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DOSSIER TEChnIquES DE l’IngÉnIEuR l’expertise technique et scientifique de référence se12 Sécurité et gestion des

DOSSIER

TEChnIquES DE l’IngÉnIEuR

l’expertise technique et scientifique de référence

se12

Sécurité et gestion des risques

Par :

Jean-Pierre DAL PONT

Président de la Société Française de Génie des Procédés

Ce dossier fait partie de la base documentaire Management de la sécurité dans le thème Sécurité et gestion des risques et dans l’univers Environnement - Sécurité

Document délivré le 03/10/2012 Pour le compte 7200092269 - cerist // 193.194.76.5

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10 - 2010

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Sécurité et gestion des risques

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par Jean-Pierre DAL PONT

Président de la Société Française de Génie des Procédés

1. Une base documentaire dédiée au risque et à la sécurité

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- 2

2. Entreprise et risques

2

3. Identification des dangers

3

4. Prise en compte de la sécurité lors de la conception de produits et d’outils industriels

4

5. Facteurs humains – Santé de l’homme au travail – Aspects organisationnels

5

6. Réglementations

5

7. De la sécurité à la sûreté de fonctionnement

5

8. Risques territoriaux

5

9. Conclusion

5

L es sociétés des pays industrialisés comme la France sont des sociétés basées sur la science et la technologie. Ce sont des systèmes de plus en

plus complexes, dont les éléments qui les composent sont fortement interconnectés ; une grève des transporteurs peut paralyser le pays tout entier, une panne d’électricité a des répercussions inattendues (ascenseurs bloqués, absence de feux de signalisation, etc.). Nos sociétés modernes sont aujourd’hui des espaces ouverts où la communication revêt une importance extrême, souvent source d’anxiété et de jugements hâtifs. Le risque est mal perçu, qu’il soit naturel ou lié à l’activité humaine et tout particulièrement à l’activité industrielle. C’est une notion largement subjective. Le Français a longtemps accepté de véritables hécatombes sur son réseau routier où se tuent environ 5 000 personnes par an. Mais il a du mal à accepter un accident du travail, même s’il s’avère que l’employeur a pris en conscience beaucoup de précautions. L’outil industriel est de moins en moins toléré, alors qu’il est la base même de la richesse du pays qui l’accueille. Mais que dire d’un accident comme celui qui a détruit l’usine d’AZF à Toulouse le 21 septembre 2001, à l’origine d’une trentaine de morts et de dégâts considérables ? Que faut-il penser de la tragédie de Bhopal (Inde) qui s’est pro- duite pendant la nuit du 2 au 3 décembre 2004 dont on ne saura jamais si le nombre de victimes est de 5 000 ou 20 000, voire davantage ?

En ce début de siècle, la notion de « développement durable » s’impose. Elle repose sur trois piliers : économique sans lequel aucune entreprise humaine ne saurait perdurer, environnemental car il faut protéger notre planète et sociétal ; cette dernière notion sous-entend que l’activité humaine doit prendre en compte les besoins de la société et des individus qui la composent. La gestion des risques est une composante essentielle du développement durable : à l’échelle d’une nation, d’une commune, d’une entreprise, d’une usine, d’un individu.

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SÉCURITÉ ET GESTION DES RISQUES

1. Une base documentaire dédiée au risque et à la sécurité

Les Techniques de l’Ingénieur ont lancé la base documentaire « Sécurité et gestion des risques » en 2003. Ce traité s’est considérablement enrichi au cours des années passées. C’est le fruit du travail d’un nombre important d’experts et de la contribution d’organismes et de sociétés industrielles de tout pre- mier plan.

Ce traité est un ensemble structuré d’articles, donnant les bases essentielles de la gestion des risques et les outils pour y parvenir. Il s’adresse aux ingénieurs de bureaux d’études, de R&D, de pro- duction, aux managers de la chaîne logistique, aux cadres de l’entreprise, aux élus, aux techniciens des communes en charge de la sécurité des biens et des personnes, aux étudiants et, d’une façon générale, à tous ceux et à toutes celles qui sont confrontés aux risques sous leurs formes les plus diverses. Mais, il faut définir danger et risque, termes qui prêtent souvent à confusion :

– le danger est une propriété intrinsèque d’une substance, d’un

équipement, d’une situation, d’un système susceptible de causer des dommages aux personnes, aux biens ou à l’environnement

(exemple : l’acide sulfurique est dangereux !) ;

– le risque résulte de la probabilité d’occurrence d’un dommage

résultant d’une exposition à un danger. C’est la résultante de deux paramètres : la probabilité et gravité.

Risque = Probabilité Gravité

Plus la probabilité et la gravité sont élevées, plus le risque l’est aussi.

et la gravité sont élevées, plus le risque l’est aussi. Le risque qui résulte de l’emploi

Le risque qui résulte de l’emploi d’acide sulfurique dépendra des quantités manipulées, de la qualité du confinement, des conditions opératoires (température, pression), des moyens mis en œuvre pour protéger les opérateurs.

Prévenir les risques, c’est mettre en œuvre toutes les disposi- tions organisationnelles et techniques visant à réduire leur proba- bilité d’occurrence ou à diminuer leur gravité. Dans le domaine des risques professionnels, la prévention a aussi pour objectif d’améliorer les conditions de travail.

L’évaluation du risque d’un système (une entreprise, une usine, un atelier de production, une pièce d’équipement, un poste de tra- vail, un produit, un processus, un procédé, un projet, etc.) débute par son analyse critique. Il s’agit en premier lieu d’identifier les dangers liés aux produits, aux techniques, aux hommes, à l’organi- sation, etc. La méthodologie de gestion des risques repose sur les étapes suivantes :

– identification des dangers et quantification des risques qui

peuvent en résulter en termes de probabilité et de gravité ;

– traitement des risques pour les ramener au niveau présumé

d’acceptabilité ;

– financement de la gravité résiduelle par des mesures appro- priées dont l’assurance.

La figure 1 illustre le concept de risque sachant que le risque zéro n’existe pas puisque toute activité humaine porte en elle une part d’incertitude et de risque. On peut toujours agir sur deux paramètres pour réduire le ris- que à une valeur acceptable :

– réduire la probabilité d’occurrence de l’événement indésirable en prenant un certain nombre de mesures préventives : c’est la prévention ;

– réduire la gravité en protégeant les hommes et les biens par

des moyens adéquats, tels que le port de moyens de protection

Gravité

0

Prévention Risque Zone de risque inacceptable Protection Zone de risque acceptable
Prévention
Risque
Zone de risque
inacceptable
Protection
Zone de risque
acceptable

Probabilité

Figure 1 – Évaluation du risque en fonction de la probabilité et de la gravité

individuels, en installant des murs coupe-feu, des sorties de secours, etc. : c’est la protection.

Les analyses PPRT (Plans de prévention des risques technolo- giques) introduisent maintenant les notions d’aléa et de vulnérabi- lité. L’aléa est pour un accident le couple d’occurrence × l’intensité des effets. La vulnérabilité d’une cible à un effet (ou sensibilité) est le facteur de proportionnalité entre les effets auxquels elle est exposée et les dommages qu’elle subit.

2. Entreprise et risques

« Entreprendre c’est gérer économiquement des risques » [AG 1 100]. L’entreprise, qu’elle fournisse des biens ou des services, est soumise à des risques. Il peut s’agir de la préserva- tion d’un savoir-faire, de la fidélisation de dirigeants de haut niveau ou de certains chercheurs, des risques sociaux, des risques liés aux contrats, à l’insolvabilité de certains clients, aux fournis- seurs et sous-traitants, à la variabilité des taux de change, au sys- tème informatique, etc. Les investissements majeurs présentent toujours un risque, mais un risque indispensable sans lequel l’entreprise ne peut s’adapter à l’évolution des marchés et des techniques. Les risques liés aux investissements peuvent être accrus dans le cas d’une implantation à l’étranger ou de la mise en œuvre de technologies nouvelles. Des accidents peuvent ternir l’image de l’entreprise, facteur important lorsque l’entreprise cherche à embaucher, ou a besoin de capitaux. Dans la majorité des cas les risques technologiques sont à l’ori- gine des plus grandes difficultés des entreprises industrielles. ERIKA, AZF, SEVESO, Concorde, Tunnel du Mont Blanc sont, parmi tant d’autres, des noms hyper-médiatisés synonymes d’accidents aux conséquences économiques, sociales et humaines impor- tantes. La catastrophe de Bhopal a entraîné la disparition graduelle de Union Carbide, société à qui appartenait majoritairement le site indien. Les statistiques des sociétés d’assurance montrent que plus de 70 % des PME qui ont un sinistre important disparaissent dans les trois années qui suivent. De bons résultats en termes de sécurité engendrent la confiance auprès des clients, des actionnaires, des analystes financiers, des riverains des installations de production, et d’une façon générale, de toutes les parties prenantes de l’entreprise que les anglo-saxons appellent « stakeholders ». Contrôler et améliorer d’une façon continue tout ce qui a trait à la conception des pro- duits, aux ateliers qui les produisent, à leur exploitation, à la distri- bution, est une nécessité.

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SÉCURITÉ ET GESTION DES RISQUES

De bons résultats ne sont jamais dus au hasard mais sont le fruit d’une politique volontariste mise en place par la direction de l’entreprise. Cette politique repose sur un système de manage- ment de la sécurité (SMS). Le SMS peut être défini comme un ensemble organisé et cohérent permettant d’évaluer et maîtriser ce qui touche au domaine HSE (Hygiène sécurité environnement). Il comprend essentiellement :

– la définition de la politique et des objectifs qui reflètent l’enga- gement de la direction ;

des

responsabilités ; – la mesure des résultats et la conformité aux procédures et aux objectifs par des audits ; – la mise en place d’un processus de correction, d’amélioration et de formation du personnel.

Cette politique nécessite des ressources humaines, financières, techniques et l’implication des employés à tous les niveaux de la

hiérarchie

Le management de la sécurité nécessite des outils. Ce traité détaille les plus utilisés :

Le retour d’expérience (REX en abrégé) constitue un élément essentiel de connaissance d’un système. Il s’agit d’apprendre et de comprendre ce qui se passe pour mieux maîtriser l’avenir. L’ana- lyse des dysfonctionnements avec les acteurs qui en sont à l’ori- gine et le fait de les porter à la connaissance du plus grand nombre constitue la base même d’un progrès continu. Le REX fournit aussi des données indispensables pour calculer les taux de fiabilité inaccessibles autrement [SE 1 040] et [AG 4 610].

Le retour d’expérience technique permet de mieux connaître les performances des matériels et des installations et de corriger leurs points faibles. Il intervient à tous les stades de l’analyse du cycle de vie du matériel en étudiant incidents, défaillances, coûts opéra- toires et de maintenance. C’est le « carnet de santé » de l’installa- tion.

L’APR (Analyse préliminaire des risques) [SE 4 010] a pour objectif de définir les besoins en études, de répartir rôles et res- ponsabilités dans le cas d’analyse d’un système pour lequel une équipe projet doit être mise en place. Elle comprend trois phases distinctes :

– identification exhaustive des dangers ; – évaluation et classement des risques en utilisant le couple fréquence × gravité ; – proposition de mitigation des risques majeurs.

Le bénéfice essentiel d’une APR est de détecter les risques jugés inacceptables, risques qui seront donc à traiter en priorité.

L’AMDEC (Analyse des modes de défaillance, de leurs effets et de leur criticité) [SE 4 040] identifie les effets des défaillances des composants d’un système. Elle peut être mise en place pour un produit grand public, auquel cas l’utilisateur est considéré comme un composant car il peut être à l’origine d’erreurs de manipulation et d’usages inappropriés. Elle sert également pour l’étude des pièces d’une chaîne de production. Dans ce cas, elle permet de hiérarchiser les conséquences des défaillances, d’où son impor- tance dans la définition d’une politique de pièces de rechange (on s’assure de la disponibilité de pièces critiques), d’une politique d’achat (on achète plus cher des pièces que l’on veut absolument fiables), etc.

L’analyse par arbres des causes [SE 4 050], arbres d’événements ou arbres des défaillances, représente les liens logiques entre cau- ses et conséquences soit à partir d’un accident réel, soit à partir d’événements redoutés. Ces représentations arborescentes sont destinées à représenter la logique des combinaisons de faits ou de conditions qui ont conduit, ou pourraient conduire, à des acci- dents.

– la

définition

de

l’organisation,

des

ressources

et

dans la durée !

La méthode récente dite du « nœud papillon » [SE 4 055] com-

bine arbre des causes et arbre des événements en amont et en aval d’un événement redouté.

La méthode HAZOP Hazard and operability study ») utilise les

schémas de circulation des fluides pour étudier les causes possi- bles d’une dérive de procédé et en déterminer les conséquences. En cas de risque, il faut trouver les moyens de correction ou de protection.

La méthode MOSAR (Méthode organisée systémique d’analyse

des risques) est utilisée par les industriels et les sociétés d’ingénie- rie pour analyser les risques des installations exisantes ou en

projet. Des cas concrets permettent d’en approfondir l’utilisation.

L’utilisation des réseaux de PETRI [SE 4 072] et l’approche narko-

vienne [SE 4 071] permettent de modéliser et simuler la dynami- que des systèmes.

Ces méthodes, qui ont chacune leur domaine d’application, doivent être mises en œuvre par des équipes pluridisciplinaires dirigées par un ou plusieurs experts. Le système est découpé en éléments fonctionnels tels que stockage, atelier de production, conditionnement, manutention, transport, etc. De telles analyses sont consommatrices de temps et mettent en œuvre des techniques de travail en groupe.

3. Identification des dangers

L’identification des dangers constitue l’étape fondamentale qui précède l’évaluation des risques. Chaque produit, qu’il soit d’ori- gine chimique ou naturelle, peut être source de risque aussi bien pour l’homme que pour l’environnement. C’est la première considération à prendre en compte. Tout dépend des doses ! (exemple : un abus de sel de cuisine peut tuer ; la sciure de bois peut exploser ; les silos de céréales sont à l’origine de graves acci- dents

La protection de la santé humaine et de l’environnement fait appel à la toxicologie, à l’écotoxicologie [SE 1 605] et [SE 1 601].

La directive européenne REACH (Registration, evaluation, autho- risation of chemicals ) qui entre en vigueur modifie déjà considérablement l’utilisation de produits anciens et impose de nouvelles contraintes pour la mise sur le marché de produits nou- veaux. Nul fabricant, nul utilisateur de produits chimiques ne sau- rait ignorer l’impact des produits qu’il met en œuvre et les réglementations qui les concernent, qu’elles soient européennes ou mondiales, et tout particulièrement quand les produits sont en provenance des États-Unis.

La « sécurité produit » (« product stewardship ») s’attache à considérer les risques liés au produit depuis sa conception, sa fabrication, sa distribution, son utilisation par le client, jusqu’à sa destruction et/ou sa récupération pour un recyclage éventuel. Chaque étape porte en elle des risques.

Ainsi, un procédé de synthèse peut être victime d’un embal- lement de la réaction : c’est l’origine d’accidents majeurs [SE 5 040]. La réaction involontaire du MIC (méthylisocyanate) avec l’eau a conduit au drame de Bhopal. L’accident de Seveso (juillet 1976), à l’origine de la directive 92/501/CE qui porte ce nom, trouve son origine dans l’instabilité thermique du mélange réac- tionnel maintenu à température élevée pendant un temps très long en fin de réaction [SE 1 050].

Les produits, qu’ils soient sous forme gazeuse, liquide ou solide, peuvent donner lieu à des émissions involontaires, suite à des pertes de confinement, ou à des erreurs de manipulation.

Outre les problèmes de pollution, leurs mélanges avec l’air peuvent être à l’origine d’incendies, d’explosions. L’accident de Flixborough (juin 1974 – explosion de cyclohexane – 28 morts),

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SÉCURITÉ ET GESTION DES RISQUES

l’explosion des silos à grains de Metz (octobre 1982 – 12 morts), de Blaye (août 1997 – 11 morts) sont là pour en témoigner.

Le concepteur des installations et les fabricants doivent avoir les connaissances de base régissant les incendies, explosions et déto- nations, et connaître les moyens pour les prévenir ou en atténuer les effets, qu’il s’agisse de choisir des conditions opératoires « hors du domaine explosif » ou de la mise en place de soupapes, trappes d’explosion, sans oublier l’inertage, l’utilisation de sup- presseurs d’explosion, etc. [SE 5 041].

Bien que les risques chimiques, mécaniques et électriques soient communs à pratiquement tous les secteurs d’activité, ils ne sont pas les seuls ! Le traité s’intéresse aux risques induits par les rayonnements de toute nature (ionisants [SE 3 870], UV, IR, visi- ble), aux champs magnétiques intenses, au confinement, aux ris- ques naturels (inondations, tremblement de terre).

Une attention particulière est donnée à tout ce qui touche l’incendie, les feux en général et les moyens à mettre en œuvre pour s’en prémunir.

Chaque industrie a ses spécificités.

Le risque inhérent à l’industrie nucléaire est le risque radio- logique [B 3 906]. La radioprotection est définie comme l’ensemble de moyens pour protéger les travailleurs, les populations riverai- nes et l’environnement, que ce soit dans les centrales productrices d’énergie ou lors du transport des déchets radioactifs et de leur traitement.

La sécurité sanitaire [F 1 110] est spécifique des industries agroalimentaires (IAA). Elle peut être définie comme l’ensemble de connaissances, procédures et actions nécessaires pour évaluer et maîtriser les risques pour la santé de l’homme, induits par la pro- priété des aliments résultant de leur préparation et de leur trans- formation tout au long de la chaîne alimentaire depuis la production des matières premières jusqu’à la consommation. C’est un enjeu de santé publique qui sous-tend des intérêts écono- miques de première grandeur. L’impact sociétal est évident. L’opi- nion publique soutenue par les médias pardonne mal les désordres alimentaires provoqués dans des cantines scolaires par des produits contaminés ou soupçonnés de l’avoir été ! Dans ce type d’industrie, la traçabilité, la propreté des lieux de travail, la conception des machines pour faciliter leur nettoyage, le contrôle analytique jouent un rôle considérable.

Ce traité s’intéresse également aux autres industries de premier plan telles que les secteurs du bâtiment, de l’électronique, de la pharmacie, pour n’en citer que quelques-unes, afin que le praticien puisse appréhender rapidement les notions de base de bonnes pratiques en termes de gestion des risques dans son milieu de tra- vail.

Nota : le principe de précaution est apparu ces dernières années : il est inscrit dans la Constitution ; dans le cas où l’on ne sait pas évaluer le risque, on s’abstient ! C’est la non-acceptation du risque.

4. Prise en compte de la sécurité lors de la conception de produits et d’outils industriels

Produits

Faire de chaque produit un produit sûr ne répond pas seulement à une exigence légale (les directives européennes en ce domaine sont nombreuses !). C’est avant tout répondre à un enjeu majeur de la société. La sécurité doit être le premier critère à prendre en compte dès la conception. Une opération de retrait du marché ou

de rappel coûte extrêmement cher à l’entreprise, qui se trouve dans l’obligation de la faire (la société KLEBER a été dans l’obliga- tion d’arrêter la fabrication de ses pneus V10 et V12 après une série d’éclatements jugés anormaux par les consommateurs).

La prise en compte de la sécurité lors de la phase de conception est basée sur le couple fréquence × gravité ; l’ergonomie joue un rôle essentiel ! Le concepteur doit tenir compte du fait que des personnes âgées, des enfants en bas âge peuvent avoir des diffi- cultés à utiliser le produit dans les conditions pour lesquelles il a été conçu ou l’utiliser à des fins totalement inadaptées.

Bien d’autres critères sont à prendre en considération, tels ceux liés aux matières premières (la présence de dérivés du plomb dans les jouets fabriqués en Chine a fait couler beaucoup d’encre !), à la maintenance, au recyclage des composants en fin de vie, à la nui- sance écologique.

Ateliers et installations

Les ateliers de production, et les ensembles industriels en géné- ral, de par leurs dimensions, leurs impacts (footprint ) sur l’envi- ronnement au sens large, suscitent de plus en plus d’interrogations de la part du citoyen qui, néanmoins, classe le chômage en tête de ses préoccupations.

Les risques auxquels peuvent être exposés les riverains et l’envi- ronnement du site sont à prendre en compte tout au long du pro- cessus d’industrialisation qui consiste à définir et à construire l’outil de production à partir de données techniques souvent issues de la recherche de l’entreprise ; ce processus repose essentiel- lement sur les techniques de management de projet. Chaque étape du projet « du préliminaire au basique » doit être validée sous ses aspects sécurité ; il est notoire que plus une faiblesse de conception est détectée tardivement et plus les coûts de modifica- tion sont élevés et risquent d’entraîner des retards. Le choix du site, l’implantation des ateliers et des supports à la fabrication (ser- vices d’entretien, d’instrumentation, d’expédition, etc.) revêt une importance considérable car irréversible [AG 10].

Les méthodes déjà évoquées sont utilisées par industriels et sociétés d’ingénierie pour analyser les risques des installations existantes ou en projet. Des cas concrets permettent d’en appro- fondir l’utilisation.

Dans les pays industrialisés, la majorité des ateliers est aujourd’hui automatisée. Les moyens nécessaires pour surveiller et commander les processus de fabrication sont regroupés sous le vocable de contrôle-commande. Ce contrôle-commande est constitué de capteurs permettant de transformer les grandeurs physiques en signaux électriques ou pneumatiques, d’automates traitant ces signaux, de moyens de surveillance et de commande mis à la disposition des opérateurs. Pour finir, les actionneurs transforment les signaux de commande en actions mécaniques sur le process (par exemple, fermeture d’une vanne). La conception de cette architecture, le choix de l’instrumentation, particulièrement du point de vue de sa fiabilité, le choix du mode de conduite et des modes de supervision, l’interface homme/système, la conception de la salle de commande et son implantation, font partie des éléments clés qui contribuent à la sûreté de fonctionnement du système.

La détermination du risque résiduel est bien entendu complexe. L’approche déterministe (l’accident fait l’objet d’une hypothèse) est remplacée maintenant par l’approche probabiliste. On parle d’une probabilité d’un accident par an, par dix ans, par cent ans Cette méthodologie nécessite de connaître la fiabilité des systè- mes, donc de leurs composants et de mettre en place les barrières nécessaires pour pallier les défaillances.

La base documentaire « Sécurité et gestion des risques » met en valeur ces notions capitales par des articles spécifiques et des exemples.

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SÉCURITÉ ET GESTION DES RISQUES

5. Facteurs humains – Santé de l’homme au travail – Aspects organisationnels

L’homme est au centre du système productif. Il est soumis aux risques volontairement, par son travail, ou involontairement, en tant que riverain. C’est le rôle de la fonction HSE (Hygiène, sécu- rité, environnement) de le protéger en tant que personne et de protéger son espace de vie. Mais l’homme est aussi source de ris- ques quand il commet des erreurs, des fautes professionnelles

ou

La connaissance des facteurs humains repose sur des sciences humaines allant de la psychologie à la science des organisations.

Le champ de l’ergonomie est très approfondi en France [SE 3 940]. Cette discipline met en œuvre les connaissances scien- tifiques relatives à l’homme pour concevoir des outils et des dispo- sitifs qui puissent être utilisés avec le maximum de confort, de sécurité et d’efficacité par le plus grand nombre. Il s’agit d’abord d’éviter les risques à court terme (accidents du travail) et à long terme (maladies liées au travail). Il faut donc connaître les nuisan- ces, qu’elles soient d’origine chimique, biologique, physique ou liées à l’organisation du travail. La connaissance du fonctionne- ment humain est indispensable pour définir le poste de travail, que le travail soit physique ou intellectuel.

Nombre d’accidents proviennent d’un manque de formation ou d’information. La pénétration de l’informatique et des automatis- mes dans les ateliers de production a relancé d’une autre manière le débat sur l’interface entre l’homme et la machine. Par exemple,

l’accident de la centrale nucléaire de Three Miles Island [SE 1 055]

a pour origine des informations ambiguës, erronées et

contradictoires, mal comprises. Il est donc nécessaire que les futurs exploitants soient largement représentés dans l’équipe de

projet afin que tous les aspects humains soient pris en compte.

Les risques professionnels qu’ils soient d’ordre physique ou psy- chologique doivent être pris en compte lors de la définition des

postes de travail et en cours d’exploitation. Bruit, vibrations, péni- bilité des tâches, pollutions chimiques, équipements de protection inexistants, mal adaptés ou mal utilisés, organisations confuses, procédures inadéquates, communication défaillante entre les opé- rateurs sont la source d’accidents, de pertes en biens et en vies humaines. L’accident de la plate-forme PIPER ALPHA [SE 1 055] en mer du Nord (juillet 1998-167 victimes) est significatif du manque

de compréhension entre les équipes de production et de mainte-

nance.

des actes de malveillance.

Ce traité est riche d’exemples qui illustrent ces notions.

6. Réglementations

Les réglementations couvrent toutes les facettes de la produc- tion, y compris la distribution et le stockage. Elles s’appliquent

bien entendu aux rejets dans l’environnement. Le risque environ- nemental est aujourd’hui un risque majeur en raison de sa sensibi-

lité médiatique.

La plupart des textes relatifs à la santé, à la sécurité au travail et à la protection de l’environnement sont regroupés dans le nou- veau Code du travail en vigueur le 1 er mai 2008.

« Nul n’est censé ignorer la loi ! » Pour aussi difficile que cela puisse paraître à l’ingénieur, qui aime la technique, la connaissance des règlements, du fonctionnement du système judi- ciaire, de ce à quoi il s’expose – lui et sa famille par voie de conséquence – doit aujourd’hui faire partie de ses préoccupations

au même titre que le souci d’atteindre des objectifs de production.

7. De la sécurité à la sûreté de fonctionnement

La sécurité exige de bien concevoir, bien construire, bien exploi- ter, bien maintenir l’outil industriel. On veut finalement pouvoir placer dans le système productif une « confiance justifiée » ; c’est l’objectif de la sûreté de fonctionnement (SdF) définie comme l’union de :

– la fiabilité F : rareté des défaillances ; – la maintenabilité M : brièveté des pannes ;

– la disponibilité D : synthèse de la fiabilité et de la maintenabi- lité. L’indisponibilité est la proportion de temps passé en pannes ;

de

dommages dans des conditions données.

– la

sécurité

S

:

aptitude

d’une

entité

à

ne

pas

causer

La

sûreté

de

fonctionnement

est

considérée

comme

la

science des défaillances et des pannes.

On utilise souvent le sigle FMDS pour la décrire ; elle corres- pond finalement à l’aptitude d’un système à conserver sa qualité dans le temps.

Les Anglo-saxons utilisent le terme de RAMS (Reliability, availa- bility, maintainability, safety). Ils font la différence entre safety (qui est notre sécurité en français) et security (au sens de protection des biens et des personnes). Par exemple, on passe la « security » avant de monter dans un avion.

8. Risques territoriaux

Les élus locaux se doivent d’avoir une approche systémique des risques qui concernent le territoire dont ils ont la charge. Ces risques peuvent être naturels (inondation), technologiques (activi- tés industrielles) provenir de la malveillance (incendies de forêt). Les effets dominos peuvent avoir des conséquences graves sur les biens et les personnes (la Nouvelle-Orléans a perdu la moitié de sa population après le passage du cyclone KATRINA en 2005). Nos sociétés sont de plus en plus interconnectées, donc de plus en plus fragiles. Dans la nuit du 4 novembre 2006, une panne d’élec- tricité plonge dix millions d’européens dans le noir ; le manque de coordination entre producteurs et distributeurs d’électricité en serait à l’origine.

L’identification des dangers et des cibles potentielles constitue la première étape de l’analyse indispensable pour mettre en place des mesures adéquates de prévention et de protection qui sont l’essence même de la gestion des risques. Une approche systémique multidisciplinaire doit être conduite à l’aide d’outils adaptés tels la méthode MOSAR ou l’utilisation de réseaux de PETRI qui permettent de modéliser et de simuler la dynamique des systèmes.

9. Conclusion

La maîtrise des risques fait appel à un nombre important de disciplines, qu’elles fassent partie des sciences exactes ou des sciences humaines. Les connaissances en chimie, biologie, physique, mécanique, mathématiques (probabilités) sont néces- saires pour comprendre et expliquer les phénomènes générateurs de risques.

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SÉCURITÉ ET GESTION DES RISQUES

La sociologie, la théorie des organisations, la psychologie, la médecine et tout ce qui a trait à l’Homme et à son environnement socio-économique sont tout aussi importants.

C’est l’ambition de ce traité que de porter à la connaissance du plus grand nombre sous une forme simple mais rigoureuse le savoir-faire indispensable pour rendre le monde dans lequel nous vivons plus sûr et plus conscient de ses actes.

Avertissement aux lecteurs

Nous rappelons que les articles rédigés pour les bases documentaires des Techniques de l’Ingénieur ont pour but d’informer le lecteur sur des questions techniques complexes. Ni l’auteur, ni l’éditeur, ni les personnes ayant révisé les textes, ne peuvent accepter une quel- conque responsabilité sur le plan légal, en ce qui concerne l’usage correct ou incorrect qui pourrait être fait des informations contenues dans ces documents, quelles qu’en soient les circonstances.

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