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Université Mohammed V De Rabat Institut des Études Africaines Thèse de doctorat en sciences économiques

Université Mohammed V

De Rabat

Université Mohammed V De Rabat Institut des Études Africaines Thèse de doctorat en sciences économiques De

Institut des Études Africaines

Thèse de doctorat en sciences économiques

De

L’Université Mohamed V de Rabat

Centre des Etudes Doctorales : « Homme- Société-Education »

Laboratoire des Etudes et Recherches Interdisciplinaires sur l’Afrique

L’économie de la connaissance, attractivité des IDE et développement en Afrique du Nord : cas
L’économie de la connaissance, attractivité des IDE et
développement en Afrique du Nord : cas du Maroc et de la
Tunisie
Présentée et soutenue publiquement par : Mlle Fatima Zohra SOSSI ALAOUI Sous la direction des
Présentée et soutenue publiquement par :
Mlle Fatima Zohra SOSSI ALAOUI
Sous la direction des Professeurs :
Yahia ABOU EL FARAH & Mustapha MACHRAFI

Président :

Jury

Pr. Mostafa EL AIDOUNI, PES en sciences économiques, FSJES, Université Mohamed 1er, Oujda.

Suffragants :

Pr. Yahia ABOU EL FARAH, PES et Directeur de l’Institut des Etudes Africaines, Université Mohammed V, Rabat. Directeur de la thèse

Pr. Khalid LOUIZI, PH en sciences économiques, FSJES, Université Hassan 1 er , Settat.

Pr. Essaid EL MESKINI, PH en sciences économiques, FSJES, Université Hassan 1 er , Settat

Pr. Mohamed KARIM, PES en sciences économiques, FSJES de Salé, Université Mohammed V de RABAT.

Pr. Mustapha MACHRAFI, PH en sciences économiques et Vice doyen de la FSEJES de Salé, Université Mohammed V, Rabat. Co-directeur.

Année Universitaire 2015-2016

Remerciements

Quatre ans de recherche, quatre ans de travail, quatre ans de doutes mais surtout quatre ans de vie.

Achever mon travail de recherche dans le délai imparti, c’est plus qu’un challenge personnel ou une fin en soi, c’est la première étape d’un programme de recherche que nous espérons mener à l’avenir.

Cette recherche fut un moment de vie, ponctué par l’incertitude, l’interrogation et l’isolement de la rédaction mais aussi par l’intégration au sein d’une équipe, les joies de l’étude et les plaisirs des colloques et séminaires. Tous ces instants s’inscrivent dans un contexte social, dans l’échange et l’écoute d’un grand nombre de personnes qui m’ont beaucoup apportées. Cette page est l’opportunité d’enfin tous les remercier. Ma première pensée est pour Mr le Directeur Yahia ABOU EL FARAH joué un rôle moteur tout au long de mon doctorat. Il a suscité mon intérêt pour la recherche par ses enseignements durant ces années de recherche. Ses conseils avisés lors des réunions d’encadrement ont largement contribué à l’amélioration de la qualité de mon travail, son appui, ses encouragements.

Professeur Mustapha MACHRAFI Je lui suis reconnaissante de la confiance qu’il m’a accordé dès la première année du Master jusqu’au doctorat et du partage de ses connaissances et de son goût pour la recherche. Chaque rencontre a été source de questionnements, de remises en cause mais surtout de motivation et de passion pour le sujet.

Il a su éveiller mon esprit pour la recherche, susciter la réflexion, soulever les vraies problématiques et orienter mes choix. La chaleur et l’attention qu’il m’a témoignés ont été essentielles dans l’avancée de ma recherche.

Je manifeste une grande reconnaissance aux Professeurs qui ont accepté la lourde mission de lire et d’évaluer mon travail de recherche.

1

Ace propos, je tiens à souligner le rôle essentiel de l’équipe projet « performance du secteur des télécommunications et son impact sur les IDE » (code 12/TM/30), accepté par le comité mixte permanent Maroco-Tunisien pour la Recherche Scientifique et la Technologie, pour m’avoir donné la possibilité de se déplacer à Tunis. À fin de passer un mois de stage pour le bon déroulement de mon étude empirique qui implique un aspect comparatif essentiel entre ces deux pays nord africains notamment le Maroc et la Tunisie. Spécialement Mme Madame Bouthaina Fekih Soussi qu’elle a grandement facilité mon initiation aux rudiments de la recherche et elle m’a fourni tout le soutien dont j’ai eu besoin au cours de mon séjour de recherche et qui m’a encadrée tout au long de ma présence dans la faculté de Nabeul et qui m’a introduite auprès de tous ses contacts. Je la remercie pour ses encouragements et la liberté d’initiative qu’elle m’a offerte.

Enfin, je remercie ma famille, mes amis, mes compagnons de toujours, qui m’ont soutenue, consolée et supportée dans des moments parfois difficiles, comme dans tous les instants de ma vie, pour leurs conseils si justes, leur patience et leur encouragements.

Aucun mot ne peut retranscrire la reconnaissance que je vous témoigne, alors je vous dis tout simplement merci.

2

Sigles et Acronymes

BAD : Banque africaine de développement

BIT : Bureau International pour le Travail

CEPAL : Commission Economique de l’Amérique Latine

CNUCED : la Conférence des Nations Unies pour le Commerce et le développement

EFC : Economie Fondée sur la Connaissance

EDI : Echange des Documents Informatisés

FMI : Fond Monétaire International

GATT : Accord sur les tarifs douaniers et le commerce

IDE : Investissements Directes A L’Etranger

IPQV : l’Indicateur Physique de la Qualité de Vie

ISESCO : L'Organisation Islamique Pour L'éducation, Les Sciences Et La Culture

KEI : Knowledge Economie Index

OCDE : Organisation de Coopération et de Développement Economique

OMD : Objectifs du Millénaire pour le Développement

ONU : L'Organisation Des Nations Unies

PAS : Plans d’Ajustement Structurel

PNUD : Programme des Nations Unies pour le développement

PVD : Pays en Voie de Développement

R&D : Recherche et Développement

TIC : Technologie d’Information de Communication

UNRIDS : L’Institut de Recherche des Nations Unies pour le Développement Sociale

3

Résumé

A l’instar de la seconde crise du pétrole des années 1970, l’économie a connue plusieurs

transformations, notamment au terme des Trente Glorieuses. L’environnement économique et social s’est progressivement transformé. On assiste à une mutation profonde et un changement radical des paradigmes, sous l’impulsion de la hausse de la part du capital dit intangible (l’éducation, la formation, la R&D, et la santé) et de la révolution des technologies de l’information et de la communication, une nouvelle société fondée sur la connaissance est en train de prendre place remettant ainsi en cause les rapports sociaux de production et l’accumulation de capital désormais fondée sur l’immatériel. A l’ère d’une économie mondialisée aucun pays n’étant à l’abri de ces bouleversements profonds, les pays africains sont eux aussi appelés véritablement à se métamorphoser puisque désormais, le rôle nouveau joué par la connaissance, et son importance sont déterminantes dans la production, l’emploi et les facteurs de la compétitivité.

Le propos de notre thèse est de s’interroger sur les conditions d’efficacité d’un nouveau modèle

de développement économique celui qui est basé sur le passage d’une économie de rente à une

économie fondée sur la connaissance, Afin de confirmer les apports théoriques de notre thèse Nous avons procédé à une estimation sur la Tunisie et le Maroc, afin de faire une comparaison

de politiques appropriées.

Mots clés : économie de la connaissance, IDE, développement, Afrique du Nord, TIC.

4

Abstract

As the second oil crisis of the 1970s, the economy has experienced several transformations especially in the end of the postwar boom. The economic and social environment has gradually transformed. We are witnessing a profound change of paradigms, led to the increase in the share of cognitive capital ( education, training, R & D , and health) and the revolution of technologies information technologies and communication , a new knowledge based society is taking up and putting-into the question of cash economy. In the era of a global economy no country is immune to these profound changes , African countries are also truly called to metamorphose as now , the new role of knowledge and its importance are critical in production, employment and competitiveness factors .

The purpose of our work is to question on conditions of effectiveness of a new model of economic development based on the crossing from cash economy to knowledge-based economy, to confirm the theoretical contributions of our thesis we have made econometric estimation for Tunisia and Morocco, to compare appropriate policies of both countries

Keywords: knowledge based economy, FDI, development, North Africa, ICT.

5

Sommaire

Remerciements

1

Sigles et Acronymes

3

Résumé

4

Abstract

5

Sommaire

6

Introduction générale

8

Chapitre I : Echec des stratégies du développement en Afrique

17

Introduction du premier chapitre

18

Section I : Développement : théories et concepts

19

Section II : Les stratégies de développement autocentré

31

Conclusion du premier chapitre

56

Chapitre II : Mondialisation, attractivité des IDE et économie de la connaissance

58

Introduction du deuxième chapitre

59

Section I : mondialisation et Économie de la connaissance

60

Section II : l’émergence de l’économie de la connaissance

93

Conclusion du deuxième chapitre

141

Chapitre III : Problématique de la connaissance en Afrique du Nord

143

Introduction du troisième chapitre

144

Section I : L’économie Nord-africaine face aux stratégies du développement

145

Section II : l’économie de la connaissance dans le processus du développement de l’Afrique du Nord

169

Conclusion du troisième chapitre

183

Chapitre IV : Etude comparative entre le Maroc et la Tunisie

184

Introduction du quatrième chapitre

185

Section I : Trajectoire de développement au Maroc et en Tunisie

187

Section II : IDE, attractivité et performance des TIC et économie de la connaissance au

222

Maroc et en Tunisie

6

Conclusion du quatrième chapitre

250

Conclusion générale

251

Annexes

256

Liste des tableaux

260

Liste des figures

261

Bibliographie

262

7

Introduction générale

Cette thèse de doctorat s’inscrit dans le cadre du projet intitulé « performance du secteur des télécommunications et son impact sur les IDE » (code 12/TM/30). Ce projet a été proposé par le Laboratoire des Etudes et Recherches Interdisciplinaires sur l’Afrique (LERIA) de l’Institut des Etudes Africaines- Université Mohamed V de Rabat et l’unité de recherche (ENVIE) de la faculté des sciences économiques et gestion de Nabeul- Université Carthage- Tunisie, et accepté par le comité mixte permanent Maroco-Tunisien pour la Recherche Scientifique et la Technologie. Ce projet nous a permis d’effectuer un stage de recherche à la Faculté des sciences Economiques et de Gestion de Nabeul du 26/11/2012 au 25/12/2012. Le but de ce séjour de recherche était essentiellement d’assembler et analyser la documentation nécessaire à la rédaction du volet comparatif de la thèse et de se familiariser avec la « façon de faire » Tunisienne et la méthodologie de recherche poursuite au sein du Laboratoire ENVIE de la FSEG- Nabeul. Ce séjour a constitué un atout inestimable pour mener mes travaux de recherche à terme.

Justification du contexte de la recherche

L’économie mondiale a connu une mutation profonde et un changement radical des paradigmes, dû à l’émergence de l’économie de la connaissance, où la principale source de croissance est devenue la capacité à acquérir, créer et utiliser la connaissance. C’est une économie qui a transformé l’organisation de l’économie toute entière, et spécifiquement les entreprises.

L'économie de la connaissance en plus d'être une nouvelle phase, est un concept opérationnel assez nouveau ayant été promu par des organisations internationales. Spécialement par l'Union européenne lors de la déclaration de Lisbonne en 2000, les rapports du programme des Nations unies pour le développement (PNUD 1 ), les rapports et programmes de la Banque mondiale, World Development Report 1999 et knowledge for Development program au World Bank Institute, ainsi que par d'autres séminaires, conférences et différentes études (notamment celles de L’OCDE (1996) et de l’ISESCO(2000).

1 PNUD, « Rapport sectoriel : élaboration d’une stratégie d’appui au développement de la gouvernance électronique au Burkina Faso », 2002.

8

Il semblerait que la problématique de définir les bases, piliers de cette économie fondée sur la connaissance, fut soulevée en 1962 lorsque Kenneth Arrow a avancé que l’activité d’innovation est distincte des activités de production classique. Selon lui, la connaissance est produite par un secteur spécialisé à partir d’une fonction de production qui combine du travail qualifié et du capital. L’output de ce secteur consiste en de l’information échangée sur un marché. Dans la même perspective, l’OCDE définit les économies fondées sur la connaissance comme « celles qui sont directement fondées sur la production, la distribution et l’utilisation de la connaissance et de l’information » 2 .

De ce fait, le terme “économie fondée sur la connaissancedécoule de la reconnaissance grandissante de l’importance de la connaissance et de la technologie dans les économies modernes.

Au cours des dix dernières années, la part des technologies de pointe dans la production manufacturière et dans les exportations de la zone OCDE a plus que doublé, pour atteindre 20 à 25 pour cent. Les secteurs de services à forte intensité de savoir, tels que l’éducation, les communications et l’information, se développent encore plus vite. De ce fait, on estime que plus de 50 pour cent du PIB des grandes économies de l’OCDE reposent maintenant sur le savoir.

Par la suite, la Banque Mondiale a pu définir les piliers de l'économie de la connaissance comme étant au nombre de 4 à savoir :

1. Incitation économique et régime institutionnel

2. Éducation et ressources humaines

3. Système d'innovation

4. Infrastructures d’information.

En 2009 lors de la conférence de la Commission européenne à Göteborg, qui a porté sur le thème « le triangle de la connaissance à la source de l'avenir de l'Europe » et qui s'inscrivait dans le cœur de la stratégie de Lisbonne sur la croissance et l'emploi 2000, une nouvelle définition des piliers de l'économie de la connaissance a vu le jour. Ainsi les 4 piliers ont été remplacés par 3 piliers :

2 OCDE, L'économie fondée sur le savoir, OCDE, Paris, 1996.

9

1.

Recherche-Développement et Innovation (RDI)

2. Éducation

3. Technologies de l'information et de la Communication (TIC).

De ce fait, on admet que " Cette nouvelle économie prospère sur le savoir et l’innovation continue. Elle privilégie l’information dans l’entreprise économique et met l’accent sur l’utilisation du savoir et de l’information symbolique susceptibles d’être intégrés dans les biens et services matériels et non matériels " 3 .

De sa part, Smith 4 identifie quatre approches du changement du rôle de la connaissance dans l’économie :

La connaissance est quantitativement et qualitativement plus importante en tant que facteur de production,

La création d’activités fondées sur l’échange de connaissance s’est accélérée,

La composante codifiée des bases de connaissance est plus importante,

L’entrée dans l’économie de la connaissance repose sur la diffusion des TIC.

Selon Foray, l’émergence d’une économie fondée sur la connaissance s’est traduite par une croissance très rapide du nombre d’employeurs hautement qualifiés dans les pays industrialisés mesurée par l’emploi des diplômés universitaires par rapport à l’emploi total 5 . Cette tendance fait alors l’objet d’une combinaison entre les augmentations des emplois attribués par la production, le traitement et le transfert des connaissances très remarquable dans l’ensemble de l’économie. De même la mondialisation a accéléré la diffusion des connaissances, selon Jean-Louis Levet (2003), il existe un lien entre l’économie de la connaissance et le processus de la mondialisation, qui se base sur deux volets d’interaction 6 :

Le processus de mondialisation stimule le développement des économies fondées sur le savoir en accélérant la diffusion des connaissances technologiques et

3 In: La mondialisation et l’économie de l’information : enjeux et perspectives pour l’Afrique, E/ECA/ADF/99/7, In : http://www.bellanet.org/partners/aisi/adf99docs/infoeconomyfr.htm (site consulté le 27/01/2013)

4 Smith K., « What is the knowledge economy? Knowledge-intensive industries and distributed knowledge bases », papier présenté à la conférence d’été de DRUID sur L’économie apprenante –entreprises, régions et institutions, Aalborg, Danemark, 15-17 juin 2000. 5 Foray D., L’économie de la connaissance, La Découverte, Paris, 2009. 6 Bouchez J.P ., les nouveaux travailleurs su savoir, Organisation, Paris, 2004.

10

ainsi, par le renforcement de la concurrence, il favorise les entreprises qui privilégient des stratégies d’innovation, en particulier fondées sur le renouvellement de leur produit.

Par ailleurs, et cela constitue la seconde interaction :

L’économie de la connaissance influence la mondialisation de plusieurs manières : les activités à fort contenu de connaissance ont tendance à se concentrer dans certaines régions de l’économie mondiale.

L’économie de la connaissance est issue de la prise de conscience du rôle des technologies de l’information et de la communication pour la croissance économique.

Le secteur des technologies de l'information et des télécommunications (TIC) comme une des composantes principales de l’économie de la connaissance regroupe "les activités qui produisent des biens et des services supportant le processus de numérisation de l'économie, c'est-à-dire la transformation des informations utilisées ou fournies en informations numériques, plus faiblement manipulables, communicables, stockables, restituables…" 7 . Les TIC comprennent principalement les quatre secteurs suivants 8 : les secteurs produisant des biens d'équipement et des biens durables électroniques, le secteur des services de télécommunications, celui des services informatiques, et enfin les secteurs assurant le commerce, la location et la maintenance des biens et services précédents.

En effet, les TIC regroupent les services de télécommunications bien connus, utilisés conjointement avec du matériel et des logiciels informatiques 9 . Ces services de télécommunications constituent la base de toute une variété d’autres services comme l’e-mail, les architectures informatiques client- server, le groupware, le workflow et la gestion électronique des documents.

L’importance des TIC, pour plusieurs secteurs(le management des organisations en particulier), n’est pas la technologie en soi, mais leur capacité de donner accès à la connaissance, à l’information et aux communications, qui sont les éléments qui comptent

7 Ministère de l'Economie, des Finances et de l'Industrie, Les technologies de l'information et des communications et l'emploi en France, Rapport réalisé par le Bipe, septembre 2000.

8 Nomenclatures d'activité européenne NACE ou française NAF.

9 Rapport de la CCE, Bruxelles, 2001.

11

davantage aujourd’hui dans les interactions économiques et sociales. Parmi les secteurs qui intègrent les TIC dans les activités :

o

Enseignement et apprentissage en ligne (ou E-Learning),

o

Télétravail,

o

Gestion des entreprises,

o

Télécommunication…

Depuis le courant des années 1980 les économies des PDEM (pays développés à Economie de Marché) et voire quelques PED, ont intégré l’économie du savoir, dans laquelle la connaissance a pris une part primordiale des facteurs de la croissance économique, dont cette nouvelle économie donne plus d’importance à des nouvelles dimensions : l’apprentissage, la culture, le savoir, la construction des connaissances collectives à travers le travail. En conséquence cette économie se traduit par une réduction des couts de transfert et du traitement des connaissances.

Néanmoins, les TIC sont au centre du développement des économies fondées sur la connaissance, puisqu’elles offrent aux agents économiques une gamme nouvelle et sans précédent « d’instrument du savoir » 10 . Ces premières constituent un ensemble d’outils de production de savoirs facilitant les interactions créatrices entre les concepteurs de produits, les fournisseurs et les clients.

Par ailleurs, cette nouvelle économie dite du savoir est aujourd’hui envisagée comme voie de sortie du sous-développement pour les pays qui ne sont pas encore entrés dans un processus d’émergence, et c’est le cas de la plupart des pays africains.

Ainsi, la montée de la croissance africaine depuis les années 2000, s’est accompagnée récemment d’une augmentation des IDE et d’un accroissement sensible du taux d’équipement en TIC, particulièrement en téléphones portables (Rapport PNUD, 2007). La conjonction de ces éléments a participé à la formation d’une croyance selon laquelle l’Afrique, à l’image de l’Asie du Sud Est, pourrait émerger grâce aux TIC.

10 Foray D., L’économie de la connaissance, La Découverte, Paris, 2009.

12

Problématique :

L’Afrique reste en retard par rapport aux changements de modes de régulation de l’économie moderne et en se basant sur le KEI (knowledge economy index), ses 4 paramètres montrent une évolution positive et simultanée indiquant ainsi une pénétration progressive mais lente de l’Afrique dans l’économie de la connaissance.

En effet, après les échecs des stratégies du développement traditionnelles, le potentiel de développement du continent africain dépendrait moins de ses richesses naturelles que de sa capacité à créer, diffuser et utiliser des connaissances. En outre, la diffusion des nouvelles technologies et l’essor d’une économie de la connaissance sont en train de donner corps à cette hypothèse dans le contexte nord-africain.

D’où la nécessité du passer à un autre modèle de développement qui stipule une meilleure efficacité du mécanisme de croissance à travers des mesures sur l’ensemble de l’économie, et ceux en renforçant la productivité totale des déterminants de l’économie de la connaissance : le progrès technique, l’éducation, l'innovation et l’apprentissage continu, généralisation des TIC.

L’objectif de notre thèse est de s’intéresser au processus de développement en Afrique du Nord notamment, en se focalisant sur l’économie de la connaissance. Plus particulièrement, nous cherchons à étudier, d’une part l’impact de cette économie sur le développement. Et d’autre part, de vérifier le lien entre l’attractivité des IDE et les indicateurs de l’économie de la connaissance dans le contexte nord-africain. Nous avons essayé de répondre à la problématique suivante : dans quelle mesure l’économie de la connaissance et l’attractivité des IDE peuvent contribuer au développement du Maroc et de la Tunisie ?

Questions de départ :

L’économie

de

la

développement ?

connaissance

peut-elle

constituer

un

facteur

déterminant

du

Existe-t-elle une relation entre l’économie de la connaissance et l’attractivité des IDE ?

13

Les pays africain peuvent-ils sauter les étapes et amorcer directement une transition vers

les sociétés du savoir ?

Est-ce que l'Afrique peut faire des sauts technologiques et rattraper les autres

continents ?

Est-ce que les stratégies de développement appliqué en Afrique ont participé à

l’insertion du continent à l’EFC ?

Hypothèse de la recherche

Le développement de l’Afrique du Nord est conditionné par la mise en place de dispositifs

d’insertion dans l’EFC et de l’attractivité des IDE.

Hypothèses dérivées

Le vrai ressort pour réussir le développement en Afrique réside dans la maitrise de la

technologie et du savoir ;

les TIC ont accéléré le processus de la mondialisation et ils influencent positivement

l’attractivité des IDE ;

La généralisation de l’accès à la connaissance favorise l’innovation est par la suite le

développement.

Démarche de la recherche

Afin de répondre à nos questions, et pour mieux cerner la problématique et vérifier les

hypothèses, nous avons mené notre recherche en optant pour une démarche hypothético-

déductive. En effet, La déduction est le raisonnement qui fonde la démarche hypothético- déductive. Cette démarche, adoptée dans notre recherche, consiste à élaborer une ou plusieurs hypothèses et à les confronter ensuite à une réalité. Le but est de vérifier et de tester la portée

générale de la théorie et des approches de développement, de mondialisation, de la connaissance

et d’innovation, et la confrontation de ces approches avec la réalité africaines qui constitue un

contexte particulier. L’objectif est d’affiner la théorie initialement formulée. Partant d’une

méthode comparative pour deux pays à savoir le Maroc et la Tunisie cette méthode qui ne

signifie pas juste la comparaison, mais c'est une approche qui répond à des préoccupations

d'ordre épistémologique. Elle autorise à classer les pays et les phénomènes à partir d'un certain

nombre de variables pour se donner ensuite les moyens d'en déduire des constantes, des

14

invariants dégagés de toute considération historiciste. La méthode comparative, dont la pratique a été relativement limitée en sciences sociales (en dehors vraisemblablement des sciences politiques), se voulait un substitut à l'expérimentation des sciences exactes, et c’est dans ce sens que nous avons opté pour un diagnostic et une modélisation économétrique dans notre partie empirique afin de vérifier nos hypothèses et répondre à notre problématique.

Résultats attendus

Au niveau théorique :

- La vérification de la portée théorique des notions dans le contexte africain

- Répondre à la problématique posée

Les retombées socio-économiques :

Élaboration d’un diagnostic des politiques menées au Maroc et en Tunisie pour s’intégrer à l’économie fondée sur la connaissance tout en relions ces politiques avec les progrès en matière des technologies de l’information et de la communication, notamment, la pénétration de ces outils dans tous les secteurs, l’éducation et en fin recherche et développement et innovation.

Structure de la thèse

Notre thèse se subdivise en deux parties et quatre chapitres :

Nous exposons dans un premier chapitre les sources d’échec des stratégies du développement en deux sections. D’abord nous traitons le concept de l’économie du développement en parlons des nouvelles approches ascendantes par la suite dans une deuxième section nous allons présenter une critique des stratégies de développement autocentrées.

Le deuxième chapitre de notre thèse est consacré au traitement de l’émergence de l’économie fondée sur la connaissance, ses tendances, son impact sur les transformations du capitalisme, tout en présentant dans une première section le concept de la mondialisation, sa définition, son historique ainsi que le concept des IDE, afin de faire une liaison entre le concept de développement et l’émergence de l’économie de la connaissance.

La deuxième section traite la position de la connaissance dans les théories économique, par laquelle nous avons essayés de présenter la transformation du capitalisme, les tendances de

15

l’économie de la connaissance aussi bien que les piliers de cette nouvelle économie en démontrant la relation existante entre elle et le processus de la mondialisation.

Le troisième chapitre aborde la problématique de la connaissance en Afrique. La première section expose les spécificités de l’économie nord-africaine, son niveau du développement humain, et l’ouverture du marché nord-africain aux IDE. Quant à la deuxième section elle met en exergue les différentes tendances de l’économie de la connaissance en Afrique du Nord tout en traçant un état des lieux des trois piliers de l’économie de la connaissance à savoir : l’éducation, les TIC et la R&D et innovation.

Finalement un quatrième chapitre réservé à une étude comparative entre le Maroc et la Tunisie, scindé en deux sections, la première section présente la trajectoire de développement des deux pays ainsi que les différentes stratégies d’insertion des deux pays à l’économie de la connaissance, leur classement selon le KEI, et les progrès réalisés dans ce sens. La deuxième section constitue le noyau de notre travail de recherche, elle fait l’objet d’une modélisation économétrique qui nous a permet de mesurer l’impact des composants de l’économie de la connaissance sur l’attractivité des IDE dans les deux pays et son impact sur le développement.

16

Chapitre I : Echec des stratégies du développement en Afrique

17

Introduction du premier chapitre

L’analyse de la littérature sur le concept de développement permet de relever un premier constat relatif à la pluralité des théories caractérisant ce concept. En effet, de nombreuses définitions sont proposées par les auteurs pour désigner le processus de développement.

La diversité et la multiplicité des définitions désignant le développement expriment sans doute la richesse de ce domaine, mais paradoxalement, ce foisonnement et cette abondance de définition peut prêter à une certaine confusion aussi bien entre les courants qui traite cette notion qu’entre les dimensions théoriques mobilisées.

Dans sa définition la plus simple et la plus courante celle de l’économiste français François Perroux le développement est « la combinaison des changements mentaux et sociaux d’une population qui la rendent apte à faire croître cumulativement et durablement son produit réel et global ».

Les stratégies de développement lancées par le haut ont connus des échecs réitérés, ce constat a mené les chercheurs et les décideurs à chercher voir même à essayer de concevoir un nouveau mode de développement adapté aux besoins des populations. C’est dans cette perspective que plusieurs recherches ont vu le jour traitant la problématique du développement, les raisons d’échec des stratégies lancées par le haut et les nouvelles approches de développement :

Dans ce présent chapitre nous allons essayer de traiter dans une première section la notion du développement dans son aspect économique, les stratégies de développement tout en étudiant les sources d’échec de ces stratégies traditionnelles de développement partant des définitions et arrivons aux analyses.

Dans un deuxième lieu nous allons présenter les nouvelles approches de développement notamment nous allons essayer de définir le développement local et ses acteurs ainsi que la définition du développement territorial et les formes des agglomérations économiques.

18

Section I : Développement : théories et concepts

Les approches du développement sont souvent liées à l’assimilation des inégalités des conditions matérielles d’existence des populations sur un territoire. De ce fait le processus de développement est un processus qui permet à un territoire de surmonter la pauvreté et mener un changement social intégral dans le but de garantir aux populations des conditions d’une vie dignes, tout en créant des emplois, en assurant une répartition équitable des revenus, un système éducatif et sanitaire convenable et performant, une espérance de vie plus longue. En effet, ces conditions d’existence sont à la fois un révélateur d’un état de développement et aussi un élément préalable à tout processus de développement.

I. L’économie du développement : concept et définitions

Toute conception du développement économique repose sur des hypothèses implicites et explicites et s'insère dans un cadre analytique particulier, fortement imprégné d'une coloration idéologique, dans la mesure où "Le discours de la théorie économique qui s'affirme comme une lecture de la société, ne saurait être innocent, mais, à l'inverse, véritablement engagé 11 "

En effet, « L’économie du développement est une discipline fondée sur un objet, les processus de transformations de longue durée, et sur un champ, le Tiers Monde ou les pays en développement 12 ». En fait, « les théories du développement se sont affirmées comme un corpus distinct dans la science économique dès lors qu’elles ont postulé l’existence de spécificités communes à un ensemble de pays, en même temps qu’elles ont adopté l’idée que le développement ne se réduisait pas à la croissance 13 ». Toutefois, la pensée libérale néoclassique a généralement refusé cette spécificité en tentant, dès le départ, de réintégrer l’économie du développement dans le champ de l’économie « pure » en ignorant notamment la dimension historique du sous-développement (Conte, 2003).

Philipe Hugon a réalisé une étude du développement on se basant sur deux types d’analyse que nous allons présenter dans le tableau suivant :

11 Collectif : Economie et sociologie du tiers-monde, s/dir. Pierre Jacquemot. Paris, Ed. L'Harmattan, p. 26.

12 Ph. Hugon, « L’économie du développement, le temps et l’histoire », Revue Economique, pp. 339-364.

13 E. Assidon, Les théories économiques du développement, Paris, La découverte,, 1992. p. 5.

19

Tableau 1: Types d’analyses de développement initiées par Hugon

Champ

Théorie Hypothético- déductive

Terrain

Action

Méthode

Induction

(normatif)

(Universalisme)

(Particularisme)

 

Approche globale du

Anthropologie

Développement

développement

économique du

intégral et intégré.

Systémique

(systémisme,

développement

Nouvel ordre

(holisme5)

néomarxisme,

économique.

Historicisme

dépendantisme,

Réforme des

Institutionnalisme

structuralisme)

structures

   

Théorico-

 

Modélisation du

empirique

développement

Choix de projets

Analytique

ex : travaux

(individualisme

(néoclassique,

économétriques

micro-réalisations

méthodologique)

anthropologie

sectoriels. Tests

systèmes incitatifs

formaliste, école

empiriques et

prix et marché

standard élargie)

d’efficience

Source : Ph. Hugon, « L’économie du développement, le temps et l’histoire », Revue Economique.

« Le développement économique est à la fois un objet d’analyse et une pratique (les politiques ou les actions dites de développement) ». Selon le champ d’analyse (théorique, terrain ou action), les préoccupations des économistes diffèrent allant de l’exigence d’une « approche rendant compte de la spécificité et de la complexité de situations concrètes » (pour les actions de développement), à une « exigence de cohérence, de conceptualisation, de questionnement dans un cadre analytique cohérent permettant d’élaborer des tests ».

20

En effet, on peut dire que « le développement économique est un objet complexe caractérisé par des interactions entre différentes variables. L’interprétation de cette totalité et la compréhension de son sens supposent un dépassement de la discipline économique. Au contraire, la méthode scientifique analytique fondée sur un découpage d’objets complexes en éléments simples et la réfutabilité des démonstrations, suppose une méthodologie précise et une délimitation de son champ de validité à partir du découpage de la réalité en modèles ou secteurs 14 ».

I-1 Définition du concept développement

Afin de comprendre le concept du développement, on se retourne souvent à la définition classique, et admise par l’ensemble des chercheurs de ce domaine, présentée par l’économiste français François Perroux en 1961, notant que le développement constitue « la combinaison des changements mentaux et sociaux d’une population qui la rendent apte à faire croître cumulativement et durablement son produit réel et global ».

On se basant sur les travaux de Rist on peut citer une autre définition :

« Le développement, selon le rapport de la commission sud 15 dirigée par le président Nyerere, est un processus qui permet aux êtres humains de développer leur personnalité, de prendre confiance en eux-mêmes et de mener une existence digne et épanouis. C’est un processus qui libère les populations de la peur du besoin et de l’exploitation et qui fait reculer l’oppression politique, économique et sociale. C’est par le développement que l’indépendance politique acquiert son sens véritable. Il se présente comme un processus de croissance, un mouvement qui trouve sa source première dans la société qui est elle-même en train d’évoluer » 16

14 Ph. Hugon, « La pensée française en économie du développement », Revue d’économie politique, 101 (2) mars-avril 1991.

15 « Rapport de la commission Sud », dans Défis au Sud, Paris, Economica, 1990

16 Rist G., Le développement : histoire d'une croyance occidentale, Paris, Presses de Sciences Po, 2001.

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D’autant plus, le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), affirme dans ses rapports mondiaux sur le développement Humain :

« Le développement concerne fondamentalement des êtres humains. Il se fait par et pour eux. Il doit consister à identifier les besoins humains, à élever le niveau de vie des populations et à donner à tous les êtres humains la chance de développer leurs potentiels » (PNUD, 1999)

Dans le même sillage le PNUD affirme que :

« Le principale objectif du développement humain est d’élargir la gamme des choix offerts à la population, qui permettent de rendre le développement plus démocratique et plus participatif. Ces choix doivent comprendre des possibilités d’accéder au revenu et à l’emploi, à l’éducation et aux soins de santé et à un environnement propre de présentant pas de danger. L’individu doit également avoir la possibilité de participer pleinement aux décisions de la communauté et de jouir des libertés humaines, économiques et politiques » 17 .

Ces définitions données par le PNUD sont inspirées de la théorie des « besoins essentiels (ou élémentaires) » créée dans les années 1970 au sein du Bureau international du travail (BIT). Le développement y est caractérisé par la disponibilité d’un minimum de biens pour assurer la survie (alimentation, habillement, etc.) et de services de base comme la santé ou l’éducation. Les besoins essentiels sont définis par le fait qu’ils sont quantifiables, universels et facteurs de croissance économique.

Le PNUD propose ainsi quatre critères pour mesurer le niveau de développement d’un pays :

la productivité qui permet d’enclencher un processus d’accumulation ;

la justice sociale : les richesses doivent être partagées au profit de tous ;

la durabilité : les générations futures doivent être prises en compte (dimension à long terme du développement) ;

17 PNUD, « Human Development Report: building a knowledge society », 2003.

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le développement doit être engendré par la population elle-même et non par une aide extérieure.

Le développement a été aussi définit par le secrétaire général de l’ONU, U. Thant comme :

« La croissance plus le changement. Le changement en retour est social et culturel et aussi bien qualitatif que quantitatif »

Revenant aux travaux de Rist 18 : « Le développement est constitué d’un ensemble de pratiques parfois contradictoires en apparence, qui, pour assurer la reproduction sociale oblige à transformer et à réduire de façon généralisée le milieu naturel et les rapport sociaux, en vue d’une production croissante de marchandises, bien et services, destinés, à travers l’échange, à la demande solvable ».

Et dans une conception qui relie le développement avec la culture Taylor (1981) prévoit que :

« La culture ou la civilisation est cet ensemble complexe qui comprend les connaissances, les croyances, l’art, le droit, la morale, les coutumes et toutes les autres aptitudes et habitudes qu’acquiert l’homme en tant que membre d’une société ».

Les travaux de Serge Latouche, mettent l’accent sur l’importance du capital social dans la société africaine, il écrit dans son ouvrage « L’autre Afrique : Entre don et marché», que les liens de parenté constitue un facteur important « En Afrique, la parenté s’étend non seulement au groupe familial élargi, mais elle sert de moule dans lequel se coulent les relations d’amitié, de voisinage, d’association sportive, culturelle, politique ou religieuse, les rapports même du travail et les formes de pouvoir» 19 . En effet, Daghri et Zaoual soulignent que : « le capital social en Afrique est réactivé et renforcé par les cérémonies, les cultes d’ancêtres, les liens à la terre et les relations avec le monde de l’invisible. Rites, mythes, sites dit la théorie du site. Cette solidarité de site ne résiste pas uniquement aux phénomènes d’exclusion et de privation, mais elle joue aussi un rôle dans les processus migratoires» 20 . Selon Serge Latouche et en se basant sur ses observations sur les banlieues parisiennes, où les africains s’engagent en communauté afin d’aider les

18 RIST G., Le développement : histoire d'une croyance occidentale, Paris, Presses de Sciences Po, 2001.

19 LATOUCHE S., « L’autre Afrique : Entre don et marché», p.39, Paris, Bibliothèque Albin Michel Economie,

1998.

20 DAGHRI T et ZAOUL H., Economie solidaire et Développement Local : Vers une Démocratie de Proximité,

GREL Horizon Pluriel, L’ Harmattan, 2007.

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membres de famille de loin, soit en envoyant de la monnaie ou en hébergeant leur frères. Celui-ci écrit que : « Les obligations de donner, de recevoir et de rendre tissent les liens entre les hommes et les dieux, entre les vivants et les morts, entre les parents et les enfants, entre les aînés et les cadets, entre les sexes, au sein des classes d’âge, etc.» 21 .

II. Les théories du développement

Au XX e siècle le mot développement a été utilisé par Lénine, Schumpeter, Rosenstein-Rodan, mais sa consécration n’a eu naissance qu’à la réunion de 1939 des anthropologues à Chicago, dans laquelle la conception évolutionniste du développement a été remise en cause. Cette période a été suivie par la fin de la colonisation et l’indépendance politique des anciennes colonies 22 et c’est à cette ère que le concept de sous-développement a vu le jour spécialement en 1949 par une instauration véritable de « l’âge du développement ».

Le président américain Truman exprime sa vision concernant les régions sous-développées dans son discours sur l’état de l’Union, citons :

« Leur pauvreté constitue un handicap et une menace tant pour eux que pour les régions les plus prospères…Je crois que nous devons mettre à la disposition des peuples pacifiques les avantages de notre réserve de connaissances techniques afin de les aider à réaliser la vie meilleure à laquelle ils aspirent. En collaboration avec d’autres nations, nous devrions encourager l’investissement des capitaux dans les régions ou le développement fait défaut …L’ancien impérialisme, l’exploitation au service du profit étranger, n’a rien à voir avec nos intentions. Ce que nous envisageons, c’est un programme de développement fondé sur les concepts d’une négociation équitable et démocratique » 23 .

21 Latouche S., « L’autre Afrique : Entre don et marché», p.39, Paris, Bibliothèque Albin Michel Economie,

1998.

22 Entre 1945 et 1950 les pays comme l’Inde le Pakistan, la Birmanie, l’Indonésie, la Jordanie et la Syrie, deviennent politiquement indépendant; en 1954, le Vietnam, le Laos et le Cambodge accèdent à l’indépendance ; en 1957 c’est le cas de la Malaisie, de la Lybie; en 1960 le Maroc et la Tunisie; l’Afrique sub-saharienne connait une vague d’indépendances avec le Sénégal la Guinée, la Cote d’Ivoire et toutes les anciennes colonies françaises ; l’Algérie en 1962; les Antilles Anglaises et Néerlandaises obtiennent un statut particulier, enfin 1975, les anciennes colonies portugaises d’Afrique, Mozambique, Angola, Guinée Bissau, Cap vert obtiennent leur indépendance après une longue lutte armée.

23 Truman H., Discours sur l’état de l’Union, janvier, 1949.

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A ce constat on peut dire que la solution du sous-développement par l’imitation du modèle

occidental été perçue comme une évidence, partant du fait que le besoin de se développer commence lorsqu’on se réfère aux aboutissements positifs des autres, à une étape à atteindre,

et dans les diverses variantes de la théorie orthodoxe le modèle à atteindre est le modèle

occidental.

Une bataille des idéologies entre l’Est et l’Ouest a été vécue pars les pays sous-développés lors des années 1950, chose qui a donné naissance au mouvement des non-alignés en 1955, qui constitue la première revendication de ces pays à la colonisation et au développement (Azoulay, 2002) 24 . D’où la déclaration de la nécessité du développement par les pays nouvellement non alignés durant la conférence de Bandung (Indonésie) qui avais comme recommandations, la recherche des possibilités d’intégrer le marché international par les investissements nationales

et étrangers.

Les stratégies de développement par le haut ont connus des échecs réitérés, et cela a fait l’objet

de plusieurs débats, dans lesquels les chercheurs et les praticiens ont essayé de proposer des

formes alternatives qui permettent d’atteindre un développement adapté au besoin des populations. Les pays en développement durant les années 1960-70, ont mal choisis la voie à suivre pour se développer chose qui a aggravé leur situation économique et sociale 25 . Cette voie suivie par les PED a été source de leur surendettement et la mise en place des programmes d’ajustement structurelle, qui ont fait l’objet de plusieurs critiques.

Partant du retard économique qu’a connu plusieurs pays dans le monde durant les années 50, le concept du ‘développement ‘ a commencé à prendre plus d’importance, notamment, après le déclin de la colonisation et l’émergence du Tiers Monde. L’accumulation du capital et l’industrialisation ont été perçu comme la carte gagnante pour se développer, alors que l’agriculture s’est mise à la marge partant du fait qu’elle reflète une image traditionnelle et classique, chose qui peut bloquer le processus du développement.

24 Azoulay G., Les théories du développement. Du rattrapage des retards à l’explosion des inégalités, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2002.

25 Daghri T., Economie du developpement local, Collection Horizon Pluriel, Rabat, 2006, p. 75.

25

Après ces changements il y a eu la naissance des institutions internationales, la Banque mondial et le Fond Monétaire international en 1944, la Société Financière Internationale en 1956, l’Association Internationale pour le Développement en 1960, les Commissions Régionales des Nations Unies notamment la Commission Economique de l’Amérique Latine (CEPAL) en1948 et qui a joué un rôle primordial dans l’analyse des processus du développement. L’année 1947 a été marquée par la signature du GATT (Accord sur les tarifs douaniers et le commerce), par la suit la CNUCED (la Conférence des Nations Unies pour le Commerce et le développement), pour remettre en cause le rôle du GATT perçu par le « groupe 77 » comme un accord créer que pour résoudre les problèmes des pays développés. L’ONU créait en 1958 un fond spécial pour le développement économique, qui a été suivi en 1965 par la création du Programme des Nation Unies pour le Développement.

Durant les années 1950-60, la doctrine commence à se positionner. Le développement est devenu comme le résultat de la croissance du PNB. Dans ce sens Rostow a proposé un schéma linéaire de développement, il constitue un ensemble d’étapes qui devaient nécessairement être parcourues par toutes les sociétés. Le retard connu par les pays sous-développés constitue un retard en termes de choix de la voie menant au but unique celui du modèle d’industrialisation capitaliste des pays développés dont les Etats-Unis constituent le premier modèle à suivre. Il s’agit d’une conception idéologique du développement dans le contexte de la guerre froide.

L’industrialisation, l’amélioration du niveau de vie ainsi que la croissance économique sont bien les bases d’une nouvelle vision du monde. Après le déclin de l’âge de la colonisation notamment après la Deuxième Guerre mondiale, il y a eu une effervescence d’une nouvelle dynamique de l’ouverture de la compétition internationale en dehors des blocs traditionnels de colonisateurs, qui a provoqué un changement vital de la Grande Division Internationale du Travail, cette ouverture qui lie les nations indépendantes demeures un nouveau ordre pour atteindre le développement économique.

Les institutions de Brettons-Woods sont les instruments d’instauration, de surveillance, et d’orientation de ce nouvel ordre. Pour relancer la croissance les économies doivent passer une étable préalable celle de la transformation radicale, afin d’assurer le bien-être de la population en se basant sur le mécanisme du « trickle down effect » de la théorie néoclassique.

La distinction entre la croissance et le développement a été avancée par Perroux, dans L’économie du XXe siècle, selon lui la croissance est « l’augmentation soutenue d’un indicateur

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de dimension ; pour la nation : le produit global brut ou net en termes réels » 26 , alors que le développement constitue « la combinaison des changements mentaux et sociaux d’une population qui la rendent apte à faire croitre durablement, don produit réel global ». Dans ses réflexions Perroux nie toutes relations entre la croissance du PNB et le développement, en affirmant que les résultats de toutes transformations structurelles doivent changer les conditions de vie des populations.

Joindre la dimension sociale à la dimension économique dénote une conception étriquée de l'homme et de l'économie, contre laquelle Amartya Sen n'a cessé de lutter 27 . Pour lui, l'économie est une science morale, et le développement le processus par lequel les libertés réelles des personnes s'accroissent. En effet, la détermination du développement s’est changée, ainsi que ses objectifs en ajoutant la répartition des revenus comme objectif principal. Ce dernier objectif a été aussi remis en cause lors de la réapparition de la lutte contre la pauvreté. Une corrélation entre les facteurs économiques et sociaux pour mesurer le développement a été faite par L’Institut de Recherche des Nations Unies pour le Développement Sociale (UNRIDS), dont le lien entre chacun de ces facteurs et le PIB a fait l’objet de régressions qui permettent l’identification d’un seuil de développement.

Selon Morris 28 Trois indices à savoir : la mortalité infantile, l’espérance de vie à l’âge d’un an, et la capacité de lire et écrire, sont réuni pour construire un indicateur simple pondéré appelé l’Indicateur Physique de la Qualité de Vie (IPQV).

Ces changements continus et en forte évolution s'exprime par la naissance de la théorie des stratégies des besoins fondamentaux, et par le changement des critères de mesure de la pauvreté, ainsi que l’apparition de la croissance avec distribution comme une nouvelle solution pour la lutte contre la pauvreté et aussi pour atteindre le développement.

La prééminence des théories économiques néolibérales durant les années 1980, se fonde sur la conscience que l’intégration intégrale des marchés internationaux constitue un impératif des politiques économiques. Le consensus de Washington a vu le jour pour instaurer une pensée

26 Perroux, F., Économie du XXème siècle, P.U.F., 1964.

27 Paul Grosjean. «La pensée d’Amartya Sen sur le développement». Revue Quart Monde, N°176 - Le droit de participerAnnée 2000Revue Quart Monde document.php?id=2253

28 Morris M., Bessant J., Barnes J., Using learning networks to enable industrial development. Case studies from South Africa, International Journal of Operations & Production Management, 26(5), 2006, 532-557.

27

unique dit Azoulay 29 . Etre développé demeures un besoin qui se bloque par les problèmes d’endettement, de résorption des déséquilibres macro-économiques et financiers et les problématiques d’ajustements, tous ces problème peuvent être résolu par un modèle unique de développement. C’est dans ce sens que la pensée économique a vécu un changement radical celle de l’engagement des marchés, à la place des gouvernements, dans la régulation du développement, dans la perspective que les marchés assurent une meilleure allocation des ressources en comparant avec les Etats. La réunion des conditions d’attractivité des investissements étrangers résulte une efficacité en terme de mobilités des capitaux et par la suite une satisfaction des besoins d’un grand nombre de pays qui sont pour la réduction des barrières à l’importation et la dévaluation de la monnaie, chose qui facilite l’intégration dans la dynamiques des échanges à l’échelle mondial, qui devenue l’objectif à atteindre pour les politiques d’ajustements.

Les paradigmes de l’économie du développement des dernières décennies, notamment, le paradigme développementaliste, a connus une rupture radicale, en affirmant que le sous- développement ne constitue pas un résultat direct des insuffisances ni des échecs du marché mais c’est plutôt le résultat des échecs des Etats. Le marché devient le garant d’allocation des ressources, et avec le paradigme néolibéral et son outil majeur, l’ajustement structurel, l’intégration maximale des nations dans le marché mondial est conditionnée par la détention des avantages comparatifs. Toujours dans le même sens, la politique macro-économique s’est aussi changée, du fait que le niveau de la demande est devenu un facteur clé de la production de l’emploi et la politique budgétaire et monétaire en permettant la fixation de la demande à son juste niveau. En effet, l’emploi résulte du fonctionnement du marché de travail plutôt que l’activité économique dans son ensemble (Azoulay, 2002) 30 .

29 Azoulay G. Les théories du développement. Du rattrapage des retards à l’explosion des inégalités, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2002.

30 Azoulay G. Les théories du développement. Du rattrapage des retards à l’explosion des inégalités, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2002.

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III. Les théories de la croissance : de l’exogène à l’endogène

Paul Romer (1986) 31 et Robert Lucas (1988) 32 sont les premiers qui ont parlé de théorie de la croissance endogène. Cette théorie se base sur l'idée d'une croissance auto-entretenue, contrairement aux théories traditionnelle sur la croissance, notamment le modèle conçus par Solow (1956), qui relie la croissance au taux d'épargne, le taux de dépréciation du capital physique et le taux d'accroissement de la population active. Ces trois facteurs se partage un point commun d'être déterminés en dehors du modèle (exogènes) et fixés une fois pour toute.

Décrite comme auto-entretenu, la croissance est perçu comme possible dans la théorie de la croissance endogène, notamment grâce à l'outil du capital humain qui permet de considérer le progrès technique comme endogène. En effet, le progrès technique et l'innovation (mesurés par la productivité globale des facteurs) sont le fait des chercheurs ou ingénieurs, qui sont eux- mêmes le fruit d'un investissement en capital humain. De manière générale, l'épargne investie dans la formation des citoyens est un puissant accélérateur de croissance. Le capital humain apporte de fait une grande partie de la solution du fameux « paradoxe de Solow ». Si les progrès évidents dans le domaine de l'informatique étaient difficiles à voir dans les statistiques, c'est en partie dû au temps dont ont besoin les travailleurs pour s'approprier les nouvelles techniques de production, notamment par la formation.

Depuis le modèle de Mankiw, Romer et Weil 33 , les nouvelles théories de la croissance ont contribué à affiner la mesure du stock de capital humain et son rôle dans la croissance, en particulier celle des pays en développement. Ce modèle distingue notamment l'accumulation du capital humain et l'accumulation du capital physique. Il considère aussi le capital humain comme un ensemble de capacités, de compétences et de connaissances des travailleurs individuels.

31 Romer, P.M. , Increasing Returns and Long-Run Growth », Journal of Political Economy, Vol. 94, N°. 5, pp. 1002-1037, 1986.

32 Lucas, R., « On the Mechanisms of Economic Growth », Journal of Monetary Economics, Vol. 22, N°. 1, pp. 3-42, 1988.

33 Mankiw N.G., Romer D. et Weil D.N., « A contribution to the empirics of economic growth, quarterly », Journal of Economics, vol.107, no2, 1992.

29

Ce modèle observe que des variations relativement faibles des ressources consacrées à l'accumulation du capital physique et humain peuvent entraîner des variations importantes de la production par travailleur. Il permet donc de mieux expliquer les différences importantes des niveaux de revenu réel par tête entre les pays.

Toutefois, dans les modèles de croissance endogène, le taux de croissance de l'économie dépend largement des conditions initiales des économies. Si certains pays ont des niveaux de capital humain ou de capital physique initial inférieur à un certain seuil, les effets externes ne sont pas suffisants pour entretenir la croissance. Ainsi, le capital humain est complémentaire d'autres facteurs, en particulier le capital physique. Un stock de capital humain doit être « absorbé » par un système de production qui utilise toutes les capacités des individus.

Pierre-Yves Hénin et Pierre Ralle (1994) soutiennent dans une même perspective que le capital humain engendre de fortes externalités positives lorsqu'il est possible de communiquer et d'interagir avec d'autres personnes présentant le même niveau de connaissance, c'est ce que l'on appelle, nous l'avons évoqué, des externalités de réseau 34 .

Fondamentalement, le progrès technique est endogène parce qu'il dépend du comportement des ménages en matière d'accumulation de capital humain. Mais le plan de formation élaboré par l'agent ignore le caractère endogène du progrès technique. En effet, l'individu n'intègre pas dans ces modèles l'externalité au «rendement» qu'il prête à son capital humain. A un niveau social, ceci conduit à un investissement en capital humain inadapté et donc, dans le long-terme à une croissance inefficace. Dans ce contexte, une politique publique de soutien à l'éducation peut inciter l'agent à porter son effort d'investissement à un niveau adapté, qui tient compte de l'effet externe. On retrouve une idée forte des modèles de croissance endogène : même si la croissance trouve son origine dans les décisions individuelles, la puissance publique se doit de mettre en place une politique volontariste.

34 Hénin, Pierre-Yves, Ralle, Pierre, « Les nouvelles théories de la croissance : quelques apports pour la politique économique », Revue économique, Vol. 44, n° hors-série, 1994.

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Section II : Les stratégies de développement autocentré

Le sous-développement a toujours constitué un souci pour les analystes de l’économie. Afin de surmonté ce retard, les pays en développement (PED) ont optés pour des choix stratégiques souvent prescrits par les puissances économiques et les organisations internationales. En effet, ces stratégies de développement misent en place et plutôt imposées par les orientations idéologiques des régimes politiques leaders du colonialisme n’ont pas aboutis aux fins souhaitées par les PED. Afin de déceler cette idée, nous allons traiter dans cette section les stratégies de développement et leurs sources d’échec.

I. Les stratégies de développement

Dans cette partie nous allons traiter trois fameuses stratégies de développement ont été imposées par les institutions internationales afin de surmonter les problèmes du sous- développement dans les PED à savoir les stratégies des industries industrialisantes, la stratégie de substitution aux importations ainsi que les programmes d’ajustement structurels.

I-1 La stratégie des industries industrialisantes en Afrique

L’expérience soviétique d’industrialisation des années 1920 a été à l’origine de la stratégie des industries industrialisantes s’inspire de. Son prolongement historique ses attribué aux réflexions théoriques et modèles économiques de Karl Marx, Gérard Feldman, Albert O. Hirshman 35 . Inspiré par les travaux de son père spirituel F. Perroux en matière de pôles de croissance, Gérard Destanne de Bernis 36 initiateur de la théorie des industries industrialisantes, qui constitue une théorie explicative du développement selon Benissad H., et un modèle théorique de base de l’accumulation (cas de l’Algérie) 37 (Benachenhou A., 1980). Néanmoins, selon De Bernis, les industries industrialisantes sont celles qui emmènent : « une modification des fonctions de production » 38 , et qui peuvent s’expliquer en se basant sur l’analyse des effets d’entraînement.

35 Abdelmalki L. et Mundler P., Economie du développement, Hachette, Paris, 1995, p.141.

36 De Bernis G. D., « les industries industrialisantes» rôle du secteur public dans l’industrialisation» cas des pays sous- développés. Eco. Appliquée 1962

37 BENACHENHOU A., «L’expérience Algérienne de planification : 1962/ 1980 » OPU, Alger 1982

38 Benissad H., économie du développement de l’Algérie, OPU, Alger, 1979, P.24.

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Dans d’autre travaux de Bernis présente trois caractéristiques distinctives de ces industries

industrialisantes : « Elles sont de grande dimension, fortement capitalistiques et sont situées dans les secteurs produisant les moyens de production » 39 . G. de Bernis défend sa position en avançant que :

structure industrielle cohérente ne peut se faire qu'à

partir d'industries que l'on peut qualifier d'industrialisantes si l'on entend par là celles dont la fonction économique fondamentale est d'entraîner dans leur environnement localisé et daté un noircissement systématique de la matrice inter- industrielle et des fonctions de production grâce à la mise à la disposition de l'entière économie, d'ensembles nouveaux de machines qui accroissent la productivité du travail et entraînent la restructuration économique et sociale d'un ensemble considéré en même temps qu'une transformation des fonctions de comportement au sein de cet ensemble ». 40

« la mise en place d'une [

]

F. Perroux a joué un rôle pionnier dans la conceptualisation du développement, approfondissant par là même la tendance lourde qui a toujours accompagné la réflexion sociale et économique française. Il est en effet bien établi que « dans la tradition colbertiste, l'Etat est l'agent premier du développement, et le marché n'est pas supposé autorégulateur » 41

Dans ses travaux sur les problèmes de croissance dans les pays développés, F. Perroux 42 a remarqué qu’elle n’apparaît pas seulement dans un lieu unique et spécifique mais dans plusieurs points appelés « pôles de croissances» et avec des intensités différentes. C’est dans ce sens que les pays visant le développement industriel créent et multiplient les « pôles de croissances» tout en inter-reliant l’économie locale. En se basant sur cette classification industrielle de caractères des effets d’entraînement peuvent être souligné à savoir :

Les effets d’entraînement en amont (ou influence par les achats) et l’idée de mise à la disposition de l’économie d’ensembles nouveaux de machines revient, en revanche, à privilégier des effets d’entraînements en aval (influence par les ventes) 43 . Dans tous les cas, le

39 De Bernis G., "Industries industrialisantes et contenu d'une politique d'intégration régionale", in Economie appliquée, 1966, p 426.

40 De Bernis, G., revue Tiers-monde, numéro 47, p. 547.

41 HUGON, P., "Les trois temps de la pensée francophone en économie du développement" in Etats des savoirs sur le développement sous la direction de C. Choquet, O. Dollfus, E. Leroy, M. Vernieres, Paris, Ed. Karthala, 1993, p. 43.

42 Perroux F., « Les espaces économiques », Economie et Sociétés, vol.9, n° 2, 1958, pp. 1705-1723.

43 Temmar H., « Elément pour une stratégie de développement africaine, in Hocine Benissad (dir.), Le développement économique : théories et politiques en Afrique, OPU, Alger, 1984.

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modèle autocentré, suivant la voie de la descente ou la remontée, a coïncidé avec le développement de la stratégie de substitution à l’importation (Cheriet A., 2002).

I-2 La stratégie de substituions aux importations en Afrique

Appliquée par des pays d’Amérique du Sud dès les années trente, cette stratégie est fondée sur le remplacement progressif sur le marché intérieur des importations de biens de consommation par une production locale. Elle nécessite un protectionnisme éducateur, c’est-à-dire qui permette à des activités nouvelles de se développer à l’abri de la concurrence internationale. Maintenant des prix élevés sur le marché intérieur, cette pratique permet d’attirer des capitaux étrangers avec une perspective de profits élevés. Il est ensuite possible soit de remonter les filières de production en développant des activités à qui la production initiale fournit des débouchés, soit d’écouler la production sur les marchés internationaux. Nonobstant, le protectionnisme favorise le développement d’une industrie rentière, non compétitive, prélevant un surplus sur les revenus agricoles, ce qui freine à la fois la modernisation du secteur primaire et le développement des autres activités de biens de consommation. Pour mettre fin à cette situation, l’État est obligé de subventionner les activités protégées, d’où un accroissement des dépenses publiques, en général financées par émission monétaire, provoquant ainsi une inflation élevée. De plus, les biens d’équipement étant toujours importés, la dépendance vis-à-vis de l’extérieur ne diminue pas et les importations sont de plus en plus coûteuses, car l’inflation provoque une sous-évaluation de la monnaie nationale.

Pour consolider son indépendance économique, le Maroc a opté pour l'implantation d'une industrie de base et pour l'intervention de l'Etat dans le domaine industriel. Cette option "industrialiste" 44 , adoptée dans le cadre des plans quinquennaux des années 1960, avait comme objectifs la création d’une capacité industrielle de substitution aux importations, (La préférence fut donnée aux industries agro-alimentaires et aux industries manufacturières légères orientées vers la satisfaction de la demande solvable locale 45 ), et de la transformation pour l’exportation

44 L'industrialisation comme concept est différent de la politique industrielle, elle désigne un choix de développement, une option retenu par un pays pour placer l'économie sur un sentier de croissance, quand à la politique industrielle, elle se définie selon le modèle d'industrialisation escompté. Revue MCI- ATTAWASSOUL, n°: 11 Avril 2001, p.14

45 Surtout dans les secteurs où l’écart entre la production et la demande était considérable. Dans ce cas, il fut nécessaire d’identifier les biens disposant d’un potentiel de marché, permettant d’augmenter la valorisation interne des ressources naturelles avec un coût en capital relativement bas, une technologie simple et pour lesquels la concurrence a été atténuée par des mesures protectionnistes.

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des produits agricoles et miniers 46 , en utilisant les méthodes de (protection, incitation, investissement public) 47 Dans une deuxième phase, débutant en 1973, l’État adopta comme objectif la diversification des industries d’exportation, sans pour autant rompre avec la stratégie d’import-substitution. Et cet objectif fut plus affirmé lors du plan 1973-77 qui a intégré de nouveaux objectifs (la promotion diversifiée des exportations, la régionalisation de l’investissement industriel, la marocanisation des entreprises) 48 . Toutefois, Cette période fut caractérisée par des objectifs de croissance modestes, dans un contexte d’inflation modérée et de sauvegarde des équilibres macro-économiques 49 . Ce qui a fait que cette stratégie a progressivement montré ses limites à partir de la moitié des années 1970, conduisant à sa profonde remise en cause dans les années 1980, Ce qui a nécessité l'application d'un programme d'ajustement structurel du secteur industriel avec l'appui financier et technique de la banque mondiale à partir de 1983.

I-3 Les programmes d’ajustement structurel en Afrique

La notion d’ajustement structurel, appliquée aux pays sous-développés, est étroitement liée à la spirale infernale de l’endettement international, ainsi qu'à la crise de paiement qui l’a suivie au début des années 1980. Limité, au départ, à certains pays de l’Amérique latine, le phénomène de cessation de paiement s'était généralisé pour toucher plusieurs pays producteurs de pétrole, notamment après le contrechoc pétrolier de 1986. Face à l’ampleur du phénomène d’insolvabilité, les bailleurs de fonds internationaux, notamment le FMI et la Banque Mondiale, avaient décidé d’exiger des pays emprunteurs de s’engager à prendre des mesures économiques et financières radicales, pour parvenir à dégager des excédents financiers et rembourser leur dette extérieure. Ces mesures étaient consignées dans des programmes annuels ou pluriannuels appelés « Plans d’Ajustement Structurel ».

Après un début d’application limité, les Plans d’Ajustement Structurel ont pris un essor particulier depuis le début des années 1990. En effet, l’effondrement de l’URSS et la chute du Mur de Berlin ont conféré aux Institutions Financières Internationales le statut de « parrain » de la transition vers le marché. La thérapie de choc, issue du consensus de Washington, fut

46 Hamdouch B.,. " Politique de développement et ajustement au Maroc à l'épreuve de la crise" Ed; Smer, 1990

47 Sefriou F.," La dynamique ajustement structurel et croissance industrielle face aux impératifs de libéralisation ; expérience marocaine "in travaux de recherches du réseau esprit, " Globalisation et compétitivité, les dynamiques des systèmes productifs dans le contexte de libre échange" 1997.

48 Plan de développement économique et social 1973-1977, volume:I

49 Kadmiri A. "Economie et politique industrielle au Maroc" Ed; Toubkal, 1989

34

partout imposée au début des années 1990, comme un « mal nécessaire » pour réussir la

transition vers le marché.

La notion d’ajustement structurel peut être appréhendée de plusieurs façons. Elle oscille de la

recherche d’équilibre de la balance des paiements à la soumission des économies en difficultés

aux lois du marché en passant par la recherche de la gestion rationnelle des ressources

monétaires et financières publiques. Malgré leurs légères divergences, ces définitions se

complètent et convergent sur au moins deux faits :

Premièrement, le Plan d’ajustement structurel est un programme dicté de l’extérieur par le FMI

à un pays donné pour rétablir ses équilibres économiques globaux. Les pays exposés au P.A.S

éprouvent généralement des difficultés pour s’acquitter de leur dette extérieure.

Deuxièmement, au-delà de son rôle de garant du paiement des dettes rééchelonnées, le FMI a

pour objectif de généraliser les règles du marché à l’échelle planétaire. Le P.A.S, qualifié

généralement de thérapie de choc, est un ensemble de mesures d’ordre monétaire, budgétaire,

fiscal et commercial. Son objectif est double : le rétablissement des équilibres macro-

économiques, dans un premiers temps, celui des mécanismes du marché et de la vérité des prix

par le désengagement de l’Etat de la sphère économique, dans un deuxième temps. La

stabilisation, la libéralisation et la privatisation sont les maîtres mots qui synthétisent les

différentes conditions et critères de performances du FMI.

La doctrine du FMI est inspirée des théories économiques néolibérales nées dans le sillage de

la crise des pays occidentaux des années 1970 et les difficultés de l’Etat providence à juguler

le chômage et l’inflation selon les mécanismes keynésiens. Le fondement principal de ces

théories est le rôle assigné à l’Etat dans l’économie. Selon cette doctrine, l’intervention de l’Etat

doit être limitée et les équilibres monétaire et budgétaire doivent être dans tous les cas respectés.

La privatisation est en outre une des solutions préconisée pour alléger le poids des dépenses

publiques et des charges fiscales. Après un début d’application en Angleterre et aux Etats Unis,

ce courant de pensée, appelé monétarisme, s'est généralise pour devenir actuellement une

pensée dominante au sein de la science économique. Le Plan d’ajustement et le FMI obéissent

donc à une logique d’ensemble visant la généralisation de la doctrine libérale à l’ensemble de

la planète.

En revanche, si les motivations du FMI sont facilement identifiables, celles des pays le

sollicitant le sont moins. En effet, l’histoire des plans d’Ajustement Structurel montre des

exemples de pays ayant bénéficié de l’aide du FMI en appliquant scrupuleusement ses

recommandations, mais qui, une fois la « tempête » de la crise financière passée, reviennent sur

35

toutes les décisions qu’ils avaient prises. L’exemple algérien est à ce propos édifiant. L’Algérie a accepté, pour les raisons évoquées plus haut et sans conditions, le Plan d’ajustement structurel du FMI au milieu des années 1990, mais dès que ses recettes pétrolières augmentèrent, et son engagement avec le FMI expira, elle revint sur plusieurs des décisions qu’elle avait prises auparavant. L’histoire économique ultérieure de l’Algérie le montre amplement.

II. Echec des stratégies de développement

L’aspect social a été la grande oublie des modèles de développement autocentré, et des discours des institutions internationales, notamment, le Fond Monétaire International et la Banque Mondiale. En négligent cette facette sociale très importante pour la conduite du changement et fait biaisé leurs raisonnements.

Une relation d’interdépendance entre les variables isolées des relations sociales et des institutions 50 a été détectée par les modèles de croissance néo-classiques ou post keynésiens

Nonobstant, détenir un mouvement formel nécessite une permanence et aussi une stabilité des relations qui relie des éléments multiples. Et selon Philipe Hugon, le temps apporte le changement, dans le sens ou le temps économique et sociale est plutôt hétérogène, et les fats économiques ne se réitère pas. De ce fait, on peut dire que la discussion des lois scientifiques en économie devienne une nécessité et non pas un choix. A ce constat, Hassan Zaoual dans sa théorie des sites symboliques démontre que les croyances, les connaissances ainsi que les comportements en économie sont plutôt relatifs, chose qui remet en cause l’esprit déterministe de l’économie, vu que cette dernière est fortement liées aux imaginaire des sites locaux 51 .

50 Hugon P., "L'économie du développement, le temps et l'histoire", in Revue Economique, Volume 42, n°2 mars 1991, p. 346. 51 Zaoual H., Management situé et développement local, Rabat, Maroc, Collection Horizon Pluriel, 2006.

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II-1 Le déterminisme économique

Les méthodes quantitatives et les formules ont toujours été importantes dans les raisonnements économiques, tout en introduisant la modélisation mathématique en économie 52 , arrivant à un stade actuel, où la plupart des approches économiques se basent nécessairement sur ce protocole.

Dans son ouvrage «Petit essai sur la nature et la signification de la science économique » Robbins a avancé une définition de la science économique comme étant : « la science qui étudie le comportement humain en tant que relation entre les fins et les moyens rares à usage alternatifs ». À l’opposé des classique Hassane Zaoual suppose, la théorie néoclassique a opérée une rupture à l’intérieur du système conceptuel de discipline économique, chose qui permet l’envahissement des mathématiques en tant que forme d’équations de comportement et de techniques d’optimisation 53 .

Nonobstant, chaque société et chaque individu détient des caractéristiques complexes et des aspects multidimensionnels bien différents aux autres. Et selon les travaux de F. Perroux 54 , on n’arrivera jamais à les prendre tous en considération en procédant au calcul des variables humaines.

Supposant que les mathématiques sont primordiales pour le raisonnement économique, l’usage exagéré de ces outils de rationalisme, peut entretenir des résultats négatifs sur la culture qui a été à leurs origines.

L’ignorance de l’aspect social dans la conception de nos réflexions en se basant sur des visons déterministes, a été un facteur contribuant aux échecs des modèles. Cette affirmation se confirme par les exemples des PED, et comme le dit Hassan : « le pire arrive quand ce genre d'approximation est extraite de la société occidentale est étendue de manière mécanique, aux cultures paysannes du tiers monde. Quand on regarde ces dernières dans leurs profondeurs, il est "surréaliste" d'y penser en terme de courbes d'indifférences et de fonctions d'utilités. Nous n'avons jamais vu, ni pressenti un Berbère du moyen Atlas marocain ou un paysan de l'Afrique noire cherchant à maximiser une fonction d'utilité dans ses rapports avec son monde extérieur.

52 Zoual H., Du rôle des croyances dans le développement économique, Thèse de Doctorat d’Etat Es en Sciences Economique, Université du Littoral, 1996.

53 Daghri T., Economie du developpement local, Collection Horizon Pluriel, Rabat, 2006.

54 Perroux F., Pour une philosophie du nouveau développement, Aubier Les presses de l'UNESCO, 1981, p. 215.

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Les faits du développement montrent, au contraire, le caractère excessif de ce genre de modèles » 55 .

Selon les réflexions de Zaoual l’aspect culturel et social est crucial dans la conception de tous types de stratégie. Cette complexité et imprévisibilité de l’aspect culturel et social explique la défaillance du courant déterministe, qui a engendré des effets négatifs sur les sociétés Sud, dans ce sens H. Zaoual avance que le déterminisme fonctionne avec le constructivisme comme une négation de la vitalité des sociétés. En Effet, "Le mouvement de la société soumet à rude épreuve les efforts de systématisation effectués par la science économique. Dès qu'elle s'élève à son stade suprême qu'est la formalisation, elle se vide de son "contenu social" et les décisions qu'elle inspire deviennent inopérantes. Le déterminisme et le constructivisme fonctionnent ainsi comme une négation de la vitalité des sociétés. Leurs présupposés engendrent une destruction des qualités sociales" 56 .

II-2 Le culturalisme

Le paradigme culturaliste constitue une approche complémentaire pour les réflexions théoriques sur le processus de développement des sociétés du Sud, contrairement aux réflexions de la théorie économique du développement.

La crise de la théorie économique a été derrière l’essor du courant culturalise perceptible depuis le début des années 1980 57 .

A l’opposé des schémas tracés par les théories de développement autocentrées qui ont eu cours des années 1950 aux années 1970 et qui sont focalisées sur l’accumulation de capital, sur la modernisation industrielle, sur la rupture avec le capitalisme mondialisé ou au contraire sur l'intégration au commerce international, les pays de Sud ont vécu trente ans des échecs.

55 Zaoual H., Du rôle des croyances dans le développement économique, Collection Économie Plurielle, Bruxelles, L'Harmattan, 2002,

56 Ibid

57 Cf. les diagnostics de « pauvreté », de « déclin » et de « mort » de l'économie du développement portés au début de la décennie quatre-vingt par quelques pères fondateurs de la discipline, Deepak Lai, Dudley Seers, Albert Hirschman, diagnostics qui constituent la matière d'un article de Nasser Pakdaman dans lequel il s'efforce de relativiser ces bilans critiques. Cf. N. Pakdaman, Crise de l'économie du développement ?, in Coquery-Vidrovitch et al, 1988.

38

Plusieurs économiste contemporains en repensé leurs idées, suit à ace décalage crée par la théorie économique du développement qui ne cesse pas de produire des « mythes développementalistes » 58 .

De sa part Michel Vernières a identifié les mythes du développement mimétique, de la primauté du capital, de la modernisation par l'industrie, du développement indépendant, de la spécialisation internationale 59 . Serge Michaïlof anisi, s'est attaqué aux mythes de la dépendance, de l'étatisation, des projets de productivité, aussi, Jean-Paul Courthéoux aux mythes de l'investissement, du progrès technologique, des transferts Nord-Sud de capitaux, Moïses Ikonicoff aux mythes des industries industrialisantes, des technologies appropriées, du développement par l'Etat. Cette crise de la théorie économique du développement s’est apparu à l’ère des biais introduits par la démarche consistant à isoler des facteurs dits économiques de facteurs « non économiques». C’est dans ce sens que Gunnar Myrdal considéré aujourd'hui comme l'un des «pionniers » de l'économie du développement avait comme réflexion que :

« L'idée implicite de nombreuses théories sur les pays sous-développés - qu'il est permis, sur le plan méthodologique, de chercher d'abord à établir une théorie "économique" en conservant la possibilité de prendre ultérieurement en

considération les "facteurs non économiques" -est erronée. (

) D'un point de

vue scientifique, la seule délimitation logiquement soutenable dans la construction de nos modèles est celle qui distingue les facteurs pertinents des facteurs qui le sont moins. » 60

Désormais, le bilan de la théorie économique du développement dressé par de nombreux économistes atteste une révision à la baisse de l'ambition théorique de l'économie dans ce domaine, et la volonté d'une approche pluridisciplinaire du développement, susceptible d'appréhender les facteurs dits « culturels ». Ainsi, pour Jacques Adda :

« Si quatre décennies d'économie du développement ont pu nous enseigner quelque chose, c'est certainement la modestie par rapport à une réalité extraordinairement complexe, que ne

58 Zaoual H., « Culture et développement », in Ferréol G. et Jucquois G. (sous la dir.), Dictionnaire de l’altérité et des relations interculturelles, Armand Colin, 2003, pp. 83-85.

59 Vernières M., Economie des tiers mondes, Economica, Paris, 1991.

60 Myrdal G. The political element in the development of economic theory, Routledge et Kegan, Londres,

1929/1953

39

peuvent apprivoiser quelques schémas théoriques prétendument universels élaborés le plus souvent de l'extérieur des sociétés considérées » 61 .

De même, pour Frédéric Teulon :

« Le développement est un phénomène complexe, dont on sait en fait peu de choses. L'analyse

économique ne dit pas pourquoi une société change et à quels facteurs elle doit ce processus.

Les analyses économiques sont partielles, les hypothèses retenues fragiles, les facteurs du développement variés et variables dans le temps » 62 . Pour Jacques Pavoine encore : « Divers travaux semblent montrer que les facteurs purement

(

)

matériels ou économiques ne sont pas les plus déterminants. A l'évidence, le rôle des systèmes politiques et des hommes qui les dirigent est considérable, mais la théorie économique ne peut,

Aussi peut-on supposer que des approches

théoriques capables d'intégrer à la fois la macro-économie, la science politique et l'analyse

sociologique, voire même l'ethnographie, pourraient amener à un renouvellement des théories du développement ou même à des théories du non-développement. »

par nature, qu'ignorer ce type de facteurs. (

)

Michel Vernières résume donc bien une opinion aujourd'hui courante dans la communauté des économistes, lorsqu'il écrit que le développement « est un processus trop complexe pour être limité à ses seuls aspects économiques. Il faut intégrer dans l'analyse d'autres éléments souvent regroupés sous le terme pratique, mais un peu vague, de culturel » 63 .

Ainsi, la crise de la théorie économique du développement depuis le début des années 1980 a constitué un contexte favorable à l'éclosion d'analyses moins économicistes. Certes, la décennie précédente a vu également la théorie néo-classique, principale rescapée de la crise des théories du développement, occuper le vide, et proposer des thèses plus abstraites et plus universalisantes que jamais. Mais un grand nombre d'économistes du développement, qui ne se reconnaissent pas dans l'école néo-classique, ont au contraire appelé de leurs vœux une ouverture à d'autres sciences sociales, pour appréhender de plus près la fameuse « dimension culturelle du développement ».

61 Adda J., La mondialisation de l’économie, Tome I : Genèse, Paris, La découverte, 1996.

62 Teulon F., Le casse du siècle. Faut-il croire en la nouvelle économie ? Denoël, 2000

63 Vernières M. Economie des tiers mondes, Paris, Economica, 1991.

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Or, le réenchâssement de l'économique dans un développement conçu de manière plus vaste comme processus culturel et sociétal a rencontré un écho favorable auprès de socio-économistes et de sociologues qui, traditionnellement, parlent du développement en termes de « dynamique sociale d'une société entrant dans un nouveau type de civilisation » (Marc Penouil), de « mouvement par lequel les peuples se constituent sujets historiques de leur avenir » (Yves Goussault), de « type d'accès à la modernité »(Alain Touraine), etc. Quelques publications récentes montrent ainsi que cette approche interdisciplinaire du développement se concrétise de manière croissante au début des années 1990.

La recherche d'un élargissement, et pour certains d'un dépassement de la théorie économique du développement dans une perspective culturaliste s'est enfin effectuée avec le souci de tourner définitivement le dos au piège de l'ethnocentrisme. Comme le rappelle en effet Jean-François Ваге, « le développement, concept ou catégorie, renvoie inéluctablement à l'histoire des pays "développés", en l'occurrence à un phénomène historique coextensif de ce que le langage commun retient comme "la révolution industrielle" ». De manière simultanée, les théories du développement ont souvent été accusées d'assimiler le décalage économique entre le Nord et le Sud à un simple retard condamnant les pays du Sud à une relative hétéronomie sur la voie d'un développement diachronique mais univoque. Cette vision occidentalo-centrée du développement des sociétés du Tiers Monde, confortée par la vulgate rostowienne, n'aurait jamais complètement cessé de sévir dans la théorie économique du développement, si l'on en croit Frédéric Teulon pour qui celle-ci « reste prisonnière de l'idée selon laquelle les pays passent à différentes périodes par des phases de développement comparables » 64 . C'est alors précisément contre cette perception traditionnellement ethnocentriste et économiciste du développement que s'est construit le paradigme culturaliste, au prix, chez certains auteurs, d'une analyse devenue très « antidéveloppementiste ».

64 Teulon F., Le casse du siècle. Faut-il croire en la nouvelle économie ? Denoël, 2000.

41

III.

Les nouvelles théories du développement : le développement local et le développement territorial

III-1 Le développent local

Tel qu'indiqué par Beaud, une économie est le reflet d'initiatives portées par des acteurs aux niveaux local, régional, national et international. Il n'y a donc pas, à proprement parler et dans une période aussi récente que les deux derniers siècles, émergence d'initiatives à un ou l'autre de ces niveaux, mais bien développement continu d'initiatives à tous les niveaux

Prenons le cas de l'espace montréalais au XIXe siècle. Nous y retrouvons du développement macro-social lié aux investissements en provenance de l'Angleterre, à l'immigration internationale et au commerce avec les États-Unis. Ce développement se traduit par la création de la zone industrielle du Canal Lachine.

Pour distinguer l'échelle des différentes initiatives de développement économique, nous utilisons les concepts d'initiatives macro, méso et micro-sociales. Nous qualifions les initiatives d'ordre national de macro-sociales : elles permettent la création de programmes, d'institutions, de politiques qui s'appliquent sur de grands territoires (un continent, un pays, une province). Nous les qualifions de sociales car elles touchent à tous les éléments de la société (économie, politique, culture).

C’est l’échelle locale qui est identifiée comme l’un des niveaux les plus pertinents dans le traitement de la question de l’emploi et corrélativement l’ensemble des problèmes de société (exclusion, pauvreté, insécurité, environnement, etc.) 65 . On arrive à dire que les initiatives d'ordre local de micro-sociales : elles donnent lieu à des programmes, des institutions et des politiques qui s'appliquent à des zones restreintes (par exemple une petite région en milieu rural : initiatives autour du lac Etchemin, Municipalité régionale de comté les Basques, Corporation

65 Louizi K., « L’analyse économique de l’entrepreneuriat social », thèse de doctorat, GREL, université du littoral Côte d’Opale, mai 2000.

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de Bois-Francs ; des quartiers en milieu urbain : Pointe-Saint-Charles, Centre-Sud ou Hochelaga-Maisonneuve à Montréal).

III.1.1 Développent local : essaye de définition

Le concept du développement local est devenu largement répandue dans les discours scientifiques et très divulguer à travers le monde, et ses démarches impliquent l’amélioration du niveau, du cadre et du milieu de vie d’une communauté donnée par une intégration savoureuse des actions entre différents secteurs d’activité. Il présente alors, une approche globale, intégrée, communautaire et horizontale du développement des collectivités.

Au moment où les stratégies de développement traditionnelles ont connues un échec, et ils n’ont pas donnés des réponses à toutes les problématiques, une nouvelle vision de développement a vu le jour vers la fin des années 50, prônée par John Friedmann et Walter Stöhr, et par la suite elle a été analysée par les travaux de B.Pecqueur, Vachon …etc.

Pecqueur(1989) affirme que : « Ni mode ni modèle, le développement local est une dynamique qui met en évidence l'efficacité des relations non exclusivement marchandes entre les hommes pour valoriser les richesses dont ils disposent » 66 .

Le développement local peut donc avoir deux formes à savoir :

Un développement local endogène : dans lequel la composante « sociale, partenariale et ascendante » constitue le moteur, le levier et cela rejoint la définition de B.Pequeur pour le développement local comme étant, « une dynamique qui met en évidence l’efficacité des ressources non exclusivement marchandes entre les hommes pour valoriser les richesses dont ils disposent » 67 .

66 Pecqueur Bernard, Le développement local, Syros, 1989.

67 Taoufik DAGHRI, Economie du developpement local, Collection Horizon Pluriel, Rabat, 2006, p. 75.

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Un développement local exogène: dans lequel la logique d’attractivité territoriale est centrale, à travers la mobilisation des PME et la promotion des coopérations entre eux afin de créer une intelligence collective capable à contribuer au développement local au Maroc , et cela rejoint la définition de Guigou pour le développement local, «l’expression de la solidarité locale créative de nouvelles relations sociales et manifeste la bonne volonté des habitants d’une microrégion de valoriser les richesses locales, ce qui est créateur de développement local. » 68 .

De sa part, X. Greffe 69 , montre que « le sens de cette mobilisation d’acteurs locaux, à

la fois sous forme de discours et de pratiques, est triple. Il s’agit d’abord pour des militants

régionalistes (Bretagne, Languedoc

Territoires face aux politiques centralisatrices de l’Etat dont ils critiquent le jacobinisme ».

de revendiquer et construire l’identité de leurs

)

Par ailleur, la notion du développement local a eu sa naissance en France comme mode de développement dans le cadre du IXème plan (1984-1988) par la Délégation à l'Aménagement du Territoire et à l'Action Régionale (DATAR, créée en 1963), en le définissant comme suite :

« Le développement local se caractérise comme la mise en œuvre le plus souvent, mais pas exclusivement, dans un cadre de coopération intercommunal, d'un projet global associant les aspects économiques, sociaux, culturels du développement, généralement initié par les élus locaux. Un processus de développement local s'élabore à partir d'une concertation large de l'ensemble des citoyens et des partenaires concernés et trouve sa traduction dans une maîtrise d'ouvrage commune» 70 .

En effet, le développement local peut être considéré comme étant : un processus grâce auquel la communauté participe au façonnement de son propre environnement dans le but d'améliorer la qualité de vie de ses résidents.

68 Ibid.

69 Greffe X., « Territoires en France, Les enjeux économiques de la décentralisation », Economica, Paris, 1984, P. 85.

70 Greffe X., Op.cit., P. 147-148.

44

III.1.2 Développement local : enjeux et perspectives

Le développement local repose essentiellement sur un processus de cheminement qui remplace la communauté au cœur des décisions qui la concerne. Loin d'une logique de marché axée sur la rentabilité d'un projet, il mise sur la capacité de la communauté à transformer positivement une situation de sous-développement à partir de ses propres ressources vers une situation souhaitée.

Les initiatives locales qui émergent de cette volonté se veulent adaptées aux besoins et à la capacité d'action de chaque communauté. Généralement, les initiatives locales s'orientent vers les objectifs suivants :

la création d'emplois et d'entreprises à l'échelle locale ;

L'accroissement de la capacité de travail de la population ;

L'aménagement du territoire ;

Le renforcement d'une sociabilité par la valorisation de l'identification locale, du sentiment d'appartenance ou encore la valorisation de la conscience collective (responsabilité) des acteurs en place et de la communauté en général ;

Le développement de modèles économiques alternatifs et durables (propriété collective, gestion participative, production socialement utile, responsabilités de la communauté dans la gestion du développement).

De ce fait on peut dire que le développement local se base sur trois grands objectifs :

L’amélioration du cadre de vie des citoyens de la communauté pour qu'ils puissent profiter d'un environnement sain et agréable ;

L’amélioration de leur milieu de vie pour qu'elles puissent s'épanouir dans une communauté qui leur offre plusieurs occasions sociales et culturelles ;

L’augmentation du niveau de vie afin que chacun dans la communauté puisse travailler et donc gagner un revenu pour pouvoir profiter des avantages de la communauté (création d'emplois et répartition de la richesse).

45

III.1.3 Les acteurs du développement local

Les initiatives de développement local sont mises de l'avant par des acteurs différents. À l'image de la société, nous retrouvons trois grands groupes d'interventions : les interventions du secteur privé, les interventions du secteur public et les interventions du troisième secteur dit secteur social. Ces intervenants développent souvent entre eux des liens sur une formule partenariale. Ainsi, aux initiatives portées par des secteurs spécifiques se greffent des initiatives émanant d'intervenants de secteurs différents. Nous les appellerons initiatives intersectorielles.

III.2 Innovation et développement territorial

Le « développement territorial » est un concept controverse relativement récent. Ce qui en fait encore un concept plastique, prenant des significations différentes selon les différents préalables théoriques de la personne qui en parle. En cela, il est sans aucun doute un concept scientifiquement ambigu.

Dès les premières années de la crise des années 1970, on a vu apparaître des initiatives en réaction aux phénomènes d'exode rural et, plus généralement, aux dégâts dus à la délocalisation des activités économiques consécutive à l'accélération de la globalisation. En France, ces initiatives ont pu prendre, la forme d'un mouvement de « pays» qui reconnaît l'existence et la dynamique d'espaces créés par les acteurs. Dans la même période, les économistes italiens redécouvrent des formes territorialisées de production : les districts industriels· qui font intervenir des relations de coordination entre les acteurs qui ne relèvent pas seulement du marché mais aussi de la réciprocité. Cette dernière remet en vigueur les relations de «don» et de «contre-don» mises en évidence par les anthropologues après Marcel Mauss dans les sociétés rurales africaines notamment, et dont on comprend de mieux en mieux le rôle y compris dans les sociétés industrielles. Ces nouvelles perspectives de développement territorialisé se fondent sur quelques hypothèses défendues par les penseurs contemporains du développement. On trouve chez A. SEN (1999) l'idée que le développement ne peut résulter d'une mécanique comportementale et que l'utilitarisme benthamien est réducteur. L'économie est une science morale, cela veut dire que l'éthique est constitutive des coordinations entre acteurs. Pour lui, la spécificité culturelle des acteurs est une constante nécessaire et la recherche d'équité, un impératif. Pour sa part, P. Krugman 71 (1991) a rendu hommage aux économistes

71 Krugman P., « Increasing returns and Economic goegraphy », Jounral of political Economy, 1991, pp.483-499.

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« développementalistes » comme F. Perroux et A. Hirschman 72 tout en affirmant la nécessité de redécouvrir le rôle de la géographie dans la problématique du développement. Il est en cela continuateur d'A. Marshall, et de sa notion d'externalités, notamment locales qu'il définit ainsi :

« The idea that clustering of producers in a particuliar location yields advantages, and that these advantages in tum explain such clustering, is an old one ». Hirschman A. avait, il y a plus de 25 ans, déjà formulé un des principes fondamentaux du développement territorial : la révélation des ressources cachées. Dans son ouvrage Hirschman, il évoque des écrits de 1958 où il soulignait déjà que: « il importe moins, pour promouvoir le développement économique, de trouver des combinaisons optimales de ressources de facteurs de production donnés que de faire apparaître et de mobiliser à son service des ressources et des capacités cachées, éparpillées ou mal utilisées » 73 .

« Le développement territorial peut être défini comme tout processus de mobilisation des acteurs qui aboutit à l'élaboration d'une stratégie d'adaptation aux contraintes extérieures, sur la base d'une identification collective à une culture et à un territoire. Et le développement local comme une dynamique d'adaptation aux perspectives de l'économie-monde, le local et le mondial sont les deux facettes d'un même mouvement d'ajustement» 74 . Cette définition nous permet également d'évacuer une certaine confusion entre développement « territorial » et développement « local ». En effet, ce dernier fait référence aux espaces et considère comme cruciale la mise en place d'une efficace gouvernance associant les différents acteurs de la dimension locale. Le concept de développement territorial « s’inscrit en rupture avec une tradition plus longue d’études en développement régional et il ne repose pas encore sur un corps de doctrines ou de théories fortement stabilisées » B. Jean. En revanche, le premier implique l'existence d'un construit social capable d'exprimer une volonté. Et donc, par ricochet, l'existence d'un système de gouvernance, même implicite, entre acteurs qui se reconnaissent mutuellement comme territoriaux et expriment une volonté territoriale. Ainsi, bien que des passerelles existent entre les deux concepts et même si, en toute logique, les démarches de développement local peuvent aboutir au fait qu'un système local se reconnaisse en tant que territoire, il faut admettre qu'on peut faire l'expérience d'espaces locaux qui ne présentent pas les caractéristiques de construits sociaux ainsi que de territoires à l'étendue très vaste.

72 Hirschman A. O., Exit, Voice, and Loyalty: Responses to Decline in Firms, Organizations, and States, Harvard University Press, 1970.

73 Hirschman A.O., L’économie comme science morale et politique, Paris, Gallimard, Le Seuil, 1984.

74 Pecqueur B. (sous la dir.), Dynamiques territoriales et mutations économiques, Paris, L’Harmattan, 1996.

47

Il existe une grande convergence entre les contributions de Bernard Pecqueur et de Bruno Jean, à commencer par leur acceptation de la centralité de la notion de développement territorial. Toutefois, ils utilisent des approches disciplinaires et théoriques quelque peu différentes, d’où des apports spécifiques.

Les deux auteurs montrent bien que le développement territorial représente à la fois un nouveau discours académique qui dépasse les approches en termes de développement régional (et local) et un nouveau discours social désignant de nouvelles réalités socio-économiques, notamment de nouveaux rapports entre économie et territoire. Sur la question de la construction de l’objet, il existe un accord entre les trois chercheurs pour avancer l’idée d’un nouveau paradigme scientifique qui permet de prendre en charge les dimensions économiques, sociales et environnementales, ce qui suppose un dépassement des frontières disciplinaires. L’approche du développement territorial remet en question la vision de l’espace, qui caractérisait le fordisme, pour mettre de l’avant une vision multi scalaire et multidimensionnelle. Ce faisant, le développement territorial s’intéresse « au mode d’organisation et aux projets portés par les acteurs » (B. Jean), au potentiel d’action de l’aire pour résoudre les problèmes de production et distribution (B. Pecqueur). Plus spécifiquement, la définition du territoire proposée permet de prendre en compte des ressources et facteurs de production ancrés dans des collectivités, des facteurs intangibles et extra-économiques ou non-marchand, des ressources spécifiques et difficilement transférables que sont par exemple les formes de coopération, le capital social, la cohésion sociale, les habilités sociales et les apprentissages, les capacités d’adaptation et d’innovation, de reconversion et d’anticipation, la qualités de vie et les services, sans oublier les institutions.

Le territoire est vu dans un autre côté comme le niveau qui s’adapte de plus, aux enjeux d’un contexte international marqué par des mutations profondes. Face à ce renouvellement, on voit apparaître des configurations territoriales basées sur l’innovation, et sur la concentration géographique d’un ensemble d’intervenants différents, offrant une capacité d’adaptation aux acteurs locaux. C’est dans ce contexte que les pôles de compétitivité acquièrent une position cruciale dans le processus de développement des territoires. La concentration géographique des entreprises, des centres de formation et de recherche, et les externalités qui en découlent, sont considérées comme des vecteurs d’innovation et de compétitivité des économies régionales. Ce sont des structures permettant une articulation entre la politique de production et l’ancrage territorial.

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Dans un grand nombre de pays développés et émergents, les systèmes localisés d’innovation sont devenus un instrument, de plus en plus couramment utilisé, au service du développement économique local.

De ce fait, nous remarquons différents types des systèmes qui développent des approches territorialisés d’innovation : Le district industriel- Le cluster régional- Les technopoles- Le milieu innovateur- La learning region.

III.2.1 District industriel

Les districts industriels sont des systèmes productifs, géographiquement définis, caractérisés par un grand nombre de petites et moyennes firmes qui sont respectivement impliquées dans les différentes étapes concourant à la production d’un produit homogène. L’origine du terme district industriel a été trouvée dans la théorie marshalienne 75 . Ces localisations particulières ne sont rien d’autres que des districts industriels et peuvent être interprétés comme des systèmes locaux définis par des propriétés sociales, économiques et territoriales

III.2.2 Le cluster régional

Si les clusters constituent une nouvelle manière de qualifier les formes locales d’organisation des activités d’innovation, il n’est pas aisé de définir leur contenu exact, ni de les distinguer de manière radicale de concepts déjà vus auparavant : milieux innovateurs, technopoles, districts technologiques…. Porter lui-même ne nous aide pas beaucoup quand il affirme qu’un cluster est « …un groupe géographiquement proche de firmes et d’institutions associées, interconnectées au sein d’un champ particulier et liées par des éléments communs et des complémentarités ». On pourrait faire le même type de remarques au sujet de la plupart des regroupements localisés de firmes… Si bien que Feser (1998) peut constater que « en dépit de l’intérêt intense manifesté pour les clusters industriels dans les politiques de développement économique en Europe et en Amérique du Nord, il y a peu de consensus sur la définition précise des clusters, la dynamique qui sous-tend leur croissance et leur développement, ainsi que sur les initiatives visant à les construire ou à les renforcer ».

75 Marshall A., « Industrial organization, continued. The concentration of specialized industries in particular localities », Principles of economics, Livre 4, Chap. X, An introductory volume, Eighth edition, London, Macmillan and co ltd, (1re Edition : 1920), 1964, pp. 222-231.

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III.2.3 Les technopoles

Le phénomène technopolitain et les parcs technologiques associés (ou technopôles) ont connu une forte croissance dans de nombreux pays développés depuis la fin des années 1970. Malgré leur relative ancienneté, notamment par rapport à d’autres types de cluster (comme les pôles de compétitivité), les technopôles toutefois sont loin de présenter un modèle homogène de l’innovation territoriale. Cooke (2008) identifie d’ailleurs deux types de technopôles 76 , qualifiés de linéaires et interactifs, avec des propriétés et des performances distinctes. Ainsi, le technopôle peut être analysé comme une émanation des pouvoirs publics centraux et relève de la politique d’aménagement du territoire qui consiste à favoriser un développement égalitaire des différentes régions françaises, en mettant en place des pôles technologiques thématiques.

III.2.4 Le milieu innovateur

"Il s'agit de créer un milieu dialoguant et actif en matière de conservation de la nature, en y disséminant des ressources et en favorisant des processus d'apprentissage. Cette logique se rapproche de celle des milieux innovateurs 77 (Camagni, Maillat, 2006) qui met l'accent sur le rôle des processus d'apprentissage et d'interaction dans la création de ressources spécifiques à l'origine de l'innovation (Coppin, 2002), dans un milieu donné. C'est une voie qui reste peu explorée dans les travaux qui portent sur la participation du public à la conservation de la nature".

A

la lumière des travaux qui se sont concentrés sur cette question (Maillat, 1996 ; OCDE, 1993)

il

ressort qu'un milieu est propice à l'innovation lorsqu'il intègre :

- un collectif d'acteurs (entreprises, centre de recherches et de formation, université, instituts de financement, associations professionnelles, administration publique,…) se caractérisant par sa cohérence et sa cohésion économique ; - des ressources matérielles, humaines, financières, technologiques ou encore informationnelles aussi nombreuses que diverses ;

76 Cooke P., « Introduction » in H-J. Braczyk, P. Cook, M. Heidenreich, (eds), Regional innovation systems, UCL Press, London, 1998.

77 Camagni R. Et Maillat D., (sous la dir.), Milieux innovateurs. Théorie et politique, Economica Anthropos, Paris, 2006.

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- des savoir-faire garantissant une maîtrise du processus productif au sens large, qu'ils soient techniques, commerciaux ou organisationnels ; - du capital relationnel favorisant la constitution de réseaux en tant que vecteurs de connaissances et de reconnaissance à la fois économique mais aussi politique dans la mesure où les relations politiques déterminent la capacité de négociation des acteurs du milieu avec les autorités locales, nationales ou supranationales ; - des normes, règles et valeurs régissant le comportement des acteurs économiques et les relations que ceux-ci entretiennent.

III.2.5 La learning region

Une approche spécifique de l'économie de la connaissance, à l'échelle régionale en général, à celle des métropoles en particulier, est liée au concept de région apprenante 78 (ou learning region) introduit par Richard Florida. Il part du constat que les capacités d'interaction et d'apprentissage des différents acteurs sont au cœur des économies des régions apprenantes où elles se concentrent. Dans de tels environnements, les différentes institutions et les entreprises qui produisent des connaissances et de l'innovation vont interagir et ainsi acquérir et développer de nouvelles compétences. Le tableau ci-dessous compare les principales caractéristiques des régions apprenantes à celles des régions de production de masse.

L’économie apprenante et l’économie du savoir sont des concepts d’actualité qui reflètent le passage de la société industrielle à la société du savoir. Le signe caractéristique de cette transition est l’importance croissante de ce facteur de production qu’est le savoir et qui constitue un atout concurrentiel décisif dans un nombre toujours plus grand d’activités économiques (Birchmeier, 2001). A l’origine du concept d’économie apprenante, ce sont les travaux de l’école scandinave 79 qui ont souligné l’importance du savoir et de l’apprentissage dans les processus d’innovation et de développement.

78 Florida R., « Toward the learning region », Futures, 27(5), 1995, pp.527-536.

79 Lundvall B. A., Johnson B., Andersen E. S., Dalum B. National systems of production, innovation and competence building, Research Policy, 2002.

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Tableau 2 : Tableau récapitulatif des systèmes localisés en réseaux

 

TERRITOIRE

INNOVATION

APPRANTISSAGE

INTERACTION

District

Les entreprises s’enracinent

   

une interdépendance forte entre

industriel

dans un territoire et ce

les différents acteurs

processus ne peut être

conceptualisé

indépendamment de son

développement historique

SPL

L’ancrage territorial

Une ou plusieurs structures d’animation et des opérateurs qualifiés pour encourager ces interactions entre entreprises et institutions locales et placer le système sur des voies d’innovation.

La dynamique

relations inter-entreprises, la

d’apprentissage : Elle se

faculté des acteurs de nouer des

traduit quant à elle par la

relations qui engendrent des

capacité à innover et à

externalités spécifiques et qui

s’adapter à la nouveauté

favorisent la réactivité et les

complémentarités.

Milieu

mettent l’accent sur le rôle

-Lieu où se forme l’innovation

un ensemble territorialisé

Elle s’inscrit dans un réseau dont

innovateur

de la dimension territoriale

-’innovation technologique

dans lequel des

les caractéristiques vont définir

dans l’analyse de la

-concentration

interactions entre agents

des interactions et des externalités

dynamique économique

des activités innovantes

économiques se

particulières

développent par

l’apprentissage

Cluster

Le cluster est considéré comme l’un des meilleurs concepts pour mieux appréhender ce phénomène de la concentration géographique des activités économiques et ses impacts sur le développement régional.

les entreprises du cluster peuvent atteindre des niveaux d'innovation plus élevés (Le débordement de connaissances et l'interaction étroite avec les clients et les concurrents pourront créer plus d'idées nouvelles et fournir d'intenses pressions sur l’entreprise pour innover en même temps le fait d’être dans un cluster et d’avoir un environnement coopératif pourra réduire le coût de l'expérimentation

d’économie de la connaissance concernant la diffusion de la connaissance au niveau local entre les agents la facilité de transaction et la transformation des informations

la notion d'intégration verticale qui concerne notamment la mise en commun des ressources et des compétences dans un cluster ; et étant considéré comme un système ouvert, le cluster favorise les relations inter- clusters, interrégionale et internationale.

Technopole

relèvent avant tout d’une logique sectorielle, elles s’insèrent dans des structures territoriales., « La dynamique de la multiplication des rencontres entre un nombre croissant d’acteurs

très axée sur l’innovation

La force des technopoles réside principalement dans leur capacité d’apprentissage « learning by interacting » et « by networking »

par la proximité

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déterminants (chercheurs, producteurs, vendeurs) et la

dynamique

de

l’intensification des liens entre les mondes scientifiques, les mondes économiques et leur environnement… ne peuvent véritablement se développer sans qu’existe un lieu géographique défini où les acteurs puissent se rencontrer et sans que se crée une certaine ‘organisation’ susceptible de favoriser cette rencontre »

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Région

 

l’apprentissage au coeur de leur stratégie de développement l’apprentissage «individuel » et « interactif ». L’apprentissage individuel se réfère à l’acquisition formelle et informelle de connaissance et de compétences par l’individu tout au long de sa vie. Quant à l’ « apprentissage interactif », il s’agit d’un processus social et organisationnel qui se déroule dans le cadre des relations d’interactivité, de coopération et de partenariat entre divers organismes et groupes d’intérêt

des relations d’interactivité, de partenariat et de co-formation (cooperative learning), qui vise à produire des résultants servant les intérêts de tous les acteurs concernés.

d’apprentissage

l’utilisation créative des Technologies de l’Information et de la Télécommunication (TIC)

55

Conclusion du premier chapitre

Ce chapitre a montré l’importance du concept du développement. Cela a d’abord été par la définition du concept et les théories du développement, et par la suite par une distinction entre la croissance et le développement, ces deux concept qu’ils font une confusion chez le grand public pour passer ensuite à une présentation des différentes stratégies de développement autocentré à savoir : la stratégie des industries industrialisantes ; la stratégie de substitution aux importations et les programmes d’ajustement structurelles

En effet, ce chapitre nous a conduit à faire un constat selon lequel l’élaboration d'une stratégie de développement ne peut pas se faire arbitrairement par contre il peut s'effectuer en identifiant au préalable les spécificités caractéristiques de la société, et ce en s’appuyant sur des recherches et des études appliquées de ses structures et des fonctions particulières qu'elles occupent. Et en se basant sur un discernement général des mécanismes qui structurent cette société, qui assurent sa cohérence systémique et sa capacité de production et de développement.

Avec la globalisation de l’économie, la mondialisation a accéléré les systèmes de production et a largement participé à la remise en cause des stratégies traditionnelles de développement en raison de leurs incapacités à ouvrir la voie à une croissance régulière et durable. Ainsi, Hassane Zaoual déclare que les grandeurs économiques et politiques ne se valorisent que par les valeurs humaines qui les supportent. L’économie est incomplète si elle n’est pas liée une éthique sociale et des fondements spirituels et culturels. C’est dans cette optique que les concepts de territorialisation, de local, de proximité, de participation et de gouvernance s’imposent comme des nouveaux repères de modèle d’un développement plus égalitaire qui touche l’ensemble de la population. Aydalot 80 (1986) fut l'un des premiers initiateurs du concept de développement territorial lorsqu'il propose de revenir à une vision territoriale : c'est dans le cadre local, par la mise en valeur des ressources locales et avec la participation citoyenne que le développement pourra réellement répondre aux besoins de la population. Le développement territorial demeures un processus volontariste cherchant à accroitre la compétitivité des territoires en impliquant les acteurs dans le cadre d'actions concertées,

80 Aydalot Ph., « Trajectoires technologiques et milieux innovateurs », Publication du GREMI,Neuchâtel, 1986.

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généralement transversales et souvent à forte dimension spatiale (Baudelle G.), (Guy C.), Mérenne-Schoumaker (B.), 2011, p. 246). Les stratégies de développement mises en œuvre par bon nombre de PVD et en Afrique en

particulier ont été dans une large mesure, conçurent en termes de polarisation. Elles se basaient sur ce qu’il est convenu d’appeler le développement par le haut. Ce mode de développement n’a pas manqué de démontrer ses limites suites aux sélections qu’il

a opérées : dépendance territoriale, inégalités socio-économiques, hiérarchies urbaines,

pauvreté, exode rurale Les approches de l'économie des territoires apportent une explication théorique du développement local. Ces approches, que nous qualifions de territorialisées, nous permettent une meilleure compréhension du phénomène de développement local. Ils prennent en considération la plupart des questions qui agissent sur le développement local, à savoir la crise

du fordisme et l’émergence du modèle de production flexible. Ceci a donné lieu à la naissance

de systèmes localisés de production et de milieux innovateurs.

L’explication théorique du développement local a fait appel aux approches de l'économie des territoires. Ces approches territorialisées, nous renvoient à une meilleure compréhension du phénomène de développement local, tout en englobant un ensemble des questionnements en la matière, à savoir la crise du fordisme et l’émergence du modèle de production flexible. Chose qui a engendré l’émergence des organisations territoriales en réseau. Nonobstant, en se basant sur les réflexions des évolutionnistes et de celle des organisations territoriales en réseaux, qui réunissent un processus d’interaction avec le processus d’apprentissage donnant une nouvelle dimension innovante et qui s’adapte aux changements, on arrive à dire que ces systèmes territorialisés ont élargi la notion de proximité passant d’une proximité purement spéciale à une proximité aussi bien cognitif. En effet, cette nouvelle forme de proximité démontre l’importance de la notion de la connaissance comme un avantage compétitive pour ces territoires (passant de la création de ces connaissances, le transfert de cette connaissance à un stade beaucoup plus supérieur qui est l’innovation), pour laquelle nous avons consacré le deuxième chapitre de notre recherche, afin de traiter l’économie de la connaissance.

57

Chapitre II : Mondialisation, attractivité des IDE et économie de la connaissance

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Introduction du deuxième chapitre

L’environnement économique et social s’est progressivement transformé ces dernières années, sous l’impulsion de la hausse de la part du capital dit intangible (l’éducation, la formation, la R&D, et la santé) et de la révolution des technologies de l’information et de la communication, une nouvelle société fondée sur la connaissance est en train de prendre place remettant ainsi en cause les rapports sociaux de production et l’accumulation de capital désormais fondée sur l’immatériel. Aucun pays n’étant à l’abri de ces bouleversements profonds, les pays africains sont eux aussi appelés véritablement à se métamorphoser puisque désormais, le rôle nouveau joué par la connaissance, et son importance sont déterminantes dans la production, l’emploi et les facteurs de la compétitivité.

Le propos de ce chapitre est de s’interroger sur les conditions d’efficacité d’un nouveau modèle de développement économique celui qui est basé sur le passage d’une économie de rente à une économie fondée sur la connaissance, tout en étudiant ses spécificités par rapport aux anciens modèles de développement. Ce chapitre s’appuiera donc sur des éclairages récents de la théorie de l’économie fondée sur la connaissance qui se sont penchées ces deux dernières décennies sur les modes de régulation de cette nouvelle phase de l’économie, l’importance de la connaissance comme avantage concurrentiel et aussi sur les piliers de base de cette économie à savoir : les technologies de l’information et de la communication, R&D et innovation et en fin l’éducation.

En effet, dans une première section nous allons essayer de présenter le lien existant entre l’économie de la connaissance et le processus de la mondialisation, et ce en essayons de définir le concept de la mondialisation aussi bien que les théorises des investissements directs à l’étranger. Et dans une deuxième section nous allons présenter l’évolution historique des

mutations de l'économie mondiale après la révolution industrielle, pour entamer enfin une autre mutation profonde qui s’est opérée et qui se manifeste par l’accroissement de la part du capital intangible et la diffusion des TIC, on parle de l’émergence d’une économie fondé sur la connaissance qui s'est apparue et il a commencé à se développer chose qui a modifié la vitesse et les sources de l'innovation.

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Section I : mondialisation et Économie de la connaissance

Dans le cadre de cette section nous allons essayer de définir le concept de la mondialisation ainsi que les différentes théories des IDE pour faire enfin la liaison entre le processus de la mondialisation et l’économie de la connaissance.

I.Les théories de la mondialisation

Mondialisation ou globalisation ces deux termes sont devenus des notions à la mode, et qui résument la situation de la société contemporaine. Mais la question qui se pose est ce que vraiment ces notions ont-elles la même signification ? Comme étant un des plus célèbres phénomènes de nos jours, la mondialisation joue actuellement un rôle important au changement du monde d’une façon rapide et radicale mais déséquilibrée. Nonobstant, le concept mondialisation est difficile à cerner vu son ambiguïté et sa complexité. En il n’y pas une définition universelle que tout le monde se met à l’accord. Pour les économistes, la mondialisation signifie l’intégration de l’économie mondiale, de l’homogénéisation du marché mondial, l’internationalisation des activités des firmes multinationales (FMN) et de la finance internationale, et l’approfondissement de l’interdépendance économique. Pour les chercheurs en politique, la mondialisation signifie l’élargissement permanent de l’intervention internationale et l’établissement d’une stratégie mondiale de l’ordre mondial. Dans le domaine culturel, la mondialisation indique le phénomène mondial où les cultures commerciales, populaires et de consommation occupent le marché culturel uniforme. Et pour les sociologues, la mondialisation évoque une conscience des problèmes d’influence mondiale.

I.1 L’évolution des théories de la mondialisation

Les réflexions qui englobent le monde comme étant une entité sont vraiment ancienne, notamment, toutes les civilisations et les religions considèrent le ciel ou le Dieu comme l’origine et le dominateur de cette entité intégrale. Cependant les pensées actuelles de la mondialisation sont fondées sur les développements de l’humanité dans l’ère contemporaine et les résultats de l’approfondissement du processus de la mondialisation. On parle alors de la non- homogénéité des théories de la mondialisation, ce concept qui a émergé seulement il y a environ

30 ans pour identifier des évènements et phénomènes nouveaux par leur ampleur.

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Selon Immanuel Wallerstein 81 , ce phénomène existe depuis 500 ans. En tant que réalité et tendance de développement, ou comme un concept, la mondialisation, au sens propre du terme, est née en Occident, et les recherches en théories ont été, d’abord, réalisées en Occident. Les sources théoriques peuvent

remonter à l’Europe occidentale des 17ème et 18ème siècles, où l’on peut trouver des germes des connaissances de la mondialisation dans les sciences sociales en développement. Mais, les impacts et influences de la mondialisation ne doivent certainement pas se limiter en Occident : en effet, et ils vont se propager dans le monde entier. Et c’est seulement dans les années 60-70 du 20e siècle que les mots « global », « mondial » apparaissent, et qu’au milieu des années 80 se sont construits les concepts de la « globalisation ». Dès lors, ce terme s’est diffusé et utilisé dans la philosophie, l’économie, la politique, la sociologie, la culture, et la science des relations internationales, la science militaire, la science environnementale, etc. ; c’est ainsi il est devenu un concept de base qui décrit l’État et la tendance de développement de notre société.

I.2 Les fondateurs des théories de la mondialisation

Comme toutes les évolutions sociales et économiques, le début de la mondialisation ne peut pas être déterminé sur un jour et une année donnée, c’est plutôt une période du temps. Malgré cela, des théoriciens comme Immanuel Wallerstein 82 et Robbie Robertson 83 considèrent que la mondialisation commence en Europe dans le 15ème siècle. A cette époque, les grandes découvertes maritimes ont rendu possible des voyages intercontinentaux, ce qui a conduit la « révolution » des prairies à la mer. La révolution industrielle représentée par les navires maritimes a constitué des moyens physiques et technologiques pour le processus de la mondialisation. Et le commencement des voyages maritimes à longue distance a généré un distinguo entre l’Europe et le reste du monde. Par conséquent, depuis le 17ème siècle jusqu’à la Premier Guerre Mondiale en 1914, les modes principaux de la mondialisation ont été les expansions des pays occidentaux. Les raisons de ces expansions sont la recherche des bénéfices maxima des capitalistes ; ils sont soutenus par les pays occidentaux qui peuvent mobiliser leurs ressources domestiques tels que les armes, les moyens de transports, de communication et de soins médicaux, tous créés par des technologies avancées. La mondialisation s’est ainsi présentée par la colonisation à grande taille et des vagues d’immigrants.

81 Wallerstein, I., “Globalization or the Age of Transition? A Long-Term View of the Trajectory of the World System”,International Sociology, University College Cardiff Press, Cardiff, U.K., June 2000, Vol. 15(2), pp.

251267.

82 Ibid

83 Robertson, R., The Three Waves of Globalization: A History of a Developing Global Consciousness, Zed Books, London & New York, 2003, pp. 3-13.

61

Pendant cette période, il y a trois écoles qui attirent l’attention : l’idéalisme des théories des relations internationales, la science économique du libéralisme, et les pensées du Marxisme. Ces trois systèmes théoriques sont tous développés en Occident, qui, sans exception, considèrent les approches occidentales comme le modèle idéale du développement de tous les pays, de l’humanité. Influencés par les approches Darwiniennes, les pays industrialisés occidentaux se considérant comme les élites et les plus forts de l’humanité commencent des expansions coloniales dans le reste du monde 84 .

I.2.1 Les théories des relations internationales

Les théories des relations internationales sont issues des pensées États-nations et des systèmes des pays modernes. C’est une des théories pionnières occidentales qui traitent le monde comme une unité intégrale dans le temps moderne. Certains théoriciens considèrent même que c’est la seule théorie qui traite le monde comme une unité intégrale avant la naissance des théories de la mondialisation. Il existe de nombreuses similitudes entre l’idéalisme des théories des relations internationales et le libéralisme économique, et la seule différence entre les deux étant que la seconde espère qu’un gouvernement mondial va résoudre des conflits entre les pays et éliminer des guerres, et puis ce gouvernement mondial peut garantir la paix du monde. Pendant cette période, un certain nombre de théoriciens occidentaux ont déjà pris conscience de traiter le monde comme une unité intégrale. Par exemple, Kant 85 a essayé de promouvoir la paix perpétuelle du monde ; Hegel 86 a élaboré un système philosophique visant à englober logiquement toute chose, dont les notions de « la fin de l’Histoire » et de « l’État universel et homogène » ; Comte 87 et Saint-Simon 88 ont étudié quelques aspects, de manière idéaliste, de la mondialisation. Ces idées idéalistes ou utopiques ont précédé les prédécesseurs des pensées communistes du Marxisme, en particulier.

84 Tooley, H., The Western Front, Palgrave Macmillan, New York, 2003, pp.15-18.

85 Kant, E., Projet de paix perpétuelle, collection Mille et Une Nuits, n°327, traduction de Karin Rizet, Hachette Paris, 2001, 96 pages.

86 Hegel, G.W.F., The Philosophy of History, (Leçons données entre 1822-1830, publiée de manière posthume), Sibree, J.(Trad.), Batoche Books, Ontario, Canada, 2001, pp.14-96.

87 Comte, A., Discours sur l’ensemble du positivisme, (1830-1842), Flammarion, Paris, 1999, pp.2-6.

88 Grondeux, J., Histoire des idées politiques en France au XIXe siècle, La Découverte, Paris, 1998, pp.60-75.

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I.2.2 Les théories libérales de Adam Smith et David Ricardo

La science économique du libéralisme, soutenu par Adam Smith 89 et David Ricardo 90 , et par l’établissement de la position leader de l’Angleterre dans la colonisation, est devenue prédominante en remplaçant le mercantilisme. Ces théoriciens considèrent que la division du travail et le libre-échange sont indispensable pour la prospérité di monde, c’est comme une « volonté divine ». Selon eux, le développement du libre-échange va éventuellement éliminer les guerres entre les pays en amenant la paix éternelle à l’humanité. Mais les principes de la science économique du libéralisme sont loin de la réalité. Les logiques sous-jacentes du libéralisme sont que le libre-échange doit être réalisé dans un marché mondial absolument libre. Ce n’a été pas possible à l’époque, et n’est pas encore le cas aujourd’hui. Les pensées mondialistes de Smith sont d’abord représentées dans ses concepts de l’économie libérale. Dans son œuvre An Inquiry into the Nature and Causes of the Wealth of Nations (Recherche sur la nature et les causes de la Richesse des Nations) (1776) 91 , il a mis au point les pensées libérales qui sont contre les interventions des gouvernements, et qui préconisent une économie libérale ; il a souligné l’importance du commerce extérieur et du marché mondial évoluant vers le capitalisme. Son libéralisme peut être synthétisé sur la loi du marché, « la main invisible » et sur ses pensées mondialistes montrées par ses théories des « coûts absolus » et « avantages absolus ». C’est à partir de ces notions qu’il présente la nécessité et le motif du commerce international. Selon lui, le libre-échange va conduire à la division internationale optimale du travail, et la base de cette division est : soit les avantages des ressources naturelles, soit les avantages des conditions de production. Tous ces avantages vont placer un pays dans une situation plus avantageuse au niveau de la production ou du commerce extérieur par rapport aux autres pays. Si chaque pays produit et échange selon ses conditions avantageuses de production, les ressources, la main-d’œuvre et les capitaux de chaque pays seront ainsi utilisés de manière la plus efficace, ainsi on peut augmenter la productivité et accroître les richesses et le niveau de vie dans tous les pays du monde.

89 Smith, A., An Inquiry into the Nature and Causes of the Wealth of Nations (Book IV: Of Systems of Political Economy), MetaLibri, 2007, (First edition 1776), pp.328-534.

90 Ricardo, D., Des principes de l’économie politique et de l’impôt (Chapitre VII : Du commerce extérieur), Flammarion, Paris, 1999, première édition 1817.

91 Op.cit., Smith, A., Recherche sur la nature et les causes de la Richesse des Nations.

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Dans le même temps, David Ricardo 92 pense que le commerce extérieur est un supplément très important à une économie donnée. Il a soulignée libre développement et l’ajustement spontané de l’économie capitaliste. En ce qui concerne les échanges économiques et les politiques économiques internationales, il pense que le choix le plus intelligent est de conférer au commerce international une liberté totale. Autrement dit, dans un contexte de libre-échange, chaque pays, s’il peut se spécialiser dans la production où il dispose de la productivité plus forte ou moins faible que des autres pays, il peut accroître sa richesse nationale. Ricardo, basant sur les théories smithienne des « avantages absolus », a fondé ses théories des « avantages comparatifs », soit la théorie de coûts relatifs. Pour lui, en retenant l’hypothèse que les capitaux et la main-d’œuvre ne peuvent pas circuler librement, même si un pays donné est dans une situation absolument désavantageuse en ressources naturelles et en condition de production. Ces pays ayant de l’avantage absolu vont encore importer des produits de ce premier, car chaque pays n’a besoin et n’a pas la capacité de produire tous les produits, et il va chercher, par le commerce international, le produit le plus avantage et intéressant pour lui. Ainsi, la production mondiale sera augmentée, et la division internationale du travail ainsi formée sera bénéfique pour tous les pays.

I.2.3 Les théories économiques marxistes de la mondialisation

Même s’il existe de nombreuses contestations sur les théories du Marxisme, ses contributions sur le développement de la mondialisation et les théories macroéconomiques ne sont pas négligeables. Dans « L’Idéologie allemande » (1845), Marx et Engels ont défini et décrit les caractères et la notion de «l’histoire mondiale » comme le suivant :

« Les rapports des différentes nations entre elles dépendent du stade de développement où se trouve chacune d’elles en ce qui concerne les forces productives, la division du travail et les relations intérieures. Ce principe est universellement reconnu. Cependant, non seulement les rapports d’une nation avec les autres nations, mais aussi toute la structure interne de cette nation elle-même, dépendent du niveau de développement de sa production et de ses relations intérieures et extérieures.» 93 .

92 Op.cit., Ricardo, D., Des principes de l’économie politique et de l’impôt.

93 Marx, K. et Engels, F., L’idéologie allemande. Première partie, première version 1845. Tr. française 1952. Bibliothèque Paul-Émile-Boulet de l’Université du Québec à Chicoutimi, 59 pages.

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En même temps, Engels, dans « Principes du Communisme » (1847), en prédisant l’avenir du monde, a dit que :

« …De cette manière, la grande industrie a relié les uns aux autres tous les peuples de la terre, transformé tous les marchés locaux en un vaste marché mondial, préparé partout le terrain au progrès et à la civilisation et fait en sorte que tout ce qui se passe dans les pays civilisés doit nécessairement exercer ses répercussions sur tous les autres pays;… » 94 Et avec « Manifeste du Parti communiste » 95 (1847), Marx et Engels ont décrit en vigueur les impacts et les futurs développements de la mondialisation dans leur époque. On peut résumer une synthèse de ces pensées en points suivants :

1. La mondialisation est une étape de l’évolution humaine, non seulement en terme technique, mais aussi en tant qu’étapes du développement de l’humanité.

2. Les forces primordiales de la mondialisation sont le développement économique.

3. La mondialisation a causé la collision et l’échange des civilisations.

4. La mondialisation a jeté des fondements de la libération finale de l’humanité.

Ces pensées ont montré que le Marxisme a placé la mondialisation économique sous angle de «l’histoire mondiale », et c’est le développement de la production, et des forces productives qui font les échanges et les interdépendances comme les contenus principaux de l’histoire mondiale. Par ailleurs, selon Marx et Engels, c’est seulement sur une base de division universelle du travail dans des toutes les régions et les peules que le marché mondial peut se constituer. Par conséquent, c’est seulement à condition que l’état séparé de toutes les régions et les peuples soit terminée que le marché mondial de l’interdépendance peut se développer. De plus, avec l’établissement d’un marché mondial, les échanges entre les régions et peuples peuvent se développer. On peut affirmer que Marx et Engels ont perçu les liens entre la mondialisation, les peuples, les pays et la division internationale du travail, ainsi que les impacts non économiques potentiels de la mondialisation. Entre la Première et la Seconde Guerre mondiale, la mondialisation a

94 Engels, F., « Principes du communisme » (1847), dans Textes d'Engels publiés par les Editions sociales, Paris

1968.

(version électronique disponible sur : http://www.marxists.org/francais/marx/47-pdc.htm)

95 Marx, K et Engels, F., “Manifesto of the Communist Party (Le manifeste du parti communiste)”, Marx/Engels Selected Works, Moore, S. & Frederick Engels, F., (Tr.), Volume One, Progress Publishers, Moscow, USSR, 1969, pp. 98-137.

65

connu des grands changements. Pendant cette période, c’est l’expansion de l’impérialisme qui

a marqué l’histoire.

Lénine et Róża Luksemburg, ont jeté les fondements des théories marxistes de l’impérialisme. Ils ont tous analysé l’impérialisme en profondeur, la plupart de leurs théories étant empreintes de la mondialisation. Dans « L’impérialisme, stade suprême du capitalisme » (1916) 96 , Lénine a décrit les caractères de la mondialisation comme « une recherche permanente des marchés à l’étranger ». Selon lui, le marché mondial a déjà été formé et les économies de différents pays du monde sont tous liées. Lénine a montré que l’impérialisme est une étape obligatoire pour le développement du capitalisme, et ses motifs sont des recherches permanentes des bénéfices maxima et l’accumulation de nouvelles ressources. L’expansion coloniale, selon Lénine, n’est pas issue du besoin de l’acquisition de nouvelles régions d’exploitations, mais de la concurrence entre les grands pays capitalistes pour le pouvoir mondial. Par ailleurs, J.A. Hobson 97 est aussi un des développeurs des théories de la mondialisation. Il considère que les motifs de l’expansion de l’impérialisme ne sont pas de simples considérations économiques, mais en fait sous des impulses ou des autres facteurs culturels et historiques.

Ces recherches ont démontré que les acteurs de la mondialisation sont des sociétés multinationales, et elles ont aussi analysé le mode de développement de la mondialisation : la production et le mouvement de capitaux mondialisés ; les motifs de la mondialisation sont ainsi les recherches des profits.

II- Les théories d’Investissement Direct Étranger (IDE)

L’OCDE définit l’IDE (l’Investissement Direct à l’Étranger) comme suit :

« L’IDE est une activité par laquelle un investisseur résidant dans un pays obtient un intérêt

durable et une influence significative dans la gestion d’une entité résidant dans un autre pays. Cette opération peut consister à créer une entreprise entièrement nouvelle (investissement de création) ou, plus généralement, à modifier le statut de propriété des entreprises existantes (par le biais de fusions et d’acquisitions). Sont également définis comme des investissements directs

96 Lénine, V., L’impérialisme, stade suprême du capitalisme, Presse de Beijing, Beijing, 1916, p106, 154.

97 Hobson, J. A., Imperialism, Allen and Unwin, London, 1948, pp.35, 7172, 7778, 8081, 9293.

66

étrangers d’autres types de transactions financières entre des entreprises apparentées, notamment le réinvestissement des bénéfices de l’entreprise ayant obtenu l’IDE, ou d’autres transferts en capital » 98 .

Selon le FMI, l’IDE se définit comme le suivant 99 :

« L’acquisition d’au moins de dix pourcent des actions ordinaires ou pouvoirs de vote dans une entreprise publique ou privée par les investisseurs non résident. L’investissement direct implique un intérêt durable dans la gestion d’une entreprise et inclut le réinvestissement des bénéfices. »

Ces derniers incluent notamment les prêts accordés par une maison-mère à sa filiale implantée à l’étranger. Contrairement aux investissements de portefeuille, les IDE impliquent une prise de contrôle de la part de la firme étrangère. Le seuil à partir duquel le contrôle s’exerce est arbitraire, le FMI utilise une valeur de 10 %.

En étudiant ces trois définitions, nous pouvons constater que les définitions du FMI et de l’OCDE soulignent les aspects tels que « l’intérêt durable » et « l’influence significative » pour l’OCDE, au moins de 10% des actions pour le FMI, et « le réinvestissement des bénéfices » pour tous les deux organismes. Dans ces deux définitions, l’IDE est une activité par laquelle un investisseur résidant dans un pays obtient un intérêt durable et une influence significative dans la gestion d’une entité résidant dans un autre pays. Cette opération peut consister à créer une entreprise entièrement nouvelle (investissement de création, Greenfield) ou, plus généralement, à modifier le statut de propriété des entreprises existantes (par le biais de fusions et d’acquisitions).

Cependant, la définition du BNSC de l’utilisation des capitaux étrangers souligne les aspects des statuts des investisseurs, elle a en fait intégré les investissements directs (l’investissement direct par les entrepreneurs étrangers) et les investissements indirects (emprunts à l’étrangère et autre forme investissements) dans une seule entité de l’utilisation de capitaux étrangers.

98 OCDE, « Tendances de l’investissement direct », EO73, Chapitre VI, l’OCDE, Paris, juin 2003, p.1.

99 IMF, « FDI », extrait du « glossary » du site officiel du FMI (Fond monétaire international), lien internet :

http://www.imf.org/external/np/exr/glossary/

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II.1Les théories des IDE

Au début, les IDE sont issus des pays développés, et naturellement les théories des IDE sont principalement concentrées sur les IDE des pays industrialisés en étudiant leurs motivations, leurs prises de décisions et leurs tendances. Dans les années 60, avec les avancements de technologies, et avec la croissance des FMN et de leurs IDE, les IDE représentent peu à peu une part majoritaire des flux internationaux de capitaux. En conséquence, les chercheurs du domaine économique et politique se sont mis aux études des IDE. Et puisque la majorité des IDE sont réalisée par les FMN, cette théorie est aussi nommée la théorie des FMN. L’énorme croissance des IDE dans ces décennies récentes a produit trois courants principaux qui ont essayé d’expliquer ce phénomène.

D’abord, c’est l’hypothèse des imperfections du marché de Hymer et Kindleberger, qui postule que l’IDE est le résultat direct d’un environnement global imparfait du marché.

Deuxièmement, c’est la théorie d’internalisation de Buckley, Casson et Rugman où les IDE ont lieu pendant que les FMN remplacent les marchés extérieurs avec les marchés internes plus efficaces.

Troisièmement, l’approche éclectique de la production internationale de Dunning où les IDE émergent en raison des avantages en la propriété, en l’internalisation, et en localisation

II.1.1 Les théories classiques des IDE

II.1 .1.1 La théorie des imperfections du marché

Cette théorie est aussi nommée la théorie des avantages monopolistiques. Elle est avancée par Hymer, et par Kindleberger. En 1960, dans son thèse “The International Operations of National Firms : A Study of Direct Foreign Investment” 100 , Hymer 101 a étudié les motifs des IDE dans les FMN en utilisant des principes microéconomiques. Il a ainsi établi la dite « théorie des avantages de monopoles », ou autrement dit la théorie « des imperfections du marché ». Hymer

100 Hymer, S. H., “The International Operations of National Firms: A Study of Direct Foreign Investment”, PhD Dissertation 1960. published posthumously, The MIT Press, Cambridge, Mass.,1976, pp.37-40.

101 Cantwell (1991: p.22), however, observes that “in Hymer’s original version it was a theory of the firm and of the behaviour of the firm rather than a theory of industrial organization in the modern sense”.

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affirme que les entreprises cherchent en permanence des opportunités du marché et leurs décisions d’investir à l’étranger s’explique comme une stratégie pour capitaliser sur certaines capacités non partagées par les concurrents dans les pays étrangers. Les capacités ou avantages des entreprises sont expliquées par les imperfections du marché pour les produits et les facteurs de production. Cela signifie que, la théorie de compétition parfaite dicte que les entreprises fabriquent des produits homogènes et jouissent du même niveau d’accès aux facteurs de production.

Plus spécifiquement, d’après Hymer, toute firme s’implantant dans un pays étranger est désavantagée par rapport aux firmes locales. Le coût supplémentaire de la production étrangère tient à de nombreux facteurs 102 :

- Barrières linguistiques et culturelles

- Pratiques juridiques et goûts des consommateurs différents

- Possibilité de discrimination à l’égard des firmes étrangères

- Coût d’opération de la filiale à distance.

Pour que l’investissement soit possible et rentable, la firme doit posséder un avantage spécifique sur ses concurrents locaux, et, cet avantage doit être transférable internationalement. L’avantage spécifique trouve sa source dans les imperfections du marché, qui constituent des barrières à l’entrée pour de nouveau venus. Dans le même sens, Kindelberger 103 a recensé quatre formes d’imperfections :

- Les imperfections sur les marchés des produits : et plus particulièrement celles des techniques mécaniques, l’image de marque et la différenciation des produits

- Les imperfections sur les marchés de facteurs : accès privilégiés aux marchés de

capitaux, détention exclusive d’une technologie, méthodes de gestion du personnel spécifique

- La possibilité d’exploiter des économies d’échelle internes ou externes

- Les politiques interventionnistes des gouvernements.

Il est à noter que l’existence d’une forme de ces imperfections permet à une firme d’avoir un avantage sur une autre.

102 Ibid.

103 Kindleberger, C. P., American Business Abroad., Yale University Press, New Haven, 1969, p.13.

69

Les limites de cette théorie sont que ces sujets d’études ne sont que des FMN américaines puissantes avec des avantages monopolistiques. Dans cette condition, les sociétés sans ces avancements monopolistiques ne peuvent pas réaliser des IDE. Mais depuis les années 80 du 20ème siècle, la croissance des firmes dans les PVD, apparemment sans ces avantages monopolistiques, a mis en question l’autorité de cette théorie. De plus, cette théorie n’explique pas les conditions de l’exportation des produits ainsi que le transfert de technologie et des IDE dans l’économie internationale.

II.1.1.2 La théorie de l’internalisation

La théorie de l’internalisation est avancée par Williamson 104 et puis reprise par les économistes britanniques, Buckley & Casson, et économiste canadien Rugman. Buckley et Casson ont coédité un livre intitulé The Future of the Multinational Enterprise 105 . Dans ce livre, ils ont étudié les coûts de transactions des FMN. Selon eux, en raison de l’imperfection du marché, et les difficultés de fixer les prix des produits intermédiaires tels que les brevets, les franchises, et les produits de connaissances, etc., les coûts de transactions du marché sont trop élevés. En conséquence, les FMN sont obligées de créer un marché à l’intérieur de l’entreprise, et ainsi elles peuvent remplacer le marché extérieur de l’entreprise afin de résoudre le problème de l’imperfection du marché, et de minimiser les coûts en maximisant les bénéfices. Cette théorie est marquée par une relation de réseaux entre la FMN mère et ses filiales et par le contrôle interne et l’utilisation de produits intermédiaires pour optimiser les bénéfices. Après des études sur les coûts fixes de transport, de douane, d’investissement et de gestion, Buckley et Casson ont trouvé que les FMN préfèrent l’exportation afin d’éviter des coûts fixes relativement élevés ; dans le cas contraire, elles vont produire à l’étranger.

En synthèse, la théorie d’internalisation est centrée sur la notion que l’entreprise souhaite développer ses propres marchés internes où les transactions peuvent être faites aux coûts plus bas à l’intérieur de l’entreprise. Ainsi, l’internalisation implique une forme d’intégration verticale amenant de nouvelles opérations et d’activités qui autrefois été réalisées par des marchés intermédiaires sous le régime de la propriété et de la gouvernance de l’entreprise.

104 Williamson,O., Markets and Hierarchies. Analysis and Anti-trust Implications, Free Press, New York, 1985,

pp.18-19.

105 Buckley, P.J. and Casson, M.C., The Future of the Multinational Enterprise, Macmillan Press, London, 1976,

pp.32-65,

66-84.

70

Pourtant, la plupart de cette recherche a adopté l’entreprise multinationale comme une base d’analyse et a exclu le processus qui précède ce niveau-là de développement international. En réponse, une perspective plus dynamique, basée sur le processus, est ainsi développée ce qui requiert la reconnaissance de l’internationalisation de l’entreprise.

II.1.1.3 La théorie de la production internationale

Cependant, la réalité de compétition imparfaite, qui est reflétée dans la théorie d’organisation industrielle de Porter 106 , détermine que les entreprises gagnent différentes types d’avantages comparatifs et chacun aux degrés différentes. Néanmoins, la théorie des imperfections du marché n’explique pas pourquoi la production à l’étranger est considérée comme la voie la plus désirable d’exploiter les avantages de l’entreprise. La théorie de l’internalisation n’explique pas le choix de localisation des IDE. Dunning a souligné ces points et a développé ce qui peut être décrit comme la théorie de production internationale.

Dunning 107 a exploré trois questions principales des IDE, soit les motifs, la prise de décision et la direction des IDE. Cette théorie a, en fait, résumé, l’essentiel des théories des avantages monopolistiques, de l’internalisation et des théories de ressources du commerce international. Par les avantages en propriétés, soit les avantages monopolistiques, les avantages de l’internalisation, et les avantages positionnels géographiques, les motifs, la prise de décision, et la direction des IDE sont expliqués de manière complète et explicite. La théorie de la production internationale suggère que la raison qu’une entreprise à développer sa production à l’étranger dépendra des attractions spécifiques de son pays d’origine comparées avec les implications des ressources et avantages d’installer dans un autre pays. Cette théorie le fait explicite que non seulement les différends de ressources et les avantages de l’entreprise jouent un rôle en déterminant les activités d’investissement à l’étranger, mais aussi les actions des gouvernements étrangers peuvent peu à peu influencer les attraits et les conditions d’entrée pour l’entreprise.

II.1.2 Les autres théories des IDE

106 Porter, M., L’avantage concurrenciel, InterEditions, Paris, 1986, 647 pages.

107 Dunning, J. H., Multinational enterprises and the global economy, Addison-Wesley, Wokingham, England,

1993,

pp.69-70, 76-86, 148-154, 160-164.

71

Avec le développement rapide des IDE, les PVD ont entré aussi dans ce rang. Depuis le milieu des années 70, certains chercheurs commencent les discussions théoriques sur les IDE des PVD. Ces essaies concernent principalement les aspects de transferts technologiques. A la fin des années 70 du 20ème siècle, un économiste japonais, Kiyoshi Kojima 108 , en faisant appel aux principes des avantages comparatifs, a connecté le commerce et les IDE dans une théorie de délocalisation des industries. La base de sa théorie est les coûts comparatifs entre les pays d’origine et d’accueil des IDE. Selon lui, les IDE se réalisent dans les industries en avantages comparatifs désavantageux. En même temps, pour les pays à la première étape d’investissement à l’étranger, ses IDE sont principalement pour but d’utiliser les technologies maturés et les facteurs productifs bons marchés des PVD, ainsi ils peuvent s’engager dans le commerce international. Louis T. Wells, économiste américain, a proposé, en 1983 109 , la théorie des technologies de petite taille. Cette théorie est considérée comme le pionnier sur les études des FMN des PVD. Selon Wells, les FMN des PVD disposent des avantages de certaines technologies manufacturières de petite échelle au niveau international (au niveau national, ces FMN sont avancées par rapport à leurs collègues). Ces technologies ne sont pas au même niveau que les technologies des pays industrialisés, mais elles représentent des avantages spéciaux. Car, elles sont caractérisées par haute concentration de mains-d’oeuvre, par une haute flexibilité, et ainsi elles s’adaptent facilement à la production de petite échelle et au marché assez restreins des PVD. En même temps, les FMN des PVD ont des avantages d’achat local et des produits spéciaux et de bon marché. Ainsi, elles peuvent concurrencer avec les FMN des pays industrialisé. Par ailleurs, Wells a indiqué que la protection des marchés d’exportation est les motifs principaux des IDE des PVD. Cette théorie est intéressante pour les PVD. Car pour les entreprises des PVD, même si leur technologies ne sont pas assez avancées, et leurs tailles et échelles de production sont assez limités, elles peuvent aussi participer à la concurrence internationale par les IDE.

Lall 110 , chercheur britannique, a proposé une théorie de localisation des technologies par des études sur les avantages compétitifs et les motifs d’investissement. Selon lui, les FMN du tiers monde ont leurs propres avantages spéciaux, même si ces FMN sont caractérisés par la petite

108 Ozawa,T., Professor Kiyoshi Kojima’s Contributions to FDI Theory: Trade, Structural Transformation, Growth and Integration in East Asia, CJEB Working Paper, Colorado State University, USA, 2007, 26 pages.

109 Wells, L.T., Jr. Third World Multinationals. The Rise of Foreign Investments from Developing Countries, The MIT Press, Cambridge, MA, 1983, pp.1-19.

110 Lall, S., The New Multinationals: the Spread of Third World Enterprises, John Wiley & Sons, New York, 1983, pp.250-256.

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taille, la technologie standard et le travail de haute concentration de mains-d’oeuvre, elles peuvent s’entreprendre des activités d’innovation. Cette théorie souligne que l’introduction des technologies avancées des pays industrialisés par les PVD n’est pas de simples copies ou imitations passives, mais de l’absorbation, l’amélioration et l’innovation de ces technologies. C’est justement ce genre d’activités innovatrices qui donnent de nouveaux dynamismes à ces technologies introduites, et qui amènent de nouveaux avantages compétitifs aux FMN des PVD.

Une autre théorie, intitulée « la théorie d’innovation technologique et d’avancement sectoriel » est proposée par Cantwell et Tolentino 111 . Par des études sur les IDE des PVD dans les pays industrialisés depuis le milieu des années 80 du 20ème siècle, ils ont indiqué que, les PVD, quand ils introduit des technologies des pays industrialisés, vont absorber, digérer et innover ces technologies et aussi en réaliser des nouveaux avantages compétitifs. Selon cette théorie, l’avancement technologique est un processus d’accumulation à long terme, qui est lié à la croissance des IDE de ce pays à l’étranger. Pour eux, c’est prévisible que la disposition géographique des IDE des PVD va changer avec le temps.

111 Cantwell, J. & Tolentino, P. E.E., “Technological Accumulation and Third World Multinationals”, Discussion Paper in International Investment and Business Studies, No139, University of Reading, UK, 1990,

pp.1-24.

73

III-Connaissance et processus de la mondialisation

On peut constater un double mouvement : d'une part, le processus de mondialisation stimule le développement des économies fondées sur la connaissance, il accélère la diffusion des connaissances technologiques, et par le renforcement de la concurrence, favorise-les entreprises qui privilégient des stratégies d'innovation, en particulier fondées sur le renouvellement de leurs produits. D'autre part, l'économie fondée sur la connaissance influe sur la mondialisation et ce, de plusieurs façons. D'abord, les activités à fort contenu de connaissance ont tendance à se concentrer dans certaines régions de l'économie mondiale, mais aussi au sein même des grandes zones économiques, comme c'est, par exemple, le cas au sein de l'espace européen ; ce mouvement de concentration crée de nouvelles inégalités entre territoires, tant entre régions d'une même zone économique, que plus globalement entre pays riches et pays pauvres.

Les mutations du système productif et des conditions de la concurrence au niveau mondial peuvent, en effet, dans une assez large mesure être interprétées comme témoignant de la diffusion d'une économie fondée sur la connaissance, qui s'accompagne d'un changement de principe dominant de division du travail en faveur d'une logique cognitive. Cette mutation s'accompagne de profonds changements dans les modes d'organisation des entreprises. Elle modifie également les stratégies de localisation et la nature des relations que les firmes entretiennent avec les territoires. Cette tendance n'est cependant pas univoque, et une certaine diversité de trajectoires est perceptible au niveau des nations, des territoires, des secteurs et des firmes. En particulier, les logiques de production tayloriennes semblent avoir trouvé une seconde jeunesse au travers de la diffusion d'un certain nombre d'innovations technologiques et organisationnelles. Une dualité est perceptible au sein du système productif entre une logique productive "cognitive" et une logique productive "taylorienne flexibilisée" 112 . Ces deux logiques productives ont des conséquences distinctes sur la localisation des activités économiques et appellent des stratégies de développement des territoires différenciées.

La conjugaison de la mondialisation et de la diffusion de "l'économie fondée sur la connaissance", marquée par ce que Moati et Mouhoud 113 qualifient de passage d'une "division technique ou taylorienne du travail" (centrée sur la maîtrise des coûts et la réalisation de

112 Delapierre M., Moati Ph. et Mouhoud E.-M., Connaissance et mondialisation, Paris, Economica, 2000.

113 Moati Ph. et Mouhoud E.-M., " Information et organisation de la production : vers une division cognitive du travail", Economie appliquée, tome XLVI, n° 1, avril 1994, pp. 47-73.

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rendements d'échelle du capital productif) à un principe de "division cognitive du travail" (centrée sur la maîtrise de l'information et des connaissances, d'apprentissage, et la réalisation d'économies de champ sur les actifs intangibles investis) contribue à l'émergence d'une nouvelle structuration de l'espace économique mondial. Cette "division cognitive du travail" consiste dans le fractionnement des processus de production selon la nature des blocs de savoir qui sont mobilisés. Les entreprises redéfinissent le contenu de leur activité basée sur des compétences concentrées sur un ensemble cohérent de blocs de savoir, et adoptent alors des modes d'organisation orientés vers la maximisation de la capacité d'apprentissage et d'innovation. Dans cette configuration, le travailleur n'est pas spécialisé sur une tâche mais plutôt sur un "champ de compétences" éventuellement polyvalent en termes de tâches effectuées, mais spécifique aux connaissances définissant le bloc de savoir, et aux investissements, souvent immatériels, consacrés à son développement. Les firmes cherchent alors à réaliser des économies sur la part importante de capital immatériel investi en démultipliant les potentielles applications productives des quelques " blocs de savoir " qu'elles parviennent à intégrer.

Enfin, la connaissance devient un input primordial : sa production et sa détention obéissent à des logiques cumulatives qui engendrent des inégalités croissantes entre les individus et entre les territoires. Dès lors, la mondialisation, selon Mouhoud, est loin de correspondre à une véritable intégration planétaire des économies aux échanges de biens, de capitaux et de technologies. Elle se traduit en réalité par un processus de polarisation de ces flux entre et à l'intérieur des pays riches de la Triade, selon une logique qui, tout en impliquant certains pays émergents, aboutit pour la plupart des pays à dotations naturelles 114 à une déconnexion forcée, les seuls avantages de ces derniers résidant dans la disponibilité de ressources naturelles ou de main-d’œuvre à bas prix.

En outre, les firmes multinationales modifient leurs critères de localisation afin de mieux exploiter les spécificités de chaque système national d'innovation. De fait, les critères de compétitivité des nations se trouvent redéfinis avec la mise en avant des facteurs d'attractivité du territoire. Les critères de localisation sont favorables à la concentration des activités "intensives en connaissances" dans les pays industrialisés 115 , et plus particulièrement au sein

114 On entend par " pays à dotations naturelles", les pays en voie de développement à capacités technologiques faibles ou nulles et dont les seuls avantages résident dans la disponibilité d'une main d'œuvre abondante ou de ressources naturelles.

115 Mouhoud E.-M., "Délocalisation vers les pays à bas salaires et contraintes d'efficacité productive", Monde en développement, ISMEA-UNESCO, tome 24, n° 95, 1996, pp. 25-35.

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des territoires riches en ressources cognitives spécialisées. Ainsi, les pays incapables d'accéder à l'économie fondée sur les connaissances se trouvent marginalisés dans l'économie mondiale. Aujourd'hui, les entreprises recherchent moins des conditions de coûts qu'un environnement stimulant leurs capacités d’apprentissage : main-d’œuvre disposant des qualifications spécifiques, présence d'institutions de recherche spécialisées performantes et de concurrents susceptibles de générer des externalités technologiques.

Enfin, l'économie de la connaissance stimule de nouvelles formes de coordination entre les entreprises (ce qui explique le nombre élevé, ces dernières années, des alliances privilégiant la recherche & développement inter- entreprises issues de pays différents et les fusions- acquisitions actuelles). Cependant, des nouveaux marchés émergent (achats de licence, contrats de R&D, …). Ceux-ci sont susceptibles de transférer des connaissances 116 déjà établies ou en train de se construire, et représentent une médiation qui trouve sa place au sein d'une organisation de la production des connaissances : "les marchés diminuent les coûts de transfert et l'absorption des connaissances, en permettant à des firmes d'orienter efficacement leur potentiel de recherche et de bénéficier de l'expérience productive réalisée ailleurs" 117 .

III.1 TIC, Economie de la connaissance, qualité institutionnelle et IDE :

Survol théorique et empirique

Parmi les pays en développement, quelques pays, comme la Chine, l'Indonésie, l'Egypte et la Colombie ayant réussi à attirer des IDE. Selon la Banque mondiale (2011), la Chine, l'Indonésie et l'Egypte ont reçu au total plus que 100 milliards USD, qui a été près de 31 % du total des IDE versés aux pays en développement en 2010. Alors que certains pays en développement, comme la Bolivie et le Yémen font face au problème d'un flux d'IDE négatif.

116 Dosi, Teece, Nelson & Winter ont été les premiers à jeter les bases de la compréhension du mécanisme de transfert de connaissances. Le premier s'intéresse aux connaissances tacites, principalement au savoir-faire technologique et suggère que le transfert de technologies à l'international permet à la firme d'accumuler un stock de connaissances applicable par-delà les frontières. Les seconds se sont davantage attardés sur la reproduction des routines organisationnelles et affirment que posséder une "plate-forme" organisationnelle de routines permet beaucoup plus facilement leur reproduction au sein d'une organisation qu'entre organisations. Néanmoins, toutes ces recherches prennent pour cadre une population de multinationales et se situent ainsi à un niveau proche de

l'inter-organisationnel de par la plus forte distance organisationnelle qui peut exister entre une maison mère et une de ses filiales, qu'entre unités d'une même entreprise. En outre, elles analysent davantage les conséquences du processus de transfert sans l'expliciter. Dosi G., Teece D., Winter s. " Les frontières des entreprises : vers une théorie de la cohérence de la grande entreprise ", Revue d'économie industrielle, n° 51, 1er trimestre 1990, pp.238-

254.

117 Guillon B., " Les marchés de la connaissance technologique ", Revue d'intelligence économique, n° 6 et 7, 2000, pp. 15-28.

76

Néanmoins, ces premiers pays ont enregistré

un

fort

développement

en

matière

de

Technologie d’information et de télécommunications

qui

va

de

pair

avec

les

flux

importants d’IDE.

L’expérience des pays Asiatique a montré la forte concentration géographique des flux d’IDE qui se maintient essentiellement en Asie de l’Est et du Sud Est et en Amérique Latine. Cette concentration a été accompagnée par une évolution spectaculaire des TIC malgré la crise financière proclamée. La Chine et l’Inde sont toutes les deux parvenus à atteindre un taux de pénétration de 60% pour le secteur mobile. Le service mobile a acquis, en 2010, environ 300 millions de nouveaux abonnés dans chacun de ces deux pays 118 .

C’est dans la région Asie-Pacifique que le mobile a enregistré la plus forte croissance en 2010. Le nombre d’abonnements au mobile a augmenté de 490 millions en 1994 pour atteindre 2,6 milliards.

Cette région représente plus de la moitié du nombre d’abonnements au cellulaire mobile dans le monde et un flux d’IDE le plus important par rapport aux autre économies.

Pour les pays de la Zone MENA, on enregistre une augmentation importante des flux d’IDE entrant par rapport aux PIB ; un décollage depuis 1990, passant de 0, 45 % du PIB à environ 5% en 2006. Néanmoins depuis cette date on remarque une détérioration des flux d’IDE passant à 2,8 en 2010, expliqués en grande partie par une détérioration de l’environnement des affaires.

Donc, les questions qui se posent inéluctablement sont, de savoir pourquoi les flux d'IDE sont orientées seulement vers quelques pays ? Quels sont les déterminants de cette dernière ? Et dans quelle mesure la performance des télécommunications agit- t-elle sur les IDE ?

Dans cette partie de travail, nous tenterons d’appréhender l’avancement de la littérature pour l’impact des TIC et l’économie de la connaissance sur les IDE, d’une part et l’impact de la qualité institutionnelle sur les IDE, d’une autre part.

III.2 TIC, Economie de connaissance et IDE

77

Les TIC sont au centre du développement des Economies fondées sur la connaissance, puisqu’elles offrent aux agents économiques une gamme nouvelle et sans précédent « d’instrument du savoir » 119 . Ces premières constituent un ensemble d’outils de production de savoirs facilitant les interactions créatrices entre les concepteurs de produits, les fournisseurs et les clients.

Plusieurs travaux de la CNUCED ont étudié l’impact des TIC sur la productivité et sur la croissance économique 120 et peux qui ont travaillé sur l’impact des TIC sur les IDE. Néanmoins, à l’aire actuelle, avec la défaillance de l’environnement des affaires, la réforme limitée des codes d’investissements, la médiocrité de la qualité institutionnelle, une préoccupation patente qui se pose c’est d’attirer plus les IDE.

Un travail établi par la CNUCED (2011) a avancé les avantages des TIC : « un secteur privée dynamique et diversifié, qui fonctionne bien et soit responsable au plan social est un précieux accélérateur de l’investissement, du commerce, de l’emploi et de l’innovation, et de ce fait un facteur de croissance économique et de réduction de la pauvreté ainsi qu’un moteur de l’industrialisation et de la transformation structurelle. Le secteur privé est donc l’une des clefs d’une croissance économique durable, sans exclusive et équitable, ainsi que du développement durable dans les pays les moins avancés» 121 .

Les TIC peuvent être utiles à de nombreux titres dans les projets de développement du secteur privé. Les entreprises sont liées à la nécessité de parvenir à un meilleur fonctionnement des marchés et un meilleur système de gestion interne, à un meilleur accès à l’information et à d’autres ressources, à un renforcement de la transparence et à la création d’un environnement plus favorable aux entreprises. Les TIC contribuent à créer un environnement économique plus favorable au développement du secteur privé et des flux d’investissements privées qu’ils soient nationaux ou étrangers et offrent de nouveaux moyens de communication entre entreprises et entre entreprises et pouvoirs publics.

Les TIC permettent l’accès à l’information sur les demandes et les cours des marchés en temps opportun, les chefs d’entreprise auront besoin d’accéder à des services radio, de messagerie textuelle ou d’Internet en fonction des capacités de l’utilisateur.

119 Foray D., L’économie de la connaissance, La Découverte, Paris, 2009.

120 CNUCED, Rapport

121 Rapport 2011 sur l’économie de l’information : les TIC, catalyseur du développement du secteur privé

sur l’économie de l’information, rapport CNUCED 2008.

78

A partir du rôle de TIC avancé par la CNUCED 122