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Kevue

Thomiste

Vingt-neuvième

Armée T. VII.

Nouvelle Série

n. 25

Janvier-Février

1924

SOMMAIRE

R.

:

P. Ktl. Hrcox. O. P

Les principes chrétiens

ces

Philosophiques

l,cs Maladies

sur lesquels

doit reposer la véritable Société

des Nations

P. Rég. Cakkigou-j^acranck, O. P. Dans que! ordre proposer les Scien-

i\.

Cji. Joukî\!'.t

,

des Sens Internes

3

iS

35

R.

R.

NOTES ET DISCUSSIONS

I'. E. Duj'.i.AXCiry, S. M

IV Th.-M. Pkgues, O. P

Une noire elle l'h-Utoire des

« Introduction- à

Dogmes » et la

dcfinihiUté des conclusions théo-

logiques

:

51

1/Evolution homogène du- Dogme 57

ETUDJ5S CRITIQUES

iv.

A. Pori'.sï

P. Kt.-M. T^jkiinik, O. P

Logique des

Anciens et Logique

des Modernes « Pour une science de l'Indivi- due! ». Noies sur l'Individualité.

et la Contingence

6S

;

79

Dom A. Tamet, O. S. B

CHRONIQUES Chronique d'Histoire de la Phi- losophie

93

ECOLE

DE THEOLOGIE

SAINT-MAXIMIN

(Var).

REVUE

THOMISTE

BIMESTRIELLE

fondée

en 1893.

La

Revue

Nous espérions BULLETIN

Thomiste

reprend à ce premier BIBLIOGRAPHIE

son ancienne

de

périodicité.

un

joindre

DE

numéro

1924

THOMISTE,

mais

des retards

imprévus

nous

ont obligés numéro,

à n'en commencer

la

publication A compter à ses abonnés

que dans de cette le

le prochain

qui paraitra

le 15 mars.

date,

la Revue

Thomiste

servira gratuitement

BULLETIN

DE

Organe

BIBLIOGRAPHIE de la Société

Thomiste.

THOMISTE,

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la France

pour pour l'Etranger

: 20

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tout

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n

de Chèques

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général

de la ReVue

Thomiste,

Saint-Maximin

soit l'Ad-

{Var).

Les numéro-;

son.l compi]élément volontiers. J 803 — mai.

de Un « Revue

Thomiste

épuisés

et, l'Aklministralion

», ci-dessous

énumérés,

tes rachèterait

1res

1906 — mars-avril.

1893 juillet, 1894 juilîel.

1894' seplembro.

1901

1903

1903

janvier. juillel-aoùl. '.'eptembre-oolobrc.

.1907 janvier-février.

1908

1908

1909

janvier-février.

— mars-avril.

— novembre-décembre.

1910 — mars-avril.

R.

C.

: Brignoles,

278-7.

REVUE

29e ANNEE

VINGT-NEUVIEME

Paraissant

QUESTIONS

THOMISTE

tous

les deux

DIT TpPS

1924

ANNEE

mois

PRÉSENT

Nouvelle

VII

ÉCOLE

DE THEOLOGIE

SAINT-MAXIMIN

(Var)

109^1

Série

DOIT

LES PRINCIPES

CHRÉTIENS

REPOSER

LA VÉRITABLE

SUR LESQUELS

SOCIÉTÉ

DES NATIOÉ

Bien que l'expression

«lie

fut

déjà

civitatum, de même

dans

ait trouvé

à notre au siècle

sa fortune Léon

époque

et

sa vogue, societas

employée

dernier

XXII,

portée

par et avec une

un gens plus la liberté

universel

plus

de nos jours, Charité.

haute,

et la

fraternité,

que

par

tant prônées

que ne réalisent

leur plénitude

la grâce

et la

Dans

sa lettre

du 5 mai

1888,

aux Evoques Pontife montre

du Brésil, comment

surl'abo- les ensei-

évan-

s'est

(Iition de l'esclavage, du Christ

gnements

l'immortel

et des Apôtres

peu

et la pratique

des vertus comment

ont transformé

géliques

établie

la

noblesse

comment

à peu

l'humanité,, élevés <J.ous 'à la même

de'lâ

nature

divine;

Jlt épanouir

une société

vraie fraternité

des hommes,

surnaturelle

l'action

et rendus

participants

persévérante

del'Eglise

des

liberté

Etats

ou des nations,

(1).

chrétienne

à l'image

de la famille

et dans

l'entière

(1) Quum decursu reruni et temporum, persévérante opéra Eeçlesias socie- tas civitatum ad similitudinem familias renovàta coaluerit, christiana et libéra. Principio eni'm solertissima eura Ecclesias in eo versata est ut populus christia- mis de hac etiam magni ponderis re sinceram Christi et Apostolorum doctri- nam acciperet probeque teneret. Jam nunc per Adam novum, qui est Ctiristus,

communionem-fraiernam et hominis ciiin

cedere : ipsis, sicut imam eamdemque, intra naturae fines, originem, sic, supra naturam, originem unam eamdemque esse salutis et fidei ; omnes aîqualiter m

adoptiônem unius Dei Patris ascitos, quippe quos eodem ipse pretio magno

homine et gentis cum g ente inter-

una redemerit;

mensaî divina;; omnibus

talis patere. (Leonis PP. XIII, Acta, t. VIII,

ejusdem corporis membra omnes omnesque ejusdem participes

gratiae

munera, omnibus item munërà vitaè' îrrihiof-

p. 175).

4

REVUE THOMISTE.

Benoît

XiV, qui voulait

imiter

en tout

la charité

prévoyante

du

Roi «pacifique,

société

rappela

les grands

principes

qui doivent

1917

la

régir chefs d'abord des armes

aux

des nations,

dans

son adresse

du 1 août notamment

des peuples

belligérants,

où il disait doit être

qu'à

: « Tout

le point fondamental

la force matérielle

isoit substituée Pie

dans

la force

du droit

» 0).

XI, le règne

dans

sa récente du Christ

encyclique

sur

« la paix

du

Christ

du

», rappelle société

comment des nations

cependant

la chrétienté

âge fut .la véritable

toute

d'après

: bien

moyen

y fut trop souvent

que le droit

du droit la

comme

ju-

viollé en pratique,

la sainteté et restait

conservait

règle

gées

sa vigueur laquelle

dans les nations

sa cause

sûre

elles-mêmes

étaient

(2).

Ainsi,

le nom lui-même

a été

consacré

par

les papes,

societas

civitatwn

lité

tous

par Léon

XIII,

déjà commencé

societas nationum

dans l'Eglise; qui étaient aux conseils

Pie XI, et la réa-

été parfaite,

si

par cille eût

avait

les peuples

de l'Europe,

alors

unis

dans

la même

et aux

efforts

des Souve-

dans

la pratique

de

foi, avaient rains Pontifes

la vie qu'un

croyants

ma una

su répondre

et des conciles, coeur et qu'une

ne faire

pour âme, comme

il est dit ides premiers

erat

cor unum

: « Muttiludinis

autem credentium

et ani-

» (3).

Mon intention

n'est

de retracer un examen

l'évolution de la Société

Quoi qu'on rendu

de

des

pen-

à la

pas

historique

actuelle

la question Nations

ser,

(4),' ni de faire

dire

qui fonctionne

de

sous nos yeux.

en puisse des services

pour

il est juste de la paix les horreurs

qu'elle et, ne réussirait-elle

de la guerre,

a déjà

cause

siècle

qu'à écarter

un demi-

du

genre

ellle aurait

bien mérité

humain.

Mais, embrassant

le sujet

•la lumière

des enseignements

sous

des

un

point

Papes

de vue

et de

supérieur,

Saint

Thomas

à

(1) Art. Apostolicoe Sedis, vol. IX, p. 418-419.

(2) « ^Etate média, vera illa nationum societas, :cjuoe christianorum popu-

.

lorum

tamen juris

nationes ipsoe judicarentur.

communitas fuit. In qua, etsi re soepius omnino violabatur

jus, ipsius

sanctitas manebat m causa vigens, tuta veluti norma ad quam

» Art, Apost. Sed., vol. XIV, p. 689,

(3) Art., IV, 32. (4) On peut consulter le P. Yves 'de la Biî7Ekfv La Société des Nations. 'Paris, 1918.

LA VÉRITABLE SOCIETE DES NATIONS.

les grands des Nations

d'Aquin

lesquels action efficace

(i),

je rappellerai

la véritable

Société

et durable

et «ans lesquels

principes 1 chrétiens

ne saurait

avoir

sans

une

ne sera pas entièrement

fécond

le labeur

des hommes

qui construisent

la cité.

I.

Le principe

et fondamental iSociété

premier

comme

est

celui

qu'indique doit reposer les hommes, comme et ho-

cette

Léon XIIiI, c'est-à-dire

sur la communion fraternelle

des Nations

unir

tous

mais

D'après

qu'une

qui devrait

non seulement

membres

minis

individus

humains,

communionem

encore

fraternam le Pape,

de nations* différentes,

<et gentis

cum, homine

cum gente.

société

doit être

à l'image

de la famille,

ad similitudinem

famiiioe,

et se fonder une même

perfection

su>r la même

unité.

Tous les hommes,

en effet,

degrés

mais

fin

ont

de

qui

nature

accidentelle

être possédée

selon divers

individus, une même

qui peut

dans

les multiples

en tous; c'est-à-dire

reste substantiellement

relle,

les préceptes in omnium

par Iles mêmes

immuable

natu-

dont

une

par cette

loi morale

IX

moyens,

sont (gravés cordibus

dans

tous

les coeurs,

ejusque

Pie

prsecepta

(2);

inscutpta, la béatitude et les vertus qui veut

comme parle

divine,

infuses;

appelé

s'est

de nous

même fin surnaturelle, la grâce sanctifiante

nature

même Sauveur

chair

par les mêmes

un même

Père

fait

moyens, de la

auteur

et de la grâce,

chair,

être

qui

^acv tous II'os de nos

^ a c v tous II'os de n o s

(3); un

os, la

ses frères

et

avez fait

aux (4). A tous

marque (s) ; à tous

et Rédempteur,

ne craint

au point

de notre

pas

appeler : ce que vous fait à moi-même

le précepte

s'identifie plus petits est imposé distinetive

avec nous,

de dire

de mes frères,

vous l'avez

s'aimer

le même commandement,

du christianisme,

nouveau,

les uns les autres

Ê>

(1) Un des thomistes qui ont le mieux appliqué les principes du Docteur

Angélique à la solution de ces problèmes sur le droit des gens, est François

Victoria,. O. P., 1480-1546, auquel Grotius

fait de fréquents et considérables emprunts. (2) Lettre aux Evêques d'Italie, 10 août 1863, Denzinger

et les écrivains postérieurs

1677.

ont

(3) MUtth., VI, 9.

(4) Hebr., II, n, et Matth., XXV, 40.

t

6

REVUE THOMISTE.

est proposé ineffable

Jésus établit:

soit comme

le même

idéal

de l'amour,

et quel

idéal! l'intimité

que

union

a dit : « Parmi

des personnes

Qu'ils

divines.

Teille est la sublime gradation

sint;

que

cette étroite

soient

un, unum

celle de la Trinité,

dont Saint Bernard

toutes

qu'ils

unum

les unités, soient

(2).

celle de la Trinité

dans

tient

le sommet

:

sint

prière

(0

». Enfin

consommés

méditer

voulait

l'unité

consummali

in

sacerdotale

du

Société

de

ne

et in

Si l'on

savait si l'on serait

cette admirable écouter

réalisée,

Sauveur, des Nations

tous

la véritable

ses

paroles, parce de toutes

du coup

les 'hommes

que Jes conditions'

: Omnia

les pays,

de toutes

les races,

feraient qu'une

seule famille,

un tout dans

le Christ

omnibus

Christus

(3).

Voilà

ce qu'avait qui n'était

sa mort

le grand

écrivain

Wladimir

compris pas encore à la vérité

russe, qui semble

: « J"ésus-lCibrist avait

Soloview,

arrivé

réglé

des nôtres,

catholique Il a voulu

mais

être

les

en

avant et adouci

la souveraineté.

entre

et adoucir

régler avec les nations, (4). »

des citoyens

eux et des nations

étaient frères

rapports

déc'larant

que tous les hommes

II.

Mais .si les citoyens

s'aimer des nations

des

nationalités

différentes

est-il permis

doivent comme de nourrir

ennemies, du mal?

hommes

dans lia fraternité, elles-mêmes,

l'égard

des sentiments

en tant

que nations

de haine, est délicat.

de les mépriser

Les nations

et de leur

peuvent

faire

Le problème

être envisagées

à

comme des sociétés

dire promouvoir

inviolables

distinctes

qui ont une de l'humanité

fin commune,

c'est-à-

le bien général

XIII

selon ces principes

et sous

que Léon

si magistralement,

ni se haïr,

ce

expose ne peuvent

de vue les nations

autorité de la société

ni se nuire, du même

source,

mais

idéal,

Dieu

point

doivent s'aider mutuellement,

pour la réalisation

toutes vient

de la même

avec une auteur

qui pour (s).

(1) S. Bernard,

De Consid., lib. V, C. VIII, 0 P. h. CLXXXII, .

(

(2) Joan., XVII, 19, 2-3.

TTT tt

f?\ r„lnr

(4) Ch. et J. Loiseau, Le Correspondant, Décembre 1922, p. 980.

709-800.

LA VÉRITABLE SOCIÉTÉ DES NATIONS.

7

On peut

incarne

ensuite

un type

considérer

distinct,

les nations

la forme

concrète et avec,

par

avec

avec une organisation

qui

une

des moyens

propre

du

fin spéciale,

dans

est de procurer

la prospérité

qui

pays,

droit,

au caractère

de chaque

particuliers

elle

Tant qu'une

servir

et,

ses

aussi

adaptés le choix

peuple.

nation,

cause, lors même

arts,

contraire

des moyens fin

qui doivent

de

la

sa

respecte

use

son

son commerce,

commune, les autres la 'haine

qu'elle surpasserait

par

son industrie,

à son égard

sa prospérité,

serait

à la justice

du Ohrist. Les intérêts

mais parfois

qu'au précepte

Une troisième

considération

se présente. dissemblables

surgissent

aucune

particu-

contraires,

liers

étant, on conçoit

non seulement

que

une

fin

des

conflits

 

loi

dont

commune

entre

les nations ne

peut : aucune ou violer

rivales.

dispenser,

nation

ne

cet

ordre

Ici s'impose c'est

saurait

suprême Si donc

nécessité

tout

la

avant

que

passe à ce bien

porter

sans

préjudice se mettre

général

au ban

du genre

humain. outre mesure

un peuple, ne craignait il deviendrait

de

en recherchant

son propre la fin

et alors

race,

qui

ou d'insti-

pas de compromettre

avantage, universelle, il serait

sont l'oeuvre

ou d'empêcher

du

ou

mal,

la

comme l'organisation

non

haïr,

les individus

permis

pas cet ensemble

de Dieu,

mais

de procédés

tutions,

haine

remarque

qui sont

la violation

manifeste à l'amour

parce

son frère

à la justice

frère

du droit et à la

des gens. charité,

Et cette

selon

la

se rattacherait de Saint

son mal.

encore

que vouloir

dit

le bien du prochain

Thomas,

c'est

permis

et tout

ture

point

'haïr

« C'est pourquoi,

dans

le saint

il est

le péché la na-

Docteur, un peuple)

d'avoir

ce qui

en haine

(ou dans

est contraire

dans

divine, tandis

Mais

que ne peuvent que nous à l'amour fait aimer

cette

com-

et la grâce sans péché

notre

(ou dans

un peuple) cela même se ramène nous

qui

de vue

être un obj et de haine.

et

lui;

haïssons

en lui la faute

pour

fait

le manque car le même

de bien

motif

nous avons

que son bien

Ainsi,

munion

exprime

haïr

le mal

en lui

» (i).

catholique

ne perd

jamais

qui

unir

une pensée

doit

les nations.

profonde,

nous la doctrine fraternelle

Le Père Lacordaire montre

à ce propos

lorsqu'il

que

communitati necessariam esse auctoritatem

iqua regatur,

quse non secus ac

societas, a natura proptereaque

a Deo ipso oriatur auctore ». Leonis PP. XIII,

Acta, vol. V, p. 120. (i) S. Thomas, Ha Use. q. 34, a. 3.

,

8 '"''.

.

^

REVUE THOMISTE.

Dieu

a créé

le droit

universel

en imposant universel

le devoir universel. eût été le rêve d'un loi commune

pour

« Un droit

universel

par un empire

mieux;

homme

une multitude

toires

: Dieu

a fait

il a créé

par

une

de peuples

leur

leurs

une non H ne nous

terri-

grande

sous

séparés

Dieu

origine,

avec

et leurs institutions,

Il nous

du droit,

mais

's'y est pris

a donné

le droit

la

profondeur.

forme

dit

évangélique,

la forme

du devoir.

sous il nous Le droit

a pas

Cette

: Voici vos libertés;

est capitale.

que

le devoir

a dit .-Voicivvos obligations.

est la face

égoïste

différence

tandis

dès relations,

ien est Ha face généreuse

et dévouée;

et c'est

il y a toute

sur

la différence

pourquoi

ment à l'égoïsme,

constituer

entre constituer -

le droit.

du ciel à la terre,

du dévoue-

une société

sur le devoir

ou la

.! L'Evangile

n'apasi

mais

une déclaration

système ne (i) ».

de la défense

été une déclaration

des droits

de l'homme,

de ses

devoirs.

Et de là s'ensuit

contre la persécution

évangélique

tout

païen-

le

III.

Pouir imainteniir

cette îiaroeonie devra veiller

de* devoirs

et des

droits,

3a

Société

tendre

tère

des Nations

à ce que chaque

peuple puisse selon ison carac-

spon-

à sa fin propre et ises aspirations,

par ses moyens personnels,

sans coaetion,

par un mouvement

tané,

et à ce que tous Iles peuples

réalisent

de concert

cette

tran-

quillité deVordfy

qui est la véritable

paix. A-t-on

assez remarqué

ce

qu'il

y a de plénitude,

de profondeur,

de beauté

dans

cette

définition

que donne

Saint Augustin

: tranquillitas

ordinis

(2) ?

La paix,

y avoir Une tranquilllité

a aussi les mauvaises

ce n'est

pas là tranquillité

apparente,

joies

parce

toute

seule, parce

qu'il

comnre

peut

il y

forcée, trompeuse,

du coeur, maHa mentis

que l'ordre

peut

gaudia;

ce n'est

mé- la tran- la

seulement

l'ordre,

être troublé,

et l'ordre,

pas

mais

c'est

à la fois la tranquillité

prisé,

quilllité

tranquillité

violé; dans l'ordre de l'ordre.

et l'ordre

dans là tranquillité,

ou mieux,

(1) P. Lacoedaibe,

/~\- c

W ïi. Auuubniï,

*

trente-deuxième conférence.

'j t\ -• .i;i^ vnr

— 7-t. /^.'

r* vttt

ue vyvit. uei,nu.

ax</; C J\.ixi,

t> t

r.

vtt

&*n

x-,. jw, v«f<_>.

LA VÉRITABLE SOCIÉTÉ DES NATIONS.

9

Or le même

Docteur

excellemment

l'ordre

dispositio. et, d'autre

s'en-

qui

explique

ce qu'est toca tribuens Ha diversité,

Parium

L'ordre

dispariumque

rerum

sua cuique l'inégalité, afin

comporte la pluralité, l'unité

comme principe, un tout et conspirent

l'unité générale

que toutes

les parties

part,

lacent dans

est le Lien de chacune.

doit à la fois sauvegarder

à une harmonie d'ensemble,

Dès lors la véritable lies intérêts distincts

qui prévient

Société dos Nations

de chaque peuple les conflits.

et promouvoir

C'est pourquoi

elle doit respecter

la gradation,

même

la subordination,

qui résultent

de la nature lia famille

des choses l'individu, vient

après

l'inégalité

l'homme

: comme

la patrie

la patrie.

une

tout,

puis

de vue,

et que du genre

Dieu,

suppose la famille,

hiérarchie

suppose universelle soit naturel tout d'abord

l'humanité dans* l'amour : Dieu

suppose Ainsi faudra-t-il

inviolable

Ile père

puis

la patrie, la famille

soit surnaturel

et par-dessua la famille,

point

de la patrie

et la mère

et ceux

bien

qui constituent

puis l'humanité; doive se sacrifier

doivent

que, sous un autre

la cause

pour'

toutes les patries

vers le bien suprême

converger

humain.

La (Société des Nations

ne saurait

intervertir

l'ordre cons-

titué

par la nature

même

ni séparer

ce que Dieu

a uni.

IV.

De là découle

de leur

un autre

De même

les individus

ne perdent- ainsi faut-il

univer-

principe. de lia famille

que

en devenant

rien

membres

et de la patrie, personnalité,

dans

être propre peuple conserve

violence

ni de leur

la société

que chaque

selle.

d'autre

vient

'S'il

son intégrité d'une

part,

y avait

il y aurait

compression

: ce ne serait

l'expansion

comme

le développement naturelle

part du dedans,

plus

spontané

qui

la fécondité.

la fécondité.

qui assure nations devraient

comme les ouvrières

collabo-

d'une

Le progrès

et cette

vitalité

de lia civili-

même

im-

(i). Supprimer

Les petites nations

rer ensemble, cause commune, sation mondiale plique la variété

les grandes

comme des associées,

la prospérité

est un progrès

des nations

générale.

vital

et des types nationaux

:

(i) Il y aurait intérêt à bien préciser ce qu'on doit entendre par peuple, nation, patrie, Etat. Le peuple dit simplement l'ensemble des habitants d'un même pays ; la nation suppose la communauté d'origine, ixatw a nascendo; la

10

REVUE THOMISTE.

ou comprimer et préparer

ces types multiples, de funestes

ce serait Aussi

aboutir

à la stérilité

XV écri-

bien Benoît

représailles. ne périssent

vait-ill

elles portent en frémissant

: « (Les nations

pas : humiliées

et opprimées, et préparent un triste

le joug qui leur est imposé

de génération

la revanche,

transmettant

en génération

de haine

si chaque aussi

héritage

Mais

elle peut lui plaît

et de vengeance

nation

(i). » de conserver

a le droit

sa vie propre,

qu'il

cha-

droit

sociale

garder-ou de se donner.

changer la forme de gouvernement

En soi, comme l'explique

pourvu

Léon XIII, sache marcher

cune de ces formes à sa fin, c'est-à-dire est constituée.

vient davantage,

nales

qui font

est bonne,

qu'elle pour lequel l'autorité

de choisir

le bien commun, est libre

celle qui llui con- ou natio-

ou

Chaque pays

surgir

à raison des circonstances

dans

une nation seule

L'Eglise

historiques ses lois 'traditionnelles

même fondamentales.

par la volonté

a une constitution

ne change

immuable

pas, Lui qui

de son Fondateur,

lequel

est et qui

dans

les siècles

était,

sociétés humaines

gime,

qui

sera

peuvent,

tous

(2). Les autres

changer

selon les événements,

Comme

Je droit

les individus,

le droit

de chacun

abus manifeste

de ré-

être

à

que

dans

au gré

doit

de leurs être

pour

intérêts.

de la propriété

doit

de même

par rapport de déclarer est recevable

privée

respecté pour

les peuples et ill y aurait

forme

sauvegardé

sa constitution,

désormais

l'humanité

une seule

de gouvernement

et que toutes

les autres

sont abolies

ou périmées.

Dans l'hypothèse

cependant

où un peuple

abuserait

d'une

for-

me en soi légitime

contre

Nations d'appliquer règles inviolables

pour rompre l'harmonie

universelle

et conspirer

le bien

de l'humanité,

du droit

il appartiendrait

à la Société

des

conformément

aux

des gens.

des sanctions

naturel

efficaces et du droit

patrie désigne surtout le pays de naissance; l'Etat, l'ensemble des pays sou- mis à un même gouvernement, et c'est ainsi que l'Autriche, avant la guerre, était un Etat formé de diverses nations. Dès lors une véritable Société des Nations devrait être plus qu'une Société des Etats et faire une juste part aux types nationaux. (1) Dans son appel du 28 juillet 1915; Act. Apostolicoe Sedis, T. VII, p. 365.

(2) Cf. Léon XIII, Encycl. Immortale Dei, Acta,

vol. V. p. 120-121. Lettre

encyclique aux Archevêques, Evêques, au clergé et à tous les catholiques de France, 16 février 1S92.

LA VÉRITABLE SOCIÉTÉ DES NATIONS.

11

'

v.

'Cette notion de l'autonomie

essentielle

de» peuples

nous permet

de résoudre

arriver

un autre

: la 'Société

des Nations

problème un tel ordre Etat,

la

peut-elle il ne soit

à établir

à aucun

Que

de choses raison

armements

que désormais

que

ce soit, de faire

que

les

permis la guerre? causes devienne

pour quelque

des

folie

soit réprimée,

rares,

soit totalement

causes

même

des conflits

obligatoire

soient rendue»

dans

mais

des

la guerre

pour

plus

déterminés,

que l'arbitrage

jc'est

fan Idéal

suppri-

dans

cas

que la guerre

il faut

tendre;

auquel mée, c'est Le droit

Ile concept

une chimère de faire

de justes iet le bien

entre

d'un Etat indépendant,

de la paix,

comme l'observe

de l'Etat

quillité

saint Augustin entreprendre Si donc

aucun

à leur

serait

sans

(i), requiert la guerre Etat serait

que les représentants la tran-

ce

la

les autres

Or, peuvent-

l'ordre

ne

puissent de l'ordre.

renoncé

pour assurer à l'avenir

indépendant;

aucun

ne

ne gardait

droit constitutionnel, seule isociété souveraine

auraient

elles y renoncer

complet,

la Société de nation

des Nations,

parfaite.

absolue

que

qualité