lutte spirituelle et à la fébrilité du prêtre
célébrant. (L’EST-IL ?)
Nous constatons quelque chose de très important dans cette prière secrète
des fidèles : les transgressions des commandements divins faites par le
peuple, s’appellent « inadvertances » tandis que les transgressions faites
par le clergé s’appellent « péchés ».
Pourquoi cette distinction, cette différence ? Nous considérons
l’ignorance qui, conventionnellement, caractérise le peuple, comme le plus
grand mal parce qu’elle est l’un des trois « géants » qui font que l’homme
tombe dans le péché. L’oubli, l’ignorance et l’indolence spirituelle font
naître le mal dans le cœur de l’homme. Ces passions sont comme les mères
de famille qui accouchent les enfants très nombreux de la méchanceté, de la
ruse et, en général, du péché.
1

Hiéromoine Grégoire, « Ἡ θεία Λειτουργία…», p. 212.

212
Nous sommes, nous aussi, les prêtres, responsables du fait que le peuple
abandonné reste sans instruction et inculte mais, c’est aussi de sa faute car,
il refuse, obstinément, d’être cultivé, d’être « défriché » et de recevoir les
semailles de la parole divine. Alors qu’on sème la parole évangélique, elle
se perd et se disperse « du grain est tombé au bord du chemin… d’autre
grain sur la pierre… d’autre grain au milieu des épines »1 n’y trouvant
aucune terre fertile.
Car, il ne suffit pas que l’« émetteur », la « génératrice » fonctionne bien,
c’est-à-dire que le prêtre soit digne, mais il faut que le « récepteur », c’està-dire le fidèle, se trouve en un état d’âme excellent. Si vous êtes dans « la
bonne terre » vous retiendrez la parole, sinon vous la rejetterez.
Nous tous, les prêtres qui avons osé nous charger de la pastorale du
peuple et l’on s’occupe jour et nuit des mystères divins de notre Église,
nous n’avons pas et nous ne devons pas être ignorant du peuple. La loi et la
volonté de Dieu, à travers la parole évangélique, sont connues à nous tous.
C’est pour cela qu’ il n’est pas possible que nos transgressions s’appellent
« inadvertances », comme celles du peuple, mais « péchés ». Elles
constituent des péchés parce que nous n’avons pas d’anxiété pour le salut
des brebis spirituelles dont nous prenons soin. Nous ne sommes pas les
gens du jeûne, de la vigile, de la prière et de la continence.
Malheureusement, nous ne vivons pas à un échelon convenable, ce que
Paul l’apôtre a dit : « Qui est faible, que je ne sois faible ? Qui tombe que
cela ne me brûle ? »2 Alors, qui d’entre nous a-t-il veillé pour le salut ne
fût-ce que d’une seule âme ?
Le peuple pèche, ignorant l’exactitude de la parole évangélique ; c’est
pour cela qu’ « il sera battu de peu de coups ». Les prêtres pèchent aussi,
mais connaissent la vérité de la foi évangélique, pour cela ils « recevront
bien des coups »,3 en tant qu’indignes. Le peuple aussi rendra compte de sa
désobéissance à la volonté de Dieu et aux incitations salutaires de son bon
et saint pasteur spirituel.
92. Un ascète, après la chute de Constantinople, tout en se promenant
entre les ruines de la ville, est arrivé devant une église détruite, en ruines,
et il a vu un spectacle innommable : une truie avec ses cochons sur la table
de la sainte Prothèse ! Il a commencé à pousser des pleurs et des
lamentations pour la profanation de ce saint lieu. Un ange du Seigneur lui
est alors apparu et il lui a dit : « Abbé, pourquoi pleures-tu ? Connais-tu

1

Luc 8, 5.
II Cor. 11, 29.
3
Luc 12, 47.
2

213
que ce que tu as vu est plus agréable à Dieu que l’indignité des prêtres qui
célébraient ici ? »
Ensuite l’ange a disparu.1
* * *

Le prêtre, tout effrayé, devant l’Autel se sent son état pécheur, sa
faiblesse, son indignité et
 prie Dieu qu’il pardonne celui-ci pour ses « péchés » et le peuple pour
ses propres « inadvertances ».
 Il le supplie aussi, ardemment, pour qu’il le rende digne d’offrir le
sacrifice non-sanglant.
 Il sollicite encore Dieu qu’il le rende digne de l’invoquer « en tout
temps et en tout lieu, sans encourir de condamnation ni reproche et avec
une conscience pure ».
Le prêtre célébrant le Mystère de la Sainte Eucharistie, doit avoir une
conscience pure, « sans encourir de reproche », une conscience innocente !
Malheur au célébrant de n’importe quel rang qui célèbre la liturgie ayant
des sentiments de culpabilité dans son âme. Si la chute dans le péché est
lourde, très grave, « hélas, trois fois hélas », il vit dans le plus grand
malheur, aux enfers, en ayant lourde la conscience. La conscience proteste,
se récrie, gêne et fouette impitoyablement l’esprit et l’âme du prêtre qui a
péché. Sa voix qui l’accuse, est la voix implacable de Dieu.
Saint Chrysostome y met l’accent de façon laconique : « Ce serait
mieux si un scorpion t’aurait piqué au lieu d’être piqué par la conscience
jour et nuit… ». Le saint continue : « Le tribunal de la conscience te fouette
d’innombrables fois et sans merci. Si tu ne te repentis pas pratiquement, elle
te tourmentera durant toute ta vie et à part cela, l’enfer te recevra
éternellement ! … ». Puis il avertit : « Comprends, ô ! Ministre des
mystères de l’Église comme il est effroyable d’être accusé par ta
conscience, d’avoir toujours ce terrible et menaçant accusateur dans ton
âme. L’âme n’endure pas, elle ne peut pas supporter cette critique
quotidienne de la conscience». 2
93. Il y a quelques années, un prêtre de province, qui célébrait la
liturgie pendant trente ans, m’avait visité et me liant par le sacrément de la
confession de ne révéler son nom qu’après sa mort, il m’a dit : « Pendant
tous ces ans de ma vie de prêtre, je n’ai rien ressenti de ce que j’ai lu au
Livre des Anciens, aux vies des saints et aux livres patristiques, c’est-à-dire
des changements spirituels, contemplation de la lumière incréée,
1

Moine Théoclet Dionyssiátis, ἐφημερίδα «Ὀρθόδοξος τύπος», nov. 2001, p. 3.
Basile Kharónis, « Ἰωάννης Χρυσόστομος, παιδαγωγικὴ Ἀνθρωπολογία», vol. 4, p. 390407.
2

214
consolation divine et allégresse, révélations des choses indicibles etc. Le
doute et le manque de foi se sont donc emparés de moi ; je me demandais
même, si le Pain et le Vin se changent vraiment en Corps et en Sang du
Christ. Est-ce qu’il s’agit des formes et des symboles et non pas d’ une
réalité vivante ? Il paraît que ma paresse psychosomatique m’avait,
littéralement, brisé… Pourquoi douter ? Pourquoi être incrédule ? »
Ma réponse y était que Dieu ne nous est pas révélé pour les raisons que
le prêtre lui-même avait rapportées. En plus, parce que nous sommes
indignes pour une telle sorte de bénédictions, soit à cause de notre orgueil
et nos autres passions dont certaines sont innommables… soit parce que
ces bénédictions seraient au-dessus de la mesure de nos moyens, soit parce
qu’on ne supporterait pas une telle révélation surnaturelle, soit pour
d’autres raisons qui restent un Mystère pour nous.
Trois mois plus tard, il m’a visité de nouveau tout pâle et très maigre. Il
avait l’air brisé. Il m’a rapporté qu’après notre rencontre, trois mois avant,
il avait pour la première fois célébré la liturgie, à la mémoire de saint Jean
l’évangéliste, le 8 mai. C’était alors qu’il s’est trouvé devant une révélation
bouleversante.
En déposant le saint Calice sur l’Autel, après la communion des fidèles,
il a pris l’encensoir, mécaniquement et à contre cœur, pour encenser les
Saints Dons et dire : « Sois exalté ô ! Dieu, par-dessus les cieux et que ta
gloire se répande sur toute la terre ». Soudain, ses yeux se sont ouverts
largement et il s’est rempli d’un effroi sacré, de peur et de terreur. Il a vu
que le contenu du saint Calice est monté, des chairs en sont apparues,
tandis que le sang a débordé, coulant sur le saint antimension! À cette vue
terrible, le prêtre a perdu conscience, il s’est évanoui et est tombé par
terre. Le sacristain l’a fait revenir à soi, après avoir appelé les secours
urgents parce qu’il a cru qu’il avait subi un arrêt cardiaque. La terreur du
prêtre était : comment pourrait-il faire face au Calice ? Il interrogeait avec
insistance le sacristain et ayant été persuadé que le contenu de la Coupe
avait pris son aspect naturel, il s’est levé en se donnant beaucoup de mal,
tout en marmottant : « Je crois, Seigneur, je crois ! » Tremblant tout entier,
il a pu achever la Divine Liturgie. Mais la terreur qui s’emparait
continuellement de lui, était comment ferait-il la consommation des saintes
Espèces. Il transpirait sans arrêt à grosses gouttes jusqu’à ce qu’il y soit
parvenu sans que l’aspect naturel des Saints Dons s’altère.
Il ne pouvait pas se calmer pendant bien des jours. Il a perdu son
sommeil, son appétit, la parole. Il se rongeait les sangs à cause de son
infidélité et de ses doutes. Comment célébrait-t-il le grand Mystère pour
tant d’années ? Comment osait-il rompre le Corps du Christ avec tant

215
d’intrépidité ? Comment communiait-il sans aucun sentiment ? Chaque fois
sans y être préparé ni au physique ni au moral… Voilà pourquoi il avait
tant de colère, tant d’égoïsme, tant de méchanceté…, tant de passions.
Quelle confusion d’esprit ! Quelle dureté de cœur ! Quel silence mortel des
sens spirituels ! … Quelle censure !… Une censure comme la morsure de
vipère, parce que les cas (des centaines et plus de fois) où il avait jeté la
Sainte Communion par terre soit par inattention, soit par nervosité, lui sont
venues dans la mémoire. Plein d’anxiété, il m’a interrogé : «Est-ce que
Dieu aura pitié de moi ? »
Un mois après cet événement révélateur et bouleversant, le prêtre est allé
à l’Évêché où il a soumis sa démission. Il a déclaré qu’il ne célébrerait plus
jamais et qu’il ne recevrait plus que rarement la Sainte Communion… cela
aussi, avec beaucoup d’attention et après une grande préparation morale.1
Tous les prêtres … soyons attentifs. Tous les fidèles … croyez-y !
* * *

La deuxième PRIÈRE SECRÈTE DES FIDÈLES commence comme
suit :
« Encore et sans cesse, nous nous prosternons devant toi et nous te
supplions, toi qui es bon et ami des hommes, de considérer
favorablement notre prière, de purifier nos âmes et nos corps de toute
souillure de la chair et de l’esprit. Fais que nous nous tenions devant
ton saint Autel sans être accusés ni condamnés. Donne ô Dieu à ceux
qui prient avec nous, un accroissement de vie, de foi et d’intelligence
spirituelle ! Donne-leur de toujours célébrer ta Liturgie avec crainte et
amour, de participer à tes saints mystères sans reproche ni
condamnation et d’être rendus dignes de ton royaume céleste ».
La deuxième prière secrète des fidèles finit par l’ecphonèse que nous
entendons pour la première et la seule fois pendant la Divine Liturgie :
« Afin que, toujours gardés par ta puissance, nous te rendions gloire,
Père, Fils et Saint-Esprit, maintenant et toujours et dans les siècles des
siècles. Amen », c’est-à-dire que ta puissance divine nous protège en tout
temps et que nous Te glorifions, Père, Fils et Saint-Esprit, maintenant et
toujours et dans les siècles des siècles. Amen ».
Toutes les ecphonèses des prières inaudibles constituent une doxologie
envers la Sainte Trinité. Ici s’accomplit la parole de l’apôtre Paul qui écrit :
« Faites tout pour la gloire de Dieu ».2 Tout ce que vous faites, tout ce que
vous dites, tout ce à quoi vous pensez, faites-le pour la gloire du saint Dieu.

1
2

notes personnelles de l’auteur
I Cor. 10, 31.

216
Les deux prières inaudibles des fidèles constituent l’ouverture de la
porte, à travers laquelle, nous entrons déjà à l’office sacré du sacrifice nonsanglant, au culte divin, à la Liturgie des fidèles.

2. L’HYMNE DES CHÉRUBINS
À

l’une de nos visites au saint monastère de notre bienheureux saint
David de l’île d’Eubée, le père Jacques Tsalíkis nous a raconté, mon épouse
étant présente, l’événement suivant :
94. Une femme fidèle s’est confessée une fois à lui, dans la chapelle de
saint Charalampos.
Après la confession et pendant que ses proches sont restés là attendant
leur tour pour se confesser, elle est descendue à l’église centrale où elle est
entrée pour se prosterner devant les icônes. L’église était vide. Elle a
allumé une bougie et a commencé à saluer les icônes. Cependant, tout en
entrant, elle a vu pour un moment les portes saintes ouvertes et un beau
jeune homme blond assis sur l’Autel. Sitôt qu’elle l’a aperçu, elle lui a jeté
les hauts cris :
-- Tu n’as pas honte, lui a-t-elle dit, de t’asseoir sur l’Autel ? Descends
vite, sors d’ici… Vous, les jeunes d’aujourd’hui, vous êtes comme cela,
gâtés, impies, parasites, paresseux, aux longs cheveux, anarchistes…
Qui sait quoi d’autre lui a-t-elle dit ? Pourtant, le jeune homme l’a
interrompue et d’une voix très douce et céleste lui a dit :
-- Et toi alors, pourquoi tu n’as pas confessé tel péché que tu as
commis ? Et il lui a dit, précisément, le péché.
Quant à elle, elle a perdu contenance restant sans voix, toute sidérée par
cette révélation du Jeune Homme.
-- Et toi, qui es-tu ? a-t-elle marmotté tout en tremblant.
-- Moi, je suis Celui que tu recevras demain, a-t-il dit et il a disparu.
Aussitôt qu’elle est revenue à soi, elle a accouru paniquée vers le père
Jacques, tout en criant ce qu’elle a vu, ce qui lui est arrivé…1
1

notes personnelles de l’auteur

217
« Moi, je suis Celui que tu recevras demain… ». Nous nous trouvons
tous dans l’église, nous L’accueillons à la Grande Entrée comme « le Roi
de toutes choses », escorté des chœurs angéliques célestes. L’essentiel c’est
que nous « Le mangeons et que nous Le buvons », pour « la rémission de
nos péchés et la vie éternelle… »
La Divine Liturgie est un Drame divin. Elle est une reconstitution de tout
le Mystère de l’Économie divine. Le Sacrifice redoutable du Golgotha se
continue, mais de façon non-sanglante. Si nous voulons participer à la
Divine Liturgie avec componction, attention et la prière incessante, nous
écoutons alors et nous entendons de toute notre âme et parfois en extase
mystique de l’esprit, des miracles et des miracles, que l’intellect de
l’homme ne peut pas contenir, ne peut pas comprendre. Le surnaturel, ce
qui dépasse la logique, les mystères de Dieu ne peuvent pas se contenir
dans le cerveau de l’homme, ce dont témoignent les événements et les
histoires vécues auxquels nous nous référons. Même si quelqu’un parmi
nous tombe dans les ténèbres du péché, de la méchanceté, de la malice mais
aussi des tentations et des tristesses de la vie, qu’il ne se désespère pas.
Dieu le Seigneur est vivant . « Nous avons mis notre espérance dans le Dieu
vivant, qui est le Sauveur de tous les hommes surtout des croyants ». 1
* * *
Nous avons dit qu’à la première partie de la Divine Liturgie, le Christ est
le Maître, le Prophète. Nous le voyons, lors de la petite entrée, apparaître au
monde, à travers l’Évangile, pour prêcher le repentir, le salut et la
rédemption au genre humain. Cette première partie de la Divine Liturgie
est, en même temps, notre propre mise en route et notre entrée à la vie du
Christ aussi, où nous l’accueillons, en vue d’écouter sa parole. Cela signifie
et constitue aussi une occasion à tous de montrer, pratiquement, notre
amour à nos frères, après avoir écouté Sa parole par la lecture évangélique.
La Divine Liturgie est la terre qui fructifie, automatiquement, l’amour et
l’unité. C’est exactement pour cela que, pendant la Divine Liturgie, dans
l’église, il n’est pas permis aux fidèles de rester inconnus entre eux. Nous
sommes une seule famille, nous avons un seul Père, nous sommes tous des
frères et sœurs.
Loin de l’Autel, un fidèle se condamne lui-même à la solitude : « Il reste
seul ».2 Il se condamne à mort de faim spirituelle. Si quelqu’un ne reste pas
dans l’Autel, dans la Divine Liturgie, dans l’église, s’il ne mange pas le
Corps du Christ et s’il ne boit pas du Sang du Christ, il est privé de la vie.

1
2

I Tim. 4, 10.
Jean 12, 24.

218
Nous serons à la recherche du Christ et nous Le trouverons d’abord, dans
le culte divin et ensuite, faisant une sorte de prolongement, nous le
rechercherons pour nous unir avec Lui dans le lieu où nous vivons, voire
dans la famille. « Celui qui n’aime pas son frère qu’il voit, peut-il aimer
Dieu qu’il ne voit pas ? »1 dit l’évangéliste Jean.
La deuxième partie de la Divine Liturgie commence par les deux prières
des Fidèles émouvantes et inaudibles qui précèdent la Grande Entrée.
Après l’ecphonèse du prêtre « afin que toujours gardés par ta
puissance nous te rendions gloire, Père, Fils et Saint-Esprit, maintenant
et toujours et dans les siècles des siècles », le peuple de Dieu commence à
chanter à travers les chantres l’Hymne des Chérubins. L’Hymne qu’on
chante dans toutes les Liturgies (sauf dans certains cas : liturgies des Dons
présanctifiés, jeudi saint et samedi saint) est le suivant :
« Nous, qui dans ce Mystère, représentons les Chérubins et qui en
l’honneur de la vivifiante Trinité, chantons l’hymne trois fois saint,
déposons maintenant tout souci du monde, pour recevoir le Roi de
toutes choses, invisiblement escorté des chœurs angéliques. Alléluia,
alléluia, alléluia ».
Nous interprétons de façon très simple, l’hymne ci-dessus que nous
écoutons, habituellement, à chaque Divine Liturgie, mais avec une grande
difficulté, car, lorsqu’une pensée vient à l’esprit, une autre est écrite par la
main et que les pensées qui surgissent du cœur ne sont pas celles qui
jaillissent de la bouche.
Par l’hymne des chérubins, notre Église nous invite à aller du même pas
avec le Christ le Sauveur sur le chemin du martyre qui conduit au Calvaire
et au Sacrifice sur la Croix, effaçant de notre âme tout souci mondain.
Alors que les pieds des prêtres sont plantés devant l’Autel et que ses
yeux mortels se réjouissent de la cérémonie, tant visible qu’invisible, autant
que possible, autant que Dieu permet, autant que Dieu veut et autant qu’ils
sont dignes… (nous sommes misérables et pas dignes…) et alors que leurs
oreilles écoutent les odes spirituelles des hymnes des chérubins et que leurs
mains s’ouvrent comme celles de Moïse dans l’attitude d’une supplication
fervente, l’esprit des prêtres qui sont pieux et saints se mêle au monde
invisible des chérubins et entre avec eux à l’Autel qui est au-dessus des
cieux, à l’Église triomphante du haut Jérusalem où il se transforme tout
entier en lumière et en feu et en flammes divines, tout en se baignant dans
le rayonnement divin de l’Esprit tout saint. L’esprit s’oublie là… perdu
dans les cieux… perdu dans la gloire divine de la Lumière trinitaire incréée
qui est hors de portée…
1

I Jean 4, 20.

219
Comment cela ? « Dieu le sait ». Le Seigneur seul est Celui qui connaît.
« Si l’âme du chrétien n’a pas appris de s’éloigner des soucis matériels
dans le saint culte, elle ne pourra non plus contempler les choses
célestes… ». Son intelligence et son cœur ne seront pas illuminés par
l’inconcevable grandeur de l’Autel céleste et des hymnes angéliques. 1
Le père Georges Carslídhis, une figure sanctifiée de notre siècle qui
s’est endormi dans la sainteté en 1959 à Sípsa du département de Drama,
disait à ses simples brebis spirituelles, les paroles suivantes : « Que nul,
parmi nous, n’entre dans la chapelle portant avec lui des soucis matériels,
des préoccupations, des peurs et une conscience agitée ! Avant toute chose,
n’y entrez pas ayant des culpabilités. Laissez tout, hors de l’église, et puis
entrez. C’est alors que saint Jean le Précurseur et vos anges vous
accueillent… Vous entrez avec eux dans les Palais royaux des cieux…
Vous mettez les pieds sur le lieu qui resplendit sous le Soleil de la présence
du Christ et de sa très pure Mère, notre Toute Sainte. Vous vivez dans les
cieux avec les prophètes, les justes, les martyrs, les saints, les anargyres, les
anges, les chérubins. Comment pouvez-vous penser à de nombreux soucis
et à des préoccupations matérielles ? Si votre intelligence et votre cœur sont
remplis d’ordures alors celles-ci vous feront sortir du lieu de Dieu ».2 Le
père Georges parlait de cette façon et lors de l’hymne des chérubins « se
perdait » dans la beauté inconcevable de l’Autel céleste et de l’Église
triomphante.
Quelque chose d’analogue vivait aussi un très pieux prêtre russe agiorite,
le père Týkhon. Lors de l’hymne des chérubins, son ange gardien,
emmenait le ministre du Très-Haut, aux mêmes lieux éclatants des cieux et
du haut Jérusalem.
95. Pendant la Divine Liturgie, il disait au moine qui l’aiderait comme
chantre de rester dans le petit corridor hors de l’église et de dire le « Kyrié
éléison » par-là, en vue de se sentir, lui, tout seul et de faire sa prière
aisément.
Avec le peu de grec qu’il connaissait, il disait :
-- À l’heure de l’hymne des chérubins, ange gardien m’emmène… une
demi-heure, une heure, je ne sais pas… ange me fera descendre de
nouveau…
Lorsqu’il revenait à soi, ce saint célébrant, il comprenait qu’il était au
milieu de la Divine Liturgie et qu’il devait continuer. Alors, il disait :
Oh là-là ! Moi, la Liturgie… moi, je célèbre… oh là-là !
1

Saint Jean Chrysostome P. G. 47, 414.

2

Moine Moïse l’agiorite, « Ὁ μακαριστὸς γέροντας Γεώργιος Καρσλίδης», p. 86.

220
Bien des fois, on lui demandait :
-- Ancien, qu’est-ce que tu voyais, qu’est-ce que tu écoutais pendant tout
ce temps-là ?
Lui, il répondait humblement :
-- Chérubins, séraphins, beaucoup-beaucoup, glorifiaient Dieu
Trinitaire… Oh là-là !
Il baissait sa petite tête, contrit et tout en pleurant.
Une fois, le père Théoclet du monastère agiorite Dionysíou lui avait
rendu visite. Comme la porte du père Týkhon était fermée et des psalmodies
douces s’entendaient de l’église, il n’a pas voulu frapper à la porte pour ne
pas déranger les chantres mais il a attendu qu’ils finissent car il a pensé
qu’ils se trouvaient déjà au verset de communion (Chant de communion du
jour). Le père Týkhon sort peu de temps après, et ouvre la porte. Lorsque le
père Théoclet y est entré, n’a trouvé aucun autre que le père Týkhon. Alors,
il a compris que ces psalmodies étaient angéliques. 1
Moi aussi, j’ai écouté cette histoire de la sorte, au Mont Athos.
Faites attention donc, dès l’hymne des chérubins et puis, pendant toute la
Divine Liturgie ! Que toute notre pensée soit au Christ. Que nous ne
permettons à aucune autre pensée de nous gêner. Que tout en nous reste
silencieux, que nous n’écoutons et ne voyons que seul le Christ, notre
Sauveur.
Pourtant, de diverses pensées mondaines nous viennent malheureusement
à l’esprit. Il se peut qu’on pense à des affaires de notre famille, de notre
travail, à des diverses et nombreuses aventures de la vie, à mille et un
problèmes qui nous préoccupent, à des tristesses, tourments ou ennuis.
D’ailleurs, il y a certains à qui viennent des pensées impures, mauvaises
malignes et même blasphématoires à certains d’autres. Il faut qu’on éloigne
de notre esprit et de notre conscience cette sorte de pensées avec un fort
amour fervent envers le Christ et avec la prière : « Seigneur Jésus-Christ,
aie pitié de moi ».
Lorsque l’esprit de l’homme s’embrase par l’amour envers Dieu, aucune
pensée et aucune réflexion pécheresse ne peut y insister.
«… déposons maintenant tout souci du monde,
pour recevoir le Roi de toutes choses ».
Pendant que l’hymne des chérubins est chanté par les chantres et le
peuple, le monde angélique céleste tout entier chante aussi avec eux. Cela
est une réalité vivante. «Une Église d’anges et d’hommes a été faite» par
notre Seigneur Jésus-Christ. Il a uni les cieux et la terre en une Église, un
seul troupeau et un seul berger, le Christ, en vue de vivre UNE Église et
1

Moine Païssios l’agiorite, « Ἁγιορεῖτες καὶ ἁγιορείτικα», p. 26.

221
UN Autel, celui des cieux et de la terre ; nous devons nous détacher de nos
soucis terrestres de notre vie (ce à quoi l’hymne des chérubins insiste).
« Si quelqu’un s’embrase en lui par l’amour de Dieu, il ne tolère plus
s’occuper de ce qu’il remarque avec ses yeux et ses sens corporels mais
ayant acquis d’autres yeux, ceux de la foi, il contemple toujours les cieux
vers lesquels il dirige sa pensée. Alors qu’il marche sur la terre, il est
comme s’il vivait aux cieux… Comme il désire se hisser de la terre aux
cieux, il ne s’arrête pas plus tôt, pas plus qu’il n’est pas trompé par les
choses visibles, qui l’entourent, jusqu’à ce qu’il puisse monter au saint
sommet », c’est-à-dire au sommet de l’Autel céleste …1
Un saint hésychaste anonyme nous fait monter à ce « saint sommet »
par la description de son extase divine lors de l’hymne des chérubins :
« Je vous dis vraiment, ouailles bénies de l’enclos du Christ, que l’aide
du sacerdoce au genre humain est très grande. Car, lorsqu’un prêtre, un
ministre du Très-Haut digne et pur s’agenouille tant sensiblement que
spirituellement, tant avec son corps qu’avec son âme, devant le saint Autel,
tout en arrachant beaucoup de larmes et en particulier pendant l’hymne des
chérubins, face à Jésus-Christ le Sauveur ami des hommes et très
miséricordieux et il supplie et il prie pour les âmes en faveur desquelles Il a
versé sur la Croix son très saint et très précieux Sang, il est impossible que
sa demande ne soit pas entendue.
Lorsque le Seigneur est fervemment supplié par son ministre pur et
digne, qui verse ses larmes devant l’Autel comme une huile très pure, est-ce
possible qu’il n’accomplisse pas ses demandes bénéfiques et salutaires ? «Il
fait la volonté de ceux qui le craignent, il écoute leurs cris et les sauve». 2
Quand les purs et dignes prêtres et ministres du Seigneur, lors de
l’hymne des chérubins frappent à la porte céleste du haut Jérusalem avec
cette redoutable prière secrète, « Aucun de ceux qui sont liés par les désirs
et les voluptés charnelles n’est digne… » –immédiatement, une foule
infinie de chérubins ouvre les portes célestes et y introduit les prêtres
dignes, accompagnés des âmes qui sont suspendues à leur étole, comme en
éclair, ne fût-ce que pour très peu, en vue de se prosterner spirituellement
devant le trône céleste de l’agneau égorgé. Le prêtre prie ici-bas dans
l’église, son âme en extase, et par l’esprit, il salue la sainte Présence-même
dans les cieux.
Cependant, par ce séjour céleste auprès du trône de la grâce, ne serait-ce
que pour quelques secondes, de ces prêtres dignes, leur aspect intérieur
resplendit spirituellement comme la lumière du soleil. Si les anges, les
1
2

Saint Jean Chrysostome P.G. 53, 259.
Ps. 144, 19.

222
archanges et les chérubins sont des flammes de feu, les prêtres célébrants,
quant à l’âme, sont aussi des flammes de feu céleste, comme il est écrit :
« Des vents il fait ses messagers et des flammes de feu ses ministres ». 1
Lors de ce « ravissement » des dignes –selon l’expérience de
l’hésychaste anonyme– « sont aussi ravis en extase » ces fidèles
participants qui « dans ce Mystère représentent les chérubins ». Où sontils ravis ? À l’Autel du haut Jérusalem qui est au-dessus des cieux. La
sainte maison terrestre, toute sainte maison, même la plus pauvre et la plus
simple, lors de la Divine Liturgie et surtout aussitôt après l’hymne des
chérubins se transforme en une telle partie de l’Église triomphante.
Voici l’extase et la contemplation divine de l’hésychaste anonyme :
« Puisque le prêtre célébrant supplie hardiment Celui, le Christ Crucifié et
Sauveur, il observe tout surpris la splendeur ineffable des séraphins. Ceuxci n’osant pas contempler la Face divine du Seigneur, couvrent leurs
visages par les deux de leurs ailes, leurs pieds par les deux autres, afin de ne
pas être brûlés par les flammes de la Divinité, et avec deux ailes encore,
s’envolent pieusement autour du trône de la Grandeur divine alors qu’en
même temps ils chantent, c’est-à-dire ils chantent mélodieusement et de
façon céleste le « Saint, saint, saint est le Seigneur Sabaoth … » et le
« Alléluia, alléluia, alléluia ».
Pendant que l’heure redoutable du transfert des Saints Dons, depuis la
prothèse, c’est-à-dire la Grande Entrée, approchait, je voyais que, moimême, j’étais devenu comme une flamme de feu et que nous n’étions – moi
et les Saints Dons – ni une simple braise flamboyante ni encore une flamme
de feu, mais j’étais du feu pur, comme celui des charbons ardents, et une
flamme brûlante qui s’embrase en même temps … tout entier un feu, tout
entier une lumière ! Tout en voyant cela, j’admirais… Il s’agissait d’un
phénomène réel, c’est pourquoi j’ai été étonné et émerveillé … ». 2
* * *
Un ascète aussi, il y a quelques années, m’a révélé ceci :
96. Lorsque l’hymne des chérubins commence et que moi, mon père, je
baisse tout mon corps, récitant la prière secrète avec componction et
crainte de Dieu, une pureté abondante et une Connaissance divine
immatérielle éclairent mon âme de sorte que je comprenne indiciblement
les mystères ineffables de Dieu…
L’Autel se fait le lieu de Dieu, l’Autel céleste où le pur cœur du prêtre
s’enflamme et s’embellit par la lumière divine sans commencement… En

1
2

Ps. 103, 4.
Hésychaste Anonyme, «Νηπτικὴ θεωρία », Disc. 18, p. 219.

223
même temps les mélodies à la voix douce des puissances célestes glorifient
ardemment l’aspect lumineux de l’agneau immolé…
Toi… le célébrant d’en bas du saint culte, tu es chiffré –à l’aide de Dieu–
parmi les prêtres tout blancs des cieux, à ce même instant, dans la même
Divine Liturgie…
Tout extasié et tout ébloui, tu te sentiras de vivre avec eux, dans la même
aube toute blanche, toujours envahi par l’aimable et divine lumière
trinitaire de cette aube céleste ». 1
Plusieurs célébrants dignes ont, parfois, vécu et vivent encore
maintenant, cette lumière divine, la gloire de triple éclat et les flammes
incréées, célébrant avec des diacres, prêtres et évêques du saint culte
céleste, comme le père Georges Carslídhis :
97. Des témoins oculaires racontent que lors de la Grande Entrée, il était
soutenu, lui aussi, par des anges, parce que parfois il était tellement faible,
sur le point de craquer …
Autrefois et à cause de cette fragilité corporelle et de l’épuisement, il
était aidé par des chrétiens qui le soutenaient par les aisselles, l’un à
droite, l’autre à gauche pour qu’il puisse, tout en tremblant, faire la
Grande Entrée. Les chrétiens qui le touchaient avaient le sentiment de se
brûler sans voir aucune flamme …
Une confirmation sûre de ce qu’ils avaient vécu pendant qu’ils le
soutenaient, dès la fin de la Divine Liturgie et après que ce ancien sanctifié,
le père Georges Carslídhis, avait consommé les saintes Espèces, c’est qu’il
jetait ses ornements –chasuble, étole, ceinture, surmanches– aux chrétiens
qui se trouvaient hors du sanctuaire… oui, il les jetait ! Et ceux-là –Oh !
Quel miracle divin et paradoxal ! – ils jetaient des langues de feu, des
flammes, de la lumière… sans brûler. Il y avait une douce chaleur infinie et
une étrange profusion de lumière enflammante.
Les chrétiens les baisaient, les embrassaient, les appliquaient aux
diverses parties du corps qui souffraient – ils n’avaient besoin d’aucun
docteur, ils avaient les ornements du prêtre – ils enveloppaient leur cou
avec, ils couvraient ou ils frottaient leur visage et ils débordaient tous de
joie… rendant gloire à Dieu pour le père qu’ils avaient, pour L’ancien
qu’ils avaient… 2
Cela peut retentir étrange à nos oreilles. Peut-être y a-t-il plusieurs qui
doutent, tandis que d’autres montrent du manque de foi. Certains vont dire
qu’il s’agit d’un égarement, certains d’autres supposent que cela est dû à
1
2

notes personnelles de l’auteur
Moine Moïse l’agiorite, « Ὁ μακαριστὸς γέροντας Γεώργιος Καρσλίδης», p. 86.

224
une imagination outrée ou à une suggestion collective. Pourtant celles-ci
sont des pensées convenant aux infidèles et non aux chrétiens fidèles
menant le combat spirituel. Les fidèles, les dignes, les purifiés, les âmes
gracieuses, vivent les mystères incompréhensibles du saint culte et ils s’en
réjouissent dans le Mystère du silence et de l’acceptation tacite…
Les pères spirituels discrets et non égarés peuvent nous informer où se
trouvent soit la vérité, soit l’égarement ou l’action fautive des esprits
impurs. Nous, nous avons simplement transmis les expériences d’autres
dignes ministres du Très-Haut et pas les nôtres.
Comment tous ces redoutables mystères peuvent-ils être compris,
comment les vivre quand son corps et son âme sont infectés par le péché ?
À cause de cela on doute et on les considère des exagérations. L’âme est
atteinte d’outrecuidance, d’égoïsme, d’orgueil, de fatuité, de manie du
pouvoir, de gourmandise, d’incurie, de rancune, de jalousie, de colère…
L’infection du péché, voire du plus grand péché, c’est-à-dire de l’orgueil,
que l’on a tous sans aucune exception, passe aussi au corps. Le corps, en
tant qu’instrument de l’âme, fait obédience à ces commandements. Ainsi :
la langue dit des mensonges, diffame, blâme, calomnie, dit des obscénités,
blasphème contre Dieu, jette l’anathème, fait de faux témoignages,
maudit… Si un chrétien va à la liturgie du dimanche avec une telle langue,
comment comprendra-t-il le Mystère du culte spirituel ? Lorsque les yeux –
qui sont eux aussi des instruments de l’âme – voient des spectacles pervers
et obscènes ou le désir malin passe à travers eux, comment peuvent-ils
regarder en face la pureté des événements de la Divine Liturgie ? Les
oreilles écoutent avec plaisir des propos d’infidélité, de perversion, des
chants orduriers, de la musique satanique, des plaisanteries malicieuses etc.
Est-ce possible que de telles oreilles perçoivent spirituellement les sons
angéliques des cieux et les mélodies des chérubins ? Si les mains font la
nique, volent, trompent, battent, tuent, caressent de façon pécheresse, jouent
aux dés ou aux cartes… Si les pieds courent à des lieux de débauche et de
perversion… Si avec tous les membres du corps on sert le péché, comment
est-il possible qu’on vive, nous aussi, tout ce qu’on a entendu vivre
quelques célébrants dignes et certains chrétiens fidèles ? Comment ? Vous
n’y songez pas !
Cependant, ce n’est pas seul le corps qui pèche. L’âme pèche aussi, avec
ses mauvais désirs, avec ses pensées impures, obscènes et blasphématoires.
Même si l’œil humain ne les perçoit pas, Dieu passe en revue tout. Il est
celui qui « examine les cœurs et les reins ».1 Il examine les secrets des
hommes. L’homme tout entier est extrêmement pervers et infecté.
1

Ps. 7, 10.

225
Sans donc « un corps purifié, une langue purifiée et un esprit illuminé »1
il est impossible qu’on vive avec toute son âme les événements redoutables
et les mystères très purs de la Divine Liturgie. Paul l’apôtre, nous
conseille : « Purifions-nous, nous-mêmes de toute souillure de la chair et de
l’esprit ; achevons de nous sanctifier dans la crainte de Dieu ».2 Ceux qui
parmi nous font des efforts dans l’église, lors de la Divine Liturgie, vivent
avec le Dieu Trinitaire. Les libérés avec le Rédempteur ! Les sauvés avec le
Sauveur ! Enfin, les illuminés avec le Père des Lumières !
98. Lors de la Divine Liturgie, le père Sabas qui était un père spirituel
agiorite, soit à l’hymne des chérubins, soit au « Saint, saint, saint est le
Seigneur Sabaoth… » battait souvent sa poitrine et versait des torrents de
larmes. Il verrait, sans aucun doute, à travers ses yeux clairvoyants les
anges assister avec effroi devant l’agneau sanglant et immolé.
On raconte que quand il célébrait, il tombait plusieurs fois en extase
pendant l’hymne des chérubins, il les contemplait et écoutait l’hymne trois
fois saint et l’ «alléluia». Les moines chantres au dehors, éprouvant une
crainte sacrée, attendaient assez de temps pour que le célébrant se remette
du ravissement divin. Des moments angéliques et paradisiaques de la vie
liturgique… Heureux ceux qui assistaient à cette liturgie-là !
La vie liturgique du père Sabas le Spirituel évoluait dans un tel cadre.
Une vie pleine de commotions, de larmes, de tressaillements angéliques,
d’extases et de « ravissements » divins.
Chaque fois qu’il célébrait les redoutables mystères, monologuait à
haute voix : « Que c’est terrible ce lieu ! Que c’est terrible ce lieu ! »
L’Autel tout entier était « un buisson ardent mais pas brûlé ». Un lieu
redoutable… le lieu de Dieu ! 3
Telle était la vie liturgique du père Sabas le Spirituel. Je crois que le p.
Georges Carslídhis, le p. Philothée Zervácos, le p. Týkhon l’agiorite, le p.
Porphyre Baïraktáris, le p. Amphilókhios Makris, le p. Jacques Tsalíkis, le
père Démétrios Gagastáthis et bien d’autres, « sans nombre », avaient une
telle vie liturgique aussi… Sans en faire exception de tous ceux qui ont été
canonisés récemment, comme le saint Anthime de Chio, le saint père
Nicolas Planás, le saint Sabas de l’île de Cálymnos, le saint père Panaghís
Bassiás et tant d’autres.

1

Saint Jean de l’Échelle « Κλῖμαξ», Homélie 1, p. 39.
II Cor. 7, 1.
3
Archim. Chérubin, « Σύγχρονες ἁγιορείτικες μορφές, 6, παπα-Σάββας ὁ πνευματικὸς», p.
94-95.
2

226
Que leur exemple renforce en nous, les prêtres d’aujourd’hui, quelques
vérités oubliées se rapportant à la vie liturgique et aux dons abondants qui
jaillissent du Sacrifice du Calvaire.
De tout ce qu’on a déjà humblement rapporté, on a prouvé que lors de
l’hymne des chérubins, par le saint culte, l’église se transforme en ciel, avec
la présence vivante de l’Église triomphante…
Nous tous, les chrétiens fidèles qui assistons à la liturgie avec les prêtres,
on doit, fût-ce que de zèle, se transformer en « sur-anges », puisqu’on ne va
pas escorter tout simplement le Roi céleste mais on va le recevoir dans nos
cœurs et par la Sainte Communion, l’y introniser. On doit donc ressembler
aux chérubins que l’on représente à l’heure du saint culte.
99. Comme on m’avait raconté, il y a plusieurs années, à la Sainte
Montagne, il y avait un hiéromoine qui étudiait, qui « avalait »
littéralement les récits des pères agiorites. Ainsi il a commencé à célébrer
la Divine Liturgie quotidiennement dans la petite église dépouillée de sa
cellule.
Après même l’hymne des chérubins, il mouillait le sol devant l’Autel,
versant des ruisseaux de larmes. Le sol s’embourbait. Plusieurs fois, et à
cause de sa grande componction, il lui était impossible de lever les Saints
Dons pour faire la Grande Entrée. Ses ornements –sa chasuble par-devant,
son étole et sa tunique – ruisselaient de ses larmes abondantes.
Dès lors, il a commencé à ressentir une contrition étrange… Une
contrition qui en tant que sentiment humble… – le mouvement est devenu
humble ainsi que sa parole, son allure, sa façon de fréquenter… tout –
s’étendait vers les autres aussi… Les moines des skites environnantes,
même les laïcs, voyaient toujours un vieillard contrit devant eux. Cette vue
et son aspect étaient salutaires pour tous. Tous étaient instruits dans
l’humilité silencieusement. N’était-il pas un « sur-ange » ?1
* * *
« Nous qui dans ce Mystère, représentons les chérubins… »
Cependant, nous profitons d’un plus grand honneur que celui des
chérubins lorsque nous participons, dignement, à la Sainte Communion.
Pourquoi ? Parce qu’alors que les chérubins servent des trônes, nous autres,
nous intronisons le Christ dans nos cœurs. Alors que ceux-là soutiennent le
Seigneur, nous autres, nous apportons le Seigneur lui-même et notre
Sauveur Jésus-Christ en nous ! Oh ! Quelle condescendance divine ! Qu’on
s’élève de la terre jusqu’aux cieux… Amen ! …
L’hymne des chérubins, pendant la Liturgie, n’est pas seulement
grandiose mais il est aussi mystagogique et il nous élève spirituellement. Il
1

notes personnelles de l’auteur

227
s’appelle « des chérubins » car, en grec, il commence par le mot
« chérubin », ce qui se passe avec bien d’autres hymnes de notre Église. Ils
prennent leur nom par leurs premiers mots.
Pour que notre attention soit augmentée et que les soucis matériels se
secouent loin de nous, il faut que la contrition règne en nous, lors de
l’hymne des chérubins : «Qui suis-je-moi, le ver de terre, face au Souverain
de tout l’univers, Dieu à trois hypostases qui s’est fait homme pour mon
salut ? Que puis-je offrir moi, le pauvre, le triste sire, au Seigneur incarné,
qui a tout sous son pouvoir et qui m’enrichit moi comme tous avec les dons
trinitaires qui sont inépuisables et qui procèdent de son Sacrifice sur la
Croix et avec ses trésors célestes infinis ? »
Est-ce- que nous participons à la Passion du Christ avec nos sacrifices
personnels ? Est-ce-que nous communions, dignement, aux très purs Dons ?
Si oui, alors nous sommes richissimes ! Nous sommes forts ! Nous sommes
beaux et splendides ! Nous sommes célestes ! Nous sommes comblés de
grâce ! Nous sommes bienheureux ! Voici les dons trinitaires du saint
culte ! …
Cependant, il faut que l’humilité et la contrition prédominent en nous.
Une pensée capable de nous mener à la contrition, est celle de la mémoire
de la mort. Si l’on pense qu’il se peut qu’on subisse un arrêt du cœur
jusqu’au soir, si demain on ne vit pas ? Il faut que notre orgueil se brise non
seulement devant Dieu mais aussi devant les autres chrétiens qui nous
entourent dans l’église. Avec eux, humiliés les uns comme les autres, de
même que les prêtres célébrants, que nous offrions tous ensemble comme
serviteurs contrits notre humble culte à notre Seigneur Jésus-Christ, notre
Sauveur.
Le Seigneur sacrifié demande que nous L’adorons tous d’une langue et
d’un cœur. Que nous soyons nombreux ou non dans la sainte église, ayons
UNE VOIX de doxologie et d’adoration envers notre Dieu. Comme les
anges ! Comme les chérubins ! Glorifions et adorons le Nom de notre
Seigneur, unanimement, d’une seule bouche et d’un seul cœur.
Cela ne se passe pas au saint culte aujourd’hui. Nous ne sommes pas
unis… Malheureusement, nous sommes divisés, il n’y a pas une même âme
et un même cœur à tous. Pourtant, en tant que membres du Corps du Christ,
nous devons avoir la même attitude, le même esprit, la même langue, la
même bouche, le même cœur. Cela constitue un miracle qui est réalisé par
la sainte grâce pendant la Divine Liturgie mais seulement à ceux qui brisent
leur égoïsme et acquièrent une seule volonté : la volonté de Dieu.
Le fait que nous n’avons pas le même esprit, le même cœur, une seule
langue et une seule bouche se voit même avant que la Divine Liturgie

228
finisse. Tout d’abord, par le désordre lors de la Sainte Communion. En
second lieu, par la dissipation pendant la distribution du pain béni. Le bruit
dès la fin de la Divine Liturgie doit être un « bruissement » angélique,
rituel. L’embrassement de l’amour, du pardon, de la longanimité doit y
exister. Nous devons dire bonjour à notre prochain, de la sorte que NotreDame le dirait à son Fils et son Dieu ! Nous ne sommes pas des étrangers
dans l’église, nous sommes des frères, des membres du même Corps du
Christ. Nous ne sommes pas une bande irraisonnable, nous sommes des
membres du Christ. Tout cela se dit dans l’espérance d’or qu’un jour nous
deviendrons comme les premiers chrétiens des catacombes et des
persécutions : une seule âme, un seul cœur, une seule bouche …
* * *
Pendant la période du carême, à la Liturgie très émouvante des Dons
présanctifiés, au lieu de l’hymne des chérubins connu, on chante l’hymne
suivant :
« Maintenant, les puissances des cieux célèbrent invisiblement avec
nous, car voici que s’avance le Roi de gloire. Voici que s’avance avec
son escorte le sacrifice mystique déjà accompli. Approchons-nous avec
foi et amour afin de devenir participants de la vie éternelle. Alléluia ».
Ce que nous chantons ici, constitue une réalité sacrée. Sur la patène se
trouvent déjà le Corps et le Sang du Seigneur, c’est-à-dire « le Roi de la
gloire » en réalité. C’est pour cela que, nous accueillons agenouillés les
Saints Dons Présanctifiés.
100. Un prêtre m’a raconté un jour que, lors d’une Divine Liturgie des
Dons Présanctifiés, et pendant qu’il faisait l’Entrée silencieuse, les
« redoutables mystères » aux mains, il les a ressentis s’alourdir trop… se
faire impossibles à soulever, comme il les tenait… Il a fléchi le corps à
cause du poids… et au milieu de l’église il s’est quasiment agenouillé… La
terreur s’empara de lui de peur que les saints mystères ne tombent de ses
mains. Tout en pleurant – les participants pleuraient aussi – il a commencé
à prier silencieusement le Seigneur, à le supplier de lui donner la force de
se lever, de continuer…
-- Mon Dieu, criait-il, sois apaisé envers moi, pécheur… Je ne suis pas
digne d’être appelé ton ministre mais traite-moi comme… Ton homme de
Cyrène pour que je porte la Croix de ton Corps et Sang très purs… homme
de Cyrène, Seigneur… homme de Cyrène, Seigneur… homme de Cyrène,
Seigneur ! …
Comme il parlait à haute voix, les participants répétaient avec lui ses
paroles. Comme s’il avait regagné ses forces, petit à petit, se donnant
beaucoup de mal, tout ému et tout éploré, il porta les « Redoutables

229
mystères » sur l’Autel… Le lieu du sanctuaire s’est illuminé et des
myriades d’anges chantaient des doxologies triomphales en faveur de
l’Entrée du Grand Roi. Lui, il est resté sans voix, tout ému, tout ravi,
méconnaissable à cause de l’extase divine… 1
Quel grand miracle, le pur et digne Ministre du Très-Haut !
Comme ils sont merveilleux l’Entrée du Seigneur dans l’église et Son
accueil de la part de nous « comme celui du Roi de la gloire » ! Comme ils
sont vains les accueils que nous faisons aux gouverneurs de ce monde !
Comme les forces angéliques L’accueillent et L’escortent, que nos cœurs
deviennent de la même façon un ciel, un trône royal pour que le Roi de tous
s’y intronise. Cependant, pour que notre cœur devienne un trône céleste,
l’on doit devenir « imitateurs d’anges, imitateurs de martyrs, imitateurs de
saints moines, imitateurs de saints, imitateurs du Christ… »
Le Christ, le « Roi de tous » est venu ici bas sur la terre. Il est cependant
venu sans avoir les signes extérieurs et vains des seigneurs de ce monde.
Sans armée, sans violence, sans persécutions et sans exploitation. Il est
venu tellement humble que les hommes ne l’ont pas reconnu. Non
seulement ils ne l’ont pas reconnu mais ils l’ont crucifié aussi. Nous autres,
on honore aujourd’hui les idoles en carton des seigneurs qui ont du pouvoir
et de la force mondains, des riches, des stars, des hommes politiques et tant
d’autres qui occupent les postes publics ou sociaux les plus supérieurs de ce
monde vain et mensonger.
Il est prouvé pratiquement que depuis deux mille ans aucun système
social et aucune idéologie philosophique de ce monde n’ont pas pu résoudre
les grands problèmes de l’humanité, à plus forte raison ils n’ont pas pu lui
offrir la paix, la joie et la félicité. Les systèmes sociopolitiques ne pourront
jamais sauver le monde. Seul le Christ, le « Roi de toutes choses », peut le
sauver. Il le sauve par le moyen de son Sacrifice et de son Enseignement
évangélique insurpassable.
Chaque fois que nous faisons la Divine Liturgie et que l’hymne des
chérubins est chanté, le Christ vient, lors de la Grande Entrée avec les
Saints Dons du pain et du vin. Il vient offrir Son Sacrifice pour le salut du
monde. Le « Roi de toutes choses » approche. De l’autre côté, nous les
chrétiens qui assistons à la liturgie, nous sommes invités de l’accueillir et
de faire un double chemin avec Lui.
 La première marche sera l’entrée triomphale dans la sainte Ville de
Jérusalem. Là, les palmes spirituelles à la main, nous écrierons de toute
notre âme et du fond de notre cœur : « Hosanna ! Béni soit au nom du
1

notes personnelles de l’auteur

230
1

Seigneur celui qui vient, le roi d’Israël », c’est-à-dire le Roi du nouvel
Israël, de l’Israël spirituel et céleste…
 La deuxième marche sera celle de martyre et elle est sanglante. Du
prétoire jusqu’au Calvaire, de la porte nord du sanctuaire jusqu’au centre
des saintes portes et sur l’Autel. Eh ! Bien vrai ! Ce que nos cœurs doivent
être purs pour cette marche ascendante de martyr avec le Christ ! …
Nous ne pouvons pas imaginer avec combien de componction profonde
se faisait jadis la Grande Entrée. Plus particulièrement, il était très
émouvant de voir dans l’église de la Sagesse de Dieu, l’Empereur avec les
plus hauts dignitaires aller lors de l’hymne des chérubins à la porte nord du
sanctuaire, par devant les enfants qui portaient des emblèmes de Séraphins,
pour accompagner les ministres du Très-haut à la Grande Entrée. C’est-àdire l’empereur et les dignitaires faisaient la Grande Entrée avec les prêtres
et les porte-cierges. Ainsi honoraient-ils le « Roi de toutes choses ».
Nu-tête et pieds nus, ils allaient au milieu de l’église où le cortège sacré
s’arrêtait pour adresser à Dieu une litanie spéciale.
Il y a une tradition que pendant ces moments de ravissement, un certain
roi, ressentant avec frisson la présence du Christ et des anges, s’est écroulé
avec ses vêtements royaux et sa couronne aussi !
Qu’est-ce qui se passe à nos jours ? Un coup d’œil en nous, dans nos
cœurs et puis autour de nous, peut nous dire long sur ce que nous sommes
en état de pauvreté spirituelle. Si Dieu devenu homme a fait son entrée en
nous et nous, nous sommes avec lui, cela se témoigne par toute notre
conduite.
101. Un ancien appelé Eulogios qui s’est endormi en 1948, a révélé à son
novice qu’une fois, pendant la fête de la Vierge, lors de la Grande Entrée
de la Divine Liturgie, dans la petite église de la cellule de la skite où il
menait une vie d’ascète, il a vu une multitude d’anges se concentrer dans la
petite église et encenser, tous ensemble, le prêtre célébrant…
Soudain, qu’est-ce qu’il voit ? Est-ce que ses yeux se sont trompés ? Estce qu’ils ne voient pas bien ? … Mais non, son cœur est tout joyeux et bat
très doucement en raison de cette émotion sacrée…
Qu’est-ce qu’il voit vraiment ? Qu’est-ce qu’il a vu ? Il a vu la très sainte
Mère de Dieu tenir un très beau voile céleste et couvrir le prêtre célébrant
et les Saints Dons avec… le « Roi de toutes choses ».
L’encensement des anges se dirigeait vers cette scène grandiose et
inconcevable…

1

Jean 12, 13.

231
La chapelle toute entière resplendissait de lumière, de douceur, d’un
effluve supraterrestre, d’une beauté superbe et d’une splendeur…
L’Entrée α pris fin… tout est devenu calme et paisible, comme
auparavant. Une paix et une douceur inconcevables se sont emparées de
lui, dans la chapelle, dans toute la skite, dans toute la nature…1
* * *
Il y a aussi un troisième hymne des chérubins qui est chanté une fois par
an pendant la Divine Liturgie du grand jeudi et qui est connu à tous :
« À ta Cène mystique, Fils de Dieu, reçois-moi aujourd’hui. Je ne
révélerai pas le Mystère à tes ennemis. Je ne te donnerai pas de baiser
comme Judas mais comme le larron je te confesse : souviens-toi de moi,
Seigneur, dans ton royaume ».
L’hymne se rapporte à la Sainte Cène du Seigneur avec les apôtres, à la
trahison de Judas et à la confession du larron. C’est l’hymne caractéristique
du grand jeudi où Jésus-Christ a fondé le Mystère de la Sainte Eucharistie.
Un quatrième hymne très poétique est chantée pendant la Liturgie du
grand samedi à la place de l’hymne habituel des chérubins. C’est l’hymne
qui exprime le Mystère profond du silence et de l’attente de la
Résurrection :
«Que fasse silence toute chair humaine et qu’elle se tienne immobile
dans la crainte et le tremblement. Qu’elle éloigne toute pensée terrestre
car le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs s’avance pour être
immolé et se donner en nourriture aux fidèles. Les chœurs des anges Le
précèdent avec les principautés et les puissances, les chérubins aux
yeux innombrables et les séraphins aux six ailes et, se voilant la face, ils
chantent : alléluia».
Cet hymne est un des plus beaux de notre Église, en une langue vraiment
sacrée, poétique et angélique. Ici, le mélode de notre Église est envahi par
une redoutable crainte envers le Sacrifice maximal du Calvaire où il voit le
très pur Corps du Seigneur s’immoler sur le bois de la Croix et son très pur
saint Sang, asperger, arroser et ensanglanter la terre, goutte à goutte.
Il se souvient encore, avec vivacité, des paroles que le Seigneur avait
dites à ses disciples et apôtres qu’il leur donnerait une nourriture
inestimable, céleste, divine, défiante, c’est-à-dire son Corps et son Sang.
« Qu’on interrompe » dit l’hymne « toute parole et toute conversation
tous les hommes de la terre (pas seulement dans l’église… mais partout sur
la terre !). Qu’une tranquillité générale et une quiétude soient établies sur
tout l’univers. Que tous se tiennent dans la crainte et le tremblement.
Qu’aucune pensée terrestre, aucun souci n’occupe leur esprit. Qu’ils
1

Archim. Joannice, « Ἀθωνικὸν Γεροντικὸν », p. 100.

232
assistent à bout de souffle à l’événement le plus surprenant qui s’est passé
en ce monde-ci. Le « Roi des rois et le Seigneur des seigneurs » court au
Sacrifice de la Croix. Il vient pour être immolé, pour offrir Son Corps très
Pur comme nourriture divine aux fidèles. Toutes les puissances angéliques
le précèdent et l’entourent avec un respect infini, l’adorent et lui rendent
gloire tout en chantant sans cesse alléluia ».
Aux trois de ces quatre hymnes des chérubins on constate quelque
chose de commun : ils appellent le Seigneur «Roi ». Ainsi, la dignité royale
de notre Seigneur Jésus-Christ est mise en relief. Ce n’est pas par sa propre
inspiration que le mélode de l’hymne des chérubins du Grand samedi
appelle le Seigneur « Roi des rois ». Il l’a empruntée à Paul l’apôtre qui dit
que notre Seigneur Jésus-Christ est « le bienheureux et unique Souverain
(c’est-à-dire celui qui domine), le Roi des rois et le Seigneur des
seigneurs». 1
« Roi des rois »2 l’appelle Jean dans son Apocalypse. Il y a un avis qui a
prévalu que cette phrase a été un hymne liturgique que les fidèles chantaient
pendant la célébration du Mystère de la Sainte Eucharistie. Cela signifie
que l’Église confessait et chantait des hymnes au Christ comme au Roi et
au Seigneur dès les premières années de l’ère chrétienne. Elle l’appelle Roi
des rois, Seigneur des seigneurs et Souverain de tout souverain. Celui, en
tant que Maître exclusif leur dispense ou leur retire les dignités selon Sa
volonté omnisciente et omnipotente. C’est par lui que proviennent les
pouvoirs de ce monde. C’est pourquoi, Il avait dit à Pilate : « Tu n’aurais
sur moi aucun pouvoir, s’il ne t’avait été donné d’en haut ». 3
L’Église appelle aussi le Christ « Roi » dans un autre sens particulier.
Quel est ce sens particulier ? La réponse est que Jésus-Christ n’est pas
seulement Dieu infini et parfait, l’une des Personnes parfaites de la Sainte
Trinité bénie mais Il est, en même temps, un homme parfait (impeccable)
aussi. Il est le Messie et le Sauveur des hommes, Il est le Fils de Dieu qui
s’est fait aussi le Fils de l’Homme (Fils de la Vierge).
La sainte Écriture attribue au Fils et Verbe de Dieu incarné, la dignité
royale, c’est-à-dire l’appelle Roi non seulement comme Dieu mais aussi
selon sa nature humaine. C’est ce que les versets suivants de la sainte
Écriture témoignent :
 L’archange Gabriel a dit à la Vierge Marie : le Fils que tu vas enfanter à
l’aide de l’Esprit Saint sera appelé Fils du Très-Haut et le Seigneur Dieu lui

1

I Tim. 6, 15.
Apocalypse 17, 14.
3
Jean 19, 11.
2

233
donnera le trône de David ton père. Il régnera sur la nouvelle maison
spirituelle de Jacob et « son Règne n’aura pas de fin ». 1
 Les mages venus de Perse et guidés par une révélation divine ont
cherché à adorer « le roi qui vient de naître ». « Où est le Roi (des Juifs) qui
vient de naître » ? 2
 Le Christ lui-même « commença à prêcher et à dire : convertissezvous : le royaume des cieux s’est approché ». 3
 Le Christ avait dit plusieurs fois à Ses disciples qu’il leur offrirait un
royaume comme une récompense de leur dévouement : « Et moi, je dispose
pour vous du royaume, comme mon Père en a disposé pour moi ».4
Quand le Christ est entré à Jérusalem le dimanche des Rameaux comme
triomphateur, ils l’ont accueilli comme un roi glorieux dans la sainte Ville.
 Paul l’apôtre a proclamé que le Christ est le Roi que Dieu le Père a
souverainement élevé et l’a fait asseoir « à sa droite dans les cieux, bien audessus de toute Autorité, Pouvoir, Puissance, Souveraineté … » car « il a
tout mis sous Ses pieds ».5 Dieu le Père lui a donné le nom qui est sans
comparaison au-dessus de tout nom sur la terre et dans les cieux et l’a
appelé Roi et Seigneur « afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse, dans
les cieux, sur la terre et sous la terre ». 6
Par conséquent, après tout ce qu’on a dit, on en déduit que Jésus-Christ,
en tant que Fils de Dieu égal au Père et au Saint-Esprit, a été de tout temps
le Roi et le Gouverneur de toute la création, aussi bien visible qu’invisible,
l’éternel et immuable Roi de toutes choses. Cependant, lorsqu’Il s’est fait
homme et Il a offert le sacrifice suprême, Il a fondé avec Son Sang sur la
Croix un autre Royaume, qui n’existait pas auparavant et qui a commencé
et a pris sa consistance sur la terre, il s’étend jusqu’aux cieux des cieux et se
prolonge dans les siècles des siècles.
Le Règne de Dieu, le Règne de l’Église, est aussi un Règne de
LIBERTÉ. Il ne force personne à en devenir son membre et il n’oblige
personne à y rester. Pourtant, il accepte ceux qui veulent le reconnaître
comme leur « Roi » et Sauveur et le suivre. « Si quelqu’un veut venir à ma
suite … qu’il me suive ».7 Si quelqu’un après change d’avis et veut partir,
il est libre de le faire. Le Seigneur avait interrogé une fois ses douze
1

Luc 1, 33.
Matt. 2, 2.
3
Matt. 4, 17.
4
Luc 22, 29.
5
Ephés. 1, 20 et 22.
6
Philip. 2, 10.
7
Matt. 16, 24.
2

234
disciples quand il les a vus un peu choqués : « et vous, ne voulez-vous pas
partir ? » 1
Dans le royaume du Christ, il n’y a pas de frontières, de fils de fer
barbelé ou de gardes armées. Chacun est libre d’être ou pas son citoyen, d’y
rester ou d’en partir. Qu’il arrange lui-même librement et avec
responsabilité son affaire.
C’est au nom de la liberté et de l’amour qu’on se trouve dans l’église et
qu’on participe au saint culte. Au nom de la liberté et de l’amour aussi, on
accueille le Seigneur comme le « Roi de toutes choses », à la marche de
martyr de la Grande Entrée…
Il y a encore quelque chose de remarquable : au congé de l’office funèbre
ainsi qu’aux lities pour les défunts, on dit : « Que celui qui est ressuscité
des morts, le Christ notre vrai Dieu et qui domine les défunts et les vivants
comme Roi immortel ». Notre Seigneur Jésus-Christ est souverain et roi des
vivants et des morts …
Le Règne du Christ sur les morts me rappelle l’événement suivant :
102. Une moniale, il y a des années, m’a prié de lui infliger une
pénitence, pour qu’elle puisse ainsi aider, un peu, son père qui était mort
sans se confesser et sans communier. Certes, les commémoraisons pendant
la Divine Liturgie se faisaient de tout temps, ainsi que les obits, les lities
pour les défunts etc. Pourtant, elle demandait à en faire d’elle-même
quelque chose de plus.
Je lui ai recommandé ceci : lire tous les soirs, sauf le dimanche, le canon
du premier samedi des morts dans le Triodion et citer le nom de son père à
chaque ode, pour qu’il jouisse de la miséricorde du Saint Dieu, ajouter
aussi quelques génuflexions (selon ses forces), ainsi que des cordes à
nœuds croisés.
Après presque six mois, ladite moniale est allée à sa cellule, après
l’office matinal, pour se reposer. Soudain, tout en disant la prière secrète,
sans s’y attendre, elle s’est trouvée chez elle. Là, dans la cuisine, elle a vu
son père triste et dans le chagrin. Son visage souffrait d’une douleur
infinie…
Il faut noter que, lorsque la moniale faisait sa pénitence, pendant la
Divine Liturgie, (commémorant l’âme de son père), elle éprouvait une
angoisse spirituelle qui était accompagnée d’une grande tristesse (comme
si elle se rendait compte du combat ou de l’anxiété de l’âme de son père).
Quand elle l’a vu comme cela, tellement chagriné, elle l’a approché et
l’a demandé :
-- Mon père, comment ça va ? Tu te sens bien, là, où tu te trouves ?
1

Jean 6, 67.

235
Il lui a répondu à voix très basse qu’il était dans un lieu obscur, sans
tranquillité, sans consolation, sans espérance… dans un lieu éploré, triste,
ténébreux.
-- Mais pourquoi, mon père, demande de nouveau la moniale, sa fille.
N’y-t-il pas de lumière, là ? Vous ne voyez pas, vous aussi, Dieu pour se
réjouir, pour être consolés ?
Lui, il a répondu tristement :
-- Ceux qui voient Dieu et se réjouissent dans la lumière sont différents…
Ils se trouvent dans un autre lieu. Nous autres, nous sommes sans lumière,
sans joie, sans consolation, sans aucune espérance… Il a commencé à
pleurer…
Il pleurait, celui qu’elle n’avait jamais vu pleurer ou être ému… Ce
spectacle lui a arraché le cœur et elle l’a demandé :
-- Mon père, dis-moi, comment puis-je t’aider ? Qu’est-ce que je peux
faire pour toi ?
Son père lui a fait alors une génuflexion et lui a embrassé la main avant
qu’elle puisse la tirer. Avec des larmes, qui montaient sans arrêt à ses yeux,
il lui a dit :
-- Mon enfant, je te remercie de ce que tu me lis le canon et de tout ce
que tu fais en faveur de moi… Cela me soulage beaucoup, beaucoup…
Immédiatement, il a disparu et la moniale s’est déjà trouvée dans sa
petite cellule, ayant sur sa main droite la sensation du toucher du baiser de
son père. Alors, elle s’est exclamée :
Oh ! Seigneur, Roi et Maître de toutes choses, Dieu et Père des vivants et
des défunts, aie pitié de mon père …1
Quand nous célébrons la Sainte Eucharistie, ici-bas, sur la terre, voire à
la Grande Entrée, nous accueillons « le Roi de toutes choses ».
QUAND ? Lorsque nous représentons effectivement les chérubins. Nous
l’accueillons par la Sainte Communion dans l’église et dans nos cœurs
aussi, comme « Roi de toutes choses », alors que là, à Son propre royaume
réel, le royaume des cieux, qu’il nous accueille, le Roi, Seigneur et Sauveur
Jésus-Christ Lui-même et qu’il nous mette à Sa droite. Ce sera un jour
illustre pour tous les sauvés. Un jour éminent, inextinguible, éternel,
splendide … Il faut donc :
o étudier la sainte Écriture.
o faire attention à nos pensées, à nos sens, à nos yeux, à notre
langue pendant toute la journée…
o mener le bon combat spirituel.
o endurer… être longanimes.
1

notes personnelles de l’auteur

236
tolérer les faiblesses du prochain.
croire à l’Incarnation du Dieu le Verbe et à sa miséricorde.
espérer, faire l’aumône.
jeûner, être continent.
écrier incessamment, en particulier avec la prière secrète,
« Seigneur Jésus-Christ, aie pitié de moi ».
103. Un dimanche, saint Euthyme le Grand célébrait la liturgie, avec son
enfant spirituel et prêtre, père Dométianos.
Les lectures et la litanie ardente ayant fini, l’hymne des chérubins a
commencé. Et alors… Οh alors, un miracle redoutable et surprenant est
arrivé. Tous les moines qui assistaient, tous sans exception, ont vu
descendre du haut, de la coupole de l’église, une flamme énorme comme un
drap déployé, comme un nuage rendu incandescent qui enclorait Euthyme
le Grand en même temps que le père Dométianos dans le sanctuaire.
Le spectacle était redoutable…et il est devenu encore plus redoutable
quand on les a vus effectuer la Grande Entrée encerclés par des flammes et
bouger dans elles et avec elles.
Ils sont tous tombés, la tête la première, parce qu’ils ne pouvaient pas
supporter la lumière et la splendeur des flammes qui enveloppaient ces
deux dignes célébrants …
Cela nous fait penser à la Transfiguration du Seigneur sur le mont
Thabor.
-- Je pourrais m’écrier : -- Comme nous sommes misérables, les prêtres
plus jeunes, les prêtres d’aujourd’hui !
Les deux célébrants, tout flamboyants et tout lumineux, sont restés dans
cette situation jusqu’à la fin de la Divine Liturgie.
Lorsque l’heure de la Sainte Communion des moines est venue, c’était
quelque chose de redoutable. Comment sont-ils allés communier tout en
voyant ce spectacle épouvantable ? Avec des jambes tremblantes, des yeux
éblouis, une surprise intérieure, un esprit extasié et un cœur en paix et
débordant de joie… Les cieux, le paradis, l’Église triomphante, le Haut
Jérusalem, la gloire de notre Christ, tout y était présent, tout siégeait à leur
cœur… et à nos cœurs aussi… car cela se passe de la sorte, même si on ne
le voit pas !
Les participants à cette liturgie-là ont vécu une beauté incompréhensible
et une béatitude inexprimable ! Comment décrire « ce que l’œil n’a pas vu
et ce que l’oreille n’a pas entendu » ? Pourtant, ils ont vu, ils ont écouté et
ils ont vécu, ce que Dieu a permis à ces vases d’argile animés qu’Il a
choisis.1
o
o
o
o
o

1

Matt. Lagkís, « Μέγας Συναξαριστής… », vol. 1, p. 495.

237
« Pour recevoir le Roi de toutes choses »
Nous tous, les chrétiens fidèles, nous nous prosternons, nous adorons et
nous accueillons lors de la Grande Entrée, invisiblement et visiblement, le
Seigneur Lui-même, le Roi de toutes choses, des cieux et de la terre !
Qui parmi nous le porte ? Qui porte les Saints Dons célestes ? Le prêtre
humble ! Que je dise « quelle gloire à moi ? » Que je le dise ! Quelle
responsabilité quand-même ! Les anges, en même temps que les fidèles et
les ministres du Très-Haut pieux, tous ensemble, chantent en chœur en
faveur du Maître commun et Seigneur de toutes choses !
Si l’on avait ouvert les yeux de nos âmes comme le font les saints et
comme le faisaient les saints Euthyme et Dométianos lors de la Divine
Liturgie, chose qu’on a décrit plus tôt, qu’est-ce qu’on verrait ? Le feu
incréé de la Divinité, les nuages enflammés de l’Esprit Saint et une foule
infinie d’anges et d’archanges, remplir l’église, se trouver à côté de chacun
parmi nous, se presser pour se réjouir des événements du culte divin
terrestre…
* * *
« Aucun de ceux qui sont liés par les désirs et les voluptés charnelles
n’est digne d’aller vers toi, de s’approcher de toi ou de t’offrir cette
liturgie ô ! Roi de gloire. Car te servir est une chose grande et
redoutable pour les puissances célestes elles-mêmes. Et pourtant, dans
ton ineffable et incommensurable amour des hommes tu t’es fait
homme sans changement ni altération, tu es devenu notre GrandPrêtre et étant Maître de toutes choses tu nous as confié la célébration
sacrée de ce sacrifice liturgique et non sanglant. Toi seul, Seigneur
notre Dieu, commandes aux créatures du ciel et de la terre, toi qui
sièges sur le trône des chérubins, toi le Seigneur des séraphins et le Roi
d’Israël, toi le seul saint qui reposes dans les saints. Je t’en supplie
donc, toi seul bon et secourable : jette un regard sur moi, ton serviteur
pécheur et inutile. Purifie mon âme et mon cœur de tout ce qui souille
ma conscience. Par la puissance de ton Esprit Saint, rends-moi capable,
moi qui suis revêtu de la grâce du sacerdoce de me tenir devant ta
sainte Table que voici, et de consacrer ton Corps saint et immaculé et
ton précieux Sang. Voici que je m’approche de toi, la tête inclinée et
que je te supplie : ne détourne pas de moi ta Face et ne me rejette pas
du nombre de tes serviteurs mais daigne agréer que ces dons te soient
offerts par moi, ton serviteur pécheur et indigne. Car c’est toi qui
offres et qui es offert, toi qui es reçu et qui es distribué, ô ! Christ notre
Dieu et nous te rendons gloire, ainsi qu’à ton Père éternel et à ton

238
Esprit saint, bon et vivifiant, maintenant et toujours et dans les siècles
des siècles. Amen ».
L’hymne des chérubins ayant commencé, le prêtre célébrant commence
aussi à lire, devant l’Autel, en lui-même, et pour lui-même, la Prière
secrète de l’hymne des chérubins. Il s’agit d’une prière secrète ayant un
caractère personnel et de confession, une prière des plus fortes et
d’inspiration divine de la Liturgie. Elle est une des prières inaudibles peu
nombreuses de la Divine Liturgie qui s’adressent à Jésus-Christ et elle est la
seule parmi toutes les prières qu’on doit réciter à voix basse de façon que
seuls les prêtres concélébrants l’entendent. Il y a certains ministres du Trèshaut qui pendant qu’ils la récitent sont pris d’une telle émotion, versent tant
de larmes et leurs sanglots les empêchent de terminer cette prière secrète
superbe.
Il est redoutable de servir Dieu ! …Qui suis-je-moi le misérable et
malheureux, l’inutile, l’indigne et dégueulasse, le ver de terre, l’espèce de
morveux, qui ose me tenir, effrontément et indifféremment, devant Celui
qui commande aux créatures du ciel et de la terre, qui « siège sur le trône
des chérubins » ? Qui suis-je-moi face à la Divinité de Jésus-Christ, à sa
toute-puissance, à sa prédominance ? Un rien. Le « mérite » de tout prêtre
est offert par l’Esprit tout-Saint qui, à travers « les mains de l’évêque, vêt
son âme de la tenue divinement tissée de la grâce du Sacerdoce, du
Seigneur Dieu et notre Sauveur Jésus-Christ. Lorsqu’un prêtre va au
châtiment éternel – plût au ciel que rien de tout cela ne fût arrivé ! – car
« aucun des ceux qui sont liés par les désirs et les voluptés charnelles… »,
Dieu reprend la grâce du sacerdoce, la tenue céleste dont il l’a vêtu. Hélas
au prêtre, car, « il le mettra en pièces et lui fera partager le sort des
hypocrites : c’est là qu’il y aura des pleurs et des grincements de dents ». 1
« Aucun de ceux qui sont liés par les désirs
et les voluptés charnelles n’est digne d’aller vers toi ».
Aucun prêtre ne doit jamais s’approcher de l’Autel pour célébrer la
liturgie, croyant à sa propre sainteté. S’il se trompe, s’il se croit un saint, il
ne doit pas célébrer. En ce cas-là il y a un égarement, une hérésie.
Cependant, il ne faut pas dire beaucoup sur cela car plus on dit, plus il est
pire. En pareil cas on se signe, on se tait et nous, les prêtres, nous devons
demander la miséricorde de Dieu.
Pour mieux saisir la valeur de l’homme, grâce à laquelle l’amour de Dieu
fait tout, pensons à l’honneur et au mérite de la haute fonction du
Sacerdoce. Il se peut que le prêtre en tant qu’homme ne soit pas riche, fort,
un homme savant ou un scientifique mais quelqu’un d’humble et
1

Matt. 24, 5.

239
d’insignifiant. Pourtant du moment où il a reçu la grâce du sacerdoce, il se
vêt de « la grâce du Sacerdoce », dès ce moment-là, le prêtre reçoit une
puissance spirituelle qui est au-dessus de tout autre pouvoir de ce monde.
Saint Cosmas d’Étolie disait : « Si chemin faisant, je rencontre
l’empereur de Byzance ou le roi et un prêtre pauvre, j’irai d’abord baiser la
main du prêtre et après je saluerai l’empereur. Si je trouve un ange, un
archange ou un chérubin et un prêtre, marcher à la fois dans la même rue, je
courrai d’abord baiser la main du prêtre et ensuite la main de l’ange ». 1
La bénédiction du prêtre est la bénédiction du Christ. C’est la grâce du
Christ. Le prêtre porte le sacerdoce du Christ, possède sa grâce et transmet
sa bénédiction divine, soit qu’il est jeune ou âgé, soit qu’il est digne ou
indigne.2 C’est pour cela qu’en tant que prêtres, en tant que pasteurs des
brebis spirituelles, en tant que ministres du Très-haut, notre responsabilité
est très grande. 3
Je me souviens que lorsque j’étais un enfant, je voyais avec combien de
respect les chrétiens de cette époque-là, baisaient la main de n’importe quel
prêtre, soit qu’ils étaient jeunes ou âgés, hommes, femmes, jeunes hommes
et enfants. Pendant qu’il passait devant eux, ils se levaient tous.
-- Bénis-nous, monseigneur, disaient-ils.
1

Menounos Jean, « Père Cosmas, biographie narrative », Athènes 1969, p. 85
Théoclet, métropolite d’Étolie et d’Acarnanie, « Aux concélébrants », Missolonghi 1984,
p. 156 : « La plupart des chrétiens, mon père, du fond de leur cœur, croient que tu
communiques avec Dieu plus facilement, en raison de la grâce du sacerdoce et que ta
prière est exaucée » .
3
«Ils s’approchent de toi avec cette conviction. Ils baisent ta main. Ils te saluent. Ils
s’inclinent devant toi, ils te font des génuflexions, ils t’embrassent l’habit ou les
ornements.
Ils croient qu’avec ces manifestations émouvantes ils reçoivent quelque chose de la part
de toi. Exactement ce qu’a reçu la femme atteinte d’une perte de sang, lorsqu’elle s’est
approchée et a touché de ses doigts les vêtements du Seigneur.
Cette bénédiction qu’ils reçoivent par toi est un renforcement pour les fidèles, c’est la
grâce et la sanctification. Un repos intérieur. Un soulagement d’âme ; c’est pourquoi ils ont
besoin de cette bénédiction et tu dois l’offrir de tout cœur, avec empressement. Car ils
comptent sur elle.
Fais attention, parce que tu peux te trouver toujours présent aux nécessités de ton enfant
spirituel par le moyen de ta prière. C’est pour cela que tu l’assistes avec ta prière, ta petite
corde à nœuds, ton étole, ne serait-ce que de loin, en esprit… Dieu est omniprésent. Les
anges emmènent tes prières à Dieu.
En aucun cas tu ne dois refuser de donner ta bénédiction aux chrétiens fidèles pour les
soutenir et les renforcer, fût-ce que par téléphone ou en esprit. Tu es le père spirituel qui
accourra auprès de ses enfants spirituels. Tu es le médecin qui se hâtera au malade pour
l’aider. Dans cette demande de bénédiction se cache la force de la foi du chrétien !
2

240
-- Que le Christ et la Toute Sainte vous bénissent, répondait-il.
En cas de souffrance, de maladie, de drame familial, les chrétiens de
cette époque-là courraient d’abord à l’église et cherchaient le prêtre pour
leur lire une prière, les signer avec la sainte lance, leur donner sa
bénédiction…
Même aujourd’hui il y a certains chrétiens qui la demandent, disant et
priant :
 ta bénédiction, père, pour que mon enfant puisse se marier, ou
 ta bénédiction, père, pour que mon enfant réussisse aux examens et
entre à l’université, ou
 ta bénédiction, père, pour que le nouveau travail de mon mari aille bien,
 ta bénédiction, mon père, pour que mon époux tienne bien la mer.
Ici, je fais une parenthèse pour vous dire qu’à cause de ma maladie, il est
probable que je n’ai pas pu reposer tous les chrétiens, tous les enfants
spirituels par le sacrément de la sainte Confession. La maladie a été
provoquée –comme vous avez déjà appris– par la grande fatigue que mon
cœur n’a pas endurée… et j’ai fléchi… Un professeur à l’université pieux et
fidèle, fameux en Grèce et à l’étranger, M. Papazáchos, quand je lui ai
rapporté quelques plaintes de chrétiens m’a dit ceci : « Si ceux qui se
confessent à toi, ne se contentent pas et ne trouvent pas le repos dans tes
vœux, dans ta bénédiction et dans ta prière, alors, malheureusement, rien
d’essentiel et de spirituel n’a été cultivé en eux ». Plusieurs sont ceux qui,
lorsqu’on entre dans une nouvelle maison ou l’on achète une nouvelle auto
ou l’on ouvre une nouvelle boutique ou un bureau, invitent tout de suite le
prêtre pour qu’il fasse la bénédiction. La grâce qui bénira la nouvelle
famille ou le nouveau travail, débordera par le prêtre.
Éprouvés par les événements inattendus de la vie, traumatisés par de
nombreuses tristesses et tribulations, nos chrétiens courent vite auprès du
bon prêtre pour y chercher assistance :
 père, dites une bénédiction ou une litie pour les défunts, s’il vous plaît.
 faites une Croix avec la sainte Lance à mon œil, s’il vous plaît.
Et une autre fois :
 une prière, bon curé.
 une litanie, monseigneur.
 un exorcisme, maître, comme disent d’habitude certains insulaires.
 une supplication, révérend, disent les plus éduqués qui connaissent
exactement les titres cléricaux.
 prenez, s’il vous plaît, ce petit papier et lisez les noms à la proscomidie.

241
 je suis éprouvé, je souffre, je suis tourmenté, disent la chrétienne
blessée ou le chrétien blessé. On vit des moments difficiles chez-nous,
faites une prière, on a beaucoup de malheurs, de tentations.1
Parfois l’homme est buveur, joue aux cartes, il est noctambule –il est
cruel, exigeant, tyrannique, égoïste, il punit de sa propre main, il blasphème
Dieu et fait tant d’autres- … Parfois la femme est jalouse, elle grogne, elle
murmure, elle blasphème et maudit ses enfants, elle s’occupe de son chien
1

«Cette dévotion et cette foi des chrétiens envers ta personne, lorsqu’ils la voient pure,
claire, désintéressée, prête à se sacrifier, les conduisent à l’Église, au repentir, à la Sainte
Communion, à la vie juste.
Cette foi et cette dévotion conduisent l’homme auprès de toi. C’est à cause de cela qu’il
s’approche de toi et qu’il ne s’éloigne pas du porteur de la bénédiction, c’est-à-dire de toi
qui es ce porteur, mais à travers Jésus-Christ.
Les hommes froids, les indifférents, les infidèles ne s’approchent pas de toi. Ils ne
viennent pas à toi. Ils t’ignorent. Ils s’éloignent de la grâce de Dieu. Ils te font la guerre. Ils
combattent l’Église. Pourtant, même à ces gens-là par la force de la foi il faut se comporter
bien et les approcher. Il se peut que les aventures de la vie –qui sait ?– les conduisent un
jour près de nous.
Que nous ne les décevions pas. Que nous ne les scandalisions pas avec notre
indifférence. Nous autres, on doit les cultiver et faire croître en eux quelque petite semence
de foi qui, probablement se cache au fond de leur cœur.
Quand ils s’approchent de nous, on priera en faveur d’eux. On parlera avec Dieu au sujet
de leur ennui. On Le suppliera. « La prière de la foi sauvera le malade ». Cette foi-ci, avec
ta propre prière, sera efficace. L’indifférent sera satisfait. Le miracle aura lieu.
On fait une Croix à la tête et au visage, on fait une prière courte, on donne une
bénédiction et le miracle a lieu… le ciel s’ouvre…
L’évêque continue :
Nombreux sont ceux qui confessent avec émotion des miracles qui ont été faits après une
telle supplication, après une lecture soit à la sainte Prothèse (proscomidie), soit à la Divine
Liturgie, après une prière instante ou une paraclisis à la Toute Sainte Mère du Seigneur.
C’était la réponse de la part des cieux. Qu’on n’oublie pas tous – clercs et laïques – que
« la prière agissante du juste a une grande efficacité ».
Mon frère concélébrant, nos chrétiens croient à la prière du prêtre. À ta propre prière.
Paul l’apôtre adressait toujours de telles prières instantes en faveur des chrétiens de
l’Église. Il n’omettait pas de se souvenir d’eux et supplier Dieu lors de leurs épreuves et
leurs nécessités. «Je rends grâce à mon Dieu toutes les fois que je me souviens de vous. Je
ne cesse, dans toutes mes prières pour vous tous, de prier avec joie ».
Mon frère, tu es médiateur entre Dieu et homme. Ne t’ennuie jamais lorsqu’on te
demande ta médiation et ta prière. «Prier avec joie », selon l’apôtre Prédicateur du Christ.
Ton devoir l’exige. Une seule de tes prières est capable d’éteindre l’inflammation qui brûle
le sein et le cœur d’une âme et la reposer, la rafraîchir et parfois la guider vers le repentir et
le salut ».
Celles-ci étaient les constatations utiles et précieuses sur la valeur de la prière du prêtre et
en général du ministère du Sacerdoce de la part d’un évêque.

242
exclusivement ou passe ses journées jouant aux cartes ou elle néglige sa
famille…
C’est pourquoi, et pour bien d’autres raisons, que les chrétiens courent
auprès du prêtre, de leur père spirituel, avec un désir ardent parce qu’ils
comptent sur lui. Celui-ci, est plus près d’eux. Il est celui qui leur lit la
prière de la naissance et la prière de relevailles à leur bébé. C’est lui qui
baptise les enfants, les sanctifie, les catéchise, les fait communier et plus
tard il les fiance et il les marie. Il est présent à la joie, à la désolation aussi,
à la maladie, à la douleur. Il est celui qui accompagne à sa dernière demeure
tout chrétien.
Vous donc, les chrétiens, allez au prêtre humble, à votre père spirituel ou
à votre ancien, pour lui demander quelque chose que lui seul a. Ce
« quelque chose » ne l’ont, ni les empereurs, ni ceux qui gouvernent les
peuples et les nations, ni les gros bonnets de la finance, ni les illustres de la
terre. Ce « quelque chose », c’est la grâce du sacerdoce. C’est sa litanie, sa
prière, sa bénédiction, son vœu. C’est son action de faire une Croix. Il a la
grâce divine de l’Esprit tout saint ordonnateur, la grâce du saint Dieu
Trinitaire ! Il célèbre les mystères et Dieu fait des miracles à travers lui. Il a
le pouvoir de « retenir et pardonner » les péchés des chrétiens. Il pardonne,
mais il retient aussi. Il remet les dettes, mais il inflige aussi des
pénitences. «Tu communieras alors». Il reste debout, entre hommes et Dieu.
Il se trouve un peu plus haut mais ayant un lourd fardeau à son cou. Il se
trouve beaucoup plus haut de tous les gens. Il est le pasteur, le père, le
médecin.
P. Joachim Spetsiéris raconte de saint Arsène de Cappadoce ceci :
104. En 1890 à peu près, à Jérusalem et même le dimanche de
l’Orthodoxie, une Divine Liturgie patriarcale et grandiose a eu lieu.
Premier célébrant était le patriarche de l’époque Nicodème et
concélébrants étaient six évêques, douze diacres et plus de quarante
prêtres, mariés et célibataires. Un grand nombre de prêtres étaient des
pèlerins du pays de la Russie, de la Grèce et de l’Orient.
« Moi aussi, j’étais parmi les concélébrants », dit de lui-même père
Joachim Spetsiéris. Et il continue :
« Après la Grande Entrée et lorsque le patriarche a lu la prière secrète
et a béni les Saints Dons en Corps et Sang du Christ, le visage d’un
concélébrant a resplendi comme le soleil ! …Cela m’a provoqué une
surprise et une admiration. Il y avait, en face de moi, semblait-il un saint…
fulgurant ! »
Ce miracle surprenant a été vu, non seulement du père Joachim
Spetsieris, mais aussi des autres prêtres. Dès la fin de la Divine Liturgie, on

243
s’enquérait, de qui il était, et quelle était sa paroisse, où il était en poste, en
tant que prêtre.
Par des Pharassiotes, père Joachim a appris ceci :
-- Il est un prêtre saint. Il fait des miracles aussi. Tiens ! Lorsqu’il lit une
prière à un malade, celui-ci se guérit immédiatement. On n’a pas besoin de
médecins là. Notre médecin est père Arsène Hadjiefentis (maintenant saint
Arsène de Cappadoce). Non seulement nous, les Pharassiotes, nous le
tenons pour un saint, mais les Turcs aussi, parce qu’il fait des miracles à
eux aussi, et il guérit leurs malades …
Il y a une infinité de témoignages que, lorsqu’il jetait hors de la porte de
sa baraque les cendres de l’encensoir qu’il utilisait, les Turques stériles, les
ramassaient, les mettaient dans de l’eau, les buvaient et en quelques jours,
elles concevaient.
Il était éthéré, un homme d’Esprit Saint, divinement splendide, parce que
parfois, lors du saint culte, il resplendissait comme le soleil. L’église
resplendissait et à cause de saint Arsène, à cause de sa sainteté
s’aromatisaient en même temps, ses fidèles peu nombreux, ses ouailles peu
nombreuses…1
Que c’est grand l’honneur du Sacerdoce mais que c’est lourde aussi la
Croix de la responsabilité des âmes que le Seigneur Dieu confie au prêtre !
« Garde ce dépôt –lui dit-il au moment de l’ordination– et il te sera exigé
de le rendre (au Seigneur) à l’heure du Jugement ».
Les chrétiens fidèles ne connaissent pas cela. Ils voient seulement les
privilèges de la Grâce et de la bénédiction et en raison de cela ils accourent
auprès de leur bon curé. Vous demandez la bénédiction de l’Église du
Christ par le moyen de celui-là, de moi, de l’autre, de tous les prêtres et
vous savez très bien que sa main bénissant a de la grâce, de la force
spirituelle et sanctifiante, vous l’embrassez donc et vous la baisez maintes
fois… C’est la main qui touche « l’agneau de Dieu, qui ôte le péché du
monde » !
Puisque le prêtre a un tel pouvoir spirituel, il est supérieur aux rois et aux
seigneurs de ce monde. Il est supérieur aux anges et aux archanges parce
que Dieu n’a donné à aucun ange le pouvoir spirituel de pardonner les
péchés, de célébrer la Divine Liturgie et les autres mystères. Si ce pouvoir
de rédemption des péchés et en général de la célébration des mystères avait
été donné aux anges, comme les anges n’ont aucune idée sur le péché et les
tentations par lesquelles les hommes sont éprouvés, ils ne pourraient pas
ressentir et avoir conscience de la tragédie humaine, des tentations
1

Saint Monastère de saint Jean le Théologien, « Ὅσιος Ἀρσένιος ὁ Καππαδόκης», p. 43-44
et 51.

244
humaines, des difficultés humaines et les hommes n’approcheraient pas les
anges pour se confesser qu’après beaucoup de difficulté et d’hésitation.
Comme le prêtre est un homme pécheur lui aussi, qui affronte chaque
jour des tentations et qui lutte contre le triple mal : la chair, le monde et le
diable, il écoute avec beaucoup de compassion et avec une grande
compréhension, en tant que pareil à ses semblables, les péchés de ses
prochains, des enfants que Dieu lui a confiés, voyant en effet la fragilité de
l’homme. Il est aussi prêt à donner, de tout cœur, le pardon à ceux qui
croient et se repentent sincèrement.
Certes, ce qu’on dit et l’on sermonne sur les prêtres, paraît peut-être
étrange mais il est donné par Dieu de la sorte. Seul celui qui croit vraiment
au Dieu Trinitaire et au Christ incarné, comprend, ressent et par conséquent
il honore le prêtre du pouvoir spirituel que Dieu lui-même lui a donné. En
la personne du prêtre, il rend hommage et se prosterne devant le sacerdoce
du Christ, devant le Christ lui-même. Malheureusement, aujourd’hui on vit
à une époque d’anarchie, de matérialisme, de manque de foi et de
dépravation et l’on n’honore pas les ministres du Très-haut comme
représentants de Dieu sur la terre.
« Je t’en supplie donc, toi seul bon et secourable… »
Ces paroles sont destinées seulement au prêtre et seul le prêtre vit ces
paroles à fond, jusqu’ aux profondeurs de son existence C’est lui, qui par la
Grâce de Dieu, reste debout, devant l’Autel, baisse la tête, tremble de
crainte, verse des torrents de larmes, alors qu’il dit :
« Voici que je m’approche de toi, la tête inclinée… ».
La prière secrète se termine avec l’ecphonèse :
« Car c’est toi qui offres et tu es offert, toi qui es reçu et qui est
distribué, ô ! Christ notre Dieu… »
En cette ecphonèse se contient toute la théologie sur le sacerdoce de
Jésus-Christ qui est à la fois le sacerdoce de l’Église. Jésus-Christ pendant
la Divine Liturgie est le prêtre qui célèbre, l’agneau qui est sacrifié, celui
qui reçoit les Dons et celui qui est distribué tout en étant rompu, au peuple.
« Lui, l’animal de boucherie ; Lui, la victime ; Lui, le prêtre ; Lui, l’Autel ;
Lui, Dieu ; Lui, l’homme ; Lui, le Roi ; Lui, le Pasteur Souverain ; Lui,
l’agneau ; Lui, le mouton, Il s’est fait tout en tous en notre faveur afin qu’Il
devienne à tout prix notre vie ». 1
* * *

Après la prière secrète de l’hymne des chérubins, le prêtre encense, alors
qu’il récite à mi-voix le psaume 50. L’encens occupe une position spéciale

1

Saint Epiphane de Chypre, P.G. 41, 980 C.

245
dans le saint culte et, en particulier, pendant que nous chantons l’hymne des
chérubins, les Pères y donnant de diverses explications.
Il nous fait rappeler l’embaumement du Corps du Seigneur avec des
aromates précieux par les saintes femmes lors de sa mise au tombeau,
l’encens des trois mages, ainsi que les paroles de Paul l’apôtre que ceux qui
croient en Jésus-Christ, sont « la bonne odeur du Christ ». 1
L’encensement, allégoriquement est une élévation de notre esprit et de
notre cœur vers le trône céleste du Seigneur lors de notre prière, soit cela se
fait solitairement, soit dans l’église : « Que ma prière soit l’encens placé
devant toi ! » 2
L’Apocalypse de l’évangéliste Jean rapporte qu’un ange du Seigneur
s’est arrêté au-dessus de l’Autel, tenant un encensoir en or. Une grande
variété d’encens lui a été donnée, c’est-à-dire les supplications et les
médiations des saints de l’Église triomphante pour qu’il renforce les prières
de l’Église militante et qu’il les offre au-devant du trône céleste de Dieu.
L’encens donc symbolise les prières des chrétiens. Plus particulièrement,
l’évêque ou le prêtre qui encense, rassemble –d’une certaine façon– les
prières par les cœurs de tous les participants chrétiens. C’est une incitation
intense à prier. C’est pourquoi, il les incite à envoyer leurs prières au trône
céleste du Dieu le Père, pour qu’ils attirent sa miséricorde. C’est comme s’il
disait :
-- « Mes chrétiens, priez, dites la prière incessante et envoyez vos prières
inaudibles au Père céleste. Toutes ces prières unies, feront le miracle. Quel
miracle ? Elles vont attirer la miséricorde infinie de Dieu ». Et comme
l’encens a une telle signification, quand le prêtre célébrant encense, les
participants fidèles doivent se lever de leurs sièges, sortir de leurs stalles et
s’incliner (s’ils veulent, ils se signent aussi), ce qui constitue une réponse à
l’appel du prêtre à la prière.
Pour cela, que nos yeux, ceux du prêtre et ceux des assistants fidèles,
versent abondamment les larmes du repentir et que nos cœurs pécheurs
s’humilient, s’agenouillent, prient et qu’ils crient : « Aie pitié de nous,
Seigneur, fais miséricorde ! »
Si Dieu daigne agréer que nous représentions les chérubins dans le
Mystère de la Divine Liturgie, comment ne se réjouirait-on de l’honneur
des anges et des archanges beaucoup plus, lorsqu’ils voient le Nom de notre
Seigneur Jésus-Christ invisiblement gravé sur l’Autel spirituel de notre
cœur !

1
2

Cor. 2, 15.
Ps. 140, 2.

246
105. Avant 1940, un vénérabL’ancien, père Joachim le Roumain, vivait à
la cellule des Trois Pères de l’Église qui appartient au territoire du
monastère de Stavronikíta au Mont Athos. Ledit père, avant de mourir, est
tombé en extase et il a eu une vision paradoxale :
Ayant fini un matin la Divine Liturgie et lors de la consommation des
saintes Espèces –il les avait plutôt consommées et essuyait avec le
purificatoire le calice– il voit soudain, plusieurs anges à droite et à gauche
de lui. Ils resplendissaient tous, d’une beauté ineffable et d’une splendeur
divine. Tout le sanctuaire, aussi bien que la petite église, sont remplis d’une
lumière incompréhensible et ravissante, d’une douceur et d’une beauté
divines.
Alors, les anges lui ont dit unanimement :
-- Nous sommes venus t’emmener avec nous… dis, quelles sont tes
œuvres ? Si tes actes sont bons et plaisent à Dieu, on t’emmène auprès de
Lui, à Sa réjouissance et béatitude éternelles. Sinon, on va te transporter
aux enfers inconsolables…
Le bon curé béni a perdu la tête et tout en balbutiant, il a dit avec le
comble de l’humilité :
-- Je n’ai rien fait…, je ne me souviens pas avoir fait quelque chose de
bien…
Eh ! Alors ! Qu’est-ce qu’on te fait ? Où t’emmener ? Cinquante ans tu
vis à la Sainte Montagne et tu n’as rien fait ?
Alors il leur a répondu :
-- Voilà, chaque jour dès que je suis devenu prêtre, je célébrais la
liturgie. Je commémorais autant de moines et de pères de la Sainte
Montagne que je pouvais. Je commémorais aussi plusieurs ans, tous les
noms des laïcs qu’on me donnait et je priais pour tous les chrétiens
orthodoxes et pour tout le monde. Je sollicitais la miséricorde de Dieu pour
tous ceux-là et je n’espérais qu’à la pitié de Dieu tant pour moi que pour
tous les autres. Je versais chaque jour bien des larmes pour la miséricorde
de notre Seigneur Jésus-Christ et de sa Mère Immaculée… je n’espérais et
je n’espère qu’à la miséricorde et à la longanimité du saint Dieu… Je ne
me souviens d’aucune autre œuvre que j’ai faite…
Alors, ils lui ont répondu :
-- Comme tu espérais seulement à la miséricorde de Dieu et pas aux
œuvres que tu as faites, très bien, viens donc avec nous…
-- Eh bien ! Est-ce possible que cela se passe demain pour que je le dise
à mon père spirituel et aux autres pères ? Il faut qu’on s’y prépare un peu !
La réponse des anges :
-- Ça y est ! On te fera obédience. On viendra demain.

247
Il est revenu à soi après cette extase, tout en voyant le Calice à sa main
qu’avec des mouvements mécaniques et attentifs il essuyait avec le
purificatoire…
Il a annoncé tout cela à son père spirituel et ensuite aux deux, trois
autres pères de la cellule. À nul autre.
La préparation a commencé avec de la prière et des larmes. La nuit qui
est venue a eu lieu sa dernière Divine Liturgie dont se souvenaient depuis
longtemps avec beaucoup de respect et d’émotion, les deux ou trois pères et
son père spirituel qui y ont assisté. L’un parmi eux qui était Roumain, me l’
a raconté tout cela.
Cette Divine Liturgie longue a pris fin. Ensuite, ils sont allés au
réfectoire, ils ont mangé ensemble pour la dernière fois, il a pris très peu de
nourriture. Il a eu un malaise peu de temps après. Il est allé s’allonger.
Il disait continuellement « Souviens-toi de moi, Seigneur, dans ton
Règne », « Seigneur Jésus-Christ, ait pitié de moi », « très sainte Mère de
Dieu, sauve-moi »…
Vers l’après-midi, il s’est alourdi. Un instant sa face s’est éclairée… la
petite cellule était remplie d’un effluve indicible…
-- Mes pères, pardonnez-moi… Seigneur, mon âme à tes mains…
Ayant dit cela, il s’est endormi.
Une sérénité ineffable s’est établie partout… Une joie pascale et
inexprimable a réchauffé les cœurs des assistants… 1
Si le prêtre célébrant, (en particulier après la prière secrète de l’hymne
des chérubins), invoque par la pensée ou à voix basse le Nom très doux de
Jésus-Christ et dit la prière « Seigneur Jésus-Christ, ait pitié de moi », les
armées angéliques qui respectent, honorent et glorifient notre Seigneur
Jésus-Christ devant le trône trinitaire de l’Église triomphante, respectent
aussi et honorent le cœur du prêtre sur lequel est gravé le Nom du Christ le
Sauveur et qui frémit de son Nom très doux. De même il se peut être arrivé
au cœur de tout fidèle, priant en esprit.
Ces tressaillements sacrés remplissent le cœur du prêtre célébrant ainsi
que celui des assistants fidèles d’une joie ineffable. Il est content et il ne
sait pas pourquoi. Il est embrasé par une joie céleste. Il veut embrasser tout
le monde, leur baiser les pieds, demander pardon à tous. Il veut aussi
partager sa propre joie ainsi que son allégresse et sa béatitude avec tous les
chrétiens fidèles. Car, il les aime ! Ainsi l’esprit et les sens du prêtre
célébrant sont gardés et protégés dès la fin de la Divine Liturgie, pendant
toute la durée de ses combats spirituels, contre la jalousie et la méchanceté
des esprits impurs.
1

Moine Moïse l’agiorite, « Ἁγιορείτικες διηγήσεις… », p. 111-112.

248
106. Le prêtre célébrant et hésychaste anonyme, écrit qu’il est tombé en
extase et il a vu une église céleste toute splendide…
Au centre de l’église se trouvait un Évêque majestueux et glorieux,
habillé de toute sa tenue d’évêque, comme on la sait de nos jours. La
splendeur de la tenue de cet évêque grandiose était tellement éclatante que
l’hésychaste anonyme α eu la langue liée… Il n’y a aucune bouche
d’homme qui puisse décrire la beauté céleste et la béatitude ineffable de ce
visage-là divin… Ainsi, il est resté sans voix et extatique.
Autour de cet Évêque divin, assistait une foule de prêtres en tenues
blanches splendides. Un bon nombre d’entre eux étaient des diacres qui
tenaient des encensoirs d’une beauté inénarrable, avec lesquels ils
encensaient l’Évêque divin et le reste étaient des prêtres avec des visages
lumineux, respectables, hilares et tout joyeux.
Leurs ornements sacerdotaux étaient blancs comme la neige, clairs
comme la lumière et comme la splendeur du ciel tout bleu ensoleillé. Les
ornements sacerdotaux de certains parmi eux étaient plus splendides, plus
lumineux et plus purs que ceux des autres. Ils avaient un autre aspect, un
éclat étrange, que non seulement une langue d’argile ne peut raconter mais
que l’esprit humain aussi ne peut pas comprendre. Car, comment le
terrestre peut-il saisir le céleste ? Certains portaient des habits sacerdotaux
resplendissants tout comme les éclairs.
Les uns parmi eux se trouvaient à droite de l’Évêque, les autres à Sa
gauche mais ils étaient tous très pieux.
Cet Évêque heureux était tellement glorieux et il dépassait tant en gloire,
en splendeur et en grâce les autres, tout comme le soleil dépasse en
splendeur et en luminosité les étoiles de la nuit.
Restant debout, cet Évêque merveilleux et incompréhensible voyait vers
l’est et chantait distinctement à haute-voix, un peu vite, un hymne très doux
et inénarrable.
Le prêtre-ascète voyant ces choses inintelligibles était surpris et tout en
écoutant cette harmonie-là très douce, cette mélodie très suave, il admirait,
il en était abasourdi, s’enivrait d’une ivresse divine. À cause de sa grande
admiration, il oubliait les paroles que cet Évêque-là céleste chantait et ne
pouvait pas se remémorer ni une parole ni une syllabe de ce qu’il écoutait
bien qu’il y prêtât l’attention de tout son esprit. Car, il connaissait très
bien, qu’il se séparerait de cette « extase » bien heureuse et que ces
paroles-là du ciel lui seraient utiles dans la vie présente.
Ce qu’il a pu enfin retenir de ce que l’Évêque céleste disait et chantait et
qu’il a dit à haute-voix à la fin, c’étaient les paroles suivantes :

249
-- Plus on aime et on se souvient de Dieu et plus Dieu l’aime et se
souvient de nous par surcroît.
Immédiatement le prêtre est revenu à soi et tout surpris, il constatait que
son cœur entier était brûlant d’un feu divin. Il le ressentait comme un
cierge allumé, comme un buisson ardent… C’est là qu’il s’est souvenu de
ce que les deux apôtres ont dit lorsqu’ils sont arrivés à Emmaüs : « Notre
cœur ne brûlait-il pas au-dedans de nous lorsqu’il nous parlait en chemin
et nous expliquait les Écritures » ? 1
* * *

Après la prière tout contrite de l’Hymne des Chérubins, pendant qu’on
le chante, on commence à réciter le Psaume 50. Ce psaume n’est pas
seulement un psaume de repentir mais il comporte aussi un fourmillement
de vérités théologiques :
Premièrement : il y a là, l’instruction du péché originel : « Voici : je
suis né dans la faute et ma mère m’a conçu dans le péché ».
Deuxièmement : il y est révélé que le péché infecte l’homme entier et
fait que l’âme devienne répugnante et fétide vis-à-vis du saint Dieu.
Troisièmement : il y est précisé que le péché n’est pas seulement une
provocation contre Dieu mais aussi un affront, une rébellion et une
désobéissance contre Sa volonté très sainte.
Quatrièmement : il y est accentué que Dieu seul peut par sa grâce
divine, c’est-à-dire sa grande miséricorde effacer tout péché.
Cinquièmement : il y est rendu manifeste que la rédemption du crime et
du péché est atteinte seulement par la contrition et les larmes du repentir.
Sixièmement : il est reconnu et proclamé que le sacrifice agréable à
Dieu, c’est un esprit brisé et un cœur contrit.
St Jean Chrysostome dit que le Psaume 50 est utile au juste comme au
pécheur. Au juste, pour qu’il ne tombe pas à l’incurie et à la paresse
spirituelle et qu’il ne se vante pas de sa piété. Au pécheur aussi, pour qu’il
ne désespère pas de son salut, car la miséricorde de Dieu est grande et sa
compassion divine est infinie… 2
Oui ! La miséricorde de Dieu est grande et inépuisable. Sa bonté est
illimitée. Sa longanimité est incommensurable. Il est plein de compassion.
Son amour pour les hommes est infini, et sa pitié sans bornes…
Le Psaume 50 aide et complète la prière secrète du célébrant qui a
précédé en sorte qu’il jette son âme – qui pèche si facilement – devant la
miséricorde et l’amour de Dieu.
1

Hésychaste Anonyme, « Νηπτικὴ θεωρία», Disc.12, p. 137.

2

Panayiótis Trembélas, « Τὸ Ψαλτήριον», p. 165.

250
En même temps que le prêtre célébrant récite à mi-voix le Psaume 50 du
repentir, il encense tout autour l’Autel, la sainte prothèse, les icônes de
l’iconostase et puis toute l’assistance. Comme le prêtre encense les icônes
du Christ, de la Sainte Vierge et de tous les saints, il encense chaque fidèle
comme l’image de Dieu. Son regard parcourt toute l’assistance comme s’il
voyait chacun à part et il offre cet encens comme l’ange de l’Apocalypse
« avec les prières de tous les saints ». 1
Aussitôt après l’encensement, le prêtre célébrant fait trois génuflexions
profondes disant des paroles consolantes, suppliantes et de contrition,
comme : « Ô ! Dieu, sois propice au pécheur que je suis », « j’ai péché,
Seigneur, comme le fils prodigue », « délivre-moi de la fange de mes
œuvres », « Seigneur, Seigneur ne me rejette pas » et d’autres propos qui
varient d’un prêtre à l’autre.
Ensuite, il tourne vers l’assistance et fait une petite, pieuse mais humble
inclination tout en disant deux phrases :
 la première : « Mes frères, pardonnez-moi, pécheur », et
 la deuxième : « Ô ! Dieu, pardonne à ceux qui nous aiment et à
ceux qui nous haïssent ».
Le sens de ces mots est très profond et plein d’initiation et de réflexion.
La première expression s’adresse aux frères concélébrants (s’il y en a) mais
aussi au peuple de Dieu que le prêtre guide spirituellement. Même s’il est
leur père spirituel, il est en même temps leur frère. La deuxième expression
« … pardonne à ceux qui nous aiment et à ceux qui nous haïssent… »
s’adresse à Dieu en faveur de son peuple : que le Dieu Très Bon leur offre
son pardon, sa miséricorde et sa pitié, comme il l’a fait sur la Croix. Pour
quelle raison ? Car, peu après, la marche de martyr ascendante vers le
Calvaire, commence. De la porte nord du sanctuaire, à travers la nef et
jusqu’à l’Autel.
Ces phrases liturgiques du prêtre sont une bénédiction spéciale qui
s’étend sur toute l’assistance, lors de la Divine Liturgie et chaque fidèle
pendant ce moment-là baisse la tête et reçoit avec reconnaissance les
paroles actives du célébrant.
Tout cela n’est pas une représentation théâtrale. L’office divin, constitue
un acte vivant avec un véritable contenu, c’est-à-dire avec une adéquation
absolue entre ce qui est dit et ce qui est fait. Aucune parole du culte divin
n’est vide de sens et aucun mot du prêtre célébrant ne tombe à plat. Tout ce
qui s’y passe a sa signification. Aucun de ses actes ne constitue pas
simplement un geste mais une participation vivante aux événements.
1

Apoc. 8, 3.

251
Ensuite le prêtre se rend à la table de la Sainte Prothèse où l’on a déjà
célébré la proscomidie lors des Matines.
Les DONS qu’on offre pour la Sainte Eucharistie et pour le saint culte
sont le pain et le vin. On offre du pain et du vin car avec cette nourriture,
notre vie corporelle peut continuer à exister. Pour quelle raison nous devons
offrir comme don à Dieu cette nourriture essentielle de notre vie ? C’est que
Dieu nous donne en retour la Vie. On Lui donne du pain et du vin et Il nous
donne la Vie éternelle. Les Saints Dons se changent en Corps et en Sang du
Christ. Les Dons qu’on offre à Dieu pour le sacrifice non-sanglant sont le
résultat de notre travail et de notre fatigue, les fruits de la terre (le blé) et de
la vigne (le vin). 1 Il faut donc préparer les prosphores de soi-même et ne
pas les acheter à la boulangerie. Nous offrons ces dons parce que JésusChrist Lui-même, selon les prophéties de l’Ancien Testament, a célébré la
première Divine Liturgie à la Sainte Cène, avec du pain et du vin. C’est ce
que témoignent les saints évangiles c’est-à-dire que Jésus-Christ, ce soir-là,
dans la chambre haute, à la Sainte Cène, a béni le pain et le vin et a dit :
« Prenez et mangez, ceci est mon corps … » pour le pain, et « buvez-en
tous, car ceci est mon sang … » pour le vin. 2
Lorsque les fidèles offrent leurs dons, le pain, le vin, l’huile, les bougies
et l’encens, le prêtre en prend à l’Autel de la Prothèse seulement le pain
(prosphore) et le vin pour la Sainte Communion.
La Divine Liturgie peut se réaliser avec une, deux, trois ou même avec
cinq prosphores. Cependant, une seule prosphore est suffisante. Celle-ci
suffit pour toutes les prosphores qu’apportent chaque fois les fidèles car
toutes les prosphores se font une prosphore dans l’église. Exactement
comme tous les fidèles dans l’église ne sont qu’un seul homme, « nous
sommes tous un seul pain, un seul corps ». 3
Par conséquent, il ne faut pas dire : « Père, pourquoi n’as-tu pas utilisé
ma prosphore ? » et se lamenter, puisque toutes les prosphores se trouvent
dans l’une, celle qui a été utilisée. Cette prosphore s’appelle pain béni,
offrande, prémices. Jésus-Christ s’est offert Lui-même et les fidèles offrent
leurs dons et dans cette offre et ce Sacrifice uniques de Jésus-Christ toutes
nos offres se font une seule offre, un Culte commun et un sacrifice à Dieu.
« Sur la patène et dans la coupe à la prothèse où le prêtre a préparé les
signes du Corps et du Sang du Christ se trouve toute l’Église : Jésus-Christ
(qui est sorti du sein de la très sainte Mère de Dieu), à sa droite la Toute
Sainte, à sa gauche les chœurs des anges et des saints, au devant de lui les
1

Matt. 26, 29.
Matt. 26, 26-27.
3
I Cor. 10, 17.
2

252
vivants et les défunts. Avec eux est présent le monde matériel qui se trouve
dans les dons offerts, au pain et au vin, cette nourriture nécessaire à notre
subsistance. 1
N’importe qui peut comprendre que la prosphore et le vin offerts pour la
Sainte Communion doivent être préparés avec le soin et la dévotion les plus
grands. C’est pourquoi, il est important de savoir qui peuvent offrir et les
offrandes de qui l’Église accepte-elle pendant la Divine Liturgie. L’Église
interdisait à la quatrième catégorie des « Repentants », c’est-à-dire aux
pénitents, d’offrir les Saints Dons, car ils étaient sous pénitence. Les
prêtres, même aujourd’hui, selon les Saints Canons, doivent ne pas recevoir
les offrandes des « προδήλως ἁμαρτανόντων », c’est-à-dire de ceux qui
pèchent ouvertement et de façon provocante et qui font preuve
d’irrévérence, de ceux qui « τὴν ἁμαρτίαν ἀναίδην διενεργοῦσιν », c’est-àdire qui de façon libertine et avec toute leur impudence vivent comme ils
veulent, comme il ne convient pas à des chrétiens.
Malheureusement, notre vie est pleine de pareils exemples et nous
croyons que c’est impossible de pouvoir arrêter de telles irrégularités qui
nuisent à l’Eglise et la compromettent aux yeux de ses ennemis. Les
paroisses sont énormes, on ne peut pas tout contrôler. On le considère
comme impossible d’y mettre l’ordre. On donne des conseils mais la perte
continue. Celui qui a une raison de ne pas communier ne peut pas de
même offrir les Saints Dons pour la Divine Liturgie, ce qui sera
certainement arrangé par le père spirituel.
Après avoir demandé pardon à Dieu et au peuple, selon l’usage ancien,
l’évêque se lave les mains devant les saintes portes. Cet acte veut montrer
que le célébrant reste libre de toute immoralité, afin de célébrer, c’est-à-dire
sans souillure, autant qu’il est possible à l’homme. Il peut alors s’approcher
du Dieu, pur, et servir Ses divins mystères. Cet usage est supprimé au rang
des prêtres tandis que chez les évêques nous le constatons rarement
aujourd’hui. Le lavement des mains chez les prêtres est transféré aux
matines, accompagné d’une prière spéciale qui suit :
« Je laverai mes mains en l’innocence et je tournerai autour de ton
Autel, Seigneur, pour entendre la voix de ta louange et proclamer
toutes tes merveilles. J’aime, Seigneur, la splendeur de ta maison, et le
lieu où réside ta gloire. Ne fais pas périr mon âme avec les impies ni ma
vie avec les hommes avides de sang. Ils ont dans les mains l’infamie,
leur droite est pleine de profits. Mais moi, je marche en ma perfection,
rachète-moi, Seigneur et aie pitié de moi ; mon pied se tient en droit
chemin, je te bénirai, Seigneur, dans les assemblées ».
1

Saint Évêché de Sérvia et de Kozáni, « Λόγοι οἰκοδομῆς… », p. 272.

253
Le prêtre célébrant ayant trois fois vénéré l’Autel, se prosternant avec
décence et respect devant les concélébrants et l’assistance, puis donnant la
bénédiction de l’amour, se rend à la Prothèse où il vénère les Saints Dons s’
inclinant devant eux et prend l’aër (le grand voile) tout en disant :
« Élevez vos mains vers les choses saintes et bénissez le Seigneur ».
Il le place ensuite sur les épaules du diacre (s’il y en a) ou sur ses propres
épaules lorsqu’il célèbre seul.
Prenant la patène avec sa main gauche, il le baise et l’élevant à la
hauteur de la tête, il dit :
« Dieu est monté parmi les cris de joie, le Seigneur au son de la
trompette ».
S’il y a un diacre, il prend la patène par les mains du prêtre, le baise et le
tient à la hauteur de la tête.
Ensuite le prêtre célébrant prend le Calice avec sa main droite, le baise et
dit :
« J’élèverai la coupe des délivrances et j’invoquerai le nom de
l’Éternel ».
Les chantres achèvent l’hymne des Chérubins avec le : « Afin de recevoir
le Roi de toutes choses … ». S’ensuit après la Grande Entrée.

3. LA GRANDE ENTRÉE
En ce qui concerne la Grande entrée, on peut faire attention sur quatre
points :
premier : au transfert des Saints Dons depuis la Sainte Prothèse, à
travers la nef jusqu’à l’Autel.
deuxièmement : au cri du larron sur la Croix avec le « Que le
Seigneur notre Dieu se souvienne de nous tous dans son royaume, en tout
temps, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles ».
troisième : l’accueil des Saints Dons de la part des fidèles, et
quatrièmement : le placement des Saints Dons sur l’Autel.
Le pain et le vin, qui se trouvent à la Sainte Prothèse et vont être
transférés lors de la Grande entrée à l’Autel, s’appellent « Saints Dons »,
destinés au Grand Sacrement, mais ils ne sont pas consacrés, c’est-à-dire ils

254
ne sont pas encore changés en Corps et en Sang du Christ. Ce grand miracle
aura lieu plus tard. Ils ne sont pas le Corps et le Sang du Christ, mais, selon
Basile le Grand, ils constituent des « signes du Corps et du Sang de JésusChrist ».
Seulement pendant la Divine Liturgie des Présanctifiés, les Saints Dons
que le prêtre transfère ne sont pas du pain et du vin, mais le saint Corps
même et le saint Sang même de notre Seigneur Jésus-Christ, déjà
présanctifiés pendant la Divine Liturgie du samedi, du dimanche ou d’une
grande fête. C’est pour cela qu’à la Liturgie des Présanctifiés et lors de la
Grande entrée, les fidèles s’agenouillent et touchent le sol avec la tête. Ils
adorent le Christ Lui-même.
107. Au début de l’année dernière, un chrétien, dont le grand-père était
prêtre dans un village aux environs de Drama, est venu se confesser.
Lorsqu’il était un enfant, il servait son grand-père, père Georges, dans le
sanctuaire. Père Georges était venu comme réfugié d’Asie Mineure après le
massacre à Smyrne et le brûlage de la ville. Malgré son illettrisme, il était
très pieux.
La petite église du village était très pauvre, son plancher était mal
recouvert de dalles improvisées et Père-Georges trébuchait sans arrêt sur
elles.
Un samedi matin qu’il célébrait la liturgie avec cinq ou six assistants
fidèles, lors de la Grande Entrée, il a trébuché et a failli renverser les
Saints Dons de ses mains. Alors, son petit-fils a vu soudain une Dame toute
splendide le soutenir afin de ne pas s’effondrer et lui dire : « N’aie pas
peur… je te soutiens bien… continue ! ». Père Georges, tremblant
d’émotion sacrée est entrée dans le sanctuaire avec elle. Elle, fermant les
portes centrales du sanctuaire, lui a donné l’encensoir pour encenser les
Saints Dons déjà placés sur l’Autel.
Le petit-fils voyait tout cela surpris, sans voix et tout ébloui par la
splendeur de cette Dame-là grandiose. Son âme –il n’oublie pas cela– est
remplie par une admiration sacrée et par crainte. Cependant, il n’a pas du
tout compris comment l’encensoir qu’il tenait à sa main s’est trouvé aux
mains de cette Dame-là toute resplendissante, de la très sainte Mère de
Dieu, de la Reine des cieux !
Le petit est revenu à soi et a vu son grand-père qui pleurait. À chaque
demande, ecphonèse ou prière lues, il répétait continuellement le mot « ma
Toute Sainte ».
« Secours-nous, sauve-nous, aie pitié de nous… ma Toute Sainte ».
« Demandons au Seigneur un ange de paix… ma Toute Sainte ».
« Par les miséricordes… ma Toute Sainte ».

255
« Il est digne et juste de te chanter… ma Toute Sainte ».
La même chose s’est passée au moment de la consécration des Saints
Dons. Plus particulièrement à « et surtout pour notre Souveraine, la Toute
Sainte… », il a éclaté en sanglots, a fondu en larmes et répétait plusieurs
fois « ma Toute Sainte ». Cela a continué jusqu’à la fin de la Divine
Liturgie.
Ayant fait la consommation des saintes Espèces, il a dit à son petit- fils :
« Tu ne diras à personne ce que tu as vu ou entendu… à personne, car la
Toute-Sainte va te couper la langue … »
Pendant l’Occupation allemande (1941-1944), la Toute Sainte s’est
montrée de nouveau au Père-Georges afin de l’aider et le soutenir –le jour
même du Noël – deux ans avant sa dormition.
Dès lors, Père Georges, jour et nuit, marmottait continuellement « ma
Toute-Sainte». C’est avec cette expression que les hommes du même village
que lui, qui étaient en même temps ses brebis spirituelles, le « taquinaient »
de bon cœur.
Il s’est endormi de façon bienheureuse. Un matin qu’il était indisposé,
son fils (le père du chrétien confessé), a ouvert la porte de sa chambre et
l’a vu agenouillé, ses bras vieillis élevés, plongé dans une lumière
supraterrestre et transcendante, tout en disant : « Ma Toute Sainte… ma
Toute Sainte… ma toute-sainte j’arrive… ». C’était Elle dont le nom il n’a
jamais manqué à ses lèvres et à son cœur qui a reçu son âme.1
En ce qui concerne la Grande Entrée, l’ Hésychaste Anonyme dit
encore :
108. Une fois, célébrant la liturgie, lorsque j’ai tenu à la hauteur de
ma tête la Patène et j’ai dit : « Élevez vos mains vers les choses saintes »,
mon cœur est immédiatement rempli d’exultation et d’ineffable allégresse
spirituelle.
Tout en prenant le Calice j’ai dit : « Dieu est monté parmi les cris de
joie, le Seigneur au son de la trompette » et ensuite j’ai dit : « Dynamis !
Saint Dieu… ». Au mot « DIEU », une allégresse indicible est répandue sur
tout mon corps et ensuite mon cœur dans la joie et la componction a
commencé à tressaillir d’une façon céleste ineffable…
Lorsque j’ai fait mes deux premiers pas pour commencer la grande
Entrée et sortir par la porte nord, je me vois… –par miracle, oh ! Que c’est
infinie Ta longanimité, Seigneur ! – embrasé par des flammes de feu… de la
tête aux pieds, les ornements et les Saints Dons aussi… comme des
charbons ardents tout rouges ! Les flammes m’ont tout entier encerclé et
1

notes personnelles de l’auteur

256
elles montaient comme des langues de feu une coudée plus haut que ma
tête, sans me brûler.
Des flammes paradoxales… tantôt lumineuses, tout claires, splendides,
tantôt comme une braise toute rouge… Cependant, cette braise était
toujours claire, indicible, inénarrable, éclatante, qui me remplissait de joie,
d’exultation et d’une fraîcheur céleste… Un feu qui provoquait du
rafraîchissement !
(C’était alors que je me suis informé en Esprit Saint comment les Trois
Enfants restaient dans le feu réel de la Fournaise sans y être nullement
touchés. Ils restaient dans le feu, sans se brûler : pas un cheveu de leur tête
n’a pas été brûlé !)
Ainsi s’ est passé aussi avec l’hésychaste anonyme. Il se trouvait dans le
feu mais dans un feu qui ne le brûlait pas. Il était dans la braise, tout entier
comme un charbon ardent et incandescent mais qui ne brûlait, ne
consumait même pas ses ornements. Tout entier une flamme de feu, lui avec
les Saints Dons, mais une flamme toute splendide, incréée, éternelle.
Étant dans cette situation spirituelle, ce prêtre anonyme mais chaste, a
fait la Grande Entrée avec hâte, en se donnant beaucoup de mal. Il a vécu
pratiquement en lui-même ce que dit le Prophète et Psalmiste
véridiquement : « Il fait des vents ses messagers, des flammes de feu ses
serviteurs ».
Dès lors, j’ai compris, dit l’hésychaste anonyme, que l’esprit et l’âme des
prêtres-célébrants du Très-Haut dignes, lors du saint culte se font des
flammes de feu, un feu spirituel qui les rend divinement splendides ! » 1
Si, lors de la Grande Entrée, nos yeux spirituels ouvraient –fût-ce que
pour un moment– et voyaient la grandeur divine voire ce qui se passe
pendant la Divine Liturgie à l’aide de la Grâce du Christ, nos yeux
corporels s’embueraient de larmes qui inonderaient notre face avec
beaucoup de componction.
De diverses voix sortiraient du dedans de nos cœurs blessés qui diraient à
peu près ce que l’ hésychaste anonyme décrit :
« Veuille agréer, Seigneur, mes humbles larmes, maintenant que Tu
passes devant moi, s’étant mis sur le dos la Croix, comme les aromates
apportés par les saintes femmes avec lesquels elles ont embaumé tout en se
lamentant, ton Corps immaculé…
Veuille agréer, Seigneur, ces humbles orphelines, mes larmes, comme tu
l’as fait avec le parfum pur très odorant dont la femme pécheresse t’a
1

Hésychaste Anonyme, « Νηπτικὴ θεωρία», discours 18, p. 222.

257
embaumé et ensuite elle a épongé tes pieds sans tache avec sa chevelure
riche…
Que mon âme pécheresse entende ta voix dire : « Tes nombreux péchés
sont pardonnés puisque tu as beaucoup aimé… tu as beaucoup aimé ! »
Veuille, agréer, Seigneur, les soupirs endoloris de mon cœur et mes
larmes, comme tu l’as fait avec les deux deniers de cette veuve-là que tu as
dite bienheureuse, car par le moyen des deux petites pièces, elle a gagné
Ton propre royaume des Cieux.
Veuille, agréer, Seigneur, mes larmes de repentir, comme tu l’as fait avec
la voix du larron sur la Croix et fais de moi un citoyen et un héritier de ton
royaume…
Que mes pauvres larmes, Seigneur et mon Sauveur, qui cependant,
jaillissent du fond de mon cœur contrit, soient les fiançailles spirituelles de
Ton royaume … » 1
Pourtant, c’éest une chose les larmes des indignes et pécheurs et une
autre les larmes des saints et dignes prêtres et des chrétiens qui respectent
Dieu et qui en connaissance de cause participent aux mystères immaculés.
Ces dernières larmes se comparent à celles de la Toute Sainte et de saint
Jean, disciple aimé, sous la Croix.
Le transfert des Saints Dons.
Premier symbolisme : la marche triomphale et l’entrée du Seigneur
dans la Ville sainte de Jérusalem où « Il va pour être crucifié en faveur
du salut du monde ».
Lors de la Petite Entrée, le prêtre couvre sa face avec l’évangéliaire : le
Christ vient afin d’enseigner sa parole et le porte-cierge qui le devance,
symbolise Jean le Précurseur. Lors de la Grande Entrée, le prêtre couvre sa
face avec les Dons offerts : le Christ vient afin de se sacrifier.
« Le prêtre se rend aux Dons (à la prothèse) et les ayant élevés avec
beaucoup de décence à la hauteur de la tête, il sort. En les tenant ainsi, il les
transfère à l’Autel, tout en les promenant sciemment dans l’église et à
travers les participants chrétiens, lentement, pas à pas, avec beaucoup de
pudeur. Les fidèles chantent et se jettent aux pieds du prêtre avec tout
respect et piété. Lui, il s’avance accompagné par les cierges et l’encens.
Ainsi, il entre au Sanctuaire ». 2

1

Hésychaste Anonyme, « Νηπτικὴ θεωρία», discours 18, p. 214-215.

2

Saint Nicolas Cabasilas, P.G. 150, 420 B.

258
Saint Germain de Constantinople a écrit que, le transfert des Saints
Dons depuis la prothèse, est « l’entrée de ceux-ci à l’Autel, alors que
l’hymne des chérubins signifie la venue du Seigneur de Béthanie à
Jérusalem ».1 C’est-à-dire le Roi des rois est parti de Béthanie et entre à la
Ville sainte de Jérusalem. Le célébrant se réduit en l’ânon, sur lequel
aucune passion n’est assise, et en raison de cela il lui est permis de ramener
le Roi Christ sur son dos.
Les fidèles accueillent le Christ avec des hymnes et des palmes spirituels,
qui signifient les âmes purifiées :[ Avec des rameaux spirituels, ayant nos
âmes purifiées, acclamons avec foi le Christ comme l’ont fait les enfants,
criant à voix haute au Seigneur : « Béni soit celui qui vient au nom du
Seigneur » ].
Deuxième symbolisme: la marche de martyre du Christ du Prétoire
jusqu’au Calvaire.
Troisième symbolisme : la représentation de la mise dans la tombe
du Seigneur. C’est le chemin de la descente de Croix jusqu’au
Sépulcre.
Nous mentionnons, au passage, que, dans l’abside de la Prothèse, on
peint, tantôt l’étable de Bethléem (alors les voiles avec lesquels on couvre
les Saints Dons symbolisent les langes qui ont enveloppé et ont couvert
l’Enfant divin), tantôt l’« Extrême Humiliation ». Ici, le Seigneur est
représenté debout, Il est à moitié dans la tombe, les mains liées et le roseau
entre elles, la couronne d’épines sur Sa tête, tandis que derrière Lui, se
trouve la sainte Croix, symbole de Son Sacrifice.
Alors que nous célébrons la Proscomidie, nous prenons la prosphore de
laquelle nous ferons extraire l’agneau de Dieu et nous disons trois fois :
« En mémoire de notre Seigneur, Dieu et Sauveur Jésus-Christ. Amen »,
selon tout ce que le Seigneur a Lui-même ordonné: « Faites cela en
mémoire de moi ».2 C’est pourquoi, nous disons « en mémoire ». En même
temps, nous faisons un signe de Croix sur la prosphore avec la lance.
Lorsque le prêtre célébrant extrait l’agneau de la prosphore, qui est un
symbole de la Mère de Dieu, nous avons une représentation symbolique de
l’enfantement de notre Seigneur Jésus-Christ du sein de la Toute Sainte.
Cependant, incisant le pain offert pour en extraire l’Agneau, nous avons
une représentation symbolique du Sacrifice sur la Croix de notre Seigneur,
alors qu’en même temps, le prêtre célébrant récite les paroles prophétiques
d’Isaïe: «Comme une brebis, il a été mené à la boucherie et comme un
agneau sans tache, muet devant celui qui le tond, il n’ouvre pas la bouche,
1
2

Saint Germain de Constantinople, P.G. 98, 420 D.
Luc 22, 19.

259
dans son humiliation, son jugement a été prononcé et sa génération, qui la
racontera ?»1. Cet acte encore constitue le symbole du départ du Seigneur
de ce monde et de son chemin vers son Père, avec l’Ascension. La lance
découpe la prosphore pour en extraire l’agneau qui s’en séparant, est offert
à Dieu, afin d’être célébré et changé en Corps du Christ. Le Seigneur est
aussi séparé de la société des hommes car « sa vie a été enlevée de la terre »
et il est conduit comme une brebis à l’immolation sur la Croix (C’est
maintenant qu’on dépose l’agneau sur la patène). À ce moment-là l’étable
de Bethléem se transforme en Calvaire.
Ensuite, le prêtre célébrant incise la prosphore en forme de Croix, tout en
disant : « Il est immolé l’agneau de Dieu qui ôte le péché du monde… » et
« Par ta crucifixion, ô ! Christ, la tyrannie de l’ennemi a été abolie… ». Puis
le prêtre, au moyen de la lance perce le côté droit de l’agneau en disant :
« Un des soldats, d’un coup de lance, le frappa au côté et aussitôt il en sortit
du sang et de l’eau … »2
Tout cela, nous fait rappeler la Passion, la crucifixion et la mort du
Seigneur, c’est pour cela que lorsque nous couvrons ensuite les Saints
Dons, les saints voiles se transforment en suaires et en linceul immaculé de
l’ensevelissement du Seigneur Jésus-Christ. La prothèse est donc un
symbole du Sacrifice sur la Croix et du Calvaire jusqu’à la mort …
Par les paroles, «afin de recevoir le Roi de toutes choses», le célébrant
du Très-Haut et les autres deux ou trois concélébrants, s’il y en a, prennent
la place de Nicodème et de Joseph d’Arimathée, qui sont descendus de la
Croix et ont déposé dans le sépulcre le Corps tout-pur et tout-immaculé de
Jésus. Les participants fidèles représentent les saintes femmes et Jean
l’évangéliste.
Selon des dispositions liturgiques anciennes, l’« aër » n’était pas déposé
sur les épaules du diacre ou du prêtre mais deux diacres, à droite et à
gauche, le tenaient (déployé et élevé), au-dessus du prêtre qui transférait les
Saints Dons comme un épitaphios. C’est pour cela que, selon Saint Siméon
de Thessalonique l’« aër » est appelé « Epitáphios ». À cette époque-là, il
y avait sur l’ « aër » des représentations de la Passion, de la Descente de
Croix et de la mise au Sépulcre du Seigneur brodées avec du fil d’or. 3
Une autre preuve que la Grande Entrée symbolise le chemin de la
Descente de Croix et de la mise au tombeau du Seigneur, est le tropaire que
le prêtre dit dès qu’il aura déposé les Saints Dons sur l’Autel voire sur
l’antimension ouvert :
1

Es. 53, 7.
Jean 19, 34.
3
Saint Siméon de Thessalonique, « Τὰ ἅπαντα», p. 328.
2

260
« Le noble Joseph, ayant descendu de la Croix, ton Corps très pur,
l’enveloppa d’un linceul immaculé, l’oignit d’aromates et le déposa
dans un sépulcre neuf ».
Aussitôt, les saintes portes ferment. La fermeture de saintes portes, chose
qui malheureusement est supprimée dans des paroisses, signifie qu’on a
roulé et scellé la grande pierre à l’entrée du tombeau du Seigneur.
Quatrième symbolisme : St Siméon de Thessalonique dit que la
grande Entrée symbolise le Deuxième Avènement du Christ.
Le deuxième Avènement du Christ, comme le juste Juge, se fera avec
beaucoup de gloire, parmi des myriades infinies d’anges, d’archanges et
d’autres Puissances célestes, immatérielles et incorporelles. Le trône du
redoutable Jugement sera érigé et les livres de vie de chacun de nous à part,
seront ouverts.
On voit tout cela se représenter à la grandeur de la Grande Entrée, surtout
quand un évêque et un grand nombre de prêtres et de diacres célèbrent la
Divine Liturgie. Dans ce cas, le pallium de l’évêque, qui précède tout le
cortège de la Grande Entrée, n’est pas la brebis égarée mais le signe de la
Croix, qui selon la sainte Écriture précède l’apparition du Seigneur lors de
son deuxième redoutable Avènement : « Alors apparaîtra dans le ciel le
signe du Fils de l’homme »,1 c’est-à-dire la Croix du Seigneur.
Ensuite viennent ceux qui portent les cierges, les emblèmes des séraphins
suivis des diacres qui encensent, représentant les ordres angéliques célestes
qui escortent Jésus-Christ venu comme Juge.
Notre Seigneur Jésus-Christ, lors de la Grande Entrée, comme pain
céleste sur la patène, c’est-à-dire sur le ciel, et avec le Calice de l’exultation
incessante, se trouve devant nous ! Le Christ, le pain céleste, l’exultation
principale et inépuisable, est l’agneau immolé qui apparaîtra vis-à-vis de
tout le monde, pour « juger les vivants et les morts ».2
Les antireligieux et les impies, les blasphémateurs et les durs, les
orgueilleux et surtout les impénitents feront face avec terreur à celui qu’ils
ont percé et à qui ils ont fait la guerre et qu’ils ont refusé et crucifié
commettant des péchés dans leurs cœurs.
Ceux qui ont cru, les confesseurs, les martyrs, les justes et tous ceux qui
avec repentir ont espéré à la miséricorde de Dieu, verront eux aussi ses
plaies toutes saintes. Ils se réjouiront, ils tressailliront de béatitude divine,

1
2

Matt. 24, 30.
II Tim. 4, 1.

261
car c’est par ses propres blessures sur la Croix qu’on est tous guéris et
sauvés. « Dans ses plaies se trouvait notre guérison ». 1
Lorsque, les Saints Dons passent devant nous, nous devons implorer,
spirituellement, notre Sauveur Jésus-Christ en disant : « Ô ! Seigneur,
Seigneur ! Ne me rejette pas à ton deuxième Avènement, mais « traite-moi
comme un de tes ouvriers ». 2
Le cri du larron.
Le cri « Jésus, souviens-toi de moi, quand tu viendras comme roi »,3 se
renferme dans les paroles du prêtre lors de la bienséante Grande Entrée des
saints :
« Que le Seigneur notre Dieu se souvienne de nous tous dans son
royaume, en tout temps, maintenant et toujours et dans les siècles des
siècles ».
On se souvient à ce moment sacré de la Divine Liturgie, de ce larron
reconnaissant et l’ on répète, nous aussi, à travers le diacre ou le prêtre sa
prière recueillie et son cri émouvant. De cette façon le larron reconnaissant
apparaît spirituellement et jaillit comme exemple dans les siècles. Un
exemple de foi et de vrai repentir.
Selon la tradition, le larron s’appelait Dhysmás. Durant sa vie, il a été un
assassin, un scélérat. Lui et un autre malfaiteur se sont trouvés crucifiés au
Calvaire, avec le Seigneur de la gloire. Au-dessous de la Croix, les scribes
et les pharisiens, les seigneurs et la plèbe ingrate insultaient le Seigneur. Il
est donc probable que le larron d’à droite avait vu, connu ou entendu le
Seigneur, ses miracles et son enseignement. À un certain moment et en
particulier après le cri du Christ « Père, pardonne-leur… », son cœur a été
bouleversé et sa bonne intention s’est illuminée, de sorte qu’il ait
commencé au-dedans de lui à se libérer de la pression de son vieil homme.
Il a reconnu dans la personne de Jésus-Christ la nature divine et a demandé
sa miséricorde avec ce cri terrible qui depuis secoue les âmes des pécheurs
de tous les siècles : « Souviens-toi de moi, Seigneur, quand tu viendras
dans ton royaume ». C’est le cri du larron reconnaissant que répète le
prêtre célébrant lors de la Grande Entrée.
L’accueil du Christ par les fidèles.
L’hymne des chérubins, les cierges, les emblèmes des séraphins, l’encens,
les psalmodies, tout cela nous aide à vivre l’événement de la venue du
Christ. Ils nous aident à vivre « l’Entrée de tous les saints et des justes (qui
1

Es. 53, 5.
Luc 15, 19.
3
Luc 23, 42.
2

262
se trouvent sur la patène avec les ordres angéliques) qui entrent avec celui
qui est le saint des saints dès le début, tandis que précèdent les ordres des
Chérubins et les armées des anges et devancent invisiblement les chœurs
incorporels et les ordres immatériels des anges qui chantent et escortent le
grand Roi-Christ qui vient se sacrifier secrètement ».1 C’est saint Germain
de Constantinople qui nous rapporte tout cela.
La Grande Entrée est un des plus solennels moments, pendant la Divine
Liturgie. Alors que le célébrant passe, les fidèles se prosternent et se
signent, les mères étendent les vêtements des malades ou elles laissent sur
le plancher même leurs enfants incapables afin que le prêtre avec les Saints
Dons passent au-dessus. Souvent s’y couchent des possédés ou des malades
incurables.
Saint Nicolas Cabasilas fait les observations suivantes : « Lors de la
Grande Entrée, pendant que le prêtre passe, les Saints Dons aux mains, on
doit s’agenouiller devant lui, le vénérer et demander qu’il se souvienne de
nous dans les prières qui s’ensuivront. Car, il n’y a d’autre façon de
supplier, plus fortement, et qui offre des espérances sûres que ce redoutable
Sacrifice qui a, gratuitement, purgé les irrévérences et les méfaits du
monde ».2 Il accentue que les chrétiens doivent s’agenouiller pendant la
Grande entrée ne faisant pas la différence entre dimanche, fête ou jour
ordinaire. Certes, les Saints Dons ne sont pas encore consacrés, changés en
Corps et en Sang, mais ils en sont «les signes» et méritent vénération.
Par le fait de tout ce que nous avons écrit, on ne veut pas dire qu’il faut
supprimer le canon 20 du Premier Concile Œcuménique, on n’est pas même
hostiles à ce canon. Cependant, on constate, tout en étudiant le 20e chapitre
des Actes, que Paul l’apôtre avec les anciens d’Ephèse se sont tous
ensemble agenouillés et ont prié lors de la période d’avant la Pentecôte :
« Après ces paroles, il se mit à genoux avec eux tous et pria ». 3
Nous croyons que le fait de s’agenouiller à quelques moments sacrés de
la Divine Liturgie doit ne pas être un pharisaïsme sec et une formule « pour
être vus des hommes », mais un résultat de contrition et de recueillement.
Il y a des prêtres qui lors de la consécration des Saints Dons sont pris
d’une peur sacrée et d’une grande appréhension et ont une telle contrition
qu’ils se trouvent agenouillés, sollicitant, les larmes aux yeux, la
miséricorde de Dieu.
Moi personnellement, j’ai vu (abstraction faite de la semaine du
Renouveau) des évêques et des prêtres, même au Mont Athos et dans de
1

Saint Siméon de Thessalonique, « Τὰ ἅπαντα», p. 328.
Saint Nicolas Cabasilas, « Ἑρμηνεία στὴ θεία Λειτουργία», p. 8.
3
Actes 20, 36.
2

263
nombreux monastères ici dans le monde s’agenouiller le dimanche au
moment de la consécration des Saints Dons. Nous croyons que
s’agenouiller pendant la Grande Entrée et à l’ecphonèse « Nous t’offrons ce
qui est à toi, de ce qui est à Toi … » manifestent une particularité, en ce
moment sacré, de l’âme contrite et endolorie -ou même aimante- soit du
prêtre célébrant soit de l’assistant chrétien fidèle.
Dans ces états psychosomatiques vécus, l’agenouillement du dimanche
ne supprime pas le Canon 20 du Premier Concile Œcuménique, il ne
l’offense pas non plus.
Quelque chose encore, que tous les célébrants du Très-Haut connaissent :
le jour du dimanche, n’importe lequel, au moment de l’ordination du prêtre
TOUS LES PARTICIPANTS FIDÈLES S’ AGENOUILLENT.
De la sorte, à la longue, nous avons un nouvel acte de vie dans le saint
culte qui – je le répète – doit dépendre absolument de l’état d’âme du
chrétien fidèle, c’est-à-dire nous n’offensons pas les Saints Canons mais la
douleur, la contrition, la componction, la crainte, la peur contraignent
souvent quelqu’un des assistants fidèles ou le prêtre célébrant à
s’agenouiller en ces deux moments du saint culte !
Dans un manuscrit du Monastère Megisti Lavra de la Sainte
Montagne, on lit ceci : « Le Christ escorté par les armées angéliques entre
dans la Ville sainte afin de célébrer le Mystère très précieux de son
Sacrifice. Il entre dans les Saints des Saints tenant notre vie, la vie de tout
l’univers, dans ses mains immaculées. Les Saints Dons que le prêtre tient
élevés sont l’homme et le monde tout entier qui à travers le Christ
reviennent à Dieu ».
Saint Nicodème l’agiorite, dans une de ses homélies sur la fête de la
Présentation de la Vierge, écrit que l’entrée de la Mère de Dieu aux Saints
des Saints « est un retour du monde à Dieu ».1 Ce retour de l’homme, ainsi
que du monde tout entier au Dieu Trinitaire et au Christ-Sauveur, est réalisé
par la Grande Entrée aussi.
Le placement des Saints Dons sur l’Autel, précisément sur
l’ Antimension déployé.
Le prêtre célébrant, tout en plaçant le saint Calice et la patène sur l’Autel
dit le tropaire :
« Le noble Joseph ayant de la Croix descendu ton corps très pur,
l’enveloppa d’un linceul immaculé, l’oignit d’aromates et le déposa
dans un sépulcre neuf ».
1

Hiéromoine Grégoire, « Ἡ θεία Λειτουργία…», … p. 227.

264
Le diacre (s’il y en a) : Accorde Seigneur.
Et le prêtre encense les « Saints » disant trois fois la fin du psaume 50 :
« alors on offrira de jeunes taureaux sur ton Autel » et « aie pitié de
moi, O ! Dieu ».
Saint Théodore d’Andida nous dit ceci : « Le placement des Saints
Dons sur l’Autel constitue une imitation du moment dans la chambre haute
aménagée, le soir de la sainte Cène et, puis de l’élévation du Seigneur sur la
Croix et ensuite de la mise dans le tombeau, de la Résurrection et de
l’Ascension ». 1
Saint Germain de Constantinople écrit que la patène «symbolise les
mains de Joseph et de Nicodème qui ont mis le Christ dans le sépulcre». Le
grand voile, l’« aër », avec lequel le prêtre couvre les Saints Dons est le
symbole du linceul dont Joseph a enveloppé le Corps du Christ, tandis que
l’encens fait penser aux aromates. Finalement, les saintes portes ferment,
chose qui symbolise le scellement de la pierre tombale par la garde. 2
Ici, on a fini avec tout ce qui se rapporte à la Grande Entrée.
* * *
En récapitulant, nous pouvons faire les remarques suivantes :
Premièrement : le transfert des Saints Dons depuis la prothèse, à travers
la nef, sur l’Autel.
Deuxièmement : le cri du larron sur la Croix : « Que le Seigneur notre
Dieu se souvienne de nous tous dans son royaume, en tout temps,
maintenant et toujours et dans les siècles des siècles », au lieu du
« souviens-toi de moi, Seigneur, quand tu viendras dans ton royaume ».
Troisièmement : l’accueil des Saints Dons, de la part des chrétiens
assistants, et quatrièmement : le placement des Saints Dons sur l’Autel.
En ce qui concerne la première remarque, c’est-à-dire le transfert des
Saints Dons depuis la prothèse et à travers la nef sur l’Autel, les Pères
distinguent quatre symbolismes :
 le premier se rapporte à la marche et l’entrée triomphales du
Seigneur dans la ville de Jérusalem où il va être crucifié pour le salut
du monde.
 le deuxième se rapporte à la marche de martyre depuis le Prétoire
jusqu’au Calvaire affreux.
 Le troisième se rapporte à la marche du lieu de la descente de la
Croix au tombeau neuf où le Seigneur est enseveli.
 Le quatrième enfin se rapporte au Deuxième Avènement du Christ.
1
2

Saint Théodore d’ Andida, P.G. 140, 421 C.
Saint Germain de Constantinople, P.G. 98, 421 D.

265
109. Il y a un événement merveilleux dans la vie de saint Onuphre dont
notre Église fête la mémoire le 12 juin.
Dès sa plus tendre enfance, il est entré –on ne sait pas comment– dans
un monastère cénobitique. Lorsqu’il a été plus âgé, il est parti pour le
désert où il a vécu 60 ans sans voir personne. Il était nu mais son corps se
couvrait par sa barbe longue qui touchait la terre ainsi que par sa
chevelure et ses poils longs.
Le saint moine Paphnuce a découvert ce grand saint qui lui a raconté sa
vie sainte et désertique.
Quand il était tout-petit, ayant 5 ou 6 ans et vivant dans la communauté
monastique, il s’est passé ceci : en tant que petit enfant, il mangeait plus
souvent que les autres pères. Lorsqu’il avait faim, il accourait au serveur et
lui demandait du pain, des olives, des fruits… Pourtant, une fois le serveur
a noté qu’il prenait du pain plus souvent et puis il disparaissait.
-- Peut-être nourrit-il quelque petit animal, a-t-il pensé.
Cela a continué pendant presqu’ une semaine.
-- Que j’aille voir, a pensé le moine serveur, où transporte-t-il ce que je
lui donne ?
En effet, il l’a suivi et l’a vu entrer dans le catholicon (l’église centrale)
du monastère et fermer la porte derrière lui.
Il a vite couru à la fenêtre et en raison de tout ce qu’il a vu, il a
écarquillé les yeux … Le petit discutait avec le Divin Enfant qui se trouvait
dans les bras de la Mère de Dieu de l’iconostase !
-- Je t’ai apporté du pain aujourd’hui encore, disait-il au petit Jésus,
d’autant plus que personne ne te nourrit… ni ta maman non plus…
Il a tendu la main et lui a donné une tranche de pain…
Seigneur Jésus-Christ -qui était un jeune enfant dans la sainte icône- a
tendu sa petite main, a pris le pain… et comme il l’ a retirée tenant le petit
pain, celui-ci a disparu dans l’icône ! …
Aussitôt, le moine serveur, l’âme remplie de surprise et de peur, est vite
allé à l’ancien et lui a raconté tout ce qui s’est passé. Alors, l’ancien a
ordonné de ne pas du tout donner du pain à l’enfant et lorsqu’il leur en
demanderait de son air suppliant, de lui dire :
-- Va demander de te donner du pain à Celui que tu nourrissais jusqu’à
hier. Le lendemain, le petit Onuphre, voyant qu’on ne lui donne pas de pain
et qu’on l’envoie en demander à celui qu’il nourrissait jusqu’alors, a
immédiatement couru dans l’église et tout en allant devant l’icône, a dit au
petit Jésus :

266
-- Mon petit Jésus, on ne me donne pas de pain et on me dit de te
demander de m’en donner du tien. Maintenant où vas-tu en trouver, je ne
sais pas !
Ensuite –quel miracle– le Divin Enfant a tendu sa petite main par les
bras de sa Mère Toute Sainte et lui a offert un pain tellement grand qu’il ne
pouvait pas le soulever! En plus, il sentait tellement bon que cet effluve
céleste s’est répandu non seulement dans l’église mais aussi dans tout le
monastère et tout autour.
Tout surpris et tout éblouis par les événements advenus, les moines ont
vu Onuphre de cinq ans qui faisait sortir ce grand pain avec beaucoup de
mal. Deux moines ont essayé de l’aider mais le pain était très lourd ! Ils en
mangeaient pendant plusieurs jours, ils en étaient repus, pourtant le pain
céleste restait inépuisable, ce que notre Église affirme au saint culte :
(l’agneau de Dieu) «toujours mangé et jamais épuisé ».
Dès lors, on respectait beaucoup le petit Onuphre car, on s’était rendu
compte que sa sainteté augmenterait en proportion de son âge. Il
deviendrait un grand saint… ce qui s’est fait…
D’un tel pain céleste s’ alimentait saint Onuphre lorsqu’il vivait, pendant
soixante ans, dans le désert. 1
Quand même, ici nous ne parlons pas de la manne que Dieu jetait du ciel
pour nourrir les Israélites dans le désert, ni des pains célestes au moyen
desquels le Seigneur subvenait à l’entretien de ses saints dans les déserts,
les cavernes et les antres de la terre mais du tout saint Pain – le Christ,
c’est-à-dire de son Corps et Sang précieux. Nous parlons du saint culte à
travers lequel le Corps et le Sang du Christ sont offerts « pour la rémission
des péchés et pour la vie éternelle ».
Lorsque le prêtre célèbre à l’aide du diacre, s’il y en a, il lui dit, aussitôt
après l’encensement des Saints Dons :
« Souviens-toi de moi, mon frère et concélébrant ».
Le diacre lui répond :
« Que le Seigneur notre Dieu se souvienne de ton sacerdoce dans son
royaume, en tout temps, maintenant et toujours et dans les siècles des
siècles ».
Ensuite le diacre incline la tête l’appuyant à l’Autel et dit :
« Prie pour moi, Maître saint ».
Le prêtre répond :
« L’Esprit Saint viendra sur toi et la puissance du très-haut te couvrira
de son ombre ». (Ce sont les mêmes paroles que l’archange Gabriel a dites
à la Vierge au moment de l’Annonciation).
1

Páskhos Basile, «Ἡ ἐσωτέρα ἔρημος », p. 89.

267
Puis le diacre :
« Ce même Esprit concélébrera avec nous tous les jours de notre vie.
Souviens-toi de moi, Maître saint ».
Le prêtre :
« Que le Seigneur notre Dieu se souvienne de toi dans son royaume,
en tout temps, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles ».
Le diacre : « Amen ».
Il baise la main du prêtre et l’Autel, sort par la porte nord et se rend à sa
place habituelle de la solea pour dire l’Ecténie, autrement dit « la litanie de
l’offertoire ».
Le diacre, tout comme le prêtre, ne sont que des hommes. Ils se trouvent
tous deux sous l’influence de la même faiblesse, celle de la nature humaine.
C’est pour cela que, dès que le diacre recevra la bénédiction du prêtre
célébrant, il lui souhaite à son tour : « Ce même Esprit concélébrera avec
nous… ». Car, le Consolateur « vient au secours de notre faiblesse » et
« intercède pour nous en gémissements inexprimables ». 1
Nos prières, sont aussi un don de Dieu. On ne peut faire aucune prière
sans l’aide et l’opération de l’Esprit tout-Saint. [ Nul ne peut dire : « Jésus
est Seigneur », si ce n’est par l’Esprit Saint »].2 Alors, même si tu pries
avec ta corde à nœuds , pourquoi t’en vantes-tu ? Tu pries avec ta corde à
nœuds, tu te signes, tu fais ta prière, tu lis l’Acathiste, les Complies, la
Paraclisis ou l’office du Minuit par la puissance du Dieu tout saint et par
l’illumination de l’Esprit tout Saint. Même le fait qu’on vienne à l’église
afin d’assister à la Liturgie, c’est un don de l’Esprit Saint.
Le Consolateur concélèbre avec le prêtre célébrant dans le saint culte et
révèle le Christ aux fidèles. Celui-ci, qui est l’Esprit tout-Saint de la
sagesse, de la prudence, de la puissance, de l’appréhension, nous guide et
nous conduit tous « à la connaissance parfaite et à l’initiation à ce grand
mystère du Dieu et Sauveur de tous, le Christ », nous dit Basile le Grand.
Et il continue : « par l’Esprit Saint se réalisent notre réinstallation dans le
Paradis, l’ascension et l’entrée dans le royaume des Cieux, le retour à
l’adoption, l’assurance et la confiance d’appeler Père, le Dieu, le supplier,
le prier, l’implorer, lui rendre grâce, le glorifier … Tout s’accomplit par
l’Esprit Saint. Plus que cela le changement des Saints Dons en Corps et
Sang du Christ, se réalise par l’Esprit Saint … » 3

1

Rom. 8, 26.
I Cor. 12, 3.
3
Basile le Grand, «Περὶ τοῦ Ἁγίου Πνεύματος», Homélie 5, ΒΕΠΕΣ 52, 260.
2

4. LITANIE DE L’OFFERTOIRE
ou
ÉCTENIE ET DEMANDES
S’il n’y a pas de diacre, aussitôt après l’encensement des Saints Dons,
c’est le prêtre célébrant qui dit à haute voix « la litanie de l’offertoire ».
Ces demandes commencent par la phrase « accomplissons notre prière
au Seigneur » c’est-à-dire « achevons notre prière au Seigneur.
Sept nouvelles demandes complètent les demandes qui se sont déjà faites
jusqu’à maintenant lors de la Liturgie.
 La première demande se fait pour les Saints Dons : « Pour les
précieux Dons ici offerts, prions le Seigneur » ; c’est-à-dire : « Prions
pour les Saints Dons qu’on a maintenant apportés et déposés sur l’Autel ».
Les demandes ci-dessous s’enchaînent dans l’ordre suivant :
 « Pour cette sainte maison… »
 « Pour que nous soyons délivrés de toute tribulation, colère, péril
et nécessité… »
 « Secours-nous, sauve-nous, aie pitié de nous, garde nous, ô !
Dieu… »
 « Demandons au Seigneur que toute cette journée soit parfaite,
sainte, paisible et sans péché… »
 « … un ange de paix, guide fidèle, gardien de nos âmes et de nos
corps… »
 « …le pardon et la rémission de nos péchés et de nos fautes… »
 « …ce qui est bon et utile à nos âmes ainsi que la paix pour le
monde… »
 « …d’achever le reste de notre vie dans la paix et la pénitence… »
 « …une fin de vie chrétienne, sans douleur, sans honte, paisible et
une défense valable devant le redoutable tribunal du Christ ».
À chaque demande, l’assistance répond par les chantres :
-- « Accorde-le, Seigneur. C’est-à-dire : donne-nous, Seigneur, ce que
nous demandons.
* * *
 « POUR LES PRÉCIEUX DONS ICI OFFERTS … »

269
Au moment où les Dons précieux sont placés sur l’Autel, nos cœurs
doivent être purifiés de toute souillure de méchanceté, de rancune, de
vengeance, d’indifférence envers tous les hommes en général, selon les
paroles du Seigneur : « Quand donc tu vas présenter ton offrande à l’Autel,
si là tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi… ». 1 C’est-àdire, sans le pardon, sans l’amour actif, il ne faut pas offrir des dons. La
générosité, la bonté, le pardon à tous du fond de son cœur, la confession, la
contrition, la prière sont les conditions de base, afin d’offrir les Dons
précieux pour la Divine Liturgie. Ayez donc des cœurs purs, des cœurs
candides, humbles, contrits lorsque vous offrez vos prosphores à l’église.
Les trois demandes qui suivent ont été déjà analysées auparavant.

 « DEMANDONS AU SEIGNEUR QUE TOUTE CETTE
JOURNÉE SOIT PARFAITE, SAINTE, PAISIBLE
ET SANS PÉCHÉ ».
Par cette demande, nous demandons quatre choses : que chaque jour de
notre vie soit parfait, saint, paisible et sans péché.
Mais, qu’est-ce qu’un jour ? Dans la sainte Écriture, le mot « jour » a
plusieurs significations : un jour simple ou un jour de vengeance, un jour de
tentation, un jour de tribulation, le jour du Deuxième Avènement du
Seigneur.
Tous les jours sont des jours bénis de Dieu. Cependant, ils se
transforment en jours de tentation, jours mauvais et jours tristes à cause de
nos multiples passions, de la méchanceté et la jalousie du diable, des
éléments de la nature et de la bonne « pédagogie » à laquelle Dieu nous
soumet car il veut « que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la
connaissance de la vérité ». 2
Chaque jour, de nombreuses tentations, tant intérieures qu’extérieures,
nous entourent et « on passe à travers maintes pièges », lesquels Antoine le
Grand avait vus dans une vision divine. Il a vu la terre, toute étendue, pleine
de pièges. Des pièges ! Des pièges ! Il a eu peur, il s’est effrayé. Des pièges
dans les villes et les villages. Des pièges sur les routes et les autobus. Des
pièges dans les maisons à cause des télévisions. Des pièges à cause des
désobéissances de nos enfants. Des pièges dans les compagnies à cause des
soi-disant amis. Des pièges ici, des pièges là, des pièges partout, même dans
le désert. C’est pour cela que l’on crie envers Dieu, sollicitant sa

1
2

Matt. 5,23.
I Tim. 2,4.

270
1

miséricorde : « ne nous conduis pas dans la tentation » , la tentation de la
journée et de la vie présentes mais aussi la tentation du Jugement à venir.
« Parfaite »
Qu’est-ce que « parfaite » signifie pour nous ? Cela ne signifie que
l’application du commandement « soyez donc parfaits » ; c’est-à-dire qu’on
passe la journée comme des chrétiens parfaits et complets. Moins ou plus
âgés, hommes ou femmes, mariés ou célibataires, moines ou prêtres de
n’importe quel rang, tous ; c’est-à-dire que nous menions à bon terme notre
œuvre sur la terre, remplir notre vocation.
« Sainte »
Le mot « sainte » est synonyme du mot « parfaite ». Car, la
sanctification et la perfection sont des biens suprêmes auxquels tout
chrétien fidèle qui mène le combat spirituel doit tendre. «Une journée
sainte » signifie une journée séparée du péché, par conséquent une journée
pure, absolument irréprochable, toute pure et sans tache. Notre Seigneur
Jésus-Christ a dit à nous tous : « Soyez saints car je suis saint ». 2
Alors, seulement avec une vie pure et irréprochable, chacun de nos jours
séparément, se sanctifie. C’est pour cela que nos pensées doivent être
saintes, nos désirs doivent être saints et pures de sorte que tous les deux
sanctifient nos sens. Une langue sainte et prudente nous est aussi
nécessaire. Nos paroles, nos discussions et nos conseils doivent être saints
et clairs. Lorsque nos paroles et nos actes se caractérisent par la sagesse, la
prudence et la sainteté, notre vie entière de chaque jour est sainte et
parfaite aussi.
« Paisible »
Un chrétien qui a de la paix, s’apaise avec lui-même et avec les autres
aussi. Tout pacificateur s’appelle un vrai enfant de Dieu et il l’est, selon ce
qu’il est dit : « heureux ceux qui font œuvre de paix : ils seront appelés fils
de Dieu ».3 Cependant, le Seigneur encore s’appelle « seigneur de paix »
dans la Sainte Écriture. Par conséquent, là où il y a de la paix et de la
sérénité intérieures et un cœur qui a soif « de la paix qui surpasse toute
intelligence »4, régnera le Seigneur de la paix, notre Seigneur Jésus-Christ.
« Sans péché »
À l’âme qui est parfaite, sainte et paisible, le péché ne pénètre pas, il s’en
fait fuir, comme s’enfuient les ténèbres lorsque la lumière vient.

1

Matt. 6,13.
I Pierre 1,16.
3
Matt. 5,9.
4
Phil. 4,7.
2

271
Pourtant l’impeccabilité est une qualité que Dieu seul possède : « Car Tu
es celui qui seul est impeccable ». Le fait quand même que la Mère Église
demande par la bouche de ses célébrants que notre journée soit « sans
péché », montre comme le péché est haïssable par Dieu. Le péché implique
un châtiment puisque « le salaire du péché, c’est la mort ». 1
De quoi a-t-on besoin pour se sauver des attaques du péché ? De prime
abord et avant tout, l’ATTENTION nous est nécessaire. Attention aux
pensées, à l’intelligence, à l’esprit. Car tous les péchés et les crimes, toutes
les chutes et toutes les passions commencent par la pensée. Si l’on fait
attention et que l’on éloigne la première pensée, la première attaque, la
première mauvaise imagination, on ne va jamais pécher. C’est pour cela
que mon conseil est : « NE PARLE JAMAIS AVEC TON CERVEAU »,
non seulement en ce qui concerne la prière, mais surtout, en ce qui concerne
le péché.
Cependant, étant donné que nous sommes spirituellement faibles et que
la tentation se hâte de nous pousser au péché, on a besoin de l’aide de Dieu.
Hélas à celui qui se croit une âme forte et puissante. Il risque de tomber
dans le péché plus vite. « Que celui qui pense être debout prenne garde de
tomber ! ».2 Qu’on fasse attention donc ! On est tous faibles ! On marche
sur la corde tendue dans cette vie. Seule l’aide de Dieu nous soutient ; c’est
elle qui nous retient.
Il y a des moments effroyables dans la vie de l’homme qui -du point de
vue spirituel- emportent tout et seule l’aide divine du Nom tout-puissant du
Seigneur sauve ceux qui l’invoquent avec une humilité profonde. C’est
pourquoi, prions Dieu jour et nuit que notre journée soit « parfaite, sainte
paisible et sans péché ».
* * *
110. Une fois, à un bourg de la Crète, près des Beaux Ports, vivait un
agriculteur intelligent et cultivé mais qui avait grandi parmi les hérésies
connues de cette époque- là. Il avait pourtant une inquiétude en lui et se
demandait sans arrêt : « Suis-je dans la bonne voie, ou je me trompe et je
me noie dans l’égarement avec ma femme et mes enfants ? Ah ! Mon Dieu !
Envoie un de Tes anges, s’il y en a, pour me guider à ce qu’il faut faire… ».
Et encore : « Ah ! Mon Dieu… ! Ah ! Mon Dieu … ! ». Cela se passait
depuis longtemps.
Une fois, un diacre orthodoxe passa par son vignoble. Il l’a approché et
ils ont commencé une conversation avec plusieurs demandes et réponses.

1
2

Rom. 6,23.
I Cor. 10,12.

272
Le vigneron a été captivé par cette conversation. Le temps a passé et
l’agriculteur a invité le diacre chez lui.
Lorsqu’ils sont arrivés à la maison, le diacre a commencé à parler de la
foi orthodoxe. Toute la famille buvaient ses paroles.
Pendant toute la nuit, il leur parlait du Seigneur, de Son incarnation, du
culte, des saints mystères, de la mort, du royaume des Cieux, du Jugement
de Dieu et de tant d’autres choses de notre foi.
Personne n’a été fatigué. Ils se sont tous rendus captifs par ses paroles
douces comme le miel. Leur cœur s’est réchauffé, le désir pour la vraie foi
s’est allumé. Leurs yeux se sont ouverts, ils se sont éclairés par la lumière
de la foi orthodoxe…
Le matin, ils ont voulu être baptisés, si cela était possible, tous
ensemble. Le diacre n’a pas perdu son temps. Il a pris avec lui le vigneron
et ils sont allés à l’évêque de cette région. L’évêque les a acceptés et il a
demandé au diacre de lui dire qui il était, d’où il était venu et où il allait.
Le diacre s’est mis debout et a répondu :
-- Je viens de Jérusalem. Je suis archidiacre du Grand Archevêque et je
vais à Athènes pour des affaires ecclésiastiques du Grand Archevêque.
Pourtant, comme des vents forts ont prédominé et une tempête s’est levée,
on a mouillé ici, au lieu qu’on appelle Beaux Ports. Je suis donc venu
aujourd’hui auprès de vous pour demander que cet homme et sa famille,
dont j’ai dûment catéchisés tous les membres pendant toute la nuit à la foi
orthodoxe, soient baptisés.
Lorsque l’évêque a entendu qu’il était Archidiacre de la grande Église
du Christ du Patriarcat de Jérusalem, n’a pas demandé autre chose, il a
seulement dit qu’il lui offrira l’hospitalité jusqu’à ce que le temps change,
le priant de participer à la Divine Liturgie des Présanctifiés du lendemain,
qui était vendredi, car c’était la période du saint carême. Il l’a en même
temps assuré que la catéchèse continuerait pour quelques jours encore et
qu’au jour de Pâques il baptiserait l’agriculteur et sa famille.
En fait, le lendemain on a célébré la Divine Liturgie des Présanctifiés.
Lors de la Grande Entrée on a donné au diacre la patène avec le Corps
tout-saint du Seigneur afin de le porter silencieusement.
L’archidiacre étranger l’a reçu mais il tremblait beaucoup. Il a effectué
le transport presque chancelant. Avec beaucoup de pression, une
appréhension et une peur sacrée a-t-il pu entrer dans le sanctuaire.
Tous ont remarqué cela et il leur a fait une grande impression. L’évêque
aussi bien que le prêtre et l’assistance ont vu et ont ressenti que la peur de
l’archidiacre n’était pas une peur ordinaire. Ce comportement mystérieux
et d’un autre monde a continué pendant même la Sainte Communion.

273
Dès la fin de la Divine Liturgie, l’évêque a demandé l’archidiacre s’il
était malade ou s’il souffrait d’une maladie étrange.
L’archidiacre a répondu :
-- Effectivement, Monseigneur, je souffre d’une maladie à laquelle
cependant personne ne peut remédier. Chaque fois que je célèbre la Divine
Mystagogie redoutable et que je prends avec mes mains le tout saint et
précieux Corps de notre Seigneur, Dieu et Sauveur Jésus-Christ, je ressens
que mes forces ne suffissent pas pour une telle lourdeur ; c’est pourquoi, je
ne peux pas marcher librement et fermement, c’est-à-dire sans chanceler de
terreur.
Et il ajouta textuellement :
-- Qui peut, saint Monseigneur, parmi ceux qui connaissent ce qui se
passe lors de la Divine Mystagogie tenir dans ses mains celui qui ne peut
pas du tout être contenu ? La condescendance de notre Seigneur JésusChrist, a continué l’archidiacre, renforçant notre faiblesse, fait que le lourd
devienne léger et l’impossible possible. Heureux donc saint Monseigneur,
celui à qui Dieu a permis d’être au service de ce saint Sacrement lequel
servent les anges des cieux et toutes les armées de la gloire céleste, y
assistant avec terreur.
Lorsqu’il a dit cela, le saint diacre fut agité. Le sanctuaire a tout entier
resplendi d’une lumière céleste. L’archidiacre a aussi resplendi et il s’est
entendu dire d’une voix changée, étrange et céleste :
-- Je suis un des esprits au service, qui sont envoyés « pour exercer un
ministère en faveur de ceux qui doivent hériter du salut ». Je suis l’ange
envoyé au centurion Corneille qui avec toute sa maison étaient pieux et
craignaient Dieu. Il faisait beaucoup d’aumônes au peuple et priait
constamment Dieu. Je suis un ange de l’ordre angélique qui offre les
prières de ceux « qui veulent être sauvés » auprès du trône céleste du
Christ le Sauveur.
Lorsque l’agriculteur qu’on vous a remis hier priait d’être baptisé, tant
lui que sa famille, il demandait à Dieu qu’Il lui désigne la religion correcte
afin d’adorer à son escient le vrai Dieu. Et c’était moi qui avais présenté sa
prière devant Dieu, Qui m’a envoyé le guider à des sentiers droits. Ayant
donc accompli ma mission je retourne chez mes siens.
Quand l’évêque et les participants ont écouté cela, ont été tellement
agités qu’ils sont tombés par terre dans le Sanctuaire, face contre terre.
Pourtant, l’ange leur a dit :
-- N’ayez donc pas peur mais veuillez bénir Dieu et adorez-Le dans les
siècles. Je suis apparu à vous mais je n’ai ni mangé ni bu qu’en apparence.

274
Rien ne s’en est passé. Maintenant, célébrez l’Éternel car je remonte vers
Celui Qui m’a envoyé.
Ils se sont levés, mais ils n’ont vu personne. Ils ont glorifié Dieu et Ses
œuvres admirables car, un ange du Seigneur leur est apparu bien qu’ils
étaient indignes !
L’agriculteur qui assistait à la Liturgie des Présanctifiés du dehors de
l’église, d’une façon étrange et inexplicable, a écouté et a vu par une
fenêtre ouverte, tout ce qui s’est passé et ce que l’ange du Seigneur a dit
par la bouche de l’Archidiacre ; il s’est alors exclamé à haute voix tout en
disant :
-- Dès lors, je connais vraiment que le Seigneur a envoyé son ange afin de
me tirer des ténèbres de l’ignorance. Gloire à toi, Roi, Dieu le tout puissant
et ami des hommes car par la présence de l’ange tu m’as permis, au
pécheur et ex-hérétique que j’étais de m’échapper à la mort du péché, moi,
ainsi que ma famille. Maintenant, Seigneur, illumine mon esprit et mon
cœur afin que je te chante des hymnes tous les jours de ma vie, s’écriant
comme tes anges dans les cieux : « Saint, saint, tu es saint, ô ! Dieu et le
ciel et la terre sont remplis de ta gloire ».
Lorsque l’agriculteur s’est baptisé, on l’ a appelé Serge. 1

 « DEMANDONS AU SEIGNEUR UN ANGE DE PAIX,
GUIDE FIDÈLE, GARDIEN DE NOS ÂMES
ET DE NOS CORPS ».
Par cette pétition nous demandons à Dieu de nous envoyer chaque jour
l’ange gardien qui est le guide de nos âmes et de nos corps. Cet ange
personnel est, en même temps, « un ange de paix et un guide fidèle » à
notre vie. Il nous conduit à l’illumination et à la connaissance divine de la
foi. Il reçoit nos prières et les emmène auprès du trône céleste de notre
Seigneur et Dieu Sauveur, Jésus-Christ. Il nous préserve des « traits
enflammés du Malin lancés avec ruse contre nous » et des tentations de la
vie ; c’est pourquoi, on l’invoque tous les soirs aux petites complies. Il
mène des combats contre le Satan pendant que nous menons le combat
spirituel afin de préserver notre foi et l’intégrité de notre âme. « Ne laisse
pas le démon rusé s’emparer de moi par le moyen de ce corps mortel ;
Fortifie mon bras faible et débile et conduis-moi dans la voie du salut ».
Il offre la paix intérieure à notre âme qui constitue la condition de notre
salut. Il nous aide à accomplir nos devoirs envers Dieu et le prochain. Il
1

notes personnelles de l’auteur

275
nous préserve de la méchanceté humaine. Il envoie des messages à notre
âme, des incitations et des rappels du saint Dieu à notre esprit et notre cœur.
Lors de notre adoption, c’est-à-dire lors de notre baptême au nom du
Père et du Fils et du Saint-Esprit, Dieu nous l’a « alloué » tout comme le roi
assigne des aides de camps à son héritier. Nous aussi, nous sommes les
héritiers de Dieu !
L’ange gardien de notre âme ne s’intéresse qu’à notre salut jusqu’au
dernier moment de notre vie. Si nous, l’on s’éloigne de la grâce de Dieu à
cause de nos œuvres pécheresses, de notre cœur sec et de notre
impénitence, cela veut dire qu’on s’éloigne aussi de notre ange.
Tous les anges sont « des esprits remplissant des fonctions et envoyés en
service pour le bien de ceux qui doivent recevoir en héritage le salut ».1
« Les anges sont « des feux spirituels », des esprits purs, « parfaitement
dotés », capables de contempler Dieu, d’une façon incompréhensible à
notre intelligence, selon même l’affirmation du Seigneur qu’ « aux cieux les
anges se tiennent sans cesse en présence de mon Père qui est aux
cieux… ».2 L’ange gardien est pareil à eux et tout chrétien préservé doit
devenir comme celui-là,3 tout blanc, tout pur… D’ailleurs, « heureux les
cœurs purs : ils verront Dieu ».4
111. Une fois un prêtre observait le ciel avec étonnement et admiration.
-- Pourquoi es-tu tellement empoigné, l’ont demandé ses siens.
Je vois, a-t-il répondu, de divers groupes d’anges, qui font monter
continuellement les demandes des chrétiens auprès du trône du Christ le
Sauveur.
La plupart des pétitions visent à résoudre les nombreux malheurs des
hommes, tels que les maladies, les infirmités, les détresses, la famine, le
chômage etc., d’autres à faire cesser les guerres, les effusions de sang, la
délinquance et toute sorte d’immoralité qui règne dans le monde. D’autres
pétitions encore sont pleines de remerciements envers le Dieu de l’amour,
tandis que certaines d’autres sont pleines de glorifications célestes en
raison de nombreux biens spirituels, offerts d’en haut. Pourtant le groupe
d’anges le plus glorieux et lumineux est celui qui porte les demandes et en
plus les larmes brûlantes du repentir… Celles-ci, montent comme des
perles précieuses, ornant le trône céleste du Seigneur. Il s’agit de ces âmes
bénies qui cherchent premièrement « le royaume de Dieu » à l’aide de la

1

Hébr. 1,14.
Matt. 18,10.
3
Moniale Alexandra « Οἱ ἄγγελοι », p. 217.
4
Matt. 5, 8.
2

276
purification par les passions, de la contrition du cœur, de l’union avec Dieu
par la Sainte Communion et de la rémission de leurs péchés.1
Plusieurs parmi nos demandes qui s’adressent au Dieu très saint par les
anges, concernent souvent des biens plutôt matériels que spirituels. Il est
bon de demander ce qui est nécessaire à notre subsistance, logement et
travail mais il est incomparablement supérieur de demander à Dieu de ne
pas nous manquer le saint culte, la Sainte Communion, la sainte confession,
l’Évangile et le père spirituel-confesseur discret, ayant d’abord demandé le
« royaume de Dieu ».
Cependant, une chose est certaine : nos demandes, ainsi que nos
remerciements ou nos glorifications et nos soupirs, sont montés auprès du
trône de Dieu par l’ange gardien de notre âme.

 « DEMANDONS AU SEIGNEUR LE PARDON ET LA
RÉMISSION DE NOS PÉCHÉS ET DE NOS FAUTES… »
Par cette pétition, nous demandons deux choses : d’une part le pardon et
d’autre part la rémission de nos péchés et de nos fautes.
Il y a une différence entre les termes « pardon » et « rémission ». Le
« pardon » est donné à travers la prière et la sollicitation, tandis que la
« rémission » est offerte seulement par le repentir lors du sacrément de la
Sainte Confession. « Pardon » signifie que Dieu est sympathisant et clément
envers nos petites fautes jusqu’à ce que nous soyons parvenus au
confessionnal, alors que « rémission » signifie « acquittement »,
« absolution », « rétablissement de l’adoption ».
Il y a aussi une différence entre une « faute » et un « péché ». Faute, ne
signifie qu’une simple contravention qui a été faite notamment par
négligence ou même par inadvertance. Une offense à Dieu, mais pas avec
une mauvaise intention, alors que « péché » signifie « mauvaise action »,
« parole blasphématoire », « pensée perverse », « désir malin ». Il constitue
une transgression des commandements divins de l’Évangile, faite, soit par
mauvaise intention, une préméditation, soit par indifférence ou par
insensibilité. C’est l’enfer. D’ailleurs, « le salaire du péché, c’est la mort ».2
« Le péché c’est l’iniquité »3 et « toute iniquité est péché »4 nous informe
l’évangéliste de l’amour dans sa première épître. C’est la force du mal qui
1

2

notes personnelles de l’auteur

Rom. 6,23.
I Jean 3, 4.
4
I Jean 5,17.
3

277
s’insinue en nous. C’est notre contradiction libre et notre rébellion encore à
la voix divine qui s’entend soit en nous, comme une voix de la conscience
protestant contre le mal, soit dans la Sainte Écriture. C’est une action
volontaire de l’homme se dressant contre la volonté du saint Dieu. Tout
homme qui pèche, répète l’action d’Adam et d’Ève. C’est, enfin, la
désobéissance libre et consciente de l’homme qui l’isole de Dieu.
J’ai reçu une lettre qui rapportait ceci :
112. Au début de notre siècle, un prêtre d’une foi peu fervente, lors de la
Divine Liturgie, a fait glisser toutes les parcelles du saint Pain (la partie de
l’agneau et les « mémoires ») de la patène dans le Calice à l’aide de
l’éponge. Il paraît donc, que ses doigts avaient été « éclaboussés » par le
Sang du Seigneur, lorsqu’il faisait tomber la partie de l’agneau dans le
Calice. D’un air distrait et d’une certaine façon indifférente, il a essuyé ses
mains sur sa chasuble.
Il est connu que tout prêtre doit, normalement, se laver les mains au
creuset du Sanctuaire, après les avoir essuyées très attentivement, pour que
la Communion des fidèles s’ensuive.
Lorsque le prêtre a pris avec ses mains le saint Calice et s’est tourné
vers le peuple afin de dire : « Avec crainte de Dieu… », tout effrayés, ils ont
tous vu du sang sur sa chasuble, là où il avait essuyé ses mains !
Tout surpris, les fidèles se sont écriés. Lui, il s’est tourné vers l’Autel, il
a déposé le saint Calice et comme d’un air égaré ne savait pas quoi faire. Il
a aussi ôté sa chasuble et l’a pendue quelque part dans le Sanctuaire…
Pour longtemps, on distinguait le sang sur la chasuble, preuve
irréfutable du Mystère et du sacrifice redoutables de Golgotha. Du sang
écarlate, réel, coagulé, véritable ! …Le Sang du Christ ! …
L’inattention que nous montrons, nous les prêtres, lors de la célébration
des mystères redoutables, ne manifeste que notre impiété et notre manque
de respect.
Seigneur, aie pitié de nous ! » 1
Il est sûr qu’une attention beaucoup plus soutenue est nécessaire lorsque
les fidèles communient. C’est la terreur ! Car, c’est un grand péché, si la
perle précieuse de notre Seigneur ou une goutte même de son sang très
précieux, tombent par terre. Seigneur Jésus-Christ, pardonne-nous, tes
prêtres pécheurs, inattentifs et indignes…
La pire expression du « péché » de l’homme et de son apostasie par
Dieu, c’est sa vie vantarde et orgueilleuse.
Il y a une relation immédiate entre péché et culpabilité. Nous sommes
tellement pécheurs qu’il n’y a personne qui puisse se souvenir du moment
1

notes personnelles de l’auteur

278
où il a commencé à agir de façon pécheresse et maligne. Mais ce n’est pas
seulement ceci. Il y a une situation encore pire. Lorsque l’homme fait son
introspection, avec attention et humilité, il constate qu’il est non seulement
impuissant et faible de pratiquer le bien, mais aussi qu’il vit toujours sous
l’influence d’une force et d’une propension terribles qui l’incitent au mal, à
l’intérêt personnel, à l’égoïsme et à l’orgueil.
Tant la révélation divine que l’histoire de tous les peuples et de toutes les
religions se réfèrent à la culpabilité dont tous les hommes ont conscience,
comme de la réalité la plus dure. L’état pécheur provoque toujours une
agitation dans notre conscience. Lorsque nous péchons volontairement, le
sentiment de la culpabilité occupe souvent un poste fixe en nous. Si, par
hasard, le prêtre célébrant tombe dans des péchés très graves, à cause
desquels il doit se réduire à l’état laïque, comme c’est plus intense le
sentiment de la culpabilité qui l’appesantit à vie ! Un fardeau, impossible à
soulever dans son cœur. Des soupirs et des cris d’angoisse sortent tous les
jours de son cœur irrémédiablement blessé. Les culpabilités se font les
locataires stables de notre âme… mais quelle sorte de locataires ? Des
patrons sataniques, tyranniques, cruels, féroces, inhumains.
Alors, une question se pose : Comment l’homme peut-il s’en libérer ?
La critique faite par la conscience nous attriste, nous fait mal, nous
tourmente, nous met au supplice. C’est pour cela que tout pécheur, par la
bouche de Paul l’apôtre interroge la conscience coupable : « Malheureux
homme que je suis ! Qui me délivrera de ce corps qui appartient à la
mort ? »1
Ceux qui recourent aux psychiatres, aux psychologues, même à des
astrologues, à des sorciers, à des médiums ou à leurs connaissances, leurs
amis et leurs familles, même aux icônes, sont très nombreux surtout en
Amérique et en Europe. Partout où ils se réfugient, il se peut qu’ils s’y
sentent un soulagement temporaire mais pas un adoucissement pour les
culpabilités ! La loi de la conscience est vraiment redoutable et
implacable !
Nul homme ne peut pénétrer aux profondeurs de l’âme d’autrui. Les
médecins peuvent administrer des pilules pour que le malade, étant animé
d’anxiété et de culpabilité, puisse dormir. Cependant, quand il se réveille,
sa culpabilité se réveille aussi avec lui.
Nul n’a ni la force ni l’autorité de pénétrer aux profondeurs de l’être
d’autrui afin qu’il le libère des remords. Ni même le temps qui dompte tout.
Avec le temps qui coule, la douleur s’atténue, la plaie guérit, la tentation et
le malheur s’oublient. Pourtant, le temps ne peut ni guérir, ni éconduire les
1

Rom. 7, 24.

279
remords. Dieu seul le peut. Dieu offre la délivrance et la rédemption par la
Confession et le Repentir, à travers l’étole du père spirituel.
La possibilité de la rémission et de la rédemption existe justement parce
qu’il y a eu et il y a l’œuvre du Dessein Divin pour notre salut. Dieu s’est
fait homme, a souffert, a été crucifié, est mis au Tombeau, est ressuscité,
s’est enlevé au ciel dans Sa gloire et a fondé l’Église par Son Sang très
précieux. De cette façon, l’homme est délivré et sauvé à travers l’Église et
les très saints mystères…
113. Le saint moine Paul le Simple est allé visiter un monastère. C’était
dimanche. Les moines se ramassaient dans l’église pour participer à la
liturgie. Saint Paul est resté debout dans un coin et de là il regardait les
moines qui entraient dans l’église, un par un. Il avait le don par Dieu de
voir dans les âmes des hommes.
La plupart des moines avaient un visage gai, ce qui montrait
immédiatement leur état d’âme. Chacun avait son ange gardien auprès de
lui qui resplendissait lui aussi de joie. Tout cela montrait une sainteté et un
progrès dans la vie des vertus. L’abbé Paul, voyant tout cela, rendait
grâces à Dieu de tout son cœur.
Un autre moine est à la fin arrivé en retard. Il était différent. Il avait le
visage obscur et féroce. Il était agité. Plusieurs démons l’accompagnaient
essayant chacun de l’attirer vers sa part ; Ils lui bombardaient tous les
oreilles, l’intelligence, le cœur. Lui, le pauvre, avait l’air égaré. Son ange
l’accompagnait ayant l’air chagrin, sa tête baissée. Quelque chose
l’empêchait de s’approcher de lui.
Le saint a exhalé un profond soupir. Il a pleuré avec compassion pour
l’âme tourmentée du frère et a commencé à prier avec sa corde à nœuds.
La Divine Liturgie a pris fin. Les moines, dans l’ordre ont commencé à
sortir. Le saint voyait de nouveau. Maintenant, ils se montraient plus
lumineux. Leurs anges étaient plus splendides ! L’abbé Paul ne s’est pas du
tout déplacé. Il s’attendait à voir l’autre moine pour lequel il avait prié lors
de la Divine Liturgie.
Peu de temps après, il s’est enfin montré. Mais quel changement ! Son
aspect resplendissait ! Les esprits malins avaient disparu. L’ange gardien
le couvrait avec ses ailes. Comme il se montrait content maintenant !
Comme il était lumineux !
-- « Gloire à Dieu », le saint a laissé échapper involontairement par sa
bouche.
Les frères se sont retournés avec perplexité. Alors, il leur a décelé, ce
qu’il avait vu ce matin-là dans l’église. Après, il a forcé le frère de leur

280
dire avec quelle humeur il est allé à la liturgie et comment il en sortait.
Certes, celui-là n’a pas hésité de faire une confession publique :
-- Jusqu’aujourd’hui, je passais mes jours faisant preuve de négligence.
Mes passions s’étaient multipliées. Les pensées allaient bon train dans mon
cœur. Mon esprit était confus… Pourtant, aujourd’hui Dieu a eu pitié de
moi ! J’ai écouté une incitation lors de la lecture du texte prophétique :
« Lavez-vous, purifiez-vous, ôtez de ma vue vos actions mauvaises, cessez
de faire le mal. Apprenez à faire le bien, recherchez la justice, mettez au
pas l’exacteur, faites droit à l’orphelin, prenez la défense de la veuve.
Venez et discutons, dit le Seigneur. Si vos péchés sont comme l’écarlate
(c’est-à-dire des péchés écarlates à cause des dispositions et des actions
meurtrières), ils deviendront blancs comme la neige ». 1
Mon cœur fut contrit… mes yeux sont remplis de larmes. Je me suis
agenouillé et j’ai demandé à Dieu de faire miséricorde, comme le fils
prodigue : « Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi… », comme le
larron, « Seigneur, souviens-toi de moi, quand tu viendras dans ton
royaume… », comme le publicain, « Ô ! Dieu, sois apaisé envers moi,
pécheur… », comme le lépreux, « Jésus, Maître, aie pitié de moi… »
comme l’aveugle, « Fils de David, Jésus, aie pitié de moi » !
Je me suis levé soulagé du fardeau des culpabilités et j’ai pris la
décision de ne plus pécher et de me confesser immédiatement…
Le saint moine Paul et les autres moines ont admiré cette confession et
ont dit :
-- En fait, la valeur du repentir, de la décision de l’homme de ne plus
pécher, est incalculable. 2
Voilà donc pourquoi on crie et l’on demande « la rémission de nos péchés».

 « DEMANDONS AU SEIGNEUR CE QUI EST BON ET
UTILE À NOS ÂMES, AINSI QUE LA PAIX POUR LE
MONDE ».
Cette demande comporte deux parties. La première : « Demandons au
Seigneur ce qui est bon et utile à nos âmes » et la seconde : « la paix
pour le monde ».
La plupart d’entre nous, les chrétiens orthodoxes grecs d’aujourd’hui, ne
savent pas ce qu’ils demandent. À notre époque, aussi matérialiste
qu’athée, nous ne pensons à rien d’autre qu’aux plaisirs de la chair, à la
gloire et à la force du pouvoir, aux honneurs, au repos du corps, à la belle
1
2

Is. 1, 16-18.
Théodora Khambáki, Supérieure, « Γεροντικὸν », p. 140

281
vie, au gain facile. De cette façon nous arrivons à la dureté du cœur, à la
cruauté, à l’indifférence, au renversement des valeurs morales et l’on oublie
ce qui est plus essentiel : « Quel avantage l’homme a-t-il à gagner le monde
entier, s’il le paie de sa vie ? »1 Pourtant, l’histoire a prouvé que ces
préoccupations utilitaires se sont faites la cause de la perdition, de la ruine
irrémédiable de l’homme et de son châtiment éternel. Il n’y a qu’un seul
intérêt : ce qui est utile à notre âme et notre confiance absolue au Dieu toutsaint.
La deuxième partie de la demande met l’accent sur ce que nous devons
avoir le cœur en paix, en chassant le péché par là, ce qui est la meilleure
façon pour parvenir à ses plus hautes fins, c’est-à-dire à la vie spirituelle en
Christ, le seul intérêt de notre âme.
Voulez-vous entendre ce que les gens désirent à nos jours ?
114. Quelques années auparavant, une dame relativement jeune venait à
l’église de la sainte Barbe et y allumait des cierges aussi grands qu’elle !
Une fois elle m’a dit : « Père, s’il vous plaît, pourriez-vous faire une
paraclisis à la sainte Barbe que j’adore pour que je me sépare de mon
époux et me marie avec mon amant…!
Vous vous rendez compte… de la réponse qu’elle a reçue !
Pensez-y donc ! Elle voulait que le Dieu tout Saint veuille contribuer à
son adultère et à son divorce ! Qui ? Le Seigneur tout immaculé, celui qui
ordonne : « Que l’homme donc ne sépare pas ce que Dieu a uni ».2 Allons
donc ! Elle trompait son malheureux mari et elle exigeait le secours de la
Sainte Barbe et de Dieu afin de parvenir à ses fins illicites ! En plus, elle
avait deux enfants !
Deuxième exemple :
115. Une dame a voulu, il y a quelques années, m’offrir un sac de billets
de mille drachmes ! Me disant en même temps : « Prends autant de millions
que tu veux (pour que je persuade Dieu), parce que tu as de bonnes
relations avec Lui !». Elle m’a parlé ainsi ! Qu’Il délie les charmes que son
amant malheureux a subis et il l’a abandonnée – et qui était en plus marié
– afin de courir de nouveau dans ses bras, après qu’il divorce sa femme
avec laquelle il avait eu trois enfants !
Pensez-y ! Quelle témérité et quelle malhonnêteté de la pire espèce !
Vouloir utiliser les prêtres à leurs illégalités voire les racheter ! C’est bien
tragique !
Voici maintenant un cas parmi bien d’autres qui en existent :

1
2

Marc 8, 36.
Marc 10, 9.

282
116. Quelqu’un est venu, il y a quelques années et m’a demandé prier
Dieu de mettre son voisin en prison car, il l’avait désavantagé, congédiant
son fils qui était marié et père de famille. Délirant de fureur, il m’a dit :
« Mon père, fais ta prière pour que Dieu le mette en prison afin que je ne le
tue pas et que je ne sois pas moi-même mis en prison » !
Ô ! Quelle incohérence lamentable ! Tous les pères spirituels peuvent
rapporter des cas pareils.
Il y a aussi une mentalité fausse. Il y en a plusieurs qui ont l’habitude de
dire : « Je ne veux pas qu’il lui arrive un malheur mais que ses enfants
souffrent le martyre comme moi » ou « Que Dieu le fasse souffrir comme
celui-là m’a fait souffrir ». Malheureusement on parle de cette façon lors
de la sainte confession ! Cela est nuisible à l’âme et s’appelle
« malédiction gentille ». Tous ces gens-là oublient que Christ sur la Croix
n’a pas demandé le châtiment de ses bourreaux mais il a prié son père
céleste de leur pardonner.
117. Une fois, saint André, le fou pour le Christ, longtemps avant qu’il
commence sa mission étrange dans le monde, alors qu’il priait pendant
toute la nuit, il est tombé en extase et il s’est trouvé dans les palais royaux
célestes…
Le Roi céleste l’a appelé et lui a dit :
-- Est-ce que tu veux être au service de moi et que je te nomme dignitaire
semblable à ceux de mon palais ?
--Y a-t-il quelqu’un, Monseigneur, qui ne veuille pas son bien ? a-t-il
répondu. En tout cas, moi, je le désire bien.
-- Si tu le désires donc, déguste la saveur de mon royaume.
En même temps, il lui a offert quelque chose à boire. Il ressemblait à la
neige et il était tellement délicieux et savoureux que personne ne peut s’en
imaginer. Lorsqu’il en a bu, il dit :
--Donne moi encore, s’il te plaît, car à peine l’ai-je bu qu’il a commencé
à sentir bon comme un arôme divin.
Celui-là lui a donné un deuxième qui avait l’aspect d’un coing. Pourtant
ceci était plus acide et plus amer que l’absinthe. Lorsque le saint moine
André l’a bu, il s’est rendu très amer, a été désespéré et a oublié la saveur
merveilleuse précédente.
Le voyant triste, le roi lui a dit :
--Vois-tu que tu ne peux pas supporter l’amertume de la boisson ou de la
nourriture ? Je t’ai donné à comprendre la façon la plus parfaite dont on
peut me servir. Celui-ci est exactement « le chemin resserré qui mène à la
vie ».

283
--Cela me paraît amer, Monseigneur. Qui peut te servir en mangeant et
en buvant ce poison ?
--Tu te souviens de l’amer, a répondu le Roi. Tu as oublié le doux ! Ne
t’avais-je pas offert le doux avant l’amer ?
--Si, Monseigneur, mais Tu m’as dit que le chemin resserré est amer.
Non, loin de là ! Ce chemin se trouve entre l’amer et le doux. Les peines,
les efforts et la fatigue pour la vertu sont l’amer, tandis que la fraîcheur
spirituelle, le repos et la consolation que ma bonté offre à ceux qui
s’attristent, endurent et souffrent le martyr en faveur de moi, sont le doux et
le savoureux. Donc, je n’offre pas seulement l’amer, ni seulement le doux
mais tantôt l’un, tantôt l’autre. L’un succède à l’autre. Si tu veux donc être
au service de moi, déclare-le pour que j’en sois au courant.
--Donne-moi pour en goûter une fois de plus et je te dis après, Lui a
répondu le bienheureux.
--Celui-là lui a donné d’abord l’amer. Alors, saint André, tout amer a
dit :
Je ne peux pas te servir et manger de cela. C’est amer et insupportable.
Le Roi a souri et tout en sortant de Sa poitrine quelque chose qui fleurait
bon, lui a dit :
Prends-en et mange pour oublier tout.
En fait, il en a pris et il l’a mangé. Pour bien du temps il ressentait un
plaisir spirituel d’une telle douceur et joie, d’une telle allégresse et
béatitude qu’il était tombé en extase. Il pensait qu’il vivait dans un effluve,
une gloire et une splendeur intenses et dans une allégresse divine.
Lorsqu’il était revenu à soi il s’est jeté aux pieds du Grand Roi céleste et
le priait :
--Aie pitié de moi, le Bon Maître et veuille agréer de te servir car j’ai
effectivement compris que ton service est très agréable ».
--Crois-moi, lui a dit Celui-là, que de mes richesses celle-ci est la plus
insignifiante ! … Il est sûr que tu vas maintenant retourner au monde… Si
tu me sers correctement et avec dévouement lors du reste de ta vie, TOUT
ce que j’ai, sera à toi ! Tu deviendras héritier de mon royaume ! « Tout ce
que j’ai, est à toi ».
Le Roi a ainsi parlé et l’a laissé partir. Immédiatement saint André est
revenu à soi et au fil du temps il s’est très bien aperçu du sens de l’appel
divin et de la révélation de la façon dont il doit Le servir pour le reste de sa
vie. 1

1

Saint Monastère Paraclítou, « Ὁ ὅσιος Ἀνδρέας, ὁ διὰ Χριστὸν σαλὸς», p. 31.

284
 « DEMANDONS AU SEIGNEUR D’ACHEVER LE RESTE
DE NOTRE VIE DANS LA PAIX
ET LA PÉNITENCE ».
Étouffés par l’angoisse et les soins de la vie, ainsi que par toute sorte de
jouissances mondaines et pécheresses, on ne comprend pas que le temps de
notre vie passe. Ainsi l’on gâche son temps et l’on vit avec indifférence et
insensibilité. On pense qu’on ne mourra pas. On ne veut pas croire que l’on
va mourir. On ne veut pas mourir !
Il y en a des gens, voire la plupart parmi eux, qui voient que leur vie
s’écoule et en ont de l’inquiétude. Pourtant, ils s’inquiètent d’une façon
mondaine. Malheureusement, nos désirs, bien que naturels, ils sont bas. Par
exemple, on veut vivre afin de voir ses enfants se marier, afin de se réjouir
de ses arrière-petits-enfants ou les voir obtenir leurs maîtrises. Tantôt l’on
veut vivre jusqu’à ce que sa maison ou sa maison de campagne s’achève ou
que son entreprise ou son magasin agrandit. Que nous ayons acheté une
nouvelle auto, quelques terres, même un yacht ! C’est-à-dire on n’a pas
d’inquiétudes spirituelles ou métaphysiques. Nos préoccupations sont
pauvres, mondaines, terrestres.
Cependant, Dieu exige de notre part : « Cherchez d’abord le royaume et
la justice de Dieu et tout cela vous sera donné par surcroît ».1 Dieu se
soucie de tout ce qui nous est nécessaire ou essentiel et doit être arrangé. Si
l’on cherche le royaume et la justice de Dieu, Dieu satisfera exactement ce
qui est bienfaisant pour notre bon état d’âme.
La paix est le fruit de l’Esprit saint, elle est la sérénité et la placidité de la
conscience. C’est pour cela que le bonheur de l’homme dépend notamment
du témoignage de sa conscience. Dans quelle mesure il peut dormir
innocemment, tranquillement, calmement. La paix, aussi bien que les autres
fruits de l’Esprit saint, crée au cœur du chrétien, le paradis, le royaume de
Dieu.
Pourtant on est des hommes. Si l’homme, moi le premier, pèche et
tombe, il perdra la paix. Cette paix qu’on a perdue à cause de la chute et du
péché, ne peut-on pas la récupérer ? Mais certainement ! Si ! On peut la
reprendre malgré nos chutes continuelles et nos erreurs qu’elles soient
petites ou grandes !
Le moyen par lequel tout homme pécheur peut retrouver la paix perdue
est le repentir. On a péché ? Il ne faut pas désespérer. On court
immédiatement auprès du père spirituel, on se jette à ses pieds et l’on
demande le pardon et la miséricorde divine. Pourtant on doit se trouver
1

Matt. 6, 33.

285
dans une situation de repentir non seulement quand on se confesse mais
toujours, tous les jours, tout le temps, sans arrêt. Le repentir doit nous
accompagner lors de toute notre vie. Car il n’y pas un jour – que dis-je –
pas un moment durant lequel l’homme ne pèche pas ! Il se peut qu’on ne
pèche pas pratiquement mais on pèche sans aucun doute par sa pensée, son
intention, son désir, son esprit et ses sens. Nul n’est purifié de la souillure,
de l’impureté et de la malpropreté du péché, même si sa vie ne dure qu’un
jour, dit la sainte Écriture par la bouche de Job. « Qui fera sortir le pur de
l’impur ? Personne. Si par toi ses jours sont fixés – le nombre de ses mois –
si tu en as marqué le terme qu’il ne saurait franchir … »1
« DEMANDONS AU
SEIGNEUR UNE FIN DE VIE CHRÉTIENNE. SANS
DOULEUR. SANS HONTE. PAISIBLE ET UNE DÉFENSE
VALABLE DEVANT LE REDOUTABLE TRIBUNAL DU
CHRIST ».
Tout chrétien qui passe sa vie participant à l’expérience liturgique de
l’Église envisage l’avenir avec confiance. Il n’a pas peur d’envisager le
dernier moment de sa vie terrestre. Il s’est purifié par le moyen du repentir
et il prend l’avant-goût du royaume des Cieux par la Sainte Communion. Il
prie Dieu de ne pas perdre ce dont il a l’avant-goût. « Il sait qu’après le
repentir, il y a une période pleine de joie et d’allégresse. La joie de son
cœur, la sérénité de sa conscience se moquent de la mort, la méprisent et
l’Hadès ne s’empare pas de lui, car cette joie-là ne finit jamais ».2
Pour ceux qui se sont repentis, la mort est le commencement d’une
nouvelle vie éternelle ; c’est-à-dire, la mort devient le profit, la couronne et
la gloire du royaume de Dieu.
Saint Ignace écrit aux fidèles de Rome tout en marchant vers le
martyre : « L’heure de ma mise au monde est arrivée. L’heure de ma
naissance est proche ; pour cela, pardonnez-moi, frères. Ne m’empêchez
pas de vivre, ne souhaitez pas que mon âme meure. Laissez-moi recevoir de
la pure lumière. Aussitôt que j’arriverai là-haut, auprès de mon Dieu, je
deviendrai un vrai homme. Je veux être broyé par les dents des fauves tout
comme le blé est moulu par les meules».3 Par cela, saint Ignace veut nous
dire que ce qu’on appelle la vie n’est que la mort tandis que ladite mort
1

Job 14, 4-5.
Saint Siméon le nouveau théologien, «Φιλοκαλία τῶν Νηπτικῶν καὶ ἀσκητικῶν», Εὐχὴ
μυστική, τομ. 19Ε, p. 39.
3
Saint Ignace le Théophore, «Ἐπιστολὴ πρὸς Ρωμαίους», ΒΕΠΕΣ 2, 275.
2

286
nous conduit à la vie, à la vie éternelle, à la vraie vie, ce qui s’explique dans
l’histoire réelle qui suit :
118. Dans un village du nome de Drama, il y a une habitude pieuse,
suivant laquelle, la nuit de la Résurrection et dès la fin de la Divine
Liturgie pascale, les chrétiens vont au cimetière pour allumer les veilleuses
de leurs proches. Par cet acte, ils déclarent qu’un jour, leurs morts
ressusciteront afin d’être jugés au Deuxième Avènement du Christ. De cette
façon, les lampes à huile allumées sur toutes les tombes du cimetière,
montrent la résurrection future des morts.
Une jeune fille, il y a plusieurs années, est allée, elle aussi avec
quelques-uns de son village, allumer la lampe à huile de sa grand-mère qui
était morte, il y avait quelques jours. Tout en l’allumant, elle chanta aussi
« Le Christ est ressuscité ».
Soudain, pleine de surprise et d’admiration, elle vοit ressusciter les
morts, en tenues toutes blanches et être accompagnés vers les cieux par des
milliers d’anges. La création environnante aussi, a été baignée d’une
profusion de lumière toute splendide… d’une lumière toute blanche, plus
blanche que celle du soleil. En même temps s’entendaient des myriades de
chants d’anges incompréhensibles, qui la faisaient enivrer littéralement
par leur douceur.
Cette vision, cette expérience a duré jusqu’à ce qu’elle ait ressenti de
fortes bourrades sur son épaule et qu’ elle soit revenue à soi. Ses parents
étaient venus la chercher avec inquiétude et anxiété à cause de son retard
prolongé.
Elle-même m’a raconté tout cela, comme moniale, quelques jours avant
sa mort.1
* * *
Aussitôt que la demande « demandons au Seigneur une fin de vie
chrétienne » est écoutée, la plupart des assistants fidèles, même les prêtres
qui la prononcent, se signent. Cela montre comment elle est importante
pour notre salut.
Cette demande nous rappelle la mort, notre fin de vie. Se souvenir du
moment de sa mort, penser à la mort est bienfaisante à l’homme. « Quoique
que tu fasses, souviens-toi de la fin et jamais tu ne pécheras »2 nous certifie
la sainte Écriture. Même saint Antoine avait cela comme slogan.
Le souvenir de la fin de cette vie est un remède salutaire. Si le chrétien
pense du matin au soir qu’il se peut qu’il meure aujourd’hui ou cette nuit
pendant qu’il dort, il ne va certainement pas pécher, du moins
1
2

notes personnelles de l’auteur
L’Ecclésiastique 7, 36.

287
volontairement. Il passera sa journée avec bonté, patience, avec de bonnes
œuvres, jeûne et patience, tout en travaillant avec honnêteté et constance,
où qu’il soit.
Saint Jean de l’ Échelle dit que « comme le pain est plus nécessaire de
toute autre nourriture, le souvenir de la mort est plus nécessaire de tout
autre travail spirituel »1 ce qui est vraiment correct car il se rapporte au
salut de notre âme.
Même le roi Philippe de Macédoine cultivait le souvenir de la mort. Il
avait ordonné un soldat de se présenter devant lui, matin, après-midi et soir
avant le repas et de lui dire : « Philippe, souviens-toi que tu es mortel »,
c’est-à-dire « Philippe n’oublie pas que tu es un homme, que tu mourras ».
Pourquoi nous, les chrétiens, nous ne le faisons pas, puisqu’il est plus que
sûr qu’un jour nous allons mourir ?
119. En plus, voyons la fin de la vie d’un ancien, du père Arsène qui était
prêtre et père spirituel.
Dès que son novice, le père Nicolas, est mort, il n’est pas resté seul. Bien
des moines ont accouru auprès de lui et ont essayé de vivre avec lui. À ceux
qui ne supportaient pas la dureté de son grand combat ascétique, il disait à
peu près ceci :
Mes chers enfants, pour quelle raison vous inquiétez-vous ? À quoi vous
ai-je contraint ? En cas où vous êtes contrariés à cause du travail excessif,
que chacun de vous reste dans sa cellule avec beaucoup de prière et
quiétude. Cependant, n’oubliez pas de faire votre pénitence et d’aller à
l’office dans l’église. Faites des offices nocturnes. Occupez-vous de la
notion de Dieu, de la mort et du Jugement Dernier, de l’Enfer et du
Paradis et de la prière du cœur incessante. Luttez de toutes vos forces de
purifier l’homme intérieur et n’acceptez ni pour un moment, aucune
attaque du malin. Confessez sincèrement toutes vos pensées. Ne les cachez
pas pour que le malin ne vous supplante pas. Les paroles, les pensées, les
souvenirs, ne doivent aspirer qu’au même objectif : à la réalisation de la
volonté de Dieu, à la sainte obédience. Implantez dans vos cœurs le
souvenir de la mort car on passe à travers plusieurs pièges. Celui qui
chaque jour supprime son orgeuil aura une fin de vie chrétienne et vivra
dans les siècles.
Il disait toutes ces paroles et tant d’autres, utiles et bienfaisantes à ceux
qui l’approchaient.
En l’an 1845, le 4 juillet, L’ancien Arsène s’est décidé à aller à la fête
du Monastère de Lavra, en l’honneur de saint Athanase l’Athonite. Dès
1

Saint Jean le Sinaïte « Κλῖμαξ », Homélie 6, «Περὶ μνήμης θανάτου», p. 134.

288
qu’il a fini la Liturgie matinale, il a pris le chemin qui encercle l’Athos et
est arrivé à Lavra juste avant la vigile.
Là, il restait debout pendant toute l’office nocturne et la Liturgie qui ont
duré seize heures. Il n’est pas allé au réfectoire, il a pris seulement du pain
et puis le chemin du retour. Ὰ l’heure exacte des complies il se trouvait
déjà dans sa cellule.
Tous s’en étaient étonnés. Un jeune homme a besoin de trois jours et
celui-ci, un vieil homme âgé de soixante-dix ans, aux jambes maladives, est
resté debout pendant seize heures et a fait un itinéraire tellement long, en
un jour et demi ! Plus tard on l’a interrogé :
--Ancien, comment avez-vous pu retourner tellement vite, puisque le
chemin traverse tant de montagnes et a tant de pierres pointues, de rocs et
de sentiers difficiles, voire après une veillée qui a duré toute la nuit ?
-- « Ma jeunesse s’est renouvelée comme l’aigle ». Non parce que je suis
capable de faire cela, mais grâce à Dieu, a-t-il répondu.
Au début de 1846 il a semblé que la mort du ancien Arsène approchait.
Ses jambes ont tellement empiré qu’il ne pouvait plus ni travailler ni
marcher. Cependant, il célébrait la liturgie lors du grand Carême quatre
fois par semaine c’est-à-dire le dimanche, le mercredi, le vendredi et le
samedi mais en s’y donnant beaucoup de mal.
Le samedi de la 5e semaine du Carême la rumeur s’est répandue sur tout
le Mont Athos que L’ancien était malade. Dimanche matin du 24 mars, ses
enfants spirituels s’y sont rassemblés pour recevoir sa bénédiction. Ils l’ont
demandé :
--À vrai dire, père, tu n’as pas peur de boire la coupe de la mort ? Tu
n’es pas horrifié et tu ne crains pas pour ton plaidoyer devant le juste
Juge ? TU AS ÉTÉ PÈRE SPIRITUEL, IL Y A TRENTE ANS ! Tu n’as pas
peur ?
L’ ancien les a regardés d’un air joyeux et a dit :
--Je n’éprouve pas de la terreur, mais mon cœur déborde d’une joie
immense et j’espère que notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ
miséricordieux ne me quittera pas bien que mes œuvres ne soient pas
bonnes. Est-ce que j’ai quelque chose pour m’en vanter autre que mes
faiblesses ? De mon plein gré je n’ai fait aucun bienfait et si j’ai fait
quelques fois le bien, c’était grâce à Dieu, c’était Lui qui l’a voulu :
j’avance donc vers le lever du jour éternel et ma joie est grande. J’ai la
paix en moi, tandis que le repos et une allégresse divine règnent sur tous
mes membres. J’attends mes anges sous peu…
À vrai dire, lesquels des pères spirituels et prêtres d’aujourd’hui
pourraient dire les mêmes paroles avec une telle franchise ?

289
Il a demandé après que tous ses enfants spirituels passent auprès de lui
un par un. Il leur a pardonné et leur a demandé pardon, il a donné une
dernière bénédiction et prédication à chacun séparément en ce qui
concerne le lieu et le mode de vie, puis il a demandé que tous s’éloignent.
Lui, il a commencé à prier mais il n’était pas possible d’écouter ce qu’il
disait. Il a levé ses mains vers les cieux trois fois. Le lieu a resplendi et les
pères se sont agenouillés… se sont signés et voyaient avec effroi… Un
effluve très doux a commencé à se répandre partout.
L’ancien a baissé ses mains, s’est signé et puis les a croisées… Une
tranquillité étrange s’est étendue tout autour, une sérénité inexprimable.
Les moines se sont approchés de lui et ont vu que le visage du ancien
Arsène resplendissait… Son âme sainte s’était rendue entre les mains du
Seigneur, qu’il a tant aimé dès son enfance et pour qui il avait desséché
son corps.
Celle-ci a été « la fin de vie chrétienne » d’un combattant de la foi « sans
douleur, sans honte, paisible ». Que notre fin de vie soit pareille.1
Telles sont les morts des hommes saints. Par opposition aux fins de vie
d’une multitude de saints, la fin de vie de Judas l’Iscariote n’était ni sans
douleur, ni sans honte, ni paisible. En plus, bien que Dieu lui ait permis de
devenir disciple du Christ, d’écouter son enseignement superbe, de voir ses
miracles, d’avoir des preuves de sa Divinité, la passion de l’avarice s’est
emparé de lui, il a trahi son Maître et Seigneur, « se retira et alla se
pendre».2 « Il est tombé en avant, s’est ouvert par le milieu et ses entrailles
se sont toutes répandues ».3 La corde n’a pas pu le retenir, la branche de l’
arbre s’est cassée et lui, il est tombé par terre. Ses viscères se sont alors
répandus tout autour … Ni la terre même ne l’a reçu !
L’attention donc, nous est nécessaire dans la vie. Car, le malheur se plaît
à la surprise ! Le dernier moment de notre vie est redoutable.
120. Un prêtre pieux m’a raconté d’un curé, qui malheureusement était
très inattentif lorsqu’il célébrait l’Office divin. Il était tellement inattentif
que les miettes du Saint Corps et les gouttes du très saint Sang de notre
Seigneur s’éparpillaient ça et là lorsqu’il communiait lui-même ou il faisait
communier les fidèles. Justifiant son inattention, il disait de façon
caractéristique : « Tiens ! Ce n’est pas le bout du monde ! Il ne s’agit que
du pain et du vin ! »
Pourtant, Dieu qui « veut que tous les gens se sauvent et connaissent la
vérité » a fait qu’il ait mâché des chairs ensanglantées lorsqu’il est tombé
1

Monastère Xiropotámou, revue « Ἁγιορείτικη μαρτυρία », fasc. 16-17, p. 111.
Matt. 27, 5.
3
Actes 1, 18.
2

290
malade et que son collègue l’a fait communier ! Il les a crachées avec
horreur et a crié avec rudesse :
-- Tu te moques de moi ? Tu essaies de me tromper avec de la viande ?
Son collègue s’est penché jusqu’au sol et a ramassé avec sa bouche la
parcelle du Saint Corps du Seigneur. Dès qu’il a mangé la sainte parcelle,
il s’est levé et avec souffrance lui a dit :
--Je souhaite que tu te remettes avant qu’il soit tard pour le salut de ton
âme. Ce que je t’ai donné n’était que du vrai Corps mélangé au Sang de
Jésus-Christ desséchés dès le jeudi saint et pris par le grand ciboire.
Il a conclué tout en lui demandant :
-- Veux-tu que je revienne ?
-- Non, a-t-il répondu d’une voix mourante mais à nouveau avec rudesse.
Malheureusement il est mort cette nuit-là… et il est mort impénitent ! 1
Voici une leçon amère, chers pères, frères en Christ et concélébrants, sur
CELUI qu’on rompt et l’on mange lorsqu’on célèbre le saint Sacrement.
121. Une fois, mon ancien m’avait raconté l’événement suivant qui s’est
passé à une skite.
Un prêtre agiorite qui était aussi confesseur et père spirituel, était
gravement malade. Un certain midi, son novice qui voyait que son état
empirait, lui a demandé :
Est-ce que tu veux que je t’apporte le père spirituel pour te confesser et
communier après ?
Celui-là après avoir jeté pour un moment un regard à son novice, s’est
penché à côté et a craché par terre. Voyant sa salive sur le sol et en
constatant ainsi qu’il est encore vivant, il a répondu :
-- Non !
Son novice est parti tout en disant « Que ça soit béni » en laissant la
porte de la cellule de son ancien ouverte. Il n’a pas eu le temps de sortir de
la cellule pour descendre à la cour et il entend des cris par son ancien. Il
court dedans et l’entend dire avec une angoisse redoutable :
-- Je n’étais pas digne d’être prêtre ! Je n’en étais pas digne…
Et il a rendu l’âme… 2
Voici encore une autre leçon douloureuse…
Ces événements sont un avertissement clair à tous les chrétiens mais en
particulier aux Ministres du Très-Haut de n’importe quel rang. Pour ne pas
perdre son assurance devant le saint Autel lorsqu’on célèbre et pour que sa
fin de vie soit « sans douleur, sans honte, paisible » avec une « défense
1

notes personnelles de l’auteur

2

notes personnelles de l’auteur

291
valable » on doit se repentir quotidiennement et se confesser souvent. Le
malin s’efforce de récupérer ces derniers moments, non seulement des
prêtres mais aussi des simples chrétiens. Les amis et la parentèle qui
encerclent le malade au lit de douleur, au lieu de le préparer au voyage dans
l’éternité, à la mort et au jugement de Dieu, souvent se font les instruments
du diable, ne laissant pas le prêtre s’approcher pour le confesser et le faire
communier. Par conséquent, le pauvre patient risque de perdre son âme.
Cependant, le chrétien qui n’attend pas ses derniers moments pour être
préparé à l’heure de la mort, est toujours de prime abord prêt avec l’aide :
 Des veillées, du jeûne et de la prière,
 de l’observance des très saints commandements évangéliques,
 de sa participation attentive aux très saints mystères,
 de son indulgence envers tous,
 de la patience sans se plaindre,
 de l’attention aux pensées et aux paroles,
 du fait surtout d’éviter la réprobation,
 du souvenir de la mort selon la volonté de Dieu et du deuil spirituel,
 de l’aumône et de l’amour pratiqué envers les ennemis,
 de tout le reste que le Seigneur ordonne dans Son Évangile et Sa sainte
Église.
Tout chrétien qui se caractérise par sa dévotion et sa vie vertueuse, est
prêt lors de ses derniers instants. Il les passe dans l’espérance certaine que
la miséricorde infinie du saint Dieu le protégera, lui fermera les yeux en
paix… Quelle bénédiction, mon Dieu ! …Quelle bénédiction !
Je souhaite que le Seigneur ami des hommes, ait pitié de nous, pour
qu’avec l’aide des anges nous ayons une fin de vie « sans douleur, sans
honte, paisible… », sans occasions de chute, victorieuse !

292

5. RITES ET PRIÈRE DE L’OFFRANDE
Par la suite des demandes de la Litanie de l’offertoire, le prêtre lit à mivoix la prière de l’offrande :
« Seigneur, Dieu tout puissant, toi, le seul saint, toi qui reçois le
sacrifice de louange de ceux qui t’invoquent de tout leur cœur, accepte
aussi notre prière des pécheurs et fais-la parvenir à ton saint Autel ;
rends-nous aptes à t’offrir des dons et des sacrifices spirituels pour nos
propres péchés et pour les défaillances du peuple. Et rends-nous dignes
de trouver grâce devant toi afin que notre sacrifice te soit agréable et
que ton Esprit de grâce, ton Esprit bon, vienne demeurer sur nous et
sur ces Dons que nous te présentons, ainsi que sur tout ton peuple.
Puis à haute voix : Par les miséricordes de ton Fils unique avec lequel
tu es béni ainsi que ton très saint, bon et vivifiant Esprit, maintenant et
toujours et dans les siècles des siècles.
Le peuple : Amen.
« Cette prière secrète se rapporte à quatre sujets :
Premier : le prêtre célébrant confesse l’Omnipotence et la Sainteté de
Dieu. Dieu est le seul tout puissant, le seul prédominant, le seul saint. Il
est le Père, le Créateur du monde.
Deuxième : il prie que le Seigneur Dieu accepte les demandes de toute
l’assistance.
Troisième : qu’il fasse que tous les prêtres soient capables de célébrer
TANT pour eux-mêmes QUE pour le peuple.
Quatrième : que le sacrifice de l’Église soit reçu et que le Saint- Esprit
couvre de son ombre les prêtres célébrants ainsi que les Saints Dons et le
peuple ».1
Par la prière de l’offrande, on demande, nous les prêtres célébrants, que
notre Seigneur Jésus-Christ nous rende dignes d’offrir les Saints Dons
avant tout pour nos propres « péchés » et ensuite pour les « défaillances »
du peuple. Comme on a déjà rapporté, les transgressions des prêtres
s’appellent péchés tandis que celles du peuple s’appellent défaillances. Les
unes, car elles se commettent en connaissance de cause, les autres, car elles
se commettent sans le savoir. Aucun prêtre n’est censé ignorer la loi. Même
les plus insignifiants et les plus petits de ses péchés sont grands, non par
nature mais à cause de la dignité du prêtre qui s’y risque. Dans l’Ancien
Testament on rapporte ceci : « Si c’est le sacrificateur, ayant reçu

1

Saint Évêché de Sérvia et de Kozáni, « Λόγοι οἰκοδομῆς… » p. 295.

293
1

l’onction, qui a péché, et il a rendu par là le peuple coupable ! ». Cela nous
montre, dit saint Chrysostome, que les blessures du prêtre, c’est-à-dire ses
péchés, ses chutes, exigent une plus grande grâce. Autant de grâce que celle
qu’exigent les blessures du peuple en totalité, car il prend à son compte la
dignité du sacerdoce ! 2
 De cette façon, l’évêque prend la charge de tous les péchés du peuple
de son évêché,
 le prêtre toutes les chutes du peuple de sa paroisse,
 et le père spirituel toutes les blessures des enfants qu’il confesse
lorsqu’il ne procède pas à leur traitement convenable.
Le prêtre célébrant pèche… et le peuple méconnaît … Notre Seigneur
Jésus-Christ, le Dieu-homme Seigneur, le Dieu-Verbe incarné, est le seul
impeccable !
Bien que les péchés du peuple s’appellent « défaillances » dès l’instant
où celui-ci apprend et s’informe quelle est la volonté de Dieu, sa
responsabilité commence. C’est pour cela qu’ il rendra compte au jour du
Jugement. (« Le serviteur qui connaissait la volonté de son maître … qui
n’a rien préparé selon sa volonté, recevra bien des coups ».3 )
Nous devons faire attention dans la Prière de l’Offrande aux mots :
« de tout leur cœur ».
Aimons Dieu, comme l’ont aimé les saints, les martyrs et confesseurs,
les grands pères de l’Église et tous les anachorètes. Aimons le avec tant de
force, tant d’ardeur, tant de foi de sorte qu’on puisse confesser avec Paul
l’apôtre : « Qui nous séparera de l’amour du Christ ? La détresse,
l’angoisse, la persécution, la faim, le dénuement, le danger, le glaive ? … ni
la mort, ni la vie, ni les anges ni les dominations, ni le présent, ni l’avenir,
ni les puissances, ni les forces des hauteurs ni celles des profondeurs, ni
aucune autre création, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu
manifesté en Jésus-Christ, notre Seigneur ». 4
Remarquables sont aussi les mots « trouver grâce devant Toi » de la
même prière. On veut trouver grâce auprès du Seigneur comme le firent le
prophète David, selon le texte des Actes5, et les apôtres le jour du Pentecôte
qui « furent tous remplis d’Esprit Saint ».6 Trouvons donc de cette façon,
nous les prêtres et vous les participants chrétiens fidèles, la grâce de
1

Lév. 4, 1-3.
Hiéromoine Grégoire, « Ἡ θεία Λειτουργία… » p. 245.
3
Luc 12, 47.
4
Rom. 8, 35-39.
5
Actes 7, 46.
6
Actes 2, 4.
2

294
l’Esprit Saint. Cependant, plus particulièrement, on demande que la force et
la grâce du Très-haut nous couvrent de leur ombre, comme se passa avec la
très sainte Mère de Dieu : « L’Esprit Saint viendra sur toi et la puissance du
Très-haut te couvrira de son ombre »1, car elle avait vraiment trouvé
« grâce auprès de Dieu ». 2
Ainsi, on s’approche avec assurance auprès du trône de la grâce, selon
Paul l’apôtre, « afin d’obtenir miséricorde et de trouver grâce, pour être
aidés en temps voulu ».3 Ne pas trouver seulement la grâce auprès du
Seigneur mais sa miséricorde aussi, afin que tous les deux (grâce et
miséricorde) deviennent un secours opportun aux moments décisifs de nos
tentations personnelles…
Après la prière secrète de la Proscomidie (Prothèse) le prêtre dit à
haute voix :
« Par les miséricordes de ton Fils unique, avec lequel tu es béni, ainsi
que ton très saint, bon et vivifiant Esprit, maintenant et toujours et
dans les siècles des siècles ».
Le peuple répond : « Amen ».
On prie le Dieu-Père, le tout-puissant, d’accepter nos demandes. Certes,
le Dieu-Père les accepte mais « par les miséricordes de son Fils unique ».
On Le prie ardemment aussi pour que la grâce de l’Esprit Saint couvre de
son ombre :
 nous-mêmes, ses célébrants indignes,
 les Dons précieux et
 le peuple fidèle aussi !
122. Une fois, saint Silouane, le nouveau saint de notre Église, a
rencontré un ascète agiorite qui avait le don de la componction et des
larmes continues. Lorsqu’il le regardait en face, il le voyait éploré. Des
larmes silencieuses coulaient sur ses joues osseuses. Les larmes
particulières de la Sainte Grâce y coulaient tout au long du saint culte. Ces
larmes coulaient lorsqu’il priait aussi, lorsqu’il se rappelait la Sainte
Passion du Seigneur et Sa Crucifixion, la très sainte Mère de Dieu et les
anges, le royaume des Cieux et la joie des saints ! …
Saint Silouane l’a approché et lui a demandé expressément afin d’à « lui
tirer les vers du nez », comme dirait-on.
-- Est-ce bon, mon père, de prier pour les défunts ?
Lui, il a soupiré et tout éploré lui a dit :

1

Luc 1, 35.
Luc 1, 30.
3
Héb. 4, 16.
2

295
-- S’il m’était possible, je sortirais toutes les âmes de l’enfer où elles
souffrent tant et sont tourmentées par le manque de consolation et les
ténèbres palpables…! Je les sortirais… Oui, je les sortirais… Ce serait
seulement ainsi que mon âme reposerait et se réjouirait ! …
Il a fait un petit geste avec ses mains comme s’il glanait des épis de blé...
Il a commencé à pleurer une fois de plus… 1
Faisant attention au « reste de notre vie » afin de trouver grâce et
miséricorde auprès du Seigneur, on doit aussi endurer patiemment nos
tentations, nos tourments et nos maladies qui parfois peuvent être très
douloureuses et inconsolables, aucun médicament ne réussissant à les
soulager. Cependant, si dans ces conditions-ci on montre de la patience
rendant gloire à Dieu, on trouvera Sa grâce et Sa miséricorde abondantes.
Sinon, on risque de perdre le salut de nos âmes, à cause de nos
gémissements.
* * *
123. Le père Hadji-Gheórghis l’Athonite, se souvenait souvent d’un de
ses bisaïeuls qui souffrait d’affreuses douleurs à cause d’une maladie
inconnue et incurable à son époque. Une fois, ayant perdu sa patience, le
malade a prié Dieu de lui ôter la vie car il ne pouvait plus souffrir. Tout
pieux qu’il était, il a fléchi…
Alors, un ange lui est apparu et lui a dit :
-- Tu es éprouvé par les tourments sur la terre afin d’être purifié tout
comme l’or dans le fourneau et de resplendir comme le soleil. Tu dois donc
être éprouvé un an de plus. Je te demande : que préfères-tu ? Être
tourmenté par les douleurs un an de plus ou trois heures aux enfers afin de
voir où vont les pécheurs impénitents et comment seront-ils tourmentés
dans les siècles ?
Le vieux malade a pensé : « Un an de plus avec des tourments et
d’affreuses douleurs ici, dans le lit… ah ! C’est trop ! Il vaut mieux endurer
patiemment trois heures, ne fût-ce que dans l’enfer… »
Il a donc répondu à l’ange qu’il accepte rester trois heures dans l’enfer.
Immédiatement, l’ange l’a pris très doucement et l’a emmené aux enfers…
S’éloignant de lui, l’ange lui a dit :
-- Je reviendrai au bout de trois heures.
Là -dedans, une insupportable obscurité palpable prédominait partout et
une douleur infinie, dévorante aussi… Un lieu éploré… Pas de lumière, pas
quelques mots de réconfort. L’obscurité éternelle qui régnait là, la cohue,
les voix endolories des damnés qui arrivaient à ses oreilles et leur aspect
1

Archim. Joannice « Ἀθωνικὸν Γεροντικὸν », p. 242-243.

296
féroce, le malheur… tout cela provoquait au pauvre vieux une terreur et
une tristesse redoutables. Partout il voyait, et il écoutait des tourments.
Partout où il dirigeait son regard, il n’y avait que le désespoir, la peur et la
terreur de l’enfer. Pas une voix de joie dans l’abîme insondable de l’enfer.
Seuls les yeux enflammés des démons qui étaient sur le point de le
déchiqueter, se voyaient dans l’obscurité.
Le pauvre a commencé à trembler et à crier mais seule l’abysse
répondait à ses cris. Il lui semblait que des siècles entiers de tourments et
de douleurs avaient passé et il attendait que d’un moment à l’autre l’ange
viendrait mais cela ne se passait pas.
Finalement, désespéré qu’il ne verrait jamais le paradis, il a commencé
à gémir, à pleurer. Cependant, aucun n’en avait le souci. Les pécheurs
impénitents dans l’enfer ne se préoccupaient que d’eux-mêmes : de leur
propre tourment, de leur douleur insupportable. Ceux qui étaient
« heureux », c’était les démons…
Pourtant, voilà que l’aspect délicieux de l’ange est apparu dans l’abîme.
L’ange avec un sourire paradisiaque s’est arrêté au-dessus du supplicié et
lui a demandé :
-- Comment ça va, mon vieux ?
-- Je ne croyais pas que les anges puissent dire des mensonges, a
murmuré le supplicié d’une voix éteinte.
-- Qu’est-ce que ça veut dire ? l’ a demandé l’ange.
-- Comment alors, le pauvre a-t-il continué. Tu m’as promis de
m’emmener après trois heures et depuis, j’ai l’impression que des milliers
d’ans, plusieurs siècles sont passés dans d’insupportables tourments. Tu
n’as pas eu pitié de moi… tu m’as raconté des histoires.
-- Homme béni, quels ans, quels siècles, a dit l’ange surpris. Il n’y a
qu’une seule heure qui est passée depuis que je suis parti et en plus tu dois
rester ici deux heures encore.
-- Je préfère cent fois être tourmenté sur la terre et beaucoup plus que ça
et non seulement pour un an mais pour toute la vie. Cependant, prends-moi
de ce lieu, sors-moi de l’horreur de l’enfer…aie pitié de moi… pas deux
heures de plus ! le supplicié criait et gémissait levant ses bras de façon
implorante vers l’ange.
-- Bon, a répondu l’ange. Le Dieu de bonté, ami des hommes,
miséricordieux, affectueux, aura pitié de toi. Rends gloire au Dieu ami des
hommes, et ne gémis plus dorénavant…

297
En achevant ces mots, il l’a saisi et immédiatement il s’est trouvé de
nouveau sur son lit, glorifiant et remerciant Dieu pour ses maladies et ses
douleurs, jusqu’au jour de sa dormition. 1

« PAIX À TOUS ».
Lors du saint culte tout entier, le prêtre invoque plusieurs fois la paix de
Dieu, qu’il offre :
 avant la lecture évangélique : « Paix à tous »,
 lorsqu’il prêche : « Paix à tous »,
 lorsqu’il bénit : « Paix à tous »,
 lorsqu’il nous invite pour le baiser de l’amour : « Paix à tous ».
 lorsque le sacrifice sera célébré, de nouveau : « Paix à tous ».
 lors de la bénédiction trinitaire : « Grâce et paix à vous ».
Si les cœurs de tous les participants chrétiens doivent être en paix,
beaucoup plus celui du prêtre, le cœur du prêtre ! Le célébrant doit se
présenter au saint culte comme imitateur du Christ. C’est pour cela que
l’assistance -par les chantres- retournant la prière de la paix, s’adresse au
prêtre célébrant et dit :

« ET À TON ESPRIT ».
C’est-à-dire : que la paix ne vienne pas seulement à nous, mais à toi
aussi. Hélas au prêtre qui, lorsqu’il célèbre garde dans son âme la haine, la
rancune et la jalousie. Le prêtre doit être en paix indépendamment de
l’attitude du peuple assistant.
Une chose est certaine : ce qu’on demande à travers les différentes
prières et demandes liturgiques, on le fait ayant la foi et l’espérance sûre
que la Divine Liturgie n’est que la réalité éternelle en la Face et en l’œuvre
de Jésus-Christ, Dieu incarné ! Lui, c’est un seul « médiateur (aussi) entre
Dieu et les hommes, un homme : Christ Jésus ».2 Celui-ci nous présente au
Dieu-père par le moyen de son propre Sacrifice sur Golgotha ! De cette
façon, par le saint culte et la Sainte Communion, le Christ nous garantit que
ce qu’on vit, ce qu’on demande et ce qu’on reçoit est sûr, est réel ! On
demande la paix, on la reçoit …

1
2

Ancien Païssios l’agiorite, « Ὁ γέρων Χατζη-γεώργης ὁ Ἀθωνίτης », p. 29-32.
I Tim. 2, 5.

298

6. BAISER DE PAIX
Deux sont les caractéristiques principales du fidèle chrétien : l’amour et
la foi qui sont aussi, « les habits de noces », pour qu’il entre au royaume
des Cieux. Tantôt la foi précède comme la racine de toute vertu, tantôt
l’amour comme le sommet des vertus, selon l’hymne de l’amour de Paul
l’apôtre. 1
« AIMONS-NOUS LES UNS LES AUTRES AFIN
QUE, DANS UN MÊME ESPRIT,
NOUS CONFESSIONS ».
C’est-à-dire que nous nous aimons les uns les autres pour faire
confession de notre foi dans un même esprit. La même incitation du
célébrant selon une plus ancienne expression de la Divine Liturgie était
écoutée avec les paroles suivantes : « saluez-vous les uns les autres par un
saint baiser ».2
Les prêtres se saluent de façon expressive, ils se donnent la paix en
disant l’un : « Le Christ est au milieu de nous », et l’autre : «Il l’est et il
le sera».
À l’époque ancienne, les fidèles, hommes et femmes, séparément, se
donnaient la paix de la sorte. Ce saint baiser, franc, saint et pur, était une
manifestation extérieure de l’amour logeant dans les cœurs des premiers
chrétiens. C’était un baiser béni, céleste et angélique et plus spécialement à
l’époque des martyrs, voire dans les stades avec les fauves, dans les prisons
et les catacombes.
Pourtant, lorsque l’amour des chrétiens commença à faiblir et à se
refroidir, l’habitude pieuse de ce baiser béni commença petit à petit à
disparaître et à se limiter seulement chez les prêtres dans le sanctuaire.
Le baiser de paix n’est pas un symbole liturgique mais un office divin,
une expérience liturgique. Ce n’est plus l’image de l’amour qui unit les
fidèles mais l’expérience même de cette union. C’est son résultat. C’est
l’expérience de la réconciliation et du lien entre les fidèles et de leur union
avec le Christ. « Souvenons-nous donc, bien-aimés, des baisers saints, du

1
2

I Cor. 13, 1-8.
I Cor. 16, 20.

299
baiser redoutable que nous nous donnons les uns les autres, lors de la
Divine Liturgie. Ce baiser unit nos âmes, nous unit tous en un seul corps ».1
Le baiser de paix lors de la Divine Liturgie montre que « nos âmes se
sont rendues un alliage, un amalgame, une puissance spirituelle qui bannit,
déporte et chasse une fois pour toute, toute rancune, jalousie, envie et
dissension ».2
L’indulgence et l’amour sont les conditions nécessaires afin de pouvoir
s’approcher du saint Autel et être convié à la Table du Christ, c’est-à-dire
pour approcher de la Sainte Communion.
Ce baiser liturgique, en tant qu’office divin, est un acte de foi et d’amour
mais aussi une preuve que les passions ont été bannies de nos cœurs. Par le
baiser saint l’un se réjouit de l’amour de l’autre. Nous comprenons l’esprit
de l’autre et lui, il comprend le nôtre. Chacun de nous se fait l’autre,
appartient à l’autre, appartient à tous. C’est « la consubstantialité réalisée
par l’amour », l’amour qui est révélé par les œuvres et non par les paroles.
Tout acte donc, toute parole, tout mouvement et tout événement de la
Divine Liturgie correspondent à des événements analogues de notre vie
quotidienne, ces derniers ayant été transformés, rendus spirituels, sanctifiés.
Lors du saint culte, la matière est sanctifiée et la chair devient spirituelle.
Par conséquent ce baiser, qu’échangent les prêtres et les fidèles, prend des
dimensions nouvelles, célestes …
124. En 1933, au mois de juillet, une équipe de scientifiques s’étaient
arrêtés pour quelques jours près d’un camp de concentration dans la ville
d’Irkoutsk, en Sibérie. Il n’y avait pas d’habitants dans cette ville. Seuls les
détenus étaient forcés de travailler à quelque construction. La plupart
d’entre eux étaient des prêtres, des diacres, des moines et quelques
évêques.
Une violence inouïe régnait dans le camp. Sans aucune raison, on
fouettait, on frappait rudement et l’on tirait sur les captifs, leur brisant les
os. Les conditions de vie étaient affreuses. La plupart des captifs mouraient
de faim et d’un froid redoutables.
« Il faisait beau ce juillet-là. Après le dîner, dit celui qui décrit les
évènements, nous nous sommes assis près du feu, discutant tard dans la
soirée. Á tout moment, on entendait des cris et de forts gémissements
provenant du camp d’en face… C’était une nuit calme et limpide…
Cependant, tant que je vis, je n’oublierai pas cette vallée-là de Sibérie. Je
m’en souviendrai à jamais.
1
2

Saint Jean Chrysostome, P.G. 49, 382.
Saint Cyrille de Jérusalem, P.G. 33, 1112 A.

300
Notre doux sommeil matinal a été, soudainement, interrompu par un
funèbre gémissement humain. Nous nous sommes vite levés. Celui qui était
en tête de notre équipe, originaire d’Irkoutsk, a vite pris des jumelles,
tandis que nous autres, nous plantions deux instruments topographiques et
faisions semblant de nous occuper de notre travail, lorsque nous avons
remarqué une foule qui se dirigeait vers nous. Il était difficile de
comprendre immédiatement ce qui s’y passait, à cause des broussailles.
Il s’agissait de soixante détenus et à mesure qu’ils approchaient, nous
pouvions voir plus nettement qu’ils étaient tous à bout de forces, décharnés
par la faim, par le travail excessif, par le mauvais traitement et le
comportement cruel.
Qu’est-ce que nos yeux, surpris, voyaient-ils ?
Ils tenaient tous une corde sur leurs épaules, avec laquelle ils traînaient
une troïka, sur laquelle il y avait un tonneau, plein d’excréments humains !
Manifestement, les gardes qui les accompagnaient ne savaient pas qu’il
y avait une mission scientifique, près de la région du camp de
concentration. Nous avons entendu exactement les mots de l’ordre des
gardes : « Allongez-vous par terre et ne bougez pas ». Un garde est vite
retourné au camp. Manifestement, ils nous ont considérés comme suspects.
Quelqu’un de notre équipe a, un peu vite, apprécié la situation des
détenus et il a dit : « Nous avons prolongé leur vie pour quelques minutes
encore ». Au début, on n’a pas compris ses paroles. Pourtant, en 15-20
minutes, nous avions été enveloppés par une escouade de gardes du camp
qui se sont approchés de nous, tenant des fusils, avec une humeur
combative, comme s’ils allaient nous faire attaquer avec les baïonnettes.
Celui qui était en tête de l’escouade et le délégué du gouvernement nous
ont approchés et ils ont demandé nos papiers. Lorsqu’ ils les ont examinés,
ils nous ont expliqué que ces soixante hommes avaient été condamnés à
mort, considérés comme un élément étrange et hostile au pouvoir
soviétique et socialiste de Staline.
Un fossé très profond avait été déjà préparé pour tous les soixante. Le
délégué du gouvernement nous a demandé d’entrer dans nos tentes, ce qui
a été fait. Tous les soixante martyrs étaient prêtres. Dans la tranquillité
matinale du juillet, les voix faibles de nombreux prêtres s’entendaient
nettement.
Nous avons entendu et nous avons vécu la première Église des saints
Martyrs, en creusant des trous sur nos tentes…
LES PRÊTRES SE SALUAIENT LES UNS LES AUTRES PAR UN
SAINT BAISER … Un parmi eux a levé ses bras et a fort crié: « Père,
pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font ». Mon Dieu, pardonne-

301
leur, ils ne savent pas ce qu’ils font … Le résultat était qu’on lui a donné
un coup de pied et il est tombé par terre.
Ensuite, on les a tous poussés près du fossé. L’un des bourreaux
interrogeait un par un les prêtres qui restaient maintenant debout près du
fossé :
-- C’est l’heure de ton dernier souffle. Dis-nous, Dieu existe-t-il ou non ?
La réponse des saints prêtres Martyrs était stable et sûre :
-- Oui, Dieu existe !
Le premier coup de feu s’est entendu.
Du dedans des tentes nous regardions ce qui se passait et nos cœurs
étaient prêts à éclater… Des larmes nous sont montées aux yeux…
Un deuxième coup de feu s’est répercuté… un troisième… et puis
plusieurs…
Les prêtres étaient emmenés l’un après l’autre devant le fossé. Les
bourreaux interrogeaient chaque prêtre au bord du fossé :
-- Dieu existe-t-il ?
La réponse était la même :
-- Oui, Dieu existe !
Ou bien, ils répondaient comme cela :
-- Oui, Dieu existe, comme d’ailleurs existe le Fils de Dieu, le Sauveur
du monde !
D’autres ajoutaient :
-- Oui, Dieu existe, la Toute Sainte et les saints aussi !
D’autres encore :
-- Oui, Dieu existe ! Et Lui, aussi bien que nous, Il vous pardonne.
Avant même qu’ils aient le temps de finir leur phrase, le coup de fusil
s’entendait.
Nous y avons été les témoins oculaires … Nous avons vu de nos propres
yeux, et nous avons entendu de nos propres oreilles, les soixante prêtres
célébrants de notre Seigneur Jésus-Christ, face à la mort, se saluer les uns
les autres, par un saint baiser, être longanimes et pardonner, prier en
faveur de leurs bourreaux et de tout le peuple russe, confesser, enfin, leur
foi en Dieu, avec tant de courage …
Il se peut que plusieurs années et décennies s’écoulent. Pourtant, cette
fosse sur la route Katsoug-Niznie-Oudinsk doit être retrouvée. Aucun
chrétien orthodoxe, nulle part, ne doit oublier ces Saints Martyrs qui ont
donné leurs vies, en faveur de leur foi Orthodoxe, au mois de juillet, en
1933, près de la ville inhabitée d’Irkoutsk… » 1
1

Monastère Xiropotámou, revue « Ἁγιορείτικη μαρτυρία», fasc. 1, 1988, p. 44.

302
Dans cette histoire réelle on remarque, effectivement, les deux éléments
du saint culte, c’est-à-dire la foi et l’amour, conjoints au pardon et à la
tolérance ! Nous avons vu le baiser de paix, la longanimité du cœur et les
merveilles de la foi, voire face à la mort ! Qu’est-ce qu’on peut dire, nous
autres, les chrétiens de peu de foi et tièdes de notre ère ?
L’incitation « aimons-nous les uns les autres » se réfère au personnage
historique du Christ. Elle se réfère au Sacrifice que Lui-même a offert au
redoutable Golgotha. On a vu les prêtres-martyrs de Russie, imiter la
pratique de cet amour, comme d’ailleurs, les millions des martyrs et de
nouveaux martyrs de notre foi.
Sans la foi, l’amour n’a pas de base. Sans le Christ, l’amour, –même
l’amour naturel– dégénère, se pervertit, est déformé et se réduit en un
masque de l’égoïsme humain.
La foi n’est qu’un don de Dieu. C’est pour cela que les apôtres criaient :
« Augmente en nous la foi ».1 Lorsque le Seigneur viendra à Son Jugement
Dernier, Il ne cherchera pas à trouver si tu as accompli beaucoup d’actes
philanthropiques, voire « pour être vu des hommes », si tu as fait des
génuflexions, des paraclisis, des sermons etc. Il cherchera à trouver si tu
avais la vraie foi. Une foi forte, qui sera en état de confesser « Jésus-Christ
et Jésus-Christ crucifié », une foi ferme et sincère. Une foi dont les paroles
seront thaumaturges.
La foi et l’acceptation du dogme Trinitaire et christologique s’expriment
par l’amour puissamment agissant envers Dieu et le prochain. Par
conséquent, le « aimez-vous les uns les autres », n’est qu’une implication
spirituelle du « tu aimeras ton prochain comme toi-même ».2 Le comble de
cet amour est le « aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous
persécutent. Faites du bien à ceux qui vous haïssent ».3 Aimons-nous donc,
les uns les autres… « afin que, dans un même esprit, nous confessions ».
Notre situation lamentable est incorrigible. Dans nos cœurs se nichent la
haine, l’inimitié, la méchanceté, la répulsion, la jalousie, l’envie et audessus de tout l’égoïsme. Du point de vue spirituel nous sommes éloignés
l’un de l’autre. En ce qui concerne nos relations, la froideur, la rancune
comme aussi l’arrière-pensée prédominent. Même dans l’Église les esprits
malins nous gênent. Nous avons perdu la paix et l’amour entre nous à la
place desquels les passions règnent.
Cependant, le moment est venu de hausser les yeux de la foi vers le ciel
pour voir le grand Mystère de la Sainte Trinité, la caractéristique principale
1

Luc 17, 5.
Matt. 22, 39.
3
Matt. 5, 44.
2

303
de laquelle est l’unité des Personnes et la communion de l’amour. Ainsi,
nous autres, ici sur la terre, on doit être aimés et unis, dans l’unité de la
paix, de la concorde, de l’amour, de la bonté, ainsi que notre Seigneur
Jésus-Christ est uni au Père et au Saint-Esprit. Devenons tous et chacun à
part, une petite image de la Sainte Trinité ! Lors du saint culte, il existe
cette image de l’unité trinitaire qui est : le Seigneur sacrifié sur l’Autel, le
prêtre célébrant et les participants fidèles chrétiens.
Si l’on n’est pas unis au nom de l’amour de Dieu, on ne pourra, non
seulement participer à la Communion des Sacrements immaculés, mais
assister à la liturgie non plus.
Insistant à cette union d’amour, souvenons-nous de Jean l’évangéliste de
l’amour, le disciple et l’apôtre du Seigneur. Selon la tradition et sa
biographie, lorsque cet apôtre a vieilli et ne pouvait pas enseigner les
chrétiens comme jadis, il venait à l’assistance, soutenu par eux, et disait aux
chrétiens ces quelques mots en guise de sermon : « Mes petits enfants,
aimez-vous les uns les autres, aimez-vous les uns les autres … ». Il
continuait à dire et à redire ces mots aux assistants, jusqu’à son dernier
souffle, car, celui qui aime, accomplit tous les commandements du
Seigneur.
Pourtant, le Seigneur même a dit que l’élément le plus caractéristique de
ceux qui croient en Lui, doit être l’amour entre eux. « À ceci, vous
reconnaîtront tous pour mes disciples : à l’amour que vous aurez les uns
pour les autres ».1 C’est-à-dire, le Christ a dit à ses disciples : les hommes
qui vivent dans les ténèbres du péché et de l’égarement, comprendront que
vous êtes mes disciples, si vous avez de l’amour entre vous. L’amour vous
différenciera de tous les autres gens. Celui-ci vous fera distinguer des
autres !
Les apôtres et les chrétiens des premiers siècles écoutèrent le Christ et
suivirent son exemple. Ils l’ont imité. Insultés, ils bénissaient ; persécutés et
tourmentés, ils restaient longanimes ; blasphémés et calomniés, ils
enduraient patiemment, avec amour. On les tourmentait horriblement, on
les lapidait, on les crucifiait, on les jetait aux fauves et ils priaient ; on les
brûlait comme des cierges et ils restaient longanimes et ils les aimaient !
Les gens, sans voix, les admiraient et restaient muets d’étonnement. Ils
étaient enseignés par cet amour de martyre. Tout martyre était une preuve
de la foi et de l’amour réels des premiers chrétiens. Cette foi et cet amour,
les avons-nous à nos jours ?
À l’incitation « Aimons-nous les uns les autres afin que dans un
même esprit nous confessions », le peuple répond par les chantres :
1

Jean 13, 35.

304
« LE PÈRE, LE FILS ET LE SAINT-ESPRIT, TRINITÉ
CONSUBSTANTIELLE ET INDIVISE ».
C’est la confession la plus brève et laconique de la foi chrétienne.
Pourtant, lorsqu’il y a plusieurs concélébrants, voire un évêque, le chœur
des chantres répond au « aimons-nous les uns les autres » avec le :
« Je t’aimerai, Seigneur, ma force.
Le Seigneur est mon appui, mon refuge et mon libérateur ».
La première réponse des chantres –« Le Père, le Fils et le SaintEsprit… »– est une confession de foi et la seconde –« Je t’aimerai
Seigneur, ma force… »– est une confession d’amour.
Avant le Sacrifice mystique et non-sanglant, nous écoutons, pendant la
Divine Liturgie, l’incitation à aimer et à confesser la foi. Il ne s’agit pas
d’un sentiment d’amour humain, d’une relation naturelle parmi les hommes
mais de l’amour qui consiste à une force divine et un fruit de l’Esprit saint.
Il se répand et inonde nos cœurs, « a été répandu dans nos cœurs ».1
Cet amour, en tant qu’une réalité divine, est possible seulement en JésusChrist, en la foi et en la grâce du Christ, que L’on découvre et L’on voit en
la personne de chaque frère. Cette réalité vivante, on la voit aux redoutables
Sacrements et aux confessions de saints martyrs.
Durant le baiser saint des prêtres concélébrants, on chante :
« Le Père, le Fils et le Saint-Esprit, Trinité consubstantielle et
indivise ».
Ensuite, il faut rester muet jusqu’à ce que le dernier concélébrant se
donne l’accolade (selon l’ordre ancien).
À ce moment, à travers le saint culte et le baiser de paix, la terre s’unit au
ciel. Les anges et les archanges ont des relations réjouissantes avec les
participants chrétiens fidèles et les prêtres célébrants. L’Église, tant
militante que triomphante, devient le seul troupeau avec un seul berger,
notre Seigneur Jésus-Christ !
Malheureusement, avec l’écoulement du temps et surtout de nos jours,
on constate un relâchement trop triste. Ce baiser saint entre les célébrants
est réduit fâcheusement en une forme sèche, une incitation liturgique. C’est
très chagrinant de ne pas oublier nos différends même dans l’Église. On
n’ouvre pas son cœur à l’étranger, à l’éloigné, à l’inconnu et beaucoup plus
on ne porte pas dans son cœur celui qui nous a fait du mal ou du tort, qui
nous hait et qui peut-être assiste à la liturgie avec nous, probablement un
concélébrant.
1

Rom. 5, 5.

305
Cependant, l’incitation de l’Église du Christ est
« Aimons-nous les uns les autres, afin que dans un même esprit nous
confessions ».
Nous ne pouvons pas confesser le Christ et le Christ crucifié, si nous
gardons en nous, un germe de division avec notre prochain. Nous ne
pouvons pas dire : « Je crois en Dieu ! » Non, nous ne pouvons pas le dire !
Nous mentons ! C’est saint Chrysostome qui nous le certifie : « Le
Seigneur » dit-il, « ne compte pas sur l’honneur qu’on doit à Lui-même
pourvu qu’il existe l’amour parmi les fidèles. Car, même la réconciliation
avec son frère, est un sacrifice ».1
Au fait, on ressent une grande difficulté, pour que nous puissions dire à
notre prochain, aux membres de notre famille, même à notre compagnon
« excuse-moi… je te demande pardon » ou pardonner celui qui nous
insulte, celui qui nous fait du tort, celui qui nous fait voler, celui qui
s’approprie notre petit lopin de terre, celui qui nous trompe. On se met en
pelote au-dedans de soi. On tourne et on retourne, par-ci, par-là, jour et
nuit, afin de surmonter le fait de demander pardon les premiers au prochain
qu’on a attristé ou de lui pardonner.
C’est pour cela que le Seigneur honore l’amour sanglant ! Car, il
considère que le vrai amour crucifié est le plus grand ! Un sacrifice
supérieur à tous les sacrifices ! S’il n’existe pas l’amour, Il n’accepte aucun
sacrifice et beaucoup plus le sacrifice qui s’accomplit durant le saint culte.
Il faut que la confession de la foi soit faite « dans un même esprit »,
avec un cœur non seulement pur mais identifié au cœur de notre prochain.
Si notre âme est froide, pétrifiée et agitée, comment nous présenter au
Mystère de l’amour ?
Mes frères chrétiens, « aimons-nous les uns les autres ». Persévérons
dans l’amour fraternel.
125. Une fois, une personne qui faisait sa prière avec sa petite corde à
nœuds durant la Divine Liturgie –celle-ci était petite comme une bague et
n’était pas visible aux autres assistants – a ressenti à un moment qu’elle
assistait, simultanément, à une église terrestre et céleste.
Elle écoute, peu de temps après, le prêtre, prononcer « aimons-nous les
uns les autres » et elle a vu avec les yeux de son âme des anges et des
archanges tout splendides et lumineux embrasser les uns les autres en
esprit et en même temps une foule de prêtres en tenues blanches les imitait
dans le Sanctuaire alors que le prêtre célébrant était un seul.
1

Hiéromoine Grégoire, « Ἡ θεία Λειτουργία… », p. 248.

306
Pendant que la Divine Liturgie avançait à un rythme régulier, avec de la
crainte et une douceur infinie, elle a vu sur la sainte Table, à la place des
Saints Dons consacrés, un grand Cœur, qu’une lance très longue perçait …
et qui a commencé à saigner ! Beaucoup de sang ! Du sang tout Saint et
écarlate ! … Et d’une façon tout à fait merveilleuse, ce Sang-là, l’avait
approchée et nourrie ! Pourtant, la même chose s’est passée et à d’autres
personnes ayant la même présence d’ esprit dans l’église. Ce Sang, toutimmaculé, s’est répandu à tous les membres de l’âme et du corps : au
cœur, à l’esprit, aux sens, tant corporels que spirituels. Elle s’est
entièrement imprégnée de cela. Je ne sais pas comment ! Le cœur s’est
réchauffé et a été embrasé par un amour divin. L’esprit était plein de
lumière, les pensées étaient immobiles et toutes lumineuses, les sens se sont
plongés dans l’allégresse et les membres du corps en une joie menée à
terme. La paix régnait partout, c’est-à-dire dans elle, sur elle, et autour
d’elle.
Et voilà que, peu de temps après, le prêtre célébrant l’a invitée aussi
bien que les autres, à communier aux Sacrements immaculés :
-- « Avec crainte de Dieu, foi et amour, approchez » !
Le Sang tout saint du Calice s’est uni à celui qu’elle avait précédemment
reçu de façon spirituelle – elle ne savait pas combien de temps s’en était
écoulé– et n’a fait qu’un avec… ou bien c’était le même ? … Qui le sait ?
Cette joie divine, comme une sensation d’âme et de corps, a continué
pour plusieurs jours. Des larmes, des larmes abondantes…
Oh, mon Dieu !… Gloire à Ton Nom ! … 1

7. LE SYMBOLE DE LA FOI
Après le baiser de paix et la confession de la foi en Dieu Trinitaire,
s’ensuit l’ecphonèse du diacre ou du prêtre célébrant :
« LES PORTES, LES PORTES ! AVEC SAGESSE, SOYONS
ATTENTIFS ».
1

notes personnelles de l’auteur

307
Immédiatement, on récite le « SYMBOLE DE LA FOI ».
Notre Seigneur Jésus-Christ donna à ses disciples et à travers eux, à
nous tous, le commandement suivant : « Ne donnez pas aux chiens ce qui
est sacré, et ne jetez pas vos perles devant les porcs, de peur qu’ils ne les
piétinent et qu’ils se retournent contre vous pour vous déchirer ». 1
Qu’est-ce que ces paroles du Christ signifient ? Si vous avez, dit le
Christ, des perles, des pierres précieuses, ne les jetez pas aux pourceaux.
Car, ces quadrupèdes ne sont pas en état d’apprécier la valeur qu’ont les
perles et ils tomberont sur vous.
Les pourceaux n’aiment pas les perles, par contre ils aiment vivre dans
la boue. En plus, on ne jette pas d’objets de valeur aux chiens.
Ces propos du Christ sont paraboliques. Les chiens et les pourceaux
représentent les gens qui ne croient pas en Dieu et vivent comme les
animaux, dénués de raison. Ils mènent une vie perverse, pécheresse, dans la
débauche et le bourbier, continuellement nourris par leurs passions. Les
dépravés, les infidèles, même les hérétiques ne sont pas en mesure
d’apprécier les propos de l’Évangile, les saints dogmes et les saints
mystères de l’Église.
Après avoir congédié les catéchumènes et au bout des lectures sacrées,
les portes de l’église se fermaient. Ensuite des diacres et des sous-diacres
s’arrêtaient aux portes, de sorte que, lors de la Sainte Anaphore, des fidèles
ne sortent et les infidèles ou les hérétiques n’entrent.
Il est écrit aux CONSTITUTIONS APOSTOLIQUES : « Que les portes
de l’église soient gardées de peur qu’un incroyant ou non initié n’y entre.
Et si un frère ou une sœur vient d’une autre région ayant une lettre de
recommandation, que le diacre examine ce qui le concerne…, s’il arrive
qu’il soit contaminé par une hérésie ». 2
Pensez donc, quelles mesures prenait-on à l’époque ancienne !
Ν’importe qui ne peut entrer et sortir de l’église quand bon lui semble. De
nos jours, on constate un relâchement de la fidélité à l’observation de
l’ordre durant le saint culte, ce qui prouve qu’on est « les enfants de la
rébellion » et de la désobéissance. Malheureusement, aujourd’hui il n’y a
pas de diacres-gardiens aux portes des saintes églises. Et comme les portes
restent ouvertes jusqu’à la fin de la Divine Liturgie, des gens d’une
différente foi, des hérétiques, des athées, des infidèles, des blasphémateurs

1

Matt. 7, 6.
ΑΠΟΣΤΟΛΙΚΑΙ ΔΙΑΤΑΓΑΙ- CONSTITUTIONS APOSTOLIQUES, livre 8, ΒΕΠΕΣ 2,
150.
2

308
et certains d’une tenue indécente, peuvent y entrer tout à fait sans
encombre.
Cependant, l’église est un lieu sacré. C’est le lieu des anges, le lieu des
saints, le lieu du redoutable Calvaire, le lieu du Christ, le lieu de Dieu.
C’est le ciel…
126. Une fois, un chrétien pieux et simple, a vu lors de la Divine Liturgie
avec les yeux de son âme, en extase mystique, une vision redoutable !
Après l’ecphonèse « les portes, les portes… » et alors qu’on récita le
Symbole de la Foi, le célébrant enleva l’aër qui recouvrait les Saints Dons,
l’éleva et l’agita rythmiquement au-dessus des Dons.
Qu’est-ce que, donc, ce chrétien pieux a vu ? Il a vu, en extase, des
dizaines de mains angéliques avec les mains du prêtre qui tenaient l’aër et
l’agitaient rythmiquement ! Les mains de ces anges-là, ont commencé un
instant à plier l’aër avec une attitude très pieuse.
Au moment où le voile sacré de l’aër se pliait, une pierre invisible est
apparue se rouler « par l’entrée du tombeau », tandis qu’une psalmodie
céleste et suave s’ entendait par les lèvres des anges : « Seigneur, aie
pitié… Seigneur aie pitié… Seigneur aie pitié… »,
Le sanctuaire et la coupole de l’église ont été envahis par la présence
des milliers de chérubins et de séraphins qui chantaient l’hymne de
victoire, « Saint, saint, saint, le Seigneur Sabaoth… » alors que d’une foule
par d’autres ordres angéliques s’entendaient joyeusement et
triomphalement chanter : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux… » et
d’autres hymnes incompréhensibles aussi… 1
L’église donc qu’on voit tous les jours, n’est qu’une miniature du temple
céleste de Dieu. On voit que le ciel se représente par la coupole, au centre
de laquelle est peinte l’icône du Seigneur du ciel et de la terre, du Tout
puissant, du Créateur. Le Dieu tout puissant surgit de là-haut, de la voûte
céleste et nous observe, nous, les hommes, sur la terre. Il note aussi celui
qui a de la sagesse, qui est prudent, qui observe sa volonté, qui le cherche
avec du désir, de l’amour, du zèle, de la crainte sacrée. Celui qui l’aime en
observant sa loi évangélique, en cultivant les vertus. Il regarde si le fidèle
dans l’église est modeste, s’il porte un habillement décent, quelle est son
attitude ou ses mouvements, s’il fait attention ou s’il est distrait ! …
C’est Celui qui « examine les cœurs et les reins »2, l’Esprit Omniprésent
qui inspecte tout, qui voit tout. Il voit tout, Il connaît tout ; il est ami des
hommes, doux et humble ! Il est le Superviseur, le Grand, le Fort, le

1
2

notes personnelles de l’auteur
Ps. 7, 10.

309
Seigneur ! Il est « celui qui est, qui était et qui vient »1 le juste Juge ! Un
juste Juge pour les rusés, les impénitents, pour ceux qui insistent à
l’infidélité ou à l’hérésie ! Cependant, pour les fidèles et les humbles, pour
ceux qui se repentent et demandent sa miséricorde, Il est le soleil immortel,
celui qui donne la vie, le Sauveur, la Béatitude Divine, le Repos et la Joie.
C’est pour cette raison qu’Il tient l’Évangile à Sa droite. Il « jugera les
vivants et les morts » avec cet Évangile. Il bénit avec l’autre main. Il bénit
la création tout-entière, tout le monde et nous aussi, les pécheurs, que l’on
se trouve dans l’église.
Autour du Tout puissant sont peints les séraphins aux six ailes et les
chérubins aux yeux innombrables qui, avec le monde angélique tout-entier,
transmettent la volonté de Dieu pour le salut des hommes.
Aussitôt plus bas, sont peints les prophètes car de « leur regard
prophétique » ils ont vu et ont prédit les choses célestes, les mystères
inconcevables de Dieu, « son Trône et son Jugement ».
Plus bas, aux quatre triangles sphériques de la coupole, sont peints les
quatre évangélistes qui annoncèrent au monde la volonté de Dieu et ont
révélé dans leurs évangiles les événements que les prophètes avaient prédits
par énigmes et par allégories et qui se sont réalisés « lorsque les temps
furent accomplis »2 avec l’avènement de notre Seigneur Jésus-Christ sur la
terre. Chaque évangéliste est peint ayant un animal à côté de lui, tandis que
Matthieu a un homme.
Pour quelle raison les animaux se trouvent-ils à côté des évangélistes et
qu’est-ce qu’ils symbolisent ?
 L’homme à côté de l’évangéliste Matthieu symbolise la naissance du
Christ le Sauveur en tant qu’homme.
 Le lion près de l’évangéliste Marc montre la grandeur de Dieu.
 Le veau est représenté à côté de l’évangéliste Luc pour que le sacrifice
du Rédempteur soit montré.
 L’aigle se trouve près de l’évangéliste Jean indiquant ainsi la hauteur
du sublime de la théologie, saint Jean.
Les quatre êtres vivants, décrits par les prophètes Michée, Daniel,
Ézéchiel et par l’Apocalypse de l’évangéliste Jean sont encore aux yeux
innombrables et aux six ailes. (Les yeux innombrables se réfèrent à
l’omniscience de Dieu et les six ailes se rapportent à l’agilité et la rapidité
qu’ils ont pour exécuter comme en éclair et sans cesse les décisions de Dieu
car ils symbolisent les anges).
1
2

Apoc. 1, 8.
Gal. 4, 4.

310
Les quatre êtres vivants ne sont pas dénués de raison. Ils ressemblent à
des animaux mais ils sont des êtres spirituels. Le premier être vivant
ressemble à un lion et symbolise la grandeur royale. Le deuxième
ressemble à un veau et symbolise la force, le troisième à un visage humain
et symbolise la pensée et la sagesse et le quatrième ressemble à un aigle qui
vole et symbolise la rapidité et l’élévation spirituelle.
* * *
« Les portes, les portes ! … »
Lorsque le prêtre dit à haute voix : « les portes, les portes… », il nous
incite allégoriquement à faire attention à nos sens, à notre cerveau, à nos
pensées car à travers eux la mort pénètre. La sainte Écriture le certifie : la
mort est montée « par les fenêtres ».1 Les « fenêtres » sont les sens de
l’homme et ses pensées. Lorsqu’on est dans l’église, c’est un fait
malheureux si son esprit voyage, voire à des représentations vilaines. Il est
nécessaire donc de fermer et de garder tous les sens clos par le moyen de
l’attention et de la prière « Seigneur Jésus-Christ aie pitié de moi ».
Si l’assistant chrétien peut s’isoler du monde matériel qui l’entoure, il
pourra de même –par la grâce de l’Esprit Saint– parvenir (en extase d’âme)
jusqu’à la vision de l’Église triomphante et des mystères secrets de Dieu.
L’ecphonèse « Les portes, les portes… » nous révèle d’une méthode
réductive, le caractère transitoire du monde présent mais aussi notre entrée
dans les chambres nuptiales de Jésus-Christ l’Époux qui se réalisera
définitivement, irrévocablement et intégralement au deuxième Avènement
après la séparation redoutable entre les fidèles et les impénitents et la
décision encore plus redoutable du juste Juge et notre Seigneur JésusChrist ! 2
« Avec sagesse, soyons attentifs ! »
À quoi faut-il prendre garde ? À quelle « sagesse » faut-il concentrer son
attention ? À la « sagesse » du SYMBOLE DE LA FOI, du CREDO !
Le SYMBOLE DE LA FOI est une offre de notre propre sagesse
humaine à la sagesse de Dieu. C’est la réponse de l’Église militante des
fidèles à l’événement de l’Incarnation du Fils et Verbe. C’est une
confession de grâces de l’homme pour le don de son salut par l’Incarnation
du Fils de Dieu « du Saint-Esprit et de la Vierge Marie », à travers
l’enseignement divin, le Sacrifice sur la Croix, la mise dans le tombeau, la
Résurrection, l’Ascension et son glorieux deuxième Avènement.

1
2

Jér. 9, 21.
Saint Maxime le Confesseur, P.G. 91, 693 C.

311
« La confession du SYMBOLE DE LA FOI, faite par tous les
participants, prophétise le remerciement mystique qu’on fera à la vie
éternelle à propos de ces moyens et paroles admirables, avec lesquels la
Providence très sage de Dieu, prit soin de nous sauver. Avec ce
remerciement les dignes se présentent eux-mêmes rendant grâces au sujet
des bienfaits divins ». 1
Cette confession est un acte personnel et responsable dans la vie du
chrétien. C’est la cause du martyre et des persécutions dans la vie de
l’Église car, tous ceux qui veulent vivre avec constance « en Jésus-Christ »,
seront persécutés.2 Ils seront persécutés par des ennemis de la foi, tant
intérieurs qu’extérieurs, par des idolâtres et des hérétiques, par des athées et
des infidèles.
« Les portes, les portes ! Avec sagesse, soyons attentifs ! »
Après cette ecphonèse commence la récitation de la confession : « Je
crois en un seul Dieu, Père tout puissant… Je crois en un seul Seigneur,
Jésus-Christ… Je crois aussi en l’Esprit Saint… Je crois et je confesse
un seul baptême pour la rémission des péchés… Je crois en l’Église,
une, sainte, catholique et apostolique… Je crois et j’attends la
résurrection des morts… Je crois en la vie du siècle à venir. Amen ».
Les Saints Dons se dévoilent et le grand voile –l’aër– s’agite, tandis
qu’en même temps, on récite le SYMBOLE DE LA FOI, d’une part, afin
de déclarer le triomphe de la foi, de la Résurrection des morts, de notre
Seigneur Jésus-Christ avec les signes du tremblement de terre, du
roulement de la pierre et de la tombe vide et d’autre part, afin qu’il soit
révélé à l’église militante que le Seigneur Christ est incompréhensible et
indescriptible en ce qui concerne sa divinité. À travers les Saints Dons,
c’est-à-dire avec Son Incarnation et Son Sacrifice redoutable, Dieu le
Seigneur se révèle, autant que Lui-même veut, dans nos cœurs, après la
Sainte Communion. La Résurrection du Christ se fait sentir en nous comme
un séisme d’après le témoignage de l’évangéliste Matthieu : « Et voilà qu’il
se fit un grand tremblement de terre : l’ange du Seigneur, descendit du ciel,
vint rouler la pierre ».3
Ces simples mouvements des prêtres célébrants lorsqu’ils découvrent les
Saints Dons et agitent l’aër en dessus déclarent des mystères redoutables.
Quand acquerra-t-on une conscience liturgique afin de se rendre compte de
ce qui se passe dans notre église, de vivre la divine Liturgie ?

1

Saint Maxime le Confesseur, P.G. 91, 696 B.
II Tim. 3, 12.
3
Matt. 28, 2.
2

312
Lorsqu’on crie fort et en groupe le CREDO comme à l’ancienne église,
on déclare que ce n’est pas un mensonge, pareil aux nombreux « credo »
des idolâtres et des infidèles mais un « credo » vivant, vrai, éternel.
127. Une fois dans un village, un prêtre pieux célébrait dans une
ancienne chapelle de campagne, très basse de plafond. Il a dit : « Les
portes, les portes ; avec sagesse, soyons attentifs », il a pris avec ses mains
le saint voile c’est-à-dire «l’aër» et a commencé à l’agiter au-dessus des
Saints Dons, alors que le chantre récitait le « credo ».
Soudain, un lézard est tombé du plafond du Sanctuaire qui était bas … et
où est-il tombé ? Qu’en pensez-vous ? Dans le Calice ! … Le lézard s’est
noyé. Cependant, ce bon prêtre-là, sans être agité, a continué la Divine
Liturgie comme si rien ne s’était passé !
Il a communié lui-même, il a fait communier deux ou trois chrétiens qui
assistaient à la Liturgie dans la chapelle de campagne et enfin… – Gloire à
ton nom, Seigneur ! Gloire à la foi de ce prêtre-là anonyme ! – il a
consommé les saintes Espèces en mangeant même le lézard ! …
Oui ! Il a mangé le lézard qui était cependant, imbibé par le Sang du
Dieu-homme, notre Seigneur Jésus-Christ … Comment ne pas admirer ce
genre de foi ! Comment ne pas s’incliner devant la piété d’un tel prêtre ?
Un miracle bien vivant ! … (Et puis, on dit que des microbes se
transmettent à travers la Communion ! ….). Comment ne pas s’agenouiller
et baiser les pieds de ce prêtre anonyme qui a confessé, avec une telle
intrépidité et un acte tellement vif, sa foi en Christ, pendant la
consommation des saintes Espèces de cette Divine Liturgie-là inoubliable
à lui ! 1
On cite aussi un second événement semblable et plus tragique :
128. En discutant avec un chrétien, il y a quelques ans, il m’ a demandé :
« Si une mouche tombe dans le saint Calice, vous la mangerez ? » Et moi,
je lui ai répondu « OUI » (car j’en avais mangé une).
Il m’a dit :
-- Savez-vous ce qui s’est passé à mon pays natal, l’île de Psará, comme
nous rapporte la tradition ? À une région de l’île, dite Fidhólakkos, il y a
un monastère de sainte Matrone. Jadis, cette fosse-là avait beaucoup de
serpents. Une fois, lors d’une Liturgie, un petit serpent tomba d’une voûte
du sanctuaire dans le saint Calice, immédiatement après le Saint
Changement. Le prêtre a été horrifié et s’en était effrayé. Qu’est-ce qu’il
pouvait faire ? Il ne pouvait pas le jeter car, il avait été imbibé par la
Sainte Communion. Il a fait communier les quelques fidèles qui étaient
venus et à l’heure de la consommation il l’a mangé par force. La grâce de
1

Archim. Gervais Paraskevópoulos, « Ἑρμηνευτικὴ ἐπιστασία….», p. 199.

313
Dieu l’a couvert, comme tant d’autres et rien ne lui est arrivé. Pourtant, il
a été abattu moralement. Il s’était indigné et à cette heure-là, il est sorti
hors de l’église et par des cris de douleur forts, il a demandé au Christ
qu’il fasse que tous les serpents disparaissent de l’île. De la sorte,
jusqu’aujourd’hui, pas un serpent n’existe sur l’île de Psara !1
129. Par contre, un autre prêtre, comme m’a raconté un frère
concélébrant, à cause de sa maladie du diabète, a refusé de consommer la
Sainte Communion et l’a jetée dans le lavabo ! …2
Mes frères, pères et concélébrants et vous, les chrétiens fidèles, jugez
vous-mêmes, les événements…
130. En 1950 à peu près, les jeunes du cours de catéchisme de Drama,
nous sommes allés à Pravi de Kavala qui s’appelle, actuellement,
Élephtéroupoli. Dans l’après-midi, il y a eu lieu une manifestation qui
comprenait des chansons, des danses grecques locales, des sketches
chrétiens etc. Moi, je me suis assis près de quelques bons prêtres. La
soutane m’attirait un peu…
Tout le village assistait aux manifestations.
À un moment, le prêtre, à côté de qui je m’étais assis, me dit se
retournant vers moi :
-- Ce ne serait pas mieux de réunir tous ces jeunes, qui sont tellement
nombreux, et de raconter quelque chose relatif à la Divine Liturgie ? Car,
il arrive là tant de choses redoutables que nos chrétiens, nos fidèles, jeunes
ou adultes ne connaissent pas.
-- Vous avez raison, mon bon prêtre, lui ai-je dit. L’ancien de Sípsa nous
raconte des choses pareilles. (J’entendais le père Georges Carslídhis).
-- Ah ! Tu le connais ?
-- Oui, je le connais ! Mais, mon père, s’il vous plaît, dites-moi quelque
chose de redoutable qui s’est passé lors de la Divine Liturgie. Vous êtes
prêtre ici à Pravi ou à un village près d’ici ?
-- Pas ici mais à Nikíssiani.
Père Jean donc, m’a dit (il s’appelait comme cela) :
-- Dans les prières de l’Office de la Sainte Communion, ainsi qu’à
plusieurs prières de la Divine Liturgie et à d’autres Offices, je voyais ce
qui est écrit que Dieu est « un feu dévorant » et hélas à ceux qui
communient de façon inconvenable. Il brûle tous ! Cependant, il brûle le
péché et il dévore le diable, chez les dignes. Je ne pouvais pas comprendre
comment se fait-il que Dieu soit un feu qui illumine et caresse les dignes et

1
2

notes personnelles de l’auteur
notes personnelles de l’auteur

314
qui brûle les indignes. Je ne pouvais pas le comprendre et je me le
demandais pendant longtemps.
Lors d’une Divine Liturgie, quand je me suis levé après la Consécration
des Saints Dons, je vois soudain sortir du saint Calice, des feux, des
flammes blanches ! Je me suis effrayé, j’écarquillais les yeux et me disais :
« Mon Dieu, efface ceci, sinon comment puis-je communier ? » J’ai cessé
de célébrer et je n’ai pas continué à lire jusqu’à ce que la vision
disparaisse.
Finalement, le bon Dieu a consenti à la faire disparaître… Dès lors, que
puis-je dire ? … Ne serait-elle cette histoire plus salutaire que tout ce qui
se passe ici, avec les chansonnettes et les sketches, a demandé en terminant
père Jean de Nikíssiani.
Je n’ai pas répondu car, je le regardais bouche bée à cause de la peur. 1
Le starets Samson décrit de façon très concise quelque chose qui
approche à ce que le père Jean me raconta :
131. « Le métropolite et hiéromartyr Benjamin Kazantsef qui a été
exécuté par fusillade alors qu’il célébrait la Liturgie, une fois a vu
descendre dans le Calice une flamme de feu. Il était quelque chose de
sensible. Dieu nous l’a montré pour qu’on comprenne qu’il n’était pas un
métropolite insignifiant. Une flamme de feu géante au-dessus du Calice et
dans le Calice ! La sainte Grâce ! Oui, mais elle n’a pas été vue par tous.
Elle n’est pas apparu qu’à certains. On n’est pas tous dignes de voir de
telles choses, cela dépend de notre vie. Seuls le sont ceux dont les yeux
continuent à être des yeux humainement tout purs. Même les concélébrants,
archimandrites et anciens, ne l’ont pas tous vu. Ils ont entendu le bruit. Ils
ont compris que quelque chose d’étrange se passait à l’Autel. Cependant,
en fait, rien d’étrange ne s’était passé ». 2
* * *
« Je crois en un seul Dieu, Père, Tout-Puissant… »
Le CREDO a son histoire. Il a été rédigé par le premier et le deuxième
Conciles Œcuméniques.
Le premier eut lieu en 325, à Nicée de Bithynie, lorsque Constantin le
Grand était empereur. Trois cent dix-huit Pères et Maîtres de l’Église,
Martyrs et Confesseurs pour la plupart, qui ont beaucoup souffert pendant
les persécutions, ont condamné entre autres la redoutable hérésie d’Arius
qui disait qu’il eut une époque où il n’y avait pas le Christ, le Fils de Dieu.
Il interprète le « Au commencement était le Verbe…»3, comme le
1

notes personnelles de l’auteur
Évêque de Nicópolis, Mélèce, « Ὁ στάρετς Σαμψὼν », p. 84.
3
Jean 1, 1.
2

315
commencement du temps. C’est-à-dire, Arius niait la Divinité du Christ. Il
Le tenait pour une créature comme le font de nos jours les témoins de
Jéhovah, les petits-enfants d’Arius. Protagoniste du 1er Concile
Œcuménique fut Athanase le Grand qui était alors diacre du patriarche
d’Alexandrie, Alexandre.
Le 2ème Concile Œcuménique eut lieu en 381, lorsque Théodose le
Grand fut empereur de Constantinople, avec la participation de cent
cinquante Pères théophores et Maîtres, sous la présidence de saint Grégoire
le Théologien. Ce Concile condamna et mit à l’exil un autre hérétique, qui
s’appelait Macédonius et qui n’acceptait pas que le Saint-Esprit soit Dieu.
Le premier mot du Saint Symbole est le verbe « croire ». De nos jours,
on croit à tous et à toutes les choses, sauf en le vrai Dieu, à Qui l’on ne
croit pas. On n’a pas de foi, ni au caractère trinitaire de Dieu, ni à
l’incarnation du Dieu le Verbe, ni à la Divinité de Jésus-Christ, ni à notre
toute-Sainte comme Mère de Dieu, ni aux saints et à leurs saintes reliques,
ni aux miracles ni aux très saints Sacrements, ni à la parole évangélique, ni
à la vénération des saintes icônes… On croit en tout, sauf en Dieu et en Sa
révélation. Pourtant, les choses de la foi n’ont pas de fin.
Tous les dogmes que le symbole de la Foi contient, sont sûrs, vrais,
vivants, réels. Des vérités qui font grâce de la vie éternelle ! C’est pour cela
que tout ce qu’on dit ou qu’on prêche, soit par écrit, soit oralement et qui
n’est pas en accord avec les principes du SYMBOLE DE LA FOI, c’est une
hérésie, un égarement.
Heureux sont ceux qui croient et vivent selon les principes fondamentaux
et éternels que le SYMBOLE DE LA FOI contient ! Que lorsqu’ ils
arrivent à la fin de leur vie, ce CREDO la ferme à clef, la marque.
132. Il y a quelques années, mon ancien m’avait raconté le cas d’un
moine qui, durant l’ agrypnie de la Résurrection, puisqu’il se trouvait à
côté de l’Ancien d’un monastère et qu’on chantait dix fois le « Christ est
ressuscité », a reçu l’ordre d’aller à l’ossuaire afin de dire le « Christ est
ressuscité » aux frères endormis.
Il est immédiatement allé à l’ossuaire, y est entré tenant son cierge
allumé et a dit : « Frères et pères, L’ancien m’a ordonné de vous annoncer
d’une voix céleste : « CHRIST EST RESSUSCITÉ ». Alors,
miraculeusement, tous les os avec les crânes vénérés des moines se sont
levés haut d’un mètre ! Ils y sont resté immobiles pour quelques secondes
et puis ils sont revenus, calmement, à leurs places !

316
Voici le miracle de la foi et l’annonce préalable de la résurrection des
morts. (Cet événement a eu lieu au monastère de Saint Paul de la sainte
Montagne et est connu de tous).1
Il y a une coutume à certaines régions : à l’heure où l’homme est à
l’agonie, on s’agenouille près de son lit et avec componction on récite le
« Credo », le « Notre Père », le « Il est digne », on lit le Psautier, le
Nouveau Testament, on peut même faire des recommandations au mourant
de réciter par cœur le « Seigneur aie pitié… Ma Toute Sainte, aide-moi ».

1

notes personnelles de l’auteur

317

8. LA SAINTE ANAPHORE
Après l’« amen » qui doit se dire, à voix tonitruante, non seulement par
le chantre, mais par toute l’assistance, le diacre ou le prêtre adresse
l’incitation suivante :
« TENONS-NOUS BIEN ! TENONS-NOUS AVEC CRAINTE !
SOYONS ATTENTIFS À OFFRIR EN PAIX
LA SAINTE OBLATION ! »
Nombreux sont les anges. Ils forment des ordres et des légions, au
nombre de neuf, dont les chefs sont les archanges. Des noms d’archanges
sont cités dans la Sainte Écriture comme : Michel, Gabriel et Raphaël.
Ceux-ci s’appellent aussi généraux en chef. Outre ces trois archanges qu’on
a déjà cités, il y en avait un autre archange qui s’appelait Lucifer à cause de
sa splendeur. Pourtant, cet archange, dit le prophète Isaïe1, n’est pas resté
fidèle et dévoué à Dieu. Il tomba de sa hauteur et la cause de sa chute était
l’orgueil.
Lucifer s’enorgueillit et a dit : « Je monterai dans les cieux, je hausserai
mon trône au-dessus des étoiles de Dieu… je serai comme le Très-haut ».2
Dès qu’il eut commencé à penser orgueilleusement, il commença à tomber
de la hauteur de sa gloire, à dégringoler dans l’abîme. D’ange de lumière, il
se transformait et se faisait ange des ténèbres, Satan. Tout en tombant du
ciel, il entraîna une multitude d’anges encore qui formèrent sa légion : cela
n’est pas une fable. Il ne s’agit pas d’une narration imaginaire mais d’un
événement que le Christ lui-même rapporte en disant : « Je voyais Satan
tomber du ciel comme l’éclair ». 3
À l’instant où Lucifer tombait entraînant une foule d’anges, à ce même
instant, l’archange Michel claironna aux autres anges avec sa trompette
d’archange… « Tenons-nous bien » cria alors l’archange Michel, à ce
moment tragique de la chute de Lucifer, ce que le prêtre du Très-haut crie
aussi aux chrétiens fidèles qui assistent à la Liturgie : « Tenons-nous bien».
C’est une voix d’archange, mais c’est aussi l’incitation inspirée par Dieu,
de Paul l’apôtre qui dit : « Avec crainte et tremblement, mettez en œuvre
votre salut ». 4 C’est aussi la voix du Christ Lui-même : « Veillez et priez
1

Is. 14, 12.
Is. 14, 13-14.
3
Luc 10, 18.
4
Philip. 2, 12.
2

318
afin de ne pas tomber dans la tentation ». Cependant, s’il y a un moment
particulier où le « tenons-nous bien » doit être écouté plus fort, c’est celui
où le prêtre est prêt à célébrer les redoutables Sacrements, l’Eucharistie.
« Tenons-nous bien. Tenons-nous avec crainte ; Soyons attentifs à
offrir en paix la Sainte Oblation ! »
Le Mystère de l’Eucharistie s’appelle « anaphore » ce qui signifie qu’on
monte de bas en haut, (ἀνα-φερόμεθα). L’ « Anaphore » est une ascension.
Tout ce qui suit après le « Tenons-nous bien » s’appelle « Sainte
Anaphore ». Nous devons nous concentrer à ce qui va s’accomplir, peu de
temps après, avec une crainte sacrée, et une piété profonde, de tout cœur.
C’est cela que l’ecphonèse du prêtre célébrant nous dit.
Pour quelle raison ? Car, n’oublions pas que des anges et des archanges,
des chérubins et des séraphins assistent avec terreur autour du saint Autel et
dans l’église ! Nous tous, nous allons, peu de temps après, nous unir à ces
armées angéliques, pour offrir avec eux notre culte spirituel à notre Dieuhomme et Sauveur Jésus-Christ qui se repose sur Son trône de gloire dans
les cieux.
Lorsque nous célébrons la Divine Liturgie, nous nous trouvons dans
l’église et sur la terre. Pourtant, le sacrifice non-sanglant s’adressera et
accédera à l’église céleste, à l’église du royaume de Dieu. C’est pour cela
qu’ il s’appelle « Sainte Ἀνα-φορά » ! Car, notre culte spirituel s’élèvera et
s’offrira à l’Autel céleste. L’Autel d’en bas se fait un, avec celui d’en haut !
Dieu le Seigneur qui se fait servir par nous, ses célébrants indignes qui
portons la chair corruptible et pécheresse, assiste invisiblement et de façon
incompréhensible comme «celui qui offre et qui est offert», comme grandprêtre, que tous les ordres angéliques escortent, adorent et glorifient.
Nous sommes invités à honorer et à veiller sur cette Sainte Anaphore
avec terreur. Oui, y faire attention, car elle accédera aux cieux,
accompagnée d’une foule d’armées angéliques. Qui fera monter la Sainte
Oblation aux cieux ? –Oh ! Quel miracle incompréhensible et surnaturel !–
C’est le Fils et Verbe qui, en tant que notre propre représentant et
médiateur, fera accéder aux cieux notre oblation. Car, Il est « celui qui offre
et qui est offert », le grand-prêtre. Il l’offrira au Dieu-père des lumières, à
l’Ancien des jours, comme un encens agréable, une Oblation sainte, un
doux parfum spirituel !
La sainte Église est un lieu d’anges, un lieu d’archanges, le royaume de
Dieu, le ciel lui-même. « Comme si, donc, quelqu’un qui ouvrait le ciel, dit
saint Chrysostome, et qui te guidait là, même si tu voyais ton père ou ton
frère, tu n’oserais pas leur parler, de même, il ne faut pas dire ici autre
1

1

Matt. 26, 41.

319
chose que les lectures spirituelles et les prières. Car, même l’Église, c’est le
ciel ».1 Dans les cieux règne la paix imperturbable, la paix de Dieu, « qui
surpasse toute intelligence », qui surveille tout dans la ville céleste du Haut
Jérusalem. L’agitation, le bruit, le désordre n’y entrent pas.
Si nous avons notre cœur agité, si notre esprit est confus, si des pensées
floues prédominent lors du Saint Culte et de la Sainte Anaphore et pendant
la consécration des Saints Dons, cela signifie que notre conscience nous
harcèle et nous accuse, que dans une certaine mesure, nous sommes
coupables. Si cela est vrai, la grâce de Dieu est chassée du-dedans de nous.
Elle nous « déloge », elle nous « fait sortir » même de l’église. Elle nous
dénie, car nous sommes privés de l’amour envers Dieu et le prochain.
À l’incitation du célébrant aux fidèles d’offrir la sainte Oblation « en
paix », le peuple de Dieu répond :
« MISÉRICORDE DE PAIX, SACRIFICE DE LOUANGE »
Pour que notre sacrifice soit un « sacrifice de louange », c’est-à-dire
agréable à Dieu, il faut que notre cœur soit inondé par la « miséricorde de
paix », c’est-à-dire par l’amour agissant, par l’ardente compassion, par le
pardon et la paix, par l’ardente compassion et compréhension.
Dieu, s’adressant aux juifs, à travers la voix du prophète Osée et plus
tard le Seigneur Jésus-Christ Lui-même, demanda : « C’est la miséricorde
que je veux, non le sacrifice ». 2
Par conséquent, le « sacrifice de louanges » signifie le culte spirituel, que
nous devons offrir à Dieu, avec reconnaissance et remerciement, ayant
précédemment arrangé tous les problèmes avec le prochain.
Pourtant, le Seul Sacrifice était celui que notre Seigneur Jésus-Christ
offrit au Dieu-père sur la sainte Croix. Nous aussi, nous offrons maintenant
ce même Sacrifice, mais de façon non-sanglante et spirituel, pendant la
Divine Liturgie. Par le moyen de la Sainte Communion au Corps et au Sang
du Christ, nous devenons consanguins et un seul corps avec Jésus-Christ.
Un seul corps avec le Dieu-homme Seigneur, afin d’avoir la possibilité
d’offrir, nous aussi à notre tour, nous-mêmes comme un sacrifice spirituel
et agréable à Dieu.
Lorsque nous nous trouvons à l’entrée de l’église et nous mettons les
pieds sur le seuil de la porte, pour entrer à la salle royale de la Sainte
Anaphore, le célébrant crie et nous recommande « tenons-nous bien » mais
il nous souhaite aussi la paix : « Offrir en paix la Sainte Oblation ». Tout le
1
2

Hiéromoine Grégoire, « Ἡ θεία Λειτουργία », p. 253.
Osée 6, 6 et Mat. 9, 13.

320
peuple répondent et assurent que nous venons ici pour participer au
Sacrifice continuel de Jésus-Christ, réconciliés avec Dieu, apaisés en nous
et en paix entre nous.
Dès le début de l’office, nous demandons la miséricorde de Dieu et
maintenant, le moment est venu, d’assurer que nous n’avons rien d’autre à
offrir à Dieu, sauf la pitié et la paix dans notre cœur, la compassion et une
disposition de s’aimer les uns les autres. Car, c’est cela que Dieu désire, à
la place de tout autre sacrifice. Aimer son prochain, c’est un sacrifice. C’est
un sacrifice ! … Ceux qui aiment vraiment, le savent.
Le grand Sacrifice, qui a été offerte une fois pour toutes, et qui continue
à présent dans l’église, est le Sacrifice de Jésus-Christ auquel nous
participons avec un cœur plein d’amour et de paix.
Les Saints Dons ne sont pas offerts seulement à l’Autel terrestre mais ils
s’élèvent à l’Autel céleste aussi. L’Église militante célèbre et adore Dieu
sur la terre. Cependant, il se passe la même chose avec l’Église
triomphante, qui offre son propre culte, sa gloire et sa Sainte Eucharistie
dans les siècles des siècles.
« Tenons-nous debout ; tenons-nous avec crainte ».
La Divine Liturgie progresse, avance vers le sommet du calvaire. Peu de
temps après, le Sacrifice non-sanglante va s’accomplir ! Et le Sacrifice
n’est rien d’autre que ce moment-là bouleversant où le Pain et le Vin
changent en Corps et Sang du Christ ! Cela est le plus grand miracle de
tous les miracles qui se passe durant le saint culte. Le Saint-Esprit descend
et, par la grâce du sacerdoce du prêtre, réalise le Changement Divin. Ceux
qui ont une foi inébranlable et une simplicité de cœur, le conçoivent et le
vivent. Ceux qui ont de l’humilité et une vie sans tache, une pureté d’âme
et de corps, le vivent ! …
133. Lorsque j’étais jeune, étudiant de dernière année à l’école
secondaire de l’époque, je servais, moi le tout insignifiant, dans le
Sanctuaire de la sainte église de la Présentation de la Vierge de Drama. Le
curé de ces années-là, le père Théodore, m’ avait raconté, qu’avant 1920,
il avait connu un prêtre très pieux, qui ne faisait jamais la consécration des
Saints Dons s’il ne voyait pas préalablement une colombe splendide et
toute blanche, venir et rester immobile au-dessus des Saintes Espèces.
Après le Changement divin, il attendait pour quelques instants, jusqu’à ce
qu’il voyait le Sanctuaire s’éclairer et la colombe disparaître.
Une fois, la colombe n’est pas venue… Lui, il l’attendait… Avec lui,
l’attendaient aussi tous les paysans du même village, car c’était Noël…
Les moments passaient et ce prêtre pieux, ne se décidait pas de faire le
Changement, car, il ne connaissait pas d’autre façon ! Il ne connaissait que

321
cette façon-là, il ne vivait que celle-là ! Chaque fois que le Changement
divin c’est-à-dire la Consécration des Saints Dons allait se réaliser, cette
colombe toute blanche apparaissait. Il a commencé à pleurer… (Que ses
vœux et ses prières par les cieux nous accompagnent.) Alors, il est sorti par
les portes saintes et a dit à l’assistance :
-- L’Esprit Saint ne descend pas… Excusez-moi, mes compatriotes, car je
suis un pêcheur ! Excusez-moi, excusez-moi… moi, j’attendrai…
Qu’est-ce que les villageois pouvaient faire ? Ils attendraient aussi.
Quelques instants après, le prêtre a vu la colombe descendre, à la vitesse
de l’éclair, par la coupole de l’église et s’immobiliser au-dessus des Saints
Dons, toute entière dans la lumière, toute entière dans la gloire ! …
Ce saint prêtre a dit : « Il est venu ! » Il s’est tourné avec simplicité, a
fait la Consécration et a continué la Divine Liturgie de la Nativité.1
Pour nous aussi, chaque fois que nous célébrons le saint Office, arrive à
un moment cet événement bouleversant de la Consécration. Peu avant, le
prêtre incite les chrétiens fidèles à renforcer leur attention, en disant : « Les
portes ! Les portes ! » et encore, peu de temps après : « Tenons-nous bien !
Tenons-nous avec crainte ! … ». En ces moments, il faut que la foi, l’amour
vivant, la longanimité, la tolérance et le pardon prédominent en eux…
Ils n’y pas de place dans le Culte Orthodoxe pour les non-baptisés ou
ceux qui ont une foi religieuse différente. Ils n’y pas également de place
pour les infidèles, les hérétiques, les anti-christs, les blasphémateurs, les
athées, les francs maçons, les satanistes, ni pour ceux qui ont un cœur dur
comme la pierre ; c’est-à-dire, ceux en qui règnent la méchanceté, la
vengeance, la fureur, la haine, la cruauté, la dureté. Le Sacrement du saint
culte est un hymne d’amour et de paix, c’est un « sacrifice de louange » !
Immédiatement après le « miséricorde de paix, sacrifice de louange », le
prêtre célébrant sort par les saintes portes et il bénit le peuple de façon
cruciforme avec sa main (autrefois la bénédiction s’offrait avec l’ « aër »).
S’il y a un évêque célébrant, il bénit avec la Croix de bénédiction qui se
trouve sur le saint autel, en disant :

« QUE LA GRÂCE DE NOTRE SEIGNEUR JÉSUSCHRIST, L’ AMOUR DE DIEU LE PÈRE ET LA
COMMUNION DU SAINT-ESPRIT SOIENT AVEC
VOUS TOUS ».

1

notes personnelles de l’auteur

322
Cette bénédiction, dite trinitaire, est donnée par Paul l’apôtre. « La
bénédiction trinitaire de Paul l’apôtre, nous dit un ancien écrivain
ecclésiastique, dans toutes les églises, n’est qu’un préambule de la Liturgie
mystique » ; c’est-à-dire, dans toutes les églises, la Liturgie mystique
commence de la sorte. (Car c’est maintenant que la Sainte Anaphore
commence aussi !…). Il faudra faire attention, en particulier au témoignage
de cet ancien écrivain ecclésiastique : qu’est-ce qu’il entend exactement,
lorsqu’ il écrit que la bénédiction de l’apôtre Paul, dans toutes les églises
est « le préambule de la Liturgie mystique » ?
Il se peut qu’il entende :
 que la partie mystique de la Liturgie commence maintenant, par
conséquent les catéchumènes, ainsi que tous les non-initiés, les nonbaptisés, les athées, les hérétiques etc. ne peuvent y assister, ou
 que c’est maintenant que le Sacrement Divin est célébré. 2
Pourtant, toutes les deux explications nous disent la même chose, c’est-àdire que la Sainte Anaphore est le point le plus sacré de la Divine Liturgie
car dorénavant on entre « aux saints des saints » du culte divin.
Les événements de la Sainte Eucharistie ne sont pas une sorte de
démonstration, beaucoup plus ce ne sont pas un théâtre. (Un certain évêque,
lorsqu’il célébrait la liturgie, me déclara : on joue tous la comédie
maintenant, car, malheureusement, on ne participe pas aux choses
redoutables qui prennent lieu ici). Il s’agit du fait même du Sacrifice de
Jésus-Christ au Golgotha –certes, de façon non-sanglante– qui continue
dans l’Église selon Son commandement. «Faites cela en mémoire de moi».3
C’est pour cela qu’on dit que la Divine Liturgie est, en même temps, une
commémoraison.
Le prêtre célébrant est, en ce moment, une personne distincte, face à tous
les fidèles et il a reçu la grâce spéciale et le mandat de transmettre trois
grands dons aux assistants chrétiens : la grâce, l’amour et la Communion
du Saint-Esprit.
Saint Nicolas Cabasilas attribue ces dons à chacune des Hypostases
bienheureuses de façon particulière : la grâce au Fils, l’amour au Père et la
Communion à l’Esprit Saint. Le Fils, sans que nous ne contribuions à rien,
se donna Lui-même comme Sauveur en notre faveur. Car, il est mort en
notre faveur, lorsque nous étions encore pécheurs. Sa providence pour nous
donc, c’est la grâce. Comme le Père, au moyen de la passion du Fils, fit
réconcilier le genre humain avec Lui et aima ses ennemis, tout ce qu’Il a
1

1

II Cor. 13, 13.
Saint Évêché de Servia et de Kozani, « Λόγοι οἰκοδομῆς… » p. 313-314.
3
Luc 22, 19.
2

323
fait en notre faveur est dit amour. Et comme « le riche en miséricorde » dut
transmettre Ses dons aux ennemies avec lesquels Il se réconcilia, c’est
l’Esprit Saint qui s’en chargea, en inspirant les apôtres. C’est pour cela que
la bonté du Saint-Esprit envers les hommes est dite Communion. 1
Tout fidèle ressent le Saint-Esprit Qui l’informe qu’il est l’enfant de
Dieu, créé « à son image » et « à sa ressemblance ». Dans son cœur,
illuminé par le Saint-Esprit, une voix mystique s’entend : « Abba, Père ! » 2
De cette façon, dans le saint culte nous devenons participants aux dons
de la Sainte Trinité : par la source –c’est-à-dire par l’amour du Dieu Père–
à travers le chemin et la porte –c’est-à-dire la grâce du Fils et Verbe– vient,
à tous les participants chrétiens et à chacun séparément la Communion du
Saint-Esprit. Par conséquent :
 la providence de Dieu pour notre salut est « la grâce » (don, charisme).
 Son offre, en tant que Sacrifice sur la Croix se dit et c’est « l’amour ».
 la distribution des dons béats de Dieu, à titre gratuit, par le Saint-Esprit
se dit et c’est la « Communion » !
De plus, Saint Nicolas Cabasilas se demande : « Comme tous les biens
et les charismes trinitaires se donnent aux hommes à travers l’Incarnation
de Dieu en la Personne de Jésus-Christ – certes, à ceux qui l’ont accepté et
l’ont cru – à quoi bon offrir cette bénédiction et prière apostolique à ce
point de la Divine Liturgie ? » Et il répond lui-même : « Bien sûr qu’on
doit les offrir pour ne pas perdre les charismes une fois acquis et pour les
garder jusqu’à la fin de notre vie. C’est pour cela que le prêtre ne dit pas :
qu’ils soient donnés à vous tous, comme d’ailleurs ils se sont déjà donnés,
mais il prie : « qu’ils soient avec vous tous », c’est-à-dire « qu’ils restent à
vous tous ». 3
La Divine Liturgie n’est qu’une communion de l’homme avec la grâce
du Dieu Trinitaire. « Par le Dieu-Père la vie est donnée à nous à travers le
Fils et en l’Esprit Saint » c’est ce que dit et nous assure Saint Basile le
Grand, c’est-à-dire ce qui vivifie le chrétien, c’est l’offre de la Sainte
Trinité Elle-même. 4
« Cependant, toute bénédiction, toute grâce, toute force, toute
illumination, joie, paix et gloire commencent par le Père, descendent à
travers le Fils et le Verbe et s’accomplissent par l’Esprit très Saint » nous
dit saint Grégoire de Nysse, le frère de saint Basile le Grand.5 Ces dons
1

Saint Nicolas Cabasilas, « Ἑρμηνεία εἰς τὴν θείαν Λειτουργίαν », p. 89, 90.
Gal. 4, 6.
3
Saint Nicolas Cabasilas, « Ἑρμηνεία εἰς τὴν θείαν Λειτουργίαν », p. 90.
4
Basile le Grand, P.G. 29, 664 C.
5
Saint Grégoire de Nysse, P.G. 45, 125 C.
2

324
trinitaires, ces bénédictions, sont richement offerts, durant le saint culte, par
la Sainte Communion.
L’analyse qu’on fait ici sur la bénédiction apostolique, déclare en même
temps le dogme de la Sainte Trinité. Le Père, le Fils et le Saint-Esprit, les
trois Personnes de la Divinité, collaborent pour le salut de l’homme.
134. Le père Daniel l’Hésychaste, au mont Athos, recevait, tous les jours
dans ses Liturgies quotidiennes, bien des dons, de nombreuses bénédictions
et des charismes trinitaires abondants. Il célébrait la liturgie tous les jours,
même pendant la sainte quarantaine, durant soixante ans entiers. J’avais
entendu parler bien des choses sur cet ascète et ministre du Très-Haut. Il
n’était qu’un ange terrestre et il célébrait la liturgie avec les anges de
façon angélique.
L’ancien Joseph l’Hésychaste de la caverne, avec son frère spirituel
L’ancien Arsène, voyageaient à pied pendant des heures pour le
rencontrer, le voir et l’admirer lorsqu’il célébrait la liturgie ! Ils ne
voulaient rien d’autre que de le regarder lorsqu’il faisait la liturgie ! Il
vivait à l’écart et célébrait le saint Office dans la caverne de saint Pierre
l’Athonite.
Les pères spirituels agiorites ont écrit et ont dit de lui qu’il était « un
esprit au service de Dieu » et « une flamme de feu » selon le verset de
psaume « il fait des vents ses messagers, des flammes de feu ses
serviteurs » (Ps. 103, 4).
Tous ceux, qui ont assisté fût-ce qu’à une de ses Divines Liturgies,
confessaient qu’elle était une vraie mystagogie. Une descente du Culte
céleste sur la terre, là, dans la caverne où le père Daniel célébrait la
liturgie. C’était aussi en même temps une vraie montée de l’Autel terrestre
vers le Culte céleste, voire à l’Autel céleste du Haut Jérusalem.
Il célébrait chaque jour la Liturgie de saint Basile le Grand que l’on
célèbre, comme il est connu, dix fois par an, car il voulait que sa Liturgie
dure longtemps. Il lisait les prières très lentement avec compréhension et
beaucoup de componction. Il ne se hâtait pas du tout. Qui pourrait le
presser et pour quelle raison ? Toute la nuit était dans sa disposition !
Des larmes abondantes, silencieuses et très douces coulaient à cause de
la componction. Il arrêtait les ecphonèses et la lecture des prières à cause
de l’allégresse, le recueillement et l’abondance des larmes. Il avait tant de
componction qu’il ne disait pas le « Par les prières… », si le sol en terre
battue de sa caverne « divinement bâtie » ne se transformait pas en boue
par les larmes !

325
Il célébrait la liturgie tous les jours pendant soixante ans entiers,
incessamment, sans jamais rompre. Pas une fois ! Il est mort béatement,
voire après sa dernière Liturgie, à l’heure où il est allé se reposer, car il
avait aussi cette habitude-là bénie : il se retirait pour une ou deux heures
afin de se réjouir de la splendeur des Dons divins qu’il recevait lors du
saint culte.
Sa Divine Liturgie durait très longtemps. Bienheureux étaient ces
instants et ces heures-là durant lesquels l’esprit du père Daniel s’élevait au
Culte céleste. Avec ses prières et ses paraclisis pleines de pleurs et de
larmes, il remplissait la création de Dieu d’une beauté paradisiaque (les
Pères témoignent ainsi de lui !), mais il renforçait aussi les chrétiens
traumatisés du monde, il affermissait les faibles, illuminait les confus,
consolait les attristés et les endoloris, protégeait les moines, fortifiait les
fidèles qui menaient le combat spirituel… et avec ses larmes abondantes et
ses pleurs quotidiens il déblayait le chemin du salut à nous, les pécheurs !
Il était un parmi les peu nombreux de chaque génération qui rendent le
monde angélique ! 1
« Que la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ,
l’amour de Dieu le Père
et la Communion du Saint-Esprit soient avec vous tous ».
Je crois que lorsque le père Daniel disait cela, toute la bénédiction
trinitaire de Dieu passait à travers ses mains à tout le monde.
Cette bénédiction trinitaire est aussi apostolique, car c’est l’apôtre des
Nations Paul qui est le premier à la prononcer et à l’écrire. Notre Église l’a
mise comme préambule de la Sainte Anaphore au grand Sacrifice nonsanglant du saint culte. Dès lors, d’innombrables armées de prêtres et
d’évêques l’ont prononcée. En outre, elle a eu souvent et elle a maintenant
des résultats miraculeux manifestes, comme nous informent les synaxaires
et les Livres des Anciens
La grâce de la bénédiction trinitaire n’appartient pas à notre Seigneur
Jésus-Christ seulement mais aussi au Père et à l’Esprit Saint. L’amour
n’appartient pas seulement au Père seul mais aussi au Fils et à l’Esprit
Saint.
Car, selon le dogme trinitaire de notre foi, Dieu est Un, mais en trois
Personnes : Père, Fils et Saint-Esprit.
Un Dieu Trinitaire : « Trinité Sainte, ô ! Dieu, aie pitié de nous ».
Il existe un dialogue dramatique dans ce préambule de la Sainte
Anaphore. Un dialogue entre le prêtre célébrant et les participants chrétiens
mais qui se fait par les chantres.
1

Archim. Joannice, « Ἀθωνικὸν Γεροντικὸν », p. 194, 208, 240.

326
Au « Tenons-nous avec crainte ; Soyons attentifs à offrir en paix la
Sainte Oblation ! », le peuple répond :
-- Miséricorde de paix, sacrifice de louange.
Immédiatement après la bénédiction trinitaire et apostolique le peuple
répond :
-- Et avec ton esprit.
Cela veut dire: nous te souhaitons la même bénédiction que tu nous as
souhaitée. Même si, nous les célébrants, nous sommes indignes de notre
apostolat, la sainte grâce ne cesse jamais de se transmettre, d’arroser et de
rafraîchir les âmes des chrétiens. Le prêtre n’est qu’un instrument dans les
mains du saint Dieu, qui emprunte sa bouche, ses yeux et ses mains et
accomplit les mystères. Quel que soit le célébrant, quelque indigne qu’il
soit, les mystères se réalisent et sont valides. Pourtant pas un seul de nous
les prêtres n’a le droit de différencier le caractère de sa vie privée de son
ministère. Où qu’il aille, quoi qu’il fasse, de quelque façon qu’il soit habillé
ou qu’il se comporte et qu’il parle, il est avant tout et au-dessus de tout
PRÊTRE, ministre du Très-haut.
La grâce est donnée à titre gratuit au peuple de Dieu, elle est donnée à
titre gratuit au prêtre aussi et à l’Église chrétienne qui est composée des
prêtres et des laïcs. La grâce à tous, l’amour à tous, la Communion du
Saint-Esprit à tous. Les dons spirituels du saint culte sont communs.
« ET AVEC TON ESPRIT ».
Quelle est la réponse du peuple assistant qui convient à la bénédiction
trinitaire du prêtre célébrant ? « Et avec ton esprit ». Elle est la seule à
satisfaire tout besoin réel et le sens de laquelle est : que cette même grâce
divine, que ce même amour divin, que cette même Communion de l’Esprit
Saint reviennent à ton âme qui ne désire que les choses spirituelles et s’est
dirigée vers les cieux, au trône de la grandeur de Dieu.
Ces moments sont redoutables, bouleversants, lumineux. Cependant,
nous sommes pauvres, vides, glacés ! Au lieu que la grâce du Saint-Esprit
règne dans nous, malheureusement, ce sont les passions, les petitesses,
l’égoïsme, les malices, les jalousies, les méchancetés qui prédominent.
Pourtant, lorsqu’on est remplit et l’on se couvre par l’amour du Dieu le
Père, par la grâce de Jésus-Christ et par la Communion du Saint-Esprit, nos
âmes se trouvent spirituellement dans les cieux, elles vivent les choses
célestes comme les anges et se réjouissent de façon spirituelle des mystères
indicibles de Dieu. « Lorsqu’on est dans l’église de ta gloire, on se sent être
dans les cieux ».

327
La bénédiction trinitaire et de caractère apostolique du prêtre célébrant et
la réponse du peuple « et avec ton esprit » nous offrent les dons célestes
richement mais nous obligent aussi à se faire tout spirituels, tout lumineux.
Devenir des sources de lumière, pas des sources du mal. Amen.
135. Le père Païssios, le moine connu, racontait que lors de la grande
famine de 1917, les moines du monastère d’Ivíron, voyant que les greniers
du monastère se vidaient, n’offraient plus l’hospitalité comme autrefois. Un
supérieur même était tellement avare qu’il insistait à la suspendre
complètement. Cela devait donc arriver immanquablement que le Christ en
retire toute bénédiction de Sa part. Alors, les moines ont commencé à avoir
faim et à se plaindre au Christ et à la Toute Sainte qu’ils ne se souciaient
plus de leur monastère. Malheureusement, ils n’avaient pas compris leur
faute.
Un jour, le Christ s’est présenté au concierge du monastère comme un
pauvre en guenilles et lui a demandé un peu de pain. Le concierge lui a dit
attristé :
-- Nous n’en avons pas, mon frère, c’est pourquoi, on a suspendu
l’hospitalité. Pourtant, attends un petit-peu, pour que je t’apporte le petit
morceau que j’ai pour moi dans ma cellule.
Il a vite couru, est allé dans sa cellule, a apporté le pain qui était à lui et
le lui a donné. Cependant, il voyait que la Face du pauvre a commencé à
resplendir.
Dès que le pauvre a pris le pain, il a dit au concierge :
-- Savez-vous pour quelle raison ce malheur est-il tombé sur votre
monastère ? Parce que vous avez expulsé deux hommes : le « Donnez » et
le « Il vous sera donné ».
-- Qui ? a demandé le concierge.
-- Le « Donné » et le « Il vous sera donné ».
Après ces paroles, le pauvre a disparu, laissant une splendeur qui a
ébloui le concierge. Alors lui, il a perdu la tête et effrayé a vite couru au
supérieur du monastère (car il s’agissait d’ un monastère « idhiórythmo »,
c’ est-à-dire les moines ne mangeaient pas tous ensemble matin et soir, ils
n’ avaient pas une table commune) où il lui a raconté l’événement.
Au début, les pères ont mis à l’épreuve leur cerveau pour se rappeler
quels hommes ils avaient expulsé. Cependant, ils ont compris ensuite que
ces paroles étaient évangéliques et, par conséquent, ce Pauvre-là n’était
que le Christ Lui-même !
Moi aussi, en 1959, à Caryés de la sainte Montagne, j’avais entendu par
un ermite qui s’appelait père Joachim, à peu près les mêmes choses. Il me

328
parlait de la valeur de la charité, tant au niveau pratique qu’à celui de
l’esprit, en relation avec la Sainte Communion :
« À mesure que tu fais l’aumône de ton nécessaire, me disait le père
Joachim, autant tu recevras des charismes –tant matériels que spirituels–
et en particulier, lorsque tu célébreras la liturgie, voire à l’heure de la
Communion des mystères immaculés.
Cela s’est passé aussi avec le concierge du monastère d’Ivíron en 1917.
Lorsqu’il a communié le lendemain, il est devenu tout en lumière, tout
splendide et tout lumineux. Il a ressenti au-dedans de lui –et il l’a éprouvé–
la Sainte Communion qui répandait, qui faisait plonger tout son être dans
une allégresse divine. Le comble de l’humiliation et de la contrition l’ont
inondé. Il pleurait ne sachant pas pourquoi. Puis, il a commencé à avoir
honte. Il avait honte de son Sauveur, le Seigneur Christ, qui a daigné le
remplir avec tant de dons incompréhensibles ».
Le père Joachim a fini tout en me disant : « Essaie-le, mon diacre et tu
verras cela en pratique… ».
La suite de cet événement est connue. Les pères se sont repentis de leur
faute et dès qu’ils ont commencé à donner de leur nécessaire aux pauvres
moines et laïcs, les bénédictions abondantes de Dieu ont accouru aussi, a
conclu le père Païssios.1
J’ai rapporté cet événement, non seulement pour dire qu’il faut être
accueillant et charitable envers tous, mais aussi car, ce moine avait combiné
l’aumône matérielle envers le prochain à l’aumône spirituelle en relation
avec la Sainte Communion qui est le centre de la Divine Liturgie.
« TENONS HAUT LES CŒURS »
dit le prêtre. Le peuple répond : « Nous les avons vers le Seigneur ».
En ce dialogue dramatique, nous vivons, spirituellement, l’événement
même de la Transfiguration. L’esprit en est ravi, le cœur aussi, tout
l’homme est ravi et il se transfigure. Ce n’est que transfigurée par l’Esprit
Saint, au moyen de la bénédiction trinitaire et apostolique qui précéda, que
l’âme peut monter « sur une haute montagne »2 par où elle sera saisie et se
réjouira de la Table immortelle de la Vie Éternelle de notre Seigneur. Plus
simplement : au miracle de la transfiguration liturgique, à l’heure du
« tenons haut les cœurs » la toute puissante grâce trinitaire de notre Christ
nous saisit du dedans de l’église où nous assistons à la liturgie et nous
« transmet », c’est-à-dire nous fait monter à la haute montagne de l’Amour
1
2

Ancien Païssios l’agiorite, « Ἁγιορεῖται Πατέρες καὶ ἁγιορείτικα », p. 135.
Marc 9, 2.

329
du Dieu le Père, où se trouve le trône de Sa grandeur divine ! C’est là, que
le mystère de la communion au Saint-Esprit prend lieu. La sensation
complète de cette Communion, grâce et amour de l’accession divine au
mystère incompréhensible, est vécue par quelques prêtres saints et purifiés
et par quelques chrétiens respectant Dieu, pour quelques instants
seulement ! …
L’âme qui assiste à la liturgie doit désirer de toutes ses forces cette
montée. Plus humble, sincère et pur est son désir, son envie, plus grands
sont les dons de sa transfiguration spirituelle intérieure. Une transfiguration
se reportant même aux sens, à tout le corps aussi. L’homme intérieur, aussi
bien que l’homme extérieur, sont magnifiés, sont illuminés.
« Tenons haut les cœurs ». Le prêtre célébrant relève les mains et
montre en haut vers la coupole de l’église où se trouvent Dieu le Seigneur,
le tout puissant, le sommet de la montagne Thabor, la chambre mystique
dans laquelle aura lieu l’union spirituelle et mystique, la transfiguration de
notre âme par le Christ notre Sauveur ! Est-il un lieu déterminé ? Non.
C’est –en un certain sens– une échelle céleste qui s’appuie ici-bas, dans
l’église, dans l’Autel terrestre et dont la fin ne se voit pas car son sommet
est invisible et inaccessible à nos pauvres yeux.
Tous ceux des prêtres célébrants qui sont saints, nous les voyons plongés
dans un mouvement continu avec les anges. Ils vont d’un Autel à l’autre, au
Culte de l’Église triomphante, c’est-à-dire à la VISION de la lumière
incréée de la Divinité de triple éclat. L’esprit et le cœur, quand ils
reviennent de cette vision de la beauté divine dans l’église, voient ce même
Autel très saint et toute l’église, pleins de lumière. « Car, sur l’Autel », dit
saint Grégoire Palamas, « se trouve le Christ Lui-même, la lumière du
monde qui appose et offre Son Corps illuminant afin que les chrétiens s’en
nourrissent et que le monde soit sauvé. Afin que nous nous en
nourrissions ».1
Toutes ces choses, sublimes et spirituelles existent dans l’ecphonèse
« Tenons haut les cœurs ». Dans quelques secondes, incessamment, l’âme
monte Très-Haut. Plus elle monte, plus elle désire vivement un plus haut
degré spirituel.
« Tenons haut les cœurs » et le désir d’y monter enflamme toute notre
âme ; car, notre âme connaît très bien, c’est-à-dire elle est bien et sans
égarement informée que, peu de temps après, elle assouvira sa faim avec la
nourriture impérissable, la Sainte Communion !
Il est certain que saint Siméon le nouveau théologien, vivait
continuellement dans la vision de la beauté divine de l’Autel céleste,
1

Saint Grégoire Palamas, P.G. 150, 1101.

330
lorsqu’il célébrait la divine liturgie. Nous en sommes informés par ses
écrits. Il écrit quelque part : « Certaines fois, il m’est très difficile de
comprendre lequel des deux me réjouit le plus : le rayon réjouissant de la
splendeur divine par la vision de la Divinité de triple éclat ou la nourriture
de la Sainte Communion que j’ai dans ma bouche ? Le goût divin
« buccal » ou l’extase de l’esprit ? Mon cœur désire vivement la vision de
la beauté divine mais, en même temps, elle s’attire et s’enivre
spirituellement par la douceur ineffable de la Sainte Communion qui
commence par la bouche. Lequel des deux ? Car, plus j’aspire à la lumière
incréée de la grâce divine, plus je me réjouis et je me délecte par la
béatitude indescriptible de la saveur de la Sainte Communion.
De la sorte, je ne suis jamais saturé de la vision des rayons divins de la
Divinité de triple éclat, ni de la nourriture du Corps et du Sang de JésusChrist. Car, lorsqu’il me semble être saturé de l’un, je commence à avoir
une soif insatiable de l’autre. Ainsi, encore une fois et toujours, j’ai faim et
j’ai soif ».1 Certes, nous ne comprenons pas bien cela car, nous n’avons pas
le même flair spirituel, nous n’avons pas les mêmes organes sensitifs
spirituels. De cette façon, nous restons vides, sourds, froids, insensibles.
« Tenons haut les cœurs ». L’âme se hisse pour rencontrer son Sauveur,
notre Seigneur Jésus-Christ. Pourtant, les maux des vertus, la peine
d’observer les commandements et la violence contre les intentions du cœur,
sont nécessaires à cette montée. Ici pourtant, pendant la Divine Liturgie, la
peine se transforme en repos, le mal en délivrance et la violence en force
par Dieu !
Que peut bien vouloir dire ce « élever nos cœurs » ? Qu’est-ce que
c’est que le « cœur », dans le langage ecclésiastique ? C’est le centre
naturel de la vie organique de l’homme. Pourtant, il est en même temps, le
centre de notre existence dans lequel se réalisent notre communion et notre
union au Dieu tout-Saint. C’est-à-dire, il est ce lieu-là spirituel où se
développe la vie spirituelle en sa totalité et dans lequel agit l’énergie
incréée de la Divinité de triple éclat.
L’existence de ce cœur –comme elle est analysée spirituellement par
notre Église– est entièrement inconnue, même aux chrétiens ! Cela est dû à
bien des raisons : d’abord nos passions en sont responsables (la confusion
de l’esprit), ainsi que l’ignorance des Écritures, des dogmes de notre foi et
de la vie spirituelle en sa totalité. L’abstention presque totale aux mystères
très saints, l’absence d’expérience spirituelle et finalement l’omission
complète de la prière spirituelle du cœur, selon l’enseignement des Pères
néptiques en sont aussi la cause.
1

Saint Siméon le nouveau théologien, vol. 19 Ε, ΕΠΕ, p. 387.

331
Il y a nombreux qui demandent, à plusieurs reprises, et veulent savoir,
s’informer et d’autant plus vivre la prière du cœur, surtout à cause d’une
impulsion intérieure égoïste, aspirant exclusivement à ses fruits, sans en
fournir les gros efforts nécessaires à la purification par leurs passions.
La prière du cœur exige d’une haute lutte ! Pas une lutte pour qu’on
essaie de faire concentrer l’esprit dans le cœur, car à cause de nos passions,
on n’y rencontrera que de l’obscurité, de l’égarement et de la perversion
spirituelle. Au lieu de la grâce et de la lumière divine on rencontrera des
lumières démoniaques.
La première condition pour que la prière du cœur réussisse, selon
l’analyse des Pères, est qu’on puisse s’associer par un sentiment de pitié à
la douleur de notre prochain mais aussi de tout prochain. Surtout de
l’ennemi ! De celui qui nous calomnie, qui nous fait du tort, qui nous
déshonore. Que la douleur et la tentation de celui, deviennent notre
profonde inquiétude. Une deuxième condition en est l’effort qu’on y fait
pour se délivrer par la multitude de passions, pour acquérir une conscience
liturgique pure, pour participer aux très saints mystères, pour conserver les
commandements, cultiver les vertus etc. À la fin, l’expérience de la grâce
divine arrive.
La grâce du saint Dieu traite de façon mystique et silencieuse le salut de
l’homme dans son cœur, lorsque celui-ci le veut, lorsqu’il s’efforce et se
combat, lorsqu’il se hâte et a une bonne intention, lorsqu’il pleure et se
repent vraiment.
Le père Sophrone d’Essex, nous dit que le champ du combat spirituel
d’un chrétien, c’est son cœur. Celui qui aime entrer dans son cœur par le
moyen de la prière spirituelle –c’est-à-dire faire descendre son esprit dans
son cœur– peut facilement comprendre le psaume de David : « Au fond de
l’homme, le cœur est impénétrable ».1 Le cœur se fait un océan immense.
Et comme si tu te trouvais en pleine mer, tu disparais !–qu’est-ce que tu es
face à l’océan– de même tu disparais lorsque tu entres dans ton cœur par la
prière spirituelle.
La Sainte Écriture, à travers Pierre l’apôtre, appelle le cœur « la
disposition cachée du cœur ».2 Plus bas, elle nous dit qu’il constitue le lieu
où Dieu est sanctifié et glorifié : « Sanctifiez dans vos cœurs le Seigneur
Dieu ».3 Ce verset rend manifeste que le cœur pur et humble est le Temple
de Dieu, l’Autel et la sainte Table. L’esprit c’est le prêtre. Le cœur
ressemble à une salle où l’esprit reçoit le Seigneur. Là se réalisent les
1

Ps. 63, 7.
I Pierre 3, 4.
3
I Pierre 3, 15.
2

332
fiançailles avec le Saint-Esprit. Dieu est celui qui « a mis dans nos cœurs
les arrhes de l’Esprit »1 dit Paul l’apôtre.
Innombrables sont les versets de la Sainte Écriture qui se rapportent au
cœur avec une variété de qualifications spirituelles et d’images. Cependant,
bien de ces images du cœur sont ténébreuses et laides. Cela veut dire que le
cœur, outre le temple de Dieu, la sainte Table et l’Autel, est,
malheureusement, le centre de la perversion, le siège du péché. Car, « du
cœur en effet proviennent intentions mauvaises, meurtres, adultères,
inconduites, vols, faux témoignages, injures ». 2
Le cœur est couvert facilement par deux redoutables passions :
l’ignorance et l’oubli. Il est caractérisé aussi par sa dureté : « hommes à la
nuque raide, incirconcis de cœurs et d’oreilles ! »3 dit aux Juifs saint
Étienne l’Archidiacre et premier martyr.
On localise encore deux sortes d’impuretés :
en premier lieu l’impureté de la fierté qui fit tomber Lucifer en le
transfigurant en démon, en Satan, en diable et
en second lieu, l’adultère, la débauche et la saleté de l’esprit.
Par conséquent, notre cœur doit se guérir de toutes les maladies de ses
passions et de la sorte s’élever vers l’Autel céleste, tout pur et sans tache,
dans le saint culte. L’esprit descend avec facilité dans un cœur pur et sans
tache.
Lorsque nous écoutons le mot « cœur », pendant la Divine Liturgie, nous
entendons quelque chose de très important. Nous faisons référence au
monde intérieur tout entier, que l’homme enferme dans son sein. Ce monde
est infini et invisible. «Cœur » signifie la pensée, le sentiment, la volonté de
l’homme. Il est l’esprit, l’âme… Il est son « à l’image ».
« Tenons haut les cœurs » dit le prêtre. Le peuple qui écoute ce
commandement sacré, répond à travers les chantres :
«NOUS LES AVONS VERS LE SEIGNEUR ».
Avec leur réponse, les participants chrétiens fidèles certifient au prêtre
célébrant qu’ils se sont déjà élevés à des hauteurs célestes, au trône de
Dieu. Nos cœurs –ils lui disent– se trouvent là où est le Christ, à la droite
de Dieu le père. Le prêtre célébrant au-dedans de lui-même, mystiquement,
écoute une voix qui l’incite à continuer la Célébration du Sacrement très
saint de la Sainte Eucharistie.
1

II Cor. 1, 22.
Matt. 15, 19.
3
Actes 7, 51.
2

333
136. Une fois, lors d’une de mes visites au monastère de saint David à
l’île d’Eubée, l’estimé heureux père Jacques, ce saint prêtre et ministre du
Très-haut m’a raconté ceci :
« Nos chrétiens, mon père, sont malheureusement atteints d’une cécité
spirituelle et c’est pour cette raison qu’ils ne voient pas ce qui se passe
pendant la Divine Liturgie.
Une fois, pendant que je célébrais, je ne pouvais pas faire la Grande
Entrée. Lors de l’hymne chérubique, je suis resté cloué devant le saint
Autel, à cause de ce que je voyais… L’une vision succédait à l’autre.
-- Qu’est-ce que tu voyais mon père, lui ai-je demandé tout surpris.
Il ne m’a pas répondu et a continué :
-- Le chantre répétait continuellement « afin de recevoir le Roi de toutes
choses… », lorsque soudain, j’ai ressenti une poussée à mon épaule qui
m’a conduit à la sainte Prothèse.
J’ai pensé que c’était le chantre et j’ai dit au-dedans de moi : « Ah ! Le
brave ! Quelle irrévérence ! Il est entré par les portes saintes et il me
pousse ! »
Alors, j’ai tourné la tête et j’ ai vu une aile énorme que l’archange avait
passée à mon épaule et qui me conduisait à faire la Grande Entrée ! …
Ce qui se passe ici, dans le Sanctuaire durant la Divine Liturgie, n’est
pas racontable… »
Il m’a dit cela et je l’ai admiré…
Dans un livre, paru par les soins des pères du monastère, le père
Jacques décrit plus ou moins la même extase liturgique et il ajoute :
« Souvent, je ne peux pas résister à ce que je vois, quand je m’assieds
sur une chaise, mes concélébrants ont l’impression que ma santé ne va pas
bien et ils s’en inquiètent… mais ils ne savent pas ce que je vois et ce que
j’écoute…
Comme les anges battent leurs ailes, mon enfant ! … Quel battement
d’ailes ! …
Lorsque le prêtre dira le « Par les prières… »,les puissances célestes se
retirent et désormais, une sérénité totale s’installe dans le Sanctuaire… » 1
* * *
La réponse des chantres à l’incitation du prêtre « Tenons haut les cœurs »
est : « Nous les avons vers le seigneur ».
« Nous avons nos cœurs auprès du Seigneur », nous disons au prêtre.
Cependant, en réalité, nous discutons en même temps et nous murmurons
pour des choses insignifiantes : comment est vêtue l’une, comment bouge
1

Monastère de saint David, « Ἕνας ἅγιος γέροντας, ὁ μακαριστὸς πατὴρ Ἰάκωβος », p. 81.

334
l’autre, comment celui-ci se signe – comme c’est hypocrite ! – qu’est-ce qui
se passe à celui-là etc.
« Qu’est-ce que tu fais mon vieux ? », demande saint Jean
Chrysostome. Lorsque le prêtre eut dit « Tenons haut l’esprit et les
cœurs », tu n’avais pas promis que tu les aies vers le Seigneur ? Tu n’as pas
peur, tu ne rougis pas de honte, toi qui te révèles un menteur à cette heure
redoutable ? Tu ne vois pas ce miracle inouï ? La table mystique est déjà
prête, l’agneau de Dieu, Jésus-Christ se sacrifie en faveur de toi, les
chérubins y assistent, les séraphins aux six ailes volent autour de l’autel et
couvrent leurs visages tandis que toutes les Puissances incorporelles avec le
prêtre prient pour toi, le feu spirituel descend et le Sang précieux du Christ
est versé dans le Calice de son côté immaculé pour ta propre purification !
Avec quelle audace te présentes-tu aux saints Sacrements ? Avec quelles
souillures ? » 1
C’est pour cela donc qu’il faut que dans l’église règnent la crainte de
Dieu, l’appréhension, le respect, la retenue, l’attention incessante. Qu’on
tourne le regard sur le saint Autel et dans ses âmes. Qu’on soupire sans
voix dans ses cœurs. Il faut en faire une préparation nécessaire avant la
Divine Liturgie pour qu’on puisse à l’heure de la sainte Oblation élever son
cœur vers les cieux. Cette préparation ne se rapporte pas seulement à la
lecture de l’Office de la Sainte Communion mais à notre vie toute entière ;
c’est-à-dire :
 la pureté d’âme et de corps,
 le lavement par le repentir et les larmes,
 la tenue de l’indulgence, de la longanimité, de la condescendance,
du pardon et de la patience,
 une âme sans souillure,
 et un esprit illuminé…
De la sorte, avant les moments redoutables du Sacrifice de Golgotha,
pendant qu’on attend la Descente de l’Esprit Saint, on doit assurer
spirituellement le prêtre célébrant, qu’à l’instant même du « tenons haut les
cœurs », notre cœur est monté et se trouve auprès du trône de Dieu. C’est
pour cela que saint Jean Chrysostome continue son homélie précédente :
« Avant de voir le rideau du Sanctuaire (c’est-à-dire des saintes portes) se
tirer et le chœur angélique avancer, prends garde, toi aussi, à monter avec
eux vers le même ciel. 2

1

Saint Jean Chrysostome, Homélie 36, à la 1ère épître de Paul aux Corinthiens, ΕΠΕ, vol.
18a, p 516-517.
2
Ibid.

335
Avec le « nous les avons vers le Seigneur », le préambule de la Sainte
Anaphore prend fin et c’est sa partie proprement dite qui commence. La
Sainte Anaphore n’est qu’une seule prière toute entière. Elle commence par
le « Rendons grâce au Seigneur » et finit par l’ecphonèse « et les
miséricordes de notre grand Dieu… ». Pourtant, bien qu’elle soit
interrompue pour qu’on fasse quelques ecphonèses, pour que de l’encens
soit offert et afin que l’ « Il est digne » soit chanté, on en distingue quatre
parties :
premièrement : la prière de l’Eucharistie et l’Hymne de Victoire.
deuxièmement : la mémoire de la Sainte Cène.
troisièmement : l’invocation du Saint-Esprit pour la Consécration des
Dons précieux.
Et quatrièmement : la commémoraison des vivants et des défunts. Il
s’agit d’une marche ascendante, le sommet de laquelle est la Consécration.
Le prêtre dit à haute voix : « Rendons grâce au Seigneur » et le peuple
répond à travers le chœur : « Il est digne et juste ».
À l’ « Il est digne et juste » les chantres ne doivent ajouter absolument
rien, même s’il y a plusieurs concélébrants, même si le célébrant dans le
Sanctuaire tarde à dire l’ecphonèse suivante. Il est bon que les chantres
restent un peu silencieux. Qu’ils retiennent leur souffle un petit moment !
Car même le silence durant ces instants de la Sainte Anaphore n’est qu’une
prière. La prière la plus forte !
« RENDONS GRÂCES AU SEIGNEUR ».
Après l’affirmation de l’assistance au prêtre célébrant que leurs cœurs
sont vraiment montés auprès du trône de Dieu, le prêtre les invite à
progresser dans la célébration du Mystère de la Sainte Eucharistie, ayant
déjà rendu grâces au Dieu tout saint. Pour cela il les incite à rendre grâces
au Seigneur.
Saint Chrysostome écrit que le Mystère redoutable qui est célébré sur le
saint Autel et d’où jaillit richement le salut, s’appelle « Eucharistie » car il
constitue une mémoire de nombreux bienfaits de Dieu et nous révèle la
sainte Providence dans sa plénitude. Ce mystère divin nous incite à rendre
grâce à Dieu, en toute force.
Pour cette raison le prêtre nous incite, à l’heure même de ce Sacrifice, à
rendre grâces à Dieu pour l’univers tout entier et pour tout ce qu’Il nous a
donné, pour les événements du passé et pour ceux du présent, ainsi que
pour ce qui s’est passé et encore pour ce qui se passera. Ce remerciement

336
nous libère de la terre et nous transmet aux cieux. Il nous transfigure en des
anges. 1
On rend donc grâces à Dieu de ses bienfaits infinis mais surtout du plus
précieux de ses dons, la Sainte Eucharistie. Car elle n’ajoute rien à Lui,
tandis qu’elle fait de nous de semblables à lui. Par la Sainte Eucharistie, on
ressemble à Dieu !
«IL EST DIGNE ET JUSTE ».
À l’incitation du prêtre « Rendons grâces au Seigneur » les fidèles
répondent : « Ceci est digne et juste ».
Leur réponse, dit Saint Nicolas Cabasilas signifie qu’ils s’accordent à
célébrer la Sainte Eucharistie : « Ayant déjà été d’accord tous les fidèles et
s’étant exclamés « Il est digne et juste », le prêtre offre de lui-même à Dieu
la Sainte Eucharistie ».2 Cela veut dire qu’un accord s’établit entre le prêtre
et les chrétiens et ensuite le prêtre revient dans le Sanctuaire pour célébrer
la Sainte Eucharistie.
Selon saint Chrysostome la réponse des fidèles « Il est digne et juste »
révèle l’unité du Corps du Christ et l’égalité entre le célébrant et les fidèles
devant les dons de Dieu. On est tous égaux devant les dons divins. « Il
s’agit d’un merci commun envers Dieu, car ce n’est pas le prêtre seul qui
rend grâces, mais aussi tout le peuple. Le prêtre ayant commencé, on est
tous d’accord que ce remerciement se fasse de façon juste et digne. C’est
alors que le prêtre commence la Sainte Eucharistie. « Le peuple tout entier
y participe et va du même pas avec le célébrant ». 3
De l’ « Il est digne et juste » chanté par le chœur et avant l’ecphonèse du
prêtre « Entonnant l’hymne de victoire chantant, criant, clamant et
disant… » est lue la « Prière de l’Eucharistie » :
« Il est digne et juste de te chanter, de te bénir, de te louer, de te
rendre grâce, de t’adorer en tout lieu de ton empire. Car tu es le Dieu
ineffable, incompréhensible, invisible, insaisissable, toujours existant et
toujours le même, toi, ton Fils unique et ton Esprit saint. C’est toi qui,
du néant, nous as amenés à l’existence, qui nous as relevés après notre
chute, qui n’as cessé de tout faire jusqu’à ce que tu nous aies élevés au
ciel et nous aies fait don de ton royaume à venir.

1

Saint Jean Chrysostome, ΕΠΕ 10, 158.
Saint Nicolas Cabasilas, « Ἑρμηνεία τῆς θείας Λειτουργίας », p. 91.
3
Saint Jean Chrysostome, P.G. 61, 527.
2

337
Pour tout cela, nous te rendons grâce, à toi, à ton Fils unique et à ton
Saint-Esprit, pour tous les bienfaits répandus sur nous, connus de nous
ou inconnus, manifestés ou cachés.
Nous te rendons grâce aussi pour cette Liturgie, que tu as daigné
recevoir de nos mains, bien que t’assistent des millions d’archanges,
des myriades d’anges, les Chérubins et les Séraphins aux six ailes, aux
yeux innombrables, se tenant dans les hauteurs et ailés ».
Tout en lisant cette prière, le prêtre célébrant, avec beaucoup d’attention,
commence à monter vers le Calvaire avec les participants fidèles. La
« Prière de l’Eucharistie » constitue le commencement d’un chemin très
béni vers la Vie commune…
« Il est digne et juste de te chanter, de te bénir, de te louer, de te
rendre grâces… »
Qu’est-ce que la prière nous dit jusqu’ici ? Quel esprit peut-il concevoir
cela ? Quel esprit limité peut comprendre Dieu qui créa tout l’univers selon
Sa parole seule ? Quelle langue humaine ou même angélique peut-elle
décrire sa grandeur divine et son omnipotence ? Personne n’a cette
possibilité. Pour quelle raison ? La réponse se trouve dans la suite de la
prière.
« Car, tu es le Dieu ineffable, incompréhensible, invisible,
insaisissable, toujours existant et toujours le même », ce qui signifie que
tu es le Dieu :
« Ineffable » : qu’on ne peut pas te décrire.
« Incompréhensible » : que notre esprit ne peut pas contenir.
« Invisible » : toi, Dieu, tu es spirituel, l’Esprit absolu.
« Insaisissable » : tu es celui qu’on ne peut pas comprendre.
« Toujours existant et toujours le même » : tu es celui qui existe
toujours, l’éternel Dieu Trinitaire, « Celui qui est, qui était et qui vient »,1
Seigneur et tout puissant. Celui qui à partir du néant créa tout l’univers, tant
visible qu’invisible, les hommes et les anges.
Dieu, non seulement créa l’homme, le fit exister à partir de rien mais
aussi, lorsqu’il tomba, le fit ressusciter à travers l’Incarnation du Dieu le
Verbe et de la terre il l’a transmis de nouveau au royaume des cieux.
L’homme a repris le paradis perdu.
Pourtant, ce dont on Le remercie en particulier, n’est que la Divine
Liturgie qu’on célèbre. La Divine Liturgie est la récapitulation de tout ce
que Dieu fit et fait pour nous.

1

Apoc. 1, 8.

338
« Nous te rendons grâce à toi, à ton Fils unique et à ton Saint-Esprit,
pour tous les bienfaits répandus sur nous, connus de nous ou inconnus,
manifestés ou cachés… ».
Nombreux sont les bienfaits manifestés de Dieu à nous tous. On le
remercie de ce que nous sommes nés par des parents orthodoxes et que
nous sommes baptisés en bas âge. On le remercie car, malgré notre état
pécheur, Lui, il a pitié de nous, il nous supporte, il nous pardonne. Nous lui
rendons gloire pour le grand mystère de la sainte Confession qui est un
lavement pour notre purification et notre renaissance. Reconnaissance,
remerciement, glorification, voilà ce que Dieu demande de notre part.
On remercie donc Dieu de tout. De la Divine Liturgie qu’il accepte par
nos propres mains. Et notre remerciement envers Dieu fait que des
nouveaux dons divins viennent à notre vie. « Ni Dieu ne cessera de combler
de bienfaits et d’enrichir l’homme, ni l’homme ne cessera d’être comblé de
bienfaits et d’être enrichi par Dieu. L’homme qui est reconnaissant envers
le Créateur, est un vase de sa beauté et un instrument de sa glorification »,1
nous dit saint Irénée.
Tous les bienfaits de Dieu, manifestés ou cachés, n’aspirent qu’à une
chose, celle du salut de l’homme ; c’est pourquoi, on lui doit de la
reconnaissance, du remerciement et de la glorification quotidiennement.
Plus on le remercie, plus Dieu multiplie ses dons. C’est l’abbé Isaac le
Syrien qui l’avoue : « Le remerciement de celui qui reçoit lancine le
donateur de dispenser des dons plus grands que ceux qui ont précédé ». 2
La bénédiction de Dieu nous est offerte et nous lui rendons grâces.
Cependant, lorsqu’on lui rend grâce, la bénédiction et la grâce de Dieu
s’accroissent aussi … et cette chaîne bénie se rallonge. Voici comment les
Pères présentent cette chaîne :
 bénédiction de Dieu -notre propre action de grâces- Grâce de
Dieu.
 grâce de Dieu –notre propre action de grâces– Bienfait de Dieu.
 bienfait de Dieu –notre propre action de grâces– Providence de
Dieu.
 providence de Dieu –notre propre action de grâces– Paradis.
 paradis –notre propre action de grâces– Gloire de Dieu.
Et cette chaîne ne finit jamais, dans les siècles des siècles !
Les trois évangélistes, Matthieu, Marc et Luc, ainsi que Paul l’apôtre,
nous informent que notre Seigneur, le soir du grand jeudi, durant la Sainte
1

Saint Irénée de Lyon, P.G. 7, 829 B.

2

Abbé Isaac le Syrien, « Τὰ σωζόμενα ἀσκητικὰ », Homélie 24, p. 126.

339
Cène, avant qu’il donne à ses disciples et apôtres le pain et le Vin, c’est-àdire son Corps et son Sang, leva ses yeux en haut et rendit grâces à son
Père céleste : « Il prit du pain… après avoir prononcé la bénédiction… Il
prit une coupe… après avoir rendu grâce… ». 1
Les évangélistes ne nous disent pas exactement ce que le Seigneur
rapporta lors de son action de grâces. Les conclusions des pères de l’Église
sont à peu près celles-ci : durant la Sainte Cène de ce grand jeudi
inoubliable dans la chambre haute de Jérusalem, le Seigneur rendit grâces à
son Père car il révéla Son Fils unique comme le Grand Archiprêtre selon
l’ordre de Melchisédek mais, en même temps, comme le victime
immaculée. La victime immaculée, l’agneau immolé, crucifié ou même
sacrifié, s’offrait pour le salut de l’ensemble des hommes, c’est-à-dire, pour
tous les hommes de tous les siècles. Ce Sacrifice et cette offre volontaires
méritaient toute action de grâces. La race tombée des hommes se sauverait.
Pourtant, en ces moments sacrés, le Seigneur instituait aussi le grand
Mystère de la Sainte Communion qui serait donnée à ceux qui croiraient
par les propos et les actes et qui seraient baptisés comme le Pain Céleste et
comme la « manne cachée ». Exactement cette constitution du grand
sacrement a été, elle aussi, digne de toute action de grâces.
« Faites cela en mémoire de moi ».2 Dès lors, l’Église Orthodoxe continue
à faire exactement ce que le Seigneur fit le soir du grand jeudi (toujours
selon la tradition apostolique), durant la célébration de la Divine Liturgie.
On rend grâces à Lui car il daigne recevoir l’offre de cette Divine Liturgie
par nos propres mains de terre.
« Bien que t’assistent des milliers d’archanges, des myriades d’anges,
les Chérubins et les Séraphins aux six ailes, aux yeux innombrables se
tenant dans les hauteurs et ailés … »
Dieu pourrait désigner que l’Eucharistie soit célébrée dignement par les
puissances célestes tout pures. Quoi de plus naturel que cela ? Cependant, il
nous rend dignes, de faire cela et il daigne recevoir le sacrifice par nos
mains impures !
Tout en pénétrant d’autant plus dans le Mystère de l’Eucharistie, on est
proches du trône du saint Dieu tandis qu’en même temps on se trouve sur la
terre. Dans les cieux et sur la terre ! Le ciel et la terre se sont maintenant
unis, ils ne sont qu’une chose. Le monde sensible et le monde spirituel ont
trouvé maintenant leur centre unique : le trône du Saint Dieu ! Selon nous,
le saint autel que l’on voit, en est le centre. Pourtant, le trône céleste en est
aussi le centre, même si l’on ne voit pas.
1
2

Matt. 26, 26-27.
Luc 22, 19.

340
Lors de la Divine Liturgie, nous suivons un chemin : nous entrons dans
l’église. Nous recevons notre Sauveur le Christ, lorsqu’il sort avec le saint
Évangile. (« Sagesse ! Debout ! ») Nous écoutons sa parole divine. Nous
voyons et nous suivons ses miracles. Ensuite, nous l’accompagnons, lors de
la Grande Entrée, au redoutable Calvaire. Lui, il souffre, il est immolé et
nous, nous sommes sauvés. Lui, il se crucifie et nous, nous sommes
ressuscités avec lui ! Ainsi, petit à petit, nous arrivons au centre de
l’univers. L’Église militante et l’Église triomphante rendent grâces à Dieu.
Les anges et les hommes glorifient, tous ensemble, le Seigneur. Le temps a
disparu. Le peuple et les prêtres sont transfigurés. Ils vivent, tous ceux qui
la vivent, cette transfiguration liturgique.
Oui ! Pendant la Divine Liturgie, nous suivons un chemin. Le même
chemin que celui du Christ ! Le chemin de l’union divine ! Le chemin de la
prière mystique ! Le chemin de la vraie prière, d’une union réelle !
137. Deux russes, le père Arsène, qui était ancien et prêtre et le père
Nicolas, qui était son obéissant et chantre, menaient la vie hésychaste à la
skite de saint Jean le Précurseur. Le moine Parthénios sauvegarda et nous
décrivit leurs Divines Liturgies grandioses et à la fois éplorées. Ces deux
ascètes étaient les moines du jeûne, de l’agrypnie, de la prière incessante et
des larmes abondantes.
Le père Nicolas devint aveugle six mois avant sa dormition. En plus,
bien d’autres maladies le tourmentaient, le tyrannisaient. Il ne pouvait plus
aller à l’église mais il se lamentait, assis ou étendu sur son lit, tourmenté
par d’affreux maux. Ainsi, les Liturgies furent diminuées. On n’en faisait
qu’une par semaine. L’obéissant, malade et aveugle, était à la fois chantre
et lecteur pour qui la notion du repos n’existait pas.
Le samedi du Carnaval, ils ont célébré la liturgie. Après la Divine
Liturgie, le père Nicolas visita son ancien dans sa cellule et, tout éploré,
commença à lui dire :
-- Mon saint ancien, lorsque je suis allé à ma cellule, après la Liturgie et
que je me suis assis sur le lit, soudain, mes yeux aveugles se sont ouverts et,
immédiatement, j’ai vu clairement toutes les choses autour de moi. Ensuite,
la porte de ma cellule s’est ouverte et toute la cellule est remplie de
lumière. Trois hommes sont entrés : deux jeunes portant des cierges et au
milieu d’eux un autre, en tenue splendide qui émettait une lumière
inexprimable. Ils se sont approchés de moi. L’homme qui se trouvait au
milieu m’a interrogé :
-- Tu me connais ?

341
-- Bien sûr que je te connais. Tu es Aníkitos, ami et compagnon de route,
à Jérusalem, qui voulais devenir ermite et ascète à Sinaï. Je me suis même
informé que tu es mort, il y a trois ans.
Alors, lui, il m’a dit :
-- Oui, père Nicolas ! C’est moi, Aníkitos ! Vois-tu de quelle gloire et
splendeur m’a récompensé le Roi des Cieux, notre Seigneur Jésus-Christ,
notre Sauveur, pour le peu de repentir et le très peu d’ascèse que j’ai
faits ? Eh bien ! Il te récompensera de la sorte. Pourtant, « tu verras de
plus grandes choses que celles-ci ! » Au bout de quatre jours, tu seras
libéré de toutes les tristesses, les tourments et les maladies. Le Seigneur
m’a envoyé pour te consoler. Immédiatement, ils sont sortis de la cellule et
moi, je suis resté seul. Alors mes yeux se sont de nouveau fermés mais mon
cœur s’est rempli d’une joie indicible.
Dès que son ancien et père spirituel a entendu tout cela, il lui a dit :
-- Fais attention, père Nicolas que tu ne tombes pas en égarement. Ne
crois point à tout cela et ne vois que Dieu seul, en lui demandant la
miséricorde, la grâce, la rémission de tes péchés et « une défense valable »
devant le redoutable tribunal du Juge ami des hommes et juste aussi !
Il eut dit cela pour que son obéissant fasse attention et soit humble car,
les traits enflammés du malin ne cessent pas d’être lancés même peu avant
notre mort.
Le jeudi gras, eut lieu la dernière Divine Liturgie pour le moine Nicolas.
Il communia et tout en prenant son antidoron, il a dit à son ancien :
-- Viens, mon ancien dans ma cellule, s’il te plait.
L’ancien l’accompagna. Le père Nicolas s’assit sur le lit. Son visage
commença à changer, à resplendir. Relevant ses yeux vers le ciel, il tomba
en une sorte d’extase. Le lieu fut rempli d’un effluve inexprimable. Ensuite,
il est revenu à lui et commença à dire :
-- Je te remercie, mon saint père, d’avoir montré de la patience à mes
faiblesses jusqu’à la fin de ma vie et de ce qu’avec tes directives, tu m’as
conduit au royaume des cieux.
Le père spirituel l’interrogea :
-- Vois-tu quelque chose, père Nicolas ?
-- Je vois, mon cher ancien, ceux qui sont venus pour moi et qu’ils ont
déchiré le titre de dette de mes péchés. Et maintenant, mon ancien, bénismoi !
Et il baissa la tête. Alors, son père spirituel l’a béni avec sa main. Lui, il
prit la main de son père spirituel, l’embrassa chaleureusement et avant
même de la laisser, il releva les yeux aux cieux et calmement prononça :
-- Seigneur, reçois mon esprit…

342
Aussitôt, il rendit l’âme au Seigneur qu’il a servi dès sa jeunesse avec
foi, renoncement, obédience et amour. Il passa à travers une suite de luttes
ascétiques avec le Christ, une succession de révélations et d’unions divines,
un chemin de prière mystique et de larmes abondantes et il a vécu à travers
les Divines Liturgies interminables de sa vie ascétique, la transfiguration
liturgique. 1
Avec quelle splendeur et quelle gloire l’Église triomphante célèbre
continuellement et incessamment son propre saint culte ! Qu’il serait
merveilleux, si nous célébrions, nous aussi, en Esprit Saint, dans les églises
terrestres et lors de la Divine Liturgie, notre propre transfiguration
liturgique !
Ceux qui, parmi les chrétiens fidèles combattants, vainquent la chair, le
monde et le diable, vainquent aussi leur propre nature. Celui qui vainc sa
propre nature (la vieille nature), vit le surnaturel et s’unit à son Créateur, le
Sauveur Christ. Ce changement spirituel est vécu, en particulier, dans le
saint culte.
La prière secrète de l’oblation cesse d’être dite à voix basse et devient
criante par la bouche du célébrant :
« ENTONNANT L’HYMNE DE VICTOIRE,
CHANTANT, CRIANT, CLAMANT ET DISANT … »
L’hymne de victoire que l’on chante pendant la Sainte Anaphore, glorifie
le triomphe de Jésus-Christ sur la mort et le diable.
« Saint, saint, saint, le Seigneur Sabaoth. Le ciel et la terre sont remplis
de ta gloire. Hosanna au plus haut des cieux.
Béni soit celui qui vient au Nom du Seigneur.
Hosanna au plus haut des cieux ! »
C’est une jonction de l’hymne «trois fois saint» angélique qu’écouta le
prophète Isaïe au moment où Dieu l’appela à la dignité prophétique :
« Saint, saint, saint, le Seigneur Sabaoth. Le ciel et la terre sont
remplis… » et de l’hymne que chantait le peuple d’Israël tout en
accueillant dans la Ville sainte le Seigneur «qui venait volontairement pour
être crucifié» : « hosanna au plus haut des cieux. Béni soit celui qui
vient au Nom du Seigneur. Hosanna au plus haut des cieux !» (Cet
hymne est tiré du psaume 117 et prophétise l’entrée triomphale du Seigneur
à Jérusalem : «Voici le jour que le Seigneur a fait : qu’il soit notre bonheur

1

Saint Monastère Xiropotámou, revue « Ἁγιορείτικη μαρτυρία », fasc. 16-17, p. 108-109.

343
et notre joie ! Donne Seigneur, donne la victoire ! Donne, Seigneur, donne
le triomphe ! Béni soit celui qui vient au Nom du Seigneur». 1
Saint Jean Chrysostome fait une comparaison entre l’hymne de victoire
de la Divine Liturgie et l’Ode de victoire que chantaient les Hébreux
lorsqu’ils furent délivrés du joug égyptien : « Je chanterai au Seigneur car,
il a montré Sa souveraineté ».2 Jadis, « ce n’étaient pas les Egyptiens qui se
sont noyés mais les démons. Ce n’étaient pas les armes qui ont été prises
mais c’était la méchanceté qui fut abolie. On ne s’achemine pas vers la
terre promise mais on se déplace au ciel. On ne mange pas de manne mais
on se nourrit du Corps du Maître. On ne boit pas d’eau à la pierre mais du
Sang par le côté du Christ ». 3
Le même saint écrit quelque part à quelqu’un : « Dans les cieux les
armées angéliques glorifient. Sur la terre les chrétiens officient et imitent
ceux-là en leur doxologie. Au-dessus, les Séraphins chantent l’ Hymne trois
fois saint tandis qu’ici, dans l’église terrestre la foule des assistants
chrétiens adresse à Dieu le même hymne. Le ciel et la terre
concélèbrent… ». 4
Cette concélébration, selon saint Maxime le Confesseur, signifie que le
chant liturgique de l’Église, non seulement s’accorde maintenant avec la
doxologie céleste des anges mais il prédit aussi la relation et le parfait
accord entre les anges et les hommes sauvés dans les siècles à venir, à
l’Église triomphante… 5
Toutes ces descriptions et images ne sont pas des pensées philosophiques
mais une réalité vivante. Une réalité toujours vécue par les saints de Dieu,
dont les descriptions sont au surplus trop pauvres par rapport à ceux-là qui
vivent eux-mêmes avec la sensation de leur esprit…
Lorsqu’on chante l’hymne de victoire durant la Liturgie, on se trouve
avec les puissances angéliques devant, ou bien auprès du trône de Dieu. Les
anges et les hommes, glorifient tous ensemble le Seigneur.
C’est à cause de cela que le prêtre célébrant, debout devant le saint Autel
et y offrant le culte spirituel et non-sanglant, non seulement nous invite à
chanter mais il mentionne d’abord les chérubins et se rapporte aux
séraphins et puis il nous incite, nous les chrétiens, à hausser la voix,
détachant notre pensée de la terre, par la mémoire des anges de gloire et de
1

Ps. 117, 24-26.
Ex. 15, 1.
3
Saint Jean Chrysostome, homélie sur le psaume 46, ΕΠΕ 6, 110.
4
Saint Évêché de Sérvia et de Kozáni, « Λόγοι οἰκοδομῆς… », p. 326.
5
Saint Maxime le Confesseur, P.G. 91, 692 C.
2

344
liesse. Il nous incite à chanter, assistant avec les séraphins, à ouvrir avec
eux les ailes de notre âme et à voler avec eux autour du trône du Roi
Céleste.
138. Dans le livre appelé « Le pré spirituel », se rapporte l’événement
suivant :
Il y avait jadis une habitude, selon laquelle, on célébrait la Divine
Liturgie au sommet du Mont Sinaï, le dimanche de la Pentecôte. Une foule
de moines y affluaient par les skites et les ermitages qui se trouvaient tout
autour.
Un événement redoutable se passa une fois, durant la Divine Liturgie,
avant que le saint Sommet et tout ces lieux-là, ne soient pas souillés par les
hordes des infidèles et des barbares.
Lorsque le prêtre eut dit la première ecphonèse de la Sainte Anaphore :
« L’hymne de victoire chantant, criant, clamant et disant »…(en ces tempslà l’ecphonèse était dite de la façon suivante : « L’hymne de victoire de Ta
gloire grandiose, chantant, criant, glorifiant, clamant et disant
solennellement ») un rugissement redoutable s’entendit de toutes les
montagnes, qui ressemblait à la résonance d’une voix. Cette résonance,
pleine d’une peur sacré et de crainte de Dieu, répondit à l’ecphonèse du
prêtre célébrant : « Saint, saint, saint, le Seigneur Sabaoth. Le ciel et la
terre sont remplis de ta gloire. Hosanna au plus haut des cieux. Béni soit
celui qui vient au Nom du Seigneur. Hosanna au plus haut des cieux ».
Ce rugissement indicible et parlant, répétait l’hymne continuellement
jusqu’à ce que la Divine Liturgie prenne fin !
Un bon nombre d’assistants, moines et ascètes, entendirent un
rugissement étrange et transcendant, mais pas tous. Seuls ceux qui avaient
les oreilles propres à écouter les hymnes célestes des anges … 1
Le même événement se répète, infiniment modifié, chaque fois que nous
célébrons le redoutable mystère de la Divine Liturgie ! Ceux qui ont vu et
entendu avec la sensation spirituelle de leur âme cet événement
incompréhensible, soit des prêtres célébrants sanctifiés, soit des moines,
soit des chrétiens fidèles, étaient sûrement absolument indifférents face aux
bruits de ce monde et à la méchanceté.
Nous autres, avec la multitude de passions qui nous habite, on ne fait
rien d’autre que de se présenter dans l’église, sans pouvoir chanter avec les
puissances angéliques. On pourrait dire que nous ne participons que très
rarement à la doxologie universelle de la victoire du Christ, durant le saint
culte.
1

Jean Móskhos, « Λειμωνάριο », p. 60.

345
Cependant, malgré nos faiblesses, il faut que notre attention, le respect et
notre piété envers les événements, soient les plus grands possibles ; envers
ce qui s’entend et ce qui se passe. C’est pour cela que nous les analysons,
pour savoir ce qui se passe ! Car, nous en sommes ignorants.
Selon le prophète Isaïe, le sens de l’hymne de victoire des puissances
angéliques, autour du trône très saint et trinitaire, était double : il était, en
même temps, une doxologie et une prophétie.
Même selon nous, pendant la Divine Liturgie sur la terre, l’hymne de
victoire est à la fois doxologie et prophétie. Doxologie, car la victoire fut
déjà réalisée. Une victoire contre la mort, une victoire contre le diable, une
victoire contre le péché. Prophétie aussi par rapport au deuxième
Avènement définitif du Vainqueur, notre Seigneur Jésus-Christ.
L’hymne de victoire est la bonne nouvelle de la révélation du deuxième
Avènement du Fils de Dieu, le signal de sa victoire, c’est-à-dire la sainte
Croix qui Le précède ! Le royaume de Dieu vint, vient et « est parmi
vous».1
Par le saint culte, l’hymne de victoire et la Sainte Communion, le
royaume des cieux non seulement est venu (Dieu le Verbe s’étant incarné),
non seulement est en train de venir (avec son deuxième Avènement), mais
il est aussi dans nous, comme nourriture et boisson du Corps et du Sang de
Jésus-Christ. Tout dans nous et autour de nous donne des reflets spirituels
éclatants, tout est transfiguré, plongé dans la lumière. L’hymne de victoire
des anges devient aussi notre propre hymne. L’hymne de tous ! Du
célébrant, des chantres, de l’assistance et en particulier des enfants.
139. Le père Joachim Spetsieris sauve plusieurs événements et extraits
des vies des fameux anciens de la sainte Montagne, dont fait mention le
père Hilarion qu’il avait vu plusieurs fois célébrer le Sacrement de la
Divine Liturgie. Il ne savait pas comment décrire les états spirituels
indicibles et célestes qu’il vivait durant le saint culte. Comment ne pas
recevoir ces visites angéliques, puisqu’il était obéissant du fameux ancien,
père Sabas le spirituel ? Le père Sabas était d’une stature exceptionnelle et
sa Divine Liturgie creusait les cieux.
Lorsqu’il célébrait lui seul ou avec son ancien père Sabas, lors de
l’ecphonèse « l’hymne de victoire, chantant, criant, clamant et disant… » et
alors que les chantres chantaient le « Saint, saint, saint le Seigneur
Sabaoth … » il battait sa poitrine et sanglotait. Qui sait, qu’est-ce que les
yeux de son âme voyaient-ils à cet instant-là ! …
Les pères agiorites nous disent qu’il voyait peut-être les puissances
célestes archangéliques, célébrer avec crainte devant l’agneau immolé
1

Luc 17, 21.

346
sanglant… Il semble que les scènes célestes du Culte d’en haut et de la
gloire de l’agneau immolé étaient tellement difficiles à décrire que face à
la « terreur » sacrée qu’il vivait, il ne lui restait rien d’autre que de battre
sa poitrine tout en pleurant avec des torrents de larmes. Avec les
puissances angéliques, le père Hilarion était transfiguré, frémissant d’une
vie liturgique paradisiaque.1
(Tout cela est insaisissable à nos cerveaux pauvres et mondains car on
mesure tout selon notre logique.)
Dans ces cadres-là évoluait la vie liturgique, non seulement du père
Sabas le spirituel et du père Hilarion mais aussi de bien d’autres prêtres
agiorites. Une vie pleine de larmes, de frémissements, de tressaillements
angéliques, d’extases et de saisies divines. Le Seigneur Crucifié nourrit
quotidiennement ses ministres humbles de son Corps tout-saint et de son
Sang précieux faisant de chacun d’entre eux et de nous, (si l’on communie
à lui humblement), « architecte et agriculteur, Paradis et arbre de vie, perle
et couronne, souffrant et impassible, homme et semblable à Dieu, vin et eau
vive, agneau et époux, combattant et arme… » 2
Lors de l’ecphonèse « L’hymne de victoire chantant, criant, clamant
et disant… », le prêtre ôte l’astérisque de la sainte patène (le faisant tinter
de façon cruciforme à chaque mot, tantôt une fois en raison du caractère
unique de la Divinité, tantôt deux fois en raison de la double nature de
Jésus-Christ) pour des raisons pratiques, puisque la Consécration des Saints
Dons s’en suit.
L’assistance chante le triomphe du ciel et le prêtre célébrant commence
son ascension escarpée vers les Saints des Saints célestes ! Comment ses
yeux vont-ils voir ? Comment va-t-il toucher et rompre le Corps tout saint
avec ses mains terrestres ? Le prêtre n’est qu’un homme pécheur…
Cependant, il entre « dans la nuée, sur une haute montagne ». Et là, tout
seul, Dieu et lui, « face à face », il se charge de l’œuvre surhumaine, c’està-dire de célébrer le Sacrifice redoutable et non-sanglant.
Chaque pas, chaque mouvement, toute inclinaison de la tête et toute
génuflexion… tous les mouvements des mains, des paupières, des lèvres,
de la langue et du cœur de tous les prêtres, sont suivis par des myriades
d’anges qui encerclent la saint Autel terrestre.
Le regard du célébrant humble, se tourne vers le Seigneur Crucifié,
sollicitant sa miséricorde. Il se souvient de Ses ordres divins en tremblant.
1
2

Archim. Joachim Spetsiéris, « Ἀπομνημονεύματα», σελ. 46.
Archim. Chérubin, « Figures agiorites contemporaines, fasc. 6, Sabas le Spirituel », p. 96.

347
«Les prêtres qui s’approchent du Seigneur se sanctifient de peur que le
Seigneur ne les frappe ».1 S’il n’est pas purifié et épuré, il risque d’être
complètement anéanti par Dieu, selon la Loi Ancienne.
« Lorsqu’on regarde le Pain de l’Eucharistie, on doit y voir le Sauveur
Christ sur le trône de sa gloire à la droite de Dieu le Père. Quand on ne le
voit pas AINSI, cela signifie qu’on ne voit pas le Pain tout saint avec une
foi absolue mais IMPRUDEMMENT. La vision de l’agneau de Dieu qui
« ôte le péché du monde » est la récompense la plus grande et le plaisir de
l’esprit des prêtres pieux. À une prière secrète de la cérémonie de la sainte
onction, le prêtre, rendant gloire au Seigneur dit : « Toi qui m’as invité,
moi le modeste, pécheur et indigne par l’ haute et sainte vocation de la
prêtrise et qui me fis capable de voir la Face de la Sainte Anaphore comme
un témoin oculaire… » Oh ! Seigneur, rends-nous prudents ». 2
La sainte nuée toute lumineuse qui couvre les célébrants dignes et
humbles, s’étend peu à peu sur tout le peuple assistant. Le grand moment
approche, les puissances célestes chantent très humblement et avec piété.
 Elles chantent, ayant couvert leurs visages avec leurs ailes angéliques.
 Elles chantent avec beaucoup de retenue et de contrition.
 Elles chantent le « Saint, saint, saint le Seigneur Sabaoth… »
 Elles chantent avec des lèvres tout-immaculées, une langue sans tache,
c’est-à-dire avec des lèvres et une langue, n’ayant aucun rapport avec
l’impureté du péché.
 Elles chantent avec un cœur parfaitement dévoué à Dieu.
 Elles chantent avec un esprit fervent dans lequel nos propres pensées
mondaines et potelées ne peuvent pas entrer.
Avec ces esprits tout purs, on chante, nous aussi, de nos églises d’ici-bas.
L’Église triomphante tout entière et unie, chante triomphalement l’Hymne
de Victoire. C’est pour cela que l’hymne de victoire doit être chanté de
façon pieuse et modeste. Ce n’est pas l’heure de chercher à paraître mais
d’éprouver de la crainte devant Dieu !
En ces moments très saints de l’hymne de Victoire on bouge, on brûle
d’impatience ou avec l’ignorance qui nous habite, on est complètement
indifférents de ce qui se passe dans le saint culte –et ce qui est plus
tragique– notre esprit, notre intelligence et nos pensées voyagent à des
soucis du monde … tantôt par ici, tantôt par là. Nous ne sommes pas
conscients de ce que la sainte église est inondée par d’innombrables armées

1
2

Ex. 19, 22.
Mélèce, Évêque de Nicópolis, «Στάρετς Σαμψών, βίος καὶ διδασκαλία», σελ. 83-84.

348
de puissances angéliques. L’Église triomphante avec tous les saints est
présente, parmi nous !
Pendant que les chantres et le peuple assistant chantent l’Hymne de
Victoire, le prêtre lit la prière de l’Anaphore :
« Nous aussi, avec ces bienheureuses puissances, ô ! Maître ami des
hommes, nous nous écrions et disons : tu es saint, tu es très saint, toi,
ton Fils unique et ton Esprit Saint. Tu es saint, tu es très saint,
magnifique est ta gloire, toi qui as tant aimé ce monde qui t’appartient,
que tu as livré ton Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne
périsse pas mais ait la Vie éternelle. Et lui, étant venu et ayant accompli
tout ton dessein sur nous, la nuit où il fut livré –ou plutôt se livra luimême– pour la vie du monde, ayant pris du pain en ses mains saintes,
pures et immaculées, ayant rendu grâce, l’ayant béni, sanctifié, rompu,
il le donna à ses saints disciples et apôtres en disant ».
L’amour de Dieu n’est que le point central dans le Mystère du Dessein
divin pour le salut de l’homme et du monde entier. Dieu donna son Fils
unique et Verbe au monde qui est mort à cause du péché. Il ne fit cela que
par amour ! « Non parce qu’il ne pouvait pas nous sauver par d’autres
manières mais pour nous montrer son amour ! Un amour qui ne peut être
comparé à rien ! Il nous attira auprès de lui par la mort sur la Croix « du
Fils de l’homme »1 qui était en même temps le Fils et le Verbe de Dieu,
notre Seigneur incarné Jésus-Christ, le Dieu-homme. Si Dieu le Père avait
quelque chose d’autre plus vénérable que son Fils unique, il nous le
donnerait pour que le genre humain soit sauvé ».2
Par conséquent, le Sacrifice du Christ est le dévoilement et la révélation
de l’amour divin envers l’homme.
Lors de la Sainte Eucharistie, nous vivons le mystère de Sacrifice
rédempteur du Christ sur la Croix, mais d’une façon non-sanglante. Pendant
la Divine Liturgie, le Seigneur est présent. Il monte au Golgotha, il est
cloué sur la Croix, il se sacrifie, il meurt pour notre salut. Sur la sainte
Table «gît» l’agneau immolé, l’agneau tout immaculé, «qui enlève le péché
du monde». 3 « Ayez peur du saint Autel, car, sur elle se trouve Christ la
Victime, le Seigneur immolé… » 4
C’est pour cela que, lors de cette première Cène, le Seigneur offre son
Corps tout saint découpé et il appelle Lui-même son Sang « répandu ». Par
conséquent, le Sacrifice célébré n’est pas une simple image mais un vrai
1

Matt. 8, 20.
Saint Isaac le Syrien, «Τὰ σωζόμενα ἀσκητικά», Homélie 30, σελ. 153-154.
3
Jean 1, 29.
4
Saint Jean Chrysostome, P.G. 58, 737.
2

349
sacrifice, réel, vivant, redoutable et saint. Car, notre Seigneur, le Dieuhomme Jésus-Christ Lui-même, se trouve sur le saint Autel, Immolé. Le
Christ est celui qui se sacrifie et s’offre à tous les chrétiens fidèles. Il est
« celui qui offre et qui est offert ».
Pendant que la sainte Anaphore s’avance vers le point culminant du
Sacrifice redoutable, petit à petit on prépare l’encens. On encensera, peu de
temps après, le Corps du Maître gisant sur l’ Autel saint et par l’effluve de
l’encens qui va s’étendre dans toute l’église, la présence incompréhensible
de l’Esprit Saint – d’une certaine manière – s’annoncera. On proclamera ce
que le Sacrifice sur la Croix au Golgotha et le Sacrifice pendant la Divine
Liturgie ne sont qu’UN SEUL ! UN SEUL ! Car l’agneau n’est qu’un : le
Christ ! La Divine Liturgie ou la Sainte Eucharistie ou le saint culte ne sont
que le Mystère de la mort sur la Croix de Jésus-Christ MAINTENANT.
L’heure donc du Sacrifice redoutable approche. Si l’on s’émeut ou l’on
larmoie lorsqu’on entend de belles paroles consolatrices par notre père
spirituel, si la contrition nous envahit à cause de la narration pleine de grâce
d’un événement par le Livre des Anciens, d’un miracle, d’un martyre,
qu’est-ce que notre cœur éprouverait devant le martyre de Golgotha ? Quels
changements spirituels ne devrait-il pas subir devant la Passion Sacrée du
Christ ? Comment l’âme du prêtre célébrant ainsi que les âmes des fidèles
pourraient-elles endurer cette avanie intenable et cette tristesse et cette
souffrance du Sacrifice sur la Croix du « Fils de l’homme », du Dieuhomme ? Quiconque parmi nous les prêtres ou parmi vous les participants
fidèles vivra la souffrance salvatrice de Golgotha, il va sans aucun doute
expérimenter la gloire lumineuse et indicible de la Résurrection aussi.
Tout le Mystère de notre foi Orthodoxe – un mystère d’une humilité et
d’un sacrifice infinis, un mystère d’une gloire infinie et d’une réjouissance
divine – se renferme dans le Drame divin de la Divine Liturgie. Si le prêtre
célébrant vit ces situations spirituelles durant la Sainte Anaphore, il frémit
tout entier des soupirs spirituels les plus forts de l’Esprit Saint.
140. À la Sainte Montagne, il y a à peu près 80 ans, dans la skite de la
« Petite » sainte Anne, le père Ignace le Spirituel, célébrait comme premier
célébrant –parmi plusieurs prêtres concélébrants– une Divine Liturgie de
fête.
Qu’est-ce que ses concélébrants voyaient-ils donc ? À quel spectacle
redoutable leurs yeux faisaient-ils face ? Quel ange lumineux a-t-il surgi
devant eux ? Le visage du père Ignace avait changé, il était lumineux,
splendide, glorifié par la grâce Divine et resplendissait comme la face d’un
ange. Le moment redoutable de la Sainte Anaphore approchait…

350
Oui, tous les prêtres et les moines de la petite église du désert ont vécu
leur propre transfiguration liturgique, auprès du père Ignace qui célébrait
et flamboyait. Ils avaient devant eux, une église vivante de la Sainte
Lumière trinitaire ! 1
Voilà ce qui se passa une autre fois :
141. Un novice finissait les « Réjouis-toi » et après l’office des Complies,
se tourna pour recevoir la bénédiction du père Ignace… Qu’est-ce qu’il a
vu alors ? Il fut bouleversé devant cette splendeur étrange et commença à
trembler. Il eut frémi tout entier par le frisson de la transfiguration. Le
visage du père Ignace se fut illuminé par la Gloire du mont Thabor. Il
resplendissait et luisait comme le visage d’un ange céleste. Il y avait tant de
lumière ! …
Cependant, qui sait combien de fois le visage du saint père spirituel
n’aurait-il pas resplendi d’une gloire qui n’est pas de ce monde, lorsqu’il
célébrait la Sainte Eucharistie ?
Qui peut vraiment voir, et décrire exactement, les événements sacrés et
redoutables du saint culte ? Quel œil spirituel peut-il pénétrer dans « les
ténèbres du silence mystique et secret des Saints Dons » selon saint Denys
l’Aréopagite et y voir les mystères lumineux et incompréhensibles ? Quel
œil peut-il le faire ? 2
Chaque mot, chaque mouvement et bénédiction du Prêtre célébrant
déclare des événements bouleversants, réels, vrais, redoutables. On voit
Golgotha, la Crucifixion, la douleur insupportable, l’horreur des plaies,
l’amertume de l’ingratitude, la tristesse immense à cause de la lourdeur
énorme des péchés de tous les gens de tous les siècles. On voit… tout le
Drame du Seigneur sur la Croix.
Voilà donc, que la mort est détruite, que le diable est éliminé, le péché se
retire, la résurrection s’offre, le Paradis s’ouvre, la beauté antique se restitue
et l’on goûte à l’adoption. On communie aux mystères très saints et
immédiatement on vit avec certitude l’héritage du royaume des cieux, la
Béatitude divine et la joie des anges ; c’est-à-dire on goûte aux fruits du
Sacrifice redoutable à laquelle on a tout à l’heure participé.
« Quelques gouttes de sang recréent et transfigurent le monde entier. À
nous qui communions, elles se font du jus de lait éternel qui nous fait
rapprocher, qui nous met en communication, qui nous lie en une unité…
Nous sommes frères les uns des autres, enfants du même Père ! Nous
1

Archim. Chérubin, « Figures agiorites contemporaines », no 7, Ignace le Spirituel, p. 9496.
2
Archim. Chérubin, « Figures agiorites contemporaines », no 7, Ignace le Spirituel, p. 9496.

351
sommes tous membres les uns des autres ». Que cette unité de l’amour
devienne une réalité qui soit passée à notre prochain, à notre conjoint, à nos
intimes. C’est pour cela que nous rendons grâces à Dieu toujours, nous
prions incessamment, nous sommes joyeux en Jésus-Christ. Tout cela n’est
que le résultat réel du Sacrifice sur la Croix, dont on se réjouit lors du saint
culte par la Sainte Communion.
Sur le saint Autel nous voyons la racine qui a fleuri l’arbre de Vie, c’està-dire l’amour du Dieu Trinitaire pour l’homme. Nous, qui sommes
présents à la Divine Liturgie et qui participons à la Sainte Communion,
héritons de cet amour et passons cet amour au prochain.
« Et lui, étant venu et ayant accompli tout ton dessein sur nous, la
nuit où il fut livré –ou plutôt se livra lui-même– pour la vie du monde,
ayant pris du pain en ses mains saintes, pures et immaculées, ayant
rendu grâce, l’ayant béni, sanctifié, rompu, il le donna à ses saints
disciples et apôtres en disant (À haute voix) :
-- Prenez, mangez, ceci est mon corps, rompu pour vous, en rémission
des péchés ».
Le chœur : Amen.
Ce fragment de la Sainte Anaphore se réfère à la constitution du
sacrement de la Sainte Eucharistie lors de la Cène.
Nous commencerons par des analyses plus simples et peu à peu nous
nous avancerons à quelques-uns plus difficiles et plus spirituelles car, il y a
autant d’expériences que les hommes qui communient participent
consciemment au saint culte.
Notre Seigneur fit beaucoup de miracles, lors de Sa mission terrestre de
trois ans mais qui fut divine et salutaire : Il changea l’eau en vin. Il marcha
sur la mer. Il tranquillisa les vagues démontées. Il rassasia des millions
d’affamés avec cinq pains et deux poissons. Il ouvrit les yeux aux aveugles.
Les muets parlèrent. Les sourds écoutèrent. Les paralytiques marchèrent.
Les courbés se redressèrent. Les damnés se libérèrent. Les lépreux furent
purifiés. Il ressuscita les morts, voire Lazare, qui était mort depuis quatre
jours. Il fut transfiguré devant ses disciples et resplendi comme le soleil. Le
Christ a fait tant des miracles et enseigna le peuple sur tant de choses, lui
annonçant la bonne nouvelle que, « si on les écrivait une à une, le monde
entier ne pourrait, je pense, contenir les livres qu’on écrirait ». 2
Pourtant, le couronnement de l’incarnation, de l’action et de
l’enseignement de notre Seigneur sur la terre était Son Sacrifice sur la Croix
au Calvaire « pour notre salut ». Saint Nicolas Cabasilas nous dit : « La
1

1
2

Saint Grégoire le Théologien, « Εἰς τὸ Πάσχα », Homélie 45, ΕΠΕ 5, 178.
Jean 21, 25.

352
passion immaculée qu’endura le Seigneur, a été la cause de notre salut
tandis que les miracles ne sont que de simples preuves de notre salut ».1
Plus simplement, quelques miracles que le Christ eût faits, s’Il ne se
sacrifiait sur la Croix, aucun homme ne pourrait se sauver. C’est pour cela
que la Divine Liturgie est entre autres une mémoire du sacrifice que le
Christ offrit : « Faites cela en mémoire de moi ».2
Ce fragment de la prière de la Sainte Anaphore se réfère à la nuit du jeudi
saint qui commence par la Sainte Cène et, ensuite, nous rappelle l’angoisse
dans le Jardin de Gethsémani, la prière endolorie et ensanglantée du
Seigneur à Son Père céleste. Il nous rappelle le sommeil de ses trois chers
disciples, la foule « armée d’épées et de bâtons » qui vint l’arrêter,
l’embrassement de trahison de Judas, l’arrestation, l’abandon par les
disciples et tout ce qui se passa dans les cours d’Anne et de Caïphe et au
prétoire de Pilate (les crachements, les coups de poing, les gifles, les
invectives, les ironies, le manteau de pourpre, le roseau). Tous ces
événements pleins de commotion, de la Passion redoutable et du Sacrifice
sur la Croix, nous les vivons, lors de la célébration de la Divine Liturgie.
Des événements qui continuent à se réaliser.
Pourtant, on revient à la Cène sur laquelle tous les évangiles écrivent,
ainsi que Paul l’apôtre. Notre Seigneur Jésus-Christ, lorsque ses derniers
jours approchèrent, manifesta Son désir de manger la dernière Pâque avec
ses disciples. La maison dans laquelle prit lieu la Cène, appartenait, selon la
tradition, à l’évangéliste Marc.
Pourquoi la Sainte Cène s’appelle-t-elle « mystique » ? Le mot
« mystique » dérive du substantif « mýstis » et ce dernier du verbe « myó »
Par conséquent, cette Cène ne s’est pas faite en cachette et isolément, mais
pour que le Seigneur relève, présente et enseigne à Ses douze disciples que
le Mystère de Son Sacrifice sur la Croix s’est déjà accompli. La Cène de ce
jeudi est et se dit « MYSTIQUE » car, le Seigneur initia Ses disciples, et à
travers eux, nous autres, au Sacrifice salutaire : Il célébra Lui-même le
Sacrifice sur la Croix de Golgotha.
Par la Cène, le Christ, d’une façon inconvenable à l’esprit humain et à la
logique commune devance les événements de la Trahison, du Procès, de la
Passion, de Golgotha et du Sacrifice sur la Croix. Il les devance car, ils sont
présents dans la nourriture de Son Corps tout saint et de Son Sang très
précieux … « Mangez mon Corps » leur dit-Il, et « buvez mon Sang ». Je
suis « l’agneau immolé ». Si le Seigneur parle ainsi, cela signifie que le

1
2

Hiéromoine Grégoire, « La Divine Liturgie … », p. 277.
Luc 22, 19.

353
Sacrifice s’est déjà accompli et qu’il continue à s’accomplir par la Divine
Liturgie que nous célébrons !
La Cène eut lieu un jour avant le commencement de la Pâque hébraïque.
Cette année-là, comme la Pâque tombait vendredi le 13 du mois de Nissan,
les hébreux la décalèrent samedi, le 14. Ils faisaient et ils font toujours la
même chose. Par conséquent, le Seigneur utilisa du pain au levain et pas du
pain sans levain. Cela se prouve par les versets suivants :
 « C’était le point du jour. Ceux qui l’avaient amené n’entrèrent pas
dans la résidence pour ne pas se souiller et pouvoir manger la Pâque »2 ;
c’est-à-dire, ils n’entrèrent pas dans le prétoire afin de ne pas se souiller par
cette maison païenne et afin d’être purs pour qu’ils puissent manger le soir
au Dîner de la Pâque.
 Pour le samedi où la Pâque commencerait, saint Jean dit ceci : « Or, ce
sabbat était un jour particulièrement solennel »3 ; c’est-à-dire qu’il n’était
pas un sabbat quelconque, mais qu’il était le sabbat de la Pâque juive à la
veille de laquelle commençait l’usage des pains sans levain. Par
conséquent, du pain salé à la levure, a été utilisé. Donc, les catholiques
romains insistent mal à utiliser du pain sans levain. Ce n’était pas la veille
de la Pâque mais l’avant-veille.
Durant la Cène, Jésus désigna aussi le traître Judas : « En vérité, en
vérité, je vous le dis, l’un d’entre vous va me livrer ».4 « De qui s’agit-il ? »
demandèrent tous. Le Seigneur répond : « C’est celui à qui je donnerai la
bouchée que je vais tremper ».5 Il la donna donc, à Judas l’Iscariote.
Selon l’évangéliste Luc, les disciples commencèrent à se quereller lors de
la Cène, qui parmi eux, devait être estimé le plus grand. Le Seigneur leur
enseigne alors l’humilité : « Que le plus grand parmi vous prenne la place
du plus jeune et celui qui commande, la place de celui qui sert ! ».6 Le
Christ prophétisa aussi que Pierre l’apôtre nierait trois fois de le connaître :
« Le coq ne chantera pas aujourd’hui, que tu n’aies pas trois fois nié me
connaître ».7 Ensuite, et selon le même évangéliste, le Christ prédit à Ses
disciples leurs futures persécutions à cause de Lui. Enfin, l’évangéliste Jean
nous sauva le texte qu’on appelle « l’évangile du Testament ». Il commence
1

1

Saint Grégoire de Nysse, « Περὶ τῆς τριημέρου προθεσμίας τῆς Ἀναστάσεως τοῦ Κυρίου»,
BΕΠΕΣ 69, 238.
2
Jean 18, 28.
3
Jean 19, 31.
4
Jean 13, 21.
5
Jean 13, 26.
6
Luc 22.
7
Luc 26 et 34.

354
par la Sainte Cène, se continue dans le Jardin de Gethsémani et finit par la
superbe prière sacerdotale de Jésus à Dieu le Père.
La Sainte Eucharistie donc, est la Cène du jeudi saint qui SE
CONTINUE, se prolonge dans l’espace et le temps, dans les siècles. Ce
n’est pas une répétition cérémoniale de ce qu’a dit et a fait le Seigneur,
c’est-à-dire une répétition sèche de la Cène, mais c’est le prolongement
mystique et révélé de l’événement. C’est « le Christ qui se prolonge dans
les siècles ». C’est la même Cène, car c’est le Christ Lui-même qui offre et
qui est offert. Celui qui offre et Celui qui est offert.
Cela veut dire que ce que l’église fait, sa vie elle-même n’est qu’une
réception et une Tradition de paroles divines et d’événements divins, une
continuité sans rupture. La Cène du grand jeudi, à la chambre de la maison
de l’évangéliste Marc et la Cène autour du saint Autel sont une et la même
Cène.
LA CÈNE ET LA CONSTITUTION DU SACREMENT
DE LA SAINTE EUCHARISTIE
142. À Nea Skiti de la sainte Montagne, il y a plusieurs années, j’avais
entendu parler du pieux moine Abercius. Il était très ascétique,
miséricordieux, travailleur, simple et affable. Il allait à l’église centrale de
la skite tous les dimanches et les vigiles. Il avait aussi l’habitude de rester à
la partie de derrière de l’église, c’est-à-dire au narthex, avec beaucoup de
recueillement.
Une fois, lors de la vigile d’une grande fête, la doxologie ayant fini, on
lisait prime. Alors, les pères voient soudain le père Abercius quitter sa
stalle et traversant vite toute l’église, arriver devant le Sanctuaire et
passant par les saintes portes qui étaient ouvertes, s’arrêter puis devant le
saint Autel. Peu après, on le voit se prosterner respectueusement devant
Quelqu’un qui ne se voyait pas et répondre tout joyeux :
-- Oui, Monseigneur, je vois. Moine Abercius. Merci, merci !
Ensuite, il fit une profonde génuflexion avec le mouvement qu’on fait
lorsqu’on embrasse une main et passant de nouveau par les saintes portes,
il retourna à sa place.
Ceux qui remarquèrent ce comportement du père Abercius, ont pensé
qu’il alla dire quelque chose au célébrant. Pourtant, le célébrant qui à ce
moment-là était à l’Autel de la Prothèse (Proscomidhí) et avait vu la scène
qu’on a décrite, l’a tenu pour un fumiste qui faisait tout cela par sa soidisant folie.

355
Le lendemain, le célébrant alla le trouver à son pauvre ermitage et l’a
demandé :
-- Qu’est-ce qui s’est passé hier ? Comment as-tu osé entrer dans le
Sanctuaire par les saintes portes ? D’ailleurs, avec qui parlais-tu ?
Le père Abercius tout surpris, répondit avec simplicité :
-- Eh ! Bien… mon père, toi, tu ne voyais pas l’évêque qui était
continuellement debout aux saintes portes et m’a appelé près de lui ? Il m’a
demandé mon nom et je le lui ai dit. Puis, il l’a écrit sur une plaque qui est
dans le Sanctuaire à droite… il me l’a même montré et moi, je l’ai lu…
« Moine Abercius » !
Cela s’est fait rapidement connaître, et tous les pères le demandaient et
le redemandaient comment il s’est passé et ce que l’Évêque lui a dit.
L’ancien Abercius racontait tout avec tous les détails. Pourtant, ce vieux
moine simple et affable s’étonnait que ses frères le demandassent sans arrêt
du moment qu’il faudrait –comme il croyait – qu’ils eussent vu sa propre
extase ! Il crut enfin qu’il s’agissait d’une action divine, car il n’y avait pas
de plaque de marbre dans le Sanctuaire, ni elle n’y eut été jamais trouvée.
De quoi était-il question ? C’était le livre céleste de la vie Éternelle où le
Seigneur ami des hommes et Maître, enregistre ceux « qui ont le cœur
pur », les sauvés, les chrétiens militants qui meurent repentis, les martyrs,
les confesseurs, les justes, les saints, hommes et femmes ! 1
Quel mystère merveilleux ! Quel honneur superbe ! Quelle grandeur
divine ! …Si le Seigneur Christ, notre Sauveur venait aux saintes portes et
nous appelait, chacun avec son prénom et l’on s’approchait près de lui, pas
pour écrire notre nom sur une plaque de marbre mais pour qu’il nous
renferme dans Ses bras divins et nous fasse monter avec lui dans les
demeures célestes de son Église triomphante ! Cependant, cela se passe
chaque fois que nous célébrons la Sainte Eucharistie. C’est le Christ Luimême qui nous est offert par le saint Calice, nous haranguant avec notre
prénom : « Le serviteur de Dieu N., reçoit le Corps et le Sang du Christ
pour la rémission de ses péchés et la vie éternelle !
Le prêtre dit :
« PRENEZ, MANGEZ, CECI EST MON CORPS, ROMPU
POUR VOUS, EN RÉMISSION DES PÉCHÉS ».
Le peuple assistant répond : « Amen ».
Le prêtre (à voix basse) : « De même il prit le Calice à la fin de la
Sainte Cène en disant (à haute voix) :

1

Moine Joseph, « Πατερικαὶ μορφαὶ τῆς Νέας Σκήτης », p. 30-31.

356
« BUVEZ-EN TOUS, CECI EST MON SANG, CELUI DU
NOUVEAU TESTAMENT, RÉPANDU POUR VOUS ET POUR
LA MULTITUDE, EN RÉMISSION DES PÉCHÉS ».
Le peuple : « Amen ».
À ce point de la sainte Oblation nous arrivons à la constitution du
sacrement de la Sainte Eucharistie, de la Sainte Communion. Quelque
chose de paradoxal se passe : ce n’est pas nous, les prêtres, qui célébrons le
Mystère du saint culte mais c’est le Christ ! Nous autres, on le célèbre, on
l’officie mais c’est le Christ qui l’offre ! … « Il l’offre et Il est offert ». Le
Christ est présent maintenant, et alors, et toujours. Le Pain et le Vin sont le
Christ Lui-même dont nous mangeons la Chair et nous buvons le Sang
précieux.
Saint Nicolas Cabasilas dit : « Le pain a cessé d’être du pain… il est,
désormais, le Corps du Souverain, le vrai Corps du Dieu-homme JésusChrist qui reçut les outrages, les rires, les meurtrissures, les gifles et les
crachements. Il est Celui qui a été crucifié et s’est immolé. Il est Celui qui a
témoigné la bonne confession sous Ponce Pilate. Celui qui a été fouetté, qui
a supporté les crachements, qui a goûté le vinaigre et le fiel. Le Vin aussi, a
cessé d’être vin. Il est le vrai Sang du Seigneur Christ qui jaillissait et
coulait par le Corps immolé. Il est le Sang très saint qui coula par son côté
percé par la lance. Ce Corps et ce Sang est celui qui a été formé par l’Esprit
Saint, celui qui est né par la Sainte Vierge, celui qui a été mis dans le
tombeau, qui est ressuscité le troisième jour « selon les Écritures », celui
qui est enlevé aux cieux et est assis à la droite du Dieu le Père ».1
Le Seigneur Christ, que le vieux moine Abercius vénéra devant le saint
Autel, est le même sur l’Autel ainsi que dans le Calice.
Le Jésus-Christ de la Sainte Communion est le Corps que Dieu le
Seigneur a pris, de la crèche jusqu’à la Croix, la Mise au Tombeau, la
Résurrection et l’Ascension. C’est celui qui est assis glorifié à la droite du
Dieu le Père. C’est le Seigneur offert pour notre salut « pour la rémission
des péchés et la vie éternelle ».
Si l’on pouvait ouvrir les portes célestes de l’Église triomphante, du
royaume de Dieu, on verrait le Créateur et Roi de tout le monde, le Christ,
qui donne de l’éclat à l’univers avec sa gloire divine. C’est celui que, nous
les prêtres pauvres et indignes, non seulement Le voyons mais Le touchons
aussi.
143. Un prêtre me raconta, il y a quelques jours, l’événement horrible
qui suit :
1

Saint Nicolas Cabasilas, «Ἑρμηνεία τῆς θείας Λειτουργίας», p. 92.

357
Un célébrant, après le « Soyons attentifs ! Les choses saintes aux
saints », commença à rompre l’agneau de Dieu, mais précipitamment et
sans attention. Pendant qu’il le rompait, avec des mouvements nerveux, un
grand morceau de Son Corps tout saint se jeta par terre ! Il s’est penché et
commença à le chercher ! Finalement il le vit et tendit la main pour le
ramasser mais tout effrayé il voit la Tête de Jésus-Christ !
Il lui a parlé, oui, il lui a parlé ! … Avec une voix qu’il n’oubliera
jamais. Qu’est-ce qu’Il lui a dit ?
-- C’EST MIEUX ICI QU’À TES MAINS ! …
À ce moment-là, le Seigneur Lui-même ou plutôt sa vie elle-même le
jugea et le condamna. C’est pourquoi, il s’est glacé… il a été figé de sa
peur. Plusieurs mois ont passé avant qu’il soit revenu à soi … 1
C’est redoutable, c’est redoutable pour tous les ministres du Très-haut et
aussi pour moi le pécheur.
Après la communion au Calice de la Cène, le Seigneur a dit : « Faites
ceci en mémoire de moi ».2 Ce commandement se trouve dans la Liturgie
de saint Basile le Grand, avec les mots suivants, comme enseigne Paul
l’apôtre : « Car, toutes les fois que vous mangez ce pain et que vous buvez
cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur et vous confessez Sa
résurrection ». 3
« …Il le donna à Ses saints disciples et apôtres en disant : Prenez,
mangez… Buvez-en tous ».
Ces paroles du Seigneur s’appellent « propos fondateurs » car, par ceux-ci
le Mystère de notre salut, ou plus correctement « le grand Sacrement de la
Sainte Eucharistie », a été fondé, remis, institué et constitué.
Le Seigneur, se référant à Son corps, a dit « répandu ». Ces deux
participes sont au présent. Son corps est rompu maintenant. Son sang est
répandu maintenant. Par conséquent, cela ne se passe pas une seule fois
mais TOUJOURS ! Chaque fois que la Divine Liturgie est célébrée, c’est
« maintenant » ! Cela veut dire TOUJOURS, il y a deux milles ans !
Maintenant ! Aujourd’hui !
Jésus-Christ appelle Son Sang, le sang « du Nouveau Testament », c’està-dire du nouvel accord entre Dieu et les hommes, non ratifié par les
sacrifices et le sang des animaux, comme dans l’Ancien Testament. Le
nouvel Accord fut de nouveau authentifié par le Sacrifice et le Sang
précieux de Jésus-Christ, comme de « l’agneau immaculé et sans reproche».
L’agneau de la Pâque de l’Ancien Testament prophétise Jésus-Christ
1

notes personnelles de l’auteur
Luc 22, 19.
3
I Cor. 11, 26.
2

358
sacrifié sur la Croix. Le Seigneur est l’agneau réel : « L’agneau de Dieu qui
enlève le péché du monde ».1 Ce n’était pas la Croix qui portait Jésus-Christ
mais c’était Jésus-Christ qui portait les péchés du monde sur la Croix.
Jésus-Christ qui a été offert comme Sacrifice sur la Croix pour la
rédemption des péchés du monde.
-- Prenez, mangez… Buvez-en tous…
La réponse du peuple assistant : -- Amen.
L’« amen » du peuple par les chantres, qui doit être dit à voix basse, et
humblement, a une signification affirmative. Il s’agit d’une confession de
foi ferme et inébranlable. « Oui, cela en est ainsi ! C’est Ton Corps… c’est
Ton Sang… », c’est ce que veut dire l’« Amen ».
Lorsque le prêtre se trouve devant le saint Autel et répète les « paroles
fondatrices » du Seigneur, invoquant aussi l’Esprit Saint, en ce même
instant le Miracle des Miracles s’accomplit. Le Pain est changé en le Corps
du Christ et le Vin en le Sang du Christ !
Les catholiques romains disent que seuls les paroles du prêtre « Prenez,
mangez … » et « Buvez-en tous.. » suffisent pour que ce Miracle soit
accompli. Pourtant, notre Église Orthodoxe, selon l’enseignement de ses
Pères, considère ces paroles comme la cause première du Miracle, mais
l’accomplissement de ce Miracle à chaque Divine Liturgie exige aussi
l’invocation spéciale pour la descente du Saint-Esprit, ce qui se passe à la
célébration des autres sacrements aussi. L’invocation (épiclèse) pour la
descente de l’Esprit Saint date des premiers siècles chrétiens !
Le prêtre prie qu’un feu vienne, pas comme celui qui était venu sur
l’Autel du prophète Élie. Il prie que le Saint-Esprit vienne accomplir le
Sacrifice, tant sur le saint Autel que dans les cœurs des hommes, brûler les
passions et les pensées pécheresses et illuminer l’esprit par la grâce divine.
144. Une jeune fille d’ une grande vertu avait l’habitude pieuse de
communier souvent aux très précieux mystères, certainement avec
l’incitation et la permission de son père spirituel.
Un dimanche, le prêtre célébrant refusa de la communier disant qu’il ne
fallait pas que les jeunes femmes communient aussi souvent. « Tu viendras
communier le quatrième dimanche de la Quarantaine ».
La jeune fille pieuse fut profondément blessée en raison de cette
privation et cette offense indiscrète de la part du prêtre. Dès la fin de la
Divine Liturgie, elle resta dans l’église, elle s’agenouilla –toute
l’assistance étant partis– et commença à prier avec beaucoup de
componction et de tout cœur. En même temps, elle versait des larmes
silencieuses à cause de la privation du don de la grâce divine.
1

Jean 1, 29.

359
Pendant qu’elle priait, soudain, elle voit devant elle, un Archiprêtre très
grandiose et plus splendide que le soleil, qui était escorté par une foule de
prêtres et de diacres en tenues éclatantes, tandis qu’en même temps des
anges et des archanges chantaient avec une douceur ineffable.
L’Archiprêtre Christ demande alors d’une voix très douce et sereine à la
jeune fille surprise, quelle était la cause de ses larmes abondantes. Elle Lui
raconta avec beaucoup de retenue l’événement de la privation de la Sainte
Communion. Le Grand Archiprêtre entre alors dans le Sanctuaire et prend
par le saint ciboire un morceau de Pain sanctifié qu’on avait gardé en
sécurité dès le jeudi saint. Il l’appela auprès de Lui et la fit communier Luimême, avec Sa main divine, disant : « Prends ma chair, mon Corps et mon
Sang comme un gage de la vie éternelle ». Immédiatement, le Grand
Archiprêtre et notre Seigneur Jésus-Christ monta aux cieux « avec toutes
les puissances qui y ont apparu ». La fille bienheureuse, resta seule dans
l’église, inondée par une joie et une allégresse indicibles.
Un peu plus tard, lorsque le prêtre est revenu, elle révéla l’événement
incompréhensible de la Sainte Communion par le Christ Lui-même, avec du
Corps par le saint ciboire. Comme les morceaux consacrés étaient comptés,
le prêtre crut et tira sa leçon. 1
***
Nous venons maintenant aux Proverbes de Salomon le Sage,
(Chap. 9, 1-6) et l’on en fait l’exégèse.
Verset 1 : « La sagesse a bâti sa maison, Elle a taillé ses sept colonnes.
La « maison », selon les Pères de l’Église, est l’Église du Christ et les sept
colonnes sont ses sept sacrements, ainsi que les sept charismes du SaintEsprit comme les présente le prophète Isaïe (11, 2-3) :
 esprit de sagesse et de prudence
 esprit de conseil et de vaillance
 esprit de connaissance et de crainte de l’Éternel.
Verset 2 : « Elle a égorgé une bête, mêlé son vin et dressé sa table ».
Verset 3 : «Elle a envoyé ses servantes, elle crie Sur les points
culminants des hauteurs de la ville ». Cela signifie qu’elle envoya
les prédicateurs de la vérité pour inviter ceux qui veulent boire du
vin, disant.
Verset 4 : « Quiconque est stupide, qu’il fasse un détour par ici ! À celui
qui est dépourvu de logique, elle dit ». « Stupide » ne veut pas dire
insensé, dure, immoral mais il désigne celui qui est privé de
l’illumination de la sagesse divine. Ainsi ce verset s’interprète
1

Moine Aghápios, « Ἁμαρτωλῶν σωτηρία », p.272.

360
comme suit : Quiconque est privé de la sagesse, qu’il vienne
auprès de moi. Aux privés de la prudence divine, elle ajouta :
Verset 5 : « Venez, MANGEZ de mon pain, et BUVEZ du vin que j’ai
mêlé » ; c’est-à-dire : Venez, mangez mes pains et buvez de mon
propre vin que je vous ai offert à boire. Dans ce verset les deux
verbes font impression, car ils sont pareils à ceux de la Cène et du
saint Culte : Mangez… buvez…
Verset 6 : « Abandonnez la stupidité et vous vivrez, dirigez-vous dans la
voie de l’intelligence ! » ; c’est-à-dire : abandonnez votre
imbécilité afin de régner dans les siècles. Dirigez-vous dans la voie
de la prudence et essayez de mener à terme votre sagesse en
acquérant la connaissance divine.
Saint Cyrille d’Alexandrie, interprétant les Proverbes (9, 1-6), constate
que tout ce qui rapporte le Sage Salomon n’est qu’une prophétie et un
symbole de tout ce qui se passe pendant la Divine Liturgie. Il s’agit du
plaisir de l’esprit au banquet du saint Culte que le Donateur Dieu nous a
préparé. Les dons divins et incompréhensibles se trouvent devant nous. La
Table mystique s’est parée. Le Calice vivificateur est rempli. Le Roi de la
gloire invite au Dîner, le Fils de Dieu reçoit les invités… La Sagesse
hypostatique du Dieu le Père qui a Elle-même bâti une Église qui n’a pas
été faite par la main de l’homme, distribue son Corps sous forme de pain et
offre son Sang Vivificateur sous la forme du vin.
Quel mystère redoutable ! Quel dessein indicible ! Quelle
condescendance divine incompréhensible ! Quelle miséricorde insondable !
Le Créateur est offert Lui-même à la créature pour qu’elle Le goûte. La
Source de la vie (« Je suis la résurrection et la vie »1), est donnée elle-même
aux fidèles comme nourriture et breuvage. Venez manger mon Pain (qui est
mon Corps) et boire mon Vin (qui est mon Sang), que j’ai préparés en
faveur de vous sur cet Autel sainte… « Le Seigneur est bon, goûtez et
voyez ». 2
À la Cène du jeudi saint, le Christ nous remet deux choses : en premier
lieu, Il offre Son Corps et Son Sang comme nourriture d’immortalité et de
la vie éternelle. En second lieu, Il offre le nouveau commandement de
l’amour : « Je vous donne un commandement nouveau : aimez-vous les uns
les autres, comme je vous ai aimés ».3 Lorsque nous participons à la Sainte
Eucharistie, nous ne communions pas seulement au Corps et au Sang de
notre Maître et Seigneur, mais aussi à Son amour divin…
1

Jean 11, 25.
Saint Cyrille d’Alexandrie, P.G. 77, 1017 CD.
3
Jean 13, 34.
2

361
Avant l’ecphonèse «Nous t’offrons ce qui est à toi, de ce qui est à toi… »
et après l’Amen du chœur, le prêtre se penche devant le saint Autel et dit à
voix basse :
« Faisant donc mémoire de cet ordre du Sauveur et de tout ce qui a
été fait pour nous, de la Croix, du tombeau, de la résurrection au
troisième jour, de l’Ascension aux cieux, de la session à la droite, du
deuxième et glorieux avènement… »
« À la Cène, le Christ ayant offert Son saint Corps et Son Sang précieux,
leur donna le commandement : «Faites cela en mémoire de moi». Ainsi, Il
nous enseigne que la vraie « mémoire de Lui » n’est pas une simple pensée,
mais un acte : la célébration du Mystère de sa Cène. La seule façon de « se
souvenir » du Mystère de Son dessein, qui reste inaccessible à nos
cerveaux, n’est que revivre Son Sacrifice, pendant la Divine Liturgie ».1
Une cérémonie symbolique et simple conviendrait à la mémoire d’un
homme. Cependant, seul Son Sacrifice vivant dans le Mystère peut être
considéré comme « mémoire » du Christ !
« Faites cela, en mémoire de moi »
Les hérétiques nous disent et répètent continuellement que la célébration
de la Divine Liturgie n’est qu’une simple mémoire, dénaturant les paroles
du Seigneur. Ces phrases suivent la fondation du Mystère Divin ; c’est-àdire, au début, Il nous donne Son commandement « Prenez, mangez, ceci
est mon Corps… Buvez-en tous, ceci est mon Sang… » et ensuite le
Seigneur nous dit : « Faites cela en mémoire de moi ». Obligatoirement
donc, les apôtres au début, et leurs successeurs ensuite, ont mis en pratique
le commandement « Prenez, mangez… Buvez… », c’est-à-dire ils
célébrèrent le Mystère de Sa mémoire dans la Liturgie ! Qu’est-ce que cela
veut dire ? Cela signifie que le Christ est Présent, Vivant, Réel, Vrai dans la
Liturgie. Par le Sacrifice non-sanglant on mange le Corps du Maître et l’on
en boit le Sang tout Saint. Par conséquent, on peut confesser avec saint
Basile le Grand, ce qu’il rapporte à une prière secrète de sa Divine
Liturgie : « Voici accompli le Sacrement de ta divine Économie ».
« Faites cela, en mémoire de moi
C’est le commandement que nous donne notre Seigneur Jésus-Christ, le
Dieu Verbe incarné. C’est celui dont la Sainte Écriture assure : « tout fut
par lui et rien de ce qui fut, ne fut sans lui ».2 C’est Lui qui « a parlé et cela
arriva »3, Celui qui, avec l’ordre de Sa parole, créa tout. Lui-même, Il
donne de nouveau un ordre et un commandement, qui valent à jamais,
1

Hiéromoine Grégoire, « Ἡ θεία Λειτουργία », p. 281.
Jean 1, 3.
3
Ps. 32, 9.
2

362
d’une nouvelle création incompréhensible : que le pain et le vin deviennent
Son Corps et Son Sang à lui ! …
« Faites cela… » Ce que je fis tout à l’heure, faites le, pas une seule fois
mais continuellement, toujours ! Car, je vous ai dit que « celui qui mange
ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui ». 1
« Faites cela… » C’est comme si le Seigneur disait : réunissez-vous sans
arrêt autour de moi. Bien que vous ne me verrez pas avec vos yeux
corporels, moi, je serai Présent. Je serai Présent par mon Corps et mon Sang
toujours, continuellement. Car « celui qui mange ma chair et boit mon sang
a la vie éternelle ». Le Seigneur continue : « Vous, vous ne verrez que du
pain et du vin… vous verrez le prêtre célébrant. Pourtant, lui, c’est mon
instrument. J’en emprunte les mains, la voix. Le prêtre existe pour que ma
Présence invisible et mon Action incompréhensible deviennent plus
sensibles ! L’Esprit Saint, le Consolateur « que je vous enverrai d’auprès du
Père »2 réalisera le Changement Divin, c’est-à-dire le pain se changera en
mon Corps et le vin en mon Sang ».
145. Ce très grand Miracle de la Sainte Anaphore, le père Avérkios à
Néa Skiti voyait de façon paradoxale, comme on a déjà rapporté
préalablement…
Le père Avérkios faisait des vigiles durant les nuits, priant avec son
chapelet. Vers l’aube, il voyait souvent une nuée lumineuse et rayonnante
descendre par les cieux.
Cette nuée s’étendait aux cellules dans lesquelles les pères célébraient la
liturgie et l’heure de la Sainte Anaphore (Oblation) approchait. Elle
s’étendait sans distinction sur toutes les petites églises très simples, se
déposant – d’une certaine façon – sur elles.
C’était alors que le père Avérkios se plongeait davantage dans la
ferveur de la prière ! … 3
Il faut faire attention, en particulier, sur deux points de la Sainte
Oblation : le premier point est que la Consécration et la remise du Calice
eurent lieu après le repas nocturne. « Pendant qu’ils mangeaient » et « après
avoir soupé » nous disent les Évangélistes et Paul l’apôtre. C’est ce que
nous disons, nous aussi, avant l’ecphonèse « buvez en tous… ». Le
deuxième point, auquel il faut faire attention, est que le prêtre sanctifie le
Pain qui se trouve sur la Patène et le Vin qui se trouve dans le saint Calice,
séparément, et non pas tous les deux en même temps. La cause remonte aux
phrases distinctes que le Seigneur a dites. Il dit pour le saint Pain : « qui est
1

Jean 6, 56.
Jean 15,26.
3
Moine Joseph : « Πατερικαὶ μορφαὶ …», p. 31.
2

363
donné pour vous », tandis que pour le saint Calice Il accentue : « qui est
versé pour vous »1 (Matthieu écrit « qui est versé pour la multitude ! »2)
Ainsi, remettant à Ses disciples le saint Pain, Il met l’accent sur la Sainte
Eucharistie comme sur un SACREMENT, à travers lequel sera transmis
continuellement (jusqu’à Son deuxième Avènement) le Pain Céleste, c’està-dire Son Corps tout Saint « rompu » et « distribué », à tous ceux qui y
communieront, lors du saint Culte. De même, remettant le saint Calice, Il
donne de l’emphase à la Sainte Eucharistie, comme à un SACRIFICE !
Plus particulièrement : le Sang du Seigneur sur la Croix coule hors de Son
Corps immaculé, se jette en dehors, imbibe la Croix, il éclabousse, il jaillit,
c’est-à-dire « ἐκ-χύνεται ». Il ne s’est pas jeté pour les apôtres seuls mais
pour le monde tout entier. C’est pour cela qu’il est accentué : « Versé pour
vous et pour la multitude ». Pour tous ! « Buvez-en tous… ».3 Cependant,
nous n’en buvons pas tous. Car, cela dépend de notre liberté personnelle et
de notre volonté, si nous buvons Son Sang précieux, « pour le pardon des
péchés ».4 Exactement, comme il n’est pas question que tous les hommes
croient au Sacrifice salutaire du Théanthrope Seigneur Jésus-Christ et qu’à
travers Lui ils cherchent leur rédemption, le Christ ne dit pas « versé pour
tous » mais « versé pour la multitude », c’est-à-dire, seulement pour ceux
qui croient dans les siècles, qu’ils soient nombreux ou non.
Les catholiques romains ne donnent pas le Sang du Christ à tous, par
conséquent, ils innovent de façon hérétique sur ce sujet aussi. Il en va de
même pour le saint Pain. À l’Église orthodoxe le Pain n’est qu’UN, ce qui
symbolise l’unité du corps chrétien, malgré les quelques différences entre
les églises-membres locales. La Sainte Communion de tous, tant des prêtres
que des laïcs, se réalise par l’un et le même Pain. Cependant, les
catholiques romains, en utilisant des hosties sans levain, suppriment cette
unité, déformant ainsi la constitution même du Sacrement Divin, d’autant
plus que l’hostie ne peut être « rompue », être partagée. Par conséquent, les
laïcs ne participent pas au même Pain Divin.
« …CE QUI EST À TOI DE CE QUI EST À TOI… »
146. Une fois, comme nous raconte le « Pré spirituel », deux enfants âgés
de dix et de douze ans, ayant le désir de devenir prêtres, avaient appris par
cœur tout ce qui se dit et se fait pendant la Divine Liturgie.
1

Luc 22, 19.
Matt. 26, 28.
3
Matt. 26, 27.
4
Matt. 26, 28.
2

364
Un jour ils se sont résolus de faire les prêtres et de « célébrer » la Divine
Liturgie, qu’ils connaissaient dans tous les cas par cœur. Ils ont pris une
miche et du vin et sortirent hors de leur village. Ils trouvèrent deux grosses
pierres plates. Ils se servirent de l’une comme table de la prothèse et de
l’autre comme saint Autel. Ils fabriquèrent avec du papier leurs étoles et
ont mis des sacs de jute comme chasubles. Ensuite, ils ont commencé la
Divine Liturgie.
Ils sont arrivés au point de répéter les paroles fondatrices de la Sainte
Eucharistie : « Prenez, mangez… Buvez-en tous… » Tout en disant les
phrases « répandu pour vous et pour la multitude » et puisque le ciel était
tout bleu, un tonnerre tomba avec un grondement terrible et brûla tout,
transformant en cendre noire les deux grosses pierres et les espèces qu’il y
avait sur elles, ainsi que l’endroit tout autour.
Les enfants restèrent intacts ! Les étoles en papier et les deux sacs en jute
ont flambé par la face et non par la partie arrière pour que la vérité du
miracle soit prouvée ! Les enfants ont été paralysés et se sont tus par leur
terreur. Ils ne pouvaient ni bouger ni parler. Leurs parents s’inquiétèrent et
ont commencé à les chercher. Finalement, ils les ont trouvés en l’état dont
on a déjà parlé.
Petit à petit, les enfants sont revenus à eux et racontèrent, en détail, tout
ce qui s’est passé. Ensuite, les parents l’ont fait savoir au pieux curé du
village et celui-là à l’évêque de l’éparchie.
L’évêque est venu et avec les deux enfants, le pieux curé du village, les
parents ainsi qu’avec bien d’autres paysans sont allés à l’endroit où se
passa le miracle paradoxal.
L’évêque vit et admira. Comme il était un homme ecclésiastique d’une
vie sainte, il s’informa dans son cœur que les merveilles de Dieu se sont
vraiment passées exactement comme cela. Au début, il bâtit au même
endroit, une église très majestueuse et au point exact où le miracle prit lieu
et les pierres ont brûlé, il déposa le saint Autel. Plus tard, un grand
monastère y fut bâti, dans lequel les deux enfants ont pris l’habit et sont
devenus ministres du Très-Haut reconnus. 1
La Divine Liturgie est le mystère le plus redoutable. Rien de plus
majestueux que le saint Culte n’existe sur la terre, rien de plus saint, rien de
plus vivifiant et plus redoutable que la Sainte Eucharistie. La Divine
Liturgie est une vraie célébration céleste sur la terre, pendant laquelle, Dieu
Lui-même, d’une façon particulière, incompréhensible et immédiate est
Présent et en tant que Ministre invisible offre et est offert « pour la vie et le
salut du monde ».
1

J. Móskhos, «Le pré-spirituel ( Λειμωνάριον)», p. 226.

365
Malgré les événements insaisissables, qui se passent durant la Divine
Liturgie, nous sommes, prêtres et laïcs, inattentifs (ou avec une expression
plus indulgente) nous ne sommes pas prêts ! Il est connu que Moïse, avant
de monter au sommet du mont Sinaï, a été ordonné par Dieu de se préparer
dûment et d’être purifié, de jeûner et de prier.
Lors du saint Culte, on se trouve devant un événement terrifiant,
incomparablement plus redoutable de ce qui se passe devant Moïse. Lui, il
dénoua les lacets de ses sandales en vue de recevoir la Présence de Dieu,
dans les ténèbres divines.
Nous autres, lors de la Divine Liturgie, l’on est devant le Verbe incarné
dont on mange le Corps très précieux et le Sang tout saint mais l’on ne jette
pas loin de nous les passions, on n’ôte pas les « sandales » et les loques de
nos péchés ! « Malheureusement, on est attaché aux choses pécheresses,
terrestres ! On ne désire pas se consacrer, ni une seule heure, exclusivement
à Dieu ! Pendant cette Divine et céleste Liturgie on permet à nous-mêmes
de penser et de rêver des choses terrestres et parfois des images et des
fantasmes pécheurs.
Cependant, il faudrait prier avec ferveur, de tout cœur, penser
continuellement à ce grand Mystère, se repentir de nos péchés, avoir soif et
prier afin d’être purifiés, sanctifiés, illuminés, rénovés, renforcés dans la vie
chrétienne et dans l’accomplissement des commandements du Christ. Il
faudrait prier pour les vivants et les défunts, car la Liturgie n’est qu’un
Sacrifice expiatoire, un remerciement, une louange et une prière ».1 La
Divine Liturgie c’est l’amour. Celui qui reçoit cet amour lors du saint Culte,
languit, il ne peut plus, il ne supporte pas ! Il dit « Ça suffit » ! (Qui parmi
nous n’est-il jamais repu d’amour ?)
En fait, qu’elle est grandiose la Liturgie ! Durant celle-ci se réalise la
célébration de la vie, pas d’un grand-homme mais du Dieu incarné Qui fut
crucifié et mourut en notre faveur, ensuite fut ressuscité le troisième jour,
est monté aux cieux et reviendra de nouveau juger tout le monde !
La Liturgie c’est le Dîner, le «banquet» de l’amour de Dieu envers le
genre humain. Autour de l’agneau de Dieu, sur la patène, se rassemblent
tous : les vivants et les défunts, les saints et les pécheurs, l’Église
triomphante et l’Église militante. L’UNE Église avec l’UN Pasteur, le
Christ !
« Faisant donc mémoire de cet ordre du Sauveur
et de tout ce qui a été fait pour nous… »

1

Saint Jean de Crostandt, «Ma vie en Christ - Ἡ ἐν Χριστῷ ζωή μου», p. 165.

366
Nous avons déjà dit que, lorsque le Christ a offert au Dîner Son Corps –
« Prenez, mangez… »– et Son Sang précieux –« Buvez-en tous… »– Il
ajouta un commandement que nous avons analysé précédemment : « Faites
cela en mémoire de moi ».1 « Non simplement afin de vous souvenir de moi
mais pour célébrer vous-mêmes le mystère de ma Cène ». La seule façon,
pour que tout chrétien puisse revoir le Christ et la Cène, ainsi que tout le
mystère de Son Économie Divine par Son incarnation, est de revivre Son
Sacrifice sur la Croix, pendant la Divine Liturgie. Nous ne pensons pas,
simplement, aux événements du jeudi saint et du vendredi saint
(Crucifixion, Mort, Sépulture), nous les VIVONS, comme présents, dans le
saint Culte. Nous sommes présents au Golgotha, nous sommes auprès de la
Croix et au-dessus de la Croix ; encore, chose qui est plus essentielle : il
faut accompagner le Seigneur durant Sa passion ! Il faut monter avec Lui au
redoutable Golgotha ! Qu’il ne nous semble pas étrange. Nous devons être
juste à côté de Sa Mère immaculée, de Son disciple aimé Jean et des
femmes Myrophores. Soyons avec Lui, lors de la marche du Saint Sacrifice
de notre Seigneur Jésus-Christ qui commence pendant la Grande Entrée.
Ayons mal, souffrons un peu. Seulement de cette façon pouvons-nous vivre
les événements du Sacrifice de Golgotha comme présents. Seulement alors,
goûterons-nous les fruits de ce Sacrifice, c’est-à-dire les fruits de Son
amour Crucifié, ce qui est Son Corps tout saint et Son Sang très précieux, la
rédemption des péchés, la délivrance, le salut, la vie éternelle.
Nous vivons tout comme présent, soit le passé, soit le futur. Voilà où
nous conduit le saint Culte ! Par conséquent, il ne suffit pas seulement
d’aller à l’église, mais nous devons VIVRE tout le Mystère de Sa Présence
Divine. Dans la Cène du saint Culte « on attend la résurrection des morts »,
on vit la joie du Ciel, c’est-à-dire l’attente joyeuse du deuxième et glorieux
Avènement du Christ. Cela donne de la joie d’attendre que le Christ
reviendra « pour juger les vivants et les morts ». Cela nous donne de la
joie ! Maintenant nous mangeons Son Corps et nous en buvons le Sang,
mais dans les siècles à venir nous nous réjouirons de Sa présence
éternellement dans une gloire indicible !
La signification des mots : « et tout ce qui a été fait pour nous », ne
comprend pas seulement la mémoire du commandement divin et salutaire
de la Cène « Prenez, mangez… Buvez… », le Sacrifice sur la Croix, la
Mort, la Descente de Croix, la Sépulture, la Descente aux Enfers,
l’anéantissement de la mort par la résurrection au troisième jour,
l’Ascension aux cieux et la session à la droite. Elle comprend aussi le
glorieux deuxième Avènement du Christ et la Béatitude divine du royaume
1

Luc 22, 19.

367
des cieux, que le chrétien goûte s’en réjouissant, dès maintenant, par la
Sainte Communion !
Dans la grâce de la Divine Liturgie, les choses à venir (c’est-à-dire le
deuxième Avènement et la joie du Paradis) sont et