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Très peu de gens connaissent la véritable histoire du drapeau national. Ce symbole n° 1 de la


nation en a pourtant une, riche et pour le moins étonnante… A découvrir.

Source TelQuel

Au Maroc, le drapeau a été utilisé comme symbole de l'Etat pour la première fois sous le
règne des Almoravides (1056 - 1147). Auparavant, les drapeaux n'étaient que des bannières
en soie blanche, soulevées durant les grandes occasions et les fêtes. En période de guerre,
elles recevaient des inscriptions de versets coraniques et étaient portées par les soldats sur les
champs de bataille. En cela, elles se différenciaient peu de celles utilisées dans la péninsule
arabique. Youssef Ben Tachfine sera le premier à donner au drapeau un caractère marocain. Il
mettra en exergue sa symbolique dans les batailles qui ont mené son pouvoir jusqu'en
Andalousie, après avoir assujetti les règles du drapeau à un protocole savamment concocté :
les soldats se devaient de lever un drapeau blanc immaculé, tandis que leurs chefs
brandissaient un drapeau sur lequel était inscrite la phrase “Il n'y a de Dieu qu'Allah et
Mohammed est son prophète”. Les Almohades, comme les Saâdiens plus tard, conservèrent
les mêmes étendards blancs, tandis que les Mérinides y ajoutèrent une étoile à six branches.
Quant aux Alaouites, ils allaient rompre avec la tradition en optant pour des drapeaux rouges,
après que le sultan Moulay Rachid (1666 - 1672) eut défait les tribus berbères dans l'Atlas et
dans plusieurs régions du royaume. Les drapeaux, ornés d'une étoile à six branches de couleur
verte, étaient levés le matin et baissés le soir sur les tours des fortifications…
Celui-ci devient alors tout rouge, couleur des chérifs de la Mecque, et le restera jusqu’à la
période du protectorat. A ce moment, le drapeau rouge marocain faisait confusion avec
d’autres drapeaux identiques utilisés par plusieurs nations. C’était notamment la couleur du
drapeau communiste.

“On gardera alors le drapeau rouge comme le drapeau Royal, celui du Makhzen”, précise
Rachid Sbihi, historien. Le drapeau marocain, lui, portera désormais au milieu, une étoile
verte à six branches.

Contrairement à une idée reçue et véhiculée, cette étoile à six branches, qu’on appelle le sceau
de Salomon (ou le sceau de Sulayman) ou “l’étoile de David” n’est pas un symbole propre
aux juifs. Elle est dans les trois cultures musulmanes, chrétiennes et juives, le symbole de la
sagesse, de la vie et de la santé. D’ailleurs, au Maroc et jusqu’en 1954, le sceau de Salomon
figurait encore sur les pièces de monnaie marocaines, notamment celles de 100 et 200 francs,
de même que sur certains timbres du Makhzen.

Cette étoile cessera d’orner le drapeau du Maroc en 1915. Certains livres d’histoires
expliquent ceci par le simple fait que l’Etat d’Israël ayant choisi de mettre la même étoile sur
son drapeau, le Maroc cherchera à se différencier en ôtant une branche du sien.

Mauvaise version ! Dirait l’historien Rachid Sbihi. “L’étoile à cinq branches a été imposée en
1915 au Sultan Moulay Youssef par le Général Lyautey. C’était au moment où ce dernier se
préparait à ramener le contingent militaire du Maroc à la deuxième guerre mondiale”,
explique t-il. “D’ailleurs, la question est de savoir pourquoi est-ce que Lyautey a décidé, à ce
moment précis de l’histoire de changer l’étoile à six branches par une autre à cinq. On n’en a
pas une réponse précise et valable malheureusement”, poursuit-il.
La première mesure a été de pousser le sultan Moulay Youssef à signer un dahir relatif au
drapeau marocain, dès le 17 novembre 1915. Celui-ci stipulait “qu'en raison du
développement qu'a connu notre royaume chérifien, eu égard au rayonnement qu'il a
désormais, dans l'objectif de lui donner un symbole qui le distingue des autres nations et pour
qu'il n'y ait point de confusion entre les drapeaux créés par nos ancêtres et d'autres pavillons,
notamment ceux usités dans la marine, nous avons décidé de distinguer notre bannière en
l'ornant au centre d'un sceau de Salomon à cinq branches, de couleur verte”. Ce dahir, qui
signe l'acte de naissance du drapeau marocain, est en fait truffé de contre-vérités historiques,
comme le signale Simon Lévy, le directeur du musée judéo-marocain. Hormis l'emphase
incongrue (“développement”, “large rayonnement”), le texte escamote une vérité historique
essentielle : le drapeau marocain n'était pas d'un rouge uni, sans ornement, comme le sous-
entend le dahir. Il comportait en réalité une étoile verte, mais à six branches, comme le
montrent les documents et les photos de l'époque, ainsi que les sceaux officiels et les
monnaies en circulation jusqu'à la seconde moitié du 20ème siècle. Mais l'occupant a préféré
y substituer une étoile à cinq branches pour une raison… que seul Lyautey connaissait.

La seconde contre-vérité qui s'est glissée dans ce dahir, concerne ledit “sceau de Salomon”.
Ce dernier n'avait pas cinq, mais huit branches ! Des documents attestent de l'existence de
drapeaux à huit branches, bien avant le dahir de 1917, aux côtés des bannières ornées de
l'étoile de David, à six branches. Salomon et David étaient tous les deux des prophètes sacrés,
chez les israélites comme chez les musulmans. Et c'est pour cette raison que l'étoile à six ou
huit branches était apposée sur les bannières marocaines, sans que les Marocains y trouvent
une quelconque gêne. Mais le Maréchal Lyautey, avec sa mentalité européenne de l'époque,
devait voir dans l'étoile de David un symbole “déshonorant”. Il a alors décidé d'en supprimer
une pointe.

Des décennies plus tard, l'histoire officielle racontera que le pentagramme renvoyait, avec sa
couleur verte, à “la filiation du trône alaouite au prophète et la continuité de ses lignes, sans
début ni fin, symboles de grandeur et d'éternité, alors que ses cinq branches sont les piliers de
l'islam”. C'est d'ailleurs avec ces termes qu'est décrite la genèse du drapeau marocain sur… le
site Internet du ministère des Habous et des Affaires islamiques, qui participe ainsi à enfouir
un pan essentiel de l'histoire du Maroc.

Un hymne “sur concours”


Lyautey ne s'arrêta pas en si bon chemin puisque, en bon militaire, il ordonna la création d'un
hymne pour le royaume. Cette musique, composée à l'époque de Moulay Youssef, n'était à
l'origine qu'un simple “salut royal”, comme l'assure le musicologue Ahmed Aïdoune, un air
sans paroles, connu comme “l'hymne chérifien”. Le Capitaine (français) Léo Morgan, chef de
musique à la garde chérifienne, ne se doutait pas que la musique qu'il a composée allait lui
survivre aussi longtemps…

Après l'indépendance, il y eut certes des tentatives de composer d'autres hymnes, plus en
phase avec le nationalisme et l'identité marocaine. Mais sans succès. Les notes de Léo
Morgan, musique sans textes, resteront ainsi l'hymne marocain, joué lors des fêtes nationales
et des visites royales. Et le nom de son compositeur se fondra dans l'oubli, à tel point que
certains Marocains en attribuaient la paternité à… Mohammed Abdelouahab, Abdelkader
Rachdi ou Ahmed El Bidaoui.

Quant aux paroles (“manbita al ahrar…”), elles ne seront finalement écrites qu'en 1969, dans
des circonstances pour le moins originales. L'équipe marocaine de football venait de se
qualifier à sa première phase finale de Coupe du Monde, qui se déroulait une année plus tard
au Mexique. C'est alors que Hassan II décida d'accoler un texte à l'hymne national, histoire de
permettre à la bande de Driss Bamous, capitaine de l'époque, d'avoir quelque chose à
fredonner durant la traditionnelle présentation des hymnes, dûment retransmise par les
télévisions du monde entier.

Un concours de poésie fut alors organisé à la demande du Palais, en vue de sélectionner les
textes les plus expressifs. Plusieurs poètes y participèrent et c'est finalement le poème
“Manbita al alhrar”, de Moulay Ali Skalli, qui sera sélectionné par Hassan II lui-même. Ce
dernier ira même jusqu'à lui apporter de légères retouches.

Ironie de l'histoire, le 3 juin 1970, lorsque l'hymne national marocain a retenti dans un stade
mexicain, Faras, Houmane et leurs coéquipiers n'avaient même pas eu le temps d'apprendre
correctement les couplets de Skalli, il est vrai gavés de formules alambiquées et d'expressions
savantes. Du coup, le monde entier a effectivement pu admirer onze Marocains en shorts,
essayant tant bien que mal de remuer les lèvres, chantant tant bien que mal l'hymne national...

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