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GENIE CIVIL

Cours : Hydraulique / Thématique : Adduction et distribution d’eau

Chapitre 1 : Hydraulique générale

1. Propriétés générales des fluides ........................................................................................................................4


2. Pression hydrostatique ..........................................................................................................................................7
3. Equation fondamentale de l’hydrostatique ................................................................................................ 10
4. Notions de base de l’hydrodynamique ......................................................................................................... 14
5. Ecoulements des fluides réels dans les canalisations en charge ....................................................... 18
Hydraulique générale

Introduction

L’hydraulique regroupe l’ensemble des applications des lois de la mécanique des fluides aux
fluides réels et sur des problématiques concrètes. Elle fait appel à plusieurs domaines de la
mécanique des fluides comme par exemple l’hydrostatique, la cinématique et l’hydrodynamique.
Parmi les nombreux champs que l’hydraulique recouvre, on trouve notamment :

− l’hydraulique naturelle liée au cycle de l’eau : à l’échelle des océans et des réseaux
hydrographiques (rivières et fleuves),
− l’hydraulique urbaine : qui regroupe à la fois l’alimentation en eau et l’assainissement,
− l’hydraulique pour la production d’énergie : les barrages, les hydroliennes, les conduites
forcées
− l’hydraulique pour l’agriculture et l’aménagement du territoire : irrigation, plans d’eau,
− l’hydraulique pour les machines : hydro-mécanique ou oléo-hydraulique que l’on retrouve
notamment dans l’étude des systèmes de vérins.

Ce cours traitera essentiellement des aspects liés à l’hydraulique urbaine que sont l’alimentation
en eau (parcours IA et SO) et l’assainissement (parcours SO uniquement).

La première partie traitera de quelques rappels de mécanique des fluides, en se limitant aux
définitions et théorème utilisées dans la suite.

La seconde partie s’attachera aux fonctionnements des réseaux de canalisations en charge, que
l’on retrouve essentiellement dans le domaine de l’adduction d’eau. On s’intéressera aux
méthodes de résolution utilisées pour déterminer le fonctionnement de ce type de réseaux.

La troisième partie sera consacrée à l’assainissement. Les réseaux d’assainissement sont


caractéristiques parce que l’écoulement dans les canalisations est dans la très grande majorité des
cas un écoulement à surface libre mais aussi parce que le fluide transporté présente des propriétés
particulières.

Enfin, la quatrième partie sera consacrée au dimensionnement des ouvrages de stockage des eaux
pluviales ou bassin d’orage. Il sera également donné un bref aperçu des techniques alternatives
de gestion des eaux pluviales.

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1. Propriétés générales des fluides


1.1.Notion de fluide

En physique, la matière peut se présenter de manière courante sous 3 états différents, appelés
aussi phases : état solide, liquide ou gazeux. Chaque état est caractérisé par un certain degré
d’arrangement des particules de la matière et donc à certaines lois qui régissent son
comportement. On regroupe sous l’appellation de fluide les états liquide et gazeux, qui
correspondent tous deux à une mobilité assez élevée des particules de matière, contrairement à
l’état solide.

En pratique, un liquide est généralement très peu compressible et se déforme de manière limitée
sous l’effet de la température. Un gaz au contraire occupe l’ensemble du volume qu’il a à sa
disposition. Par commodité pour la suite de ce cours, on utiliser indifféremment les appellations
fluide et liquide.

1.2.Masse

On utilise pour caractériser la masse d’un fluide plusieurs quantités.

La masse volumique, notée ρ correspond à la masse d’une unité de volume de la matière


considérée (unité kg/m3). On peut également être amené à utiliser le poids volumique γ qui
représente le poids d’une unité de volume de la matière considérée (unité N/m3).

On utilise également pour comparer entre elles les fluides, la densité notée δ qui représente le
rapport entre une masse d’un volume de matière et la masse du même volume d’eau.

1.3.Déformabilité

Un fluide peut se déformer d’une valeur de déformation volumique εv soit sous l’action d’une
pression Δp qui lui est appliquée, soit sous l’action d’une différence de température Δθ.

La déformabilité sous l’action d’une pression, appelée compressibilité, est caractérisée par un
module de compressibilité

=

Le module de compressibilité de l’eau à 20 °C est égal à K = 2 000 MPa. Sauf dans le cas particulier
des coups de bélier, les niveaux de pressions auxquels est exposée l’eau dans les réseaux
d’alimentation en eau ou d’assainissement sont bien plus faibles en ordre de grandeur, que le
module de compressibilité. En conséquence, on considèrera l’eau comme un fluide
incompressible.

La déformabilité sous l’action d’une différence de température, est caractérisée par un coefficient
de dilatation thermique

=

Le coefficient de dilatation thermique est égal pour l’eau à β = 2 x 10–4 K–1 et pour l’huile à
β = 8 x 10–4 K–1. Dans les applications qui nous intéressent dans le cadre de ce cours, les

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amplitudes thermiques sont suffisamment faibles pour que l’effet de la dilatation thermique soit
négligé.

1.4.Isotropie

Un matériau est dit isotrope si ses propriétés mécaniques sont identiques dans toutes les
directions. Les liquides qui nous intéressent dans le cadre de ce cours – essentiellement l’eau –
sont isotropes.

1.5.Viscosité

La viscosité d’un fluide représente l’interaction mécanique entre les particules d’un fluide. Cette
interaction est à rapprocher du frottement que l’on utilise notamment en mécanique du solide ou
des sols. Les forces de viscosité, à l’instar des forces de frottement, s’opposent au mouvement du
fluide.

La viscosité est la caractéristique mécanique qui différencie un fluide dit parfait (de viscosité
nulle) d’un fluide réel ( de viscosité non nulle).

On peut évaluer la viscosité d’un fluide à partir de l’expérience de Couette qui consiste à piéger
une lame de liquide d’épaisseur e entre deux plaques de surface S, dont l’une est mobile et l’autre
est fixe. En mettant en mouvement la surface mobile avec une vitesse V, le liquide piégé va exercer
sur la surface mobile un effort de résistance F proportionnel à la viscosité dynamique μ du fluide
par l’expression suivante

L’unité du système international de la viscosité dynamique µ est le N.s.m–2. La viscosité de l’eau à


20 °C est égale à µ = 1.02 x 10–3 N.s.m–2.

On utilise également la viscosité cinématique notée ν définie par = dont l’unité est le m2.s–1. La
viscosité cinématique de l’eau à 20 °C est égale à ν = 10–6 m2.s–1.

D’autres unités existe pour les viscosités, notamment le poiseuille (Po) pour la viscosité
dynamique (1 N.s.m–2 = 9,81 Po) et le stoke (st) pour la viscosité cinématique (1 st = 10–4 m2.s–1).

1.6.Tension de vapeur

En fonction des conditions de pression et de température, un corps se présentera sous différentes


phases : liquide, solide ou gazeuse. Les conditions de pression et de température correspondant à
chaque phase sont mises en évidence dans le diagramme de phase (Figure) qui permet de définir
3 domaines différents.

La frontière entre ces domaines représente les lignes de changement de phase. Pour une
température fixée, il existe donc une valeur de pression p telle que le corps considéré coexiste
sous la forme de phases différentes (frontière entre le domaine d’état liquide et d’état gazeux).

Par exemple, à 100 °C et dans des conditions de pression atmosphérique, l’eau se met à bouillir :
on a apparition, dans l’eau liquide, d’eau sous forme gazeuse qui forme donc des bulles, qui

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remontent à la surface du liquide. Pour l’eau, le fait de bouillir peut survenir à des températures
différentes de 100 °C, si tant est que les conditions de pression varient.

On appelle tension de vapeur la valeur de pression nécessaire pour avoir coexistence d’eau sous
forme liquide ou gazeuse (ou apparition d’eau gazeuse dans l’eau sous forme liquide), et ce pour
une valeur de température donnée. Ainsi, à température ambiante de 20 °C, la tension de vapeur
est égale à 2.5 kPa ; à 100 °C, elle est de 101.325 kPa (pression atmosphérique).

Diagramme de phase de l’eau (Maghémite (Wikipedia), publié sous Creative Commons)

Dans un réseau d’adduction d’eau, constitué généralement de conduites en charge et souvent


exposée à la température ambiante voisine de 20 °C, il faut impérativement vérifier que la
pression demeure supérieure à la valeur de tension de vapeur. Si la pression devenait inférieure
à la valeur limite que constitue la tension de vapeur, alors il peut y avoir apparition d’eau sous
forme gazeuse qui engendre souvent le désamorçage du réseau. Le désamorçage est défini comme
une perte de continuité dans la phase liquide, donc un arrêt de l’écoulement.

Le phénomène de transformation de l’eau liquide en eau gazeuse s’appelle la cavitation.

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2. Pression hydrostatique
2.1.Définition

Soit une surface S contenue dans un fluide au repos. Sur cette surface s’exercent des efforts dits
efforts de surface. Soit l’effort s’appliquant sur un élément de surface situé au point M. Par
définition, lorsque tend vers 0, alors le vecteur tend vers un vecteur qui est le vecteur de
contrainte à ce point.

Le vecteur contrainte peut se projeter en deux composantes :

− une composante notée normale à la l’élément de surface ,


− une composante notée tangente à la l’élément de surface .

La composante normale du vecteur contrainte s’appliquant au point M est appelé pression


hydrostatique. De plus, dans un fluide au repos (ou dans le cas d’un fluide parfait), la composante
tangentielle de ce vecteur contrainte est nulle. En conséquence, dans un fluide au repos, la
pression qui s’exerce sur une surface est toujours normale à cette surface.

Dans le système international, l’unité de la pression est le pascal (Pa). Un pascal (Pa) est
équivalent à un effort de un newton (N) s’appliquant sur une surface de un mètre carré (m2). On
utilise également couramment comme unité de pression le bar (bar) qui équivaut à 105 Pa,
l’atmosphère (atm) qui équivaut à la pression atmosphérique conventionnelle au niveau de la
mer soit 101 325 Pa, ou encore le mètre de colonne d’eau (mCE) qui équivaut à la pression qui
s’exerce à la base d’une colonne d’eau de 1.0 m de hauteur, soit 9 810 Pa.

2.2.Echelle de pression

Dans l’étude des réseaux de distribution d’eau ou d’assainissement, on utilise deux échelles
différentes de pression. Ces deux échelles diffèrent par la pression de référence qu’elles
considèrent.

Dans l’absolu, on sait qu’une pression nulle correspond au vide total : en l’absence de toute
matière, la pression tend vers une valeur proche de zéro. L’échelle de pression absolue est donc
définie par une origine (pression nulle) correspondant au vide absolu.

On peut choisir d’utiliser comme origine de l’échelle des pressions une tout autre valeur. Cette
valeur est généralement choisie parce qu’elle permet de simplifier les calculs effectués sur les
systèmes considérés.

Dans le cas des réseaux de distribution d’eau ou d’assainissement, on peut faire plusieurs
observations :

− les réseaux sont déployés dans des gammes d’altitude sur lesquelles la pression
atmosphérique varie peu, ou tout du moins dans des proportions qui ne sont pas
significatives par rapport aux phénomènes observés,
− les réseaux sont exposés, sur toutes leurs parties externes, à la pression atmosphérique.

Du fait de ces deux raisons, on sait que les calculs de pression dans les réseaux comporteront
toujours la pression atmosphérique, et que celle-ci pourra être considérée comme constante. En

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conséquence, on a défini une échelle de pression relative qui est caractérisée par un point de
référence égal à la pression atmosphérique. Si on note la pression dans l’échelle de pression
absolue, la pression dans l’échelle de pression relative et la pression atmosphérique
(constante), on a simplement :

= −

Ainsi, on différenciera l’état de surpression ou de dépression par rapport à la pression


atmosphérique, par le signe de la pression relative .

Attention : la pression absolue reste toujours positive ou nulle (vide absolu). Cela signifie que la
valeur minimale pression relative est égale à =− .

2.3.Isotropie de la pression hydrostatique

Dans un fluide au repos, la pression hydrostatique est isotrope, c’est-à-dire qu’elle ne dépend pas
de l’orientation de l’élément de surface que l’on considère en un point donné.

Soit un volume de liquide au repos Ω. Ce volume a pour frontière une surface cylindrique de
révolution fermée et son axe de révolution est horizontal. Les extrémités de ce cylindre sont
fermées d’un côté par une surface circulaire perpendiculaire à l’axe du cylindre ( ) et de l’autre
côté par une surface elliptique ( ! ) inclinée d’un angle " par rapport à l’axe du cylindre.

&

!
" 'Ω(

En termes d’effort, ce volume est soumis à son poids propre (poids propre du fluide qu’il contient)
et aux forces de pression qui s’exercent sur sa surface .

Le volume Ω est à l’équilibre est la somme des efforts qui s’appliquent sur lui est nécessairement
nulle dans toutes les directions, donc également selon la direction de l’axe du cylindre
(horizontale).

Le poids propre est orienté verticalement et vers le bas : sa projection sur l’axe du cylindre est
donc nulle.

Les forces de pression dépendent de la valeur de la pression et s’appliquent perpendiculairement


à la surface considérée :

− les forces s’appliquant sur l’enveloppe cylindrique du volume pointes donc


perpendiculairement à l’axe du cylindre : leur projection est donc nulle dans cette
direction,
− la force de pression s’appliquant sur ! se projette sur l’axe avec la valeur ! cos ",
− la force de pression s’appliquant sur se projette sur l’axe avec la valeur − .

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L’équilibre des efforts s’appliquant sur le volume, projetés sur l’axe du cylindre s’écrit donc

! cos " − =0

soit

! cos " =

Or géométriquement, on sait que les surface ! et sont liées par la relation

! cos " =

On en déduit donc

! cos "
=
! cos "

ou encore

!
! = = =
!

On trouve finalement que la valeur de la pression à chaque extrémité du cylindre est la même et
ce pour toutes orientations des extrémités du cylindre. La pression dans un fluide au repos est
donc bien isotrope.

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3. Equation fondamentale de l’hydrostatique


3.1.Démonstration

Soit un volume Ω de liquide au repos de masse volumique *. Ce volume a pour frontière une
surface cylindrique de longueur + et de section droite de révolution fermée et son axe de
révolution est incliné d’un angle par rapport à la verticale. Les extrémités de ce cylindre sont
fermées d’un côté par deux surfaces elliptiques ! et inclinée respectivement d’un angle " et
par rapport à l’axe du cylindre.

&

+
&

'Ω(

&!
+ *,
" ! !

En termes d’effort, ce volume est soumis à son poids propre et aux forces de pression qui
s’exercent sur sa surface .

Le volume Ω est à l’équilibre est la somme des efforts qui s’appliquent sur lui est nécessairement
nulle dans toutes les directions, donc également selon la direction de l’axe du cylindre
(horizontale).

Le poids propre est orienté verticalement et vers le bas : sa projection sur l’axe du cylindre est
égale à −+ *, cos .

Les forces de pression dépendent de la valeur de la pression et s’appliquent perpendiculairement


à la surface considérée :

− les forces s’appliquant sur l’enveloppe cylindrique du volume pointes donc


perpendiculairement à l’axe du cylindre : leur projection est donc nulle dans cette
direction,
− la force de pression s’appliquant sur ! se projette sur l’axe avec la valeur
! cos " = ! ! cos"
− la force de pression s’appliquant sur se projette sur l’axe avec la valeur
− cos = cos

L’équilibre des efforts s’appliquant sur le volume, projetés sur l’axe du cylindre s’écrit donc

−+ *, cos + ! ! cos" − cos =0

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Or géométriquement, on sait que les surface , ! et sont liées par la relation

= ! cos " = cos ≠0

On obtient donc

−+*, cos + ! − =0

Or si on définit un axe vertical ascendant donnant les altitudes des différents points de l’espace,
on a donc + cos = & − &! . On obtient finalement une expression de l’équation fondamentale de
l’hydrostatique

/0 = /1 + 23'41 − 40 (

Connaissant la pression en un point (2) on peut déterminer la pression en un autre point du même
fluide (1) de masse volumique * à partir de la différence d’altitude entre ces deux points.

Il est très important de noter que cette loi n’est applicable que si les 2 points entre lesquels elle
est appliquée se situent dans un même fluide, c’est-à-dire un fluide continu de même masse
volumique.

On exprime également l’équation fondamentale de l’hydrostatique des façons suivantes :

/ + 234 = cte

On devine aisément à partir de cette expression la forme des surfaces isobares, c’est-à-dire des
surfaces regroupant les points où la pression est identique. En effet, à une altitude donnée dans
un fluide au repos, la pression est nécessairement constante. Les plans horizontaux sont donc des
surfaces isobares.

On exprime également l’équation fondamentale de l’hydrostatique avec des termes homogènes à


des distances :
/
+ 4 = cte = 7
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où H représente la hauteur piézométrique.

Si on perce, dans une canalisation remplie d’eau par exemple, un trou sur lequel on fixe un tube
vertical, une colonne d’eau se formera dans ce tube et aura une hauteur de H à partir du niveau de
la canalisation.

Le niveau piézométrique est également utilisé en mécanique des sols ou en hydrogéologie. Pour
suivre les fluctuations des hauteurs de nappe d’eau souterraines ou de nappes phréatiques, on
utilise des tubes piézométriques qui sont insérés dans le sol et qui permettent de connaître la
profondeur de ces nappes (pour les nappes libres) ou la pression du fluide dans ces nappes (pour
les nappes dites captives).

3.2.Principe de Pascal

Le principe de Pascal est le principe selon lequel une augmentation de pression en un point d’un
fluide au repos s’accompagne nécessairement de la même augmentation de pression en tout point
de ce même fluide. C’est ce principe qui est exploité dans le mode de fonctionnement des vérins.

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3.3.Applications

Les applications de l’équation fondamentale de l’hydrostatique sont très nombreuses.

− montrer que la surface de séparation entre deux liquides non miscibles au repos et de
masses volumiques différentes est nécessairement un plan horizontal,

Montrer que l’altitude de A et de B sont identiques, si *′ est différent de *.

− mesurer des masses volumiques et des pressions avec l’utilisation de tube en U,

Exprimer *′ en fonction de * et des hauteurs 9 et 9′.

Calculer : en fonction de ′: et des données du problème

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− montrer le principe de la poussée d’Archimède,

Soit le solide parallélépipédique ci-dessus, plongé dans un liquide de masse volumique *,


et dont l’orientation dans le liquide est celle présentée ci-dessus.

Faire le bilan des efforts qui s’appliquent sur le solide et en déduire la valeur de la poussée
d’Archimède qu’il subit.

− etc…

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4. Notions de base de l’hydrodynamique


Dans cette partie, on étudiera les lois qui permettent de décrire le comportement des liquides en
mouvement. On se restreint ici au cas de l’écoulement de liquide dans les canalisations en charge
qui représentent le mode d’adduction d’eau majoritaire dans les pays développés.

4.1.Définitions

Le mouvement d’un fluide peut être décrit à différentes échelles : de l’échelle de la particule à
l’échelle macroscopique.

Le mouvement d’une particule est décrit par la trajectoire : c’est le lieu géométrique des
positions successives occupées au cours du temps par une particule. C’est une courbe continue et
en tout point tangente au vecteur vitesse de la particule considérée. De plus, par définition, les
trajectoires de deux particules différentes ne peuvent pas se croiser.

Pour décrire l’écoulement ou le mouvement d’un nombre plus important de particule, tout en
restant à une échelle élémentaire, on utilise la notion de filet liquide. Le filet liquide est un volume
fermé, caractérisé par une section élémentaire sur laquelle s’appuient une infinité de
trajectoires. Cet ensemble de trajectoire forme un volume fermé appelé filet liquide. D’après la
définition de la trajectoire, les particules situées dans un filet liquide ne peuvent en sortir.

L’agglomération de plusieurs filets liquides juxtaposés donne ce que l’on appelle un tube de
courant. Un tube de courant, comme un filet liquide est circonscrit par un ensemble de
trajectoires de particules. Il est donc également impossible pour une particule de liquide située
dans un tube de courant, d’en sortir. A ce titre, un tronçon de canalisation étanche est un tube de
courant.

Lorsque l’on considère un fluide en mouvement, les grandeurs caractéristiques de l’écoulement


de ce fluide en un point ;'<, >, &( sont la vitesse du fluide et sa pression . On fait face à deux
types de situations :

− les grandeurs caractéristiques de l’écoulement et dépendent des coordonnées du point


considéré '<, >, &( et du temps , on se trouve alors en situation de régime non
permanent,
− les grandeurs caractéristiques de l’écoulement et dépendent seulement des
coordonnées du point considéré '<, >, &( et non du temps , on se trouve alors en situation
de régime permanent.

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4.2.Débit circulant dans une conduite

Les équations présentées dans la suite de ce cours sont établies dans le cas d’un écoulement en
régime permanent dans une canalisation, représentant un tube de courant.

Le débit volumique est noté ?, par convention. Son unité est le m3.s-1 dans le système
international.

Dans un filet liquide de section élémentaire , la vitesse du fluide peut être considérée comme
constante sur la section. On obtient donc un débit élémentaire ? = .

Pour obtenir le débit total ? circulant dans la canalisation (tube de courant), on écrit

?= @
'A(

Dans le cas d’un fluide parfait, c’est-à-dire sans viscosité, la vitesse est constante sur toute la
section de la canalisation, on peut donc écrire

?= @ = @ =
'A( 'A(

En effet, un fluide parfait ne développe pas de frottement au contact des parois de la canalisation.
L’écoulement n’est donc pas affecté par les conditions aux limites : la vitesse d’une particule située
au contact de la paroi de la canalisation est la même que celle d’une particule qui en est éloignée.

En revanche, dans le cas d’un fluide réel, c’est-à-dire qui présente une viscosité non nulle, la
vitesse d’une particule au contact de la paroi de la canalisation tend vers 0 alors qu’elle est non
nulle pour une particule située plus loin des parois. Dans le cas d’un fluide réel, le profil de vitesse
sur la section de la canalisation n’est pas constant.

En conséquence, pour les fluides réels, on considèrera que le débit s’exprime par la même
expression, dans laquelle le terme de vitesse représentera en réalité la vitesse moyenne du
fluide sur la section de la canalisation. On aura donc également :

?= moyenne =

Pour les fluides réels, le profil des vitesses du fluide dans la section dépend du régime
d’écoulement.

4.3.Principe de conservation des débits

Le fluide auquel nous nous intéressons ici est l’eau. On peut considérer que l’eau est
incompressible dans la gamme de pression à laquelle elle est exposée dans les applications qui
nous intéresse (entre zéro et quelques dizaines de bar). En conséquence, la conservation de la
masse est équivalente à la conservation des débits volumiques.

Si on considère une portion de canalisation en charge dont l’entrée, dans le sens de l’écoulement,
a une section ! et la sortie un section . La loi de conservation des débits exige que le débit
entrant dans la portion de canalisation ?! est égal au débit sortant ? . On peut donc écrire, d’après
le paragraphe précédent :

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?! = ?

! ! =

Cette dernière équation montre que la vitesse du fluide augmente lorsque la section de
canalisation diminue.

4.4.Théorème de Bernoulli

Le théorème de Bernoulli est l’extension aux fluides en mouvement de l’équation fondamentale


de l’hydrostatique. Il permet de relier les différentes grandeurs caractéristiques de l’écoulement
entre elles : la vitesse , la pression et les coordonnées de l’espace '<, >, &(.

&! &

(MannyMax (Wikipedia), publié sous Creative Commons)

Le théorème de Bernoulli pour les fluides parfaits incompressible (cas de l’eau pour nos
applications), peut se démontrer en écrivant la conservation de l’énergie mécanique d’un volume
de fluide en mouvement.

Soit le tube de courant (ou la portion de canalisation) représentée sur la figure ci-dessus. Le fluide
s’écoule de la gauche vers la droite. A l’instant , le volume de fluide considéré se situe entre les
sections E! et E . Au niveau de la section E! , l’écoulement est caractérisé par une pression ! et
une vitesse F! . Au niveau de la section E , l’écoulement est caractérisé par une pression et une
vitesse F .

A un instant suivant + ∆ , la frontière E! du volume s’est déplacée d’une distance G! vers la droite
et la frontière E d’une distance G . On considère que ∆ est suffisamment réduit pour que les
vitesses et pressions aux niveaux E! et E sont les mêmes qu’à l’instant .

La conservation de l’énergie mécanique sur le volume de fluide parfait s’écrit de la façon suivante :

∆HI + ∆HJ = K

avec ∆HI la différence d’énergie potentielle, ∆HJ la différence d’énergie cinétique et K le travail
des forces de pression :

∆HI = ∆L,& − ∆L,&!

1 1
∆HJ = ∆LF − ∆LF!
2 2

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K= ! E! G! − E G

On en déduit donc l’expression suivante :


1 1
∆L,& + E G + ∆LF = ∆L,&! + ! E! G! + ∆LF!
2 2
Or on sait que le fluide est incompressible donc ∆L = *E! G! = *E! G , on obtient donc :

F ! F!
,& + + = ,&! + +
* 2 * 2

Le théorème de Bernoulli pour un fluide parfait incompressible s’exprime de la façon suivante

− en unité de pression:

*F *F!
*,& + + = *,&! + ! +
2 2,

− en unité de longueur:

F ! F!
& + + = &! + + =O
*, 2, *, 2,

La charge hydraulique O est une unité de longueur qui représente l’énergie dont dispose le fluide
pour s’écouler.

Comme l’écoulement d’un fluide parfait se produit sans effet de viscosité (ou effet de frottement),
il n’y a pas de perte d’énergie lors de l’écoulement : la charge hydraulique reste constante.

L’expression du théorème de Bernoulli en unité de longueur peut être utilisée pour représenter
graphiquement l’énergie totale dont dispose le fluide et montrer comment elle se décompose. La
charge hydraulique est la somme :

− d’un terme d’énergie potentielle &


I
− d’un terme d’énergie des forces de pression
P
Q
− d’un terme d’énergie cinétique
P

F
2,

O
*,

&

Remarque : lorsque la vitesse du fluide est nulle, l’expression du théorème de Bernoulli est
équivalente à l’équation fondamentale de l’hydrostatique.

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5. Ecoulements des fluides réels dans les canalisations en


charge
Un fluide réel se différencie d’un fluide parfait par le fait qu’il possède une viscosité non nulle.
La viscosité traduit la propension d’un fluide à développer des forces de frottement lorsqu’il
s’écoule au contact soit d’autres particules de fluides, soit des parois ou obstacles. On peut trouver
une certaine analogie entre les forces de viscosité et les forces de frottement.

5.1.Régimes d’écoulement

Lors de l’écoulement dans une canalisation en charge, un fluide parfait présente un profil de
vitesse constant sur la section alors qu’un fluide réel présentera des vitesses importantes au
centre de la canalisation et tendant vers 0 en se rapprochant des bords de la canalisation.

profil de vitesse profil de vitesse


d’un fluide parfait d’un fluide réel

La forme précise du profil de vitesse de fluide dans la section de la canalisation dépend du régime
d’écoulement.

Les régimes d’écoulement correspondent à différentes façon qu’a le fluide de s’écouler ; ils ont été
notamment formalisés par Osborne Reynolds en 1883, par l’intermédiaire du nombre sans
dimension dit nombre de Reynolds, noté R , qui permet de caractériser le régime d’un
écoulement. Le nombre de Reynolds est défini par
S
R =

où est la vitesse moyenne de l’écoulement, S est le diamètre de la canalisation dans laquelle a


lieu l’écoulement (ou bien la longueur caractéristique de l’écoulement si celui-ci n’a pas lieu dans
une canalisation) et est la viscosité cinématique du fluide.

Pour des nombres de Reynolds croissants, on observe en dynamique des fluides 3 régimes
d’écoulement : régime laminaire, régime transitoire et régime turbulent. Les limites entre ces
régimes sont données en ordre de grandeur seulement.

Lorsque le nombre de Reynolds augmente, la fin du régime laminaire est observée pour une valeur
de nombre de Reynolds comprise entre 2000 et 3000. Le régime laminaire se caractérise par
l’écoulement du fluide selon des lignes de courant identifiables et parallèles aux bords de la
canalisation.

Lorsque le nombre de Reynolds augmente encore, des instabilités dans l’écoulement se


produisent et donnent lieu à des phénomènes chaotiques que l’on regroupe sous le terme de
turbulence. Dans ce régime d’écoulement, les lignes de courant ne sont plus identifiables.

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Hydraulique générale

Le régime turbulent se décompose en 2 sous-régimes : le régime turbulent hydrauliquement lisse


dans lequel l’effet de la viscosité du fluide prédomine dans la perturbation de l’écoulement, et le
régime turbulent rugueux dans lequel c’est la rugosité des parois qui va prédominer dans la
perturbation de l’écoulement.

5.2.Théorème de Bernoulli pour un fluide réel

Un fluide réel se différencie d’un fluide parfait par le fait qu’il présente une viscosité non nulle.
Cette viscosité non nulle engendre des efforts de résistance à l’écoulement matérialisée par les
forces d’interactions des particules de fluides sur leur voisines. Ce phénomène peut s’appréhender
assez facilement en faisant l’analogie entre ces forces de résistance entre particules de fluide et
les forces de frottement qui peuvent exister entre deux solides en contact se déplaçant à des
vitesses légèrement différentes.

L’analogie peut s’étendre au fait que, comme pour les forces de frottement, les forces engendrées
par la viscosité du fluide créent une perte d’énergie dans l’écoulement. On rappelle que l’énergie
de l’écoulement est représentée par la charge hydraulique disponible, et donc la perte d’énergie
dans l’écoulement sera appelée perte de charge.

Dans l’écoulement d’un fluide dans une canalisation, les pertes de charges sont de deux types :

− les pertes de charges qui se produisent de manière continue tout au long de l’écoulement :
ces pertes de charges sont dues au frottement visqueux du fluide et à la rugosité des parois
de la canalisation. On les appelle pertes de charges régulières ou linéaires ou continues.
− les pertes de charge qui sont dues à d’autres causes que par frottement visqueux ou par
contact avec les parois, qui sont les singularités de l’écoulement. On les appelle pertes de
charges singulières.

On a montré que dans le cas d’un fluide parfait, par hypothèse, la charge hydraulique O est
constante. Entre 2 points d’un écoulement de A vers B, on peut donc écrire pour un fluide parfait :

OT = OU

T T U U
&T + + = &U + +
*, 2, *, 2,

Dans le cas d’un fluide réel, il faudra prendre en compte dans cette équation les pertes de charges
que l’on note ΔO

OT = OU + ΔO

T T U U
&T + + = &U + + + ΔO
*, 2, *, 2,

Les pertes de charges sont toujours comptées comme positives. Les équations ci-dessus
traduisent donc le fait que la charge hydraulique est toujours décroissante dans le sens de
l’écoulement, sauf cas où il y a apport extérieur d’énergie (par une pompe par exemple).

Le terme ΔO englobe les pertes de charges régulières et singulières. On verra plus loin comment
celles-ci sont évaluées.

Bastien Chevalier p. 19
Hydraulique générale

De la même façon que dans le cas du fluide parfait, on peut faire une représentation graphique du
théorème de Bernoulli.

F
2,

O
*,

` &

La ligne de charge (en rouge), est toujours décroissante. La ligne piézométrique (en jaune) peut
être croissante comme décroissante. La ligne de cote (en vert) suis le profil d’altitude de
l’écoulement.

5.3.Pertes de charges régulières

La perte de charge régulière dépend de la vitesse V, du diamètre D, de la longueur L, de la viscosité


cinématique , de la perte de charge ΔO, de la rugosité des parois W (= hauteur moyenne des
aspérités de la conduite), de la masse volumique du fluide *.

On peut montrer par analyse dimensionnelle que la perte de charge peut s’exprimer de la façon
suivante :

+ S Z
W [
∆O P = X Y X Y
S 2, S
\] J
On reconnait dans cette équation le nombre de Reynolds R = ^
et le rapport ] que l’on appelle
aussi rugosité relative de la canalisation. Le coefficient est un coefficient indéterminé et sans
dimension.

Finalement, les pertes de charges régulières (ou linéaires ou continues) peuvent s’exprimer par la
formule de Darcy-Weisbach :

+
∆O P =_
S 2,

Cette formule fait apparaître un coefficient de perte de charge régulière noté _ qui dépend de la
viscosité du fluide (nombre de Reynolds) et de la rugosité des parois.

Cette formule montre que la perte de charge sur une canalisation augmente lorsque sa longueur
augmente, lorsque la vitesse de l’écoulement augmente et lorsque le diamètre de la conduite
diminue.

Bastien Chevalier p. 20
Hydraulique générale

5.3.1. Rugosité et vieillissement des conduites


La rugosité relative de la paroi peut être évaluée en fonction du matériau de la canalisation, de
son mode de fabrication, de son vieillissement. On trouve des valeurs dans les catalogues de
fabricants qui donnent généralement des intervalles de valeurs tenant compte des dispersions, du
vieillissement.

Malgré l’incertitude d’appréciation de la rugosité, on montre que l’incertitude sur les conditions
d’écoulement est assez faible :
? 1 1 W
= −X à Y
? 6 12 W

Ainsi, si W → 2W, on a ? → 0,9?.

La rugosité W varie généralement entre quelques µm et plusieurs millimètres. Cependant, dans


certains ouvrages tels que les galeries souterraines d’amenée d’eau à une centrale électrique
pouvant être taillées dans la roche, la rugosité peut être de l’ordre d’une dizaine de centimètres.

5.3.2. Détermination expérimentale du coefficient de perte de charge _


L’absence de modèle théorique simple pour établir la relation entre le coefficient de perte de
charge, le nombre de Reynolds et la rugosité des parois a conduit les scientifiques et ingénieurs à
déterminer cette relation empiriquement
W
_ = f XR , Y
S
Sur un banc d’essai, on place un tronçon de canalisation de caractéristiques connues (diamètre S
et rugosité W) dans lequel on fait circuler un fluide de caractéristiques connues (viscosité
cinématique et masse volumique *) par l’intermédiaire d’une pompe permettant de faire varier
le débit dans la canalisation, donc le nombre de Reynolds R .

On mesure sur cette canalisation la perte de charge afin de déterminer le coefficient de perte de
charge
∆O P
_=
+
S 2,

Bastien Chevalier p. 21
Hydraulique générale

L’expérience de Ivan Nikuradzé a permis d’obtenir les résultats illustrés sur le graphique suivant,
qui représente le coefficient de perte de charge _ en fonction de R pour des canalisations de
différentes rugosités.

(1) (2) (3a) (3b) (4) (5)

log R
2000 à 5000 à
3000 10000

Phase (1) 0 < R < 2000 à 3000, le régime d’écoulement est laminaire et _ dépend uniquement
de R :
64
_=
R
Phase (2) 2000 à 3000 < R < 5000 à 10000, le régime d’écoulement est transitoire et il
n’existe pas de formulation de _ pour ce régime d’écoulement.
J
Phase (3) (a) pour R < 10k à 10l (selon la valeur de ]), on observe une phase linéaire (droite de
Blasius)
0.316
_=
R !/k
Phase (3) (b) lorsque la rugosité est assez faible, la droite de Blasius se prolonge sous forme
hyperbolique (équation de Prandtl-Von Karman)

1 R √_
= 2 logrR √_s − 0.8 = 2 log u v
√_ 2.51

Les formules de Blasius et de Prandtl-Von Karman montrent que _ est indépendant de la rugosité
de la conduite : le régime est alors qualifié de turbulent lisse, ou hydrauliquement lisse. En effet,
dans ce cas, le régime d’écoulement est le même que si on avait une canalisation lisse.
J
Phase (5) à partir de R > 10l à 10x et pour toutes les valeurs de ], on observe une droite
horizontale (équation de Nikuradzé) :
1 S S
= 2 log X Y + 1.14 = 2 log X3.71 Y
√_ W W

Bastien Chevalier p. 22
Hydraulique générale

On remarque que _ est indépendant du nombre de Reynolds lorsque celui-ci est très important.
Le régime d’écoulement est alors qualifié de régime turbulent rugueux ou hydrauliquement
rugueux.

Phase (4) C’est une phase de transition entre le régime d’écoulement turbulent lisse et turbulent
rugueux. _ dépend alors à la fois du nombre de Reynolds et de la rugosité relative (équation de
Colebrook) :
1 2.51 W
= −2 log X + Y
√_ R √_ 3.71S
L’équation de Colebrook permet de décrire l’ensemble des régimes turbulents lisse et rugueux
(phase 3 à 5).

Des abaques représentant ces équations permettent de déterminer facilement les valeurs de
J
coefficient de perte de charge _ à partir du nombre de Reynolds R et de la rugosité relative
]
(diagramme de Moody par exemple).

5.4.Pertes de charge singulières

Les singularités sont toutes les occasions que présentent un écoulement fluide de subir des pertes
d’énergie donc de charge autres que par frottement visqueux ou par contact avec les parois. Ces
singularités peuvent être par exemple :

− un changement de section de la canalisation,


− un changement de direction,
− un branchement d’une conduite dans un réservoir,
− un branchement entre conduites,
− la traversée d’un appareil de mesure (pression, vitesse…),
− la traversée d’un appareil de régulation d’écoulement (ventouse, réducteur de pression,
anti-bélier, robinet ou vanne).

Les robinets et vanne sont les dispositifs qui génèrent le plus de pertes de charge. Leur fonction
de réduction des débits est d’ailleurs assurée par la création même d’une perte de charge (par
réduction ou modification de la section d’écoulement).

A part pour le cas de l’élargissement brusque de section, pour lequel la perte de charge peut être
calculée grâce au théorème d’Euler, les autres singularités ne peuvent pas être traitées
théoriquement ou numériquement. Par analogie avec les pertes de charges régulières, les pertes
de charge singulières sont exprimées sous la forme suivante :

ΔO z{P =
2,

où K est un paramètre sans dimension déterminé expérimentalement.

5.4.1. Elargissement brusque de section


Pour un élargissement brusque de la section depuis une petite section S1 vers une plus grande
section S2, la perte de charge s’exprime de la façon suivante :

Bastien Chevalier p. 23
Hydraulique générale

! !
ΔO = X1 − Y
2,

Pour les changements de sections, on exprime toujours la perte de charge en fonction de la vitesse
dans la petite section.

5.4.2. Rétrécissement brusque de section


Pour un élargissement brusque de la section depuis une grande section S1 vers une plus petite
section S2, la perte de charge s’exprime de la façon suivante :

1
ΔO = X − 1Y
2, |}

Cc représente le coefficient de contraction de la veine liquide dans la petite section.

|}

A •
Pour un raccord à angle droit, le coefficient |} = 0.63 + 0.37 ~AQ €

Pour les changements de sections, on exprime toujours la perte de charge en fonction de la vitesse
dans la petite section.

5.4.3. Raccordement progressif de sections


Raccordement convergent (diminution de section dans le sens de l’écoulement) : on considère que
la perte de charge singulière est négligeable.

Raccordement divergent (augmentation de section dans le sens de l’écoulement) :

Le coefficient de perte de charge peut s’exprimer sous les formes suivantes :

S!
= 3.2'tan (!. l
ƒ1 − X Y „
S

ou

S!
= sin ƒ1 − X Y „
S

Bastien Chevalier p. 24
Hydraulique générale

5.4.4. Changement de direction ou coudes


On considère ici les changements de directions où la section est conservée. Soit l’angle de
changement de direction (exprimé en degrés) et R: le rayon de courbure de la fibre moyenne.

Pour un coude à changement de direction arrondi, on a :

S •.l
= ƒ0.13 + 1.85 X Y „
2R: 90

Pour un coude à changement de direction vif, on a :

= sin + sink
2 2
5.4.5. Autres singularités
Pour les autres singularités, on pourra se référer aux formulaires disponibles dans la littérature
ou auprès des fabricants d’équipement.

Généralement, les coefficients de pertes de charge singulière sont inférieurs à 1, sauf dans le cas
des robinets et vannes, pour lesquels les valeurs n’ont pas de limite et dépendent du degré de
fermeture.

5.5.Prise en compte des pertes de charges dans les réseaux

Nous avons vu que l’écoulement d’un fluide dans un ensemble de canalisations s’accompagne de
pertes continuelle d’énergie ou pertes de charge : certaines sont réparties tout au long du réseau
puisqu’elle résulte de la nature visqueuse du fluide et du contact de celui-ci avec les parois (pertes
de charges régulières, ou continues, ou encore linéaires), d’autres surviennent lorsque
l’écoulement traverse des singularités, celles-ci sont donc très localisées (pertes de charges
singulières).

En l’absence d’apport d’énergie à l’écoulement (par le biais d’une pompe notamment), la charge
de l’écoulement est en diminution constante depuis l’amont vers l’aval. La ligne de charge est donc
décroissante. Ce n’est pas le cas de la ligne piézométrique.

Entre un point A situé en amont et un point B situé en aval, on pourra écrire le théorème de
Bernoulli de la façon suivante :

T T U U
&T + + = &U + + + ΔOTU
*, 2, *, 2,

avec

+z z ˆ
ΔOTU = † r∆O éP + ∆O z{P s = † u_z v+ †u ˆ v
Sz 2, 2,
T→U z ˆ

En pratique, on observe que les pertes de charges régulières sont très prépondérantes dans les
pertes de charge totales. Dans le calcul des réseaux, on peut en première approche ne pas tenir
compte des pertes de charges singulières, puis les ajouter ensuite forfaitairement des pertes de
charges régulières (ΔO z{P représente 10 à 15 % de ΔO éP ).

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