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PROJET DE

GOUVERNANCE
LOCALE (PGL) AU
MAROC
La place de la femme dans la
gouvernance locale au Maroc

Juillet 2008

Cette publication a été disséminée pour révision par l’Agence américaine pour le
développement international. Elle a été préparée par RTI International.

La place de la femme dans la gouvernance locale au Maroc


Projet de Gouvernance Locale (PGL) au Maroc
La place de la femme dans la gouvernance locale au Maroc

Type de Rapport (e.g., Quarterly Performance Monitoring Report No. 18)


USAID Numéro du contrat EPP-I-02-04-00037-00
Numéro du projet RTI 0209358.008

Juillet 2008

Préparé pour
Département de démocratie et Gouvernance
Agence américaine pour le développement international
Ambassade Américaine
10, Avenue Mehdi Ben Barka
Souissi, Rabat, Morocco
Tel: 212-37 63 20 01
Fax: 212-37 63 20 12

Préparé par
RTI International1
Angle Avenue Araar et Avenue Azzaitoune
Résidence Rabat Ryad, Imm A Appt 6
Hay Riad Rabat, Morocco
Tel: 212-37 71 42 10
Fax: 212-37 71 41 23
1
RTI International est un nom déposé de Research Triangle Institute

Dénégation

Les opinions de l’auteur exprimé dans cette publication ne reflètent pas nécessairement les opinions de
l’Agence américaine pour le développement international ou celles du Gouvernement des Etats Unies.

La place de la femme dans la gouvernance locale au Maroc


Avant-propos

Les questions de citoyenneté et de genre, sont au cœur de l’exigence et des normes de « bonne
gouvernance locale». Une équité d’accès et d’utilisation des ressources et une participation
équitable à la prise de décision, participent dans une large mesure à l’exercice du droit à la
citoyenneté. De plus en plus d’habitants, et en particulier des femmes, souhaitent être partie
prenante dans la prise de décision tant au niveau national que local en ce qui concerne
l’aménagement de leur cadre de vie.

Partant de ce constat, le Projet de Gouvernance Locale (PGL) au Maroc- financé par l’USAID
et exécuté par Research Triangle Institute (RTI)- s’est fixé pour objectif l’inclusion des populations
pauvres et marginalisées mais aussi des femmes dans la gestion de la communauté. Pour le projet,
il ne s’agit pas là simplement d’une question de justice sociale, mais aussi d’une question
d’efficacité. Les données disponibles donnent en effet à penser qu’un noyau solide de représentants
politiques de sexe féminin entraînerait une meilleure gestion du secteur public et aiderait à
promouvoir les principes d’éthiques au sein des gouvernements locaux.

L’objectif stratégique du PGL au Maroc est de contribuer à promouvoir démocratie et bonne


gouvernance grâce à des institutions gouvernantes plus transparentes, plus responsables et plus
équitables aux niveaux national et sub-national. Trois principaux résultats sont attendus, à savoir:

1) Encouragement de la transparence dans l’administration


2) Amélioration de la performance des collectivités locales (CL)
3) Promotion de l’équité de genre et renforcement de la participation des femmes à la prise de
décision au niveau local.

La présente étude répond à ce troisième résultat. Elle fait partie de la stratégie genre qui a été
élaborée dans le cadre du projet, en vue de favoriser la prise en compte de la dimension genre dans
l’élaboration des politiques et de la planification aux niveaux régional et local.

3
Sommaire

Sommaire ................................................................................................................................... 4
Introduction ................................................................................................................................ 8
Chapitre 1 : Cadre conceptuel et méthodologique et contexte politique général. .................... 10
1.1. Enoncé de la problématique .......................................................................................... 10
1.1. 1 Femmes et citoyenneté ........................................................................................... 10
1.1.2 Rôle de la gouvernance locale dans la stimulation d’un développement plus
équilibré hommes-femmes. .............................................................................................. 12
1.2. Contexte : Les femmes et la participation politique au Maroc : de l’égalité des droits à
une égalité de fait ?............................................................................................................... 14
2.1 Un tournant dans l’histoire des femmes au Maroc: 1993-2003 ................................. 14
1.2.1.1. Participation des femmes aux fonctions représentatives nationales ............... 15
1.2.1.2. Participation des femmes aux fonctions représentatives locales ..................... 17
1.2.1.3. Participation des femmes aux fonctions gouvernementales ........................... 18
1.2. 2. En perspective des élections de 2007 et de 2009 .................................................. 18
1.3. L’enquête : échantillon, questionnaire et exploitation .................................................. 20
Chapitre 2 : L’accès des femmes aux sphères du pouvoir local : apports, obstacles et
opportunités. ............................................................................................................................. 22
2. 1 Les obstacles et les facteurs handicapants..................................................................... 22
2.1.1 Absence de traditions et de modèles. ...................................................................... 22
2.1.2 La culture masculine du monde politique. .............................................................. 23
2.1.2.1 Sexisme et misogynie des formations politiques. ............................................ 23
2.1.2.2 Les contraintes liées au pouvoir ....................................................................... 24
2.1.2.3 La conception du pouvoir :............................................................................... 25
2.1.3 Une organisation sociale et politique qui n’a pas encore tiré les conséquences des
évolutions en cours. .......................................................................................................... 25
2.1.3.1 La persistance de normes sociales et morales durables touchant les rôles
masculins et féminins. .................................................................................................. 25
2.1.3.2 L’inadaptation des modèles sociaux et des choix collectifs ............................. 26
2.1.4. Le manque de culture politique et de formation des femmes................................. 27
2.1.4.1 Une présence très timide à la base ................................................................... 27
2.1.4.2 L’ignorance des besoins spécifiques des femmes et l’alignement sur les
modèles masculins........................................................................................................ 27
2.1.4.3 Le réseau relationnel et politique ou l’handicap du réseau. ............................. 28
2.1.5. Le maintien des stéréotypes sexuels contribue à alimenter des comportements
sexistes, voire violents à l’égard des femmes. ................................................................. 28
2.1.6 L’analphabétisme des femmes. ............................................................................... 29
2.1.7 L’absence de moyens matériels et la corruption. .................................................... 29
2.1.8 L’absence d’une approche « Genre » dans les partis politiques. ............................ 29
2.1.9 Les conditions de travail et le statut de l’élu. .......................................................... 30
2.1.10 La législation en vigueur et l’absence d’actions positives favorisant un partage
plus équitable des fonctions électives entre les sexes. ..................................................... 30
2.1.11 L’absence d’une stratégie claire et globale de promotion des femmes dans les
instances politiques locales. ............................................................................................. 31
2.2. Facteurs et opportunités qui favorisent la participation des femmes à la prise de
décision communautaire. ...................................................................................................... 31
2.2.1. L’ouverture du Maroc sur l’extérieur et la pression internationale. ....................... 32

4
2.2.2. La volonté politique nationale. ............................................................................... 33
2.2.3. La pression de la société civile et des partis progressistes. .................................... 33
2.2.4. Le changement des mentalités................................................................................ 34
2.2.5. L’accès des filles à l’éducation. ............................................................................. 35
2.2.6. Les mesures de discrimination positive. ................................................................ 35
2.3 Apport des femmes à la gestion communale. ................................................................. 36
2.3.1 Elles inscrivent de nouvelles questions à l’ordre du jour. ....................................... 37
2.3.2 Elles sont plus accessibles aux autres et à leurs idées. ............................................ 37
2.3.3 Elles sont plus fermement attachées aux programmes de protection de
l’environnement, de protection sociale d’égalité entre les sexes. .................................... 38
2.3.4 Elles ont des styles de comportements politiques différents. .................................. 38
2.3.5 Elles apportent davantage de transparence et d’éthique dans la gestion des affaires
communales. ..................................................................................................................... 39
Chapitre 3 : la démocratie locale à l’épreuve des femmes : approche genre et participation
citoyenne. ................................................................................................................................. 40
3.1 L’application à la gestion municipale de l’approche différenciée selon les sexes, ou
approche genre. .................................................................................................................... 40
3.1.1. La politique du genre............................................................................................. 41
3.1.1.1 Il revient au Ministère de tutelle de décider l’adoption par les communes
d’une politique de genre. .............................................................................................. 42
3.1.1.2 Le genre, c’est le travail des partis politiques et non de la commune. ............. 42
3.1.1.3 Les programmes de la commune s’adressent à tous et il n’y a lieu de faire de
discrimination. .............................................................................................................. 43
3.1.1.4 Le genre c’est d’abord « éduquer les femmes » et lutter contre
l’analphabétisme........................................................................................................... 43
3.1.2 Comment l’émancipation des femmes est-elle promue dans la localité ? ............... 44
3.1.3 La formation des élu(e)s à l’approche genre. .......................................................... 45
3.1.4 La question de la budgétisation sensible au genre. ................................................. 45
3.1.5 La disponibilité de données désagrégées par sexe. ................................................. 46
3.1.6 L’absence de formation et d’outils de planification. ............................................... 47
3.2 Le partenariat avec la société civile et plus particulièrement avec les associations de
femmes. ................................................................................................................................ 48
3.2.1 Des évolutions sensibles dans les faits. ................................................................... 50
3.2.1.1 Une prise de conscience de plus en plus grande de la part des élus, du rôle
dévolu aux ONG en milieu communal, tant en milieu urbain qu’en milieu rural........ 50
3.2.1.2 Des processus de consultation sur le développement de la ville, où les femmes
sont partie prenante. ..................................................................................................... 50
3.2.1.3 L’INDH, source d’une nouvelle dynamique de partenariat avec la société
civile, notamment dans les grands centres urbains. ..................................................... 50
3.2.1.4 L’intégration du genre dans les budgets locaux : un exemple de bonne pratique
en matière de partenariat avec les associations de femmes. ......................................... 52
3.2.2 Des résistances qui rendent difficile la diffusion de l’approche participative. ....... 52
3.2.2.1 Les associations n’ont rien à voir avec la planification et la gestion locale …ce
ne sont pas leurs affaires ! ............................................................................................ 52
3.2.2.2 Des modes de participation traditionnels : « nous leur apportons une aide
matérielle et nous leur ouvrons les portes de la maison de la culture… » ................... 53
3.2.2.3 Deux poids, deux mesures…les associations sportives se taillent la part du lion,
les autres sont marginalisées… .................................................................................... 53
3.2.2.4 Cela dépend beaucoup de la sensibilité du principal responsable, il n’y rien de
systématique ou de formel en matière de partenariat. .................................................. 53

5
3.2.2 Un bilan contrasté aux yeux de certaines ONGs. .................................................... 54
3.2.2.1 Oui pour le partenariat, mais attention l’Etat doit assumer ses responsabilités…
...................................................................................................................................... 54
3.2.2.2 Nous ne voulons pas faire de la figuration…. .................................................. 55
3.2.2.3 Il ne faut mettre toutes les communes dans le même panier… ........................ 55
4. les mesures préconisées pour accélérer le processus de participation des femmes à la vie
publique .................................................................................................................................... 57
4.1. Analyse des mesures préconisées par les hommes et par les femmes .......................... 57
4.1.1. Hommes élus communaux ..................................................................................... 58
4.1.2. Elues communales .................................................................................................. 63
4.1.3. Militants d’associations .......................................................................................... 69
4.1.4. Militantes d’associations ........................................................................................ 73
4.1.5. Militants de partis politiques .................................................................................. 78
4.1.6 Militantes de partis politiques ................................................................................. 80
4.1.7. Hommes universitaires ........................................................................................... 83
4.1.8. Femmes universitaires ............................................................................................ 85
4.1.9. Hommes fonctionnaires communaux ..................................................................... 87
4.1.10. Femmes fonctionnaires communales ................................................................... 92
4.2. Synthèse des mesures préconisées ................................................................................ 98
4.2.1. Le changement de mentalité :................................................................................. 99
4.2.1.1 La scolarisation des filles et l’alphabétisation des femmes….......................... 99
4.2.1.2 Changement dans l’image de la femme ........................................................... 99
4.2.1.3 L’éducation selon le principe de l’égalité des sexes ...................................... 101
4.2.2. Accélérer le processus de participation de la femme à la vie publique…............ 101
4.2.2.1 La discrimination positive : quota et parité… ................................................ 102
4.2.2.2 Les lois, application et amendement… .......................................................... 103
4.2.2.3 La nécessaire participation de la femme au niveau communal ...................... 103
4.2.2.4 L’adoption de l’approche genre… ................................................................. 104
4.2.3. Le rôle des partis politiques et des associations… ............................................... 105
4.2.3.1 Les partis politiques ....................................................................................... 105
4.2.3.2. Les associations… ......................................................................................... 106
4.2.3.3. Tenir compte des femmes… ......................................................................... 107
4.2.3.4. Coordonner entre femmes appartenant aux différents partis…..................... 107
5. Profils, parcours et expériences de femmes au niveau communal ..................................... 108
5.1 Profils et parcours ......................................................................................................... 109
5.1.1 Essaouira ............................................................................................................... 109
5.1.2 Sfassif .................................................................................................................... 109
5.1.3 Arbaoua ................................................................................................................. 110
5.1.4 El-Jadida ................................................................................................................ 111
5.2 Compatibilité entre vie politique et vie familiale ....................................................... 112
5.3 L’apport des femmes .................................................................................................... 113
5.4 L’acceptation par l’entourage masculin ...................................................................... 115
5.5 Que faut-il faire pour améliorer la participation de la femme ..................................... 116
5.5.1 Pour remédier aux déficits de la représentation féminine ..................................... 116
5.5.2 Que faut-il faire au niveau communal ? ................................................................ 117
5.5.3 Que faut-il faire pour que les femmes surmontent les obstacles à venir ............... 119
Conclusion : Pour une présence équitable des femmes dans les institutions municipales. .... 121
Bibliographie .......................................................................................................................... 123
Annexes .................................................................................................................................. 125
Annexe 1 : la population de personnes ressources interviewées ........................................ 126

6
Annexes 2 : informations statistiques................................................................................. 127
Annexe 3 : Guides d’entretien ......................................................................................... 128
Annexe 4: Entretiens avec deux présidentes de communes et deux conseillères
communales ........................................................................................................................ 150

7
Introduction
Le mode d’exercice de la « Citoyenneté Active », implique une réflexion portant d’une part sur
l’influence du lieu de vie et d’autre part sur le fonctionnement des instances de représentation et les
rouages économiques et politiques qui font la cité.

Les femmes marocaines composent plus de la moitié de la population et contribuent largement à la


vie économique, sociale, culturelle et communautaire du pays. Toutefois, leur présence dans les
conseils municipaux est encore bien en deçà de leur apport réel à la vie de la collectivité. Au
lendemain des élections communales de 2003, seules quatre municipalités marocaines étaient
dirigées par une femme et les femmes n’occupaient que 127 sièges sur 22 816 postes de conseillers
municipaux soit un taux de 0,55%. Si les progrès sont tangibles, ils n’en sont pas moins
extrêmement lents.

Le gouvernement marocain a décidé pour des raisons évidentes de démocratisation d’entreprendre


une vaste réforme dans les multiples domaines de la vie communale et de procéder à un transfert
important des responsabilités et des moyens publics au profit des élus. Cela a été salué par nombre
d’observateurs comme une grande entreprise et un enjeu majeur pour l’avenir du pays. Il eût fallu
que cette réforme soit accompagnée d’un vaste plan visant d’une part, à prendre en considération
de façon systématique les intérêts des femmes dans le développement et d’autre part à permettre un
plus grand accès des femmes aux postes de pouvoir et d’influence au sein des municipalités et des
organismes supra-municipaux.

Malgré la mobilisation et la pression du mouvement de femmes et l’ouverture du débat sur la


restructuration et l’avenir des municipalités, force est de constater que les effets de cette
mobilisation sur la vie et la satisfaction des revendications des femmes en matière de représentation
dans les administrations et les conseils municipaux sont restées très faibles, voire insignifiants. Or,
une présence équitable, voire égale, des femmes et des hommes au sein des structures municipales
constituent un véritable enjeu pour le développement et la démocratie locale.

La présente recherche sur « La place des femmes dans la gouvernance locale au Maroc » s’inscrit
dans cette perspective. Elle fait partie de la stratégie genre qui a été élaborée dans le cadre du PGL,
en vue de favoriser la prise en compte de la dimension genre dans l’élaboration des politiques et de
la planification aux niveaux régional et local.

Elle a pour principaux objectifs de :

(1) Etablir un état des lieux de la participation des femmes à la prise de décision aux plans
régional et local.
(2) Identifier les obstacles qui, dans la situation actuelle, handicapent la participation des
femmes à la gestion locale, aux plans institutionnels, législatif, réglementaire ainsi
qu’au plan des mentalités et des modes de vie.
(3) Dégager les opportunités et les facteurs qui favorisent par ailleurs, cette participation.
(4) Evaluer le degré de prise en compte des questions de genre et des besoins spécifiques
des femmes dans les politiques et les pratiques locales.
(5) Enfin, identifier les voies et les moyens qui sont préconisés par les différents acteurs
pour promouvoir et conforter la participation des femmes à la prise de décision aux
niveaux régional et local.

8
L’objectif ultime de ce travail d’analyse est d’apporter un éclairage complémentaire aux
résultats d’autres enquêtes réalisées par des acteurs institutionnels ou associatifs, sur la
participation des femmes marocaines aux différents échelons de la prise de décision, afin
de mieux appréhender les zones de résistances et de trouver les voies et moyens
d’améliorer la situation des femmes dans la vie publique.

Cette étude se divise en quatre grandes parties, qui empruntent les principaux axes fixés
par la recherche:

La première partie (chapitre I), est consacrée au cadre conceptuel et problématique, dans
lequel s’inscrit l’impératif de la participation des femmes aux organisations municipales,
ainsi que l’analyse de la représentation et de la participation des femmes à la gestion
communale.

La deuxième partie (chapitre II), présente dans un premier temps, la perception qu’ont les
différents acteurs locaux et plus particulièrement les femmes (élus, fonctionnaires et
représentantes d’ONG) des principaux obstacles qui handicapent une participation plus
égalitaire des femmes dans la détermination des politiques au niveau des collectivités
territoriales. Elle sonde dans un deuxième temps, les opportunités qu’offre un contexte
marocain en pleine effervescence démocratique et qui sont susceptibles de favoriser
aujourd’hui une plus grande prise en compte des questions de genre au niveau local, à la
fois en terme d’accès aux postes de commande ainsi qu’en terme de prise en considération
des besoins des femmes par les instances municipales. Enfin, cette partie s’intéresse à
l’apport des femmes à la gestion municipale aux yeux des différents acteurs et aux
changements qui sont occasionnés par l’augmentation du nombre de femmes au sein des
assemblées locales.

La troisième partie (Chapitre III) fait le point, sur les progrès accomplis et les retards
enregistrés, en matière d’intégration de l’approche genre dans les politiques locales et de
prise en compte des besoins différentiels des femmes et des hommes, par ces mêmes
politiques. Elle dresse d’autres part, un état des lieux des relations qu’entretiennent les élus
avec la société civile et plus particulièrement avec les associations qui œuvrent à la défense
des droits des femmes ou qui offrent différents services à la population, dans les communes
concernées par l’étude.

La quatrième partie de l’étude (chapitre IV) présente les différentes mesures et les actions
stratégiques préconisées par les hommes et les femmes appartenant aux cinq catégories
d’acteurs identifiés, pour renforcer la participation des femmes à la vie publique et pour
faire de cette participation une réalité tangible au Maroc. Le chapitre se termine par une
synthèse générale dressant un répertoire ordonné des mesures d’ordre général comme des
mesures de discrimination positive en direction des femmes, en vue d’établir une égalité de
fait entre les hommes et les femmes dans la sphère politique.

La cinquième partie (chapitre V) trace le profil, le parcours et analyse l’expérience et les


opinions de quatre femmes membres de conseils communaux : deux présidentes de
communes, l’une préside une commune urbaine (Essaouira) et l’autre préside une petite
commune rurale (Sfassif) et deux conseillères communales, l’une est en même temps
députée et médecin dans une commune rurale (Arbaoua) et l’autre est pharmacienne ayant
une expérience syndicale (El-Jadida).

9
Chapitre 1 : Cadre conceptuel et méthodologique et
contexte politique général.

Ce premier chapitre de l’étude est consacré tout d’abord au cadre conceptuel méthodologique
et problématique, dans lequel s’inscrit l’impératif de la participation des femmes aux
organisations municipales. Il tente d’autre part, de dresser un état des lieux sur l’accès des
femmes marocaines à la prise de décision aux plans national et local.

1.1. Enoncé de la problématique

1.1. 1 Femmes et citoyenneté


Le droit des femmes à la gestion de la ville devient un des fondements incontournables de la
citoyenneté. Bien que les femmes représentent plus de la moitié de la population, elles sont
généralement exclues des postes de prise de décision et de la gestion communautaire. Rares
sont les femmes qui font de la politique et encore plus rares sont les femmes qui accèdent à de
hauts postes de responsabilité et aux fonctions gouvernementales suprêmes. Quoique les
femmes soient les premières concernées par la vie de la communauté et la gestion des espaces
de proximité, elles sont, dans la ville comme dans les campagnes, très peu nombreuses à
assumer des responsabilités communautaires. Elles sont particulièrement invisibles à tout
niveau de décision ayant trait aux choix qui créent et gèrent la cité, l’habitat et l’aménagement
du territoire. De ce fait, leurs besoins spécifiques ne sont guère pris en compte dans les
programmes, car bien éloignés des intérêts des décideurs omniprésents. Même si le plus
souvent, aucun obstacle légal ne s’oppose à la participation des femmes à la gestion
municipale ou communautaire, des contraintes liées d’une part, à la difficulté de concilier les
charges familiales, professionnelles et associatives ou communautaires et d’autre part, la
persistance de comportements sociaux valorisant le rôle de l’homme dans la communauté, au
détriment de celui de la femme, expliquent leur faible participation à la responsabilité
communautaire.

De nombreuses études ont tenté d’expliquer les raisons de la faible représentation des
femmes aux lieux décisionnels. En ce qui a trait aux postes électifs, il semble exister autant de
raisons d’ordre structurel (manque de disponibilité dû à la difficulté de concilier les activités
familiales et professionnelles, réseau d’appui souvent inexistant, etc.) que de raisons d’ordre
culturel (système d’apprentissage scolaire et familial, faible attrait des femmes pour la
politique, l’absence de modèles féminins, l’isolement de celles qui sont élues, etc.). Pour ce
qui est des postes nommés, les femmes y sont très nettement défavorisées, puisqu’elles ne
font pas partie des réseaux dans lesquels les décideurs puisent généralement leurs candidates.

Alors que nombre de clignotants relatifs à la répartition des richesses, au droit à l’emploi et au
logement, à la santé et services associés sont au rouge, la notion de développement durable
vient suppléer celle d'aménagement du territoire. Qui, mieux que les femmes, peut apporter sa
connaissance du milieu local pour aider à son développement ? Nombre d’études ont montré
que la participation des femmes à la gestion locale apportait une différence de style politique
et induisait des changements dans les institutions et leur mode de fonctionnement.

10
A défaut de changer le politique et de combler la distance sociale entre gouvernants et
gouvernés, la féminisation des élites politiques peut entraîner un renouvellement des priorités,
comme des pratiques politiques. Parce qu’elles ont une expérience différente – ayant joué
jusque-là les tenantes du quotidien et du familial – les femmes sont bien placées pour infléchir
le contenu des programmes politiques, combler les lacunes d’un bien commun défini sans
elles. Parce qu’elles ont une autre appréhension du rapport entre vie privée et vie politique, les
femmes sont aussi toutes désignées pour repenser le métier politique, réduire le divorce entre
l’agora et la maison. Elles pourraient ainsi forger un autre modèle d’acteur.

Outre le fait, qu’elle relève de la légitimité démocratique, la question de la participation des


femmes à la gestion communautaire est aussi source de renouvellement essentiel de la
dynamique communautaire. C’est pourquoi, il importe de mettre en place des processus
favorisant leur pleine participation à la planification et à l’aménagement des établissements
humains et à la prise de décision comme un des fondements majeurs du renouveau
démocratique.

Le Sommet des Villes (Habitat II), organisé par l’ONU à Istanbul en juin 1996, marque un
tournant majeur en ouvrant une large place aux préoccupations des femmes. Donnant suite à
la Conférence Mondiale sur les Femmes (Beijing, 1995), le sommet attire l’attention sur la
nécessité de promouvoir une démocratie paritaire homme-femme, pour améliorer le cadre
urbain, tout en reconnaissant que les rapports de genre se reflètent jusque dans l’organisation
spatiale de la ville et dans la manière dont les villes sont planifiées et gérées. Le sommet
débouche sur une série d’engagements des Etats membres. Ces engagements, qui s’inscrivent
dans le cadre du Programme pour l’Habitat, ont pour objectif commun l’égalité entre
hommes et femmes dans la gestion des établissements humains à l’échelle des villes et des
communautés.

La première Assemblée Mondiale des Villes et Autorités Locales qui s’est tenue en marge de
ce sommet et qui a réuni plus de 500 maires s’est engagée à « promouvoir et à assurer la
pleine participation des femmes dans la prise de décisions au niveau municipal en prenant les
dispositions nécessaires pour une répartition équitable du pouvoir et de l’autorité ».2 Habitat
II consacre également l’importance des partenariats et de la mise en commun des expériences
et des ressources. Dans cette perspective, les gouvernements, les pouvoirs locaux et leurs
partenaires étaient invités, à mettre au point des plans d’action quinquennaux pour atteindre
ces objectifs. Le suivi des mesures prises par ces différents acteurs est assuré par une
commission internationale, la Commission Huairou, composée de représentants de groupes de
femmes, des autorités locales et des agences des Nations Unies. La Commission a pour
mission de veiller au suivi des mesures prises par les gouvernements et par les autorités
locales, sur la base de plans d’actions quinquennaux qui doivent viser trois grands objectifs :

 Assurer la pleine et égale participation des femmes aux instances politiques et


administratives, à l’échelle locale et régionale ;
 Assurer la pleine participation des femmes, en tant que citoyennes, au développement des
villes et des communautés ;
 Implanter l’approche différenciée selon les sexes dans la pratique de planification, de
développement et de gestion urbaine.

2 Déclaration de l’Assemblée Mondiale des Villes et Autorités locales, Istanbul, 1996, cité dans le rapport de la Fédération Canadienne
des Municipalités, Groupe Femmes et Ville, intitulé « une ville à la mesure des femmes : le rôle des municipalités dans l’atteinte de
l’objectif d’égalité entre hommes et femmes », Ottawa, Canada, 1997.

11
Pour sa part, la « Charte Européenne des Femmes dans la Cité 3», considère que « la
dimension du genre appliquée à la gestion de la ville doit être admise comme source d’une
nouvelle culture partagée et participer à l’élaboration d’une nouvelle philosophie de
planification et d’aménagement du territoire en tant que champ de connaissances des rapports
construits socialement entre les hommes et les femmes, elle constitue un moyen efficace de
déconstruire les stéréotypes et d’aborder l’urbanité sous un meilleur angle 4». Rédigée en
1994-1995 par un groupe d’expertes et de représentantes d’associations de femmes
européennes, cette charte propose une nouvelle grille de lecture de la ville avec des « lunettes
de genre », autour de cinq thématiques majeures, dont le développement durable, la sécurité,
la mobilité, l’habitat et les équipements de proximité et émet une série de recommandations
susceptibles de favoriser une citoyenneté plus active des femmes, une démocratie paritaire à
tous les échelons de la prise de décision et d’améliorer l’aménagement des villes du futur.
Conçue en douze points, cette charte est devenue depuis un référentiel international, reconnu
par l’ONU, en matière de gouvernance locale.

L’Union internationale des villes et pouvoirs locaux (IULA), réunie à Harare, au Zimbabwe,
en 1998, adopte la Déclaration mondiale de IULA sur les femmes dans le gouvernement local,
qui incite les pouvoirs locaux à reprendre à leur propre compte les engagements de leurs
gouvernements respectifs en matière d’égalité des sexes.

Au moment des bilans (Istanbul +5), à New-York, en juin 2001, de nombreuses activités
témoignent des progrès accomplis en matière d’habitat, grâce aux partenariats développés à
l’échelle locale entre les groupes de femmes, la société civile et les pouvoirs locaux, afin
d’atteindre, entre autres, les objectifs liés à l’égalité des sexes.

1.1.2 Rôle de la gouvernance locale dans la stimulation d’un


développement plus équilibré hommes-femmes.
La gouvernance est une notion complexe et controversée. Tout d’abord, gouvernance ne
signifie pas gouvernement. Le principe de la gouvernance est qu’il existe un pouvoir à
l’intérieur et à l’extérieur des autorités et des institutions gouvernementales officielles. Dans
nombre de cas, la gouvernance englobe le gouvernement, le secteur privé et la société civile.
Ensuite, la gouvernance met l’accent sur « la méthode »5. Elle admet que les décisions sont
prises sur la base de relations complexes entre de nombreux acteurs avec des priorités
différentes.

Apparu au cours des années 1990 dans le vocabulaire du développement, la « Gouvernance


urbaine » se définit comme « une politique qui est mise en œuvre par une grande diversité- le
plus exhaustif possible – d’acteurs (publics, privés, associatifs, communautaires, hommes,
femmes, etc.) qui apportent des perspectives spécifiques, afin d’enrichir la vision globale de la
ville, dans laquelle chacun doit pouvoir se reconnaître »6. Pour Patriciat L. MacCarney, qui a

3 Charte Européenne des Femmes dans la Cité. Enoncé de la problématique. 1994-1995


4 Idem p. 9
5 Thèmes particuliers : Gouvernance urbaine. Commission des établissements humains. Nations Unies. Dix-huitième session.
Nairobi. 2001
6 Malick Gaye, villes entrepreuneuses, ENDA, Dakar, 1996

12
réuni dans un ouvrage intitulé « Cities and Governance » une série d’articles sur la pratique de
la gouvernance dans les pays en développement, « ce terme est tout le contraire du
gouvernement, du moins dans sa variante centralisatrice imposée dans le monde par les
vieilles nations européennes »7. Ainsi, la gouvernance urbaine peut être définie comme la
gestion décentralisée, communautaire de la ville, impliquant tous les acteurs locaux, des
autorités locales aux habitants, hommes et femmes, en passant par les associations
communautaires et les ONG.

L’hypothèse sous-jacente à l’idée de gouvernance est l’existence d’une crise de la


gouvernabilité des sociétés, du fait de la mondialisation. Les gouvernements institués, ceux
des Etats comme ceux des communes, auraient perdu leur capacité d’action du fait des
mutations en cours dans la société. Dans ce contexte, le modèle de la politique urbaine
traditionnelle qui confiait aux seules autorités politiques la responsabilité de la gestion de la
ville ne tient plus la route. Les défis qu’on à relever les pouvoirs publics incitent au
développement et à la mise en pratique de nouveaux modes d’intervention, basés sur le
partenariat et la coopération au double plan national et local.

La gouvernance urbaine serait ainsi la capacité d’établir un cadre collectif d’action solidaire et
de réflexion stratégique, basé sur la participation citoyenne et reliant les principaux acteurs
autour de la décision politique.

Pour les femmes, les deux points clés en matière de bonne gouvernance urbaine sont le
renforcement de leur rôle dans la prise de décision au niveau local et la prise en compte de
leurs besoins et priorités dans le processus de planification et de répartition des ressources.
Compte tenu du fait que les femmes et les hommes vivent les villes différemment, et que les
besoins des femmes sont rarement pris en considération dans l’élaboration de politiques ou la
planification, il importe que les femmes commencent à faire valoir énergiquement leurs
intérêts dans les programmes locaux.

L’argument en faveur de l’inclusion des besoins des femmes est évident. La gouvernance
locale est inextricablement liée au bien-être des habitants. Elle doit permettre aux hommes et
aux femmes de profiter des bienfaits de la citoyenneté. Aucun homme, femme ou enfant ne
peut dès lors, se voir refuser l’accès aux choses essentielles de la vie urbaine, notamment la
santé, l’éducation, la nutrition, un logement convenable, l’eau potable, l’assainissement, un
environnement propre, l’emploi, la sécurité et la mobilité. Une bonne gouvernance urbaine
offre aux femmes un environnement propice qui leur permet de faire bon usage de leurs
talents et de leurs compétences pour améliorer leurs conditions sociales et économiques et
celles de leur communauté.

Lorsqu’on leur en donne les moyens, qu’elles sont bien informées et sûres d’elles, les femmes
peuvent jouer un rôle significatif dans la résolution des questions de gouvernance. Elles
peuvent être présentes à des postes d’administration et de direction et non pas simplement au
sein de mouvements sociaux, d’instances et de comités de prise de décisions. C’est pourquoi,
il est impératif d’élaborer des politiques permettant d’instaurer une parité entre les sexes dans
les prises de décision en favorisant une participation accrue des femmes aux instances locales,
aux côtés des autorités et de la société civile.

7 Patriciat L. McCarney, Cities and governance, New Directions in Latin America, Asia and Africa, Center for Urban and Community
studies, Université de Toronto, 1996.

13
Dans les domaines clés tels que les services de base, de droits économiques, les droits de
l’homme, le transport, la violence et la sécurité, l’introduction de mesures stratégiques axées
sur la parité entre les sexes est une nécessité.

La participation et l’engagement de la société civile sont tout aussi important et s’inscrivent


dans la même logique : celle de la démocratie participative et de la gestion collective. Le rôle
d’intermédiation sociale des ONG, permettant la confrontation et l’articulation de nombre
d’acteurs communautaires, apparaît comme incontournable pour réaliser un développement
durable. Ces nouveaux acteurs sont appelés à jouer un rôle de tout premier ordre dans la
réduction des fractures sociales et dans la résolution de nombre de problèmes, comme la
pauvreté, le chômage, l’analphabétisme, l’exclusion des femmes, la dégradation de
l’environnement et bien d’autres problèmes encore. Deux lignes d’action fondamentales leur
sont reconnues. En premier lieu, l’intermédiation sociale, la circulation de l’information, de la
parole et l’action, du bas vers le haut, du haut vers le bas et à un même niveau. En second
lieu, l’articulation entre les initiatives de la population et les pouvoirs publics et entre les
intervenants eux-mêmes.

1.2. Contexte : Les femmes et la participation politique au


Maroc : de l’égalité des droits à une égalité de fait ?
Cinquante ans après l’accession à l’indépendance et douze ans après la Conférence Mondiale
des Femmes (Beijing, 1995), la question que l’on se pose d’emblée est la suivante : où en est
le partage du pouvoir entre les hommes et les femmes dans la vie politique au Maroc ? Les
efforts de la société civile et des organisations internationales ont-ils été couronnés de succès,
leurs recommandations, voire dans certains cas leurs injonctions ont-elles été suivies,
entendues par les partis politiques et l’Etat ?

2.1 Un tournant dans l’histoire des femmes au Maroc: 1993-2003


La dernière décennie a été marquée au Maroc, par des transformations du paysage politique,
économique et social. Les femmes ont été mêlées de très près à ces changements, qu’elles en
aient été les acteurs, les bénéficiaires ou qu’elles en aient subi les effets. La réforme du Code
de la famille et l’engagement de plus en plus marqué des femmes sur la scène politique
représentent, sans doute les faits majeurs de la période récente.

C’est sur fond de profondes mutations politiques et sociales que les femmes marocaines font
leur entrée dans le champ politique, le dernier bastion de résistance aux femmes. La décennie
1993-2003 marque à cet égard, un tournant dans l’histoire de la participation des femmes au
champ politique. C’est en 1993 que les femmes ont accédé au parlement pour la première fois
et en 1997 que les premières femmes sont nommées au gouvernement.

De fait « toutes les observations concourent pour souligner les mutations à l’œuvre dans le
statut de la femme qui se déplace d’une identité définie par les fonctions domestiques et
familiales vers un statut de sujet politique qui s’engage dans l’espace public et investit
progressivement tous les secteurs »8

8 Houria Alami M’chihi. Genre et participation politique, dans Féminin-masculin : la marche vers l’égalité au maroc ; 1993-2003.
Friedrich Ebert Stiftung. FesMaroc. ImprimElite. 2004

14
Les progrès réalisés en matière de participation politique des femmes sont le résultat d’une
conjonction de nombre de facteurs, dont les plus importants sont la pression croissante des
associations féministes et d’un programme de gouvernance qui inclut, dans ses objectifs,
l’égalité démocratique entre les hommes et les femmes au Maroc.

En d’autres termes, on peut dire que deux facteurs majeurs ont contribué à la fois à inscrire
cette question dans l’agenda politique et à faire aboutir certaines revendications en la matière.

Le premier facteur est représenté par les mobilisations des associations féminists, qui dès le
début des années 90, ont entamé un travail de réflexion (études, enquêtes, rapports) et de
mobilisation en faveur de la promotion politique des femmes. Les différentes coalitions
créées ont d’emblée centré leur plaidoyer sur une idée centrale qui est de transformer l’égalité
théorique en matière de droits politiques à une égalité réelle considérée comme un indicateur
pertinent du processus de démocratisation des institutions du pays. Deux revendications
centrales vont structurer les demandes de ce mouvement :
• le changement du mode de scrutin majoritaire à un tour à un scrutin de listes à la
proportionnelle
• l’instauration d’un quota en tant que mécanisme provisoire et volontaire destiné à
accélérer les changements dans ce domaine

Le deuxième facteur réside dans l’ouverture politique au Maroc et dans les changements
démocratiques enregistrés depuis prés d’une décennie. Le changement du mode de scrutin en
2002 participe à ces évolutions: d’un scrutin majoritaire à un tour on est passé à un scrutin de
liste à la proportionnelle et au plus fort reste, avec l’instauration d’un mécanisme d’action
affirmative en faveur des femmes.

1.2.1.1. Participation des femmes aux fonctions représentatives nationales


Durant la longue marche des femmes vers la parité politique, deux étapes peuvent être mises
en exergue : avant 2002 et à partir de 20029.

Avant 2002

Dès les premières élections législatives de 1963, des femmes se sont portées candidates sans
être élues. Il a fallu attendre 1993 pour que deux femmes soient élues au parlement pour la
première fois représentant 0,66% des parlementaires. Ces chiffres vont être maintenus lors des
élections de 1997 -deux femmes sont élues sur 325 membres- malgré une campagne de
revendication active par le tissu associatif en faveur d’une meilleure représentation et pour
l’instauration d’un mécanisme d’action provisoire destiné à accélérer les changements.

A partir de 2002

Un progrès réel a été réalisé en 2002, à la faveur de la révision de la loi organique de la

9
Voir tableau en annexe 2 : Evolution du nombre de candidates et du nombre des femmes élues au parlement

15
chambre des représentants (chambre basse du parlement) ayant instauré deux types de liste10
- listes locales portant sur 295 sièges
- liste nationale portant sur 30 sièges
Un accord entre les différentes formations politiques a permis de réserver la liste nationale à
la candidature féminine exclusivement.

Lors des élections législatives de 2002, ces nouvelles orientations ont entraîné une
augmentation notable tant du nombre des candidatures que du nombre des élues :

• le nombre des candidates a été environ 12 fois supérieur à celui des élections
législatives de 1997. En effet, 269 femmes se sont portées candidates sur un total de
5865 candidatures, 47 femmes étaient en tête des listes locales, soit 5% des
candidatures présentées. Avec les listes nationales, au total plus de 966 candidates se
sont présentées en 2002.

• le nombre des femmes élues a progressé de 17,5 fois : 35 femmes ont été élues à la
chambre des représentants : 30 sur la liste nationale et 5 sur les listes locales. Les
femmes élues représentent 10,6% de l’ensemble des sièges à la chambre des
représentants.

Toutefois, ces changements positifs relatifs au niveau de la chambre des représentants n’ont
pas eu d’impact sur la configuration de la chambre des conseillers dans la mesure où seules
deux femmes ont eu accès à cette chambre.

Les données socio-économiques permettent d’apporter un éclairage sur le profil des femmes
qui s’investissent dans ce champ d’action. En l’absence de données qui puissent apporter un
éclairage comparatif hommes-femmes, il est toutefois possible de noter le niveau éducatif
élevé des candidates11 : 60 % des femmes sur les listes locales et 65 % des candidates sur les
listes nationales ont un niveau de formation universitaire. Ces caractéristiques se reflètent
dans le niveau des élues qui sont majoritairement universitaires, dont une grande proportion
d’enseignantes.

Ces résultats comparativement à ceux des élections législatives précédentes ont été
considérées par le mouvement pour les droits des femmes comme une avancée non
négligeable pouvant ouvrir la voie à des évolutions futures plus significatives.

Toutefois, l’évaluation de ces acquis permet de montrer que ces évolutions sont ambiguës,
compte tenu de trois principales limites:

10 La loi organique de la chambre des Représentants dans son article 1 précise, en effet, que de la chambre des Représentants sera
désormais composée de 325 membres dont 295 seront élus dans des circonscriptions et 30 à l’échelle nationale
11
Alami M’Chichi Houria et Benradi Malika, [2002], Les Marocains et les Marocaines face au politique. Quelle
place pour les femmes ? Ed .Dar El Kalam, Rabat, p.73-75.
11
Centre du leadership féminin, ADFM, [2000], La perception du genre et dispositions de la population par
rapport à l’accès de la femme à la décision politique au Maroc. Voir également : Les perceptions du potentiel de
changement de la position des femmes dans le cadre des relations familiales, enquête citée par R.Naciri, « Genre,
pouvoir et prise de décision au Maroc » dans Disparités entre hommes et femmes et culture en Afrique du Nord,
[2001], N.U Commission Economique pour l’Afrique, Tanger.
11
Mchichi Alami Houria: Femmes et hommes au Maroc: Analyse de la situation et de l’évolution des écarts dans
une perspective genre, la participation à la prise de la décision et le genre, Direction de la Statistique
avec le soutien du PNUD, UNIFEM, ESCWA, Rapport Ronétypé, Rabat .

16
 Au plan numérique, la liste nationale réservée aux femmes porte sur un peu moins de
10% des sièges de la chambre des représentants, or, cette proportion ne peut, en aucun cas,
être considérée comme réellement significative et porteuse d’impacts positifs et
transformateurs sur les statuts et conditions des femmes marocaines tant au plan politique que
social.

 Cette liste n’a pas été institutionnalisée par un texte de loi. A ce titre, cette action
affirmative est fragile car les responsables des partis politiques ont le droit de l’ouvrir aussi à
la candidature masculine..

 Telle que conçue la liste nationale ne relève pas d’un système de quota et ne constitue
pas, par conséquent, un mécanisme efficace permettant d’impulser un processus dynamique
et évolutif en faveur de la participation politique des femmes aux fonctions représentatives.

Par ailleurs, ce mécanisme informel va être considéré par les formations politiques comme
l’unique opportunité pour les candidatures féminines alors que les listes locales seraient
consacrées aux hommes presque exclusivement.

1.2.1.2. Participation des femmes aux fonctions représentatives locales


Sur une période de vingt ans (1983- 2003), le nombre des femmes candidates aux fonctions
représentatives locales a été multiplié par 19,6 alors que celui des femmes élues aux mêmes
fonctions n’a été multiplié que par 3,7 comme le montrent les données du tableau ci dessous.

Elections Candidats Candidates Elus (es) Proportion


municipales
1960 17174 14 0
1976 42638 76 9
1983 54165 306 34/ 15423 0,27
1992 93000 1086 75 / 24230 0,33
1997 102179 1651 83/ 24230 0,34
2003 122658 6024 127/ 23689 0,55

Ces données reflètent, à la fois, la volonté des femmes à participer aux affaires locales et
l’ampleur des difficultés qu’elles rencontrent à être élues dans les conseils communaux. Elles
révèlent aussi combien les élections communales sont de plus en plus décourageantes pour les
femmes. En effet, en 1983, 11,1% des candidates ont été élues, par contre en 2003 les élues ne
représentaient plus que 2,1% des 6024 candidates. Ce déficit est consécutif à la pratique des
partis politiques d’inscrire des femmes dans leurs listes, pour répondre à la demande de
participation des femmes, tout en réservant les places avantageuses aux hommes, tant au
niveau des listes qu’à celui des circonscriptions.

En l’absence de mécanisme d’action positive au niveau des élections locales, la proportion


des femmes élues en 2003 n’a même pas pu atteindre le seuil de 1%. Cette faible présence a
été également reflétée au niveau des instances de décision communale au sein desquelles la
présence des femmes est absolument timide même s’il faut noter l’élection pour la première
fois que quatre municipalités marocaines étaient dirigées par une femme.

17
1.2.1.3. Participation des femmes aux fonctions gouvernementales
La première femme ministre dans l’histoire du Maroc a été nommée en 2000 et, jusqu’en
novembre 2002, il n’y avait que deux femmes chefs de cabinet et une femme secrétaire
générale (depuis Juillet 2002). La nomination de trois femmes au gouvernement en octobre
2002 peut être interprétée de deux façons. Elle peut être considérée comme la conséquence
d’une nouvelle dynamique de prise de conscience de la nécessité d’inclure les femmes dans
toutes les structures de l’Etat. Elle peut aussi être jugée comme largement insuffisante puisque
les ministères attribués (famille, immigration, alphabétisme et éducation non formelle) ne
s’écartent pas de la répartition classique des rôles. Cette situation semble être en décalage
avec les tendances observées de l’opinion publique12 qui attribue aux femmes des possibilités
plus grandes d’être ministres : les résultats d’une enquête réalisée par deux universitaires
marocaines montrent en effet que, à l’exclusion des ministères de l’intérieur et de
l’agriculture, les personnes interrogées ont jugé que les femmes comme les hommes
pouvaient valablement diriger n’importe quel ministère.13

La faible inclusion des femmes dans la prise de décision gouvernementale est sans doute la
conséquence d’une caractéristique fondamentale du genre des partis politiques qui, malgré les
progrès réalisés en faveur de l’égalité entre les femmes et les hommes, restent encore
largement dominés par la culture masculine.

1.2. 2. En perspective des élections de 2007 et de 2009


Durant les derniers mois et en perspectives des prochaines échéances électorales (législatives
en 2007 et locales en 2009), la scène politique a connu un certain nombre de développements
destinés à améliorer le fonctionnement des instances élues et des formations politiques
auxquels la constitution confie la mission d’encadrer les citoyens.

A l’occasion de cet agenda, les organisations des droits des femmes ont mené une campagne
de plaidoyer et de sensibilisation destinées à influer sur les changements en cours et ce à deux
niveaux :

- La loi sur les partis politiques, adoptée à la fin de 2006, dispose dans son article 22
que les statuts des partis politiques doivent incorporer la proportion consacrée aux femmes et
aux jeunes parmi leurs membres. Aucune mesure précise et coercitive n’a été incorporée dans
cette loi afin de favoriser réellement la participation des femmes au sein des partis politiques
et au sein de leurs instances de prise de décision en dépit des demandes des organisations des
droits des femmes.14

12 voir tableaux en annexes


13 Alami M’Chichi Houria et Benradi Malika, [2002], Les Marocains et les Marocaines face au politique. Quelle place pour les femmes ? Ed .Dar El
Kalam, Rabat, p.73-75.
14 Il s’agit plus particulièrement de la campagne menée par la coalition « Comité de suivi de la loi sur les partis politiques » dont les
deux principales revendications ont concerné la nécessité de disposer du principe de l’égalité hommes-femmes comme principe
structurant l’ensemble des disposition de cette lois d’une part , l’incorporation d’objectifs chiffrés et de mesures incitatives
permettant de garantir une meilleure représentativité des femmes au sein de toutes les instances des formations politiques, d’autre
part.

18
- La loi organique de la chambre des représentants a également enregistré des
modifications en 2007. Toutefois, aucune disposition relative à la promotion de la
représentation des femmes n’a été prise; la loi s’est contentée de consacrer la liste nationale
avec le même nombre de siège. Cette loi a fait l’objet d’une grande mobilisation de la part
d’une coalition des organisations des droits des femmes élargie à d’autres organisations15. Les
principales revendications de ce mouvement ont porté sur la nécessité de prendre en compte
le principe du quota, de l’institutionnaliser dans le code électoral et de l’établir au tiers des
sièges non seulement de la chambre des représentants mais également de toutes les instances
élues (chambre des conseillers, élections communales).

Un certain nombre de conclusions peuvent être mises en exergue en perspective des


prochaines échéances électorales tant au niveau national que local :

• Les évolutions récentes n’ont pas incité les formations politiques à proposer des
candidatures féminines suffisamment nombreuses aux postes représentatifs et
ministériels.

• La progression très lente de la participation politique des femmes aux fonctions


représentatives dénote des grandes résistances des décideurs et responsables politiques
aux demandes exprimées par la société civile et confirmées par les différentes
enquêtes et sondages d’opinion réalisés durant les dernières années y compris par les
institutions publiques.16

Eu égard aux résistances des acteurs politiques, il s’avère que compter sur une amélioration
spontanée de la participation politique des femmes (les femmes devraient se battre au sein de
leurs partis respectifs pour être présentées nombreuses dans des circonscriptions
gagnables...) ne peut constituer une réelle alternative.

En effet, en attendant l’avènement d’une véritable culture politique égalitaire, des mesures
législatives devraient être prises :
- au niveau de la Constitution: cette dernière, disposant du principe de l’égalité d’une façon
claire et explicite, devrait être amendée pour autoriser le législateur à instituer la
discrimination positive en faveur des femmes.
- au niveau du code électoral : prévoir la mise en place d’un système de quota dans le code
électoral17,
- au niveau de la loi sur les partis politiques : prévoir des mesures financières et incitatives
aux partis politiques qui font participer les femmes à la vie publique.

Des mesures de ce type constituent les seules alternatives réellement susceptibles d’apporter
des changements significatifs dans le domaine de la participation des femmes.

15 Mouvement pour le tiers… vers la parité


16
Il s’agit plus particulièrement de l’enquête réalisée par le Haut Commissariat au Plan en 2006: « La femme
marocaine sous le regard de son environnement social » ayant porté sur L’échantillon de l’enquête, composé de
près de 3700 ménages.
17
Le mouvement pour le tiers a proposé que le code électoral doit stipuler que le nombre des personnes de
même sexe ne doit pas être inférieur au tiers de l’ensemble des membres des instances élues, l’USAID, a proposé
dans le Projet de Gouvernance Locale, un quota de 20 % de personnes.

19
1.3. L’enquête : échantillon, questionnaire et exploitation
L’objectif principal de l’enquête est de recueillir les opinions et les pratiques de représentants
des différents acteurs sociaux de la vie publique au Maroc, notamment au niveau communal,
sur la participation des femmes à la gestion communale et sur les mesures susceptibles de
favoriser leur plus grand accès aux postes de pouvoir et d’influence au sein des organismes
municipaux.

L’échantillon18 de personnes enquêtées comporte 60 personnes (31 hommes et 29 femmes).


Quoiqu’il ne soit pas représentatif en termes statistiques, il couvre cependant différentes
catégories de personnes ressources, représentant les principaux acteurs et intervenants sur la
scène communale. De ce fait, l’échantillon comprend des élus et des fonctionnaires
communaux, des membres d’associations (ONGs) et de partis politiques ainsi que des
universitaires. Les élus et les fonctionnaires communaux retenus, couvrent une large partie
des communes concernées par le « Projet Gouvernance Locale », -Témara, Casablanca,
Mohammedia, Nouaceur, Meknes, Errachidia et Kenitra-. La faible proportion des élues
communales -0,6% de l’ensemble des élus communaux du Maroc- n’a permis de toucher que
4 femmes. Le manque de femmes élues a été compensé, au niveau des entretiens, par un
surplus de militantes d’associations féminines et de femmes fonctionnaires.

L’objectif de l’enquête étant qualitatif et non quantitatif, le questionnaire (voir les


questionnaires en annexe) est formé de questions ouvertes, au nombre de vingt-deux. Les
réponses aux questions posées ont été enregistrées, ensuite transcrites puis traduites vers le
français.

Compte tenu de l’objet de la présente étude, le questionnaire s’articule autour de trois axes :

Un premier axe est réservé à des questions portant sur l’opinion de l’interviewé (e) relative
aux avantages et aux inconvénients de la participation des femmes à la gestion communale
ainsi qu’aux facteurs qui handicape et à ceux qui favorisent cette participation.

Le deuxième axe, qui est l’axe central, comporte des questions portant sur ce que préconise la
personne interviewée pour lever les handicaps et conforter ce qui favorise la participation des
femmes à la vie publique.

Le troisième axe est composé d’une première série de questions liées à la connaissance et à la
pratique de l’approche genre par l’interviewé et par son institution, et une seconde série de
questions portant sur la politique de l’institution en direction des femmes.

Enfin, le questionnaire comporte des questions sur la personne interviewée, notamment sur la
ou les formations qu’elle a suivi et sur son parcours personnel. Il va sans dire que les
questionnaires ont été adaptés à la nature de l’institution à laquelle appartient la personne
interviewée –commune, association ou parti politique.

Par ailleurs, étant donné que plusieurs études ont déjà traité des raisons de la faible
participation des femmes à la prise de décision, la partie réservée aux opinions concernant les
18 (voir les détails de l’échantillon en annexe)

20
avantages et les inconvénients et les facteurs favorisant et ceux handicapant la participation
des femmes, a été exploitée en prêtant une attention particulière aux réponses des femmes
élues et à celles des militantes des associations et des partis politiques.

Enfin, la dernière partie du questionnaire, consacrée à l’application de la gestion municipale


de l’approche différenciée selon les sexes, ou approche genre et aux pratiques locales en
matière de partenariat avec la société civile, a été exploitée en privilégiant essentiellement les
réponses des élu(e)s, des fonctionnaires communaux et des ONGs.

21
Chapitre 2 : L’accès des femmes aux sphères du
pouvoir local : apports, obstacles et opportunités.
Dans ce chapitre nous abordons certaines problématiques relatives à l’accès des femmes aux
postes électifs et à l’exercice des charges publiques, au niveau communal en particulier. Nous
nous attacherons dans un premier temps, en reprenant le plus fidèlement possible les propos
des acteurs interrogés, à présenter les facteurs qui, aux yeux des femmes élues, membres
d’ONG ou universitaires, constituent des obstacles de taille à une participation accrue des
femmes à la prise de décision au niveau local.

Nous tenterons d’analyser dans un deuxième temps, dans une vision prospective, les
opportunités et les facteurs d’encouragement qui favorisent aujourd’hui un plus grand
engagement des femmes dans les affaires publiques et qui sont susceptibles à la fois de
propulser un nombre plus important de femmes dans les postes de responsabilité au niveau
local.

Enfin, nous traiterons dans un troisième temps, de l’apport des femmes à la gestion
communale, aux yeux des élu(e)s et des autres acteurs de la vie locale, en vue de mieux cerner
leurs perceptions des changements qui sont ou seraient occasionnés par la féminisation des
assemblées locales.

2. 1 Les obstacles et les facteurs handicapants.


Les causes ou les obstacles à la sous-représentation des femmes dans la sphère du pouvoir et
la gestion communale apparaissent multiples et complexes. A la question de savoir quels sont,
dans la situation actuelle, les facteurs qui handicapent la participation des femmes, diverses
pistes d’explication sont avancées par les élues femmes et les militantes des ONG. Certains de
ces facteurs sont propres à la sphère politique, alors que d’autres revêtent un caractère plus
transversal. Sur nombre de facteurs, les opinions des élues et celles des représentantes
d’associations se rejoignent. Nous avons choisi de mettre l’accent sur ces dernières, même si
les réponses qui ne font pas l’unanimité, sont également signalées.

2.1.1 Absence de traditions et de modèles.


L’accession tardive des femmes à l’égalité juridique explique au moins en partie la lenteur de
la progression des femmes dans les instances de décision. La présence des femmes dans la vie
publique et sur la scène politique est beaucoup trop récente, pour engendrer des modèles. « Ce
n’est que depuis 1993 que les femmes accèdent pour la première fois au parlement et depuis
1997 que les premières femmes sont nommées au gouvernement. Une décennie, ce n’est pas
assez pour rompre avec l’image de la femme soumise et recluse et engendrer de nouveaux
modèles, or nous avons besoin de nous identifier à un leadership féminin ».

Reconnaître ce retard historique revient à comprendre le peu d’enthousiasme que manifestent


les femmes face à une citadelle qui leur fut longtemps interdite. Les femmes n’ont pas encore

22
acquis assez de confiance en elles pour s’impliquer dans le champ politique, sans compter
qu’elles manquent de formation dans ce domaine.

« Chaque fois qu’une femme est placée en situation de montrer qu’elle maîtrise une situation
difficile, un dossier épineux, une fonction présumée masculine, et que, pourtant elle n’est ni
borgne, ni bossue, elle participe à la transformation inconsciente de l’image des femmes dans
la mentalité collective »19

2.1.2 La culture masculine du monde politique.


L’accès aux communes passe par les partis politiques, or le mode d’organisation et de gestion
ainsi que le discours des partis politiques ne favorisent pas la participation des femmes.
Plusieurs arguments sont avancés pour étayer ce point de vue :

2.1.2.1 Sexisme et misogynie des formations politiques.


Plutôt qu’une volonté délibérée de discrimination sexiste, c’est sans doute le conservatisme
du pouvoir et la culture « masculiniste » des partis politiques qui expliquent, pour une large
part, la main-mise des hommes sur les secteurs du pouvoir.

L’environnement masculin et la culture ambiante qui caractérisent actuellement les sphères de


la pratique politique n’encouragent pas la participation des femmes, voire même l’en
dissuadent. « Rien n’est fait dans les partis politiques pour encourager la participation des
femmes. Même l’infrastructure des locaux et des bureaux ne s’y prête pas. Pour ne citer
qu’un exemple, vous ne trouverez jamais de toilettes pour femmes dans les locaux des partis.
C’est très significatif ». Ce constat est valable pour l’ensemble des formations politiques,
quelqu’en soit la coloration idéologique : « Franchement, tous les partis politiques au Maroc
ont une culture machiste, pour ne pas dire misogyne, plus ou moins déclarée, plus ou moins
subtile, c’est là que réside le véritable frein à la participation des femmes à la vie publique et
à l’évolution de la situation ».

La culture et les valeurs masculines se reflètent jusque dans le langage à relents de sexisme
qui est utilisé par les collègues dans les enceintes politiques : dénigrement, allusions
gaillardes et humour grivois, qui mettent très mal à l’aise les femmes. Une élue de
Mohammedia évoque ce problème en ces termes :

« Les hommes politiques en place ne se sentent pas à l’aise avec des femmes dans leur
entourage et ne se gênent pas pour le leur faire sentir dans leur discussions. Je me souviens
par exemple, que lors de ma première réunion au conseil municipal, deux confrères se sont
mis à parler en des termes très crus et à utiliser un langage grivois en ma présence et j’ai dû
taper littéralement sur la table pour les ramener à l’ordre et leur demander un peu plus de
civisme et de respect, tout en menaçant de me retirer de la réunion, si des excuses ne
m’étaient pas faites. Les collègues de mon parti ne semblaient pas comprendre mon attitude,
mais des femmes de la commune, des élues et des fonctionnaires, sont venues me soutenir le
lendemain et me remercier pour mes prises de position, car cela leur rendait leur dignité »

19 Françoise Giroud (Le Nouvel Observateur, novembre 1988)

23
Les mentalités sont des facteurs essentiels qui handicapent la participation des femmes. D’une
manière générale, les représentations sociales et les valeurs qui ont cours laissent penser que
la politique est une affaire d’hommes.

« Je travaille actuellement dans une association constituée entièrement de femmes et orientée


vers les femmes, mais lorsque je militais au parti, je me heurtais régulièrement à la question
des mentalités. Les hommes, les responsables politiques ne sont pas conscients qu’ils sont
porteurs d’une culture machiste, qui se traduit dans leurs comportements et leurs pratiques
quotidiennes. Les décisions peuvent par exemple se prendre la veille au café et sans consulter
les femmes qui travaillent à leurs côtés ».

Les femmes élues font état de contraintes liées aux mentalités au sein même des institutions
municipales : « Pour nombre d’élus, confie une élue de Mohammedia, la présence des
femmes est formelle. Elles font de la figuration à leurs avis ou leurs opinions ne comptent
beaucoup à leurs yeux. Leur place est à la cuisine. Je me souviens par exemple d’une réunion
du conseil municipal que nous avons eu pendant le mois de Ramadan. Quelques instants
avant l’heure de la rupture du jeûne, voyant que je continuais à assister à la réunion, un
collègue s’est retourné vers moi et m’a demandé : « Est-ce que tu ne vas pas partir préparer
ton dîner ? Tu devrais être à la cuisine à cette heure-ci ». Pour lui, j’étais bonne à préparer
la Hrira et les ragoûts. C’était tout simplement là qu’était ma place naturelle »

Il y a aussi le poids de la norme sociale et de « la morale », entendue ici comme la tradition et


« la peur pour la réputation »:

« Les idées selon lesquelles les femmes qui font de la politique sont « masculines » ou encore
de vielles filles à la recherche d’un mari sont encore très vivaces, notamment dans les milieux
ruraux. Les femmes qui font de la politique sont toujours soumises à des jugements de
valeurs ».

«Dans le monde politique, les femmes sont toujours jugées et jaugées à l’aune de la morale,
ce qui n’est pas le cas pour les hommes et ceci est injuste et dangereux, car il est très facile
d’utiliser la morale pour détruire des potentialités féminines ».

Certaines élues ont confié « qu’elles n’avaient pas l’autorité voulue pour combattre une
attitude et un climat moral qui semble déprécier les attributs féminins, à moins d’apprendre à
se comporter en hommes ». Un sourire, une inflexion de voix peuvent être pris pour autant de
signes de faiblesse. A cet égard, le champ politique manque d’outils et d’instruments, parmi
lesquels l’éducation à l’égalité.

2.1.2.2 Les contraintes liées au pouvoir


Les modes actuels d’accès et d’exercice du pouvoir s’avèrent dans la pratique,
particulièrement discriminants, en particulier pour celles qui supportent parallèlement le poids
des charges familiales. Les contraintes du pouvoir, la disponibilité et la mobilité qu’il
implique sont souvent contraires aux impératifs domestiques et familiaux. A cet égard,
l’organisation du « facteur temps » -réunions tardives, repas prolongés, déplacements, etc- est
particulièrement préjudiciables aux femmes.
« Il y a la manière de fonctionner des partis politiques et des associations. Ni les espaces ni
les horaires ne sont appropriés aux femme,s ni les lieux où se « cuisinent » les décisions,

24
comme les cafés, les clubs ou d’autres endroits encore où les femmes ne sont pas admises
compte tenu de plusieurs paramètres socio-culturels, en plus des questions de sécurité. Tous
ces facteurs contribuent à marginaliser les femmes et limitent leur participation à la gestion
communautaire »

2.1.2.3 La conception du pouvoir :


De leur côté, les femmes évitent parfois l’exercice du pouvoir, soit par auto-exclusion, soit par
manque de confiance en leurs capacités, soit encore par une conception différente des
priorités qui leur sont proposées. « Il y a deux types de facteurs qui handicapent la
participation des femmes à la vie politique, certains sont d’ordre objectif et relèvent de la
discrimination dont elles sont l’objet dans la sphère du pouvoir, d’autres sont personnels et
subjectifs et incombent aux femmes elles-mêmes. Le manque d’intérêt des femmes pour la
pratique politique et la peur qu’elles en ont est une réalité. Les femmes ne se mettent pas à
l’avant, ne sont pas assez agressives, elles rechignent à se présenter, à adhérer aux partis
politiques, ce qui les empêchent de se constituer en une force politique. Mais ces obstacles
sont au fond d’ordre politique, car la politique est un monde d’hommes, imbibé d’une culture
machiste ».

Leur méfiance à l’égard des idéologies, des pratiques politiques très largement fondées sur la
parole et le discours, entre sans doute pour une part importante dans la distance qu’elles
entretiennent par rapport à la vie publique et au pouvoir.

« La majorité des gens disent que les femmes ne veulent pas faire la politique. C’est vrai et
c’est faux à la fois, rétorque une représentante d’ONG. Les femmes ne croient pas à la
politique politicienne, elles n’ont pas la même façon de voir et de faire de la politique »

2.1.3 Une organisation sociale et politique qui n’a pas encore tiré
les conséquences des évolutions en cours.

2.1.3.1 La persistance de normes sociales et morales durables touchant les


rôles masculins et féminins.
Même si le statut des femmes marocaines connaît des changements rapides et profonds, les
mentalités ne suivent pas. « Les us et les coutumes n’autorisent pas les femmes à faire de la
politique. Le fait pour une femme de rentrer tard le soir, après avoir assisté à des réunions
syndicales ou politiques n’est pas encore rentré dans les mœurs. Les gens ne sont pas encore
habitués à ce type de comportements ».

L’enquête nous apprend que les femmes élues disposent souvent d’un « héritage politique ».
Plusieurs d’entre elles ont été élevées dans une famille où père ou un autre parent exerçait des
fonctions politiques. En outre, elles sont plus souvent qu’eux diplômées de l’enseignement
supérieur.

Tout se passe comme si, pour accéder à la prise de décision politique, les femmes doivent
compenser l’handicap qui tient au « deuxième sexe », en sur-accumulant ressources
culturelles et sociales et en payant d’un coût plus élevé leur engagement politique.

25
« Dans mon cas précis, remarque une élue, ce qui a facilité les choses c’est le fait que j’ai
grandi dans une famille passionnée par le travail politique d’une part et mon mariage avec
un homme très ouvert d’autre part. Par ailleurs, je n’ai que deux enfants, qui maintenant sont
grands et indépendants. Mon mari travaille toute la journée et je dispose de tout mon temps
pour faire de la politique ».

2.1.3.2 L’inadaptation des modèles sociaux et des choix collectifs


Les difficultés rencontrées par les femmes (en particulier les discriminations dans l’accès aux
postes de responsabilités et les contraintes de temps) apparaissent directement liées à une
inadaptation des modèles sociaux et des choix collectifs actuels.

L’organisation sociale n’a pas véritablement intégré les conséquences de la participation des
femmes à la vie publique. Ce constat vaut en particulier pour le champ de la famille où le
modèle collectif prédominant est celui de la femme affectée prioritairement aux charges du
foyer et de l’homme absorbé quasi exclusivement par son activité professionnelle, modèle
pourtant de plus en plus éloignés de la réalité observée. Les femmes qui supportent l’essentiel
du poids de la sphère domestique, paient au prix fort leur investissement hors de l’espace
féminin traditionnel.
La vie familiale concerne ou devrait concerner tout autant les hommes que les femmes.
Cependant, et malgré la diffusion du travail féminin, tout se passe comme si la société
continuait de considérer que les tâches ménagères et la garde des enfants, constituent un
problème féminin. La conciliation entre la vie politique et la vie familiale demeure vécue et
perçue comme un problème essentiellement féminin.

Les études menées sur la division du travail au sein des ménages montrent que nombre de
fonctions domestiques demeurent l’apanage des femmes, ce qui induit, pour les femmes un
« temps contraint » particulièrement élevé.

« Le poids des responsabilités familiales et de l’éducation des enfants ne permet aux femmes
d’entreprendre des activités politiques. Elles assument beaucoup trop de responsabilités dans
le domaine domestique, elles continuent à s’occuper de tout : de la cuisine, des tâches
ménagères, de l’éducation des enfants, de la gestion des dépenses, des parents ou beaux-
parents à charge etc. Nous sommes encore soumis au modèle traditionnel de la famille, de
sorte que l’homme ne participe pas (ou n’aide pas la femme) ni aux tâches ménagères, ni à
l’éducation des enfants ; donc tout retombe sur le dos des femmes et ceci est très lourd à
assumer. Les femmes ont commencé à investir la vie publique et politique, mais ceci n’a pas
été suivi d’un mouvement inverse du côté des hommes. De fait le partage des tâches
domestiques au sein du couple n’a guère évolué et les femmes continuent d’assumer la double
journée de travail ».

Les femmes de ce fait, paient au prix fort leur investissement hors de l’espace féminin
traditionnel : le cumul d’un engagement professionnel et familial, a fortiori lorsqu’elles
souhaitent y ajouter un engagement politique ou social, signifie une double voire une triple
journée de travail, un écartèlement constant entre différents types de responsabilités que
l’organisation sociale rend difficilement conciliables.

26
2.1.4. Le manque de culture politique et de formation des femmes

2.1.4.1 Une présence très timide à la base


La participation politique demande une formation politique, économique et sociale et celle-ci,
comme tout le monde le sait s’acquiert par la participation dans les syndicats, les associations
et les partis politiques, or les femmes sont beaucoup moins présentes au stade du militantisme
que les hommes : elles représentent une minorité des effectifs des militants dans les partis
politiques comme des adhérents des syndicats, qui constituent les viviers du pouvoir.

Elles sont également moins nombreuses que les hommes à adhérer à la vie associative. Même
lorsqu’elles constituent une bonne part des effectifs dans certaines associations humanitaires
ou de développement, celles-ci reproduisent souvent le partage traditionnel des rôles au sein
de la société. La suprématie masculine ne fait que s’accentuer quand on monte dans la
hiérarchie interne des associations dont les responsables, sont en majorité des hommes.

« La place des femmes dans les partis se limite à certains secteurs et à certaines tâches et on
la trouve rarement dans les postes de responsabilité et de prise de décision. Ceci a crée à
mon avis, une grande frustration chez les militantes des partis politiques, notamment chez
celles qui travaillaient sur les questions féminines et a été à l’origine de leur désertion et la
création d’associations feministes. On entend souvent dire que les femmes fuient la
responsabilité politique, ce qui est faux car, lorsque celles-ci se présentent, d’autres
arguments sont avancés du style : elle n’a pas les compétences et la formation nécessaire, ou
encore elle ne pourra pas concilier vie politique et vie familiale etc ».

2.1.4.2 L’ignorance des besoins spécifiques des femmes et l’alignement sur


les modèles masculins.
Les activités politiques au niveau national ou local se prolongent souvent tard dans l’après-
midi et la soirée et ceci n’est pas adapté au rythme de vie et à la condition des femmes
marocaines (tâches ménagères, question de sécurité etc.).

« Toutes les activités de formation se font à partir de 18h, les réunions se prolongent tard
dans la soirée, au moment où les femmes sont supposées préparer le dîner, aider les enfants
dans leurs devoirs et les préparer à se coucher. Aucun homme n’accepte de voir sa femme
absente à ce moment de la journée. Les horaires des réunions, leur fréquence et leur longueur
sont incontestablement un obstacle de taille. Donc, les spécificités de la condition des femmes
et leurs besoins spécifiques ne sont pas prises en compte dans le travail politique, pas plus
que dans le travail syndical ou associatif. Par ailleurs et pour revenir à la formation, la
plupart des cycles et séminaires de formation se font les week-end (samedi et dimanche),
pendant lesquels les femmes profitent d’un peu de temps pour mettre de l’ordre et s’organiser
chez elles, avant d’attaquer la semaine. Je pars de ma propre expérience, nous autres femmes
nous ne pouvons pas assister à toutes ces réunions marathon du conseil municipal, et autres
activités parallèles ».

27
2.1.4.3 Le réseau relationnel et politique ou l’handicap du réseau.
Mais tout ne s’arrête pas là, les femmes ont du mal aussi à suivre et se tenir informées de ce
qui se passe dans les coulisses et tout ce qui se fait, se construit et se déconstruit dans les
réunions parallèles et les espaces informels (cafés, clubs ou autres).

« Si les chances d’accès aux postes à responsabilité sont moins élevés pour les femmes que
pour les hommes, explique une élue, c’est aussi une affaire de réseau, en général moins
développé et opérationnel chez elles. »

Beaucoup de femmes signalent en effet l’importance du réseau relationnel que se construisent


leurs homologues masculins, en marge des heures de bureau. « Cette arme secrète qui peut
vous doper une carrière, on la manie moins bien que les hommes. Les femmes ne sont ni aussi
douées et surtout ni aussi disponibles, pour se le créer, puis s’en servir. Pour grimper aussi
haut qu’un homme, personne ne vous fait la courte échelle ».

« De nos jours, et en particulier en politique, disposer d’un bon réseau professionnel, savoir
le consolider et l’enrichir est plus important que les diplômes et la maîtrise des langues ou de
l’informatique ».

Les amitiés se nouent, les conseils s’échangent plus librement dans ces fiefs masculins que
sont les cafés, les terrains de football, les salles de sport, que nulle part ailleurs. Les femmes
qui se hasardent dans de tels cercles s’y sentent mal à l’aise, pour ne pas dire mal accueillies.

« Les pots à 18 heures ? Pas question. Une règle qui ne souffre d’aucune exception. Cela
n’est pas étonnant quand on court comme une folle pour récupérer son enfant à l’école,
préparer un dîner décent pour la famille, arriver au super-marché avant qu’il ne ferme, et
bien forcément le pot avec les collègues, traîner au café, on ne peut pas se le permettre. Les
femmes doivent rentrer chez elles à une « heure décente », par choix ou par contrainte. Sans
compter qu’elles peuvent difficilement se rattraper le week-end »

2.1.5. Le maintien des stéréotypes sexuels contribue à alimenter


des comportements sexistes, voire violents à l’égard des femmes.
En amont du politique, il y a l’éducation. Les agents de socialisation que sont la famille et
notamment l’école et les médias sont pointés du doigt, pour perpétuer les anciennes valeurs et
les rôles traditionnels assignés aux hommes et aux femmes dans la société.

« C’est l’éducation qui est le principal obstacle à l’évolution de la situation. Les contraintes
liées à une image de la femme peu valorisante et à une division des tâches peu modifiée au
sein du couple sont intégrées à un stade très précoce par les jeunes, filles et garçons, dans la
famille et les livres scolaires »

Pour plusieurs interviewées, l’image de la représentation des femmes n’a pas évolué au même
titre que leur place dans la vie économique et sociale. La coexistence de représentations
contradictoires reflète l’ambiguïté des évolutions.

28
« Une part importante des productions télévisées et des messages audi-visuels continue de
confiner la femme dans un rôle domestique, pour vanter ses qualités de femme au foyer, alors
que les choses sont en train de changer. Les dossiers consacrés à l’éducation des enfants
rappellent constamment le rôle décisif de la mère et les effets supposés négatifs de leur trop
grande absence de la maison ».

Les livres scolaires méritent un réel « toilettage » en matière de stéréotypes sexistes. « Nous
savons à présent quels sont les images et les messages que véhiculent les livres scolaires et
les méthodes pédagogiques traditionnelles qui sont utilisées, qui tuent toute rationalité et tout
esprit critique chez les enfants. L’éducation est à revoir dans la famille, comme dans les
institutions scolaires, du primaire jusqu’au supérieur, car elle comporte plusieurs lacunes ».

2.1.6 L’analphabétisme des femmes.


En dépit du fait que l’analphabétisme est très répandu chez les femmes marocaines, il est
rarement avancé comme un handicap majeur à la participation des femmes à la vie
communale, à l’exception des communes rurales. Il est par ailleurs souvent assorti par la
dépendance économique et l’accès inégal des femmes aux ressources.

« Il y plusieurs problèmes qui se posent et qui rendent difficile la participation des femmes,
certains sont objectifs comme l’analphabétisme qui est très élevé chez les femmes, le non
accès aux ressources et la dépendance économique, l’inégalité juridique dont souffre les
femmes dans la famille ».

2.1.7 L’absence de moyens matériels et la corruption.


Cet argument n’a été avancé qu’une fois par une élue.

« L’handicap, c’est le fait que les femmes n’ont pas d’argent pour acheter les voix et
entreprendre des campagnes. La corruption est aussi un handicap de taille dans l’accès des
femmes à des postes de décision. Nous travaillons sur la bonne gouvernance et nous voulons
nous constituer en lobby, en partenariat avec la société civile, pour faire le plaidoyer en
faveur de la participation des femmes ».

2.1.8 L’absence d’une approche « Genre » dans les partis


politiques.
Les femmes militantes d’ONG sont plus nombreuses que les élues à mentionner les lacunes
des politiques en matière de formation aux questions de genre et à en comprendre la
signification. « Le problème c’est que les partis politiques n’ont pas adopté une approche
genre, c’est là que réside le véritable problème. Les grands partis politiques qui montrent un
intérêt pour les questions des femmes, ont un secteur qu’ils appellent le secteur femme, mais il
y a beaucoup d’autres partis où cette question ne figure pas à l’ordre du jour. Malgré leurs
limites ces unités « femmes » sont arrivées à renforcer les droits des femmes dans les partis et

29
à faire intégrer l’approche genre de manière transversale. Il faut que les femmes, là où elles
se trouvent, soient porteuses du message de l’égalité »

Mais en l’absence d’une culture démocratique dans les partis politiques, nous n’arriverons pas
à avancer. La crise des femmes aujourd’hui est une crise de la démocratie (déficit
démocratique). On ne peut parler de démocratie avec 10% de femmes au parlement et 0,53%
dans les conseils municipaux.

Les écueils sont multiples et impliquent trois acteurs au moins :

- Les décideurs, dont l’engagement en faveur des femmes n’est pas suffisamment clair.
- Les femmes elles-mêmes qui sont porteuses de la culture patriarcale et qui se complaisent
dans leurs rôles traditionnels et qui ne sont pas porteuses de leur projet pour en faire un
problème de société
- La société civile, qui ne s’est pas vraiment appropriée cette affaire, au point de faire pression
sur les décideurs.

2.1.9 Les conditions de travail et le statut de l’élu.


Les conditions de travail, le manque de moyens matériels et humains dans les communes ainsi
que le statut de l’élu(e) n’encourageraient pas la participation des femmes. « Les élus n’ont
pas des moyens pour travailler, ceci est valable pour les hommes comme pour les femmes. Il
n’ y a pas de bureaux, pas assez de personnels, pas de logistique, pas d’ordinateurs….Ce sont
à mon avis, autant de blocages à la participation des femmes »

« Le statut de l’élu n’est pas enviable : il est bénévole alors que c’est un travail qui prend
beaucoup temps et d’énergie ; cela demande un investissement continuel avec les citoyens,
parce que les problèmes sont multiples et chaque jour apporte son lot quotidien de
problèmes »

Il faudrait aussi aménager les conditions de travail et de vie des élu(e)s qui, ne correspondent
plus aux exigences du moment, en en faisant une activité rémunérée, en améliorant
l’assistance logistique et les services à leur disposition et en leur donnant les moyens
d’acquérir les compétences nécessaires à l’exercice de leurs fonctions.

2.1.10 La législation en vigueur et l’absence d’actions positives


favorisant un partage plus équitable des fonctions électives entre
les sexes.
La loi électorale en vigueur est considérée comme un frein à la participation politique des
femmes, « C’est même une régression, car au moment où tout le monde est d’accord pour
l’application de la discrimination positive, pour encourager la participation des femmes, cela
fait 5 ans que l’expérience n’a rien donné. On aurait dû revoir et réformer la loi électorale,
pour corriger les faiblesses et lever les obstacles ».

L’absence de mesures et d’actions positives pour réduire les écarts entre les femmes et
hommes dans la sphère politique traduit en réalité un manque de volonté politique. L’absence

30
de quota en est un exemple flagrant : « Nous nous sommes engagées pour défendre le système
de quota, pour donner l’occasion aux femmes de se présenter aux postes électifs, mais en
même temps, le quota a ses limites et rencontre nombre de problèmes et de résistances dans
son application. Nous devons combattre les résistances au quota. Malheureusement la loi
électorale assortit ce principe par une série de conditions paralysantes. Ces conditions ont
été posées pour limiter la participation des femmes, à un moment où nous avons encore
besoin de mesures d’encouragement et d’incitation des femmes à la participation politique ».

« L’absence d’un texte clair, dans la loi électorale qui impose un quota de 20 à 30% aux
femmes. Ce texte est absent de la législation électorale et de la loi sur les partis politiques.
Sans cette volonté politique et cet engagement clair pour changer la constitution et la
législation, il n’y a aucune garantie que les femmes puissent arriver à la prise de décision
politique. Nous avons besoin de mettre en place des outils qui nous permettent de réaliser
l’objectif d’égalité ».

Le mode de scrutin n’est pas neutre. « Le mode de scrutin n’est pas neutre, comme le
prétendent certains. C’est un outil primordial que l’on peut utiliser pour encourager les
femmes en politique. Le mode de scrutin par liste favorise plus les femmes, même s’il reste
insuffisant. Dans les listes, il faut qu’il y ait des mesures d’alternance homme/femme, qu’il y
ait des femmes à la tête de liste dans 30% de circonscription… etc »

2.1.11 L’absence d’une stratégie claire et globale de promotion des


femmes dans les instances politiques locales.
« Pour féminiser la politique et forcer les portes des assemblées qu’elles soient nationales ou
communales, il faut mettre au point une stratégie globale et multi-dimensionnelle de
promotion des femmes, et ceci aussi bien en amont qu’en aval de la vie politique. Seule des
actions de ce type pourront compenser un tant soit peu l’exclusion séculaire des femmes des
affaires publiques ».

2.2. Facteurs et opportunités qui favorisent la participation des


femmes à la prise de décision communautaire.
Le mouvement d’égalisation homme-femmes dans le champ politique au Maroc, s’est
notablement accéléré au cours de la dernière décennie et plus précisément à partir des années
2000. Tout le monde en convient. Ce mouvement, qui est le résultat de la conjonction de
nombre de facteurs, certains de type endogènes d’autres plutôt exogènes, est de nature à
modifier non seulement le statut des femmes, mais la structure et l’organisation de la société
dans son ensemble.

La période de transition que traverse la situation des femmes au Maroc aujourd’hui présente
des risques de revers évidents. Mais elle offre aussi des opportunités nouvelles, largement
soulignées par les personnes interrogées et que le présent chapitre s’attache à dégager.

31
Plusieurs raisons sont avancées pour expliquer l’irruption de ce nouveau protagoniste que sont
les femmes, sur l’avant-scène politique marocaine, au cours des dernières années. Nous en
retiendrons les plus saillantes d’entre elles.

2.2.1. L’ouverture du Maroc sur l’extérieur et la pression


internationale.
La fin des années de plomb et l’entrée du Maroc dans une nouvelle ère, celle de la
construction d’un Etat de droit et de justice sociale, qui s’est traduit notamment par
l’instauration d’un climat de liberté d’expression, de liberté de presse et d’association, de
transparence et de promotion des femmes.

« L’entrée du Maroc dans la mondialisation s’est traduit par de nouvelles orientations et de


nouvelles directives officielles qui trouvent leurs concrétisation dans les discours de sa
Majesté, appelant à une plus grande participation de la femme dans la vie publique, ce qui a
eu pour effet de propulser les femmes aux postes de prise de décision. C’est donc une ère
nouvelle, pleine d’incitations que vit le Maroc aujourd’hui, avec de nouvelles orientations et
une bonne gouvernance ».

Toutes les réponses concourent pour souligner la pression internationale de plus en plus forte
qui s’exerce actuellement sur les Etats pour promouvoir le rôle des femmes et la démocratie.
Cette pression a poussé les politiques à se conformer à certaines exigences internationales,
dont la promotion du rôle de la femme et l’amélioration de son statut dans la société.

« Le Maroc n’est plus replié sur lui-même. Nous sommes entrés de plain pieds dans la
mondialisation et le système internationalisé. Dans ce contexte, le partenariat avec les
acteurs extérieurs et les instances internationales a eu pour conséquences de faire de la
participation des femmes à la prise de décision une condition, dans le cadre du respect du
principe d’égalité et la participation de tous dans le processus de développement et la
construction d’une société moderne »

« L’ouverture du Maroc sur l’extérieur et la rupture de son isolement se sont aussi


accompagnées, ne l’oublions pas de certaines conditions. Le prix de cette ouverture était
aussi celui du respect des droits de l’homme, y compris bien sûr les droits des femmes et
beaucoup d’autres conditions d’ordre économique etc ».

« Le facteur le plus important c’est le nouveau chemin emprunté par le Maroc, l’ouverture du
pays sur le monde et les pressions internationales qu’il subit. Les vents de la mondialisation,
ont réorienté la rue et l’opinion publique vers de nouveaux horizons. Ces vents ont poussé les
politiques à s’aligner sur les exigences internationales et à se fixer de nouveaux objectifs, qui
sont favorables à l’amélioration de la condition de la femme et de son statut dans la
société. »

« Jusqu’à une date très récente, les portes de ces instances leur étaient fermées et aucun
effort n’était fait pour encourager les femmes à y entrer. Mais aujourd’hui, nous nous
trouvons devant une pression extérieure et une volonté de tous les acteurs politiques
nationaux d’activer la participation politique des femmes ».

32
Les nouvelles technologies de l’information et de la communication qui ont permis aux
marocains et notamment aux marocaines d’accéder à l’information et de s’ouvrir sur d’autres
réalités, n’y sont pas non plus étrangères.

« La mondialisation de l’information a bien sûr des aspects négatifs, comme la violence et


l’intégrisme, mais elle a aussi de nombreux aspects positifs. Les chaînes satellitaires et les
nouvelles technologies ont joué un rôle très important au plan de la formation et de
l’information, en donnant accès et en permettant aux femmes de s’ouvrir sur d’autres réalités
et ceci n’est pas sans effet sur les mentalités ».

2.2.2. La volonté politique nationale.


Beaucoup parmi les interviewés considèrent que l’accès des femmes au monde politique, est
le résultat en tout premier lieu, d’une « volonté politique nationale » d’encourager la
participation politique des femmes, tant au niveau du parlement que dans les assemblées et les
conseils municipaux.

« Tout d’abord la volonté politique de construire un état démocratique, or on ne peut pas


parler de démocratie si la moitié de la société est marginalisée et écartée de la vie politique et
économique. L’avancement d’un pays se mesure aujourd’hui à l’aune de la participation des
femmes au développement et à la vie politique. C’est la base de la démocratie et du progrès ».

« Il y a cette volonté de l’Etat d’encourager la participation des femmes à la vie politique,


sociale et culturelle et dans tous les autres domaines, ce qui est un facteur très important et
très encourageant ».

Cette volonté politique au plus haut échelon de l’Etat et des partis politiques se traduit à la
fois par un changement au niveau des discours et du référentiel et par une prise de conscience
du poids électoral que constituent les femmes.

« Les partis politiques sont conscients que les femmes constituent, une part non négligeable
de l’électorat, une force électorale et qu’il est important de gagner leur adhésion et leurs
voix ».

« Le discours politique est en train de changer, on parle de droits de l’homme et on adopte un


référentiel international à présent. Avant, lorsqu’on évoquait les droits des femmes, nous
étions toujours l’objet de sarcasmes et de moqueries, maintenant il devient de bon ton de s’y
référer dans les discours, surtout dans les grandes villes. Il arrive qu’on cite telle ou telle
entreprise comme exemple de réussite, parce qu’elle a à sa tête une femme et ceci est déjà un
pas, les pratiques finiront par suivre aussi ».

2.2.3. La pression de la société civile et des partis progressistes.


Le travail de plaidoyer et la pression croissante exercés par les associations féministess pour
faire reconnaître le droit des femmes à la participation politique, appuyées en cela par certains
partis politiques sont fortement soulignés par une majorité des femmes interviewées.

33
« Le travail mené par les associations de femmes et les féministes a été très important, voire
décisif. Elles ont travaillé en silence et en profondeur pendant les années 80, avant de
s’imposer sur le devant de la scène publique pendant la décennie 90 ».

« La situation désastreuse dans laquelle se trouvait la femme marocaine, il y moins d’une


décennie, a poussé les femmes dans les associations, les partis politiques, les syndicats à se
mobiliser pour la réforme de la Moudawana, du code du travail, du code pénal et de tout
l’arsenal juridique en vigueur. Il ne faut oublier non plus, le travail militant et de longue
haleine qui a été mené par les femmes dans les partis politiques et qui a mené à la création
d’associations de femmes ».

« Les facteurs favorisant me semblent peu nombreux. Parmi eux, je citerai le travail que
déploient certaines associations de femmes pour la formation des femmes dans le leadership
et leur habilitation à la participation politique. Leur travail cible à la fois les conseillères
municipales, qui sont là pour donner l’exemple et ouvrir des voies, et les femmes d’une
manière générale pour les encourager à se porter candidates aux élections municipales et
pour les aider à surmonter les obstacles dans la famille et dans la société tout court ».

« Nous assistons à une pression de plus en plus grande des organisations de la société civile
pour imposer la participation des femmes à la vie publique et plus particulièrement à la vie
politique. Il y a aussi le travail militant qui a été mené par les femmes dans les partis
politiques…ce sont des décennies de militantisme, qui ont menées à l’émergence des
associations de femmes ».

La présence de femmes dans l’enceinte parlementaire, a également contribué aux yeux de


certaines à faire entendre les revendications des femmes.

« Nous avons par ailleurs aujourd’hui un groupe de femmes parlementaires. Ce groupe est
arrivé à s’imposer et à se faire entendre. Cette présence de femmes au parlement change
beaucoup de choses ».

2.2.4. Le changement des mentalités.


Le changement des mentalités ne se fait pas seulement du côté des femmes, la société dans
son ensemble est concernée et les certitudes sont progressivement ébranlées. Peu à peu les
réticences ataviques des hommes à la participation politique des femmes sont en train de
tomber. Le changement des mentalités est perceptible par une grande majorité des personnes
interrogées, qui s’appuient en cela sur les résultats d’un certain nombre d’études et de
sondages, qui ont été menées par un certain nombre d’acteurs sur le sujet. Ainsi, les gens
seraient particulièrement favorables à la participation des femmes à la gestion communale.
Les arguments avancés à cet égard, ont trait aux différences de comportements et de styles
politiques dont seraient porteuses les femmes, notamment pour ce qui concerne la
transparence dans la gestion, le pragmatisme, la connaissance des problèmes quotidiens.

Une élue déclare « Aujourd’hui on trouve une plus grande acceptation de la participation des
femmes à la vie politique, de la part des hommes marocains. Personnellement j’ai trouvé
beaucoup d’encouragement de la part des hommes de mon parti, lorsque je me suis présenté

34
en 1997. Au départ, j’étais très réticente, mais ils m’ont poussé, à l’unanimité à me porter
candidate aux élections ».

« Il y a une réelle nouvelle prise de conscience de la société marocaine, sur la nécessité


d’associer les femmes à la vie politique et économique. La nécessité de les sortir du
confinement dans la sphère domestique dans lequel elles étaient enfermées, pour en faire des
citoyennes à part entière et des acteurs de la construction d’une nouvelle société où la
citoyenneté aura véritablement un sens et où l’égalité entre les hommes et les femmes sera
une réalité. Ceci est très encourageant pour l’entrée des femmes en politique, cela leur
procure une plus grande confiance en elles-mêmes, en leurs potentialités et leurs capacités de
diriger aux plans national et local. Nos avons eu des expériences positives, durant les années
80 et 90, qui ont démontré que la participation des femmes pouvait être positive et
efficiente ».

« Les sondages montrent que les hommes ne s’opposent pas à la participation des femmes aux
affaires municipales. Au contraire, ils disent que les femmes ne touchent pas la corruption,
qu’elles connaissent mieux les problèmes des enfants, donc elles peuvent mieux s’en occuper
etc… parce que la commune c’est comme la maison, les femmes ont l’habitude de gérer leurs
foyers, donc elles gèrent mieux la commune ».

2.2.5. L’accès des filles à l’éducation.


L’impact de l’éducation dans la formation des élites et la préparation des femmes à la prise de
décision aux divers échelons ne fait pas l’ombre d’un doute.

« Je pense que l’éducation et l’ouverture de l’espace scolaire aux filles a été un facteur
essentiel dans la participation des femmes à la vie publique, parce que les possibilités
d’éducation et de formation qui leur ont été données ont permis leur entrée sur le marché du
travail. Ceci s’est fait de manière naturelle et progressive, sans que personne ne s’en rende
compte, de sorte que les femmes ont investi pratiquement tous les secteurs économiques, et
ceci a induit à son tour des changement positifs dans son rôle dans la famille et lui a ouvert
les portes de la prise de décision ».

« L’accès des filles à l’éducation a été un facteur fondamental dans la présence des femmes
dans la sphère publique, car l’éducation leur a ouvert le marché de l’emploi et la sphère
public ».

2.2.6. Les mesures de discrimination positive.


Il est également fait mention de l’arsenal de mesures qui ont été prises pour rendre effective
l’égalité de droit et de facto entre les hommes et les femmes en matière d’accès aux postes de
responsabilité et de décision politiques. Quoique insuffisantes, les mesures d’action positive
qui ont été adoptées par gouvernement de transition de Abdelrrahmane El Youssoufi, à
l’instar du quota, sont considérées comme autant d’outils qui ont permis d’ouvrir des brèches
d’une future parité entre les sexes dans la sphère politique.

35
« Je crois que ces sont les outils qui ont été mis en place qui ont donné une véritable
impulsion. Ces outils ont imposé la participation des femmes, même si celle-ci est restée
plutôt symbolique. Le Quota a eu un rôle fondamental. Je crois que l’Union socialiste a été le
premier parti a appliquer le quota, parce qu’il subissait la pression internationale socialiste
dans ce domaine, ainsi que la pression de ses propres militantes ».

« L’instauration du quota est la seule solution sérieuse à la participation des femmes. Car, en
dépit des efforts importants déployés par les femmes dans les partis politiques pour occuper
les premières places sur les listes électorales, il a fallu attendre l’instauration du quota pour
que les femmes parviennent à occuper 30 sièges au parlement, en plus de celles qui étaient en
tête de listes ».

2.3 Apport des femmes à la gestion communale.

A partir des réponses que nous avons recueillies à ces deux questions, il nous a été possible de
dégager quelques éléments forts intéressants sur les changements qui sont ou seraient
occasionnés par l’augmentation du nombre de femmes au sein des assemblées locales.

Une majorité de femmes interviewées, qu’elles appartiennent au corps des élues, aux
fonctionnaires ou aux ONG, ainsi qu’un nombre non négligeable d’hommes élus, sont
d’accord pour dire que, lorsque les femmes constituent une masse critique au sein des
assemblées municipales, des transformations sont perceptibles dans leur fonctionnement. Ces
transformations se traduisent d’une part par l’inscription de nouvelles priorités sur l’agenda
des institutions locales d’une part et par le développement d’une expression critique sur leur
modes de fonctionnement d’autre part, en particulier en ce qui concerne leur rapport à l’argent
et à l’usage du temps.

« Malheureusement, il n’y a que 127 femmes au niveau des assemblées communales et c’est
encore trop récent. Elles sont éparpillées, ce qui veut dire que cela n’est pas représentatif. On
ne trouve pas une femme par arrondissement par exemple. Nous n’avons même pas une
femme par commune. Bon, nous avons une seule femme qui est présidente d’une commune,
c’est Asma Chaabi qui est à la ville d’Essaouira. Il y a encore une femme qui est présidente
dans l’arrondissement de Casablanca, or selon la nouvelle charte, les arrondissements n’ont
pas d’attributions, c’est Yasmina Baddou au niveau de l’arrondissement de Casa-Anfa, et
puis il y a une femme qui est aussi présidente d’une commune rurale vers Khmissate »
(Femme ONG Rabat)

Pourtant, nombre d’interviewées s’engagent à parier que la féminisation des élites


municipales– à défaut de changer le politique et de résoudre tous les problèmes – peut
entraîner un renouvellement des priorités, comme des pratiques politiques. Parce qu’elles ont
une expérience différente – ayant joué jusque-là les tenantes du quotidien familial – les
femmes sont bien placées pour infléchir le contenu des programmes communaux, combler les
lacunes et apporter plus de pragmatisme dans la gestion communale. Parce qu’elles ont aussi
une autre appréhension du rapport entre vie privée et vie politique, les femmes sont toutes
désignées pour rapprocher les élus des priorités du citoyen et tenir compte des exclusions.

36
2.3.1 Elles inscrivent de nouvelles questions à l’ordre du jour.
La participation des femmes aux assemblées communales favoriserait en premier lieu
l’inscription de nouvelles problématiques sur les agendas publics des élus et la reformulation
de politiques anciennes, à l’aune des compétences et des expériences des femmes.

« Les femmes ont des expériences différentes de celles des hommes, donc leur participation ne
peut être que bénéfique pour une meilleure gestion de la vie communale. Elles ont un autre
regard sur les choses, une autre manière de faire et de voir et cela ne peut être
qu’enrichissant » ( Fonctionnaire Mohammedia)

« La présence des femmes au niveau municipal doit être considérée comme essentielle, car les
femmes portent un regard différent sur l’organisation de l’espace et sur les priorités. Elles
portent davantage d’intérêt aux infrastructures de base, à la santé, au transport en commun,
aux équipements, aux jardins d’enfants, aux loisirs, à la gratuité des équipements collectifs, à
l’harmonisation des rythmes scolaires et des horaires de travail. Par conséquent les femmes
veillent à la paix, au calme et la sécurité des quartiers, or nos villes et nos quartiers souffrent
actuellement d’une grande désorganisation et de nombre de problèmes de tout ordre, pour
lesquels nous n’avons pas encore ni de solutions ni de vision stratégique commune. A cela
s’ajoute les problèmes d’endettement de la municipalité, du manque de moyens financiers -le
gros du budget étant destiné à payer les salaires des fonctionnaires- et celui de l’absence
d’un organigramme fonctionnel de la commune » (élue Casablanca)

2.3.2 Elles sont plus accessibles aux autres et à leurs idées.


Les femmes élues puisent dans ce qu’elles nomment « leur culture de proximité » leur
représentation et leur conception de l’intérêt général.

« La gestion de la commune c’est la gestion de la vie quotidienne, de la qualité de la vie au


niveau local ; c’est l’habitat, c’est l’aménagement de l’espace, ce sont donc les services de
proximité pour les citoyens et les citoyennes. Par conséquent les femmes doivent être là pour
participer à la prise de décision, donner leur point de vue, faire part de leurs expériences et
leurs manières de voir leur environnement fonctionner. C’est un droit ! » (ONG Casablanca)

« Aux dernières élections, il y avait à peine 127 femmes élues sur 24000 conseillers, , c’est
très faible au niveau de la représentation. Il faut qu’il y ait 50% de sièges de la commune
réservés aux femmes, parce qu’il s’agit de l’amélioration et la gestion du quotidien comme
l’aménagement des rues, les enfants de la rue, de la crèche, de la lutte contre la violence, de
l’éclairage, des espaces vertes, de l’habitat dans la périphérie. Il y a aussi la gestion de
l’eau, des eaux usées, des écoles, de l’éclairage, du transport, les arrêts des bus, de la vie
culturelle, etc.. bref, tout ce qui touche de près les conditions de vie des citoyens et
citoyennes » (Femme élue Mohammedia)

37
2.3.3 Elles sont plus fermement attachées aux programmes de
protection de l’environnement, de protection sociale d’égalité
entre les sexes.
« Elles sont plus attentives à l’environnement, à la propreté des rues, aux espaces verts, aux
aires de jeu des enfants et aux personnes vulnérables comme les enfants des rues et les
personnes âgées etc. Nos villes manquent par exemple d’espaces de rencontre et de clubs
pour les femmes, dédiés à les conscientiser et à les éduquer » (Femme élue Mohammedia)

« Un des aspects les plus importants de la participation des femmes à la gestion communale
consiste dans le fait qu’elles inscrivent à l’ordre du jour les questions et les problèmes qui
préoccupent les femmes. Elles sont les seules à pouvoir le faire sérieusement et il est utopique
de penser ou de compter sur les hommes pour le faire. La question est à l’ordre du jour dans
notre municipalité depuis qu’il y a des femmes, avant personne n’en parlait » (Homme élu
Mohammedia)

« Dans certaines municipalités, les femmes ont mis à l’ordre du jour des questions comme
l’égalité de genre, la sécurité physique des femmes ou l’inadaptation des services et
équipements municipaux à leurs besoins » (Homme élu Casblanca)

2.3.4 Elles ont des styles de comportements politiques différents.


Des différences de comportement et de style politique chez les femmes en poste de
responsabilité sont également signalées tant par les élus hommes et femmes, que par les
fonctionnaire et militantes d’ONG, dont notamment une plus grande assiduité au travail, un
meilleur esprit de collaboration et une plus grande aptitude au compromis. Les femmes
seraient aussi plus ouvertes aux changements et plus accessibles aux autres et à leurs idées.

« Les femmes apportent une nouvelle dynamique au travail municipal. Elles sont
courageuses, plus fréquemment présentes et plus assidues dans les réunions du conseil.
Physiologiquement elles ont plus résistantes et disposent d’une grande capacité de travail.
Les conseillères municipales ou les fonctionnaires cadres acceptent plus volontiers des
horaires prolongés et sacrifient plus facilement leurs heures de repos ou leurs loisirs si leurs
activités professionnelles l’exigent. Au plan du travail municipal, elles sont plus disposées à
faire du travail sur le terrain, à aller à la rencontre des jeunes, des femmes, des personnes
âgées et des pauvres. D’ailleurs, elles rencontrent moins de résistances de ce côté-là que les
hommes. Elles sont plus facilement admises dans les familles et les foyers. Leur exemple
pourrait inspirer les femmes d’aujourd’hui ». (Homme élu Mohammedia)

« D’une manière générale, les femmes sont très sérieuses et très dévouées dans ce qu’elles
font, souvent davantage que les hommes. Elles prennent le temps d’étudier les dossiers, de
bien préparer les choses, elles sont plus ponctuelles et plus présentes dans les commissions et
dans les sessions et les réunions du conseil, contrairement à certains élus de sexe masculin
qui s’absentent beaucoup et ne prennent pas au sérieux les tâches qui leur sont confiées. Pour
ma part, je pense qu’avec ce comportement, les femmes veulent prouver au monde et aux
autres qu’elles sont compétentes et tout aussi capables d’assumer des responsabilités. On les
a tellement dépréciées, dévalorisées, qu’elles en mettent deux fois plus pour s’imposer et
donner une autre image de la femme ». (Homme élu Mohammedia)

38
« Les femmes sont sérieuses, appliquées et prennent à cœur leur travail. L’expérience que
nous avons au niveau local et régional montre qu’elles sont plus rigoureuses, plus
méticuleuses dans l’exercice des responsabilités. Ceci même les hommes le reconnaissent »
(Femme fonctionnaire Casablanca)

« Si l’on tient compte des principes de la « bonne gouvernance », les femmes ont des atouts
indéniables, parce qu’elles ont davantage le sens du service public et de l’intérêt général et
parce qu’elles sont plus aptes à partager, à créer des partenariats et des passerelles de
collaboration avec tous les acteurs. Le sens du compromis, elles y sont habitués toute leur vie
durant » (élue Casablanca)

2.3.5 Elles apportent davantage de transparence et d’éthique dans


la gestion des affaires communales.
Enfin, les interviewées signalent que les femmes apporteraient davantage de transparence
dans la gestion et seraient moins corruptibles.

« Les femmes sont plus soucieuse de la manière de gérer les deniers publics et savent mieux le
faire, parce que la commune c’est comme la maison, les femmes ont l’habitude de gérer
l’argent de leurs foyers, donc elles gèrent mieux la commune et puis surtout elles sont moins
corrompues, elles ne touchent pas la corruption et ça c’est fondamental » (ONG Casablanca)

39
Chapitre 3 : la démocratie locale à l’épreuve des
femmes : approche genre et participation citoyenne.
Ce chapitre de l’étude se divise en deux parties. La première partie dresse un état des lieux
des progrès accomplis ainsi que des retards enregistrés, en matière d’intégration de l’approche
du genre dans les politiques locales et de prise en compte des besoins différentiels des femmes
et des hommes, par ces mêmes politiques.

La seconde partie esquisse un bilan général des évolutions en matière de partenariat entre les
élus et la société civile dans une optique d’approche participative avec les ONGs, et plus
particulièrement avec les celles qui oeuvrent à la défense des droits des femmes ou qui offrent
différents services à la population, dans les communes concernées par l’étude.

Les pistes de réflexion esquissées dans les pages qui suivent, sur les questions du genre et
l’approche participative en milieu communal, ne prétendent nullement présenter une analyse
approfondie sur ces questions, mais se veulent simplement une contribution à la discussion
engagée dans le cadre national et international sur la bonne gouvernance locale.

3.1 L’application à la gestion municipale de l’approche


différenciée selon les sexes, ou approche genre.
Les institutions municipales sont interpellées par les questions de genre. Elles le sont en
premier lieu au titre de la démocratie locale, elles le sont également au titre de l’efficacité de
leur action, pour mieux répondre aux besoins de la moitié de leur population et en vue
d’ajuster les politiques, les services et les équipements en conséquence.

L’application à la gestion municipale de l’approche différenciée selon les sexes, ou approche


intégrée de l’égalité, assure la prise en compte des réalités et besoins différents des femmes et
des hommes, dans un objectif de réduction des inégalités et d’optimisation de l’offre de
services à la population.

L’identification des besoins différentiels entre les hommes et les femmes et l’évaluation de
l’impact de l’offre de services sont réalisées en tenant systématiquement compte des données
ventilées selon les sexes. L’application de cette approche est au coeur de la politique d’égalité
femmes/hommes. La préparation des budgets municipaux intègre également cette dimension
pour s’assurer que les dépenses et les investissements contribuent à la réduction de ces
inégalités et à l’accroissement des citoyennes à améliorer leurs conditions de vie (accès à
l’éducation, à la santé, à l’emploi, au transport, aux loisirs etc)

Dans cette enquête nous avons voulu faire le point de la situation en matière de prise en
considération des intérêts et des réalités des femmes dans les communes marocaines. Pour ce
faire, nous avons interrogé les élus, (hommes et femmes) ainsi que les fonctionnaires des
communes sur le sujet. Sept questions leur ont été posées:

a) La municipalité a-t-elle une politique genre/femmes ? Si oui, quels en sont les


domaines prioritaires ?
b) Y a-t-il un service ou un agent responsable de cette question ?
c) Comment l’émancipation des femmes est-elle promue dans la localité ?

40
d) Les données disponibles sont-elles désagrégées par genre ?
e) Avez-vous une politique de collecte de données par genre pour planifier et fournir des
services ?
f) Quelles sont les contraintes pour la production ou l’utilisation de telles données ?
g) Enfin, avez-vous bénéficié de formations sur l’approche genre ?

Sans être toutes négatives, les réponses recueillies aux différentes questions posées, sont à
méditer. Elles laissent penser en effet, qu’en matière d’intégration de l’approche genre dans
les pratiques communales les évolutions sont loin d’être achevées et que nous nous trouvons
plutôt sur un terrain quasiment vierge et inexploré. Un énorme effort reste par conséquent à
entreprendre à ce niveau. La notion de genre semble complètement étrangère à une grande
majorité d’élus, notamment parmi les hommes et lorsqu’ils y sont familiarisés, peu d’entre
eux entrevoient le lien entre leurs fonctions, les attributions de la commune et les exigences
de cette approche.

Malgré l’ampleur du débat sur l’avenir des municipalités (planification stratégique,


décentralisation, démocratie locale) nous constatons que les questions liées à la vie et la
satisfaction des besoins des femmes ne sont ni abordées ni envisagées, si ce n’est par un
cercle très restreint d’élus, notamment des femmes, appartenant aux grandes communes
urbaines à l’instar de Casablanca, souvent plus au fait des recommandations internationales et
des initiatives gouvernementales en matière de gouvernance locale.

Plutôt qu’une politique commune et un choix concerté des organismes municipaux, le souci
de la prise en compte de l’approche genre dans la planification municipale, apparaît comme
un combat solitaire et un engagement personnel de certaines élues, qui ont du mal à faire
prévaloir leurs idées auprès de leurs collègues masculins.

3.1.1. La politique du genre


A la question de savoir si la municipalité a une politique initiée à partir de l’approche genre et
si elle dispose d’un service ou d’un agent responsable de cette question, tous les élus hommes
et femmes, répondent par la négative, à l’exception de la commune de Casablanca, qui semble
avoir engagé des efforts dans ce sens, même s’il ne s’agit pas encore véritablement d’une
intégration transversale et systématique de l’approche dans les politiques et les programmes.

« Nous disposons d’une « Unité femme » qui se penche sur la question dans le cadre du
service des affaires sociales et culturelles se défend un élu, et nous adoptons uneapproche
genre dans l’élaboration des programmes et du budget » (Homme élu, Casablanca)

« Oui, nous avons une approche genre parce que nous avons une vision équilibrée des
choses ». (Homme élu Casablanca).

Quoique de manière lente et timide, l’approche genre semble connaître une certaine expansion
et faire un petit bout de chemin, notamment dans les grandes communes par le biais de la
mise en œuvre du programme INDH, comme c’est le cas en l’occurrence pour la commune de
Casablanca.

« Il n’y a pas au niveau communal, une politique de genre, ni d’unité chargée de ce dossier.
Cependant, une attention particulière est actuellement accordée à la question des femmes et

41
à cette approche, notamment dans le cadre de la mise en œuvre de l’INDH et en relation
avec les communes et la gestion communautaire, mais on ne peut parler véritablement de
stratégie ou de politique genre à l’heure actuelle ». (Femme élue Casablanca)

« Le cas de la commune de Casablanca est un cas particulier, parce qu’elle est à l’avant-
garde de nombre de questions. Elle est considérée comme un exemple à suivre, par les autres
villes. D’une part, c’est une sorte de laboratoire et les projets qui sont y menés sont souvent
dupliqués par les autres villes et d’autre part parce que les mentalités y sont plus évoluées. Il
y a plusieurs organisations internationales et associations de femmes qui travaillent sur
l’approche genre dans les transports et d’autres secteurs encore et ceci facilite beaucoup les
choses ». ( Homme élu Casablanca)

« Nous n’avons pas de service spécifique genre, par contre nous avons un service chargé de
la mise en œuvre de l’INDH » (Fonctionnaire municipale Casablanca)

Pour le reste des communes, la réponse est soit négative, soit évasive, parfois du fait même
que le concept n’est pas compris.

« Il n’y a pas de service spécifique, tout comme il n’existe pas de mesures locales pour
promouvoir les femmes »

« Nous célébrons chaque année la journée internationale de la femme, nous octroyons des
prix aux femmes et beaucoup d’autres activités encore. Nous avons donné la plus haute
responsabilité à une femme, dans la commune urbaine de Casablanca » (Homme élu
Casablanca)

Les raisons généralement avancées par les élus pour justifier l’inexistence d’une telle
approche, sont les suivantes :

3.1.1.1 Il revient au Ministère de tutelle de décider l’adoption par les


communes d’une politique de genre.
« La commune est sous tutelle du Ministère de l’Intérieur et des Collectivités Locales, dans ce
sens elle applique les directives politiques qui fixent les priorités du moment et qui lui
parviennent par notes circulaires. Par conséquent, il revient au Ministère de décider
l’adoption ou non d’une telle politique».

« Il ne s’agit pas seulement de convaincre les collègues du conseil municipal de la pertinence


de l’approche, il faut que celle-ci fasse l’objet de décision écrites et dûment notifiés par le
haut de la hiérarchie » (Femme élue Mohammedia )

« La commune n’a pas de programme politique, parce que les membres qui constituent le
conseil appartiennent à différentes familles politiques et chacune de ces familles a sa propre
idéologie, ses spécificités, ses pratiques et sa vision des questions politiques et locales».

3.1.1.2 Le genre, c’est le travail des partis politiques et non de la commune.


« La question de la promotion des femmes et de leur participation au développement n’est pas
de la responsabilité de la commune, mais des partis politiques. Ce sont eux qui doivent
prendre des mesures pour favoriser la participation politique des femmes. S’ils

42
n’entreprennent pas de politiques actives dans ce sens, les femmes resteront marginalisées.
Mais la commune n’a pas à entrer dans ces considérations ».

« C’est le travail des partis politiques d’entreprendre des campagnes d’information, de


formation et de promotion des femmes et des questions de genre, mais la commune n’a rein à
voir là-dedans. Ce n’est pas son rôle ».

3.1.1.3 Les programmes de la commune s’adressent à tous et il n’y a lieu de


faire de discrimination.
« La municipalité est une institution publique et l’assemblée locale met l’intérêt général au-
dessus de toute considération. On ne peut instrumentaliser les outils collectifs ou
compartimenter le travail municipal, en fonction de telle ou telle catégorie de la population,
que ce soit les jeunes ou les femmes. Notre responsabilité, c’est le développement de toute la
société et de la ville dans son ensemble et non pas le problème de genre » (Homme élu
Kenitra).

« Les programmes que nous mettons en place dans les communes ne concernent pas une
catégorie particulière, ils bénéficient à l’ensemble de la population » (Homme élu
Casablanca)

« Les initiatives doivent être basées sur le principe de l’égalité entre les hommes et les
femmes et sur le principe de la méritocratie, c’est-à-dire en prenant en considération les
aptitudes et les capacités de chacun sans distinction de sexe » (Homme élu Kenitra)

« La promotion de la femme doit aller de paire avec celle de l’homme. C’est là notre rôle
fondamental » (Homme élu Temara)

« Les hommes et les femmes sont égaux et il n’est pas recommandé de mettre en place des
politiques sexuées » (Homme élu Mohammedia)

3.1.1.4 Le genre c’est d’abord « éduquer les femmes » et lutter contre


l’analphabétisme.
« Notre politique en matière de genre, c’est de lutter contre l’analphabétisme des femmes. On
leur apprend à lire, à cuisiner, à mieux se comporter avec leur mari, à mieux s’occuper de
leurs enfants etc. Beaucoup de femmes ne savent le faire et c’est ce qui explique que leurs
maris deviennent des déviants… Malheureusement, la télévision ne nous aide pas beaucoup
en cela. Nous combattons également la superstition, les croyances désuètes, la sorcellerie…Je
connais des femmes avocates, médecins et autres qui croient encore en cela, et vous voulez
que ces femmes deviennent ministres demain ! Nous avons un héritage culturel très arriéré
encore » (Homme élu Casablanca)

La méfiance manifesté par certains élus vis-à-vis de cet outil s’expliquerait en partie par le fait
que l’approche genre est souvent perçu comme une « approche étrangère au contexte local »
qui serait de surcroît « imposé par les bailleurs de fonds et les pays occidentaux », dans le
cadre de la conditionnalité des programmes d’aide et de coopération.

43
Les femmes élues ou fonctionnaires ont, quant à elles, une autre approche de la question et
font état des résistances nombreuses que rencontre l’adoption de cette approche par les élus
communaux.

« La commune n’a pas encore adopté une approche genre. Cette philosophie reste incomprise
chez nous, même si on en parle beaucoup et que plusieurs études et recherches sont
entreprises sur le sujet. En fait, il y a encore beaucoup de résistance à cette question. Il ne
faut pas oublier que l’on a assisté, il n’y a pas très longtemps à des manifestations de rue
contre la réforme de la Moudawana et contre le plan d’action national pour l’intégration des
femmes dans le développement ». (Fonctionnaire femme Rabat)

« Notre commune ne prend pas en ligne de compte les questions de genre, parce que d’une
part, la majorité des membres qui composent le conseil municipal ont une mentalité très
traditionnelle et conservatrice et d’autre part, parce que cette question leur semble très
secondaire et de peu d’intérêt, ceci au moment même où le gouvernement décide d’adopter
une approche genre dans la planification et la budgétisation et de l’appliquer à l’ensemble
des politiques sectorielles ». (élue Casablanca)

« A Mohammedia, la voix des femmes n’est pas entendue. Il n’y a aucune stratégie pour
promouvoir les femmes et augmenter leur participation à la gestion des affaires locales et
l’assemblée communale n’a jamais pris d’initiatives dans ce sens ou entrepris de formation
des élus ou des fonctionnaires à cette approche » (Femme élue Mohammedia)

« Nous n’arriverons pas à appliquer l’approche genre, tant que les femmes resteront
minoritaires dans les assemblées municipales. Cette approche a connu un certain succès dans
la commune d’Agadir, parce que les femmes constituaient la majorité et elles ont pu imposer
la prise en compte des besoins spécifiques et des intérêts stratégiques des femmes, ce qui n’est
pas le cas chez nous » (Femme élue Mohammedia)

3.1.2 Comment l’émancipation des femmes est-elle promue dans la


localité ?
« En milieu rural, la question de l’accès à l’éducation se pose avec une grande acuité, car
l’analphabétisme est très répandu. Il revient au gouvernement de prendre les mesures qui
s’imposent pour obliger les familles et encourager les fillettes à poursuivre des études et ce,
en leur octroyant des bourses scolaires, en construisant des foyers pour les étudiantes. La
promotion de la femme doit se faire aussi par la création de coopératives, de micro-
entreprises et de projets générateurs de revenus. Voilà comment je vois la promotion de la
femme au plan local » (Homme élu Arfoud Errachidia).

« Il revient aux femmes de se former par le biais des associations et de s’imposer au plan
local. Il faut sensibiliser les femmes pour qu’elles prennent leur destin en main et les
encourager à s’engager dans la société civile et les partis, les associations, pour qu’elles
puissent bénéficier des aides que procure le conseil municipal ».(Homme élu Casablanca)

« Cette question ne relève pas de la commune. Il faut que les femmes apprennent à prendre
des initiatives aussi, pour se former, acquérir des compétences pour pouvoir accéder aux

44
postes de commandement. Le changement est tributaire des efforts qui sont faits par les
femmes elles-mêmes ».(Homme élu Mohammedia)

« La promotion de la participation femmes au niveau local est l’affaire des partis et non de
l’assemblée locale. Si les partis ne veulent pas faire d’efforts dans ce sens, les femmes
resteront toujours marginalisées et peu nombreuses dans les communes » (Homme élu
Mohammedia).

« Je pense que l’INDH va impulser une nouvelle dynamique dans la prise en compte des
besoins des femmes, à côté des efforts que nous déployons au niveau communal, pour
intéresser les femmes aux affaires publiques, les informer, les convaincre et les sortir du
confinement où elles se trouvent ». (Homme élu Nouaceur)

« Il faut arriver à appliquer au niveau local cette nouvelle vision du rôle de la femme dans la
société, qui est portée par le discours politique officiel, dans tous les domaines et ceci peut se
faire dans le cadre de l’INDH » (Homme élu Casablanca)

3.1.3 La formation des élu(e)s à l’approche genre.


La question posée est la suivante : avez-vous bénéficié de formations sur l’approche genre ?

Les seuls à répondre positivement à cette question sont quelques élus, une fonctionnaire qui a
participé à plusieurs formations et qui préside un projet d’intégration de l’approche genre dans
la gestion des administrations, ainsi que deux élus.

« Oui j’ai bénéficié de plusieurs formations dont une formation sur l’approche genre, . Les
communes ses sont impliquées dans ce projet appelé « l’approche genre dans la gestion
locale ».(Homme élu Casblanca)

« Oui, j’ai bénéficié d’une formation sur le genre dans le cadre du parti. J’ai également
assisté à un certain nombre de séminaires et d’ateliers organisés par des associations sur le
sujet. Le problème consiste dans la mise en pratique de cette approche et de son application
dans la planification et les programmes de développement et dans son suivi ultérieur et ceci
n’est pas évident dans les conditions actuelle des communes ». (Elue Casablanca)

3.1.4 La question de la budgétisation sensible au genre.


Les besoins spécifiques et les aspirations des femmes ne sont pas pris en compte dans les
plans de développement locaux et régionaux. Les investissements consacrés aux femmes ne
leur permettent pas de rattraper les retards qu’elles accusent en matière d’éducation, de santé,
de travail et de responsabilité. C’est pourquoi il est essentiel que l’on agisse sur les budgets, si
l’on veut obtenir des résultats tangibles en matière d’égalité des chances.

Si nombre d’élus sont partisans de mesures générales qui s’adressent de manière


indifférenciée à tous les citoyens sans distinction de sexe et prônent par conséquent, la
neutralité en matière de budget, au niveau des communes, d’autres y sont plus sensibles, mais

45
déplorent le manque de formation des élus et du personnel des gouvernements locaux, en la
matière de planification et de budgétisation sensibles au genre.

« Il est difficile de parler de budget genre au plan de la nomenclature. Il est difficile de


distinguer ce qui va aux femmes et ce qui va aux hommes. Cependant je crois qu’au niveau
des budgets de communes, il y a un effort qui se fait en direction des filles, notamment en
terme d’infrastructures qui favorisent la scolarisation des filles » (Homme élu Casablanca)

« Par ailleurs, avec la réforme de la charte communale, en 1993 et le transfert des


compétences vers les communes et les collectivités, les choses sont en train de changer. Le
conseil communal est en train d’élargir ses prérogatives. On veut introduire les problèmes de
genre dans toutes nos activités. On se propose de faire des formations, car il faut tout un
travail d’appropriation de ces nouvelles attributions. On a commencé à travailler sur le rôle
de l’élu local dans la préservation des droits de l’enfant, nous avons organisé des séminaires
sur le sujet et on s’est rendu compte que la vision des élus est en train de changer. Nous
pensons introduire à l’avenir la question du genre dans la gestion municipale et former les
élus et les fonctionnaires à cette approche » (Femme élue Casablanca)

A cela s’ajoutent d’autres problèmes. Les administrations locales et régionales ne sont pas
dotées de moyens leur permettant d’identifier correctement les besoins de la population en
général et encore moins de ceux qui résultent d’une différence d’accès aux ressources et aux
services entre les hommes et les femmes. Les communes sont démunies en matière de
données statistiques de genre au niveau régional et local.

3.1.5 La disponibilité de données désagrégées par sexe.


Les autorités municipales doivent avoir en main une information qui distingue les réalités des
femmes et des hommes. C’est la seule façon d’être en mesure d’ajuster les programmes et les
actions en fonction des besoins de chacun et chacune.

La municipalité doit d’abord s’interroger : existe-t-il des statistiques, des études, des enquête
qui pourraient être éclairantes en matière de genre et où et comment faut-il recueillir
l’information ?

En ce qui concerne cette question, la réponse est négative pour l’ensemble des communes. Il
l’existence de données ventilées par sexe, aux plans régional et local, ni d’une politique de
collecte de données de ce type pour la planification et la fourniture de services. Les
communes n’ont pas songé par ailleurs à se douter d’outils internes d’information pour
connaître les besoins différentiels des hommes et des femmes, y compris dans des domaines
clés comme la fréquentation des institutions scolaires, la santé, les revenus, etc. Les raisons
avancées sont les suivantes:

« Les fonctionnaires ne sont pas formés dans ce domaine d’une part, ceci demande des
moyens que nous n’avons pas d’autre part ».

« Les difficultés tout d’abord sont d’ordre technique : qui va s’occuper de collecter ces
données ? et comment ? Je ne pense pas que la résistance réside ailleurs. Nous n’avons pas
de savoir-faire à ce niveau ».

46
« Je vous répète que la difficulté première est que les discours, les textes et les
recommandations ne trouvent pas de concrétisation dans la réalité, par faute entre autres de
fonctionnaires compétents pour les appliquer. C’est le cas par exemple de la mise en œuvre
de l’INDH au plan communal. C’est souvent la disponibilité des compétences dans un
domaine précis qui permet de prendre des initiatives et de créer des services spécialisés. La
grande majorité des fonctionnaires ne savent pas ce que c’est que l’approche genre ».
(Homme fonctionnaire Mohammedia)

« Les conseillers municipaux manquent de formation en ce qui concerne le nouveau cadre de


gestion municipal, il y a encore beaucoup de confusion entre les attributions des régions
(moukataât) et ceux des conseils municipaux et la relation qui doit exister entre les deux. Si
ceci est bien assimilé, les choses seront beaucoup plus faciles ». (Elu Casablanca)

3.1.6 L’absence de formation et d’outils de planification.


L’absence de formation des élus et des fonctionnaires ainsi que les carences relevées en
matière d’outils de planification et de compétences constitueraient les obstacles majeurs à la
prise en considération des besoins des femmes et par conséquent à l’intégration du genre dans
la gestion municipale.

Cet argument est avancé par un certain nombre ONG féminines et synthétisé de la manière
suivante :

 Absence d’expérience en matière de planification stratégique

 Absence de bases de données régionales ,

 Absence de formation,

 Enfin, absence de partenariat avec les ONG

En guise de synthèse :

Il apparaît clairement que les responsables communaux, qui appartiennent aux grandes
communes urbaines, à l’instar de Casablanca ou Rabat sont davantage familiarisés au concept
de genre et à son impact sur le développement local, que les communes rurales telles que
Mohammedia ou Errachidia.

Cette familiarisation serait le résultat à la fois d’un activisme accru des ONG au plan national
et local et de l’intégration de cette approche dans le cadre de la mise en œuvre de l’INDH. De
fait, ces différences d’appréciation traduisent les disparités qui caractérisent encore entre
communes rurales et communes urbaines dans nombre de domaines, dont l’accès à
l’information et à la formation, la différence de moyens etc.

On ne s’étonnera pas non plus de constater qu’hommes et femmes ne manifestent pas le


même intérêt à la question du genre et ne disposent pas du même niveau de connaissance et de
sensibilité, à cet égard. Qui, mieux que les femmes, peut apporter sa connaissance de
l’approche genre et plaider pour son intégration dans la planification locale ?

47
Les réticences des élus à l’utilisation de l’approche genre, seraient davantage la conséquence
d’une ignorance du concept et de la pertinence de son application à la gestion locale, qu’à une
hostilité à la prise en compte systématique des besoins différentiels des femmes et des
hommes dans un souci d’égalité.

La prise en considération des besoins et des intérêts particuliers des femmes dépend aussi en
bonne partie, du nombre de femmes élues et de leur capacité à les faire valoir auprès des
organismes municipaux. Des analystes ont d’ailleurs déjà établi des liens entre la présence des
femmes au sein des conseils des villes et des politiques favorables à la population féminine.

3.2 Le partenariat avec la société civile et plus particulièrement


avec les associations de femmes.
Dans la mise en œuvre d’une politique d’égalité entre les sexes, il va s’en dire que le rôle
moteur revient aux pouvoirs publics, que se soit au plan national, régional ou local, mais
l’action volontariste par le « haut » a ses limites, comme le montrent nombre d’études. Des
programmes d’action entièrement impulsés, gérés et contrôlés par l’Etat, sans la participation
des regroupements de femmes risquent de devenir des coquilles vides parce qu’elles se
privent de la créativité des groupes de la société civile. C’est là l’enseignement principal de la
Décennie des Nations-Unies pour la femme d’une part et celui de l’Agenda 21 local pour un
développement durable, d’autre part.

Pour être efficace, l’action des communes doit être obligatoirement relayée par celle
d’associations et groupes de pression divers. Elle doit être prolongée, démultipliée, soutenue à
la base par des associations de femmes et des groupes d’ONG divers qui, formulent des
demandes et développent des réseaux de solidarité. Seuls des lobbies de femmes peuvent
légitimement et efficacement parler au nom de « l’armée des ombres » que constituent toutes
les femmes qui, notamment dans les zones rurales ne parviennent pas à faire entendre leurs
voix.

Face aux problèmes de la croissance urbaine, les ONG procèdent par investissement du corps
social pour réduire ses fractures et reconquérir les consciences. En effet, l’amélioration de la
vie économique et sociale des habitants des communes est l’une des premières considérations
des ONG : appui aux initiatives économiques, alphabétisation, emploi des jeunes, formation,
etc. Elles jouent aussi un rôle important dans la régulation sociale à travers l’intégration des
exclus tels que les pauvres, les femmes et les catégories à faibles revenus.

Deux lignes d’action fondamentales sont identifiées pour les ONG:

- En premier lieu, un rôle d’information et d’intermédiation sociale pour mettre à jour, plaider
pour les intérêts et les besoins des habitants et notamment des femmes et soutenir les
initiatives des communautés auprès des pouvoirs publics.

-En second lieu, un rôle d’articulation, entre les différents intervenants dans le
développement : articulation entre les initiatives de la population et les pouvoirs publics d’une
part et entre les intervenants eux-mêmes d’autre part, en vue de générer des consensus entre
toutes les parties prenantes dans le projet de développement social.

48
Les groupes de femmes et partenaires locaux peuvent contribuer à rejoindre les femmes et, en
particulier, celles qui vivent des situations d’exclusion (analphabétisme, méconnaissance de
leurs droits, isolement, handicaps, etc.). Elles peuvent constituer des relais pour aider la ville
dans ses efforts de diffusion de l’information relative aux services municipaux et aux projets
d’aménagement et de développement qui ont une incidence sur la qualité de vie dans les
quartiers et la ville en général.

Le rôle des associations féminines est notamment irremplaçable pour susciter des vocations
politiques parmi les femmes et orchestrer des campagnes d’opinion en faveur des
candidatures féminines, dans la période qui précèdent les élections législatives ou
communales. Elles peuvent peser de tout leur poids dans les promesses faites par les différents
partis de présenter davantage de femmes. Elles peuvent jouer un rôle de premier plan dans la
sensibilisation de l’électorat au thème de la participation des femmes à la gestion des affaires
publiques.

Dans cette enquête, nous avons essayé de voir où en était le partenariat avec la société civile
et particulièrement avec les groupes communautaires qui oeuvrent à la défense des droits des
femmes ou qui offrent différents services à la population, dans les communes concernées par
l’étude.

Notre objectif était d’identifier les mécanismes qui freinent ou favorisent à l’heure actuelle
l’éclosion d’une approche participative dans la gestion communale et de préciser le rôle de
collectivités locales et des organisations non gouvernementales dans ce processus. Enfin, nous
étions curieux de savoir dans quelle mesure les nouvelles initiatives gouvernementales à
l’instar de l’INDH favorisent-elles une plus grande ouverture des collectivités locales sur le
potentiel de la société civile dans l’amélioration de l’efficacité des actions de développement.

Trois questions relatives à la participation des ONG, notamment féminines à la gestion et au


développement communautaires ont été posées aux élus:

- Y a-t-il des associations de développement ou de promotion des femmes actives au niveau


de votre commune ?
- Les impliquez-vous dans les activités de la commune ?
- Si oui, de quelle manière ?

Ces mêmes questions ont été retournées aux représentant(e)s d’associations, moyennant une
légère adaptation :

-Impliquez-vous les autorités locales dans certaines de vos activités ?


-Comment jugez-vous leur implication et le degré de leur engagement sur les questions de
genre ?
-Quelles relations entretenez-vous avec les autorités locales, les élus et les fonctionnaires ?
-Y a-t-il un partenariat établi entre vous ?
-Si oui, en quoi consiste t-il exactement ?
-Est-il formalisé par des conventions ou est-il informel ?

Il ressort des réponses croisées des élus et des représentant(e)s d’associations, un certain
nombre de constats que l’on peut synthétiser comme suit :

49
3.2.1 Des évolutions sensibles dans les faits.

3.2.1.1 Une prise de conscience de plus en plus grande de la part des élus,
du rôle dévolu aux ONG en milieu communal, tant en milieu urbain qu’en
milieu rural.
« Nous travaillons beaucoup avec les associations qui interviennent en milieu rural, dans des
domaines comme le travail agricole, la lutte contre l’analphabétisme, l’éducation des enfants,
le développement des activités sportives …Actuellement, nous collaborons ensemble pour la
création d’une maison de culture, d’un institut de la musique et d’une salle de réunion etc....
Par exemple, nous avons trouvé le cadre légal, pour encourager davantage l’éducation des
petites filles que celle des garçons, en vue de les préparer à jouer un rôle plus actif dans la
société de demain » ( Elu, Temara)

3.2.1.2 Des processus de consultation sur le développement de la ville, où les


femmes sont partie prenante.
« Il y a plusieurs ONG de femmes, de défense des droits des femmes et puis il y a les femmes
dans les partis. Nous avons organisé des ateliers de consultations au cours de l’année 2004,
avec tous les acteurs locaux, pour élaborer la stratégie de développement de la ville de
Mohammedia. Nous les avons tous invité et nous avons eu des discussions très intéressantes
sur un certain nombre se sujet. Cette initiative qui a été prise par le Conseil municipal,
s’inscrivait dans le cadre de la « bonne gouvernance locale » et dans le cadre de l’approche
participative préconisée par cette approche, qui appelle à la consultation de tous les acteurs
locaux, représentants de la société civile, chefs d’entreprise, universitaires etc. Nous voulions
sortir avec une vision globale pour un développement local durable. C’est sur les
recommandations et les résultats de ces ateliers que nous continuons à travailler
aujourd’hui ». (Homme fonctionnaire Mohammedia)

3.2.1.3 L’INDH, source d’une nouvelle dynamique de partenariat avec la


société civile, notamment dans les grands centres urbains.
La mise en œuvre de démarches de type INDH ou Agenda 21 local, au niveau de certaines
communes a été l’occasion d’impulser de nouvelles dynamiques de partenariat avec la société
civile en relation avec le développement local et plus particulièrement avec les associations de
femmes.

Comme nous l’avions déjà signalé dans les chapitres précédents, les idées novatrices ont
toujours germé d’abord dans les villes-centres, avant de se propager dans les communes
d’agglomération puis dans l’ensemble du pays. Au Maroc, les communes de Casablanca,
Mohammedia, et bien d’autres encore ont été à bien des égards, les vecteurs de cette nouvelle
approche participative du développement local, en ouvrant pour la première fois, des espaces
de consultation et de concertation avec les ONG sur différentes problématiques, dans le cadre
de l’INDH.

« Nous avons environ 150 associations dont un nombre important d’associations de femmes
et nous avons très souvent des réunions avec elles, dans le cadre de la mise en œuvre de
l’INDH, qui a été annoncé par sa Majesté et qui a été accompagné d’un budget
consistant…ceci a donné lieu à la création de nouvelles associations de lutte contre l’habitat

50
insalubre, de protection de l’environnement, et à la concrétisation de relations de partenariat
par le biais de conventions écrites » ( Elu Temara)

« Il y a un intérêt accru pour l’implication du tissu associatif et notamment des groupes


communautaires qui oeuvrent à la défense des droits des femmes à l’amélioration des
conditions de vie de la population, dans le cadre de l’INDH, mais cela n’est pas encore
formalisé dans le cadre d’une politique ou d’une stratégie claire. ….A partir de là, chaque élu
interprète les choses comme il l’entend ». (Homme fonctionnaire Casablanca)

« Il y a plusieurs associations de femmes à Casa, comme l’Union du Travail des Femmes,


l’Association FEMA, les centres d’écoute etc. Nous n’avons pas de partenariat avec les ONG
dans le cadre du plan communal, cependant le conseil a commencé à associer ces ONG dans
le cadre du programme INDH et nous avons déjà solliciter la participation de certaines
associations pour la mise en œuvre et le suivi de certains programmes et projets….Nous
n’avons pas encore de conventions avec ces ONG, car nous en sommes encore au début de la
mise en application de l’INDH, mais nous les invitons à présenter des propositions de projets
que nous discutons en commission et si ces projets sont retenus, les ONG seront chargées de
leur exécution et de leur suivi ». (Femme élue Casablanca)

« Oui nous les impliquons, surtout que l’approche de l’INDH appelle à associer la société
civile dans la mise en œuvre des programmes et des activités, notamment dans le cadre des
programmes de création d’entreprises, de génération de sources de revenus, de coopératives
etc ». (Femme élue. Casablanca)

« Pour pouvoir obtenir de l’aide et des subventions, les ONG invitent parfois les conseillers
municipaux à assister à certaines de leurs activités, mais on ne peut pas réellement parler de
partenariat, par contre ce partenariat existe dans le cadre de l’INDH. Les ONG sont associés
dans le cadre de contrats programmes ». (Fonctionnaire homme Mohammedia)

« Bien sûr que nous associons les ONG. Dans le cadre de l’INDH, le conseil veille à faire
participer tous les acteurs de la société civile, dans les programmes et les activités qu’il
entreprend. Cette participation prend différentes formes, elle se fait par l’octroi de
subventions et l’invitation à participer aux diverses manifestations, expositions, festivals, et
tout ce qui concerne la vie de la cité, dans les domaines sportif, artistique etc, ainsi que dans
les projets relatifs à la création de coopératives et d’infrastructures; notamment dans
l’artisanat et les petits métiers. (Femme élue Casablanca)

La prise de conscience des élus de la nécessité d’un partenariat collectivités locales/société


civile et les progrès réalisés dans ce domaine, sont confirmés par nombre de représentantes
des associations de femmes.

« Oui, nous avons de bonnes relations avec les autorités locales…il y a des modes de
collaboration entre notre association et les autorités locales. Il y aussi des aides qui nous sont
octroyées. Au cours des dernières années, les autorités locales ont pris conscience de
l’importance d’impliquer la société civile, même si les méthodes et les moyens choisis pour le
faire ne sont pas toujours très appropriés et que les rouages ne sont pas encore huilés. Mais
c’est un fait, les élus accordent de plus en plus de crédit et de crédibilité aux associations,
parce qu’ils ont eu l’occasion de les tester leur efficacité sur le terrain. Nous avons déjà
quelques expériences de partenariats réussis avec le Ministère de la Justice, le Ministère de
l’Education et maintenant avec les autorités locales à Meknes. (Femme ONG Rabat)

51
«Avant, il était inconcevable pour nous en tant qu’association, de travailler avec les autorités
locales, mais à présent les choses ont changé dans le sens positif de ce côté-là. En plus des
aides que nous recevons, il y a un réel rapprochement qui s’opère avec les autorités
municipales et je pense que nous sommes sur la bonne voie. Pour ma part, j’ai le sentiment à
présent d’être réellement une citoyenne, j’ai le sentiment que le mot citoyenneté prend du
sens. Nous le sentons aussi comme association de femmes, dans l’exécution de nos activités
quotidiennes.A présent, il y a du respect, de la considération pour ce que nous faisons, une
interaction positive avec les autorités locales, une symbiose totale avec nos objectifs. Nous
travaillons avec les femmes victimes de violence et il arrive très souvent que les autorités
locales, les élus nous adressent des femmes victimes de violence accompagnées ou non par
leurs enfants et qu’ils les orientent vers nos centres d’écoute….pour les aider, les orienter
etc ».(Femme ONG Casablanca).

3.2.1.4 L’intégration du genre dans les budgets locaux : un exemple de


bonne pratique en matière de partenariat avec les associations de femmes.
« Nous n’avons pas de participation politique directe avec les communes, mais nous avons
conduit une expérience très intéressante avec les communes, dans le cadre de l’intégration de
l’approche genre dans les politiques publiques. On a travaillé sur le budget des collectivités
locales. Avant, le budget était considéré comme un outil technique, rien que des chiffres, or
le budget c’est avant tout un outil politique, il traduit des politiques et des visions… donc, on
a ouvert ce chantier concernant le budget, pour montrer comment on peut intégrer l’approche
genre dans les budgets des collectivités locales. Effectivement c’est une expérience pilote. On
a choisit 5 communes, dont la commune de Casablanca,…On a également pris Essaouira
parce qu’il y a une femme à la tête de la commune…
C’est un chantier nouveau pour nous et pour tout le monde. C’est une première expérience
avec les communes… C’est un début et comme toujours, c’est difficile au début » (Femme
ONG Casablanca)

3.2.2 Des résistances qui rendent difficile la diffusion de


l’approche participative.
Le bilan en matière de partenariat avec les ONG est, on s’en doute loin d’être univoque.
Nombre de blocages existent encore, du côté des élus notamment, quant à la participation des
associations à la prise de décision locale. En l’occurrence, le dialogue entre les groupes de
femmes et les pouvoirs locaux, est quasiment absent dans un certain nombre de communes.
Cela est du en général à l’absence de réflexion transversale, au manque de formation des élus
à l’approche participative, ainsi qu’à la résistance des préjugés vis-à-vis des organisations de
la société civile.

3.2.2.1 Les associations n’ont rien à voir avec la planification et la gestion


locale …ce ne sont pas leurs affaires !
« La commune travaille avec le plus grand nombre d’ONG. Lorsqu’elles déposent des
requêtes ou formulent des demandes, nous essayons d’y répondre, dans la mesure du
possible. Maintenant, en ce qui concerne la planification et les questions de gestion
communale, les associations n’ont rien à voir là-dedans. La plupart des associations

52
existantes sont de type culturel, sportif ou de loisirs…s’il y avait par exemple une association
d’ingénieurs, ceci pourrait se comprendre et nous aider. Nous pourrions éventuellement
bénéficier de leurs conseils » (Homme élu Mohammedia)

« Non, le partenariat avec les ONG, par le bais de conventions n’existe pas encore au Maroc,
mais le Ministère de l’intérieur a commencé à y penser, car celles-ci peuvent jouer un rôle
important, mais aucune association sur la place n’est parvenue pour le moment à cette
maturité et un tel degré d’expertise ». (Homme élu Mohammedia)

3.2.2.2 Des modes de participation traditionnels : « nous leur apportons


une aide matérielle et nous leur ouvrons les portes de la maison de la
culture… »
Lorsqu’ils sont interrogés sur le type de partenariat ou de relations qu’ils entretiennent avec
les ONG, certains élus ont à l’esprit soit l’aide financière et les allocations qui leur sont
octroyées, soit leur invitation à certaines manifestations locales (expositions,
commémorations etc).

« A Mohammedia, il y a environ 150 ONG, culturelles, sportives ou sociales. Notre manière


de les impliquer est la suivante : Certaines associations nous invitent à participer à certaines
de leurs activités, et il revient à nous d’y aller ou de pas y aller, selon l’importance de
l’événement et selon notre disponibilité. Pour ce qui est maintenant de la discussion du
budget de la commune, les ONG n’y sont pas associées, parce que la discussion se fait
d’abord en interne avec les fonctionnaires et l’équipe gestionnaire, puis vient le conseil. Le
budget a ses particularités internes.
Nous aidons matériellement les associations. Le conseil distribue aux ONG 50 à 60 Millions
de Dirhams, à partir de dossiers qui lui sont présentés et selon le type d’activités déployées.
Les associations qui sont actives et sérieuses dans la commune, reçoivent une aide non
négligeable et nous leur ouvrons les portes de la maison de la culture ». (EHomme élu
Mohammedia)

« Nous encourageons le travail associatif et nous consacrons une enveloppe annuelle


d’appui aux associations. Nous en appuyons environ 200 au niveau local. Lorsque nous
étudions un projet, il arrive souvent que le conseil fasse appel aux ONG pour écouter leurs
propositions, leurs suggestions » (Elu Kenitra)

3.2.2.3 Deux poids, deux mesures…les associations sportives se taillent la


part du lion, les autres sont marginalisées…
« En réalité, il n’y a aucun partenariat, aucune coordination avec les ONG, en dehors des
associations sportives. Les autres associations n’ont pas d’existence. Nous octroyons
quelques aides, mais elles sont insignifiantes. Par ailleurs, les associations sportives se
taillent la part du lion de l’aide octroyée et les autres ne reçoivent que des miettes. Les
équipements sont facilités à certaines ONG et pas à d’autres, ce qui nous a valu nombre de
protestations». (Femme élue Mohammedia)

3.2.2.4 Cela dépend beaucoup de la sensibilité du principal responsable, il


n’y rien de systématique ou de formel en matière de partenariat.

53
« Nous n’avons pas de partenariat avec la société civile, parce que cela dépend du premier
responsable municipal. Chaque commune à son gestionnaire…et cela entre beaucoup en
ligne de compte. Certains élus ont encore des préjugés concernant les ONG, surtout lorsqu’il
s’agit d’organisations de femmes. Je peux dire sans peur de me tromper, que le partenariat
avec les associations est tributaire de la sensibilité et du background idéologique du premier
responsable, en particulier. Ce partenariat a connu dans notre commune, une période faste à
un moment donné, parce que le maire y croyait. Cela dépend aussi de l’obédience politique.
Avant, nous avions un maire progressiste, qui croyait dans le travail associatif et il y a eu une
réelle dynamique qui s’était enclenchée.. » (Elue Mohammedia)

« On n’implique pas les associations, car les « Mouqataat » n’ont plus à présent ni le
pouvoir ni le budget pour encourager les ONG. C’est le conseil municipal qui se charge de
cette question, mais nous n’enregistrons jusqu’à présent aucun partenariat d’envergure. Nous
n’avons pas non plus de conventions formelles (écrites), ces ONG bénéficient de petites
subventions, mais elles sont insuffisantes. Il y a un grand effort qui est fait au plan de
l’enveloppe budgétaire qui est allouée aux ONG, mais la répartition de cette enveloppe n’est
pas bien étudiée. Nous recevons environ 500 à 600 millions que nous distribuons sur les ONG
de toute la commune, à toutes celles qui présentent un dossier et qui le demandent. A mon
avis, ce n’est pas une bonne chose, il serait plus judicieux d’orienter cette aide vers les ONG
qui sont réellement actives et qui montrent de l’efficacité, pour le bien de la ville et
l’amélioration de la condition des femmes ». (Elu Casablanca)

3.2.2 Un bilan contrasté aux yeux de certaines ONGs.

3.2.2.1 Oui pour le partenariat, mais attention l’Etat doit assumer ses
responsabilités…
« Oui, mais attention, la société civile, ce n’est pas la panacée à tous les maux…l’Etat doit
assumer ses responsabilités »

« Je pense sincèrement que l’administration locale cherche sérieusement à impliquer les


ONG, parce qu’elle a besoin d’être appuyée, mais le danger c’est que, il ne faut pas que
l’Etat marocain et l’administration locale se mettent à penser ou à considérer que la société
civile est une alternative à son actionparce que le gouvernement et l’administration ont un
rôle à jouer et la société civile en a un autre à chacun son rôle, cela doit être clair ! Pendant
les années 80 et 90, la société civile a été le moteur du changement, maintenant il faut que
l’Etat assume ses responsabilités ». (Femme ONG Rabat)

« Oui, nous avons organisé un certain nombre d’activités communes. Nous avons par exemple
été sollicité par le conseil municipal pour organiser une table-ronde sur « Femme, ville et
citoyenneté », dans laquelle nous avons discuté de tout ce qui concerne la participation
politique des femmes. C’est très positif. Autre élément indicatif de ce nouveau rapport, c’est le
fait que les autorités locales ont accepté notre grand projet, dans le cadre de l’INDH… mais,
j’insiste pour qu’il y ait du respect pour les associations, parce qu’elles ont une dimension de
mobilisation collective et citoyenne; parce que nous faisons partie de nombreux réseaux, mais
aussi parce que les ONG sont à l’avant-garde de nombre de questions. Personne ne peut

54
jouer ce rôle à notre place…Nous sommes des intermédiaires hors pair avec les citoyens ».
(Femme ONG Chamal Kenitra)

3.2.2.2 Nous ne voulons pas faire de la figuration….


« Sincèrement, au niveau du discours, l’engagement existe de la part des autorités, mais dans
la réalité, il reste beaucoup à faire, car les femmes ou plus exactement les associations de
femmes sont souvent invitées pour faire de la figuration, pour le décor et non pour une
participation effective et cela nous ne pouvons l’accepter » (Femme ONG Chamal Kenitra)

« La relation du pouvoir avec la société civile est bâtie sur un malentendu. De notre point de
vue et partant de notre propre expérience le pouvoir, les autorités locales doivent changer
leur manière de voir les choses et d’agir. L’homme de pouvoir ne voit pas dans les ONG des
acteurs de développement et des instances porteuses de projets novateurs, qui apportent un
plus à la société. Nous sommes ouverts à tous les responsables, quelque soit leur fonction
dans la hiérarchie, mais dans le cadre de conventions et d’engagements réciproques et de la
transparence.Nous avons une mauvaise relation avec les autorités communales. Nous avons
notre propre vision sur le partenariat, mais malheureusement l’autorité locale ne partage pas
cette vision. Elle n’est pas à la hauteur du discours véhiculé par l’Etat, par les moyens de
communication. Les autorités locales ne nous informent pas ou alors très tardivement de ce
qui se fait et de manière sélective. Il y a un problème de communication e de cohérence entre
ce qui se dit au niveau central et ce qui se fait au niveau local ». (Homme ONG Aïn ILouh)

« Les autorités locales ne participent à nos activités.. Franchement, nous ne recevons aucune
aide ni matérielle, ni morale, aucun encouragement de la part des autorités locales. Nous
avons essayé à plusieurs reprises d’être reçues par le Wali, le président du Conseil
communal, les élus mais en vain et sans savoir exactement pourquoi. Nous les invitons
régulièrement à nos activités, mais ils ne viennent pas. Nous espérons tout simplement que
c’est une question d’agenda et pas d’autre chose.Le thème de la violence à l’égard des
femmes, sur lequel nous travaillons, ne plaît sans doute pas à tout le monde…question de
mentalités ». (Femmes ONG Meknès)

3.2.2.3 Il ne faut mettre toutes les communes dans le même panier…


« Dans la nouvelle charte communale, il y a l’article 42 qui stipule qu’il faut qu’il y ait un
partenariat entre les communes et les ONGs. Il faut donc réfléchir sur la manière de mettre
en pratique cet article et de le traduire en mécanisme.
La leçon que nous avons tiré de notre expérience passée, c’est qu’il ne faut pas mettre toutes
les communes dans le même panier, parce que ç’est différent,l’interaction a été différente
qu’il s’agisse de Zagoura ou de Casablanca. Le plus difficile c’était Casablanca, l’accès
était difficile, mais à la fin on est arrivé à organiser des séminaires où était présents tous les
chefs de services et les chefs de division, les secrétaires généraux, les vice-présidents de la
commune, c’était très réussi. Il faut continuer ». (Femme ONG Casablanca)

Conclusion.

Quoique la dynamique de partenariat élus/ONG soit encore lente au regard des enjeux du
développement urbain, les processus de consultation et de dialogue entre les collectivités
locales et la société civile connaissent une certaine avancée dans les grandes communes du

55
Maroc. Les progrès enregistrés sont particulièrement visibles dans les communes des grandes
villes, à l’instar de Casablanca, Rabat, ou Mohammedia.

La mise en œuvre de l’INDH joue un rôle de premier ordre dans l’impulsion de cette nouvelle
dynamique, visant à assurer une participation à moyen terme, des citoyennes à la prise de
décision locale et à développer des pratiques de la participation démocratique plus inclusives.

Cette dynamique est accueillie très positivement par la plupart des associations de femmes qui
y voient une occasion de faire valoir leur savoir-faire et leurs revendications auprès des
instances de pouvoir locales.

L’adhésion des élus les plus réticents à l’instauration d’un partenariat avec les organisations
non gouvernementales en général et avec les associations de femmes en particulier, dépendra
dans une large mesure des actions qui seront menées à l’avenir, en vue de généraliser les
réformes entreprises dans les multiples domaines de la vie communale et de développer les
capacités des institutions à travailler efficacement avec les groupes de la société civile; de la
même façon qu’elle restera tributaire de l’effort qui sera fait par les associations de femmes et
les ONG elles-mêmes pour s’ouvrir à toutes les sujets de la vie urbaine et à renforcer leur
crédibilité face aux interlocuteurs officiels et à la communauté toute entière.

56
4. les mesures préconisées pour accélérer le
processus de participation des femmes à la vie
publique

L’étude s’est attachée à recueillir les différentes mesures préconisées pour faire de la
participation de la femme à la vie publique une réalité tangible au Maroc. Rappelons que la
soixantaine de personnes interviewées sont des femmes et des hommes appartenant à cinq
catégories –élus et fonctionnaires communaux, militants d’associations et de partis politiques
et universitaires- qui constituent autant de types de personnes ressources pour toute recherche-
action portant sur la participation des femmes à la gouvernance locale.

L’analyse des mesures préconisées, recueillies par l’enquête, selon le sexe et la catégorie de
leurs auteurs permet d’atteindre plusieurs objectifs à la fois. En effet, étant donné que la
personne interviewée élabore ses propositions à partir de sa conception du rôle de la femme
dans la société, de sa perception des facteurs handicapant et ceux favorisant la participation de
la femme et de son évaluation de la situation actuelle au Maroc, il est plus judicieux de se
livrer à l’analyse du contenu des mesures proposées en les regroupant en dix catégories : les
hommes élus, les femmes élues, les hommes fonctionnaires, les femmes fonctionnaires, les
hommes des associations, les femmes des associations, les hommes des partis, les femmes des
partis, les hommes universitaires et les femmes universitaires.

Conduite de la sorte, l’analyse permet de faire ressortir, pour chacune des dix catégories,
quelles sont les véritables attitudes vis-à-vis de la participation de la femme, quel est le niveau
de perception des obstacles qui se dressent devant cette participation et quelle est la nature et
l’opportunité des mesures préconisées pour accélérer le processus de participation des femmes
à la vie publique. Sur la base de ces analyses, une synthèse pourra dresser un répertoire
ordonné des mesures préconisées tout en relevant quelles sont les catégories d’acteurs qui
appuient ces mesures et celles qui s’y opposeraient.

Aussi, ce chapitre comporte deux parties. La première partie est consacrée à l’analyse des
mesures préconisées par les hommes et les femmes de chacune des cinq catégories de
personne ressources. La deuxième partie est réservée à la synthèse des résultats des analyses
effectuées dans la partie précédente.

4.1. Analyse des mesures préconisées par les hommes et par les
femmes
L’analyse aborde alternativement des propositions d’hommes et de femmes en traitant
successivement celles qui ont émané des élus communaux, des militants des associations, des
militants des partis politiques, des universitaires et enfin des fonctionnaires.

57
4.1.1. Hommes élus communaux
Il est manifeste que la participation de la femme à la vie communale ne rencontre pas un
enthousiasme unanime chez les élus communaux. En effet, aucun élu communal n’a proposé
le recours au quota, plus même, certains ont déclaré leur opposition et leur rejet du quota.
L’opposition est exprimée aussi sous d’autres modes : laissons faire l’évolution naturelle de
la société ; ou bien, il revient aux femmes de faire le nécessaire pour s’imposer ; ou bien, la
femme musulmane, tenue par la décence (al hichma), ne peut pas…

Par ailleurs, ceux qui sont favorables à la participation de la femme préconisent des mesures
pour former les femmes afin qu’elles deviennent aptes à intervenir. Pour eux, les partis
politiques et les associations ont un rôle à jouer. Beaucoup s’accordent à constater que
l’image de la femme doit changer. Enfin, les élus des communes rurales rappellent que
l’analphabétisme des femmes est un handicap absolu à la participation de la femme à la vie
publique.

Contre le quota, mais…

Il n’y a aucun élu communal qui considère que le quota est un moyen à utiliser pour que les
femmes puissent accéder à la représentation au sein des conseils communaux. Bien au
contraire, quatre au moins se sont prononcés contre le quota le considérant comme
contradictoire avec la démocratie ou dévalorisant pour les femmes. Il y a même celui qui se
demande si le quota n’a pas été programmé que pour plaire à l’Occident. En contre partie, il
est proposé d’assurer une formation pour les femmes, notamment par les partis politiques,
pour qu’elles puissent affronter les hommes d’égal à égal, de recourir au scrutin à liste, de
bien placer des femmes dans les listes pour qu’elles aient une chance d’être élues, de nommer
les femmes qui ont des compétences à des postes élevés, d’encadrer les femmes aux niveaux
régional et local et pas seulement au niveau national.

Je refuse le quota. Tant que la femme demande l’égalité avec l’homme, elle
n’a qu’à affronter la vie comme l’homme… qu’elle affronte l’homme
d’égal à égal. Je me demande encore si le quota a été programmé pour
faire plaisir à l’Occident ou pour promouvoir la participation des femmes.
Par contre, il faudrait que les partis politiques encadrent les femmes au
plan politique, organiser des séminaires et des rencontres pour préciser le
rôle que pourra jouer la femme à l’avenir dans la vie politique et publique.
Il faut multiplier les sessions de formation pour les femmes dans les
domaines politique, associatif et culturel… des formations permanentes et
non occasionnelles. (Ehomme élu Kénitra)

Je demande l’interdiction du quota et son remplacement par le scrutin de


listes au niveau local, régional et national, parce que le quota est
contradictoire avec les principes démocratiques ; et ceci concerne toutes
les institutions et les instances politiques.
Ce qu’il faut faire, en premier lieu, c’est de rendre la femme capable
d’atteindre le niveau de conscience qui lui permet de comprendre ce qui se
passe autour d’elle et d’agir pour changer ce qui peut être changé dans la
société.
Il revient aux institutions politiques de placer la femme habilitée et qui a
des compétences professionnelles aux postes adéquats. Au niveau des

58
administrations c’est déjà fait, nous avons des femmes à la tête des
services et des directions. (Elu Kénitra)

Je suis contre le quota, il faut assurer l’égalité entre la femme et l’homme.


Les partis doivent assurer une formation pour tous, y compris les femmes.
Bien que nous entendions parler de cela, en fait il n’en est rien.
L’organisation des femmes doit atteindre le niveau régional et local et ne
pas se limiter au niveau national. Enfin, le problème vient de ceux qui
n’ont donné aucune chance aux femmes sur les listes électorales et
notamment en milieu rural. (Elu Meknès)

A mon avis, il ne faut pas qu’il y ait de règles pour l’établissement des
listes électorales. Il faut laisser cela au libre arbitre des partis. Chaque
parti a sa propre politique. L’Etat n’a pas à intervenir. (homme élu
Mohammédia)

Laisser faire l’évolution naturelle…

L’opposition au quota peut s’exprimer indirectement, en évoquant l’opposition actuelle de la


population à la candidature des femmes et la promesse que l’évolution de la société amènera
une génération qui croit à l’égalité des sexes. Il suffit d’encourager la femme à montrer ses
capacités et l’évolution naturelle entraînera la participation des femmes… A l’appui de cette
opposition au quota, on recourt à une contre vérité en déclarant que dans les pays européens,
il n’y a pas de quota.

Nous devons encourager la femme à montrer ses capacités ; dans 15 ou 20


ans les idées machistes disparaîtront ; et viendra une génération qui croit
à l’égalité des sexes… il faut éviter la pléthore des lois… il faut éviter de
changer les lois sans en référer au peuple… sinon des problèmes seront
posés, l’anarchie. Au sein des partis, les femmes peuvent accéder sans
problèmes aux postes de décision, mais c’est lorsqu’elle sort dans la rue et
qu’elle se porte candidate que les électeurs et les électrices ne votent pas
pour elle… Dans les pays européens il n’y a pas le quota… Il suffit
d’encourager la femme à participer sans recourir ni aux lois ni au quota…
avec le temps les choses changeront. (homme élu Mohammédia)

Le rôle important des partis politiques…

Quand l’importance du rôle que peuvent jouer les partis politiques dans la participation de la
femme est saisie, il est recommandé de recourir à une loi pour les obliger à jouer ce rôle,
sachant les obstacles que rencontrent les femmes au sein des partis politiques.

Je propose que la volonté politique de faire participer les femmes que


déclarent avoir tous les partis politiques au moment des élections et dans
leurs slogans ; que cette volonté apparaisse dans la réalité concrète… je
propose que la loi sur les partis politiques les oblige à faire participer les
femmes au niveau des bureaux politiques… pourquoi n’avons-nous pas une
femme présidente ou secrétaire générale d’un parti… pourquoi pas une

59
première ministre… c’est ce qui est appliqué dans les pays développés.
(homme élu Casablanca)

Les associations et l’expérience associative…

Pour deux élus communaux au moins, le monde associatif est bénéfique pour la participation
des femmes à la vie publique. Les associations sont vues comme des expériences qui
permettent de prendre conscience des problèmes sociaux et d’apprendre à prendre ses
responsabilités. Elles sont considérées aussi comme des voies plus saines que les partis
politiques pour participer à la vie publique.

Je souhaite à toutes les femmes de toutes les villes de s’engager dans le


travail associatif, car à partir des associations on peut connaître les
problèmes que vit la population ; et à partir de là on peut prendre des
responsabilités que l’on soit un homme ou une femme.(homme élu Témara)

En toute sincérité, je n’encouragerai pas ma fille ni une parente à


participer à la vie politique sauf si la conception du politique change dans
le pays… par contre, j’encourage ma fille et mon fils à travailler dans ce
qui est associatif… je vois que la société civile est le seul moyen qui
permettra au pays de se développer. (homme élu Nouaceur)

Il faut une nouvelle culture et une autre image de la femme

Certains élus considèrent que l’un des handicaps majeurs à la participation des femmes réside
dans les images négatives de la femme qui existent dans la culture marocaine actuelle. Il faut
que des images positives de la femme, comme membre fondamental de la société, soient
propagées dans la société, à travers l’influence que peuvent exercer les enseignants, à travers
les mass-médias et à travers des clubs au niveau des communes.

Nous avons besoin d’une nouvelle culture différente de l’actuelle où la


vision de la femme par l’homme est basée sur le sexe… et ceci demande
une révolution dans la société. Cette révolution peut être accomplie par la
femme en se respectant elle-même et par la mobilisation de tous les moyens
culturels tels que les tables rondes, les publications etc…
N’oublions pas le rôle fondamental des mass-médias dans l’image de la
femme dans la société… ils ne doivent pas l’assimiler au sexe et aux
vêtements à la mode ; mais comme un membre de la société participant au
développement du pays. Les mass-médias ne devraient pas ternir l’image
de la femme ; bien au contraire, ils devraient la respecter et la présenter de
façon positive. (Elu Témara)
I
Il faut avoir foi en le fait que la femme est un membre fondamental de la
société. C’est pour cela qu’il faut davantage de mobilisation, de
conscientisation, d’encadrement, de formation et d’ouverture de
perspective pour les femmes. (Elu Casablanca)

Nous remarquons que les jeunes, filles et garçons, dans les collèges et les
lycées sont influencés par les enseignants... ils imitent leurs professeurs qui

60
fument et d’autres choses encore. C’est à ce niveau qu’il faut intervenir
pour changer les mentalités. (Elu Témara)

il faut multiplier les clubs féminins dans les communes qui seront autant
d’espaces qui permettront de réaliser des programmes de sensibilisation
en direction des populations. (Elu Meknès)

La scolarisation et la lutte contre l’analphabétisme…

Les élus, notamment ceux des communes rurales, constatent qu’il est quasiment impossible
qu’une femme analphabète puisse songer et réussir à jouer un rôle dans la vie communale.
L’analphabétisme est un handicap insurmontable pour les femmes. Ils préconisent la
scolarisation des filles et des programmes d’alphabétisation et même de post-alphabétisation
pour les femmes analphabètes.

Il faut savoir que le taux d’analphabètes est élevé au Maroc… la


responsabilité de l’Education Nationale est grande… les associations aussi
peuvent lutter contre l’analphabétisme ; ainsi la situation s’améliorera
petit à petit. (Elu Mohammédia)

Il faut s’occuper sérieusement de l’enseignement pour que l’école atteigne


les ksours et qu’elle soit équipée correctement… il faut renforcer les
programmes d’alphabétisation et les programmes post-alphabétisation.
Ceci aidera à corriger l’image que se fait la société de la femme qui
participe à la vie politique et publique. (Elu Errachidia)

J’insiste toujours sur le fait que l’enseignement est le fondement de tout


développement et de la solution du problème social lié à la situation
arriérée de la femme et à sa non-participation participation à la vie
publique avec l’homme. (Elu Errachidia)

Il faut propager la conscience et lutter contre l’analphabétisme et


s’occuper du secteur social et éducatif. Il faut lutter contre toutes les
formes de pauvreté et de marginalisation et tous les obstacles qui
empêchent la participation positive, effective et démocratique de la femme
dans tous les domaines. (Elu Kénitra)

Ce que la femme doit faire…

Certains élus communaux considèrent qu’il revient à la femme, si elle veut participer à la vie
publique, de faire le nécessaire pour y parvenir. Qu’elle concilie entre les activités extérieures
et les responsabilités domestiques et familiales, qu’elle s’impose par sa compétence, son
abnégation, qu’elle démontre que son travail n’est pas déviant, qu’elle ne dépasse les limites
de la décence, qu’elle ne s’expose pas aux problèmes… Ces demandes faites aux femmes
semblent cacher un scepticisme quant à la possibilité que des femmes puissent participer à la
vie publique tout en sauvegardant leurs foyers et leur honneur. Ce scepticisme non déclaré se
dévoile chez l’élu qui doute qu’une collègue élue, avocate, puisse concilier entre le bénévolat
et son métier, sans se rendre compte que le même problème se pose à tous les élus, hommes
compris.

61
Je propose que la femme concilie entre le travail à l’extérieur et le travail
domestique et qu’elle choisisse des secteurs propices aux femmes tel que
l’éducation, la santé et les secteurs sociaux. Qu’elle s’éloigne de certains
domaines qui prennent beaucoup de temps pour qu’elle puisse se consacrer
à son foyer et son mari car le travail domestique est fondamental. Qu’elle
s’entende avec son mari afin qu’elle puisse organiser sa vie familiale en
harmonie avec son travail à l’extérieur de son foyer. Qu’elle s’impose dans
son travail par son sérieux et son abnégation… c’est pour cela qu’il revient
à la femme de se respecter elle-même pour qu’elle soit respectée et qu’elle
impose sa personnalité par le travail afin que la société reconnaisse son
importance… (Elu Témara)

En tant que société musulmane, il faudrait que la femme s’en tienne aux
limites qu’imposent le respect, la bienséance et la décence. Il faudrait que la
femme s’impose par sa compétence sans s’exposer aux problèmes que
connaissent certaines familles dont on entend parler… (Elu Mohammédia)

La femme doit concilier entre le domestique, le professionnel et le bénévole ;


comme le travail de conseillère, c’est un travail bénévole. La conseillère
peut être médecin ou professeur ou avocate… effectivement, nous avons une
avocate dans notre conseil… et naturellement elle ne pourra pas concilier…
comme elle ne pourra pas délaisser le travail qui lui assure ses revenus pour
se consacrer à un travail bénévole qui n’assure aucun revenu monétaire.
(homme élu Meknès)

Il revient au parti de former la femme et de lui préparer le terreau qui est la


société. Ce terreau se prépare par le militantisme et le travail de
sensibilisation et de conscientisation de la part du parti… il revient à la
femme de nous montrer son sérieux et que son travail n’est pas déviant, car
beaucoup d’hommes considèrent que les femmes qui s’activent en politique
sont des déviantes et des non-mariées… Si la femme atteint par son mérite
les postes qu’elle occupe… si elle sert la société et qu’elle prouve qu’elle
n’est attirée que par l’intérêt publique et les devoirs de la fonction qu’elle
occupe, alors nous pourrons dire que la femme aide les partis politiques et
l’Etat. (Elu Casablanca)

La femme musulmane ne peut pas…

Il y a ceux qui considèrent que la femme musulmane ou la femme dans un pays musulman ne
peut prendre part à la vie publique. L’un des élus communaux a tenu un discours où ce point
de vue est développé. Ce discours s’articule sur les idées suivantes : La femme a un rôle
familial et domestique et une exigence de décence qui sont inconciliables avec la participation
à la vie publique. Si la femme désire malgré cela à participer, il lui faut renoncer à son mari, à
ses enfants… Cette mode de la participation des femmes nous est imposée par l’Occident qui
cherche à nous démolir… Et puis la vie publique est tellement masculine que la femme ne
pourra pas y trouver sa place.

La femme doit dépasser ses propres handicaps, surtout aujourd’hui ; elle a à


résister devant une société qui ne l’acceptera jamais comme dirigeante. Si

62
elle arrive à résister, il se pourrait qu’elle arrivera dans le futur. Je le dis et
j’assume ma responsabilité, la femme, dans le monde musulman, ne réussira
jamais de la façon dont elle le veut, parce que il y a des handicaps et
d’autres choses… nous, en tant que musulmans , nous n’acceptons pas la
femme dans le domaine politique, et c’est le premier handicap… car ce qui
est exigé de la femme c’est de se tenir à la décence (al hichma), c’est d’être à
la base une éducatrice, c’est d’être responsable de son foyer, d’accueillir la
famille de son mari, sa propre famille et les invités… c’est elle qui dirige le
mari à la maison, elle doit travailler toujours derrière le rideau, parce que
l’islam lui impose d’être voilée et décente. Et ceci est dans l’intérêt de notre
société. Je ne suis pas contre la femme, mais nous sommes différents de la
société occidentale qui nous détruit et nous divise en de petits états et des
langues ; il encourage plusieurs dialectes dans le monde musulman et ceci
contre la langue arabe qui est la langue du Coran, la langue de l’islam.
L’Occident défend ces dialectes et ces ethnies non par amour pour eux mais
pour porter des coups à l’islam…
La femme a utilisé l’homme pour atteindre son but en utilisant son
intelligence et sa ruse ; la femme arrive toujours à faire ce qu’elle veut faire
surtout si elle bénéficie d’une grande liberté.
Je désire le succès pour la femme mais pas sur le compte de l’homme, elle
doit réussir grâce à ses efforts et à ses capacités.
Pour réussir, elle doit dépasser tous ses handicaps ; elle ne doit avoir de
considérations ni pour son mari, ni pour ses enfants, ni pour sa société…
tout cela, elle doit l’oublier et partir livrer son combat…
La lutte, qui nous est imposée par l’Occident, pour faire participer la femme
à l’action politique dans le cadre de ce qu’on appelle ‘les droits de
l’homme’ ; cette ‘mode’ liée aux droits de l’homme est un subterfuge, nous
devrions être vigilants et c’est cela l’essentiel…
Nos réunions durent parfois jusqu’à trois ou quatre heures du matin ; nous
n’avons pas à adapter nos horaires aux femmes ; elles doivent prendre leur
mal en patience… certains des congrès du parti se prolongent toute la nuit ;
la femme n’a qu’à résister… (Elu Casablanca)

4.1.2. Elues communales


Les élues communales ont déjà fait le parcours qui permet la participation à la vie
communale. Leurs expériences les amènent à préconiser plusieurs mesures immédiates pour
faire tomber les obstacles à la participation des femmes : recourir au quota et viser la parité,
faire entrer les femmes dans les conseils communaux, donner des responsabilités aux femmes
dans les instances élues, veiller à l’application des lois favorables aux femmes, imposer
l’approche genre. Elles préconisent aussi des mesures à moyen et long termes : éduquer les
enfants selon le principe de l’égalité des sexes, développer le mouvement associatif, lutter
contre l’analphabétisme, augmenter l’adhésion des femmes aux partis politiques, tenir compte
de la spécificité des femmes en tant que mères, donner une image positive de l’action
politique. Par ailleurs, elles demandent aux élites de contrer la montée de certaines idées qui
tendent à cantonner la femme dans la sphère privée. Enfin, il n’échappe pas aux femmes élues
qu’il revient à la femme de faire aussi son effort personnel pour participer à la vie publique.

63
Dépasser le quota pour atteindre la parité…

Aucune élue communale ne conteste le quota comme voie d’accès des femmes à la
participation à la vie publique. Bien plus, certaines pensent qu’il faut viser à atteindre la
parité, et même à l’imposer par la loi. Les femmes élues communales qui ont vécu
concrètement et directement les obstacles qui entravent la participation de la femme à la
gestion communale, sont les mieux placées pour traiter de ce problème et pour proposer des
solutions.

Le quota doit atteindre les 50%, et cette parité doit être imposée par la loi
(Elue Mohammédia)

Il ne faut pas se limiter au quota, il faut qu’il y ait l’audace politique


d’atteindre la parité. Si on rétorque que une grande partie des femmes n’ont
pas les compétences, il faut répondre qu’un très grand nombre d’hommes
dans le parlement ne sont pas compétents… et même dans l’appareil de
l’Etat. (Elue Rabat)

La participation des femmes aux conseils communaux est nécessaire…

Les élues communales, contrairement à leurs collègues masculins, considèrent que la


participation de la femme à la gestion communale est une condition nécessaire à l’accès des
femmes à la vie publique. Mais cette participation ne doit pas se limiter à une présence
formelle, elle doit comporter la prise en charge de postes de responsabilité.

Si les femmes n’entrent pas dans les conseils communaux et ne les dirigent
pas avec les hommes, je ne crois pas que le Maroc pourra réussir dans les
domaines de la participation de la femme à la vie publique. (femme élue
Rabat)
Il faut que les postes de responsabilité soient distribués sur les élus des deux
sexes. Certains conseils communaux marginalisent les femmes élues et
n’octroient les postes de responsabilités qu’aux hommes. Il faudrait que la
distribution de ces postes se fasse de manière démocratique, ce qui
encouragera les femmes à s’engager dans l’action politique. (Elue
Mohammédia)

Donner plus de responsabilité aux femmes…

Les élues communales qui font souvent personnellement l’expérience de la participation


formelle, notent que les femmes sont écartées des postes de responsabilité alors qu’elles ont la
capacité de les assumer. Cette mise à l’écart est l’un des facteurs qui découragent la
participation de la femme. Aussi préconisent-elles d’être plus équitables envers les femmes et
mettre un terme au népotisme et au clientélisme dans l’attribution des postes et des
investitures.

La femme doit avoir des responsabilités réelles dans les appareils législatifs
et exécutifs et dans les partis politiques, parce que la femme possède toutes
les capacités de la gestion politique (Elue Rabat)

64
Il faut que la femme bénéficie du droit de participer aux élections et aux
partis politiques et que les investitures soient octroyées selon le mérite et non
selon les intérêts particuliers, le népotisme et le clientélisme. (Elue
Casablanca)

Augmenter la participation des femmes aux partis politiques…

Les élues communales ont toutes accédé aux conseils communaux à travers leur adhésion à un
parti qui les a faites figurer sur une de ses listes. De ce constat, découle l’idée qu’il appartient
aux sections féminines de militer pour augmenter le nombre de femmes qui adhèrent aux
partis, augmentant ainsi la possibilité de voir des femmes participer à la gestion communale.

Les sections féminines des partis doivent militer pour augmenter la


proportion des femmes dans les partis. Ceci exige un travail de plaidoyer…
(Elue Casablanca)

Appliquer les lois…

Lorsqu’une élue communale demande l’application de la loi comme mesure qui peut aider à
la participation de la femme à la vie publique, elle vise autre chose que son collègue masculin.
Ce dernier pense qu’il ne faut recourir pas au quota et qu’il suffit d’appliquer les lois. Quant à
l’élue communale, elle appelle à une bonne application de l’arsenal juridique marocain qui
favorise la participation des femmes, et à ne pas laisser cette application à l’appréciation des
hommes.

Le Maroc possède un important arsenal juridique en faveur de la


participation des femmes ; mais le problème est dans l’application des lois…
même la moudawana laisse des brèches ouvertes à l’appréciation du juge…
or l’appréciation est souvent subjective. (Elue Casablanca)

Les associations peuvent beaucoup dans la formation des femmes pour remplir leur
rôle…

L’élue communale constate que certaines associations donnent des formations aux femmes
qui leur servent dans l’exercice de leur fonction au sein de la commune. Elle se rend compte
que la femme rencontre souvent des oppositions au sein de sa famille et même au sein de son
parti.De ce fait les associations jouent un rôle positif dans la préparation de la femme à la
participation dans la vie communale.

Des militantes d’associations sont arrivées à la conclusion que les partis à


eux seuls n’arriveront pas à habiliter les femmes à accéder au pouvoir. Les
femmes rencontrent des oppositions au sein de leurs familles, mais aussi au
sein de leur parti. Toutes les militantes des partis se plaignent de cela…
Certaines des associations féminines, conscientes de ce problème, ont pris
l’initiative d’assurer des formations pour les femmes. J’ai personnellement
bénéficié de cette expérience. Et quand je suis devenue conseillère en 2003,
ayant bénéficié de cette formation, j’ai su m’imposer pour présenter mes
idées au conseil communal… ils m’ont écouté d’autant mieux quand ils ont
su que j’ai bénéficié de la formation… aussi ai-je pu fonder une association
au profit des veuves et des nécessiteuses… Cela est le premier acquis… Le

65
second acquis (de la formation), c’est que j’ai su rationaliser mon travail en
tant que conseillère avec les citoyens, en utilisant les techniques de
communication acquises au cours de la formation… je suis devenue capable
de convaincre les militants, les citoyens et les conseillers… je suis passée
d’une matière brute, une simple conseillère, à une conseillère compétente.
Ainsi j’ai découvert que les citoyens me respectaient et même qu’ils étaient
fiers de moi. (Elue Mohammédia)

Les réseaux décuple les capacités des associations…

Voyant le rôle positif que jouent les associations dans la participation de la femme à la vie
publique, l’élue communale constate que l’impact des associations est autrement plus fort
lorsqu’elles se constituent en réseaux.

La société civile est encore émiettée ; elle manque de ‘réseautage’. Car


lorsqu’une association agit seule et veut mobiliser les gens, personne ne
vient, par contre, quand il y a un réseau d’association l’influence est
autrement plus importante… par exemple ici, il y a 46 associations… (Elue
Mohammédia)

Tenir compte de la spécificité de la femme en tant que mère

La femme élue constate que les femmes ont besoin d’aide pour affronter les différentes tâches
intérieures et extérieures au foyer. Cette aide est nécessaire pour aider à la participation de la
femme à la vie publique. Si les femmes élues, déjà sensibilisées à cette question, avaient des
postes de décisions, elles pourraient programmer des services qui allègeraient le fardeau des
femmes.

Il faut œuvrer pour tenir compte de la situation de la femme en tant que


responsable de son foyer et d’éducatrice de ses enfants en plus de la
profession qu’elle exerce. C’est pour cela qu’il faudrait que la femme trouve
les moyens d être secondée dans ses devoirs domestiques et familiaux… aussi
faut-il créer des espaces qui aident les femmes à bien s’occuper de leurs
enfants… (femme élue Casablanca)

Faire participer la femme car elle a une approche particulière des choses

L’élue communale qui arrive à prendre part à la gestion des affaires communales, se rend
compte qu’elle peut avoir, en tant que femme, une approche différente des questions et de ce
fait apporter un supplément à la gestion communale.

De par mon expérience, quand une femme prend la responsabilité beaucoup


de choses changent qualitativement ; par exemple le rapport à l’autorité
change, la manière avec laquelle sont abordés les problèmes est différente.
Par ailleurs, la manière de voir et la sensibilité des femmes, qui diffèrent de
celles des hommes, amène à la collectivité une valeur ajoutée certaine… et je
parle à partir de mon expérience personnelle. (femme élue Rabat)

L’analphabétisme est un lourd handicap…

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L’élue communale qui songe au milieu rural, constate que l’analphabétisme est un obstacle
majeur à la participation de la femme à la vie publique. Elle propose d’encourager la mise en
place de programme d’alphabétisation et d’éducation informelle.

La scolarisation demeure un grand problème dans le milieu rural… je


propose d’encourager les programmes d’alphabétisation et ceux d’éducation
informelle qui donne l’occasion à ceux et celles qui ont abandonné leur
scolarité de reprendre le chemin de l’école. De la sorte, les citoyens et les
citoyennes pourront accéder à ce qui rendra leur choix plus conscient quand
ils auront à choisir la couleur politique ou le programme local les plus
adéquats à leurs besoins. (Elue Mohammédia)

L’égalité des sexes : éducation et sensibilisation…

Les élues communales se rendent compte qu’un des obstacles majeurs à la participation de la
femme à la vie publique réside dans le peu de foi qui est accordée à l’égalité des sexes. Aussi
préconisent-elles que les familles éduquent les enfants, garçons et filles, selon le principe de
l’égalité des sexes. Pour les adultes et les jeunes, elles attribuent la tâche de sensibiliser à
l’égalité des sexes aux partis, syndicats et associations… Et pour nous persuader que l’égalité
des sexes n’est pas contredite par la religion musulmane, l’une des élues va jusqu’à affirmer
que le Prophète partageait des tâches domestiques avec ses femmes.

J’insiste sur l’importance de la famille, elle est fondamentale… lorsque nous


éduquerons nos enfants, filles et garçons, selon le principe de l’égalité, à
faire tous les travaux domestiques, dans le cadre de l’entraide entre frères et
sœurs… à ce moment-là nous aurons une société basée sur l’égalité qui
résoudra tous les problème et qui fera disparaître les mentalités machistes et
rigides. (Elue Casablanca)

Les partis politiques, les syndicats et les associations doivent remplir leur
rôle en encadrant les citoyens dans la question de l’égalité des sexes, parce
que la société ne peut pas marcher avec une jambe, elle a besoin de ses deux
jambes pour avancer. (Elue Casablanca)

Si nous voulons encourager la femme à sortir il faut opérer des


modifications dans les rôles au sein du foyer, même la religion musulmane
insiste sur ce genre rapport… le Prophète lavait ses vêtements, balayait et se
comportait avec ses femmes avec douceur et humanité. Pourquoi dès lors
l’homme marocain n’accepte-t-il pas de partager les travaux domestiques
avec sa femme. (Elue Casablanca)

La femme est responsable à 50%...

Une élue communale voit qu’il revient à la femme de militer pour accéder à ses droits. Si elle
reste les bras croisés à attendre qu’on la fasse participer, il n’ y aura pas de participation.
L’élue qui fait porter 50% de responsabilité à la femme, est celle qui a suivi des formations au
sein des associations qui l’ont habilitée à se faire entendre au sein du conseil communal et à
établir de nouveaux rapports avec ses collègues et ses électeurs.

67
La femme porte 50% de responsabilité de sa non-participation dans ce
domaine… il faut que la femme sache que si elle ne milite pas, elle
n’accèdera jamais à ses droits. Les choses ont changé au Maroc, mais la
femme doit s’imposer… (femme élue Mohammédia)

Imposer par le haut le genre, approche et pratique…

L’élue communale qui a eu à connaître l’approche genre, voit qu’elle est fondamentale pour
aider à la participation de la femme à la vie communale. Comme pour le quota, elle souhaite
que l’approche genre soit imposée par une décision qui vient des hautes autorités.

Certaines associations ont donné des formations en genre, dont j’ai bénéficié
moi-même. Seulement ces formations restent théoriques tant que les conseils
communaux souffrent de pratiques machistes. Je suis opposée à la
centralisation et notamment la centralisation des décisions, mais pour cette
question je conseille que l’approche genre soit imposée par le centre, comme
cela a été fait au ministère des finances… il est possible de l’imposer au
niveau communal. (Elue Mohammédia)

Orienter les femmes qui le désirent vers l’action politique…

L’élue communale constate la faiblesse de la participation de la femme et le manque de


tradition dans ce domaine. Aussi préconise-t-elle la création de structures d’orientation pour
aider les femmes, qui le désirent, à choisir la voie, parmi celles qui existent, qui va la conduire
à la participation à la vie publique.
Il faut créer des structures d’orientation, car souvent les femmes qui
cherchent à agir au niveau politique, celles qui veulent prouver leurs
capacités, ne savent pas à quelle porte frapper. Cela arrive même aux
femmes dont l’environnement est favorable à leur participation à l’action
publique… c’est ce qui les poussent à se recroqueviller sur elles-mêmes.
(Elue Mohammédia)

Donner une image positive du travail politique…

L’image négative du champ politique qui a cours dans la société représente, pour une élue
communale, la raison de la non participation des femmes à la vie publique. Aussi préconise-t-
elle d’œuvrer à réhabiliter le rôle positif et citoyen de l’action politique.

Il faut faire apparaître l’image positive du politique… et montrer que


l’électeur est responsable du choix qu’il fait… et que en votant, il remplit une
mission qui est un devoir pour chaque citoyen. (Elue Mohammédia)

L’élite doit jouer le rôle qu’elle jouait dans les années 60 et 70…

L’élue communale peut subir dans tous les milieux où elle vit (famille, parti, commune…), les
effets négatifs des représentations et des mentalités opposées à la participation des femmes à
la vie publique. Elle appelle à l’aide les élites marocaines pour lutter contre ces mentalités ;
élites qui semblent ne plus jouer leur rôle en l’absence de lieux de débat.

68
Les élites ont joué un rôle important au cours des années 1960 et 1970, puis
elles ont connu un recul les 1980 et 1990, actuellement elles ne prennent plus
l’initiative de débattre des représentations et des mentalités négatives… il
appartient aux partis et aux ONGs de créer des espaces de dialogues et de
débats qui permettent aux élites de jouer leur véritable rôle et qu’elles
délaissent les questions matérielles… car nous affrontons un tournant très
difficile. (Elue Rabat)

4.1.3. Militants d’associations


Dans le milieu associatif, les hommes sont pour l’utilisation du quota tout en précisant qu’il
faut faire des efforts pour que les femmes qui bénéficieraient du quota soient habilitées à
participer efficacement à la vie publique. Ils accordent beaucoup d’importance au rôle des
associations dans l’aide à la participation des femmes, sans aucune mention pour les partis
politiques. Ils appellent à un changement de l’image de la femme en comptant sur l’école, la
société civile et l’Etat qui placerait des femmes compétentes à la direction de l’administration
publique. Enfin, l’adoption de l’approche genre, connue dans le milieu associatif, est
conseillée à toutes les institutions.

Le quota et la parité à tous les niveaux…

Aucun homme membre d’une association n’est opposé au quota. Bien au contraire, certaines
associations pratiquent déjà la parité. Il y a une attention particulière pour les conseils
communaux. Il est même proposé d’imposer par la loi un quota de 40% de femmes dans les
conseils communaux, pour que ces dernières aient un impact réel sur les décisions.

Dans notre association nous avons placé deux hommes et deux femmes aux
postes de décision… il faut prendre un dhahir qui fixe à 40% la
représentation des femmes dans les conseils communaux. Le quota décidé au
niveau du parlement doit atteindre les communes… (homme ONG Salé)

Le quota doit être accompagné de mesures pour que les femmes soient compétentes…

Les hommes des associations ne sont pas opposés au quota de femmes. Cependant il y a le
souci de pratiquer le quota pour aboutir non à une représentation formelle des femmes mais à
une représentation effective et active des femmes à la vie publique. Pour ce faire, il faudrait
qu’il y ait un effort particulier pour habiliter les femmes à intervenir dans les institutions de la
vie publique.

Le quota est important et positif, mais il faut qu’il soit accompagné d’un
travail sérieux et stratégique de la part de toutes les forces porteuses de ce
projet, sinon nous aurons demain 50% des sièges pour les femmes... mais
quel intérêt d’avoir ce nombre si les femmes ne sont pas habilitées… nous
aurions une réaction de retour en arrière de la part des hommes. Le but n’est
pas d’avoir l’égalité pour l’égalité, le but est d’avoir une véritable égalité. Il
y a d’autres qui critiquent le quota en tant qu’il touche au principe même de
l’égalité entre les hommes et les femmes. Le problème essentiel est de savoir
quelle est la perspective du quota ? (homme ONG Aïn Illouh)

69
Attirer les femmes et les filles vers le travail associatif…

Le travail dans les associations est la meilleure introduction à la vie publique. Des mesures
doivent être prises pour attirer les femmes et les filles vers les associations. Aménager les
horaires en fonction des responsabilités des femmes ; donner de la considération pour les
membres femmes ; engager des relations avec les parents des filles en vue de créer des
relations de confiance…
.

Je recommande de tenir compte des femmes pour la détermination des


horaires car elles ont des responsabilités domestiques et familiales… et cela
ne nécessite pas grand- chose.
Dans le discours, il faut toujours s’adresser aux deux sexes… les
participantes et les participants… encourager la participation des filles. Lier
des relations avec les familles des jeunes filles pour instaurer un climat de
confiance qui améliore la participation des filles te des femmes…(homme
ONG Salé)

L’expérience associative prépare au travail communal…

Les associations ont souvent besoin de la coopération et de l’appui des communes. Les
communes, à leur tour, peuvent améliorer et diversifier les services offerts aux habitants grâce
à l’apport des associations. Aussi est-il recommandé une formation associative pour les
membres des conseil communaux, car les élus qui ont une expérience associatives sont plus
habilités que les autres au travail communal, parce qu’ils faciliteront les relations entre le
conseil communal et la société civile.

Je recommande la formation associative pour les élus… parce que les élus
qui sont passés par une expérience associative sont ouverts à la société
civile ; par contre, les élus qui n’ont pas eu une expérience associative ne
comprennent rien et considèrent que les associations sont sources de
problèmes… ils évitent le contact. (homme ONG Salé)

Les associations féminines devraient s’ouvrir sur les autres associations…

Le monde associatif a besoin d’une clarification de la vision. Aussi est-il recommandé que les
associations féminines et celles qui s’occupent des droits se préoccupent de former et
d’encadrer les multiples associations qui se créent sans que leurs membres aient une vision
claire de leurs missions.

Les associations qui militent pour les droits et celles qui sont féminines
devraient sortir de leur élitisme pour s’ouvrir aux autres associations… car
le but n’est pas d’augmenter le nombre d’associations et de donner des
formations sur la conception et le suivi de projet ou sur la communication…
Les associations qui ont une vision claire, et qui sont porteuses du projet de
la modernité et de la démocratie, devraient en faire profiter les autres
associations qui travaillent dans le même domaine, car il y a des
associations qui copient les statuts d’une autre association sans avoir une
conscience de ce que impliquent ces statuts…(homme ONG Aïn Illouh)

70
Les associations devraient se libérer du complexe du consultant étranger…

Il est recommandé de recourir à l’approche participative conduite par des consultants


nationaux, au lieu de recourir aux experts étrangers qui sont souvent loin de la réalité du
Maroc.

Les ONGs devraient se rapprocher des gens pour les écouter et les
comprendre, ainsi leurs interventions seraient judicieuses ; comme cette
étude commanditée par l’Unicef, je pense, qui a attribué l’abandon scolaire
des filles à l’absence de WC, alors que dans le milieu rural les filles ne sont
pas habituées aux WC. La construction de WC n’a pas induit la diminution
de l’abandon scolaire des filles…
Par contre, l’acteur associatif, originaire du même milieu et qui a bénéficié
de formations spécifiques, est capable, en utilisant peu de moyens, de
découvrir les besoins et proposer des solutions aux problèmes posés au
niveau local sans recourir à tel expert étranger ou tel autre. Parce que je
peux écouter les gens et leurs propositions et comment ils se représentent
leur avenir… (homme ONG Aïn Illouh)

Les réseaux d’associations…

Les réseaux d’associations améliorent considérablement l’efficacité de l’action entreprise par


la société civile.

Les associations ont commencé à constituer des réseaux pour le plaidoyer


pour la modification des lois en se basant sur des propositions élaborées par
des experts et des conseillers. Des associations féminines font partie de cette
dynamique, qui gagne le niveau régional et local… (homme ONG
Errachidia)

Parier sur les nouvelles générations…

Pour changer la représentation sociale de la femme, il y a lieu d’investir des efforts dans les
écoles au niveau des contenus des programmes et de la participation de la femme à la vie des
établissements scolaires

Parier sur les nouvelles générations, il y a une volonté du côté de


l’Education Nationale… nous demandons des changements dans les
programmes et les livres scolaires… bien que nous rencontrions des
lenteurs, nous essayons de faire des plaidoyers pour réformer les livres
scolaires, de mener des expériences pilotes et nous appelons à faire
participer la femme dans les conseils d’établissement et dans les
associations de parents d’élèves. (homme ONG Errachidia)

L’Ecole et la mosquée ne doivent pas être livrées à ceux qui propagent des idées
négatives sur les femmes

Les associations qui militent pour la promotion de la femme et le renforcement de sa


participation à la vie publique, restent vigilantes pour contrecarrer tout discours qui sollicite la

71
religion dans le quotidien, pour mieux confiner la femme dans la sphère domestique et lui
interdire l’accès au pouvoir et à la prise de décision… l’Ecole et la mosquée étant des lieux de
formation idéologique, les associations ne voudraient pas les voir devenir des lieux où on
propage des représentations négatives des femmes, en contradiction avec le projet moderniste
de la société.

L’institution scolaire doit être porteuse du projet de la modernité et de la


démocratie… or au Maroc, l’école est comme un marché où chacun peut
écouler sa marchandise de la manière qu’il souhaite ; mais l’instituteur ou le
professeur est un fonctionnaire qui est payé avec l’argent du contribuable
marocain et il a à mettre en pratique les valeurs et les principes de l’Etat et
non les siennes… De même l’imam travaille dans la mosquée de l’Etat et il
est payé par l’Etat, aussi il ne faudrait pas qu’il prononce des prêches qui
soient en contradiction avec le projet social moderniste de l’Etat…
L’Ecole et la mosquée sont deux institutions de formation… la mosquée à
travers les prêches du vendredi et les cours d’instruction religieuse, et
l’école à travers les 30 heures par semaine qu’y passe l’élève. (homme ONG
Aïn Illouh)

Les associations et les autres structures doivent adopter l’approche gendre…

Les militants des associations qui ont suivi une approche genre voient le grand intérêt de cette
approche pour ceux qui voudraient aider les femmes à participer à la vie publique. Aussi
recommandent-ils la propagation de cette approche sur toutes les institutions.

Les associations, les syndicats proches des associations et les partis qui se
prétendent démocratiques et progressistes devraient adopter l’approche
genre et l’appliquer à leur propre situation. Je ne pense pas que cela peut
être fait du jour au lendemain, mais cela doit se faire selon une planification
à court, moyen et long termes. (homme ONG Aïn Illouh)

Former les membres des associations villageoises et des coopératives à des


approches comme l’approche genre et l’approche participative… (homme
ONG Errachidia)

Mettre des femmes à la tête des administrations pour donner une image positive de la
femme…

En plaçant des femmes compétentes aux postes de responsabilités dans son administration,
l’Etat contribuera de manière efficace à montrer que la femme est l’égale de l’homme. En
d’autres termes, briser le plafond de verre qui empêche les femmes d’accéder, comme les
hommes, aux postes de décision est la meilleure manière d’aider les femmes à participer à la
vie publique.

Les différentes initiatives que prend l’Etat dans le sens de la participation de


la femme sont adressées à l’Occident, mais si l’Etat veut s’adresser à nous,
les marocains, il faudrait qu’il nous placent devant des administrations
dirigées par des femmes qui ont été choisies en fonction de leur compétences,
chose qui changera l’image que les marocains ont de la femme en général.
(homme ONG Aïn Illouh)

72
Compter non pas sur l’Etat, mais sur la société civile…

D’autres membres d’associations ne comptent pas sur l’Etat pour aider les femmes à
participer à la vie publique, par contre ils considèrent que la société civile, les organisations
internationales, les programmes et les approches particulières au genre sont efficaces pour
mobiliser les femmes.

Je ne parie pas sur les institutions de l’Etat mais sur la société civile, les
organisations internationales comme l’USAID, sur l’Initiative Nationale du
Développement Durable et sur les approches qui provoquent les institutions
officielles comme l’approche genre et l’approche participative. (homme
ONG Errachidia)

4.1.4. Militantes d’associations


Les militantes des associations sont pour l’adoption du quota, et certaines considèrent qu’il
doit être imposé par une loi et non laissé à la bonne volonté des acteurs sociaux. Pour elles, la
culture du milieu associatif doit déteindre sur les autres institutions, partis, communes, etc…
Elles préconisent des mesures à moyen et long termes qui feraient entrer la participation des
femmes dans la cultures marocaine : l’adoption de l’approche genre par toutes les
institutions ; le changement de l’image de la femme en comptant sur l’école, les médias et
l’Etat ; l’éducation selon le principe de l’égalité des sexes. L’expérience qu’elles ont des
freins à la participation des femmes à la vie publique pousse certaines d’entre elles à se poser
des questions sur la réalité de la volonté politique affichée. Aussi, est-il proposé de faire de la
question de la participation de la femme une question nationale prioritaire.

Le quota doit atteindre le tiers…

Il n’y a aucune femme parmi les membres d’associations interviewées qui émette une réserve
concernant au quota pour les femmes comme moyen permettant à la femme de participer à la
vie publique. Par souci que la participation de la femme soit effective, il est proposé par
certaines associations, d’élever le quota au tiers au moins. En deçà du tiers, le quota ne
résoudrait pas le problème de la participation positive de la femme à la vie publique.

Je dis qu’au cours de cette étape il est nécessaire de conserver le quota et


le quota ne peut avoir un impact dans une institution élue que si il atteint le
tiers, et si on n’atteint pas le tiers les choses seront difficiles. (femme ONG
Marrakech)

Dans les institutions où siègent des hommes et des femmes, comme le


parlement, il faut utiliser immédiatement le quota et donner aux femmes
tous les moyens pour participer pleinement. (femme ONG Meknès)

73
Plus de lois pour faciliter la participation de la femme…

Non seulement les militantes des associations approuvent le quota sans émettre aucune
réserve, mais elles sont nombreuses à considérer que le législateur devrait édicter des lois qui
garantissent la participation de la femme. Introduire un amendement de la constitution qui
permettrait de promulguer une loi qui institue la discrimination positive envers les femmes ;
mettre en place des mécanismes permettant aux femmes l’accès aux postes de décision aux
niveaux régional et local ; lever les réserves du gouvernement marocain concernant certaines
conventions internationales. Ce complément à l’arsenal juridique existant encouragerait
fortement la participation de la femme à la participation à la vie publique.

Il faut que cela soit imposé par la loi. L’expérience à travers le monde le
prouve. Elle a montré que les mesures sont prises par une loi nationale. Il y
a l’expérience de la France où il y a eu la loi sur la parité à travers la
modification de la constitution. (femme ONG Casablanca)

Je recommande que le parlement adopte une série de lois qui facilitent aux
femmes l’accès aux postes de décision. Aux niveaux régional et local, il faut
mettre en place des mécanismes démocratiques et transparents qui
permettent l’accès des femmes aux postes de décisions. (femme ONG
Kénitra)

Il faut lever les réserves pour que les lois soient conformes aux conventions
internationales, ceci montrera la volonté réelle de l’Etat de donner
l’occasion à la femme de participer à la vie publique. (femme ONG
Casablanca)

Si la femme sent que la loi la protège et l’encourage à remplir son rôle dans
la société, elle fournira des efforts pour que son travail soit efficace et
rentable. (femme ONG Meknès)

La culture de l’associatif est celle qui servira à tous les autres milieux…

L’expérience de certaines militantes des associations, notamment celles qui sont actives dans
les partis et les communes, les conduits à voir émerger, dans le milieu associatif, une culture
plus favorable à la participation des femmes que celles qui existent dans les partis politiques
et les conseils communaux. Il est proposé d’aider à ce que la culture des associations déteigne
sur les partis, le parlement et les conseils communaux.

La culture à laquelle sont arrivées les associations maintenant devrait


profiter aux partis politiques, aux communes, au parlement et à
l’administration publique. (femme ONG Marrakech)

Changer l’image de la femme…

Pour les militantes des associations, le changement de l’image de la femme est essentiel pour
élargir la participation de la femme à la vie publique. Les programmes scolaires devraient
comporter l’image de la femme comme citoyenne à part entière et non comme recluse dans la
sphère domestique. Les médias peuvent jouer un rôle majeur en remplaçant les images

74
négatives des femmes par d’autres images positives, en informant sur les droits des femmes…
Il est proposé d’organiser des cursus de formation en direction des catégories de personnes
qui propagent des images négatives sur les femmes. Il n’échappe pas aux militantes des
associations que le processus de changement de l’image de la femme est long et lent, et il
exige de rendre visible les bons exemples et de donner plus souvent l’occasion aux femmes
d’assumer des responsabilités.

L’école peut introduire la question de la participation des femmes à la vie


publique à travers les différents programmes. (femme ONG Casablanca)

La recommandation essentielle est que les médias remplissent leur rôle. Ils
continuent à nous parler de la femme rusée et malicieuse et non de la femme
intelligente, de la femme injuste envers l’homme et en qui on ne peut pas
avoir confiance. (femme ONG Kénitra)

Les médias ont un grand rôle à jouer dans le changement des mentalités…
les spots sur le code de la famille, par exemple, sont très appréciés… (femme
ONG Casablanca)

Il faut organiser des workshop de formation pour tous ceux qui reproduisent
la culture de dévalorisation de la femme afin qu’ils accèdent à la culture de
l’égalité entre les sexes. (femme ONG Rabat)

Le changement de mentalité demande beaucoup de temps… il faut


sensibiliser et conscientiser ; et donner des exemples pour changer la
mentalité machiste des hommes… et donner à la femme l’occasion d’assumer
des responsabilités. (femme ONG Casablanca)

Le principe de l’égalité des sexes est essentiel…

Il n’échappe pas aux militantes des associations que l’adoption du principe de l’égalité des
sexes est à la base de tous les changements qui favorisent la participation de la femme à la vie
publique. L’éducation est essentielle pour l’adoption de ce principe. Mais peut-on éduquer les
adultes ? Si cela s’avère difficile, les lois aideraient les adultes à accepter ce principe. Il faut
aussi mettre en place des mécanismes à tous les niveaux pour superviser et contrôler
l’application du principe de l’égalité des sexes. Par ailleurs, il faut veiller à ce que les femmes
soient suffisamment formées et que l’occasion leur soit donnée pour mettre en pratique ce
principe.

Il faut éduquer le citoyen à l’égalité entre les hommes et les femmes en toute
chose. Mais la question est de savoir jusqu’à quelle mesure pouvons-nous
éduquer les adultes ? C’est un grand problème, les lois peuvent aider à
lutter contre certains comportements et même à transformer la mentalité
machiste. (femme ONG Meknès)

Il faut qu’il y ait un mécanisme national qui supervise la question de


l’égalité entre les sexes dans tous les domaines, qui fait des études régulières
pour voir les avancées et les blocages et qui définit les mesures à prendre…

75
il faut aussi des mécanismes au niveau local dans les institutions élues…
(femme ONG Casablanca)

Il faut instituer des mécanismes et des procédures qui donnent l’occasion


aux femmes et qui les habilitent à être aux postes de décision et à prendre
des responsabilités. (femme ONG Casablanca)

Toutes les institutions devraient adopter l’approche genre…

Les militantes des associations ont pour la plupart bénéficié d’une formation à l’approche
genre, elles ont donc pris la mesure de l’importance de cette approche pour analyser les
situations où la femme n’est pas équitablement traitée. Elles recommandent l’adoption de
cette approche par toutes les institutions, notamment par les communes. L’approche genre
permet d’orienter les conseils municipaux vers des décisions qui améliorent la vie des femmes
de leurs communes. Elle permet aux partis politiques de mieux s’ouvrir aux femmes et
d’élaborer une politique plus favorable à la participation des femmes à la vie publique.

Il faut adopter l’approche genre dans toutes les institutions parce qu’elle
permet de mesurer l’écart entre les deux sexes au niveau des droits et de
l’accès aux ressources et aux postes de décision. Je pense que c’est
nécessaire pour avoir une représentation des femmes similaire à celle des
hommes. (femme ONG Rabat)

Il faut diffuser et adopter l’approche genre… c’est ce qui permettra par


exemple dans les communes d’élaborer un budget qui respecte les
spécificités féminines… les hommes ne sont pas conscients de ces besoins ;
(femme ONG Marrakech)

Les partis doivent réviser leurs statuts et leurs règlements et œuvrer à


intégrer l’approche genre. (femme ONG Kénitra)

Il faut vérifier si vraiment on veut de la participation des femmes…

Certaines militantes des associations doutent qu’il existe une véritable volonté de mettre en
place une politique pour aider les femmes à participer à la vie publique. Elles demandent à
vérifier d’abord si ceux qui décident ont une ferme volonté dans ce sens ; ensuite, elles
demandent à ce que soient vraiment étudiés les obstacles à cette participation, préalable à la
définition d’une politique efficace.

Il faut qu’il y ait une volonté réelle dans les centres de décision… Il faut
vérifier si vraiment ceux qui décident ont la volonté réelle de faire participer
les femmes à la vie publique. (femme ONG Casablanca)

Comme pour tout projet, la qualité de la planification dépend de la


pertinence dans la définition des besoins… je recommande de bien étudier
les problèmes, les obstacles et les choses négatives qui handicapent la

76
participation de la femme à la vie publique au côté de l’homme. (femme
ONG Meknès)

Faire de la question de la participation de la femme une question nationale prioritaire…

Les militantes des associations qui ne songent qu’à faire avancer la cause de participation de
la femme à la vie publique, sans s’arrêter sur les véritables intentions des uns et des autres,
font des propositions générales : faire de cette question l’une des questions nationales
prioritaires ; enlever tout ce qui est discriminatoire et donner une image positive de la femme ;
faire bénéficier la femme de ses droits à la vie, la santé, l’éducation, le travail…

Il faut faire de la participation de la femme à la vie publique une question


nationale et qu’on en parle dans tous les milieux, dans la presse, à la radio,
à la télévision… la société civile doit travailler sur cette question… il faut
que cette question soit parmi les questions nationales prioritaires. (femme
ONG Marrakech)

Il faut enlever tout ce qui est discriminatoire et donner une autre image de la
femme citoyenne qui a ses droits et ses devoirs. Cela s’adresse aux citoyens,
à l’Etat, aux partis politiques et aux associations. (femme ONG Rabat)

Je crois que la femme doit bénéficier de ses droits à la vie, à la santé, à


l’éducation et au travail. Tous ces droits sociaux doivent être assurés à la
femme parce que ce sont des droits fondamentaux… Ces droits l’aideraient à
participer à la vie publique. (femme ONG Rabat)

Une coordination entre les femmes des différents partis…

Les militantes des associations, notamment celles qui sont actives dans des partis politiques,
perçoivent clairement le rôle que peuvent jouer les partis dans l’avancement de la
participation des femmes, mais constatent aussi que les rivalités politiques entre les partis
empêchent les collaborations, elles appellent alors à une coordination entre les militantes des
différents partis pour militer ensemble pour l’adoption par leurs partis respectifs et les autres
institutions de mesures qui aident les femmes à participer à la vie publique.

Il faut qu’il y ait une coordination entre les femmes des différents partis pour
créer une solidarité entre elles qui aiderait la femme à parvenir aux postes
de décision. (femme ONG Kénitra)

Tribunal co-présidé par homme et femme…

Certaines militantes des associations féminines cherchent à trouver des solutions concrètes et
pragmatiques aux problèmes dont souffrent les femmes, sans attendre que les choses changent
au niveau de la participation de la femme à la vie publique. L’une d’elles préconise la co-
présidence des tribunaux qui jugent des affaires intéressant notamment les femmes et les
familles.

77
Nous proposons que chaque fois qu’un tribunal délibère sur une affaire
intéressant une femme ou une famille, qu’il soit co-présidé par un homme et
une femme afin d’assurer l’équité, car le juge homme peut négliger ou
omettre certains aspects auxquels la juge femme sera attentive du fait de son
expérience et de sa sensibilité féminine. (femme ONG Casablanca)

4.1.5. Militants de partis politiques


L’expérience du quota de trente femmes au parlement semble avoir donné ses fruits. D’un
côté, les militants interrogés, même s’ils sont opposés au quota, n’affichent pas explicitement
cette opposition. Ils l’expriment de manière détournée. De l’autre côté, il y a des militants qui
appuient le quota et qui proposent de lui donner une forme juridique. Cependant, en dehors de
mesures très générales pour changer l’image de la femme, les mesures préconisées se
réduisent à être favorable ou non au quota, comme si l’expérience du quota au parlement a
créé un traumatisme dans le monde politique masculin.

Il n’y a pas d’opposition explicite au quota, mais…

Aucun des militants des partis interrogés n’a exprimé un rejet ou une opposition explicite du
quota, mais certains ont fait des déclarations où ils indiquent qu’il n’y a pas besoin de recours
au quota puisque les lois marocaines sont analogues à celles des pays démocratiques et
qu’elles garantissent l’égalité des sexes. Il suffit d’appliquer les lois comme la moudawana et
le processus démocratique progressif entraînera la participation de la femme à la vie publique.
Certains des militants des partis ne sont pas pressés de voir les femmes participer
massivement, un quota de 10% serait suffisant… L’opposition au quota peut se cacher
derrière l’allusion négative au quota pratiqué dans le parlement et la suggestion qu’une seule
femme, comme une recteur d’université, peut faire mieux et plus que trente femmes au
parlemnt.

Nous avons des lois qui sont analogues à celles des partis et des pays
démocratiques… le problème réside dans l’application. Au niveau des lois il
n’y a pas de différence entre les hommes et les femmes. Les femmes
demandent la parité, alors qu’aucun pays n’a atteint la parité sauf dans les
pays scandinaves… je ne pense pas que nous pourrons atteindre la parité au
Maroc…(homme parti Rabat 1)

La question de la démocratie est processus progressif, le changement


n’arrive pas d’un coup, il est progressif… je considère que la première chose
à faire est d’appliquer la moudawana. Si nous parvenons à appliquer ce
système, les choses avancerons…(homme parti Rabat 3)

Il faut une discrimination positive. Cela veut dire qu’il, faut donner des
responsabilités aux femme… si nous réalisons le dixième (1/10) ce serait un
gain… il suffit que la femme occupe quelques postes. (homme parti Rabat 2)

Nous avons à comprendre que la solution du problème ne viendra pas de la


loi, du parlement ou des partis… il nous faut suivre une méthode qui ouvre

78
la voie aux ressources humaines hautement qualifiées… je suis sûr que si on
donnait l’occasion à plusieurs femmes, elles créeront une nouvelle réalité, ;
dans le sens où trente femmes au parlement, ce n’est qu’une image qui ne
change rien à la réalité , par contre une femme recteur d’une université a
changé beaucoup de choses à elle seule. (homme parti Rabat 2)

Certains affichent un soutien radical au quota…

Si certains militants des partis politiques ne voient pas la nécessité du recours au quota pour
aider les femmes à participer à la vie publique, certains autres se montrent comme
radicalement partisans de la discrimination positive en faveur des femmes. Ils recommandent
son extension à toutes les institutions élues sans aucune exclusive, avant même d’obtenir
l’augmentation du quota des femmes dans le parlement, comme le demandent certaines
militantes du mouvement des femmes. Certains pensent qu’il faut ajouter d’autres lois à
l’arsenal juridique existant pour garantir les droits des femmes et appliquer l’égalité stipulée
par la constitution.

Je demande à ce qu’on amende tous les textes liés aux élections pour qu’ils
garantissent le même quota auquel nous sommes arrivés pour le parlement…
pour que ce quota concerne le sénat, les conseils régionaux, les conseils
communaux, les chambres professionnelles et toutes les institutions élues. Il
faut atteindre ce quota dans tous les conseils élus… je ne suis pas d’accord
avec certaines de nos collègues qui demandent d’élever le quota au
parlement… je dis avant cela, il faut qu’on ait le même quota dans toutes les
institutions élues, et cela aidera à demander, par la suite, l’augmentation du
quota des femmes da,s le parlement et ailleurs. (homme parti Rabat 3)

je pense que nous avons besoin d’autres lois pour garantir les droits de la
femme et pour appliquer l’égalité stipulée par la constitution. (homme parti
Rabat 3)

Les médias, l’école et la famille jouent un rôle essentiel…

Les militants des partis prennent la mesure des obstacles que dresse la mentalité traditionnelle
machiste devant les femmes qui désireraient participer à la vie publique. Aussi songent-ils à
œuvrer pour changer cette mentalité. Ils considèrent que l’éducation dans les écoles et au sein
des familles et les médias jouent le rôle essentiel dans le maintien et le changement de
mentalité.

Il y a deux espaces essentiels pour changer les mentalités, qui sont


l’éducation et les médias. Si nous voulons changer les mentalités il nous faut
utiliser l’éducation et les médias dans le sens de l’égalité des sexes dans la
participation à la vie publique. (homme parti Rabat 2)

Les média, l’école et la famille doivent jouent un rôle essentiel dans le


changement de mentalité. (homme parti Rabat 3)

La femme n’a qu’à sortir de chez elle, personne n’ira la chercher…

79
Les militants des partis peuvent cacher leur opposition à la participation des femmes à la vie
politique derrière leur conseil aux femmes de lutter elles-mêmes pour s’imposer. A leurs
yeux, la discrimination positive fait de la femme un membre gâté de la société…

La femme doit sortir de chez elle et adhérer aux institutions politiques. Il faut
qu’elle adhère aux associations et à la vie publique nationale…
naturellement, il faut qu’elle s’impose dans ces structures pour que les gens
l’encouragent davantage, car il n’est pas possible qu’on aille la chercher
chez elle. Bien au contraire, il lui faut militer et travailler beaucoup pour
s’imposer car la vie est combat et lutte… personne ne te donnera ton droit si
tu ne luttes pas pour l’avoir. (homme parti Rabat)

4.1.6 Militantes de partis politiques


Les militantes interrogées sont aussi des parlementaires. Elles préconisent le quota,
notamment au niveau communal pour ne plus rester au niveau des 127 conseillères
communales de 2003. Elles sont moins obnubilées par le quota que leurs collègues hommes,
puisque les mesures qu’ elles préconisent touchent à d’autres domaines : les horaires des
réunions, l’image de la femme, la collaboration entre militantes de différents partis politiques,
la prudence pour ne pas provoquer des réactions préjudiciables au processus de participation
des femmes…

Le quota est nécessaire…

Les militantes des partis politiques interrogées ont toutes vécu les dernières élections
législatives. Leur expérience au sein de leurs partis et dans la vie politique du pays leur a
montré que sans discrimination positive, il est impossible qu’il y ait une participation
significative des femmes. Le quota est nécessaire, le mieux c’est qu’il soit fixé par une loi. Le
quota est nécessaire pour une assez longue période ; la période suffisante pour que la société
intègre dans sa culture la participation de la femme à la vie publique. Par ailleurs, pour aider
les partis à adopter le quota, il est proposé de lier les subventions aux partis au degré de
participation qu’ils accordent aux femmes en leur sein et aux listes électorales.

Sans discrimination positive, il est impossible que la femme puisse être


présente au parlement et dans les communes… la loi sur les partis doit fixer
un quota de femmes aux différentes instances… ou au moins un pacte
d’honneur entre les partis pour fixer un quota de femmes dans les premières
places dans les listes électorales et dans les organes de direction. (femme
parti Marrakech)

Nous avons besoin du quota pour nous habituer à la participation politique


de la femme. Nous avons franchement besoin de ce mécanisme, qui nous a
permis d’accéder au parlement, même si cela n’a pas été appliqué au niveau
communal… nous avons besoin de quota pour une période plus ou moins
longue, en fonction de la maturité de la société… nous aurons besoin de
seize ans ou plus… le quota est un moyen nécessaire pour une période
transitoire ; le temps que la société intègre la réalité de la parité sociale
entre les deux sexes. (femme parti Casablanca)

80
Il faut lier les subventions accordées aux partis au degré de participation
qu’ils accordent aux femmes. Par exemple si un parti bénéficie de subvention
quelconque, il faut accorder un supplément de subvention aux partis qui font
participer des femmes… les partis doivent bénéficier d’encouragement pour
faire participer les femmes. (femme parti Marrakech)

La participation des femmes au niveau communal est nécessaire..

Les militantes des partis politiques considèrent que la participation des femmes aux conseils
communaux est primordiale, parce que elles pensent que l’apport spécifique des femmes à la
gestion des affaires communales est incontestable. Par ailleurs, elles ont vécu ce qui s’est
passé au niveau communal en 2003 comme un traumatisme, considérant que la démocratie est
d’abord une affaire locale. Elles considèrent que les élections de 2009 doivent accorder aux
femmes un quota substantiel, le tiers au moins, pour que leur participation soit significative.

Nous avons un grand défi qui consiste à ne pas accepter en 2009 ce qui est
arrivé en 2003, c'est-à-dire 127 conseillères communales sur plus de 20 000
conseillers. Ce n’est pas raisonnable. La démocratie est une affaire locale
d’abord et il faut que la femme participe à ce niveau. (femme parti Rabat)

Il est sûr que la femme se préoccupera du quartier et de l’arrondissement. Je


pense qu’il y aura un groupe de femmes qui se présenteront aux prochaines
élections communales. Il faut qu’elles forment le tiers au moins, car le petit
nombre ne pourra jamais réaliser les multiples choses que nous avons à
faire. (femme parti Rabat)

Aménager les horaires des réunions… en attendant le partage des tâches…

Les militantes des partis connaissent les problèmes que posent le cumul des responsabilités
domestiques, familiales, professionnelles et militantes d’une part, et les habitudes des horaires
des réunions longs et tardifs, d’autre part. Elles conçoivent que l’on commence d’abord de
prendre en considération cet état de fait dans la définition des horaires de réunions et d’action.
Mais elles savent aussi que la solution vient surtout du partage des tâches domestiques au sein
des familles.

Il faut qu’il y ait une compréhension pour les rôles domestique, politique et
social de la femme. Cette compréhension doit devenir spontané, une chose
commune… que notre connaissance des rôles de la femme évolue et qu’il y
ait un partage des tâches domestiques et familiales. (femme parti
Casablanca)

Le législateur et les partis peuvent beaucoup dans l’amélioration de l’image de la


femme…

Les militantes des partis comptent beaucoup sur l’intervention du législateur et des partis
politiques pour améliorer l’image de la femme dans la société et pour sensibiliser les citoyens
au rôle que peut jouer la femme dans la vie publique.

81
Nous considérons que les lois qui améliorent la situation juridique de la
femme contribuent à améliorer son image aux yeux de la société et de son
mari…(femme parti Rabat)

Il faut que les militantes fassent un travail de sensibilisation auprès des


femmes dans les villes et dans les campagnes, et même dans les coins les plus
reculés. Il faut utiliser l’arabe et l’amazigh… il faut assurer une bonne
couverture médiatique de ces activités. (femme parti Rabat)

La femme doit prendre l’initiative et s’armer de formation et de patience…

Leur expérience de militantes dans les partis politiques et de participantes à la vie


parlementaires leur a montré que les femmes doivent prendre elles-mêmes l’initiative, la
décision de s’immiscer dans la vie publique, et qu’il leur faut s’armer de patience. Mais elles
sont aussi conscientes que les femmes doivent bénéficier de formations qui leur permettent de
faire face aux contraintes inhérentes aux conditions actuelles de la participation des femmes.

La femme doit prendre l’initiative d’investir le champ de la vie publique ;


c’est sur ce terrain qu’elle apprendra à défendre les autres et à acquérir de
l’expérience. Je pense que de cette manière la participation des femmes
augmentera… mais la femme doit s’armer de patience… (femme parti
Casablanca)

La femme doit avoir une forte volonté et être consciente des contraintes
qu’elle rencontrera au sein de la famille et au sein des institutions où elle
agit… c’est pour cela que nous devons la former pour qu’elle devienne
capable et mobilisée pour faire face à ces contraintes et pour devenir
capable de servir dans ces conditions. (femme parti Marrakech)

Les femmes ne doivent pas s’exclure mutuellement…

Les partis politiques sont en perpétuelle concurrence et souvent ils s’excluent les uns les
autres. Les femmes militantes de ces partis ont pris conscience qu’elles devraient faire cause
commune pour conforter et approfondir la participation des femmes à la vie publique. Pour ce
faire, elles pensent devoir d’abord s’interdire de s’exclure mutuellement. Ensuite elles pensent
devoir renforcer la démocratie dont elles profitent. Enfin, elles pensent que leur collaboration
est source de créativité.

Nous avons compris de notre expérience de lutte qu’il faudrait que nos
convictions co-existent, que nous ne nous excluons pas mutuellement… de
cette co-existence naît la créativité. (femme parti Rabat)

Les femmes doivent prendre la mesure des résultats de l’exclusion mutuelle


pour ne pas la pratiquer… nous, les femmes, qui avions profité de
l’ambiance démocratique, nous devrions participer à la renforcer et à la
faire évoluer. (femme parti Casablanca)

82
Etre prudents pour ne pas provoquer certaines réactions sociales…

Les militantes des partis politiques qui sont aux premières lignes du front de la participation
des femmes à la vie publique, sont très attentives, d’une part, à ce qui peut provoquer des
réactions dangereuses à la cause des femmes, et d’autre part, à ce qui permettra de faire
avancer leur cause. Il ne faut ni nier l’islam comme référent de la société marocaine, ni
consommer le discours féministe occidental sans évaluation et pondération. Par ailleurs, il
faut rester attachés à l’ouverture au monde et à son évolution, et promouvoir une révolution
tranquille dans les mentalités.

Nous n’avons pas le droit d’éliminer la référence islamique du Maroc ;


comme nous ne devons pas éliminer le fait que le Maroc est ouvert sur le
monde et qu’il doive participer aux évolutions qui ont cours au niveau
mondial… et ceci est aussi une référence pour le Maroc. Soyons plus clair,
notre référence est l’islam, l’islam ouvert… de ce point de vue, nous sommes
ouverts à toutes les conventions internationales. (femme parti Rabat)

Il y a des jeunes qui ont été à l’université et qui demeurent attachés à une
société machiste, il y a même des femmes qui sont encore attachées au
machisme… nous avons donc besoin d’une révolution tranquille dans la
manière de penser… et ceci en utilisant les médias, les livres et en
produisant des idées qui seront diffusées par ces médias… nous ne devons
pas consommer le discours féministe provocateur. Ce discours crée chez les
hommes une sorte de résistance qui n’est pas avantageuse pour la cause des
femmes. (femme parti Casablanca)

4.1.7. Hommes universitaires


Les hommes universitaires interviewés appartiennent à deux tendances, celle qui considère
que la participation de la femme appelle le recours au quota et à l’intervention du législateur
et celle qui considère qu’il suffit d’appliquer les lois qui existent et de veiller à la bonne
gouvernance.

Le quota à 30-40%...

L’universitaire qui appartient à la première tendance, appuie le recours au quota pour


familiariser la société à la participation de la femme à la vie publique. Le recours au quota
doit être conforté par un amendement de la constitution permettant de déroger au principe de
l’égalité des droits entre les hommes et les femmes. Par ailleurs le quota doit se situer entre
30% et 40%, car il est estimé que l’impact de la participation des femmes n’est effectif qu’à
partir de ce niveau de représentation.

Avant tout, il faut souligner que le quota demeure important parce que nous
vivons dans une société et qui ne permet pas la représentation de la femme et
qui ne la facilite pas… Il faut légaliser le quota et non le laisser au libre
choix des partis politiques… pour ce faire, il faut amender la constitution

83
pour habiliter le législateur à prendre des lois de ce type, comme cela s’est
passé en France… (homme universitaire Casablanca)

La parité est encore très éloignée… mais il faut augmenter la représentation


des femmes. Par exemple, les femmes demandent aujourd’hui le tiers… et les
études montrent que pour que la représentation des femmes ait un poids, il
faudrait qu’elle soit au moins de 30à 40%... (homme universitaire
Casablanca)

S’attacher à la représentation des femmes dans les communes et les administrations…

Celui qui appelle au recours au quota, considère que la participation de la femme à la vie
publique trouve sa large expression dans les communautés locales. Le niveau local, les
conseils communaux par exemple, est jusqu’ici le monopole des hommes. Le recours au quota
et la conjugaison des efforts des différentes parties intervenants sont nécessaires pour rendre
effective la participation de la femme. Par ailleurs, il faudrait que la femme soit représentée au
niveau de la décision administrative.

A présent, si nous voulons concrétiser le rôle de la femme, il faudrait


accorder une importance aux communautés locales, de manière à ce qu’elles
ne restent plus le monopole des hommes ; il y a aussi les administrations, il
faudrait que la femme soit représentée au niveau de la décision
administrative… et si nous voulons créer une dynamique politique liée à la
femme, il faudrait mettre en commun les efforts des partis, du parlement, des
communautés locales et de l’administration étatique. (homme universitaire
Casablanca)

Le rôle des partis est important…

Il n’échappe pas à celui qui appelle au recours au quota que les partis politiques jouent un rôle
majeur dans la réussite de la participation des femmes. En effet, le meilleur moyen pour être
élues, les femmes doivent être intégrées à des listes de candidats proposées par les partis,
occuper les premières places de ces listes et se présenter dans des circonscriptions où le parti a
les meilleures chances de réussir. Pour aider les partis à assurer la réussite électorale des
femmes qu’il présente, il est proposé de lier le niveau des subventions publiques au degré
d’engagement des partis dans le mouvement de participation des femmes à la vie publique.

Le rôle des partis est central dans la question de la participation de la


femme à la vie politique… il faut que les partis donnent aux femmes la
possibilité d’être candidates et de réussir… qu’ils présentent les femmes
dans les circonscriptions et les lieux où la réussite est assurée, qu’ils les
placent à la tête des listes électorales… (homme universitaire Casablanca)

Le législateur peut émettre des lois pour obliger les partis à faire participer
les femmes dans l’action politique… par exemple à travers le financement ;
le parti qui n’a pas atteint une proportion de candidatures de femmes ou de
victoires électorales de femmes, il lui sera retiré une partie de la subvention
étatique pouvant atteindre de 10 à 50%. (homme universitaire Casablanca)

84
Appliquer les lois et la bonne gouvernance…

L’universitaire qui n’évoque pas le recours au quota comme moyen nécessaire pour rendre
effective la participation de la femme, pense que l’application des lois existantes suffirait à
assurer cette participation. Il est entendu que l’arsenal juridique demande à être complété et
éventuellement amendé. A côté de cela, il faut veiller à la bonne gouvernance, à l’équité et à
la probité dans l’attribution des postes afin d’assurer la participation du plus utile et non du
plus fort.

L’arsenal juridique est excellent, il faudrait l’appliquer et si en cours


d’application, il s’avère que quelques lois sont dépassées, il faudra les
amender. Par exemple, en ce qui concerne le harcèlement sexuel contre les
femmes, il faudrait émettre des lois qui protègeraient aussi bien la femme
que l’homme de certaines dérives… (homme universitaire Rabat)

Réformer progressivement les institutions afin qu’elles croient en la


compétence et en l’équité, en la parité entre les hommes et les femmes, et
qu’on mette fin à la corruption dans l’administration et à l’hérédité dans
l’attribution des postes administratifs et les responsabilités ministérielles et
parlementaires. (homme universitaire Rabat)

Il faut encourager les ressources humaines quelle qu’elles soient, tenir


compte de la compétence, de la probité, retenir celui qui est le plus utile et
non celui qui est le plus fort. (homme universitaire Rabat)

4.1.8. Femmes universitaires


Les femmes universitaires, militantes d’associations féministes, préconisent le quota et la
participation à la gestion communale et considèrent que l’arsenal juridique marocain
concernant la femme devrait être amendé et complété. Elles préconisent des mesures à moyen
et long termes : sensibilisation de la population par les médias, éducation selon le principe de
l’égalité des sexes, promotion du mouvement des femmes, habilitation des femmes à
intervenir dans la vie publique.

Adoption du quota et participation à la gestion communale…

Les femmes universitaires considèrent que le quota doit être adopté par les partis politiques
pour assurer la présence des femmes notamment dans les conseils communaux. La
participation de la femme à la vie communale étant à présent infinitésimale (0,6%), il faudrait
définir une véritable politique menant à une participation effective de la femme au niveau
communal. Politique incluant certainement l’établissement d’un quota substantiel pour les
femmes.

Il faut que les partis adoptent le quota et la représentation des femmes, il


faut imposer le quota dans les élections communales et appliquer l’égalité

85
dans l’attribution des postes élevés dans la fonction publique et dans le
secteur privé. (femme universitaire Rabat)

Jusqu’ici il y a eu des efforts faits par des femmes élues dans les conseils
communaux, de la part de certains partis et de certaines associations
féminines qui militent pour la participation des femmes à la gestion
communale… il y a eu des propositions et des débats… il est temps de passer
à la mise en place d’une véritable politique de la participation des femmes à
la gestion communale. (femme universitaire Casablanca)

Amender et compléter les lois…

Pour les femmes universitaires interviewées l’arsenal juridique marocain ne traite pas de
toutes les questions qui intéressent les femmes… Plus même, la philosophie du droit
marocain est considérée comme porteuse de discrimination envers les femmes. Il faudrait
réformer cette philosophie et promulguer de nouvelles lois qui traitent des questions
délaissées par le législateur, comme celles liées au rapport entre hommes et femmes sur les
lieux de travail, au sein des partis, du parlement et des commune.

Il faut légiférer sur certaines questions que les lois n’ont pas encore traitées,
comme les relations entre les hommes et les femmes sur les lieux de travail,
au sein des partis, du parlement et des communes… (femme universitaire
Rabat)

Nous considérons qu’il ne suffit pas de changer certains articles de la


moudawana ou de la loi électorale, parce qu’il y a toujours des
manifestations de la discrimination qui est due à la philosophie du droit
marocain… les réformes sont partielles et ne réforme pas la philosophie du
droit. (femme universitaire Casablanca)

Les médias et les capacités et le rôle de la femme dans la vie publique

Pour les universitaires, les médias ont un rôle important à jouer pour sensibiliser la
population, contribuant de la sorte à faire de la participation de la femme à la vie publique une
partie intégrante de la culture marocaine.

Il faut de même que les médias sensibilisent la population sur les capacités et
le rôle de la femme dans la vie publique… ainsi la participation de la femme
deviendra une chose normale et acceptée par la société. (femme universitaire
Rabat)

L’éducation à l’égalité des sexes…

Pour aller à la racine du problème, les femmes universitaires demandent à ce que l’éducation
qui est dispensée dans les établissements scolaires forment les garçons et les filles selon le
principe de l’égalité des sexes.

86
Il faut se concentrer en priorité sur l’éducation pour mettre en valeur le
principe d’égalité entre les sexes à travers les programmes scolaires et les
orientations pédagogiques. (femme universitaire Rabat)

Promouvoir le mouvement des femmes…

Les deux femmes universitaires interviewées ont une expérience associative. De ce fait, elles
ont pris la mesure de l’importance d’un mouvement de femmes qui englobe plusieurs
institutions et programmes appartenant aussi bien aux mondes politique et syndical qu’aux
mondes associatif et étatique.

Il faut promouvoir le mouvement des femmes au Maroc et encourager la


création de diverses organisations, créer des commissions au sein des
syndicats, des sections féminines au sein des partis, des associations
féminines, créer des programmes et des plans au sein des institutions
gouvernementales pour lutter contre la marginalisation des femmes. Ceci est
essentiel. (femme universitaire Casablanca)

Habiliter (t’ahil) les femmes…

Même si la société et le monde politique accepte que les élus hommes ne soient pas très
instruits pourvu qu’ils soient socialement et politiquement forts, les femmes universitaires
considèrent que les femmes qui veulent participer à la vie publique doivent être bien formées.
Si les femmes veulent conquérir une place dans la vie publique, il faudrait qu’elles bénéficient
de formations qui les rendent capables d’intervenir positivement et efficacement dans la
gestion des affaires publique.

Il faut innover dans la création de procédures qui permettent de donner des


formations aux femmes pour les habiliter à intervenir dans la vie publique.
Bien que les femmes parlementaires rétorquent que les hommes élus ne sont
pas tous ‘habilités’, alors que les femmes parlementaires ont toutes un
niveau de formation supérieure ; il demeure toujours que la société accepte
l’homme qui n’est pas très instruit mais qui est fort socialement et
politiquement. Aussi les femmes devraient bénéficier d’un surplus de
formation et d’habilitation ainsi elles pourront s’imposer et leur
participation dans la vie politique sera puissante. (femme universitaire
Casablanca)

4.1.9. Hommes fonctionnaires communaux


Les fonctionnaires interrogés ont en commun le fait de travailler dans une commune, pour le
reste les expériences diffèrent, les uns militent dans des associations et/ou dans des partis
politiques et les autres n’ont aucune participation à la vie publique. Sont alors évoqués le
quota, l’application des lois, le rôle des associations, l’image de la femme à changer,
l’éducation selon le principe d’égalité des sexes, l’alphabétisation des femmes… Mais parmi
les fonctionnaires, se trouvent aussi les deux tendances qui traversent la société marocaine
masculine, celle qui considère que les femmes ont un apport spécifique qui enrichirait la vie

87
publique, et celle qui se méfie de l’exploitation négative que peut faire la femme de son accès
à la sphère publique. Enfin, les fonctionnaires des communes rurales attirent l’attention sur le
fait que les femmes en milieu rural sont plus défavorisées qu’en milieu urbain.

Quota et autres mesures…

Un seul fonctionnaire évoque le quota comme mesure transitoire pour aider les femmes à
participer à la vie publique. Les autres évoquent la promulgation d’une loi obligeant
associations et partis politiques à faire participer des femmes, ou appellent les partis à mettre
les femmes à la tête des listes électorales.

Pour que la femme participe à la vie publique, il faut passer par une période
transitoire où la discrimination positive, le quota, est nécessaire pour créer
un acquis et changer l’image que se fait la société de la femme. (homme
fonctionnaire Mohammédia 1)

Il faut amender la loi des association et celle des partis pour rendre
obligatoire la participation des femmes. (homme fonctionnaire Mohammédia
2)

Il faut que les partis placent les femmes en tête de listes et non pas
uniquement les hommes, et si elle a la confiance des électeurs elle réussira…
et non pas l’homme à la première place et la femme à la quatrième ou
cinquième place, et pourquoi pas une femme présidente d’un parti. (homme
fonctionnaire Meknès)

Appliquer les lois et moraliser la vie politique…

Certains fonctionnaires pensent que l’application des lois existantes permet la participation
des femmes, mais ils savent aussi que l’application des lois rencontre des obstacles. Alors ils
appellent à ce que les hommes et les femmes rompent avec la culture traditionnelle ; ou ils
considèrent que les partis ont à pratiquer la démocratie interne ; ou ils voient la solution dans
la moralisation de la vie politique.

Veiller à appliquer les lois et créer une culture qui permet aux époux de
rompre avec les choses qui ont un rapport avec la religion ou la culture
populaire. (homme fonctionnaire Mohammédia 1)

Oeuvrer à appliquer les lois, mais pour que la femme accède au parlement, il
faudrait que les partis connaissent la démocratie interne. (homme
fonctionnaire Meknès)

Il faut moraliser la vie publique dans les administrations et dans toutes les
institutions de l’Etat actuel… il faut travailler dans le cadre de la clarté, de
la transparence et dans la nouvelle conception du pouvoir, dans le cadre des
mécanismes de la citoyenneté loyale qu’il s’agisse d’une femme ou d’un
homme. (homme fonctionnaire Casablanca)

88
Pour que la participation des femmes soit efficace et non formelle…

Certains fonctionnaires qui ont fait probablement l’expérience de présence formelle de


femmes dans un conseil communal, recommandent que les femmes soient informées et
formées pour qu’elles puissent assumer les responsabilités et faire face aux défis qu’elles
rencontreront à l’occasion de leur participation à la vie publique.

Avant qu’elle n’entre dans le domaine politique, il faut informer la femme


des tenants et des aboutissants de l’action politique… il faut que la femme
vienne au travail politique de sa propre volonté et en pleine conscience pour
que sa participation soit efficiente et efficace et non formelle et négative…
(homme fonctionnaire Errachidia)

Je demande à ce que l’on donne à la femme tous ses droits et qu’on


l’encourage à prendre des responsabilités dans la vie publique.. que l’on
assure une bonne formation permanente pour la femme et que sa présence
soit effective et positive et non formelle. (homme fonctionnaire Noaceur 2)

Les associations peuvent jouer un grand rôle…

Certains fonctionnaires hommes voient le rôle que peuvent jouer les associations, notamment
l’association féminine, dans la sensibilisation des femmes et de la population aux droits de la
femme et au rôle qu’elle peut assumer dans la vie publique. Ils appellent à multiplier ce type
d’association et à les aider en leur donnant des locaux, par exemple.

Le rôle des associations est très important dans la sensibilisation… il faut


multiplier le nombre des associations et leur donner des locaux. (homme
fonctionnaire Nouaceur 3)

Il faut conscientiser les gens à travers les médias et les associations


féminines… ceci encourage la femme à participer à la vie publique… la
femme qui prend conscience de ses droits se met au travail sans problèmes…
(homme fonctionnaire Meknès)

Les femmes ont un apport particulier et spécifique…

Certains fonctionnaires hommes, de par leur expérience, considèrent que les femmes peuvent
assumer des responsabilités dans la vie publique, notamment dans les communes, où elles
peuvent avoir un apport particulier. Quand les femmes dirigent, elles font preuve de tolérance,
de souplesse et d’humanité, et les projets réussissent mieux. Elles seraient les bienvenues dans
les conseils communaux.

J’appelle à ce que les femmes soient présentes dans les conseils communaux
au niveau de la proposition et de la décision car la femme est une école de
vie (homme fonctionnaire Errachidia)

De par mon expérience de fonctionnaire dans la commune, je recommande


de donner aux femmes des postes importants dans la gestion. Il est

89
remarquable que lorsque la femme est placée à des postes importants, le
travail devient excellent et cela n’a jamais handicapé le travail… la femme
essaie toujours de diriger le travail de manière tolérante, souple et humaine.
(homme fonctionnaire Noaceur 2)

Quand² la femme se prend en charge elle-même, elle devient un élément


important dans la société… quand il y a participation des femmes, les projets
de développement réussissent mieux… (homme fonctionnaire Errachidia)

Aider les gens à changer leur regard et leur comportement avec les femmes…

Parmi les fonctionnaires hommes, un bon nombre a conscience que le regard négatif sur la
femme et certains comportements constituent un obstacle important à la participation des
femmes. Aussi demandent-ils qu’il y ait une sensibilisation, durable et non saisonnière, au fait
que la femme est un être humain comme l’est l’homme. Il est fait appel aux sciences sociales
et au cinéma pour produire ce qui aidera à changer de mentalité envers la femme. Il est
proposé de faire en sorte que la lutte contre la violence faite aux femmes devienne une action
sociale ancrée dans les mœurs de la population.

La sensibilisation doit être permanente et non saisonnière (homme


fonctionnaire Mohammédia 1)

Changer le regard dévalorisant sur la femme et repenser à la manière de se


comporter avec la femme, non comme un être démuni et faible, mais comme
un être humain égal à l’homme. (homme fonctionnaire Kénitra)

Il faut mobiliser les sciences sociales et l’anthropologie pour montrer que la


femme n’est pas inférieure à l’homme… le pouvoir politique ne peut pas
changer les mentalités… le cinéma peut à travers des films aider à se
débarrasser de cette vision rétrograde de la femme… (homme fonctionnaire
Casablanca)

La lutte contre la violence faite aux femmes que mènent les associations doit
entrer dans les mœurs des gens… ce concept de lutte contre la violence faite
aux femmes doit entrer dans le lexique social. (homme fonctionnaire
Meknès)

Eduquer les enfants à l’égalité des sexes…

Une partie des fonctionnaires hommes voit qu’à la base de tout se trouve le principe de
l’égalité des sexes et des droits des femmes. La foi en l’égalité des deux sexes, et à fortiori en
les droits de la femme d’être une citoyenne à part entière comme l’homme, lève les obstacles
les plus résistants à la participation de la femme à la vie publique. Aussi, est-il proposé
d’éduquer les enfants, garçons et filles, qui forment la génération du futur, selon le principe de
l’égalité des sexes ; comme il est proposé que les pères s’occupent de leur fille de la même
manière qu’ils s’occupent de leurs fils.

90
Il faut prêter une grande attention à l’éducation ; éduquer les garçons et les
filles au respect de la différence sexuelle mais aussi à l’importance des deux
sexes pour la construction de la société… (homme fonctionnaire Kénitra)

En tant que père je dois montrer à ma fille tout ce qui se passe dans la
société, le positif et le négatif, les déviances et autres… il faut être modéré
dans l’éducation… et puis il y a le rôle de l’école et les livres et les
programmes scolaires qui doivent contenir une définition des droits et
devoirs de la femme. (homme fonctionnaire Meknès)

Alphabétiser les femmes…

L’analphabétisme des femmes est un obstacle majeur à toute participation à la vie publique
actuelle. Aussi est-il rappelé que les programmes d’alphabétisation sont un élément essentiel
pour aider les femmes à investir le monde associatif et politique.

Il fait avoir clair à l’esprit que la participation des femmes est liée aux
programmes d’alphabétisation qui sont la base du développement. Ce sont
ces programmes qui aideront les femmes à connaître leurs droits et leur rôle
dans la société ; ainsi elles participeront aux élections et à la vie publique.
(homme fonctionnaire Errachidia)

Il y a une différence entre le monde urbain et le monde rural…

Certains fonctionnaires, ceux des communes rurales notamment, insistent sur les différences
entre le milieu rural et le milieu urbain. Les pesanteurs sociales handicapantes pour les
femmes sont plus importantes dans le milieu rural. Dans le milieu rural, la moudawana trouve
plus de difficultés à être appliquée, le dialogue et la consultation avec des femmes sont encore
considérés comme un acte immoral et la situation économique de la femme est très mauvaise.
Aussi faut-il en tenir compte dans la recherche des voies et moyens pour aider les femmes à
participer à la vie publique.

Il y a une différence entre le monde urbain et le monde rural… par exemple


la moudawana elle est appliquée dans les villes, mais dans les villages on
continue à marier les filles selon la tradition… (homme fonctionnaire
Mohammédia 1)

Moi qui suis originaire d’une grande ville, je n’hésite pas à consulter mes
collègues femmes, par contre ici la femme continue à être considérée comme
‘hichma’ et la consultation avec les femmes continue à être considérée
comme un acte immoral. (homme fonctionnaire Nouaceur 2)
Améliorer la situation économique des femmes et surtout dans le milieu
rural. (homme fonctionnaire Mohammédia 1)

Il faut faire attention…

Deux fonctionnaires interviewés ont exprimé leur méfiance envers les femmes. L’un
considère que la femme dispose actuellement de privilèges dont elle pourrait se servir

91
négativement. Elle risque de chercher à avoir ce qu’elle ne mérite pas. Elle doit changer pour
pouvoir sortir de son enfermement, dont elle serait responsable. L’autre exprime sa peur que
la femme ne se mette à lutter toute seule, qu’elle ne rentre en conflit avec l’homme, aussi
recommande-t-il que les organisations soient toujours mistes et jamais exclusivement
féminines.

La femme doit tirer profit de ces privilèges et de cette occasion et qu’elle ne


l’exploite pas négativement… elle doit aborder la vie publique par son
propre mérite… elle doit changer et sortir de son enfermement et qu’elle
élargisse son intérêt qui ne concerne que sa maison et son mari. (homme
fonctionnaire Noaceur 1)

Il faut qu’il y ait une conscience collective qu’il n’y a pas de différence entre
les deux sexes, que la femme ne se mette pas à lutter seule, isolée… qu’elle
ne se mette pas en conflit avec l’homme… les organisations ne doivent pas
être exclusivement féminines, mais des organisations mixtes, pour les femmes
et pour les hommes… (homme fonctionnaire Mohammédia 2)

4.1.10. Femmes fonctionnaires communales


A l’instar de leurs collègues masculins, les femmes fonctionnaires partagent en commun
l’expérience de fonctionnaire d’une commune, et divergent quant à leurs expériences
partisanes et associatives ; mais elles ont aussi en commun leurs expériences en tant que
femmes marocaines qui les distinguent de leurs homologues hommes. Aussi, les mesures
proposées recoupent tous les types de mesures préconisées par les différentes catégories de
personnes interrogées. Par exemple, concernant le quota, il y a celle qui est une partisane
radicale, celle qui émet des réserves et celle qui le refuse car antidémocratique. Il y a même
celle qui considère qu’il n’y a rien à faire et qu’il faut laisser le temps aux vents du
changement… suivent toutes les mesures de court, moyen et long termes proposées par les
autres différentes catégories.

Le quota à maintenir et / ou à supprimer…

Trois femmes seulement, parmi les fonctionnaires interviewées, ont évoqué le quota. Une
seule est pour son maintien jusqu’à ce que la participation de la femme à la vie publique
devienne partie intégrante de la culture des gens. L’autre est pour l’augmentation du quota,
tout en considérant qu’il ne constitue pas le moyen qui fait élire les meilleurs ; mais elle est
consciente que les femmes rencontrent des obstacles à leur participation aussi bien au sein des
partis politiques que dans les communes. La troisième est franchement contre le quota car il
est antidémocratique. Elle considère que la femme doit bénéficier de formation suffisante
pour entrer en concurrence avec l’homme dans la vie publique.

Maintenir le quota est chose essentielle jusqu’à ce que la société atteigne un


certain niveau de conscience. (femme fonctionnaire Meknès 2)

Il faut augmenter le quota tout en signalant que je ne crois pas au quota


parce que il faut recourir à des critères qui retiennent le meilleur et ne pas

92
prendre en considération qu’il soit homme ou femme. Pour arriver à cela, il
faut qu’il y ait un changement dans les postes de direction des partis… nous
ne voyons pas de femmes présidentes de partis… il faut qu’il y ait un
changement dans la manière avec laquelle on se comporte vis-à-vis de la
femme au sein des partis et des communes, lutter contre la marginalisation…
il faut élever la représentation des femmes et qu’elle ne demeure pas
étriquée. (femme fonctionnaire Meknès 3)

Le quota doit disparaître car il n’est pas démocratique ; par contre, il faut
assurer à la femme une très bonne formation qui lui permette de
concurrencer de manière honorable et intègre l’homme, loin de toute
discrimination sexuelle… les lois actuelles sont favorables à la femme.
(femme fonctionnaire Casablanca 3)

Il suffit d’appliquer les lois…

Chez les femmes fonctionnaires, il y a une opinion très répandue qui consiste à penser que les
lois qui existent sont suffisantes, il suffit de les mettre en application pour que nous assistions
à la participation des femmes à la vie publique.

Il faut recourir à la loi pour obliger les décideurs à prendre les dispositions
nécessaires pour que les postes soient répartis entre les hommes et les
femmes ; dans certains cas, l’existence de la loi ne suffit pas, il faut veiller à
son application. (femme fonctionnaire Casablanca 2)

Il faut appliquer les lois et il faut recourir dans la vie publique à des lois
efficaces et les appliquer rapidement (femme fonctionnaire Meknès 1)

Il faut appliquer les lois dans la réalité (femme fonctionnaire Nouaceur1)

Les lois existent, il faut les appliquer (femme fonctionnaire Nouaceur 3)

Je n’ai rien à voir avec les lois, mais ce dont j’en entends dire c’est qu’elles
encouragent les femmes à travailler et à être dans la politique, dans les
élections, dans le travail social et dans les associations. (femme
fonctionnaire Temara 1)

Juger les femmes selon des critères objectifs…

Les femmes fonctionnaires souffrent en tant que femmes de la discrimination dans


l’attribution des postes où les hommes sont souvent privilégiés. Cette frustration est une des
causes du découragement des femmes à investir le champ de la vie publique. Une femme de
Casablanca nous révèle que la ville a recouru à un bureau d’étude qui a élaboré la distribution
des postes, procédure qui semble être moins sujette à des pratiques discriminatoires envers les
femmes.

Il faut recourir à des critères objectifs dans l’attribution des postes, comme
ce qui a été fait à Casablanca où c’est un bureau d’étude conseil qui a
distribué les postes après une étude exhaustive des ressources humaines…

93
c’est ce qui amené des femmes à des postes de décision. (femme
fonctionnaire Casablanca 2)

Il faut juger la femme non en tant que femme inférieure à l’homme, mais en
fonction de sa discipline, de ses comportements et de son rendement. Voilà
les critères objectifs. (femme fonctionnaire Meknès 1)

Le rôle des partis est important…

Le rôle des partis politiques est très important dans la participation versus non participation
des femmes à la vie publique. Ils constituent des lieux de formations pour les femmes et les
lieux de passage obligatoire pour être candidates. Les partis portent ou ne portent pas les
femmes sur leurs listes de candidats, ils leur assignent des places dans les listes plus ou moins
éloignées de la tête de la liste, ils les présentent dans des circonscriptions où la réussite est
plus ou moins assurée pour le parti, enfin, une fois élues, ils les proposent ou pas aux postes
de responsabilité au sein des institutions élues. Aussi, est-il proposé d’amender les règlements
intérieurs qui sont basés sur le leadership masculin.

Il faut que les partis assurent aux femmes la formation et les encouragements
pour qu’elles s’enrôlent dans la vie politique. (femme fonctionnaire Meknès
3)

Il faut rendre effective la participation de la femme et non une présence


formelle, tel ce parti qui a quatorze membres dans le conseil communal, dont
deux femmes qui étaient les dernières sur la liste qui ont été élues quand
même, seulement elles n’ont aucun rôle et aucune responsabilité dans le
conseil. (femme fonctionnaire Meknès 2)

Il faut amender les règlements intérieurs des institutions car ils sont basés
sur le leadership masculin. (femme fonctionnaire Casablanca 3)

Tenir compte des responsabilités de la femme…

Les femmes fonctionnaires, surtout celles qui participent à la vie publique, rencontrent les
difficultés que ne rencontrent pas leurs homologues hommes. Aussi demandent-elles de tenir
compte, dans la programmation des réunions et des activités, des contraintes inhérentes aux
tâches domestiques et familiales qui incombent aux femmes. La prise en compte devrait se
faire aussi par la programmation et de la réalisation d’équipements collectifs qui relaient les
femmes dans ces tâches qui, au Maroc, incombent quasi-exclusivement aux femmes.

Les horaires des réunions internes doivent tenir compte de la spécificité


des femmes, et particulièrement celles qui sont responsables de
l’éducation de leurs enfants. (femme fonctionnaire Casablanca 3)

Créer des équipements publics qui aident la femme à assumer ses


responsabilités familiales… la conception et la programmation des
équipements collectifs doivent être soumises à l’approche genre… il ne
suffit de désigner des femmes aux postes de décision, il faut aussi préparer

94
les conditions qui vont les aider dans leur vie quotidienne. (femme
fonctionnaire Casablanca 2)

Changer l’image de la femme…

La plupart des femmes fonctionnaires appellent à un changement dans la représentation que se


fait la société des femmes. L’image de la femme responsable de la sphère domestique, même
si elle peut avoir une activité professionnelle rémunérée, laissant la responsabilité de la sphère
publique à l’homme ; cette image est un des handicaps majeurs à la participation de la femme
à la vie publique. Il est proposé de nommer des femmes à des postes de décision pour que l’on
se rende compte que les femmes ont les mêmes capacités que les hommes. Certaines
perçoivent que le changement d’image demande du temps ; le temps que la prise de
conscience de l’égalité des sexes gagne l’élite, les femmes et les hommes à la fois. La
révolution féminine, entendre le changement de l’image de la femme, est liée à la prise de
conscience des hommes que les femmes sont leurs égales et à la scolarisation, notamment
dans le milieu rural.

Il faut améliorer l’image de la femme pour qu’elle puisse accéder aux


conseils communaux et au parlement (femme fonctionnaire Meknès 2)

La présence des femmes dans les postes de décision aide au changement de


mentalité. (femme fonctionnaire Casablanca 2)

Il faut sensibiliser les maris au fait que le travail de la femme est positif pour
toute la famille et non pas uniquement pour elle-même. (femme fonctionnaire
Temara 2)

Il faut veiller au changement au niveau de l’élite. Quand l’élite deviendra


consciente du rôle et de la stature de la femme, à ce moment-là la
participation de la femme atteindra un bon niveau. (femme fonctionnaire
Nouaceur 3)

Le changement des mentalité ne peut pas se faire du jour au lendemain, il


faut du temps et il faut, à mon avis, une révolution féminine, il faut que les
hommes prennent conscience, il faut la scolarisation dans le monde
villageois. (femme fonctionnaire Meknès 2)

L’égalité des sexes…

Certaines des femmes fonctionnaires interrogées ont conscience que la participation des
femmes à la vie publique est largement tributaire de l’adoption du principe de l’égalité des
sexes. Il est recommandé aux familles, notamment aux femmes, de traiter de manière égale
filles et garçons ; comme il est recommandé à la société de donner les mêmes formations aux
hommes te aux femmes. Ainsi, l’égalité des sexes pourra régir la sphère domestique et
familiale, et à fortiori la sphère publique.

Je recommande aux familles, notamment les mères et les pères, de changer


leur comportement envers leurs enfants… la femme doit traiter de manière

95
égale sa fille et son fils et dépasser la mentalité traditionnelle. (femme
fonctionnaire Meknès 1)

Il faut que l’homme comprenne qu’il n’y a pas de différence entre lui et la
femme, qu’il est lui aussi responsable de la maison et de la famille. Je dis
aussi que la femme ne doit pas considérer qu’elle peut entrer et sortir de la
maison comme elle veut, comme l’homme ; je dis qu’il y a égalité entre eux
dans les droits et les décisions. (femme fonctionnaire Nouaceur2)

Il faut préparer l’homme à accepter l’intégration de la femme, et préparer la


femme à prendre l’initiative. Il faut que l’éducation sociale veille à ce que la
femme soit formée comme l’homme parce qu’elle a les mêmes capacités et le
même potentiel que l’homme. C’est pour cela qu’elle devra réaliser qu’elle
peut prendre les décisions et les imposer le moment venu. (femme
fonctionnaire Nouaceur 3)

La femme doit elle- même…

Certaines femmes fonctionnaires considèrent qu’il appartient aux femmes de faire des efforts
et de ne pas se suffire d’attendre que l’on vienne à son aide. Il est proposé que la femme
prenne l’initiative, qu’elle s’encourage d’abord elle-même avant de demander
l’encouragement des tiers, de tirer profit des formations qui se présentent à elle et s’imposer
par son la qualité de son travail.

La femme doit s’encourager elle- même, en premier lieu, ensuite on peut


demander aux autres à l’encourager à participer à la vie politique et
publique.. Il faut insister sur l’auto-encouragement et donner à la femme la
valeur qu’elle mérite. (femme fonctionnaire Meknès 3)

Il revient à la femme de prendre l’initiative du changement, la société


nouvelle se dirige dans ce sens, le sens du changement. (femme fonctionnaire
Casablanca 3)

Il est demandé à la femme de fournir des efforts pour tirer le meilleure profit
d’un certains nombre de formations pour entrer en concurrence de manière
transparente et noble avec l’homme et même avec la femme. (femme
fonctionnaire Nouaceur1)

La femme doit s’imposer dans son travail et doit se montrer digne du travail
dont elle a la charge. (femme fonctionnaire Nouaceur1)

Adopter l’approche participative…

L’expérience d’une femme fonctionnaire d’une commune lui a fait voir que les femmes et les
jeunes sont peu pris en compte par le conseil communal au cours de la programmation des
équipements et des actions. Aussi recommande-t-elle l’adoption de l’approche participative
par les conseils communaux.

96
Les conseils communaux devraient adopter l’approche participative dans la
conception et la réalisation des programmes… de cette manière, les femmes
et les jeunes ne seront pas marginalisés. (femme fonctionnaire Meknès 3)

La scolarisation est nécessaire…

Les femmes fonctionnaires des communes, notamment celles des communes rurales,
considèrent que l’analphabétisme et la non-scolarisation des femmes et des filles est un
handicap majeur à la participation des femmes à la vie publique. Il est recommandé de
généraliser la scolarisation, de prévoir des mesures pour aider les parents à scolariser leurs
filles. La scolarisation ouvre la voie aux femmes pour accéder aux nouvelles idées, à
l’acquisition des compétences, à ce qui se passe dans la sphère publique, aux droits…

Il faut généraliser l’enseignement dans le milieu rural, villageois. (femme


fonctionnaire Meknès 2)

Nous voyons encore une grande catégorie de la population qui empêche les
filles d’aller à l’école, notamment en milieu rural… ceux-là il faut prévoir
des encouragements matériels pour les aider à scolariser leurs filles. (femme
fonctionnaire Temara 2)

La scolarisation est le principal facteur qui aide à la participation de la


femme à la vie publique. Il faut aussi que la femme fonctionnaire fasse des
efforts redoublés pour qu’elle soit au niveau de sa profession. (femme
fonctionnaire Temara 2)

Le problème est dans l’espace public qui est fermé et qui enferme les femmes
dans les maisons ou les ksours, ce qui la tient à distance des courants
nouveaux qui viennent de l’extérieur… courants qui rendrait la femme
capable de comprendre ce qui tourne autour d’elle comme idées, lois et
droits. Ceci est tributaire de l’école et des clubs qui pourraient créer des
changements dans la vie du village. (femme fonctionnaire Errachidia)

Les facteurs qui encouragent : éducation, action politique, famille, société, parti…

Une des femmes fonctionnaire a résumé les facteurs qui aident la femme à participer à la vie
publique, en les classant selon un ordre d’importance hiérarchique : son niveau d’instruction,
l’intérêt qu’elle-même accorde à l’action politique, l’attitude de sa famille vis-à-vis de son
engagement, ce que lui offre la société comme services qui lui facilitent l’accomplissement de
toutes ses tâches et les mesures prises par son parti pour rendre possible la participation des
femmes aux instances élues.

Les facteurs qui encouragent la femme à se présenter et à réussir aux


élections sont son niveau d’instruction, son intérêt pour l’action politique,
l’encouragement de sa famille, de sa société et de son parti. (femme
fonctionnaire Meknès 3)

Créer des espaces publiques ouverts aux femmes…

97
Une femme fonctionnaire voit qu’il faut commencer par créer des espaces publics mixtes pour
rompre la vie monotone d’une fonctionnaire communale qui se déroule entre la maison et la
commune ; espérant que ces espaces publics mixtes habitueraient le village à la présence des
femmes dans les espaces publiques, prélude éventuel à la participation des femmes à la vie
publique.

Il faut créer des clubs et des lieux de loisir, des lieux publics mixtes qui
transformeraient les attitudes des gens et qui les habitueraient à la présence
des femmes dans les espaces sociaux. Je ne trouve pas d’espace où je peux
me rendre après le travail. Ma vie se passe entre la maison et la commune.
((femme fonctionnaire Errachidia)

Laisser les vents du changement agir…

Une des femmes fonctionnaires a exprimé le point de vue de ceux qui considèrent que l’on ne
peut rien faire pour aider les femmes à participer à la vie publique, mais qui constatent que les
choses sont en train de changer… alors elle se propose de ne rien entreprendre et de laisser
agir les vents du changement…

Je n’ai rien à faire avec les lois et je n’ai aucune culture concernant la
politique et les institutions, mais je peux dire que les mentalités ne changent
pas facilement ; la sensibilisation des gens n’est pas facile, nous sommes
face à un problème d’habitude et de mentalité bien ancrée, même les médias
ne peuvent pas changer ces représentations et ces mentalités. L’important
c’est de laisser les vents du changement agir. (femme fonctionnaire Temara
1)

4.2. Synthèse des mesures préconisées


Les mesures préconisées pour aider la femme à participer à la vie publique s’articulent autour
de trois axes :

1. Des mesures, à moyen et long termes, pour assurer un changement de mentalité


favorable à la femme : scolarisation des filles et alphabétisation des femmes ;
changement de l’image de la femme ; et éducation selon le principe de l’égalité des
sexes.

2. Des mesures d’actions positives, à court et moyen termes, accélérant le processus de


participation des femmes : le quota et la parité ; les lois, application et amendement ;
présence des femmes dans les conseils communaux ; adoption de l’approche genre.

3. Des mesures à prendre par les partis politiques et les associations, les deux institutions
qui jouent un rôle fondamental dans la participation (versus non participation) des
femmes.

98
4.2.1. Le changement de mentalité :
Le changement de mentalité favorable à la participation des femmes à la vie public, ayant déjà
cours dans la société marocaine, demande à être généralisé à toutes les catégories sociales et à
tous les hommes et toutes les femmes. Ce changement de mentalité résulte de la scolarisation,
de la substitution d’une image de la femme citoyenne à part entière à l’image traditionnelle et
d’une intériorisation au niveau des individus du principe de l’égalité entre les sexes.

4.2.1.1 La scolarisation des filles et l’alphabétisation des femmes…


Il est quasiment impossible qu’une femme analphabète puisse aujourd’hui participer à la vie
publique. La scolarisation des filles et l’alphabétisation des femmes leur permet de connaître
leurs droits et leur rôle dans la société actuelle. Pour réduire le taux d’analphabètes parmi les
femmes et augmenter le taux de la scolarisation des filles, les recommandations suivantes ont
été proposées.

• Il faut généraliser la scolarisation des filles, notamment dans le milieu rural ; il


faut que l’école atteigne les ksours et qu’elle soit équipée correctement…

• Il faut prévoir des encouragements matériels pour aider les familles à scolariser
leurs filles.

• Il faut renforcer les programmes d’alphabétisation et les programmes de post-


alphabétisation (éducation informelle) qui donnent l’occasion à ceux et celles qui
ont abandonné leur scolarité de reprendre le chemin de l’école.

Il est à remarquer que seuls certains élus, hommes et femmes, et certains fonctionnaires,
hommes et femmes aussi, de communes rurales ont évoqué l’analphabétisme comme obstacle
à la participation des femmes à la vie publique. Les autres personnes inteviewées, hommes et
femmes, élus, fonctionnaires, militants de partis ou d’associations et universitaires, tous
résidant en milieu urbain, n’ont pas évoqué la scolarisation des filles et l’alphabétisation des
femmes comme mesures nécessaires pour aider à la participation de la femme à la vie
publique. Peut-être considèrent-ils que la proportion actuelle de femmes urbaines
alphabétisées constitue un vivier suffisant pour assurer la participation de la femme ?

4.2.1.2 Changement dans l’image de la femme


Tout le monde s’accorde à constater que l’image négative de la femme, véhiculée par la
mentalité traditionnelle, est un obstacle majeur à la participation de la femme à la vie
publique. L’image de la femme comme un être démuni et faible, assimilé quasi-exclusivement
au sexe, lui dénie toute compétence à participer à la gestion des affaires de la communauté.
Cette image négative comporte un autre aspect, celui d’un être rusé, malicieux et perfide,
faisant de la femme un être dangereux que l’on doit éloigner des postes de décision et de
direction. L’image dévalorisante et injuste de la femme doit être remplacée par l’image
positive correspondante à la réalité ; celle d’un être humain intelligent et sensible, en égalité
avec l’homme, membre à part entière de la société et qui participe déjà à la vie publique.
Différents agents peuvent intervenir pour induire le changement de l’image de la femme dans
les mentalités, notamment l’école, les médias, la famille, les partis politiques, les pouvoirs
publics…

99
Les personnes interviewées ont fait les recommandations suivantes :

• Il faut introduire des changements dans les programmes et les livres scolaires
pour les expurger de toutes les images négatives de la femme et les remplacer par
des images positives.

• L’école doit introduire la question de la participation des femmes à la vie


publique à travers les différents programmes scolaires.

• Il faut recourir aux spots télévisuels pour donner une image positive de la
femme ; les spots sur le code de la famille, par exemple, sont très appréciés…

• La présence des femmes dans les postes de décision et de direction aide au


changement de mentalité.

• Il faut empêcher les imams de prononcer des prêches qui soient en contradiction
avec le projet social moderniste de l’Etat.

• Il faut que les militantes des partis politiques fassent un travail de sensibilisation
auprès des femmes dans les villes et dans les campagnes, et même dans les coins
les plus reculés. Il faut utiliser l’arabe et l’amazigh… il faut assurer une bonne
couverture médiatique de ces activités

• Il faut organiser des workshops de formation pour tous ceux qui reproduisent la
culture de dévalorisation de la femme afin qu’ils accèdent à la culture de l’égalité
entre les sexes

• La sensibilisation à une image positive de la femme doit être permanente et non


saisonnière

• Il faut multiplier les clubs féminins dans les communes, qui seront autant
d’espaces permettant de réaliser des programmes de sensibilisation à une image
positive des femmes en direction des populations

• Il faut mobiliser les sciences sociales et l’anthropologie pour montrer que la


femme n’est pas inférieure à l’homme.

• Le cinéma peut, à travers des films, aider à se débarrasser de cette vision


rétrograde de la femme.

• La lutte contre la violence faite aux femmes que mènent les associations doit
entrer dans les mœurs des gens

L’unique constat unanime est que l’image traditionnelle de la femme est un obstacle majeur à
la participation des femmes à la vie publique. Mais ce constat est utilisé dans deux directions
opposées. La première va dans le sens qu’il n’y a rien à faire, sauf peut-être à attendre
qu’émerge dans un futur, plus ou moins lointain, une nouvelle mentalité marocaine où la
femme aurait une image positive. La deuxième va dans le sens des recommandations

100
précédentes qui aideraient à propager plus largement l’image positive de la femme ayant déjà
cours dans la société marocaine.

4.2.1.3 L’éducation selon le principe de l’égalité des sexes


L’éducation marocaine traditionnelle est basée sur la division en deux éducations, l’une est
réservée aux garçons pour les préparer à prendre la responsabilité de la sphère publique, et
l’autre est réservée aux filles pour les préparer à être des mères et des épouses responsables de
la sphère privée. Les deux types d’éducations sont pour une large part à l’origine des
inégalités entre les deux sexes. La femme était démunie dans la sphère publique. Aujourd’hui,
les filles reçoivent les mêmes formations que les garçons dans les institutions d’enseignement,
mais les inégalités subsistent dans les mentalités et dans le partage des tâches domestiques et
familiales. On pourrait dire que les bases de l’égalité des sexes existent mais les mentalités et
les pratiques ne suivent pas. Ces mentalités sont renforcées par les inégalités dans le partage
des tâches au sein de la famille et par la faible participation des femmes à la vie publique.
Aussi, est-il recommandé d’entreprendre des actions pour éduquer les enfants, les jeunes et les
moins jeunes selon le principe de l’égalité des sexes.

• Il faut se concentrer en priorité sur l’éducation pour mettre en valeur le principe


d’égalité entre les sexes à travers les programmes scolaires et les orientations
pédagogiques.

• Les enfants, garçons et filles, doivent être éduqués, selon le principe de l’égalité, à
faire tous les travaux domestiques, dans le cadre de l’entraide entre frères et
sœurs…

• Il est recommandé aux familles, et notamment aux mères, de changer leur


comportement envers leurs enfants… elles doivent traiter de manière égale les
filles et les fils et dépasser la mentalité traditionnelle.

• Les partis politiques, les syndicats et les associations doivent remplir leur rôle en
encadrant les citoyens dans la question de l’égalité des sexes

• Il faut instituer un mécanisme national qui supervise la question de l’égalité


entre les sexes dans tous les domaines, qui fait des études régulières pour voir les
avancées et les blocages et qui définit les mesures à prendre… il faut aussi des
mécanismes au niveau local dans les institutions élues…

Rares sont les hommes interviewés qui recommandent l’éducation selon le principe de
l’égalité des sexes, par contre, nombreuses sont les femmes qui considèrent que l’obstacle
majeur à la participation de la femme à la vie publique réside dans la mentalité basée sur
l’inégalité des sexes. Elles appellent à baser l’éducation sur le principe de l’égalité des
sexes.

4.2.2. Accélérer le processus de participation de la femme à la vie


publique…

101
Le processus des la participation de la femme à la vie public a déjà démarré au Maroc, il
s’agit de prendre des mesures pour l’accélérer. Ces mesures consistent en l’adoption de la
discrimination positive ne faveur des femmes, en l’application et l’amendement des lois, en
l’adoption d’une politique de participation des femmes à la gestion communale et la
dissémination de l’approche genre, notamment au niveau des communes.

4.2.2.1 La discrimination positive : quota et parité…


Le quota réservé aux femmes dans les institutions élues est considéré comme une mesure
efficace pour assurer une participation des femmes. Cette mesure de discrimination positive
est conçue pour être provisoire ; le temps qu’il faut pour que la société s’habitue à la
participation de la femme. Le quota est une mesure de ‘rattrapage’ nécessaire pour compenser
l’absence séculaire de la femme de la vie publique.
Les partisans du quota pour les femmes souhaitent le voir imposé et règlementé par des lois,
et non pas simplement l’objet d’un engagement moral de la part des partis politiques. De
telles lois appellent un amendement de la constitution permettant au législateur de
réglementer la discrimination positive envers les femmes. Par ailleurs, les partisans du quota
considèrent que la participation de la femme au parlement ou aux conseils communaux doit
atteindre au moins le tiers pour qu’elle ait un impact réel.

Les principales recommandations sont les suivantes :

• Il faut amender la constitution pour habiliter le législateur à prendre des lois qui
favorisent la participation des femmes à la vie publique.

• Le quota doit atteindre les 50%, et cette parité doit être imposée par la loi.

• Il faut prendre un décret qui fixe à 40% la représentation des femmes dans les
conseils communaux.

• Le quota ne peut avoir un impact dans une institution élue que s’il atteint le tiers,
et si on n’atteint pas le tiers les choses seront difficiles.

• Il faut amender la loi des associations et celle des partis pour rendre obligatoire
la participation des femmes

• Etablir un pacte d’honneur entre les partis qui les engage à fixer un quota de
femmes figurant aux premières places dans les listes électorales et dans les
organes de direction.

• Il faut lier les subventions accordées aux partis au degré de participation qu’ils
accordent aux femmes.

Il est à noter que le quota n’est pas évoqué par la plupart des hommes militants des partis et
par la totalité des hommes élus communaux. Certains de ces derniers affichent même une
opposition explicite au recours au quota. Le rejet exprimé du quota par les élus communaux
peut être compris comme une anticipation sur une adoption éventuelle du quota pour les
élections municipales à venir. Le silence des autres hommes politiques à propos du quota,
comme mesure facilitant la participation de la femme, montre que le recours au quota
rencontre une forte opposition dans les partis politiques.

102
4.2.2.2 Les lois, application et amendement…
Il existe un ensemble de dispositions dans l’arsenal juridique marocain qui sont favorables à
la participation de la femme à la vie publique. D’aucuns pensent qu’il suffit d’appliquer les
lois existantes pour assurer la participation de la femme. D’autres pensent qu’il y a certaines
actions à entreprendre pour que l’arsenal juridique marocain soit réellement favorable aux
femmes. Parmi ces actions, il est recommandé de revoir la philosophie du droit marocain pour
l’expurger de toute discrimination envers les femmes, de légiférer sur des questions qui ne
sont pas encore traitées par la loi et de moraliser la vie politique.

• Il faut lever les réserves pour que les lois soient conformes aux conventions
internationales, ceci montrera la volonté réelle de l’Etat de donner l’occasion à la
femme de participer à la vie publique

• Il ne suffit pas de changer certains articles de la moudawana ou de la loi


électorale, parce qu’il y a toujours des manifestations de la discrimination qui est
due à la philosophie du droit marocain… les réformes sont partielles et ne
réforme pas la philosophie du droit…

• Il faut légiférer sur certaines questions que les lois n’ont pas encore traitées,
comme le harcèlement sexuel.

• Il faut amender certaines lois pour les rendre plus explicites… même la
moudawana laisse des brèches ouvertes à l’appréciation du juge… or
l’appréciation est souvent subjective.

• Moraliser la vie publique en mettant fin à la corruption dans l’administration et


à l’hérédité dans l’attribution des postes de responsabilité, d’une part, et en
instaurant la démocratie au sein des partis politiques, d’autre part.

La recommandation d’appliquer les lois existantes qui favorisent la participation des femmes
à la vie publique recouvre deux attitudes différentes et même complètement opposées. Pour
certains hommes interviewés, élus communaux et militants de partis politiques, cela veut dire
qu’il suffit d’appliquer les lois existantes, sans devoir recourir au quota. Il s’agit d’une
expression déguisée du rejet du quota de femmes dans les institutions élues. Pour les autres,
notamment les partisans du quota, il s’agit d’attirer l’attention sur le fait que les lois
existantes favorables aux femmes ne sont même pas bien appliquées.
Il est à noter que les femmes, militantes des associations, sont les plus attentives au déficit
actuel de lois en faveur de la participation des femmes.

4.2.2.3 La nécessaire participation de la femme au niveau communal


La démocratie est d’abord une affaire locale. La participation de la femme au niveau
communal est un indice clair de la participation de la femme à la vie publique. Jusqu’ici, les
conseils communaux sont le monopole des hommes (0,6% de femmes en 2003). De plus, une
présence substantielle de femmes aux conseils communaux engagerait ces derniers à
programmer et réaliser des équipements et des actions qui allègeraient le poids des tâches

103
domestiques et familiales dont s’occupent les femmes. De tels équipements et actions
faciliteront la participation des femmes à la vie publique.
Les recommandations sont :

 Elaborer une véritable politique de la participation des femmes à la gestion


communale.

 Imposer un quota de femmes dans les élections communales.

 Le quota de femmes doit être au moins égal au tiers des membres du conseil
communal.

 Des postes de responsabilité dans les conseils communaux doivent être donnés à
des femmes.

Il n’y a que des femmes, à l’exception d’un homme universitaire, qui demandent la présence
des femmes aux conseils communaux. Le fait que la quasi-totalité de ces femmes sont des
élues communales et des militantes de partis politiques, montre bien que la question de la
participation des femmes aux conseils communaux est loin d’être une question à l’ordre du
jour dans les différents secteurs de la société marocaine. Elle ne semble intéresser pour le
moment que les militantes politiques.

4.2.2.4 L’adoption de l’approche genre…


L’approche genre consiste à analyser les situations en tenant compte des catégories hommes
et femmes et d’intégrer les besoins spécifiques des genres dans la conception, la planification
et la réalisation des actions. Ce type d’approche implique l’accès égal des deux sexes aux
ressources et à la prise de décision. Aussi, des recommandations sont faites pour l’adoption de
l’approche genre :

 Les associations, les partis, les communes et les syndicats doivent adopter
l’approche genre et l’appliquer à leurs propres situations.

 Considérer l’adoption de l’approche genre par toutes les institutions comme un


processus progressif qui demande une planification à court, moyen et long
termes.

 Former les élus et les fonctionnaires des communes à l’approche genre et leur
imposer d’adopter cette approche dans de toutes les actions, notamment
l’élaboration des budgets.

L’approche genre n’est évoquée que par les élues femmes et les militants des associations.
Elle semble être ignorée par les uns et rejetée par les autres. Ignorée par ceux et celles qui
n’ont pas eu la possibilité d’y être formés. Rejetée par ceux qui refusent de voir les réalités
sociales désavantageuses à l’endroit des femmes.

104
4.2.3. Le rôle des partis politiques et des associations…
Hormis l’Etat, les deux institutions qui peuvent jouer un rôle fondamental dans la
participation des femmes à la vie publique sont les partis politiques et les associations.
Actuellement, le monde associatif semble être plus ouvert aux femmes que le monde
politique, à tel point que pour certains, notamment parmi les femmes interviewées, le
mouvement associatif constitue une alternative aux partis politiques, ces derniers étant trop
monopolisés par les hommes.
Par ailleurs, deux questions sont intimement liées au rôle des partis et des associations. La
première question est celle des mesures à prendre, notamment au niveau des horaires des
réunions et des services à offrir et des équipements à réaliser pour prendre en charge une
partie des tâches domestiques et familiales qui incombent encore quasi exclusivement aux
femmes. La deuxième question est relative à la coordination et à la coopération souhaitable
entre les femmes, toutes les femmes qui participent à la vie publique, par delà les clivages et
même les oppositions éventuels entre leurs partis respectifs.

4.2.3.1 Les partis politiques


Le rôle que jouent les partis politiques dans la participation des femmes à la vie publique est
majeur et capital. Les partis constituent des lieux de formations pour les femmes et des lieux
de passage obligatoire pour être candidates. Les partis portent ou ne portent pas les femmes
sur leurs listes de candidats, ils leur assignent des places dans les listes plus ou moins
éloignées de la tête de la liste, ils les présentent dans des circonscriptions où la réussite est
plus ou moins assurée pour le parti, enfin, une fois élues, ils les proposent ou pas aux postes
de responsabilité au sein des institutions élues. Nombreux sont ceux et celles qui sont
conscients de l’importance des partis, même parmi ceux qui sont opposés au quota.
Les recommandations sont les suivantes :

 L’organisation des femmes au sein des partis doit toucher les femmes aux
niveaux régional et local et ne pas se limiter au niveau national.

 Les partis doivent donner une chance aux femmes sur les listes électorales et
notamment en milieu rural.

 Il faut que les partis politiques fassent participer les femmes au niveau de
leurs instances dirigeantes (comités centraux ; bureaux politiques, etc…)

 Veiller à ce que les partis politiques octroient les investitures selon le mérite et
non selon les intérêts particuliers, le népotisme et le clientélisme

 Il faut que les partis présentent les femmes dans les circonscriptions et les
lieux où la réussite est assurée.

 Il faut que les partis placent les femmes à la tête des listes électorales…

 Le parti qui n’a pas atteint une proportion de candidatures de femmes ou de


victoires électorales de femmes, il lui sera retiré une partie de la subvention
étatique pouvant atteindre de 10 à 50%.

105
 Il faut que les partis assurent aux femmes la formation et les encouragements
pour qu’elles s’enrôlent dans la vie politique.

Il est à noter que le milieu associatif, hommes et femmes, n’évoque à aucun moment le rôle
que peuvent jouer les partis politiques dans l’aide à la participation de la femme à la vie
publique. Pour nombre de militants des associations, le monde associatif est l’alternative aux
carences des partis politiques à aider les femmes à participer à la vie publique.

4.2.3.2. Les associations…


Le travail dans les associations semble être plus facilement accessible aux femmes que
l’adhésion à un parti politique. Le monde associatif est moins monopolisé par les hommes que
le monde politique.
Il existe déjà des associations dites féministes qui oeuvrent à la sensibilisation des femmes et
des hommes et qui s’adressent directement aux femmes pour les former et/ou pour traiter de
questions spécifiquement féminines.
Les réseaux d’associations créent des synergies entre des associations, améliorant ainsi leur
efficacité et leur impact. La création de réseaux est, pour beaucoup de militants associatifs, le
meilleur garant de la montée en puissance des associations dans la gestion des questions
sociales, notamment celle de la participation de la femme à la vie publique.
Par ailleurs, il a été constaté que les élus communaux qui ont une expérience associative sont
plus ouverts que les autres à la collaboration et à la coopération avec les associations.
Les recommandations sont les suivantes :

 Encourager les femmes à s’engager dans le travail associatif.

 Les associations devraient engager des relations de confiances avec les familles
pour améliorer la participation des filles et des femmes.

 Recommander une expérience associative pour les élus communaux.

 Les associations porteuses du projet de la modernité et de la démocratie


devraient assurer une formation et un encadrement aux membres d’autres
associations.

 Encourager la formation de réseaux d’associations.

 Encourager les associations à faire profiter les partis politiques, les communes, le
parlement et l’administration publique de leur expérience en matière de
participation des femmes.

 Au niveau des communes, multiplier les associations et leur donner des locaux.

L’importance des associations dans la participation des femmes à la vie publique n’est
évoquée que par les hommes et les femmes issus du milieu associatif. Il est vrai que le
mouvement associatif est relativement récent, mais il occupe déjà les avant-postes dans
certaines questions sociales, dont la participation des femmes. En effet, le mouvement des
femmes a été impulsé par des militantes politiques qui ont fondé des associations féminines
pour échapper aux carcans des partis politiques.

106
4.2.3.3. Tenir compte des femmes…
Un des plus grands obstacles à la participation des femmes à la vie publique est constitué par
les tâches domestiques et familiales dont s’occupent les femmes. Ces responsabilités laissent
difficilement du temps et de l’énergie aux femmes pour qu’elles puissent se consacrer à des
activités publiques. De plus, ces responsabilités sont incompatibles avec certaines habitudes
du monde politique, comme les horaires des réunions, qui ont été forgées au cours des siècles
où la vie publique était exclusivement réservée aux hommes.

Les recommandations sont les suivantes :

 Mettre en place des services et des équipements qui déchargent les femmes de
certaines de leurs obligations familiales et domestiques.

 La programmation, la conception et la réalisation des équipements doivent être


soumises à l’approche genre.

 Donner des postes de responsabilité aux femmes élues dans les communes pour
qu’elles aident à la programmation d’équipements qui déchargent les femmes de
certaines de leurs obligations familiales et domestiques.

 Les horaires des réunions doivent tenir compte de la spécificité des femmes,
notamment les mères de famille.

Les mesures en rapport avec la réalisation d’équipements et de services qui allègent les
tâches domestiques et familiales des femmes et avec l’aménagement des horaires des réunions
qui ne soient pas trop contraignants pour les mères de familles, sont préconisées uniquement
par des femmes. Aucun homme parmi tous les hommes interviewés n’évoque de telles
mesures. Par ailleurs, les femmes des partis politiques et des communes semblent souffrir
plus que les femmes des associations des horaires des réunions. Le monde associatif semble
tenir compte de la contrainte des horaires des réunions pour les femmes.

4.2.3.4. Coordonner entre femmes appartenant aux différents partis…


Les femmes des partis politiques gagneraient à collaborer pour pousser leurs partis respectifs
à accorder plus de moyens aux femmes pour participer à la vie publique. La collaboration
entre les femmes militantes de partis, parfois, opposés ne manquera pas de créer des mœurs
inhabituelles dans le monde politique. Les recommandations qui vont dans ce sens sont les
suivantes :

 Créer une coordination entre les femmes des différents partis politiques.

 Les femmes des partis ne doivent pas s’exclure mutuellement. Elles doivent
collaborer.

Ces recommandations n’émanent pas uniquement de militantes de partis politiques, mais


aussi de militantes d’associations féminines. Ces dernières, militantes de partis ou ayant eu
une expérience partisane, savent que les partis, dominés par les hommes, pratiquent souvent
la concurrence et l’affrontement, empêchant de ce fait la collaboration entre leurs militantes.

107
5. Profils, parcours et expériences de femmes au
niveau communal

Dans ce chapitre, l’étude s’intéresse à l’expérience de femmes qui participent effectivement à


des conseils communaux à travers des entretiens réalisés avec quatre femmes présentant des
profils et des expériences différentes mais qui se croisent en partie. Deux présidentes de
communes, l’une préside une commune urbaine (Essaouira) et l’autre préside une petite
commune rurale (Sfassif). Deux conseillères communales, l’une est en même temps députée
et médecin dans une commune rurale (Arbaoua) et l’autre est pharmacienne, contrainte, avec
son groupe, d’être dans l’opposition au sein du conseil communal (El Jadida).

L’étude s’est attachée d’abord à cerner les profils et les parcours de femmes qui font partie de
conseils communaux, dont deux occupent, fait rarissime au Maroc, le siège de présidente de
conseil. Leurs formations, leurs expériences professionnelles, leurs situations familiales et
leurs parcours politiques. L’étude de ces quatre profils et parcours permet d’éclairer les
différentes expériences vécues et les différentes opinions émises au cours des entretiens.

Sans revenir sur les thèmes abordés dans les précédents chapitres, l’étude a cherché à
recueillir les expériences et les opinions de femmes, actives au niveau communal, relatives à
quatre thèmes majeurs de la problématique de la participation de la femme à la vie publique
au Maroc.

Le premier thème est celui de la compatibilité entre vie politique et vie familiale. Est-ce un
vrai ou un faux problème ? Que recouvre en réalité la question de la compatibilité ? Les
opinions et les attitudes de femmes qui ont un relatif long parcours de vie publique, toutes
mariées et ayant des enfants de surcroît, sont édifiantes pour toute action qui vise à
encourager les femmes à participer à la vie communale.

Quel est l’apport des femmes à la vie communale constitue le deuxième thème abordé. Que
pensent ces femmes de l’opinion qui dit que les systèmes ou les instances qui font davantage
appel aux femmes sont plus dynamiques et plus créatifs, moins sclérosés ? Qu’ont-elles
entrepris en faveur des femmes ? Ont-elle promu l’approche genre ? Les réponses à ces
questions montrent dans quelle mesure la présence des femmes au sein des conseils
communaux est nécessaire pour la promotion sociale de la femme au Maroc.

Le troisième thème est celui de l’acceptation des femmes membres de conseils communaux,
notamment celles qui les président, par leur entourage masculin. Les femmes sont-elles
acceptées ? Quels sont les facteurs qui facilitent l’acceptation des femmes au niveau
communal par les hommes ? Quels sont les motifs de la non-acceptation ? Les entretiens
montrent que les résistances proviennent, non de la société marocaine, mais surtout des
hommes qui font de la politique.

Le dernier thème est consacré à ce qu’il faudrait faire pour surmonter les obstacles à venir à la
participation de la femme, notamment au niveau communal. Si toutes les femmes sont
unanimes pour souligner le rôle des partis politiques, leurs propositions, par contre, diffèrent
en fonction de leurs profils, leurs parcours et leurs expériences actuelles.

108
5.1 Profils et parcours
Bien que chacune se singularise par son profil, sa formation et son parcours, les quatre
femmes ont deux traits en commun : elles sont diplômées du supérieur et elles bénéficient de
l’accord et de l’appui de leur maris pour leur engagement politique.

5.1.1 Essaouira
La présidente de la commune d’Essaouira appartient à une famille aisée, elle est vice-
présidente exécutive du groupe d’entreprises qui appartiennent à sa famille ; elle s’occupe
d’hôtellerie, de tourisme et de distribution moderne. Elle est mariée et mère de trois enfants.
Son conseil communal regroupe onze partis politiques. Après des études à Paris puis à
Oxford, elle est rentrée au Maroc pour travailler au sein du groupe familial. Son père faisait
de la politique et la maison paternelle était le lieu de rassemblements politiques. « Mon père
faisait de la politique. Très jeune, je voyais des rassemblements dans notre maison. Je me suis
intéressée très tôt à la politique du Maroc et à la politique internationale. »
Elle bénéficie de l’appui total de son mari. « (mon mari) me dit… ce sont des jeunes femmes
comme toi qu’il faut dans ce pays. Il est vrai qu’il a été derrière moi jusqu’à aujourd’hui.
C’est grâce à son soutien que je me suis investie dans la politique, parce que c’est très
difficile pour moi de gérer une famille, des enfants qui étudient dans une autre ville, au
moment où je suis élue dans une autre ville. Il y a énormément de contraintes, mais mon mari
était le premier à me pousser vers la politique. »
Après une expérience dans le travail associatif, elle a pris la décision de s’investir en
politique. « c'est vrai que j’avais un pouvoir à mon niveau dans l’associatif, mais en étant
impliquée dans la politique, j’avais un pouvoir plus large que je pouvais utiliser pour
travailler l’intérêt général »
Son idée première était de se présenter aux élections législatives. « C’est en 2002 que j’ai
décidé de me présenter aux élections. Je pensais me présenter aux élections législatives.
Finalement, je me suis présentée aux élections municipales en 2003 ».
Elle attribue son engagement dans l’action communale à sa propension à servir les autres.
« Moi, je suis faite pour le social. La politique c’est le fait de pouvoir se mettre à l’écoute.
Moi, j’aime bien écouter les gens. J’ai cette passion. J’aime travailler pour les autres. J’aime
rendre un sourire à quelqu’un. C’est tout ce que j’ai appris à la maison. C’est tendre la main
à autrui. Donc ce que je fais à ESSAOUIRA, c’est surtout ça, c’est des petites choses banales
pour moi. Aider les gens à proximité. »

5.1.2 Sfassif
La présidente de la commune de Sfassif est avocate à Rabat, elle est aussi diplômée
d’économie. Elle est mariée et mère de trois enfants.
Elle appartient à une famille qui comprend un ancien ministre et plusieurs parlementaires et
élus communaux. Mais elle est la première femme de sa famille à s’engager en politique. Elle
a eu donc à lutter pour convaincre. « Effectivement, au début il y avait une hésitation dans ma
famille, surtout que je me suis présentée contre un individu connu pour son pouvoir matériel
et financier. Mais je les ai convaincus de la nécessité et de l’importance de ma participation
car elle permettra d’encadrer la population et de clarifier que la présidence est un droit pour
la femme comme pour l’homme. »

109
Quand elle s’est présentée aux élections communales de 2003, elle était décidée à briguer la
présidence du conseil communal. « J’étais convaincue que le rôle de conseillère communal
n’allait pas me permettre d’œuvrer pour le changement et de prendre l’initiative pour le
développement de la région. Pour le faire, il me fallait prendre la présidence du conseil. C’est
ainsi que je me suis mobilisée avec la population pour que je sois la première femme
présidente d’une commune au Maroc, celle de Sfassif, qui est une petite commune rurale. »
Avant de devenir avocate, elle a travaillé dans le secteur associatif, où elle a acquis une
expérience dans les études et les projets de développement.
Elle considère que ses atouts résident dans le fait qu’elle s’est présentée à la présidence du
conseil à la demande des militants associatifs, des jeunes et des femmes de Sfassif et dans le
fait qu’elle est dynamique et que, « comme présidente de la commune (elle) tape à toutes les
portes pour apporter les appuis et les ressources financières. »
Deux facteurs ont constitué un stimulant pour elle. D’une part, « il n’y a aucune femme de ma
famille qui est entrée en politique, ce qui m’a stimulée davantage pour m’y mettre moi-
même. », et d’autre part, «la confiance que les gens avait en moi et leur foi en le changement
ont constitué un très fort stimulant pour moi. »

5.1.3 Arbaoua
La conseillère à la commune de Arbaoua est médecin, elle est aussi députée. Elle est mariée et
mère de deux enfants.
Elle est originaire de Arbaoua. Elle est la cadette d’une famille de dix enfants. Elle appartient
à la première génération de filles qui ont été à l’école. Sa sœur aînée n’a pas été scolarisée.
Elle bénéficie de l’appui des notables de sa tribu. Déjà en 1978, avant même qu’elle ne
termine ses études de médecine, ces derniers ont demandé à son père de l’encourager à entrer
en politique. Et en 1994, « Les notables se sont réunis et ils sont allés voir mon concurrent
pour lui demander de se retirer puisqu’il n’a rien fait au cours de son mandat et de me laisser
accéder à la responsabilité. Ils l’ont informé que j’étais médecin et que je pouvais intervenir
à tous les niveaux. » Il faut ajouter qu’elle appartient à une famille maraboutique et ses
ancêtres soignaient les fractures osseuses.
Bien qu’elle soit la seule et la première à faire de la politique dans sa famille et que la plupart
de ses frères vivent à l’étranger, elle bénéficie de l’appui de sa famille. « au cours des
campagnes électorales, la famille m’aide beaucoup notamment en recevant les citoyens et en
préparant à manger. » De plus elle est appuyée par son mari. « il y a aussi mon mari qui est
mon compagnon dans l’action politique. Nous nous sommes rencontrés en politique en 1992,
aussi est-il toujours présent avec moi, notamment au cours des campagnes pour les élections
législatives, où il joue le rôle de garde du corps ».
Elle a suivi un ensemble de formations dans le secteur associatif. Son action au niveau
associatif en faveur de Arbaoua, lui a confirmé le soutien de la tribu et lui a ouvert les portes
du mandat parlementaire. « Après m’être distinguée dans le travail associatif, les partis
politiques se sont mis à me chercher pour me donner leur investiture, leur appui, comme cela
est arrivé avec le PND. »
Sans nier le rôle de l’appui de sa tribu et de sa famille, qui lui a permis de construire
progressivement une base politique solide, elle attribue sa réussite en tant que parlementaire et
conseillère communale à son effort et à son style d’action. « En fait ce qui m’a aidé c’est mon
travail, mon effort, ma présence dans la région, mon ouverture sur les citoyens et le fait que
je sois à leur écoute dans tous les cas. Donc ce qui m’a soutenue c’est la politique de
proximité réelle que j’ai adoptée avec les citoyens. »

110
5.1.4 El-Jadida

La conseillère de El Jadida est pharmacienne. Elle a participé à plusieurs cycles de formation


dans le secteur associatif, notamment ceux organisés par l’association ANNAKHIL à
Marrakech à l’intention de conseillères communales. Elle est divorcée et mère d’un enfant.

Etudiante, elle était militante à l’UNEM. Pharmacienne, elle s’est engagée dans l’action
syndicale. Son engagement dans l’action syndicale l’a amené à l’action politique. « Le travail
syndical à propos du projet de loi concernant les pharmaciens m’a montré qu’il fallait être
dans un parti politique pour pouvoir agir efficacement. Alors, c’est là où j’ai vraiment adhéré
au parti (USFP). C’était en fait en 1997 ici au niveau local. »

Elle appartient à une famille dont les membres ne sont pas impliqués en politique. Par contre
son mari l’a beaucoup aidée. « mon ex-mari participait à la politique. Il était quelqu’un de
très actif et il m’a beaucoup aidée mais malheureusement nous venons de divorcer, mais ça
n’a rien à voir avec l’action politique. Je le remercie parce qu’il m’a aidée et il m’a facilité la
tâche.». Par ailleurs, elle trouve un appui auprès de ses amis. « Je peux dire d’ailleurs que
c’est l’encouragement des amis qui m’a permis de tenir jusqu’à maintenant. Par exemple, la
semaine dernière j’avais un grand problème avec les gens de notre parti et ce sont les amis
qui m’ont aidée à le résoudre. »

En 2002, il lui a été proposé de prendre part aux élections communales. « En 2002, ce sont les
membres du parti, ici au niveau local, qui m’ont contactée pour entrer dans le travail
communal. C’était une proposition qui venait de moi mais qui venait aussi du parti. Je me
suis dit pourquoi pas être dans le bain. »

La conseillère communale de Al-Jadida , en tant que femme, rencontre des difficultés au sein
du parti. «Je peux dire déjà au niveau du parti politique qu’il y a d’énormes difficultés. C'est-
à-dire qu’il y a presque une absence d’engagement et d’encadrement. Le contact est un peu
difficile. L’échange est un peu difficile, même si au début ça se passait bien, mais une fois
dans le bain, une fois que j’ai commencé à m’imposer et imposer mon point de vue, les
problèmes ont commencé… »

Par ailleurs, elle était, avec son groupe, dans l’opposition au sein du conseil communal. Elle
rencontre là aussi des problèmes en tant que femme. « Bon, j’avais d’énormes problèmes avec
le président parce que en plus j’étais la seule femme au conseil, on est 35 (34 hommes et
moi-même). Je suis arrivée avec le président jusqu’au tribunal parce qu’il m’a manqué de
respect à plusieurs reprises dans les réunions. »

Devant tant de difficultés, elle résiste. « Je peux dire ma personnalité un peu, mon
indépendance surtout que je suis une femme très engagée. Quand, j’ai quelque chose, je
m’engage à fond et jusqu’au bout, jusqu’à la réalisation de quelque chose. Je donne
beaucoup d’énergie. Malheureusement parfois beaucoup d’énergie sans résultats. C’est ça

111
mon atout principal et puis mon expérience au niveau du syndicat régional. cela m’a rendue
robuste.

5.2 Compatibilité entre vie politique et vie familiale


La question de l’incompatibilité entre vie familiale et vie politique est souvent évoquée aussi
bien par les hommes que par les femmes pour expliquer la faible présence des femmes dans la
vie publique. De ce fait, il est intéressant de savoir ce qu’en pensent des femmes qui sont
réellement engagées dans la vie communale et quelles solutions pratiquent-elles pour rendre
compatibles leur responsabilité familiale et leur action politique.
Unanimement, les quatre femmes déclarent qu’il n’y a pas d’incompatibilité entre la vie
familiale et la vie politique. Il y a certes des difficultés mais pas d’incompatibilité. Cependant,
les femmes qui s’investissent en politique sont astreintes à des efforts et des sacrifices plus
importants que ceux de leurs collègues hommes.

Le problème de la compatibilité de la vie politique et de la vie familiale est,


à mon avis, un faux problème. Les femmes le résolvent au détriment de leur
repos… Personnellement je trouve un problème dans la programmation.
Par exemple quand j’ai une réunion du parti ou autre, cela se fait au
détriment de mon repos ; je dois donc retarder mon sommeil ou me
réveiller plus tôt pour pouvoir accomplir tous mes devoirs. (Arbaoua)

L’action politique est un choix aussi bien pour l’homme que pour la
femme. Ce choix vous pousse à en accepter les conséquences. Le choix de
l’action politique de la part de la femme lui impose de sacrifier de son
temps et de son énergie. (Sfassif)

Les difficultés sont plus grandes pour la femme que pour l’homme, mail il
n’y a pas d’incompatibilité (El-Jadida)

Les solutions résident dans le recours à d’aides salariées ou internes à la famille. Il y a même
celle qui fait participer ses enfants à ses activités communales pour ne pas les séparer d’elle.

Il est vrai que la femme qui a une responsabilité politique a besoin de


l’aide d’une employée, d’une mère ou grand-mère et même de l’aide du
mari pour qu’il y ait un équilibre dans le foyer. (Arbaoua)

Quand je représente la ville dans les occasions officielles, mes enfants sont
avec moi ; peut-être je bouscule un peu le protocole… Quand je suis
invitée le soir à des réceptions, les enfants m’accompagnent. Aussi on est
tout le temps ensembles. (Essaouira)

112
5.3 L’apport des femmes

L’étude a cherché à voir si les femmes ont un apport particulier quand elles participent à la vie
communale.
Il est à noter l’accord unanime sur l’opinion qui dit que les systèmes ou les instances qui font
davantage appel aux femmes sont plus dynamiques et plus créatifs, moins sclérosés ?

Je dirai que la femme est très dynamique et je dirai aussi qu’elle est très
crédible. La majorité des femmes sont crédibles.
…parce que la femme n’osera pas voler, c’est très rare. (Essaouira)

C’est vrai. Cela est du au fait que la femme cherche l’efficacité et ne se


contente pas de gagner de l’argent. La femme se livre toujours à
l’autoévaluation de son travail. (Sfassif)

Je suis sûre que la femme accomplit son travail en temps et en lieu


appropriés. C’est pour cela que les entreprises gérées par des femmes sont
créatives et donnent de meilleurs résultats. (Arbaoua)

D’ailleurs lorsqu’on voit une entreprise ou un service géré par une femme,
on voit la différence. (El-Jadida)

L’approche genre

L’expérience montre que les femmes tentent toujours d’introduire l’approche genre, même
lorsque le reste du conseil est hostile. Tenir compte des filles lors de l’établissement d’une
maison de l’étudiant ou encourager les activités créatrices de revenus pour les femmes et
lutter contre l’analphabétisme chez les femmes, sont parmi les actions que la présence de
femme au sein des conseils communaux rend possible.

Par exemple, dans la maison de l’étudiant, que nous avons créée, nous
avons tenu compte des garçons et des filles, elle accueille les deux sexes.
Certaines filles ne peuvent pas aller à l’école à cause de son éloignement.
Aussi l’édification de la maison de l’étudiant destinée aux deux sexes est
une action d’intégration du genre (Sfassif)

A travers l’association « Lalla Fatima Sabihia » que j’ai créée dans la


commune et dont le but est de lutter contre la pauvreté, je contribue à
intégrer l’approche genre et d’aider les femmes au sein de la commune. Et
ceci à travers l’encouragement des activités créatrices de revenus pour les
femmes villageoises, la lutte contre l’analphabétisme, l’encouragement de
la fille rurale à se scolariser ; nous avons à ce titre créé une école dans
notre douar, une école modèle qui comprend une cantine scolaire, l’eau
potable et une salle pour les enseignants. Nous avons implanté une
maternité et nous avons acheté une ambulance. (Arbaoua)

113
La conseillère de El-Jadida, appartenant à l’opposition, a réussi organiser un atelier de
formation en approche genre à l’intention des fonctionnaires, et ceci en dépit des sarcasmes
émis par le président lorsqu’elle a évoqué l’intérêt de cette approche au sein du conseil.

« …une fois au cours de la discussion des budgets au niveau du conseil,


j’ai voulu donner une explication sur l’approche genre alors le président a
commencé à rigoler et à rire, mais j’ai insisté et j’ai dis essayez au moins
de comprendre qu’est ce que l’approche genre veut dire. » (El-Jadida)

De même, elle a essayé de promouvoir les idées développées dans l’INDH au niveau de la
commission culturelle.

Par ailleurs, les deux femmes des deux communes rurales ont engagé des actions qui ont été
négligées par les hommes. L’une a relancé un festival portant le nom d’une femme après 23
ans d’éclipse, et l’autre a fait aménager des lavoirs sur l’oued pour les femmes.

Par exemple la tenue d’un festival culturel hippique qui portait le nom
d’une femme et qui ne s’est pas tenu durant 23 ans. Cette femme a appris
aux femmes et aux hommes l’art du tapis.(Sfassif)

Par exemple, dans la campagne les femmes lavent le linge dans l’oued.
Après des consultations, nous avons programmé 40 mille dirham pour
aménager des lavoirs sur l’oued. (Arbaoua)

Lorsqu’une femme entreprend une action nouvelle, par exemple le recours à l’approche
participative ou l’évaluation du travail des fonctionnaires pour améliorer la qualité du service,
il semble qu’il y a une tendance à attribuer cette action nouvelle à la féminité de sa
promotrice. Rien ne prouve qu’un homme n’aurait pas pris la même initiative. Comme, par
exemple, s’opposer à des comportements autoritaires d’un président d’un conseil communal.
Le fait d’attribuer ces initiatives à la féminité de leurs promotrices procède d’un préjugé
positif ou négatif. Préjugé positif : les femmes sont plus capables que les hommes. Préjugé
négatif : l’initiative est mise sur le compte d’une attitude revancharde d’une femme qui abuse
de son pouvoir.

Dans le milieu rural je me suis heurtée à ce problème, du fait que les


fonctionnaires ne sont pas habitués à l’évaluation de leur travail ; ils
considèrent cela comme une exagération de la part d’une femme, la
présidente de la commune, qui est intéressée avant toute chose à la qualité
du service (Sfassif)

…personne n’avait au paravent sollicité l’avis de la population, comme je


le fais. De sorte qu’un projet est toujours adopté collectivement et devant
tout le monde. La transparence et la discussion des affaires avec les
gens…(Arbaoua)

114
Les gens disent que cette femme a pu changer les choses au moins par son
discours et elle a pu dire des choses au président que les hommes n’ont pas
pu dire (El-Jadida)

5.4 L’acceptation par l’entourage masculin

L’apparition des femmes dans le monde communal marocain est tout à fait récente et demeure
encore très timide. Aussi est-il important de connaître quels sont les facteurs d’acceptation des
femmes par leurs collègues hommes dans les conseils communaux, notamment celles qui ont
eu à présider ces conseils. Les deux présidentes interviewées ont introduit la consultation au
sein de conseils qui en étaient privés. Donner à tous les conseillers la possibilité d’exprimer
leur point de vue, consulter le conseil sur toutes les décisions à prendre, autant de pratiques
démocratiques qui favorisent l’acceptation du leadership des femmes par l’entourage
masculin.

Dans le conseil il y a des membres qui ont fait partie des conseils
précédents ; avec moi, ils ont senti un changement dans le travail, le
rendement et la méthode de fonctionner. Le président précédent ne
consultait avec eux sur aucun sujet, il ne leur demandait même pas leur
avis. (Sfassif)

C’est une force. La façon de faire, la façon de réfléchir, de fédérer aussi,


parce que ce n’est pas donné à tout le monde, la patience. Quand nous
somme dans une session et il y a une personne qui veut parler, je la laisse
parler, je ne vais pas me permettre de la juger, je la laisse parler
(Essaouira)

Par ailleurs, après un long parcours politique ou une action syndicale probante, la femme
acquiert la capacité et les compétences qui imposent sa présence même dans un monde
exclusivement masculin.

« …de par mon parcours politique, j’ai acquis une capacité à affronter les
défis et à mettre les autres conseillers hommes de mon côté et je suis
devenue leur référence. » (Arbaoua)

Ils n’ont pas seulement accepté mais ce sont eux qui m’ont proposé et j’ai
leur ai dis : oui, je suis prête, je suis capable… etc.
Je pense que ma crédibilité vient du travail que j’ai accompli au niveau du
syndicat. (El-Jadida)

Cependant, la société marocaine a évolué et dans certains milieux sociaux la présence de la


femme dans la vie publique fait partie de l’ordre des choses. Ainsi en est-il dans une ville
comme Essaouira où la présidente de la commune ne rencontre aucun rejet de la part de son
entourage masculin.

Je crois qu’Essaouira est une ville qui était déjà très ouverte, Essaouira est
une particularité. Elle n’a jamais été fermée. Donc ce problème

115
d’acceptation d’une femme comme leader ne se pose pas. Quand je me suis
présentée aux élections, ça n’a choqué personne, c’était normal.
(Essaouira)

La non acceptation vient de l’homme politique

En fait, l’opposition à la présence des femmes dans la vie communale est manifestée par
certains hommes politiques qui voient en elles des concurrentes. Cette opposition prend des
formes explicites, par contre il y a un rejet de la femme plus pernicieux. Il émane des hommes
politiques qui veulent d’une présence figurative de la femme, et de ce fait, ils s’opposent à
une présence effective et active des femmes.

Pour le conseil en général, je n’ai aucun problème. Le seul problème dont


je souffre vient de la part de celui qui était mon concurrent pour le siège de
président du conseil. (Sfassif)

Mais il s’est avéré qu’il y avait un petit groupe qui voulait une femme pour
la décoration. Moi je refuse. Moi, si j’ai une opinion, je le dis. S’il y a des
choses à discuter, s’il y a des choses à corriger, je suis prête. Je veux
apprendre, je veux corriger…Il y a ceux qui me soutiennent, mais il y a
ceux qui voudraient que je parte. (El-Jadida)

5.5 Que faut-il faire pour améliorer la participation de la


femme
Les femmes interviewées sont des femmes qui ont fait le parcours nécessaire pour accéder
aux conseils communaux et même à la présidence de ces conseils. A partir de leurs
expériences réussies, elles sont à même de comprendre ce qui freine la participation de la
femme à la vie publique en général et à la vie communale en particulier, comme elles ont des
idées précises de ce qu’il faudrait faire pour surmonter les obstacles à venir.

5.5.1 Pour remédier aux déficits de la représentation féminine


A l’unanimité les femmes considèrent que les partis politiques peuvent et doivent jouer le rôle
le plus important pour mettre fin au déficit de la participation des femmes à la vie publique.

J’ai une seule recommandation à faire ; que les partis politiques appuient
les candidatures de femmes en grand nombre. Les autres choses viendront
avec le temps. (Arbaoua)

Les partis politiques disposent d’une panoplie de mesures pour aider les femmes à participer :
nommer des femmes aux postes de responsabilité, leur donner les premières places dans les
listes électorales, viser la parité.

Il faudrait que les partis puissent tout changer. Changer la façon de faire,
il faut que les femmes soient dans les listes nationales, et il faut que la
femme soit aussi en première position, en tête de la liste (Essaouira)

116
Il faut insister sur le fait que le droit de la femme à se porter candidate est
un droit garanti par la constitution… Les partis devraient renforcer la
participation des femmes… ils devraient nommer les femmes à tous les
postes… pour que la femme apparaisse comme une personne responsable,
qui a des diplômes universitaires, qui est une intellectuelle, et non pas
seulement la femme mère, épouse et maîtresse de foyer. (Sfassif)

Il faut utiliser le quota au niveau communal et au niveau législatif en


attendant la parité. Il faut instituer la notion du quota. Si elle n’est pas
instituée on n’aura rien (El-Jadida)

. Donc, moi je dis que le plus grand travail à faire c’est au niveau des
partis politiques. (El-Jadida)

Il est certain que le rôle des partis politiques est déterminant, mais les femmes n’omettent pas
le rôle des médias et de la société civile.

Premièrement les médias doivent rectifier l’image de la femme, étant


donné qu’ils touchent toutes les catégories sociales (Sfassif)

C’est aussi le rôle des médias, qui touchent tous les foyers. Leurs messages
touchent facilement les gens. Il leur faudra changer cette image de la
femme et la présenter comme détentrice de capacités et de compétences.
Cela aidera au changement des mentalités. (Arbaoua)

Bien sur, il faut encourager la société civile. La société civile doit bouger,
doit faire valoriser les femmes. Je ne parle pas seulement au niveau des
associations de femmes mais toutes associations confondues. Les
associations doivent valoriser les femmes, encourager la participation de
la femme. (El-Jadida)

5.5.2 Que faut-il faire au niveau communal ?


La participation des femmes à la vie communale passe aussi par les partis politiques. Il est
clair, pour les femmes interviewées, que seule une décision de la part des partis politiques
peut entraîner une participation substantielle des femmes à la vie communale.

Puisqu’on ne peut pas accéder aux communes sans passer par les partis
politiques, c’est au niveau des partis que le grand travail doit être fait. (El-
Jadida)

Oui, au niveau communal, il n y’a rien que nous puisions faire, ce n’est
pas au niveau communal qu’il faut faire mais au niveau des partis
politiques. (Essaouira)

Puis, il y a les partis politiques qui doivent encourager les femmes,


particulièrement dans les élections communales. Ils doivent ouvrir ce

117
champ aux femmes pour qu’il y ait une réelle participation des femmes.
(Sfassif)

Cependant, les autres mesures préconisées pour une plus grande participation des femmes à la
vie communale dépendent directement de l’expérience particulière de chacune des femmes
interviewées.

Dans les communes rurales, le scrutin uninominal semble handicaper les femmes. Il est plus
facile pour une femme, en milieu rural, de réussir à entrer dans un conseil communal après un
scrutin de liste qu’après un scrutin uninominal. Or les communes rurales sont soumises au
scrutin uninominal. Ainsi, la présidente de Sfassif recommande-t-elle l’adoption du scrutin de
liste.

Enfin, je voudrais dire que le scrutin de liste doit remplacer le scrutin


uninominal pour permettre l’émergence de conseil cohérent et accordé,
capable de faire face aux individus analphabètes qui essaient d’entraver le
changement et la réalisation des projets adéquats. (Sfassif)

La conseillère de la commune de El-Jadida, militante syndicale et membre de l’USFP, qui a


suivi plusieurs formation à l’approche genre et qui a tenté de l’appliquer en dépit de
l’opposition du président du conseil, recommande le recours à l’approche genre comme
moyen efficace pour la participation des femmes à la vie communale.

Il faut ‘genderiser’ plusieurs choses, entre autres les budgets au niveau de


la ville.
Dans les budgets, il faut instaurer cette approche genre ; par exemple dans
la municipalité d’El Jadida on a un seul club féminin. Il n’ y a pas de
cadres pour la femme. Il n’y a pas d’espace publique pour la femme. A six
heures du soir la femme devrait rentrer chez elle (El-Jadida)

Enfin, celle qui est issue d’un famille rurale et maraboutique, députée et médecin de la santé
publique, la conseillère communale de Arbaoua, recommande le réalisme qui consiste à ne
pas viser l’égalité immédiatement, car cela ne peut que heurter la réalité et renforcer les forces
qui s’opposent à la participation des femmes.

Par principe je ne crois pas à l’égalité parce que ce n’est pas réaliste. La
mentalité de l’homme marocain, qu’on le veuille ou non, n’intègre pas
l’égalité. Que cet homme occupe le statut de père, de mari, de frère, de
collègue de travail ou au parlement ou à la commune. Nous vivons encore
dans une société violente, analphabète et machiste. Il ne faut donc pas
courir après ce qui ne peut pas être mis en pratique dans la réalité vécue.
(Arbaoua)

118
5.5.3 Que faut-il faire pour que les femmes surmontent les
obstacles à venir
Quelle stratégie pour le futur ? Sur cette question, les quatre femmes ont des réponses
différentes liées à leurs parcours et expériences personnelles.

La femme gestionnaire d’entreprise et présidente d’une commune touristique pense que les
mesures qui peuvent favoriser la participation des femmes ne peuvent émaner que d’en haut,
‘une volonté royale’ comme celle qui a accompagné la réforme de la moudawana. Elle pense
que l’effet médiatique est important. Il faudrait que l’on visibilise les femmes qui jouent un
rôle politique.

La volonté royale de promotion de la femme, exprimée notamment par la


réforme de la moudawana, doit être suivie par une autre poussée. Avec 34
parlementaires seulement, la présence de la femme demeure symbolique.
Par ailleurs, je suis contre le quota. Je pense que c’est antidémocratique.
(Essaouira)
Il faut qu’elles parlent entre elles et qu’elles fassent parler d’elles. Les
médias marocains n’ont parlé de moi, en tant que première femme maire,
que deux ans après l’évènement et à la suite d’un article sur moi paru dans
un média international.. (Essaouira)

La présidente de la commune de Sfassif, issue d’une famille dont les membres masculins font
de la politique, a voulu être la première femme des sa famille à entrer en politique, et , pour ce
faire, a voulu être présidente d’une commune. A partir de sa propre expérience, elle pense
qu’il revient aux femmes de relever le défi et d’exercer leur volonté.

Il faut que les femmes participent et qu’elles participent, au côté des


hommes, à la construction de cette société. (Sfassif)

Il faut qu’elles relèvent le défi, qu’elles aient le souffle long, qu’elles aient
de la volonté et de la confiance en elles-mêmes. (Sfassif)

La femme, issue du terroir, qui est devenue médecin puis député et qui est soutenue par sa
tribu recommande l’adoption de la voie progressive. Encourager les femmes au travail
professionnel et associatif, ce qui constituera un appui à leur indépendance et leur permettra
de montrer leurs capacités. Parallèlement, il faudrait que les partis politiques adoptent une
politique d’encouragement des femmes, notamment à la participation à la vie communale.

De façon progressive les femmes peuvent arriver au sommet de l’Etat,


comme dans les pays scandinaves, mais il faudrait que les partis politiques
adoptent une politique d’encouragement de la femme, comme ils adoptent
une politique d’éducation ou d’approvisionnement en eau. L’action
communale est très importante, il faut l’ouvrir aux femmes. Ces dernières

119
peuvent utiliser les compétences acquises dans la gestion de leurs foyers
pour gérer les activités communales et protéger les finances publiques. Ce
qui profitera aux jeunes générations et aux générations à venir. (Arbaoua)

La vie politique et associative et la carrière professionnelle forment le plus


grand appui à l’indépendance de la femme parce qu’elles développent
leurs capacités et fortifient leur conviction que les femmes jouent un rôle
positif et complémentaire à celui de l’homme. Ce dernier a échoué jusqu’à
présent parce qu’il a oublié que Dieu nous a créés pour être
complémentaires. (Arbaoua)

Enfin, la conseillère communale de El-Jadida, militante syndicaliste puis affiliée à l’USFP,


ayant suivi des formations sur l’approche genre et ayant été obligée de jouer l’opposante au
sein de son conseil communal, recommande des actions qui mobiliserait ‘tout le monde’ : la
société civile, les partis politiques, les femmes te les hommes. Elle recommande aussi de
sensibiliser les filles te les garçons à l’approche genre.

Bon, il faut mobiliser la société civile, les partis politique, les femmes et
tout le monde. Il faut que cette question soit l’affaire de tout le monde.
L’approche genre c’est une affaire d’hommes et de femmes. Donc je pense
que le chantier est très grand et ouvert et puis il faut beaucoup d’échanges.
(El-Jadida)

Bon, il faut les sensibiliser dès l’enfance. Il faut former les jeunes filles et
les jeunes garçons à l’approche genre. La femme doit être elle-même
consciente de sa valeur, de ce qu’elle peut faire et qu’elle n’est pas
inférieure à l’homme. Il faut une justice sociale dans ce sens. (El-Jadida)

120
Conclusion : Pour une présence équitable des
femmes dans les institutions municipales.
Ces dix dernières années, le Maroc a fait de grands pas vers la démocratisation de la vie
politique et vers la promotion de la condition et du statut de la femme dans la famille et la
société.

Des réformes de grande envergure ont été entreprises pour réduire les écarts hommes-femmes
dans les différents domaines, économique, social et politique.

Cependant, ces diverses réformes ne ses sont pas traduites par une amélioration notable de la
représentation des femmes dans les instances communales et par une meilleure prise en
compte de leurs besoins et de leurs intérêts. Les élues sont encore très minoritaires dans les
conseils municipaux et l’introduction de la dimension du genre dans la planification et la
budgétisation communale en est à peine à ces premiers balbutiements, dans un nombre
restreint de communes.

En perspective des prochaines grandes échéances électorales et notamment des élections


locales en 2009, un certain nombre d’actions d’envergure devraient pouvoir être envisagées
en vue de favoriser l’élection d’un plus grand nombre de femmes dans les structures
municipales et de garantir une démocratie paritaire sur le moyen et long terme. Parmi ces
actions deux types de mesures retiennent l’attention :

Premièrement, il y a des mesures générales qui doivent faire l’objet de politiques nationales. Il
s’agit d’une part de mesures à moyen et long terme, agissant sur les représentations et les
mentalités, via les agents de socialisation (famille, école et médias). Les plus importantes
parmi ces mesures sont l’éducation des enfants et des jeunes selon le principe de l’égalité des
sexes, le changement de l’image de la femme véhiculée par les programmes scolaires et les
médias, et la scolarisation des filles et l’alphabétisation des femmes analphabètes. Il s’agit
d’autre part, de mesures à court terme touchant le système politique et plus particulièrement le
système électoral lui-même, et visant à rendre plus facile, plus accessible l’exercice par les
femmes des responsabilités politiques.

Deuxièmement, il y a des mesures d’action positive en direction des femmes, c’est-à-dire des
mesures de rattrapage instituant un traitement préférentiel visant à établir une égalité de fait
entre les hommes et les femmes. Parmi ces mesures l’instauration d’un quota obligatoire à
l’échelon de responsabilité locale.

L’expérience des élections communales de 2003, -0,6%de femmes parmi les élus-, montre
que l’engagement moral des partis à faire participer les femmes ne suffit pas à vaincre les
obstacles à cette participation au niveau local. De plus, notre enquête a révélé que beaucoup
d’élus communaux expriment leur rejet du quota en prévision de son adoption éventuelle à
venir. Aussi est-il fortement recommandé de recourir à la législation et à l’incitation
financière des partis pour imposer le quota lors des élections communales de 2009.

Etant donné que le mouvement associatif est plus ouvert aux femmes que ne le sont les partis
politiques, des mesures devraient être prises pour inciter, encourager et faciliter les
candidatures SAP (sans appartenance politique) aux élections communales, permettant au

121
monde associatif, et notamment aux associations féminines, de participer massivement par la
candidature aux élections de 2009.

La réforme municipale en cours offre également une bonne occasion de réfléchir à la place des
femmes dans les institutions locales et régionales, ainsi qu’à la prise en considération de leurs
visions et de leurs intérêts. Au moment où le Maroc s’engage dans une modification en
profondeur des organisations municipales qui touchent une grande partie de la population
marocaine, il nous semble opportun qu’il énonce clairement cette valeur capitale qu’est l’accès
égal des femmes et des hommes dans ces nouvelles structures.

Il est sans doute trop tôt pour parier sur une représentation plus équitable des femmes dans les
sphères municipales après les prochaines élections communales. Pourtant, les chances pour les
marocains et les marocaines de parvenir à cet objectif, sont triples :

-Une présence substantielle –le tiers ?- des femmes aux conseils communaux constitue un
enjeu considérable aussi bien pour la démocratie au Maroc que pour la participation des
femmes à la vie publique. Un enjeu pour la démocratie, car l’enracinement de cette dernière
est d’abord une affaire locale. Un enjeu pour la participation des femmes, car l’intervention
des femmes au niveau local démontrera les capacités réelles des femmes, d’une part, et
entraînera la réalisation d’équipements et de services qui allègeront les tâches domestiques et
familiales, d’autre part.

-La présence de femmes compétentes aux postes de décision et de direction de


l’administration publique et des entreprises économiques contribue très fortement au
changement de l’image sociale de la femme.

-Les femmes représentent enfin, sinon un espoir de transformation du monde et de la politique,


du moins un signe de modernité et de « meilleure gouvernance » des affaires publiques. Il est
frappant de constater que dans le secteur privé, le taux de féminisation est devenu un indice de
modernité et de compétitivité, et qu’inversement les entreprises les moins performantes et plus
désuètes sont les plus misogynes.

122
Bibliographie

A.D.F.M. L’égalité entre les hommes et les femmes : point de vue de la


population marocaine. ADFM. 2004. 95 P.

A.D.F.M. Elections du 12 septembre 2003. Problématique de la


représentation féminin : les espoirs avortés. Centre pour le
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femmes entre islamisme et modernisme. 2002, Harmathan, 156
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Ziani Brahim Collection dirigée par le Centre d’Etudes et de Communication
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Documentation et d’Information sur la Femme. Tunis. 2000.
143 p.

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Direction Générales des Organisation de la région. Publication du Centre de


Collectivités Locales Documentation des Collectivités Locales. 2004. 42 p.
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(Maroc)

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Maroc in Meria, Volume 1, No. 1, Article 7 - Juillet 2006

FCM Une ville à la mesure des femmes : les rôles des municipalités
dans l’atteinte de l’égalité entre femmes et hommes. Fédération
Canadienne des Municipalités ; 2004. 52 p.

Janjar Mohamed-Sghir De l’usage équitable des politiques de discrimination positive à


propos de l’accès des femmes aux mandats électifs. ADFM
Casablanca. 2002. 26 p.

Laroussi Houda Entre bonne gouvernance et dirigisme des pouvoirs publics : les
dispositifs de la lutte contre la pauvreté urbaine à Douar Hicher.
Mémoire de DEA en Urbanisme. Ecile Nationale d’Architecture
et d’Urbanisme de Tunis. 1999-2000. 86 p.

Mouaqit M. et autres. Féminin Masculin : la marche vers l’égalité au Maroc, 1993-


2003. Friedrich Ebert Stiftung, Fès Maroc. 2004. 298 p.

123
Mouaqit M. et Darif M. Systèmes électoraux : quels mécanismes pour la promotion des
femmes ? ADFM. Juin 2003. 45 p.

USAID Projet de Gouvernance Locale (PGL) au Maroc : Plan de travail


préliminaire de la première année (juin 2005-mai 2006).
USAID-Morocco. Rabat, octobre 2005

124
Annexes

125
Annexe 1 : la population de personnes ressources interviewées

T1 : répartition des personnes interviewées selon la catégorie et le sexe

Hommes Femmes Ensemble


Elus communaux 13 04 17
Fonctionnaires communaux 10 13 23
Membres d’association (ONGs) 03 07 10
Membres de partis politiques 03 03 06
Universitaires 02 02 04
ensemble 31 29 60

T2 : répartition des élus interviewés selon la commune et le sexe

Elus communaux
Commune hommes femmes
Temara 2 2
Casablanca 2 2 4
Mohammedia 2 2 4
Nouaceur 1 1
Meknes 2 2
Errachidia 2 2
Kenitra 2 2
13 4 17

T2 : répartition des fonctionnaires interviewés selon la commune et le sexe

Fonctionnaires communaux
Commune hommes femmes
Temara 1 2 3
Casablanca 1 3 4
Mohammedia 2 2
Nouaceur 3 3 6
Meknes 1 3 4
Errachidia 1 1 2
Kenitra 1 1
10 12 22

126
Annexes 2 : informations statistiques

Evolution du nombre de candidates et du nombre des femmes élues au parlement

Dates des Nombre de Nombre des % de femmes


élections Candidates Elues élues

Juin 1977 8/908 0 0

Sept 1984 16/1366 0 0

Juin 1993 36/2042 2 0,66

Nov 1997 87/3319 2 0,66

Sept 2002 269/5865 (listes 5 10,77


Chambre locales) 30
représentants 697 listes nationales Total : 35 élues

La présence des femmes dans les institutions devrait-elle être plus importante ?20
Plus importante

Ensemble Masculin Féminin Citadin Rural


Dans les administrations 73,5 63,6 83,2 79,8 64,9
Dans les associations et les syndicats 70,2 61,7 78,5 76,4 61,8
Dans les partis politiques 58,8 51,1 66,4 63,3 52,7
Dans les conseils communaux 68,4 58,5 78,0 74,0 60,6
Au parlement 66,5 56,5 76,3 72,5 58,3
Au gouvernement 66,0 56,5 76,9 72,5 58,3

Moins importante

Ensemble Masculin Féminin Citadin Rural


Dans les administrations 17,5 29,8 5,6 14,9 21,1
Dans les associations et les syndicats 17,4 29,7 5,4 14,4 1,6
Dans les partis politiques 23,8 37,7 10,2 21,8 26,4
Dans les conseils communaux 20,7 33,9 7,8 18,4 23,9
Au parlement 22,2 35,7 9,1 20,0 25,3
Au gouvernement 22,9 37,1 8,9 20,6 26,0
Source : HCP, septembre 2OO6

20
Haut Commissariat au Plan en 2006: « La femme marocaine sous le regard de son environnement social »
ayant porté sur L’échantillon de l’enquête, composé de près de 3700 ménages.

127
Annexe 3 : Guides d’entretien

Versions française et arabe

1. Elu(e) communal(e)

2. Fonctionnaire communal(e)

3. Militant(e) d’association (ONG)

4. Militant(e) de parti politique

5. Universitaire

128
GUIDE D’ENTRETIEN
ELU(E)

Préambule
Notre étude vise à comprendre ce qui favorise et ce qui handicape la participation des
femmes à la vie communautaire.
Nous vous remercions d’avoir accepter de nous accorder cette interview. Nous sommes
persuadé que votre expérience et votre connaissance du sujet nous aideront à voir plus
clair.

QUESTIONS

1. Selon vous, quels sont les avantages et les inconvénients de la participation des
femmes à la gestion communautaire?
2. Y a-t-il une participation des femmes actuellement et quel est son niveau ?
3. Selon vous, quels sont, dans la situation actuelle, les facteurs qui handicapent
la participation des femmes ?

4. Selon vous, quels sont, dans la situation actuelle, les facteurs qui favorisent la
participation des femmes ?

Même si vous avez déjà répondu à certaines des questions qui vont suivre, permettez- moi de les
reprendre dans un ordre systématique ?
5.1 quels sont, dans la situation actuelle, les facteurs qui handicapent la
participation des femmes aux plans institutionnel, législatif et réglementaire?
5.2 quels sont, dans la situation actuelle, les facteurs qui favorisent la
participation des femmes aux plans institutionnel, législatif et réglementaire?
6.1 quels sont, dans la situation actuelle, les facteurs qui handicapent la
participation des femmes au plan des mentalités et des modes de vie ?
6.2 quels sont, dans la situation actuelle, les facteurs qui favorisent la
participation des femmes au plan des mentalités et des modes de vie ?
7. qu’est –ce que vous préconisez pour lever les handicaps et conforter ce qui
favorise la participation des femmes ?
Même si vous avez déjà répondu à certaines des questions qui vont suivre, permettez- moi
de les reprendre dans un ordre systématique
8. qu’est ce que vous préconisez aux plans institutionnel, législatif et
réglementaire ?
9. qu’est ce que vous préconisez au plan des pratiques et des mentalités ?
10 La municipalité a-t-elle une politique genre / femmes ?
11 Si oui, quels en sont les domaines prioritaires ?
12 Y a-t-il un service ou un agent responsable de cette question ?
13 Si non, comment l’émancipation des femmes est promue dans la localité ?
14 Y a-t-il des associations de développement ou de promotion des femmes,
actives au niveau de votre commune ?
15 Les impliquez-vous dans les activités de la commune ?
16 Si oui, de quelle manière ?
17 Les données disponibles sont-elles désagrégées par genre ?
18 Avez-vous une politique de collecte de données par genre pour planifier et
fournir des services?

129
19 Si non, quelles sont les contraintes pour la production ou l’utilisation de telles
données ?
20 Voulez-vous nous parler du parcours qui vous a mené à ce poste ?
21 Avez-vous bénéficié de formations en matière de genre ?
22 Si oui, lesquelles ?
Nous vous remercions pour votre aide et nous souhaiterions vous demander de nous
recommander des personnes qui pourraient enrichir notre étude par leurs expériences et
leur connaissance.

L’INTERVIEWE

Nom et prénom
Age
Formation de base (diplômes)

130
V‫ــــــــ‬XYZ‫د_^] \[ـــــ‬
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`a ‫ء‬cdef‫ل ا‬ci‫ د‬k‫رآ‬cnof‫ ا‬pqrst‫` آ‬uf‫ ا‬vfw‫ وآ‬yznt‫` آ‬uf‫{ ا‬i‫}|ا‬f‫ أو ا‬p‫|ا‬sf‫€ ا‬u ‫|ا‬arst‚ |‫ ه‬k„‫…را‬f‫† ا‬w‫‰…ف ‡ ه‬f‫ا‬
.Š‹fci‫ د‬kcozf‫` ا‬a `|osf‫ن ا‬nf‫ ا‬rŽ… `a ko‫ ز‬،kŽ„cŽdf‫ة ا‬cŽ}f‫ا‬
kars‫ و‬krz Š‫…آ‬e –‚— Š‹s c‫وه‬ri…‚ ceu˜a `uf‫ ا‬،kuc”of‫† ا‬w‫}|ا ه‬z‚ ‫ش‬c ces Š‹fci‫ون د‬cstf‫€ ا‬u c”•d Š‫آ‬r‹ne‫وآ‬
.‫|›|ع‬of‫ا ا‬w‫€ ه‬u rœ‫ أآ‬ci‫ؤ‬rf‫ ا‬cef ž›| ‫ و‬c‚…cd ci‫د‬cŸ

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131
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132
GUIDE D’ENTRETIEN
]Fonctionnaires

Préambule
Notre étude vise à comprendre ce qui favorise et ce qui handicape la participation des
femmes à la vie communautaire.
Nous vous remercions d’avoir accepter de nous accorder cette interview. Nous sommes
persuadé que votre expérience et votre connaissance du sujet nous aideront à voir plus
clair.

QUESTIONS

1. Selon vous, quels sont les avantages et les inconvénients de la participation des
femmes à la gestion communautaire?
Quel est concrètement leur apport dans ce domaine ?
2. Y a-t-il une participation des femmes actuellement et quel est son niveau ?
3. Selon vous, quels sont, dans la situation actuelle, les facteurs qui handicapent
la participation des femmes ?

4. Selon vous, quels sont, dans la situation actuelle, les facteurs qui favorisent la
participation des femmes ?

Même si vous avez déjà répondu à certaines des questions qui vont suivre, permettez- moi de les
reprendre dans un ordre systématique ?
5.1 quels sont, dans la situation actuelle, les facteurs qui handicapent la
participation des femmes aux plans institutionnel, législatif et réglementaire?
5.2 quels sont, dans la situation actuelle, les facteurs qui favorisent la
participation des femmes aux plans institutionnel, législatif et réglementaire?
6.1 quels sont, dans la situation actuelle, les facteurs qui handicapent la
participation des femmes au plan des mentalités et des modes de vie ?
6.2 quels sont, dans la situation actuelle, les facteurs qui favorisent la
participation des femmes au plan des mentalités et des modes de vie ?
7. qu’est –ce que vous préconisez pour lever les handicaps et conforter ce qui
favorise la participation des femmes ?
Même si vous avez déjà répondu à certaines des questions qui vont suivre, permettez- moi
de les reprendre dans un ordre systématique
8. qu’est ce que vous préconisez aux plans institutionnel, législatif et
réglementaire ?
9. qu’est ce que vous préconisez au plan des pratiques et des mentalités ?
10 La municipalité a-t-elle une politique genre / femmes ?
11 Si oui, quels en sont les domaines prioritaires ?
12 Y a-t-il un service ou un agent responsable de cette question ?
13Si non, comment l’émancipation des femmes est promue dans la localité ?
14 Y a-t-il des associations de développement ou de promotion des femmes,
actives au niveau de votre commune ?
15 Les impliquez-vous dans les activités de la commune ?
16 Si oui, de quelle manière ?

133
17 Les données disponibles sont-elles désagrégées par genre ?
18 Avez-vous une politique de collecte de données par genre pour planifier et
fournir des services?
19 Si non, quelles sont les contraintes pour la production ou l’utilisation de telles
données ?
20 Voulez-vous nous parler du parcours qui vous a mené à ce poste ?
21 Avez-vous bénéficié de formations en matière de genre ?
22 Si oui, lesquelles ?
Nous vous remercions pour votre aide et nous souhaiterions vous demander de nous
recommander des personnes qui pourraient enrichir notre étude par leurs expériences et
leur connaissance.

L’INTERVIEWE

Nom et prénom
Age
Fonction (s) actuelle (s)
Formation de base (diplômes)

INSTITUTION DEL’INTERVIEWE(E)

Nom de l’institution
Missions et objectifs de l’institution
Aire de couverture (géographique, sociale, administrative, population, etc…)

134
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135
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‫؟‬ ¡_Zh‫ د‬VjZfk_‫ ا‬Z‫ه‬ohpd‫ آ‬rX_‫ل ا‬Zfjm‫ت وا‬ZšZcu_‫ ا‬rs  ‫آ{ه‬ocd‫ واش آ‬-15
‫اك؟‬o‚‰‫ ه‘ا ا‬oh‫ش دا‬Z§^‫ آ‬،‫ن‬Z‫ إ_• آ‬-16
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‫{ع؟‬u_‫ ا‬VY‫ر‬Z[\ rs gh{¡q r‚ g\ rqp§dl‫ ا‬،Š_ £xl ‫ واش‬-21
‫ت؟‬Zuh{¡d_‫ ه‘“ ا‬Zu_ o‫ اذآ‬،‫ن‬Z‫ إ_• آ‬-22

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136
GUIDE D’ENTRETIEN
ONGs

Préambule
Notre étude vise à comprendre ce qui favorise et ce qui handicape la participation des
femmes à la vie communautaire.
Nous vous remercions d’avoir accepter de nous accorder cette interview. Nous sommes
persuadé que votre expérience et votre connaissance du sujet nous aideront à voir plus
clair.

QUESTIONS

1. Selon vous, quels sont les avantages et les inconvénients de la participation des
femmes à la vie municipale?
2. Y a-t-il une participation des femmes actuellement et quel est son niveau ?
3. Selon vous, quels sont, dans la situation actuelle, les facteurs qui handicapent
la participation des femmes ?

4. Selon vous, quels sont, dans la situation actuelle, les facteurs qui favorisent la
participation des femmes ?

Même si vous avez déjà répondu à certaines des questions qui vont suivre, permettez- moi de les
reprendre dans un ordre systématique ?
5.1 quels sont, dans la situation actuelle, les facteurs qui handicapent la
participation des femmes aux plans institutionnel, législatif et réglementaire?
5.2 quels sont, dans la situation actuelle, les facteurs qui favorisent la
participation des femmes aux plans institutionnel, législatif et réglementaire?
6.1 quels sont, dans la situation actuelle, les facteurs qui handicapent la
participation des femmes au plan des mentalités et des modes de vie ?
6.2 quels sont, dans la situation actuelle, les facteurs qui favorisent la
participation des femmes au plan des mentalités et des modes de vie ?
7. qu’est –ce que vous préconisez pour lever les handicaps et conforter ce qui
favorise la participation des femmes ?
Même si vous avez déjà répondu à certaines des questions qui vont suivre, permettez- moi
de les reprendre dans un ordre systématique
8. qu’est ce que vous préconisez aux plans institutionnel, législatif et
réglementaire ?
9. qu’est ce que vous préconisez au plan des pratiques et des mentalités ?
10 Quelles sont les activités de genre que vous déployez au niveau local ou
régional ?
11 Quelles sont les activités que vous déployez en direction des femmes pour
accroître leur participation et leur intérêt pour la chose publique : activités de
plaidoyer, formation en leadership, formation en genre etc..
12 Quels sont les moyens que vous utilisez pour infléchir les politiques et pour
approcher et influencer les décideurs et les institutions (lobbying, plaidoyer,
réseautage etc..) ?
13 Les autorités locales sont-elles invitées à participer à vos activités ?
14 impliquez-vous les autorités locales dans certaines de vos activités ?
15 Comment jugez-vous leur implication et le degré de leur engagement sur les

137
questions de genre ?
16 Quelles relations avez-vous avec les autorités locales, élus et fonctionnaires
17 Y-a t-il un partenariat établi entre vous ?

18 Si oui en quoi consiste t-il exactement ?


19 Est-il formalisé par des conventions ou est-il informel ?

20 Avez-vous déjà été sollicité (en tant qu’association) à participer à des


réunions ou des consultations locales ?

21 Si oui à quelles occasions ?

22 Avez-vous bénéficié de formations en matière de genre ?


23 Si oui, lesquelles ?
Nous vous remercions pour votre aide et nous souhaiterions vous demander de nous
recommander des personnes qui pourraient enrichir notre étude par leurs expériences et
leur connaissance.

L’INTERVIEWE

Nom et prénom
Age
Fonction (s) actuelle (s)
Parcours
Formation de base (diplômes)
Formations spécifiques, notamment en genre et en gouvernance

INSTITUTION DEL’INTERVIEWE(E)

Nom de l’institution
Date de formation
Missions et objectifs de l’institution
Aire de couverture (géographique, sociale, administrative, population, etc…)
A-telle une politique et/ou des actions et/ou des projets pour la participation des
femmes

138
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‫؟‬V\ZŽ_‫ة ا‬Z^|_‫ ا‬rs ‫ء‬Zeu_‫ا‬

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139
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140
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141
GUIDE D’ENTRETIEN
PARTI POLITIQUE

Préambule
Notre étude vise à comprendre ce qui favorise et ce qui handicape la participation des
femmes à la vie communautaire.
Nous vous remercions d’avoir accepter de nous accorder cette interview. Nous sommes
persuadé que votre expérience et votre connaissance du sujet nous aideront à voir plus
clair.

QUESTIONS

1. Selon vous, quels sont les avantages et les inconvénients de la participation des
femmes à la vie municipale?
2. Y a-t-il une participation des femmes actuellement et quel est son niveau ?
3. Selon vous, quels sont, dans la situation actuelle, les facteurs qui handicapent
la participation des femmes ?

4. Selon vous, quels sont, dans la situation actuelle, les facteurs qui favorisent la
participation des femmes ?

Même si vous avez déjà répondu à certaines des questions qui vont suivre, permettez- moi de les
reprendre dans un ordre systématique ?
5.1 quels sont, dans la situation actuelle, les facteurs qui handicapent la
participation des femmes aux plans institutionnel, législatif et réglementaire?
5.2 quels sont, dans la situation actuelle, les facteurs qui favorisent la
participation des femmes aux plans institutionnel, législatif et réglementaire?
6.1 quels sont, dans la situation actuelle, les facteurs qui handicapent la
participation des femmes au plan des mentalités et des modes de vie ?
6.2 quels sont, dans la situation actuelle, les facteurs qui favorisent la
participation des femmes au plan des mentalités et des modes de vie ?
7. qu’est –ce que vous préconisez pour lever les handicaps et conforter ce qui
favorise la participation des femmes ?
Même si vous avez déjà répondu à certaines des questions qui vont suivre, permettez- moi
de les reprendre dans un ordre systématique
8. qu’est ce que vous préconisez aux plans institutionnel, législatif et
réglementaire ?
9. qu’est ce que vous préconisez au plan des pratiques et des mentalités ?
10 Quelles mesures votre parti préconise t-il pour renforcer la participation des
femmes au niveau local ?
11 Quelles sont les mesures qui ont été prises dans ce sens par votre parti ?
Quelles sont les actions que vous envisagez pour les prochaines échéances ?
12 Avez-vous bénéficié de formations en matière de genre ?
13 Si oui, lesquelles ?
Nous vous remercions pour votre aide et nous souhaiterions vous demander de nous
recommander des personnes qui pourraient enrichir notre étude par leurs expériences et
leur connaissance.

142
L’INTERVIEWE

Nom et prénom
Age
Fonction (s) actuelle (s)
Formation de base (diplômes)
Formations spécifiques, notamment en genre et en gouvernance

INSTITUTION DEL’INTERVIEWE(E)

Nom de l’institution
Date de formation
Missions et objectifs de l’institution
Aire de couverture (géographique, sociale, administrative, population, etc…)
A-telle une politique et/ou des actions et/ou des projets pour la participation des
femmes

143
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144
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145
GUIDE D’ENTRETIEN
UIVERSITAIRE ET JOURNALISTE

Préambule
Notre étude vise à comprendre ce qui favorise et ce qui handicape la participation des
femmes à la vie communautaire.
Nous vous remercions d’avoir accepter de nous accorder cette interview. Nous sommes
persuadé que votre expérience et votre connaissance du sujet nous aideront à voir plus
clair.

QUESTIONS

1. Selon vous, quels sont les avantages et les inconvénients de la participation des
femmes à la vie municipale?
2. Y a-t-il une participation des femmes actuellement et quel est son niveau ?
3. Selon vous, quels sont, dans la situation actuelle, les facteurs qui handicapent
la participation des femmes ?

4. Selon vous, quels sont, dans la situation actuelle, les facteurs qui favorisent la
participation des femmes ?

Même si vous avez déjà répondu à certaines des questions qui vont suivre, permettez- moi de les
reprendre dans un ordre systématique ?
5.1 quels sont, dans la situation actuelle, les facteurs qui handicapent la
participation des femmes aux plans institutionnel, législatif et réglementaire?
5.2 quels sont, dans la situation actuelle, les facteurs qui favorisent la
participation des femmes aux plans institutionnel, législatif et réglementaire?
6.1 quels sont, dans la situation actuelle, les facteurs qui handicapent la
participation des femmes au plan des mentalités et des modes de vie ?
6.2 quels sont, dans la situation actuelle, les facteurs qui favorisent la
participation des femmes au plan des mentalités et des modes de vie ?
7. qu’est –ce que vous préconisez pour lever les handicaps et conforter ce qui
favorise la participation des femmes ?
Même si vous avez déjà répondu à certaines des questions qui vont suivre, permettez- moi
de les reprendre dans un ordre systématique
8. qu’est ce que vous préconisez aux plans institutionnel, législatif et
réglementaire ?
9. qu’est ce que vous préconisez au plan des pratiques et des mentalités ?
10 Avez-vous bénéficié de formations en matière de genre ?
11 Si oui, lesquelles ?
Nous vous remercions pour votre aide et nous souhaiterions vous demander de nous
recommander des personnes qui pourraient enrichir notre étude par leurs expériences et
leur connaissance.

L’INTERVIEWE

146
Nom et prénom
Age
Fonction (s) actuelle (s)
Formation de base (diplômes)

INSTITUTION DEL’INTERVIEWE(E)

Nom de l’institution

147
V‫ــــــــ‬XYZ‫د_^] \[ـــــ‬
g^^sZ|°_‫ وا‬g^^Ž\Zk_‫ ا‬a\

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149
Annexe 4: Entretiens avec deux présidentes de communes
et deux conseillères communales

Profils et parcours Q1 à Q5

Compatibilité vie politique et vie familiale Q6

Apport des femmes Q7 à Q100

Acceptation par l’entourage masculin Q11 et Q12

Que faire pour améliorer la participation des femmes Q13 à Q16

150
Q1. Vous êtes aujourd'hui Présidente d'une Commune ou élue communale.
Pouvez-vous nous résumer votre parcours en quelques étapes ?
J’ai un cursus tout à fait normal, après des études primaires et secondaires au
Maroc, je suis partie à Paris où je n’étais pas très contente… après, je suis parti
dans une petite ville qui était Oxford, au sud de Londres. Je voulais faire une
carrière diplomatique. La diplomatie m’a toujours intéressée, c’est la chose que je
fais aujourd’hui. Je fais la diplomatie de la ville.
Et je suis rentré au Maroc à la demande de la famille. Je devais rejoindre le
AC
groupe familial qui prenait beaucoup d’ampleur et d’expansion et je devais aussi
Essaouira
vivre au Maroc. Ainsi, je me suis mise carrément à travailler dans les affaires que
nous avons au niveau familial. Puis après, et bien sûr en voyant mon père faire de
la politique, et j’ai un frère aussi qui est très politisé, donc j’ai appris énormément
de lui. C’est en 2002 que j’ai décidé de me présenter aux élections. Je pensais me
présenter aux élections législatives. Finalement, je me suis présentée aux élections
municipales en 2003.
Quant à mon parcours politique, je me suis présentée aux élections communales
de 2003. J’ai été élue et je me suis présentée à la présidence du conseil communal.
Je me suis présentée à la présidence à la demande de la population de Sfassif, tous
les militants associatifs, les jeunes et les femmes.
J’étais convaincue que le rôle de conseillère communal n’allait pas me permettre
KO d’œuvrer pour le changement et de prendre l’initiative pour le développement de
Sfassif la région. Pour le faire, il me fallait prendre la présidence du conseil. C’est ainsi
que je me suis mobilisée avec la population pour que je sois la première femme
présidente d’une commune au Maroc, celle de Sfassif, qui est une petite commune
rurale.
Utiliser le reste concernant l’homme politique qui s’oppose *
et la corruption électorale que les femmes n’utilisent pas.
Ma première expérience en politique a eu lieu à la commune de Araîch en 1994,
puis je me suis déplacée à Arbaoua, qui est mon lieu d’origine, une commune
faible où règne l’analphabétisme. Je m’y suis présentée car cette commune est
restée sous-développée alors que le reste du Maroc s’est développé.. Les notables
se sont réunis et ils sont allés voir mon concurrent pour lui demander de se retirer
FL
puisqu’il n’a rien fait au cours de son mandat et de me laisser accéder à la
Arbaoua
responsabilité. Ils l’ont informé que j’étais médecin et que je pouvais intervenir à
tous les niveaux. Cela s’est passé en 1994. En 2003, j’ai été élue au poste de vice-
président du conseil régional de Kenitra. Et en 2007, j’ai entamé une nouvelle
étape basée sur l’écoute des gens et la participation de la population à la solution
des problèmes posés.
Comme pharmacienne, j’étais au syndicat. Mes activités étaient plutôt syndicales.
Il y avait aussi l’UNEM (syndicat des étudiants marocains). C’est cette expérience
syndicale qui m’a vraiment poussée à allez vers la politique, parce que si on
essaye de travailler au niveau syndicale et au niveau social sans politique on ne
peut pas y arriver. Le travail syndical à propos du projet de loi concernant les
NH El-
pharmaciens m’a montré qu’il fallait être dans un parti politique pour pouvoir agir
Jadida
efficacement. Alors, c’est là où j’ai vraiment adhérer au parti (USFP). C’était en
fait en 1997 ici au niveau local.
En 2002, ce sont les membres du parti, ici au niveau local, qui m’ont contactée
pour entrer dans le travail communal. C’était une proposition qui venait de moi
mais qui venait aussi du parti. Je me suis dit pourquoi pas être dans le bain.

151
Q2. Quels sont les diplômes obtenus et les formations que vous avez suivies?

Moi, je suis graduated à Oxford à Londres. Je suis aussi lauréate à Spain Institut
AC pour le Leadership. Je suis la première femme marocaine à être lauréate de cet
Essaouira institut.

Avant de devenir avocate au barreau de Rabat, j’ai obtenu une licence en


KO économie. J’ai aussi beaucoup travaillé dans le secteur associatif pour le
Sfassif développement, où j’ai acquis une grande expérience, notamment dans la
réalisation des projets et des études et dans l’expertise.
FL Doctorat en médecine spécialité santé publique, le diplôme de médecine de Paris.
Arbaoua En plus un ensemble de formations dans le secteur associatif.
Comme formation de base, j’ai un doctorat en pharmacie. Je suis de la première
promotion, celle de 1991. Donc, je suis pharmacienne depuis 16 ans. Et puis, moi
j’aime bien la formation continue. Dans ma profession, j’assiste à tout, au niveau
du Maroc, j’assiste à tous les congrès et les séminaires, etc. Au niveau de ma
NH El-
profession, j’essaye d’être à jour.
Jadida
Au niveau associatif à El-Jadida, j’ai une petite expérience de deux ans avec
l’association « ALFALAH pour le développement de la femme rural ». Et j’ai
suivi les cycles de formation de l’association ANAKHIL de Marrakech, que je
remercie beaucoup.

Q3. Voulez vous reprendre, en les résumant, les différentes étapes de votre
engagement dans la vie publique ?
AC
Essaouira
Il y a d’abord mon expérience dans le milieu associatif, ensuite mon entrée au
KO
conseil communal et actuellement les projets et les actions que nous entreprenons.
Sfassif
Après m’être distinguée dans le travail associatif, les partis politiques se sont mis
à me chercher pour me donner leur investiture, leur appui, comme cela est arrivé
avec le PND. Avant d’entrer en politique j’avais comme programme dans la vie
de réussir d’abord entant que médecin, ensuite entant qu’épouse et mère, c'est-à-
FL
dire après avoir élevé mes enfants et de n’entrer en politique qu’après l’âge de 40
Arbaoua
ans. C’était une promesse que je me suis faite à moi-même ; mais cela a changé
rapidement et mon entrée en politique s’est réalisée de manière spontanée et par
hasard.

En tant qu’étudiante, il y a eu l’UNEM. C’était ma première sensibilisation.


Après, une fois diplômée, au niveau de mon travail, il y a eu le syndicat. C’est
NH El-
l’expérience syndicale qui m’a amenée à m’investir dans la politique. Puis il y a
Jadida
eu l’adhésion à un parti politique qui est l’USFP. Après l’adhésion au parti
politique en 2003, je me suis présentée aux élections communales.

Q4. Y a-t-il des hommes et/ou des femmes qui vous ont aidée ?
AC Mon père faisait de la politique. Très jeune, je voyais des rassemblements dans
Essaouira notre maison. Je me suis intéressée très tôt à la politique du Maroc et à la

152
politique internationale.

Il y a mon mari. Il m’a aidé énormément. Lui aussi était impliqué depuis qu’il
était très jeune dans la politique. Il était membre d’un parti politique important
au Maroc. Il m’a donné des cours quand j’étais jeune à l’époque, mais il a
tellement été dégoûté par le système qu’il a quitté le parti.

Mais, il me dit au contraire ce sont des jeunes femmes comme toi qu’il faut dans
ce pays. Il est vrai qu’il a été derrière moi jusqu’à aujourd’hui. C’est grâce à son
soutien que je me suis investie dans la politique, parce que c’est très difficile pour
moi de gérer une famille, des enfants qui étudient dans une autre ville, au moment
où je suis élue dans une autre ville. Il y a énormément de contraintes, mais mon
mari était le premier à me pousser vers la politique. Il y a aussi mon père qui m’a
aidé. Ça, je le reconnais.

Il y a aussi les femmes du milieu associatif, qui me disaient que toute cette
énergie, que j’ai, pourrait être aussi exploitée et utilisée dans la gestion du
politique. Mais, c'est vrai que j’avais un pouvoir à mon niveau dans l’associatif,
mais en étant impliquée dans la politique, j’avais un pouvoir plus large que je
pouvais utiliser pour travailler l’intérêt général.

Les amis de ma famille que je voyais dans les rassemblements dans notre maison
m’ont aussi stimulée.

Pour ma famille, je n’ai eu aucune opposition, bien au contraire j’ai trouvé un


grand encouragement de la part de mes parents.
Mon frère est un homme politique connu, il a été ministre. De même du côté de
ma famille maternelle, il y a des parlementaires et des élus communaux.
KO
J’ai été élevée dans un milieu familial qui a été en lui-même un facteur
Sfassif
encourageant pour m’engager en politique. Cependant, il n’y a aucune femme de
ma famille qui est entrée en politique, ce qui m’a stimulée davantage pour m’y
mettre moi-même.

J’ai un seul frère au douar et il est plus jeune que moi. En fait ce qui m’a aidé
c’est mon travail, mon effort, ma présence dans la région, mon ouverture sur les
citoyens et le fait que je sois à leur écoute dans tous les cas. Donc ce qui m’a
soutenu c’est la politique de proximité réelle que j’ai adoptée avec les citoyens.
Mes parents sont décédés. La famille n’a pas été présente à ce niveau, d’autant
que mes frères sont tous à l’étranger et celui qui est au Maroc fait partie de
l’armée, aussi il ne peut pas participer à la politique et aux élections. Cependant,
au cours des campagnes électorales, la famille m’aide beaucoup notamment en
FL recevant les citoyens et en préparant à manger.
Arbaoua Ma famille se compose de dix membres et moi j’occupe la deuxième position. Ma
sœur aînée n’a pas eu la chance d’aller à l’école. Moi j’appartiens à la première
génération qui a été à l’école. Aussi suis-je celle qui a imposé la politique et
l’action politique au sein de la famille. Mais il y a aussi mon mari qui est mon
compagnon dans l’action politique. Nous nous sommes rencontrés en politique en
1992, aussi est-il toujours présent avec moi, notamment au cours des campagnes
pour les élections législatives, où il joue le rôle de garde du corps. Mon mari n’a
pas de formation politique mais il s’est présenté aux élections de 1992 et il a
échoué. Aussi a-t-il abandonné l’action politique…
153
Du côté de ma famille, franchement non, j’ai mes frères qui sont sympathisants,
mais ils ne sont pas impliqués tout à fait. Par contre, mon ex-mari participait à
la politique. Il était quelqu’un de très actif et il m’a beaucoup aidée mais
malheureusement nous venons de divorcer, mais ça n’a rien à voir avec l’action
NH El-
politique. Je le remercie parce qu’il m’a aidée et il m’a facilité la tâche. Par
Jadida
ailleurs, les amis m’aident beaucoup. Je peux dire d’ailleurs que c’est
l’encouragement des amis qui m’a permis de tenir jusqu’à maintenant. Par
exemple, la semaine dernière j’avais un grand problème avec les gens de notre
parti et ce sont les amis qui m’ont aidée à le résoudre.

Q5 Selon vous, qu'est ce qui a aidé votre entourage familial à accepter votre
participation à la vie communale?

La seule chose qu’ils regrettent c’est que je n’ai plus le temps de réunir nos
parents. Je suis la fille unique de la famille et j’adore l’esprit familial (ziyarat
AC
rahim) : les tantes, les cousins. J’étais la seule dans la famille qui organise tout le
Essaouira
temps des rencontres. Le temps que j’ai maintenant, je le passe avec ma petite
famille.
Effectivement, au début il y avait une hésitation dans ma famille, surtout que je
me suis présentée contre un individu connu pour son pouvoir matériel et financier.
Mais je les ai convaincus de la nécessité et de l’importance de ma participation
KO
car elle permettra d’encadrer la population et de clarifier que la présidence est un
Sfassif
droit pour la femme comme pour l’homme. En plus, la confiance que les gens
avait en moi et leur foi en le changement ont constitué un très fort stimulant pour
moi.
Au cours de ma dernière année des études de médecine, en 1978, les notables de
la tribu sont allés voir mon père pour lui demander de m’encourager à m’engager
dans le travail politique. Moi j’avais refusé car je ne voulais être que médecin. Par
FL
ailleurs, notre maison était une zaouia et nous sommes des chorfas et nos ancêtres
Arbaoua
pratiquaient la médecine traditionnelle pour soigner les fractures osseuses. Tout
cela m’a aidé à construire progressivement une base politique solide et à ne pas
rencontrer d’opposition au sein de ma famille.
Franchement, au début c’est mon ex-mari qui m’a encouragée. Pas mes frères qui
peut être ne veulent pas entendre ou lire dans les journaux des choses qui me
concerne tel que les problèmes que j’ai avec le président… Ma mère, j’essaye de
NH El-
lui montrer juste les bons cotés. J’essaye de ne pas montrer le coté négatif ; que je
Jadida
suis stressée et que j’ai des problèmes ailleurs. Quand je rentre chez moi, j’essaye
de ne pas montrer le coté négatif. Je peux dire que mon ex-mari m’a beaucoup
aidé dans ce sens.

Q6. La politique mène hors de la maison le soir et parfois le week-end, en


plus de la journée. Que répondez-vous à ceux et celles qui disent que la vie
politique est difficilement compatible avec la vie de famille?
Non, même quand je travaille le week-end, je dirai dans un festival, les enfants
AC
sont avec moi. Quand je représente la ville dans les occasions officielles, mes
Essaouira
enfants sont avec moi ; peut-être je bouscule un peu le protocole… Quand je suis

154
invitée le soir à des réceptions, les enfants m’accompagnent. Aussi on est tout le
temps ensembles.

L’action politique est un choix aussi bien pour l’homme que pour la femme. Ce
KO
choix vous pousse à en accepter les conséquences. Le choix de l’action politique
Sfassif
de la part de la femme lui impose de sacrifier de son temps et de son énergie.
Je ne pense pas qu’il existe une femme qui ne croit pas en son rôle dans sa famille
et que c’est sa responsabilité la plus importante en tant que femme.
Personnellement je trouve un problème dans la programmation. Par exemple
quand j’ai une réunion du parti ou autre, cela se fait au détriment de mon repos ;
je dois donc retarder mon sommeil ou me réveiller plus tôt pour pouvoir
accomplir tous mes devoirs.
FL
Le problème de la compatibilité de la vie politique et de la vie familiale est, à mon
Arbaoua
avis, un faux problème. Les femmes le résolvent au détriment de leur repos. Je
pense que la pratique politique est un complément de formation pour la femme
pour qu’elle réussisse mieux dans sa responsabilité familiale. Il est vrai que la
femme qui a une responsabilité politique a besoin de l’aide d’une employée,
d’une mère ou grand-mère et même de l’aide du mari pour qu’il y ait un équilibre
dans le foyer.
C’est sur, je vous ai dit que la conciliation entre la vie familiale et la vie
professionnelle est difficile, mais pas impossible. Pensons au cas d’une femme
NH El- qui est mère, qui a un enfant, qui a une maison, qui a un mari, qui travaille et qui
Jadida a une réunion à 6h00 ou à 7h00 du soir. Il y a des difficultés mais il n’y a pas
d’incompatibilité. Les difficultés sont plus grandes pour la femme que pour
l’homme, mail il n’y a pas d’incompatibilité

Q7. On dit que les systèmes ou les instances qui font davantage appel aux
femmes sont plus dynamiques et plus créatifs, moins sclérosés. Qu'en pensez-
vous?
Je dirai que la femme est très dynamique et je dirai aussi qu’elle est très crédible.
La majorité des femmes sont crédibles. Dans notre groupe familial, nous avons
AC
beaucoup de femmes qui travaillent chez nous. Ça dépend, justement de l’argent
Essaouira
géré. D’une façon générale, on y croit, parce que la femme n’osera pas voler,
c’est très rare.
C’est vrai. Cela est du au fait que la femme cherche l’efficacité et ne se contente
pas de gagner de l’argent. La femme se livre toujours à l’autoévaluation de son
KO travail. Dans le milieu rural je me suis heurtée à ce problème, du fait que les
Sfassif fonctionnaires ne sont pas habitués à l’évaluation de leur travail ; ils considèrent
cela comme une exagération de la part d’une femme, la présidente de la
commune, qui est intéressée avant toute chose à la qualité du service.
Je suis sûre que la femme accomplit son travail en temps et en lieu appropriés.
FL
C’est pour cela que les entreprises gérées par des femmes sont créatives et
Arbaoua
donnent de meilleurs résultats.
Je pense qu’il y a une part de vérité là dedans. D’ailleurs lorsqu’on voit une
NH El-
entreprise ou un service géré par une femme, on voit la différence. Je pense qu’on
Jadida
voit la différence avec la femme. Donc c’est vrai.

155
Q8. Quelles sont les actions que vous avez menées avec succès et où vous
considérez que le fait que vous soyez une femme a constitué un atout pour le
succès?
Le succès revient au fait que je suis organisée. C’est toute une organisation. Si
vous prenez mon agenda, je suis organisée jusqu'à l’année prochaine, c’est tout
une organisation, quand les enfants sont en vacances, je pars en famille. Le week-
AC end est sacré pour moi. Quand je sais que je dois travailler sur Essaouira le week-
Essaouira end je le fais, dans le cas différent je reste avec mes enfants, et Dieu merci jusqu’à
aujourd’hui je ne me suis jamais permis de mentir à mes enfants avec cette
nouvelle expérience. Quand je m’engage, je le fais.

Par exemple la tenue d’un festival culturel hippique qui portait le nom d’une
KO femme et qui ne s’est pas tenu durant 23 ans. Cette femme a appris aux femmes et
Sfassif aux hommes l’art du tapis. Nous avons ressuscité ce festival pour promouvoir
l’élevage des chevaux et les sports équestres.
Par exemple, dans la campagne les femmes lavent le linge dans l’oued. Après des
FL consultations, nous avons programmé 40 mille dirham pour aménager des lavoirs
Arbaoua sur l’oued. Ceci n’a pu se réaliser que grâce à l’entente qui existe entre moi et la
population et à la confiance que les gens ont en moi bien que je sois une femme.
Bon, malheureusement, comme action je peux vous dire qu’on a rien fait. J’ai
beaucoup de choses, mais vu les conditions, elles sont restés à l’état d’idées.
NH El- J’avais beaucoup d’idées, déjà comme l’idée relative à l’INDH que j’ai proposé
Jadida au conseil. Je voulais apporter des idées au niveau de la commission culturelle,
mais je trouve toujours des obstacles.

Q9. Pouvez-vous nous citer quelques exemples de bonnes pratiques


d’intégration du genre dans les domaines de la politique communale que
vous connaissez et auxquels vous avez contribué?
Vue la pauvreté de la ville, ma bataille quotidienne c’est de créer de l’emploi
pour ces gens et que les investisseurs puissent créer de l’emploi pour nous à
AC ESSAOUIRA puisque à ESSSAOUIRA, il n’ y’a pas d’usines. La majorité des
Essaouira usines ont fermé. Il n’y a pas de quartier industriel, il n’y a absolument rien du
tout. La bataille c’est de créer de l’emploi et comment créer de l’emploi. Ça aussi
l’une de mes priorités, ça reste très difficile.
Par exemple, dans la maison de l’étudiant, que nous avons créée, nous avons tenu
compte des garçons et des filles, elle accueille les deux sexes. Certaines filles ne
KO
peuvent pas aller à l’école à cause de son éloignement. Aussi l’édification de la
Sfassif
maison de l’étudiant destinée aux deux sexes est une action d’intégration du
genre.
A travers l’association « Lalla Fatima Sabihia » que j’ai créée dans la commune et
dont le but est de lutter contre la pauvreté, je contribue à intégrer l’approche genre
et d’aider les femmes au sein de la commune. Et ceci à travers l’encouragement
FL des activités créatrices de revenus pour les femmes villageoises, la lutte contre
Arbaoua l’analphabétisme, l’encouragement de la fille rurale à se scolariser ; nous avons à
ce titre créé une école dans notre douar, une école modèle qui comprend une
cantine scolaire, l’eau potable et une salle pour les enseignants. Nous avons
implanté une maternité et nous avons acheté une ambulance.
NH El- Franchement, même pour nous en tant qu’acteurs on ignorait l’approche genre. En

156
Jadida 2004, j’ai fait la formation sur l’approche genre avec l’association ANAKHIL.
Alors je suis venue et je voulais l’appliquer et essayer d’en parler aux personnels
de la commune, parce que j’ai un bon contact avec le personnel, avec les femmes
au niveau de la municipalité. J’ai réussi à faire un petit atelier de formation pour
les fonctionnaires.
Mais le problème, une fois au cours de la discussion des budgets au niveau du
conseil, j’ai voulu donner une explication sur l’approche genre alors le président
a commencé à rigoler et à rire, mais j’ai insisté et j’ai dis essayez au moins de
comprendre qu’est ce que l’approche genre veut dire.

Q10. Quels sont les atouts dont vous avez bénéficié pour surmonter les
obstacles?
Moi, je suis faite pour le social. La politique c’est le fait de pouvoir se mettre à
l’écoute. Moi, j’aime bien écouter les gens. J’ai cette passion. J’aime travailler
pour les autres. J’aime rendre un sourire à quelqu’un. C’est tout ce que j’ai appris
à la maison. C’est tendre la main à autrui. Donc ce que je fais à ESSAOUIRA,
AC c’est surtout ça, c’est des petites choses banales pour moi. Aider les gens à
Essaouira proximité. Vous avez compris, c’est banal, mais c’est le rôle d’un conseil
municipal dans une ville.
Moi, ce qui m’a beaucoup aidée c’est mon éducation, je ne vous le cache pas, ce
n’est pas les grandes écoles, mais c’est l’éducation que j’ai reçue à la maison et
ce sont les valeurs de notre société.
Comme présidente de la commune, je tape à toutes les portes pour apporter les
KO
appuis et les ressources financières. Nous ouvrons des dialogues avec la région, la
Sfassif
préfecture et les ministères concernés.
D’abord la foi en Dieu et en la mission impartie à l’homme sur terre et ensuite
mon appartenance à la tribu. La tribu reconnaît le travail associatif que je menais.
Ils ne pensaient pas que je pouvais leur amener le projet d’une école de quatre
salles coûtant quarante millions de centimes ; même la commune était incapable
FL
de mener des projets pareils. Ajoutez à cela le fait que personne n’avait au
Arbaoua
paravent sollicité l’avis de la population, comme je le fais. De sorte qu’un projet
est toujours adopté collectivement et devant tout le monde. La transparence et la
discussion des affaires avec les gens, c’est ce qui me distingue auprès des
membres de la tribu.
Je peux dire ma personnalité un peu, mon indépendance surtout que je suis une
femme très engagée. Quand, j’ai quelque chose, je m’engage à fond et jusqu’au
bout, jusqu’à la réalisation de quelque chose. Je donne beaucoup d’énergie.
Malheureusement parfois beaucoup d’énergie sans résultats. C’est ça mon atout
NH El- principal et puis mon expérience au niveau du syndicat régional. ça m’a rendue
Jadida robuste.
Les gens disent que cette femme a pu changer les choses au moins par son
discours et elle a pu dire des choses au président que les hommes n’ont pas pu
dire.

157
Q11. Le fait qu'il n'y ait quasiment que des hommes autour de vous, rend-il
la vie plus difficile? Ils vous jalousent ou vous complimentent?

J’ai les deux, les compliments et je ne dirai pas jalousie mais envie. C’est une
force. La façon de faire, la façon de réfléchir, de fédérer aussi, parce que ce n’est
AC
pas donné à tout le monde, la patience. Quand nous somme dans une session et il
Essaouira
y a une personne qui veut parler, je la laisse parler, je ne vais pas me permettre de
la juger, je la laisse parler.
Pour le conseil en général, je n’ai aucun problème. Le seul problème dont je
KO
souffre vient de la part de celui qui était mon concurrent pour le siège de président
Sfassif
du conseil.
Cela facilite des fois le travail et d’autres fois cela le rend difficile. Mais
personnellement, de par mon parcours politique, j’ai acquis une capacité à
FL affronter les défis et à mettre les autres conseillers hommes de mon côté et je suis
Arbaoua devenue leur référence. Par exemple, aux dernières élections législatives, ils
disaient « votez pour le médecin (moi), elle est compétente, matériellement
indépendante et Arbaoua sans le médecin sera orpheline »
Bon, j’avais d’énormes problèmes avec le président parce que en plus j’étais la
seule femme au conseil, on est 35 (34 hommes et moi-même).
Je suis arrivée avec le président jusqu’au tribunal parce qu’il m’a manqué de
NH El- respect à plusieurs reprises dans les réunions. C’est malheureux, c’est vraiment
Jadida malheureux. ça fait une année que je suis au tribunal et c’est moi qui ai porté
plainte. C’est juste pour l’arrêter parce qu’il me menaçait. Il vient d’être arrêté
espérons que le tribunal lui ouvre tous les dossiers.

Q12. Selon vous, qu'est ce qui a aidé votre entourage masculin à vous
accepter comme leader ou comme participante au leadership?

Je crois qu’Essaouira est une ville qui était déjà très ouverte, Essaouira est une
AC particularité. Elle n’a jamais été fermée. Donc ce problème d’acceptation d’une
Essaouira femme comme leader ne se pose pas. Quand je me suis présentée aux élections, ça
n’a choqué personne, c’était normal.
Dans le conseil il y a des membres qui ont fait partie des conseils précédents ;
avec moi, ils ont senti un changement dans le travail, le rendement et la méthode
de fonctionner. Le président précédent ne consultait avec eux sur aucun sujet, il
KO ne leur demandait même pas leur avis.
Sfassif Quant à la population, c’est elle qui m’a poussée à me présenter. De mon côté, je
voulais être présidente pour pouvoir servir ma région comme il le faut. C’était ma
proposition. La mobilisation et l’initiative de la population nous avons atteint
notre but. C’est pour cela que je dis que la société n’a jamais été contre la femme.
Ma capacité à relever les défis, ma maturité, ma bonne conduite, mon expérience,
ma foi dans la mission qui m’a été octroyée, ma capacité à convaincre et mon
FL
endurance. Toutes ces qualités ont facilité ma mission. Les conseillers disent que
Arbaoua
l’opinion du médecin est la plus juste et que l’argent public est l’argent du peuple
et nous, il nous revient simplement à gérer le budget.
NH El- Ils n’ont pas seulement accepté mais ce sont eux qui m’ont proposé et j’ai leur ai
Jadida dis : oui, je suis prête, je suis capable… etc.

158
Je pense que ma crédibilité vient du travail que j’ai accompli au niveau du
syndicat. Mais il s’est avéré qu’il y avait un petit groupe qui voulait une femme
pour la décoration. Moi je refuse. Moi, si j’ai une opinion, je le dis. S’il y a des
choses à discuter, s’il y a des choses à corriger, je suis prête. Je veux apprendre, je
veux corriger.
Il y a ceux qui me soutiennent, mais il y a ceux qui voudraient que je parte. je ne
suis pas partie même si je peux dire que je ne fais pas de grandes choses au sein
du conseil. J’essaye d’être là, de voir, de discuter.. Si je n’ai pas un soutien, je ne
sais pas si je peux tenir. Puis il y a l’aide des associassions. Parce que c’est trop.

Q13. Quels sont, d'après vous, les moyens et les instruments pour remédier
aux déficits actuels de la représentation féminine?

Il faudrait que les partis puissent tout changer. Changer la façon de faire, il faut
que les femmes soient dans les listes nationales, et il faut que la femme soit aussi
AC en première position, en tête de la liste. Il faudrait qu’au sein du parti on aide les
Essaouira femmes, malheureusement un ensemble de partis insultent les femmes. C’est ça le
problème. Moi, j’étais classée la première aux élections parce que je suis à
l’écoute.
Il faut insister sur le fait que le droit de la femme à se porter candidate est un droit
garanti par la constitution… Les partis devraient renforcer la participation des
femmes… ils devraient nommer les femmes à tous les postes… pour que la
femme apparaisse comme une personne responsable, qui a des diplômes
universitaires, qui est une intellectuelle, et non pas seulement la femme mère,
KO épouse et maîtresse de foyer. C’est aussi le rôle des médias, qui touchent tous les
Sfassif foyers. Leurs messages touchent facilement les gens. Il leur faudra changer cette
image de la femme et la présenter comme détentrice de capacités et de
compétences. Cela aidera au changement des mentalités. N’oublions pas que la
femme était la gestionnaire du foyer et la conservatrice du patrimoine à travers
l’histoire. Mais il y a une ignorance totale que la femme a, de part la constitution,
le droit de se porter candidate en égalité avec l’homme.
J’ai une seule recommandation à faire ; que les partis politiques appuient les
FL
candidatures de femmes en grand nombre. Les autres choses viendront avec le
Arbaoua
temps.
Numéro un les partis politique. Il faut utiliser le quota au niveau communal et au
niveau législatif en attendant la parité. Il faut instituer la notion du quota. Si elle
n’est pas instituée on n’aura rien. Il faut donner aux femmes des postes de
responsabilité clefs. Il y a des femmes compétentes. Il y a des femmes qui
travaillent beaucoup et font beaucoup de choses mais elles ne sont pas visibles. Il
faut les mettre en valeur. Donc, moi je dis que le plus grand travail à faire c’est au
NH El- niveau des partis politiques. Bien sur, il faut encourager la société civile. La
Jadida société civile doit bouger, doit faire valoriser les femmes. Je ne parle pas
seulement au niveau des associations de femmes mais toutes associations
confondues. Les associations doivent valoriser les femmes, encourager la
participation de la femme.
Puisqu’on ne peut pas accéder aux communes sans passer par les partis politiques,
c’est au niveau des partis que le grand travail doit être fait.

159
Q14. Quelles sont les actions à entreprendre en vue de l’instauration d’une
politique globale d’égalité entre femmes et hommes au niveau communal?

AC Oui, au niveau communal, il n y’a rien que nous puisions faire, ce n’est pas au
Essaouira niveau communal qu’il faut faire mais au niveau des partis politiques.
Premièrement les médias doivent rectifier l’image de la femme, étant donné qu’ils
touchent toutes les catégories sociales. Puis, il y a les partis politiques qui doivent
encourager les femmes, particulièrement dans les élections communales. Ils
doivent ouvrir ce champ aux femmes pour qu’il y ait une réelle participation des
KO
femmes.
Sfassif
Enfin, je voudrais dire que le scrutin de liste doit remplacer les scrutin uninominal
pour permettre l’émergence de conseil cohérent et accordé, capable de faire face
aux individus analphabètes qui essaient d’entraver le changement et la réalisation
des projets adéquats.
Par principe je ne crois pas à l’égalité parce que ce n’est pas réaliste. La mentalité
de l’homme marocain, qu’on le veuille ou non, n’intègre pas l’égalité. Que cet
FL homme occupe le statut de père, de mari, de frère, de collègue de travail ou au
Arbaoua parlement ou à la commune. Nous vivons encore dans une société violente,
analphabète et machiste. Il ne faut donc pas courir après ce qui ne peut pas être
mis en pratique dans la réalité vécue.
Il faut ‘genderiser’ plusieurs choses, entre autres les budgets au niveau de la ville.
Dans les budgets, il faut instaurer cette approche genre ; par exemple dans la
NH El- municipalité d’EL JADIDA on a un seul club féminin. Il n’ y a pas de cadres pour
Jadida la femme. Il n’y a pas d’espace publique pour la femme. A six heures du soir la
femme devrait rentrer chez elle.

Q15. Qu'est ce que vous préconisez pour que les femmes surmontent les
obstacles à l'avenir?
Il faut qu’il y ait une volonté. Je sais qu’il y a une volonté royale. Mais ce qui me
choc lors d’une visite royale c’est que ce n’est pas moi qui représente le projet.
En Afrique noir le maire reçoit sa majesté, mais chez nous, n’avons pas le
concept du président du conseil municipal. Il n’y a même pas la place pour nous.
Donc, moi je croix qu’il faudrait une reconsidération comme même. Par exemple,
il faudrait que moi qui prendre la parole la première, c’est moi qui ouvre le
AC festival. On a reçu SARKOZY il y a deux ans pour l’ouverture d’un centre franco-
Essaouira marocain. On les a donné un lot de terrain qui appartenait à l’ex-consulat
français pour qu’ils font un centre culturel franco-marocain et qui c’est qui va
faire l’ouverture. Ce n’est pas moi-même si le baladiya qui a donné la terre. Il a
fallu que j’implique l’ambassade qui m’a dit « vous avez tout à fait raison ». Ça
ce n’est pas normale, ce qui est à moi est à moi, je représente les 80 000 citoyens.
Là, nous avons beaucoup de problèmes et surtout avec les organismes Etatiques,
ce qui n’est pas normale alors ce sont eux qui doivent donner l’exemple.
KO Il faut que les femmes participent et qu’elles participent, au côté des hommes, à la

160
Sfassif construction de cette société.
De façon progressive les femmes peuvent arriver au sommet de l’Etat, comme
dans les pays scandinaves, mais il faudrait que les partis politiques adoptent une
politique d’encouragement de la femme, comme ils adoptent une politique
FL d’éducation ou d’approvisionnement en eau. L’action communale est très
Arbaoua importante, il faut l’ouvrir aux femmes. Ces dernières peuvent utiliser les
compétences acquises dans la gestion de leurs foyers pour gérer les activités
communales et protéger les finances publiques. Ce qui profitera aux jeunes
générations et aux générations à venir.
Bon, il faut mobiliser la société civile, les partis politique, les femmes et tout le
monde. Il faut que cette question soit l’affaire de tout le monde. L’approche genre
NH El-
c’est un affaire d’hommes et de femmes. Donc je pense que le chantier est très
Jadida
grand et ouvert et puis il faut beaucoup d’échanges.

Q16. Un dernier mot en direction des jeunes femmes ?


La volonté royale de promotion de la femme, exprimée notamment par la réforme
de la moudawana, doit être suivie par une autre poussée. Avec 34 parlementaires
seulement, la présence de la femme demeure symbolique. Par ailleurs, je suis
contre le quota. Je pense que c’est antidémocratique.

D’ailleurs, il faut une autre poussée. C’est la volonté politique et je dirais la


volonté royale parce qu’il y a un énorme changement dès la reforme de la
AC Moudawana. Je pense que le rapport que nous avons avec le pouvoir est très
Essaouira symbolique, vraiment on reste jusqu'à aujourd’hui même avec 34 parlementaires,
je pense que c’est antidémocratique, Vous avez vu la liste nationale, je suis contre
le quota. Je suppose que c’est antidémocratique.

Il faut qu’elles parlent entre elles et qu’elles fassent parler d’elles. Les médias
marocains n’ont parlé de moi, en tant que première femme maire, que deux ans
après l’évènement et à la suite d’un article sur moi paru dans un média
international..
KO Il faut qu’elles relèvent le défi, qu’elles aient le souffle long, qu’elles aient de la
Sfassif volonté et de la confiance en elles-mêmes.
La vie politique et associative et la carrière professionnelle forment le plus grand
appui à l’indépendance de la femme parce qu’elles développent leurs capacités et
FL
fortifient leur conviction que les femmes jouent un rôle positif et complémentaire
Arbaoua
à celui de l’homme. Ce dernier a échoué jusqu’à présent parce qu’il a oublié que
Dieu nous a créés pour être complémentaires.
Bon, il faut les sensibiliser dès l’enfance. Il faut former les jeunes filles et les
jeunes garçons à l’approche genre. La femme doit être elle-même consciente de sa
NH El- valeur, de ce qu’elle peut faire et qu’elle n’est pas inférieure à l’homme. Il faut
Jadida une justice sociale dans ce sens.

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