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CONSCIENCE ET COMPORTEMENT La vie psychologique se présente sous deux aspects : d'un ebté, des sensations, des images, des souvenirs, des pensées, des plai- sirs, des peines, des désirs, en un mat les phénoménes propre- ‘ment mentaux qui constituent Ia trame de la vie intériem autre, des joux de physionomie, des gestes, des altitudes, des actos, des paroles, ce que les psychologues d’aujourd’hul appellent, aun vieux mot renauvelé de Pascal, Jo comportement. Ils Ie déti- nissent : ensemble des réactions qui intéressent le corps tout enlier. Cortains voudraient qu'on restreignit ce terme aux réactions ui no sont pas stéréolypées dans l'esptce, mais résultent de l'ex- périence individuelle antérieure. Cette limitation est arbitraire : Vhabitude motrice sort de Vinstinet, et l'on est souvent bien en poine de distinguer ce qui, en elle, est spécifique ou inné de ce qui est d'aoquisition individuelle. Les faits de comportement, qui se produisent dans espace, & Vextérieur ou a la périphérie du corps, relévent de l'observation externo; les fails mentaux, qui ne sont connus direetemont que par Ja conscience, relevent de l'observation interne ou introspection. Deux méthodes, mais aussi, semble-t-il, deux objets, s'il est vrai que, comme on Fenseigne communément depuis Descartes, le mouvement soit hétérogéne & la pensée. La psychologie de con- science différe done radiealement de la psychologie de compor tement: qu’y a-til de commun entre les savantes recherches de M. Piéron sur Vorientation chez les fourmis ot celles de M. K. Buhler sur la pensée humaine? Pourtant, les premiéres ne rentront pas dans lo cadre de la physiologie, et I'usage qu‘on fait dans les secondes de Ia méthode expérimentale empéche do les raltacher ala logique ou & Ia métaphysique. Aucune science n’offre le spectacle d'une telle dualité, qui est, philosophiquement, into- erable. wm REYUE DE METAPAYSIQUE ET DE MORALE. Les psychologues le sentent bien et s'fforeent de surmonter cette ualité par divers moyens, mais principalement dans deux direc- tions opposées, Dans la premiére, que nous appellerons, pour sim- plifier, I’ « inteospectionnisme », on eherohe & interpréter le com- portement en fonction de Ja vie intérieure, comme ensemble das. signes qui manifestent au dehors des états d’&me, Dans la seconde, ‘déja bien connue sous le nom de « behaviorisme » (du mot anglais behavior : comportement), on prend le parli de rejeter plus ou moins comme antiscientifique la psychologie de conscience et de no reconnaltre comme légitime quo la science du comportement, qui se situe dans Je prolongemont immédiat de la physiologic. Entre ces deux tendances, il y a d'ailleurs des compromis, dont le plus intéressant et le plus satisfaisant, au point de vue scientifique, est celui de M. Pierre Janet. Mais, au point de vue philosophique, la question reste ouverte. Une faudrail pas eroire, en effet, que Ia métaphysique soit absonto des débats qui metlent aux prises les partisans el les adversaires de Ia psychologie de conscience. Par matheur, elle n'y intervient qu’ense faisant toute petite ou on se déguisant sous d'arrogantes professions de fol scientifiques, ou méme sous des défis lancés aux métaphysiciens. En fait, sous la nouveauté des formales, on voit reparaitre tantdt les themes du dualisme cartésien, tantdt les arguments du mécanisme ou du matérialisme, et toujoursTantique probléme des rapports du corps ot de esprit. Seul, M. Pierre Janet somble avoir pris dans Ia discussion une position tout a fait positive; maisil n'est pas sir que cette « positivité » soit toujours tune force. En colte matidro comme en boaucoup d'autres, lo mioux est de séparer soigneusement ce qui est véritS démontrée on expérimen- talement établic de ce qui n'est que postulat ousimple préjugé, et, au lieu de partir d'une philosophic implicite, d'aboutir & une phi- losophie explicite. Tels sont, du moins, les principes dont nous nous inspirerons dans cette étude : nous nous demanderons si Yintrospectionnisme et le bebaviorisme cadront avec I'état actuel de la science ; si les fails ne nous obligent pas & concevoir d'une autre manidre F'unité de Ia psychologie; et, enfin, si, de cette conception, il ne pout jaillir quelque clarté nouvelle suria relation du corps et de lesprit. A.BURLOUD, — coxsciexce er conponrexesT. 473 Pour 'introspectionnisme, la psychologie reste essentietlement la science de In vie intérioure, et la vie intérieure est avant tout la vie de Ia conscience. Une nie pas sans doute l'importance du eom- portement ot la adeessité de recourir & observation externe : ce serait nier l'évidence. Il existe aujourd'hui une psychologie de enfant, et ce ne sont pas les confidences des enfants sur leurs états d'dme qui la font progresser; il existe aussi une psychologic oologique qui exige une observation minutieuse des atlitudes et des conduites de l'animal. On reconnalt "importance des réactions, des phénomenes d'expression, seuls directement accessibles chez Yenfant, le primitif, le dément, animal, et quine le sont que du dehors. Le fait psychologique a, dit-on, deux faces: lune interne ‘ou subjective, l'autre oxterne ou objective. Mais celle-ci n’olfre au psychologue qu'un intéret secondaire, ear, prise en elle-méme ot abstraction faite de sa signification, elle est, eroit-on, essentielle- ment physiologique. De la déeoulent les eonséquences suivantes: le fait extorne est radicalement hétérogene au fait interne; mais le premier est le signe da second. Il faudra done remonter du signe au signifé, et par quel moyon? Par le raionnement analogique. Dans notre expérience personnelle, los attitudes, les gestes, les réactions organiques ou autres s'associent selon des régles définies aux tals, ‘de conscience qu'ils manifestent. Lorsque ces phénoménes d’ex- pression se produisent chez les autres, nous en inférons par un aisonnement analogique la présence des états dime correspon- ants, Quelqu'un rit-il devant moi? Jinfere quil est joyeux, parce ‘que Ie rire s'associe en moi & cetle espice de dilatation de l'éme qui constitue la joie; s'il pleure, c'est quill a du chagrin; si son front se ereuse de rides verticales, c'est qu'il médite ou qu'il a des Mais est-ce aussi de cette maniére que nous interprétous les con- ‘duites de Fanimal? Titehener V'alfirme expressément. » Le psy- chologue, éeritil, suppose par analogie que ce qui vaut pour Jui aut aussi, en principe, pour lanimal, la société ou l'insonsé, Tl suppose que les mouvements des animaux sont, dans une large ‘mesure, des gestes, et quils expriment ou déerivent les processus ‘mentaux de l'animal. Aussi s‘efforce-t-il autant que possible de se a REVUE DE NETAPHYSIOUE ET DE MORALE. mettre & la place de lanimal, de trouver les conditions dans les- quelles ses propres réactions seraient de In méme ospbce géné- ral; ensuite, partant de ce que lui révéle sa conscience humaine, ilessaie, ayant toujours & esprit les limites du développement du syst8me nerveux chez l'animal, de reconstituer la conscience de celui-of'. » ‘Voila exposé avee une belle franchise le point de vue classique. ‘Mais justement de tolles déclarations font ressortirsa faiblesse. Le raigonnement anslogique consiste & passer d'une ressemblance constatée A une resemblance cachée. Une telle inférence n'est’ jamais démonstrative: elle nous procure des présomptions, des probabilités, jamais des certitudes. Et elle est d’autant plus aven~ tureuse que la ressemblance dott Yon part se mélea des dtifé- ences plus nombreuses, que les étres qu'on compare sont plusloin les uns des autres par I'age, le milieu, la race, l'espéce, etc. Par exemple, les marques extérioures du chagrin n'ont pas du tout la méme signification dans tous les milieux, ni dans toutes les con- trées. En raisonnant par analogie, on se persuaderait que l'enfant qui s'est fait, en tombant, un mal insigni(ant et qui erie d'autant pilus fort qu'on se donne plus de peine pour le eonsoler, éprouve tune doulour eroissante; et Yon se tromporait ainsi du tout au tout. Linterprétation analogique des réactions de 'animal nous expo- serait & de pires bévues, car il est encore plus loin de nous. Faire reposer la psychologie zoologiqué sur le raisonnement par analo- gie, c'est la disoréditer & I'avanee, Ia condamner & l'anthropomor- Phisme, Ini refuser toute porlée scientifique, ‘Meme lorsquiil s'agit d'hommes trés proches de nous, cette méthode risque d'etre décevante. Avant de se manifester dans les muscles et sur l'épiderme, les étnts d'4me so réfractent & travers le tempérament, les habitudes, le caractére. Chacun de nous a son indice personnel de réfraction qui pout varier considérablement de Tun A l'autre et qui n'est pas ealoulablo, Tl en résulte que si, pour romprendre le comportement des autres hommes, nous n'avions autre moyen que de nous référer & notre propre expérience, nous 'aurions sur leur vio intérieure que des renseignements grossit~ rement approximatifs dont aucun savantne saurait se contenter. Dans un récent ouvrage, M. Kohler formule d'autres objections*. 4, Manuel de Puycologi, tad. Lesage, . 2 2: Genie Payohatony, Londres A580, hep. Vl A. BURLOUD. — coNScIENCE ET COMPORTEMENT. 475 Dans bien des cas, Ia comparaison aveo nous-mémes est impos- sible. Devons-nous renoneer & comprenidre chez autrui les gestes, attitades ot autres formes de comportement dont nous n'avons pas tune expérience personnelle? « Il y a une certaine espece d’envie basse et hideuse que je lis clairement chez les autres dans cer- taine expression définie du visage. Et, pourtant, je suisheureux de le dire : je ne trouve pas cela dans mon expérience subjective. » ‘Voici une autre remarque du méme psychologue : nous voyons les changements d'expression sur le visage daulrui; nous ne les voyons pas sur notre propre visage. Suis-je irrité? Je sensbien que ‘mes trails se contractent; mais jo ne pergois pas visuellement mos jeux de physionomie, & moins d’avoir un miroir sous les yeux; seu- Jement nous ne songeons guére, lorsque nous sommes irvités, & nous donner Ie spectacle de notre colére. Tous les hommes sont capables de discerner sur le visage des autres les signes de la colére ou de la peur, ot il est bien probable que, pour la plupart, ils ne les ont jamais observés sur eus-inémes. Que peut étre ici le point de départ du raisonnement analogique? Ii faut commenoer par supposer je ne sais quelle harmonie préétablie entre les sensa- tions de la peau ou des muscles par of se révélent & nous-mémes nos propres états d'dme et les sensations visuelles d’oa nous infé- rons los états d’éme dauteui. A Mntrospectionnisme s‘oppose le behaviorisme. A vrai dire, plutot qu'un behaviorisme, il y a des behavioristes et, entre eux, des divergences notables de doctrine. Nous ne considérerons que Yextréme gauche de l’école, ceux qui s‘intitulent les orthodoxes et qui se groupent autour de M. Watson, Ce dernier a récemment exposé lours idées et les siennes dans un livre! qui a le ton un pew provocant d'un manifeste : on y trouve, & défaul d'un sens psycho- logique affine, des opinions trés arrétées et, en ce sens, d'une netteté parfaite. Dds la seconde page, nous apprenons que « la croyanee en Vexistence de la conscience remonte aux anciens jours de la superstition et de la magie » et que la grande masse des hommes 4, Behaviorism, New-York, 1980. 416 [REVUE DE METAPaYSIQUE ET DE MORALE. est encore toute proche de la sauvagerie. Le sauvage eroit que os incantations peuvent donner la pluie, de bonnes récolles, des chasses heureuses. Presque chaque époque a sa nouvelle magie, blanche ov noire, et ses nouveaux magiciens : Motse qui, en agi- tant son baton, fait jaillir une souree, est le lointain précurseur dos psychologues d'aujourd’hui qui eroient & la vertu des mols dans Ja suggestion, Ht, bien que personne n’ait jamais touché tune Ame, ni « nen ait vu une dans une éprouvetie », Larviére- fond de sauvagerie qui demoure en nous est si fort, que le dogme de Yame ou, ce qui revient au méme, de la conscience trouve encore des croyants et qu'il y a encore des gens pour définir la psychologio, avee William James : « ladeseription et explication des états de conscience comme (els », et pour découvrir dans la canscience cos choses élranges qu’ils appellent des « sensations », des « images », des « éléments alfeotifs ». Enfin, — en 1912 exactement, — le behaviorisme vint. Forts de Yexemple des médecins, des chimistes, des physiciens, les heha- vioristes déeidérent de balayer toutes ces conceptions médiévales et de débarrasser leur vocabulaire de ces mots vides de sens : sensation, perception, image, désir, intention, voire pensée et Emotion. Que reste-til a observer? « Nous pouvons observer le comportement, ce que Vorganisme fait ou ce qu'il dit* », élant bien entendu que le langage est une conduite juste aussi objective que le jeu de paume. Tout fait paychique est une réaction qui suit immédiatement une excitation, méme lorsqu'elle a lair d’étre différée. Bt cotto réaction ost un réflexo. L'habitude est le pouvoir de monter dans Vorganisme, a partir des réflexes innés, des réflexes conditionnels. Hille multiplie les excitations elfectives, est-A-dire celles qui sont suivies de réponso : c'est grace & elle que l'enfant qui ne réagit dabord qu’a un bruit soudaia et violent sera plus tard « ému » (si nous osons omployer ce terme médié- val) par une symphonie de Beethoven. Bt elle complique les réponses : il n'y a qu'une dilférence de degré entre le mouvement de Venfant qui s'empare d'un porte-plume et Ia conduite du savant qui rédige un traité de psychologie. Le langage est an systime de réfloxes conditionnols qui se construisent de la méme fagon que les réflexes sialogénes cher les 1.0p. eft Bs 6 A. BURLOUD. — coxsciexce ET couponremest. 477 chiens de Pavlov. Lenfant réagit & certains objets, puis aux mots artificiollement associés & ces objets : le mot se subslitue & la chose comie, dans les expérienses du physiologiste russe, un son, une lumiére ou un grattement de la peau se substituent, pour Produire In réaction salivaire, & Valiment auquel ils ont ét6 pri- mitivement associés. Le réflexe se complique chez lenfant lorsque, aprés avoir appris & prononcer des mols isolés, il apprend a pro- noncer des couples de mots, puis des phrases completes. A ce ‘moment le mot en appelle un autre, celui-ei un troisieme, ele. : crest une cascade, un enchainement de réflexes verbaux quo Vhabitude rend de plus en plus sir et de plus en plus rapide. Lorsquion apprend & jouer un air au piano, les stimuli sont les notes dea partition; les réponses, des mouvements accordés & In série des impressions visuelles. Mais, au bout d'un certain temps d'exercice, on devient capable de jouer correctement la partition sans voir Jes notes et aussi bien Ja nuit que le jour : le premier ‘mouvement déclenche ous les autres; les excitations musculaires (kinesthésiques; ont pris la place des excitations visuelles. Il se produit exactement la méme chose dans le comportement verbal Supposez que vous lisiez cette phrase : « Maintenant —je— me — couche — pour —dormir ». Vous réagissez d'abord & chaque mot u par mission de ce mot; puis I'émission du premier provoque directement l'émission du second, celle-ci I'émission du troi- siéme, ete.'. Ajoutez que« co quo les paychologues ont appelé jusqu’t présent pensée n'est en définitive rien de plas qu'un dis cours quion se tient & so-mémet », et vous aurez une explication compléte du comportement humain. Cette explication sera done mécanique. Pour qu'elle fat com- plate, il faudrait découvrir les dispositifs neuro-musculaires, innés ou acquis, grace auxquels une excitation se transmet d'un ongane de réception &.ua organe de réaction on suivant wn cireuit plus ou ‘moins long et en passant par des relais plus ou moins nombreux et dlevés. Pour ces psychologues hypnatisés par la mécanique, le sujet n'est méme pas la slatue sentante de Condillac, mais. le Joueur de Flate de Vaucanson. « Donnez-moi un nerf ot un muscle, écrit M. Givler, et jo vous ferai un esprit, » 4. 0p. cit, p. 298 22d, 238 8. The intellectual significance of the grasping reflex, Journal of Philoso- phy, 4981, Rav. Miva. — 1. XU 900 3 a8 REVUE DB NETAPRYSIOUS ET DB MORALE, Lest difficile de déblayer Lamas d'éyuivogques et d'idées con uses sous lequol les adversairos de Vintrospéction se sont appli- qués & ensevelir la notion de conscience. lls ont recampé le vieux ‘mannequin fabriqué par la psychologie spiritualiste du milieu du x1x* sidcle et imposé par Victor Cousin sous le nom desprit, ot ils se sont acharnés & le pourfendro. Ils confondent d'abord conssience et vie intérieure, La psycho- logie traditionnelle est d'ailleurs en grande partie responsable de cette confusion, soit qu'elle continue & définir le psychique par le conscient, soit qu’au contraire elle fasse & tout propos intervenir, sans autre explication, lnconscient, qui devient ainsi une entité mystérieuse propre & scandaliser les esprits amoureux de clarté. ‘Les physicions n'ont jamais désigné par un nom & majuscale les fails physiques fort nombreux quills ne voient pas directement ou qui ne tombent pas actuellement sous leurs sens : ils n'éerivent as sur I'Invisible. Tous les psychologues n'ont pas imité lour réserve. Certains' ont consacré des livres & Inconscient, sans pparaltre se douter que ce terme désigne soulement l'ensemble des fails psychiques-passés ou en voie de formation qui constituent la ppersonnalilé : nos souvenirs, uos acquisitions mentales, nos ten- dances. Il reste & In charge dos behavioristes dexpliquer pour- quoi ces états, dont un grand nombre peuvent tre évoqués, obser- ‘vés, analysés, n'ont aucun droit & existence et pourquoi Ia qualité Aéire doit dive réservée A ce qui se touche ou A co qui se voit dans une éprouvelte, ou a ces phénoménes cérébraux qu’on ne voit pas vrai dire et qu'on connalt pou, mais dont le behavioriste ortho~ doxe n’hésite pas & proclamer quills sont les seules conditions du langage et de laction. ‘Mais l'étude des faits mentaux serail antiscieatifique parce qu’ils sont subjectifs. Plus que tout autre ce demnier mot vient & point ‘nommé pour couvrir des idées confuses et tenir lieu d'argumont. Nul n'ignore que le sujet est essentictloment activité, vie, dyna ‘misme. Bien qu'il paisso, par intention seconde, devenir objet, le subjectif est, par opposition & ce qui est pensé, pergu, rappelé ou imaging, ensemble des processus temporels par Iesquels on pense, pergoit, rappelle ou imagine. De ce devenir intérieur nous nYayons sans doute que partiellement. et inadéquatement con- 4, Ch Dyolshauvers, Z'Zaconseien A. BURLOUD. — conscimNcr ET coMPORTEMENT. 419 science; mais le physicien ne pergoit pas mieux les processus de Fayonoement par exemple. Pourquoi mettre les premiers hors Ia science? Est-ce parce qu'ils sont individuels? Nouvelle équivaque. Veut-on dire quiils varient dindividu individu? On a eependant décou- vert des uniformités, des constantes, des lois méme dans le fonc- tionnement de la mémoire, de Vassociation, du langage et méme de Ja pensée. Les behavioristes diront peul-étre que ce sont det lois mécaniques de comportement. Ce serait une singulidre illue sion : ni les lois d'Ebbinghaus, ni celles de Jost, ai celles de Foucault ne portent sur des mouvements; elles portent sur des Processus de conservation et de reproduction qu’en peut bien apres coup interpréter comme étant dans lo fond physiologiques ou méme physico-chimiques, mais qui, toute théorie mise & part, se présentent comme des intégrations de moments ou de souvenirs. — Ge qui est individuel, c'est done notre perception interne des fits mentaux? Mais, interne ou externe, toute pereeption et méme toute connaissance est d'abord individuelle. Nous ne disposons, dans toutes les spheres du savoir, que d’un moyen de contrble, qui consiste & confronter nos pereeptions avec celles d'autrui. Et il ne fait pas défaut dans le cas de lintrospection : i quoi servi raient autrement les questionnaires, les enquétes, 'étude paliento et méthodique des témoignages que fournissent au psychologue sur leurs états d’ame les sujels qu'il interroge on sur lesquels il expérimento? Mais voici une autre curieuse méprise du behaviorisme. Oppo- sant deux types de connaissance, la connaissance vulgaire, qui a pour matériaux des sensations ou qualités secondos, et la counais- sance scientifique, qui op’re sur des données quantitatives, il fait rentrer Ia psychologie de conscience, — quand il ne va pas jusqu'a nier Vexistence de la conscience, — dans le premier ype. Expo- sant Te point de vue du bebaviorisme, M. Kabler développo et prend A son comple cetle opinion. Des seiences diverses, fen substance, principalement la physique et la biologie, ont ‘commencé il y a des sigcles & ruiner la naive conflance des humains dans le monde sensible. Les savants ont montré quill est, & certains egards, plein de propriétés presque contradictoires. Heureuse- ment, ils ont découvert un autre monde exempt cles contradictions du premier. 11 ne faut pas s’étonner qu’au moment oi la psycholo- 0 REVUE DE uéraPuYsiQUE ET DB MORALE. gie commence & devenir une science, Ia plupart de ceux qui s'y adonnent avec le plus d'énergie désiront Ia voir s'engager dans Je chemin des soiences exactes. Si d'autres sciences ont trouvé le monde aaif de 'expérionce vulgaire imporméable & la méthode seiontifique, pourquoi aurions-nous comme psychologues l'espoir de mioux réussir'? —Ily a Ia un étrange paralogisme : le psycho- logue étudie, non pas Ie monde sensible, mais, ce qui ost trés different, le phénoméne de la sensation, et il doit prendre co phé- noméne tel qu'il est, ou renoncer a I'étudier. Les sensations se contredisent entre elles? Sans doute, et le « magicien » Platon s'en était avisé avant los savants dont parle M. Kabler. Mais nol psychologue, méme introspectionniste, ne songe A rébabiliter la connaissance sensorielle, On In traile, non comme fondement, ‘mais comme objet de connaissance. N'y a-Lil pas aussi une psy- chologio de erreur? lest vrai que la sensation ne se mesure pas ; mais, dece qu'elle est un phénoméne purement qualitati, il ne suit pas qu'elle ne puisse donner lieu & uno étude quantitative. Le role de Ia psycho- statistique est de fournir des données numériques se rapportant des faits qualitatifs homogénes : lorsqu’on évalue la force de la ‘mémoire par la méthode des associations justes, ou par celle des Gléments retenus, en dénombrant les réponses correctes d'un ‘sujet ou, parmi une série de syllabes qu’ll a lues une ou plusieurs fois, celles qu'il répete par eur sans se tromper, la mesure porte sur les phénoménes mentaux attestés par le comportement verbal du sujet et non pas sur ce comportement comme grandeur physique. D'aatres psychologues & tendances behavioristes nous disent : la réalité intérieure ost fuide, mouvante, extrémement complexe; nous la défgurerions en lobservant ; nous saisirions les données internes, non pas dans lour pureté originelle, mais socialisées, transposées danse langage des concepts, transfigurées par l'intel- ligence. Voila une critique inattendue et qui est presque Vinverse de la préeédente, Mais contre la psychologie de conscience, n'estice pas? toutes les armes sont bonnes, C'estle reproche que le ago-nominalisme adressait naguére au fait scientifique en général, mais particulitrement au fait physique. Il est assez amusant de le 4. Gestat Payehotogy, Londres, 1990, p. 2-9. A. BURLOUD. — consclENcE ET CONPORTEMENT. (81 relrouver sous la plume de gens qui professent une admiration si exclusive pour les sciences physiques, car il se relourne contre elles : le physicien est assurément plus loin du fait brut que le psychologue des données immédiates do Ia conscience; il y a plus