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Les vœux à l’évêque

Monseigneur,

Je vous avoue humblement me sentir dans mes petits souliers pour l’exercice qu’il m’est demandé, de vous présenter, au nom des prêtres du diocèse, des diacres et leurs épouses, nos vœux les plus sincères pour cette année 2017.

Mais je réponds volontiers à la demande de notre nouveau vicaire générale et je vous demande par avance de bien vouloir me pardonner si mes propos sont maladroits. Il faut dire que cela ne m’arrive pas souvent ! Le langage que je vais essayer d’utiliser est celui du cœur !

Je vous souhaite donc, Monseigneur, une belle année 2017. Une année remplie de grâces, de joies et de fécondités apostoliques. A vous que le Seigneur a choisi et établi comme serviteur à travers votre ministère presbytéral et épiscopal, je vous souhaite de vivre, cette année,une grande intimité avec le Seigneur et d’y ressentir tout l’amour qu’il a pour vous !

Vous avez une belle expérience pastorale. Vous avez été l’un des plus jeunes évêques de France, et l’exercice de votre ministère a été riche tant à Rome, au côté de Jean- Paul2, que sur le terrain, comme pasteur.

Je rends grâce pour toutes ces années, donné corps et âme au service de l’Eglise et au service de ce diocèse. Merci pour le don de votre vie !

En ce mois venteux de janvier, je demande au Seigneur toute la force dont vous avez besoin pour accomplir sa volonté cette année encore !

Ces vœux que je vous adresse, j’aimerai aussi les étendre à Monseigneur Bruno Feillet, notre évêque auxiliaire, à toute notre église diocésaine, à tous ceux et celles qui la compose.

Et pour se faire, (rassurez-vous, je ne vais pas partir des 12 points du pape François à la la curie, ni des antidotes, ni des critères pour la conduite de la réforme), je voudrais rebondir sur cette fête de l’épiphanie que nous venons de vivre. Car ces mages ont bien des choses à nous apprendre.

Tout d’abord, ils se mettent en route. Ce sont des « grands hommes », des hommes de sciences, des astrologues, des savants, sans doute la crème de la connaissance. Mais ils savent qu’ils ne savent pas tout. Ce sont des intelligences droites, vives, ouvertes et libres. Ils ne sont pas enfermés dans une logique matérielle ou rationnelle. Ils ne sont pas retenus par leurs biens, leurs habitudes ou leur culture. Ils se sont mis en route « des mages venus d’Orient » nous dit l’évangile.

« Se mettre encore et toujours en route » ! Quelqu’un m’a dit il y a peu : « L’église en France estdevenue bourgeoise, mon père, et surtout élitiste, corporatiste, et immobile ! Pour les gens, les cathos sont soit des illuminés, soit des tradit ! ».

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Propos à nuancer, mais il y a du vrai dans ces dires, notamment sur l’immobilisme ! C’est vrai que l’Eglise est difficile à faire bouger, alors que mages ont quitté leur confort ! Puissions-nous sortir de nos sacristies, de notre confort et même de nos paroisses. N’ayons pas peur de quitter et de nous mettre en route. Une église diocésaine en marche et qui quitte ses zones de sécurités et de confort, voici un premier souhait pour notre église.

Et nous le faisons ! C’est tellement beau, quand vous nous montrez l’exemple monseigneur, lorsque vous allez célébrer des messes pour des « roms », lorsque vous allez visiter et célébrer la sainte eucharistie pour les personnes incarcérés à la prison de Reims, lorsque vous avez une parole qui touche les cœurs des étudiants lors de vos visites dans les foyers d’étudiants ou durant les grandes célébrations pour les jeunes.

Elle est belle aussi la parole des évêques lorsqu’elle se fait commune pour éclairer les citoyens sur la politique nationale et les encourager à accomplir leur devoir d’état.

Beaucoup de prêtres du diocèse se laissent aussi déplacer pour accueillir et nourrir les migrants etles exilés. C’est beau cette église qui se laisse bousculer et qui se met en route !

Que de belles initiatives se sont vécues cette année, notamment cette année du Jubilé de la miséricorde.Combien de chrétiens, de familles, de paroisses et de groupes ou associations se sont organisés pour y franchir symboliquement cette « Porte Sainte » et y accueillir la grâce spéciale du Jubilé. Combien de pardons ont été donnés lors des heures de confessions, durant le carême surtout lors des « 24h pour Dieu » ou pour le 8 décembre.

Maintenant que les portes saintes se sont refermées, que la miséricorde, elle, ne se referme pas ! Puissions-nous comme église diocésaine vivre le plus largement possible de la Miséricorde. C’est un cadeau que Dieu offre à l’Église pour la rajeunir, pour lui donner un second souffle à ce moment-ci de son histoire, où elle donne des signes de vieillissement, où elle semble plus essoufflée et en perte d’espérance.

Mais revenons aux mages qui ont été étrangement guidés par une étoile. Il semblerait que ce ne fut pas une étoile ordinaire, puisquaucune étoile dans le ciel, remarque Saint Jean Chrysostome, ne peut annoncer une naissance dans le temps ! Origène de son côté, pensait qu’il s’agissait d’une comète ! Peu importe, ce qui est sûr, c’est que Dieu est de la partie !

Remarquez que les mages diront à Hérode, « nous avons vu se lever SON étoile » et il a suffi qu’elle brille pour subjuguer ces mages pour les mettre en marche et arriver jusqu’à la crèche !

Comment se fait-il que ces mages aient bravé autant d’obstacles ? Certainement parce que « le désir de Dieu est inscrit dans le cœur de l’homme » et que, comme le dit

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saint Augustin, « tu nous as fait pour toi Seigneur, et notre cœur est sans repos tans qu’il ne repose en toi ! ».

Il est intéressant de souligner que lemot « désir », vient du mot latin desiderium, qui se compose du préfixe de qui marque une absence, et de sidus, qui signifie étoile. Le désir au sens premier, est la recherche de l’étoile qui nous manque. On comprend mieux pourquoi ils suivent cette étoile !Ces mages désirent tellement Dieu ! Ils nous invitent à les imiter par leur quête de Dieu.

Et bien, que notre presbyterium ici à Reims puisse à nouveau leur ressembler. Que notre cœur d’évêque, de prêtre, de diacre, ou d’épouse (de diacre), puisse toujours désirer davantage Dieu. « Plus de Dieu dans ma vie ! » On n’aura jamais fini de chercher et de découvrir Dieu dans nos vies. Le désir de Dieu est un moteur puissant qui donne sens à l’existence dans ce monde déboussolé et qui tente d’évincer Dieu. Désirer Dieu, se mettre en route et le chercher ensemblevoilà le deuxième souhait que je formule pour vousMonseigneur et pour notre diocèse.

Je dis bien « ensemble ». La chose qui m’a frappé quand je suis arrivé dans ce diocèse, c’est la fraternité au sein de la fraternité sacerdotale. Ces fameuses popotes(souvent loin d’être frugales et à l’eau), ces repas qui rassemblent dans la joie et la convivialité. Que cela nous fait du bien !C’est une excellente occasion pour nourrir les liens qui nous unissent, pour partager entre nous et pour reconnaître l’engagement de chacun au sein de la vie de notre Église diocésaine. Puissions-nous multiplier ces lieux de rencontres et de convivialités, par doyenné, par secteur, inter-secteurs, que sais-je ?

Enfin, ces mages ont aussi eu la force d’être missionnaire dans ce monde, même en se trompant, car avec le roi Hérode, ils ont failli se tromper. Ils ont trouvé le Christ, lui ont donné ce qu’ils avaient de plus précieux et ils sont retournés chez eux pour partager cette Bonne Nouvelle.

Ne pas avoir peur d’être missionnaire, voilà le 3 ème vœu pour notre église diocésaine.

Notre pape ne cesse de le dire à temps et à contre temps sans mâcher ses mots. Par exemple lorsqu’il commente le passage de ce berger qui revient à la bergerie et s’aperçoit qu’il lui manque une (qu’il n’y en a plus que 99 brebis) et il part la chercher. Et le pape François de dire : « Mais nous, nous en avons une seule, il nous en manque 99 ! » « Il est plus facile de rester à la maison avec notre unique brebis, pour la brosser et la caresser, mais nous les prêtres et tous les chrétiens, le Seigneur veut que nous soyons des pasteurs, pas des brosseurs de brebis ! »

C’est tellement vrai ! On se bat pour garder nos paroissiens au lieu d’aller en chercher de nouveaux !

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Mon souhait est que nous puissions prier l’Esprit Saint, le prier vraiment et intensément, afin qu’il nous inspire de trouver d’autres moyens pour aller chercher d’autres brebis perdues.

Pour l’avenir de l’Église, et surtout pour la venue du Royaume, l’action de l’Esprit et l’ingéniosité des chrétiensreprésentent un capital de renouvellement qui donne des raisons d’espérer.

Beaucoup de nouvelles propositions, plus adaptées se mettent en place ici et là pour rejoindre les baptisés loin de l’église, ou les non-baptisés, et c’est heureux. Puissions- nous faire partie de cette église missionnaire.

Ce troisième vœu rejoint le premier, d’être cette église en sortie, missionnaire. Un chrétien qui ne missionne pas est un chrétien démissionnaire !

Pour certains cette question d’être démissionnaire fut une réalité. Je suis toujours touché quand je parle avec mes frères ainés dans le sacerdoce, qui ont dû choisir à des moments de crise de durer, alors que tout partait en éclats autour d’eux ! Dans la crise de mai 68, ils ont vu leurs amis quitter le sacerdoce, mais eux, ils ont tenus bon et sont restés fidèles à leur sacerdoce ! J’ai beaucoup de respect et d’admiration pour eux !

Voici donc mes 3 vœux pour notre diocèse, pour vous Monseigneur Thierry Jordan et Mgr Bruno Feillet, et pour les prêtres et pour tout le diocèse : être cette église toujours en marche(1), animée d’un grand désir pour Dieu(2) et évangélisatrice(3) !

En guise de conclusion, je vous livre cette histoire réelle qui m’a bouleversé.

Une fillette de 3 ans était atteinte de la leucémie. Le diagnostic médical était clair. Et les médecins ont dit : « il n’y a qu’une seule possibilité, il faudrait que son grand frère (qui avait 7 ans) puisse donner sa moelle épinière pour une greffe ».

Alors les parents réunissent l’enfant, et ils disent « tu sais, ta sœur est très malade, elle va mourir. Est-ce tu serais d’accord de donner ta moelle osseuse. » Et le petit frère dit : « Houlà, vous me poser une question important ! Il faut que j’aille prier, et part dans sa chambre. Il revient 10m après avec un grand sourire et il dit « c’est d’accord, quand est-ce que je meurs ? »

Il n’avait pas compris ce qu’on allait lui faire ! Il avait compris que « prendre chez lui quelque chose » cela signifiait qu’il fallait mourir pour quelque chose puisse survivre !

Vous vous rendez-compte, il a pris 10 min pour donner sa vie ! Avec le sourire « quand est-ce que je meurs pour que ma sœur survive ? ».

Puissions-nous, nous aussi, donner notre vie pour le service de l’Evangile, là où le Seigneur nous a envoyé, car c’est notre vocation !

Bonne et heureuse année à vous Monseigneur et à tout le diocèse.

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