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302 JUSTIN APOLOGIE l, 65,1-3 303

65. 1. 'H[.LE~Ç 3È [.LETà TO OUTNÇ Àoucrcx.~ TOV Tt"E7tE~cr[.Lsvov L'eucharistie baptismale 11. Quant à nous, après
f.237r crUYXcx.Tcx.TE 6E~[.LEVOV
f
E7n fi"" ,a
TOUe; I\EY0[.LEVOUÇ cx.OEl\epOUe;
' \ ' ,
avoir ainsi conduit au bain
Ev6cx. crUV·~Y[.LSVO~ e:1crt, xo~vàç Eùxàe; Tt"O~YJcr6[.LEVO~ {msp TE celui qui a embrassé la foi et a marqué son assentiment
TWV xcx.l TOU epNncr6svToÇ xcx.l &ÀÀNV Tt"cx.VTcx.XOU Tt",xVTNV (à notre doctrine), nous le menons 2 chez ceux que nous
5 VNe;, I5Tt"Nç Xcx.Tcx.~~N6w[.LEV Tà &ÀYJ6Yj [.Lcx.66vTEe; xex,l 3~' appelons (1 frères a 3 », au lieu où ils sont assemblés 4 ; nous
&ycx.60lTt"oÀ~TEUTcx.l xex,l epÛÀcx.XEÇ TWV SVTETcx.À[.LSVNV ",'"n"H;'IJrY/. récitons avec ferveur des prières communes 5 pour nous-
I5Tt"Ne; T~V cx.lwvwv crNTYJptcx.V crN6w[.LEV. 2. 'AÀÀ~Àoue; m'AT,'I(''''' mêmes, pour celui qui a été (1 illuminé 6 », et pour tous les
&crTt"cx.~6[.LE6cx. Tt"cx.Ucr,x[.LEVO~ TWV EÙXWV. 3. ''ETt"E~Tcx. Tt"CIOC;(o~~OE:TOl~ autres, où qu'ils se trouvent, afin qu'après avoir connu la
vérité, nous méritions aussi, par nos actions, d'être reconnus
comme gens de bonne conduite 7 et bons observateurs des
commandements, afin de parvenir ainsi au salut éternel. 2.
Quand les prières sont terminées, nous nous saluons mutuel-
65. 6 &YiX8ol 7I:oÀvrsuTiXl A : &YiX8iDv 7I:oÀ(Tsucr8iXl 0 Il 7 post &ÀÀ'~Àouç lement par un baiser 8. 3. Ensuite on apporte à celui qui
add. l'lÊ Ashton Mcv

65, 3 PLINE LEJEUNE, Lettres X 96, 7 3. L~ dénomination, usuelle dès l'époque apostolique, est commune
65,4 PHILON, De specialibus legibus l, 97.168. 190 ; II, 167 dans l'Eglise ancienne; Voir E.R. SCHELKLE, « Bruder l) RAC II 631-640 .
notamment 636; M. DUJARIER, L'Église fraternité: Les o;igines d~
l'expression « adelphotèsJratemitas » aux trois premiers siècles du chris-
65. a. Cf. Mt 23, 8 tianisme, Paris 1991 ; infra, II, l,let la note 6, p. 319.
4. Justin se montre d'une extrême discrétion sur le lieu de réunion de
l:assemblée chrétien!1e. Il l'est davantage encore sur « le corps des chré-
1. A l'instar de la Tradition apostolique (c. 21), des Actes de Thomas (c. tiens l) comme tel, l'Eglise, dont il ne fait nulle part mention dans l'Apolo-
26 s. ; 50 ; 157), des Actes de Pierre (c. 5), de l'Évangile de Philippe (sent. gie. Pour les passages du Dial. où il l'évoque, voir O. LINTON, « Ekklesia Il,
23 ; 68), Justin offre la première description de l'eucharistie baptismale; il RACIV, 917 s.
la complète, en l, 67, en évoquant la synaxe dominicale, à l'instar de la 5. De même que les Juifs offrent des sacrifices pour l'empereur (JosÈ-
Didachè (c. 9 et 14), d'Ignace d'Antioche (Eph. 13, 1 ; lVIagn. 7, 2; Trall. 7, PHE, B. Iud. II, 197) et pour tout le genre humain (PHILON, Spec. leg l, 97.
2; Smyrn. 7, l ; 8,1) et d'Irénée (Adv. Haer. IV, 18 ; V, 2). Il écrit à Rome, 168. 190 ; II, 167), les chrétiens prient pour les autorités politiques et pour
mais sa description de l'eucharistie s'intègre harmonieusement dans le l'empereur; cf. l, 14,3; 17, 3 et Dial. 18,3; 35, 8 ; 133, 6. Voir O. MICHEL,
cadre élargi des liturgies de l'aire hellénistique. Pour l'aire syro-palesti- « Gebet II (Fürbitte) l), RAC IX, 1-36, notamment 18-19 et 23.
nienne, voir W. EHLERT, Abendmahl und Kirchengemeinschaft in der 6. Cf. l, 61, 12 et 13.
alten Kirche hauptsiichlich des Ostens, Berlin 1954. 7. Cf. l, 4, 2. L'insistance de Justin sur le loyalisme des chrétiens se
2. Le passage du baptisé, du lieu de son baptême au lieu où sera célébrée justifie d'autant plus que tous les droits civiques leur sont refusés; voir
l'eucharistie baptismale, est lourd de significations théologiques, ecclésiolo- L. WENGER, « Bürgerrecht Il, RACII, 778-786.
giques et « juridiques 1) ; voir O. REGGELBACHER, Die christliche Taufe ais 8. On distinguera de l'usage commun antique de la salutation par un
Rechtsakt nach dem Zeugnis der frühen Christenheit, Fribourg/Suisse baiser (voir K. THRAEDE, « Friedenskuss l), RAC VIII, 505-511), attesté
1953. Le plus important des effets, « juridiquement l) liés au baptême, dut dans le Nouveau Testament et dans la littérature paléochrétienne, le baiser
être, pour nombre de candidats issus des classes inférieures de la société, « liturgique l), dont Justin est le premier témoin. D'après lui, c'est après la
l'assurance de pouvoir compter désormais sur les services d'assistance des prière universelle (qui achevait la liturgie de la parole) que les chrétiens
communautés; cf. l, 67, 6-7; voir 1. GAGÉ, Les classes sociales dans s'embrassaient (ou: se saluaient en échangeant un baiser). Ce geste liturgi-
l'Empire romain, Paris 1971, p. 319-326. que était prétexte à calomnie.
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T0 7tPOSO"T(0T( b TWV &3sÀepwv &pTOÇ XiX~ 7tf,,!"-,,,,,,,\i l l'assemblée des frères du pain et une coupe d'eau
10 Xp6:fhiXTOÇ, XiX~ 00TOÇ ÀiXOWV iXlvov xd M1;iXV trempé 2 ; les ayant pris, celui-ci adresse louange et
oÀÜJv 3d( TOU ov6fhiXTOÇ TOU ulou XiX~ TOU 7t\'SÙlfhCH()C 3 au Père de l'univers, par le nom du Fils et de l'Esprit

&viX7tifh7tS( XiX~ SÙXiXP(o"TtiXV U7tÈp TOU et il fait une longue action de grâces parce que nous
7tiXp' iXÙTOU È7t~ 7t0Àl! 7tO(S'rTiXV 00 été jugés dignes de recevoir de Lui ces dons. Quand il a
xd T~V SÙXiXP(o"TtiXV 7tiXç 0 7tiXpWV ÀiXOÇ les prières et actions de grâces 4, tout le peuple
15 'Afh~V c. 4. To 3È &fh~v T?] Éopd"3( epÜJV?] TO exprime son accord par des acclamations, en disant :
VS(. 5. EÙXiXp(o"T~o"iXvToç 3È TOU 7tpOSo"TWTOÇ 5. 4. Amen est un mot hébreu, qui signifie: Ainsi
O"iXVTOÇ 7tiXVTOÇ TOU ÀiXOU 01 xiXÀOûfhSVO( 5. Quand le président de l'assemblée a achevé la
3(MiXO"(V Éx.6:O"TCP TWV 7tiXp6vTÜJV fhSTiXÀiXOS'rV d'action de grâces et que tout le peuple a exprimé son
O"T"f)6ivTOÇ &pTOU XiX~ orvou xd U3iXTOÇ XiX~ TO'rÇ ceux que nous appelons les diacres 6 distribuent à
20 &7toepipoum. des assistants du pain et du vin mélangé d'eau, sur
66. 1. KiX~ ~ TpOep~ iXUT"f) x.lXÀS'rTiX( 7tiXp' ~fh'rv a été prononcée la prière de l'action de grâces, et ils
où3sv~ &ÀÀcp fhETiXO"XS'rV È1;6v ÈO"T(V ~ T0 portent aux absents.
• Or cette nourriture reçoit chez nous le nom d'eucharis-
65. 9 rr:O'r"~pwv A 0 : rr:OT"~p~1X Mcv Il 9-10 ÔillXTOÇ xlXl XpO:p.IXTOÇ 7, et il n'est permis à personne d'y prendre part 8, s'il ne
Harnack 130 XPO:fLlXTOÇ Ashton Schmid 126 Ëxov Uo:vlX]ile1;o:pwG
xPiJ.fLlX Schmid 127 Il 10 00TOÇ: oôn0ç 0 Il : . Si les écrits de Justin n'offrent aucune formule doxologique au sens
superscr. A Il 16 /;rr:EU(V~fL'~crIXVTOÇ : EU'l)'~p:~crIXVTOÇ 0 Il re du terme, plusieurs passages en indiquent le contenu et l'occasion,
18 il~il6lXmv : ilŒwmv 0 il~iloum 0 mg (m. rec.) mment en l, 13, 1; 65, 3; 67, 5. Voir A. STUIBER, (, Doxologie ",
CIV,217.
b. Cf.lTm5,17 c. Cf.lCo14,16 .. Cf. l, 67, 5. L'usage de corroborer par ce terme l'affirmation, le
nlent ou la prière d'un tiers, est attesté dans l'Ancien Testament. Les
1. Cf. l, 65, 5 ; 67, 4.5.6. Le terme rr:P0EcrTWÇ, qui n'ilPF'arltiellt lllières communautés chrétiennes l'ont repris, pour exprimer leur foi au
vocabulaire spécifiquement chrétien, a sans doute été choisi eu Créateur et en Jésus-Christ, le Rédempteur, le (, Oui Il éternel de Dieu.
par Justin lui-même: de fait, ce terme générique lui itK. SCHNEIDER, (, Amen Il, RA CI, 378-381 ; A.A. HXUSSLING, (, Amen »,
discrétion, d'englober la diversité des situations concrètes, hl( 1(1993), 500; A. STUIBER, (, Amen Il, RAC Suppl. 1, p. 310-323,
hors de Rome, sans avoir à les préciser à l'intention de ses tflmment p. 317.
païens; voir T.G. JALLAND, (, Justin Martyr and the president of 6.· Cf. l, 67, 5. Voir Th. KLAUSER, (, Diakon Il, RAC III, 888-909 (Biblio-
rist " StPatr 5, TU80, Berlin 1962, p. 83-85 ; J. FEDWICK, (, phie) ; BARNARD, p. 180.
theproestôs in the earliest koinônia Il, RThAM 48 (1981), 7. Cf. l, 65, 3 et 67, 5 ; DiaZ. 41,1 et 3 ; 117, 1. Le terme, qui signllie
2. Le passage a donné lieu à bien des interprétations, éralement : action de grâces, a pris valeur technique ; il a relayé le mot
verse suscitée par A. HARNACK, Brod und Wàsser. Die ew:/w:risti itif de (, fraction du pain Il (Lc 24, 35), sans doute lorsque la célébra-
EZemente bei Justin, Leipzig, 1891. Il reste vrai que certains eucharistique fut dissociée du repas préliminaire; voir J. BEHM,
taient les éléments eucharistiques au pain et à l'eau. Voir le cOlnnlerltai o:w, xÀ6:mç, XÀ6:cr!J.1X Il ThWNT, III, 726-743; J. HAMILTON, (' Justin's
Ph. BOBICHON à DiaZ. 70,4, note 10 (Bibliographie). logy 66. A review of scholarship and suggested synthesis Il, EThL 48
3. La prière d'action de grâces prononcée sur les éléments de 2), p. 554-560; A. HAMMAN, (, Valeur et signification des renseigne-
tie s'inscrit dans la tradition des prières juives aC(;Onlp2Lgnant lts liturgiques de Justin Il, StPatr 13, TU 116, Berlin 1975, p. 364-375.
(berakhoth); leur dessin général et leurs thèmes majeurs 8. En énumérant les conditions d'admission au mystère eucharistique:
louange, reconnaissance) sont analogues; voir foi, la réception du baptême, et une vie conforme à l'enseignement du
p. 611-639; A. STUIBER, (, Eulogia», RACVI, 914 s. rist, Justin souligne l'innocence du culte chrétien.
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sIVIX, T<X 8s8,8IXY[J-ÉvIX uep' ~[J-wv, xlXl ÀouaIX[J-ÉvCj) TO croit à la vérité de notre doctrine, s'il n'a reçu le bain l pour
f.237v
( '"
aswe; IX[J-IXpT'WV XIX,\ " 1
s,e; IXvIXysvv'Ia,v 1 ÀOUTPOV,
' XIX,\ la rémission des péchés et en vue de la régénération, et s'il ne
5 ~WUVT' we; 0 Xp,aTOe; TCIXpÉ8wxsv. 2. Où Y<XP we; xo,vov vit selon les préceptes donnés par le Christ. 2. Car nous ne la
où8è: XO,VOV TC6[J-IX TIXUTIX ÀIX[J-Mvo[J-sv' &ÀÀ' ÔV prenons pas comme du pain ni comme une boisson ordinai-
A6you 8sou aIXpxoTCo'y)8de; a 'IY)aoue; Xp,aTOe; 0 res mais, de même que Jésus Christ notre Sauveur, fait
a
xcd cr&pxa xat aI[LCl U7tÈp crUyt"YJp[cxç ~tLwv EcrXEV, chair 2 par la vertu du Logos de Dieu, eut chair et sang pour
T~V 8,' sùx'fîe; À6you TOU TCIXp' IXÙTOU sÙXIX p,aTy)8s'i:'aIXv notre salut, de même la nourriture « eucharistiée 3 l} par un
10 È~ ~e; IXl[J-IX xlXl a&'pxse; XIXT<X [J-STIXbOÀ~V TpÉepOVTIX' ~fX discours de prière 4 qui vient de lui - nourriture dont notre
Èxdvou TOU aIXpxoTCocy)8ÉvTOe; '1 Y)aou XIX~ a&'pxIX XIXlIXU! sang et nos chairs sont nourris 5 moyennant une transforma-
È8,MX8 '1J[J-sv sIVIX,. 3. Q[ Y<XP &7t6aToÀo, Èv To'i:'e; ysvo[J-Évo tion - est précisément, d'après ce que nous avons appris, la
UTC' IXÙTWV O:TCO[J-VY)[J-ovsu[J-IXa,v, & XIXÀS'i:'TIX, SÙIXyyÉÀ,IX, OUT chair et le sang de ce Jésus fait chair. 3. En effet, les Apôtres
''>
TCIXPSOWXIXV '
SVTSTIXÀ'8 IX, IXUTO,e;'
' - TOV \ '1 Y)aouv - ÀIXOOVTIX
e' dans leurs Mémoires 6, que l'on appelle Évangiles 7, rappor:
15 SÙXIXp,ar~aIXVTIX dTCs'i:'v' «TOUTO TCO,S'i:'TS de; T~V &vâfj,v'f)d(' tent qu'il leur a été ordonné d'agir ainsi: après avoir pris du
......
[J-OU, TOUTO "
saTo TO' 'aW[J-IX
'' 1
[J-OU b .» XIX,\ TO
, ,
TCOTY)pWV pain et rendu grâces, Jésus dit: « Faites ceci 8 en mémoire de
ÀIXb6VTIX XIX~ SÙXIXp,aT~aIXVTIX dTCs'i:'v' «TOUT6 ÈaT, TO moi; ceci est mon CO/psb l} ; de même, après avoir pris la
[J-OU c. » XIX~ [J-6vo,e; IXùTo'i:'e; [J-STIX80uVIX'. coupe et rendu grâces, il dit: (1 Ceci est mon sangC I} ; et il les
leur donna, à eux seuls.

66. 3 odhoer."(fJ,Éver. : osOer.YfLÉver. 0 OSOS(YfLÉver. .~ OSO(Oer.YfLÉver. 0


rec.) Il 6 Ter.UTer. : mXvTer. 0 Il 10 cr6:pxsç : crèt.p~ 0 Il 13 & - stJer.vvÉ:Àtr< 5. Si le réalisme eucharistique de Justin est incontestable, l'apologiste ne
EtJer.yyÉÀ(er. Xer.ÀOUVTer.t 0 1115 7tOtSLTE 0 Stephan: 7tOtsLTer.( A 1116 cherche pas à expliquer comment s'opère la mutation mystérieuse du pain
Stephan Otto: TOUTÉcrTt A TOUT' ÈcrT\ 0 Am. rec. et du vin au corps et au sang du Christ, et il serait vain de vouloir préciser sa
pensée. Plusieurs théologiens ont voulu expliciter l'opinion de Justin quant
à ce processus; voir, entre autres, W ARTELLE, p. 296 ; G. BARDY, « Justin )1,
66. a. Cf. Jn 1,14 b. Lc 22,19 c. Cf. Mt 26,27-28 DTC VIII, 2272 ; C. BURINI, II. Il nutrimento eucharistico 'per nostra tras-
formazione' (Giustino, Apologia I, 66, 2) Il, in : Sangae e antropologia nelle
1. Cf. 1, 61, 3.10. littere cristiane, Roma 1982, p. 913-929. 0. PERLER, « Logos und Eucharis-
2. Cf. 1, 46, 5 ; 32, 10 et 14 ; Dial. 100, S,let 5. En Dial. 41, l, tie nach Justinus I Apol., c. 66 )1, Divas Thomas 18 (1940), p. 293-316,
souligne que le Christ nous a prescrit de célébrer l'eucharistie « en notamment p. 307.
de la souffrance qu'il a subie pour tous les hommes qui sont purifiés 6. Cf. I, 33, 5 et 67, 3 ; Dial. 100,4 ; 101, 3 ; 102, 5 ; 103, 6 et 8 ; 104, 1 ;
leurs âmes de tout péché Il, indiquant ainsi que l'eucharistie est un 105, l,Set 6 ; 107, 1 ; voir H. KOESTER, « From the Kerygma-Gospel to the
rial de la Passion; cf. Dial. 70, 4 ; 117, 1-5. La notion de mémorial written Gospels )1, NTS 35 (1989), p. 361-381, notamment p. 377, note 3.
l'objet de nombreux travaux depuis 1955; voir le ThWNT X 7. Le terme, ici au pluriel, apparaît au singulier en Dial. 10,2; 100, 1 ;
l'article : &v6:fLv'~mç; W. THEILER, « Erinnerung », RAC VI, 43-54 ; cf. Didachè, 8, 2 ; n, 3 ; 15, 3 et 4 ; IGNACE, Smym. 5, 1 ; 7, 2. Voir A. LE
MEYER, « Anamnese. V. Liturgisch », LThK 1 (1993),588. BOULLUEC, « Le problème de l'extension du Canon des Écritures Il, RSR 92
3. Justin reprend en Dial. 117,2, et 5, l'assonance stJXer.( - o,'",,,~,,,,.,.ir,,, (2004), p. 45-94, notamment p. 59-63, et le commentaire de Ph. BOBICHON à
déjà utilisée par PHILON, Spec. I, 97 ; ces deux termes qui dé;,ig][leIIt Dial. 10, 2, note 6.
prières et les actions de grâces des Juifs ne se confondent pas avec 8. Justin rattache la célébration eucharistique à l'institution de la Der-
sacrifices (6ucrler.() ; voir le commentaire de Ph. BOBICHON à DiaL nière Cène, rappelée dans l'anamnèse; cf. Dial. 70,4. Voir E.C. RATCLIFF,
« The eucharistie institution narrative of Justin's Martyr first Apology )1,
note 10.
4. Cf. 13, 1. JEH22 (1971), p. 97-102.
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4. "OrrEp XOl~ EV 'Toi'ç 'TOU lVH6pOl 4. C'est cela précisément que les
20 ylvEcr60l~ [HfLYlcrcXfLEVO~ oi rrovYlpot OOllfLOVEÇ' 6'T~ contrefaçon mauvais démons ont imité dans la tradi-
rrO'T~pWV UOOl'TOÇ 'TWE'TOl~ ÈV 'TOli'Ç 'TOU fLUOUfLivou mitlll'iaque tion des mystères de Mithra l ; en effet
ÈmÀ6yUJv 'T~VwV, ~ Èrrlcr'TOlcr6E ~ fL0l6Ei'V 8ûVOlcr6E. les cérémonies d'initiation, on présente du pain et une
67. 1. 'HfLEi'Ç oÈ fLE'TO: 'TOlU'TOl Àomàv &d 'TOÙ'TUJv OlJ,A~JA()t d'eau, et on prononce en même temps certaines for-
fL~fLv~crxofLEV' xd oi ËXOV'TEÇ 'Toi'ç ÀEmofLivoeç ; vous le savez 2 ou vous pouvez l'apprendre.
POUfLEV, xOlt crùvEcrfLEV &ÀÀ~Ào~ç &d. 2. 'Errt rrFlcrl
<pEp6fLE60l EùÀoyoufLEV 'Tàv rro~Yl'T~v 'TWV rrcXv'TUJv 1. Quant à nous, après cela, désormais
5 OlÙ'TOU '1 Ylcrou Xp~cr'TOU XOlt o~O: rrvEùfLOl'TOÇ 'TOU nous nous remémorons toujours ces cho-
f.2381' l 'TOU ~Àlou ÀZYOfLivYJ ~fLipq. rrcXv'TUJv XOl'TO: rr6ÀE~ç ses entre nous; ceux qui ont du bien vien-
fLEV6v'TUJv Èrrt 'Tà Olù'Tà cruviÀEUmç yl VE'TOl~, XOlt 'TO: en aide à tous ceux qui sont dans le besoin, et nous
VEÙfLOl'TOl 'TWV &rrocr'T6ÀUJv ~ 'TO: cruyypcXfLfLOl'TOl 'TWV rrpb somlnt~S toujours entre nous. 2. Pour toute nourriture que
&VOlY~VWcrXE'TOl~, fLiXp~ç ÈYXUJpEi'. 4. EhOl prenons, nous bénissons le Créateur de l'univers par
10 &VOlY~VWcrXOV'TOç 0 rrpoEcr'TWÇ O~O: À6you 'T~V Fils Jésus Christ et par l'Esprit saint. 3. Au jour que l'on
rrp6xÀYlcr~v TÎjÇ 'TWV XOlÀWV 'TOÙ'TUJV fL~fL~crEUJÇ (1 le jour du soleil 3 », tous, qu'ils demeurent en ville

"ErrE~'TOl &V~cr'TcXfLE60l XOW!J rrcXV'TEç XOlt EÙXO:Ç rré:f).7tOt.LE'V· à la campagne 4, se réunissent en un même lieu; on lit 5
Mémoires des Apôtres 6 ou les écrits des prophètes, aussi
que c'est possible. 4. Puis, quand le lecteur 7 a
le président de l'assemblée prend la parole pour nous
67. 2-3 ,s7tlXOpoufJ.EV 0
admonester et nous exhorter à imiter ces beaux enseigne-
5. Ensuite nous nous levons 8 tous ensemble et nous
1. Pour Justin, le rituel de l'initiation mithriaque, qui com~)orte
sence de pain et d'eau, s'inspire d'Is 33, 16; voir OTRANTO, p.
l'origine du mythe de cette divinité orientale, qui présente une alllllll.e a
Hélios-Apollon à l'époque hellénistique, et la mise à mort du
lunaire, voir W. FAUTIl, Il Mithras », DKP III, 1359-1365.
2. Celse répond longuement à cette affirmation de Justin, en
les différences entre Il l'initiation des Perses ,) et Il certaine iIùtiation 6. Cf. l, 66, 3 ; voir L. ABRAMOWSKI, Il Die 'EriImerungen der Aposter
chrétiens l) ; cf. ORIGÈNE, C. Celso VI, 24. Voir ANnRESEN, p. 366 s. bei Justin '), in : P. STUHLMACHER, Das Evangelium und die Evangelien,
3. Cf. l,57, 8. La semaine gréco-romaine étant planétaire, lesjo Tübingen 1983, p. 341·343.
désignant les astres, les chrétiens ont voulu lier le premier jour deI 7. L'office de lecteur, que l'Église a emprunté à la Synagogue, est attesté
semaine (Ac 20, 7 ; 1 Co 16, 1) à la résurrection du Christ (Mt 28, 1). Vo· par TERTULLillN, Praesc. 41. Il s'agit, au départ, d'un service cultuel assumé
W. RORDORF, Il Origine et signification de la célébration du dimanche da par un laïque, apte à cette fonction; cf. Trad. Apost. 11 et 12 ; voir M.
le christianisme primitif. État actuel de la recherche », La Maison-Di SELLE, Il LektOT, Lektorin '), LThK 6 (1997), 806.
148 (1981), p. 103-122 ; Il Sonntag '), LThK9 (2000), 726-728. 8. Cf. lRÉNÈE, Fragm. 7 Harvey (= Ps. JUSTIN, Quaest. et resp. 115) : 1'0
4. Cf. PLINE, Ep. X, 96, 9. iîÈ ,sv T'n XUPLOlX'n fJ..~ XÀtVELV y6vu aUfJ.0oÀ6v ,saTL T'~Ç <Y.VOlaTcXaEwç ; TER-
5. Justin est le premier écrivain chrétien qui atteste la lecture de TULLillN, Cor. 3 : Die dominico ieiuniwn nefas ducimus uel de geniculis
gile dans l'avant-messe. Sur les différents types de lectures de péricopee adorare; Const. apost. II, 59, 4. Cet usage s'est conservé pour la prière
évangéliques en usage dans les églises prénicéennes, voir O. MICHEL, Il privée et liturgique en Orient; l'Occident a opté depuis des siècles pour
gelium '), RACVI, 1144 s. l'agenouillement, notamment pendant le canon de la messe.
310 JUSTIN APOLOGIE l, 67,5,8 311

WC; npoÉcp'I](-LSV, mxucrot(-LÉvCùV ~(-LWV TYîC; SÙX:ijc; &.pTOC; adre~3s0ills (à Dieu) des prières; et, comme nous l'avons dit
PSTot, Xott oIvoc; Xott oaCùp, Xott 0 nposcrT0.lC; sùXàC; haut l, lorsque nous avons achevé la prière, on apporte
15 sÙXotp,crTtotC;, 6crY) MVot(-L'C; otÙTé;), &votnÉ(-Lns" Xott 0 AotoC;& pain, ainsi que du vin et de l'eau, et le président, pareille-
CPY)(-Ls'i' ÀÉyCùv 1'0 'A(-L~v, xd ~ a'cXaomc; xd ~ (-LSTcXAY)y;,Ç fait monter prières et actions de grâces 2, de son
TWV SÙXotp,crTY)ElÉVTCùV ÉXcXcrT<p ytVSTot', xd TO'i'C; où 7tlXp 3, et le peuple exprime son accord en proclamant
a,à TWV a,otx6vCùv nÉ(-LnSTot" 6. Q[ sùnopouvTSC; aË Xott ~(jB Puis on fait pour chacun la distribution et le par-
(-LSVO, xotTà npoottpsmv ~XotcrTOC; T~V ÉotUTOU (î ~OÛASTot, ata de l'eucharistie; on envoie aussi leur part aux absents
20 Xott 1'0 crUAAsy6(-Lsvov notpà Té;) nposcrT(7n, &:71:01:[tlSTIXc. par l'intermédiaire des diacres. 6. Ceux qui ont du bien et
otÙTOC; Èmxoups'i' opcpotvo'i'c; TS Xott X~pot'C;, xd TO'i'C; a,à le veulent donnent librement 4 ce qu'ils veulent, chacun
a,' &.AAY)V othtotv AsmO(-LÉvo,c;, xd TO'i'C; Èv ascr(-Lo'i'C; son gré; ce qui est recueilli est mis en réserve auprès
TO'i'C; notpsma~(-Lo,C; o0m çÉVO'C;, xd œnAWC; niXm TO'i'C; du président. 7. C'est lui qui assure des secours aux orphe-
o0m xY)aS(-L0.lV ytVSTot" 8. T~v aË TOU ~Atou ~(-LÉpotv lins, aux veuves, à ceux qui sont dans l'indigence du fait de la
25 ncXVTsc; T~V cruvÉAsumv nowû(-LsElot, Èns,a~ npûnY) ÈcrTtV maladie ou de quelque autre cause, ainsi qu'aux prisonniers,
Èv Yi 0 Elsoc; 1'0 crX6TOC; xd T~V OA'I]V TpÉY;otC; x6cr(-Lov aux hôtes étrangers 5 ; en un mot, il prend soin de tous ceux
Mt 'IY)crouC; Xp,crTOC; 0 ~(-LÉTSpOC; crCùT~p TTI otÙTTI qui sont dans le besoin. 8. C'est le jour du soleil 6 que nous
nous réunissons tous ensemble, parce que ce jour est le
premier, celui où Dieu, en transformant la ténèbre et la
, 6~. 1831: : TE 0 Il 26 xo:t T'~V (\À'~v : dç r~v aùy-~v 0 Il 26-27 matière 7, fit le monde, et celui où Jésus-Christ notre Sau-
aurn omo 0

1. Cf. l, 65, 3. 207-208). Parmi les règles coutumières du christianisme primitif, l'accueil
2. Cf. l, 65, l et 3; Dial. 41, 1 ; 117,2 et 5. des hôtes étrangers a été maintes fois souligné: cf. IGNACE, Rom. inscr. ; 9,
3. Cf. l, 13, 1 ; Didachè, 10; Const. apost. VIII, 12. Voir J. Hf\lVllVl"Ke 3 ; ARISTIDE, Apol. 15, 4-6 ; MÉLITON (= EUSÈBE, H.E. IV, 26, 2) ; HER1>lAS,
STADT, Il Improvisation }), RAC XVII, 1258 s. ; A. BUDDE, l,lmpr<Dvisation sim. IX, 27, 2. Voir D. GORCE, Il Gastfreundschaft }), RAC VIII, 1103-1118,
im Eucharistiegebet. Zur Technik freien Betens in der Alten notamment 1108 s.
JbAC 44 (2001), p. 127-141. 6. Lendemain du jour de Saturne (notre samedi), le dimanche des chré-
4. Justin insiste tout particulièrement sur le caractère libre de ces tiens, récurrence du premier jour de la semaine, selon le récit biblique de la
cf. l, 14, 3; 44, 3; 61, 7 et Dial. 47, 2; de fait, les collectes de création (Gn 1,1-2,4), n'est pas sa simple répétition mais son accomplisse-
ancienne n'avaicnt rien d'obligatoire, contrairement à l'impôt pour le ment, son achèvement, dans la perspective de l'histoire du salut, puisque la
pIe (Ne 10, 33-40; 13,31; Mt 17, 24). Quant à la collectc organisée par résurrection du Christ couronne la création; cf. Dial. 41, 4 ; 138, 1. Voir
auprès des Églises de Galatie et de Macédoine (cf. 1 Co 16, 1 s., 2 Co S. BACCHIOCCHI, Du Sabbat au Dimanche, Paris 1984; H. KESSLER,
elle devait traduire concrètement l'unité ecclésiale des juciéo'-c!lrétieJtls Il Auferstehung Christi }), LThK 1 (1993), 1182 s. Demeure valable l'étude
des pagano-chrétiens et leur solidarité concrète. Voir Ch. d'ensemble sur la symbolique de l'ogdoade par J. DANIÈLou, Bible et
dans l'Empire romain, p. 93-105; R. STAATS, Il Deposita pietatis. Die Litur{p:e. La théologie biblique des sacrements et desfêtes d'après les Pères
Kirche und ihr Geld }), ZThK 76 (1979), 1-29 ; J. KREMS"lAIR, Il Kollekte l de l'Eglise, Paris 1951, pp. 52 S. ; 110 S. ; 346-387.
LThK6 (1997), 181-183. 7. Cf. l,59, 1. L'évocation de la création Il avec tout ce qu'elle renferme })
5. L'accueil de l'étranger, fût-il mendiant, et dépouillé de tout, fait partie intégrante de la confession de foi juive; elle a été reprise par les
sacré dans le monde antique méditerranéen: Il Vous n'avez devant vous chrétiens, d'abord dans le symbole baptismal, puis dans l'anaphore eucha-
qu'un pauvre naufragé. Puisqu'il nous est venu, il doit avoir nos ristique ; voir A.G. HAM"lAN, Il Du symbole de la foi à l'anaphore eucharisti-
étrangers, mendiants, tous nous viennent de Zeus}) (HOMÈRE, Dd. que }), Études patristiques, Paris 1991, p. 113-118.
312 JUSTIN

f. 238v VEXP&lV 1 iXVtcrTY)' 1'1] Y<XP TCPO r~ç XPOVtX'ij'ç ÈcrTCl0pCù(}"(XV


xd 1'1] [J.ET<X T~V XpOVtX~V, ~TtÇ ÈcrT~V ~Àtou ~[J.tpCl, epClvdç
30 iXTCOcrT6Àotç a whou XCl~ [J.Cl8Y)TCltÇ È8t8Clt,E TClUTCl,
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ETCtcrXE'j'tV XClt U[J.tV ClVEOCùXCl[J.EV.
68. 1. KCl~ El [J.Èv 8oxsi:" u[J.tV Myou XCl~ iXÀY)8dClÇ
Tt[J.~crClTE wh&' El 8È À'ij'poç u[J.tV 80XEt, wç
ÀY)pCù8wv TC'ICl'(lLcl.
TCùV XClTCleppOV~crClTE, XCl~ [J.~ wç
XClT' ÈX8pwv XClT<X Tl0V
iX8txo0vTCùV 8&VClTOV opt(ETE. 2. TIPOMY0[J.EV uflXv 8Tt
5 ÈXepE0t,Ecr8E T~V ÈcrO[J.tvY)v TOU 8EOU xptmv a, È<xV ';'TI:U'';''WT'".
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10 u[J.œç XCl8<x ·~t,tWcrCl[J.EV XEÀEUcrClt T<XÇ XptcrEtÇ YEvtcr8Clt, OÙX
TOU XExptcr8Clt TOUTO UTCO 'A8ptClVOU [J.œÀÀov ~t,tWcrCl[J.EV,

67. 28 È(JT(Y-ÛPUlcrSV 0 Il 30-31 Elç È7rtcrXS\jiLV : ÈmTpE<j;w 0 Èç Èn:i!crxs<!JI.v


mg (secunda manu) Il 31 ufJ.LV A 0 mg (m. rec.) : '~fL;:v 0
68. 6-7 8 - YSVEcrOUl: ci>ç Ti{i Osi{i eptAov TiXûr{j YSVEcrOUl
8, ÈmcrToÀ'~Ç Périon ex ,Eus. IfE IV ~8 : ~n:ocrT~À'~5 ~ ~ 10 _ li
YLVscrOiXL Eus. III0-11 oux - iX3pLiXVOU : TOUTO OUX UlÇ un:o iX3pLiXVOU
crOEV Eus.

68,6·7 PLATON, Apologie de Socrate 19 a; Criton 43 d ; Phèdre


Philèbe 12 c ; Lois X, 886 d ; ÉPICTÈTE, Manuel 53, 3

67. a. Cf. Mt 28, 9


68. a. Cf. Mt 3, 7 b. Cf. Mt 6, 10

1. Cf. I, 6, 2. Justin rappelle les principes qui ont inspiré son p1<üdoY()I'
en faveur des chrétiens; il répète que ceux-ci ne sont coupables
délit; quant à leurs croyances, si ineptes, si extravagantes qu'elles
paraître, elles ne sauraient justifier la peine capitale.
2. Ce paragraphe comporte deux déclarations complémentaires,
reprennent des idées-forces de Justin: d'une part, il n'hésite pas à
une septième fois (cf. I, 3, 5; 17, 4; 20, 3; 45, 6; 55, 8; 57,
souverains en place qu'ils n'échapperont pas au futur jugement de
s'ils persévèrent dans l'injustice en condamnant des innocents;