Vous êtes sur la page 1sur 12
V. Laurent La chronologie des patriarches de Constantinople de la première moitié du XIVe siècle

La chronologie des patriarches de Constantinople de la première moitié du XIVe siècle (1294-1350)

In: Revue des études byzantines, tome 7, 1949. pp. 145-155.

Citer ce document / Cite this document :

Laurent V. La chronologie des patriarches de Constantinople de la première moitié du XIVe siècle (1294-1350). In: Revue des études byzantines, tome 7, 1949. pp. 145-155.

doi : 10.3406/rebyz.1949.1009 http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rebyz_0766-5598_1949_num_7_1_1009

LÀ CHRONOLOGIE DES PATRIARCHES

DE CONSTANTINOPLE DE LA PREMIÈRE MOITIÉ

DU XIVe SIÈCLE

(1294-1350)

La chronologie des patriarches de Constantinople est arrivée à un

point de dangereuse fixation. Une liste s'est, en effet, imposée qui, étayée par les recherches approfondies des meilleurs érudits des

est reprise par tous les compilateurs

modernes. Les plus avisés parmi ces derniers (2) y ont apporté des améliorations de détail; quelques-uns par contre ont, en vrais mania quesde la compilation, combiné avec si peu de bonheur les conclu sionsdes anciens qu'il en est résulté un état où les inexactitudes pullulent à côté d'erreurs encore fréquentes. Ce n'est certes pas que l'on puisse prétendre aujourd'hui même établir une chronologie rigou reuse, sans lacunes ni flottements. En l'absence des registres patriar cauxque l'on ne récupérera jamais, c'est aux sources les plus diverses qu'il nous faut demander les éléments d'une démonstration compliquée par les imprécisions où elles se complaisent la plupart du temps. Nous espérons publier un jour prochain une édition critique (3) des nombreux catalogues (4) légués par la tradition en leurs multiples

xviie et

xvine siècles (1),

(1) En tout premier lieu ceux de Cuypers bollandiste dans les Ada Sanctorum augusti, I, Paris 1867, pp. 1-251 et de Le Quien, Oriens Christianus, I, 1740, pp. 205-350. (2) Le meilleur catalogue moderne est certainement celui du P. Vailhé, dans le Diction nairede théologie catholique, III, 1908, col. 1308-1313; consulter à la suite l'abondante littérature antérieure à son époque. (3) Quelques travaux d'approche ont déjà paru. J'ai étudié pour ma part la chronologie des patriarches de 996 à 1111 (Échos d'Orient, XXXV, 1936, pp. 67-81). Le P. Grumel a revu celle des patriarches iconoclastes du ixe siècle (Ibid., XXXIV, 1935, pp. 162-166 et 506), et celle des patriarches du xne siècle, de 1111 à 1206 (Études byzantines, I, 1943, pp. 250-270). On doit d'autre part au regretté abbé A. Vogt des Notes sur la chronologie des patriarches de Constantinople aux IXe et Xe siècles (Échos d'Orient, XXXIIj 1933, pp. 275- 278). Des études plus courtes, limitées généralement à un ou deux patriarcats, sont disper séesçà et là. (4) Les principaux catalogues actuellement imprimés se trouvent groupés en deux publi cations, celle de A. Banduri, Imperium Orientale, I, pp. 191-229 (I, pp. 164-194 de l'édition de Venise) et Fr. Fischer, De patriarcharum constantinopolitarum catalogis et de chronologia

146

ÉTUDES BYZANTINES

recensions. Ces documents devront fournir la base d'un travail aussi

définitif qu'il peut l'être dans l'état déficitaire de notre document ation.Il nous faut dès à présent entreprendre le travail pour une

portion réduite de la liste aux 240 noms

en effet celui

du patriarcat byzantin que sont les codd. vindobon. theolog, gr. 47 et 48, les actes de toute nature se présentent au chercheur. Or, même dans ces registres originaux, il en est, au début et à la fin des patriar cats,qui ne sont pas autrement datés. On ne saurait dès lors fixer leur chronologie sans avoir au préalable déterminé quand commenc èrentet finirent les pontificats qui, de 1315 au moins, se succédèrent jusqu'en 1402 à Byzance (5). Au moment d'aborder l'examen du vaste recueil viennois en vue de la continuation des Regestes des Actes des patriarches de Constant inople, il est apparu indispensable de tenter une première enquête. Le dépouillement des sources manuscrites n'étant pas achevé, on ne saurait chercher ici tous les éléments de la démonstration que nous reprendrons et compléterons dans l'ouvrage précité. Le résultat obtenu n'en est pas moins révélateur de la déficience des listes actuellement reçues. Des huit pontificats étudiés ci-dessous, il ne s'en trouve en effet aucun dont les dates ne soient erronées en partie ou en totalité (années, mois et jours). Or il suffit de se rappeler que les deux principales chroniques de cette époque, celles de Pachymère et de Grégoras, sont essentiellement des chroniques religieuses pour juger du déséquilibre qu'une fausse chronologie des pontifes byzantins peut introduire jusque dans l'enchaînement des faits de l'histoire proprement poli tique (6). On ne saurait donc donner à celle-ci trop d'attention.

et plus.

Le

xive

siècle est

où, grâce à la conservation des deux fameux codices

1. Jean XII Cosmas.

Les auteurs les plus graves donnent comme termes de son épisco- pat le 1er janvier 1294 et le 21 août 1304. La première date est certifiée par Pachymère : Και πρώτη Έκατομ-

octo primorum patriarcharum, publiée dans les Commentarii philologici Ienenses, III, Leip zig1884, pp. 263-333. (5) Ces deux dates 1315 et 1402 sont les dates extrêmes portées par les documents de ce double recueil. (6) Un cas type pour le xme siècle. Sur la foi du catalogue établi on accordait à Germain III quelques six mois de pontificat en 1267. La publication de l'acte synodal qui le transféra d'Andrinople à Byzance (voir Έπετηρί; εταιρεία; βυζαντινών σπουδών, ix, 1932, pp. 178-212). montre qu'il fut en charge deux années et plus, ce qui permit à l'auteur des Kaiserre- gesten de rectifier la chronologie de toute une série de diplômes impériaux en liaison avec ce pontificat.

LA CHRONOLOGIE DES PATRIARCHES

147

βαιώνος μηνός χειροτονίαν δέχεται (1). L'historien place l'ordination de Jean XII au 1er janvier 1294. L'élection du nouveau pontife dut être naturellement plus ancienne, le siège se trouvant au reste vacant depuis le 16 octobre 1293 (2). Mais l'on peut légitimement faire

commencer son pontificat au jour de son intronisation, soit le 1er janvier 1294. Sur cette date tous les auteurs sont restés d'accord. La seconde date a donné lieu aune méprise particulièrement tenace. Pachymère est cependant ici encore d'une précision exemplaire :

δε μετ' είκάδα ό κατ' 'Αθηναίους

Μαιμακτηρίων (3).

L'empereur Andronic II accepta donc la lettre

'Ημέρα ουν παρασκευή ή*ν, πρώτη

de démission de Jean XII un vendredi 21 du mois que les Athéniens

nomment Maimaktérion. Poussines a voulu qu'ici ce terme antique qui, dans tous les passages de l'historien byzantin où on le rencontre, répond au mois de juin, désigne le mois d'août. Sa raison de penser

ainsi

La date du 21 août 1304 a été acceptée depuis et répétée par tous les

compilateurs à de très rares exceptions près (4), bien qu'un ancien auteur (5) ait longuement dénoncé l'erreur de Poussines, dont le

tort

Ajoutons que l'argument tiré par le savant jésuite de la chaleur extraordinaire qui régnait à Byzance au moment des négociations pour le retour d'Athanase Ier ne saurait être retenu par qui a vécu quelque peu à Istanbul. Nous verrons tout à l'heure que le retour d'Athanase Ier sur le trône œcuménique eût lieu sans conteste les 22 (élection) et 23 (intro nisation) 1303. Conclusion qui ruine d'emblée toutes les savantes spéculations de Poussines. Le témoignage des catalogues, quoique moins explicite, leur est également contraire. Les uns (6) assignent en effet au pontificat de Jean XII une durée de neuf années, d'autres, aux côtés desquels se range la Vita Athanasii (7), une durée de dix années. Signe manifeste que la durée réelle est à chercher entre ces

est que

seul, au

cours

de

1304, .le 21

août tombe un vendredi.

fut

de

prolonger le pontificat

de

Jean XII jusqu'en

1304.

(1)

II 177. Discussion de Poussines dans PG., loc. cit.,

(3)

(4) Voir la note suivante. D'autres érudits, tel M. Gedeon, Πατριαρχικοί πίνχκε:, ρ. 404,

Cf. PG, CXLIV, 205 Β ou Bonn II 186.

Cf. PG, CXLIV, 196 A ou Bonn

(2)

845 BD.

Cf.

PG, CXLIV, 421 A ou Bonn II 384. Discussion dans PG., loc. cit., 846, 847.

retiennent bien la bonne année (1303), mais admettent le quantième du mois (23 août) qui, cette fois, perd toute justification. (5). Cf. Mauritius David, Animadversiones chronologies ad Pachymeris Michaekm, cap. 11. D'après Boivin dans PG, CXLVIII, 369 B.

Cf. par ex., le coislin grec 382, fol. 142 r; le parisin, gr. 1356, fol. 282 v; le parish^

1783, fol. 98 r; l'athen. 364, fol. 156 ν ; le Meteor. Barlaam 204, fol. 283 v, etc. (7) Vita Athanasii, éd. A. Papadopoulos-Kerameus, Jitija dvuch vselenkich patriarchov XIV. v., Svv.'Athanasija i Isidora, I, Saint-Pétersbourg, 1905, p. 32.

(6)

148

ÉTUDES BYZANTINES

deux chiffres et que les dix années des secondes listes ne furent pas révolues, qu'en conséquence le pontificat de Jean XII n'atteignit pas le 1er janvier 1304 (1).

2. Athanase Ier (second patriarcat).

Les termes, habituellement admis, de ce pontificat sont, pour le début, le 23 août 1304 et, pour la fin, août 1310, soit une durée de six années plus ou moins accomplies. Or les catalogues dont les uns (2) lui attribuent six années et les autres sept (3) laissent par là nettement entendre que la durée réelle

est à chercher entre ces deux chiffres, soit six ans et un nombre indé terminé de mois. Et de fait, un troisième groupe de catalogues (4) ont conservé une précision intéressante, suivie au reste d'une autre

donnée apparemment décisive : 'Αθανάσιος χρόνους ς και μήνας

γ'

κατά μήνα ΐούνιον της πρώτης ίνδικτιώνος και έξεβλήθη. Le second pontificat d'Athanase aurait ainsi duré six ans et trois mois; il aurait en outre commencé en juin d'une première indication.

Le début se placerait dès lors en juin 1303, aucune autre combinaison n'étant sur cette base acceptable; la fin se situerait en septembre 1309. Examinons séparément chacune de ces deux dates. Nous avons noté ci-dessus que Jean XII dut se retirer le 21 juin 1303. C'est donc au cours des neuf derniers jours du mois qu'Athanase lui succéda. Or Grégoras (5), qui, avec son démarqueur Phrantzès (6), exagère de beaucoup la durée du pontificat (huit ans!) se trompe tout juste en remarquant qu'Athanase remonta sur son trône un samedi : Τούτων ούτω γενομένων, άνεισιν έβδομιαΐος εις τον πατρι-

χικόν θρόνον.

(7),

donc

le

samedi

22 juin

1303.

C'est

en effet

le

dimanche

23

juin

qu'au témoignage

catégorique

de

Pachy-

mère (8), officier patriarcal et de ce fait attentif sinon mêlé à l'événe ment,que l'empereur alla, contre le gré d'une partie du clergé, tirer Athanase de sa retraite pour l'imposer à l'Église : εικοστή τρίτη μηνός του αύτοϋ, περί το της μεσημβρίας μεσαίτατον, έπιβας ίππου τον θείον καταλαμβάνει των 'Αποστόλων ναόν.

(1) C'est ce que d'anciens auteurs ont déjà établi contre Poussines. Voir, entre autres, la démonstration de Cuypers, op. et loc cit., pp. 171, 172 de l'édition de 1733.

(2)

(3)

(4)

(5) Éd. PG. GXLVIII, 428 CD.

(6) Éd. Papadppoulos, I 36 . (7) Ëd. PG., CXLVIII, 373 C.

(8)

V. gr. le Meteor. Barlaam 204, f. 283 v.

Voir le Parisin. 1783, f. 98 r; le Coislin gr. 382, f. 142 r; l'athen. 1372, f. 477 r; etc.

Représenté par le parisin, gr. 1356, f 282 v, entre autres.

Ëd. Bonn II 383.

LA CHRONOLOGIE

DES PATRIARCHES

149

Cette information est d'autant plus recevable que la chronologie de Pachymère présente une rigoureuse concordance. Ainsi il est dit ailleurs (1) que lorsque Athanase, jusque-là farouchement retranché dans son couvent de Xérolophos, consentit à se laisser aborder, sa retraite durait depuis dix ans moins neuf mois. Calculé à partir du 14 octobre 1293, ce laps de temps nous mène en janvier 1303. Or c'est précisément, suivant le même auteur (1), le 19 de ce mois que l'empereur et le synode lui firent les premières ouvertures pour le ramener au patriarcat. Quand s'acheva ce second pontificat? Nous avons noté ci-dessus qu'il dura six ans et trois mois. Il aurait donc pris fin en septem

bre1309.

Rien ne s'oppose à cette chronologie : 23 juin 1303-septembre 1309, rien sinon une nouvelle assertion de Grégoras (2), suivant lequel le pontificat d'Athanase fut suivi d'une vacance de deux ans. Or, quelle que soit la combinaison envisagée, cette donnée est nettement fausse, Niphon se trouvant certainement en charge dès septem bre1310, plus tôt qu'on ne l'admet d'habitude.

3.

Niphon

Ier.

Dates communément admises : juillet 1311 au 11 mai 1315. Les catalogues donnent à ce pontificat une durée variable : cinq ans (3), quatre ans, trois ans et neuf mois (4); un dernier (5) que les autres

semblent avoir résumé a ce libellé : Νίμφων χρόνους γ' και μήνας δέκα και έξεβλήθη κατά την ένδεκάτην του άπριλλίου της ογδόης ίνδι,κτιώνος. On peut en déduire que Niphon siégea trois ans, neuf mois et un nombre indéterminé de jours. Malheureusement il y eut vacance avant comme après la promotion

de ce prélat,

ni quand faire finir cette période de temps. Il est toutefois certain

que Niphon était déjà en charge en septembre 1310, puisqu'il signe, au cours de ce mois, une série de documents destinés à liquider le vieux schisme arsénite (6). Son pontificat se serait donc achevé au

en sorte qu'on ne sait à partir d'où faire commencer,

(1) Ibid., 196 A.

(2)

(3)

Éd. PG., CXLVIII, 429 B. Coislin 382, f. 142 r; supplément gr. 1034, f. 168 v.

(4) Athen. 1372, f. 477 r. (5) Meteor. Barlaam 204, f. 283 ν; Parisin, gr. 1356, f. 282 v. (6) Cf. V. Laurent, Les grandes crises religieuses à Byzance. La fin du schisme arsénite (Académie roumaine. Bulletin de la Section historique, XXVI, 1945, pp. 225-311 (voir pp. 78-

87).

150

ÉTUDES BYZANTINES

plus tard vers juin 1314 (sept. 1310 + trois ans, neuf mois et des jours). On peut, semble-t-il, préciser davantage. Le texte du catalogue précité fait en effet état d'un 11 avril de la huitième indiction. A prendre la phrase à la lettre, Niphon aurait donc dû abdiquer le 11 avril 1310 (treizième indiction), ce qui ne se peut. Il y a un remaniement manifeste dans l'ordre des membres de

cette phrase. Il faut rétablir sur le modèle des formules caractérisant dans le même catalogue la durée des pontificats antérieurs : Νίμφων χρόνους γ' και μήνας δέκα, κατά την ένδεκάτην του άπριλλίου της ογδόης ίνδι,κτιώνος και έξεβλήθη. Le 11 avril 1310 devient ainsi le jour où débuta le pontificat de Niphon et rien n'y contredit. Grégoras (1)

est même, cette fois, d'accord avec nos listes, puisque la vacance,

selon lui, dura un an, laps de temps qui, dans notre combinaison, s'écoule effectivement entre avril 1314 (fin du patriarcat de Niphon) et le 12 mai 1315 (début du patriarcat suiyant). Nos dates seront donc, sous une légère réserve : 10 avril 1310- mars 1314.

4. Jean XIII Glykys.

Dates admises : 12 mai 1316-11 mai 1320. L'ensemble des catalogues (2) donnent en effet quatre années à ce pontificat, un seul (3) en limite la durée à trois, ce qui n'est pas abso lument faux, puisqu'il s'en fallut d'un jour pour que le cycle des quatre années soit complet. Le plus explicite de nos catalogues (4) dit toutef oisexpressément : Κατά την δωδεκάτην του μαΐου μηνός της δεκάτης τρίτης ίνδίκτιώνος ό Γλυκύς 'Ιωάννης λογοθέτης ων τηνικαΰτα του δρόμου" παρητήσατο κατά την ένδεκάτην του μαΐου της δευτέρας ίνδικ- τιώνος. Ce petit texte nous donne tous les éléments, de datation désirables. Jean Glykys, qui avait rempli la fonction de logothète du Drome, prit la tête de l'Église, le 12 mai, d'une treizième indiction; il aurait démissionné, le 11 mai, d'une deuxième indiction. Le début du ponti ficat serait donc le 12 mai 1315, sa fin tomberait le 11 mai 1319. Cette chronologie, qui décale d'un an les dates reçues, a un solide

(1) Éd. PG., CXLVIII, 444 A : Ένος δε μεταΐυ παραδραμόντος έτους.

(2)

Voir, entre autres, les parisin.

1356, f. 282 ν; parisin. 1783, f. 98 r; Laurent, plut.

LIX

(3)

(4)

13, f. 170 v. Représenté par le coislin 382 f. 142 r et le paris, supplem. gr. 1034, f. 168 v. Texte, entre autres, dans le Meteor. Barlaani 204, f. 283 ν.

LA CHRONOLOGIE DES PATRIARCHES

151

appui dans les textes. Grégoras, parlant de l'année du monde 6825, la qualifie (1) en effet de seconde année du pontificat de Jean; ce qui en rapporte le début en 6823 ou 1315. Mais surtout — et il est singul ierqu'on n'y ait pas porté. attention — Jean XIII était certainement déjà en fonction en juillet 1315 comme l'attestent deux actes émis par lui au cours de ce mois (2). Comme d'autre part le registre authen tiquequi nous a conservé (3) le texte de ces deux chartes, donne (4) immédiatement avant celui du pittakion par lequel le nouveau pontife appelle auprès de lui son collègue d'Antioche, il serait téméraire de remonter trop haut dans l'année et le mois de mai convient bien qui permet au prélat de se dire nouvellement promu. Il est seulement surprenant que Grégoras (5) parlant de l'abdication de Jean XIII dise simplement qu'elle eut lieu dans la quatrième année du pontif icat, sans marquer que les quatre années étaient virtuellement révo lues jour pour jour.

5. Gérasime Ier.

Précision étonnante pour un pontificat aussi effacé que court ; les dates proposées sont : mai 1320 au 19 avril 1321. Les catalogues (6) limitent la durée à un an. L'un d'eux précise :

un an et vingt jours. Celui (7) qui nous a jusqu'ici servi de guide est comme à l'accoutumée plus explicite : κατά την κβ' του μαρτίου της γ' ίνδικτιώνος Γεράσιμος χρόνον α'. Ce serait donc le 22 mars d'une troisième indiction, soit le 22 mars 1320 et non en mai, que Gérasime inaugura son pontificat. Nous avons ici heureusement le témoignage très explicite d'une précieuse chronique tout récemment éditée (8). On y lit : Μαρτίω δε κα' Ίνδικτιώνος γ** προεβλήθη πατριάρχης ό ιερομόναχος κύριος Γεράσιμος ό ηγούμενος των Μαγκάνων και τη επαύ ριον κυριακη τών Βαΐων έχειροτονήθη παρά του Σάρδεων και τη K„ του ερχομένου άπριλλίου της ίνδικτιώνος τετάρτης εκοιμήθη. Donc l'higoumène du monastère des Manganes Gérasime fut élu le 21 ' mars de la troisième indiction, ordonné ou sacré le lendemain

(1) Ëd. PG., CXLVIII, 449 AB.

(2)

Publiés dans Miklosich et Müller, Acta et diplomate/, grœca medii seoi, I, 18G0,

13, f. 170 v.

pp. 3-10. (3) Le fameux codex vindobon, theol. gr. 47. A la suite, un autre acte de septembre 1315. (4) Miklosich et Muller, loc. cit., p. 2, 3, immédiatement avant l'acte de juillet 1315. (5) Cf. PG., CXLVIII, 464 C.

(6) Texte dans le Laurent, plut. LIX

(7) Texte dans le Meteor. Barlaam 204, f. 283 ν (qui signale à la suite deux ans de vacances)

et le Parisin, gr. 1356, f. 282 v. (8) Cf. Vizantijskij Vremennik, II (XXVII), 1949, p. 282.

152

ÉTUDES BYZANTINES

jour des Rameaux par le métropolite de Sardes. Il mourut le 20 avril de la quatrième indiction. Termes du pontificat : 21 mars 1320 au 20 avril 1321. On remarquera qu'il n'y a aucune contradiction entre le catalogue dont nous faisons état ci-dessus et le témoignage de la chronique, car pour le catalogue le nouveau pontificat commence visiblement le jour de l'ordination, soit le 22. Point de vue toutefois contestable, car l'élu, son acception donnée et notifiée à l'empereur, se trouvait être de plein droit patriarche de Constantinople. La date de la mort est confirmée d'autre part, par Grégoras et Cantacuzène. Le premier de ces historiens dit avec la légère inexac titude qui lui est habituelle : Ό γαρ πατριάρχης μια της φυγής -ήμερο*. προετεθνήκει (1). La fuite d'Andronic III ayant eu lieu le 20, c'est donc le 19 que le patriarche passa à trépas. Cantacuzène (2) dit de même : του δ'αύτοΰ ήρος, έννάτην άγοντος άπριλλίου προς ταΐς δέκα, Ίνδίκτου τετάρτης του έννάτου και εικοστού προς τοις οκτακόσιους έτους.

296, donne, en

revanche le 20 comme jour de la mort : Ήν δ' αύτη ημέρα άπριλλίου

εικοστή (de l'an 6829). Comment concilier ces informations également contemporaines? Il semble que la clef de la difficulté soit dans un texte de Cantacuzène : Ό πατριάρχης έφθασε τελευτήσας εν fj νυκτί ό νέος βασιλεύς εξήλθε του Βυζαντίου (2). Gérasime mourut donc dans

la

du 19 au 20, avant minuit, soit la nuit même de Pâques. On peut

d'Andronic III, soit dans la nuit

Une troisième source,

rapportée par Le Quien, I,

nuit même

qui

vit

la

fuite

dans ces conditions, préférer le 19 comme jour plus certain du décèsr d'autant que cette donnée s'accorde à merveille avec celle d'un cata logue (3) marquant la durée précise de la vacance qui s'ensuivit :

au

30 juin 1323 que nous allons voir donné par d'autres textes comme

jour où Isaïe monta sur le trône œcuménique.

soit deux

ans,

sept mois

et

onze jours,

ce

qui

nous mène

6. Isaïe

Les dates de ce pontificat étaient mieux connues : 30 novemb re1323 à fin 1334. Les catalogues taisent pour la plupart curieusement ce pontificat. Un seul, qui a, ici encore, gardé toute la précision de la rédaction primitive, nous renseigne très exactement sur les débuts et la durée

(1)

(2)

(3) Texte dans Meteor. Barlaam 204, f. 283 v.

Éd. PG., CXLVIII, 497 G. Éd. PG., CLIII, 160 C.

LA CHRONOLOGIE DES PATRIARCHES

153:

de la période de vacance dont nous avons déjà parlé : Μετά χρόνους

δύο, μήνας

ίνδικτιώνος, ήμερα τρίτη [1. τετάρτη], ό άγιορίτης 'Ησαΐας (1). Tous les éléments de cette chronologie concordent sauf un. Le

en 1323

30 novembre tombe en effet un mercredi, non un mardi,

(septième indiction). L'erreur ne doit pas être attribuable au rédac teurdu texte, mais bien à un copiste, sinon à l'éditeur, les deux mots :

ζ' καΐ ημέρας ια' ; κατά την τριακοστήν του νοεμβρίου της ζ'

τρίτη et τετάρτη ayant même apparence dans le système abréviatif des xive-xve siècles! L'élément discordant est donc accidentel et il y

a lieu de l'amender. Les autres éléments sont en tout cas certains.

années, sept mois et

onze jours, couvrent au mieux l'espace de temps laissé par la vacance entre les deux pontificats. Mais c'est ici le lieu de distinguer à nouveau entre le jour de l'ordination et celui de l'élection. Sacré le 30 juin, Isaïe avait été nommé plus tôt. En effet la chronique anonyme dont

il vient d'être question note : νοεμβρίω ιαπ ίνδικτιώνος

πατριάρχης δ μοναχός Ησαΐας ήσυχαστής ων εν τω "Αθω έχεφοτονήθη παρά του μητροπολίτου Κυζίκου (2).

Isaïe l'athonite fut donc promu le 11 novembre et ne fut ordonné par le métropolite de Cyzique que le 30 du mois. C'est cette dernière date qu'a retenue de préférence notre catalogue. La fm de ce pontificat est marqué avec la même précision par notre

Chronique. On y lit

έκοιμήθη και ό πατριάρχης 'Ησαΐας. Exceptionnellement le patriarche mourut sur son siège. Le décès survint le 13 mai d'une quinzième

indiction,

même année

te (f 13 mars 1332).

Nous avons vu

d'autre part que les deux

ζ'

προεβλήθη

και

τη λ^

en effet

mai

Και τη ιγ9 του

il est assigné

μαΐου του

:

αύτοϋ έτους

la

soit

le

13

1332;

par l'annaliste à

que celui du grand logothète Théodore le Métochi-

Cette donnée réduit sensiblement la durée que l'on était accoutumé à attribuer au pontificat d'Isaïe, durée qu'une source reproduite par Le Quien (3) estime à environ quatre années. Elle n'aurait été en réalité que de huit années et demie et telle est bien la longueur que lui donne un des rares catalogues (4) qui mentionnent Isaïe, tu par

la plupart on ne sait pourquoi. Selon Cantacuzène, le prélat serait mort avant la campagne de

(1) Texte à nouveau dans le Meteor. Barlaam 204, f. 283 v. (2) Voir le Paris, gr. 1783, f. 98 r; le Coisl. gr. 382, f. 142 r; Yathen. 1372, f. 477 r. (3) Le Quien, I 296 de.

(4) Représenté par le Parisin, gr.

1356, f.

282 v, entre autres.

ÉTUDES BYZANTINES

Serbie (1). Mais la date de celle-ci est trop incertaine pour qu'on y puisse trouver ou non confirmation.

154

7. Jean XIV Calécas.

Les dates proposées sont : fin 1334 au 8 janvier 1347. Le catalogue, qui nous a été d'un si grand secours, s'interrompt malheureusement juste avant ce pontificat. La chronique anonyme nous apprend à son défaut : φευρουαρίω ινδικτιώνος β*; προεβλήθη

πατριάρχης ρ άπο της "Απρου ιερεύς λεγόμενος 'Ιωάννης Κοσμικός, όστις ήν και εις τον του βασιλέως κλήρον (2). C'est donc en février — le quantième est tu ou n'a pas pu être déchiffré par l'éditeur — de la seconde indiction soit en 1334, comme le scribe le note en marge, qu'eut lieu l'intronisation. Celle-ci est mise par Grégoras (3) en corrélation avec un départ d'Andronic III pour la Macédoine. Mais l'événement n'est pas si exactement daté qu'on y puisse trouver une confirmation de cette donnée. La même chronique marque ainsi la fin du pontificat : φευρουαρίω* β' ίνδικτιώνος ιέ του ζωνεου έτους έγένετο σύνοδος εν τφ πατριαρχείω κατά του πατριάρχου 'Ιωάννου και έκάθηραν αυτόν (4). Le 2 février de la quinzième indiction correspond dans cet enchaînement au 2 février 1347, jour où Jean XIV fut effectivement déposé pour son antipalamisme, ainsi qu'en témoignent divers documents dont une notice de manuscrit (5) et deux actes conciliaires (6). Ce pontificat aurait donc duré treize ans presque jour pour jour. Le catalogue (7) qui lui attribue quatorze ans semble donc exagérer quelque peu.

29

Jean XIV, qui

ne survécut que

décembre 1347 (8).

peu à sa déchéance, mourut le

8. Isidore Ier

Les dates reçues se présentent ici avec une particulière assurance :

17

mai 1347-2 décembre 1349.

(1) Éd. B. 264 et PG. GLIII, 541 C.

(2) Cf. Vizantijskij Vremennik, II, (XXVII), 1949, 284.

(3) Éd.

(4) Viz. Vremenn., ibid., 286.

(5) Athen, gr. 1429, f. 47.

(6) Acte synodal de février (sans indication de jour), 1347, mutilé, entre autres dans

PG., CXLVIII,

696

D.

Cf. Échos d'Orient, XXXVI, 1937, p. 169.

Miklosich et Müller, op. cit., I, 243-255.

Parisin, gr. 1793, f. 98 r.

(7)

(8) Cf. G. Mercati, Notizie di Procoro e Demetrio Cidone, Manuele Caleca e Theodoro

Meliteniota ed altri appunti, Città del Vaticano, p. 262, n° 1.

LA CHRONOLOGIE DES PATRIARCHES

155

La première date est certifiée par un document irrécusable, le codex officiel du Patriarcat qui porte cette notation : Μηνί μαΐω έπτακαιδε- ιε'

δεσπότης ό οικουμενικός πατριάρχης 'Ισίδωρος (1). Le 17 mai, un jeudi, de la quinzième indiction, Isidore, qui jusque-là était resté évêque- élu de Monembasie, fut promu au trône œcuménique. Cette information est plus complète que celle de notre chronique anonyme : Μαΐω της αυτής (== la 15e) ίνδικτιώνος προεβλήθη ύπο των βασιλέων τούτων ό υποψήφιος Μονεμβασίας 'Ισίδωρος (2). En revanche, les deux sources sont d'accord. La date assignée précédemment comme marquant la fin de ce pontificat (2 décembre 1349) ne saurait être retenue, et l'on s'étonne qu'eue ait été proposée.* Il y en a, en effet, longtemps que l'on a publié le testament d'Isidore, testament consigné comme un acte du patriar chedans le codex de son pontificat (3). Or cette pièce est datée par le notaire de février de la troisième indiction, en Fan du monde 6858, ce qui nous reporte déjà en février 1350 et rien ne nous dit qu« le testateur soit mort aussitôt. Toutefois comme cette pièce est l'avant-

dernière de son dossier, il ne dut pas survivre longtemps. De toute

manière, il était passé

l'apprend un document inédit.

κάτη, ήμερα πέμπτη, ίνδικτιώνος

προεβλήθη ό παναγιώτατος ημών

à trépas

dès

le

mois

d'avril,

comme nous

TABLEAU RÉCAPITULATIF

Notre liste. Liste reçue. Jean XII Cosmas Athanase Ier Niphon Ier Jean XIII Glykys Gérasime
Notre liste.
Liste reçue.
Jean XII Cosmas
Athanase Ier
Niphon Ier
Jean XIII Glykys
Gérasime Ier
Isaïe
Jean XIV Galécas
Isidore Ier
1er janvier 1294-21 juin 1303
1er janvier 1294-21 août 1304
23
juin 1303-septembre 1309
23
août 1304-août 1310
10
avril 1310-mars 1314
juillet 1311-11 mai 1315
12
mai 1315-11 mai 1319
12
mai 1316-11 mai 1320
21
mars 1320-20 avril 1321
mai 1320-19 avril 1321
11
novembre 1323-13 mai 1332
30 novembre 1323-fin 1334
février 1334-2 février 1347
fin 1334-8 janvier 1347
17 mai
134 7 -février /mars 1350
17
mai 1347-2 déce'mbre 1349

(1)

(2) Viz. Vremenn., loc. cit., p. 286. (3) Texte dans Miklosich et Müller, op. cit., I, pp. 287-294.

Texte dans Miklosich et Müller, op. cit., I, p. 256.

V. Laurent.