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*Titre : *Grand Larousse de la langue française en six volumes.

Tome
troisième, Es-Inc / [sous la direction de Louis Guilbert, René Lagane,
Georges Niobey]

*Auteur : *Larousse

*Éditeur : *Librairie Larousse (Paris)

*Date d'édition : *1973

*Contributeur : *Guilbert, Louis (1912-1977). Directeur de publication

*Contributeur : *Lagane, René. Directeur de publication

*Contributeur : *Niobey, Georges. Directeur de publication

*Sujet : *Français (langue) -- Dictionnaires

*Type : *monographie imprimée

*Langue : * Français

*Format : *1 vol. (paginé 1729-2619) ; 27 cm

*Format : *application/pdf

*Droits : *domaine public

*Identifiant : * ark:/12148/bpt6k12005345 </ark:/12148/bpt6k12005345>

*Source : *Larousse, 2012-144942

*Relation : *Notice d'ensemble :


http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34294780h

*Relation : * http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb351244837

*Provenance : *bnf.fr

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Cet ouvrage est paru à l’origine aux Editions Larousse en 1989 ;


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Cette édition numérique a été spécialement recomposée par


les Editions Larousse dans le cadre d’une collaboration avec la
BnF pour la bibliothèque numérique Gallica.
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1687

ès

ès [ɛs] prép. (contraction de en les [art.


défini] ; v. 980, Fragment de Valenciennes,
au sens 1 ; sens 2, 1647, Vaugelas). 1. Class.
(déjà vx au XVIIe s.). Dans les, parmi les :
Le bien qui se trouve ès choses temporelles
(Pascal). ‖ 2. En matière de, en, usité
seulement dans quelques locutions de la
langue universitaire : Licencié ès lettres,
docteur ès sciences. Doctorat ès sciences ;
ou de la langue juridique : Agir ès qualités,
avec sa qualité, ses titres ; et dans quelques
noms de villes : Riomès-Montagnes.

• REM. 1. Ès, étant une contraction de en


les, ne doit s’employer que devant un nom
au pluriel.

2. Cette préposition, déjà vieillie à


l’époque de Vaugelas (qui limitait son
emploi à maître ès arts et à la langue des
juristes), ne figure plus que dans quelques
expressions figées ; cependant, elle est
parfois reprise aujourd’hui, dans un par-
ti pris d’archaïsme plaisant : Ainsi parla
Tintin en remettant ès mains du général le
joli sac rebondi (Pergaud).

esbaudir (s’) v. pr. V. ÉBAUDIR.

esbigner (s’) [sɛsbiɲe] v. pr. (ital.


archaïque sbignare, courir, issu de svignare,
de s- [lat. ex-, préf. marquant le mouvement
de l’intérieur vers l’extérieur] et de vigna,
vigne [de même origine que le franç. vigne],
proprem. « s’enfuir de la vigne, comme un
maraudeur » ; 1809, G. Esnault [comme
v. tr., au sens de « voler, dérober », 1754,
G. Esnault]). Pop. S’enfuir sans se faire
remarquer, décamper (vieilli) : Je casse
une canne, autrement dit, je m’esbigne ou,
comme on dit à la cour, je file (Hugo). C’est à
crever d’ennui, aussi je m’esbigne (Flaubert).

esbroufant, e ou esbrouffant, e [ɛs-


brufɑ̃, -ɑ̃t] adj. (part. prés. de esbrouf[f]
er ; 1846, Balzac). Fam. Qui esbroufe :
Jenny Cadine, dont les succès étaient de plus
en plus esbrouffants (Balzac).

esbroufe ou esbrouffe [ɛsbruf]


n. f. (mot du provenç. moderne signif.
« ébrouement, éclaboussure, gestes sacca-
dés, embarras » [déverbal de s’esbroufa, v.
l’art. suiv.], ou déverbal de esbrouf[f]er ;
1815, G. Esnault, aux sens de « violence,
action violente soudaine », et 1827, au
sens actuel). Fam. Étalage de grands airs,
manières hardies, insolentes qui visent à
en imposer à autrui : Faire de l’esbroufe.
C’était un Parisien, mais qui ne haïssait
point l’esbroufe ni le fracas (Hermant). ‖ À
l’esbroufe, en trompant par de grands airs,
en essayant d’en imposer par son assu-
rance. ‖ Arg. Vol à l’esbroufe, vol qui se
pratique en bousculant la personne qu’on
dévalise.

• SYN. : bluff (fam.), chiqué (fam.), embar-


ras, épate (fam.), flafla (fam.), manières.

— CONTR. : naturel, simplicité, spontanéité.


• REM. On rencontre parfois ESBROUF(F)E
au masculin : Dans mon enfance, je me
rappelle quels esbrouffes ils faisaient en-
core avec leur foire de Beaucaire (Daudet).

esbroufer ou esbrouffer [ɛsbrufe] v. tr.


(provenç. moderne [s’]esbroufa, s’ébrouer
[pour un cheval], éclater en paroles, de
es- [lat. ex-, préf. à valeur intensive] et de
broufa, s’ébrouer, souffler [pour des ani-
maux effrayés], jaillir avec force, verbe
formé sur la racine onomatopéique brf ;
1835, Raspail). Fam. En imposer à autrui
par son assurance, ses grands airs, des
manières hardies et tapageuses : Je vous
ai plus ou moins esbrouffés tout à l’heure
(Romains).

esbroufeur, euse ou esbrouffeur, euse


[ɛsbrufoer, -øz] n. et adj. (de esbrouf[f]er ;
1837, Vidocq). Fam. Personne qui fait de
l’esbroufe, qui cherche à en imposer par son
attitude affectée, arrogante : Swann, avec
son ostentation, avec sa manière de crier
sur les toits ses moindres relations, était un
vulgaire esbrouffeur (Proust).

• SYN. : bluffeur (fam.), fanfaron, hâbleur,


m’as-tu-vu (fam.).

& adj. (av. 1902, Zola). Se dit de l’attitude


d’une personne qui fait de l’esbroufe : L’air
esbrouffeur d’un citoyen qui est d’attaque
(Zola).

escabeau [ɛskabo] n. m. (lat. scabellum,


escabeau, dimin. de scamnum, escabeau,
marchepied, banc [issu d’un plus anc. *scab-
num] ; 1419, N. de Baye, écrit scabel [esca-
beau, 1471, Havard], au sens 1 ; sens 2, fin
du XIXe s. [« marchepied », 1564, Indice de
la Bible ; « marchepied dont on se sert pour
atteindre quelque chose », 1690, Furetière]).
1. Vx. Siège de bois, sans bras ni dossier,
plus bas que le banc ou la chaise, et pourvu
de trois ou quatre pieds : Donc, assis sur cet
escabeau, tu tourneras la broche (France).
‖ 2. Sorte d’échelle pliante, à marches
assez larges.

escabelle [ɛskabɛl] n. f. (var. fém. du pré-


céd. ; 1328, Varin, écrit scabelle ; escabelle,
1507, Havard [déranger les escabelles, 1687,
Mme de Sévigné]). Class. et littér. Chaise
en bois, assez rudimentaire, avec ou sans
dossier, et généralement à trois pieds : Un
tapis tout usé couvrit deux escabelles (La
Fontaine). On ne va pas dire en sortant que
leur feu charbonne et que leur escabelle
boite (Pérochon). Perché au sommet d’une
escabelle, Sénac badigeonnait les croisées
en fumaillant des cigarettes (Duhamel).
‖ Class. et fig. Déranger les escabelles,
bouleverser les projets établis, causer du
désordre : [Le maréchal de Créquy] était
en colère contre cette mort [...] qui, sans
considérer ses projets et ses affaires, venait
ainsi déranger ses escabelles (Sévigné).

escabelon [ɛskablɔ̃ ou ɛskabəlɔ̃] n. m.


(adaptation, d’après escabeau, de l’ital. sga-
bellone, grand escabeau, lui-même dér. du
lat. scabellum [v. ESCABEAU] ; 1665, Havard,
écrit escabellon ; escabelon, 1690, Furetière
[var. scabellon, 1668, Havard]). Petit pié-
destal, en bronze, marbre, pierre ou bois,
servant de support à un buste, et dont le
XVIIe s. fit grand usage.

escadre [ɛskadr] n. f. (ital. squadra et esp.


escuadra, équerre [de même origine que le
franç. équerre, v. ce mot], d’où « bataillon,
escouade », à cause de la formation en carré
des troupes en question ; milieu du XVe s.,
J. de Bueil, au sens de « subdivision d’un
corps de troupes » ; sens 1, 1690, Furetière ;
sens 2, 1864, Littré ; sens 3, début du XXe s.).
1. Dans la marine de l’Ancien Régime, for-
mation navale correspondant à une frac-
tion déterminée d’une flotte, ou armée
navale. ‖ Chef d’escadre, grade de la marine
royale immédiatement supérieur à celui de
capitaine de vaisseau : Un de mes oncles
maternels, le comte Ravenel de Boisteilleul,
chef d’escadre (Chateaubriand). ‖ 2. Auj.
Groupe organique de bâtiments de guerre,
sous la conduite d’un vice-amiral ou d’un
amiral. ‖ 3. Dans l’armée de l’air, unité
de combat comprenant deux ou trois
escadrons.

escadrille [ɛskadrij] n. f. (esp. escua-


drilla, dimin. de escuadra [v. ESCADRE] ;
v. 1570, Carloix, écrit scouadrille, au sens
de « petite troupe de soldats » ; écrit esca-
drille, au sens 1, 1803, Boiste ; sens 2, 1922,
Larousse). 1. Dans la marine, groupe orga-
nique de petits bâtiments, moins important
qu’une flottille : Escadrille de torpilleurs,
de sous-marins. ‖ 2. Dans l’armée de l’air,
unité élémentaire de combat, composée
de plusieurs patrouilles (chasse) ou de
plusieurs sections (bombardement) : Une
escadrille de Nieuport de grande reconnais-
sance (Romains).

escadron [ɛskadrɔ̃] n. m. (ital. squa-


drone, dér. augmentatif de squadra [v.
ESCADRE] ; fin du XVe s., Molinet, écrit
esquadron, escuadron [escadron, av. 1526,
J. Marot], au sens 1 ; sens 2, 1636, Monet ;
sens 3, début du XXe s. ; sens 4, av. 1559,
J. Du Bellay). 1. Vx. Troupe de cavaliers
armés : Le camp s’éveille. En bas roule et
gronde le fleuve | Où l’escadron léger des
Numides s’abreuve (Heredia). ‖ 2. Unité
administrative d’un régiment de cavalerie
ou de l’arme blindée. ‖ Groupe d’escadrons,
réunion, sous les ordres d’un même officier
supérieur, de deux ou de plusieurs esca-
drons. ‖ Chef d’escadron, officier supérieur
commandant un groupe d’artillerie ou un
groupement d’unités du train ou de la gen-
darmerie (grade équivalant à celui de chef
de bataillon dans l’infanterie ou le génie).
‖ Chef d’escadrons, officier supérieur com-
mandant un groupe d’escadrons de la cava-
lerie ou de l’arme blindée (grade équivalant
à celui de chef de bataillon dans l’infanterie
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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1688

ou le génie). ‖ 3. Dans l’aviation militaire,


unité comportant plusieurs escadrilles.
‖ 4. Fig. Troupe, bande de personnes
ou d’animaux : D’un bout des dortoirs à
l’autre, des escadrons de gros rats font des
charges de cavalerie en plein jour (Daudet).
‖ Escadron volant, nom donné aux filles
d’honneur de Catherine de Médicis, qui,
selon certains, jouèrent un rôle d’informa-
tion et de séduction politique.

escadronner [ɛskadrɔne] v. intr. (de esca-


dron ; 1689, Mme de Sévigné). Class. Faire les
manoeuvres et évolutions propres à la cava-
lerie : Dans huit jours, il [Ch. de Sévigné]
s’en ira s’y établir [à Rennes] avec toute cette
noblesse, pour leur apprendre à escadronner
et à prendre un air de guerre (Sévigné).

escafignon [ɛskafiɲɔ̃] n. m. (dimin. de


l’anc. franç. sca[u]fe, proprem. « chaloupe »
[fin du XIIIe s., Végèce], escaffe [début du
XVe s.], lat. scapha, esquif, canot, barque
[gr. skaphê, tout corps creux, et spécialem.
« canot »], et, à l’époque médiévale, « chaus-
sure légère » ; fin du XIVe s., E. Deschamps,
écrit escafilon ; escafignon, 1459, Godefroy).
Chausson léger, de toile ou de cuir fin, en
usage aux XVe et XVIe s., et qui se portait
dans des bottes ou dans des chaussures :
Ça sent le gousset, l’escafignon, le faguenas
(Gautier).

escagasser [ɛskagase] v. tr. (provenç.


et languedocien escagassa, affaisser, écra-
ser [plus ancienn. « s’accroupir — comme
pour aller à la selle »], de es- [lat. ex-, préf.
à valeur intensive] et de caga, aller à la
selle, anc. provenç. cagar, même sens, lat.
cacare [v. CHIER] ; début du XXe s., aux sens
1-2). 1. Fam. et dialect. Assommer (dans
la région provençale). ‖ 2. Fig. et fam.
Importuner vivement, ennuyer.

• SYN. : 2 assommer, barber (fam.), embêter


(fam.), empoisonner (très fam.), enquiquiner
(pop.), fatiguer, tanner (très fam.).

escalade [ɛskalad] n. f. (probablem.


empr., pendant la guerre de Cent Ans,
d’un anc. provenç. *escalada [escalado au
XVIIe s.], dér. du v. escalar, escalader [XIIIe s.],
de escala, échelle [de même origine que le
franç. échelle, v. ce mot] ; début du XVe s., au
sens 1 ; sens 2, 1707, Lesage [précisé en 1810,
Code pénal] ; sens 3, 1870, Larousse ; sens 4,
v. 1960). 1. Vx. Action de monter à l’assaut
d’une place forte, d’une muraille, à l’aide
d’échelles : Ils tinrent tête à l’escalade avec
ces massues (Hugo). ‖ 2. En droit, action
de pénétrer dans une maison, dans un lieu
enclos, en passant par les fenêtres, le toit ou
par-dessus une grille, un mur de clôture,
etc. ‖ 3. Action de franchir un obstacle, de
s’élever jusqu’à un point élevé en faisant
des efforts. ‖ Spécialem. En alpinisme,
ascension au cours de laquelle le grimpeur
progresse en utilisant ses quatre membres
et grâce aux points d’appui qu’il peut trou-
ver ou se ménager sur les parois rocheuses.
‖ Par extens. Action de gravir une pente

raide de glace ou de neige. ‖ Escalade libre,


celle où le grimpeur progresse en utilisant
seulement les prises et appuis naturels
qu’offre le rocher. ‖ Escalade artificielle,
celle où le grimpeur s’aide également de
prises et d’appuis formés en enfonçant
des pitons dans les fissures du rocher.
(Syn. VARAPPE.) ‖ 4. Fig. En termes de
stratégie, processus qui, dans un conflit,
conduit inéluctablement les belligérants
à employer des moyens offensifs de plus
en plus destructeurs : L’escalade est à la
fois un danger auquel on veut parer, et une
menace à laquelle on ne peut ni ne veut
renoncer (Aron). ‖ Par extens. Progression
en violence dans tout conflit non militaire :
L’escalade dans l’injure a marqué cette cam-
pagne électorale.

escalader [ɛskalade] v. tr. (de escalade ;


1611, Cotgrave, au sens 1 ; sens 2, 1617,
Crespin ; sens 3, milieu du XVIIe s. ; sens
4, 1870, Larousse). 1. Prendre d’assaut par
escalade : La barricade escaladée eut une
crinière d’éclairs (Hugo). ‖ 2. Passer par-
dessus un mur, une clôture : Escalader
une grille. ‖ 3. Gravir une hauteur par ses
propres moyens, avec effort : Nous avons
traversé un champ en friche, escaladé le
haut bord d’un fossé (Flaubert). Il escalada
le talus et prit par les champs (Dorgelès).
‖ Spécialem. Faire l’ascension d’une mon-
tagne par les méthodes de l’alpinisme :
Escalader un pic. ‖ 4. En parlant d’une
voie d’accès, partir de la base d’une hau-
teur et mener jusqu’au sommet : Au pied
du grand escalier de pierre qui escalade la
colline Montmartre (Aymé).

• SYN. : 3 ascensionner, se hisser.

escaladeur [ɛskaladoer] n. m. (de


escalader ; 1844, Töpffer). Personne qui
escalade une montagne : Les fins escala-
deurs des cimes qui les accompagnaient
(Frison-Roche).

• SYN. : grimpeur.

Escalator [ɛskalatɔr] n. m. (mot anglo-


améric. [début du XXe s.], de [to] escal[ade],
escalader, et de [elev]ator, celui qui élève,
ascenseur ; milieu du XXe s.). Nom déposé
d’un escalier mécanique.

escale [ɛskal] n. f. (de l’ital. [far] scala,


[faire] escale [scala, de même origine que
le franç. échelle — v. ce mot —, désignant
proprem. le « lieu où on pose une échelle
pour débarquer »] ; 1507, Jal, au sens
2, écrit [faire] scale [faire escale, 1660,
Oudin ; un premier ex. au XIIIe s.] ; sens
1, 1690, Furetière [pour un avion, 1948,
Larousse]). 1. Lieu de son parcours où
un navire relâche, où un avion s’arrête.
‖ Les Escales du Levant, nom donné
autrefois à certaines villes maritimes de
la Méditerranée. ‖ 2. Action de s’arrê-
ter en un lieu pour se ravitailler, pour
débarquer ou embarquer du fret ou des
passagers : Faire escale. ‖ Temps que dure

cet arrêt : Une escale d’une demi-heure est


prévue à Orly.

• SYN. :1 port ; 2 halte, relâche.

escalier [ɛskalje] n. m. (lat. scalaria,


escalier, degrés, plur. neutre substantivé
de l’adj. scalaris, de degrés, d’escalier,
dér. de scala, échelle, degrés d’escalier [v.
ÉCHELLE] ; 1549, R. Estienne, au sing., et
1690, Furetière, au plur.). Suite de degrés
superposés, de marches échelonnées, qui
sert à monter ou à descendre : Au pied
de l’escalier | Qui conduisait de l’aire au
rustique grenier (Lamartine). L’escalier de
pierre était obscur, affaissé par endroits,
odorant et vétuste (Martin du Gard). ‖ Le
plur. les escaliers s’emploie couramment
pour désigner l’escalier : Il [...] regardait
comme un homme grossier celui qui passait
sans rien dire auprès de lui dans les esca-
liers (Balzac). Et montant, sabre au poing,
les royaux escaliers (Baudelaire) ; et fam. :
Monter, descendre les escaliers quatre à
quatre. ‖ Escalier de service, dans certains
immeubles, escalier qui sert aux employés
de maison, aux livreurs. ‖ Escalier dérobé,
escalier placé dans un endroit caché d’une
maison. ‖ Escalier d’honneur, grand esca-
lier, escalier de proportions monumen-
tales, qui donne accès à l’entrée principale.
‖ Escalier roulant ou mécanique, dispo-
sitif comportant des marches montées
sur des chaînes sans fin, et permettant
de transporter des personnes d’un étage
à un autre sans que celles-ci aient à gra-
vir les degrés. ‖ Escalier suspendu, esca-
lier dont les marches, fixées dans le mur
à l’une de leurs extrémités, sont libres à
l’autre. ‖ Escalier hélicoïdal, en vis ou en
colimaçon, escalier dont les marches sont
disposées en hélice autour d’un axe. ‖ Par
anal. et fam. Faire des escaliers dans les che-
veux de quelqu’un, lui couper les cheveux
de manière irrégulière. ‖ Fig. et fam. Avoir
l’esprit de l’escalier, se dit de quelqu’un qui
ne trouve ses reparties que trop tard, quand
l’occasion est passée.
escaliéteur [eskaljetoer] n. m. (de
escalier ; 1955, Dictionnaire des métiers).
Menuisier spécialisé dans la fabrication
des escaliers.

escalin [ɛskalɛ̃] n. m. (moyen néerl. schel-


linc, monnaie d’argent ; XIIIe s., Chronique
de Rains, écrit eskallin ; escalin, XVIe s.).
Ancienne monnaie d’argent des Pays-Bas et
de divers États de l’Europe du Nord, dont la
valeur a varié selon les lieux et les époques :
Il possédait en outre deux maisons, payait
une rente de neuf escalins à la table des
pauvres de Notre-Dame (Huysmans).

escalope [ɛskalɔp] n. f. (emploi spécialisé


[et mal expliqué] de l’anc. franç. eschalope,
coquille de noix [v. 1220, G. de Coincy],
escalope, coquille de limace [milieu du
XIIIe s., Rutebeuf], dér. de l’anc. franç.
escale, écaille, coquille [franç. moderne
écale, v. ce mot], avec le suff. de enveloppe ;
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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1689

1691, le Cuisinier royal et bourgeois, au sens


de « façon d’apprêter le veau » ; sens actuel,
début du XIXe s.). Tranche mince de viande
blanche ou de poisson, principalement de
veau.

escalopé, e [ɛskalɔpe] adj. (de escalope


[v. ce mot], au sens dialectal [de haute
Bretagne] de « petit bonnet rond avec de
grandes pattes que les femmes replient en
deux et fixent par une grosse épingle à boule
dorée sur le milieu de la tête » [1877, Littré] ;
1857, Flaubert). Replié en deux et fixé avec
une épingle : Il regardait la lumière du soleil
passer parmi le duvet de ses joues blondes
que couvraient à demi les pattes escalopées
de son bonnet (Flaubert).

escaloper [ɛskalɔpe] v. tr. (de escalope ;


milieu du XXe s.). Détailler en tranches plus
ou moins minces une viande, un poisson,
un légume.

escalpe [ɛskalp] n. f. (var. de scalp [v. ce


mot] ; 1827, Chateaubriand). Action de scal-
per : Le couteau d’escalpe est à ta ceinture
(Chateaubriand).

escamotable [ɛskamɔtabl] adj. (de


escamoter ; 1948, Larousse). Qui peut être
escamoté. ‖ Spécialem. Se dit du train d’at-
terrissage d’un avion que l’on peut replier.
‖ Meuble escamotable, lit ou table que l’on
peut rabattre contre un mur ou dans un
placard.

escamotage [ɛskamɔtaʒ] n. m. (de esca-


moter ; 1757, Encyclopédie [art. gobelets], au
sens 1 ; sens 2, v. 1789, G. de Mirabeau ; sens
3, 1870, Larousse ; sens 4, XXe s.). 1. Action,
art d’escamoter, de faire disparaître habile-
ment un objet : L’escamotage d’une carte à
jouer, d’un mouchoir. ‖ 2. Action de déro-
ber rapidement et adroitement quelque
chose : Il a toujours un penchant pour
l’escamotage (Vallès). ‖ 3. Fig. Action d’élu-
der une difficulté, d’écarter habilement
l’examen d’une question : L’escamotage
des objections (Valéry). ‖ 4. Repli du train
d’atterrissage d’un avion dans la voilure
ou dans les fuseaux moteurs, après l’envol.

escamoter [ɛskamɔte] v. tr. (proba-


blem. d’un anc. v. occitan *escamotar, de
*escamar, effilocher [provenç. moderne
escama], dér. de l’anc. provenç. escama,
écaille [XIIIe s., Pansier], lat. pop. *scama
[influencé phonétiquement par le germ.
occidental *skalja, v. ÉCAILLE], lat. class.
squama, écaille ; 1558, Boaistuau, au sens
de « remplacer [une chose] par une autre » ;
sens 1, 1640, Oudin ; sens 2, 1658, Scarron ;
sens 3, av. 1850, Balzac ; sens 4, 1870,
Larousse ; sens 5, XXe s.). 1. Faire disparaître
un objet par un tour de main qui échappe à
la vue des spectateurs : Escamoter un mou-
choir, une pièce de monnaie. ‖ 2. Dérober,
faire disparaître avec adresse et rapidité :
Escamoter un portefeuille, des papiers com-
promettants. ‖ 3. Fig. Éviter habilement de
faire une chose difficile ou ennuyeuse, de

traiter un sujet délicat ou épineux, etc. : Il


se croit habile en escamotant les difficultés
au lieu de les vaincre (Balzac). « L’Action
française » a naturellement escamoté, dans
son récit de la dernière séance à la Chambre,
l’intervention de M. Albani (Gide). Dans
son intervention, il a escamoté les vrais pro-
blèmes. ‖ 4. Fig. Escamoter un mot, une fin
de phrase, les prononcer bas ou vite, pour
qu’on ne les entende pas. ‖ Escamoter une
note, la sauter, ne pas la jouer, dans l’exé-
cution d’un morceau. ‖ 5. Replier, après
l’envol, le train d’atterrissage d’un avion.
• SYN. : 3 couper à (fam.), écarter, éluder,
esquiver, se soustraire à, tourner.

escamoteur, euse [ɛskamɔtoer, -øz] n.


(de escamoter ; 1609, Dict. général, dans
la loc. escamoteur de consciences, au sens
mal défini ; sens 1, av. 1854, Nerval ; sens
2, 1690, Furetière ; sens 3, XXe s.). 1. Vx.
Personne qui fait des tours d’escamotage :
L’escamoteur lui emprunte toujours son
mouchoir (Nerval). Honteux, il les plonge
[ses pieds] dans l’eau avec l’habileté d’un
escamoteur (Renard). ‖ 2. Vx. Voleur qui
subtilise adroitement les objets. ‖ 3. Fig.
Celui qui a l’art d’escamoter, d’éluder les
difficultés : Escamoteur de vrais problèmes.
& adj. : La mort escamoteuse, la mort escroc
(Romains).

escampativos [ɛskɑ̃pativɔs] n. m. pl.


(gascon escampativo, départ précipité,
de escampa, échapper, correspondant
du franç. escamper [v. l’art. suiv.] ; 1622,
Sorel, au sing., et 1668, Molière, au plur.).
Class. Faire des escampativos, s’échapper,
s’absenter furtivement : Je vous y prends
donc, Madame ma femme, et vous faites des
escampativos pendant que je dors (Molière).
• REM. Le mot a été employé par des au-
teurs du XIXe s. sous la forme francisée au
fém. sing. ESCAMPATIVE (av. 1841, Cha-
teaubriand) : Amoureux, friand de duels
et d’escampatives (Daudet).

escamper [ɛskɑ̃pe] v. intr., et s’escamper


[sɛskɑ̃pe] v. pr. (ital. scampare, échapper,
proprem. « prendre du champ » ou « lever le
camp », de s- [lat. ex-, préf. à valeur négative
ou marquant le mouvement de l’intérieur
vers l’extérieur] et de campo, champ, camp,
lat. campus [v. CAMP] ; v. 1360, Froissart,
puis 1546, Rabelais). Vx ou dialect. Prendre
la fuite, s’échapper : J’escampai sans lui dire
adieu (Sorel). Lui, fuyant cette démence,
s’escampait tout le jour (Daudet).

escampette [ɛskɑ̃pɛt] n. f. (dimin. de


escampe, fuite [XVIe s., La Curne, puis
1669, Widerhold], déverbal de escamper ;
1688, Miege [art. poudre]). Fam. Prendre la
poudre d’escampette, se sauver rapidement.

escapade [ɛskapad] n. f. (ital. scappata


ou esp. escapada, escapade, de même for-
mation que le franç. échappée [v. ce mot] ;
fin du XVIe s., A. d’Aubigné). Action de
s’échapper d’un lieu, de se soustraire à ses

obligations, pour se donner un moment de


liberté, rechercher un divertissement, un
plaisir : Je déclarai, après mon escapade
de Brest, ma volonté d’embrasser l’état
ecclésiastique (Chateaubriand). L’idée de
ce repas de garçon avec son mari [...] l’amu-
sait comme une escapade (Daudet).
• SYN. : échappée, équipée, fugue.

escape [ɛskap] n. f. (lat. scapus, tige [de


plante], fût [de colonne], montant ; 1567,
Delorme, au sens 1 ; sens 2, 1611, Cotgrave).
1. Partie inférieure du fût d’une colonne.
‖ 2. Fût d’une colonne.

escarbillat, e [ɛskarbija, -at] adj.


(gascon escarbilhat, d’origine obscure [dans
certains parlers normands, on trouve escar-
billard, « pétulant », probablem. de même
origine, mais que le FEW, t. XVII, dérive
de escarbille — ce qui est impossible pour
escarbillat étant donné sa date d’appari-
tion] ; v. 1534, Bonaventure Des Périers,
écrit escarbilhat ; escarbillat, 1648,
Scarron). Class. (déjà vx au XVIIe s.) et fam.
Vif, éveillé : Il suffira d’être léger | Pour pou-
voir entrer en la lice | Rien par faveur, tout
par justice : | Pour les plus escarbillats, j’ai
| Ce que les rats n’ont pas mangé (Scarron).

escarbille [ɛskarbij] n. f. (mot picardo-


wallon [attesté, sous la forme escabille, dès
1667, Barbier], déverbal de èscrabyî, gratter,
néerl. schrabbelen, gratter, racler, dér. de
schrabben, mêmes sens ; fin du XVIIIe s.).
Petit fragment de charbon incomplètement
brûlé, qui se trouve mêlé aux cendres ou
qui s’échappe d’un foyer (principalement
d’une locomotive) : Remonté dans mes hau-
teurs, j’allais, un livre aux doigts, m’accrou-
pir sur le balcon où le train faisait pleuvoir
des escarbilles de velours noir (Duhamel).

escarbiller [ɛskarbije] v. tr. (de escar-


bille ; 1908, Larousse). Débarrasser des
escarbilles.

escarbilleur [ɛskarbijoer] n. m. (de


escarbiller ; 1922, Larousse). Appareil ser-
vant à séparer les escarbilles des cendres.
‖ Personne qui est chargée de ce travail.

escarbot [ɛskarbo] n. m. (réfection,


par croisement avec escargot [v. ce mot],
de l’anc. franç. escharbot, escarbot [fin
du XIe s., Gloses de Raschi], issu, après un
changement de la terminaison, du lat. sca-
rabaeus, scarabée ; v. 1460, Villon [escarbot
doré, 1690, Furetière ; escarbot de la farine,
1870, Larousse]). Nom usuel de divers
coléoptères de la famille des histéridés.
‖ Escarbot doré, cétoine dorée. ‖ Escarbot
de la farine, ténébrion.

• REM. La Fontaine a employé plaisam-


ment le mot comme adjectif, au féminin
(1668) : La race escarbote.
escarboucle [ɛskarbukl] n. f. (altér., par
croisement avec boucle, de l’anc. franç.
escarbuncle, escarboucle [1080, Chanson
de Roland], de es- [lat. ex-, préf. à valeur
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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1690

intensive] et de l’anc. n. carbuncle, même


sens [1080, Chanson de Roland], lat. car-
bunculus, petit charbon, escarboucle,
dimin. de carbo, charbon ; XIIe s., Godefroy,
au sens 1 ; sens 2, 1770, d’Alembert ; sens
3, 1636, Monet). 1. Nom donné autrefois à
une pierre précieuse brillant d’un vif éclat
rouge, et qui désignait, au Moyen Âge, le
rubis et le grenat : Les conquérants avaient
trouvé des barres d’or et des escarboucles
(France). ‖ 2. Fig. Objet brillant comme
une escarboucle : Houris au coeur de verre,
aux regards d’escarboucles (Hugo). ‖ 3. En
héraldique, pièce embrassant le champ de
l’écu et formée de huit rais fleurdelisés.

escarcelle [ɛskarsɛl] n. f. (ital. scar-


sella, bourse, proprem. « petite avare »
[parce que l’escarcelle peut contenir les
économies de celui qui la porte], dimin.
fém. de scarso, avare, lat. pop. *excarpsus
[v. ÉCHARS] ; XIIIe s., au sens 1 [rare av. le
XVIe s.] ; sens 2, 1868, A. Daudet). 1. Au
Moyen Âge, grande bourse que l’on portait
suspendue à la ceinture : Quand il passait
entre les pauvres inclinés, il puisait dans
son escarcelle (Flaubert). ‖ 2. Fig. et fam.
Argent, ressources dont on dispose : Il
songe à prendre quelque nourriture et se
met en quête d’un cabaret à portée de son
escarcelle (Daudet).

escargot [ɛskargo] n. m. (issu, par chan-


gement de suff., de l’anc. franç. escargol
[v. 1398, le Ménagier de Paris], provenç.
escaragol, altér., sous l’influence des repré-
sentants du lat. scarabaeus [v. ESCARBOT],
de caragòu, formé, par métathèse, de caca-
laou, croisement [survenu sur les côtes du
Languedoc] du gr. kakhlêx, caillou du
bord ou du fond de l’eau, et du lat. conchy-
lium, coquillage [v. COQUILLE] ; 1549,
R. Estienne, au sens 1 [escalier en escargot,
1845, Bescherelle] ; sens 2, av. 1850, Balzac).
1. Mollusque gastropode terrestre, appelé
aussi limaçon et colimaçon, à coquille cal-
caire en spirale, herbivore et nuisible aux
cultures, et dont certaines espèces sont
comestibles : Dans une terre grasse et pleine
d’escargots, | Je veux creuser moi-même une
fosse profonde (Baudelaire). ‖ Aller, mar-
cher comme un escargot, aller très lente-
ment. ‖ Escalier en escargot, escalier en
hélice. ‖ 2. Vx et fam. Sorte de cabriolet :
Une de ces charmantes petites voitures
basses, appelées « escargots », doublée de
soie gris de lin (Balzac).

escargotière [ɛskargɔtjɛr] n. f. (de


escargot ; 1811, Encycl. méthodique, au sens
1 ; sens 2, XXe s.). 1. Lieu où l’on élève des
escargots comestibles. ‖ 2. Plat en métal ou
en porcelaine où sont ménagées de petites
dépressions, dans lesquelles on dispose les
escargots pour les passer au four.

escarmouche [ɛskarmuʃ] n. f. (croise-


ment de l’anc. franç. escremie, lutte, combat
[XIIe s., Godefroy], part. passé fém. subs-
tantivé de escremir, s’exercer à l’escrime,

défendre, garantir [1080, Chanson de


Roland — francique *skirmjan, protéger],
et du radical de l’anc. v. mu-chier, cacher
[XIIe s., v. MUCHER ET MUSSER] — les éclai-
reurs et les patrouilles se tenant généra-
lement cachés ; av. 1370, J. Le Bel, écrit
escarmuche [escarmouche, fin du XIVe s.,
sous l’influence de mouche, espion], au sens
1 [attacher l’escarmouche, 1559, Amyot] ;
sens 2, fin du XVIe s., A. d’Aubigné). 1. Léger
engagement, localisé et imprévu, entre des
détachements ou des éléments avancés de
deux armées : Dans ce petit simulacre d’es-
carmouche, il y a je ne sais quoi de martial
(Fromentin). ‖ Class. Attacher une escar-
mouche, l’escarmouche, engager la bataille :
Il eût bien voulu [...] n’avoir point attaché
cette escarmouche (Retz). ‖ 2. Fig. Lutte
légère ou préliminaire entre personnes,
entre puissances : Les premières escar-
mouches d’un débat parlementaire.

• SYN. : 1 accrochage, échauffourée ; 2 duel,


joute.

escarmoucher [ɛskarmuʃe] v. intr. (de


escarmouche [v. ce mot] ; v. 1350, J. Le Bel,
écrit escarmucher [escarmoucher, v. 1360,
Froissart], au sens 1 ; sens 2, 1835, Acad. ;
sens 3, fin du XVIIe s., Mme de Sévigné).
1. Class. Engager une escarmouche,
livrer un combat d’escarmouche : Elle
[Mademoiselle] disposa [...] tous les bour-
geois [...] à sortir et à escarmoucher (La
Rochefoucauld). ‖ 2. Vx. S’opposer dans
des batailles sans gravité : Nous escar-
mouchions sur la plage à coups de pierres
(Chateaubriand). ‖ 3. Fig. Échanger de vifs
propos, se montrer agressif dans la discus-
sion : Nous étions là quatre commis, et les
deux autres [...] m’écoutaient quand j’escar-
mouchais avec M. Mazoïer (Stendhal).

& s’escarmoucher v. pr. (XVe s., au sens de


« s’agiter, se débattre » ; sens actuel, 1578,
Ronsard). Class. Se livrer des combats
d’escarmouche : Aucun des partis ne se
pouvant attaquer [...], l’on se regarda et l’on
s’escarmoucha tout le jour (Retz).

escarmoucheur [ɛskarmuʃoer] n. m. (de


escarmoucher [v. ce mot] ; XVe s., Delboulle).
Vx. Celui qui est chargé de provoquer une
escarmouche : Noirmoutier [...] sortit avec
cinq cents chevaux [...] pour pousser des
escarmoucheurs (Retz).

escarole [ɛskarɔl] n. f. (ital. scariola, esca-


role, bas lat. escariola, endive, du lat. class.
escarius, qui est bon à manger, dér. de esca,
nourriture, de esum, supin de edere, man-
ger ; XIIIe s., écrit scariole ; scarole, escarole,
XIVe s., Antidotaire Nicolas). Forme vieillie
de SCAROLE, nom par lequel on désigne la
chicorée scarole.

escarotique ou escharotique [ɛska-


rɔtik] adj. et n. m. (bas lat. escharoticus,
qui produit une escarre, gr. eskharôtikos,
même sens, de eskharoûn, provoquer la
formation d’une croûte sur une plaie, dér.

de eskhara [v. ESCARRE 1] ; v. 1560, Paré).

Syn. de CAUSTIQUE.

1. escarpe [ɛskarp] n. f. (ital. scarpa, talus


d’un rempart, du gotique *skarpô, objet qui
se termine en pointe ; XVIe s., Godefroy, au
sens 1 ; sens 2, 1845, Bescherelle). 1. Talus
intérieur du fossé d’un ouvrage forti-
fié. ‖ 2. En architecture, talus d’un mur
jusqu’au cordon.

2. escarpe [ɛskarp] n. m. (déverbal de


escarper 2 ; 1800, G. Esnault, au sens de « vol
avec meurtre » ; sens actuel, 1837, Vidocq).
Vx ou littér. Bandit qui n’hésite pas à tuer
pour voler : Thénardier était signalé comme
escarpe et détenu sous prévention de guet-
apens nocturne (Hugo). Les pires escarpes
se vantent d’être réguliers (Dorgelès).

escarpé, e [ɛskarpe] adj. (part. passé


de escarper 1 ; 1582, Dict. général). Dont
la pente est raide, abrupte : Sur les rives
escarpées, on croyait voir les Normands
courant et grimpant (Alain). Oiseau bleu,
frémissant et battant de l’aile, tu restes sur
cette extrême roche escarpée (Gide). ‖ Qui
est d’un accès difficile : Chemin escarpé.
• SYN. : abrupt, à pic.

escarpement [ɛskarpəmɑ̃] n. m. (de


escarper 1 ; 1701, Furetière, au sens 1 ; sens
2, av. 1778, J.-J. rousseau). 1. Pente raide
d’un terre-plein ou de la muraille d’un rem-
part : Les soldats trébuchant dans les morts
et les blessés et empêtrés dans l’escarpement
(Hugo). ‖ Spécialem. Dans un ouvrage
fortifié, perpendiculaire qui mesure la
hauteur de la crête du glacis au-dessus du
plan qui forme le fond du fossé. ‖ 2. État
de ce qui est escarpé ; pente raide, versant
abrupt d’un terrain, d’une montagne :
L’escarpement des montagnes, étant très
rapide, montre en divers endroits le grès
des rochers (Rousseau). La route se creusait
entre deux escarpements (Gautier). Cette
allée [...] sur laquelle l’escarpement presque
à pic d’une montagne toute proche déverse
l’ombre foncée de sa verdure plantureuse
(Flaubert). ‖ Escarpement de faille, talus
raide, au tracé souvent rectiligne, créé par
une faille.

1. escarper [ɛskarpe] v. tr. (de escarpe


1 ; v. 1536, M. Du Bellay). Couper droit,
de haut en bas, une roche, un terrain, une
montagne, etc. : Ici, le ravin qui escarpe le
plateau du centre est déjà à sa naissance
(Ségur).

& s’escarper v. pr. (fin du XVIIe s.,


Saint-Simon). Devenir escarpé, abrupt :
Le chemin s’escarpe, les arbres deviennent
rares (Chateaubriand).

2. escarper [ɛskarpe] v. tr. (empr. du


provenç. escarper, tailler en pièces [XVIe s.],
correspondant du franç. écharper, blesser
grièvement [v. ce mot] ; 1800, G. Esnault).
Arg. et vx. Assassiner pour voler : Il n’y a
plus qu’une chose à faire, l’escarper (Hugo).
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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1691

escarpin [ɛskarpɛ̃] n. m. (ital. scarpino,


dimin. de scarpa, chaussure, même mot que
scarpa, talus d’un rempart [v. ESCARPE 1], la
base du rempart — qui fait saillie — ayant
été comparée à une espèce de soulier chaus-
sant ce rempart [l’ital. scarpa a donné au
franç. le mot escarpe, « soulier léger », usité
du milieu du XVIe au début du XVIIe s.] ;
1512, J. Lemaire de Belges, écrit escalpin
[escarpin, 1564, J. Thierry], au sens 1 ; sens
2, écrit escarpin, 1532, Rabelais ; sens 3, fin
du XVIe s., Littré). 1. Soulier léger et décou-
vert, à fine semelle de cuir, avec ou sans
talon : Non, je vais mettre mes escarpins
pour aller à la danse ! (Stendhal). ‖ Pop.
et vx. Jouer de l’escarpin, s’enfuir rapide-
ment, décamper. ‖ Fam. et vx. Escarpins de
Limoges, sabots. ‖ 2. Autref. Chausson de
cuir blanc que l’on mettait dans les mules.
‖ 3. Instrument de torture avec lequel on
comprimait les pieds du patient.

escarpolette [ɛskarpɔlɛt] n. f. (dimin.


provenç. de escarpe 1 ; fin du XVIe s., A.
d’Aubigné, écrit escarpoulette, au sens de
« escarpe de rempart » ; sens actuel [parce
que l’objet décrit en se balançant une ligne
inclinée rappelant celle de l’escarpe], 1605,
Le Loyer, écrit escarpaulette ; escarpolette,
av. 1613, M. Régnier). Siège ou planchette
suspendus à deux cordes, et où l’on s’assied
pour se balancer : Pousser l’escarpolette.
• SYN. : balançoire.

1. escarre [ɛskar] n. f. (bas lat. eschara,


escarre, gr. eskhara, foyer, brasier,
croûte qui se forme sur une plaie ; 1314,
Mondeville, écrit eschar[r]e ; escarre, fin
du XVe s.). Croûte noirâtre qui se forme sur
la peau, les plaies, etc., par la mortifica-
tion des tissus : Chaque jour, ses escarres
s’étendaient et se creusaient davantage :
les omoplates, le siège, les talons n’étaient
que plaies noirâtres qui collaient aux linges
malgré le talc et les pansements (Martin
du Gard).

2. escarre [ɛskar] n. m. (déverbal de l’anc.


franç. escarrer, rendre carré [v. ÉQUARRIR] ;
v. 1170, Livre des Rois, au sens de « forme
carrée » ; sens classique, XVIe s.). Class.
Fragment, éclat de métal ou de pierre : Tout
ainsi que l’escarre enfoncé par le fer d’une
pique qui me traverse n’est pas semblable
à ce que me fait souffrir en sursaut la balle
d’un pistolet (Cyrano).

3. escarre ou esquarre [ɛskar] n. f.


(doublet pop. de équerre ; 1690, Furetière).
En héraldique, pièce honorable constituée
par une équerre qui isole du champ un des
coins de l’écu.

escarrification [ɛskarifikasjɔ̃] n. f. (de


escarrifier ; 1836, Landais). Production,
formation d’une escarre.
escarrifier [ɛskarifje] v. tr. (de escarri-,
élément tiré de escarre 1, et de -fier, du lat.
facere, faire ; 1842, Acad.). Produire, former
une escarre sur.

eschare n. f. V. ESCARRE 1.

escharotique adj. et n. m. V.

ESCAROTIQUE.

eschatologie [ɛskatɔlɔʒi] n. f. (dér.


savant du gr. eskhatos, extrême, dernier,
et de -logie, du gr. logos, science, discours ;
1864, Littré). Partie de la théologie qui
traite des fins dernières de l’homme, de
ce qui doit suivre sa vie terrestre (résur-
rection, jugement dernier, etc.) [eschato-
logie individuelle] et de la fin du monde
(eschatologie collective).

eschatologique [ɛskatɔlɔʒik] adj. (de


eschatologie ; 1864, Littré). Qui est relatif
à l’eschatologie : Un traité eschatologique.

esche [ɛʃ] n. f. (lat. esca, amorce, appât,


proprem. « nourriture » [v. ESCAROLE] ;
fin du XIIe s., Geste des Loherains, écrit
esche ; èche, aiche, XVIIe s.). Tout appât, de
quelque nature qu’il soit, que le pêcheur
fixe à l’hameçon pour prendre du poisson
à l’aide d’une ligne.

• REM. On écrit aussi ÈCHE et AICHE.

escher [ɛʃe] v. tr. (de esche ; v. 1175, Chr.


de Troyes, écrit aeschier ; 1317, Ordonnance
royale, écrit esch[i]er ; 1688, Miege, écrit
écher). Garnir un hameçon d’une esche.

escient [ɛsjɑ̃] n. m. (tiré de la loc. de l’anc.


franç. m[i]en escient, à mon avis, autant
que je puis voir ou savoir [1080, Chanson
de Roland], lat. médiév. meo sciente, lat.
class. me sciente, à mon su, de me, ablatif
de ego, moi, et de sciente, ablatif de sciens,
-entis, part. prés. de scire, savoir ; fin du
XIIe s., Roman d’Alexandre [à son escient, v.
1175, Chr. de Troyes ; à bon escient, milieu
du XIIe s., au sens class., et 1690, Furetière,
au sens actuel]). Vx. Connaissance qu’on a
de quelque chose (seulement dans les loc.
ci-après). ‖ Vx. À mon, ton, son, votre
escient, sciemment, en connaissance de
cause. ‖ À bon escient, avec discernement,
avec à-propos : Intervenir à bon escient
dans une discussion ; class., réellement,
sérieusement : Nous ne croyons pas à bon
escient aux préceptes que nous ont donnés
les hommes sages (Malherbe).

escionner [ɛsjɔne] v. tr. (de é- [lat. ex-,


préf. à valeur privative] et de scion ; 1890,
Dict. général [le dér. escionnement, ébour-
geonnement, est déjà dans Littré, 1864]).
Débarrasser les arbres des scions.

esclaffement [esklafmɑ̃] n. m. (de


s’esclaffer ; 1901, Larousse). Action de rire
bruyamment.

esclaffer (s’) [sɛsklafe] v. pr. (provenç.


esclafá, éclater, de es- [lat. ex-, préf. à valeur
intensive] et de l’onomatop. klaff-, var. de
klapp- [v. CLAPPER] ; v. 1540, Rabelais, dans
la loc. s’esclaffer de rire, rire aux éclats ; s’es-
claffer, éclater de rire, av. 1573, Jodelle [le
mot n’a guère été usité entre la fin du XVIe
et la fin du XIXe s.]). Partir d’un bruyant
éclat de rire : Christian bavardait, s’esclaf-

fait, insistait pour que son maître mangeât


beaucoup (Chérau).

• SYN. : éclater, pouffer.

esclandre [ɛsklɑ̃dr] n. m. (doublet


pop. de scandale [v. ce mot] ; v. 1160,
Benoît de Sainte-Maure, au sens de « haine,
inimitié » ; sens 1, 1353, La Curne ; sens 2,
milieu du XVe s., Quinze Joyes de mariage ;
sens 3, v. 1380, Aalma). 1. Class. Attaque
par surprise, guet-apens, rixe, incident
fâcheux : Le pauvre loup, dans cet esclandre,
| Empêché par son hoqueton | Ne put ni
fuir ni se défendre (La Fontaine). ‖ 2. Vx.
Affaire scandaleuse qui fait un bruit
fâcheux, qui compromet la réputation de
quelqu’un : J’espère que toute cette affaire
va s’en aller en eau de boudin, être étouffée
après quelques avertissements et sanctions
sans esclandre (Gide). ‖ 3. Incident entre
personnes, qui éclate en public et prend un
tour déplaisant : Louisa tremblait qu’il ne
fût congédié d’un jour à l’autre, après un
esclandre (Rolland). Notre père entreprit
de raconter, une fois encore, le magnifiquc
esclandre dont il se montrait fort glorieux
(Duhamel). Causer, faire un esclandre.
‖ Faire de l’esclandre, faire du scandale,
causer du désordre.

• SYN. : 3 éclat, grabuge (fam.), pétard (pop.),


scène, tapage.

• REM. Esclandre est auj. du masculin. Au


XVIIe s., le genre de ce mot est incertain
et l’on trouve des emplois du masculin
et du féminin ; certains auteurs le font
encore féminin au XIXe s. : Et voici une
esclandre telle que peut-être le marquis
Crescenzi en sera effrayé et le mariage
rompu (Stendhal).

esclavage [ɛsklavaʒ] n. m. (de esclave ;


1577, Vigenère, au sens 1 ; sens 2, 1672,
Racine ; sens 3, 1642, Corneille ; sens 4,
1690, Furetière ; sens 5, 1704, Trévoux).
1. État, condition de l’esclave ; organisa-
tion sociale qui admet l’existence d’une
classe d’esclaves : Comme tous les hommes
naissent égaux, il faut dire que l’esclavage
est contre la nature (Montesquieu). Ce sont
des hymnes chrétiens du temps de l’escla-
vage, des cantiques douloureux (Duhamel).
‖ Réduire en esclavage, soumettre à la
condition d’esclave. ‖ 2. État d’une per-
sonne qui est soumise à une autorité tyran-
nique, à un régime politique despotique ;
privation de liberté : Que peut devenir la
sociabilité humaine entre un prince que le
despotisme hébète et un paysan que l’escla-
vage abrutit ? (Hugo). ‖ Spécialem. et lit-
tér. État d’une personne qui, par amour, se
soumet aux volontés d’une autre. ‖ 3. État
d’une personne qui subit sans réagir l’em-
pire d’une chose : Vivre dans l’esclavage
d’une passion. Des livres m’avaient mon-
tré chaque liberté provisoire, et qu’elle n’est
jamais que de choisir son esclavage (Gide).
‖ L’esclavage de la rime, pour le poète, la
nécessité de soumettre sa pensée au choix
des rimes. ‖ 4. Occupation qui assujet-
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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1692

tit, laisse peu de liberté ou de loisir : Il a


accepté des fonctions qui sont un véritable
esclavage. ‖ 5. Parure consistant soit en
un bracelet métallique placé autour du
poignet et relié par une chaînette à un
autre bracelet placé au haut du bras, soit
en une bague portée au petit doigt, soit
en un collier descendant en demi-cercle
sur la poitrine : Je lui ai donné ma jean-
nette d’or, mon esclavage, mon épinglette
(Barbey d’Aurevilly).

• SYN. : 1 ilotisme, servage, servitude ;


2 asservissement, assujettissement,
joug, oppression, soumission ; 3 chaîne,
contrainte, fers, sujétion, tyrannie ; 4 car-
can (fam.), collier.

esclavager [ɛsklavaʒe] v. tr. (de escla-


vage ; 1876, A. Daudet). Vx. Rendre esclave
(rare) : Pour donner un peu plus de repos et
de bon air à la pauvre Antigone, esclavagée
par la candidature perpétuelle de son père
(Daudet).

• REM. On a dit aussi ESCLAVER : Esclavé


par son charme (Barbey d’Aurevilly).

esclavagisme [ɛsklavaʒism] n. m. (de


esclavagiste ; 1877, Darmesteter, au sens
1 ; sens 2, 1930, Larousse). 1. Doctrine,
système qui admet l’esclavage ; état social
fondé sur l’esclavage. ‖ 2. État des sociétés
de certaines fourmis qui pillent les nids
d’autres espèces pour former des esclaves.

esclavagiste [ɛsklavaʒist] n. et adj.


(de esclavage ; 1864, Littré). Qui est par-
tisan de l’esclavage des Noirs : La guerre
de Sécession, aux États-Unis, opposa les
États esclavagistes du Sud aux États abo-
litionnistes du Nord. Les esclavagistes et les
antiesclavagistes.

& adj. (1870, Larousse). Qui admet l’escla-


vage ; qui est fondé sur l’existence d’une
classe d’esclaves : Doctrines esclavagistes.
Société esclavagiste.

esclave [ɛsklav] n. et adj. (lat. médiév.


sclavus, autre forme de slavus, proprem.
« slave » [les Germains, pendant le haut
Moyen Âge, avaient réduit de très nom-
breux Slaves en esclavage] ; v. 1160,
Benoît de Sainte-Maure, au sens 1 ; sens
2-3, 1608, M. Régnier [« amant dévoué »,
1661, Corneille] ; sens 4, 1640, Corneille ;
sens 5, 1690, Furetière). 1. Qui n’est pas de
condition libre, qui appartient à un maître :
Le vaincu était massacré ou esclave pour la
vie (Vigny). Je veux m’y faire planteur, avoir
des esclaves (Balzac). C’était une esclave
carienne, qu’un roi avait donnée jeune au
chanteur (France). ‖ 2. Qui subit une auto-
rité tyrannique, un pouvoir despotique :
J’irai mourir ou vaincre avec cet homme
[...] qui voulut nous laver du mépris que
nous jettent même les plus esclaves et les
plus vils parmi les habitants de l’Europe
(Stendhal). Un peuple esclave. ‖ 3. Qui
se soumet servilement à la volonté, aux
caprices de quelqu’un : Qui est plus esclave
qu’un courtisan assidu, si ce n’est un cour-

tisan plus assidu ? (La Bruyère). De là


vient une faiblesse qui abâtardit l’homme
et lui communique je ne sais quoi d’esclave
(Balzac). Une femme esclave de ses enfants.
‖ Spécialem. Personne qui, par amour, se
soumet entièrement aux volontés d’une
autre : Ne reconnaissez-vous donc plus votre
fidèle esclave ? (Balzac). ‖ En esclave, avec
une soumission aveugle. ‖ 4. Qui subit
l’empire de quelque chose au point d’alié-
ner toute liberté : L’homme est le plus par-
fait esclave de l’habitude (Baudelaire). En
croyant me libérer, je devenais de plus en
plus esclave de mon orgueil (Gide). J’achève
de vivre [...], esclave de plusieurs manies
dégoûtantes (Mauriac). ‖ Être esclave de
sa parole, tenir scrupuleusement ses pro-
messes. ‖ 5. Qui n’a pas un moment de
liberté, de loisir : Un médecin que sa pro-
fession rend esclave.

• SYN. : 1 ilote, serf.

esclaver v. tr. V. ESCLAVAGER.

esclavon [ɛsklavɔ̃] n. m. (bas lat. scla-


vonus, var. de sclavinus, de l’Esclavonie ;
XIIIe s., aux sens de « cheval slave » et de
« habitant de l’Esclavonie » ; sens moderne,
1870, Larousse). Nom donné jadis aux
dialectes slaves parlés en Esclavonie, ou
Slavonie, et qu’on groupe maintenant sous
le terme général de serbo-croate. (On dit
auj. SLAVON.)

escobar [ɛskɔbar] n. m. (du n. de Antonio


Escobar y Mendoza, célèbre jésuite et
casuiste espagnol [1589-1669] ; 1656,
Pascal). Vx et péjor. Personnage hypocrite,
qui use d’arguments subtils et de restric-
tions mentales pour accorder sa conscience
avec ses passions ou ses intérêts.

escobarder [ɛskɔbarde] v. intr. (de esco-


bar ; v. 1790, G. de Mirabeau). Vx. User
des subtilités de la casuistique (réticences,
restrictions mentales, etc.).

& v. tr. (fin du XVIIe s., Saint-Simon). Vx.


Obtenir quelque chose par habileté, par
tromperie : C’est ainsi qu’on escobardait les
survivances depuis que le roi n’en voulait
plus donner que des charges de secrétaire
d’État (Saint-Simon).

escobarderie [ɛskɔbardəri] n. f. (de esco-


barder ; av. 1783, d’Alembert). Vx. Fourberie
que l’on déguise au moyen d’arguments
subtils, de restrictions mentales ; habileté
de casuiste : Vous avez un système de filou-
terie politique qui sera retourné contre vous,
car la France se lassera de ces escobarderies
(Balzac).

escoffier ou escofier [ɛskɔfje] v. tr.


(provenç. escoufia, tuer, supprimer, issu,
par changement de conjugaison, de escoufi,
mêmes sens, lat. pop. *exconficere, de ex-,
préf. à valeur intensive, et de conficere, faire
intégralement, venir à bout de [v. CONFIRE] ;
1796, G. Esnault). Pop. Tuer, assassiner :
Quand j’ai entendu pif ! pif ! je me suis
dit : Sacrebleu ! ils escofient mon lieute-

nant (Mérimée). Que ce vieux bougre ait


été proprement escoffié, cela ne fait aucun
doute (Duhamel).

escoffion [ɛskɔfjɔ̃] n. m. (ital. scuffione,


dér. de scuffia, coiffe, de s- [lat. ex-, préf. à
valeur intensive] et de cuffia, coiffe, bas lat.
cofia [v. COIFFE] ; milieu du XVIe s., Ronsard
[var. scofion, 1558, J. Du Bellay]). Ancienne
coiffure de femme, formée d’une résille
de ruban, portée au XVIe s. à la ville et à la
cour, puis devenue, au XVIIe s., une coiffure
paysanne : D’abord leurs escoffions ont volé
par la place (Molière).

escogriffe [ɛskɔgrif] n. m. (peut-être mot


de la famille de griffer [mais l’origine des
deux premières syllabes reste obscure] ;
1611, Cotgrave). Fam. Gaillard de grande
taille et malbâti : Un grand escogriffe bleu
et or me demanda mon nom (Daudet).

escomptable [ɛskɔ̃tabl] adj. (de escomp-


ter ; 1867, d’après Littré, 1877). Qui peut être
escompté : Une traite escomptable.

escompte [ɛskɔ̃t] n. m. (ital. sconto,


décompte, de scontare [v. l’art. suiv.] ; 1597,
Savonne, écrit esconte [escompte, XVIIIe s.],
aux sens 1-2 ; sens 3, 1870, Larousse).
1. Opération de crédit à court terme,
consistant à acheter un effet de commerce
avant son échéance, sous déduction d’un
intérêt convenu pour le temps que l’effet
a à courir. ‖ Par extens. Retenue que fait
l’acheteur de l’effet de commerce sur son
montant. ‖ Escompte en dehors, intérêt
de la valeur nominale du billet pendant
le temps qui reste à courir. ‖ Escompte en
dedans, différence entre la valeur nomi-
nale du billet et sa valeur actuelle. ‖ Taux
d’escompte, taux appliqué au calcul d’un
escompte donné ; taux général appliqué
dans toutes les opérations d’escompte à
un moment déterminé et sur un marché
donné. ‖ Règle d’escompte, en arithmé-
tique, règle qui donne la solution des ques-
tions relatives à l’escompte. ‖ 2. Réduction
consentie au débiteur qui s’acquitte de sa
dette avant l’échéance. ‖ 3. Faculté accor-
dée à l’acheteur d’une valeur à terme de se
la faire livrer avant l’échéance moyennant
paiement du prix convenu.

escompter [ɛskɔ̃te] v. tr. (ital. scon-


tare, proprem. « décompter », de s- [lat.
ex-, préf. à valeur privative] et de contare,
compter, lat. computare [v. COMPTER] ;
1675, J. Savary, au sens 1 ; sens 2, av. 1763,
Panard ; sens 3, fin du XIXe s.). 1. Payer un
effet de commerce avant l’échéance, déduc-
tion faite d’une retenue : Escompter une
traite. ‖ 2. Fig. et vx. Employer d’avance
l’argent qu’on attend de quelque chose :
Escompter un héritage. ‖ Par extens. et
vx. Consommer prématurément, jouir
d’avance : Escompter son avenir, sa jeu-
nesse. ‖ 3. Fig. Compter sur, prévoir : Mais,
escomptant aussitôt le plaisir que je tirerais
des félicitations de Rose, je l’imaginai si
mince que cela m’arrêta (Gide). Sagement,
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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1693

ils ont escompté combien de fiançailles offi-


cielles à lointaines échéances troubleraient
leur longue passion (Colette).

• SYN. : 3 attendre, espérer, supputer, tabler


sur (fam.).

escompteur [ɛskɔ̃toer] n. m. et adj. (de


escompte ; 1548, Rabelais, au sens de « mar-
chand qui vend avec une remise » ; sens
actuel, 1845, Bescherelle [le mot ne semble
pas être attesté aux XVIIe et XVIIIe s.]). Celui
qui escompte des effets de commerce :
Gobseck, l’escompteur, le jésuite de l’or
(Balzac).

escopette [ɛskɔpɛt] n. f. (ital. schiop-


petto, dimin. de schioppo, arme à feu, lat.
stloppus [var. scloppus], bruit qu’on fait en
frappant sur une joue gonflée, d’origine
onomatopéique ; v. 1525, Voyage d’Antoine
Pigaphetta, écrit [es]-chopette ; escouppette,
fin du XVIe s., A. d’Aubigné ; escopette,
XVIIe s.). Terme général pour désigner,
du XVe au XVIIIe s., diverses armes à feu
portatives dont la bouche était évasée :
Bentaboulech, Laboulbène, des noms qui
semblaient jaillir de la gueule d’une esco-
pette (Daudet).

escorte [ɛskɔrt] n. f. (ital. scorta, pro-


prem. « action de guider », dér. de scor-
gere, montrer, guider, lat. pop. *excorrigere,
mêmes sens, de ex-, préf. à valeur intensive,
et de corrigere, redresser [v. CORRIGER] ;
début du XVIe s., au sens 1 ; sens 2, 1690,
Furetière ; sens 3, 1665, La Fontaine ;
sens 4, fin du XVIe s., Brantôme). 1. Petite
troupe armée qui accompagne quelqu’un
ou quelque chose pour le protéger ou le
garder : Des fourgons chargés, marchant
sous escorte (Fromentin). ‖ Spécialem.
Troupe en armes qui accompagne un
personnage important : L’escorte d’un
général. ‖ 2. Dans la marine, ensemble
des navires de guerre accompagnant une
escadre ou un convoi pour les protéger : Un
croiseur d’escorte. ‖ 3. Suite de personnes
accompagnant une personne d’un rang
élevé dans ses déplacements : Un ministre
suivi d’une escorte de secrétaires. ‖ Par
anal. Personnes qui en accompagnent une
ou plusieurs autres : Il arriva avec toute
une escorte de collègues. ‖ Faire escorte
à quelqu’un, l’accompagner. ‖ 4. Fig. et
littér. Ensemble de choses ou de notions
qui accompagnent ordinairement quelque
chose : Le printemps et son escorte de fleurs
et de verdure.

escorter [ɛskɔrte] v. tr. (de escorte ; début


du XVIe s., au sens 1 ; sens 2, 1690, Furetière ;
sens 3, 1669, Montfleury). 1. Accompagner
pour garder ou protéger : Gendarmes qui
escortent un prisonnier. ‖ 2. Accompagner
pour honorer : Escorter un prince. ‖ 3. Fig.
Entourer, aller de compagnie avec : Les
vivats de la foule ont escorté le cosmonaute
jusqu’à son départ.

escorteur [ɛskɔrtoer] n. m. (de escorter ;


XXe s.). Dans la marine, navire ou avion

qui fait partie d’une escorte protégeant un


bateau ou un convoi. ‖ Spécialem. Type
de bâtiment léger pour la protection des
communications maritimes.

escot [ɛsko] n. m. (altér. de [serge façon


d’] Ascot [milieu du XVIe s.], de Aerschot,
n. de la ville du Brabant où se fabriquait
cette étoffe ; 1829, Boiste [serge d’escot,
1568, Dict. général]). Étoffe croisée de laine,
sorte de serge, employée surtout pour les
robes de deuil et pour celles des religieuses.

escouade [ɛskwad] n. f. (var. de escadre


[v. ce mot] ; v. 1500, Auton, écrit escoadre
[esquade, 1553, Anciennes poésies fr. ;
escouade, v. 1570, Carloix], au sens 1 ; sens
2, 1870, Larousse). 1. Naguère, fraction
d’une section d’infanterie, d’un peloton
de cavalerie : Il fit le serment de ne plus
boire et tint parole malgré les plaisante-
ries de son escouade (Daudet). ‖ 2. Petit
groupe de personnes rassemblées autour
de quelqu’un : Il y a presque toujours autour
d’un évêque une escouade de petits abbés,
comme autour d’un général une volée de
jeunes officiers (Hugo).

escoupe n. f. V. ÉCOPE.

escourgée [ɛskurʒe] ou écourgée


[ekurʒe] n. f. (de é-, es- [lat. ex-, préf. à
valeur intensive], et de l’anc. franç. cor-
giee, fouet muni d’une courroie [XIIe s.], lat.
pop. *corrigiata, dér. du lat. class. corrigia,
courroie, fouet ; v. 1175, Chr. de Troyes,
écrit escorgiee [escourgée, XIVe s. ; écour-
gée, 1677, Miege], au sens 1 ; sens 2, 1611,
Cotgrave, écrit escourgée [écourgée, fin du
XVIIe s.]). 1. Class. Fouet de lanières de cuir :
En les faisant déchirer avec des fouets et
des escourgées de cuir de taureau (Saci).
‖ 2. Class. Coup de fouet : Choeur et héros
s’en allant chargés d’escourgées (Boileau).

1. escourgeon [ɛskurʒɔ̃] n. m. (de


é- [lat. ex-, préf. à valeur intensive] et de
l’anc. franç. co[u]rjon, courroie [v. 1175,
Chr. de Troyes], lat. pop. *corrigionem,
accus. de *corrigio, dér. du lat. class. corri-
gia, courroie ; v. 1330, Baudoin de Sebourg,
écrit escorgeon, au sens de « fouet » ; écrit
escourgeon, au sens moderne, 1797, Gattel).
Vx. Lanière du fléau utilisé autrefois pour
battre les céréales.

2. escourgeon [ɛskurʒɔ̃] ou écour-


geon [ekurʒɔ̃] n. m. (même étym. qu’à
l’art. précéd. [chacun des six rangs d’épil-
lets de la plante ressemble à une courroie
ronde] ; 1269, Godefroy, écrit secourjon ;
1549, R. Estienne, écrit scourjon ; escour-
geon, 1600, O. de Serres ; écourgeon, 1864,
Littré). Variété d’orge hâtive, semée en
automne.

escousse [ɛskus] n. f. (de l’anc. v. esco[u]rre,


secouer, agiter, battre [v. 1120, Psautier de
Cambridge], lat. excutere, faire sortir ou
tomber en secouant, de ex-, préf. marquant
le mouvement de l’intérieur vers l’extérieur,
et de quatere, secouer, agiter ; v. 1160, Benoît

de Sainte-Maure, écrit escosse, au sens de


« rescousse » ; écrit escousse, au sens clas-
sique, XIVe s. [le -s-, purement graphique
depuis le XIVe s., a été rétabli dans la pro-
nonciation au XVIe s.]). Class. Mouvement
par lequel on prend de l’élan : Ne me prenez
pas de si loin votre escousse pour être en
peine (Sévigné).

escrime [ɛskrim] n. f. (anc. ital. scrima,


escrime, empr. de l’anc. provenç. escrima,
déverbal de escrimar, var. de escremir, v.
empr. à l’anc. franç. escremir, s’exercer à l’es-
crime, défendre, garantir [1080, Chanson
de Roland], francique *skirmjan, protéger
[escrime a éliminé l’anc. franç. escremie,
lutte, combat — XIIe s., Godefroy —, dér. de
escremir, lorsque l’art de l’escrime italienne
s’est répandu en Europe] ; fin du XIVe s.,
Chronique de Boucicaut, au sens 1 ; sens
2, av. 1613, M. Régnier). 1. Art de manier
le fleuret, l’épée ou le sabre ; exercice
par lequel on apprend cet art : Un maître
d’escrime. ‖ 2. Fig. Lutte serrée entre
deux adversaires ; discussion difficile : Il
n’ignore que l’escrime, parce qu’il n’aime
pas les pointes (Nerval). Je vais m’exercer
seul à ma fantasque escrime (Baudelaire).
‖ Class. Être hors d’escrime, être à bout de
raisons, hors de combat : Voici le coup fatal
qui nous met hors d’escrime, | Et nous voilà
tombés d’un gouffre en un abîme (Rotrou).

escrimer [ɛskrime] v. intr. (de escrime ;


milieu du XVIe s., au sens 1 ; sens 2, 1654,
La Fontaine). 1. Vx. S’exercer à l’escrime,
faire de l’escrime. ‖ 2. Vx et fam. Manier
un objet comme on ferait d’une épée :
Escrimer avec un tisonnier.

& s’escrimer v. pr. (sens 1, av. 1854, Nerval ;


sens 2, 1534, Rabelais). 1. Vx. Se battre en
duel, à l’épée : Ils s’arrêtèrent sur l’empla-
cement d’un jeu de boules, qui leur parut
un terrain très propre à s’escrimer commo-
dément (Nerval). ‖ 2. Fig. S’appliquer, faire
tous ses efforts dans une lutte, une dis-
cussion ou dans un exercice quelconque :
S’escrimer sur une machine à écrire.
S’escrimer à traduire un texte.

• SYN. : 2 s’acharner, s’efforcer, s’évertuer,


s’ingénier.

escrimeur, euse [ɛskrimoer, -øz] n.


(de escrime ; XVe s.). Personne qui s’exerce
ou qui excelle à l’escrime : Il était adroit
escrimeur et excellent cavalier (Mérimée).

escroc [ɛskro] n. m. (ital. scrocco, écor-


nifleur, de scroccare [v. l’art. suiv.] ; 1640,
Oudin, au sens de « écornifleur » ; sens
actuel, milieu du XVIIe s.). Individu qui
escroque, qui a l’habitude d’escroquer :
Les tables d’hôte, dont le jeu fait les délices,
| S’emplissent de câlins et d’escrocs, leurs
complices (Baudelaire).
• SYN. : aigrefin, estampeur, filou, forban,
fripon, fripouille, voleur.

escroquer [ɛskrɔke] v. tr. (de l’ital. scroc-


care, écornifler, de s- [lat. ex-, préf. mar-
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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1694

quant un mouvement d’éloignement] et de


crocco, croc [de même origine que le franç.
croc, v. ce mot], proprement « décrocher »,
ou dér. de l’onomatop. krokk- [v. CROQUER] ;
1597, Dict. général, au sens 1 [pour un
repas] ; sens 2. fin du XVIe s., A. d’Aubigné).
1. Escroquer quelque chose,se l’approprier
indûment par des manoeuvres malhon-
nêtes : Un comptable accusé d’avoir escro-
qué des millions. Escroquer de l’argent à des
mal-logés. ‖ Par anal. Se procurer quelque
chose par ruse ou par surprise : Escroquer
une signature. C’est toi, toi seule dont je
veux savoir si tu m’as escroqué la tendresse !
(Estaunié). ‖ 2. Escroquer quelqu’un, abu-
ser de sa confiance pour s’approprier son
bien : Escroquer des vieillards.

• SYN. : 1 dérober, extorquer, filouter (fam.),


soustraire, soutirer ; 2 dépouiller, empiler
(fam.), exploiter, flouer (fam.), gruger, rouler
(fam.), voler.

escroquerie [ɛskrɔkri] n. f. (de escro-


quer ; 1690, Furetière, au sens général ;
au sens jurid., 1810, Code pénal). Action
d’escroquer ; résultat de cette action.
‖ Spécialem. Délit consistant à user de
tromperie ou de manoeuvres fraudu-
leuses pour s’approprier le bien d’autrui :
L’émission d’un chèque sans provision est
une escroquerie.

• SYN. : carambouillage (fam.), filouterie,


grivèlerie, malversation, vol.

escroqueur, euse [ɛskrɔkoer, -øz] n. (de


escroquer ; 1558, J. Du Bellay). Vx. Personne
qui escroque, qui a l’habitude d’escroquer :
La satanée escroqueuse (Goncourt).

escudo [ɛskydo] n. m. (mot portug. et


esp., de même origine que le franç. écu
[v. ce mot] ; 1877, Littré, aux sens 1-2).
1. Ancienne monnaie espagnole d’or ou
d’argent, correspondant à l’écu français.
‖ 2. Auj. Unité monétaire du Portugal et
du Chili.

esculape [ɛskylap] n. m. (lat. Aesculapius,


Esculape [dieu de la Médecine], du gr.
Asklêpios ; 1690, Boileau, au sens I ; sens
II, 1864, Littré).

I. Vx et fam. Médecin.

II. Nom d’une couleuvre.

esculine [ɛskylin] n. f. (du lat. esculus, var.


de aesculus, chêne rouvre ; 1864, Littré).
Extrait de l’écorce de marron d’Inde, dont
les propriétés sont analogues à celles de la
vitamine P.

ésérine [ezerin] n. f. (de ésère, fève de


Calabar [1870, Larousse], de éséré, même
sens, mot d’une langue de l’Afrique équa-
toriale ; 1870, Larousse). Alcaloïde de la
fève de Calabar, très toxique, utilisé contre
certaines gastralgies.

esgourde [ɛzgurd] n. f. (croisement de


gourde, courge [v. ce mot], et de escoute,
oreille [1725, Granval ; escoule, 1632,
Chereau], déverbal de escouter, forme

anc. de écouter [v. ce mot], les oreilles


ayant été comparées aux larges feuilles
de la courge ; 1867, Delvau [var. esgourne,
1833, G. Esnault]). Pop. Oreille : Si tu vois
les Boches, appelle-moi vite, qu’on aille leur
couper les esgourdes (Dorgelès).

esgourder [ɛzgurde] v. tr. (de esgourde ;


1878, L. Rigaud). Pop. Écouter.

eskuara n. m. V. EUSKARA.

ésociculture [ezɔsikyltyr] n. f. (de ésoci-,


élément tiré de ésoce, n. scientif. du brochet
[1787, Encycl. méthodique] — lat. esox, -ocis,
sorte de brochet — et de culture ; 1952,
Larousse). Élevage du brochet.

ésopique [ezɔpik] adj. (de Ésope, n. d’un


fabuliste grec [lat. Aesopus, gr. Aisôpos], ou
bas lat. aesopicus, ésopique [gr. aisôpikos],
dér. de Aesopus, Aisôpos ; 1864, Littré). Qui
est dans la tradition d’Ésope : Une fable
ésopique.

ésotérique [ezɔterik] adj. (gr. esôte-


rikos, de l’intérieur, de l’intimité, réservé
aux seuls adeptes, de esôteros, plus inté-
rieur, plus intime, dér. de esô, à l’intérieur ;
1755, Encyclopédie, au sens 1 ; sens 2, 1888,
Larousse). 1. Qui est l’objet d’un enseigne-
ment réservé aux seuls initiés (par opposi-
tion à exotérique) : La doctrine exotérique
qui n’est qu’une préparation à la vérité
ésotérique (Maeterlinck). ‖ Spécialem. Se
dit de doctrines, de connaissances de la
philosophie grecque qui étaient transmises
aux seuls adeptes qualifiés : L’enseignement
ésotérique de Platon. ‖ 2. Se dit de toute
connaissance, de toute oeuvre, de toute
chose qui est incompréhensible pour celui
qui n’est pas initié : Il tirait une chaise,
s’asseyait, décrivait dans l’air, avec son
index noueux, quelque signe ésotérique
(Duhamel). Poésie ésotérique. ‖ Par extens.
Se dit d’une personne dont l’oeuvre est
difficilement interprétable : Un écrivain
ésotérique.

• SYN. : 2 abscons, abstrus, cabalistique,


hermétique, mystérieux, sibyllin.

ésotérisme [ezɔterism] n. m. (de ésoté-


rique ; 1845, Bescherelle, au sens 1 ; sens 2,
1888, Larousse [art. ésotérique]). 1. Partie
de la philosophie pythagoricienne, caba-
liste ou autre, qui devait rester inconnue
des non-initiés. ‖ 2. Caractère de ce qui
requiert une initiation particulière pour
être compréhensible : La syntaxe et l’élé-
vation morale le faisaient ressembler à un
philosophe grec qui eût lâché l’ésotérisme
pour se mettre davantage à la portée de la
vie courante (Miomandre). L’ésotérisme
d’un ensemble sculptural. ‖ Par extens.
Caractère d’un auteur dont l’oeuvre est très
difficilement compréhensible : L’ésotérisme
d’un philosophe, d’un poète.

• SYN. : 2 hermétisme.

ésouchement n. m., ésoucher v. tr.

V. ESSOUCHEMENT, ESSOUCHER.

espace [ɛspas] n. m. (lat. spatium, champ


de course, carrière, arène, étendue, dis-
tance, temps, délai, répit ; v. 1155, Wace,
au sens II, 5 ; sens I, 1-2, av. 1650, Descartes ;
sens I, 3, v. 1361, Oresme ; sens I, 4, v. 1930 ;
sens II, 1-2, 1314, Mondeville ; sens II, 3, v.
1660, Pascal ; sens II, 4, v. 1636, Descartes).

I. ESPACE GÉOMÉTRIQUE ET SCIENTI-


FIQUE. 1. Étendue idéale indéfinie, milieu
sans bornes contenant toutes les éten-
dues finies et tous les corps existants ou
concevables : L’espace est un corps ima-
ginaire comme le temps un mouvement
fictif. Dire « dans l’espace », « l’espace est
empli de », c’est définir un corps (Valéry).
‖ 2. Étendue indéfinie à trois dimen-
sions, objet de la géométrie dans l’espace,
par opposition à la géométrie plane, qui
n’étudie que les figures tracées sur une
surface à deux dimensions. ‖ 3. Distance
entre deux points : Dans un mouvement
uniforme, les espaces parcourus sont pro-
portionnels aux temps mis à les parcourir.
‖ 4. Espace-temps, selon la théorie de la
relativité, milieu à quatre dimensions,
obtenu en ajoutant aux trois coordonnées
d’un point d’un espace ordinaire à trois
dimensions une quatrième coordonnée
représentant l’écoulement continu du
temps en ce point.

II. ESPACE SENSIBLE, CONCRET. 1. Dans le


langage courant, étendue superficielle et
limitée, ou intervalle entre deux points :
La maison occupe un grand espace par
rapport à la superficie totale du terrain.
‖ Spécialem. En musique, intervalle
entre deux lignes voisines de la portée.
‖ En anatomie, nom donné à certaines
régions, à certains orifices, à certains
interstices : Espace intercostal. ‖ Espaces
verts, surfaces réservées aux parcs et jar-
dins dans une agglomération. ‖ Espace
vital (loc. traduite de l’allem. Lebens-
raum), étendue de territoire revendiquée
par un pays pour satisfaire à son expan-
sion démographique ou économique.
‖ 2. Étendue considérée dans ses trois
dimensions ; volume limité, déterminé :
Une vue sur deux ou trois arbres occupant
un certain espace, qui permet à la fois de
respirer et de se délasser l’esprit (Ner-
val). ‖ Spécialem. Étendue des airs : Ses
manches blanches font vaguement par l’es-
pace | Des signes fous (Verlaine). ‖ Regard
perdu dans l’espace, regard vague qui ne
se fixe nulle part. ‖ 3. En astronautique,
région extra-atmosphérique qui sépare
la Terre des autres astres, ou les astres
les uns par rapport aux autres : L’espace
cosmique. La conquête de l’espace. Vol
dans l’espace. ‖ 4. Vx. Espaces imagi-
naires, dans l’ancienne philosophie, ré-
gions idéales, chimériques, en dehors de
la sphère du monde, conçues par l’ima-
gination : Un monde que je ferai naître
dans les espaces imaginaires (Descartes).
‖ 5. Class. Durée, laps de temps : Mais
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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1695
derechef, de grâce, | Cesse de me gêner du-
rant ce peu d’espace (Corneille). ‖ Auj. En
l’espace de, ou dans l’espace de, pendant
la durée de : Il a écrit son livre en l’espace
d’un mois. Il faut étendre dans l’espace
d’environ deux années cette peinture des
hommes et de la société (Chateaubriand).
• SYN. : I, 3 écartement, espacement, inter-
stice, intervalle. ‖ II, 1 superficie, surface ;
2 champ, étendue ; air, atmosphère, ciel,
éther (poétiq.).

& n. f. (1680, Richelet). En imprimerie,


petite lame de métal dont on se sert pour
séparer les mots.

espacement [ɛspasmɑ̃] n. m. (de espa-


cer ; 1680, Richelet, au sens 1 ; sens 2, 1798,
Acad.). 1. Action d’espacer ; distance entre
deux choses : Il faudra élargir l’espacement
des plates-bandes. ‖ 2. En imprimerie,
intervalle laissé entre les mots ou les lettres
d’une même ligne : Un espacement régulier.
• SYN. : 1 écart, écartement.

espacer [ɛspase] v. tr. (de espace ; 1417,


Dict. général, au sens 1 [en imprimerie,
1694, Acad.] ; sens 2, 1870, Larousse).
[Conj. 1 a.] 1. Séparer, dans l’espace, par
un intervalle, disposer en ménageant
une distance entre les différents objets :
Ils suivaient des lignes de maisons brisées,
espacées de jardins (Goncourt). Quelle
belle route [...] large, bien entretenue, avec
ses bornes kilométriques, ses petits tas de
pierres régulièrement espacés (Daudet).
Espacer davantage les convives autour d’une
table. ‖ Spécialem. En imprimerie, mettre
des espaces entre les lettres, les mots d’une
même ligne. ‖ 2. Séparer par un intervalle
de temps : Espacer ses visites, ses repas.

• SYN. : 1 détacher, échelonner. — CONTR. :


1 joindre, juxtaposer, masser, rapprocher,
serrer, tasser.

& s’espacer v. pr. (sens 1, fin du XVIe s. ; sens


2-3, fin du XVIIe s., Saint-Simon ; sens 4, 1870,
Larousse). 1. Vx. S’éloigner : Espace-toi,
Maurin, tire-toi de là (Aicard). ‖ 2. Class.
S’étendre, se déployer : Louis de Bade
avait jeté un pont de bateaux sur le Rhin à
Hagenbach, et de là s’était espacé en Alsace
par corps séparés (Saint-Simon). ‖ 3. Class.
S’étendre sur un sujet de conversation, par-
ler abondamment et librement : Brissac lui
conta ce qu’il avait fait, non sans s’espacer
sur la piété des dames de la Cour (Saint-
Simon). ‖ 4. Être espacé, être disposé de
distance en distance : De larges habita-
tions s’espaçaient ensuite dans les jardins
(Flaubert).

espace-temps n. m. V. ESPACE.

espade [ɛspad] n. f. (ital. spada, épée, de


même origine que le franç. épée [v. ce mot] ;
av. 1553, Rabelais, au sens de « épée » ; sens
actuel, 1747, Duhamel du Monceau). Latte
de bois pour battre le chanvre avant de le
peigner.

espader [ɛspade] v. tr. (de espade ; 1747,


Duhamel du Monceau). Battre le chanvre
avec une espade.

espadon [ɛspadɔ̃] n. m. (ital. spadone,


grande épée, augmentatif de spada [v.
ESPADE] ; fin du XVIe s., A. d’Aubigné,
au sens 1 ; sens 2, 1694, Th. Corneille).
1. Grande et large épée à deux tranchants,
en usage du XVe au XVIIe s., et qu’on tenait
généralement à deux mains : Quelques
Troyens armés furent vus avec hallebardes,
espadons, mousquets et fusils (Scarron).
‖ 2. Poisson osseux des mers chaudes,
dont la mâchoire supérieure est allongée
comme une lame d’épée : Le rat du Nil tue
le crocodile, l’espadon tue la baleine, le livre
tuera l’édifice (Hugo).

espadrille [ɛspadrij] n. f. (altér. de


espardille, sandale de spart [1723, Savary
des Bruslons], empr. de espardillo, mot
des parlers du Roussillon, dér. de l’anc.
provenç. espart, sparterie [1439, Pansier],
lat. spartum, spart [sorte de jonc], corde en
spart, gr. sparton ; 1793, Brunot). Chaussure
à semelle de spart tressé, ou de corde, et
à empeigne de toile : Il s’habilla en un
in stant : pantalon, chandail, des espadrilles
(Malraux).

espagnol [ɛspaɲɔl] adj. et n. (lat. pop.


*hispaniolus, espagnol, du lat. class. his-
panus, même sens [qui, abrégé en spanus
à l’époque impériale, avait donné espan
en anc. franç., 1080, Chanson de Roland] ;
XIVe s., écrit espaignol ; espagnol, XVe s.).
Relatif à l’Espagne ; habitant ou originaire
de ce pays.

& espagnol n. m. (XVIIe s.). Langue parlée


en Espagne et dans la plupart des pays de
l’Amérique latine.

& espagnole n. f. (sens 1, 1611, Cotgrave ;


sens 2, 1864, Littré [d’abord sauce à l’espa-
gnole, 1767, la Cuisinière bourgeoise]). 1. À
l’espagnole, à la manière des Espagnols :
D’une scène locale assez basse, il [le Greco]
fait se lever d’infinies puissances de senti-
ments à l’espagnole (Barrès). ‖ 2. Coulis de
sauce brune qui entre dans la préparation
de diverses sauces.

espagnolade [ɛspaɲɔlad] n. f. (de espa-


gnol ; 1611, Cotgrave, au sens de « fan-
faronnade » ; sens actuel, XXe s.). OEuvre
artistique ou littéraire à sujet espagnol,
mais dans laquelle l’Espagne est repré-
sentée dans un pittoresque superficiel et
non pas dans sa réalité humaine profonde.

espagnolette [ɛspaɲɔlɛt] n. f. (dimin.


de espagnol, l’objet venant probablem.
d’Espagne ; 1731, Dict. général). Tige de fer
munie d’une poignée, permettant de fer-
mer ou d’ouvrir les battants d’une fenêtre :
La vue de son chapeau de paille accroché à
l’espagnolette d’une fenêtre, et bien d’autres
choses encore [...] composaient maintenant
la continuité de son bonheur (Flaubert).
‖ Fermer une fenêtre à l’espagnolette, ne

pas la fermer complètement, mais main-


tenir ses battants entrouverts au moyen de
la poignée de l’espagnolette.

espagnoliser [ɛspaɲɔlize] v. tr. (de


espagnol ; av. 1672, G. Patin). Donner
un caractère espagnol à quelqu’un ou à
quelque chose.

espagnolisme [ɛspaɲɔlism] n. m.
(de espagnol ; 1835, Stendhal, au sens 1 ;
sens 2, 1878, Larousse). 1. Manière de se
comporter, façon de penser propre aux
Espagnols : L’espagnolisme intégral de
Schlegel détonnait dans la maison des
Necker (Thibaudet). ‖ 2. Idiotisme propre
à la langue espagnole.

espale [ɛspal] n. f. (ital. spalla, espale,


proprem. « épaule », de même origine que
le franç. épaule [v. ce mot] ; 1622, Jal, écrit
espalle ; espale, 1636, Monet). Sur une
galère, plate-forme comprise entre le der-
nier rang de rameurs et la poupe.

1. espalier [ɛspalje] n. m. (francisa-


tion, probablem. d’après échalier, de l’ital.
spalliera, pièce de soutien, dér. de spalla,
appui, proprem. « épaule » [v. l’art. précéd.] ;
milieu du XVIe s., au sens de l’ital. ; sens 1,
1600, O. de Serres ; sens 2, 1690, Furetière).
1. Disposition d’arbres fruitiers dont les
branches sont palissées le long d’un mur :
Le menu peuple y perdra des fruits, des espa-
liers, mais on y gagnera une belle vue pour
les étrangers (Balzac). ‖ En espalier, se dit
d’un arbre fruitier taillé court et palissé
contre un mur : Entre deux murs de bauge
couverts d’abricots en espalier (Flaubert).
‖ 2. Arbre appliqué le long d’un mur :
Chacun de ces murs est tapissé d’espaliers
et de vignes (Balzac).

2. espalier [ɛspalje] n. m. (ital. spalliere,


même sens, de spalla, espale [v. ce mot] ; v.
1560, Paré). Chacun des deux galériens qui,
placés près de l’espale, réglaient le mouve-
ment des rameurs sur une galère.

espalme [ɛspalm] n. m. (déverbal du


moyen franç. espalmer [XVIe s., Godefroy],
anc. provenç. espalmar, enduire de suif
depuis la quille jusqu’à la ligne d’eau [début
du XIIIe s.], proprem. « enduire en se servant
de la paume de la main », de es- [lat. ex-,
préf. à valeur intensive] et de l’anc. pro-
venç. palma, paume de la main, lat. palma,
même sens [v. PAUME] ; 1771, Trévoux, écrit
spalme ; espalme, 1773, Jaubert). Vx. Suif
mêlé de goudron dont on enduisait la
carène des navires.

espar [ɛspar] n. m. (de l’anc. franç.


esparre, grosse pièce de bois [v. 1175, Chr.
de Troyes], gotique *sparra, poutre ; 1792,
Jal, écrit épar [espar, 1864, Littré], au sens
1 [épar, « perche qui supporte le pavillon »,
1678, Guillet] ; sens 2, 1864, Littré, écrit
espar [épar, 1890, Dict. général]). 1. Longue
pièce de bois de sapin pouvant servir de
mât, de vergue, etc. ‖ Les espars d’un
navire, l’ensemble des pièces de mâture.
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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1696

‖ 2. Levier pour manoeuvrer les canons


et les pièces d’artillerie.

• REM. On dit aussi ÉPAR.

esparcette [ɛsparsɛt] ou éparcette


[eparsɛt] n. f. (provenç. esparceto, de l’anc.
provenç. espars, répandu, part. passé de
espardre, éparpiller, lat. spargere, jeter çà
et là [on répand sommairement la graine de
sainfoin dans les champs, alors qu’on sème
le blé avec grand soin] ; 1776, Valmont de
Bomare, écrit esparcette ; éparcette, 1836,
Acad.). Autre nom du sainfoin.

• REM. On trouve aussi le masculin ES-


PARCET (1600, O. de Serres) ou ÉPARCET
(1751, Dict. universel d’agriculture).

esparcier [ɛsparsje] n. m. (de l’anc.


franç. espars, part. passé de espardre, épar-
piller [v. l’art. précéd.], l’esparcier servant
à éparpiller l’eau dans les champs ; 1600,
O. de Serres). Petite écluse de bois ou de tôle
qui sert à fermer une rigole d’irrigation.

espargoutte [ɛspargut] n. f. (var. de


spargule, spergule [v. SPERGULE] ; milieu du
XVIe s., Amyot). Nom usuel de la spergule,
petite plante herbacée.

espart ou espars [ɛspar] n. m. (même


étym. que espar ; 1812, Boiste, écrit espart ;
espars, XXe s.). Cheville de bois qu’utilisent
les teinturiers et les blanchisseurs pour
tordre les écheveaux et les tissus, au sor-
tir des bains de teinture ou de nettoyage.

espèce [ɛspɛs] n. f. (lat. species, vue,


regard, traits caractéristiques, aspect exté-
rieur, apparence, cas particulier [en droit],
et, à basse époque, « objet, marchandise,
denrée, drogue, ingrédient, argent », du v.
archaïque specere, regarder ; v. 1130, Eneas,
au sens de « épice » [v. ce mot] ; sens I, 1,
1314, Mondeville ; sens I, 2, 1541, Calvin
[au sing. ; au plur., 1690, Furetière] ; sens II,
1 et 3, v. 1265, J. de Meung ; sens II, 2, 1534,
Rabelais ; sens II, 4, 1765, Encyclopédie ;
sens II, 5, 1670, Patru ; sens II, 6, 1678,
La Fontaine ; sens II, 7, fin du XVe s.,
Commynes ; sens II, 8, 1541, Calvin).

I. 1. En termes de philosophie scolas-


tique, apparence sensible, image (species)
que l’on supposait se détacher des objets
et venir affecter nos sens pour y produire
le phénomène de la perception : La plus
commune opinion est celle des péripaté-
ticiens, qui prétendent que les objets de
dehors envoient des espèces qui leur res-
semblent, et que ces espèces sont portées
par les sens extérieurs jusqu’au sens com-
mun (Malebranche). ‖ Class. Brouiller,
confondre les espèces, empêcher d’y voir
clair, créer la confusion : Les états nous
vont tellement confondre les espèces, que
je ne pourrai profiter du temps qu’elle
[ma mère] sera encore en Bretagne
(Ch. de Sévigné). ‖ 2. Spécialem. En
théologie, apparence du pain et du vin
après la consécration : Communier sous

les deux espèces. ‖ Les saintes espèces, les


hosties consacrées.
II. 1. Catégorie d’êtres ou de choses
qu’un caractère commun permet de dis-
tinguer des autres du même genre : Les
espèces animales et végétales. ‖ Spécia-
lem. En biologie, groupe naturel d’indi-
vidus qui ne se distinguent les uns des
autres que par des traits accidentels ;
groupe d’individus semblables entre
eux et produits par d’autres individus
semblables : Tous les loups d’Outre-Rhin
ont mêlé leurs espèces (Leconte de Lisle).
‖ L’espèce humaine, ou simplem. l’espèce,
le genre humain : Les lois de l’esprit sont
invisibles dans l’individu et visibles dans
l’espèce (Alain). ‖ 2. En pharmacie, nom
donné aux substances végétales ayant
des propriétés voisines, et qu’on utilise
en mélange : Espèces pectorales, diuré-
tiques. ‖ 3. Sorte, qualité : Ce sentiment
de curiosité que mainte femme vertueuse
éprouve à connaître une femme d’une
autre espèce (Mérimée). Un jeu de cartes,
Monsieur, est un livre d’aventures de
l’espèce qu’on nomme romans (France).
‖ Quelqu’un de ton espèce (avec souvent
une nuance péjor.), une personne de ta
condition, de ton état, et, par extens., une
personne telle que toi. ‖ 4. Grandeurs de
même espèce, en mathématiques, gran-
deurs de même nature, ne différant que
par la quantité. ‖ 5. En droit, point spé-
cial en litige, cas particulier dont il s’agit :
Loi qui n’est pas applicable à l’espèce.
‖ En l’espèce, en ce cas, en la matière.
‖ Cas d’espèce, cas qui ne rentre pas dans
la règle générale, exception. ‖ 6. Vx. Une
sotte espèce, une espèce, personne pour
laquelle on n’a aucune estime : La plupart
de ces gens-là sont des espèces (Marivaux).
Qu’on n’aille pas se tromper et admettre
Elmire ou Zulmé, deux espèces qui m’as-
somment (Gautier). ‖ 7. Autref. Monnaie
métallique, argent : Cela fait beaucoup
de millions et redonnera de l’espèce, qui
manquait (Sévigné). ‖ 8. Une espèce de,
loc. introduisant un nom qui désigne
une personne ou une chose définie par
assimilation à une autre : Quelquefois
l’espèce de poète qui est en moi triomphe
de l’espèce d’antiquaire qui y est aussi
(Hugo). Une espèce de soupière en ver-
meil (Balzac). [V. Rem.] ‖ Se prend en
mauvaise part lorsqu’on veut marquer
que la personne ne peut être assimilée à
ce qu’elle prétend être : C’est une espèce
de journaliste. ‖ Fam. S’emploie pour
renforcer une dénomination injurieuse :
Espèce d’imbécile !

• SYN. : II, 1 race, type, variété ; 3 genre,


nature ; 8 façon, manière, sorte.

• REM. Dans la loc. espèce de, espèce est


parfois employé au masculin : Un espèce
de murmure (Bernanos). Tous ces espèces
de prophètes à la manque (Claudel).

& espèces n. f. pl. (v. 1570, Carloix [espèces,


« argent » ; espèces sonnantes, 1740, Acad.]).
Toute monnaie ayant cours légal : Faire
un paiement non pas par chèque, mais
en espèces. ‖ Espèces sonnantes et trébu-
chantes, monnaie métallique ayant le poids
légal.

• SYN. : argent, numéraire.

espérable [ɛsperabl] adj. (de espérer ;


1580, Montaigne). Que l’on peut espé-
rer (rare) : Une espérable immortalité
(Villiers de L’Isle-Adam).

espérance [ɛsperɑ̃s] n. f. (de espérer ;


1080, Chanson de Roland, au sens de « fait
de s’attendre à quelque chose » ; sens 1-2,
v. 1120, Psautier d’Oxford ; sens 3, v. 1120,
Psautier de Cambridge). 1. Sentiment de
confiance qui nous fait considérer ce que
nous désirons comme devant se réaliser
dans l’avenir : Mon coeur lassé de tout,
même de l’espérance, | N’ira plus de ses
voeux importuner le sort (Lamartine).
‖ Spécialem. En théologie, vertu théo-
logale par laquelle le chrétien attend de
Dieu sa grâce en ce monde et la vie éter-
nelle dans l’autre. ‖ Être sans espérance,
n’avoir que peu de temps à vivre, être
condamné. (Vieilli.) ‖ 2. Sentiment qui
porte à attendre l’obtention d’un bien
déterminé, ou la réalisation d’une action
précise : L’espérance d’un bel avenir, garanti
par cette promenade qui le lui montrait si
beau, si joli, si frais, quelle délicieuse récom-
pense ! (Balzac). ‖ Espérance de vie, durée
moyenne de la vie dans un groupe humain
déterminé. ‖ En espérance, en perspective,
en attente : Elles avaient en espérance un
héritage dont elles parlaient souvent autour
de leur lampe (Loti). ‖ Contre toute espé-
rance, alors que personne ne s’y attendait :
Il a réussi à son examen contre toute espé-
rance. ‖ Dans l’espérance de ou que, dans
l’attente de ou que. ‖ 3. La personne ou la
chose qui est l’objet de l’espérance : Il est
ma seule espérance. Vous voir chaque jour
est toute mon espérance.

• SYN. : 2 assurance, certitude, conviction ;


3 désir, espoir. — CONTR. : 1 désespérance,
désespoir ; 2 crainte, défiance, inquiétude.
& espérances n. f. pl. (sens 1, av. 1850,
Balzac ; sens 2, 1690, Furetière ; sens 3,
1930, Larousse). 1. Ce que l’on attend sous
forme d’héritage et qui doit augmenter la
fortune : Apportez-moi vos papiers et ne
dites rien de vos espérances (Balzac). Ma
petite-fille n’apportait pas une très belle dot,
mais elle avait, en revanche, de magnifiques
« espérances » (Mauriac). ‖ 2. Ferme espoir,
confiance dans la réussite sociale future de
quelqu’un : Cet enfant donne de grandes
espérances. ‖ 3. Avoir des espérances,
attendre un enfant, être enceinte.

espérant, e [ɛsperɑ̃, -ɑ̃t] adj. (part. prés.


de espérer ; fin du XVIIe s., Saint-Simon).
Qui espère, enclin à la confiance (rare) :
Rien ne rend mieux le surcroît et le tumulte
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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1697

de sentiment qu’éprouvait sincèrement alors


toute une jeunesse espérante et enthousiaste
(Sainte-Beuve). Germinie arriva toute gaie,
tout espérante (Goncourt).

espérantisme [ɛsperɑ̃tism] n. m. (de


espérantiste ; 1922, Larousse). Doctrine,
mouvement des partisans de l’espéranto.

espérantiste [ɛsperɑ̃tist] adj. (de espé-


ranto ; 1922, Larousse). Qui est relatif à
l’espéranto : Un congrès espérantiste.

& n. (sens 1-2, 1922, Larousse). 1. Partisan


de l’espéranto. (Vieilli.) ‖ 2. Personne qui
connaît et qui pratique l’espéranto.

espéranto [ɛsperɑ̃to] n. m. (part. prés.


de l’esp. esperi [de même origine que le
franç. espérer, v. ce mot], proprem. « celui
qui espère », d’abord pseudonyme du méde-
cin polonais Lazare Zamenhof, puis n. de
la langue internationale lancée, le 26 juillet
1887, par celui-ci ; fin du XIXe s.). Langue
internationale créée par le médecin polo-
nais Zamenhof : L’adoption de l’espéranto,
commun auxiliaire de toutes les langues
nationales, faciliterait entre les hommes
les échanges spirituels et matériels (Martin
du Gard).

& adj. (début du XXe s.). Qui est écrit en


espéranto : Un poème espéranto.

espère [ɛspɛr] n. f. (mot provenç., de l’anc.


provenç. espera, attente [milieu du XIIe s.],
déverbal de esperar, attendre [XIIe s.], de
même origine que le franç. espérer [v. l’art.
suiv.] ; 1869, A. Daudet [à l’espère, 1771,
Trévoux]). Situation du chasseur qui attend
le gibier (vieilli) : L’espère, quel joli nom
pour désigner l’affût, l’attente du chasseur
embusqué et ces heures indécises où tout
attend, espère (Daudet). ‖ À l’espère, à l’af-
fût : Il lui semblait être à l’espère, à la chasse
à l’ours, dans la montagne de la Tramezzina
(Stendhal). Il n’y a qu’à voir nos chasseurs,
le marquis des Espazettes en tête, partir tout
flambants neufs le dimanche matin, avec
la même ardeur, à l’espère d’un gibier qui
n’existe pas (Daudet).

espérer [ɛspere] v. tr. (lat. sperare,


attendre, s’attendre à, espérer ; v. 1050,
Vie de saint Alexis, au sens 2 ; sens 1, v.
1112, Voyage de saint Brendan ; sens 3,
fin du XIIe s., Châtelain de Coucy ; sens
4, XXe s.). [Conj. 5 b.] 1. Vx ou dialect.
Attendre avec plus ou moins d’impa-
tience : D’autres bateaux arrivaient, se
rangeaient à la cale et espéraient [...] leur
tour (Renard) ; et absol. : Espère un peu,
ma mère, il faut que je ramène la vache
à l’étable (France). ‖ 2. Considérer avec
confiance qu’une chose désirée va se réa-
liser : Malheureusement l’affaire, quoique
bien lancée, ne marcha pas aussi vite qu’on
aurait pu l’espérer (Daudet). J’espérais être
compris et jugé sans explication préalable
(Zola). ‖ Absol. Avoir de l’espoir, garder
espoir : Ayez du courage seulement, et
espérez (Mérimée). ‖ Spécialem. Avoir

la vertu théologale de l’espérance : Il


n’y a point de réprobation pour ceux qui
espèrent (Bossuet). ‖ Espérer quelqu’un,
avoir l’espoir qu’il viendra : Lady Gwidir
m’espère, à dix heures, dans sa loge à
l’Opéra ; lady Mansfield, à minuit, à
Almacks (Chateaubriand). Karelina atten-
dait Domitien, l’espérait plutôt (Van der
Meersch). ‖ 3. Aimer à croire quelque
chose (avec un verbe subordonné au pré-
sent ou au passé) : Puis-je encore espérer
que mon bien-aimé m’aime ? (Verlaine).
J’espère qu’il a été reçu. ‖ 4. Fam. J’espère !,
exclamation qui marque l’admiration, le
contentement : Une reliure d’amateur...
J’espère ! (Porto-Riche).

• SYN. : 2 attendre, compter sur, escomp-


ter, pressentir, prévoir, supputer, tabler sur
(fam.) ; 3 croire, penser. — CONTR. : 2 appré-
hender, craindre, redouter ; désespérer.
& v. tr. ind. (espérer en, v. 1170, Livre des
Rois ; espérer à, v. 1360, Froissart ; espérer
de, fin du XIIe s., Conon de Béthune ; bien
espérer de, 1668, La Fontaine). Espérer en
quelqu’un, en quelque chose, ou (class.)
espérer à quelqu’un, à quelque chose,
mettre sa confiance, son espoir dans
cette personne ou cette chose : Espérer en
l’avenir. Pour moi, j’espère à M. de Grignan
(Sévigné). J’espère aux bontés qu’une autre
aura pour moi (Molière). On espère à ce
bienheureux héritage (Bossuet). ‖ Class.
Bien espérer de, attendre beaucoup de,
bien augurer de : Quelques moralités du
succès desquelles je n’ai pas bien espéré
(La Fontaine).

• REM. Espérer de suivi d’un infinitif est


une construction littéraire archaïsante :
On n’espère pas de pouvoir être de vos
amis (Sévigné). On dit ordinairement :
Nous espérons vous revoir bientôt.

espiègle [ɛspjɛgl] n. et adj. (altér. du


néerl. [Till] Uilenspiegel, n. d’un per-
sonnage trompeur et ingénieux, dont les
aventures furent contées dans un roman
allemand du début du XVIe s., traduit en
franç. sous le titre de Histoire joyeuse
et récréative de Till Ulespiegle..., Lyon,
Jean Saugrain, 1559 [la forme espiègle est
due au fait que le premier -l- de la forme
francisée Ulespiegle a été pris pour l’art.
défini élidé et que, par suite, l’U- initial a
disparu] ; fin du XVIe s., Godefroy [aussi
ulespiegle]). Se dit d’une personne vive,
éveillée, malicieuse, mais sans méchan-
ceté (s’applique surtout aux enfants) : Un
garçon espiègle. Une petite espiègle.

• SYN. : coquin (fam.), diable, diablotin,


galopin.

& adj. (sens 1, 1640, Oudin ; sens 2, 1870,


Larousse). 1. Qui témoigne d’une malice
sans méchanceté : Caractère espiègle. Un
air, un regard espiègle. ‖ 2. Qui est fait ou
dit avec une malice enfantine : Une réponse
espiègle.

• SYN. : 1 coquin (fam.), fripon, malin,


mutin.

espièglerie [ɛspjɛgləri] n. f. (de espiègle ;


1694, Acad., au sens 2 ; sens 1, 1866,
V. Hugo). 1. Caractère d’une personne
espiègle : Cette espièglerie, prolongée
jusqu’aux éclats, avait fini par m’irriter
(Sainte-Beuve). ‖ 2. Tour d’espiègle :
Il n’était bruit que de ses espiègleries,
que l’on transformait en crimes noirs
(Chateaubriand). Si le vol n’avait été qu’un
jeu, l’auteur de l’espièglerie aurait dû le faire
cesser plus tôt (Renan).

espingole [ɛspɛ̃gɔl] n. f. (anc. provenç.


espingola, machine à lancer des pierres [fin
du XIIIe s.], empr. de l’anc. franç. esprin-
gale, grosse arbalète sur roue, machine à
lancer des pierres [1258, Varin], déverbal
de espringaler, sauter, danser [attesté seu-
lement v. 1330, chez Digulleville], dér. de
l’anc. v. espringuer, mêmes sens [XIIIe s.,
Godefroy], francique *springan, sauter ; fin
du XIVe s., au sens de l’anc. franç. esprin-
gale ; sens 1-2, fin du XVIIe s.). 1. Fusil
court, à bouche évasée et de faible portée,
employé en Espagne et en Italie au XVIe s. :
J’avouerai que d’abord l’espingole et l’air
farouche du porteur me surprirent quelque
peu (Mérimée). ‖ 2. Dans la marine
ancienne, bouche à feu de petit calibre,
au canon évasé.

espion, onne [ɛspjɔ̃, -ɔn] n. (de espier,


forme anc. de épier [v. ce mot], la prononcia-
tion de la consonne -s- de espion [disparue
dès le XIIIe ou le XIVe s.] ayant été rétablie, au
début du XVIe s., sous l’influence de l’ital.
spione, dér. de spia, déverbal de spiare,
épier, et donc mot de même formation
[et de même sens] que le franç. espie, épie
[v. ÉPIE] ; XIIIe s., au sens 1 [rare av. 1509,
Barbier] ; sens 2, 1611, Cotgrave ; sens 3,
1616, A. d’Aubigné). 1. Agent qui, pour le
compte d’un pays, cherche à recueillir des
renseignements sur un autre pays, notam-
ment des informations d’ordre militaire sur
une nation ennemie en temps de guerre :
Pour moi, vous êtes deux espions envoyés
pour me guetter. Je vous prends et je vous
fusille (Maupassant). ‖ Espion double,
agent qui sert à la fois deux partis. (On
dit plutôt AGENT DOUBLE.) ‖ 2. Individu
que l’on charge d’épier une autre personne
pour surprendre ses secrets, connaître ses
affaires personnelles. ‖ 3. Spécialem. et vx.
Agent secret de la police chargé de surveil-
ler certaines personnes.

& n. m. (1870, Larousse). Miroir incliné,


souvent convexe, placé sur le rebord d’une
fenêtre pour observer l’extérieur sans être
vu : Guettant le passage de quelque rare
promeneur réfléchi par les glaces de leur
espion ou la boule d’acier poli suspendue
à la voûte (Gautier).

& adj. (milieu du XXe s.). Qui est utilisé pour


une surveillance secrète : Navire espion.
Satellite espion.

espionnage [ɛspjɔnaʒ] n. m. (de espion-


ner ; v. 1570, Carloix, écrit espionnaige
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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1698

[espionnage, 1748, Montesquieu], au sens


1 ; sens 2, 1888, Larousse). 1. Action d’es-
pionner ; surveillance discrète et systéma-
tique exercée sur quelqu’un : Être surpris
en flagrant délit d’espionnage. ‖ 2. Activité
des espions professionnels : Service, réseau
d’espionnage. Roman, film d’espionnage.
‖ Spécialem. En droit, recherche d’infor-
mations militaires, au profit d’une nation,
par des individus qui opèrent clandestine-
ment ou sous de faux prétextes.

espionner [ɛspjɔne] v. tr. (de espion ;


1482, Godefroy, au sens de « observer » ;
sens 1, 1606, Crespin ; sens 2, 1640, Oudin).
1. Surveiller secrètement et systématique-
ment les actions et les paroles de quelqu’un,
au profit d’une tierce personne ou pour
son compte personnel : Les hommes mas-
qués sont des maris qui viennent espionner
leurs femmes, ou des maris en bonne for-
tune qui ne veulent pas être espionnés par
elles (Balzac). ‖ 2. Observer en espion les
activités d’un pays étranger.

• SYN. : 1 épier, guetter.

espionnite [ɛspjɔnit] n. f. (de espion ;


1923, Mercure de France). Fam. Manie des
personnes qui se croient espionnées, ou
voient des espions partout.

esplanade [ɛsplanad] n. f. (ital. spianata,


part. passé fém. substantivé de spianare,
aplanir, lat. explanare, étendre, étaler,
aplanir, de ex-, préf. à valeur intensive, et
de l’adj. planus, de surface plane, plat, uni,
égal ; fin du XVe s., Martial d’Auvergne,
au sens de « lieu aplani [en général],
débarrassé de ce qui gêne » ; sens 1, fin
du XVIe s., A. d’Aubigné ; sens 2, début
du XVIIe s. ; sens 3, 1755, Encyclopédie).
1. Espace libre et plat ménagé devant le
glacis d’une fortification, pour permettre
de voir et d’atteindre l’assaillant éventuel
d’aussi loin que possible. ‖ Par extens.
Espace uni qui, dans une place de guerre,
s’étend entre les murailles de la citadelle
et les maisons de la ville : Le marquis de
Saint-Luc mit toutes ses troupes en bataille
dans l’esplanade qui est devant la porte
de la ville (La Rochefoucauld). ‖ 2. Vaste
place dégagée, en avant d’un édifice :
L’esplanade des Invalides. J’étais sur l’es-
planade de l’église, devant le portail, et
pour ainsi dire sur la tête de la ville (Hugo).
‖ 3. Lieu élevé et découvert d’où l’on peut
apercevoir un vaste horizon : Cette tour est
tellement épaisse que, sur l’esplanade qui la
termine, on a pu bâtir un palais (Stendhal).

espoir [ɛspwar] n. m. (déverbal de espé-


rer, d’après les anc. formes de l’indic.
prés. accentuées sur le radical j’espeir
/ espoir, tu espeires / espoires, etc. ; v.
1130, Eneas, écrit espeir [espoir, milieu
du XIIe s.], au sens 3 [pour désigner une
personne, 1689, Racine] ; sens 1-2, milieu
du XIIe s., Jeu d’Adam). 1. Le fait d’espérer,
d’attendre quelque chose avec confiance :
Toute science ment, tout espoir est déçu

(Leconte de Lisle). Que servirait d’éveiller


en Gertrude un espoir ? (Gide). On conserve
peu d’espoir de retrouver des survivants de
la catastrophe. ‖ Dans l’espoir de ou que,
dans la pensée de ou que. ‖ Class. Faire
l’espoir de quelque chose, susciter l’espoir de
quelque chose : Galba ne l’a produit qu’avec
sévérité, | Sans faire aucun espoir de libéra-
lité (Corneille). ‖ 2. Sentiment qui porte à
espérer : La vraie douleur est incompatible
avec l’espoir. Pour si grande que soit cette
douleur, l’espoir de cent coudées s’élève plus
haut encore (Lautréamont). Perdre l’espoir.
Avoir bon espoir. ‖ 3. Ce que l’on espère :
Son espoir avait toujours été que, son affaire
de Waterloo arrangée, il finirait par être
militaire (Stendhal). ‖ La personne ou la
chose qui est l’objet de l’espoir : Vous êtes
mon seul espoir. ‖ Spécialem. Personne qui
présente toutes les qualités voulues pour
réussir dans un domaine déterminé : Un
espoir du cyclisme, du tennis.

• SYN. : 1 attente, désir, espérance.

— CONTR. : 1 appréhension, crainte, inquié-


tude ; 2 désespérance, désespoir.

espolette [ɛspɔlɛt] ou espoulette


[ɛspulɛt] n. f. (ital. spoletta, dimin. de sp
[u]ola, bobine, germ. *spôla, bobine, tuyau ;
1771, Trévoux, écrit espoulette [espolette,
fin du XVIIIe s.], au sens de « fusée de pro-
jectile creux » ; sens 1, 1870, Larousse ;
sens 2, XXe s.). 1. Dans la marine ancienne,
tube métallique qui servait à réamorcer la
lumière d’une bouche à feu après un raté :
Un petit tronçon d’espoulette qui avait servi
de boute-feu au pierrier de signal (Hugo).
‖ 2. Tube gradué en durées, qui, dans une
fusée de guerre, transmettait le feu à la
charge du projectile. ‖ Dans un artifice,
élément qui déclenche une inflammation
au bout d’un temps déterminé.

esponton [ɛspɔ̃tɔ̃] n. m. (anc. ital. spon-


tone, courte pique, de s- [lat. ex-, préf. à
valeur intensive] et de punto, point, piqûre,
de même origine que le franç. point, n. m.
[v. ce mot] ; fin du XVIe s., Brantôme, écrit
sponton [esponton, 1688, Miege], au sens
1 ; sens 2, 1864, Littré). 1. Demi-pique en
usage dans l’armée française du XVIe au
XIXe s. ‖ 2. Partie inférieure d’un barreau
de grille, amincie en fuseau.

espressione (con) [kɔnɛsprɛsjɔne]


loc. adv. (mots ital. signif. « avec expres-
sion » [pour l’étym., v. EXPRESSION] ; 1845,
Bescherelle). En termes de musique, d’une
manière expressive. (On écrit en abrégé :
CON ESPRESS., ou simplem. ESPRESS.)

espressivo [ɛsprɛsivo] adj. (mot ital.


signif. « expressif », de espressione [v. l’art.
précéd.] ; 1845, Bescherelle, écrit espres-
sive ; espressivo, 1864, Littré). En termes
de musique, expressif, plein de sentiment.
& adv. Avec expression : Jouer espressivo.

esprit [ɛspri] n. m. • ÉTYM. Lat. spiri-


tus, souffle (de l’air, du vent), respiration,

haleine, aspiration (en grammaire), vie, ins-


piration, sentiment, âme et, au Moyen Âge,
dans la langue des alchimistes, « essence,
eau-de-vie », de spirare, souffler, respirer,
vivre, exhaler ; v. 1050, Vie de saint Alexis,
écrit esperit ; esprit, XIVe s. (quelques
exemples dès le XIIe s., où on rencontre aussi,
fréquemment, la forme espirit). — A. : sens
I, 1 et 4, v. 1120, Psautier d’Oxford ; sens
I, 2, v. 1050, Vie de saint Alexis ; sens I, 3,
XIIe s. ; sens II, 1655, Lancelot. — B. : sens I,
1, av. 1655, Tristan L’Hermite ; sens I, 2, v.
1560, Paré ; sens II, 1, 1377, Oresme (esprits
vitaux, animaux, début du XVIe s.) ; sens II,
2, fin du XIVe s., E. Deschamps ; sens II, 3-4,
début du XVIe s. — C. : sens I, v. 1050, Vie
de saint Alexis ; sens II, 1, XIIe s. ; sens II, 2,
fin du XIVe s., E. Deschamps (esprit familier,
1564, Indice de la Bible) ; sens II, 3, 1530,
Palsgrave. — D. : sens I, 1-4, v. 1155, Wace ;
sens I, 5, v. 1120, Psautier d’Oxford ; sens
I, 6, 1671, Mme de Sévigné ; sens II, 1, 1609,
François de Sales ; sens II, 2, 1611, Cotgrave ;
sens III, 1-2, 1501, Destrées ; sens III, 3, fin
du XVIIe s., Saint-Simon. — E. : sens 1, av.
1662, Pascal ; sens 2, 1679, Bossuet ; sens
3, 1608, M. Régnier ; sens 4, 1670, Patru ;
sens 5, fin du XVIIe s.

A. Souffle.

• I. 1. Souffle créateur de Dieu (dans les


traductions de la Bible et des Évangiles) :
La terre était informe et toute nue, les
ténèbres couvraient la face de l’abîme, et
l’esprit de Dieu était porté sur les eaux
(Saci, Gen., I, 2). L’esprit souffle où il veut
(Jean, III, 4). L’esprit de Dieu, le Saint-Es-
prit en figure, selon la première significa-
tion de la lettre, un vent, un air que Dieu
agitait (Bossuet). ‖ 2. Souffle vital : C’est
ce que veut dire ce souffle divin, c’est ce que
nous représente cet esprit de vie (Bossuet).
‖ Class. et littér. Rendre l’esprit, expi-
rer, rendre le dernier soupir (ou rendre
l’âme) : Et fais que sur ma tombe Arcas
rende l’esprit (Rotrou). Sa belle-mère
[...] rendait l’esprit entre ses bras (Sand).
‖ 3. Inspiration qui vient de Dieu : L’es-
prit du Seigneur fut en lui, et il jugea Israël
(Saci, Juges, III, 10). Est-ce l’esprit divin
qui s’empare de moi ? (Racine). ‖ Cher-
cher l’esprit, chez les puritains, solliciter
l’inspiration divine par la prière et la
méditation. ‖ 4. Esprit-Saint ou Saint-
Esprit, dans la théologie chrétienne, la
troisième personne de la Trinité, qui pro-
cède du Père et du Fils : Le Saint-Esprit,
qui sort du Père et du Fils, comme leur
amour mutuel (Bossuet).

• II. Degré de l’intensité du souffle dans


la prononciation des voyelles initiales en
grec, noté par un signe qui se place sur
la première lettre des mots commençant
par une voyelle ou un rhô, ou sur la deu-
xième voyelle des mots commençant par
une diphtongue. ‖ Esprit rude, émission
du son avec aspiration ; signe qui la note
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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1699

(‘). ‖ Esprit doux, émission du son sans


aspiration ; signe qui la note (‘).

• SYN. : I, 3 grâce, illumination.

B. Émanation des corps.

• I. 1. Class. Essence très volatile, vapeur


qui s’exhale des corps, en particulier
émanation odorante, parfum (au sing. ou
au plur.) : [Le lièvre] se trahit lui-même |
Par les esprits sortant de son corps échauf-
fé (La Fontaine). Là, parmi des jasmins
plantés confusément, | Et dont le doux
esprit à toute heure s’exhale... (Tr. L’Her-
mite). Les uns dirent que le haut de la
sarbacane était plein des esprits du mer-
cure (Pascal). ‖ 2. Vx. Dans l’ancienne
chimie, partie la plus volatile d’un corps
soumis à la distillation (au sing. ou au
plur.). ‖ Spécialem. Ancienne dénomina-
tion des produits de la distillation, et en
particulier des eaux-de-vie contenant de
66 à 70 p. 100 d’alcool. ‖ En pharmacie,
nom donné autrefois à des médicaments
volatils ou résultant d’une distillation.
‖ Esprits parfumés, les alcoolats, ou alco-
ols aromatisés. ‖ Esprit fugitif, le mer-
cure. ‖ Esprit-de-bois, alcool méthylique.
‖ Esprit-de-sel, acide chlorhydrique.
‖ Esprit-de-soufre, acide sulfureux. ‖ Es-
prit-de-vin, alcool éthylique. ‖ Esprit-de-
vinaigre, acide acétique. ‖ Esprit-de-vi-
triol, acide sulfurique.

• II. 1. Class. Les esprits, selon une théo-


rie physiologique célèbre au XVIIe s., « pe-
tits corps légers, chauds et invisibles qui
portent la vie et le sentiment dans les par-
ties de l’animal » (Acad., 1694). ‖ Esprits
vitaux, « partie la plus subtile et la plus
agitée du sang, de laquelle dépendent son
mouvement et sa chaleur » (Furetière,
1690). ‖ Esprits animaux, « corps très
subtils et très mobiles, contenus dans le
cerveau et les nerfs [...], auteurs du senti-
ment et du mouvement animal » (Fure-
tière, 1690) : La génération des esprits ani-
maux, qui sont comme un vent très subtil,
ou plutôt comme une flamme très pure et
très vive... (Descartes). ‖ 2. Class. et Spé-
cialem. Les esprits animaux considérés
comme les agents de la vie physique et
psychique (« énergie vitale, sens, connais-
sance ») : M. de Turenne reçut le coup au
travers du corps : vous pouvez penser s’il
tomba et s’il mourut. Cependant le reste
des esprits fit qu’il se traîna la longueur
d’un pas, et que même il serra la main
par convulsion (Sévigné). ‖ Class. Perdre,
reprendre ses esprits, perdre, reprendre
connaissance : J’ai senti défaillir ma force
et mes esprits. | Ses femmes m’entouraient
quand je les ai repris (Racine). Je reprends
mes esprits (Molière). ‖ Auj. Reprendre
ses esprits, revenir à soi, se remettre d’un
grand trouble : Buvez, maître Blazius, et
reprenez vos esprits (Musset). ‖ 3. Class.
et Spécialem. Les esprits animaux consi-
dérés comme les agents de la vie affec-

tive (« sentiments, coeur, âme ») : Sa vue


a ranimé mes esprits abattus (Racine).
‖ 4. Class. et Spécialem. Les esprits ani-
maux considérés comme les agents de
la vie intellectuelle (« intelligence ») : Le
philosophe consume sa vie à observer les
hommes, et il use ses esprits à en démê-
ler les vices et le ridicule (La Bruyère).
De quelle horreur ses timides esprits | À
ce nouveau spectacle auront été surpris
(Racine).

C. Principe immatériel.

• I. La substance incorporelle, par oppo-


sition à la substance corporelle ; l’âme
considérée comme le principe qui donne
vie et mouvement au corps : Dieu est
esprit (Bossuet). L’homme, esprit et corps
tout ensemble (Bossuet). Un esprit vit en
nous et meut tous les ressorts (La Fon-
taine). Il [l’homme] ne peut concevoir ce
que c’est que corps, et encore moins ce que
c’est qu’esprit, et encore moins qu’aucune
chose comment un corps peut être uni avec
un esprit (Pascal).

• II. 1. Être incorporel : Le premier de


tous les esprits, c’est Dieu (Bossuet). ‖ Pur
esprit, être intelligent qui n’est pas lié à un
corps : Dieu, qui est un pur esprit, a voulu
créer de purs esprits comme lui (Bossuet).
Reine des esprits purs [la Vierge] (La
Fontaine). ‖ Esprits de lumière, esprits
célestes, les anges. ‖ Esprits bienheureux,
les âmes des saints. ‖ L’esprit immonde,
l’esprit malin, l’esprit de ténèbres, le dé-
mon, Satan, la puissance du Mal, et aussi
l’inspiration du démon : Ceux qui sont
possédés du malin esprit (Bossuet). ‖ Es-
prits de l’abîme, esprits de ténèbres, ou
simplem. les esprits, les démons : Un ma-
nant qui chassait les esprits (La Fontaine).
‖ 2. Être immatériel auquel on attribue
une action sur les phénomènes naturels
ou sur la destinée humaine : Croire aux
esprits. ‖ Esprit familier, génie qu’on sup-
pose attaché à une personne pour lui ins-
pirer ses décisions, ses propos : L’esprit ou
démon familier de Socrate. ‖ 3. Spécia-
lem. Âme des hommes désincarnée après
la mort, fantôme, revenant : Interroger
les esprits. La femme d’Heudicourt, avec
tout son esprit, craignait les esprits (Saint-
Simon). ‖ Esprits frappeurs, nom donné
par les spirites aux âmes des morts qui
manifesteraient leur présence et feraient
connaître leurs volontés en frappant un
certain nombre de coups.

D. Principe de la pensée et de l’activité

intellectuelle.

• I. 1. La substance ou réalité pensante,


le sujet de la représentation par opposi-
tion à l’objet de la représentation : Je ne
considère pas l’esprit comme une partie
de l’âme, mais comme cette âme tout
entière qui pense (Descartes). ‖ Souvent

opposé à la matière, à la nature, à la chair


(dans la langue religieuse) : Ne demande
jamais à ta chair infidèle | Ce qu’elle veut
ou ne veut pas ; | Range-la sous l’esprit,
et fais qu’en dépit d’elle | Son esclavage
ait pour toi des appâts (Corneille, Imita-
tion, III, 11). ‖ 2. Ensemble des facultés
psychiques de l’homme, partie de la per-
sonne qui pense, sent, veut, se souvient,
imagine : Dedans l’esprit, il me vint aus-
sitôt de l’étrangler (La Fontaine). Quoi ?
Je ne vous ai point parlé de Saint-Mar-
ceau ? Je ne sais où j’avais l’esprit (Sévi-
gné). Avoir, se mettre quelque chose dans
l’esprit. Se mettre bien dans l’esprit que...
C’est une idée qui m’est venue à l’esprit.
Paresse, lenteur d’esprit. Simplicité d’es-
prit. ‖ Désigne parfois une faculté en
particulier : la mémoire : Le temps m’a
de l’esprit son portrait effacé (Rotrou). Ce
rendez-vous m’était complètement sorti
de l’esprit ; l’attention : Il n’a pas l’esprit
à ce qu’il fait. ‖ Vx. En esprit, par la pen-
sée, en imagination : La lettre dont Votre
Majesté m’honore m’a transporté en esprit
à Orembourg (Voltaire). Ce vers [...] avec
quel intérêt je le repasse en esprit (France).
‖ Présence d’esprit, promptitude à voir la
conduite qu’il faut tenir, les paroles qu’il
faut dire. ‖ 3. Faculté de comprendre,
entendement, intelligence (vieilli en ce
sens, sauf dans des expressions ou dans
la langue philosophique) : Mon Dieu !
voyons l’affaire ; on a assez d’esprit pour
comprendre les choses (Molière). Je n’ai
pas cru qu’il fût possible à l’esprit humain
de distinguer les formes ou espèces de
corps qui sont sur la terre (Descartes).
Dieu est esprit, dit Notre-Seigneur, et ceux
qui l’adorent doivent l’adorer en esprit et
en vérité, c’est-à-dire que cette suprême
intelligence doit être adorée par l’intelli-
gence (Bossuet). C’est un grand malheur
d’avoir l’esprit trop hâtif (Musset). Avoir
l’esprit vif, clair, pénétrant. ‖ Spécialem.
et class. La faculté de raisonner, l’intel-
ligence discursive : La finesse est la part
du jugement, la géométrie est celle de
l’esprit (Pascal). ‖ Souvent opposé au
coeur, siège des sentiments, à l’âme, prin-
cipe de l’affectivité, ou à la sensibilité :
Le coeur a son ordre, l’esprit a le sien, qui
est par principes et démonstrations (Pas-
cal). L’esprit est toujours la dupe du coeur
(La Rochefoucauld). Pour bien écrire, il
faut que la chaleur du coeur s’unisse à la
lumière de l’esprit (Buffon). Le peuple n’a
guère d’esprit, et les grands n’ont point
d’âme (La Bruyère). ‖ Class. Bon esprit,
jugement sain, bon sens : J’ai l’honneur
d’avoir trouvé des expédients que le bon
esprit de l’abbé ne trouvait pas (Sévigné).
Elle savait que le bon esprit consiste à se
conformer à la situation (Voltaire). ‖ Auj.
Avoir le bon esprit de, être assez intel-
ligent, assez perspicace pour : Il a eu le
bon esprit de partir au moment opportun.
‖ Tour d’esprit, manière spéciale de com-
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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1700

prendre ou d’exprimer les choses. ‖ Vue


de l’esprit, idée chimérique, utopique.
‖ 4. Class. Faculté de connaître et faculté
créatrice (jugement, goût, sensibilité,
sens artistique) : Il y a peu d’hommes dont
l’esprit soit accompagné d’un goût sûr et
d’une critique judicieuse (La Bruyère).
‖ Class. Ouvrages d’esprit ou de l’esprit,
les oeuvres littéraires. ‖ Class. Homme
d’esprit, celui qui à l’intelligence et à la
sensibilité joint la culture et parfois le
talent : Un homme d’esprit n’est point
jaloux d’un ouvrier qui a travaillé une
bonne épée ou d’un statuaire qui vient
d’achever une belle figure (La Bruyère).
‖ Class. D’esprit, en parlant des choses,
ingénieux, habile : Préparons le billet
que ma maîtresse écrit | À Léandre. Il
verra que le tour est d’esprit (Montfleury).
‖ Bel esprit, distinction de l’intelligence,
activité intellectuelle tournée vers la lit-
térature : L’homme à la veste, qui s’est
jeté dans le bel esprit, et veut être auteur
malgré tout le monde (Molière). [V. aussi
§ III, n. 2, ci-après.] ‖ 5. Class. Coeur,
âme, siège des sentiments : J’étouffe, je
suis triste ; il faut que le vert naissant et
les rossignols me redonnent quelque dou-
ceur dans l’esprit (Sévigné). ‖ 6. Class.
Disposition intérieure et passagère d’une
personne, humeur : Vous êtes là comme
la reine : elle ne se repose jamais... Il faut
donc prendre son esprit, et avoir patience
au milieu de toutes vos cérémonies (Sévi-
gné). Avec votre jalouse elle a changé d’es-
prit (Corneille).

• II. 1. Aptitude particulière de l’intel-


ligence, forme de pensée (avec un com-
plément du nom sans article ou un adjec-
tif) : Esprit d’analyse, de synthèse. Esprit
philosophique. Esprit scientifique. Esprit
pratique. L’esprit critique, sans lequel
toute science est chimérique, mais dont les
excès énervent l’invention, n’avait guère
crédit dans cette ferveur novice (Duha-
mel). ‖ Esprit de finesse, chez Pascal,
l’intuition, par opposition à l’esprit de
géométrie, ou raisonnement déductif.
‖ 2. Absol. Acuité, vivacité de la pensée,
aptitude à exposer ses idées de façon in-
génieuse, piquante, à trouver des rappro-
chements inattendus, des saillies vives
ou plaisantes : Avoir de l’esprit. Homme,
femme d’esprit. Mot d’esprit. Le maire de
Verrières devait une réputation d’esprit et
surtout de bon ton à une demi-douzaine
de plaisanteries dont il avait hérité d’un
oncle (Stendhal). Les Rhodiens furent
riches ; mais les Athéniens eurent de l’es-
prit, c’est-à-dire la vraie joie, l’éternelle
gaieté, la divine enfance du coeur (Renan).
Il faut de l’esprit pour bien parler, de l’in-
telligence suffit pour bien écouter (Gide).
L’esprit, c’est une manière vive de sentir,
de comprendre et de s’exprimer (Léau-
taud). ‖ Trait d’esprit, repartie piquante.
‖ Faire de l’esprit, courir après l’esprit,

chercher avec affectation l’occasion


de placer des mots d’esprit. ‖ Avoir de
l’esprit jusqu’au bout des doigts, avoir de
l’esprit comme quatre, être très spirituel,
avoir un grand don de repartie.

• III. 1. Être pensant, personne douée


d’intelligence : Quand il fut en l’âge où la
chasse | Plaît le plus aux jeunes esprits...
(La Fontaine). Certains esprits vains,
familiers, délibérés... (La Bruyère). Un es-
prit audacieux. Un esprit plein de fantai-
sie. ‖ Les esprits, les hommes, les gens :
Jugez combien ce coup frappe tous les es-
prits (Racine). Les esprits sont échauffés.
Calmer les esprits. ‖ Class. Mon esprit,
votre esprit, etc., périphrases de sens
très affaibli, équivalant à peu près à je,
vous, etc. : Mon esprit ne court pas après
si peu de chose (Molière). Votre esprit à
l’hymen renonce pour toujours (Molière).
‖ 2. Personne considérée du point de vue
de sa valeur intellectuelle ou morale : Un
esprit fin, subtil. Un esprit profond, élevé.
C’est un esprit original, médiocre. Un
esprit généreux. La science réclame des
esprits vigoureux, solides, précis (Goblot).
‖ Grand esprit, personne douée d’une
intelligence supérieure, qui se distingue
par l’ampleur de ses conceptions : Il n’y
a que les grands esprits qui forment les
grandes nations (Napoléon Ier). ‖ Esprit
faux, personne qui ne sait pas voir les
choses sous leur jour véritable, ou qui
est incapable de raisonner avec rigueur.
‖ Esprit fort, autref., homme qui affectait
de se mettre au-dessus des opinions re-
çues, surtout en matière religieuse, libre
penseur, athée : Voilà de nos esprits forts
qui ne veulent rien croire (Molière) ; auj.,
homme qui agit ou qui raisonne sans te-
nir compte des idées communes. ‖ Class.
Bel esprit, celui qui se distingue par la
finesse de son intelligence, l’élégance de
sa parole ou de ses ouvrages : Chacun fait
ici-bas la figure qu’il peut, | Ma tante, et
bel esprit il ne l’est pas qui veut (Molière) ;
péjor. ou ironiq., personne qui cherche
avec affectation à se montrer intelligente
ou spirituelle : Ascagne est statuaire [...]
et Cydias bel esprit, c’est sa profession (La
Bruyère). Une femme bel esprit est le fléau
de son mari, de ses enfants, de ses amis,
de ses valets, de tout le monde (Rousseau).
[V. aussi § I, n. 4, ci-dessus.] ‖ 3. Class.
et absol. Personne d’esprit : Mme Martel,
vieille bourgeoise de Paris, qui était un
esprit et qui voyait assez bonne compagnie
(Saint-Simon).

• SYN. : I, 1 moi, pensée ; 3 compréhension,


intellect, jugement, raison.‖ III, 1 homme,
humain.

E. Principe de pensée et d’action.

1. Manière de penser, disposition d’une


personne ou d’un groupe de personnes
sous un rapport donné, qui oriente leur
action, inspire leur attitude (avec un

complément du nom sans article ou avec


un adjectif) : Esprit de colère (Job, IV, 9).
Esprit de jalousie (Nombres, v, 14). Es-
prit de défiance, d’intrigue (La Bruyère).
Dieu, sans doute, a versé dans son coeur |
Cet esprit de douceur (Racine). L’esprit de
rébellion politique n’est pas éteint au coeur
de l’homme, heureusement (Duhamel).
Esprit de conciliation. Esprit d’entre-
prise. Esprit de famille. Esprit d’équipe.
Esprit de sacrifice. Esprit révolutionnaire.
‖ Esprit de clocher, v. CLOCHER. ‖ Esprit
de suite, continuité, persévérance dans la
même ligne de conduite, dans le même
ordre d’idées : Tous ses travaux attestent
un surprenant esprit de suite, et pourtant
il est distrait (Duhamel). ‖ Sans esprit
de retour, sans intention de revenir en
un lieu ou à un état antérieur. ‖ Avoir
bon esprit, avoir une tendance naturelle
à juger les autres avec bienveillance ; ac-
cepter spontanément de se soumettre à la
discipline ou aux conditions imposées.
‖ Mauvais esprit, tendance à juger autrui
avec malveillance, ou à se rebeller sour-
dement contre l’autorité, la discipline :
Un élève intelligent, que j’ai dû renvoyer
depuis pour son mauvais esprit (France).
‖ Par extens. Un mauvais esprit, un indi-
vidu indiscipliné, un élément de trouble
dans une collectivité. ‖ 2. Class. L’esprit
de (et un infinitif complément), l’inten-
tion, la volonté, le désir éprouvé par
quelqu’un de faire telle chose : L’esprit
charitable de souhaiter plaies et bosses à
tout le monde est extrêmement répandu
(Sévigné). On lit son livre, quelque excel-
lent qu’il soit, dans l’esprit de le trouver
médiocre (La Bruyère). ‖ 3. Fond d’idées,
de sentiments qui caractérise une per-
sonne, un groupe de personnes, une
époque, etc. : Dans tout ce qu’il dit, | De
vous et de Joad je reconnais l’esprit (Ra-
cine). Il ne sort jamais aucun ouvrage de
chez nous qui n’ait l’esprit de la Société [de
Jésus] (Pascal). L’esprit du siècle en avait
entièrement banni la régularité [du mo-
nastère] (Racine). Il supportait aisément
les injures, tant par esprit chrétien que
par philosophie (France). Le plus grand
mystère de l’univers est encore la clarté
de l’esprit français (Giraudoux). ‖ En-
trer dans l’esprit de, bien comprendre
la pensée de quelqu’un, le sens profond
de quelque chose : Un acteur qui entre
bien dans l’esprit de son personnage, de
son rôle. ‖ Vx. Esprit public, ensemble
des idées, des aspirations politiques qui
s’imposent à l’opinion d’un pays à une
époque donnée : Anglais, dont on nous
vante ici l’esprit public, ayant fait le mot,
vous avez la chose sans doute... (Courier).
‖ Esprit de corps, ensemble des traditions
militaires fidèlement conservées dans un
corps de troupe ou dans une arme et qui
y créent un sentiment de fraternité et de
dévouement ; par extens., état d’esprit
propre aux membres d’une collectivité
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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1701

(parfois péjor.). ‖ 4. Pensée dominante


d’une oeuvre, sens profond d’un texte :
De l’esprit des lois (Montesquieu). L’esprit
d’une Constitution, d’un traité. ‖ Spé-
cialem. Tendance, orientation générale
d’une publication, d’un écrit : L’esprit
d’une revue, d’un journal. ‖ La lettre tue
et l’esprit vivifie, il faut s’attacher au sens
profond d’un texte et non à sa forme lit-
térale (par allusion à la deuxième épître
de saint Paul aux Corinthiens, III, 6).
‖ 5. Vx. Choix de textes, de pensées fait
dans les oeuvres d’un écrivain et per-
mettant de saisir l’essence de sa pensée :
L’Esprit de Bossuet.

• SYN. : 3 caractère, génie, mentalité ; 4


fond.

esprité, e [ɛsprite] adj. (de esprit ; XVIIe s.,


Dict. général). Fam. ou dialect. Qui a de
l’esprit : Cette petite bête, elle était espri-
tée autant qu’une personne naturelle
(Genevoix).

esquels, elles [ɛskɛl] pron. rel. (de ès,


prép., et de quel ; XIIe s.). Class. (déjà vx au
XVIIe s.). Auxquels, auxquelles ; en lesquels,
en lesquelles : Il se plaît à nous commander
des choses esquelles toute la nature répugne
(Bossuet).

esquicher [ɛskiʃe] v. intr. ou s’esqui-


cher [sɛskiʃe] v. pr. (provenç. moderne
esquicha, presser, anc. provenç. esquissar,
déchirer [XIIe s.], presser [XVIe s., Pansier],
de l’onomatop. skits [v. ESQUISSER] ; 1789,
Encycl. méthodique). Vx. Au jeu de reversi,
jeter sa carte la plus faible pour éviter de
prendre.

& v. tr. (fin du XIXe s.). Dialect. Serrer, com-


primer : Une pierre de carrière, me tombant
sur l’échine, a failli m’esquicher comme un
anchois (L. Daudet).

esquif [ɛskif] n. m. (ital. schifo, embar-


cation légère, du langobard *skif, bateau ;
fin du XVe s., G. de Villeneuve). Littér.
Embarcation légère : Et l’esquif en sa
course brève | File gaiement sur l’eau qui
rêve (Verlaine) ; et au fig. : Naguère une
même tourmente, | Ami, battait nos deux
esquifs (Hugo).

esquille [ɛskij] n. f. (empr., avec modi-


fication de la terminaison, du lat. schidia,
copeau, gr. skhiza, même sens, de skhizein,
fendre ; 1503, G. de Chauliac, au sens 1 ;
sens 2, 1752, d’après Boiste, 1834). 1. Petit
fragment d’un os fracturé : Héquet avait
débridé la plaie, relevé les os fracturés dont
les esquilles s’enfonçaient profondément
dans la substance cérébrale (Martin du
Gard). ‖ 2. Petit éclat de bois : Être blessé
par une esquille.

esquilleux, euse [ɛskijø, -øz] adj.


(de esquille ; v. 1560, Paré). En termes
de chirurgie, qui présente des esquilles :
Fracture esquilleuse.

esquimau, aude [ɛskimo, -od] adj. et


n. (esquimau Eskimo, esquimau ; XVIIIe s.).
Qui appartient, qui est relatif au peuple
des Esquimaux.

• REM. On trouve aussi, mais plus rare-


ment, les formes ESQUIMO et ESKIMO, qui
n’ont pas de féminin.

& esquimau n. m. (sens I, av. 1848,


Chateaubriand ; sens II, 1, v. 1930 ; sens II,
2, 1922, Bloch-Wartburg).

I. Ensemble des langues parlées par


les Esquimaux : [Il] m’invita à ap-
prendre le sioux, l’iroquois et l’esquimau
(Chateaubriand).

II. 1. Combinaison en tricot que portent


les jeunes enfants, surtout l’hiver, pour se
protéger du froid. ‖ 2. Friandise consis-
tant en une glace enrobée de chocolat.

esquimautage [ɛskimɔtaʒ] n. m. (de


esquimau ; milieu du XXe s.). Acrobatie nau-
tique qui consiste, pour un kayakiste, à se
retourner dans l’eau avec son bateau et à se
rétablir ensuite dans la position normale.

esquinancie [ɛskinɑ̃si] n. f. (de é-, es-


[lat. ex-, préf. à valeur intensive], et de
l’anc. franç. quinancie, inflammation de
la gorge, angine [v. 1175, Chr. de Troyes],
du lat. médic. cynanchē, sorte d’angine, gr.
kunagkhê, proprem. « collier de chien » [à
cause de la sensation d’étranglement que
provoque cette maladie], de kuôn, kunos,
chien, et agkhein, serrer, presser, étreindre ;
XIIIe s., Dict. général, écrit esquinancy ;
esquinancie, 1690, Furetière [var. squinan-
cie, v. 1560, Paré]). Vx. Inflammation de
la gorge, plus particulièrement des amyg-
dales : J’ai ici des rhumes, des maux de gorge
et des esquinancies (Rousseau).
1. esquine [ɛskin] n. f. (provenç. moderne
esquino, correspondant du franç. échine
[v. ce mot] ; 1678, Guillet). Vx. Échine du
cheval, en termes de manège.

2. esquine [ɛskin] n. f. (altér. mal expli-


quée de China, n. anc. de la Chine [qu’on
prononçait primitivement avec un k- ini-
tial], la plante étant originaire de Chine ;
v. 1560, Paré [var. squine, 1660, Oudin]).
Autre forme de SQUINE, nom d’une plante :
Prends ces cheveux, que je ne laverai plus
dans l’eau d’esquine (Chateaubriand).

esquintant, e [ɛskɛ̃tɑ̃, -ɑ̃t] adj. (part.


prés. de esquinter ; XXe s.). Fam. Qui
esquinte, cause une grande fatigue : Travail
esquintant.

• SYN. : crevant (très fam.), épuisant, érein-


tant (fam.), exténuant, harassant, tuant.

— CONTR. : délassant, reposant ; stimulant,


tonique.

esquintement [ɛskɛ̃tmɑ̃] n. m. (de


esquinter ; 1837, Vidocq, au sens de « effrac-
tion » ; 1920, Bauche, au sens de « grande
fatigue »). Fam. et vx. Action d’esquinter ;
fatigue extrême : Avec l’esquintement du
turbin (Bataille).

esquinter [ɛskɛ̃te] v. tr. (mot arg., du


provenç. esquintá, fatiguer beaucoup, anc.
provenç. esquintar, déchirer, tirer, lat. pop.
*exquintare, proprem. « mettre en cinq »,
de ex-, préf. marquant la séparation, et de
quintus, cinquième, de quinque, cinq ; 1800,
G. Esnault, au sens 1, et 1861, au sens 2 ;
sens 3, 1828, Vidocq ; sens 4, fin du XIXe s.).
1. Fam. Mettre à mal, démolir, blesser :
Esquinter quelqu’un. Se faire esquinter. Il
s’est esquinté le pied en sautant. ‖ 2. Fam.
Fatiguer à l’excès, éreinter : Si vous aviez
vu la femme, ses quarante ans de blonde
esquintée (Daudet). Les garçons esquintés
sont retombés sur les chaises (Huysmans).
‖ Fam. S’esquinter la santé, la compro-
mettre par des excès, des imprudences ; au
fig., se donner du mal. ‖ Fam. S’esquinter le
tempérament, se faire beaucoup de soucis :
Quand on a des rentes, sacristi ! il faudrait
être jobard pour s’esquinter le tempérament
(Maupassant). ‖ 3. Fam. Abîmer, endom-
mager, détériorer : Esquinter sa voiture en
entrant dans un arbre. Il songea à esquin-
ter l’extérieur et il abattit la flèche et ses
quatre clochetons (Huysmans). ‖ 4. Fig. et
fam. Critiquer sévèrement quelque chose
(surtout une oeuvre) ; attaquer la réputa-
tion de quelqu’un : Son dernier roman a
été esquinté par la critique. C’est la mère
Taupin qui m’a esquinté auprès de Madame
parce que j’ai connu l’histoire du grenier
(L. Daudet).

• SYN. : 2 briser, épuiser, exténuer, haras-


ser, surmener ; 4 dénigrer, éreinter (fam.),
étriller, malmener.

& s’esquinter v. pr. (1861, G. Esnault). Fam.


S’esquinter à quelque chose, à faire quelque
chose, se fatiguer beaucoup, se donner du
mal à le faire : De retour à la maison, je
m’esquinte à ranger des papiers et à faire ma
malle (Gide). ‖ Pop. S’esquinter au boulot,
altérer sa santé en travaillant trop.

esquire [ɛskwajr] n. m. (mot angl.,


empr. anc. du franç. escuier, escuyer [v.
ÉCUYER] ; 1870, Larousse). Le plus bas titre
de noblesse, en Grande-Bretagne, devenu
un terme honorifique dont on fait suivre
le nom de tout homme d’un rang social
élevé, non accompagné de titre nobiliaire.
• REM. On écrit en abrégé ESQ. et l’on dit
aussi SQUIRE (1870, Larousse).

esquisse [ɛskis] n. f. (ital. schizzo, tache


que produit un liquide en jaillissant, d’où
« dessin provisoire » [emploi dû au peintre
florentin Giorgio Vasari, 1512 - 1574],
dér. de schizzare [v. ESQUISSER] ; milieu
du XVIe s., écrit esquiche [esquisse, 1611,
Cotgrave], au sens 1 [en architecture ;
en dessin, 1642, Oudin] ; sens 2, 1752,
Trévoux ; sens 3, av. 1794, Condorcet ; sens
4, fin du XIXe s.). 1. Premier tracé d’un des-
sin, d’une peinture (au crayon, à la craie,
au pinceau, etc.), indiquant seulement les
principales lignes du sujet : Les esquisses
ont communément un feu que le tableau
n’a pas (Diderot). On a des esquisses de
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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1702

Raphaël où le même trait est recommencé


dix-sept fois (Taine). ‖ Première repré-
sentation (dessin, peinture, modelage...)
d’une idée de sculpture, d’architecture
ou d’art décoratif. ‖ 2. Plan sommaire,
première idée écrite d’une oeuvre litté-
raire : L’esquisse d’un drame. ‖ 3. Aperçu
général : La deuxième partie [du Discours
sur l’inégalité de Rousseau] est une large
esquisse de l’histoire politique de l’humanité
(Lemaitre). ‖ 4. Commencement, ébauche
d’une action : L’esquisse d’un geste, d’un
sourire, d’un refus.

• SYN. : 1 crayon, croquis, étude, pochade ;


2 canevas, ossature, schéma.

esquisser [ɛskise] v. tr. (ital. schizzare,


jaillir, puis « esquisser » [v. l’art. précéd.],
de l’onomatop. skits, marquant le déchire-
ment ou le jaillissement ; 1611, Cotgrave,
écrit esquicher [esquisser, 1651, Brunot],
au sens 1 ; sens 2, 1754, d’après Féraud,
1787 ; sens 3, 1868, A. Daudet). 1. En des-
sin, peinture, sculpture ou architecture,
faire l’esquisse de l’oeuvre que l’on se pro-
pose d’exécuter : Esquisser un portrait.
‖ Fig. Esquisser le tableau de, décrire à
grands traits. ‖ 2. Tracer le plan d’une
oeuvre écrite, lui donner une première
forme : Esquisser un scénario, l’intrigue
d’un roman. ‖ 3. Commencer un geste, un
mouvement, sans l’achever : Mme Eyssette
poussa un gros soupir, Jacques esquissa un
sanglot, et tout fut dit (Daudet).

• SYN. : 1 crayonner, croquer ; 2 ébaucher ;


3 amorcer.

esquive [ɛskiv] n. f. (déverbal de esqui-


ver ; 1922, Larousse, au sens 1 ; sens 2,
1930, Larousse). 1. Action d’esquiver ;
geste, mouvement fait pour esquiver :
L’expérience l’a mis en garde contre [...] la
brute intérieure, à qui la raison n’oppose que
des pièges dérisoires ou de ridicules esquives
(Bernanos). ‖ 2. Vx. Vente à l’esquive, vente
clandestine que les camelots parisiens
pratiquent dans la rue, s’esquivant dès
qu’apparaît un agent de police. (Auj., on
dit plutôt VENTE À LA SAUVETTE.)

esquiver [ɛskive] v. tr. (ital. schivare, évi-


ter, dér. de schivo, dédaigneux, dégoûté,
germ. occidental *skioh, farouche [le v. a
éliminé l’anc. franç. eschiver, éviter, fuir,
échapper à — 1080, Chanson de Roland —,
issu, sous l’influence de l’adj. escif, eschif
— v. ÉCHIF —, du francique *skiuhjan,
craindre, s’effaroucher, lui-même dér. de
*skioh] ; v. 1600, Hardy, au sens de « sauver
[quelqu’un de quelque chose] » ; sens 1-2,
début du XVIIe s.). 1. Éviter adroitement
un coup, l’attaque d’un adversaire : Car,
sachez-le, coquins, on n’esquive l’épée | Que
pour rencontrer le bâton (Hugo). ‖ 2. Se
soustraire habilement à une chose désa-
gréable : Esquiver un rendez-vous, une
obligation mondaine. Le consciencieux gar-
çon [...] trouvait de mauvais prétextes pour
esquiver le travail (Rolland). ‖ Spécialem.

Esquiver la difficulté, l’éluder, l’écarter


sans la résoudre : Il esquivait toujours la
difficulté que contenait la question de son
interlocuteur.

• SYN. : 1 échapper à, se garer de (fam.) ; se


soustraire à ; 2 couper à (fam.), se dérober,
éluder, escamoter.

& v. tr. ind. (1765, Diderot). Vx. Esquiver


à, échapper, se soustraire habilement à :
L’art d’esquiver à la honte, au déshonneur
et aux lois (Diderot).

& v. intr. (sens 1, 1608, M. Régnier ; sens


2, 1695, Fénelon). 1. Class. Se tirer d’une
situation fâcheuse, éviter un danger : Les
petits, en toute affaire, | Esquivent fort aisé-
ment (La Fontaine). ‖ 2. En sports, éviter
l’attaque ou le coup de l’adversaire : Un
joueur habile à esquiver.

& s’esquiver v. pr. (1661, Molière). Se retirer


rapidement et à la dérobée : Elle profita de
ce que ma mère avait le dos tourné, pour
s’esquiver de la chambre (Rolland). On
avançait prudemment à cause des serpents,
inoffensifs, du reste, pour la plupart, dont
nous vîmes plusieurs s’esquiver (Gide).

essai [esɛ] n. m. (lat. exagium, pesage,


poids, et, à basse époque, « essai », dér. de
exigere, expulser, achever, exiger, mesurer,
régler, peser, examiner, juger, de ex-, préf.
marquant le mouvement de l’intérieur vers
l’extérieur et l’achèvement, et de agere,
mettre en mouvement, faire ; début du
XIIe s., Pèlerinage de Charlemagne, au sens I,
4 [mettre à l’essai, XIIIe s., Voie de Paradis] ;
sens I, 1, 1690, Furetière [banc d’essai, pilote
d’essai, début du XXe s. ; cinéma d’essai,
théâtre d’essai, v. 1950] ; sens I, 2, 1379,
Inventaire de Charles V ; sens I, 3, 1690,
Furetière ; sens I, 5, v. 1530, C. Marot ; sens
I, 6, 1878, Larousse [en hippisme] ; sens I,
7, XXe s. ; sens II, 1, 1657, Tallemant ; sens
II, 2, 1668, La Fontaine ; sens II, 3, 1644,
Corneille ; sens III, 1, milieu du XVIe s.,
Amyot ; sens III, 2, 1580, Montaigne).

I. 1. Opération qui consiste à user d’une


chose pour s’assurer de ses qualités : Essai
d’une machine, d’un nouveau produit de
nettoyage. Procéder aux essais d’un nou-
veau modèle d’automobile. Faire l’essai
d’un médicament. ‖ Essai en vol, véri-
fication en vol de l’ensemble des quali-
tés d’un nouvel avion. ‖ Pilote d’essai,
celui qui est chargé de la vérification des
performances et de la résistance d’un
nouvel avion. ‖ Cinéma d’essai, théâtre
d’essai, cinéma, théâtre où sont représen-
tés des films, des pièces d’avant-garde.
‖ Banc d’essai, v. BANC. ‖ 2. Spécialem.
et class. Action de goûter les mets avant
de les présenter, pour s’assurer qu’ils ne
contenaient aucun poison : Faire l’essai
des viandes, du vin devant le roi (Acad.,
1694). Cette coupe est suspecte [...]. | Faites
faire un essai par quelque domestique
(Corneille). ‖ 3. En chimie, analyse ra-
pide d’un produit. ‖ Tube à essais, petite
éprouvette servant à faire des expériences

avec de faibles quantités de produits.


‖ Essai des monnaies, des matières d’or
et d’argent, vérification, par une analyse
chimique, du titre des pièces de monnaie
ou des objets en alliage d’or ou d’argent.
‖ 4. Class. et littér. Épreuve à laquelle
est soumis quelque chose : À quelques
essais qu’elle [notre amitié] se soit trou-
vée (Molière). ‖ Faire (l’) essai de, faire
l’expérience de, éprouver : Vous aidez
aux Romains à faire essai d’un maître
(Corneille). Quel tourment de cesser de
plaire, | Lorsqu’on a fait l’essai du plaisir
d’être aimé ! (Quinault). Tous ceux qu’il
veut aimer [...] | Cherchent à qui saura lui
tirer une plainte | Et font sur lui l’essai de
leur férocité (Baudelaire). ‖ Fig. Mettre
à l’essai, mettre à l’épreuve : Ne mettez
pas ma patience à l’essai. ‖ 5. Action
d’expérimenter, d’utiliser pour la pre-
mière fois quelque chose : Je reçus de ce
premier essai du monde une impression
que le temps n’a pas complètement effacée
(Chateaubriand). L’essai qu’elle fit de sa
puissance [...] répondit à toutes ses espé-
rances (Balzac). ‖ Coup d’essai, première
tentative dans un domaine quelconque,
premier ouvrage par lequel on attire l’at-
tention sur soi. ‖ 6. Tentative, effort ac-
compli pour réussir dans quelque chose :
Les concurrents pour le saut en longueur
ont droit à trois essais. Elle se remit toute
la journée à ses patients essais de solitude
(Colette). ‖ Spécialem. Au rugby, action
de porter et de poser à terre le ballon der-
rière la ligne du but adverse : Réussir un
essai. ‖ 7. Travail, exercice, épreuve qui
permet de juger la valeur, les aptitudes de
quelqu’un : Demander à un chanteur de
faire un essai.

II. 1. Class. Petite quantité de nourriture


ou de boisson qu’on prélevait et qu’on
examinait pour s’assurer qu’elle ne conte-
nait aucun poison : Une fois, un gentil-
homme servant [d’Henri IV], au lieu de
boire l’essai qu’on met dans le couvercle
du verre, but en rêvant ce qui était dans le
verre (Tallemant des Réaux). ‖ 2. Class.
Échantillon, exemple de quelque chose :
[Ésope] seul avait plus de sagesse | Que
tout l’Aréopage, en voici pour essai | Une
histoire des plus gentilles (La Fontaine).
‖ 3. Fig. Aperçu, première idée, avant-
goût : Voici [...] un petit essai des plus
beaux mouvements et des plus belles atti-
tudes dont une danse puisse être variée
(Molière).

III. 1. Résultat d’une première tentative ;


premières productions d’un écrivain,
d’un artiste : Essais philosophiques. C’est
M. de Fontanes, j’aime à le redire, qui en-
couragea mes premiers essais ; c’est lui qui
annonça le « Génie du christianisme » ;
c’est sa muse qui, pleine d’un dévoue-
ment étonné, dirigea la mienne dans les
voies nouvelles où elle s’était précipitée
(Chateaubriand). ‖ 2. Ouvrage ou long
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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1703

article de revue dans lequel l’auteur traite


librement d’une question sans prétendre
épuiser le sujet : Essai sur l’entendement
humain (de Locke). Essais de critique et
d’histoire (de Taine).

• SYN. : I, 1 épreuve, expérimentation, test,


vérification ; 5 expérience.‖ II, 3 ébauche,
esquisse.‖ III, 1 apprentissage, début.

& À l’essai loc. (XIIIe s., Littré, au sens de « à


l’épreuve » ; sens actuel, v. 1530, C. Marot).
Pour essayer, avec la possibilité de renvoyer
ou de refuser si l’on n’est pas satisfait : Vente
à l’essai d’appareils ménagers. Prendre un
employé à l’essai.

essaim [esɛ̃] n. m. (lat. examen, essaim


d’abeilles, proprem. « groupe de jeunes
abeilles emmenées hors de la ruche »,
mot de la famille de exigere, expulser [v.
ESSAI] ; v. 1160, Benoît de Sainte-Maure,
écrit essain [essaim, XVIe s.], au sens 1 ; sens
2, 1864, Littré ; sens 3, v. 1265, J. de Meung).
1. Groupe d’abeilles ou d’autres insectes
hyménoptères, comprenant des sujets de
différentes castes vivant ensemble pour
concourir à un même travail. ‖ Spécialem.
Groupe d’abeilles qui, lorsqu’une ruche est
trop peuplée, la quittent avec une nouvelle
reine pour fonder une nouvelle colonie :
La famille assemblée toute entière avance
en rang dans le jardin en tapant sur des
casseroles, des chaudrons et des bassi-
noires pour guider le vol d’un essaim vers
une ruche désertée (Duhamel). ‖ 2. Par
anal. Troupe nombreuse d’insectes quel-
conques : Un essaim de sauterelles. ‖ 3. Fig.
et littér. Grande multitude de personnes :
Ciel ! quel nombreux essaim d’innocentes
beautés... (Racine). Un essaim d’écoliers
(Hugo). ‖ Grande quantité de choses :
Son oreille [...] | Entend passer l’essaim des
siècles révolus (Leconte de Lisle). L’essaim
des rêves malfaisants (Baudelaire).

• SYN. : 2 nuée, volée.

essaimage [esɛmaʒ] n. m. (de essaimer ;


1839, Boiste, au sens 1 ; sens 2, XXe s.).
1. Multiplication des colonies d’abeilles
qui essaiment. ‖ Par extens. Époque où
les abeilles essaiment. ‖ 2. Fig. En par-
lant d’une collectivité, action de fonder
des colonies ou des groupes nouveaux
en dehors du territoire d’origine, par
l’émigration de certains de ses membres :
L’essaimage des Phéniciens sur le littoral
méditerranéen. ‖ Dispersion de groupes
issus d’une institution mère : L’essaimage
d’équipes de recherche et d’enseignement
des facultés de Paris dans les universités
périphériques.

essaimer [esɛme] v. intr. (de essaim ;


XIIIe s., Dict. général, écrit essamer [essai-
mer, XVIIe s.], au sens 1 ; sens 2, 1846,
G. Sand ; sens 3, av. 1850, Balzac). 1. En
parlant des jeunes abeilles, quitter la ruche
pour former une colonie nouvelle ; en
parlant des ruches, se diviser par l’émi-
gration du nouvel essaim. ‖ 2. Fig. En

parlant d’une collectivité, d’un peuple,


former de nouveaux groupes, en divers
pays, par l’émigration d’une partie de ses
membres. ‖ 3. Fig. En parlant d’un groupe
quelconque, se disperser dans un lieu en
formant de petits groupes : La cavalerie
essaima sur toute la plaine.

• SYN. : 3 se disséminer, s’égailler, s’éparpil-


ler. — CONTR. : 3 se grouper, se masser, se
rassembler, se réunir, se tasser.

essangeage [esɑ̃ʒaʒ] n. m. (de essan-


ger ; 1849, Bescherelle). Action d’essanger.
(Rare.)

• REM. On dit aussi ESSANGE, n. f. (1851,


Landais).

essanger [esɑ̃ʒe] v. tr. (lat. exsaniare,


faire suppurer, exprimer le jus de quelque
chose, de ex-, préf. marquant le mouvement
de l’intérieur vers l’extérieur, et de sanies,
sang corrompu, pus, humeur, toute espèce
de liquide visqueux ; v. 1398, le Ménagier
de Paris, au sens de « laver [des boyaux de
cochon] » ; sens actuel, v. 1460, Villon).
[Conj. 1 b.] Savonner le linge sale avant de
le faire bouillir : Filant pour ses drapeaux
comme une filandière, | Les faisant essanger
par quelque buandière (Péguy).

essangeuse [esɑ̃ʒøz] n. f. (de essanger ;


1907, Larousse). Machine à essanger le linge.

essanvage [esɑ̃vaʒ] n. m. (de é- [lat.


ex-, préf. à valeur négative] et de sanve ;
1910, Larousse). En agriculture, action de
détruire les sanves.

essanveuse [esɑ̃vøz] n. f. (de é-, es- [lat.


ex-, préf. à valeur privative], et de sanve ;
1901, Larousse). Machine agricole destinée
à arracher les sanves et les plantes nuisibles.

essart [esar] n. m. (bas lat. exsartum, part.


passé neutre substantivé d’un v. non attesté
*exsarire, de ex-, préf. à valeur intensive,
et du lat. class. sar[r]ire, sarcler ; v. 1112,
Voyage de saint Brendan, au sens 1 [aussi
« abattis, destruction »] ; sens 2, 1600,
O. de Serres ; sens 3, XXe s.). 1. Terrain
dont on a arraché les arbres, arbrisseaux
et racines, pour le défricher. ‖ 2. Sol d’un
taillis que l’on met en culture après la coupe
et après avoir brûlé sur place les brous-
sailles, épines, racines, entre les souches.
‖ 3. Trou dans les rochers, découvert par
la marée descendante, et où gîtent les crus-
tacés et les congres.

essartage [esartaʒ] n. m. (de essarter ;


1783, Cours complet d’agriculture). Action
d’essarter.

• REM. On dit aussi ESSARTEMENT (1611,


Cotgrave).

essarter [esarte] v. tr. (de essart ; v.


1138, Vie de saint Gilles, au sens 1 ; sens 2,
1890, Dict. général). 1. Défricher en arra-
chant arbres et broussailles d’un terrain.
‖ 2. Mettre en culture un terrain dont on
a brûlé les broussailles après la coupe.

• SYN. : 1 débroussailler.

essartis [esarti] n. m. (de essarter ;


XVIIe s., Dict. général, puis 1877, Littré).
Terrain essarté. (Rare.)

essaule [esɔl] n. f. (de ais, planche ; v.


1268, É. Boileau, écrit essole et essaule).
Mince feuille de bois refendu suivant son
fil, et servant à faire des couvertures de
toit, comme on en voit sur les chalets de
montagne.

• SYN. : bardeau, échandole.

essaune [eson] n. f. (lat. scindula, var. de


scandula, bardeau ; 1296, Godefroy, écrit
asçaune ; essaune, 1393, Godefroy). Syn.
de ESSAULE.

essayage [esɛjaʒ] n. m. (de essayer ; début


du XIXe s.). Mise au point d’un vêtement
sur la personne elle-même : Passer chez la
couturière pour un essayage. Dans la vie
de la plupart des femmes, tout, même le
plus grand chagrin, aboutit à une question
d’essayage (Proust).

essayer [esɛje] v. tr. (de essai ; 1080,


Chanson de Roland, au part. passé, écrit
essaiet, au sens de « sûr, éprouvé » ; à l’infin.,
au sens 1, v. 1120, Psautier d’Oxford, écrit
essaier [essayer, v. 1360, Froissart] ; sens 2,
XIVe s., Ordonnance royale ; sens 3, 1690,
Furetière ; sens 4, milieu du XVIe s., Amyot
[Conj. 2 b.] 1. Faire agir un être, utiliser
une chose, pour s’assurer qu’ils possèdent
les qualités requises : Essayer un cheval,
un appareil. ‖ Spécialem. En chimie ou
dans l’industrie, soumettre l’échantillon
d’un produit aux opérations physiques ou
chimiques qui permettent de s’assurer de
la qualité de ce produit. ‖ Essayer de l’or,
en déterminer le titre. ‖ 2. Class. et littér.
Mettre à l’épreuve : Je voulais seulement
essayer leur respect (Corneille). Jeanne
répandait la bonne nouvelle, essayait la
puissance magnétique de sa parole (Daudet)
‖ 3. Essayer un vêtement, le mettre sur soi
pour que le tailleur ou le couturier ou la
couturière y mette la dernière main : Vous
croyez que Lelong me réussira des amours
de robes sans que je les essaie ? (Colette).
‖ 4. Employer pour la première fois, pro-
céder à une tentative, à une expérience :
Essayer une recette de cuisine. Toutes les
solutions essayées, toutes les combinaisons
politiques mises en oeuvre, n’ont pu résoudre
le vieux conflit (Bainville). ‖ Fam. Essayer
si, faire un essai pour se rendre compte si :
Essayez si ce rideau est assez grand. ‖ Fam.
Essayer que, s’efforcer d’obtenir que :
J’essaierai que tout le monde soit content.
• SYN. : 1 contrôler, tester, vérifier ; 4
expérimenter.

& v. tr. ind. (sens 1, 1690, Furetière ; sens


2, fin du XIIIe s., Joinville [..à ; ...de, 1580,
Montaigne]). 1. Class. et littér. Essayer de
quelque chose, y recourir, en faire usage à
titre d’essai : N’essayer des richesses, de la
grandeur et de la santé que pour les voir
changer [...] en leurs contraires (La Bruyère).
Le lion lui-même dans la nuit essaya d’un
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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1704

rugissement (Daudet). ‖ 2. Essayer de et


(class.) à (suivi d’un infinitif), chercher
à, s’efforcer de : Et sans doute, l’homme
qui essaie de se représenter l’intimité des
choses ne peut que lui adapter les catégories
ordinaires de son esprit (Valéry). Essayez
sur ce point à la faire parler (Corneille).

• SYN. : 2 s’escrimer, s’évertuer, s’ingénier,


tâcher, tenter. — CONTR. : 2 s’abstenir, refu-
ser, renoncer.

& v. intr. (1870, Larousse). Faire une tenta-


tive, un essai : Il faut encore essayer, sauf à
ne pas réussir (Sand).

& s’essayer v. pr. (sens 1 et 3, 1667, Racine ;


sens 2, av. 1549, Marguerite de Navarre [s’es-
sayer de ; ... à, XVIIe s.]). 1. S’essayer à (suivi
d’un nom), faire un essai pour se rendre
compte de ses possibilités : S’essayer au
bridge. ‖ 2. S’essayer à (suivi d’un infini-
tif), faire un effort pour, se risquer à : Il s’es-
sayait à parler comme Théodore (Rolland).
‖ 3. S’essayer sur, dans, exercer ses forces,
ses aptitudes contre quelqu’un ou quelque
chose, dans un domaine : S’essayer sur un
adversaire. S’essayer dans une nouvelle
activité.

• SYN. : 2 chercher à, s’exercer à, tâcher de.

essayeur, euse [esɛjoer, -øz] n. (de


essayer ; XIIIe s., Du Cange, comme adj.,
écrit essaieor, au sens de « entreprenant » ;
sens 1 [écrit essayeur], 1864, Littré ; sens 2
[essayeur], 1611, Cotgrave). 1. Personne qui
fait procéder à l’essayage d’un vêtement
et qui est parfois chargée d’effectuer les
retouches : Sa robe, commandée à Paris,
nécessita des voyages, puis la présence aux
Uzelles d’une essayeuse de tournure élégante
(Daudet). ‖ 2. Personne chargée d’effec-
tuer différents essais pour s’assurer de la
qualité des produits fabriqués.

& essayeur n. m. (1611, Cotgrave).


Fonctionnaire chargé de vérifier le degré
de pureté de l’or et de l’argent destinés à
la fabrication des monnaies.

essayiste [esɛjist] n. m. (angl. essayist,


dér. de essay, traité littéraire, dissertation,
lui-même empr. au franç. essai, au sens
de « traité, ouvrage non approfondi » [v.
ESSAI] ; 1845, Th. Gautier [var. essaieriste,
1821, Fr. Mackenzie]). Nom que l’on donne
aux auteurs d’essais littéraires : Cette revue
s’est assuré la collaboration d’un essayiste
de renom.

esse [ɛs] n. f. (du n. de la lettre S ; fin du


XIe s., Chanson de Guillaume, au sens de
« ornement sur le heaume en forme d’S » ;
1304, Godefroy, au sens 1 [« agrafe en
acier... », 1838, Acad.] ; sens 2, 1388 (Du
Cange). 1. Nom désignant divers objets en
forme d’S : Une esse en laiton. ‖ Spécialem.
En technologie, agrafe en acier en forme
d’S, qu’on enfonce dans les sections termi-
nales de certaines pièces en bois pour éviter
les fentes en bout. ‖ 2. Cheville métallique
à tête plate, que l’on introduit dans un trou

percé au bout de l’essieu, pour y maintenir


la roue.

E. S. S. E. C. [esɛk], initiales de École


supérieure des sciences économiques et com-
merciales (XXe s.).

essence [esɑ̃s] n. f. (lat. essentia, essence,


nature d’une chose, et, dans la langue des
alchimistes du Moyen Âge, « extrait vola-
til », dér. du v. esse, être ; v. 1170, Livre des
Rois, aux sens I, 1-3 ; sens II, 1, 1587, F. de
La Noue ; sens II, 2, 1870, Larousse ; sens
III, 1690, Furetière).

I. 1. En philosophie, ensemble des carac-


tères constitutifs d’une chose, ce qui fait
qu’elle est ce qu’elle est : L’essence d’un
triangle est d’avoir trois côtés et trois
angles. ‖ 2. Nature intime, caractère
propre des objets : L’essence des choses
est inaccessible à l’observation simple.
‖ Par essence, par sa nature même, par
définition : Les vertus purement morales
sont froides par essence (Chateaubriand).
‖ 3. Fig. et littér. Ce qu’il y a de plus
original, de plus pur : Cette contrée qui
contient l’essence des moeurs, des légendes,
des coutumes bretonnes... (Maupassant).

II. 1. Nom générique sous lequel on com-


prend les produits aromatiques et vola-
tils extraits des végétaux : De l’essence
de menthe, de rose. ‖ Extrait concentré
des parties les plus nutritives des ali-
ments : Essence de viande. Essence de café.
‖ 2. Liquide volatil, très inflammable,
provenant de la distillation du pétrole,
utilisé surtout comme carburant et éga-
lement comme produit de nettoyage.

III. En sylviculture, espèce d’arbres


forestiers : Un parc immense grimpait la
côte, une houle de grands arbres d’essences
diverses, que tranchait au milieu un vieil
escalier de pierre (Daudet).

essential, e, aux [esɑ̃sjal, -o] adj.


(de essence, d’après le bas lat. essentialis,
qui tient à l’essence, dér. de essentia [v.
ESSENCE] ; milieu du XXe s.). En philoso-
phie, relatif à l’essence.

essentialisme [esɑ̃sjalism] n. m. (dér.


savant du bas lat. essentialis [v. l’art. suiv.] ;
1864, Littré, au sens 1 ; sens 2, v. 1942).
1. Vx. Théorie médicale qui admettait que
les maladies sont des essences existant en
dehors du fonctionnement de l’économie
de l’être vivant. ‖ 2. Théorie philoso-
phique admettant que l’essence précède
l’existence.

essentialité [esɑ̃sjalite] n. f. (bas lat.


essentialitas, qualité de ce qui est essen-
tiel, de essentialis [v. ESSENTIEL] ; 1845,
Bescherelle, au sens de « caractère, état de
ce qui est essentiel » ; sens actuel, XXe s.). En
philosophie, qualité de ce qui appartient
à l’essence.

essentiel, elle [esɑ̃sjɛl] adj. (bas lat.


essentialis, essentiel, qui tient à l’essence,

de essentia [v. ESSENCE] ; 1541, Calvin,


au sens 1 [probablem. bien plus ancien, v.
l’art. suiv.] ; sens 2-3, 1580, Montaigne ; sens
4, 1701, Massillon ; sens 5-6, 1864, Littré).
1. Qui appartient à l’essence, à la nature
intime d’une chose ou d’un être : La raison
est essentielle à l’homme. Cette impiété,
ces inimitiés ne lui sont pas essentielles
(France). ‖ 2. Nécessaire, indispensable
à l’existence d’une chose ou d’un être : Il
m’est essentiel d’être bientôt tiré de peine
(Rousseau). L’oxygène est essentiel à la vie
des hommes. ‖ 3. Qui est d’une grande
importance : Cette familiarité, par laquelle
elle se mettait franchement au niveau
des gens, lui conciliait leur bienveillance
subalterne, très essentielle aux parasites
(Balzac). ‖ 4. Class. Se dit des personnes
sur qui l’on peut compter, dont on ne peut
se passer : M. de Fontenelle a été un ami
essentiel (d’Alembert). ‖ 5. Se dit parfois,
en médecine, d’une maladie sans cause
apparente ou extérieure : Tachycardie
essentielle. ‖ 6. Vx. Se disait de médica-
ments qui passaient pour contenir exclu-
sivement les principes curatifs propres
aux substances d’où on les avait extraits :
Sels essentiels. ‖ Huile essentielle, syn. de
ESSENCE (au sens II, 1).

• SYN. : 1 constitutif, foncier, intrinsèque ;


2 vital ; 3 capital, fondamental, important,
primordial, principal. — CONTR. : 1 acci-
dentel, contingent ; 2 inutile, superflu ; 3
accessoire, secondaire.

& essentiel n. m. (1690, Furetière). Ce qu’il


y a de plus important, le point capital :
Ernest IV répétait souvent que l’essentiel
était surtout de frapper les imaginations
(Stendhal).

essentiellement [esɑ̃sjɛlmɑ̃] adv. (de


essentiel ; fin du XIIe s., Dialogues de saint
Grégoire, écrit essentialment [essentielle-
ment, 1541, Calvin], au sens 1 ; sens 2-3, av.
1742, Massillon). 1. Par définition, selon sa
nature propre : La poésie est essentiellement
philosophique ; mais [...] elle doit être invo-
lontairement philosophique (Baudelaire).
‖ 2. Tout à fait, complètement : Toute ten-
tative pour aller plus avant le modifierait
[mon problème] essentiellement (Valéry).
‖ 3. Avant tout, principalement, absolu-
ment : Essentiellement, il s’agissait d’empê-
cher que les Habsbourg n’obtinssent ce que
les Hohenzollern ont acquis au XIXe siècle,
c’est-à-dire la domination de l’Allemagne
(Bainville).

esseulé, e [esoele] adj. (de e-, es- [lat. ex-,


préf. à valeur intensive], et de seul ; fin du
XIIe s., Godefroy). Littér. Qui se trouve seul,
abandonné : Comme vous êtes esseulé [...].
Fuyez-vous déjà le monde ? (Sue). Elle se
trouvait bien esseulée et s’ennuyait beau-
coup (Sand).

• SYN. : délaissé, isolé, solitaire. — CONTR. :


entouré.
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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1705

esseuler [esoele] v. tr. (de esseulé ; fin


du XVIIe s., Saint-Simon). Vx ou littér.
Laisser seul ; tenir à l’écart : D’Huxelles,
bas, souple, flatteur auprès des gens dont
il croyait avoir à espérer, dominant surtout
le reste, ce qui mêlait ses compagnies et les
esseulait assez souvent (Saint-Simon).

& s’esseuler v. pr. (XIIIe s., Godefroy). Littér.


Rester à l’écart, s’isoler : Il s’aperçut qu’il
s’esseulait, que l’heure du dîner était proche
(Huysmans).

essieu [esjø] n. m. (doublet, d’origine


probablem. picarde, de l’anc. franç. ais-
sil [XIIIe s., Tailliar ; var. aisuel, début du
XIIe s., Pèlerinage de Charlemagne, et ais-
sel, v. 1170, Livre des Rois], lat. pop. *axilis,
essieu, dér. du lat. class. axis, axe, essieu ;
XVIe s.). Dans un véhicule, pièce de métal
(ou autrefois de bois) placée transversale-
ment sous la voiture pour en supporter le
poids, et dont les extrémités entrent dans
le moyeu des roues : Il n’entendit plus que
très vaguement geindre l’essieu des roues
(Daudet).

essimer [esime] v. tr. (de es- [lat. ex-, préf.


à valeur privative] et de l’anc. franç. saïm,
graisse [v. 1155, Wace], lat. pop. *sagīmen,
réfection du lat. class. sagina, engraisse-
ment des animaux, nourriture substantielle,
embonpoint ; v. 1193, Hélinant, écrit esseï-
mer, aux sens de « dégraisser, épuiser » ;
v. 1240, G. de Lorris, comme v. pr., écrit
essaïmer, au sens de « se faire maigrir » ;
écrit essimer, comme v. tr., au sens actuel,
1549, R. Estienne). En fauconnerie, faire
maigrir l’oiseau pour le rendre plus apte
au vol.

essimplage [esɛ̃plaʒ] n. m. (de essimpler ;


1930, Larousse). Opération de culture flo-
rale qui consiste à éliminer les jeunes plants
à fleurs simples.

essimpler [esɛ̃ple] v. tr. (de e-, es- [lat.


ex-, préf. à valeur privative], et de simple,
adj. ; 1930, Larousse). Supprimer, dans un
semis, avant la floraison, les plants qui ne
donneront que des fleurs simples, pour ne
conserver que les doubles.
essor [ɛsɔr] n. m. (déverbal de essorer [v.
ce mot], au sens anc. de « faire s’élancer
dans l’air » ; v. 1175, Chr. de Troyes, au sens
1 [et aux sens de « air pur, action d’exposer
à l’air »] ; sens 2, 1651, Corneille ; sens 3,
1608, M. Régnier ; sens 4, début du XXe s. ;
sens 5, 1666, Molière ; sens 6, 1665, La
Fontaine). 1. Élan d’un oiseau dans l’air,
mouvement par lequel il prend son vol :
Celui dont les pensers, comme des alouettes,
| Vers les cieux, le matin, prennent un libre
essor (Baudelaire). D’entre les branches du
sapin, un couple d’oiseaux noirs prit sou-
dain l’essor en criant (Duhamel). ‖ 2. Fig.
Mouvement hardi par lequel quelqu’un ou
quelque chose se développe, progresse :
Sentir qu’on grandit bon et sage, et qu’on
s’élance | Du plus bas au plus haut en essors

bien réglés (Verlaine). ‖ 3. Fig. Mouvement,


élan qui donne le départ à quelque chose :
Donner l’essor à son imagination. La froi-
deur de ses façons réprima l’essor de mes
tendresses (Balzac). [Le] singulier évé-
nement qui devait donner l’essor à cette
incomparable destinée (Daudet). ‖ 4. Littér.
Attitude, disposition qui suggère un mou-
vement d’ascension, un élancement : Je ne
me lasse pas d’admirer l’essor vertigineux
de ces fûts énormes et de leur brusque
épanouissement (Gide). ‖ 5. Class. et spé-
cialem. Publication d’un ouvrage : Si l’on
peut pardonner l’essor d’un mauvais livre, |
Ce n’est qu’aux malheureux qui composent
pour vivre (Molière). ‖ 6. Class. Prendre
l’essor, s’écarter de son sujet : Je ne prends
point ici l’essor | Ni n’affecte de railleries
(La Fontaine).

• SYN. : 1 envol, envolée ; 2 bond, élan,


épanouissement, extension, progression ;
3 branle, impulsion.

essorage [esɔraʒ] n. m. (de essorer [v.


ce mot] ; XIIe s., Partenopeus de Blois, au
sens de « action de lâcher un oiseau » ; sens
1, 1864, Littré ; sens 2, 1870, Larousse).
1. Opération industrielle consistant à
extraire d’un produit un liquide qui l’im-
prègne. ‖ 2. Action d’essorer le linge.

essorant, e [esɔrɑ̃, -ɑ̃t] adj. (part. prés. de


essorer). En héraldique, se dit des oiseaux
qui semblent prendre leur essor.

essorer [esɔre] v. tr. (lat. pop. *exaurare,


exposer à l’air, de ex-, préf. marquant le
mouvement de l’intérieur vers l’extérieur,
et du lat. class. aura, brise, vent, air, souffle,
gr. aura ; v. 1175, Chr. de Troyes, aux sens
de « lâcher dans les airs [un oiseau], exposer
à l’air libre » ; sens actuels, 1690, Furetière).
Débarrasser une matière, une marchandise
de l’eau dont elle est imprégnée : Essorer
la salade. ‖ Essorer le linge, exprimer l’eau
qu’il renferme après la lessive et le rinçage.
‖ En fauconnerie, laisser sécher l’oiseau au
feu ou au soleil.

& s’essorer v. pr. (sens 1, début du XVe s., Ch.


d’Orléans ; sens 2, 1690, Furetière). 1. Littér.
Prendre son essor, son élan ; s’élever dans
l’air : Je me trouvais néanmoins chez ma
dame, en gros oiseau gris-bleu s’essorant
vers les moulures (Rimbaud). Parfois un
aigle s’essorait du côté de la grande dune
(Gide) ; et par extens. : Il y a des sources d’où
s’essorent des brumes (Gide). ‖ 2. En termes
de fauconnerie, revenir difficilement sur
le poing, en parlant de l’oiseau.

essoreuse [esɔrøz] n. f. (de essorer ;


1870, Larousse). Appareil servant à essorer
diverses substances (linge, étoffes, cuirs,
peaux, copeaux imprégnés d’huile, etc.).

essorillement [esɔrijmɑ̃] n. m. (de esso-


riller ; 1856, Lachâtre). Action d’essoriller ;
supplice consistant à couper les oreilles à
un condamné : Une exécution telle quelle,

non pas sans doute une pendaison, mais un


fouet, un essorillement (Hugo).

essoriller [esɔrije] v. tr. (de es- [lat. ex-,


préf. à valeur privative] et de oreille ; 1303,
Du Cange). Couper les oreilles à : Essoriller
un caniche. Que Montfleury s’en aille | Ou
bien je l’essorille (Rostand).

essouchement [esuʃmɑ̃] n. m. (de essou-


cher ; XVIIIe s., Brunot). Action d’enlever
les souches d’un terrain.

• REM. On dit aussi DESSOUCHEMENT et


ESSOUCHAGE (1930, Larousse).

essoucher [esuʃe] v. tr. (de es- [lat. ex-,


préf. à valeur privative] et de souche ; 1771,
Trévoux). Nettoyer, défricher un terrain en
pratiquant l’essouchage.

• REM. On dit aussi DESSOUCHER.

essoufflé, e [esufle] adj. (part. passé


de essouffler ; début du XIIIe s., écrit esso-
flé ; essoufflé, v. 1285, Adam de la Halle).
Qui a perdu son souffle normal, qui est
hors d’haleine : Que sert de n’effleurer
qu’à peine ce qu’on tient, | Quand on a les
mains pleines, | Et de vivre essoufflé comme
un enfant qui vient | De courir dans les
plaines ? (Hugo).

• SYN. : haletant, oppressé, pantelant,


poussif.

essoufflement [esufləmɑ̃] n. m. (de


essouffler ; fin du XVe s., au sens 1 ; sens
2, 1772, Gouvion). 1. État de celui qui est
essoufflé : L’essoufflement d’un cycliste
après la course. J’avais fait, par essouffle-
ment, une aspiration plus profonde (Gide).
‖ 2. Respiration courte et gênée.

• SYN. : 2 dyspnée.

essouffler [esufle] v. tr. (de es- [lat. ex-,


préf. à valeur privative] et de souffle ; fin
du XIIe s., Aliscans, écrit essofler, au sens de
« donner de l’air à » ; écrit essouffler, au sens
actuel, XIIIe s.). Faire perdre le souffle nor-
mal à une personne, à un animal, les mettre
à bout de souffle : Essouffler son cheval.

& s’essouffler v. pr. (sens 1, 1690, La


Quintinie ; sens 2, fin du XIXe s.). 1. Perdre
son souffle, respirer difficilement : Le coeur
un peu capitonné de graisse, il s’essoufflait
facilement (Gide). ‖ 2. Fig. S’efforcer péni-
blement de poursuivre une oeuvre entre-
prise : Un romancier s’essouffle à raconter
les aventures de ses personnages. Une revue
qui commence à s’essouffler.

• SYN. : 1 haleter, souffler, suffoquer.

essuie-glace ou essuie-glaces
[esɥiglas] n. m. (de essuie, forme du v.
essuyer, et de glace ; XXe s.). Appareil des-
tiné à nettoyer les vitres ou les glaces.
‖ Spécialem. Dispositif fixé sur une voi-
ture automobile pour nettoyer le pare-brise
mouillé par la pluie.

• Pl. des ESSUIE-GLACES.

essuie-mains [esɥimɛ̃] n. m. invar. (de


essuie, forme du v. essuyer, et de mains ;
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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1706

1611, Cotgrave). Serviette pour s’essuyer


les mains.
essuie-meubles [esɥimoebl] n. m. invar.
(de essuie, forme du v. essuyer, et de meuble ;
début du XXe s.). Torchon, morceau d’étoffe
destiné à enlever la poussière des meubles :
Ah ! Je t’en prie, cette écharpe n’est pas un
essuie-meubles (Bernstein).

essuie-pieds [esɥipje] n. m. invar. (de


essuie, forme du v. essuyer, et de pied ;
milieu du XXe s.). Paillasson ou décrottoir
métallique placé à l’entrée d’une maison ou
d’un appartement pour s’essuyer les pieds.

essuie-plume [esɥiplym] n. m. (de


essuie, forme du v. essuyer, et de plume ;
1870, Larousse). Petit ustensile, fragment
d’étoffe, qui sert à nettoyer les plumes
chargées d’encre.

• Pl. des ESSUIE-PLUMES.

essuie-verres [esɥivɛr] n. m. invar. (de


essuie, forme du v. essuyer, et de verre ;
milieu du XXe s.). Torchon, linge réservé à
l’essuyage des verres à boire.

essuyage [esɥijaʒ] n. m. (de essuyer ;


1864, Littré). Action ou manière d’essuyer ;
résultat de cette action : L’essuyage de la
vaisselle. Un essuyage incomplet.

essuyer [esɥije] v. tr. (bas lat. ex-suc[c]


are, extraire le suc de, d’où « sécher [des
plantes] », puis « essuyer », de ex-, préf.
marquant l’expulsion, et de sucus, suc,
sève ; milieu du XIIe s., Roman de Thèbes,
écrit essu[i]er [essuyer, XVIe s.], au sens I, 1 ;
sens I, 2, 1864, Littré ; sens II, fin du XVIe s.,
A. d’Aubigné). [Conj. 2 a.]

I. 1. Sécher au moyen d’un chiffon, d’une


serviette, etc., qui absorbe l’eau ou l’hu-
midité et, par anal., la sueur, les larmes,
un liquide quelconque : J’essuyai mon
front que vint sécher la brise (Lamartine).
Elle secoue la tête pour cacher ses larmes
qu’elle ne peut essuyer (Colette). ‖ Fig.
Essuyer les larmes de quelqu’un, le conso-
ler. ‖ 2. Nettoyer une tache, débarrasser
de la poussière en frottant : Essuyer les
meubles. ‖ Fam. Essuyer les plâtres, être
le premier à habiter une maison nouvel-
lement construite ; au fig., être le premier
à subir une situation nouvelle : Les pre-
miers acheteurs de ce nouveau modèle de
voiture ont essuyé les plâtres.

II. Être obligé de supporter, de subir


quelque chose de fâcheux : Essuyer
une tempête, la mauvaise humeur de
quelqu’un. Essuyer une défaite. Quand
les Hollandais essuient un coup de vent en
haute mer, ils se retirent dans l’intérieur
du navire, ferment les écoutilles et boivent
du punch (Chateaubriand). Il en faisait
quelquefois à Jehan de fort sévères et de
fort longs sermons, que celui-ci essuyait
intrépidement (Hugo).

• SYN. : I, 1 éponger. ‖ II encaisser (fam.),


endurer, souffrir.

essuyeur, euse [esɥijoer, -øz] n. (de


essuyer ; 1472, Godefroy). Personne qui
essuie, qui est chargée d’essuyer.

est [ɛst] n. m. (moyen angl. ēst, est ; v. 1138,


Gaimar, au sens 1 ; sens 2, 1690, Furetière ;
sens 3, 1870, Larousse). 1. Côté de l’hori-
zon où le soleil se lève ; celui des quatre
points cardinaux que l’on a à sa droite
lorsqu’on regarde vers le nord : Le chevet
d’une église est en principe orienté à l’est.
‖ 2. Lieu situé vers l’est par rapport à un
point : Montreuil-sous-Bois est à l’est de
Paris. ‖ 3. La région orientale de la France,
comprenant essentiellement l’Alsace, la
Lorraine et la Franche-Comté (avec une
majuscule) : Être originaire de l’Est. ‖ Les
pays de l’Est, l’ensemble des pays situés à
l’est de l’Europe, et, spécialem., les pays
européens de démocratie populaire.

• SYN. : 1 levant, orient. — CONTR. : 1 ouest ;


couchant, occident, ponant (vx).

& adj. invar. (sens 1, 1864, Littré ; sens 2,


1870, Larousse ; sens 3, XXe s.). 1. Situé à
l’est : Le côté est. La côte est. ‖ 2. Qui pro-
vient de l’est : Un vent est. ‖ 3. Qui conduit,
qui porte vers l’est : Un courant est.

estacade [ɛstakad] n. f. (ital. steccata,


dér. de stecca, pieu, gotique *stikka, même
sens ; milieu du XVIe s., écrit enstacatte
[estacade, 1587, F. de La Noue], au sens
de « enceinte, champ clos » ; sens actuel,
1671, Pomey). Digue faite avec de grands
pieux, pour fermer le passage d’un chenal
ou pour protéger des travaux : Si l’on eût
entouré ces vaisseaux échoués d’estacades
défendues par l’armée de terre, on les aurait
sauvés (Michelet).

estafette [ɛstafɛt] n. f. (ital. staf-


fetta [dimin. de staffa, étrier, langobard
*staffa, même sens], qui avait pris le sens de
« courrier » dans la loc. andare a staffetta,
proprem. « aller à étrier » [cf. le franç. à
franc étrier] ; 1596, Hulsius, écrit stafette ;
estafette, 1667, Retz). Courrier qui porte
les dépêches. ‖ Spécialem. et vx. Cavalier
chargé d’acheminer une dépêche.

estafier [ɛstafje] n. m. (ital. staffiere,


écuyer, valet de pied, laquais, proprem.
« valet qui tient l’étrier », dér. de staffa [v.
l’art. précédent] ; fin du XVe s., Molinet, écrit
stafier [estafier, 1564, J. Thierry], au sens
1 ; sens 2, 1552, Rabelais [écrit estafier]).
1. Class. Domestique armé qui portait le
manteau et les armes du maître et lui tenait
l’étrier : Maint estafier accourt ; on vous
happe notre homme (La Fontaine). ‖ 2. Vx
et péjor. Valet servant de garde du corps :
Il y avait derrière elle deux suivantes et un
estafier, qui me confirmait dans l’opinion
que j’avais qu’elle ne pouvait être qu’une
dame de condition (Lesage). Bouvard le
traita de butor, d’estafier (Flaubert).

estafilade [ɛstafilad] n. f. (ital. staffilata,


coup de fouet ou d’étrivière, de staffile,
étrivière, proprem. « courroie qui tient

l’étrier », dér. de staffa [v. ESTAFETTE] ;


1552, Jodelle). Blessure, coupure faite avec
le tranchant d’un rasoir, d’un sabre, surtout
au visage : Sentir suinter le sang par quelque
estafilade (Hugo). Hubert, ce matin-là,
parut donc à la fenêtre en étanchant avec
une serviette le sang qui s’écoulait de deux
ou trois estafilades (Duhamel).

• SYN. : balafre, coupure, entaille, taillade.

estagnon [ɛstaɲɔ̃] n. m. (provenç.


moderne [e]stagno[u]n, de estanh, anc. pro-
venç. estainh, étain [début du XIIIe s.], lat.
stagnum, stannum, plomb d’oeuvre, plomb
argentifère, et, à basse époque, « étain » ;
1864, Littré). Dialect. Récipient en fer étamé
ou en aluminium, dans lequel on conserve
et on transporte des huiles et des essences.

est-allemand, e [ɛstalmɑ̃, -ɑ̃d] adj. (de


est et de allemand ; v. 1950). Relatif à l’Alle-
magne de l’Est en tant qu’entité politique ;
qui est de l’Allemagne de l’Est.

estaminet [ɛstaminɛ] n. m. (empr., par


l’intermédiaire du picard, du wallon orien-
tal staminê, mauvais cabaret [fin du XVIIe s.],
de stamon, montant de bois qui sépare deux
vaches à l’étable, dér. d’une forme germ.
correspondant à l’allem. Stamm, tronc,
tige [le sens premier de staminê aurait été
« salle à poteaux »] ; 1771, Trévoux, au sens
1 ; sens 2, av. 1841, Chateaubriand [pilier
d’estaminet, 1864, Littré ; plaisanterie
d’estaminet, 1857, Flaubert]). 1. Vx. Café
où l’on pouvait fumer : Un estaminet plein
de fumée se présenta, ils y entrèrent (Hugo).
‖ Par extens. et vx. Salle de café réservée
aux fumeurs. ‖ 2. Petit café de ville ou
de village (vieilli) : Nous nous réunissions
pour dîner, à un schelling par tête, dans un
estaminet ; de là, nous allions aux champs
(Chateaubriand). ‖ Fam. Pilier d’estami-
net, homme qui passe son temps au café.
‖ Plaisanterie d’estaminet, plaisanterie de
mauvais goût : Il débitait des galanteries
d’estaminet à une jeune paysanne blonde
(Flaubert).

estampage [ɛstɑ̃paʒ] n. m. (de estamper ;


1790, Encycl. méthodique, aux sens I, 1-3 ;
sens II, 1920, Bauche).

I. 1. Dans l’industrie, repoussage des mé-


taux, en creux ou en relief. ‖ 2. Dans les
beaux-arts, procédé consistant à impri-
mer des lettres, ornements, figures, etc.,
soit en creux, soit en relief. ‖ 3. L’orne-
ment produit par estampage : Elle jeta un
regard curieux sur les papyrus, les estam-
pages (France).

II. Fam. Action de tromper quelqu’un en


lui escroquant de l’argent.

1. estampe [ɛstɑ̃p] n. f. (ital. stampa, de


stampare, imprimer [v. ESTAMPER] ; 1647,
Poussin). Épreuve sur papier d’une gravure
exécutée sur bois, sur métal, sur linoléum
ou sur pierre lithographique : Collectionner
des estampes.
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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1707

2. estampe [ɛstɑ̃p] n. f. (déverbal de


estamper ; v. 1280, Tobler-Lommatzsch,
au sens de « cachet pour imprimer une
marque » ; sens actuel, XIVe s., Laborde,
puis 1430, Gay). Outil à estamper.

estamper [estɑ̃pe] v. tr. (francique


*stampôn, piler, broyer, la prononciation
du -s- de estamper ayant été maintenue
à cause de l’influence de l’ital. stampare
[v. ESTAMPE 1], de même origine que le
mot franç. ; v. 1190, Godefroy, au sens de
« écraser, broyer » ; sens I, 1392, Gay [pour
des monnaies ; pour des gravures, 1676,
Félibien] ; sens II, 1883, G. Esnault).
I. Imprimer sur du métal, du carton, du
cuir, en relief ou en creux, par repous-
sage, au moyen d’une matrice : Estamper
des monnaies. ‖ Spécialem. Imprimer
une gravure dans un métal en feuille.

II. Fam. Escroquer en faisant payer trop


cher : J’ai pour principe que, comme on dit
vulgairement, on ne doit pas estamper le
client (Proust).

• SYN. : II, écorcher, empiler (pop.), exploi-


ter, rançonner, voler.

estampeur, euse [ɛstɑ̃poer, -øz] n. et


adj. (de estamper ; 1628, Dict. général, au
sens de « outil servant à estamper » ; sens I,
1836, Acad. ; sens II, 1888, Villatte).

I. Ouvrier, ouvrière chargés de


l’estampage.

II. Fam. Commerçant, vendeur mal-


honnête qui fait payer trop cher ses
marchandises.

& estampeuse n. f. (1907, Larousse).

Machine servant à produire des reliefs.

estampillage [ɛstɑ̃pijaʒ] n. m. (de estam-


piller ; 1783, Linguet). Action d’estampiller.

estampille [ɛstɑ̃pij] n. f. (esp. estampilla,


dér. de estampa, empreinte, déverbal de
estampar, graver, de même origine que le
franç. estamper [v. ce mot] ; fin du XVIIe s.,
Saint-Simon, au sens 1 ; sens 2, milieu du
XIXe s., Baudelaire). 1. Marque, signe maté-
riel qu’on imprime sur un objet pour en
attester l’authenticité, l’origine ou la pro-
priété : Tant d’heures à courir de bureau en
bureau pour obtenir les visas, estampilles
et tampons nécessaires (Gide). ‖ 2. Fig.
Caractère distinctif d’une chose : Cette
analogie morale dont je parlais est comme
l’estampille divine de toutes les fables popu-
laires (Baudelaire).

• SYN. : 2 cachet, empreinte, griffe, marque,


sceau.

estampiller [ɛstɑ̃pije] v. tr. (de estam-


pille ; 1762, Acad.). Marquer d’une estam-
pille : Estampiller une marchandise en
douane.

• SYN. : étamper, poinçonner, timbrer.

estampilleuse [ɛstɑ̃pijøz] n. f. (de


estampilleuse [ɛstɑ̃pijøz] n. f. (de
estampiller ; 1907, Larousse). Machine
employée pour imprimer des estampilles.

estancia [ɛstɑ̃sja] n. f. (mot esp., de


stans, stantis, part. prés. du lat. stare, se
tenir debout, se tenir immobile, être établi ;
1840, Acad.). Dans les pays d’Amérique du
Sud, grande ferme, établissement d’éle-
vage : Dans deux mois, je serai peut-être
assis au seuil d’une estancia de la pampa
(Duhamel).

estanfort [ɛstɑ̃fɔr] n. m. (du n. de la ville


angl. de Stamford, où ce tissu a d’abord été
fabriqué ; 1202, Godefroy, écrit estamfort ;
estanfort, XIVe s.). Tissu de laine de riche
qualité, en usage au Moyen Âge, et que
l’on fabriquait dans le nord de la France
et à Paris.

estant, e [ɛstɑ̃, -ɑ̃t] adj. (part. prés. du


v. ester [v. ESTER 2] ; fin du XIIe s., Moniage
Guillaume, au sens de « debout » [en estant,
même sens, 1080, Chanson de Roland] ;
sens actuel, XXe s. [bois en estant, « bois
vivant et sur pied », XVe s.]). Se dit des arbres
réservés dans une coupe.

estarie [ɛstari] n. f. (provenç. estarié,


même sens, dér. de l’anc. provenç. estar,
rester, s’arrêter, lat. stare [v. ESTER 2] ; 1870,
Larousse). Laps de temps stipulé pour le
déchargement d’un navire de commerce.

est-ce que [ɛskə] adv. interr. (de est,


3e pers. du sing. de l’indic. prés. de être, de
ce, pron. dém. neutre, et de que, conj. ; v.
1175, Chr. de Troyes, aux sens 1-2). 1. En
tête d’une phrase, fait porter l’interroga-
tion sur l’ensemble de la phrase : Est-ce
que tu as répondu à sa lettre ? ‖ 2. Peut
renforcer un autre adverbe interrogatif :
Quand est-ce que vous partirez ? (Acad.) ;
un pronom interrogatif précédé d’une pré-
position : À qui est-ce que tu as confié cette
lettre ? À quoi est-ce que tu penses ? Sur
quoi est-ce que tu es assis ? De quoi est-ce
que vous parlez ?

• REM. 1. La forme interrogative est-ce


que ne s’ajoute aux adverbes interrogatifs
pourquoi et comment que dans la langue
familière : Pourquoi est-ce que vous n’êtes
pas venu ? Comment est-ce que vous vous
y prenez ?

2. Dans l’interrogation indirecte, l’ad-


verbe si se substitue à est-ce que pour
introduire la proposition interrogative :
Est-ce que vous viendrez demain ? / Je
vous demande si vous viendrez demain.

este [ɛst] adj. et n. (mot estonien ; 22


déc. 1873, Journ. officiel). Syn. peu usité
de ESTONIEN.

1. ester [ɛstɛr] n. m. (mot créé par le


chimiste allem. Leopold Gmelin [1788-
1853] : contraction de l’allem. Essigäther,
éther acétique ; XXe s.). Composé chimique
résultant de l’action d’un acide organique
sur un alcool avec élimination d’eau.

• SYN. : éther-sel.

2. ester [ɛste] v. intr. (lat. jurid. du Moyen


Âge stare, spécialisation du lat. class. stare,

se tenir debout [qui avait déjà donné ester,


« être debout », fin du Xe s., Vie de saint
Léger] ; 1384, Runkewitz [ester a dreit,
même sens, v. 1190, Garnier de Pont-Sainte-
Maxence]). En justice, se présenter devant
un tribunal, soit comme demandeur, soit
comme défendeur : La femme peut ester
en justice sans l’autorisation de son mari.
• REM. Ne s’emploie qu’à l’infinitif.

estérification [ɛsterifikasjɔ̃] n. f. (de


estérifier, transformer en ester [XXe s.], dér.
de ester, n. m. ; XXe s.). Processus chimique
dû à l’action d’un acide organique sur un
alcool, et qui aboutit à un ester.

estérifier [ɛsterifje] v. tr. (de estéri-,


élément tiré de ester, n. m., et de -fier, lat.
facere, faire ; XXe s.). Convertir en ester :
Estérifier un alcool.

esterlin [ɛstɛrlɛ̃] n. m. (lat. médiév. ster-


lingus, monnaie d’argent valant 4 deniers,
anc. angl. *steorling, monnaie marquée
d’une étoile ; v. 1155, Wace). Monnaie d’ori-
gine écossaise, qui eut cours en Europe
aux XIIe et XIIIe s. : Il ouvrit le coffre plein
d’angelots, de florins, d’esterlins (France).

esteuf n. m. V. ÉTEUF.

esthésio- [ɛstezjɔ], -esthésie [ɛstezi],


éléments tirés du gr. aisthêsis, sensation,
perception (dér. de aisthanesthai, perce-
voir par les sens, comprendre), et entrant
en composition comme premier et second
élément. (V. INTRODUCTION, p. XXVI.)

esthésiogène [ɛstezjɔʒɛn] adj. (de esthé-


sio- et de -gène, du gr. gennân, engendrer,
produire ; 1933, Larousse). En termes de
physiologie, qui est à l’origine de la sensi-
bilité ou qui l’accentue.

esthésiologie [ɛstezjɔlɔʒi] n. f. (de


esthésio- et de -logie, du gr. logos, science,
discours ; XXe s.). Partie de la physiologie
qui a pour objet l’étude de la sensibilité,
de ses conditions et de son mécanisme.

esthésiomètre [ɛstezjɔmɛtr] n. m. (de


esthésio- et de -mètre, gr. metron, mesure ;
1877, Littré). Appareil servant à déterminer
le seuil de la discrimination faite par le
sujet entre deux stimuli tactiles.

esthésiométrique [ɛstezjɔmetrik] adj.


(de esthésiomètre ; XXe s.). Relatif à la diffé-
rence entre deux stimuli rapprochés : Seuil
esthésiométrique.

esthète [ɛstɛt] n. (de esthétique [v. ce


mot], d’après le gr. aisthêtês, qui perçoit
par les sens, dér. de aisthanesthai, percevoir
par les sens ; 1838, Acad., comme adj., au
sens de « qui est susceptible d’être senti,
éprouvé par les sens » ; comme n., au sens
1, 1882, Goncourt ; sens 2, 1888, Larousse).
1. Personne qui aime l’art et le considère
comme une valeur essentielle : Un point
de vue d’esthète. ‖ 2. Péjor. Personne qui
affecte le culte du beau au détriment de
toute autre valeur : Les belles mondaines, les
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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1708

snobs désoeuvrés et les esthètes prétentieux


tiennent leurs assises (H. de Régnier).

• SYN. : 1 artiste.

esthéticien, enne [ɛstetisjɛ̃, -ɛn] n. (de


esthétique ; 1867, Th. Gautier). Écrivain,
philosophe ou savant qui s’est spécialisé
dans l’esthétique.

& esthéticienne n. f. (milieu du XXe s.).


Personne diplômée qui est habilitée à
donner des soins de beauté au corps et au
visage.

esthétique [ɛstetik] n. f. (lat. scientif.


moderne aesthetica, partie de la philo-
sophie qui traite du sentiment artistique,
créé en 1735 par le philosophe allemand J.
A. Baumgarten [1714-1762] d’après l’adj.
gr. aisthêtikos, qui a la faculté de sentir ou
de comprendre, dér. de aisthanesthai [v.
ESTHETE] ; 1753, Beausobre, au sens 1 ; sens
2, 1870, Larousse ; sens 3, 1901, Larousse ;
sens 4-5, milieu du XXe s.). 1. Science du
beau ; partie de la philosophie qui traite
de la nature de l’art et du sentiment artis-
tique : Je suis abruti d’art et d’esthétique
(Flaubert). À quelle occasion, d’ailleurs,
former, préciser le dessein de « faire une
Esthétique » ? — Une science du Beau ? ...
Mais les modernes usent-ils encore de ce
nom ? Il me semble qu’ils ne le prononcent
plus qu’à la légère ! (Valéry). ‖ Spécialem.
Théorie, conception particulière du
beau : L’esthétique de Kant, de Ruskin.
‖ 2. Ensemble de principes, de règles, de
caractères sur lesquels se fonde l’appré-
ciation de la beauté dans une forme d’art,
une école, etc. : L’esthétique du roman,
du théâtre. L’esthétique romantique. Il est
légitime, à mon sens, de porter au théâtre
des esthétiques nouvelles (Apollinaire).
‖ 3. Caractère esthétique : L’esthétique
d’une construction, d’une mise en scène,
de la mode. ‖ 4. Esthétique industrielle,
recherche ayant pour objet l’étude des
formes les mieux adaptées à un produit
donné. ‖ 5. Ensemble des procédés utilisés
pour entretenir, conserver, augmenter la
beauté du corps, du visage, de la chevelure.
• SYN. : 3 beauté.

& adj. (sens 1, 1798, Schwan ; sens 2, 1932,


Acad. ; sens 3, av. 1945, Valéry). 1. Qui a
rapport à la perception et au sentiment du
beau : Émotion, sens, jugement esthétique.
Minerve et Vénus sont la nature féminine
envisagée par ses deux côtés : le côté spiri-
tualiste et saint, le côté esthétique et volup-
tueux (Renan). Nous avons, en vue de la
culture artistique, développé nos musées ;
nous avons introduit une manière d’édu-
cation esthétique dans nos écoles (Valéry).
‖ 2. Qui offre un caractère de beauté ; qui
se remarque par son élégance ou sa grâce :
Une décoration esthétique. Un visage qui
n’a rien d’esthétique. Mettez votre chapeau
moins en arrière : ce sera plus esthétique.
‖ 3. Se dit des préparations et des procédés
qu’on utilise pour entretenir ou développer

la beauté du visage, du corps, de la cheve-


lure : Une crème esthétique. Quant au nez
de Cléopâtre, c’est une affaire de chirur-
gie esthétique, assez banale, en somme
(Valéry).

• SYN. : 1 artistique ; 2 beau, coquet, déco-


ratif, harmonieux, joli. — CONTR. : 2 dis-
gracieux, inesthétique, laid.

esthétiquement [ɛstetikmɑ̃] adv. (de


esthétiquement [ɛstetikmɑ̃] adv. (de
esthétique ; 1798, Schwan, au sens 1 ; sens
2, XXe s.). 1. Du point de vue théorique de
l’esthétique : Les Allemands savent de l’art
tout ce qu’on peut esthétiquement savoir
(Gautier). ‖ 2. De façon esthétique :
Disposer esthétiquement des ornements.
• SYN. : 2 artistement, artistiquement, élé-
gamment, harmonieusement.

esthétisme [ɛstetism] n. m. (de esthète ;


1888, Larousse, au sens 1 ; sens 2, début du
XXe s.). 1. École artistique et littéraire, d’ori-
gine anglosaxonne, qui prétendait ramener
l’art à ses formes primitives. ‖ 2. Attitude
de l’esthète : Je crois tout au contraire que
cet esthétisme d’emprunt n’était pour lui
qu’un revêtement ingénieux pour cacher en
révélant à demi ce qu’il ne pouvait laisser
voir au grand jour (Gide).

estimable [ɛstimabl] adj. (de estimer ;


XIVe s., La Curne, au sens de « qu’on peut
prévoir » ; sens 1, 1690, Furetière ; sens 2,
1637, Descartes ; sens 3, 1864, Littré). 1. Vx.
Dont on peut faire l’estimation. ‖ 2. Digne
d’être estimé, dont on apprécie la valeur :
Elle n’était plus que fort médiocrement
éprise du comte, homme d’ailleurs si esti-
mable (Stendhal). Les Gaulois n’ont pas eu
d’art plastique, mais un art industriel des
plus estimables (Gaxotte). ‖ 3. Qui n’est
pas dépourvu de mérite, qui a de la valeur,
sans être exceptionnel : Il avait publié des
ouvrages estimables.

• SYN. : 2 honorable, méritoire, recomman-


dable, respectable ; 3 appréciable.

estimateur [ɛstimatoer] n. m. (lat. aesti-


mator, celui qui estime, qui évalue, de aes-
timatum, supin de aestimare [v. ESTIMER] ;
1389, Dict. général, au sens 1 ; sens 2, 1534,
Rabelais). 1. Vx. Celui qui est chargé de
faire l’estimation, d’évaluer le prix d’une
chose. ‖ 2. Fig. Personne qui sait apprécier,
qui connaît ce qui est estimable : Ayant
Molière pour estimateur et toute la maison
des Béjart pour amie (France).

estimatif, ive [ɛstimatif, -iv] adj. (dér.


savant de estimer ; 1314, Monde-ville, au
sens de « qui concerne le jugement » ; sens
actuel, 1864, Littré). Qui contient l’estima-
tion, l’évaluation du prix d’une chose : Un
devis estimatif des travaux.

& estimative n. f. Class. Jugement, capacité


d’appréciation : Il faut qu’un ingénieur ait
l’estimative bonne, pour connaître de loin la
longueur d’une courtine (Furetière, 1690).

estimation [ɛstimasjɔ̃] n. f. (lat. aes-


timatio, évaluation, appréciation, recon-

naissance de la valeur d’un objet, de


aestimatum, supin de aestimare [v. ESTI-
MER] ; v. 1283, Beaumanoir, au sens 1 ; sens
2, XXe s. [« action de juger d’une chose à peu
près », 1690, Furetière] ; sens 3, 1656, Pascal ;
sens 4, 1587, F. de La Noue). 1. Action de
déterminer la valeur, le prix d’une chose :
Estimation d’un objet d’art, d’un tableau.
‖ 2. Évaluation du chiffre d’une popula-
tion à partir de données incomplètes, obte-
nues, par exemple, au moyen d’une enquête
par sondage. ‖ 3. Action d’évaluer quelque
chose, de porter une appréciation générale :
L’estimation des progrès accomplis par un
élève. ‖ 4. Vx. Jugement favorable qu’on
porte sur quelqu’un, estime : Sans égard à
l’estimation des hommes (Rousseau).

• SYN. : 3 appréciation, évaluation.

estimatoire [ɛstimatwar] adj. (bas lat.


jurid. aestimatorius, qui concerne l’éva-
luation de la taxe, de aestimatum, supin
de aestimare [v. ESTIMER] ; XVIe s.). Relatif
à l’estimation. (Peu usité.)

estime [ɛstim] n. f. (déverbal de estimer ;


fin du XVe s., Commynes, au sens II, 3 ; sens
I, 1, 1600, O. de Serres ; sens I, 2, milieu du
XVIe s., Amyot ; sens II, 1, 1534, Rabelais ;
sens II, 2, 4-5, 1541, Calvin).

I. 1. Vx. Détermination par quelqu’un du


prix, de la valeur d’une chose : Faire une
estime. ‖ 2. Évaluation approximative.
‖ Spécialem. Calcul de la position appro-
chée d’un navire, obtenue en combinant
les routes suivies avec les distances par-
courues et en tenant compte de divers
éléments (vitesse du navire, dérives dues
aux vents et aux courants, etc.) : Naviga-
tion à l’estime.

II. 1. Class. Opinion, bonne ou mau-


vaise, qu’on a de quelqu’un ou de quelque
chose (sens actif) : C’est de mon jugement
avoir mauvaise estime | Que douter si
j’approuve un choix si légitime (Molière).
‖ 2. Class. Réputation, bonne ou mau-
vaise, dont une personne est l’objet (sens
passif) : L’estime de modération qu’il avait
même parmi les nôtres (Bossuet). ‖ Être
en estime de, avoir la réputation de, être
connu pour : Un médisant ne peut réussir
s’il n’est en estime d’abhorrer la médisance
(Pascal). ‖ 3. Class. Bonne réputation
dont jouit une personne ; gloire : Il faut le
délivrer du péril et du crime, | Assurer sa
puissance et sauver son estime (Corneille).
‖ Mettre en estime, donner de l’éclat,
de la célébrité : La guerre en quelque
estime avait mis mon courage (Molière).
‖ 4. Appréciation favorable que l’on
porte sur quelqu’un : Tenir quelqu’un
en haute estime. Baisser dans l’estime de
quelqu’un. Jouir de l’estime de tous. Je
serai toujours sûr de l’estime publique,
parce que je ne ferai jamais rien pour la
perdre, et je trouverai peut-être plus de
justice parmi mes ennemis que chez mes
prétendus amis (Chateaubriand). Adieu,
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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1709

Mademoiselle. Faites-moi l’honneur de


m’accorder votre estime (Balzac). Et pour-
tant, en dépit de l’estime si précieuse du
brave commandant Bravida [...], Tartarin
n’était pas heureux (Daudet). ‖ L’estime
de soi-même, sa propre estime, la bonne
opinion que l’on a de soi-même, la satis-
faction de n’avoir rien à se reprocher :
Un jour, vous me devrez votre propre es-
time (Mérimée). ‖ Class. Faire estime de
quelqu’un, de quelque chose, l’apprécier,
en faire cas : Vous méprisez trop Rome
et vous devriez faire | Plus d’estime d’un
roi qui vous tient lieu de père (Corneille).
‖ 5. Cas que l’on fait de quelque chose :
Un livre qui mérite l’estime. ‖ Un succès
d’estime, un demi-succès (se dit surtout
à propos d’une oeuvre littéraire qui a
l’éloge de la critique, mais n’obtient pas la
faveur du grand public).

• SYN. : I, 2 approximation. ‖ II, 4 consi-


dération, égard, respect, vénération. —
CONTR. : II, 4 déconsidération, dédain,
mépris, mésestime.

& À l’estime loc. adv. (sens 1, XXe s. ; sens


2, fin du XVIIe s., Saint-Simon). 1. Selon
une évaluation approximative, faite sans
calculs précis. ‖ 2. Class. et fig. Au jugé :
Il s’aperçoit qu’il a passé le bout, et revient
à tâtons chercher les arbres ; il les suit à
l’estime (Saint-Simon).

estimé, e [ɛstime] adj. (part. passé


de estimer ; 1864, Littré ; aux sens 1-2).
1. Généralement apprécié : Un vin estimé.
‖ 2. Point estimé, en termes de marine,
point, ou position d’un navire, calculé en
se servant d’éléments dus à l’estime.

estimer [ɛstime] v. tr. (lat. aestimare,


évaluer, priser, apprécier, juger [estimer a
éliminé son doublet populaire esmer — v.
1160, Roman de Tristan —, dont la pro-
nonciation, à partir du XIVe s., se confon-
dait avec celle du v. aimer] ; fin du XIIIe s.,
Godefroy, écrit extimer [estimer, XVe s.],
au sens I, 1 ; sens I, 2, 1772, J.-J. Rousseau ;
sens I, 3, 1541, Calvin [estimer de ; esti-
mer, v. tr., XVIIe s.] ; sens II, 1, v. 1398, le
Ménagier de Paris ; sens II, 2-3, fin du XVe s.,
Commynes).

I. 1. Déterminer la valeur, le prix de


quelque chose : Faire estimer une pro-
priété, un bijou. L’expert a estimé le mobi-
lier à cinq mille francs. ‖ 2. Mesurer par
soi-même, calculer approximativement :
À combien estimez-vous que nous soyons
de la ville ? ‖ Spécialem. En navigation,
calculer approximativement les éléments
qui servent à déterminer la position d’un
navire. ‖ 3. Fig. Évaluer l’importance de
quelqu’un ou de quelque chose : Estimer
un collaborateur, un ouvrage à sa juste
valeur.

II. 1. Avoir une opinion sur quelqu’un ou


sur quelque chose, juger, croire. ‖ Vx. Es-
timer suivi d’un nom attribut, tenir pour :
Si nous voulons être estimés leurs véri-

tables descendants (Molière). ‖ Estimer


avec un adjectif attribut du complément
d’objet, considérer, regarder comme : On
estimait malheureux ceux qui mouraient
sans avoir vu l’image du Jupiter Olym-
pien (Renan). Il estime indispensable de
rétablir la vérité des faits. ‖ Estimer suivi
d’un infinitif, estimer que (introduisant
une subordonnée complétive avec l’indi-
catif, ou avec le subjonctif dans des pro-
positions négatives ou interrogatives),
penser après réflexion, émettre l’opinion
que : L’automobiliste estime avoir fait
l’impossible pour éviter l’accident. J’es-
time qu’en fait d’art il n’y a pas de redites
(Fromentin). Je n’estime pas que l’homme
soit capable de former un projet... (La
Bruyère). Estimez-vous qu’il y ait lieu de
revenir sur cette décision ? ‖ 2. Avoir une
opinion favorable sur quelqu’un, sur ses
qualités, ses mérites : Il estimait Armance
beaucoup et pour ainsi dire uniquement ;
il se voyait méprisé d’elle, et il l’estimait
précisément à cause de ce mépris (Stend-
hal). Elle devint la « madame Guyon »
du protestantisme [...], estimée même de
ceux qui avaient traité son exaltation de
folie (Daudet). ‖ 3. Faire cas de quelque
chose, lui attribuer de l’importance : Il
y a deux choses que les hommes estiment
beaucoup : la vie et l’argent (La Bruyère).
Longtemps, j’estimai le grec par-dessus
tout (Alain).

• SYN. : I, 1 coter, expertiser ; 2 évaluer ; 3


apprécier, jauger, juger. ‖ II, 1 considérer,
penser, trouver ; 2 honorer, respecter, véné-
rer ; 3 goûter, priser. — CONTR. : II, 2 dédai-
gner, mépriser, mésestimer ; 3 déconsidérer,
décrier, dénigrer, détester, haïr.

& s’estimer v. pr. (sens 1, 1640, Corneille ;


sens 2, 1555, Ronsard). 1. Vx ou littér.
Avoir bonne opinion de soi-même : Qui
ne s’estime pas perd ses droits à l’estime
(Delille). ‖ 2. S’estimer avec un adjectif
attribut, se considérer comme, reconnaître
ou prétendre que l’on est : L’artiste s’esti-
mait chargé de grands devoirs et de hautes
responsabilités (Duhamel).

estivage [ɛstivaʒ] n. m. (de estiver 1 ;


1856, Lachâtre). Migration des troupeaux
qui, en été, montent des pâturages des val-
lées vers ceux de la montagne.

estival, e, aux [ɛstival, -o] adj. (lat.


impér. aestivalis, d’été, du lat. class. aesti-
vus, même sens, dér. de aestas, -atis, été ;
v. 1119, Ph. de Thaon, au sens 2 [à propos
d’un bas-de-chausses, d’un soulier léger
porté en été ; rare av. le XVIe s.] ; sens 1, av.
1575, R. Garnier). 1. Qui est relatif à l’été :
Des journées estivales. Il y en a [des fruits]
que l’on mange à l’ombre dans la saison
estivale (Gide). ‖ 2. Qui est propre à l’été :
Plantes, fleurs estivales. Toilette, mode esti-
vale. ‖ Station estivale, lieu de villégiature
et de vacances fréquenté pendant l’été.

• CONTR. : 1 et 2 hivernal.

& estivaux n. m. pl. (XXe s.). En termes de


pisciculture, truitelles d’un été utilisées
pour le repeuplement des cours d’eau.

estivant, e [ɛstivɑ̃, -ɑ̃t] n. (part. prés. du


provenç. moderne estivá, passer l’été, anc.
provenç. estivar, même sens, lat. aestivare
[v. ESTIVER 1] ; début du XXe s.). Personne
qui passe ses vacances d’été dans un lieu
donné (station balnéaire, thermale, etc.).

estivation [ɛstivasjɔ̃] n. f. (de estiver


estivation [ɛstivasjɔ̃] n. f. (de estiver
1 ; 1827, Acad., au sens 1 ; sens 2, 1856,
Lachâtre). 1. Syn. de PRÉFLORAISON.
‖ 2. Engourdissement de certains animaux
pendant les fortes chaleurs de l’été.

• CONTR. : 2 hibernation.

estive [ɛstiv] n. f. (déverbal de estiver 2 ;


1611, Cotgrave, aux sens de « fond de cale,
chargement d’un navire » ; sens 1, 1836,
Acad. [charger en estive, 1773, Bourdé
de Villehuet] ; sens 2, 1678, Guillet).
1. Compression opérée sur des mar-
chandises susceptibles d’une réduction
de volume (coton, laine, fourrage), pour
qu’elles tiennent moins de place à bord du
navire qui les transporte : Charger en estive.
‖ 2. Action de répartir le chargement de
façon égale sur les deux bords d’un bateau :
Mettre un navire en estive.

1. estiver [ɛstive] v. tr. (anc. provenç. esti-


var, passer l’été, lat. aestivare, même sens,
de aestivus [v. ESTIVAL] ; XVIe s., Littré).
Mettre les troupeaux, l’été, dans les pâtu-
rages de montagne.

& v. intr. (sens 1-2, XVIe s., Huguet). 1. En


parlant des troupeaux, passer l’été dans
les pâturages de montagne. ‖ 2. Faire un
séjour d’été dans un lieu de villégiature.
(Peu usité.)

2. estiver [ɛstive] v. tr. (ital. stivare,


même sens, lat. stipare, mettre dru, mettre
serré, entasser ; 1660, Oudin). Comprimer
les marchandises de grand volume pour
qu’elles tiennent le moins de place possible
dans les cales d’un navire.

1. estoc [ɛstɔk] n. m. (francique *stok,


bâton ; v. 1190, Garnier de Pont-Sainte-
Maxence, au sens 1 [couper un arbre à
blanc estoc, 1798, Acad. ; faire une coupe
à blanc estoc, 1741, Savary des Bruslons] ;
sens 2, v. 1283, Beaumanoir ; sens 3, 1690,
Furetière). 1. Souche d’arbre. ‖ Couper
un arbre à blanc estoc, le couper à ras de
terre. ‖ Faire une coupe à blanc estoc, ne
rien laisser sur pied. ‖ 2. Class. Origine
d’une famille, ascendance, extraction : Je
voudrais bien le marier [Ch. de Sévigné] à
une petite fille qui est un peu juive de son
estoc, mais les millions nous paraissent de
bonne maison (Sévigné). Non, celles-là, ce
sont celles des Arrachepel, qui n’étaient pas
de notre estoc, mais de qui nous avons hérité
la maison, et jamais ceux de notre lignage
n’ont rien voulu y changer (Proust). ‖ 3. Vx.
En droit, biens passant par succession en
ligne directe.
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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1710

2. estoc [ɛstɔk] n. m. (déverbal de l’anc.


franç. estochier, frapper de la pointe, enfon-
cer [v. 1170, Vie de saint Edmond], moyen
néerl. stoken, piquer ; 1446, Gay, au sens 1
[repris au provenç. estoc, lui-même empr.
à la loc. franç. férir d’estoc, v. 1265, J. de
Meung] ; sens 2, v. 1550, Ancien Théâtre
françois [frapper d’estoc et de taille, v. 1460,
G. Chastellain]). 1. Épée d’armes des XVe
et XVIe s., à lame forte et à pointe aiguë :
L’estoc brille encore plus qu’il ne frappe
(Heredia). ‖ 2. La pointe d’une épée : Coup
d’estoc. ‖ Frapper d’estoc et de taille, frap-
per avec la pointe et le tranchant de l’épée.

estocade [ɛstɔkad] n. f. (ital. stoccata,


coup de rapière, dér. de stocco, rapière,
empr. au franç. estoc, épée [v. ESTOC 2] ;
milieu du XVIe s., au sens 2 ; sens 1, 1608,
Ancien Théâtre françois [écrit estoquade ;
estocade, 1614, Hulsius] ; sens 3 [sous l’in-
fluence de l’esp. estocada, de même forma-
tion que l’ital. stoccata], 1840, Th. Gautier ;
sens 4, 1864, Littré). 1. Grande épée de ville,
en usage aux XVIe et XVIIe s., dont la lame
large se terminait par une pointe en ogive.
‖ 2. Coup d’estoc, donné avec la pointe de
l’épée : À chaque estocade nouvelle, | On en
voyait jaillir le sang et la cervelle (Banville).
‖ 3. Spécialem. Coup d’épée porté par le
matador pour la mise à mort du taureau.
‖ 4. Fig. Attaque rude et vive : Porter une
estocade. Subir les estocades de l’ennemi,
d’un contradicteur. ‖ Donner l’estocade à
un adversaire, le réduire à merci.

• SYN. : 2 botte.

estocader [ɛstɔkader] v. intr. (de esto-


cade ; v. 1580, Du Bartas, aux sens 1-2).
1. Class. (déjà vx au XVIIe s.). Frapper
de coups d’estocade, de coups d’épée :
Toujours à estocader et à ferrailler (Saint-
Simon). ‖ 2. En escrime, porter des esto-
cades, des coups de pointe.

estomac [ɛstɔma] n. m. (lat. stomachus,


oesophage, estomac, goût, humeur, gr. sto-
makhos, gorge, orifice de l’estomac, esto-
mac, proprem. « orifice, ouverture », dér.
de stoma, bouche ; fin du XIe s., Gloses de
Raschi, écrit estomaqe, au sens de « orifice
[de la panse] » ; sens 1, v. 1220, Studer et
Evans, écrit stomac [estomach, 1256, Ald.
de Sienne ; estomac, XIVe s.] ; sens 2, 1256,
Ald. de Sienne ; sens 3, fin du XVIe s., A.
d’Aubigné ; sens 4-5, v. 1460, G. Chastellain
[« sang-froid », 1868, G. Esnault]). 1. Partie
du tube digestif renflée en forme de poche,
située entre l’oesophage et le duodénum, et
où les aliments sont brassés et imprégnés
de suc gastrique avant de passer dans l’in-
testin. ‖ Avoir l’estomac vide, creux, être à
jeun, n’avoir pas mangé depuis longtemps
et avoir faim. ‖ Fam. Avoir l’estomac dans
les talons, être très affamé. ‖ Fam. Avoir
un estomac d’autruche, avoir une facilité
extrême à tout digérer, pouvoir manger
n’importe quoi. ‖ Rester, demeurer sur
l’estomac, en parlant d’un aliment, ne pas

être digéré ; au fig., en parlant d’un événe-


ment fâcheux, d’un propos désagréable, ne
pas être accepté, être un motif de rancune
ou d’amertume : Le départ de sa femme
lui est resté sur l’estomac. ‖ 2. Faculté de
digestion, appétit : Avoir bon, mauvais esto-
mac. ‖ 3. Partie extérieure du corps, entre
la poitrine et le nombril, correspondant à
l’estomac : Le creux de l’estomac. Envoyer
un coup de poing à l’estomac. ‖ 4. Class.
Poitrine : Lorsque j’oyais parler de lui, le
coeur me tressaillait en l’estomac (d’Urfé).
Leurs hauts-de-chausses tout tombants,
et leurs estomacs débraillés (Molière).
‖ 5. Class. Coeur ; courage (sens conservé
dans quelques expressions) : Je saute hors
du lit, l’estomac pantelant, | Vais prendre
mon fusil... (Saint-Amant). ‖ Auj. et fam.
Avoir de l’estomac, avoir de l’audace, faire
preuve de sang-froid, ne pas se laisser
déconcerter par les circonstances : Je n’ai
jamais eu l’audace ou, comme disent les
gens du peuple, « l’estomac » qu’il faut pour
soutenir un grand vice (Duhamel). ‖ Fam.
Manquer d’estomac, être peureux, manquer
d’audace : Dès notre première entrevue, il
m’était apparu que cette créature chétive [...]
manquerait d’estomac (Mauriac). ‖ Pop. Le
faire à l’estomac, tromper quelqu’un par
une assurance, une audace feintes, qui en
imposent.

estomaquer [ɛstɔmake] v. tr. (lat. stoma-


chari, s’irriter, dér. de stomachus, au sens de
« [mauvaise] humeur » [v. ESTOMAC] ; 1480,
Dict. général, au part. passé, écrit estoma-
quié, au sens de « suffoqué d’étonnement,
surpris désagréablement » ; sens actuel, fin
du XVIe s., Brantôme, au part. passé, écrit
estoma[c]qué [à l’infin., écrit estomaquer,
1907, Larousse]). Fam. Causer à quelqu’un
une vive surprise, en général désagréable,
au point de lui couper le souffle (surtout
au part. passé) : Cette réplique m’a estoma-
qué. Le curé, quand je lui dis cela, en resta
estomaqué (L. Daudet).

• SYN. : abasourdir, époustoufler (fam.),


méduser, pétrifier, sidérer, souffler (fam.),
suffoquer.

& s’estomaquer v. pr. (milieu du XVIe s.,


écrit s’estomacquer ; s’estomaquer, 1656,
Oudin). Class. et fam. Se tenir pour offensé
de quelque chose, se vexer profondément :
Il ne faut point, Monsieur, s’estomaquer si
fort : | On peut en un moment nous mettre
tous d’accord (Regnard).

estompage [ɛstɔ̃paʒ] n. m. (de estom-


per ; av. 1896, Goncourt). Action d’estom-
per, ou le fait de s’estomper : L’estompage
d’un dessin. L’estompage vaporeux du soir
(Goncourt).

estompe [ɛstɔ̃p] n. f. (néerl. stomp,


chicot, bout [de chandelle], mot employé
occasionnellement par des peintres néer-
landais qui peignaient en France ; fin du
XVIIe s., Mémoires de l’Acad. des sciences,
au sens 1 ; sens 2 [déverbal de estomper],

1835, Acad.). 1. Petit rouleau de peau ou


de papier, terminé en pointe mousse,
qu’on utilise pour étendre le crayon ou le
pastel sur un dessin : Dessin à l’estompe.
‖ 2. Dessin exécuté à l’estompe.

estompement [ɛstɔ̃pmɑ̃] n. m. (de


estomper ; début du XXe s.). Le fait de
s’estomper (au pr. et au fig.) : L’effacement
ou l’estompement de la pensée de la mort
(L. Daudet).

estomper [ɛstɔ̃pe] v. tr. (de estompe ;


1676, Félibien, au sens 1 ; sens 2, 1840,
V. Hugo ; sens 3, 1870, Larousse). 1. Ombrer
un dessin avec l’estompe. ‖ 2. Rendre
incertains les contours et les formes d’une
chose en la couvrant d’une ombre unie ou
légèrement dégradée : Les sommets loin-
tains des Pyrénées, à demi estompés par les
vapeurs légères d’une matinée d’automne
(Gautier). Un jour gris, avec cette fausse
brume qui s’accroche aux arbres sans
feuilles, estompait la silhouette de verre du
Grand Palais (Aragon). ‖ 3. Fig. Atténuer la
netteté de quelque chose, lui enlever de son
relief, de sa vigueur : Estomper les passages
trop crus d’un roman.
• SYN. : 2 ombrer, tamiser, voiler ; 3 adoucir.
& s’estomper v. pr. (sens 1, av. 1854, Nerval ;
sens 2, début du XXe s.). 1. S’effacer ou se
confondre avec ce qui entoure : Une cou-
leur qui s’est estompée. À l’horizon, les
montagnes s’estompaient, disparaissaient
(Montherlant). ‖ 2. Fig. Perdre de sa
netteté, devenir flou : Des souvenirs qui
s’estompent dans la mémoire.

• SYN. : 1 s’évanouir, se fondre ; 2 s’effacer,


se perdre.

estonien, enne [ɛstɔnjɛ̃, -ɛn] adj. et


n. (de Estonie, n. géogr. ; 1870, Larousse).
Relatif à l’Estonie ; habitant ou originaire
de ce pays.

& estonien n. m. (1870, Larousse). Langue


balto-finnoise parlée en Estonie.

estoquer [ɛstɔke] v. tr. (var. de l’anc.


franç. estochier, frapper de la pointe [v.
ESTOC 2] ; v. 1307, Guiart, au sens 1 ; sens
2, 1926, Montherlant). 1. Vx. Frapper d’es-
toc. ‖ 2. Porter l’estocade à un taureau :
Le taureau serait encore beaucoup plus
difficile à estoquer et plus dangereux s’il
n’avait le coup de tête réglé par les piques
(Montherlant).

estouffade n. f. V. ÉTOUFFÉE.

estourbir [ɛsturbir] v. tr. (dér. de l’adj.


argot stourbe, mort, var. de chtourbe
[formes attestées seulement en 1850 et 1856,
G. Esnault], patois alémanique gchtôrbe,
mort, haut allem. gestorben, part. passé de
sterben, mourir ; 1815, G. Esnault, au sens
de « assommer » ; au sens de « tuer », 1835,
Raspail). Pop. Assommer quelqu’un, le tuer
en lui assenant un coup vigoureux : Se faire
estourbir par quelque douanier (Benoit).
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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1711

1. estrade [ɛstrad] n. f. (ital. strada, route,


bas lat. strata, chemin pavé, grande route,
abrév. de la loc. du lat. class. via strata, che-
min pavé, où strata est le part. passé fém.
de sternere, étendre sur le sol, répandre,
paver [le lat. strata avait déjà donné l’anc.
franç. estree, route, grand chemin, 1080,
Chanson de Roland] ; av. 1453, Monstrelet,
au sens de « route, rue » ; battre l’estrade,
batteur d’estrade, fin du XVIe s., A. d’Aubi-
gné). Vx. Battre l’estrade, courir les routes,
la campagne, notamment pour connaître
la position et les mouvements de l’ennemi,
pour trouver ou surveiller quelqu’un, pour
marauder ou pour détrousser les voya-
geurs. ‖ Vx. Batteur d’estrade, autref., dans
l’armée, éclaireur d’une troupe ; coureur
d’aventures.

2. estrade [ɛstrad] n. f. (esp. estrado,


lat. stratum, couverture de lit, lit, housse,
pavage, plate-forme, proprem. « ce qui est
étendu », part. passé neutre substantivé de
sternere [v. l’art. précéd.] ; 1669, Widerhold).
Petit plancher surélevé, destiné à rece-
voir des chaises, une table, un meuble
quelconque, une tribune : Un boudoir à
stores de soie avec un tapis bien épais, des
jardinières remplies, un lit monté sur une
estrade (Flaubert). Au milieu de l’estrade,
une jeune fille est immobile devant le piano
(Duhamel). Dresser une estrade en plein air
pour les musiciens.

estradier [ɛstradje] n. m. (de estrade 2 ;


1877, A. Daudet, comme n. m. et comme
adj.). Dialect. Celui qui est toujours en vue,
comme sur une estrade ; personnage qui
fait l’important : Ces existences d’estra-
diers ont parfois des passes bien cruelles
(Daudet).

& adj. Dialect. Propre aux gens importants ;


suffisant : M. l’abbé Cerès n’a sans doute pas
le temps de lire, dit-il de son ton estradier
et autoritaire (Daudet).

estradiot n. m. V. STRADIOT.

estragon [ɛstragɔ̃] n. m. (altér. mal expli-


quée de l’anc. mot targon, estragon [av.
1553, Rabelais], lat. des botanistes tarchon,
tarcon, ar. tarkhoûn, empr. du gr. drakon-
tion, serpentaire, proprem. « petit dragon »,
dimin. de drakôn, -kontos, dragon ; 1564,
Liébault). Plante potagère aromatique,
appartenant au genre armoise, et utilisée
pour les assaisonnements culinaires : Un
poulet à l’estragon.

estramaçon [ɛstramasɔ̃] n. m. (ital. stra-


mazzone, coup d’épée, dér. de stramazzare,
renverser violemment, de stra, préf. à valeur
intensive [lat. extra, au-dehors, en outre],
et de mazza, masse, de même origine que
le franç. masse, arme de choc [v. ce mot] ;
milieu du XVIe s., au sens 2 [coup d’estrama-
çon, même sens, 1560, Gay] ; sens 1, début
du XVIIe s. [écrit estramasson ; estrama-
çon, 1680, Richelet]). 1. Longue épée à deux
tranchants en usage aux XVIe et XVIIe s.

‖ 2. Class. Coup porté avec le tranchant


d’une épée (par opposition à estocade,
coup porté avec la pointe) : Je ne voulais
pas le tuer ; je me contentai de lui donner
un estramaçon sur la tête (Scarron).

estramaçonner [ɛstramasɔne] v. tr. et


intr. (de estramaçon ; XVIIe s., Godefroy
[var. astramaçonner, XVIe s.]). Class.
Frapper avec l’estramaçon : Avez-vous des
ennemis secrets ? Parlez, j’estramaçonne
(Th. Corneille).

estran [ɛstrɑ̃] n. m. (anglo-saxon et bas


allem. strand, plage ; v. 1138, Vie de saint
Gilles, écrit estrande, au sens de « rivage,
grève » [de l’anglo-saxon] ; sens actuel
[du bas allem.], 1687, Jal, écrit estran [var.
estranc, 1682, Jal]). Zone sableuse ou
rocheuse du littoral que la mer découvre
à marée basse : L’estran atteint 15 à 20 km
dans la baie du Mont-Saint-Michel.

estrapade [ɛstrapad] n. f. (ital. strappata,


part. passé fém. substantivé de strappare,
tirer violemment, gotique *strappan, atteler
fermement ; fin du XVe s., au sens 1 ; sens 2,
v. 1570, Carloix ; sens 3-4, 1690, Furetière ;
sens 5, 1836, Acad.). 1. Supplice ou torture
consistant à hisser le condamné en haut
d’un mât et à le laisser tomber brusque-
ment, retenu par une corde, à quelque
distance du sol. ‖ 2. Par extens. Le mât,
la potence servant à ce supplice. ‖ 3. En
gymnastique, mouvement qui consiste à se
suspendre par les mains et à faire passer le
corps entre les bras écartés. ‖ 4. Par anal.
En équitation, saut de mouton que fait un
cheval rétif pour désarçonner son cavalier.
‖ 5. Outil servant à monter le grand ressort
d’un mouvement d’horlogerie.

estrapader [ɛstrapade] v. tr. (de estra-


pade ; 1680, Richelet). Vx. Infliger le
supplice de l’estrapade à quelqu’un : Ils
vous écartelaient, vous estrapadaient
(Huysmans).

estrapasser [ɛstrapase] v. tr. (ital. stra-


pazzare, maltraiter, de stra-, préf. à valeur
intensive [lat. extra, au-dehors, en outre, en
sus], et du lat. pati, souffrir ; 1611, Cotgrave,
au sens de « maltraiter, mener durement » ;
sens actuel, 1678, Guillet). Fatiguer un che-
val, le rendre fourbu par un exercice trop
long et trop violent.

estrasse n. f. V. STRASSE.
estrope [ɛstrɔp] n. f. (lat. stroppus,
struppus, courroie de l’aviron, gr. strophos,
courroie, cordon, de strephein, tourner ;
début du XIVe s., écrit étrope ; estrope, 1690,
Furetière [var. estrop, lien de fagot, 1382,
Dict. général]). Dans la marine, anneau
formé par un cordage dont les deux bouts
sont épissés l’un sur l’autre et qui sert à
divers usages : Laissant l’écoute rouler sur
l’estrope au gré du vent (Hugo).

estroper [ɛstrɔpe] v. tr. (de estrope ; 1683,


Le Cordier). Ceindre d’une estrope la caisse
d’une poulie ou tout autre objet.

estropiat [ɛstrɔpja] n. m. (ital. storpiato,


part. passé substantivé de storpiare [v.
ESTROPIER] ; 1546, Rabelais [« soldat estro-
pié réduit à mendier », v. 1570, Carloix]).
Vx. Homme estropié : Cul-de-jatte, estro-
piat, impotent (La Fontaine). ‖ Spécialem.
Soldat estropié réduit à mendier.

estropié, e [ɛstrɔpje] adj. et n. (part.


passé de estropier ; 1529, Parmentier,
comme adj. ; comme n., 1680, Richelet).
Qui a perdu l’usage d’un de ses membres
par suite d’une blessure ou d’une maladie
(se dit surtout en parlant des membres
inférieurs) : L’estropié allait lentement,
déplaçant ses supports l’un après l’autre
d’un effort pénible (Maupassant).

• SYN. : éclopé, impotent, infirme.

& adj. Se dit quelquefois d’un meuble dont


on a cassé un pied, un support : Vous y
verriez [...] des chaises estropiées (Balzac).
• SYN. : boiteux.

estropier [ɛstrɔpje] v. tr. (ital. storpiare,


stroppiare, estropier, lat. pop. *exturpiare,
de ex-, préf. à valeur intensive, et de l’adj.
du lat. class. turpis, laid, vilain, difforme ;
XVe s., au sens 1 ; sens 2, av. 1850, Balzac
[au part. passé] ; sens 3, milieu du XVIe s.,
Amyot). 1. Priver provisoirement ou défi-
nitivement quelqu’un de l’usage d’un de ses
membres : Espèce de brutal, vous m’avez
estropié ; et pronominalem. : Si personne
de la famille ne s’estropie, ils ne manque-
ront jamais de bras et ils risquent seulement
d’avoir trop de bouches (Renard). ‖ 2. Par
anal. Casser un des supports d’un objet,
d’un meuble. ‖ 3. Fig. Mutiler une chose,
la défigurer par une altération quelconque :
[Carmen] estropiait le basque, et je la crus
Navarraise (Mérimée). Estropier l’ortho-
graphe d’un nom propre.
• SYN. : 1 esquinter (fam.) ; 3 baragouiner
(fam.), dénaturer, écorcher, massacrer
(fam.).

estuaire [ɛstɥɛr] n. m. (lat. aestuarium,


endroit inondé par la mer à la marée mon-
tante, dér. de aestus, grande chaleur, agi-
tation de la mer ; XVe s. [rare av. le XIXe s.]).
Embouchure d’un fleuve assez large, où
se font sentir les marées : L’estuaire de la
Seine. Rouen est un port d’estuaire.

estudiantin, e [ɛstydjɑ̃tɛ̃, -in] adj. (dér.


savant de étudiant [v. ce mot], créé [peut-
être sous l’influence de l’esp. estudiantino,
d’étudiant, dér. de estudiante, étudiant,
de formation analogue au franç. étudiant]
pour servir d’adj. à ce nom ; fin du XIXe s.).
Qui est relatif aux étudiants, à leur vie, à
leurs aspirations : Une revue estudiantine.

esturgeon [ɛstyrʒɔ̃] n. m. (francique *stu-


rio, -one, esturgeon ; XIe s., Du Cange, écrit
sturgeon ; v. 1200, Tobler-Lommatzsch, écrit
esturjon ; esturgeon, v. 1398, le Ménagier
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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1712

de Paris [la prononciation de -s-, qui avait


cessé dès le XVe s., a été rétablie au XVIIIe s.
d’après la graphie du mot]). Poisson allongé,
à bouche ventrale, qui remonte le cours
des grands fleuves et dont les oeufs sont
consommés sous le nom de caviar.

et [e] conj. (lat. et, et, d’ailleurs, aussi, pour-


tant ; 842, Serments de Strasbourg, au sens
I, 1 [le mot était souvent écrit e au Moyen
Âge] ; sens I, 2, 1080, Chanson de Roland ;
sens I, 3, v. 980, Fragment de Valenciennes ;
sens II, 1, 1276, Adam de la Halle ;
sens II, 2, 1670, Molière ; sens II, 3, v. 1360,
Froissart ; sens II, 4, 1688, La Bruyère).

I. EMPLOIS ACTUELS. 1. Sert à coordon-


ner deux propositions ou à lier deux mots
pour exprimer une adjonction : Tu achè-
teras une livre de beurre et un litre de vin ;
une succession : Nous prendrons l’apéritif
et nous déjeunerons ; parfois une oppo-
sition : Je travaille beaucoup et je gagne
peu ; une conséquence : Je travaille beau-
coup et je suis fatigué ; une précision sup-
plémentaire qui marque une insistance :
Il m’a offert un livre, et un livre rare.
‖ 2. Littér. Répété devant chaque terme
d’une énumération, il établit une liaison
entre les termes et les met en valeur : Et
la terre, et le fleuve, et la flotte, et le port
(Corneille). Et Thomas, appelé Didyme,
était présent. | Et le Seigneur, dont Jean
et Pierre suivaient l’ombre, | Dit aux juifs
(Hugo). ‖ 3. En tête de phrase ou de pro-
position, fait ressortir une opposition :
Et moi, je vous soutiens que mes vers sont
fort bons (Molière) ; ou un sentiment
d’indignation et d’étonnement : Et vous
osez me proposer cela ! ; souligne un évé-
nement inattendu : Et voilà que la fenêtre
s’ouvre ; ou marque un enchaînement, la
continuité dans un récit : Les oiseaux se
parlaient dans les nids [...] | Et pendant
qu’à longs plis l’ombre levait son voile, |
J’entendis une voix qui venait de l’étoile
(Hugo). ‖ Fam. Et d’un, ... et de deux,
se disent lorsqu’on énumère différentes
choses sur chacune desquelles on veut
appuyer.

II. EMPLOIS ANCIENS. 1. Class. Ainsi que,


aussi bien que : Il m’a priée par pitié de
retourner ce soir [...] le prendre pour le
mener à Vincennes, et Mme d’Elbeuf (Sévi-
gné). ‖ 2. Class. En effet, car : J’ai amené
des gens pour vous habiller en cadence, et
ces sortes d’habits se mettent avec céré-
monie (Molière). ‖ 3. Class. Et suivi d’un
conditionnel passé, quand bien même :
Vous le devez haïr, et fût-il votre père
(Corneille). ‖ 4. Vx et littér. Permettait
d’éviter la répétition d’un mot qui servait
d’antécédent à une relative : Depuis plus
de sept mille ans qu’il y a des hommes et
qui pensent (La Bruyère) [au lieu de : « des
hommes, et des hommes qui pensent »].

• REM. 1. Dans la prononciation, le t ne


se lie jamais avec le mot suivant, même
en vers.

2. Les mots ou expressions unis par et


sont en principe de même nature ; on dit :
J’aime le dessin et la peinture ou J’aime
dessiner et peindre, mais on ne dira pas :
*J’aime dessiner et la peinture. L’usage
moderne diffère ici de l’usage du XVIIe s.,
qui pouvait dire : Il veut avec leur soeur
ensevelir leur nom | Et que, jusqu’au tom-
beau soumise à sa tutelle, | Jamais les feux
d’hymen ne s’allument pour elle (Racine).
Dans certains cas cependant, des termes
coordonnés par et, ayant même fonction,
comportent des éléments de nature dif-
férente : Un livre amusant et sans illus-
tration. Une histoire vraie et qui n’ennuie
pas.

3. Lorsque deux propositions coordon-


nées sont de constructions différentes, ou
lorsqu’on veut nettement les distinguer,
on fait précéder et d’une virgule : C’est
votre professeur, et vous devez le respec-
ter ; mais on écrit : J’ai vu votre professeur
et je lui ai parlé.

4. Lorsque deux propositions compa-


ratives sont mises en corrélation par les
adverbes plus, moins, mieux, la seconde
est facultativement reliée à la première
par « et » : Plus je le vois et plus je l’appré-
cie (Acad.). Plus tu veux, moins tu peux
(Rolland).

5. Dans les noms de nombres compo-


sés, on n’emploie et qu’entre un nombre
de dizaines et une unité : vingt et un,
trente et unième ; mais on dit vingt-deux,
trente-troisième ; on dit soixante et onze,
soixante et onzième, mais quatre-vingt-
un, quatre-vingt-unième, quatre-vingt-
onze, quatre-vingt-onzième ; on dit nor-
malement cent un, mille un, la loc. mille
et un ne s’employant que pour le titre
des contes arabes les Mille et Une Nuits,
et pour désigner, d’une façon générale et
indéterminée, une grande quantité : Il a
mille et un tours dans son sac.

6. Dans le langage familier, l’addition par


et de deux mots identiques de forme sert
à indiquer une différenciation de valeur :
Il y a mensonge et mensonge.

& n. m. (v. 1965). En informatique, et selon


la théorie de Boole, opération binaire don-
nant la valeur « vrai » si, et seulement si,
les deux opérandes ont la valeur « vrai ».

êta [ɛta] n. m. (mot gr. ; XVIe s.). Septième


lettre de l’alphabet grec (η).

• REM. Dans l’alphabet attique primitif,


l’êta servait à noter l’aspiration ; dans
l’alphabet ionien, il notait l’e long, par
opposition à l’e bref, dit « epsilon ».

établage [etablaʒ] n. m. (de établer ; 1452,


Godefroy). Prix payé pour le séjour d’un
animal dans une étable. (Rare.)

étable [etabl] n. f. (lat. pop. *stabula, plur.,


pris pour un fém. sing., du n. neutre du lat.
class. stabulum, gîte, étable, écurie, dér. de
stare, se tenir debout, séjourner ; v. 1155,
Wace, écrit estable [étable, 1636, Monet],
au sens de « écurie » ; sens actuel, v. 1190,
Sermons de saint Bernard, écrit estavle
[estable, début du XIVe s. ; étable, 1636,
Monet]). Lieu couvert, bâtiment où l’on
abrite les bestiaux, notamment les bovidés :
Ramener le bétail à l’étable.

établer [etable] v. tr. (lat. stabulare,


garder dans une étable, de stabulum [v.
ÉTABLE] ; 1080, Chanson de Roland, écrit
establer ; établer, XVIIe s.). Mettre, loger
dans une étable : Établer des vaches.

établi [etabli] n. m. (part. passé substan-


tivé de établir ; 1390, Gay, au sens 1 ; sens
2, 1690, Furetière [du XIIIe au XVIe s., on
a aussi employé la forme fém. establie, au
sens 1]). 1. Grosse table de travail, longue
et étroite, sur laquelle les menuisiers, ébé-
nistes et autres ouvriers posent les pièces
qu’ils façonnent : Le bon maître huchier,
pour finir un dressoir, | Courbé sur l’établi
depuis l’aurore ahane (Heredia). ‖ 2. Table
haute et large sur laquelle les tailleurs tra-
vaillent, les jambes croisées.

établir [etablir] v. tr. (lat. stabilire, affer-


mir, faire se tenir solidement, soutenir,
appuyer, étayer [au pr. et au fig.], de sta-
bilis, ferme, solide, durable, dér. de stare,
se tenir debout, se tenir fermement ; 1080,
Chanson de Roland, écrit establir [établir,
1636, Monet], au sens 1 ; sens 2, 4-5, fin
du XIIe s. ; sens 3, 1538, R. Estienne [art.
capio] ; sens 6, v. 1155, Wace ; sens 7, 1842,
Mozin ; sens 8, 1656, Pascal ; sens 9, 1680,
Richelet ; sens 10, 1690, Furetière ; sens 11,
v. 1175, Chr. de Troyes). [Conj. : v. finir.]
1. Mettre une chose en place, l’installer
dans un endroit déterminé : Établir une
liaison téléphonique, un barrage. ‖ Établir
une voile, la disposer convenablement pour
qu’elle entraîne le navire. ‖ 2. Par extens.
Fonder, créer : Établir une école, une usine.
‖ 3. Fixer sa résidence dans un lieu : Établir
son domicile à Genève. ‖ 4. Fig. et class.
Rendre stable et durable, consolider : J’ai
déjà établi mes petites affaires (Molière).
Rome fit un dernier effort pour l’éteindre
[le christianisme] et acheva de l’établir
(Bossuet). ‖ 5. Fig. et class. Installer à
demeure : L’honneur, qui était destiné pour
la servir [la vertu], sait de quelle sorte elle
s’habille, et il lui dérobe quelques-uns de
ses ornements pour en parer le vice qu’il
veut établir dans le monde (Bossuet).
‖ 6. Fig. Mettre en vigueur, instituer,
instaurer d’une manière durable : Établir
des relations diplomatiques avec un pays.
Établir des impôts nouveaux. ‖ Les pouvoirs
établis, le gouvernement établi, le gouver-
nement au pouvoir : Vous développerez
les idées de concorde, de pacification des
esprits, de soumission si nécessaires aux
pouvoirs établis (France). ‖ Les usages éta-
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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1713

blis, les coutumes, les habitudes admises.


‖ 7. Déterminer par le calcul : Établir
un devis, une facture. ‖ 8. Prouver, jus-
tifier d’une manière incontestable : Les
commentateurs clairvoyants établissent
le lien littéraire qui nous unit au XVIe
siècle (Baudelaire). Établir un fait. Établir
l’innocence d’un prévenu. ‖ 9. Pourvoir
quelqu’un d’une situation, d’un emploi
qui lui permet de vivre (vieilli) : Ce père
se donnait bien du mal pour établir ses fils.
‖ 10. Class. et littér. Marier une fille : Votre
soeur, qu’il faut maintenant songer à établir
(Racine). Sa fille qui avait une trentaine
d’années et n’était point encore établie
(Sand). ‖ 11. Class. Affecter quelqu’un à
un poste : Je vous établis dans la charge de
laver les verres (Molière).

• SYN. : 1 fixer ; 2 bâtir, construire, édifier,


ériger ; 3 installer ; 6 créer, fonder ; organi-
ser, régler ; 7 calculer, dresser ; 8 confirmer,
démontrer, déterminer, montrer, motiver ;
9 caser (fam.), installer, placer.

& s’établir v. pr. (sens 1 et 5, av. 1696,


La Bruyère ; sens 2, 1627, Richelieu ;
sens 3, 1647, Vaugelas ; sens 4, 1655, La
Rochefoucauld ; sens 6, 1662, Corneille ;
sens 7, 1870, Larousse). 1. S’installer
pour une période plus ou moins longue,
prendre pied : S’établir en embuscade.
Ils s’établirent dans le fournil (Flaubert).
‖ 2. Fixer sa résidence ou son entreprise
dans un endroit déterminé : Il s’est établi en
Bretagne et on ne le voit plus guère. ‖ 3. Par
anal. S’instaurer, apparaître et persister : À
mesure que le prince s’avançait, s’établis-
sait dans ces salons si bruyants et si gais un
silence de stupeur (Stendhal). ‖ 4. Se fixer
en un lieu pour y exercer telle profession :
Agib s’est établi boucher près de son père
(Gide). ‖ S’établir à son compte, travail-
ler pour soi ; être autonome. ‖ 5. Vx. Se
considérer comme : Il ne se plaisait qu’à se
battre, et surtout qu’à exciter des querelles
dont il s’établissait le juge (Chateaubriand).
‖ 6. Fonder un foyer, se marier : Voilà que
tu es dans tes vingt et un ans et que tu peux
songer à t’établir (Sand). ‖ 7. Spécialem. La
marée s’établit, se dit quand le niveau de
la mer ne change plus.

• SYN. : 1 s’ancrer, s’implanter, s’incruster ;


2 demeurer, se fixer, habiter, loger, résider ;
3 s’élever, se former, naître ; 4 s’installer.

établissement [etablismɑ̃] n. m. (de


établir ; v. 1155, Wace, au sens de « règle,
loi établie » ; sens 1, 1690, Furetière ;
sens 2, 1679, Bossuet [pour une colonie,
1718, Acad.] ; sens 3, 1671, Pomey ; sens
4, fin du XIIe s. ; sens 5, XXe s. ; sens 6, av.
1678, La Rochefoucauld ; sens 7, 1835,
Acad. ; sens 8-9, 1685, Dangeau ; sens 10,
début du XVIIe s., Malherbe [« mariage »,
1635, Corneille]). 1. Action d’établir, de
construire : L’établissement d’une usine
dans une agglomération. L’établissement
d’un barrage, d’une route. ‖ 2. Action
de s’installer, de prendre pied dans une

région pour y travailler : Au XIXe siècle a


commencé l’établissement des Français
en Afrique noire. ‖ 3. Class. Installation
définitive dans un lieu ; lieu de résidence :
C’est dommage que son établissement soit
au fond de la basse Bretagne (Sévigné).
‖ 4. Fig. Action d’installer, de mettre en
vigueur, en application : L’établissement
de nouvelles institutions. ‖ 5. Action de
déterminer par le calcul : L’établissement
d’un devis. ‖ 6. Action de prouver, de
justifier par une démonstration convain-
cante : L’établissement de la vérité, d’une
preuve. ‖ 7. Unité technique de production,
constituée par la réunion de personnes et
de moyens matériels dans un lieu donné :
Un établissement ne dispose ni d’une per-
sonnalité juridique ni d’une autonomie
financière. ‖ Comité d’établissement, orga-
nisme réunissant le chef d’un établissement
et les représentants élus du personnel dans
chacun des établissements que comporte
une même entreprise. ‖ Nom sous lequel
on désigne une entreprise, une usine d’une
certaine importance (toujours au plur.) : Les
Établissements du Creusot. ‖ 8. Par extens.
Maison où l’on donne un enseignement
primaire, secondaire ou technique : Un
établissement scolaire. ‖ 9. Établissement
public, maison ouverte au public où l’on
consomme nourriture ou boisson, où l’on
se divertit (cafés, restaurants, dancings,
etc.) ; en termes de droit, service public
national, départemental ou communal,
doté d’une personnalité, d’un patrimoine et
d’un budget propres. ‖ 10. Class. Situation
sociale, charge, emploi : D’excellents
maîtres pour élever mes enfants dans les
sciences ou dans les arts, qui feront un jour
leur établissement (La Bruyère). ‖ Class.
et littér. Mariage : Ma fille désormais ne
peut plus espérer d’établissement (Lesage).
Ceux qui t’aiment véritablement, ma chère
enfant, se réunissent pour te procurer un
établissement convenable (Barrès).

• SYN. : 1 construction, érection, fondation ;


2 implantation, installation ; 4 instauration,
institution ; 6 confirmation, démonstration,
exposé, justification ; 7 maison. — CONTR. :
1 démolition, destruction, renversement,
ruine ; 2 départ, expulsion, fuite ; 3 aboli-
tion, abrogation.

étage [etaʒ] n. m. (lat. pop. *staticum,


qui a remplacé le lat. class. statio, position
permanente, station, lieu de résidence, dér.
de statum, supin de stare, se tenir debout,
séjourner ; 1080, Chanson de Roland, écrit
estage, au sens de « demeure, résidence,
bâtiment qu’on habite » ; sens 1, v. 1170,
Livre des Rois, écrit estage [étage, 1636,
Monet] ; sens 2, 1680, Richelet [« rayon
d’une bibliothèque, degré d’un dressoir »,
1418, Gay] ; sens 3, 1628, Brunot ; sens 4,
1580, Montaigne ; sens 5, v. 1190, Garnier
de Pont-Sainte-Maxence [de bas étage,
1771, Trévoux]). 1. Dans une construc-
tion, espace compris entre deux planchers

et dans lequel sont disposées différentes


pièces de plain-pied formant un ou plu-
sieurs appartements : Un immeuble de
dix étages. L’ascenseur s’arrête à tous les
étages. Le bâtiment n’avait pas d’étage
(Sainte-Beuve). ‖ 2. Par anal. Chacun des
intervalles, chacune des divisions dans un
ensemble formé de parties superposées :
De colline en colline et d’étage en étage |
Les monts [...] descendent jusqu’au lit des
mers (Lamartine). Le premier étage d’une
fusée. ‖ En géologie, ensemble de terrains
de même âge, formant la subdivision d’une
période. ‖ Fam. Menton à double, à triple
étage, menton très gras, marqué de plis
qui le divisent en deux ou trois parties.
‖ 3. Fig. Niveau : La personnalité intervient
non plus à l’étage purement psychique où se
forme et se dispose l’idée, mais dans l’acte
même (Valéry). ‖ 4. Class. Degré dans une
hiérarchie préétablie : C’est un haut étage
de vertu que cette pleine insensibilité où ils
veulent faire monter notre âme (Molière).
‖ 5. Class. Rang social : Il tutoie, en par-
lant, ceux de plus haut étage (Molière).
‖ Auj., ce sens a seulement subsisté dans la
loc. de bas étage, de condition subalterne :
Il raisonnait trop pour un homme de si bas
étage (Stendhal) ; par extens., de mauvais
goût : Une plaisanterie de bas étage.

• SYN. : 2 couche, degré, palier ; 3 échelon,


stade.

étagé, e [etaʒe] adj. (part. passé de éta-


ger ; 1784, Bernardin de Saint-Pierre). Qui
est disposé, établi selon des plans super-
posés ou sur différents paliers : À Lucerne,
les montagnes différemment groupées, éta-
gées, profilées, coloriées se terminent en se
retirant les unes derrière les autres et en
s’enfonçant dans la perspective, aux neiges
voisines du Saint-Gothard (Chateaubriand).
Du lac, la ville étagée masquait la rive la
plus proche ; et l’autre bord, à contre-jour,
n’était qu’une falaise d’ombre derrière un
voile de pluie (Martin du Gard).

étagement [etaʒmɑ̃] n. m. (de étager ;


1864, Littré, au sens 2 ; sens 1, XXe s.).
1. Action de disposer par étages, par rangs
superposés : L’étagement des cultures sur un
coteau. ‖ 2. Par extens. Disposition étagée :
Un étagement de planches garnies de sacs
de terre (Goncourt).

étager [etaʒe] v. tr. (de étage [v. ce mot] ; v.


1160, Benoît de Sainte-Maure, écrit estagier,
au sens de « établir » ; XVIe s., La Curne, écrit
estager, au sens de « placer à une certaine
hauteur » ; fin du XVIIe s. [d’après 1752,
Trévoux], écrit étager, au sens de « tailler
[les cheveux] par étages » ; sens actuel, 1796,
Encycl. méthodique). [Conj. 1 b.] Disposer
par rangs superposés : Étager des livres. La
ville est étagée sur un charmant désordre
de vallées et de collines (Hugo). Un cèdre
gigantesque étage ses verdures crêtées aux
ombres flottantes et noires (Daudet).

• SYN. : échelonner, superposer.


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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1714

& s’étager v. pr. (1857, Fromentin). Être dis-


posé en rangs ou en masses superposés : De
gros fruits dans des corbeilles à jour s’éta-
geaient sur la mousse (Flaubert). Au pied
d’une tour ébréchée et noire s’étageaient les
toits de la ferme (Daudet).

étagère [etaʒɛr] n. f. (de étage [v. ce


mot] ; 1502, Médicis, écrit estagière, puis
1800, Boiste, écrit étagère, au sens 2 [le mot
est d’abord apparu en occitan — Médicis
était du Puy —, puis le franç. l’a adopté au
XIXe s.] ; sens 1, 1836, Acad.). 1. Meuble
formé de montants supportant des tablettes
ou des planches disposées par étages et sur
lesquelles on place des livres, des bibelots,
etc. ‖ Objets d’étagère, objets de curiosité :
Vous verrez la Maison carrée de Nîmes —
un petit bijou d’étagère (Daudet). ‖ 2. Par
extens. Tablette dans un meuble, ou simple-
ment fixée au mur et destinée à supporter
des livres et des bibelots : Faute de biblio-
thèque, il rangeait ses livres sur des étagères.

1. étai [etɛ] n. m. (francique *staka, sou-


tien, étai ; v. 1193, Hélinant, écrit estai [étai,
XVIIIe s.], au sens 1 [la var. fém. estaie, étaie
— 1304, Godefroy — a été la plus usuelle
jusqu’au XVIIIe s.] ; sens 2, 1791, G. de
Mirabeau). 1. Grosse pièce de bois servant
à soutenir provisoirement une construc-
tion, un plancher, un mur. ‖ Par anal. Tout
élément de soutien, en bois ou en métal,
disposé dans une mine, verticalement ou
horizontalement, ou destiné à soutenir les
terres d’une fouille. ‖ 2. Fig. Ce qui sou-
tient : Les étais de la société. J’estime au
contraire que tout doit être remis en ques-
tion et que, sur ces étais pourris, l’on ne
saurait édifier rien de solide (Gide).

2. étai [etɛ] n. m. (anglo-saxon staeg, cor-


dage de navire ; v. 1138, Vie de saint Gilles,
écrit estai [étai, 1690, Furetière ; voile d’étai,
1870, Larousse]). Dans la marine, câble
métallique pour soutenir un mât. ‖ Voile
d’étai, voile aurique hissée sur un étai ou
sur une draille placée parallèlement à un
étai et au-dessous.

étaiement n. m. V. ÉTAYAGE.

étaim [etɛ̃] n. m. (lat. stamen, ourdis-sure,


fil d’une quenouille, toute espèce de fil ;
1244, Fagniez, écrit estain ; estaim, milieu
du XVIe s., Amyot ; étaim, 1732, Trévoux).
Partie la plus fine de la laine cardée.

étain [etɛ̃] n. m. (lat. stagnum, var. de


stannum, plomb d’oeuvre, plomb argen-
tifère, et, à basse époque, « étain », mot
d’origine gauloise ; 1213, Fet des Romains,
écrit estaim [estain, XIIIe s., Chronique de
Rains ; étain, 1596, Hulsius], au sens 1 ; sens
2, 1870, Larousse ; sens 3, XVIe s.). 1. Métal
usuel, blanc d’argent, relativement léger et
assez malléable : Mine d’étain. Métallurgie
de l’étain. ‖ 2. Objet d’art en étain :
Collectionner de vieux étains. ‖ 3. Par
extens. Vaisselle faite avec ce métal.

étal [etal] n. m. (francique *stal, position,


demeure ; 1080, Chanson de Roland, écrit
estal, aux sens de « position, point d’arrêt » ;
sens 1, v. 1190, Godefroy, écrit estal [étal,
fin du XVIe s.] ; sens 2, 1596, Hulsius ; sens
3, v. 1398, le Ménagier de Paris). 1. Table
ou planche placée sur des tréteaux et
servant, dans les marchés, à exposer les
marchandises à vendre : Entre les étaux
assignés à chaque marchand (Herriot).
‖ 2. Spécialem. Table sur laquelle les bou-
chers débitent la viande : Les bouchers y
viennent avec leurs étaux garnis de viandes
saignantes (Fromentin). ‖ 3. Par extens.
Boutique de boucher. (Peu usité.)

• REM. La forme normale du pluriel est


étaux, mais on trouve souvent la forme
étals : Des ménagères palpaient l’orange et
le citron sur les étals du marché en plein
vent (Henriot).

étalage [etalaʒ] n. m. (de étaler ; début


du XIIIe s., écrit estalage [étalage, XIVe s.], au
sens de « droit perçu sur la marchandise éta-
lée » ; sens 1, 1247, Runkewitz ; sens 2, début
du XIVe s. ; sens 3, 1678, La Fontaine ; sens
4, 1653, Corneille ; sens 5, XXe s.). 1. Lieu
où l’on expose des produits à vendre : Elle
traînait sa jeune misère devant les étalages
des brocanteurs (France). ‖ 2. Ensemble de
marchandises exposées pour la vente : Les
promenades les plus fréquentes de toutes à
Paris étant d’ordinaire celles qui ne sont
fleuries que d’étalages (Nerval). Nous chan-
tions, nous bousculions en passant les petits
marchands des rues, qui relevaient bien
vite leurs étalages, leurs éventaires comme
les jours de grand vent (Daudet). ‖ 3. Par
extens. Ensemble de choses éparses en un
même lieu et qui attirent le regard : Un éta-
lage de papiers sur un bureau. L’auberge [...],
perchée sur sa terrasse qu’ornent à chaque
coin des tonnelles en treillage et tout un éta-
lage de jeux en plein vent (Daudet). ‖ 4. Fig.
Action de montrer ou de faire valoir ce que
l’on a, avec ostentation et vanité : Pendant
que je fais ainsi étalage de mes minces
connaissances dans la langue romani, je
dois noter quelques mots d’argot français
(Mérimée). Une force le poussait à faire
davantage encore, à surprendre l’abbé par
la profondeur de sa foi, par l’étalage d’une
générosité inattendue (Martin du Gard).
On a prétendu que le romantisme était
l’étalage du moi. ‖ 5. Première opération
de filature du lin peigné visant à le trans-
former en ruban continu.

• SYN. : 1 devanture, montre (vx), vitrine ; 2


éventaire ; 4 déballage, déploiement, exhi-
bition, ostentation, parade.

& étalages n. m. pl. (1757, Encyclopédie).


Parois intérieures de la partie d’un haut
fourneau située au-dessus du creuset.

étalager [etalaʒe] v. tr. (de étalage ; 1870,


Larousse). [Conj. 1 b.] Disposer en étalage :
Ils montrent, étalagées, toutes les combinai-
sons du fil, de la soie, de la laine, du coton
(Goncourt).

étalagiste [etalaʒist] n. (de étalage ;


1801, Bulletin des lois, au sens 1 ; sens 2,
1883, Renan [commis étalagiste, 1846,
Baudelaire] ; sens 3, 1846, Baudelaire ;
sens 4, XXe s.). 1. Personne qui étale ses
marchandises sur la voie publique pour
les vendre : Au milieu des romances et des
légendes versifiées des étalagistes en plein
vent (Gautier) ; et adjectiv. : Un fruitier éta-
lagiste. ‖ 2. Vx. Commis d’une maison de
commerce chargé de disposer des mar-
chandises à vendre en étalages : Un panier
de petites provisions qu’elle distribue aux
étalagistes (Renan). ‖ 3. Décorateur chargé
de mettre en valeur les marchandises expo-
sées dans un étalage, ou disposées dans
une vitrine. ‖ 4. Par extens. Vendeur qui
travaille à l’étalage en s’efforçant d’attirer
la clientèle vers son éventaire.

étale [etal] adj. (de étaler ; début du XIIIe s.,


écrit estale, au sens de « [bière] reposée,
qu’on a laissée longtemps en repos » ; écrit
étale, au sens 1, fin du XVIIe s. ; sens 2, 1864,
Littré ; sens 3, début du XXe s.). 1. Se dit
de la mer dont le niveau ne monte plus et
ne descend pas encore. ‖ Par anal. Se dit
d’un cours d’eau, d’un flot dont le niveau,
après avoir monté pendant une crue,
demeure stationnaire. ‖ 2. Qui ne bouge
plus, calme, immobile. ‖ Spécialem. Navire
étale, navire qui est complètement arrêté.
‖ 3. Fig. Qui ne varie pas, ne présente pas
d’agitation, calme : Le silence, un instant
effleuré, redevint étale ; et Jacques, avec
un sentiment de délices, put s’abîmer de
nouveau dans la contemplation du mort
(Martin du Gard). Ce bruit des vagues était
encore plus paresseux, plus étale qu’à l’ordi-
naire (Camus).

& n. m. (1870, Larousse). Moment où la


mer, entre la marée montante et la marée
descendante, ne change pas de niveau.
étalement [etalmɑ̃] n. m. (de étaler ; 1609,
J.-P. Camus, au sens de « fait d’être exposé
à la vue [par ex. pour la poitrine d’une
femme] » ; 1611, Cotgrave, au sens de « fait
d’être exposé à l’étal » ; sens 1, 1864, Littré ;
sens 2, milieu du XXe s.). 1. Action d’étaler,
de déployer largement : L’étalement d’une
immense carte d’état-major. ‖ 2. Action
de répartir dans le temps. ‖ Spécialem.
Étalement des horaires, aménagement des
horaires de travail en tenant compte des
conditions de transport, de la consomma-
tion en gaz et électricité, etc. ‖ Étalement
des vacances, répartition rationnelle des
congés et des vacances scolaires de façon à
ne pas perturber le service d’une entreprise
ou l’économie d’un pays.

• SYN. : 1 déploiement ; 2 échelonnement.

1. étaler [etale] v. tr. (de étal [v. ce mot] ;


fin du XIIe s., Aliscans, écrit estaler, au sens
de « s’arrêter » ; sens 1, XVe s., écrit estaler
[étaler, XVIe s.] ; sens 2, 1798, Acad. ; sens 3,
1829, Boiste ; sens 4, av. 1559, J. Du Bellay ;
sens 5, av. 1778, Voltaire ; sens 6 et 8, 1640,
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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1715

Corneille ; sens 7, av. 1613, M. Régnier ; sens


9, 1669, Bossuet ; sens 10, XXe s.). 1. Disposer
des marchandises à vendre sur un étal, les
exposer au public sur un rayon, dans une
vitrine : Étaler des livres, des fruits. ‖ Class.
Pouvait s’employer absol. : L’endroit du
Pirée où les marchands étalent (La Bruyère).
‖ 2. Par anal. Placer des objets en les épar-
pillant sur une surface : C’eût été [...] un
beau spectacle [...] que de nous voir étalant
doctoralement sur la table de ce gîte notre
bistouri, nos pinces (Flaubert). ‖ 3. Étendre
sur une surface plane : Une clarté pâle qui
étalait sur les ondes comme des disques de
lumière (Flaubert). Étaler de la peinture
sur un mur. Étaler du beurre, de la confi-
ture sur du pain. ‖ 4. Déployer, ouvrir
largement : Étaler un journal. Une carte
de France était étalée au milieu de la table
(Hugo). ‖ Spécialem. Étaler son jeu, mon-
trer les cartes que l’on a dans son jeu en les
posant sur la table. ‖ 5. Par extens. Exposer
aux regards sur une large surface ; couvrir
une étendue avec : Bouquets de jonquilles,
juliennes [...] étalaient leurs couleurs sur
l’autel (Flaubert). ‖ 6. Class. Montrer avec
solennité, exposer complètement à la vue :
Le Prince à ses sujets étalait sa puissance
(La Fontaine). La perte de sa vie | Étalera
sa gloire et son ignominie (Corneille).
‖ 7. Class. Raconter avec éclat, présenter
avec des commentaires élogieux : Pour bien
étaler cet effort [...] ma langue est impuis-
sante (Molière). ‖ 8. Péjor. Montrer avec
ostentation, avec vanité ; faire parade de : Il
te faut [...], | Ou, saltimbanque à jeun, étaler
tes appas | Et ton rire trempé de pleurs qu’on
ne voit pas, | Pour faire épanouir la rate
du vulgaire (Baudelaire). Dans la crainte
d’étaler aux yeux de Brichot un luxe qui me
semblait déplacé (Proust) ; et au fig. : Il n’est
rien de plus détestable que ce libertinage
d’esprit que la jeunesse étale aujourd’hui
(France). ‖ 9. Fig. Montrer pour rendre évi-
dent, pour démasquer : Étaler un scandale.
‖ 10. Étendre, répartir sur une certaine
période : Étaler la construction d’une cité.
Étaler des paiements sur plusieurs années.
Étaler les vacances du personnel.

• SYN. : 2 disséminer, éparpiller, semer ; 3


appliquer, badigeonner, barbouiller, cou-
cher, couvrir, enduire, plaquer, tartiner ;
4 déplier, dérouler, développer, étendre ; 5
montrer, offrir, présenter ; 8 afficher, arbo-
rer, exhiber ; 9 démasquer, dévoiler, révéler ;
10 échelonner. — CONTR. : 2 amasser, grou-
per, ramasser, ranger, rassembler, serrer ; 4
plier, replier, rouler ; 8 cacher, dissimuler,
masquer, voiler ; 10 concentrer, grouper.
& s’étaler v. pr. (1652, Scarron, au sens
de « se donner avec ostentation en spec-
tacle » ; sens 1, 1856, V. Hugo ; sens 2-3,
1829, Boiste). 1. En parlant d’une chose, être
étendu sur une surface : Les plantes aqua-
tiques s’étalaient sur les mares (Gautier).
Contre la muraille du temple s’étalait une
vigne dont les sarments étaient de verre et
les grappes d’émeraude (Flaubert). Sur les

volets pourpres d’un boucher israélite s’éta-


lait, en caractères hébraïques, une enseigne
dorée (Martin du Gard). ‖ 2. S’allonger
avec nonchalance : Nous étalant dans la
nature dans un ébattement plein de délire
et de joies (Flaubert). ‖ 3. Fam. Tomber de
son long sur le sol : Au premier pas, il s’étala
sur le dos ; la seconde fois, en avant, sur les
mains et sur les genoux (Daudet). Comme il
s’entêtait, ses pieds s’accrochèrent, il s’étala,
le nez au beau milieu des torchons (Zola).
• SYN. : 2 s’étendre, se vautrer ; 3 s’abattre,
s’affaisser, choir, s’écrouler.

2. étaler [etale] v. tr. (de étale ; 1678,


Guillet [la marée ; le vent, 1845, Bescherelle ;
une voie d’eau, 1er déc. 1867, Revue des Deux
Mondes]). Étaler le vent, la marée, réussir
à résister au vent, à la marée : L’alarme
régnait, notre vaisseau était le premier bâti-
ment d’un grand port qui eût osé mouiller
dans la rade dangereuse où nous étalions
la marée (Chateaubriand). ‖ Étaler une
voie d’eau, empêcher que l’eau ne monte
davantage dans le navire.

& s’étaler v. pr. (XXe s.). Devenir étale : Un


gros temps qui s’étalait facilement (Vercel).

étaleur, euse [etaloer, -øz] n. (de éta-


ler ; XVIe s., Godefroy, écrit estalleur [éta-
leur, 1771, Trévoux], au sens 1 [rare aux
XVIIe et XVIIIe s.] ; sens 2, milieu du XXe s.).
1. Marchand qui étale sa marchandise dans
la rue. (Peu usité.) ‖ 2. Étaleur d’ondes, en
électricité, syn. de ABSORBEUR D’ONDES.
• SYN. : 1 camelot, forain.

& étaleuse n. f. (1907, Larousse, aux sens


1-2). 1. Machine pour étaler le coton ou
la laine en nappes. ‖ 2. Machine utilisée
pour faire l’étalage dans la filature du lin.

1. étalier, ère [etalje, -ɛr] adj. et n.


(de étal ; v. 1268, É. Boileau, écrit estalier,
au sens de « marchand au détail ayant
étal » [au fém., 1252, Varin] ; sens actuel,
1564, J. Thierry [écrit estalier ; étalier,
1680, Richelet]). Qui tient un étal pour le
compte d’un maître boucher : Un prétexte
à courtoisies avec les étalières du marché
(J. Lorrain).

2. étalier [etalje] n. m. (de l’anc. franç.


estal, pieu, poteau [fin du XIIe s.] ; 1757,
Encyclopédie). Établissement de pieux et
de perches sur le bord de la mer, servant à
tendre des filets.

étalinguer [etalɛ̃ge] v. tr. (du néerl. sta-


glijn, ligne d’étai ; 1690, Furetière, écrit
estalinguer ; étalinguer, 1691, Ozanam
[var. talinguer, 1643, G. Fournier]). Amarrer
un câble à l’organeau d’une ancre.

étalingure [etalɛ̃gyr] n. f. (de étalinguer ;


1756, Encyclopédie, aux sens 1-2). 1. Dans
la marine, noeud destiné à unir deux
cordages, ou un cordage et un anneau,
et formé de telle façon qu’il se resserre à
mesure qu’il subit un effort. ‖ 2. Appareil
servant à étalinguer la chaîne par le bout,
et qui est formé d’un croc à échappement.

étaloir [etalwar] n. m. (de étaler ; 1877,


Littré). Planche sur laquelle on étale pen-
dant quelques jours les ailes des papillons
morts avant de les piquer dans une boîte
à collections.

1. étalon [etalɔ̃] n. m. (francique *stallo,


cheval entier, de *stal, position, demeure,
écurie [v. ÉTAL ; le sens de « écurie » n’a pas
été conservé en franç., mais subsiste dans
l’ital. stallo], l’étalon reproducteur étant
autref. tenu à l’écurie ; XIIIe s., Godefroy,
écrit estalon [étalon, 1680, Richelet], au sens
1 ; sens 2, av. 1813, Delille). 1. Cheval qui
n’a pas été castré et que l’on utilise pour la
reproduction. ‖ Étalon rouleur, étalon que
son propriétaire conduit de ferme en ferme
pour lui faire saillir les juments. ‖ 2. Poét.
Cheval racé et vigoureux : Le Dieu retient
en vain [...] | Ses étalons cabrés dans l’or
incandescent (Heredia).

& adj. (1864, Littré). Se dit du cheval entier,


d’un âne aptes à la reproduction : Entre
les barreaux de leurs stalles, par deux fois,
nous voyons les chevaux étalons frotter l’un
contre l’autre leurs museaux (Gide).

• CONTR. : bretaudé (fam.), hongre.

2. étalon [etalɔ̃] n. m. (francique *stalo,


modèle, échantillon ; 1322, Runkewitz, écrit
estalon [étalon, XVIIe s.], au sens 2 [« modèle
de poids, de mesures, etc., autorisé par
l’autorité publique »] ; sens 1 et 3, 1870,
Larousse ; sens 4, 1926, Gide). 1. Grandeur
type choisie comme référence pour définir
une unité : Étalon de longueur, de masse,
de temps, d’intensité lumineuse. ‖ 2. Par
extens. Instrument, objet qui permet d’éta-
blir cette unité : Le mètre était la mesure
de l’étalon déposé au pavillon de Breteuil.
‖ 3. Le poids de métal précieux qui sert
de base à un système monétaire donné :
L’étalon-or. ‖ 4. Fig. et littér. Ce qui sert
de référence, ce qui permet de mesurer :
Ce qu’il a fait de mieux lui sert d’étalon de
valeur (Valéry).

• REM. On écrit toujours avec un trait


d’union les mots composés avec étalon :
étalon-argent, mètre-étalon, unité-étalon.

étalonnage [etalɔnaʒ] n. m. (de étalonner


2 ; milieu du XVe s.). Action d’étalonner.

• REM. On dit aussi ÉTALONNEMENT


(1540, d’après Th. Corneille, 1694).

1. étalonner [etalɔne] v. tr. (de étalon


1 ; 1611, Cotgrave [« saillir une femelle, en
général », v. 1585, Cholières]). En parlant
du cheval, saillir une jument.

& v. intr. (1864, Littré). En parlant d’un


animal, servir d’étalon.

2. étalonner [etalɔne] v. tr. (de étalon 2 ;


1390, Godefroy, écrit estalonner [étalonner,
1606, Nicot], au sens de « attester par une
marque officielle la conformité d’un poids,
etc., à l’étalon » ; sens 1-3, XXe s.). 1. Vérifier
que les indications données par un appareil
de mesure sont exactes, conformes à l’éta-
lon. ‖ 2. Par extens. Établir la graduation
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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1716

d’un instrument : Étalonner un galvano-


mètre. ‖ 3. Étalonner un test, l’appliquer à
un groupe de référence et lui donner des
valeurs chiffrées en fonction de la répar-
tition statistique des résultats.

étalonneur [etalɔnoer] n. m. (de étalon-


ner 2 ; 1636, Monet). Personne préposée à
l’étalonnage.

étalonnier, ère [etalɔnje, -ɛr] adj. (de


étalon 1 ; 1870, Larousse). Relatif aux ani-
maux étalons.

& étalonnier n. m. (1870, Larousse).


Celui qui est propriétaire d’un étalon et
qui le loue pour la monte des juments.
‖ Spécialem. Celui qui, dans un haras,
soigne les étalons et s’occupe de tout ce
qui concerne la reproduction de la race
chevaline.

étamage [etamaʒ] n. m. (de étamer ; 1743,


Arrêt du Conseil d’État). Action d’étamer
les métaux, les glaces, ou de recouvrir
d’étain un objet. ‖ Par extens. État de ce
qui est étamé : Un bel étamage.

étambot [etɑ̃bo] n. m. (anc. scand.


*stafnbord, planche de l’étrave ; 1573,
Du Puys, écrit estambor ; étambot, 1643,
G. Fournier). Sur un bateau, pièce de bois
ou de métal formant la limite arrière de
la carène et destinée à supporter le gou-
vernail : L’antique gouvernail, non à roue
comme aujourd’hui, mais à barre, tournant
sur ses gonds scellés dans l’étambot (Hugo).

étambrai [etɑ̃brɛ] n. m. (du moyen franç.


estambre, même sens [1573, Du Puys], altér.,
sous l’influence de estambor [v. l’art. pré-
céd.], de tambres, n. m. plur., « planches
pour assujettir le mât » [1382, Dict. général],
anc. scand. timbr, bois de charpente ; 1541,
Jal, écrit estambroy ; estambray, 1681, Jal ;
étambrai, 1736, Aubin). Renfort en bois ou
en métal disposé sur un pont pour soutenir
un appareil, ou autour d’un trou servant de
passage à un mât ou à une pièce mécanique.

étamer [etame] v. tr. (de estaim, forme


anc. de étain [v. ce mot], par croisement
avec entamer ; v. 1268, É. Boileau, écrit
estamer [étamer, 1636, Monet], au sens 1 ;
sens 2, 1690, Furetière ; sens 3, av. 1872, Th.
Gautier). 1. Recouvrir d’une couche d’étain
pour préserver de l’oxydation. ‖ 2. Mettre
le tain à une glace, un miroir. ‖ 3. Par anal.
et littér. Couvrir d’une matière ou d’une
couleur métallique : Le Nil dont l’eau morte
s’étame d’une pellicule de plomb (Gautier).
Le crépuscule qui étamait déjà le bord du
ciel (Hugo).

étameur [etamoer] n. m. (de étamer ;


1723, Savary des Bruslons [var. entameur
— sous l’influence de entamer —, XIVe s.,
Godefroy]). Artisan, ouvrier qui étame les
métaux.

& adj. m. (XXe s.). Qui sert à l’étamage.

1. étamine [etamin] n. f. (francisation,


d’après étamine 2, du lat. scientif. impér.

stamina, neutre plur. de stamen, staminis,


étamine [en botanique], proprem. « fil,
filament » [v. l’art. suiv.] ; 1690, Furetière).
En botanique, organe sexuel mâle des
végétaux à fleurs : Les organes mâles, les
étamines que surmontent les anthères, ont
un nom de jeune fille (Maeterlinck). Plus
haut s’ouvraient çà et là leurs corolles avec
une grâce insouciante, retenant si négligem-
ment, comme un dernier et vaporeux atour,
le bouquet d’étamines, fines comme des
fils de la Vierge, qui les embrumait toutes
entières (Proust).

2. étamine [etamin] n. f. (d’un lat. pop.


*staminea, étamine, fém. substantivé de
l’adj. du lat. class. stamineus, garni de fil,
dér. de stamen, staminis, ourdissure, fil
d’une quenouille, toute espèce de fil, tissu ;
v. 1155, Wace, écrit estamine [étamine, 1636,
Monet], aux sens 2 et 4 ; sens 1, milieu du
XIIIe s. [pour tamiser ; pour filtrer, 1530,
Pals-grave ; passer par l’estamine, av. 1553,
Rabelais[ ; sens 3, 1765, Havard). 1. Étoffe
de crin, de soie ou de fil dont on se ser-
vait pour tamiser, bluter ou filtrer. ‖ Vx.
Passer à, par l’étamine, être soumis à un
examen, à un contrôle minutieux : Tout
ce qui s’offre à moi passe par l’étamine
(Boileau). ‖ 2. Tissu de coton mince et non
croisé qu’on emploie surtout pour confec-
tionner les rideaux : Un rideau de grosse
étamine retenait les mouches et laissait pas-
ser l’air ; on le soulevait pour entrer (Gide).
‖ 3. Canevas en tissage régulier, en lin ou
en coton, utilisé en tapisserie. ‖ 4. Étoffe de
laine très légère : Elle n’avait pas dépouillé
sa coquetterie, quoiqu’elle eût quitté les
parures du monde pour le bandeau, pour
la dure étamine des Carmélites (Balzac).
C’était sa première robe longue, une grande
robe d’étamine traînante (Benoit).

étaminier [etaminje] n. m. (de étamine


2 ; 1301, Godefroy, au fém., écrit estami-
niere ; au masc., écrit étaminier, 1752,
Trévoux). Celui qui fabrique de l’étamine.

étamoir [etamwar] n. m. (de étamer ;


1803, Boiste, au sens de « plaque de fer sur
laquelle on fait fondre la soudure et la poix-
résine » ; sens actuel, 1829, Boiste). Palette
de bois garnie de fer-blanc, sur laquelle on
frotte le fer à souder.

étampage [etɑ̃paʒ] n. m. (de étamper ;


1845, Bescherelle). Action d’étamper.

• SYN. : estampage.

étampe [etɑ̃p] n. f. (déverbal de étam-


per [v. aussi ESTAMPE] ; 1752, Trévoux,
au sens 1 [estampe, XIVe s.] ; sens 2, XXe s. ;
sens 3, 1769, Encyclopédie [estampe, 1755,
Encyclopédie]). 1. Appareil qui sert à exê-
cuter des empreintes sur les métaux, à froid
ou à chaud. ‖ 2. Outil utilisé à la forge
pour rectifier une pièce dont il présente
une forme en creux. ‖ 3. Instrument en
forme de poinçon qui sert à percer les trous
dans les fers à cheval pour y placer les clous.

étamper [etɑ̃pe] v. tr. (francique


*stampôn, piler, écraser, broyer [v. aussi
ESTAMPER] ; v. 1190, Godefroy, écrit
estamper au sens de « écraser, broyer » ;
sens 1, 1803, Boiste, écrit étamper [estamper,
1392, Gay] ; sens 2 [étamper], XXe s. ; sens 3
[étamper], 1678, Guillet). 1. Imprimer un
dessin sur une feuille de métal, de car-
ton ou sur du cuir à l’aide d’une étampe.
(Rare.) ‖ 2. Rectifier la forme d’un objet en
métal en le travaillant à chaud ou à froid.
‖ 3. Percer des trous dans un fer à cheval,
pour pouvoir ensuite le clouer au sabot.
étamperche ou étemperche
[etɑ̃pɛrʃ] n. f. (de estant, part. prés. de
l’anc. v. ester, se tenir debout [fin du Xe s.,
Vie de saint Léger], lat. stare, même sens, et
de perche, pièce de bois ; 1458, Du Cange,
écrit estamperche, au sens de « grand
poteau debout » ; écrit étemperche, au sens
actuel, 1870, Larousse [étamperche, XXe s.]).
Longue perche utilisée par les maçons pour
dresser leurs échafaudages. (Rare.)

étampeur [etɑ̃poer] n. m. (de étam-


per ; 1838, Acad.). Ouvrier qui réalise à la
machine diverses pièces de forge.

• SYN. : estampeur.

étamure [etamyr] n. f. (de étamer ; 1508,


Godefroy, écrit estimure [étamure, 1701,
Furetière], au sens 1 [étamure, « action
d’étamer », 1611, Cotgrave] ; sens 2, 1701,
Furetière). 1. Métal ou alliage servant à
étamer. ‖ 2. Couche de cet alliage avec
laquelle un récipient a été étamé.

étance [etɑ̃s] n. f. (de étançon ; v. 1460,


J. Le Fèvre de Saint-Rémy, écrit estance ;
étance, XVIIe s.). Étançon brut, bois sim-
plement équarri.

étanche [etɑ̃ʃ] adj. (fém., employé pour les


deux genres, de l’anc. adj. estanch [encore
attesté au XVIIIe s.], dér. de estanchier [v.
ÉTANCHER] ; milieu du XIIe s., Roman de
Thèbes, au fém., au sens de « [plaie] qui a
cessé de saigner », écrit estanche [estanche,
au masc., au sens de « desséché », 1394, Dict.
général] ; sens 1, 1679, Jal, écrit estanche
[étanche, 1690, Furetière ; cloison étanche,
6 déc. 1873, Journ. officiel ; terrain étanche,
1er juin 1874, Revue des Deux Mondes] ; sens
2, milieu du XXe s. ; sens 3, début du XXe s.).
1. Qui ne laisse pas passer l’eau : Un ton-
neau étanche. ‖ Par anal. Qui ne laisse
pas passer les liquides, les gaz : Un masque
étanche. ‖ Se dit d’un terrain qui pos-
sède une trop grande quantité d’eau pour
pouvoir s’assécher par seule absorption.
‖ Cloison étanche, v. CLOISON. ‖ 2. Fig.
Qui ne laisse rien passer : Un système de
défense étanche. ‖ 3. Fig. et littér. Qui est
fermé à toute influence extérieure : Je ferme
les yeux, et, dans mon esprit bien étanche,
impénétrable, incorruptible, j’instruis pai-
siblement le procès (Duhamel).

• SYN. : 1 hermétique, imperméable.

— CONTR. : 1 pénétrable, perméable.


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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1717

étanchéité [etɑ̃ʃeite] n. f. (dér. savant


de étanche ; 5 avr. 1876, Gazette des tri-
bunaux). Qualité de ce qui est étanche :
L’étanchéité d’un joint.

étanchement [etɑ̃ʃmɑ̃] n. m. (de étan-


cher ; fin du XIIIe s., R. de Cesare, écrit
estanchement [étanchement, 1636, Monet],
au sens de « action d’étancher un liquide » ;
au sens de « action d’étancher la soif »,
1539, R. Estienne). Action d’étancher :
L’étanchement de la soif.

1. étancher [etɑ̃ʃe] v. tr. (lat. pop. *stan-


ticare, arrêter, retenir, dér. de stans, stantis,
part. prés. de stare, se tenir debout, se tenir
ferme, être arrêté ; fin du XIe s., écrit estan-
chier [estancher, début du XVIe s. ; étan-
cher, 1636, Monet], au sens 2 [étancher ses
larmes, 1694, Acad. ; étancher les larmes de
quelqu’un, v. 1700, Brunot] ; sens 1, milieu
du XIIe s., Roman de Thèbes [étancher une
voie d’eau, 1736, Aubin]). 1. Arrêter l’écou-
lement d’un liquide : Tartarin s’agenouilla,
et du bout de sa ceinture algérienne essaya
d’étancher le sang de la malheureuse bête
(Daudet). Avec le coin de son mouchoir,
elle étancha délicatement les larmes restées
entre les cils (Martin du Gard). Il trempa
son mouchoir dans la cuvette, étancha
le sang, puis lava le mouchoir (Gide).
‖ Étancher une voie d’eau, l’aveugler en
bouchant le trou par lequel l’eau entre dans
un navire : Chaque fois que mon bateau fai-
sait eau, j’étanchais, je calfatais, je pompais
avec espoir (Morand). ‖ 2. Fig. Étancher
sa soif, l’apaiser en buvant. ‖ Étancher ses
larmes, cesser de pleurer. ‖ Étancher les
larmes de quelqu’un, le consoler.

• SYN. : 1 éponger, essuyer, sécher, tampon-


ner ; boucher, calfater, calfeutrer, étouper,
luter ; 2 assouvir.

2. étancher [etɑ̃ʃe] v. tr. (de étanche,


adj. ; 1690, Furetière). Rendre étanche :
Étancher un réservoir. ‖ Étancher un com-
partiment de navire, le vider s’il renferme
de l’eau, le calfater s’il suinte.

étancheur [etɑ̃ʃoer] n. m. (de étancher


2 ; 1611, Cotgrave, écrit estancheur, au sens
de « celui qui arrête l’écoulement d’un
liquide » ; écrit étancheur, au sens actuel,
milieu du XXe s.). Technicien chargé de
l’exécution de la couverture étanche des
terrasses.

étanchoir [etɑ̃ʃwar] n. m. (de étancher ;


1763, Descriptions des arts et métiers).
Couteau servant à introduire de l’étoupe
entre les douves mal jointes.

étançon [etɑ̃sɔ̃] n. m. (de l’anc. franç.


estance, action de se tenir debout [v. 1160,
Benoît de Sainte-Maure], dér. de ester, se
tenir debout [fin du Xe s., Vie de saint Léger],
lat. stare, même sens ; fin du XIIe s., écrit
estançon [étançon, 1671, Pomey], au sens 1 ;
sens 2, 1754, Encyclopédie). 1. Grosse pièce
de bois verticale ou légèrement inclinée,
destinée à soutenir provisoirement un mur

ou un plancher, ou des terres qui mena-


cent de s’ébouler. ‖ 2. Chacun des deux
montants qui, dans une charrue, unissent
l’age au sep.

• SYN. : 1 béquille, chevalement, contrefort,


étai, étrésillon.

étançonnement [etɑ̃sɔnmɑ̃] n. m. (de


étançonner ; fin du XIVe s., écrit estan-
chonnement ; estansonnement, av. 1525,
J. Lemaire de Belges ; étançonnement, 1660,
Oudin). Action d’étançonner.

étançonner [etɑ̃sɔne] v. tr. (de étan-


çon ; v. 1170, Livre des Rois, écrit estan-
çoner [étançonner, 1671, Pomey], au sens
1 ; sens 2, 1580, Montaigne). 1. Soutenir
par un ou des étançons : Étançonner un
plancher. ‖ 2. Fig. et littér. Soutenir par un
argument, une preuve ; et pronominalem. :
Cette assertion ne s’étançonne sur aucune
preuve (Huysmans).

• SYN. : 1 consolider, étayer, étrésillonner.

étanfiche [etɑ̃fiʃ] n. f. (de estant, part.


prés. de l’anc. franç. ester [v. ÉTANÇON],
et de fiche, n. f. ; 1321, Dict. général, écrit
estanfique, au sens de « colonnette divisant
verticalement une baie » ; écrit étanfiche, au
sens actuel, 1694, Th. Corneille). Hauteur
de plusieurs lits de pierre qui font masse
ensemble dans une carrière.

étang [etɑ̃] n. m. (déverbal de l’anc. franç.


estanchier, arrêter l’écoulement de l’eau
[v. ÉTANCHER] ; fin du XIe s., Chanson de
Guillaume, écrit estanc ; estang, v. 1380,
Aalma ; étang, v. 1460, Villon). Étendue
d’eau peu profonde, entourée de bords qui
en arrêtent l’écoulement : L’arlequine s’est
mise nue | Et dans l’étang mire son corps
(Apollinaire).

étant [etɑ̃] n. m. (substantivation du part.


prés. de être ; v. 1960). En philosophie, dans
la théorie phénoménologiste, l’être, en tant
que phénomène.

étape [etap] n. f. (altér. de l’anc. franç.


estaple, endroit où les marchands étaient
obligés d’apporter leurs marchandises
pour les mettre en vente [1280, Dict. géné-
ral], moyen néerl. stapel, entrepôt ; fin
du XVe s., Commynes, écrit estape [étape,
1636, Monet], au sens 1 ; sens 2, 1766,
J.-J. Rousseau [pour un voyageur ; pour une
troupe, 1768, Voltaire ; brûler l’étape, 1706,
Richelet ; brûler les étapes et faire étape,
début du XXe s.] ; sens 3, 1611, Cotgrave
[« magasin de ravitaillement pour les
troupes de passage », 1546, Rabelais] ; sens
4 et 6, 1864, Littré ; sens 5, début du XXe s. ;
sens 7, 1870, Larousse). 1. Vx. Lieu où des
marchands apportaient et vendaient des
marchandises ; ville commerçante, comp-
toir : Alexandrie étant devenue la seule
étape, cette étape grossit (Montesquieu).
‖ Vx. Ville d’étape, ville qui avait le pri-
vilège de recevoir certaines denrées et
d’en assurer la vente aux autres parties
de l’État. ‖ 2. Lieu où une troupe s’arrête

après une journée de marche : Attendre


l’étape avec impatience. ‖ Par anal. Lieu
où un voyageur, un coureur cycliste s’arrête
pour passer la nuit ou pour se reposer avant
de reprendre la route : Je ne parlerai pas
de chaque étape du voyage (Gide). ‖ Faire
étape, s’arrêter pour se reposer. ‖ Brûler
l’étape, ne pas s’arrêter à l’endroit prévu.
‖ Fig. Brûler les étapes, aller très vite : Les
Hohenzollern ont brûlé les étapes comme
aucune autre famille ne l’a jamais fait
(Bainville). ‖ Faire étape, s’arrêter pour se
reposer. ‖ 3. Sous l’Ancien Régime, fourni-
ture de vivres et de fourrage préparée par
les habitants d’une commune pour être
distribuée à une troupe de passage. ‖ Zone
des étapes, nom donné jusqu’en 1940 à la
zone des arrières, à l’échelon de l’armée.
‖ 4. Distance parcourue entre deux étapes :
La troupe ayant manifesté l’intention de
partir de bonne heure pour faire une forte
étape (Gautier). La caravane s’en alla tran-
quillement vers le sud par petites étapes
(Daudet). Le sac dégarni n’était pas moins
lourd, et les bornes, indifférentes, ajoutaient
sans cesse de nouveaux kilomètres à l’étape
déjà longue (Dorgelès). ‖ 5. Chacun des
trajets à parcourir au cours d’une épreuve
sportive qui, en raison de sa distance totale,
est ainsi fractionnée : Gagner une étape du
Tour de France. Paris-Nice est une course
par étapes. ‖ Étape contre la montre, v.
COURSE. ‖ 6. Fig. Moment dans un pro-
cessus d’évolution ; point notable, dans
une évolution historique, marqué par un
événement important : Jusqu’à ce que l’har-
monie et l’unité règnent, le progrès aura
pour étapes les révolutions (Hugo). Et, peu
à peu, il reconstituait les étapes de ce che-
min aventureux qui avait amené Fontanin
jusqu’à la mort (Martin du Gard). ‖ Par
extens. Période qui s’écoule entre deux de
ces points. ‖ 7. Fig. Moment marquant,
degré dans une évolution quelconque : Ne
plus posséder d’argent, ce n’est qu’une des
étapes du dénuement (Colette). ‖ D’étape
en étape, progressivement.

• SYN. : 2 halte ; 4 parcours, traite (vx), tra-


jet, trotte (fam.) ; 6 période, phase, stade,
temps ; 7 échelon, palier, pas.

étapier [etapje] n. m. (de étape ; 1671,


Pomey). Nom donné, sous l’Ancien
Régime, à l’entrepreneur chargé de fournir
en vivres une troupe à l’étape.

étarque [etark] adj. (de étarquer ; 1773,


Bourdé de Villehuet). Se dit d’une voile tout
à fait hissée.

étarquer [etarke] v. tr. (du moyen


néerl. sterken, rendre raide ; XVIIe s.,
Jal, écrit esterquer ; étarquer, 1773,
Bourdé de Villehuet). En termes de marine,
Étarquer un cordage, une voile, les raidir,
les tendre autant que possible : Étarquer
le hunier.

état [eta] n. m. (lat. status, action de se


tenir debout, attitude, situation, stabilité,
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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1718

forme de gouvernement, et, à basse époque,


« statut juridique [d’une personne] », de
statum, supin de stare, se tenir debout, être
établi, arrêté, fixé ; 1213, Fet des Romains,
écrit estat [état, 1636, Monet], au sens I, 1 ;
sens I, 2, 1580, Montaigne ; sens I, 3, début
du XXe s. ; sens II, 1, début du XIIIe s. ; sens
II, 2, 1690, Furetière ; sens II, 3, 5-6, 1864,
Littré ; sens II, 4, début du XIXe s. [état de la
question, 1748, Montesquieu ; en tout état
de cause, av. 1778, J.-J. Rousseau] ; sens II,
7, 1467, Bartzsch ; sens II, 8, XVIe s. ; sens
III, 1, v. 1265, J. de Meung ; sens III, 2, fin
du XIVe s., E. Deschamps ; sens III, 3, 1373,
Gace de la Bigne ; sens III, 4, XIVe s. ; sens III, 5,
1864, Littré ; sens III, 6, 1765, Encyclopédie ;
sens III, 7, av. 1704, Bourdaloue ; sens III,
8, fin du XIVe s., E. Deschamps [États
généraux, 1606, Nicot] ; sens IV, 1, 1549,
R. Estienne [affaire d’État, 1580,
Montaigne, et au fig., 1664, Molière ; crime
d’État, 1643, Corneille ; Cour de sûreté
de l’État, v. 1960 ; raison d’État, 1609,
M. Régnier ; religion d’État, 1875, Larousse] ;
sens IV, 2, 1640, Corneille [coup d’État,
1829, Boiste — d’abord « action utile au bien
de l’État », 1642, Corneille] ; sens IV, 3, 1549,
R. Estienne [char de l’État, 1856, Flaubert ;
vaisseau de l’État, 1870, Larousse ; chef de
l’État, av. 1834, Béranger ; ministre d’État,
fin du XVIIe s., Mme de Sévigné ; secrétaire
d’État, av. 1615, Pasquier ; homme d’État,
1640, Oudin ; secret d’État, 1694, Acad.] ;
sens IV, 4, 1748, Montesquieu [monopole
d’État, État-patron, XXe s.] ; sens V, fin du
XVe s., Commynes [État tampon, État sou-
verain, État mi-souverain, État placé sous
tutelle, début du XXe s.]).

I. 1. Manière d’être, physique, psychique


ou morale, d’une personne : Son état de
santé inquiète son entourage. L’état du
malade s’est amélioré. Les plus puissants
se sont consumés dans la tentative de faire
parler leur pensée. C’est en vain qu’ils ont
créé ou transfiguré certains mots ; ils ne
sont point parvenus à nous transmettre
leurs états (Valéry). L’état de joie, qu’em-
pêchent notre doute et la dureté de nos
coeurs, pour le chrétien est un état obliga-
toire (Gide). ‖ État de nature, état suppo-
sé des hommes avant toute civilisation.
‖ État d’esprit, disposition d’esprit à un
moment donné : Trouver chez quelqu’un
un état d’esprit favorable. ‖ État de
conscience, fait psychique. ‖ État d’âme,
réaction de la sensibilité dans telle situa-
tion particulière : Un paysage quelconque
est un état d’âme (Amiel). ‖ État de grâce,
situation du fidèle pur de péché grave et
uni à Dieu par la grâce. ‖ État second,
situation du sujet qui est gouverné par un
autre esprit et lui obéit sans réagir : Il sen-
tait, il savait qu’il pouvait tout et il était
dans l’état second, presque hypnotique de
quelqu’un qui a découvert une recette fa-
buleuse (Montherlant). ‖ Être en état de,
être en mesure de, avoir la possibilité de :
Être en état de marcher, de travailler. Le

bon critique d’art doit être en état de justi-


fier son admiration. ‖ Être hors d’état de,
ne pas avoir les moyens de faire quelque
chose. ‖ Fam. Être, se mettre dans tous
ses états, être très agité, donner les signes
d’une émotion vive et qu’on ne maîtrise
pas : Nerveux comme sont nos hommes,
ces 77 vont les mettre dans tous leurs états
(Romains). ‖ Fam. Être dans un bel état,
être dans un très mauvais état physique,
à la suite d’un accident, d’une bagarre ;
être déchiré, blessé, sale, etc. ‖ 2. Class.
Circonstance de la vie de quelqu’un, si-
tuation particulière d’une personne à un
moment donné : Ne craignons pas de faire
paraître notre princesse dans les différents
états où elle a été (Bossuet). ‖ En état de,
en humeur de, disposé à : Mon père est
en état de vous accorder tout (Corneille) ;
de manière à : Je marchai en état de n’être
pas surpris (Retz). ‖ 3. Verbes d’état,
en grammaire (par opposition à verbes
d’action), ceux qui expriment une ma-
nière d’être du sujet (personne ou chose),
comme être, sembler, devenir, etc.

II. 1. Manière d’être d’une chose à un


moment donné : Une voiture en bon état.
Une maison dans un état délabré. ‖ Être
hors d’état, en parlant d’une chose, ne
plus pouvoir servir. ‖ En état de, se dit
d’une chose capable de : Une machine en
état de marche. ‖ En bon état, en mau-
vais état, se dit du degré de fraîcheur
des choses : Des livres d’occasion en
bon état. ‖ Mettre en état, préparer une
chose pour qu’elle puisse servir. ‖ Tenir
en état, conserver en bon état, tenir prêt.
‖ Remettre en état, réparer. ‖ 2. L’état du
ciel, la position relative des astres à un
moment donné ; la situation atmosphé-
rique. ‖ 3. État de guerre, situation d’une
nation qui est en guerre avec une autre.
‖ 4. État de choses, ensemble de circons-
tances particulières : Trouver un état de
choses qu’on n’a pas voulu ; et spécialem.,
cette situation à un moment donné :
Indolent de nature, indifférent à tout ce
qui ne l’atteint pas localement, il tient
pour l’état de choses, comme il dit (Dau-
det). ‖ État de la question, du problème,
point où est arrivé le développement de
la question, l’exposé du problème que
l’on se propose de résoudre. ‖ En tout
état de cause, dans tous les cas, quelle que
soit la supposition à laquelle on s’arrête.
‖ 5. Spécialem. En physique et en chimie,
manière d’être d’un corps : On distingue
en général trois états : l’état solide, l’état
liquide et l’état gazeux. ‖ État critique,
état d’un corps qui se trouve à sa tempé-
rature et à sa pression critiques, c’est-à-
dire dans des conditions où liquide et va-
peur ont des propriétés identiques. ‖ État
naissant, situation d’un corps chimique
simple au moment où il se dégage d’une
combinaison et se trouve doué de pro-
priétés actives. ‖ 6. En gravure, condi-
tion d’une planche aux différentes étapes

de son exécution, depuis le premier état,


dit « épreuve d’essai », jusqu’au dernier,
dit état de tirage. ‖ 7. Liste énumérative
qui constate l’état des choses, ou la situa-
tion des personnes à un moment donné :
État des dépenses. Il est obligé de répondre
à des interrogatoires, de remplir des états,
de réunir des dossiers (Duhamel). ‖ État
des lieux, rapport constatant en quel
état se trouve un local loué, à l’entrée
du locataire. ‖ État des services, tableau
qui énumère les services d’un fonction-
naire ou d’un militaire. ‖ 8. Class. Faire
état de, avoir l’intention de : Je fais état
de dire mon sentiment sur la plupart des
poètes (Rapin) ; estimer, faire cas de :
Avez-vous su l’état qu’on fait de Curiace ?
(Corneille) ; compter sur : Faites état de
moi, Monsieur, comme du plus chaud de
vos amis (Molière) ; auj., faire mention
de, s’appuyer sur le témoignage de : Faire
état de ses titres pour postuler un emploi.
Faire état d’un renseignement. ‖ Class.
Faire état que, penser, être assuré : Faites
état que jamais les pères, les papes, les
conciles ou l’Écriture n’ont parlé de cette
sorte (Pascal).

III. 1. Class. et littér. Situation sociale,


position tenue dans la société : Heureux
qui, satisfait de son humble fortune [...],
| Vit dans l’état obscur où les dieux l’ont
caché (Racine). Le désir d’un meilleur état
est la source de tout le mal dans le monde
(Renan). ‖ 2. Vx. Situation profession-
nelle, métier exercé : Il se sentait beaucoup
trop faible en ce moment pour s’adonner
à un état manuel (Balzac). Pour moi, je
déclarai après mon escapade de Brest, ma
volonté ferme d’embrasser l’état ecclésias-
tique : la vérité est que je ne cherchais qu’à
gagner du temps, car j’ignorais ce que je
voulais (Chateaubriand). ‖ 3. Vx. Ma-
nière de vivre, train de vie : Ils tenaient
un grand état de maison et donnaient de
très belles fêtes (Balzac). ‖ 4. Class. Ma-
nière de se vêtir, habillement, toilette :
Où pouvez-vous donc prendre de quoi
entretenir l’état que vous portez ? (Mo-
lière). ‖ 5. État des personnes, en droit,
ensemble des qualités qui distinguent
l’individu dans sa vie sociale et fami-
liale. (On dit aussi, en ce sens, ÉTAT CIVIL
D’UNE PERSONNE.) ‖ 6. État civil, service
chargé de dresser sur des registres publics
l’état des personnes, en ce qui concerne la
nationalité, la parenté, l’alliance, le nom,
la filiation, le domicile. ‖ Acte de l’état
civil, document établi par un officier
d’état civil et qui permet de constater tel
ou tel élément de l’état d’une personne,
comme la naissance, le mariage, le décès.
‖ 7. Grâce d’état, secours particulier que
Dieu accorde à chacun pour qu’il puisse
accomplir ce à quoi il est destiné ; et par
extens., aptitude nécessaire à une profes-
sion. ‖ 8. Sous l’Ancien Régime, chacun
des trois ordres du corps social : L’état de
la noblesse, l’état du clergé, le tiers état.
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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1719

‖ Par extens. États généraux, assemblée


des trois ordres du corps social. ‖ États
provinciaux, ou simplem. états, assem-
blées des trois ordres de certaines pro-
vinces, qui, sur la convocation du roi, se
réunissaient à certaines époques.

IV. 1. Organisation politique qui dirige


la vie de la communauté des individus
constituant une nation ou une fédération
de nations : Enfin, la question si difficile et
si controversée des rapports entre l’indivi-
du et l’État se pose : l’État, c’est-à-dire l’or-
ganisation de plus en plus précise, étroite,
exacte, qui prend à l’individu toute la por-
tion qu’il veut de sa liberté, de son travail,
de son temps, de ses forces, et, en somme,
de sa vie pour lui donner... Mais quoi lui
donner ? (Valéry). ‖ Affaire d’État, affaire
qui concerne l’intérêt public ; au fig., dans
la vie quotidienne, affaire très impor-
tante. ‖ Crime d’État, acte qui attente à
la sécurité de l’État. ‖ Cour de sûreté de
l’État, tribunal institué pour réprimer les
crimes et délits contre la sûreté de l’État.
‖ Raison d’État, considérations selon
lesquelles un gouvernement, pour pré-
server les intérêts de l’État, enfreint les
principes de la morale. ‖ Religion d’État,
religion adoptée et patronnée par l’État,
à l’exclusion de toute autre. ‖ 2. Forme
de cette organisation politique : Mais si
l’on veut tout réduire aux intérêts person-
nels, si l’on suppose que pour soi-même
je croirais avoir tout à craindre dans un
État républicain, on est dans l’erreur
(Chateaubriand). L’État bourgeois, l’État
prolétarien. ‖ Coup d’État, violation
délibérée des formes constitutionnelles
par un gouvernement, une assemblée, un
groupe de personnes ou une personne,
pour obtenir un changement de politique
ou de régime. ‖ 3. Administration supé-
rieure qui dirige un pays : Les rouages de
l’État. Les fonctionnaires sont au service
de l’État. ‖ Char de l’État ou vaisseau
de l’État, gouvernement représenté par
métaphore, le plus souvent plaisamment,
sous la figure d’un char ou d’un vaisseau.
‖ Chef de l’État, personnalité qui est à la
tête du gouvernement d’un pays comme
souverain ou à un autre titre : Attenter à
la vie du chef de l’État. ‖ Ministre d’État,
personnalité politique qui apporte l’ap-
pui de son parti ou de son autorité à un
gouvernement sans diriger un départe-
ment ministériel particulier. ‖ Secrétaire
d’État, personnalité qui dirige un dépar-
tement ministériel sans avoir le titre de
ministre. ‖ Homme d’État, personne
ayant une grande expérience du gouver-
nement d’un pays, qui joue ou a joué un
rôle de premier plan dans la direction des
affaires du pays. ‖ Secret d’État, secret
politique important ayant trait à l’activité
du gouvernement. ‖ 4. Organe de direc-
tion de l’activité économique d’un pays :
Dans le système socialiste, l’État, en tant
qu’expression de la collectivité nationale,

est propriétaire de la plus grande partie


des équipements industriels et commer-
ciaux. ‖ Monopole d’État, propriété et
direction par l’État de certains secteurs
industriels et commerciaux, de certains
services : La fabrication et la vente des ta-
bacs et allumettes est un monopole d’État
en France. ‖ État-patron, l’État considéré
comme l’employeur par ses employés.

V. Nation ou groupe de nations régi par


un gouvernement reconnu comme ex-
pression politique par les autres membres
de la communauté internationale : Les
grands États européens. Les petits États de
l’Amérique centrale. Les États membres de
l’O.N.U. ‖ État tampon, État créé entre
deux pays antagonistes, pour servir de
tampon. ‖ État souverain, État jouissant
de toute sa liberté et de son indépendance
dans ses rapports internationaux. ‖ État
mi-souverain, État qui était placé, par
suite d’un lien de subordination généra-
lement imposé par la force, sous la dépen-
dance d’un autre État. ‖ État placé sous
tutelle, au lendemain des deux guerres
mondiales, colonie allemande, italienne
ou japonaise dont l’administration a
été confiée temporairement à une des
grandes puissances victorieuses.

• SYN. : I, 1 disposition, humeur. ‖ II, 4


conjoncture, situation ; statu quo ; 7 bor-
dereau, inventaire, mémoire, questionnaire,
relevé, répertoire, rôle, tableau. ‖ IV, 1
pays, puissance.

• REM. Aux sens IV et V, ce mot s’écrit


avec une majuscule.

étatique [etatik] adj. (de État ; v. 1950).

Relatif à l’État.

étatisation [etatizasjɔ̃] n. f. (de étati-


ser ; début du XXe s.). Action d’étatiser :
L’étatisation d’une usine.

• SYN. : nationalisation.

étatiser [etatize] v. tr. (de État ; début


du XXe s.). Faire administrer par l’État :
Étatiser une entreprise.

• SYN. : collectiviser, nationaliser.

étatisme [etatism] n. m. (de État ; 1888,


Larousse). Système politique dans lequel
l’État intervient directement dans la vie
économique.

• SYN. : dirigisme, planification. — CONTR. :


libéralisme ; anarchie.

étatiste [etatist] adj. et n. (de étatisme ;


1907, Larousse). Partisan de l’étatisme.

& adj. (1907, Larousse). Relatif à l’étatisme :


Doctrine étatiste.

• SYN. : dirigiste. — CONTR. : libéral.

état-major [etamaʒɔr] n. m. (de état et


de major ; 1678, Guillet, au sens 1 [carte
d’état-major, début du XXe s.] ; sens 2, 1842,
Mozin ; sens 3, 1864, Littré ; sens 4, 1845,
Bescherelle). 1. Ensemble des officiers
chargés d’assister un chef militaire dans
l’exercice d’un commandement ; ensemble

des officiers et du personnel qualifié entou-


rant un chef militaire : L’état-major d’un
général. L’état-major d’une division, d’un
régiment. Un officier d’état-major. Le soir
du 25 février 1916, à peine désigné, vous
courez aussitôt, par la neige et la nuit,
prendre contact avec les états-majors de la
défense (Valéry). L’état-major allemand,
depuis février 1913, n’ignorait rien du péril
slave ni des machinations qui se tramaient
entre la Serbie et la Russie contre l’Autriche
— et, par conséquent, contre l’Allemagne
(Martin du Gard). ‖ Carte d’état-major,
carte au 1/80000 établie par les services de
l’état-major. ‖ 2. Par extens. Le bâtiment,
le lieu où se réunit l’état-major : Se rendre
à l’état-major. ‖ 3. Par anal. Le groupe des
principaux dirigeants d’une organisation
quelconque : L’état-major d’un syndicat,
d’un parti. ‖ 4. Par extens. L’ensemble
des collaborateurs qui accompagnent
ou entourent un chef ou un personnage
assumant de hautes fonctions : Son cortège,
ce que nous appellerions aujourd’hui son
état-major d’évêques et d’abbés... (Hugo).
L’état-major d’un ministre.

• Pl. des ÉTATS-MAJORS.

• SYN. : 3 direction, tête.

étau [eto] n. m. (prononç. pop. de estoc,


même sens [1611, Cotgrave], anc. franç.
estoc, bâton, pieu, souche, francique
*stok, bâton [v. ESTOC 2] ; 1611, Cotgrave).
Instrument formé de deux pièces de métal
ou de bois qu’on rapproche à volonté au
moyen d’une vis, de manière à tenir ser-
rés les objets que l’on veut travailler : Un
étau de menuisier. Étau à main de serru-
rier. Cette main, serrant comme un étau
dont on tourne la vis, écrasait les muscles
(Gautier). ‖ Être pris, serré comme dans
un étau, de façon très étroite, sans qu’on
puisse s’échapper. ‖ Fig. Avoir le coeur dans
un étau, être angoissé, souffrir moralement
de la manière la plus pénible. ‖ Fig. Avoir le
pied dans un étau, souffrir physiquement
à cause de chaussures trop petites, avoir le
pied trop serré dans sa chaussure.

étaupiner [etopine] v. tr. et intr. (de é-,


es- [lat. ex-, préf. à valeur privative], et de
l’anc. franç. taup[a]ine, petit monticule
que la taupe fait avec de la terre [v. 1280,
Bibbesworth], dér. de taupe ; début du
XIVe s., écrit estalpiner ; étaupiner, 1838,
Acad.). Débarrasser un champ des taupi-
nières ; détruire les taupes.

étayage [etejaʒ] n. m. (de étayer ; 1864,


Littré, au sens 1 ; sens 2, XXe s.). 1. Action
d’étayer : L’étayage d’une maison.
‖ 2. Ensemble, combinaison d’étais pour
soutenir un plancher, un mur, une terre
qui menace de s’ébouler.

• SYN. : 1 étançonnement, étrésillonnement ;


2 chevalement.

• REM. On dit aussi ÉTAIEMENT (1459,


Godefroy, écrit estaiement [étaiement,
XVIIIe s.]).
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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1720

étayer [eteje] v. tr. (de étai 1 ; 1213, Fet


des Romains, écrit estayer [étayer, 1690,
Furetière], au sens 1 ; sens 2, v. 1265, J. de
Meung ; sens 3, 1580, Montaigne). [Conj.
2 b.] 1. Soutenir au moyen d’étais : Étayer
un plafond. ‖ 2. Soutenir à la manière d’un
étai, servir d’étai : Un pilier qui étaie un
escalier. ‖ 3. Fig. Fournir l’appui d’une
preuve, d’une argumentation à : Étayer
un développement de citations peu connues.
• SYN. : 1 chevaler, étançonner, étrésillon-
ner ; 2 consolider, porter, supporter ; 3
appuyer, renforcer, soutenir.

etc., abrév. de et cetera (1690, Furetière).

et cetera ou et caetera [ɛtsetera]


loc. adv. (loc. du lat. médiév., usuelle dans
certains actes juridiques, du lat. class. et,
et, et cetera, neutre de ceteri, « [tous] les
autres » ; fin du XIVe s.). Et le reste, et les
autres choses (s’écrit le plus souvent sous
la forme etc.) ; s’emploie au terme d’une
énumération pour se dispenser d’allonger
celle-ci : Vous trouverez tous les légumes au
marché, des pommes de terre, des carottes,
des choux, etc.

& n. m. invar. (fin du XVIe s., A. d’Aubigné).


Un « et cetera » de notaire, une omission
dangereuse dans un acte notarié.

été [ete] n. m. (lat. aestatem, accus. de aes-


tas, été, mot de la même famille que aestus,
grande chaleur, ardeur, feu ; 1080, Chanson
de Roland, écrit ested, estet [esté, fin du
XIIe s., Châtelain de Coucy ; été, XVIIe s.],
au sens 1 ; sens 2, 1864, Littré ; sens 3, 1909,
Gide ; sens 4, av. 1778, Voltaire). 1. Saison
qui suit le printemps et qui précède l’au-
tomne : L’été est compris, dans l’hémisphère
Nord, entre le solstice de juin et l’équinoxe
de septembre. ‖ Par extens. La période la
plus chaude de l’année : L’été rit et l’on vit
sur le bord de la mer | Fleurir le chardon
bleu des sables (Hugo). Nous irons passer
l’été au bord de la mer. ‖ L’été de la Saint-
Martin, période de beaux jours qui se pro-
duit souvent vers le 11 novembre, fête de
saint Martin. ‖ 2. Ellipt. Vêtements légers,
portés pendant la saison chaude : Se mettre
en été. ‖ 3. Moment de l’année situé en été,
sans référence spéciale à la chaleur : Depuis
la conversation de l’été dernier que j’ai rap-
portée, plus de six mois s’étaient écoulés
(Gide). ‖ 4. Fig. Période où l’on est dans
la force de l’âge ; maturité : L’été de la vie.
• CONTR. : 1 hiver ; 4 aube, aurore, prin-
temps ; automne, déclin.

éteigneur, euse [etɛɲoer, -øz] n. (de


éteindre ; fin du XIIIe s., Joinville, écrit
esteingnour, esteigneur ; éteigneur, XVIIe s.).
Personne chargée d’éteindre les lumières.

éteignoir [etɛɲwar] n. m. (de éteindre ;


1552, R. Estienne, au sens 1 ; sens 2, 1809,
G. Esnault [pour un nez ; pour un toit, 1863,
Th. Gautier] ; sens 3, av. 1778, Voltaire ; sens
4, XXe s.). 1. Petit cône métallique qui sert,
surtout dans les églises, à éteindre les bou-

gies, les cierges, les chandelles. ‖ 2. Par


anal. Objet de forme conique : Je découvre
du vieux manoir | Les tourelles en poivrière
| Et les hauts toits en éteignoir (Gautier).
‖ Pop. Nez en forme de cône. ‖ 3. Fig.
Ce qui empêche de briller, de se montrer
dans tout son éclat : La crainte de déplaire
est l’éteignoir de l’imagination (Voltaire).
‖ 4. Fig. et fam. Personne qui, par son air
triste ou son attitude austère, empêche
les autres de s’amuser ou de converser
joyeusement.

éteindre [etɛ̃dr] v. tr. (lat. pop. *extingere,


lat. class. exstinguere, éteindre, faire mourir,
effacer, détruire ; v. 1160, Benoît de Sainte-
Maure, écrit esteindre [éteindre, XVIIe s.],
au sens I, 3 ; sens I, 1, v. 1283, Beaumanoir
[pour de la chaux, v. 1560, Paré ; pour du
fer, milieu du XVIe s., Amyot] ; sens I, 2,
XIXe s. ; sens I, 4, fin du XIIe s., Châtelain de
Coucy ; sens I, 5, 1690, Furetière ; sens II, 1,
fin du XIXe s. ; sens II, 2-3, XXe s. ; sens II, 4-5,
milieu du XIXe s., Baudelaire). [Conj. 55.]

I. 1. Faire cesser une combustion, vive


ou lente : Une petite flamme de briquet
jaillit, la pluie l’éteignit aussitôt (Dor-
gelès). Éteindre un tison. ‖ Spécia-
lem. Éteindre de la chaux, mouiller de
la chaux vive pour la faire tomber en
poussière. ‖ Éteindre du fer, le plonger
dans l’eau froide après l’avoir chauffé.
‖ 2. Faire cesser le fonctionnement
d’un appareil à flamme vive : Éteindre
le radiateur à gaz ou simplem. : Éteindre
le gaz. ‖ 3. Fig. Atténuer la vivacité des
sensations, des sentiments : Éteindre la
soif. Que servirait d’éveiller en Gertrude
un espoir qu’on risque de devoir éteindre
aussitôt ? (Gide). ‖ Effacer de l’esprit :
Le temps n’éteint pas certains souvenirs.
‖ 4. Fig. Mettre fin à, anéantir : Éteindre
une guerre. Éteindre une race. ‖ 5. Faire
cesser, annuler : Éteindre un droit. La
servitude est éteinte par le non-usage pen-
dant trente ans (Code civil). ‖ Éteindre
une dette, une rente, annuler la dette en la
payant, la rente en remboursant le capital
correspondant.

II. 1. Faire cesser d’éclairer une lumière


électrique : Éteindre les phares d’une voi-
ture. ‖ 2. Éteindre une pièce, un local,
faire cesser de fonctionner le dispositif
qui l’éclaire : Éteignez le salon, l’escalier.
‖ 3. Couper le circuit électrique qui ali-
mente un appareil : Éteindre la télévi-
sion, un radiateur parabolique. ‖ 4. Fig.
Adoucir ou atténuer l’éclat de : Un che-
min sablonneux, dont la nuit ne parve-
nait pas à éteindre la blancheur (Gau-
tier). ‖ Éteindre les tons d’un tableau, les
rendre moins éclatants. ‖ 5. Fig. Étouffer
un son, le rendre moins perceptible : Un
silence singulier éteignait, amortissait
tous les vains bruissements (Michelet).

• SYN. : I, 1 étouffer ; 3 assouvir, étancher ;


apaiser, calmer, contenir, diminuer, endor-
mir, freiner, refréner ; 4 détruire, extermi-

ner, liquider, supprimer. ‖ II, 4 affaiblir,


assombrir, estomper, faner, tamiser, ternir,
voiler. — CONTR. : I, 1 allumer, embraser,
enflammer, rallumer ; 3 enflammer, exal-
ter ; 4 conserver, entretenir, prolonger, pro-
téger. ‖ II, 4 aviver, raviver.

& s’éteindre v. pr. (sens 1, 1690, Furetière ;


sens 2, fin du XVe s., Commynes ; sens 3,
1673, Racine ; sens 4, av. 1872, Th. Gautier ;
sens 5, 1715, Fontenelle). 1. Cesser peu à
peu de se consumer : Assis tout seul près du
foyer qui s’éteint (Flaubert). ‖ Par extens.
Cesser d’éclairer : L’ampoule s’éteint.
‖ Spécialem. En parlant d’un volcan,
cesser d’être en activité. ‖ 2. Par anal.
En parlant d’une couleur ou d’un regard,
perdre peu à peu son éclat ; en parlant du
son, cesser peu à peu de se faire entendre :
Il gagna l’escalier où s’éteignit son pas de
martyr (Courteline). ‖ 3. Fig. En parlant de
passions, de sentiments, disparaître peu à
peu, se calmer : Avec le temps, la passion
des grands voyages s’éteint (Nerval). Son
amitié pour nous s’éteint. ‖ 4. Perdre peu à
peu de ses forces physiques, morales, intel-
lectuelles, de sa vigueur, de sa vivacité : Il
voyait avec peine s’éteindre cette jeunesse
dans ce repos morne et cette tristesse indo-
lente (Gautier). ‖ 5. Mourir doucement :
Venise est là, assise sur le rivage de la mer,
comme une belle femme qui va s’éteindre
avec le jour (Chateaubriand). Le jour où la
France s’éteindrait, le crépuscule se ferait
sur la terre (Hugo). ‖ Famille qui s’éteint,
qui ne laisse aucun descendant.

• SYN. : 2 s’assombrir, s’estomper, se ternir ;


3 se dissiper, s’effacer, s’envoler, s’évanouir,
se perdre ; 4 baisser, décliner ; 5 disparaître,
expirer, mourir, passer (vx), trépasser (vx).

éteint, e [etɛ̃, -ɛ̃t] adj. (part. passé de


éteindre ; fin du XIIe s., Châtelain de Coucy,
au sens 4 ; sens 1, XIIIe s. ; sens 2, 1690,
Furetière ; sens 3, v. 1460, Villon ; sens 5, fin
du XVIIe s., Mme de Sévigné). 1. Qui ne brûle
plus, n’éclaire plus : Foyer éteint. Lampe
éteinte. ‖ 2. Chaux éteinte, chaux que l’on
a hydratée et mélangée au sable (par oppo-
sition à chaux vive). ‖ 3. Qui a perdu son
éclat : Des yeux éteints. C’était une figure
éteinte et triste, avec de petits yeux fanés
(Daudet). ‖ Par anal. Qui a perdu sa force :
Une voix éteinte. ‖ 4. Fig. Qui a perdu sa
vivacité : Une passion éteinte. ‖ 5. Se dit de
quelqu’un qui est sans force, dont les facul-
tés intellectuelles se sont amoindries : Un
homme éteint. Ses gestes sont hiératiques,
tous ses mouvements sûrs et larges [...]. Et
sans être ni éteinte, ni triste, elle est grave
(Suarès).

• SYN. : 3 décoloré, délavé, embu, fade,


falot, fané, passé, terne ; étouffé, sourd ; 5
amorphe, apathique, atone, ramolli (fam.),
sénile, usé, vidé (fam.).

éteinte [etɛ̃t] n. f. (part. passé fém. subs-


tantivé de éteindre ; 1408, Godefroy, écrit
estainte, au sens de « action de s’éteindre »
[en parlant d’une famille] ; adjudication
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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1721
à éteinte de chandelle, 1704, Trévoux ;
éteinte de voix, 1740, Ch. De Brosses). Vx.
État de ce qui est éteint. ‖ Vx. Éteinte de
voix, extinction de voix : Sitôt que j’eus
crié assez fort et assez longtemps pour avoir
une éteinte de voix (De Brosses). ‖ Auj.
Usité seulement dans la loc. adjudication
à l’éteinte de chandelle, adjudication où
l’enchère reste ouverte aussi longtemps que
la chandelle brille.

1. ételle [etɛl] n. f. (origine obscure ; 1864,


Littré). Grande vague qui survient à la suite
du mascaret.

2. ételle [etɛl] n. f. (var. de attelle ; 1877,


Littré). Déchet de bois, plus gros qu’un
copeau, qui est produit par l’abattage des
arbres ou l’équarrissage des grumes à la
cognée.

étemperche n. f. V. ÉTAMPERCHE.

étendage [etɑ̃daʒ] n. m. (de étendre ;


1756, Encyclopédie, au sens 2 ; sens 1 et 3,
1870, Larousse). 1. Action d’étendre des
choses pour les faire sécher : L’étendage
du linge. ‖ 2. Dispositif de perches et de
cordes pour étendre ; bâtiment conçu pour
y étendre des objets à sécher : L’étendage
d’une teinturerie, d’une blanchisserie.
‖ 3. Dans la fabrication du verre à vitres,
opération qui consiste à développer les
manchons de verre, après les avoir fendus
dans le sens de la longueur.

étendard [etɑ̃dar] n. m. (francique


*standhard, inébranlable, de *stand, action
de se tenir debout, déverbal de *standan,
être debout, et de l’adj. *hard, ferme, dur
[l’étendard, généralement placé bien en vue,
était le symbole de la fermeté des soldats
pendant la bataille] ; 1080, Chanson de
Roland, écrit estandart [estendart, v. 1155,
Wace ; étendart, 1636, Monet ; étendard,
1701, Furetière], au sens 1 ; sens 2, 1678,
Jal [« emblème d’une troupe de cavalerie »,
1864, Littré] ; sens 3, XIIe s., Herman de
Valenciennes). 1. Vx. Drapeau de guerre en
général : Nos rois allaient recevoir l’éten-
dard sacré au pied des autels (Massillon).
M. l’abbé Lantaigne [...] tira de sa poche
son foulard rouge, le déploya comme un
étendard (France) ‖ Fig. Lever, déployer,
arborer l’étendard, entrer en action d’une
manière ostentatoire ; se mettre à la tête
d’un mouvement, d’un parti. (Vieilli.)
‖ Lever l’étendard de la révolte, se révolter,
manifester ouvertement son opposition.
‖ 2. Dans la marine ancienne, pavillon de
navire, surtout de galère. ‖ Emblème des
anciennes troupes de cavalerie ; auj., nom
donné au drapeau des régiments du train,
de l’artillerie et de l’arme blindée. ‖ 3. Fig.
Signe distinctif d’une idée pour laquelle on
combat : L’étendard de la religion s’abaissait
lentement sur le Gozo (Vigny). ‖ 4. Pétale
supérieur de la corolle d’une papilionacée.

étenderie [etɑ̃dri] n. f. (de étendre ; 1870,


Larousse). Dans la fabrication du verre,

sorte de rouleau en pierre destiné à l’éten-


dage du verre à vitres.

étendeur, euse [etɑ̃doer, -øz] n. (de


étendre ; 1765, Encyclopédie). Ouvrier,
ouvrière chargé d’étendre le linge ou les
étoffes pour les faire sécher : Les étendeuses
d’une buanderie.

étendoir [etɑ̃dwar] n. m. (de étendre ;


1688, Miege, au sens de « pelle pour étendre
les feuilles d’impression » ; 1752, Trévoux,
au sens de « endroit où on étend un objet
pour le sécher » ; sens actuel, 1834, Landais).
Corde, fil de fer sur lesquels les blanchis-
seuses étendent le linge lavé pour le faire
sécher.

étendre [etɑ̃dr] v. tr. (lat. extendere,


étendre, allonger, élargir, déployer, cou-
cher à terre, agrandir, de ex-, préf. à valeur
intensive, et de tendere, tendre, étendre ;
v. 1120, Psautier d’Oxford, écrit estendre
[étendre, XVIIe s.], au sens 9 ; sens 1, v. 1190,
Garnier de Pont-SainteMaxence ; sens
2-3, 1273, Adenet ; sens 4, v. 1160,
Benoît de Sainte-Maure ; sens 5, 1929, G.
Esnault ; sens 6, 1864, Littré ; sens 7, 1865,
Littré ; sens 8, av. 1673, Molière ; sens 9, 1870,
Racine). [Conj. 46.] 1. Déployer dans toute
sa longueur, sa largeur une chose pliée ou
contractée : Il étendait déjà le bras pour le
saisir par le collet (France). Les oiseaux de la
mer se baignent, étendant leurs ailes (Gide).
Étendre les jambes. ‖ 2. Étaler quelque
chose dans toute sa longueur : Étendre
un tapis sur le plancher. ‖ Spécialem.
Étendre du linge, le déployer et le placer
sur un fil pour le faire sécher. ‖ 3. Coucher
quelqu’un en l’allongeant de tout son long :
Étendre un malade sur un matelas. Nous
la soulevâmes et l’étendîmes tout habillée
(Balzac). ‖ 4. Renverser quelqu’un plus ou
moins brutalement sur le sol : Étendre son
adversaire d’un coup de poing. ‖ 5. Fig. et
fam. Se faire étendre à un examen, à un
concours, échouer. ‖ 6. Donner plus de
longueur et de largeur, accroître les dimen-
sions d’une chose, lui donner plus de lon-
gueur, de largeur : Étendre une plaque de
métal en la martelant. ‖ Étendre une peau,
l’étirer. ‖ 7. Augmenter la quantité d’un
liquide, l’affaiblir en ajoutant de l’eau :
Étendre du vin, un acide. ‖ 8. Par anal.
Couvrir en appliquant une ou plusieurs
couches minces de : Étendre du beurre
sur une tartine, de la peinture sur un mur.
‖ Couvrir en répandant ou en éparpillant
quelque chose : Étendre de la paille sur le
sol pour y dormir. Trois ou quatre vieilles
femmes étendent des grains sur la roche
unie (Taine). ‖ 9. Porter plus loin les
limites d’un espace, les reculer : Étendre
les frontières d’un pays par une politique
d’annexion. ‖ 10. Fig. Rendre plus large,
donner une plus grande portée : Étendre
ses relations dans le monde, ses connais-
sances. Étendre le sens d’un mot, les clauses
d’un contrat. Cette firme étend son activité
à tous les secteurs de l’industrie textile. Le

Christ étendit à son tour sa miséricorde et


sa grâce sur les juives : il ressuscita le fils
de la veuve de Naïm et le frère de Marthe
(Chateaubriand). ‖ Étendre la vue, por-
ter les regards sur un point plus éloigné.
‖ Spécialem. Développer plus largement
en complétant, en précisant, en illustrant
par des exemples.

• SYN. : 1 allonger, déplier, éployer, étirer,


tendre ; 2 dérouler ; 4 abattre, culbuter, ter-
rasser ; 6 détirer, étirer ; allonger ; 7 étaler ;
parsemer, semer ; 8 pousser, repousser ; 9
accroître, agrandir, augmenter, élargir, enri-
chir, propager ; amplifier, délayer (fam.),
paraphraser. — CONTR. : 1 contracter, plier,
replier ; 2 rouler ; 6 comprimer, recroque-
viller, rétrécir ; concentrer ; 8 raccourcir,
rapetisser ; 9 borner, circonscrire, limiter,
restreindre.

& s’étendre v. pr. (sens 1, av. 1265, J. de


Meung ; sens 2, 1673, Molière ; sens 3, 1690,
Furetière ; sens 4, v. 1283, Beaumanoir ; sens
5, 1273, Adenet ; sens 6, av. 1662, Pascal ;
sens 7, 1580, Montaigne). 1. Occuper un
certain espace : La chambre où ma mère
accoucha domine une partie déserte des
murs de la ville, et à travers les fenêtres
de cette chambre on aperçoit une mer
qui s’étend à perte de vue, en se brisant
sur des écueils (Chateaubriand). La gorge
étroite semblait s’étendre vers la mer
(Flaubert). ‖ 2. S’allonger de tout son
long : Secrètement fatigué, il prit le parti
de s’étendre (Colette). ‖ 3. Occuper plus
de longueur, de largeur, de surface ; être
étendu : L’or s’étend facilement au marteau.
Les troupes s’étendent dans la plaine. L’aube
s’étend sur la colline. ‖ 4. Fig. Augmenter
l’étendue de ses biens, développer sa puis-
sance : Un propriétaire, une nation qui
s’étend de tous côtés. ‖ 5. Fig. Prendre plus
d’extension, plus d’importance : La grève
s’étend. Et d’abord, tout empire qui s’étend
sans mesure perd de sa force ; presque tou-
jours il se divise ; on verrait bientôt deux ou
trois Russies ennemies les unes des autres
(Chateaubriand). Jean-Jacques avait bien
raison de s’en prendre aux moeurs des villes
d’un principe de corruption qui s’étend
plus tard jusqu’aux campagnes (Nerval).
‖ 6. Durer pendant un certain temps :
On appelle « Renaissance » la période
qui s’étend, en France, de l’avènement de
François Ier au sacre de Henri IV. ‖ 7. Fig.
Se laisser aller à un long développement :
Je m’étends ici parce que ce fut le premier
grand homme dont me fut tracé ainsi, en
famille, le portrait d’après nature (Vigny).
• SYN. : 1 s’allonger, s’étaler ; 2 se coucher ;
3 se déployer, s’étirer ; 5 augmenter, croître,
se développer, envahir, s’intensifier, pro-
gresser ; 6 couvrir, embrasser ; 7 délayer
(fam.), insister.

étendu, e [etɑ̃dy] adj. (part. passé de


étendre ; XIIe s., Roncevaux, au sens 1 ; sens
2, 1647, Descartes [pour un liquide, 1827,
Chateaubriand] ; sens 3, 1657, Pascal ; sens
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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1722

4, 1864, Littré). 1. Que l’on a déployé lar-


gement : Des ailes étendues. Mais songeant
au plaisir que j’aurais vers le soir [...] | À
voir la blanche nappe étendue sur la table
(Lamartine). ‖ 2. Qui occupe une vaste
surface : Un lac très étendu. ‖ Spécialem.
Se dit d’un liquide auquel on a ajouté de
l’eau pour en augmenter le volume et en
diminuer la force : Un vin étendu. ‖ 3. Fig.
Considérable par son pouvoir ou ses capa-
cités ; dont les limites sont plus larges que
les limites communes : Des connaissances
étendues. Si étendu que soit le génie d’un
homme [...], la fonction officielle le dimi-
nue toujours un peu (Baudelaire). ‖ 4. Qui
s’applique à un grand nombre de choses : Le
mot « voler » a une acception plus étendue
que « dévaliser ».
• SYN. : 1 éployé (littér.) ; 2 grand, immense,
spacieux ; 3 ample, important, vaste ; 4
large. — CONTR. : 1 exigu, minuscule, petit,
réduit ; Concentré ; 2 plié, recroquevillé,
replié, roulé ; 3 borné, étroit, limité ; 4
restreint.

étendue [etɑ̃dy] n. f. (part. passé fém.


substantivé de étendre [a supplanté l’anc.
franç. estente, étendue — XIIe-XVIe s. —,
lat. pop. *extendita, part. passé fém. subs-
tantivé de extendere, lat. class. extensa,
extenta, v. ÉTENDRE] ; XVe s., Godefroy,
écrit estendue [étendue, XVIIe s.], aux sens
2-3 ; sens 1, 1649, Descartes ; sens 4, 1674,
Boileau ; sens 5-6, 1690, Furetière ; sens 7,
1684, Mme de Sévigné ; sens 8, 1656, Pascal).
1. Propriété fondamentale de la matière,
par laquelle les corps occupent de l’espace :
La question se réduit à savoir si cette idée
de l’étendue est une modalité de l’âme ; je
prétends que non, parce que cette idée est
trop vaste, qu’elle est infinie (Malebranche).
‖ 2. Portion de l’espace occupée par un
corps : Ces grandes pentes vertes dressées
presque d’aplomb sur l’étendue de la mer
(Flaubert). En géométrie, un point n’a pas
d’étendue. ‖ 3. Dans le langage courant,
dimension d’un corps considéré dans sa
superficie : Quand ma mère en avait hérité
[des terres], c’étaient des étendues stériles
(Mauriac). ‖ 4. Par extens. Développement
plus ou moins important : L’étendue d’un
discours. ‖ 5. En parlant de la vue, de la
voix, d’une arme, leur portée dans l’es-
pace : L’étendue d’un regard. L’étendue
d’un tir de mortier. ‖ 6. Distance com-
prise entre les sons extrêmes d’une voix,
d’une mélodie. ‖ 7. Par anal. Partie de la
durée qu’embrasse une chose : L’étendue
du règne de Louis XIV. ‖ 8. Fig. Ce qu’une
chose embrasse, implique ; importance qui
en résulte : Je ne pouvais, disait-il, mesurer
l’étendue de sa faute (Mauriac). Accroître
l’étendue de ses connaissances.

• SYN. : 2 grandeur, surface ; 3 espace ; 4


ampleur, longueur ; 6 clavier, registre ; 7
durée, époque, période, siècle, temps ; 8
ampleur, envergure, extension, champ,
largeur, portée.

éternel, elle [etɛrnɛl] adj. (bas lat.


aeternalis, éternel, du lat. class. aeternus,
même sens, lat. archaïque aeviternus, dér.
de aevum, la durée, le temps ; v. 1160,
Benoît de Sainte-Maure, écrit eternal [éter-
nel, XIIIe s.], au sens 1 ; sens 2, 1677, Bossuet ;
sens 3, 1667, Racine ; sens 4, av. 1559,
J. Du Bellay ; sens 5, 1690, Furetière ; sens 6,
1669, Racine ; sens 7, 1707, Lesage). 1. Qui
n’a, dans le temps, ni commencement ni
fin : Dieu est éternel. L’aigle, un soir, planait
aux voûtes éternelles (Hugo). ‖ Père éternel,
Dieu le Père dans la tradition chrétienne,
première personne de la Trinité. ‖ Verbe
éternel, nom donné à Dieu le Fils, seconde
personne de la Trinité. ‖ Royaume, séjour
éternel, ciel, paradis. ‖ Par extens. Se dit
de tout ce qui procède de Dieu, lui est
relatif : Sagesse éternelle. ‖ 2. Au sens
philosophique, qui a toujours existé et
existera toujours, qui est immuable : Les
Idées, dans la philosophie de Platon, sont
éternelles. Vérité éternelle. ‖ 3. Par extens.
Qui a eu un commencement, mais qui n’a
ou n’aura pas de fin ; qui existe depuis tou-
jours, par rapport à l’existence humaine :
Mesurer l’agonie éternelle à notre heure !
(Leconte de Lisle). Ainsi toujours pous-
sés vers de nouveaux rivages, | Dans la
nuit éternelle emportés sans retour...
(Lamartine). ‖ Le silence éternel, le repos,
le sommeil éternel, la nuit éternelle, la mort.
‖ Adieu éternel, adieu fait à une personne
qu’on ne reverra jamais, à un mort. ‖ Salut,
bonheur éternel, vie éternelle, bonheur sans
fin des élus. ‖ Feu éternel, supplice sans
fin des damnés. ‖ L’homme éternel, ce qui
est commun à l’homme de tous les temps,
de tous les pays, de tous les milieux ; ce
qui caractérise l’homme en général, l’hu-
manité. ‖ 4. Qui existe depuis un temps
immémorial et qui semble ne devoir
jamais prendre fin : Les neiges éternelles.
Une éternelle jeunesse. Le silence éternel
[...] étendait sa puissance sur les montagnes
(Chateaubriand). ‖ La Ville éternelle,
Rome, à qui les Romains promettaient
un empire sans fin et que les catholiques
considèrent comme le siège immuable
du chef de l’Église. ‖ 5. Qui se manifeste
depuis toujours ; qui se renouvelle sans
cesse : On faisait sur Mme Albertine cent
récits. C’était l’éternelle curiosité des pen-
sionnaires (Hugo). Éternels abus de la force.
‖ 6. Par exagér. Se dit d’une personne qui
semble ne devoir jamais s’arrêter : Un éter-
nel bavard. ‖ Par exagér. Se dit d’une chose
qui semble ne devoir jamais cesser : Jurer
un amour éternel. Regrets éternels. ‖ Péjor.
Se dit d’une chose qui fatigue par sa durée,
sa répétition : On les verra, peuple léger,
peuple mobile, pendant quatre années éter-
nelles, en dépit des pertes les plus lourdes,
des déceptions les plus douloureuses, non
seulement tenir, non seulement multiplier
les plus dures attaques... (Valéry). C’était
comme un reproche éternel qui marchait
dans la maison (Baudelaire). Plaintes éter-
nelles. ‖ 7. Précédé de l’adj. poss. et suivi
d’un nom, marque une association perma-
nente avec quelqu’un ou quelque chose :
Je montais vers la petite, que je trouvais
installée dans le salon jonquille, à broder
ses éternelles pantoufles (Daudet).

• SYN. : 3 infini, perpétuel ; 4 durable, impé-


rissable, inaltérable, indéfectible, indestruc-
tible ; 5 constant, continuel, permanent ;
6 interminable, sempiternel (fam.) ; 7 inévi-
table, inséparable. — CONTR. : 3 temporel ;
4 éphémère, fragile, fugitif, périssable, pré-
caire ; 5 momentané, passager, provisoire,
temporaire ; 6 bref, court.

& éternel n. m. (sens 1, 1677, Bossuet


[l’Éternel, v. 1530, C. Marot ; sens 2, début
du XXe s.]). 1. Ce qui n’a ni commencement
ni fin ; ce qui est immuable (par oppo-
sition à temporel) : L’homme monte tou-
jours du fini à l’infini, du temps à l’éternel
(Pelletan). ‖ L’Éternel, Dieu (prend une
majuscule en ce sens) : Quelques années
échappées des mains de l’Éternel feront jus-
tice de tous ces bruits par un silence sans
fin (Chateaubriand). ‖ 2. Fam. L’éternel
féminin, se dit pour désigner certains traits
permanents du caractère féminin : charme,
faculté d’inspirer l’amour, et aussi coquet-
terie, duplicité, etc.

éternellement [etɛrnɛlmɑ̃] adv. (de


éternel ; v. 1265, Br. Latini, écrit eternel-
ment [éternellement, XVIe s.], au sens 1 ;
sens 2, av. 1549, Marguerite de Navarre ;
sens 3, 1666, Molière). 1. Hors du temps ;
sans commencement ni fin : Dieu existe
éternellement. ‖ 2. Par extens. Sans fin, à
jamais, pour toujours : Je supposais volon-
tiers quelque religieuse du Midi [...] atten-
dant éternellement celui qui ne reviendra
pas (Sainte-Beuve). ‖ 3. Par exagér. D’une
façon continue ou fréquente, sans cesse :
Dehors, il faisait jour, éternellement jour
(Loti). ‖ Péjor. D’une façon permanente et
inévitable : Il n’y a pas de [...] maisons où je
ne sache quelle est la fille ou la vieille femme
dont la tête stupide se dessine éternellement
à la fenêtre (Musset). M. Eyssette, de le voir
éternellement la larme à l’oeil, avait fini
par le prendre en grippe et l’abreuvait de
taloches (Daudet).

• SYN. : 2 indéfiniment, interminablement ;


3 constamment, continuellement, inévita-
blement, perpétuellement, sempiternelle-
ment (fam.), toujours.

éternisation [etɛrnizasjɔ̃] n. f. (de éterni-


éternisation [etɛrnizasjɔ̃] n. f. (de éterni-
ser ; 25 mars 1876, Gazette des tribunaux).
Action de rendre éternel, de faire durer
toujours ; état qui en résulte : L’art, c’est
l’éternisation (Goncourt).

éterniser [etɛrnize] v. tr. (dér. savant du


lat. aeternus, éternel [v. ÉTERNEL] ; 1552,
Ronsard, aux sens 1-2). 1. Class. et littér.
Rendre éternel, faire durer toujours : Il
n’y avait rien qu’ils [les philosophes] ne
fissent pour éterniser leur réputation (La
Rochefoucauld). As-tu l’espoir d’éter-
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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1723

niser le bruit de ta vertu ? (Heredia).


‖ 2. Prolonger d’une façon durable ;
faire durer longtemps : Au défaut de ses
joies, il [l’amour] cherche à éterniser ses
douleurs (Chateaubriand). ‖ Par extens.
Prolonger trop longtemps, traîner en lon-
gueur : D’ailleurs, elle se plaisait à prolon-
ger toute querelle qui paraissait éterniser
la lutte morale (Balzac). Va-t’en... Mais,
par charité, n’éternise pas mon supplice
(Courteline). Éterniser une discussion.

• SYN. : 2 perpétuer.

& s’éterniser v. pr. (sens 1, 1552, Ronsard ;


sens 2, 1764, Voltaire ; sens 3, av. 1872,
Th. Gautier ; sens 4, 1864, Littré). 1. Littér.
Se rendre immortel : Il n’est pas donné
aux hommes de se renouveler à volonté
et de s’éterniser (Sainte-Beuve). ‖ 2. Se
perpétuer, se prolonger indéfiniment :
On pensait, sous l’Ancien Régime, que la
monarchie s’éterniserait. ‖ 3. Demeurer
très longtemps : Deux ramiers blancs aux
pieds rosés | Au nid où l’amour s’éternise
| Un soir de mai se sont posés (Gautier).
‖ 4. Fam. Durer trop longtemps : Mais,
mon ami, vous savez bien qu’il n’y a rien de
tel pour s’éterniser que les situations fausses
(Gide). La querelle menaçait de s’éterniser
(Duhamel). ‖ Spécialem. S’attarder trop
longtemps dans une occupation, dans un
lieu : Si elle s’éternisait devant son miroir,
c’était pure paresse (Rolland). ‖ Ne pas
savoir prendre congé : Une dame intolé-
rable qui s’était éternisée (Bernstein). La
caractéristique d’un infirmier : n’être jamais
à portée d’appel quand on a un urgent besoin
de lui — et s’éterniser dans la chambre aux
moments où sa présence est insupportable-
ment inopportune (Martin du Gard).

• SYN. : 2 continuer, durer, se maintenir,


subsister, survivre ; 3 s’attarder ; 4 traîner.

éternité [etɛrnite] n. f. (lat. aeternitas,


éternité, durée éternelle, de aeternus, éter-
nel [v. ÉTERNEL] ; v. 1160, Benoît de Sainte-
Maure, au sens 1 ; sens 2, 1647, Rotrou ; sens
3, 1688, Mme de Sévigné ; sens 4, début du
XVIIe s., Malherbe ; sens 5, 1646, Corneille).
1. Durée éternelle, sans commencement
ni fin : L’éternité de Dieu. ‖ 2. Durée qui
a un commencement, mais qui n’a pas de
fin : J’ai souvent vu bâtir pour l’éternité des
châteaux plus vite écroulés que mes palais
de sable (Chateaubriand). ‖ 3. La vie éter-
nelle dans l’au-delà, réservée aux âmes des
justes : La pensée de l’éternité console de la
rapidité de la vie (Malesherbes). ‖ 4. Par
anal. L’immortalité assurée par la gloire :
Entrer dans l’éternité. ‖ 5. Durée indéfi-
nie : Pour promettre l’éternité de l’amour,
il faudrait pouvoir promettre l’éternité de
la jeunesse, de la beauté, de l’imagination
(P. Janet). ‖ De toute éternité, depuis
un temps indéterminé, depuis toujours.
‖ Fam. Long moment, durée excessive :
Après quelques semaines de labeur, des
éternités de labeur (Gide).

• SYN. : 3 immortalité ; 5 pérennité.

éternuement [etɛrnymɑ̃] n. m. (de éter-


nuer ; début du XIIIe s., écrit esternuement ;
éternuement, 1636, Monet). Mouvement
subit et convulsif des muscles respiratoires
par lequel l’air inspiré est chassé avec vio-
lence par le nez et par la bouche : Un éter-
nuement occasionne parfois la rupture d’un
anévrisme (Flaubert).

• SYN. : sternutation.

éternuer [etɛrnɥe] v. intr. (lat. impér.


sternutare, éternuer souvent, fréquentatif
du lat. class. sternuere, éternuer ; fin du
XIe s., Gloses de Raschi, écrit esternuder
[esternuer, v. 1175, Chr. de Troyes ; éter-
nuer, 1636, Monet], au sens 1 ; sens 2, av.
1850, Balzac [... dans le son ; ... dans le sac,
1867, Delvau]). 1. Chasser brusquement et
bruyamment par le nez et par la bouche
l’air inspiré. ‖ Poudre à éternuer, substance
poivrée destinée à provoquer l’éternue-
ment. ‖ 2. Arg. Éternuer dans le son ou
dans le sac, être guillotiné.

étésien [etezjɛ̃] adj. m. (du lat. etesiae,


n. m. plur., « vents étésiens », gr. etêsiai
[anemoi, « vents »], n. m. plur., « vents
périodiques », de l’adj. etêsios, annuel, dér.
de etos, année ; 1531, E. de Laigue, écrit
[vents] étésies ; [vents] étésiens, 1542, Du
Pinet). Vents étésiens, vents qui soufflent
périodiquement du nord, en Méditerranée
orientale, pendant l’été.

étêtage [etɛtaʒ] n. m. (de étêter ; 1870,


Larousse). Opération consistant à étêter
un arbre.

• REM. On dit aussi ÉTÊTEMENT (1611,


Cotgrave, écrit étestement ; étêtement,
1701, Histoire de l’Acad. des sciences).

étêter [etɛte] v. tr. (de é-, es- [lat. ex-,


préf. à valeur privative], et de tête [v. ce
mot] ; 1288, Renart le Nouvel, écrit étester
[étêter, XVIIe s.], au sens 1 ; sens 2, 1553,
Journal du sire de Gouberville ; sens 3, 1961,
Larousse). 1. Couper, enlever la tête d’un
animal : Étêter une grenouille. ‖ 2. Par
anal. Couper la cime d’un arbre ou la tête
d’un clou : Étêter un chêne. ‖ 3. En pétro-
chimie, enlever la fraction la plus légère
d’un produit, ou « tête » de distillation.

• SYN. : 1 décapiter ; 2 écimer.

éteuf [etoef] n. m. (francique *stôt, balle ;


XIIIe s., Godefroy, écrit estue, estuet, estuef
[estueuf, v. 1380, Aalma ; esteuf, v. 1460,
Villon ; éteuf, 1660, Chapelain], au sens 1 ;
sens 2, 1907, Larousse). 1. Balle dure, en
cuir ou en drap, avec laquelle on jouait à la
longue paume. ‖ Class. et fig. Courir après
son éteuf, s’efforcer de ressaisir une chance,
une occasion qu’on a laissé échapper ; ne
pas lâcher ce qui est sûr : M. le Premier
Président [...] ne douta, non plus que moi,
que le cardinal Mazarin, selon sa bonne
coutume, ne courût après son éteuf (Retz).
‖ 2. Boule d’étoupe garnissant la pointe
du fleuret.

éteule [etoel] n. f. (var. picarde de l’anc.


franç. estoble, chaume qui reste sur le
champ après la moisson [fin du XIe s.,
Gloses de Raschi], bas lat. stupula, lat. class.
stipula, tige des céréales, dér. de stipare,
mettre dru, entasser ; fin du XIIe s., l’Es-
coufle, écrit esteule ; éteule, 1636, Monet).
Chaume qui reste sur place dans le champ,
après la moisson : Un vent de bise couche
au ras de terre les herbes sèches des éteules
(Theuriet). ‖ Par extens. Le champ couvert
d’éteules : Au fond, inondée de lumière, telle
qu’après la moisson, la plaine immense :
des éteules et, déjà, des terres labourées
(Claudel).

éthane [etan] n. m. (de éth[er], avec le suff.


scientif. -ane ; 1900, Larousse). En chimie,
carbure d’hydrogène saturé, se présentant
sous l’aspect d’un gaz incolore et inodore.

éthanol [etanɔl] n. m. (de éthane, avec


le suff. scientif. -ol ; 1933, Larousse). En
chimie, syn. de ALCOOL ÉTHYLIQUE.

éther [etɛr] n. m. (lat. aether, air subtil


des régions supérieures qui enveloppe
l’atmosphère, espaces aériens, ciel, air, gr.
aithêr, mêmes sens, dér. de aithein, faire
brûler, être en feu ; v. 1120, Psautier de
Cambridge, écrit éthere [éther, milieu du
XIIIe s., Image du Monde], au sens 1 ; sens
2-4, début du XVIIIe s.). 1. Selon la concep-
tion des Anciens, la partie la plus subtile de
l’air, qui formait le feu et qui emplissait les
espaces au-delà de l’atmosphère terrestre.
‖ Par extens. et poétiq. L’atmosphère, l’air,
le ciel : Vous planez dans l’éther tout semé
d’étincelles (Lamartine). Je suis l’enfant de
l’air, un sylphe, moins qu’un rêve | Diaphane
habitant de l’invisible éther (Hugo). Par-
delà le soleil, par-delà les éthers | Par-delà
les confins des sphères étoilées (Baudelaire).
‖ 2. Vx. En physique, fluide impondérable
et élastique qui, d’après certaines théories,
est présent partout et dont la conception
permettrait d’expliquer de nombreux phé-
nomènes physiques : Chacune des étoiles
mobiles, faisant vibrer l’éther selon sa
vitesse, communique à l’étendue le son qui
est le propre de son nombre (Valéry). ‖ 3. En
chimie, composé organique résultant de la
combinaison, avec élimination d’eau, d’un
alcool avec un acide ou bien avec lui-même
ou un autre alcool. ‖ 4. Nom donné com-
munément à l’oxyde d’éthyle, liquide très
volatil et inflammable, bon solvant, utilisé
en pharmacie, particulièrement comme
antiseptique et comme anesthésique :
Avec un tampon imbibé d’éther, il nettoya
la place de la piqûre, et, d’un mouvement
preste, piqua profondément l’aiguille dans
le muscle (Martin du Gard).

éthéré, e [etere] adj. (lat. aethereus,


var. de aetherius, éthéré, céleste, aérien,
gr. aitherios, de nature éthérée ou céleste,
dér. de aithêr [v. ÉTHER] ; XVe s., au sens
1 ; sens 2, 1552, Rabelais ; sens 3, av. 1850,
Balzac ; sens 4-5, 1864, Littré). 1. Vx et littér.
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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE


1724

De la nature de l’éther ; relatif à l’éther,


aux espaces célestes : L’atmosphère éthérée
de la Terre est de 68 000 lieues (Raspail).
‖ La matière éthérée, éther des Anciens
ou des Modernes. ‖ Les régions éthérées,
les espaces occupés par l’éther. ‖ Poét.
La voûte, la plaine éthérée, le firmament.
‖ 2. Fig. et littér. Qui est d’une légèreté
exceptionnelle : Une danseuse éthérée,
toujours habillée de blanc et dont les
chastes mouvements laissaient toutes les
consciences en repos (Baudelaire). ‖ Qui est
impalpable ou fugitif : La musique se faisait
aérienne, éthérée (Samain). ‖ 3. Fig. Qui
est au-dessus des sentiments communs et
impurs : Cette pensée m’éleva soudain à des
hauteurs éthérées (Balzac). ‖ 4. En chimie,
qui a la nature de l’éther : Des vapeurs éthé-
rées. ‖ 5. Qui est relatif à l’éther pharma-
ceutique : Une odeur éthérée. Une eau, une
solution éthérée.

• SYN. : 3 élevé, sublime. — CONTR. : 3 bas,


grossier, prosaïque.

éthéréen, enne [etereɛ̃, -ɛn] adj. (de


éther ; milieu du XIXe s., Baudelaire, au sens
3 ; sens 1-2, 1870, Larousse). 1. Surnom des
dieux célestes dans la mythologie grecque.
‖ 2. Vx et littér. Qui appartient à l’univers
céleste : L’éclairage sidéral de la lumière
éthéréenne (Banville). ‖ 3. Fig. Qui est
relatif au monde idéal des pensées nobles
et des sentiments purs : Mais enfin, direz-
vous, si lyrique que soit le poète, peut-il
donc ne jamais descendre des régions éthé-
réennes, ne jamais sentir le courant de la
vie ambiante ? (Baudelaire).

éthérification [eterifikasjɔ̃] n. f. (de


éthérifier ; milieu du XIXe s.). En chimie,
transformation d’un alcool ou d’un acide
en éther.

éthérifier [eterifje] v. tr. (de éthéri-, élé-


ment tiré de éther, et de -fier, lat. facere,
faire ; 1842, Acad.). Transformer en éther,
soumettre à l’éthérification.

éthérisation [eterizasjɔ̃] n. f. (de


éthériser ; milieu du XIXe s., aux sens
1-2). 1. Action d’éthériser ; son résul-
tat. ‖ 2. Mode d’anesthésie générale qui
consiste à faire respirer des vapeurs d’éther.

éthériser [eterize] v. tr. (de éther ; 1842,


Acad., au sens 1 ; sens 2, 1855, Nysten ;
sens 3, 1870, Larousse). 1. Vx. Combiner
avec l’éther : Éthériser un liquide. ‖ 2. Vx.
Rendre insensible et inconscient en fai-
sant respirer des vapeurs d’éther : Éthériser
un malade pour l’opérer. ‖ 3. Vx et littér.
Frapper d’insensibilité : Quelques insectes
ont un art pour magnétiser ou éthériser
l’ennemi (Michelet).

éthérisme [eterism] n. m. (de éther ;


1855, Nysten, au sens 1 ; sens 2, 1870,
Larousse). 1. Vx. État d’insensibilité et
d’inconscience provoqué par l’aspira-
tion de vapeurs d’éther. ‖ 2. Par extens.
Ensemble de phénomènes pathologiques

provoqués par l’absorption d’éther sous


forme de vapeurs ou de boisson.

éthéromane [eterɔman] n. et adj. (de


éthéromanie ; 1888, Larousse). Se dit d’une
personne qui se drogue en absorbant de
l’éther : C’est un véritable sérail d’hystéro-
épileptiques et d’éthéromanes qu’il s’est
formé (Huysmans). Devenus éthéromanes
par dévotion baudelairienne (Proust).

éthéromanie [eterɔmani] n. f. (de


éthéro-, élément tiré de éther, et de -manie,
gr. mania, folie ; 1888, Larousse). Besoin
maladif de boire ou de respirer de l’éther.

éthiopien, enne [etjɔpjɛ̃, -ɛn] n. et adj.


(de Éthiopie, n. géogr. ; 1756, Encyclopédie).
Relatif à l’Éthiopie ; qui habite l’Éthiopie
ou qui en est originaire.

éthiopique [etjɔpik] adj. (de Éthiopie, n.


géogr., ou du lat. Aethiopicus, éthiopien, gr.
Aithiopikos, même sens, dér. de Aithiops
[v. l’art. suiv.] ; 1870, Larousse). Relatif à
l’Éthiopie ou aux Éthiopiens : Le climat
éthiopique.

éthiops [etjɔps] n. m. (lat. AEthiops,


Éthiopien, gr. Aithiops, même sens, pro-
prem. « au visage brûlé », de aithein, brûler,
et de ôps, vue, visage ; 1752, Trévoux, écrit
aethiops ; éthiops, 1762, Acad.). Dans la
chimie ancienne, nom donné à certains
oxydes ou sulfures métalliques de couleur
noire.

éthique [etik] n. f. (bas lat. ethica, n. f.,


« éthique, morale », du gr. êthikon, même
sens, neutre substantivé de l’adj. êthikos [v.
ci-dessous] ; v. 1265, Br. Latini, au sens 1 ;
sens 2, av. 1778, Diderot ; sens 3, v. 1361,
Oresme). 1. Partie de la philosophie qui
a pour objet les problèmes relevant de
la morale théorique ou fondamentale.
‖ 2. Système particulier de règles de
conduite : Vous ne sauriez croire [...] com-
bien une éthique erronée empêche le libre
développement de la faculté créatrice (Gide).
‖ 3. Par extens. Traité de morale : Rien ne
m’amuse plus qu’une éthique, répondis-je,
et je m’y contente l’esprit (Gide).

• SYN. : 2 morale.

& adj. (lat. ethicus, moral, qui concerne les


moeurs, la morale, gr. êthikos, mêmes sens,
dér. de êthos, caractère habituel, manière
d’être ; milieu du XVIe s.). Qui a rapport à
la science de la morale : Un traité éthique.

ethmoïde [ɛtmɔid] adj. et n. m. (gr. êth-


moeidês, [os] ethmoïde, proprem. « pareil
à un crible », de êthmos, crible, passoire,
et de eidos, forme, aspect ; v. 1560, Paré).
Se dit d’un os situé à la base du crâne, en
arrière de l’os frontal, et qui est criblé de
petits trous.

ethnarchie [ɛtnarʃi] n. f. (gr. ethnarkhia,


charge d’ethnarque, de ethnarkhês [v.
l’art. suiv.] ; 1569, Huguet, aux sens 1-2).
1. Dignité d’ethnarque. ‖ 2. Province

de l’Empire romain gouvernée par un


ethnarque.

ethnarque [ɛtnark] n. m. (gr. ethnarkhês,


gouverneur ou chef d’un peuple, gouver-
neur d’une province, ethnarque, de eth-
nos [v. ETHNIE] et de arkhein, commander,
être le chef ; XVIe s., Huguet). Chef, à la
fois administrateur et juge suprême, qui
dirigeait certaines communautés juives à
l’époque romaine.

ethnie [ɛtni] n. f. (dér. savant du gr. eth-


nos, toute classe d’êtres de condition com-
mune, race, peuple, nation ; 1930, Larousse).
Groupement organique d’individus de
même culture et parlant la même langue :
L’ethnie française comprend le Canada
français, la Belgique wallonne et la Suisse
romande.

ethnique [ɛtnik] adj. (bas lat. ecclés. eth-


nicus, des païens, gr. ethnikos, national,
qui indique la race ou le lieu d’origine, de
ethnos [v. ETHNIE] ; XIIIe s., écrit etnique
[ethnique, v. 1530, C. Marot], au sens 1 ;
sens 2, 1752, Trévoux ; sens 3, 1890, Dict.
général). 1. Ancienn. Dans les auteurs ecclé-
siastiques, qui appartient aux païens ou
aux Gentils : Les superstitions ethniques.
‖ 2. Qui désigne les habitants d’une nation,
d’un pays : Français, Italien sont des noms
ethniques. ‖ 3. Se dit de tout ce qui est
propre à l’ensemble des habitants d’un
pays ; qui exprime le caractère du grou-
pement culturel d’une population, par
opposition aux caractères des individus :
Une influence ethnique. ‖ Propre à une
race, à un peuple : Car c’était chez elle que
M. Swann faisait acheter son pain d’épice,
et, par hygiène, il en consommait beaucoup,
souffrant d’un eczéma ethnique (Proust).
• SYN. : 1 idolâtre ; 3 racial.

ethno- [ɛtnɔ], élément tiré du gr. eth-


nos, toute classe d’êtres de condition
commune, race, peuple, nation, tribu, et
entrant dans la composition de certains
mots scientifiques.

ethnocentrique [ɛtnɔsɑ̃trik] adj. (de


ethno- et de centre ; milieu du XXe s.). Relatif
à l’ethnocentrisme : Comportement ethno-
centrique d’un individu.

ethnocentrisme [ɛtnɔsɑ̃trism] n. m.
(de ethnocentrique ; milieu du XXe s.). En
psychologie sociale, sentiment élémentaire
d’appartenir à un groupe social (nation,
ethnie, etc.), considéré dans le comporte-
ment des individus membres servant de
modèle.

ethnographe [ɛtnɔgraf] n. (de ethno-


graphie ; 1827, Acad.). Savant, chercheur
spécialisé dans l’ethnographie.

ethnographie [ɛtnɔgrafi] n. f. (de


ethno- et de -graphie, du gr. graphein,
écrire, décrire ; 1823, Boiste). Branche des
sciences humaines qui a pour objet l’étude
descriptive et analytique de toutes les acti-
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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1725

vités d’un peuple, d’un groupe humain


déterminé.

ethnographique [ɛtnɔgrafik] adj. (de


ethnographie ; 1829, Boiste). Qui a rap-
port à l’ethnographie : Une recherche
ethnographique.

ethnolinguiste [ɛtnɔlɛ̃gɥist] n. (de


ethnolinguistique ; milieu du XXe s.).
Spécialiste d’ethnolinguistique.
ethnolinguistique [ɛtnɔlɛ̃gɥistik] n. f.
(de ethno- et de linguistique ; milieu du
XXe s., comme n. f. et adj.). Ensemble des
disciplines qui étudient le langage des
peuples sans écriture et les relations, chez
ces peuples, entre le langage, la culture et
la société.

& adj. Relatif à l’ethnolinguistique.

ethnologie [ɛtnɔlɔʒi] n. f. (de ethno- et de


-logie, du gr. logos, science, discours ; 1834,
Landais). Branche des sciences humaines
qui a pour objet la connaissance de l’en-
semble des caractères d’un peuple, d’un
groupe humain, afin d’établir les lignes
générales de la structure et de l’évolution
des sociétés : L’ethnologie emprunte ses
matériaux à l’ethnographie, à la sociologie
et à la linguistique.

ethnologique [ɛtnɔlɔʒik] adj. (de


ethnologie ; 1849, Bescherelle). Relatif à
l’ethnologie.

ethnologiquement [ɛtnɔlɔʒikmɑ̃] adv.


(de ethnologique ; 19 déc. 1874, Journ. offi-
ciel).) Du point de vue ethnologique.

ethnologue [ɛtnɔlɔg] n. (de ethnologie ;


1870, Larousse). Savant, chercheur spécia-
lisé dans l’ethnologie.

• REM. On dit aussi ETHNOLOGISTE (1849,


Bescherelle).

ethnomusicologie [ɛtnɔmyzikɔlɔʒi]
n. f. (de ethno- et de musicologie ; milieu
du XXe s.). Branche de la musicologie qui
étudie la musique des sociétés dites « pri-
mitives », la musique populaire des sociétés
plus évoluées.

ethnomusicologue [ɛtnɔmyzikɔlɔg]
n. (de ethnomusicologie ; milieu du XXe s.).
Spécialiste d’ethnomusicologie.

ethnopsychiatrie [ɛtnɔpsikjatri] n. f.
(de ethno- et de psychiatrie ; milieu du
XXe s.). Étude des maladies mentales en
rapport avec les faits sociaux propres aux
cultures sans écriture, à l’écart des sociétés
industrielles.

éthocrate [etɔkrat] n. (de éthocratie ;


1870, Larousse). Partisan de l’éthocratie.

éthocratie [etɔkrasi] n. f. (de étho-, élé-


ment tiré du gr. êthos, caractère, manière
d’être, moeurs, et de -cratie, du gr. kratein,
dominer, régner, commander, dér. de kra-
tos, force, domination, puissance, autorité ;
1870, Larousse). Gouvernement, organi-

sation économique et sociale qui seraient


fondés sur la seule morale.

éthocratique [etɔkratik] adj. (de


éthocratie ; 1870, Larousse). Relatif à
l’éthocratie.

éthogramme [etɔgram] n. m. (de étho-,


élément tiré du gr. êthos, caractère habi-
tuel, coutume, usage, et de -gramme, gr.
gramma, caractère d’écriture, écriture,
dér. de graphein, écrire ; milieu du XXe s.).
Description aussi complète que possible
des réactions à certaines stimulations et
du comportement spontané des individus
d’une espèce animale, en vue de les distin-
guer d’une autre espèce très voisine.

éthologie [etɔlɔʒi] n. f. (de étho-, élément


tiré du gr. êthos [v. ÉTHOCRATIE], et de
-logie, du gr. logos, science, discours ; 1611,
Cotgrave, au sens 2 ; sens 1, 1888, Larousse ;
sens 3, début du XIXe s. [en psychologie
animale, milieu du XXe s.]). 1. Science
des moeurs. ‖ 2. Par extens. Traité sur les
moeurs. ‖ 3. En biologie, selon Geoffroy
Saint-Hilaire, étude des moeurs des ani-
maux et de leurs conditions de vie. ‖ Auj.
En psychologie animale, étude des activités
des animaux spontanément orientées vers
un objet du milieu naturel.

éthologique [etɔlɔʒik] adj. (de éthologie ;


début du XVIIe s.). Relatif à l’éthologie.

éthologiste [etɔlɔʒist] n. (de éthologie ;


milieu du XXe s.). Spécialiste de l’éthologie.
• REM. La forme ÉTHOLOGUE (« celui qui
s’occupe d’éthologie — au sens anc. » ;
1864, Littré) est donnée par P. Larousse,
Littré et le Larousse du XXe s. ÉTHOLO-
GISTE se rapporte à la science moderne de
l’éthologie.

éthopée [etɔpe] n. f. (bas lat. ethopoeia,


éthopée, portrait, caractère, gr. êthopoiia,
description des moeurs ou du caractère,
éthopée, dér. de êthopoios, qui forme le
caractère, de êthos [v. ÉTHOCRATIE] et de
poieîn, faire ; 1690, Furetière). Vx. Figure de
rhétorique qui a pour objet la peinture des
moeurs et du caractère d’un personnage.

éthylcellulose [etilselyloz] n. f. (de


éthyl[e] et de cellulose ; milieu du XXe s.).
Matière plastique qui provient de la réac-
tion du chlorure d’éthyle sur la cellulose.

éthyle [etil] n. m. (de éth[er] et de -yle, gr.


hulê, bois, proprem. « éther de bois » ; 1855,
Nysten). En chimie, composé de carbone et
d’hydrogène, dérivé de l’éthane.

éthylène [etilɛn] n. m. (de éthyle, avec


le suff. -ène, indicatif des carbures d’hy-
drogène ; 1870, Larousse). Carbure d’hy-
drogène non saturé, gazeux et incolore,
légèrement odorant, que l’on obtient en
déshydratant l’alcool par l’acide sulfurique.

éthylénier [etilenje] n. m. (de éthylène ;


milieu du XXe s.). Navire spécialement

conçu pour le transport de l’éthylène


liquéfié.

éthylénique [etilenik] adj. (de éthylène ;


fin du XIXe s.). Se dit des corps possédant,
comme l’éthylène, une double liaison dans
leur molécule.

1. éthylique [etilik] adj. (de éthyle ; 1870,


Larousse). En chimie, se dit des dérivés
divers de même radical chimique que
l’éther : L’alcool éthylique.

2. éthylique [etilik] adj. et n. (de éthy-


lisme ; 1888, Larousse). Qui est atteint
d’éthylisme.

éthylisme [etilism] n. m. (de éthylique 1 ;


1888, Larousse). Intoxication chronique par
l’alcool éthylique, ou alcool ordinaire ; état
d’ivresse aiguë provoqué par l’absorption
d’alcool : Une crise d’éthylisme.

• SYN. : alcoolisme.

étiage [etjaʒ] n. m. (de étier ; 1783,


Perronet). Niveau moyen le plus bas d’un
cours d’eau, à partir duquel on mesure les
crues : Les eaux du Niger sont à leur étiage,
et le vaste fleuve ne présente plus qu’une
quantité de minuscules bras peu profonds
que franchissent à gué les troupeaux (Gide).
La rivière est tombée très bas au-dessous
de l’étiage (Bosco). ‖ Par extens. Débit le
plus faible d’un cours d’eau : L’étiage de la
Loire est en été.

étier [etje] n. m. (mot dialect. des par-


lers de la côte atlantique, lat. aestuarium,
endroit inondé par la mer à la marée mon-
tante, estuaire, piscine près de la mer [v.
ESTUAIRE] ; XIVe s., Du Cange, écrit estier
[étier, fin du XVIIe s.], au sens 1 ; sens 2,
1690, Furetière ; sens 3, milieu du XXe s.).
1. Canal étroit et peu profond faisant com-
muniquer une ville avec un fleuve ou avec
la mer, et capable de porter des bateaux de
faible tonnage. ‖ 2. Canal qui amène l’eau
de mer dans les marais salants. ‖ 3. Sur les
côtes de la Bretagne du Sud, petit estuaire.

étincelage [etɛ̃slaʒ] n. m. (de étincelle ;


milieu du XXe s., aux sens 1-2). 1. En chirur-
gie, procédé permettant de détruire cer-
tains tissus organiques par utilisation de
l’étincelle électrique. ‖ 2. En mécanique,
procédé permettant d’abraser une pièce
par la décharge d’étincelles électriques à
haute fréquence.

étincelant, e [etɛ̃slɑ̃, -ɑ̃t] adj. (part.


prés. de étinceler ; v. 1265, J. de Meung,
écrit estincelant [étincelant, 1680, Richelet],
aux sens 1-2 ; sens 3, 1661, Corneille ; sens
4, XXe s. ; sens 5, 1608, M. Régnier). 1. Littér.
Qui étincelle ; qui jette une lumière très
vive : Un soleil étincelant moirait la mer
de rubans de feu (Lamartine). Quand le
soleil, vainqueur étincelant des nues | Dans
la nouvelle nuit [...] darde l’or de ses traits
(Heredia). ‖ 2. Qui jette de vifs reflets de
lumière ; qui scintille : Il reconnut l’opu-
lente Hissai, armée des colombes, qui
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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1726

regarde du haut d’un rocher les îles blanches


se jouer comme des nymphes dans la mer
étincelante (France). ‖ 3. Par anal. Qui
semble jeter des étincelles ; qui brille d’une
façon inhabituelle : La prunelle étincelante
semblait se détacher et venir vous frapper
comme une balle (Chateaubriand). ‖ 4. Fig.
Particulièrement brillant, éclatant : Une
réussite étincelante. ‖ 5. D’une vivacité peu
commune : Un esprit étincelant.

• SYN. : 2 chatoyant, miroitant, rutilant,


scintillant ; 3 brillant, flamboyant, luisant,
rayonnant ; 4 fulgurant, incomparable,
remarquable ; 5 éblouissant.

étinceler [etɛ̃sle] v. intr. (de étincelle


[v. ce mot] ; v. 1155, Wace, écrit estenceler
[estinceler, fin du XIIe s. ; étinceler, 1680,
Richelet], aux sens 1-2 ; sens 3, v. 1530, C.
Marot ; sens 4, 1674, Boileau). [Conj. 3 a.]
1. Littér. Jeter une lumière vive et inter-
mittente : L’autel étincelait des flambeaux
d’hyménée (Voltaire). ‖ 2. Jeter de vifs
reflets de lumière : Le Tarasconnais, pou-
dreux, harassé, vit de loin étinceler dans
la verdure les premières terrasses blanches
d’Alger (Daudet). Les hommes, courbés sous
la rafale, se penchaient sur l’encolure des
bêtes fumantes, dont les sabots soulevaient
des gerbes d’eau ; et, comme dans un bon
tableau de peintre de batailles, les casques
étincelaient sous le ciel plombé (Martin du
Gard). ‖ 3. Par anal. En parlant des yeux ou
du regard, devenir fixe et brillant : Chaque
fois que je la rencontrais, ses yeux étince-
laient (Renan). ‖ 4. En parlant des choses
de l’esprit, lancer des traits brillants : Ce
livre étincelle d’images imprévues.

• SYN. : 2 briller, chatoyer, miroiter, rutiler,


scintiller ; 3 flamboyer, fulgurer ; 4 pétiller.

étinceleur [etɛ̃sloer] n. m. (de étincelle


ou de étinceler ; milieu du XXe s.). Appareil
utilisé dans la recherche pétrolière sous
les mers par le système de la prospection
séismique, dont le principe consiste à pro-
duire une explosion et à mesurer les ondes
sonores provoquées.

• SYN. : sparker (mot angl.).

étincelle [etɛ̃sɛl] n. f. (forme picarde


répondant au franç. estencele [fin du XIe s.,
Gloses de Raschi], lat. pop. *stincilla, issu
par métathèse du lat. class. scintilla, étin-
celle, point brillant ; XIIIe s., Du Cange,
écrit estincelle [étincelle, 1636, Monet],
aux sens 1-2 ; sens 3, 1706, Richelet ; sens
4, v. 1460, Villon ; sens 5, XIIIe s., Godefroy).
1. Parcelle incandescente qui se détache
d’un corps en combustion, ou qui est
produite par le choc ou le frottement de
deux corps : La meule s’écroulait par terre
en un large brasier, d’où s’envolaient des
étincelles (Flaubert). Faire des étincelles
en aiguisant un couteau. ‖ Spécialem.
Étincelle électrique, vive lumière produite
par le brusque rapprochement de deux
corps d’électricité contraire. ‖ 2. Par anal.
Vive lueur, vif éclat ; tache brillante : Le

soleil du matin, | Pailletant chaque fleur


d’une humide étincelle (Verlaine) ; et au
fig. : Elle vit reluire dans deux yeux gris une
étincelle allumée par sa question (Balzac).
‖ 3. Fig. Ce qui met le feu, la faible cause
immédiate d’un grand effet : Une fusillade
malheureuse fut l’étincelle de la révolution
de 1848. ‖ 4. Fig. Ce qui jaillit brusquement
ou jette un éclat bref et vif : Une étincelle
de génie. Les étincelles de ton rire dorent les
fonds de ta vie | C’est un tableau pendu dans
un sombre musée (Apollinaire). ‖ Fam.
Faire des étincelles, obtenir des résultats
brillants. ‖ 5. Fig. Première lueur, prin-
cipe : Dieu seul dispose de l’étincelle de vie
(Chateaubriand). Que l’étincelle de vie, que
vous avez reçue de Dieu, s’isole et devienne
un Dieu elle-même (Musset). ‖ L’étincelle
divine, l’âme, l’intelligence de l’homme.
• SYN. : 2 feu, flamme, lueur, lumière,
rayon ; 4 éclair.

étincellement [etɛ̃sɛlmɑ̃] n. m. (de étin-


celer [v. ce mot] ; v. 1119, Ph. de Thaon,
écrit estencelement ; estincellement, fin du
XIVe s. ; étincellement, 1680, Richelet). État
d’un corps qui étincelle ou qui scintille :
Les panneaux en miroir reflétaient l’étin-
cellement de l’eau (Daudet).

étiolé, e [etjɔle] adj. (part. passé de étio-


ler). Qui est devenu pâle et chétif par défaut
d’air et de lumière : Une plante étiolée ; et
par extens. : Une jeune fille étiolée.

• SYN. : anémique, chlorotique. — CONTR. :


dru, florissant, robuste, sanguin, vigoureux.

étiolement [etjɔlmɑ̃] n. m. (de étioler ;


1756, Encyclopédie, au sens 1 ; sens 2, 1845,
Bescherelle ; sens 3, av. 1842, Stendhal).
1. État des végétaux privés de lumière
et qui, de ce fait, sont devenus grêles et
jaunes. ‖ 2. Par anal. Chez l’homme, ané-
mie caractérisée par une décoloration de la
peau des muqueuses et causée par l’absence
de lumière et la respiration d’un air pauvre
en oxygène : L’étiolement des enfants dans
les taudis. ‖ 3. Fig. Appauvrissement ou
affaiblissement des facultés morales ou
intellectuelles : [Les bourgeois de Paris]
prennent l’étiolement de leur âme pour de
la civilisation et de la générosité (Stendhal).
• SYN. : 1 chlorose, décoloration ; 2 anémie,
asthénie, chlorose, dépérissement, langueur.

étioler [etjɔle] v. tr. (d’une var. dialect. de


éteule [v. ce mot], probablem. des parlers
champenois [où l’on trouve actuellement les
formes étieuble et équiole], l’aspect grêle des
plantes étiolées les faisant ressembler à des
éteules ; 1762, Acad., au sens 1 ; sens 2, 1864,
Littré ; sens 3, 1830, Stendhal). 1. En par-
lant d’une plante, la rendre grêle et jaune
ou incolore en la privant de la lumière du
jour. ‖ Spécialem. Faire blanchir certains
légumes en les cultivant dans un lieu obs-
cur : On étiole le céleri. ‖ 2. Par anal. En
parlant d’un être humain, le rendre pâle
ou chétif en le privant d’air et de lumière :
L’air des villes étiole les enfants. ‖ 3. Fig.

Appauvrir, affaiblir la personnalité de,


rendre insignifiant : C’était un fils étiolé
par un homme d’esprit (Stendhal). On croit
expurger la ville, on étiole la campagne
(Hugo).

• SYN. : 2 affaiblir, anémier, débiliter ; 3


asphyxier, atrophier, détruire, étouffer.

& s’étioler v. pr. (sens 1, 1690, La Quintinie ;


sens 2, 1784, Bernardin de Saint-Pierre ;
sens 3, av. 1850, Balzac). 1. Devenir grêle
et incolore par privation de la lumière du
jour. ‖ Par extens. Dépérir, s’affaiblir :
L’oasis où les derniers palmiers s’étiolent
(Gide). ‖ 2. Par anal. Devenir pâle et chétif
par manque d’activité et de grand air : En
Orient, les femmes s’étiolent à l’ombre des
harems (Sand). Craignant que Gertrude
ne s’étiolât à demeurer auprès du feu sans
cesse, comme une vieille, j’avais commencé
de la faire sortir (Gide). ‖ 3. Fig. Perdre
sa vigueur, s’affaiblir : Dans le bien-être
s’étiole toute vertu (Gide).

• SYN. : 2 s’anémier, dépérir, languir ; 3


décliner, se dégrader, péricliter. — CONTR. :
1 verdir, reverdir ; 2 se développer, se forti-
fier ; 3 s’épanouir, se raffermir.

étiologie [etjɔlɔʒi] n. f. (lat. aetiolo-


gia, recherche ou exposition des causes,
gr. aitiologia, même sens, dér. de aitiolo-
geîn, rechercher ou expliquer les causes,
de aitia, cause, motif, et de logos, parole,
discours, science ; 1611, Cotgrave, écrit
aitiologie ; étiologie, 1752, Trévoux).
Science des causes. ‖ Spécialem. En méde-
cine, recherche et étude des causes d’une
maladie.

étique [etik] adj. (bas lat. hecticus, habi-


tuel, gr. hektikos, habituel, continu, de
hektos, qu’on peut avoir, dér. de ekhein,
avoir ; 1256, Ald. de Sienne, écrit etike, au
sens de « atteint de consomption » ; sens
1, XIIIe s., Studer et Evans, écrit echike
[étique, v. 1560, Paré] ; sens 2 [étique], XVe s.,
Basselin ; sens 3, 1580, Montaigne). 1. Vx.
Fièvre qui se manifeste de façon continue
et qui amaigrit : Fièvre étique. ‖ 2. Qui est
décharné, d’une maigreur extrême : Corps,
visage étique. ‖ 3. Par anal. D’apparence
pauvre et chétive : Un alphabet en petites
capitales étiques (Nodier). Des baraques
étiques (Duhamel).
• SYN. : 2 desséché, émacié, maigre, sec,
squelettique ; 3 minable, pitoyable, rachi-
tique. — CONTR. : 2 charnu, dodu, empâté,
gras, grassouillet (fam.), plantureux, potelé,
rebondi, replet ; 3 énorme, fastueux, gras,
splendide.

• REM. Au sens 1, on écrivait aussi


HECTIQUE.

étiquetage [etiktaʒ] n. m. (de étique-


ter ; 1877, Littré, au sens 1 ; sens 2, fin du
XIXe s., Huysmans). 1. Action de mettre
des étiquettes : L’étiquetage des marchan-
dises. ‖ 2. Fig. Action de ranger sous une
étiquette, ou de classer méthodiquement :
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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1727

confinent dans les épisodes et les incidents,


dans les étiquetages de vertus (Huysmans).

étiqueter [etikte] v. tr. (de étiquette ;


1549, R. Estienne, au sens 1 ; sens 2, 1870,
Larousse ; sens 3, 1932, Acad. ; sens 4, 1811,
Chateaubriand). [Conj. 4 a.] 1. Fixer, atta-
cher ou coller une étiquette sur quelque
chose : Une femme monta devant moi un
escalier noir et raide, tenant une clef éti-
quetée à la main (Chateaubriand). Tout y
était rangé, soigné, brossé, étiqueté, comme
dans une pharmacie (Daudet). ‖ 2. Fig.
Caractériser quelqu’un d’un mot comme
par une étiquette : Ce n’est pas un préjugé
pour un homme honnête et qui gagne sa
vie, de ne pas vouloir qu’on l’étiquette d’un
certain mot (M. Prévost). ‖ 3. Fig. Ranger
sous l’étiquette d’un groupement, d’un
parti ; classer quelqu’un selon son appar-
tenance politique, sociale ou idéologique :
Quand l’ouvrier passé maître devient direc-
teur et capitaliste, il est étiqueté transfuge
(Maurras). ‖ 4. Fig. Ranger avec soin ;
distinguer, dénombrer et classer avec
méthode : Étiqueter des courants d’opinion.

étiqueteur, euse [etiktoer, -øz] n. (de


étiqueter ; 1869, A. Daudet). Ouvrier chargé
de mettre des étiquettes sur des objets.

& étiqueteuse n. f. (XXe s.). Dans l’indus-


trie, machine qui colle automatiquement
les étiquettes sur les bouteilles.

étiquette [etikɛt] n. f. (de l’anc. franç.


estiquier, ficher, enfoncer [quelque chose
dans quelque chose], transpercer [XIIe s.],
francique *stikkjan, var. de *stikkan,
piquer ; 1387, Godefroy, écrit estiquette,
au sens de « poteau servant de but dans
certains jeux » ; sens I, 1, fin du XVIe s., écrit
estiquette [étiquette, 1660, Oudin] ; sens I, 2,
1549, R. Estienne ; sens I, 3, 1870, Larousse ;
sens II, 1, av. 1719, Mme de Maintenon ; sens
II, 2, av. 1778, J.-J. Rousseau).

I. 1. Marque matérielle, généralement en


carton ou en papier, que l’on attache ou
que l’on colle sur un objet pour en indi-
quer le contenu, le prix ou la destination :
Il passait des heures délicieuses à écrire
des étiquettes, à mettre en ordre ses petits
pots (Flaubert). Attacher une étiquette à
une valise, à un colis. ‖ 2. En droit an-
cien, petit écriteau que l’on plaçait sur les
sacs à procès et qui portait quelques indi-
cations sommaires relatives à l’affaire, les
noms du défendeur, du demandeur, du
procureur, etc. ‖ Fig. et vx. Juger sur l’éti-
quette du sac, sans examiner les pièces.
‖ 3. Fig. Indication qui permet de classer
une personne, surtout dans l’ordre poli-
tique ou idéologique : Tout homme dont
le nom devient à tort ou à bon droit l’éti-
quette d’un système doit cesser de s’appar-
tenir (Renan). L’étiquette d’un parti.

II. 1. Cérémonial, ordre de préséance


(marqué, à l’origine, par le port d’une
étiquette), que l’on observe à la cour d’un
roi : Vous saurez un jour, Madame, si votre

esprit parvient jamais à se pénétrer des


profondeurs de notre étiquette, que les de-
moiselles ne paraissent à la cour qu’après
leur mariage (Stendhal). ‖ 2. Par extens.
Formes cérémonieuses qui marquent les
rapports entre les particuliers : Notre
étiquette est aussi indulgente pour nous-
mêmes que pour eux (Musset).

• SYN. : II, 1 protocole ; 2 cérémonial, déco-


rum, rite.

étirable [etirabl] adj. (de étirer ; 1864,


Littré). Qui peut être étiré : Le plomb est
plus étirable que le fer.

étirage [etiraʒ] n. m. (de étirer ; 1812,


Hassenfratz, au sens 1 ; sens 2, 1836, Acad. ;
sens 3, XXe s.). 1. En métallurgie, opération
consistant à faire passer, à froid, une barre
ou un tube à travers une filière pour lui
donner une plus grande longueur et une
section plus petite. ‖ 2. Action d’étirer les
rubans des fibres textiles. ‖ Banc d’étirage,
machine utilisée pour étirer les matières
textiles. ‖ 3. Procédé de fabrication conti-
nue du verre à vitre consistant à étirer une
feuille de verre fondu.

• SYN. : 1 filetage, tréfilage.

étire [etir] n. f. (déverbal de étirer ; 1437,


Gay, écrit estire, au sens de « machine à
hisser » ; sens actuel, 1606, Nicot, écrit estire
[étire, 1743, Trévoux]). Outil de corroierie.

étiré, e [etire] adj. (part. passé de étirer ;


XXe s., comme adj. et n. m.). En phonétique,
se dit des voyelles qui se prononcent avec
les lèvres étirées (par opposition à arrondi).
& étiré n. m. Barre métallique ou tube
obtenus par étirage.

étirement [etirmɑ̃] n. m. (de étirer ;


1611, Cotgrave, écrit estirement [étire-
ment, XIXe s.], au sens 1 ; sens 2 et 3, 1879,
A. Daudet). 1. Action d’étirer, d’allonger ;
résultat de cette action : Mais je reconnais
que cet étirement du récit permet sur une
plus grande surface le contact du lecteur
avec les personnages (Gide). ‖ 2. Action de
s’étirer les membres : Un dormeur [...] que
l’entrée du roi dérangea et fit retourner avec
un bâillement édenté, l’étirement sans fin
de deux bras maigres (Daudet). Il se leva,
roidi de sa longue veille, et d’un étirement il
brisa tous ses angles (Colette). ‖ 3. État des
traits du visage tirés par la fatigue : Éline,
sans répondre, restait distraite, absorbée,
un étirement de souffrance et de lassitude
sur sa pâleur (Daudet).

• SYN. : 1 allongement, extension.

étirer [etire] v. tr. (de é-, es- [lat. ex-,


préf. à valeur intensive], et de tirer ; fin du
XIIIe s., Doon de Mayence, écrit estirer, au
sens de « amener [quelqu’un] en tirant » ;
sens 1, 1580, Montaigne, écrit estirer [étirer,
1743, Trévoux] ; sens 2, milieu du XIXe s.,
Baudelaire). 1. Allonger ou étendre en
tirant : Étirer un fil de verre. ‖ Spécialem.
Travailler le cuir avec l’étire. ‖ 2. Par
extens. Étendre, allonger les membres

pour leur redonner de la souplesse : Des


fantômes puissants qui, dans les crépus-
cules, | Déchirent leur suaire en étirant leurs
doigts (Baudelaire). On l’avait déjà étiré sur
le poteau pour recevoir les coups de fouet
(Renan). Suzanne étirait ses beaux bras en
soupirant, pour rompre l’enchantement de
l’immobilité (Duhamel).
• SYN. : 1 fileter, tréfiler ; 2 déployer, étaler,
ouvrir.

& s’étirer v. pr. (1812, Boiste). Fam. Étendre


ses membres : Le tigre jaune au dos rayé
s’étire et pleure (Verlaine). Parfois, un petit
garçon s’étirait avec bruit et regardait,
d’un oeil stupéfait, les enfants, le tableau,
les murailles, ce monde incompréhensible
(Duhamel).

• SYN. : se détendre.

étireur, euse [etiroer, -øz] adj. (de étirer ;


1845, Bescherelle [comme n. m., au sens de
« cylindre étireur », 1812, Hassenfratz]).
Qui sert à étirer : Cylindre étireur.

& n. (1845, Bescherelle). Personne dont la


tâche est d’étirer des métaux, des cuirs ou
des matières textiles.

& étireuse n. f. (1907, Larousse). Appareil


muni d’une filière, permettant de fabriquer
des briques.

étisie [etizi] n. f. (réfection, d’après étique,


de hectisie [fin du XVIe s.], lui-même formé,
d’après phtisie, sur hectique [v. ÉTIQUE] ;
av. 1719, Mme de Maintenon). Vx. État
d’amaigrissement extrême ; consomption :
Une saute perpétuelle d’étisie et d’embon-
point (Huysmans).

étoc [etɔk] n. m. (var. de estoc, souche,


tronc [v. ce mot] ; 1845, Bescherelle). Cime
pointue émergeant à marée basse ; tête de
rocher.

étoffe [etɔf] n. f. (déverbal de étoffer [v.


ce mot] ; 1241, Godefroy, écrit estophe
[estoffe, v. 1268, É. Boileau ; étoffe, 1636,
Monet], au sens de « matière, toute sorte de
matériaux » ; sens I, 1, 1599, Havard ; sens I,
2, 1624, Livet ; sens I, 3, v. 1360, Froissart ;
sens I, 4, XVe s. ; sens II, 1, 1723, Savary
des Bruslons ; sens II, 2, 1756, Encyclopédie
[basse étoffe, 1723, Savary des Bruslons]).

I. 1. Nom générique désignant toute


espèce de tissu de laine, de fil, de coton
ou de soie, et servant à faire des vête-
ments, des tentures : Une étoffe souple,
légère, transparente. Une étoffe lourde,
roide. ‖ Tailler en pleine étoffe, tailler
largement ; au fig., user sans restriction
de ce qu’on a à sa libre disposition. ‖ Fig.
et vx. On n’a pas épargné, on n’a pas
plaint l’étoffe, on a largement fourni, on
a donné plus que le nécessaire. ‖ 2. Fig.
Matière d’une production de l’esprit : Une
comédie qui manque d’étoffe. ‖ 3. Class.
et fig. Ensemble des qualités, bonnes ou
mauvaises, qui caractérisent une per-
sonne ou une chose : Il y a des gens d’une
certaine étoffe ou d’un certain caractère
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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

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avec qui il ne faut jamais se commettre


(La Bruyère). ‖ Auj. Ensemble des qua-
lités et des aptitudes qui constituent une
personnalité : Avoir l’étoffe d’un géné-
ral. ‖ Avoir de l’étoffe, montrer les plus
grandes qualités, faire preuve de valeur
personnelle. ‖ 4. Class. Condition so-
ciale : Les paysans et autres personnes de
basse étoffe (Sorel).

II. 1. Vx. Alliage de fer et d’acier dont on


se servait pour la fabrication des canons.
‖ 2. Alliage d’étain et de plomb avec le-
quel sont faits les tuyaux d’orgue.

• SYN. : I, 2 fond, matériaux ; 3 capacités,


moyens.

& étoffes n. f. pl. (1823, Boiste). Ce que fait


payer un imprimeur en plus des frais de
composition et de tirage pour couvrir ses
frais généraux et réaliser un bénéfice.

étoffé, e [etɔfe] adj. (part. passé de étof-


fer ; début du XVIIe s., au sens 1 ; sens 2, av.
1778, Voltaire ; sens 3, 1688, Miege ; sens
4, v. 1770, J.-J. Rousseau). 1. Qui est fait de
beaucoup d’étoffe : La robe étoffée de la
vieille tante s’ajusta parfaitement sur la
taille mince de Sylvie (Nerval). ‖ 2. Qui
a des formes amples, qui est replet : La
démarche onduleuse comme une couleuvre
debout sur sa queue, les hanches étoffées
et mouvantes (Gautier). Quoiqu’il parût
étoffé, presque dodu, il était souvent malade
(Duhamel). Des boeufs étoffés. ‖ 3. Fig. Qui
est riche de matière ; qui est bien déve-
loppé : Un roman bien étoffé. ‖ 4. Voix
étoffée, voix qui est forte, pleine, sonore.

étoffement [etɔfmɑ̃] n. m. (de étoffer ;


début du XVe s., écrit estoffement, aux sens
de « action d’orner, ce qui orne, ameuble-
ment » ; écrit étoffement, au sens actuel,
1856, Goncourt). Action d’étoffer ; manière
de disposer une étoffe pour donner plus
d’ampleur aux vêtements.

étoffer [etɔfe] v. tr. (francique *stopfôn,


rembourrer, du germ. occidental *stop-
pôn, même sens ; fin du XIIe s., Geste des
Loherains, écrit estof[f]er [étoffer, 1636,
Monet], au sens de « rembourrer [un
meuble, un collier, etc.] » ; sens 1-2, 1611,
Cotgrave ; sens 3, 1877, Littré ; sens 4, 1580,
Montaigne). 1. Garnir avec de l’étoffe :
Étoffer un canapé. ‖ 2. Mettre plus ou
moins d’étoffe dans la confection d’un
vêtement : Bien étoffer une robe. ‖ 3. En
sculpture, donner plus d’ampleur à une
figure en l’ornant d’un déploiement de dra-
perie. ‖ Étoffer un paysage, y introduire des
éléments qui le meublent : personnages,
animaux. ‖ 4. Fig. Rendre une oeuvre lit-
téraire plus nourrie, plus riche de faits :
Étoffer un roman, une comédie.

• SYN. : 1 couvrir, recouvrir ; 4 développer,


enrichir, meubler, nourrir. — CONTR. : 1
dégarnir ; 4 abréger, écourter, raccourcir,
résumer, simplifier.

& s’étoffer v. pr. (milieu du XXe s.). Devenir


plus fort ; se développer, prendre de la

consistance : S’étoffer en faisant du sport.

Le dossier de l’accusation s’est étoffé.

• SYN. : s’élargir, se fortifier. — CONTR. :


amincir, fondre (fam.), maigrir, se ratati-
ner (fam.).

étoile [etwal] n. f. (lat. pop. *stēla, lat. class.


stella, étoile, figure en forme d’étoile ; 1080,
Chanson de Roland, écrit esteile [estoile, v.
1175, Chr. de Troyes ; étoile, 1636, Monet],
aux sens I, 1-2 ; sens I, 3, v. 1630, Voiture ;
sens II, 1, av. 1613, M. Régnier ; sens II, 2 et
6, 1690, Furetière ; sens II, 3, 1626, Livet ;
sens II, 4, 1669, Widerhold ; sens II, 5, 1864,
Littré ; sens II, 7, av. 1834, Béranger ; sens II,
8, 1942 ; sens II, 9, début du XXe s. ; sens II,
10, 1870, Larousse [en botanique ; étoile de
mer, « astérie », milieu du XVIe s.] ; sens II,
11, XXe s. ; sens III, depuis 1865, G. Esnault).

I. 1. Dans le langage courant, tout astre


qui brille dans le ciel, à l’exception de la
Lune et du Soleil. ‖ L’étoile du soir, du
matin, ou l’étoile du berger, la planète
Vénus. ‖ Étoile filante, phénomène lumi-
neux dû au déplacement d’un corpuscule
solide porté à l’incandescence par son
frottement dans les couches supérieures
de l’atmosphère. ‖ Fam. À la belle étoile,
en plein air, la nuit : Coucher, dormir à
la belle étoile. ‖ Voir les étoiles en plein
midi, être affecté d’un vif éblouissement
à la suite d’un coup reçu. ‖ 2. En astro-
nomie, corps céleste brillant d’une lu-
mière qui lui est propre, et qui apparaît,
soit à l’oeil nu, soit dans les instruments
d’observation, sous la forme d’un point
lumineux sans diamètre apparent : On
distingue, selon leur intensité lumineuse,
les étoiles de première et de deuxième
grandeur. ‖ Étoile double, triple, etc.,
groupe de deux, trois étoiles, etc., qui
ne peuvent être distinguées que par une
lunette puissante. ‖ Étoile géante, étoile
de grande luminosité et de faible den-
sité par opposition à étoile naine, étoile
de forte densité et de luminosité relati-
vement faible. ‖ Étoile polaire, l’étoile,
visible à l’oeil nu, qui est la plus proche
du pôle Nord de la sphère céleste et qui
indique le nord. ‖ 3. En astrologie, astre
considéré comme influençant la desti-
née humaine. ‖ Être né sous une bonne
étoile, mener une vie heureuse, marquée
par une chance persistante. ‖ Être né
sous une mauvaise étoile, mener une vie
pénible, malheureuse, marquée par la
malchance. ‖ Être la bonne, la mauvaise
étoile de quelqu’un, lui apporter la chance
ou le malheur : C’est une vérité, je fus la
mauvaise étoile de mes parents. Du jour
de ma naissance, d’incroyables malheurs
les assaillirent par vingt endroits (Dau-
det). ‖ L’étoile de quelqu’un, sa destinée :
Bonaparte ne voyait que le but et son
étoile (France). Il croyait, je n’ose dire à
la providence, mais bien du moins à son
étoile, et qu’un certain bonheur lui était
dû tout comme l’air aux poumons qui le

respirent (Gide). ‖ Spécialem. La puis-


sance, la gloire de quelqu’un : Les guerres
désastreuses ont fait pâlir l’étoile de
Louis XIV. ‖ Class. Qualités innées, na-
ture, destinée : Il ne saurait se défendre
d’aimer, c’est son étoile (Furetière).

II. 1. Ce qui, par sa forme, rappelle une


étoile : Quelques gouttes de pluie tombent
déjà. Chaque goutte, en tombant sur le re-
bord de la croisée, fait une large étoile dans
la poussière entassée là depuis les pluies de
l’an dernier (Daudet). ‖ 2. Polygone ré-
gulier aux angles rentrants : Dessiner une
étoile à cinq branches. ‖ 3. Tache blanche
sur le front d’un boeuf, d’un cheval dont
la robe est foncée. ‖ 4. Astérisque mar-
quant un renvoi ou remplaçant des lettres
manquantes dans un mot écrit en abré-
gé. ‖ 5. Fêlure rayonnant autour d’un
point. ‖ 6. Rond-point où aboutissent
plusieurs avenues : La place de l’Étoile,
à Paris. ‖ 7. Décoration consistant dans
une croix à cinq branches : L’étoile noire
du Bénin. ‖ Croix à cinq branches, bro-
dée en or ou en argent, insigne du grade
des officiers généraux. ‖ Obtenir, gagner
ses étoiles, accéder au grade de général.
‖ 8. Étoile servant de marque distinc-
tive : Le port de l’étoile jaune fut rendu
obligatoire pour tous les israélites pendant
la Seconde Guerre mondiale. ‖ 9. Em-
blème figurant sur les drapeaux de divers
pays. ‖ L’étoile rouge, insigne adopté par
l’armée soviétique. ‖ 10. Étoile jaune, en
botanique, nom usuel du gagea, ou orni-
thogale. ‖ Étoile d’argent, nom usuel de
l’edelweiss. ‖ Étoile de mer, en zoologie,
nom usuel de l’astérie. ‖ 11. En étoile,
s’applique à différents objets ou disposi-
tions analogues par la forme à une étoile :
Moteur en étoile. ‖ Disposition en étoile,
manière de grouper plusieurs circuits
parcourus par des courants polyphasés.

III. Personne qui brille par son talent, sa


renommée, notamment dans le monde
du spectacle (s’applique surtout aux dan-
seuses) : Danseuse étoile. Engagés comme
étoiles, suivant l’expression anglaise, dans
un café-concert de Plymouth (Goncourt).
On se console d’être obligé de rentrer dans
le rang, en pensant qu’on a été « étoile »
pendant un mois (Daudet). Nana, l’étoile
nouvelle, qui doit jouer Vénus (Zola).
Malheureusement, depuis des années
qu’elle avait quitté les grandes scènes et
faisait la fortune d’un théâtre de boule-
vard dont elle était l’étoile, elle ne jouait
plus de classique (Proust).

étoilé, e [etwale] adj. (de étoile [v. ce


mot] ; v. 1112, Voyage de saint Brendan, écrit
estelé [estoilé, XIVe s., Littré ; étoilé, 1636,
Monet], au sens 1 ; sens 2-3, v. 1130, Eneas ;
sens 4, 1636, Monet). 1. Qui est parsemé
d’étoiles : Sous le dôme étoilé qui sur nos
fronts flamboie (Hugo). Par-delà les confins
des sphères étoilées (Baudelaire). ‖ Poétiq.
Poussière étoilée, astres qui brillent la nuit
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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

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dans le ciel. ‖ Poét. Voûte étoilée, voûte


céleste semée d’étoiles. ‖ 2. Parsemé de
motifs brillants, orné de parures scin-
tillantes, de bijoux en forme d’étoile : À
tout hasard il monta dans les bibliothèques,
à cette heure frileuses et désertes, leurs
vitres étoilées de givre en l’absence de tout
chauffage (Daudet). Les épaules nues étoi-
lées de diamants (Zola). ‖ 3. Se dit d’un
objet sur lequel sont dessinées des étoiles :
Le bâton étoilé des maréchaux de France.
‖ La bannière étoilée, le drapeau des États-
Unis d’Amérique. ‖ 4. Qui est en forme
d’étoile : Sur la neige on voit se suivre | Les
pas étoilés des oiseaux (Gautier). ‖ Corolle
étoilée, en botanique, se dit d’une corolle
dont la disposition rappelle le dessin d’une
étoile. ‖ Ganglion étoilé, en anatomie, le
ganglion sympathique cervical inférieur.
(Syn. GANGLION STELLAIRE.)

• SYN. : 2 constellé.

& étoilé n. m. (1870, Larousse). Nom usuel


d’un papillon du genre orgyia.

étoilement [etwalmɑ̃] n. m. (de étoi-


ler ; 1845, Bescherelle, au sens 2 ; sens 1,
av. 1896, Goncourt). 1. Action de rayonner
à la manière des étoiles (rare) : L’étoilement
des cierges dans la clarté ensoleillée du
jour (Goncourt). ‖ 2. Fêlure en forme
d’étoile, dans une vitre, une porcelaine,
etc. : L’étoilement d’une glace. ‖ Réseau de
fentes et de crevasses disposées en étoile.

étoiler [etwale] v. tr. (de étoile [v. ce mot] ;


fin du XIIe s., écrit esteler [estoiler, XVIe s. ;
étoiler, XVIIIe s.], aux sens 1 et 3 ; sens 2,
1835, V. Hugo ; sens 4, 1845, Bescherelle).
1. Semer d’étoiles : La nuit étoile le ciel.
‖ 2. Littér. Éclairer de points lumineux
comme des étoiles : À peine quelque lampe
au fond des corridors | Étoilait l’ombre obs-
cure (Hugo). La lumière pénétra entre les
branches [...], enveloppa les troncs d’arbres et
les étoila (Bazin). ‖ 3. Parsemer de motifs,
d’objets qui rappellent les étoiles par leur
forme, leur éclat, leur disposition : Nobles
lambeaux, défroque épique, | Saints haillons
qu’étoile une croix (Gautier). Leurs reins
féconds sont pleins d’étincelles magiques |
Et des parcelles d’or, ainsi qu’un sable fin,
| Étoilent vaguement leurs prunelles mys-
tiques (Baudelaire). L’orage approchait ; de
larges gouttes de pluie commencèrent à étoi-
ler le trottoir (Martin du Gard). ‖ 4. Causer
une fêlure en forme d’étoile à un objet :
Étoiler une vitre.

• SYN. : 2 consteller, émailler.


& s’étoiler v. pr. (sens 1, 1858, Fromentin ;
sens 2, av. 1922, Proust ; sens 3, 1690,
Furetière). 1. Se couvrir d’étoiles : Ô nuit
je vois tes cieux | S’étoiler calmement
(Apollinaire). ‖ 2. Briller comme une
étoile : Les yeux de la jeune femme s’étoi-
lèrent (Proust). ‖ 3. Se fendre en étoile :
Une vitre de la devanture venait de s’étoiler
(Hugo).

• SYN. : 2 étinceler, flamboyer, luire, rayon-


ner. — CONTR. : 2 s’éteindre, se ternir.

étole [etɔl] n. f. (bas lat. ecclés. stola, étole


[en lat. class. « longue robe »], gr. stolê, équi-
pement, ajustement, habillement, vêtement,
de stellein, équiper, préparer, habiller ;
v. 1130, Eneas, écrit estole [étole, 1636,
Monet], au sens 1 ; sens 2, 1907, Larousse).
1. Ornement liturgique constitué par une
large bande d’étoffe que le prêtre porte
par-devant suspendue à son cou, et que le
diacre porte en écharpe sur l’épaule gauche
lorsqu’ils officient : Et le prêtre doré dans
l’étole rigide, | Le dimanche, officie au
désert des autels (Samain). ‖ 2. Par anal.
Longue écharpe de fourrure couvrant les
épaules et terminée par deux pans.

étolé, e [etɔle] adj. (de étole ; fin du


XIXe s., Huysmans). Revêtu d’une étole :
L’enfant qui tend les bras, le saint étolé et
mitré, sont presque décidément campés
(Huysmans).

étolien, enne [etɔljɛ̃, -ɛn] adj. et n.


(de Étolie, n. géogr., lat. AEtolia, Étolie, gr.
Aitôlia ; 1870, Larousse). Relatif à l’Étolie,
région montagneuse de la Grèce ; habitant
ou originaire de cette région.

étonnamment [etɔnamɑ̃] adv. (de éton-


nant ; 1752, Trévoux). De façon étonnante :
Un visage étonnamment mobile.

étonnant, e [etɔnɑ̃, -ɑ̃t] adj. (part. prés.


de étonner ; XVIe s., Ancien Théâtre françois,
au sens 1 ; sens 2, av. 1662, Pascal ; sens 3,
1683, Fontenelle ; sens 4, XXe s.). 1. Class.
Qui stupéfie et épouvante comme un coup
de tonnerre : Ô nuit désastreuse ! ô nuit
effroyable, où retentit tout à coup, comme
un éclat de tonnerre, cette étonnante nou-
velle : Madame se meurt, Madame est
morte ! (Bossuet). ‖ 2. Qui frappe l’esprit
d’admiration par son caractère extraordi-
naire : L’étonnante beauté du ciel embellis-
sait même un pays sans grâce (Fromentin).
‖ 3. Par extens. Qui surprend et retient
l’attention par son caractère inattendu,
étrange : C’est étonnant comme entre lit-
térateurs on peut s’aimer tout en se débi-
nant (Renard). C’était, de sa part, un propos
étonnant. ‖ 4. Fam. Se dit d’une personne
qui suscite l’admiration : C’est une actrice
étonnante.

• SYN. : 2 époustouflant (fam.), étourdissant,


fantastique, inouï, merveilleux, prodigieux,
saisissant, sensationnel ; 3 ahurissant,
déconcertant, effarant, insolite, renversant,
stupéfiant, surprenant. — CONTR. 2 banal,
commun, normal, quelconque ; 3 courant,
fréquent, habituel, naturel, ordinaire.

& étonnant n. m. (début du XXe s.). Ce qui


surprend et frappe l’esprit par son carac-
tère imprévu ou étrange : Il n’est pas encore
arrivé, l’étonnant est qu’il n’ait prévenu
personne de son retard.

étonné, e [etɔne] adj. (part. passé de


étonner ; XIIe s., Roncevaux, au sens 2 ;

sens 1, v. 1220, G. de Coincy ; sens 3, 1636,


Corneille). 1. Vx. Ébranlé par un choc : Il
resta un moment étonné, puis, rassemblant
ses forces, il renvoya la marmite (France).
‖ 2. Saisi par quelque chose d’inattendu :
L’animal, étonné lui-même du nouveau
péril, volte en dedans par une pirouette
(Chateaubriand). ‖ 3. Qui marque l’éton-
nement : Je le regardai d’un air étonné
(Maupassant).

• SYN. : 2 abasourdi, ahuri, ébahi, ébaubi,


estomaqué (fam.), médusé (fam.), renversé,
saisi, sidéré (fam.), soufflé (fam.), stupéfait,
suffoqué, surpris ; 3 baba (fam.), éberlué,
épaté (fam.), interdit, interloqué.

& n. (1651, Scarron). Personne étonnée :


Faire l’étonné.

étonnement [etɔnmɑ̃] n. m. (de étonner ;


début du XIIIe s., Barlaham, écrit eston[n]
ement [étonnement, XVIIe s.], au sens 1 ;
sens 2, 1580, Montaigne ; sens 3, 1649,
Descartes ; sens 4, 1690, Furetière). 1. Class.
Violente secousse physique : Les charrois
ont causé un si grand étonnement à ces
maisons qu’elles en dureront moins (Acad.,
1694). ‖ Auj. En architecture, lézarde dans
un édifice. ‖ En joaillerie, fêlure dans un
diamant. ‖ 2. Class. Brusque commotion
morale, épouvante comme celle que pro-
voque le tonnerre : La colère de Dieu et
sa main, qu’il voyait encore si présente,
le tenaient dans un profond étonnement
(Bossuet). ‖ 3. Class. État d’une personne
émerveillée par quelque chose d’extraor-
dinaire ; stupéfaction mêlée d’admiration :
Je ne sors pas d’admiration et d’étonnement
à la vue de certains personnages que je ne
nomme point (La Bruyère). ‖ 4. Surprise
causée par quelque chose d’inattendu
ou d’extraordinaire : Ç’a été un fameux
étonnement quand on a appris qu’elle était
enceinte (Maupassant). Mon triste étonne-
ment devant votre foi est de même nature
que votre étonnement devant la leur (Gide).
• SYN. : 4 ahurissement, ébahissement, sai-
sissement, stupéfaction, stupeur.

étonner [etɔne] v. tr. (lat. pop. *extonare,


issu, par changement de préf. [ex-, à valeur
intensive, au lieu de ad-], du lat. class. atto-
nare, frapper du tonnerre, frapper de stu-
peur, de ad-, préf. marquant le mouvement
vers, et de tonare, tonner, dér. de tonus,
tonnerre ; 1080, Chanson de Roland, écrit
estoner [estonner, XVe s. ; étonner, XVIIe s.],
au sens 1 ; sens 2, 1652, Pascal ; sens 3-4,
XIIe s., Roncevaux). 1. Class. Frapper, ébran-
ler d’une vive commotion physique, à la
manière du tonnerre : Le branle des cloches
a étonné cette tour (Acad., 1694). ‖ Auj. En
termes d’architecture, ébranler, provoquer
des lézardes : Étonner une voûte. ‖ 2. Class.
et fig. Rendre chancelant, ébranler : Ma
faiblesse n’a pas étonné mon ambition
(Pascal). ‖ 3. Class. et fig. Frapper d’une
vive émotion, épouvanter comme le ferait
la foudre : On le vit étonner de ses regards
étincelants ceux qui échappaient à ses
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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1730

coups (Bossuet). ‖ 4. Frapper, surprendre


l’esprit par quelque chose d’extraordinaire
ou d’inattendu : Des hommes dont le corps
est mince et vigoureux | Et des femmes dont
l’oeil par sa franchise étonne (Baudelaire).
Cette société mondaine et vive l’étonne ; il
est un savant, pas un homme ; sa science
le gêne (Gide).

• SYN. : 4 abasourdir, ahurir, confondre,


déconcerter, ébahir, ébaubir, éberluer (fam.),
épater (fam.), époustoufler (fam.), estoma-
quer (fam.), interdire, interloquer, renverser,
saisir, stupéfier, suffoquer.

• REM. Être étonné que se construit avec


le subjonctif : J’ai été maintes fois étonné
que la grande gloire de Balzac fût de pas-
ser pour un observateur (Baudelaire) ; on
pouvait employer l’indicatif au XVIIe s. :
Je fus tout étonné que Gourville l’envoya
quérir (Sévigné).

& s’étonner v. pr. (sens 1, av. 1559, J. Du


Bellay ; sens 2, fin du XIIe s., Dialogues
de saint Grégoire). 1. Class. Éprouver un
sentiment d’épouvante : Les ennemis
plièrent, leur infanterie même s’étonna
(Retz). ‖ 2. Éprouver de la surprise : Elle
ne disait presque rien, mais on ne s’en éton-
nait pas (Gide).

• SYN. : 2 s’inquiéter.

• REM. S’étonner que se construit norma-


lement avec le subjonctif : Je m’étonne que
vous n’ayez pas prévu cet accident (Acad.).
Faut-il s’étonner qu’il ne soit pas aimé ?
(Littré) ; ou avec l’infinitif : Je m’étonne
de le voir partir. Mais on peut aussi em-
ployer l’indicatif avec la tournure s’éton-
ner de ce que : Je m’étonne de ce qu’il n’est
pas venu.

étonnure [etɔnyr] n. f. (de étonner, au


sens de « fêler — un diamant — » [1829,
Boiste] ; 1864, Littré). Éclat dans un
diamant.

étoquiau [etɔkjo] n. m. (dimin. de estoc,


souche, tronc, bâton [v. ce mot], qui dési-
gnait de nombreux instruments et pièces
dans les vocabulaires techniques [pieux,
traverses, crampons, clous, etc.] ; 1462,
Godefroy, écrit estoquiau [étoquiau, 1756,
Encyclopédie], au sens de « sorte de cheville
pour horloge » ; sens 1, 1690, Furetière ; sens
2, 1930, Larousse). 1. Dans une serrure,
pièce d’assemblage servant à relier à la
cloison la boîte qui contient le mécanisme.
‖ 2. Dans une automobile, ergot porté par
chaque lame de ressort de suspension, lui
permettant de coulisser dans celle qui est
au-dessus. ‖ Boulon d’assemblage des
lames de ressort de suspension.

étouffade [etufad] n. f. (var. orthogr.


de estouffade [1669, Widerhold], ital. stu-
fata, de formation et de sens analogues au
franç. étuvée [v. ce mot] ; 1658, Scarron).
Vx. Syn. de ÉTOUFFÉE : Il fallait à Flaubert
des beurres de Normandie et des canards
rouennais à l’étouffade (Daudet).

étouffage [etufaʒ] n. m. (de étouffer ;


1845, Bescherelle, aux sens 1-2 ; sens 3,
1888, Villatte). 1. En sériciculture, action
d’étouffer les cocons. ‖ 2. En apiculture,
action d’asphyxier les abeilles. ‖ 3. Vx et
pop. Action d’escamoter.

étouffant, e [etufɑ̃, -ɑ̃t] adj. (part. prés.


de étouffer ; 1562, J. Grévin, au sens 1 ; sens
2, av. 1869, Sainte-Beuve). 1. Qui empêche
de respirer librement ; qui met mal à
l’aise : Peu à peu la chaleur était devenue
étouffante dans la chambre (Zola). Bien
que toutes les croisées fussent ouvertes
partout, l’atmosphère restait étouffante
(Martin du Gard). ‖ 2. Fig. Qui paralyse
la libre activité de quelqu’un, qui entrave
la liberté : Les amis uniques [...] allaient
être relégués, demain, dans quelque ville
étouffante et tracassière (Sainte-Beuve). Le
malaise étouffant qui couve les orages pèse
sur les âmes (Saint-Victor).

• SYN. : 1 accablant, lourd, suffocant ; 2


asphyxiant, paralysant, pesant. — CONTR. :
1 frais, vif, vivifiant ; 2 exaltant, stimulant,
tonique.

étouffé, e [etufe] adj. (part. passé de


étouffer ; 1760, Voltaire). Qu’on ne laisse
pas entendre dans tout son éclat ou toute
son ampleur : Un bruit étouffé. Nous en
fîmes autant, malades de rires étouffés
(Maupassant).

• SYN. : amorti, assourdi, feutré, sourd.

& étouffé n. m. (XXe s.). Indication portée


sur les partitions des instruments à percus-
sion, selon laquelle les exécutants doivent
interrompre les vibrations.

étouffe-chrétien [etufkretjɛ̃] n. m.
invar. (de étouffe, forme du v. étouffer, et
de chrétien, n. m. ; XXe s.). Fam. Aliment
pâtisserie difficiles à avaler à cause de leur
consistance épaisse.

étouffée [etufe] n. f. (part. passé fém.


substantivé de étouffer ; fin du XIVe s.,
puis 1856, Lachâtre). Mode de cuisson
des viandes ou des légumes à la vapeur
dans une marmite bien fermée : Cuire à
l’étouffée. Une perdrix à l’étouffée.

• SYN. : estouffade, étouffade, étuvée.

étouffement [etufmɑ̃] n. m. (de étouf-


fer ; XIVe s., Godefroy, écrit estouffement
[étouffement, XVIIe s.], au sens 1 ; sens
2, fin du XIXe s., A. Daudet [étouffement
d’air, « chaleur accablante », 1660, Oudin] ;
sens 3, 1864, Littré). 1. Action d’étouffer
quelqu’un ; le fait d’être étouffé : Le noyé
meurt par étouffement. ‖ État patholo-
gique qui se traduit par la gêne dans la
respiration : Elle eut des étouffements aux
premières chaleurs (Flaubert). J’eus presque
chaque jour de ces crises d’étouffement
pendant ma convalescence (Proust). Mes
étouffements tendent à prendre un nouveau
caractère : spasmodique (Martin du Gard).
‖ 2. Atmosphère étouffante : La fraîcheur
leur semblait bonne après l’étouffement de

la guinguette, dont l’aspect était du reste


lugubre au jour levant (Daudet). ‖ 3. Fig.
Action de réprimer, de réduire au silence :
L’étouffement d’une émeute.

• SYN. : 1 asphyxie ; dyspnée, suffocation ; 2


touffeur (littér.) ; 3 écrasement, répression.

étouffer [etufe] v. tr. (altér., par croise-


ment avec l’anc. franç. estofer, rembour-
rer [v. ÉTOFFER], de l’anc. franç. estoper,
obstruer, bourrer [v. ÉTOUPER] ; XIIIe s.,
Godefroy, écrit estofer [estouffer, XIVe s. ;
étouffer, 1564, Indice de la Bible], au sens
4 ; sens 1, 1535, Olivétan [« tuer en géné-
ral », fin du XVe s., Commynes] ; sens 2,
1677, Miege ; sens 3, XIVe s. [fam. et ironiq.,
1936, Aragon] ; sens 5, v. 1360, Froissart ;
sens 6, 1564, Indice de la Bible ; sens 7, av.
1863, Vigny ; sens 8, 1838, Acad. ; sens 9,
milieu du XVIIe s. [pour une révolte ; pour
une affaire, 1671, La Fontaine] ; sens 10,
XIXe s. ; sens 11, 1888, Villatte ; sens 12,
1745, G. Esnault). 1. Faire mourir un être
animé en lui faisant perdre la respiration,
en l’asphyxiant : L’assassin a étouffé sa vic-
time sous un oreiller. Étouffer un pigeon.
‖ 2. Par exagér. Empêcher, gêner la respi-
ration de quelqu’un : Une quinte de toux
l’étouffe. La rage l’étouffe. ‖ 3. Fig. Susciter
chez quelqu’un une impression de gêne,
d’oppression, de paralysie : Cette vie de
petite ville lui pesait, l’étouffait (Daudet).
Ils m’ont étouffé dans leur douceur bour-
geoise (Zola). ‖ Fam. et ironiq. Ce n’est pas
la politesse, l’honnêteté, etc., qui l’étouffe,
il n’est guère poli, honnête, etc. ‖ 4. Gêner
la croissance d’une plante en la privant
d’air et de lumière : Dans le jardin aban-
donné, les fleurs sont étouffées par les orties.
‖ 5. Arrêter la combustion d’une chose en
la privant d’oxygène : Étouffer un brasier,
un feu. ‖ 6. En parlant d’un son, le rendre
moins éclatant, moins perceptible : Je me
mis à pleurer comme un enfant ; j’avais
peine à étouffer avec mon mouchoir le bruit
de mes larmes (Chateaubriand). Que de fois
je me suis avancé seul sur la piste inconnue,
étouffant le bruit de mes pas dans l’espoir
de surprendre le gibier que notre escorte
faisait fuir (Gide). ‖ 7. Couvrir par un autre
bruit : Le tambour étouffait à mes oreilles
la voix des maîtres (Vigny). Le cantique,
par instants, étouffe le canon : « Sauvez,
sauvez la France, | Au nom du Sacré-Coeur »
(Dorgelès). ‖ 8. Fig. Étouffer une voile, en
termes de marine, serrer une voile contre
le mât pour l’empêcher de prendre le vent
au moment où on amène la voilure. ‖ 9. Fig.
Empêcher de se produire ; ne pas laisser
se développer : Étouffer une affaire, un
scandale. Étouffer une révolte. ‖ 10. Fig.
Supprimer, faire disparaître peu à peu :
Malheur aussi à la raison le jour où elle
étoufferait la religion (Renan). ‖ 11. Vx et
pop. Faire disparaître rapidement, déro-
ber adroitement : Où qu’ils m’ont étouffé
ma voiture ? (France). ‖ 12. Vx et pop.
Absorber rapidement et entièrement :
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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1731

Celui-ci, le matin, tout en étouffant son


pierrot de vin blanc... (Huysmans).

• SYN. : 1 asphyxier, étrangler ; 2 oppres-


ser, suffoquer ; 3 écraser, paralyser, peser ; 5
éteindre ; 6 amortir, assourdir, couvrir, feu-
trer ; 7 dominer, noyer ; 9 briser, endiguer,
enrayer, enterrer (fam.), juguler, mater,
museler, réprimer, stopper. — CONTR. : 3
aiguillonner, exalter, fouetter, stimuler ; 5
alimenter, allumer, attiser ; 6 accentuer,
amplifier, grossir, intensifier ; 9 déchaîner,
encourager, exciter, fomenter.

& v. intr. (sens 1-2, 1559, Amyot ; sens 3, fin


du XVIe s.). 1. Mourir par manque de respi-
ration, par asphyxie : Un animal dépourvu
de branchies étouffe dans l’eau. ‖ 2. Pouvoir
à peine respirer ; manquer de respiration.
‖ Avoir trop chaud : Étouffer de chaleur.
Je suais comme un moribond, j’étouffais,
par moments perdais connaissance (Gide).
‖ Étouffer de rire, de rage, rire, être en rage
à en perdre la respiration. ‖ 3. Fig. Se sentir
mal à l’aise dans un endroit : Étouffer dans
un milieu d’hypocrisie.

& s’étouffer v. pr. (sens 1, 1671, Pomey ;


sens 2, 1682, Mme de Maintenon). 1. Perdre
momentanément la respiration : S’étouffer
en mangeant. S’étouffer de rage. ‖ 2. Se
serrer, être serrés les uns contre les autres
au point d’être mal à l’aise : On s’étouffait à
la huitième chambre, où l’affaire Albin Fage
venait enfin, après une interminable ins-
truction et tout un jeu de hautes influences
pour entraver la procédure (Daudet).

étouffeur, euse [etufoer, -øz] n. (de


étouffer ; 1776, Valmont de Bomare, au
sens de « boa » [animal] ; sens actuel,
1801, Brunot). Personne qui étouffe un
être animé (peu usité) ; et au fig. : Le vaste
étouffeur des plaintes et des râles (Hugo).

étouffoir [etufwar] n. m. (de étouffer ;


1671, Pomey, au sens de « instrument pour
éteindre des cierges » ; sens 1, 1680, Richelet ;
sens 2, v. 1960 ; sens 3, 1948, Larousse ; sens
4, 1803, Boiste ; sens 5, 1864, Littré ; sens 6,
milieu du XIXe s., Baudelaire). 1. Récipient
en métal, muni d’un couvercle étanche,
dans lequel on enfermait la braise allu-
mée pour l’éteindre et la conserver. ‖ 2. En
métallurgie, récipient en tôle, conique ou
cylindroconique, servant à retenir ou à
étouffer les vapeurs de zinc pendant les
premiers temps de la distillation. ‖ 3. En
aéronautique, dispositif destiné à arrêter le
fonctionnement du moteur en supprimant
l’admission d’air. ‖ 4. En musique, pièce
de bois garnie de feutre, destinée à étouffer
les vibrations des cordes du clavecin ou du
piano. ‖ 5. Fam. et vx. Salle dont l’atmos-
phère est chaude et confinée : Des étouffoirs
qui nécessitaient les copieuses rasades de
bière (Huysmans). ‖ 6. Fig. et vx. Endroit
où les facultés intellectuelles, la personna-
lité ne peuvent s’épanouir : Bientôt on le
jette dans une maison de banque, un grand
étouffoir (Baudelaire).

étoupage [etupaʒ] n. m. (de étouper ;


1567, Coutumier général, écrit estoupaige,
au sens de « bonde d’un ruisseau » ; écrit
estouppage, au sens 2, 1723, Savary des
Bruslons [étoupage, 1752, Trévoux] ; sens
1, 1838, Acad.). 1. Action d’étouper. ‖ 2. Ce
qui sert à étouper.

étoupe [etup] n. f. (lat. stuppa, étoupe,


filasse, gr. stuppê, mêmes sens, de stuphein,
resserrer, contracter ; XIIe s., écrit estoupe
[étoupe, 1636, Monet], au sens 1 [avoir les
cheveux comme de l’étoupe, XXe s.] ; sens
2, 1690, Furetière ; sens 3, fin du XVIe s.
[mettre le feu auprès des estoupes, même
sens, v. 1534, Bonaventure Des Périers]).
1. Déchet produit lors du teillage ou du
peignage des fibres textiles végétales,
notamment du chanvre et du lin. ‖ Avoir
les cheveux comme de l’étoupe, emmêlés,
difficiles à peigner. ‖ 2. Dans la marine,
filasse obtenue à partir du chanvre neuf
ou de vieux cordages détordus, et servant
à calfater les bateaux en bois. ‖ 3. Fig. et
vx. Mettre le feu aux étoupes, allumer, faire
naître un mouvement séditieux ; exciter
aux passions violentes.

étoupé, e [etupe] adj. (de étoupe ; fin


du XIXe s., A. Daudet). Littér. Effiloché
comme de l’étoupe : Des silhouettes
d’hommes et de femmes faisaient les
mêmes taches grises et lourdes dans ces
vapeurs blanches, étoupées au ras du sol
(Daudet).

étouper [etupe] v. tr. (lat. pop. *stup-


pare, boucher avec de l’étoupe, de stuppa
[v. ÉTOUPE] ; v. 1120, Psautier d’Oxford,
écrit estouper [estoper, v. 1175, Chr. de
Troyes ; estuper, début du XIIIe s. ; étou-
per, 1636, Monet], au sens 1 ; sens 2,
1811, Mozin ; sens 3, fin du XIXe s., A.
Daudet). 1. Boucher avec de l’étoupe ou
avec d’autres matières semblables : Les
interstices étaient étoupés de mousses et
de plantes sauvages (Gautier). La voie
d’eau était masquée, mais n’était pas
étoupée (Hugo). ‖ Fam. et vx. Avoir les
oreilles étoupées, bouchées avec du coton.
‖ 2. Chez les doreurs, mettre une pièce à
l’endroit où une feuille d’or n’a pas assez
d’épaisseur. ‖ 3. Littér. Rendre plus sourd,
moins distinct, comme si le son était inter-
cepté par un bouchon, un mur d’étoupe :
Un coup de feu assez proche, mais comme
étoupé par le léger brouillard d’arrière-
saison (Daudet).

• SYN. : 1 aveugler, calfater.

étoupeux, euse [etupø, -øz] adj. (de


étoupe ; 1838, Acad.). Qui a l’aspect
irrégulier du fil d’étoupe : Une toile
étoupeuse.

étoupille [etupij] n. f. (de étoupe ; 1632,


Barbier, écrit estoupille [étoupille, 1752,
Trévoux], au sens 1 ; sens 2, 1842, Mozin).
1. Autref. Mèche d’étoupe inflammable
servant d’amorce à la charge d’un canon.
‖ 2. Artifice contenant une composition

fulminante pour la mise à feu d’une charge


propulsive ou explosive : Étoupille à per-
cussion, étoupille électrique.

• SYN. : 2 amorce, détonateur.

étoupiller [etupije] v. tr. (de étoupille ;


1752, Trévoux). Munir d’une étoupille :
Étoupiller un canon, une mine.

étoupillon [etupijɔ̃] n. m. (de étoupe ; fin


du XIVe s., écrit estoupillon ; écrit étoupillon,
1835, Acad.). Autref. Bouchon d’étoupe
servant à préserver la lumière du canon
de l’humidité.

étourderie [eturdəri] n. f. (de étourdi ;


1675, Bouhours, au sens 2 ; sens 1, 1740,
Acad.). 1. Caractère d’une personne étour-
die ; défaut de réflexion, de prévoyance :
Monseigneur interrompit avec une feinte
étourderie (France). ‖ 2. Action, faute
commise par inattention : La duchesse et
le ministre eurent bien à réparer quelques
étourderies (Stendhal).

• SYN. : 1 distraction, inattention, inconsé-


quence, insouciance, irréflexion, légèreté ; 2
bévue, gaffe (fam.), impair (fam.), inadver-
tance, maladresse. — CONTR. : 1 application,
attention, circonspection, pondération,
réflexion, sérieux, vigilance.

étourdi, e [eturdi] adj. (part. passé


de étourdir ; fin du XIe s., Chanson de
Guillaume, écrit estordi [estourdi, XIIIe s. ;
étourdi, 1636, Monet], au sens 1 ; sens 2,
XIVe s., Cuvelier). 1. Qui a perdu l’usage
de ses facultés intellectuelles, hébété :
Rester étourdi après un choc. Ils étaient
fort étourdis en sortant, troublés comme des
gens à jeun, dont le ventre est plein d’alcool
(Maupassant). Christophe revint chez lui
étourdi de joie (Rolland). ‖ 2. Qui est dit ou
fait par étourderie : Une réponse étourdie.
L’air de doute dont tu reçus mon pauvre
amour | Qui, s’il a quelques tours étourdis
et frivoles, | N’en est pas moins, parmi ses
apparences folles | Quelque chose de tout,
tout dévoué pour toujours (Verlaine). Un
geste étourdi.

• SYN. : 2 imprudent, inconséquent, incon-


sidéré, maladroit, malavisé. — CONTR. : 2
avisé, prudent, raisonnable, réfléchi, sage.
& adj. et n. (fin du XIVe s., Chr. de Pisan).
Qui agit ou qui parle sans réflexion et sans
attention : Un élève étourdi. Se conduire
comme un étourdi. ‖ Étourdi comme un
hanneton, très étourdi.

• SYN. : braque (fam.), distrait, écervelé,


étourneau (fam.), évaporé, farfelu (fam.),
hurluberlu (fam.), inattentif, irréfléchi,
léger, rêveur. — CONTR. : appliqué, atten-
tif, circonspect, méthodique, méticuleux,
pondéré, posé, sérieux, vigilant.
& À l’étourdie loc. adv. (fin du XIVe s.,
Chronique de Boucicaut, écrit à l’estour-
die, au sens de « brusquement » ; écrit à
l’étourdie, au sens actuel, av. 1589, J.-A. de
Baïf). Sans réfléchir, aveuglément : Il fut
vingt fois tenté de braver les poignards et
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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1732

de sortir à l’étourdie et sans nulle précau-


tion (Stendhal). Et, chaque fois, Antoine,
paralysé par une absurde appréhension,
au lieu d’aider son frère à franchir l’obs-
tacle, s’était cabré lui-même et dérobé, en
se jetant à l’étourdie sur n’importe quelle
piste (Martin du Gard).

étourdiment [eturdimɑ̃] adv. (de


étourdi ; XIVe s., Godefroy, écrit estordie-
ment, au sens de « brusquement » ; sens
actuel, 1582, Tabourot, écrit estourdie-
ment [étourdiment, 1671, Pomey]). D’une
manière irréfléchie : Agir étourdiment.

étourdir [eturdir] v. tr. (lat. pop. *extur-


dire, avoir le cerveau troublé [comme une
grive qui a mangé trop de raisin], de ex-,
préf. à valeur intensive, et du lat. class. tur-
dus, grive [oiseau symbolisant souvent la
sottise et la gourmandise] ; fin du XIIe s.,
écrit esturdir, estourdir [étourdir, XVIIe s.],
aux sens 1-3 ; sens 4, début du XVe s.,
Ch. d’Orléans ; sens 5, 1677, Bossuet ; sens 6,
1629, Mairet). [Conj. : v. finir.] 1. Frapper les
sens, les facultés intellectuelles d’une sorte
d’engourdissement : Étourdir quelqu’un
d’un coup de poing. Un seul verre eût
suffi pour étourdir un homme (Gautier).
‖ 2. Par extens. Causer une sorte de gri-
serie : Certains parfums étourdissent.
Paris l’étourdissait comme un provincial
en visite (Daudet). Aujourd’hui, un laissé-
pour-compte des soleils d’août nous grille,
nous étourdit, nous détraque (Colette).
‖ 3. Fatiguer par un bruit excessif : Arrête
de taper ainsi avec ce marteau ! tu nous
étourdis. ‖ 4. Importuner, lasser par une
action répétée, par des paroles importunes
ou oiseuses : Mon grand-père m’étourdissait
sans cesse du grand mot : la connaissance du
coeur humain (Stendhal). ‖ 5. Vx. Rendre
moins sensible, moins vive une souffrance,
physique ou morale : Étourdir une dou-
leur. ‖ 6. Fig. et vx. Jeter dans un trouble
moral fait d’étonnement et d’admiration :
La Sarah que je connais par sa renommée,
qui tient un demi-siècle de place, me trouble
et m’étourdit (Renard).

• SYN. : 1 assommer, sonner (pop.) ; 2 eni-


vrer, griser ; 3 abasourdir, abrutir, assour-
dir ; 4 bassiner (fam.), fatiguer, raser (pop.),
tanner (très fam.).

& s’étourdir v. pr. (sens 1, début du XVIIe s.,


Malherbe ; sens 2, 1670, Bossuet ; sens 3,
1666, La Rochefoucauld). 1. Perdre momen-
tanément l’usage des sens, le contrôle de
soi-même, la claire conscience des réalités :
Boire jusqu’à s’étourdir. ‖ 2. Chercher à se
faire illusion : [Chambord], monument de
l’orgueil qui veut s’étourdir pour se payer
de ses défaites (Flaubert). ‖ 3. Se jeter dans
des distractions, des plaisirs, pour oublier
une préoccupation : Quand j’ai vu que cette
pensée criminelle devenait un tourment,
une obsession, j’ai cherché à m’étourdir
(Daudet).

étourdissant, e [eturdisɑ̃, -ɑ̃t] adj. (part.


prés. de étourdir ; 1690, Furetière, au sens
1 ; sens 2, av. 1869, Lamartine ; sens 3, 1838,
Acad.). 1. Qui étourdit par son bruit : Un
vacarme étourdissant. ‖ 2. Qui fatigue
par sa répétition ou sa durée : Éveillés aux
rayons du plus riant des mois | À l’hymne
étourdissant de la vive alouette | Qui
n’a que joie et cris dans sa voix de poète
(Lamartine). Et c’était étourdissant d’en-
tendre les deux Tarasconnais célébrer avec
enthousiasme les splendeurs qu’on découvre
du Rigi (Daudet). ‖ 3. Qui stupéfie par son
caractère exceptionnel, extraordinaire ou
inattendu : [Gaudissart] fut étourdissant
d’esprit, de pointes et de calembours incom-
pris (Balzac). Tu n’admires pas comme il
faudrait ce miracle étourdissant qu’est la
vie (Gide).

• SYN. : 1 abrutissant (fam.), assommant,


assourdissant ; 2 ahurissant, délirant, eni-
vrant, fatigant, soûlant (fam.) ; 3 éblouis-
sant, époustouflant (fam.), étonnant,
merveilleux, prodigieux, sensationnel.

étourdissement [eturdismɑ̃] n. m. (de


étourdir ; v. 1210, Godefroy, écrit estordis-
sement [estourdissement, XIIIe s., Queste del
saint Graal ; étourdissement, 1636, Monet],
au sens 1 ; sens 2, v. 1790, Marmontel ; sens
3, 1553, Bible Gérard ; sens 4, 1685, Bossuet).
1. Perte momentanée de conscience et de
sensibilité, vertige : Un jour, il fut pris
d’un étourdissement (Flaubert). Et il [J.-J.
Rousseau] parle de palpitations, d’éblouis-
sements, d’un étourdissement semblable à
l’ivresse (Lemaitre). ‖ 2. État de griserie,
de vertige : L’étourdissement qu’amènent les
premiers succès. ‖ 3. État de grand trouble
moral, d’égarement : Le programme des
cours qu’il lut sur l’affiche lui fit un effet
d’étourdissement (Flaubert). ‖ 4. Action
de s’étourdir, de se distraire avec excès :
L’étourdissement d’un joyeux carnaval dans
une ville d’Italie chassa toutes mes idées
mélancoliques (Nerval).

• SYN. : 1 défaillance, éblouissement, fai-


blesse, malaise ; 2 enivrement, fumées,
ivresse ; 3 affolement, choc, délire, ébran-
lement, fièvre.

étourneau [eturno] n. m. (lat. pop.


*sturnellus, étourneau, du lat. class. stur-
nus, même sens ; fin du XIe s., Gloses
de Raschi, écrit estornel [esturneau, v.
1280, Bibbesworth ; estourneau, v. 1398,
le Ménagier de Paris ; étourneau, 1636,
Monet], au sens 1 ; sens 2, 1660, Molière
[avoir teste d’estournel, « être étourdi »,
XVe s., Miracles de sainte Geneviève]).
1. Passereau à plumage sombre tacheté de
blanc et à queue courte : Des volées d’étour-
neaux manoeuvrent en spirales (Hugo). J’ai
trouvé dans l’avenue, hier matin, un petit
étourneau tombé du nid, mais bien près de
pouvoir voler (Gide). ‖ 2. Fig. Homme d’un
esprit léger, irréfléchi : Répondre comme
un étourneau.

étramper v. intr. V. ÉTREMPER.

étrange [etrɑ̃ʒ] adj. (lat. extraneus,


extérieur, du dehors, étranger, de extra,
au-dehors, à l’extérieur, en dehors ; 1080,
Chanson de Roland, écrit estrange [étrange,
XVIIe s.], au sens 1 ; sens 2-3, XIIe s.). 1. Class.
Qui n’est pas du pays où l’on est, étran-
ger : Peu de nos chants, peu de nos vers, |
Par un encens flatteur, amusent l’univers |
Et se font écouter des nations étranges (La
Fontaine). ‖ 2. Class. Qui est épouvantable,
terrible : C’est la seule réflexion qui me per-
met, dans un accident si étrange, une si juste
et si sensible douleur (Bossuet). ‖ 3. Qui
frappe par son caractère inhabituel, son
aspect singulier : La nuit, le Tasse se figurait
entendre des bruits étranges, des tintements
de cloches funèbres ; des spectres le tour-
mentaient (Chateaubriand). Comme il y
avait dans mon air quelque chose d’étrange,
il voulut me faire parler (Nerval). L’étrange
sourire qui ne la quittait pas m’inquiétait
(Gide).

• SYN. : 3 bizarre, curieux, drôle, étonnant,


extraordinaire, insolite, saugrenu, singulier,
surprenant.

& n. m. (1870, Larousse). Ce qui est


étrange : Certains auteurs, pour faire du
neuf, cherchent l’étrange, le paradoxal.

étrangement [etrɑ̃ʒmɑ̃] adv. (de


étrange ; v. 1170, Livre des Rois, écrit
estrangement [étrangement, XVIIe s.],
au sens 1 ; sens 2, fin du XIVe s., E. Des-
champs). 1. Class. et littér. Extrêmement,
extraordinairement : Je vous plains étran-
gement sur la séparation de vous et de
Mme de Grignan (Bussy-Rabutin). L’air était
étrangement tiède (Gide). ‖ 2. De façon
inhabituelle, étrange : Ils nous proposent,
étrangement unies, les idées d’ordre et de
fantaisie (Valéry).

• SYN. : 2 bizarrement, curieusement,


drôlement, étonnamment, extraordinai-
rement, singulièrement. — CONTR. : 2 cou-
ramment, naturellement, normalement,
ordinairement.

1. étranger, ère [etrɑ̃ʒe, -ɛr] adj. et n.


(de étrange [v. ce mot] ; v. 1350, Machaut,
écrit estrang[i]er [étranger, XVIIe s.], aux
sens 1 et 4 ; sens 2, av. 1857, Musset ; sens
3, av. 1696, La Bruyère). 1. Qui appartient à
une nation autre que celle dont on est res-
sortissant : Une langue étrangère. Un pays
étranger. La terre tremble sous les pas du
soldat étranger qui dans ce moment même
envahit ma patrie (Chateaubriand). À
Rome, il y a une indulgence pour celui qui
montre la ville à un étranger (Veuillot).
‖ Étre étranger dans son pays, ne pas
en connaître les usages. ‖ Les Affaires
étrangères, ensemble des relations d’un
pays avec les autres nations. ‖ La Légion
étrangère, troupe créée en 1831, en Algérie,
et composée uniquement de volontaires,
appelée ainsi du fait du nombre important
d’étrangers qui s’y engagent au service de
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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1733

la France. ‖ 2. Qui appartient ou semble


appartenir à un autre : Je crois voir à ma
place un visage étranger (Musset). Il frémit
de sentir sous les toiles légères | Palpiter tout
à coup des formes étrangères (Samain). Je
ne rends plus au jour qu’un regard étran-
ger (Valéry). ‖ 3. Qui n’est pas propre ou
naturel à quelqu’un, qui est emprunté : Et
mon rire étranger suspend à mon oreille |
Comme à la vide conque un murmure de
mer, | Le doute... (Valéry). ‖ 4. Qui n’appar-
tient pas, ou n’est pas considéré comme
appartenant à la communauté d’une
localité, d’un groupe, à une famille : En
général, les monastères étaient des hôtelle-
ries où les étrangers trouvaient en passant
le vivre et le couvert (Chateaubriand). À
Boegaraeh, un passant est un phénomène.
On n’est pas seulement un étranger, on est
étrange (Hugo). Se sentir étranger dans une
réception. ‖ N’être étranger nulle part, se
sentir partout chez soi, à son aise ; être bien
accueilli partout.

• SYN. : 2 ignoré, inconnu ; 4 isolé, perdu. —


CONTR. : 1 aborigène, autochtone.

& adj. (sens 1, 1669, Racine ; sens 2, 1870,


Larousse ; sens 3, 1699, Massillon ; sens
4, 1835, Acad. ; sens 5, 1689, Racine ; sens
6, av. 1704, Bourdaloue ; sens 7, 1690,
Furetière). 1. Se dit d’une personne qui
n’est pas en rapport, en relation avec une
autre personne : Il faut que nous demeu-
rions étrangers l’un à l’autre (Maupassant).
Inquiète de le voir arriver, presque étran-
gère à lui... (R. Bazin). ‖ Devenir étran-
ger à quelqu’un, cesser d’avoir avec lui
des relations suivies. ‖ 2. Qui ne fait pas
partie d’un organisme, d’une entreprise :
Entrée interdite à toute personne étrangère
à l’établissement. ‖ 3. Qui n’a point part
à ; qui se tient à l’écart de : Étre étranger à
un complot, à tout sentiment d’affection.
‖ Spécialem. Qui est incapable de prendre
part à ; qui est insensible, indifférent à :
Une chose m’étonne toujours quand je pense
à Voltaire : avec un esprit supérieur, rai-
sonnable, éclairé, il est resté complètement
étranger au christianisme (Chateaubriand).
‖ 4. Qui n’a aucune notion, aucune pra-
tique de : Nous sommes les petits lapins,
| Gens étrangers à l’écriture (Banville).
‖ 5. Qui est ou semble être inconnu à
quelqu’un : Son visage ne m’est pas étranger.
‖ 6. Qui n’est pas propre à : L’hypocrisie lui
est étrangère. ‖ 7. Se dit d’une chose qui ne
fait pas partie intégrante de, qui n’a aucun
rapport avec une autre chose : Un dévelop-
pement étranger au sujet. Quelquefois un
portail, une façade, une église tout entière
présente un sens symbolique absolument
étranger au culte (Hugo). ‖ En chimie, qui
n’est pas de même nature : De l’or mêlé à
des substances étrangères. ‖ Corps étranger,
corps qui se trouve, contre nature, dans
l’organisme de l’homme ou de l’animal.
• SYN. : 3 éloigné, fermé, imperméable, inac-
cessible, indifférent ; 4 ignorant, profane ;
7 différent, distinct, extérieur.

& étranger n. m. (sens 1, 1835, Acad. ; sens


2, 1691, Racine). 1. Pays étranger ou l’en-
semble des pays étrangers : Les nouvelles de
l’étranger. Voyager à l’étranger. Envoyer des
marchandises à l’étranger. ‖ 2. Les étran-
gers considérés collectivement : L’étranger
n’avait pas de raison de s’étonner que la
France passât par où avaient passé avant
elle l’Angleterre, les Pays-Bas... (Bainville).

2. étranger [etrɑ̃ʒe] v. tr. (de étrange [v.


ce mot] ; v. 1120, Psautier d’Oxford, écrit
estrangier ; estranger, v. 1265, J. de Meung ;
étranger, XVIIe s.). Class. Éloigner, tenir à
l’écart : Le roi, très piqué, mais ne voulant
pas étranger Monsieur (Saint-Simon).

étrangeté [etrɑ̃ʒte] n. f. (de étrange ; fin


du XIVe s., E. Deschamps, écrit estrangeté
[étrangeté, XVIIe s.], au sens 1 ; sens 2, 1580,
Montaigne [le mot est rarement attesté à
la fin du XVIIe et au début du XVIIIe s.]).
1. Caractère de ce qui est étrange, inhabi-
tuel : J’aurai voulu [...] les émouvoir en leur
faisant comprendre et sentir l’étrangeté d’un
dénuement si complet (Gide). Notre bouche
exaspérée retrouve quelque étrangeté à l’eau
pure (Valéry). ‖ 2. Littér. Chose étrange :
Ce ne fut pas une des moindres étrangetés
de cette guerre que la nécessité d’apprendre
à la faire dans le même temps qu’on la fai-
sait (Valéry).

• SYN. : 1 anomalie, bizarrerie, singularité.

étranglant, e [etrɑ̃glɑ̃, -ɑ̃t] adj. (part.


prés. de étrangler ; 1689, Mme de Sévigné).
Class. et fig. Qui empêche de respirer, de
souffler, qui ne laisse aucun répit : Tant
d’affaires épineuses, accablantes, étran-
glantes (Sévigné).

étranglé, e [etrɑ̃gle] adj. (part. passé de


étrangler ; milieu du XVIe s., Amyot, au sens
1 [hernie étranglée, 1835, Acad.] ; sens 2, fin
du XVIIe s., Saint-Simon). 1. Se dit d’un lieu
qui est resserré, trop étroit : Passage étran-
glé. ‖ Spécialem. Hernie étranglée, hernie
que l’on ne peut faire rentrer et qui néces-
site une intervention chirurgicale urgente.
‖ 2. Se dit d’un son qu’on entend mal parce
qu’il a de la peine à sortir : La misérable !
balbutia-t-il d’une voix étranglée, elle veut
me rendre fou (Zola). Une voix d’homme,
une voix étranglée, demanda : « Qui va
là ? » (Maupassant).
étranglement [etrɑ̃gləmɑ̃] n. m. (de
étrangler ; début du XIIIe s., écrit estran-
glement [étranglement, XVIIe s.], au sens de
« esquinancie » ; sens 1, 1538, R. Estienne ;
sens 2, début du XXe s. ; sens 3, 1688,
Mme de Sévigné ; sens 4, 1707, d’après
Trévoux, 1771 ; sens 5, 1890, Dict. géné-
ral). 1. Action d’étrangler ; résultat de cette
action (rare) : On lui pardonnait encore ses
noyades turques, ses étranglements véni-
tiens et les arbres chargés de pendus de son
manoir de Plessis-lez-Tours... (Saint-Victor).
‖ 2. État d’une voix étouffée, étranglée par
l’émotion ou par une cause pathologique :
Il a dans sa gorge l’étranglement des san-

glots (Barrès). « Monsieur Jacques est invité


chez Mme Morille ! » dit-elle dans un étran-
glement (Miomandre). ‖ 3. Compression,
constriction plus ou moins intense affec-
tant une partie du corps. ‖ Spécialem.
Étranglement herniaire, forte constric-
tion au niveau du collet, qui s’oppose à la
réduction de la hernie. ‖ 4. État de ce qui
est rétréci, resserré sur un point, soit natu-
rellement, soit par accident : La surface [de
la coquille] se gonfle de bulbes successifs que
séparent des étranglements ou des gorges
concaves (Valéry). L’étranglement d’une
rue. ‖ Goulet d’étranglement, obstacle,
gêne à la circulation qui résulte du trop
grand nombre de véhicules pour la lar-
geur de la voie en un point donné. ‖ 5. Fig.
Action de paralyser, de freiner dans son
développement : Le vice n’est que l’étran-
glement de soi par soi (Alain).

• SYN. : 1 strangulation ; 2 suffocation ; 4


resserrement, rétrécissement ; 5 étouffe-
ment, paralysie.

étrangler [etrɑ̃gle] v. tr. (lat. strangulare,


étrangler, étouffer ; v. 1119, Ph. de Thaon,
écrit estrangler [étrangler, 1636, Monet],
au sens 1 ; sens 2, 1690, Furetière ; sens 3,
1870, Larousse ; sens 4, 1665, Retz ; sens 5,
v. 1660, Retz ; sens 6, 1690, Furetière [pour
une voile, 1836, Acad.]). 1. Faire mourir
par la constriction ou l’occlusion des voies
respiratoires : L’assassin a étranglé sa vic-
time avec un bras. Oh ! étrangler une per-
drix, lui serrer le cou, sentir entre ses doigts
cette petite flûte de vie (J. Renard). ‖ 2. Par
extens. Gêner la respiration en serrant au
gosier : Un nuage de poussière qui salit le
paysage et qui étrangle le voyageur (Taine).
Un col de chemise qui étrangle. ‖ Fig. J’ai un
mot qui m’étrangle, je ne peux pas ne pas
parler, il faut que je me délivre de ce que j’ai
à dire. ‖ 3. Fig. Faire suffoquer sous le coup
d’une émotion violente : La peur l’étrangle.
‖ Remplir d’angoisse : Le remords étrangle
le coupable. ‖ 4. Fig. et fam. Ruiner en fai-
sant payer beaucoup d’argent : Étrangler
quelqu’un en exigeant le remboursement
total de ses dettes. ‖ 5. Fig. Empêcher bru-
talement de se manifester, de s’exprimer :
Étrangler la liberté. ‖ 6. Resserrer, compri-
mer en diminuant la largeur, l’ouverture,
le diamètre d’une chose : Étrangler un pas-
sage. Une ceinture bien ajustée étranglant
sa taille de guêpe (Gautier). ‖ Spécialem.
Étrangler une voile, la ramener contre le
mât pour la soustraire à l’action du vent.
• SYN. : 2 asphyxier, étouffer, suffoquer ;
3 oppresser ; glacer, paralyser, transir ; 4
écorcher, égorger, empiler (pop.), estamper
(fam.), étriller (fam.) ; 5 juguler, mater,
museler, réprimer, supprimer ; 6 rétrécir.
& v. intr. (1194, Tobler-Lommatzsch). Class.
Être empêché de respirer, suffoquer : Nous
étranglons de fumée (Saint-Amant).

& s’étrangler v. pr. (sens 1, v. 1155, Wace ;


sens 2, 1870, Larousse). 1. Perdre momen-
tanément la respiration et la parole : Tout le
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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1734

monde cria : « La reine boit ! La reine boit ! »


Elle devint alors toute rouge et s’étrangla
(Maupassant). ‖ 2. Fig. Devenir plus res-
serré en un point, plus étroit : La route
s’étrangle à l’entrée d’un tunnel.

• SYN. : 1 étouffer, suffoquer.

étrangleur, euse [etrɑ̃gloer, -øz] n. (de


étrangler ; XIIIe s., Godefroy, écrit estran-
glour ; estrangleur, XIVe s. ; étrangleur,
XIXe s.). Personne qui étrangle : Des mains
d’étrangleur.

& étrangleur n. m. (1930, Larousse).


Système pour régler l’arrivée d’essence
dans le carburateur.

étrangloir [etrɑ̃glwar] n. m. (de étrangler ;


1838, Acad., au sens de « cargue spéciale
fixée sur la vergue ou sur le mât » ; sens 1,
1845, Bescherelle ; sens 2, 1961, Larousse).
1. Appareil fixé sur le pont d’un navire et
destiné à arrêter une chaîne d’ancre dans sa
course. ‖ 2. En papeterie, appareil destiné
à faire des étranglements dans un tube en
carton.

étranglure [etrɑ̃glyr] n. f. (de étrangler ;


1785, Encycl. méthodique). Faux pli du drap
occasionné par le foulage.

étrave [etrav] n. f. (anc. scand. stafn,


proue ; 1573, Du Puys [les formes pre-
mières du mot, non attestées, ont dû être
*estavne, *estavre, puis, par métathèse,
*estrave]). Pièce de bois ou de métal qui
forme la proue d’un navire : Dans le silence
de la nuit, on n’entendait plus que le bruit
de la houle qui se séparait contre l’étrave
(Montherlant).

1. être [ɛtr] v. intr. • ÉTYM. Lat. pop.


*essere, lat. class. esse, être, exister, se trou-
ver, appartenir à, et verbe copulatif (le
part. prés., le part. passé et l’imparf. de
l’indic. du v. franç. sont empruntés à l’anc.
v. ester, être debout, se tenir [fin du Xe s., Vie
de saint Léger], lat. stare, mêmes sens) ; Xe s.,
écrit estre ; être, XVIIe s. A. Sens 1, v. 1170,
Livre des Rois ; sens 2, v. 980, Fragment de
Valenciennes. B. I. Sens 1, v. 980, Fragment
de Valenciennes ; sens 2, fin du IXe s.,
Cantilène de sainte Eulalie ; sens 3 et 5,
v. 1360, Froissart ; sens 4, XIIe s., Roncevaux.

— II. Être à : sens 1, 1080, Chanson de


Roland ; sens 2, XIIe s., Roncevaux ; sens 3,
fin du XIIe s., Châtelain de Coucy ; sens 4, v.
1283, Beaumanoir ; sens 5, 1666, Molière ;
sens 6, av. 1549, Marguerite de Navarre ;
sens 7, 1870, Larousse. Être après : sens 1,
début du XVIIe s., Malherbe ; sens 2, XXe s. ;
sens 3, 1864, Littré. Être avec : sens 1,
v. 1207, Villehardouin ; sens 2, 1672, Sacy ;
sens 3, av. 1870, Mérimée. Être contre :
v. 1207, Villehardouin. Être dans : sens 1
et 3, XVIe s. ; sens 2, XXe s. Être de : sens
1, 4-5, 1690, Furetière ; sens 2-3, v. 1207,
Villehardouin ; sens 6, XVIe s. ; sens 7, 1669,
Molière. Être en : sens 1, 1080, Chanson
de Roland ; sens 2, v. 1240, G. de Lorris ;
sens 3, 1864, Littré ; sens 4, XXe s. Être

pour : 1640, Corneille. Être sans : sens


1-2, XVIIe s. Être sur : sens 1, XIIe s. ; sens
2, 1580, Montaigne. C. En être : sens 1,
milieu du XIIIe s., Rutebeuf ; sens 2, av. 1613,
M. Régnier ; sens 3, 1283, Beaumanoir.
Y être : sens 1, 1687, Dancourt ; sens 2, fin
du XVIIe s., Mme de Sévigné. L’être : av. 1725,
Dan-court. Comme si de rien n’était : 1870,
Larousse. D. I. Sens 1, 1080, Chanson de
Roland ; sens 2, v. 1240, G. de Lorris ; sens
3, XVIe s. ; sens 4, XVIIe s., ; sens 5, 1637,
Scudéry ; sens 6, fin du XVIe s., A. d’Aubi-
gné ; sens 7, 1864, Littré ; sens 8, XIIIe s.,
Chronique de Rains. — II. Sens 1-2, 1580,
Montaigne ; sens 3, 1273, Adenet ; sens 4-5,
XIIe s. ; sens 6, milieu du XVIe s., Amyot ;
sens 7, début du XVIIe s., Malherbe ; sens
8, XVIIe s. ; sens 9, v. 1360, Froissart ; sens
10, 1642, Corneille ; sens 11, 1655, Molière.

— III. Sens 1, XVIIe s. ; sens 2, av. 1613,


M. Régnier. E. Sens 1-3, 1080, Chanson
de Roland. F. Sens 1-2, XIIIe s., Du Cange ;
sens 3, 1080, Chanson de Roland. (Conj. :
v. tableau, p. CXXI.)

A. Exprime l’existence.

1. Exprime l’existence vivante et


consciente d’une personne : Je pense,
donc je suis (Descartes). Dois-je exister
sans être et regarder sans voir ? (Hugo).
Tout me fatigue, même lire ; d’ailleurs que
lire ? Être m’occupe assez (Gide). ‖ Celui
qui est, Dieu. ‖ N’être plus, avoir cessé de
vivre. ‖ 2. Exprime la réalité ou la vérité
d’une chose : Ce temps n’est plus. Tout
ce qui est doit être, puisque Dieu a voulu
qu’il fût (Lamennais). Si je le dis, c’est que
cela est (Courteline). ‖ Cela n’est pas, ce
n’est pas vrai. ‖ Cela sera, cela arrivera.
‖ Spécialem. Soit..., en mathématiques,
supposons l’existence de : Soit une droite
AB.

B. Élément du syntagme verbal.

• I. SERT À LIER L’ATTRIBUT AU SUJET.


1. L’attribut est un adjectif exprimant
une qualité ou un état : Ferme dans ma
route et vrai dans mes discours, | Tel je fus,
tel je suis, tel je serai toujours (Chénier).
‖ 2. L’attribut est un nom : Il est outilleur
dans une grande usine. Le dictionnaire est
un instrument de travail. ‖ 3. L’attribut
est un pronom : Et le Christ ne m’est plus
de rien s’il n’est plus central, s’il n’est tout
(Gide). ‖ Le pronom représente un nom
ou un adjectif déjà exprimé : Vindicatif,
il l’est. ‖ 4. L’attribut est un adverbe indi-
quant la manière d’être : Êtes-vous bien ?
Je suis mal ; le lieu : Sont-ils là ? Je suis
ici. Ils sont déjà loin. ‖ Être bien, être mal
avec quelqu’un, être en bons, en mauvais
termes avec lui. ‖ Fam. Être un peu là, se
dit de quelqu’un qui a une grande force
physique, qui est redoutable. ‖ 5. L’attri-
but est un numéral ou un adverbe de

quantité : Ils sont cinquante. Combien


sont-ils ? Ils sont autant qu’hier.
• II. SUIVI D’UN SYNTAGME PRÉPOSITION-
NEL. 1. Être à. Se trouver en tel endroit
de l’espace : Être à Lyon pendant les va-
cances ; à tel moment du temps : Le ren-
dez-vous est à quatre heures. ‖ Apparte-
nir, avoir pour propriétaire : Cette voiture
est à son frère. ‖ Class. Être à quelqu’un,
faire partie de son personnel, être à son
service : Ayez soin, tous deux, de marcher
immédiatement sur mes pas, afin qu’on
voie bien que vous êtes à moi (Molière) ;
auj., en parlant d’une femme, se donner
à un homme. ‖ Être à la disposition de
quelqu’un : Je suis à vous tout de suite.
‖ Prêter toute son attention à : Cela ne
m’empêche pas d’être à ce qu’on dit autour
de moi, de vous écouter encore mieux que
je ne le ferais dans l’inaction (Daudet).
‖ Être à avec un verbe à l’infinitif, être
occupé à, être en train de : Elle est à pré-
parer le repas. Il est toujours à se plaindre.
‖ Évoluer vers : Le temps est à l’orage.
‖ Tendre vers : Les prix des légumes sont
à la baisse. ‖ 2. Être après. Fam. Être
après quelque chose (sujet personne), s’oc-
cuper avec soin de, consacrer son temps
à : Le peintre était après sa toile depuis
quinze jours. ‖ Fam. Être après quelque
chose (sujet chose), se trouver sur : La
clef est après la porte. ‖ Fam. Être après
quelqu’un (sujet personne), le harceler, ne
lui laisser aucun répit à : Il est après moi
dès que je sors dans la rue. ‖ 3. Être avec.
Être en compagnie de quelqu’un, pas-
ser un certain temps avec lui : Hier soir,
j’étais avec les Dupont. ‖ Se tenir du côté
de, défendre le point de vue de : Si vous
approuvez le projet, les socialistes seront
avec vous. ‖ Vivre avec quelqu’un sans
être marié avec lui, être en ménage avec
(vieilli) : En passant par la rue de la Paix,
j’ai rencontré mademoiselle [...]. C’est elle
qui est avec M. de Boismorand (Méri-
mée). ‖ 4. Être contre. S’opposer à, mani-
fester son hostilité à : Il est contre nous.
‖ 5. Être dans.Se trouver à l’intérieur de :
Il est dans sa chambre. Cette maison est
dans le voisinage. ‖ Fam. Appartenir à
une profession, participer à une activité :
Être dans l’édition, dans les assurances.
‖ Fig. Être plongé dans : Notre ami est
dans l’embarras, dans la peine. ‖ 6. Être
de.Avoir pour origine, provenir de : Il est
du Midi. ‖ Appartenir à telle époque :
Cet édifice est du XIVe siècle. ‖ Appartenir
à une corporation, à une organisation : Il
se nommait Javert et il était de la police
(Hugo). Être de la franc-maçonnerie.
‖ Participer à : Serez-vous de la réunion ?
‖ Être affecté à un rôle, à une fonction :
Être de garde. ‖ Être de corvée, être de ser-
vice, être désigné pour effectuer un tra-
vail pénible ou fastidieux, pour assurer
un travail habituel. ‖ Posséder une qua-
lité ou un défaut : Ce garçon est d’une force
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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1735

peu commune. Elle est d’une maladresse


incroyable. ‖ Avoir telle valeur : Ce vase
est d’un grand prix. ‖ N’être pas de, n’être
plus de, ne pas ou ne plus convenir à : Ce
chapeau n’est pas de saison, n’est plus de
mode. ‖ Littér. Si j’étais de vous, que de
vous, de lui, à votre place, à sa place. (On
dit plutôt couramment SI J’ÉTAIS VOUS.)
‖ 7. Être en.Se trouver dans un lieu : Il
sera en France l’an prochain. ‖ Vivre au
moment de : Nous sommes en été. ‖ Être
occupé à : Ils sont en promenade. Les deux
amies sont en conversation. ‖ Se vêtir de :
Nous serons en smoking. ‖ Ellipt. et fam.
Elle est en hiver, en été, en printemps,
elle est habillée comme en hiver, en été,
au printemps. ‖ 8. Être pour. Apporter
son approbation, son soutien à quelque
chose ou à quelqu’un : Nous sommes
pour la proposition qui vient d’être faite.
Dans cette affaire, nous sommes pour
les victimes. ‖ Être quelque chose pour
quelqu’un, représenter une valeur pour
quelqu’un : Vous êtes tout pour moi. Je
crois au monde spirituel et tout le reste
ne m’est rien (Gide). ‖ Être pour quelque
chose dans, être en partie responsable : Il
est pour quelque chose dans la réussite de
l’affaire. ‖ 9. Être sans. Manquer de : Être
sans argent. ‖ Fam. Être sans un, être dé-
pourvu de tout argent. ‖ N’être pas sans
savoir, ne pas ignorer. ‖ 10. Être sur. Se
trouver sur : Les verres sont sur la table.
‖ Fig. Être sur quelque chose, en parlant
de quelqu’un, s’en occuper activement :
Il est sur votre dossier. ‖ Être sur le dé-
part, sur le point de partir. ‖ Être sur ses
quatre-vingts ans, approcher de quatre-
vingts ans, les avoir bientôt.

C. Entre dans des locutions verbales.

1. En être. Être arrivé à un certain point


(dans une situation qui change, qui évo-
lue, dans un travail ou une recherche).
‖ Où en êtes-vous ?, qu’avez-vous fait ?
ou que vous reste-t-il à faire ? ‖ Fig. Ne
pas ou ne plus savoir où on en est, n’avoir
pas conscience de ce qu’on fait, perdre la
tête, s’affoler. ‖ Il n’en est pas où il croit,
il est loin de ce qu’il attend ou espère.
‖ En être à, être arrivé au point de : Elle
en est à demander l’aumône. ‖ N’en être
pas à quelque chose près, n’être pas re-
tenu, gêné par ; ne pas tenir compte de :
Les rois d’Angleterre et les rois de France
n’en étaient pas à un guet-apens près
(Vacquerie). ‖ Fam. Faire partie d’une
affaire, d’un complot, d’une entreprise,
etc. : Vautrin prétendait qu’il n’était pas
assez rusé pour en être (Balzac). ‖ Fam.
En être, être un homosexuel : Quand il
avait découvert qu’il « en était », il avait
cru par là apprendre que son goût, comme
dit Saint-Simon, n’était pas celui des
femmes (Proust). ‖ Impers. Voilà ce qu’il
en est, voilà quelle est la situation. ‖ Il en
est ainsi, voilà la situation. ‖ Ainsi soit-il,

formule de conclusion d’une prière. ‖ S’il


en fut, s’il en est, forme de superlatif : Un
savant s’il en est. ‖ Il en est de ceci comme
de cela, ceci est semblable à cela : Il en est
des écoles de vie comme des écoles d’art :
elles ne disparaissent pas sans avoir épuisé
tous leurs principes (Barrès). [V. aussi § D,
I, 5.] ‖ Il n’en est rien, cela n’est pas vrai.
‖ 2. Y être. Se trouver chez soi, être dis-
posé à recevoir ou à entendre quelqu’un :
Si cette personne téléphone de nouveau,
vous lui direz que je n’y suis pas. ‖ Fig. Ne
pas y être, être loin de la vérité : « J’éva-
lue cette maison à 20 000 F. — Non, vous
n’y êtes pas. » ‖ Fam. Je n’y suis pas, je ne
comprends pas, je ne vois pas ce que vous
voulez dire. ‖ Fam. N’y être plus, avoir
perdu la raison. ‖ Y être pour quelque
chose, être responsable de, avoir participé
à (par opposition à il n’y est pour rien, il
n’a aucune part à cela) : Cette exposition
a un grand succès, et il y est pour quelque
chose. ‖ 3. Fam. et vx. L’être. Être cocu :
Au doigt mouillé, voyons qui le sera (Dan-
court). ‖ 4. Comme si de rien n’était.
Avec un air de complète indifférence, en
faisant semblant de rien.

D. Employé impersonnellement.

• I. AVEC LE PRONOM « IL » : « IL EST »,


« IL ÉTAIT », « IL SERA », ETC. 1. Littér. On
trouve, il y a : Il est de bons amis. Il est
des parfums frais comme des chairs d’en-
fants (Baudelaire). ‖ 2. Sert à indiquer le
moment : Il est midi. Il est huit heures.
‖ 3. Forme des syntagmes verbaux avec
des noms : Il est temps de. Il n’est pas be-
soin de ; avec des adjectifs : Il est bon de. Il
est nécessaire de ; avec des syntagmes pré-
positionnels : Il est de bon ton de. Il est de
toute justice de. ‖ 4. ‖ Il est de quelqu’un
de (suivi de l’infinitif), il entre dans la na-
ture de, il appartient à : Il est d’un homme
intelligent de réfléchir avant d’agir. Mais
il n’est point d’un véritable chef de se bor-
ner à dicter des ordres sans nul égard à
leurs effets sur les esprits : ils ne seraient
obéis que d’une obéissance cadavérique
(Valéry). ‖ 5. Class. et littér. Il est de ceci
comme de cela, il en va de ceci comme
de cela : Il est du sujet du poème drama-
tique comme de tous les corps physiques
(Scudéry). Mais il n’est pas des grands
individus comme des grandes races : on
transmet son sang, on ne transmet pas son
génie (Chateaubriand). [V. aussi § C, En
être.] ‖ 6. Class. Il n’est pas que, il n’est
pas possible, il n’est pas vrai que : On lui a
pris aujourd’hui son argent, et il n’est pas
que vous ne sachiez quelques nouvelles de
cette affaire (Molière). ‖ 7. Toujours est-il
que, quoi qu’il en soit, en tout cas : Tou-
jours est-il qu’il fallait pour mener à bien
cette quête, à défaut de religieuse convic-
tion, une audace, une habileté, un tact,
une éloquence (Gide). ‖ 8. Il n’est que

de, il suffit de, il n’y a qu’à : Il n’est que


de l’écouter parler pour qu’il soit content.

• II. AVEC LE PRONOM « CE » : « C’EST »,


« C’ÉTAIT », « CE SERA », ETC. 1. S’emploie
pour montrer ou identifier quelqu’un
ou quelque chose : C’est le professeur de
première. C’est mon livre. ‖ 2. Précédé
d’un nom, d’un pronom ou d’un infinitif,
c’est s’emploie pour détacher le sujet : Un
livre, c’est un ami. Lui, c’est l’acteur prin-
cipal. Parler, c’est se trahir. ‖ 3. S’emploie,
conjointement avec le relatif, pour déta-
cher un terme de la proposition en tête
de la phrase : C’est la radio qui a annoncé
la nouvelle. C’est moi qui l’ai rencontré.
C’est le film que j’ai vu la semaine der-
nière. C’est l’année dernière qu’il a perdu
son père. C’est sur ma recommandation
qu’il a fait cette démarche. C’est à vous
que je m’adresse. ‖ Le terme détaché
peut être un pronom neutre : C’est ce
que je vous ai dit hier. C’est ce à quoi je
pense. ‖ 4. Quand les éléments de la loc.
c’est sont inversés, ils constituent une
locution interrogative : Est-ce toi ? ‖ En
combinaison avec la conj. que, est-ce
constitue une formule interrogative dis-
jointe : Est-ce à lui que tu as confié cette
tâche ? ‖ En combinaison avec un pro-
nom interrogatif et un pronom relatif,
est-ce forme des locutions interrogatives
(qui est-ce qui ?, qui est-ce que ?, qu’est-
ce qui ?, qu’est-ce que ?) : Qui est-ce qui a
ouvert la fenêtre ? Qui est-ce que tu as ren-
contré ? Qu’est-ce qui t’a piqué ? Qu’est-ce
que tu as vu ? ‖ 5. Est-ce que, v. à l’ordre
alphab. ‖ 6. N’est-ce pas, v. à l’ordre al-
phab. ‖ 7. Class. Si est-ce que, s’employait
pour marquer la liaison et l’opposition
(« toutefois », « néanmoins ») : Vous ne
le comprenez-pas, dites-vous, si est-ce
néanmoins qu’il faut bien le croire (Bos-
suet). ‖ 8. C’est que, ce n’est pas que,
s’emploient comme locutions conjonc-
tives pour introduire une proposition
causale : S’il a formulé cette demande,
c’est qu’il pensait pouvoir obtenir satis-
faction. ‖ Absol. et fam. Ce n’est pas que,
ne croyez pas que : Ce n’est pas que je lui
veuille du mal. ‖ 9. Littér. Sous la forme
inversée et au conditionnel (serait-ce, fût-
ce), s’emploie pour marquer une suppo-
sition extrême : Je le suivrai partout où il
ira, fût-ce même au bout du monde. ‖ Ne
serait-ce que, seulement : Je lui poserai la
question, ne serait-ce que pour l’embar-
rasser. ‖ 10. C’est à... de..., il appartient
à... de... : La généralisation, c’est au lec-
teur, au critique de la faire (Gide). C’est
à notre ami de prouver qu’il a raison ;
le moment est venu pour : C’est à lui de
prendre la parole : tous les autres ont dit
ce qu’ils pensaient. ‖ C’est à qui, marque
la rivalité, la concurrence entre deux ou
plusieurs individus : C’est à qui courra le
plus vite. ‖ 11. Fam. Ce que c’est que de,
voilà quel résultat on obtient quand... : Ce
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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1736

que c’est que de vouloir aller trop vite : on


fait mal son travail ; voilà le sort de : Ce
pauvre Charles ! Ce que c’est que de nous,
tout de même (Maupassant).

• III. EMPLOYÉ SANS PRONOM. 1. Soit,


marque l’approbation donnée à une idée,
à une explication : Soit, j’accepte votre
proposition. ‖ Soit dit en passant, en
manière de parenthèse. ‖ Tant soit peu,
quelque peu : Vingt mètres de balcons
tant soit peu poreux, une terrasse en car-
ton plus ou moins bitumé... (Colette).
‖ 2. Littér. N’était, n’eût été, si ce n’était,
si ce n’eût été, à l’exception de : Le pay-
sage à l’infini déploie une couleur fauve,
n’était un nuage vert sur un sol rougeâtre
(Barrès).

E. Employé comme auxiliaire.

1. Joint au participe passé du verbe conju-


gué, être entre dans toutes les formes de
la conjugaison du passif : Il est aimé. Ils
ont été choisis. ‖ 2. Comme auxiliaire de
temps, être sert à former les temps pas-
sés de certains verbes intransitifs : Elle
est entrée. Nous étions sortis. ‖ Il entre
dans la formation des temps composés
des verbes pronominaux : Il s’est sui-
cidé. Ils se sont succédé rapidement. Elle
s’est passée de manger. Ils se sont vus plu-
sieurs fois. ‖ 3. Sert à exprimer diverses
modalités. ‖ Class. Exprime la durée
(« demeurer », « rester ») : Il fut trois
jours sans manger (Molière). ‖ En com-
binaison avec la prép. à, exprime ce qu’il
convient de faire : Cette suggestion est à
prendre en considération ; ce qui doit être
fait : Cette leçon est à apprendre pour la
semaine prochaine ; exprime l’aspect du-
ratif d’une action qui s’accomplit : Il est à
attendre l’arrivée d’un ami. ‖ En combi-
naison avec les loc. en train de, en voie de,
exprime l’aspect duratif d’une action : Il
est en train de s’habiller ; avec les loc. en
passe de, sur le point de, près de, exprime
la proximité de la réalisation d’une ac-
tion : Il est en passe de réussir. Il est sur le
point de partir. Elle a été près de défaillir.
‖ En combinaison avec la prép. pour, ex-
prime soit une action prochaine : Quand
le temps est pour changer (Romains) ; soit
qu’une chose est de nature à : Son succès
n’est pas pour me déplaire.

F. Employé comme substitut du verbe

« aller ».

1. Class. et littér. Au passé simple : La


reine manda le parlement, il fut par dépu-
tés au Palais-Royal (Retz). Narcisse, arri-
vant à Brest, fut droit chez le cousin, lui
exposa ses désirs (Sue). Il fut à la cuisine,
but deux grands verres d’eau (Martin du
Gard). ‖ 2. Au passé composé : Je ne re-
viens pas, car je n’ai pas été (Molière). Moi
aussi je suis allé là où vous avez été. J’as-
sistais à cette fête extraordinaire (Alain-

Fournier). Il a été passer ses vacances en


Italie. ‖ 3. Littér. Avec l’adv. en, au passé
simple et à l’imparfait du subjonctif : Puis
le jeune homme se leva bien doucement et
s’en fut vers la maison (Duhamel). C’est
l’imagination qui veut que l’on s’en aille.
C’est le fait qui voudrait qu’on ne s’en fût
pas (Suarès).

G. Remarques.

1. La loc. être après à (Il est après à bâtir


sa maison [Acad.]) est sortie de l’usage.
La loc. être après quelqu’un ou quelque
chose n’est employée que dans la langue
familière. ‖ 2. C’est, ce sont, v. CE, Rem.
‖ 3. Selon l’Académie, l’emploi de être au
sens de « aller », aux temps composés (il a
été, il aura été, il aurait été), est familier.
On le trouve cependant depuis l’époque
classique jusqu’à nos jours, et pas seule-
ment au niveau du langage familier. La
distinction préconisée par Littré et par
le Dictionnaire général (Avoir été dans un
lieu, y être allé et en être revenu) n’est pas
toujours observée non plus : Ils les [les
exemples] ont été chercher parmi les juifs
(Bossuet). J’ai été à la messe (Flaubert).

2. être [ɛtr] n. m. (emploi substantivé du


précéd. ; v. 1030, Eneas, écrit estre [être,
XVIIe s.], au sens de « manière d’être » ; sens
I, 1, v. 1265, J. de Meung ; sens I, 2, v. 1361,
Oresme ; sens I, 3, fin du XVIe s., Brantôme ;
sens II, 1, 1646, Rotrou ; sens II, 2, 1690,
Furetière ; sens II, 3, fin du XVIIIe s. ; sens
II, 4, av. 1650, Descartes ; sens II, 5, av. 1662,
Pascal).

I. 1. Le fait d’être, l’existence : Ô ma co-


gnée ! ô ma pauvre cognée ! | S’écriait-il :
Jupiter, rends-la-moi ; | Je tiendrai l’être
un second coup de toi (La Fontaine). Dis,
mon âme, comment entends-tu le néant,
sinon par l’être (Bossuet). Ces nénuphars
qui y floconnent, y puisent également l’être
(Pesquidoux). ‖ Non-être, v. à l’ordre al-
phab. ‖ Littér. Donner l’être à quelqu’un,
lui donner le jour : Ceux qui vous ont don-
né l’être (Molière). ‖ 2. Class. et littér. La
nature propre, l’essence de ce qui existe :
L’homme n’agit point par la raison, qui
fait son être (Pascal). L’humanité vit et
se développe comme un être organique,
et tend à la plénitude de son être (Re-
nan). ‖ 3. Class. Condition sociale, rang
dans le monde : Je fis mon compliment à
M. du Maine sur son nouvel être de prince
du sang (Saint-Simon).

II. 1. Ce qui possède l’existence, la vie ;


tout être vivant : Il n’existe qu’un être |
Que je puisse en entier et constamment
connaître, | Un seul... Je le méprise ; et
cet être c’est moi (Musset). Les êtres et les
choses. ‖ Les êtres humains, les hommes
et les femmes : Il n’y avait d’autres êtres
humains, du moins pour le moment,
qu’une vieille femme et une petite fille
(Mérimée). ‖ 2. L’Être absolu ou essen-

tiel, Être infini, parfait, éternel ou immor-


tel, Être suprême, Grand Être, Dieu : Être
des êtres, le plus digne usage de ma raison
est de s’anéantir devant toi (Rousseau).
‖ 3. Personne, homme, femme ; être hu-
main : Un seul être vous manque et tout
est dépeuplé (Lamartine). Le régiment,
soudain, ne fut plus qu’un être unique
(Dorgelès). ‖ Péjor. Quel être !, individu
déplaisant, bizarre. ‖ 4. Être de raison,
ce qui n’a d’existence, de réalité que dans
notre pensée : Un être de raison, une sorte
de pape invisible (Daudet). ‖ 5. La nature
intime d’une personne, tout ce qui consti-
tue sa sensibilité : Un soulèvement de tout
son être le précipitait vers elle (Flaubert).
Se sentir ému jusqu’au fond de l’être.

• SYN. : II, 1 créature ; 3 humain, individu,


mortel, personne.

étrécir [etresir] v. tr. (var. de l’anc.


franç. etritser, estrecier, rendre plus étroit,
resserrer, enserrer [XIe-XVIe s.], lat. pop.
*strictiare, rendre plus étroit, du lat. class.
strictus, serré, étroit, part. passé de stringere
[v. ÉTREINDRE] ; début du XIVe s., écrit estre-
cir [étrécir, 1636, Monet], au sens 1 ; sens 2,
av. 1704, Bossuet). 1. Class. et littér. Rendre
plus étroit : On gagna son valet de chambre
qui donna tous les pourpoints des habits
que son maître avait portés. On les étrécit
promptement (Tallemant des Réaux). Deux
clayons de genêt étrécissaient encore le sen-
tier (M. Prévost). ‖ 2. Fig. et vx. Amoindrir,
restreindre la part de : De peur que les
peines n’étrécissent le coeur (Bossuet).

& s’étrécir v. pr. (sens 1, XIIIe s. ; sens 2,


1721, Montesquieu). 1. Vx. Devenir plus
étroit. ‖ 2. Fig. et vx. Perdre de sa capa-
cité intellectuelle, de la largeur de vues : Il
semble que les têtes des plus grands hommes
s’étrécissent lorsqu’elles sont assemblées, et
que là où il y a plus de sages il y ait aussi
moins de sagesse (Montesquieu). L’esprit
s’étrécit à mesure que l’âme se corrompt
(Rousseau).

• REM. Auj., ce verbe a été remplacé par


RÉTRÉCIR.

étrécissement [etresismɑ̃] n. m. (de


étrécir ; fin du XVIe s.). Vx. Action de
rendre étroit ; état de ce qui est étréci :
L’étrécissement du lit de la rivière accélère
le cours de l’eau.

étreignant, e [etrɛɲɑ̃, -ɑ̃t] adj. (part.


prés. de étreindre ; v. 1460, G. Chastellain,
au sens 1 ; sens 2, 1884, A. Daudet). 1. Qui
serre fortement en entourant (rare) : Un
tronc d’arbre couvert de lianes étreignantes.
‖ 2. Fig. Qui étreint le coeur, qui impres-
sionne (rare) : L’entrée de la cathédrale
immense et ténébreuse était toujours étrei-
gnante (Huysmans).

étreignoir [etrɛɲwar] n. m. (de étreindre ;


1676, Félibien). Instrument de menuise-
rie et de tonnellerie pour serrer les pièces
assemblées.
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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1737

étreindre [etrɛ̃dr] v. tr. (lat. stringere, ser-


rer, resserrer ; v. 1155, Wace, écrit estreindre
[étreindre, XVIIe s.], au sens 1 ; sens 2,
v. 1165, Marie de France ; sens 3, début du
XIIIe s. ; sens 4, fin du XIIe s., Châtelain de
Coucy). [Conj. 55.] 1. Serrer fortement
quelque chose en l’entourant étroitement
avec les bras : Quelque gros que fût l’arbre,
Camus [...] l’attaquait à bras-le-corps,
franchement ; souvent même ses bras trop
courts n’arrivaient pas à en étreindre com-
plètement le tronc (Pergaud). ‖ 2. Serrer
quelqu’un dans ses bras en témoignage
d’affection : Cette fois, la mère n’y tint plus,
elle le prit dans ses bras, l’étreignit passion-
nément (Daudet). Je vis ma petite Charlotte
[...] avancer doucement [...], puis se jeter
à mon cou et m’étreindre sauvagement
(Gide). Les deux bras m’étaient si doux,
soucieux de m’étreindre assez (Colette).
‖ 3. Fig. Circonscrire pour mieux saisir :
Comme ceux qui, après s’être acharnés à
étreindre le problème de la réalité du monde
extérieur ou de l’immortalité de l’âme...
(Proust). Il cherchait à étreindre la vérité.
‖ 4. Fig. Serrer douloureusement, oppres-
ser : Songeant à ce que m’avait dit Martine,
que peut-être on pourrait lui rendre la vue,
une grande angoisse étreignait mon coeur
(Gide).

• SYN. : 1 ceinturer, enlacer, enserrer, entou-


rer ; 3 cerner ; 4 accabler, déchirer, empoi-
gner (fam.), saisir, tenailler.

étreinte [etrɛ̃t] n. f. (part. passé fém.


étreinte [etrɛ̃t] n. f. (part. passé fém.
substantivé de étreindre ; début du XIIIe s.,
Audefroi le Bastard, écrit estrainte, au sens
de « rigueur, contrainte » ; sens 1, début du
XVIe s., écrit estreinte [étreinte, XVIIe s.] ;
sens 2, 1761, J.-J. Rousseau ; sens 3, av. 1850,
Balzac ; sens 4, début du XVIIe s., Malherbe ;
sens 5, 1829, Boiste ; sens 6, milieu du
XXe s.). 1. Action de serrer quelque chose
fortement en l’entourant : Ils se serraient
les mains à les briser, dans une étreinte
rude et courte (Zola). ‖ 2. Action d’entou-
rer quelqu’un de ses bras en témoignage
d’affection, d’amour : Il fallut se séparer
le lendemain après beaucoup d’étreintes
et de promesses de s’écrire (Maupassant).
‖ 3. Action de saisir un adversaire pour
une lutte serrée, au corps à corps : Seul, un
rugissement a trahi leur étreinte (Heredia).
Ah ! s’écria le malheureux qui sentait encore
l’amertume de sa première étreinte avec la
mort (Balzac). ‖ 4. Class. et fig. L’étreinte
d’un noeud, le mariage : D’un sacré noeud
l’inviolable étreinte | Tirera votre appui d’où
partait notre crainte (Corneille). ‖ 5. Fig.
Contrainte morale vivement ressentie,
douloureuse oppression : De l’étreinte de
toutes les désolations jaillit la foi (Hugo).
L’angoisse m’a pris au coeur et ne desserre
pas son étreinte un instant (Gide). ‖ 6. État
de contrainte d’un matériau dans lequel
les compressions sont égales dans deux
directions perpendiculaires.

étrempage [etrɑ̃paʒ] n. m. (de étremper ;


1812, Encycl. méthodique, écrit étrampage
[étrempage, 1890, Dict. général], au sens 1 ;
sens 2, 1864, Littré [étrampage ; étrempage,
1890, Dict. général]). 1. Vx. Action d’étrem-
per. ‖ 2. Série de trous pratiqués sur l’age
de la charrue pour régler l’enfoncement
du soc dans le sol.

• REM. On dit aussi ÉTREMPURE (1890,


Dict. général) ou ÉTRAMPURE (1838,
Acad.).

étremper ou étramper [etrɑ̃pe] v. intr.


(de é-, es- [lat. ex-, préf. à valeur intensive],
et de tremper [v. ce mot], au sens anc. de
« modérer, régler » ; v. 1265, Livre de jos-
tice, écrit estramper [estremper, début du
XIVe s.], au sens de « modérer, adoucir » ;
sens actuel, 1870, Larousse, écrit étramper
[étremper, 1901, Larousse]). Vx. Enfoncer
plus ou moins le soc de la charrue dans la
terre selon la hauteur où il est fixé sur l’age
de la charrue.

étrenne [etrɛn] n. f. sing. (lat. strena,


pronostic, présage, signe, présent qu’on
fait un jour de fête pour servir de bon
présage, étrenne ; fin du XIIe s., au sens
3 ; sens 1, 1835, Stendhal ; sens 2, v. 1330,
Baudoin de-Sebourg [pour la graphie du
mot, v. ci-dessous]). 1. Vx. Cadeau occa-
sionnel, pourboire : Dès que nous arrivions
à l’étape je le quittais, je donnais bien
l’étrenne à son domestique pour soigner
mon cheval (Stendhal). ‖ 2. Vx. Première
vente d’un commerçant dans la journée.
‖ 3. Fam. Avoir l’étrenne de quelque
chose, être le premier à user, à jouir d’une
chose : Je descends, parole ! Et je vous offre
l’étrenne de ma barbe (Duhamel). ‖ N’en
avoir pas l’étrenne, ne pas être le premier
à user d’une chose.

& étrennes n. f. pl. (sens 1, v. 1175, Chr.


de Troyes, écrit estrainne [estrine, v. 1190,
Sermons de saint Bernard ; estreine,
1538, R. Estienne ; étrenne, 1636, Monet
— au plur. depuis le XIVe s.] ; sens 2,
XIIIe s. [au plur.] ; sens 3, 1559, Journal du
sire de Gouberville [au sing. ; au plur., 1668,
Molière]). 1. Cadeaux offerts à l’occasion
du premier jour de l’année : Recevoir de
belles étrennes. ‖ 2. Fam. Période où l’on
fait ces cadeaux : Les magasins illuminent
pour les étrennes. ‖ 3. Gratification remise
à des employés à l’occasion du premier de
l’an : Tu demandes, en rentrant du bal,
ta chandelle à ton portier, et il regimbe
quand il n’a pas eu ses étrennes (Musset).
Les facteurs sont passés pour recevoir leurs
étrennes.

étrenner [etrɛne] v. tr. (de étrenne ;


v. 1160, Benoît de Sainte-Maure, écrit
estrener [étrenner, 1636, Monet], au sens
1 ; sens 2, 1530, Palsgrave ; sens 3, av. 1885,
V. Hugo ; sens 4, 1680, Richelet). 1. Vx.
Gratifier, donner en cadeau : La nature
en vous faisant naître | Vous étrenna de
ses plus doux attraits (Voltaire). ‖ 2. Vx.

Être le premier à acheter à un commer-


çant. ‖ 3. Être le premier à utiliser quelque
chose : Ce fut Enguerrand de Marigny qui
étrenna Montfaucon (Hugo). ‖ 4. Utiliser
une chose pour la première fois : Nous
étrennâmes la voiture en allant voir le tracé
de l’avenue (Balzac). Étrenner un costume.
& v. intr. (sens 1, 1640, Oudin ; sens 2, fin
du XVIIe s.). 1. Vx. Faire sa première vente
de la journée : Pas un marchand n’avait
étrenné (Hugo). ‖ 2. Fig. et ironiq. Recevoir
des coups, des réprimandes.

êtres [ɛtr] n. m. pl. (lat. extera, ce qui est


à l’extérieur, neutre plur. de l’adj. exterus,
extérieur, externe, du dehors [le mot, qui
avait dû être pris pour un fém. sing. en
lat. pop., a le genre masc. dès les premiers
textes franç.] ; v. 980, Passion du Christ,
écrit estras [estres, v. 1130, Eneas], au sens
de « demeure » [aussi « jardin, fossé, lieu,
embrasure d’une fenêtre » au Moyen Âge ;
le mot est assez souvent du sing. jusqu’au
XVIe s.] ; sens actuel, XIIIe s., Roman de
Renart, écrit estres [êtres, XVIIe s.]). Vx.
Disposition des différentes parties d’une
maison, d’une habitation : Un monsieur
inconnu demande à Barousse de lui montrer
les êtres (Goncourt).

• REM. On trouve parfois la graphie


AÎTRES, qui s’écarte de l’étymologie et
n’est pas admise par l’Académie.

étrésillon [etrezijɔ̃] n. m. (altér. de l’anc.


franç. estesillon, bâillon [1333, Godefroy],
dér., sous l’influence de teseillier, s’éti-
rer, tendre à quelque chose [v. 1175,
Chr. de Troyes — dér. de teser, v. ci-des-
sous], de l’anc. v. esteser, tendre, s’étendre
[v. 1250, Godefroy], lui-même composé de
es- [lat. ex-, préf. à valeur intensive] et de
teser, tendre vers [v. 1170, Godefroy], lat.
pop. *te[n]sare, étendre, tirer, atteler, de
tensum, supin du lat. class. tendere, tendre,
étendre, déployer, se diriger vers, tendre
vers ; XVe s., Godefroy, écrit estresillon, au
sens de « bâillon, bâton servant à maintenir
la bouche ouverte » ; écrit étrésillon, au sens
1, 1676, Félibien ; sens 2, 1690, Furetière ;
sens 3, 1743, Trévoux ; sens 4, 1773,
Bourdé de Villehuet). 1. Pièce de bois dis-
posée transversalement dans une fouille
ou dans une tranchée pour s’opposer à
l’éboulement des parois, ou pour étayer
des murs peu solides. ‖ 2. Pièce rigide
placée à la manière d’une entretoise entre
deux pièces pour les maintenir solidaires
ou empêcher qu’elles ne se déforment.
‖ 3. Pièce de bois placée entre des planches
empilées pour éviter qu’elles ne se touchent.
‖ 4. En termes de marine, morceau de bois
dont on se sert pour serrer deux cordages
ensemble au moyen d’une ligature.

étrésillonnement [etrezijɔnmɑ̃] n. m.
(de étrésillonner ; 1907, Larousse). Action
d’étrésillonner.
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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1738
étrésillonner [etrezijɔne] v. tr. (de étré-
sillon ; 1676, Félibien). Soutenir, étayer au
moyen d’étrésillons.

étresse [etrɛs] n. f. (déverbal de l’anc.


franç. estrecier, rendre plus étroit [v. ÉTRÉ-
CIR] ; v. 1190, godefroy, écrit estrece, au sens
de « état de ce qui est étroit » ; écrit étresse,
au sens actuel, 1751, Encyclopédie). Feuille
de papier gris très mince dont on double les
cartes à jouer pour les rendre plus opaques
et plus rigides.

1. étrier [etrije] n. m. (altér., sous l’in-


fluence des nombreux noms d’instruments
en -ier, de l’anc. franç. estreu, étrier [1080,
Chanson de Roland], estrieu [v. 1155, Wace],
estriu, estrif [v. 1175, Chr. de Troyes], estrief
[XIIIe s., Godefroy], francique *streup,
étrier, proprem. « courroie » [telle était
en effet la première forme de l’étrier chez
les Germains, qui ont appris aux cavaliers
romains l’usage de cette pièce] ; v. 1130,
Eneas, écrit estrier [étrier, XVIIe s.], au sens
I [pied de l’étrier, avoir le pied à l’étrier,
tenir l’étrier à, perdre les étriers, 1690,
Furetière ; être ferme sur ses étriers, 1694,
Acad. ; vider les étriers, 1864, Littré ; à franc
étrier, 1787, Féraud ; coup de l’étrier, 1835,
Acad.] ; sens II, 1, fin du XIVe s. ; sens II, 2,
1611, Cotgrave ; sens II, 3-6, XXe s.).

I. Anneau en métal, de formes variées,


suspendu par une courroie de chaque
côté de la selle et dans lequel le cavalier
engage le pied : J’entendis résonner le four-
reau de mon sabre sur l’étrier (Vigny).
‖ Pied de l’étrier, pied gauche. ‖ Avoir le
pied à l’étrier, être prêt à partir ; au fig.,
être en bonne voie pour réussir, pour
satisfaire ses ambitions : Il me semble
que vous aviez bien le pied à l’étrier, il y a
quelques mois (Duhamel). ‖ Tenir l’étrier
à quelqu’un, tenir l’étrier fixe pour l’aider
à se mettre en selle : Mon guide, qui me
tenait l’étrier, me fit un nouveau signe des
yeux (Mérimée) ; au fig., aider quelqu’un
dans son entreprise, favoriser sa car-
rière, sa réussite. ‖ Être ferme, fort sur ses
étriers, se tenir solidement à cheval ; au
fig., défendre avec vigueur et constance
ses opinions, poursuivre résolument ses
projets. ‖ Perdre les étriers, laisser ses
pieds sortir des étriers ; au fig., perdre
l’avantage qu’on avait dans une lutte,
une discussion ; se laisser déconcerter.
‖ Vider les étriers, être désarçonné par
son cheval. ‖ À franc étrier, de toute
la vitesse de son cheval, sans s’arrêter :
Je pars pour Paris à franc étrier, j’y puis
être demain matin à dix heures (Balzac).
‖ Coup de l’étrier, à l’origine, verre de vin
qu’on buvait pour se donner du courage
au moment de monter à cheval ; par ex-
tens., verre de vin qu’on boit au moment
du départ.

II. 1. En construction, arceau métallique


servant à la suspension des échafaudages
volants. ‖ Armature métallique servant,

dans les constructions en béton armé,


à relier entre eux les fers principaux.
‖ 2. En anatomie, osselet de l’oreille
moyenne, d’une forme analogue à celle
de l’étrier, placé en dedans de l’enclume
et s’articulant avec la fenêtre ovale.
‖ 3. En technologie, appareil à crochets
que certains ouvriers (couvreurs, électri-
ciens, élagueurs, etc.) se fixent aux jambes
pour grimper le long d’un poteau ou d’un
arbre. ‖ 4. En alpinisme, petite échelle de
corde que l’alpiniste accroche à un piton
afin de se hisser dans les passages diffi-
ciles, notamment pour franchir un sur-
plomb. ‖ 5. En chirurgie, accessoire des
tables d’examen ou d’opération destiné à
soutenir les pieds. ‖ Instrument de trac-
tion pour réduire les fractures. ‖ 6. Dans
un ski, pièce métallique de la fixation
destinée à maintenir solidement l’avant
de la chaussure.

2. étrier, ère [etrije, -ɛr] adj. (emploi


adjectival du précéd. ; 1600, Godefroy).
Dans la construction, se dit d’une jambe,
d’un pilier placés à la tête d’un mur
mitoyen et dont les pierres se relient à la
construction voisine pour la soutenir : Ces
deux caves dont les jambes étrières avaient
été barbouillées de vers et d’hiéroglyphes
sans nombre par Nicolas Flamel (Hugo).

étrière [etrijɛr] n. f. (de étrier ; 1690,


Furetière). Bande de cuir qui tient les étriers
suspendus en haut de la selle quand on ne
les utilise pas.

étrieu [etrijø] n. m. (spécialisation de


l’anc. franç. estrieu, étrier [v. ÉTRIER] ;
1864, Littré). Étai transversal entre deux
maisons.

étrillage [etrijaʒ] n. m. (de étriller ; 1854,


d’après Larchey, 1878, au sens 3 ; sens 1,
1907, Larousse ; sens 2, 1930, Larousse).
1. Action d’étriller un animal. ‖ 2. Fig. et
pop. Volée de coups, correction physique.
‖ 3. Fig. Importante perte d’argent, sur-
tout au jeu.

étrille [etrij] n. f. (lat. pop. *strigila, réfec-


tion du lat. class. strigilis, sorte d’étrille
pour nettoyer la peau après le bain, dér.
de stringere, serrer, serrer l’extrémité de,
toucher légèrement, raser ; XIIIe s., Recueil
des fabliaux, écrit estrille [étrille, 1636,
Monet], au sens 1 ; sens 2, 1769, Duhamel
du Monceau). 1. Plaque de fer munie d’un
manche et portant de petites lames den-
telées, disposées parallèlement, dont on
se sert pour le pansage des chevaux, des
mulets. ‖ 2. Nom usuel d’un crabe comes-
tible dont les pattes postérieures sont apla-
ties en palettes.

étriller [etrije] v. tr. (lat. pop. *strigilare,


étriller, dér. de *strigila [v. l’art. précéd.] ;
v. 1155, Wace, écrit estriller [étriller, 1636,
Monet], au sens 1 ; sens 2, milieu du XVe s. ;
sens 3, 1870, Larousse [avoir été étrillé,
« avoir fait de grosses pertes au jeu », 1690,

Furetière] ; sens 4, début du XXe s. ; sens 5,


1609, M. Régnier ; sens 6, 1759, Richelet).
1. Frotter un animal avec l’étrille : Étriller
un cheval, un boeuf. ‖ 2. Fam. Battre
quelqu’un, le malmener d’importance :
Étriller l’ennemi. ‖ 3. Fig. L’emporter lar-
gement sur quelqu’un dans une compé-
tition, dans un jeu : Il n’aimait pas jouer
aux cartes ; il se faisait toujours étriller.
‖ 4. Fig. et fam. Mettre à mal quelqu’un, le
faire souffrir : Je vous avoue que j’ai déjà été
sérieusement étrillée par la vie. Je n’ai pas
toujours eu ma liberté (Martin du Gard).
‖ 5. Critiquer vivement en ne laissant pas à
ses adversaires la possibilité d’une riposte :
Se faire étriller par un polémiste. ‖ 6. Fam.
Faire payer trop cher : Un café où les clients
se font étriller.

• SYN. : 1 brosser, panser ; 2 étriper (fam.),


rosser ; 3 battre, écraser ; 4 malmener, mal-
traiter, molester, rudoyer ; 5 démolir (fam.),
échiner (fam.), éreinter (fam.), esquinter
(fam.) ; 6 écorcher (fam.), estamper (fam.),
étrangler (fam.).

étripage [etripaʒ] n. m. (de étriper ; 1877,


Littré, au sens 1 ; sens 2-3, XXe s.). 1. Action
de vider les poissons, en particulier les sar-
dines. ‖ 2. Action de séparer les vins clairs
des lies. ‖ 3. Fam. et fig. Lutte violente et
sans ménagement entre deux ou plusieurs
adversaires. (On dit parfois aussi, en ce
sens, ÉTRIPEMENT [début du XXe s.].)

étripailler [etripɑje] v. tr. (de étriper,


d’après tripaille ; début du XXe s.). Fam.
Éventrer quelqu’un : Pendant que les ban-
dits du haut Moyen Âge pillaient, brûlaient,
étripaillaient (Romains).

étripe-cheval (à) [aetripʃəval] loc. adv.


(de étriper et de cheval ; 1690, Furetière).
Aller à étripe-cheval, si vite qu’on ferait
sortir les tripes de la bête ; au fig., aller à
toute vitesse.

étriper [etripe] v. tr. (de é-, es- [lat. ex-,


préf. à valeur privative], et de tripe ; 1534,
Rabelais, écrit estriper, au sens de « ouvrir
le ventre à [quelqu’un] d’un coup d’épée » ;
sens 1, 1578, A. d’Aubigné, écrit estriper
[étriper, XVIIe s.] ; sens 2, 1704, Trévoux).
1. Enlever les tripes, les entrailles d’un
animal : Étriper une volaille. Mais quand,
demanda Alban, avez-vous vraiment
vu les chevaux étripés ? (Montherlant).
‖ 2. Fam. Battre sauvagement, violemment
quelqu’un, au risque de le tuer : Ne te mêle
pas de cette bagarre, tu vas te faire étriper.
& s’étriper v. pr. (fin du XIXe s., A. Daudet).
Fig. et fam. Se battre, se malmener violem-
ment en paroles : Nos assemblées soi-disant
littéraires, nos papotages, nos querelles,
toutes les cocasseries d’un monde excen-
trique, fumier d’encre, enfer sans grandeur,
où l’on s’égorge, où l’on s’étripe (Daudet).

étriqué, e [etrike] adj. (part. passé de


étriquer ; 1707, Saint-Simon, au sens 1 ; sens
2, fin du XIXe s., A. Daudet ; sens 3, 1778, Le
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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1739

Verrier de La Conterie ; sens 4, 1829, Boiste ;


sens 5, 1929, Gide). 1. Se dit d’un vêtement
qui est trop serré, qui manque d’ampleur :
Une robe étriquée. ‖ 2. Se dit de quelqu’un
qui est habillé de vêtements étroits ou qui
manque de carrure : Un pauvre diable étri-
qué dans un paletot trop mince qui faisait
paraître ses enjambées plus longues et exa-
gérait férocement tous ses gestes (Daudet).
‖ 3. Se dit d’un animal qui manque de
corps et qui est haut sur pattes : Le lévrier
est un animal étriqué. ‖ 4. Fig. Qui manque
d’ampleur, de développement ; médiocre :
Une dissertation étriquée. Une vie étriquée.
‖ 5. Fig. Qui manque d’envergure, qui
fait preuve de mesquinerie : Cet art, qui
ne prétend à aucune profondeur [...], reste
déplorablement étriqué (Gide).
• SYN. : 2 bridé, corseté, sanglé ; 4 maigre,
minable (fam.), sec ; 5 borné, étroit, mes-
quin. — CONTR. : 1 ample, flottant, large ; 4
abondant, aisé, étendu, nourri ; 5 profond,
vaste.

étriquement [etrikmɑ̃] n. m. (de étri-


quer ; 14 sept. 1875, Journ. officiel). Action
de rendre étriqué, de restreindre à l’excès ;
état qui en résulte (rare) : Sa pensée [d’un
peintre], vouée au bleu, se suffisait à s’expri-
mer par un moyen limité jusqu’à l’étrique-
ment (Bergerat).

étriquer [etrike] v. tr. (moyen néerl. stri-


ken, s’étendre, francique *strîkan, étendre,
frotter ; XIIIe s., Godefroy, comme v. pr.,
écrit estrikier, au sens de « s’étirer, allonger
le bras par désir de saisir quelque chose » ;
comme v. tr., écrit estriquer [étriquer,
XVIIe s.], au sens de « appuyer [ses pieds]
contre quelque chose en s’allongeant en
arrière pour pouvoir tirer avec plus de
force », 1583, Tilander ; av. 1665, Muse nor-
mande, au sens de « allonger », d’où « pri-
ver d’ampleur » [jusqu’au XVIIe s. inclus,
le verbe apparaît surtout dans des textes
écrits en Picardie ou en Normandie] ; sens
1, 1829, Boiste ; sens 2, 1836, Acad. ; sens
3, 1760, Voltaire). 1. Enlever son ampleur
à quelque chose, le rendre trop étroit :
Étriquer une robe. ‖ 2. Amincir une pièce
de bois pour qu’elle s’ajuste exactement à
une autre. ‖ 3. Fig. Développer d’une façon
insuffisante, écourter (rare) : Étriquer un
chapitre de roman.

étristé, e [etriste] adj. (de é- [lat. ex-,


préf. à valeur privative] et de triste, au sens
de « qui a l’air en mauvaise santé » ; 1759,
Richelet). Se dit d’un chien courant qui a
les jarrets bien formés.

étrive [etriv] n. f. (fém. de l’anc. franç.


e[s]trif, étrier [v. ÉTRIER 1] ; 1786, Encycl.
méthodique). En termes de marine, amar-
rage que l’on fait sur deux cordages à l’en-
droit où ils se croisent.

1. étriver [etrive] v. tr. (de étrive ; début


du XIXe s.). Disposer en étrive un cordage,
une manoeuvre.

2. étriver [etrive] v. intr. (de l’anc. franç.


estrif, querelle, dispute, lutte, combat
[v. 1138, Gaimar], var. de estrit, mêmes sens
[Xe s.], francique *strīd, dispute, querelle ; v.
1155, Wace, écrit estriver ; étriver, XVIIe s.).
Se quereller continuellement : Allez donc,
sans plus étriver (Scarron).

étrivière [etrivjɛr] n. f. (de l’anc.


franç. estrif, étrier [v. ÉTRIER 1] ; v. 1175,
Chr. de Troyes, écrit estriviere [étrivière,
XVIIe s., au sens 1 ; sens 2, 1541, Calvin
[donner les étrivières à quelqu’un, début
du XVIIe s., Malherbe]). 1. Courroie ser-
vant à porter les étriers de chaque côté de
la selle : Allonger, raccourcir les étrivières.
‖ 2. Vx. Lanière de cuir dont on se servait
pour infliger un châtiment physique : Des
coups d’étrivières. ‖ Donner les étrivières
à quelqu’un, lui donner une correction :
Il me fera donner les étrivières, si je ne le
salue (Pascal).

étroit, e [etrwa, -at] adj. (lat. strictus,


serré, étroit, part. passé de stringere,
étreindre, serrer, resserrer ; v. 1155, Wace,
écrit estreit [estroit, v. 1175, Chr. de Troyes ;
étroit, 1636, Monet], au sens I, 1 [cheval
étroit, 1690, Furetière ; voie estroite, au fig.,
fin du XIIe s.] ; sens I, 2, 1690, Furetière ;
sens I, 3, v. 1160, Benoît de Sainte-Maure ;
sens I, 4, 1690, Furetière [en droit ; sens
étroit, v. 1715, Fontenelle] ; sens I, 5, v. 1206,
Guiot de Provins ; sens I, 6, milieu du
XVIe s., Amyot ; sens II, 1, 1890, Dict. géné-
ral ; sens II, 2, 1635, Corneille ; sens II, 3,
v. 1220, G. de Coincy).

I. 1. Qui a peu de largeur : Une rue étroite.


Un ruban étroit. Voici l’étroit sentier de
l’obscure vallée (Lamartine). ‖ Cheval
étroit, se dit d’un cheval qui a les côtes res-
serrées. ‖ Voie étroite, voie de chemin de
fer dont la largeur est inférieure à la voie
métrique ; au fig., dans l’Écriture sainte,
voie difficile à suivre pour faire son salut.
‖ 2. Qui a peu d’étendue, d’ampleur : Ces
fruits mûris à l’ombre et dans d’étroits jar-
dins fermés (Gide). ‖ 3. Fig. Qui manque
d’extension, restreint : Un cercle étroit
d’amis. ‖ 4. Fig. Qui est interprété dans
l’extension la moins large : Le sens étroit
d’un mot. ‖ 5. Fig. Qui manque de lar-
geur de vues, borné : Un esprit étroit. Une
politique étroite. ‖ 6. Fig. Qui manque
d’aisance financière : M. Bergeret oubliait
sous les arbres classiques [...] la vie étroite
de son étroit logis (France). En ce temps-
là, je ne doutais point que nous ne fussions
très pauvres. Il eût suffi, pour m’en persua-
der, de notre vie étroite (Mauriac).

II. 1. Qui tient très serré, qui enferme


solidement (vieilli) : Faire un noeud étroit.
‖ 2. Fig. Qui attache solidement, qui unit
intimement : J’y prendrai des habitudes
qui seront autant de liens plus étroits pour
m’attacher à l’intimité des lieux (Fromen-
tin). Une étroite intimité s’était ainsi éta-
blie entre eux (Zola). Entretenir des rap-

ports étroits avec quelqu’un. ‖ 3. Fig. Qui


attache de façon stricte, rigoureuse : Être
dans l’étroite dépendance de ses parents.
• SYN. : I, 2 exigu, petit ; 3 limité, réduit ;
4 restreint, strict ; 5 étriqué, mesquin ; 6
difficile, gêné, modeste, serré. — CONTR. :
I, 2 ample, immense, vaste ; 3 étendu ; 4
large ; 6 aisé, cossu, opulent, riche ; II, 1
desserré, lâche.

& étroit adv. (1080, Chanson de Roland,


écrit estreit [estroit, 1160, Godefroy], au
sens de « d’une manière serrée, fortement » ;
chausser étroit, 1870, Larousse ; voir étroit,
début du XXe s.). Chausser étroit, avoir le
pied mince, ce qui exige des chaussures de
forme effilée. ‖ Voir étroit, manquer de
larges perspectives, d’audace, de jugement.
& étroit n. m. (fin du XIIe s., Marie de
France, écrit estrei, au sens de « situation
dangereuse, détresse » ; sens actuel, v. 1265,
Br. Latini, écrit estroit [étroit, XVIIe s.]). Vx
et dialect. Passage resserré entre deux ver-
sants : [Le glacier] se cassant au passage des
étroits (Frison-Roche).

& À l’étroit loc. adv. 1. Dans un espace trop


réduit, trop restreint : Être logé à l’étroit.
Être à l’étroit dans une voiture. ‖ 2. Fig.
Dans la pauvreté : Vivre à l’étroit.

étroitement [etrwatmɑ̃] adv. (de étroit ;


v. 1130, Eneas, écrit estreitement [estroite-
ment, v. 1175, Chr. de Troyes ; étroitement,
XVIIe s.], aux sens I, 2 et II, 1 ; sens I, 1,
milieu du XVe s., Quinze Joyes de mariage ;
sens II, 2, v. 1175, Chr. de Troyes).

I. 1. À l’étroit : Nous n’habitions pas chez


les Bucolin qui, en ville, étaient assez
étroitement logés (Gide). ‖ 2. Fig. D’une
façon intime, personnelle : Les moindres
détails de cette vie simple et presque com-
mune ont été comme autant d’attaches [...]
par lesquelles je me suis étroitement uni à
la comtesse (Balzac).

II. 1. En pressant, en serrant fortement :


Les doigts, étroitement pressés, se meur-
trissaient à chaque secousse (Zola). Je
tenais son bras étroitement serré contre
moi (Gide). ‖ 2. Fig. De la façon la plus
stricte : Appliquer étroitement les ordres
reçus. ‖ Avec rigueur et vigilance : Sur-
veiller étroitement un prisonnier.
étroitesse [etrwatɛs] n. f. (de étroit ;
XIIe s., Godefroy, écrit estreitece, au sens de
« angoisse » ; sens I, 1-2, XIVe s., Godefroy,
écrit estroittesse [étroitesse, 1716, d’après
Trévoux, 1721 ; mot rare au XVIIe s.] ; sens
I, 3 et II, XXe s. ; sens I, 4, av. 1778, Diderot).

I. 1. Caractère de ce qui est peu large :


L’étroitesse d’une rue. L’étroitesse des
jambes d’un pantalon. ‖ En anatomie,
dimension insuffisante d’une ouver-
ture, d’une cavité : L’étroitesse du bassin.
‖ 2. Caractère de ce qui manque d’es-
pace : L’étroitesse d’un logement. L’étroi-
tesse des logis fait les ventres avaricieux
(Colette). ‖ 3. Littér. Qui dure trop peu :
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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1740

Je comprenais épouvantablement l’étroi-


tesse des heures (Gide). ‖ 4. Fig. Carac-
tère de ce qui est moralement étroit, qui
manque de largeur de vues ; mesquine-
rie : L’étroitesse d’esprit, de jugement.
L’étroitesse d’une conception. La bonne
femme était loin de partager l’étroitesse
des principes des Vogel (Rolland).

II. Caractère de ce qui unit intimement :


L’étroitesse des liens d’amitié.

• SYN. : I, 1 et 2 exiguïté ; 4 pauvreté, petit-


esse. —CONTR. : I, 1 et 2 ampleur ; 4 largeur,
profondeur.

étron [etrɔ̃] n. m. (francique *strunt,


excréments de l’homme ; XIIIe s., Rutebeuf,
écrit estront, estron [étron, 1740, Acad.], au
sens 1 ; sens 2, av. 1880, Flaubert). 1. Triv.
Matière fécale consistante de l’homme
et de quelques animaux : Étron de chien.
‖ 2. Vx et péjor. Production littéraire sans
intérêt : Je n’ai pas lu son étron, c’est trop
cher pour mes moyens (Flaubert).

étronçonner [etrɔ̃sɔne] v. tr. (de é-,


es- [lat. ex-, préf. à valeur privative], et de
tronçon ; 1570, Liébault, écrit estronçon-
ner ; étronçonner, fin du XVIIe s.). Couper
toutes les branches basses d’un arbre de
manière à ne laisser que le tronc surmonté
d’un bouquet de feuillage.

étrope [etrɔp] n. f. (var. de estrope [v. ce


mot] ; début du XIVe s., au sens 1 ; sens 2,
XXe s. [var. strope, 1611, Cotgrave ; estrop,
1677, Dassié]). 1. Corde qui entoure la
moufle d’une poulie. ‖ 2. Lien qui attache
l’aviron au tolet.

étruscologie [etryskɔlɔʒi] n. f. (de


étrusco-, élément tiré de étrusque, et de
-logie, du gr. logos, science, discours ;
XXe s.). Branche de l’histoire ancienne où
l’on étudie le monde étrusque sous tous ses
aspects d’après les textes, les monuments
et les fouilles.

étruscologue [etryskɔlɔg] n. (de


étrusco-, élément tiré de étrusque, et de
-logue, du gr. logos, science, discours ; 1877,
Littré). Spécialiste qui étudie le monde
étrusque.

étrusque [etrysk] adj. et n. (lat. Etruscus,


Étrusque, d’Étrurie ; 1865, Littré). Relatif à
l’Étrurie ancienne ; habitant ou originaire
de ce pays.

& n. m. (1865, Littré). Langue parlée par


les Étrusques.

& adj. (1865, Littré). Qui est écrit en langue


étrusque : Une quantité de figures plus indé-
chiffrables que des textes étrusques (Valéry).

étude [etyd] n. f. (de l’anc. franç. estuide,


application, zèle [v. 1150, Roman de
Thèbes], issu, par métathèse, de estudie,
n. m. ou f., mêmes sens [v. 1120, Psautier de
Cambridge], francisation du lat. studium,
zèle, ardeur, dévouement, application à
l’étude, branche de connaissance, dér.
de studere, s’appliquer à, rechercher, étu-

dier, s’instruire ; v. 1190, Sermons de saint


Bernard, écrit estude [étude, 1636, Monet],
au sens I, 1 ; sens I, 2, v. 1190, Garnier
de Pont-SainteMaxence [« effort pour
apprendre par coeur », 1580, Montaigne] ;
sens I, 3, 1580, Montaigne ; sens I, 4 et II, 2,
1845, Bescherelle ; sens I, 5, fin du XVIe s.,
A. d’Aubigné ; sens II, 1, 1784, Bernardin
de Saint-Pierre ; sens II, 3, 1645, Poussin ;
sens III, 1, v. 1212, Anger ; sens III, 2,
1835, Acad. [étude, salle d’étude, maître
d’étude] ; sens III, 3, 1865, Littré ; sens III,
4, 1868, A. Daudet ; sens III, 5, 1660, Oudin ;
sens III, 6, 1690, Furetière ; sens III, 7, 1870,
Larousse]).

I. 1. Class. et littér. Soin particulier ap-


porté à faire quelque chose, application :
Je mettrais toute mon étude à rendre ce
quelqu’un jaloux (Molière). Dès lors, il
se fit une étude de cacher tous les dehors
de ce qu’il regardait comme une faiblesse
déshonorante [sa sensibilité] (Mérimée).
‖ 2. Application intellectuelle pour
connaître ou apprendre quelque chose : Il
s’était pris d’un goût très vif pour l’étude
de l’antiquité (Stendhal). Il faut recon-
naître dans l’étude du droit un chapitre
de la sociologie (Barrès). ‖ Spécialem.
Application, effort, exercices en vue d’ac-
quérir la technique d’un art : J’en viens à
douter parfois si ce que j’aime ici ce n’est
point tant la musique que l’étude du
piano (Gide). ‖ Effort intellectuel pour
apprendre : L’étude a été pour moi le sou-
verain remède contre tous les maux (Mon-
tesquieu) ; Spécialem., pour apprendre
par coeur : L’étude d’une leçon, d’une réci-
tation, d’un rôle par un acteur. ‖ 3. Effort
intellectuel pour observer et comprendre
quelque chose : L’étude du monde ne
m’avait rien appris, et pourtant je n’avais
plus la douceur de l’ignorance (Cha-
teaubriand). Je pense aussi que l’étude
de la nature ne nuit en aucune façon à
la pratique de la vie (Hugo). ‖ 4. Travail
préparatoire de recherche et de mise au
point : Mettre un projet à l’étude. ‖ 5. Vx.
Connaissances acquises en étudiant :
Quelques personnes [...] ont jugé qu’un
aussi gros livre que ce dictionnaire farci
de passages grecs et latins [...] effrayerait
les lecteurs qui n’ont point d’étude (Bayle).

II. 1. Ouvrage qui contient les résultats


d’une recherche intellectuelle : Une étude
sur les acides aminés. ‖ 2. En musique,
morceau, instrumental ou vocal, compo-
sé le plus souvent dans un but didactique,
pour développer la technique de l’exé-
cutant : Travailler une étude de Chopin.
‖ 3. En termes de beaux-arts, travaux de
détail qu’un artiste exécute séparément
après avoir arrêté le croquis de sa com-
position : Ce musée expose des études de
Delacroix. ‖ Modèle destiné à l’enseigne-
ment du dessin, quand il ne contient pas
une figure entière : Une étude de mains.

III. 1. Vx. Cabinet de travail : Il n’y a si vil


praticien qui, du fond de son étude sombre
et enfumée, ne se préfère au laboureur, qui
jouit du ciel et qui fait de riches moissons
(La Bruyère). ‖ 2. Salle d’étude, ou sim-
plem. étude, lieu, salle de classe, où les
élèves, sous la surveillance d’un maître,
apprennent leurs leçons et font leurs
devoirs : Nous étions à l’étude quand
le proviseur entra (Flaubert). ‖ Maître
d’étude, maître qui surveille les élèves en
étude. ‖ 3. Par extens. Temps passé dans
la salle d’étude : Les élèves se sont dissipés
pendant l’étude. ‖ 4. Ensemble des élèves
d’une étude : Les trois études s’y rendaient
séparément (Daudet). ‖ 5. Locaux où
un officier ministériel travaille avec ses
clercs : Une étude de notaire. ‖ 6. Charge
de cet officier public : Acheter une étude.
‖ 7. Personnel de cet officier : Donner
congé à son étude.

& études n. f. pl. (sens 1, 1532, Rabelais ;


sens 2, 1845, Bescherelle ; sens 3, 1784,
Bernardin de Saint-Pierre). 1. Série com-
plète et progressive des cours suivis dans
un établissement scolaire ou universitaire :
Terminer ses études secondaires. Les études,
jadis, conduisaient assez régulièrement à
des carrières où la plupart arrivaient à
s’établir (Valéry). ‖ Faire ses études, étu-
dier à l’Université, suivre des études supé-
rieures : Ces choses-là sont rudes, | Il faut,
pour les comprendre, avoir fait ses études
(Hugo). ‖ 2. Ensemble de recherches.
‖ Bureau d’études, service d’une entre-
prise chargé de concevoir les produits et
d’en dessiner les plans. ‖ 3. Ouvrage com-
posé d’un ensemble d’études particulières :
Études de la nature (titre de l’ouvrage de
Bernardin de Saint-Pierre). Études histo-
riques (titre de l’ouvrage de Chateaubriand).

étudiant, e [etydjɑ̃, -ɑ̃t] n. (part. prés.


substantivé de étudier ; v. 1370, Oresme,
écrit estudiant ; étudiant, XVIe s. [jusqu’à
la fin du XVIIe s., étudiant s’emploie en
concurrence avec écolier, v. ce mot]).
Personne qui fait des études supérieures
en fréquentant les cours d’une faculté ou
d’un établissement d’enseignement supé-
rieur : Les étudiants en lettres, en droit. Les
étudiants, non plus que les grisettes, ne sont
pas riches tous les jours (Musset).

& adj. (milieu du XXe s.). Relatif à l’étudiant :


Le monde étudiant. ‖ Caractéristique de
l’étudiant : La mentalité étudiante.

• REM. Cet adjectif tend à se substituer à


l’adjectif de forme savante ESTUDIANTIN.

étudié, e [etydje] adj. (part. passé de étu-


dier ; 1580, Montaigne, au sens 1 [prix étu-
dié, 1963, Larousse] ; sens 2, 1611, Cotgrave).
1. Que l’on a soigneusement mis au point,
calculé : Un modèle étudié. ‖ Spécialem.
Prix étudié, prix de vente que l’on a établi le
plus bas possible : Nos articles sont vendus
à des prix étudiés. ‖ 2. Fig. Qui manque de
naturel : Avoir un comportement étudié.
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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1741

& étudié n. m. (fin du XIXe s., A. Daudet).


Vx. Manière d’être apprêtée : En elle, effec-
tivement, rien de l’étudié, du convenu de la
femme de théâtre (Daudet).

étudier [etydje] v. tr. (de l’anc. franç. estu-


die [v. ÉTUDE] ; v. 1155, Wace, écrit estudier
[étudier, 1636, Monet], au sens 1 ; sens 2
et 5, 1694, Acad. ; sens 3, fin du XIVe s.,
E. Deschamps ; sens 4, 1580, Montaigne).
1. Chercher à acquérir la connaissance ou
la technique d’une science, d’un art, d’une
discipline : Étudier le droit, la musique, la
photographie. ‖ 2. Apprendre par coeur,
retenir par un effort de mémoire : Étudier
sa leçon. ‖ 3. Absol. et vx. Se consacrer
à l’étude : J’étais censé étudier jusqu’à
midi ; la plupart du temps je ne faisais
rien (Chateaubriand). ‖ Faire ses études :
Il étudie à l’Université. ‖ 4. Chercher à
comprendre, par un examen attentif :
J’ai voulu étudier des tempéraments et
non des caractères (Zola). ‖ Étudier un
auteur, une question, en faire une étude
particulière et approfondie. ‖ Étudier le
terrain (au pr. et au fig.), observer, avant
d’agir, les conditions, les circonstances qui
peuvent favoriser ou empêcher le succès.
‖ 5. Préparer avec soin en vue d’un effet
à produire : Il étudie son intervention, sa
plaidoirie. Étudier un rôle.

• SYN. : 1 travailler (fam.) ; 2 bûcher (fam.),


chiader (arg. scol.), piocher (fam.), potasser
(fam.) ; 4 analyser.

& v. tr. ind. [à] (v. 1175, Chr. de Troyes).


Class. Porter intérêt à : J’avais un peu étu-
dié, étant plus jeune, entre les parties de
la philosophie, à la logique, et, entre les
mathématiques, à l’analyse des géomètres
et à l’algèbre (Descartes).

& s’étudier v. pr. (sens 1, XIIIe s. ; sens 2,


1580, Montaigne ; sens 3, 1829, Boiste ; sens
4, fin du XIXe s.). 1. Class. et littér. Mettre
tous ses soins, toute son application à :
Il s’étudiait à reconnaître les talents ; il
les encourageait, les aidait par des atten-
tions particulières (Fontenelle). Soliman
s’étudia, en seigneur bien appris, à faire
parler la reine autant qu’il put (Nerval).
La jeune femme s’étudiait à rester inerte
(Zola). ‖ 2. Observer son propre comporte-
ment : Il est difficile de s’étudier sans aucun
préjugé. ‖ 3. Se composer une attitude :
La caméra permet de saisir les person-
nages dans toute leur vérité, en dehors des
moments où ils s’étudient. ‖ 4. Chercher
à se connaître mutuellement en s’obser-
vant avec attention : L’un et l’autre, ils
s’étudiaient autant que l’on peut s’étudier
quand on s’aime (Barrès).

étudiole [etydjɔl] n. f. (dimin. de l’anc.


franç. estude, au sens de « cabinet d’étude »
[v. ÉTUDE], ou empr. de l’ital. studiolo, dér.
de studio, du lat. studium, étude [le bas lat.
studiolum, dér. de studium, n’a que le sens
de « petit écrit, petite étude »] ; XVIIe s.,
Du Cange). Petit meuble à tiroirs que l’on
plaçait autrefois sur un autre meuble.

étui [etɥi] n. m. (déverbal de l’anc. franç.


estoïer, mettre dans la gaine, renfermer
[v. 1160, Benoît de Sainte-Maure], estuier,
mettre de côté, réserver, épargner [1170,
Maurice de Sully], lat. pop. *studiare,
donner ses soins à quelque chose, dér.
du lat. class. studium, soin, application
[v. ÉTUDE] ; v. 1170, Livre des Rois, écrit estui
[étui, XVIIe s.], au sens 1 [aussi « prison »,
v. 1190, Garnier de Pont-Sainte-Maxence] ;
sens 2, 1866, Larousse [art. cartouche] ;
sens 3, 1836, Acad. ; sens 4, 1664, d’après
Savary des Bruslons, 1723 ; sens 5, 1865,
Littré). 1. Sorte de boîte destinée à conte-
nir un objet et ayant à peu près la même
forme que lui : Son cercueil [de la petite
Marie] est si peu long | Qu’il tient sous
le bras qui l’emporte | Comme un étui de
violon (Gautier). Geneviève ramenait un
inconnu, un Suisse avec un étui, dont on ne
sut jamais s’il était violoniste ou joueur de
tennis (Giraudoux). Étui à lunettes, à vio-
lon, à jumelles. ‖ 2. Dans la marine, enve-
loppe en toile qui entoure les voiles ferlées
sur leur vergue, ou d’autres objets pour les
protéger. ‖ 3. Étui de cartouche, cylindre
en laiton, en fer ou en matière plastique qui
contient la charge d’explosif des cartouches
métalliques. ‖ 4. Petite boîte spécialement
destinée à contenir un certain nombre de
choses de même nature : Un étui à aiguilles.
Un étui à cigarettes. M. le Préfet tira de son
étui un gros cigare (France). ‖ 5. Fourreau
dans lequel est logé l’aiguillon de certains
insectes.

• SYN. : 1 boîte, fourreau, gaine ; 2 housse ;


3 douille ; 4 nécessaire, trousse.

e tutti quanti. V. TUTTI QUANTI.


étuvage [etyvaʒ] n. m. (de étuver ; 1874,
d’après Littré, 1877). Action d’étuver :
L’étuvage des fûts, des bois, des peaux de
mouton.

• REM. On a dit aussi ÉTUVEMENT (1538,


R. Estienne, écrit estuvement ; étuvement,
1636, Monet).

étuve [etyv] n. f. (lat. pop. de la Gaule


*extupa, salle de bains [surtout pour bains
de vapeur], déverbal de *extupare, remplir
de vapeurs chaudes, de ex-, préf. à valeur
intensive, et du gr. tuphein, « faire fumer,
enfumer », parvenu en Gaule méridionale
par l’intermédiaire du gr. de Marseille ;
fin du XIe s., Gloses de Raschi, écrit estuve
[étuve, 1636, Monet], au sens 1 ; sens 2, v.
1560, Paré ; sens 3 et 5, 1690, Furetière ;
sens 4, depuis 1680, Richelet ; sens 6 et 8,
XXe s. ; sens 7, 1773, Bourdé de Villehuet).
1. Nom donné autrefois à une salle de bains
ou à un établissement de bains : Quelques-
uns se croyaient aux étuves, à cause de la
buée qui flottait autour d’eux (Flaubert).
‖ 2. Auj. Chambre de bains chauffée par
des bouches de chaleur ou des radiateurs
pour provoquer la transpiration. ‖ Étuve
sèche, chauffée extérieurement. ‖ Étuve
humide, où l’on fait pénétrer la vapeur.

(On dit aussi BAINS DE VAPEUR.) ‖ 3. Par


anal. Local quelconque où la température
est trop élevée, où la chaleur est humide :
Ce théâtre est une étuve. ‖ 4. Spécialem.
Appareil clos dans lequel on entretient
une température élevée pour désinfecter
ou stériliser, ou une température constante
pour la culture des microbes. ‖ 5. Armoire
métallique chauffée par la base et dans
laquelle on procède au séchage rapide
des chapeaux. ‖ 6. Appareil dans lequel
on pratique le séchage industriel des bois.
‖ 7. Étuve à bordages, dans la marine,
cylindre creux dans lequel on soumet les
bordages à un bain de vapeur pour les
assouplir. ‖ 8. Chambre dans laquelle on
suspend les peaux lainées de mouton dans
le procédé de délainage « à l’échauffe ».
• SYN. : 2 sauna ; 3 étouffoir, four, fournaise ;
4 autoclave.

étuvée [etyve] n. f. (part. passé fém. subs-


tantivé de étuver ; fin du XIVe s., Taillevent,
écrit estuvée ; étuvée, 1636, Monet). En
termes de cuisine, syn. de ÉTOUFFÉE.

étuver [etyve] v. tr. (de étuve [v. ce mot] ;


v. 1175, Chr. de Troyes, comme v. intr., écrit
estuver, au sens de « prendre un bain de
vapeur » ; comme v. tr., au sens 1, 1384,
Poerck, écrit estuver [étuver, XVIIe s.] ; sens
2, 1768, Brunot ; sens 3, v. 1398, le Ménagier
de Paris). 1. Sécher ou chauffer dans une
étuve : Étuver des instruments de chirurgie.
‖ 2. Soumettre à un traitement dans une
étuve : Étuver des bois, des peaux de mou-
ton. ‖ 3. En cuisine, faire cuire à l’étouffée :
Étuver des petits pois.

& s’étuver v. pr. (XVe s., Godefroy). Class.


Se baigner : S’étuvant dans une cuve qu’il
avait fait porter exprès dans sa chambre
(Malherbe).

étuveur, euse [etyvoer, -øz] n. (de étu-


ver ; 1260, Du Cange, écrit estuveur, au
sens de « propriétaire d’un établissement
de bains » ; écrit étuveur, au sens moderne,
fin du XIXe s., Huysmans). Personne chargée
des soins de la toilette dans les étuves d’au-
trefois : Les étuveurs parcouraient la ville en
criant que l’eau était chaude (Huysmans).
& étuveur n. m. (1923, Larousse). Appareil
servant à cuire des tubercules pour l’ali-
mentation du bétail.

& étuveuse n. f. (1930, Larousse).


Générateur de vapeur pour étuver les
futailles.

étymologie [etimɔlɔʒi] n. f. (lat. ety-


mologia, étymologie, gr. etumologia,
sens véritable ou primitif d’un mot, dér.
de etumologos, étymologiste, de etumos,
vrai, réel, et de legein, dire ; XIVe s., Girart
de Roussillon, écrit ethymologie [étymolo-
gie, 1580, Montaigne], au sens 1 ; sens 2,
1857, Flaubert). 1. Science qui a pour objet
la recherche de l’origine des mots d’une
langue donnée, la reconstitution de l’ascen-
dance de ces mots : La base de l’étymologie
est désormais placée dans l’induction his-
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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1742

torique (Littré). ‖ 2. Origine particulière


d’un mot : Cours de physiologie, de clinique
et de thérapeutique [...], tous noms dont il
ignorait les étymologies (Flaubert).

étymologique [etimɔlɔʒik] adj. (lat. ety-


mologicus, étymologique, gr. etumologikos,
qui concerne l’étymologie, de etumologos
[v. l’art. précéd.] ; 1550, Bonivard, au sens
1 ; sens 2, 1870, Larousse). 1. Qui a rap-
port à l’étymologie ; qui traite de l’origine
des mots : Un dictionnaire étymologique.
‖ 2. Conforme à l’étymologie : Le sens
étymologique d’un mot.

étymologiquement [etimɔlɔʒikmɑ̃]
adv. (de étymologique ; 1845, Bescherelle).
Selon l’étymologie : Le mot « contrat » étant
étymologiquement formé avec l’idée de lien
(Hugo).

étymologiste [etimɔlɔʒist] n. (de éty-


mologie ; fin du XVIe s.). Personne qui se
consacre à l’étymologie.

étymon [etimɔ̃] n. m. (gr. etumon, vrai


sens, sens étymologique d’un mot, neutre
substantivé de l’adj. etumos, vrai, réel, véri-
table ; début du XXe s.). En linguistique, le
mot attesté ou reconstitué qui donne l’éty-
mologie d’un terme donné.

eu [y], part. passé de avoir (v. ce mot).

eu- [ø], élément préfixé tiré du gr. eu,


bien, régulièrement, justement, heureu-
sement, et qui entre dans la composition
de quelques mots savants pour exprimer
l’idée de « bien », de régularité ou de vérité.

eubage [øbaʒ] n. m. (bas lat. Eubages, n.


m. plur., Eubages [classe de Gaulois lettrés] ;
XVIIe s., d’après l’Encyclopédie, 1755). Chez
les Celtes, prêtre et savant : Les Druides ou
Saonides, eux-mêmes divisés en Eubages,
Bardes et Voetes (Flaubert).

eubéen, enne [øbeɛ̃, -ɛn] adj. et n. (de


Eubée, n. géogr., lat. Euboea, Eubée, gr.
Euboia ; 1870, Larousse). Qui se rapporte
à l’île grecque d’Eubée ; habitant ou ori-
ginaire de cette île.

eucalyptol [økaliptɔl] n. m. (de eucalyp-


tus ; 1870, Larousse). Essence d’eucalyptus.

eucalyptus [økaliptys] n. m. (mot du lat.


scientif. moderne, du gr. eu, bien, et kalup-
tos, couvert, dér. de kaluptein, couvrir,
envelopper, cacher [le limbe du calice de la
plante reste clos jusqu’à la floraison, d’où le
nom donné à celle-là] ; 1796, Encycl. métho-
dique, écrit eucalypte et eucalyptus, au sens
1 ; sens 2, XXe s.). 1. Très grand arbre, de la
famille des myrtacées, originaire d’Aus-
tralie : Les eucalyptus délivrés laissaient
tomber leur vieille écorce (Gide). ‖ 2. La
feuille de cet arbre, utilisée en médecine :
Une cigarette d’eucalyptus.
eucharistie [økaristi] n. f. (bas lat. ecclés.
eucharistia, eucharistie, gr. ecclés. eukha-
ristia, même sens, proprem. « sacrifice
d’action de grâces » [en gr. class. : « recon-

naissance, action de grâces »], dér. de


eukharistos, reconnaissant, bienveillant,
de eu, bien, et de kharizesthai, complaire à,
accorder une grâce, dér. de kharis, charme,
plaisir, faveur, bienveillance ; 1150, Barbier).
Dans la doctrine catholique, sacrement
qui contient réellement et en substance le
corps, le sang et la divinité de Jésus-Christ
sous les espèces ou apparences du pain et
du vin : Considérée comme un sacrifice,
l’eucharistie est liée à la célébration de la
messe.

eucharistique [økaristik] adj. (bas lat.


ecclés. eucharisticus, eucharistique, gr.
ecclés. eukharistikos, même sens [en gr.
class. : « reconnaissant »], dér. de eukha-
ristos [v. l’art. précéd.] ; fin du XVIe s.). Qui
appartient, qui est relatif à l’eucharistie.
‖ Les espèces eucharistiques, le pain et le
vin consacrés à la messe. ‖ Congrès eucha-
ristique, assemblée d’ecclésiastiques et de
laïcs comportant des séances d’études
relatives à l’eucharistie et des cérémonies
liturgiques destinées à rendre hommage
au saint sacrement.

euchre [økr] n. m. (mot angl. ; 1948,


Larousse). Sorte de jeu d’écarté se jouant
à deux, trois ou quatre joueurs, avec trente-
deux cartes.

euclidien, enne [øklidjɛ̃, -ɛn] adj. (de


Euclide, n. pr., lat. Euclides, gr. Eukleidês,
Euclide, n. d’un mathématicien ; début du
XVIIIe s.). Relatif à la méthode, au système
d’Euclide. ‖ Géométrie euclidienne, géo-
métrie qui repose sur certains axiomes
adoptés par Euclide, notamment sur son
postulat : « Par un point extérieur à une
droite, on ne peut faire passer qu’une paral-
lèle à cette droite. »

eucologe [økɔlɔʒ] n. m. (lat. ecclés. du


Moyen Âge euchologium, du gr. eukhê,
voeu, souhait, prière [à Dieu] — dér. de
eukhesthai, adresser une prière, un voeu
—, et de logos, parole, récit, traité, ouvrage ;
1701, Furetière, écrit euchologe ; eucologe,
XIXe s.). Livre de prières pour l’office des
dimanches et fêtes (rare) : Durtal s’absorba
dans son eucologe (Huysmans).

• REM. On trouve aussi la graphie an-


cienne EUCHOLOGE.

eudémis [ødemis] n. m. (mot du lat.


scientif. moderne, du gr. eu, bien, et demas,
corps, taille, stature ; début du XXe s.). Petit
papillon dont la chenille, appelée commu-
nément ver de la grappe, attaque la vigne.

eudémonique [ødemɔnik] adj. (de eudé-


monisme ; XXe s.). Relatif à l’eudémonisme.

eudémonisme [ødemɔnism] n. m. (gr.


eudaimonismos, action de regarder comme
heureux, bonheur, de eudaimonizein, être
heureux, dér. de eudaimôn, heureux, de eu,
bien, et de daimôn, divinité, destin, sort ;
1870, Larousse). En philosophie, théo-
rie morale fondée sur l’idée du bonheur

humain conçu comme le but et le bien


suprêmes.

eudémoniste [ødemɔnist] n. (de eu-


démonisme ; XXe s., comme n. et adj.).
Personne qui professe l’eudémonisme.

& adj. Relatif à l’eudémonisme : Les


morales les plus nettement eudémonistes
sont l’épicurisme, l’hédonisme et la morale
d’Aristote.

eudermique [ødɛrmik] adj. (de eu- [gr.


eu, bien] et de dermique ; v. 1960). Qui
convient aux soins de la peau : Crème
eudermique.

eudiomètre [ødjɔmɛtr] n. m. (dér. savant


du gr. eudia, beau temps [de eudios, calme,
tranquille, serein — en parlant du temps,
du vent, de la mer —, de eu, bien, et dios,
divin — en parlant d’un héros, d’un animal,
d’une ville, du temps, etc.], et de -mètre,
gr. metron, mesure ; v. 1775, Brunot). En
chimie et en physique, instrument servant
à faire l’analyse volumétrique de certains
mélanges gazeux, ou la synthèse de cer-
tains composés dont les constituants sont
gazeux, en faisant passer une étincelle
électrique au sein du mélange.

eudiométrie [ødjɔmetri] n. f. (de


eudiomètre ; 1796, Lamarck). Analyse des
mélanges gazeux avec l’eudiomètre.

eudiométrique [ødjɔmetrik] adj.


(de eudiométrie ; 1793, Annales de
chimie). Relatif à l’eudiométrie : Analyse
eudiométrique.

eudiste [ødist] n. m. (de Eudes, n. pr. ;


fin du XVIIe s.). Membre de la congréga-
tion religieuse fondée à Caen par saint
Jean Eudes en 1643, pour la formation des
séminaristes et les missions paroissiales.

eudynamie [ødinami] n. f. (de eu- et


de -dynamie, du gr. dunamis, puissance,
force ; XXe s.). Équilibre parfait des facultés
physiques.

eugénésie [øʒenezi] n. f. (de eu- et du gr.


genesis, production, génération, création,
race, dér. de gignesthai, naître, devenir ;
1888, Larousse [mais sans doute antérieur]).
Aptitude procréatrice de deux races par
croisement entre elles.

eugénésique [øʒenezik] adj. (de eugéné-


sie ; 1877, Littré). Qui est propre à améliorer
la race : Des croisements eugénésiques.

eugénète [øʒenɛt] n. m. (gr. eugenetês, de


bonne race, de eu, bien, et genos, naissance,
origine, descendance ; XXe s.). En biologie,
individu sain, au patrimoine héréditaire
de bonne qualité, capable d’une descen-
dance saine.

eugénisme [øʒenism] n. m. (angl. euge-


nism, dér. savant du gr. eu, bien, et genos,
naissance, origine, descendance ; début
du XXe s.). En biologie, étude théorique
et pratique des conditions les meilleures
pour protéger, accroître et perfectionner
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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1743

les éléments les plus robustes et les mieux


doués de l’espèce humaine.

• REM. On dit aussi EUGÉNIQUE n. f.


(début du XXe s.) : Saintine aurait dû me
consulter avant de se marier, dit-il ; il y a
une eugénique sociale comme il y en a une
physiologique, et j’en suis peut-être le seul
docteur (Proust).

eugéniste [øʒenist] n. (de eugénisme ;


milieu du XXe s.). Personne qui pratique
l’eugénisme.

eugénol [øʒenɔl] n. m. (du lat. scientif.


moderne eugenia, girofle, fém. substantivé
du lat. class. eugenius, de bonne race, du gr.
eugenês, même sens, dér. de eu, bien, et de
genos, naissance, race ; 1870, Larousse). En
chimie, composé phénolique contenu dans
l’essence de girofle, de laurier.

euglènes [øglɛn] n. f. pl. (lat. scientif.


moderne euglena, du gr. euglênos, aux
belles prunelles, aux beaux yeux, dér. de
eu, bien, et de glênê, prunelle de l’oeil ; 1870,
Larousse). Êtres unicellulaires, chlorophyl-
liens, qu’on trouve en abondance dans le
purin et les eaux vertes.

euglénidés [øglenide] n. m. pl. (de


euglène [v. l’art. précéd.] et de -idé, du gr.
eidos, forme, apparence ; XXe s.). Famille
de protozoaires flagellés, à formes
chlorophylliennes.

euh ! [ø] interj. (onomatop. ; 1668, Racine,


aux sens 1-2 [mais sans doute bien anté-
rieur]). 1. Dans le discours, marque l’em-
barras, l’hésitation : Je vous avouerai...
euh ! comment dire ?... mon incompétence.
‖ 2. Dans les réponses, marque le doute,
la restriction ou la gêne : : « Le malade va
mieux ? — Euh ! euh ! »

eulogie [ølɔʒi] n. f. (bas lat. ecclés. eulogia,


présent, pain bénit, gr. eulogia, bénédic-
tion, bienfait, aumône, dér. de eu-logos,
qui parle bien, de eu, bien, et legein, par-
ler ; fin du XVIe s.). Vx. Pain bénit, menu
cadeau fait par l’évêque : Les prédications
permanentes, les distributions d’eulogies
(Goncourt).

eunecte [ønɛkt] n. m. (dér. savant de eu-


et du gr. nektos, qui nage, de nekhesthai,
nager ; 1842, Acad.). Énorme boa aqua-
tique, non venimeux, de l’Amérique tro-
picale, appelé aussi anaconda.

eunuchisme [ønykism] n. m. (bas lat.


eunuchismos, castration, gr. eunoukhismos,
même sens, dér. de eunoukhizein, rendre
eunuque, de eunoukhos [v. EUNUQUE] ;
1865, Littré). État de celui qui est eunuque.

eunuchoïde [ønykɔid] adj. (gr.


eunoukhoeidês, semblable à un eunuque,
de eunoukhos [v. EUNUQUE] et de eidos,
apparence, aspect ; 1870, Larousse, écrit
eunukoïde [eunuchoïde, XXe s.], au sens 1 ;
sens 2, XXe s.). 1. Se dit d’un timbre de voix
qui rappelle celui des castrats. ‖ 2. Se dit

de l’aspect général du corps rappelant celui


des eunuques.

eunuque [ønyk] n. m. (lat. eunuchus,


eunuque, gr. eunoukhos, même sens, pro-
prem. « gardien de la couche [ou : de la
chambre à coucher] des femmes », de eunê,
couche, lit, et ekhein, avoir, garder, porter ;
XIIIe s., écrit eunique, eunuche [eunuque,
1672, Sacy], au sens 1 ; sens 2, av. 1794,
Chénier). 1. Homme qui, après avoir subi la
castration, était préposé, surtout en Orient,
à la garde des harems. ‖ 2. Fig. Homme
sans courage, sans énergie virile : Par ce
monde, il y a beaucoup plus d’eunuques
que d’hommes (Sand).

eupatoire [øpatwar] n. f. (lat. eupato-


ria [herba] ou eupatorium, eupatoire, gr.
eupatorion, dér. du n. du roi Eupatôr, qui
fit connaître les vertus médicinales de
cette plante ; XVe s., Grant Herbier). Plante
à fleurs rosées et à feuilles très découpées,
poussant dans les lieux humides, employée
autrefois en médecine, et appelée commu-
nément chanvre d’eau. : Le glaïeul, laissant
fléchir ses glaives avec un abandon royal,
étendait sur l’eupatoire et la grenouillette au
pied mouillé les fleurs de lis en lambeaux,
violettes et jaunes, de son sceptre lacustre
(Proust).

• REM. Le nom savant est EUPATORIUM


(1690, Furetière).

eupepsie [øpɛpsi] n. f. (gr. eupepsia,


bonne digestion, dér. de eupeptos, facile à
digérer, qui digère facilement, de eu, bien,
et peptein, faire cuire, digérer ; 1865, Littré).
Bon fonctionnement de l’estomac ; bonne
digestion.

• CONTR. : dyspepsie, indigestion.

euphémique [øfemik] adj. (de euphé-


misme ; 1839, Boiste). Qui appartient à l’eu-
phémisme ; qui contient un euphémisme :
Une tournure euphémique.

euphémiquement [øfemikmɑ̃] adv.


(de euphémique ; 1845, Bescherelle). Par
euphémisme.

euphémisme [øfemism] n. m. (gr.


euphêmismos, emploi d’un mot favorable au
lieu d’un mot de mauvais augure, de euphê-
mizein, accueillir par des acclamations,
parler par euphémisme, dér. de euphêmos,
qui prononce des paroles de bon augure,
de eu, bien, et phêmê, augure, présage,
réputation ; 1730, Dumarsais). Figure de
mots consistant à adoucir par l’expression
ou par le tour qu’on emploie, une idée, un
jugement, l’énoncé d’un fait qui pourrait
avoir quelque chose de déplaisant ou de
choquant (par ex. : « Il est disparu » au lieu
de « Il est mort ») : Salavin, lui, ne cultivait
pas l’euphémisme. Il appelait un chat un
chat (Duhamel).

euphonie [øfɔni] n. f. (bas lat. euphonia,


douceur de prononciation, gr. euphônia,
harmonie, nombre oratoire, dér. de euphô-

nos, harmonieux, de eu, bien, et phônê,


voix, son, cri, langage ; 1572, Ramus, au
sens 1 ; sens 2, av. 1778, J.-J. Rousseau).
1. Qualité des sons agréables à entendre ;
résultat harmonieux de leur combinai-
son : Prédestinés à s’unir par la molle et
voluptueuse euphonie de leurs noms grec
et latin, Vénus avec Adonis se rencontrent
aux bords d’un ruisseau (Valéry). [V. art.
spécial.] ‖ 2. Spécialem. Succession harmo-
nieuse des sons du langage, parfois invo-
quée pour rendre compte de changements
phonétiques.

• CONTR. : 1 cacophonie, discordance,


dissonance.

GRAMMAIRE ET LINGUISTIQUE

L’EUPHONIE

De tout temps, les grammairiens ont mis


certaines déformations de mots, cer-
taines licences d’emploi, certains choix
de formes sur le compte de l’euphonie,
c’est-à-dire des qualités qu’offrent les
signifiants à l’audition ou à la prononcia-
tion. Discutant de la préséance à donner
au substantif ou à l’adjectif épithète, Vau-
gelas conseille de « reigler leur situation,
selon qu’elle sonnera le mieux, non seu-
lement à nostre oreille, mais aux oreilles
les plus délicates » : c’est la conception
acoustique de l’euphonie. Ailleurs il re-
marque : « Il est plus doux de dire sati-
faire et satifaction sans s, qu’avec une s,
et la prononciation en est beaucoup plus
aisée » : conception articulatoire.

L’expression « témoignage de l’oreille »


désigne le plus souvent par métaphore
l’intuition de grammaticalité, qui reste le
seul critère des linguistes modernes. Un
tour « sonne mal » parce qu’il est insolite.
Le terme d’euphonie ne s’applique pro-
prement que dans le domaine pho-
nique, où il faut encore ne pas prendre
pour désagréable une sonorité qui n’est
qu’étrange : « que si maintenant elle nous
semble rude, c’est que l’oreille n’y est pas
encore accoutumée » (Vaugelas).
LE T DIT « EUPHONIQUE »

Les grammaires ont longtemps appelé


« euphonique » le t qu’on intercale entre
une troisième personne du singulier ter-
minée par e ou par a et le sujet il, elle ou
on inversé :

Aime-t-il ? Où ira-t-elle ?

Ainsi dira-t-on.

Cette appellation implique une justifica-


tion simpliste de ce t, qui aurait été inséré
entre un e muet ou un a et la voyelle sui-
vante pour éviter l’hiatus.

Le t final des formes latines amat, ama-


vit est conservé dans les premiers textes
français : aimet, amat (Vie de saint
Alexis, 1040).
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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1744

L’auteur de la Chanson de Roland (1080)


prononçait-il encore ce t ? L’assonance ne
peut renseigner sur ce point, et l’on y voit
alterner sans raison des formes avec et
sans t : dunne (= « donne », subj., v. 18) as-
sone avec derumpet (v. 19). Les cas d’éli-
sion pourraient être plus significatifs ; or,
— dans une trentaine de vers, la métrique
exclut l’élision d’une finale en -et :

Guardet | a val e si guardet |

a munt (2235)

— dans seize vers, elle implique l’élision :

Baisset son chef, si cumenc(et) a

penser (137) ;

mais rien n’empêche de penser que, dans


les vers comme 2235, l’e final était pro-
noncé en hiatus devant a, et le t amuï,
bien que maintenu dans l’écriture.

Les rimeurs se réserveront jusqu’à la fin


du XIIe s. le droit de maintenir ou non le
t dans la prononciation — ou du moins
dans l’écriture —, mais on peut considé-
rer l’amuïssement comme accompli dès
la fin du XIe s.
Le t se maintenait pourtant à la fin
des mots où il avait été précédé d’une
consonne soit dès le latin (est, du lat. est),
soit après la chute, au VIIIe s., de la voyelle
finale (vient, lat. venit ; dort, de *dormt,
lat. dormit ; veit, de *veidt, lat. vĭdit). Il se
conservait aussi après une diphtongue,
comme dans fait (lat. facit), et les dési-
nences d’imparfait et de conditionnel,
comme aveit (auj. avait).

Au XIIIe s., on n’écrit plus le t et l’on


élide normalement l’e muet ; c’est encore
l’usage au XVe s. : Villon écrit Que m’en
reste il ?, et Calvin, Rejettera il. Mais
Peletier du Mans, dans son Dialogue de
l’orthographe et prononciation françoese
(1555), remarque :

« Souvent nous prononçons des

lettres qui ne s’escrivent point,

comme quand nous disons : dine ti,

ira ti, et escrivons dine il, ira il, et

serait chose ridicule si nous les escri-

vions selon qu’ils se prononcent. »

Théodore de Bèze estime en 1584, à pro-


pos de la lettre t, qu’on la prononce eu-
phoniae causa (pour l’euphonie) dans les
groupes écrits parle il, ira-il, va-il ; cer-
tains même écrivaient ce t, d’abord après
les formes en -a.

La plupart des grammairiens s’y op-


posèrent. Vaugelas fut le premier à
l’admettre, rejetant d’ailleurs la gra-
phie aime-t’il en même temps qu’aime
il, et exigeant le double trait d’union :
aime-t-il.

De Bèze et les grammairiens qui ont at-


tribué à une raison d’euphonie la genèse
de ce t ont eu tort de croire qu’il venait
éviter un hiatus entre e ou a et la voyelle
suivante : ce n’est possible qu’après l’a,

puisque l’e, anciennement, s’élidait dans


aim(e) il.

Ce t est en fait analogique des -t conser-


vés dans vient, dort, voit, fait, avoit,
etc. Le -t final de ces formes avait cessé
d’être prononcé lorsqu’il était suivi d’une
consonne (Où vient Paul ?), mais faisait
liaison devant une voyelle (Où vient-
il ?) : il est naturel que l’analogie ait fait
étendre cette alternance à :

Où va Paul ?

Où va-t-il ?

Où habite Paul ?

Où habite-t-il ?

Il faut même que l’analogie ait été forte


pour aboutir pratiquement, dès le XVIe s.,
à la confusion dans la langue parlée du
singulier aime-t-il avec le pluriel aiment-
il(s), et l’on doit remarquer qu’elle n’a
joué que dans les cas d’inversion, où
le pronom postposé prend l’accent ; le t
constitue véritablement avec i(l) et elle
une marque interrogative de la troisième
personne, prise aux formes comme vient-
il (elle) et comme aiment-ils (elles) dans
les phrases, de type ancien, où le pronom
ne faisait que reprendre un nom sujet
(v. INTERROGATION) :

Paul vient-il ? [pɔl vjɛ̃ ti]

ESTHÉTIQUE PHONIQUE

Si l’ « euphonie » est un facteur très sus-


pect pour l’explication des changements
grammaticaux, est-elle du moins un trait
à considérer dans le domaine des sons du
langage ? Existe-t-il une beauté phonique
des langues ?

Une réponse résolument positive est don-


née par Bohuslav Hála dans un article
des Mélanges Straka (1970). L’expérience
prouve qu’un auditeur français juge
laids les mots allemands Pflock (la che-
ville), Holzklotz (la poutre), et les mots
tchèques pštros (l’autruche), srst (le poil) ;
il trouve beaux les mots italiens dolore,
amor. « Cette sensation du beau et du
non-beau s’étend parfois aux langues
tout entières » : l’italien recueille toutes
les faveurs, mais le français viendrait en-
suite, au goût des phonéticiens allemands
Beyer et Trautman, et du phonéticien
anglais H. Sweet.

Les voyelles étant les seuls phonèmes


qu’on puisse chanter, un célèbre chan-
teur tchèque, B. Benoni, a eu, en 1928,
l’idée de lier la beauté des langues au
pourcentage d’occurrence des voyelles.
Ses statistiques, portant sur le tchèque, le
latin, le grec, ont inspiré des chercheurs
d’autres nationalités, qui ont abouti à
deux conclusions :

• 1° Le rapport des voyelles aux


consonnes varie selon les langues

• 2° Les langues tenues ordinairement


pour les plus belles ont un pourcentage

de voyelles très proche de 50 ; ce sont


l’italien (47,7), le français (46), l’espagnol
(46) ; l’allemand n’a que 38, le tchèque 40,
le russe 41.

Quelques langues dépassent 50, comme


le japonais, le finnois : un tel taux tom-
berait, selon B. Hála, dans la monotonie.
La richesse de l’éventail des voyelles joue
naturellement son rôle : le français en a
16, le japonais seulement 5, comme le
tchèque.

Le caractère ouvert des syllabes (v. ce


mot) serait aussi un facteur positif. Ce
vers de Schiller écorche la bouche :

Sie zwingt jetzt deines Szepters

Macht !

Certaines consonnes, r, l, m, n, dites « so-


nantes » parce que leur émission n’arrête
pas la sonorité vocale, constituent cepen-
dant une bonne fin de syllabe.

L’espagnol, qui n’a que 5 voyelles, se ra-


chèterait par la fréquence des sonantes,
qui y est de 25,3 pour 100 phonèmes,
contre 16,3 en tchèque.

Telles consonnes seraient positives du


point de vue de l’euphonie (sonantes et
semi-consonnes), telles autres neutres
(occlusives), telles autres négatives
(spirantes).

Toutes ces appréciations reposent objec-


tivement sur des tests acoustiques, sur les
témoignages de divers auteurs. Dès 1923,
les Allemands Ziehen et Tesmer ont pro-
cédé à de semblables expériences, don-
nant des résultats assez proches. Voltaire,
quittant l’Allemagne après un séjour de
trois ans, souhaitait aux Allemands « plus
d’esprit et moins de consonnes ». Au Ier s.
av. J.-C., Denys d’Halicarnasse, classant
les sons du langage selon leur beauté, pla-
çait les voyelles avant les consonnes, et les
sonantes en tête de celles-ci.
Pierre Delattre a étudié en acousticien
les qualités des éléments physiques de la
parole (Revue d’esthétique, n° 3-4, 1965).
Son analyse, d’une rigueur exemplaire,
donne les raisons des faits que B. Hála
établit par une somme de jugements : par
exemple, la supériorité des sonantes est
liée à l’absence des bruits de friction qui
rendent inharmoniques les consonnes de
fou, sous, chou, vous, joug. « La séquence
sapanayaka est autrement riche et variée
en sonorité que pabamavawa, dont toutes
les consonnes ont les mêmes lieux d’arti-
culation, ou vazajalara, qui ne change
pas de mode. »

Les observations de l’éminent phonéti-


cien français ne tendent pas à démontrer
la beauté de sa langue elle-même, mais à
inventorier les très riches moyens dont elle
dote un écrivain (français) pour mettre en
valeur le contenu de son message.
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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1745

« La consonne r, qui, après une voyelle


finale comme dans fleur, s’efface en de
douces harmoniques, se renforce en un
bruit sourd et rugueux lorsqu’elle suit
une occlusive dévoisée comme dans cri.
S’il y a rencontre heureuse, comme ici,
entre le sens et le son, le poète ne man-
quera pas de s’en servir. »

L’euphonie est conçue par lui comme une


appropriation raffinée de la langue à sa
fonction essentielle de communication.
Dans un article de la même revue,
A. Martinet repousse « l’idée platoni-
cienne d’un beau absolu » que viserait le
langage à sa manière — et sans progrès
(car il aurait atteint le but une fois pour
toutes). On peut cependant adopter l’atti-
tude de B. Hála sans engagement méta-
physique, tout comme on admet — à peu
près sans discussion — la « loi d’écono-
mie » limitant le « coût » de l’informa-
tion linguistique. Il suffit de mettre en
évidence, comme l’a fait André Spire à
propos de la langue poétique, le « plai-
sir musculaire » que peuvent procurer
l’articulation de certains phonèmes et les
modalités de leur agencement discursif.
Comme tous les plaisirs physiologiques,
celui-ci tient sa permanence de la nature
humaine, et ne peut connaître de du-
rables satiétés.

euphonique [øfɔnik] adj. (de euphonie ;


1756, Encyclopédie). Qui produit l’eupho-
nie, qui établit une liaison harmonieuse
pour l’oreille : Dans l’expression « viendra-
t-il », le « t » est euphonique.

euphoniquement [øfɔnikmɑ̃] adv.


(de euphonique ; 1845, Bescherelle).
De façon euphonique : Deux mots liés
euphoniquement.

euphorbe [øfɔrb] n. f. (lat. euphorbia,


euphorbe, du gr. euphorbion, euphorbe,
plante grasse, dér. de euphorbos, bien
nourri, de eu, bien, et pherbein, faire paître,
nourrir ; XIIIe s., écrit euforbe ; euphorbe,
1690, Furetière). Plante très commune, à
suc blanc laiteux, toxique, dont les fleurs
sont généralement en ombelles.

euphorbiacées [øfɔrbjase] n. f. pl. (dér.


savant de euphorbe ; 1827, Acad.). Famille
de plantes herbacées à fleurs unisexuées
de couleurs variées.

euphorie [øfɔri] n. f. (gr. euphoria, force


de porter ou de supporter, dér. de euphoros,
facile à porter ou à supporter, de eu, bien,
et pherein, porter, supporter ; 1750, Prévost
d’Exiles, au sens 1 ; sens 2, 1907, Larousse).
1. En médecine, impression de bien-être
éprouvée en raison d’une amélioration
réelle de l’état physique, ou illusoire sous
l’influence de certains produits : Pour évi-
ter les crises de suffocation que me donnerait
le voyage, le médecin m’avait conseillé de
prendre au moment du départ un peu trop
de bière ou de cognac afin d’être dans cet

état qu’il appelait « euphorie », où le système


nerveux est momentanément moins vulné-
rable (Proust). ‖ 2. Par extens. Sentiment
de bien-être, de joie, de vive satisfaction :
L’état d’euphorie que doit connaître le chef
après la victoire (Bordeaux). L’équilibre
assuré, il vit dans l’euphorie qui lui fut si
longtemps interdite (Carco).

• SYN. : 1 bien-être, détente ; 2 béatitude,


bonheur, enthousiasme, félicité. — CONTR. :
2 dépression, mélancolie, neurasthénie.

euphorique [øfɔrik] adj. (de euphorie ;


XXe s., aux sens 1-3). 1. Qui provoque l’eu-
phorie : Un produit euphorique. ‖ 2. Qui
s’accompagne d’euphorie : Ces heures
euphoriques ne peuvent durer (Frison-
Roche). ‖ 3. Qui éprouve de l’euphorie :
Un homme euphorique.

• SYN. : 1 euphorisant, tranquillisant ; 2


agréable, exaltant, heureux, merveilleux ;
3 allègre, enjoué, enthousiaste, gai, joyeux.

euphoriquement [øfɔrikmɑ̃] adv.


(de euphorique ; XXe s.). De manière
euphorique.

euphorisant, e [øfɔrizɑ̃, -ɑ̃t] adj. et n. m.

(dér. savant de euphorie ; milieu du XXe s.).

Qui procure l’euphorie : Un médicament


euphorisant. Prendre des euphorisants.

• SYN. : tranquillisant.

euphoriser [øfɔrize] v. tr. (de euphorique,


d’après euphorisant ; v. 1960). Mettre dans
un état d’euphorie.

euphrasia [øfrazja] n. m. ou euphraise


[øfrɛz] n. f. (lat. scientif. médiév. euphrasia,
empr., à cause des propriétés curatives de
la plante, au gr. euphrasia, gaieté, joie, de
euphrantos, réjouissant, dér. de euphrai-
nein, réjouir, charmer, de eu, bien, et
phrên, coeur, âme ; XVe s., Grant Herbier,
écrit eufrase ; eufraize, euphraise, 1600,
O. de Serres ; euphrasia, XXe s.). Plante her-
bacée, abondante dans les prés, et qui pas-
sait autrefois pour guérir les maladies des
yeux : Sur un champ d’euphraises mauve
pâle vole un Parnassien Apollon (Gide).

euphuisme [øfɥism] n. m. (angl. eu -


phuism, dér. de Euphues, the Anatomy of
Wit, ouvrage de l’Anglais John Lyly [1578],
dans lequel l’auteur fait l’apologie du style
précieux alors à la mode dans son pays [le
mot Euphues, utilisé dans le titre, est le gr.
euphuês, fort, vigoureux, qui a d’heureuses
dispositions, de eu, bien, et phuein, naître,
croître, pousser] ; 1820, Fr. Mackenzie).
Langage maniéré, style précieux, surtout
à la mode dans l’Angleterre élisabéthaine.
• SYN. : alexandrinisme, gongorisme,
maniérisme, préciosité.

eupnée [øpne] n. f. (gr. eupnoia, respira-


tion facile, dér. de eupnoos, eupnous, qui
respire librement, de eu, bien, et pneîn,
respirer ; 1878, Larousse). En médecine,
respiration normale.

• CONTR. : dyspnée.
eupnéique [øpneik] adj. et n. m. (de
eupnée ; XXe s.). Qui facilite la respiration.

eupraxie [øpraksi] n. f. (gr. eupraxia,


bonheur, succès, bonne conduite, dér.
de eupraktos, qui réussit, de eu, bien, et
prassein, prattein, faire ; milieu du XXe s.).
Adaptation exacte des mouvements à un
but déterminé.

eurafricain, e [ørafrikɛ̃, -ɛn] adj. (de


Eurafrique, comprise par troncation de
Europe et de Afrique, sur le modèle de
eurasien [v. ce mot] ; milieu du XXe s.).
Relatif à l’Eurafrique ; qui concerne à la
fois l’Europe et l’Afrique.

eurasien, enne [ørazjɛ̃, -ɛn] adj. et n.


(de Eur[ope] et de Asie ; 1865, Littré). Qui
est né d’un Européen et d’une Asiatique ;
se dit surtout des métis du Viêtnam, de
l’Inde et de l’Indonésie : Une face longue et
basanée d’Eurasien (Fauconnier).

eurêka ! [øreka] interj. (gr. hêurêka,


« j’ai trouvé », parfait de l’indic. de heuris-
kein, trouver, découvrir ; milieu du XIXe s.,
Baudelaire). Exclamation d’Archimède
découvrant dans son bain la loi connue
sous le nom de « principe d’Archimède »,
et employée, auj., lorsqu’on trouve brusque-
ment une solution à un problème.

euristique adj. et n. f. V. HEURISTIQUE.

euro- [ørɔ], premier élément de com-


position qui résulte de la troncation de la
consonne finale de Euro[pe].

eurocrate [ørɔkrat] n. m. (de euro- et de


[techno]crate ; v. 1965). Péjor. Fonctionnaire
appartenant aux cadres des institutions
européennes.

eurodevise [ørɔdəviz] n. f. (de Euro[pe]


et de devise ; v. 1965). Monnaie d’un pays
quelconque de l’Europe occidentale dans
laquelle est émis un emprunt d’un autre pays.

eurodollar [ørɔdɔlar] n. m. (de Euro[pe]


et de dollar ; v. 1965). Dollar américain
placé à court terme en Europe.

euromarché [ørɔmarʃe] n. m. (de Euro-


et de marché ; v. 1965). Marché commun
constitué par les pays de la Communauté
économique européenne.

européa nisation [ørɔpeanizasjɔ̃]


n. f. (de européaniser ; XXe s.). Action
d’européaniser ; résultat de cette action :
L’européanisation de la question allemande.
• REM. On a employé anciennement le
terme EUROPÉISATION (XXe s.).

européaniser [ørɔpeanize] v. tr. (de


européen ; 1830, la Mode, au sens 1 ; sens
2, v. 1960). 1. Façonner, convertir aux
moeurs de l’Europe : Dans l’homme euro-
péanisé vibre une intonation du bord du Nil
(Goncourt). Il aurait fallu, au lieu de ména-
ger l’ennemi, laisser faire Mangin, abattre
l’Autriche et l’Allemagne et européaniser
la Turquie (Proust). ‖ 2. Considérer une
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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1746

question d’ordre politique ou économique


à l’échelle de l’Europe.

• REM. On a dit aussi EUROPÉISER (XXe s.).

européanisme [ørɔpeanism] n. m. (de


européen ; début du XIXe s. au sens
1 ; sens 2, v. 1955). 1. Caractère euro-
péen : L’européanisme de la politique de
Napoléon Ier. ‖ 2. Doctrine des partisans de
la constitution d’une Europe unie.

européen, enne [ørɔpeɛ̃, -ɛn] adj. et n.


(de Europe, n. géogr., lat. Europa, Europe ;
av. 1778, J.-J. Rousseau). Qui se rapporte
à l’Europe : Les grandes voies de commu-
nication européennes. ‖ Habitant ou ori-
ginaire de ce continent : Les populations
européennes. Les Européens.

& adj. (sens 1, 1857, Fromentin ; sens 2, v.


1950). 1. Qui est fréquenté, peuplé par des
Européens : Il y a deux villes dans Alger :
la ville française ou, pour mieux dire, euro-
péenne (Fromentin). ‖ 2. Qui se rapporte à
la communauté économique ou politique
de l’Europe unifiée : Le marché européen.
La Communauté européenne du char-
bon et de l’acier. Un parlement européen.
‖ Partisan de l’Europe unifiée : Un homme
politique très européen.

& À l’européenne loc. adv. À la façon des


Européens ; à la mode de l’Europe.

européennement [ørɔpeɛnmɑ̃] adv.


(de européen ; 1833, Th. Gautier, aux sens
1-2 ; sens 3, v. 1960). 1. À la manière des
Européens : Fortunio se conduisait avec
elle plus européennement qu’avec toutes
les autres femmes (Gautier). ‖ 2. Par
toute l’Europe ; par tous les Européens :
La terrasse des Feuillants et le bois des mar-
ronniers du côté de l’eau étant si européen-
nement reconnus comme lieux solitaires que
l’on n’y peut faire trois pas sans marcher sur
les pieds de quelqu’un (Gautier). ‖ 3. En
conformité avec l’idéal d’une Europe uni-
fiée : Penser européennement.

européisation n. f., européiser v. tr.

V. EUROPÉANISATION, EUROPÉANISER.

europium [ørɔpjɔm] n. m. (de Europe, n.


géogr., début du XXe s.). En chimie, métal
(symb. : Eu) du groupe des terres rares,
de numéro atomique 63 et de masse ato-
mique 152.

Eurovision [ørɔvizjɔ̃] n. f. (abrév. de


[Union]euro[péenne de radiodiffusion et
de télé]vision ; 1954). Organisme inter-
national chargé de coordonner entre les
pays d’Europe occidentale les échanges
d’émissions radiodiffusées et télévisées.

eury- [øri], élément tiré du gr. eurus, large,


et entrant dans la composition de quelques
mots savants.

euryalique [ørjalik] adj. (probablem. dér.


savant du gr. eurualos, dont l’aire est vaste,
large, de eurus, large, et halôs, aire ; 1870,
Larousse). En métrique ancienne, se disait

de pièces de vers où chaque vers avait une


syllabe de plus que le vers précédent.

eurybathe [øribat] adj. (de eury- et de


-bathe, gr. bathos, profondeur [de bathus,
profond] ; milieu du XXe s.). En biologie, se
dit d’une espèce qui résiste à des change-
ments importants de la profondeur de l’eau.
• CONTR. : sténobathe.

eurycéphale [ørisefal] adj. (du gr. eurus,


large, et kephalê, tête ; 1877, Littré). En
anthropologie, se dit d’un crâne dont le
diamètre transverse se rapproche du dia-
mètre antéropostérieur.

& n. m. (XXe s.). Individu qui possède ce


caractère.

eurycéphalie [ørisefali] n. f. (de eury-


céphale ; 1877, Littré). En anthropologie,
caractère des individus eurycéphales.
eurychorique [ørikɔrik] adj. (du gr.
eu rukhoros ou -khôros, au vaste emplace-
ment, de eurus, large, et de khôra, espace
de terre, place, emplacement ; milieu du
XXe s.). Se dit de plantes qui ont une aire
de répartition très vaste.

• REM. On dit aussi EURYTOPE (de eury-


et de -tope, gr. topos, espace de terrain,
emplacement ; milieu du XXe s.).

eurygnathe [ørignat] adj. et n. (de eury-


et de -gnathe, gr. gnathos, mâchoire ; 1877,
Littré). En anthropologie, se dit de races
qui ont un visage large aux pommettes
saillantes : Un type eurygnathe. Les
Mongols sont des eurygnathes.

euryhalin, e [ørialɛ̃, -in] adj. (de eury- et


du gr. hals, halos, sel ; début du XXe s.). En
biologie, se dit des animaux capables de
supporter une grande variation de salinité
du milieu marin.

• CONTR. : sténohalin.

euryhalinité [ørialinite] n. f. (de euryha-


lin ; milieu du XXe s.). Faculté des animaux
qui résistent aux variations de salinité de
l’eau de mer.

euryprosope [øriprɔzɔp] adj. (de eury- et


du gr. prosôpon, face, figure, de pros, vers,
devant, contre, et de ôps, vue, visage ; milieu
du XXe s.). En anthropologie, se dit des races
humaines dont le trait caractéristique est
une grande largeur du front par rapport à
la largeur maximale de la tête.

euryprosopie [øriprɔzɔpi] n. f. (de eury-


prosope ; milieu du XXe s.). Caractère des
individus ou des races euryprosopes.

eurytherme [øritɛrm] adj. et n. (du gr.


eurus, large, et thermos, chaud, ou ther-
mon, chaleur [neutre substantivé de l’adj.
thermos] ; 1906, Larousse). En biologie,
se dit des organismes peu sensibles aux
variations thermiques.

• CONTR. : sténotherme.

eurythermie [øritɛrmi] n. f. (de eury-


therme ; XXe s.). En biologie, propriété

de certains organismes de supporter des


variations importantes de température
interne.

eurythmie [øritmi] n. f. (lat. eurhythmia,


harmonie dans un ensemble, gr. euruthmia,
mouvement bien rythmé, proportion har-
monieuse, dér. de euruthmos, bien rythmé,
bien proportionné, de eu, bien, et rhuth-
mos, mouvement réglé et mesuré, propor-
tions régulières ; 1547, J. Martin, au sens
1 [à propos d’un ouvrage d’architecture ;
pour des sons, 1845, Bescherelle] ; sens 2,
1793, Lavoisien ; sens 3, 1907, Larousse).
1. Combinaison harmonieuse des lignes,
des sons, des formes ou des mouve-
ments : L’accord et l’eurythmie d’une figure
(Goncourt). Un certain besoin de nombre,
une complaisance à l’eurythmie courbe
mon style. Je voudrais moins de polissure ;
plus de cassure et d’accent (Gide). ‖ 2. En
médecine, parfaite régularité du pouls.
‖ 3. Fig. Juste équilibre des facultés chez
un individu.

eurythmique [øritmik] adj. (de euryth-


mie ; 1842, Acad.). Qui a de l’eurythmie, qui
présente un rythme régulier ou une har-
monie parfaite : La douce majesté et l’ordre
eurythmique de Raphaël (Baudelaire).

• SYN. : cadencé, harmonieux.

eurytope adj. Syn. de EURYCHORIQUE.

euskara [øskara] ou euskera [øskera]


n. m. Nom par lequel les Basques désignent
leur langue. (On dit aussi ESKUARA.)

euskarien, enne [øskarjɛ̃, -ɛn] adj. (du


basque euskara, langue basque ; 1897, Loti).
Qui est propre au Pays basque : Cette mys-
térieuse langue euskarienne (Loti).

• REM. On écrit aussi EUSCARIEN, ENNE


(XXe s.).

eustache [østaʃ] n. m. (peut-être du pré-


nom de Eustache Dubois, coutelier à Saint-
Etienne au XVIIIe s. ; 1785, G. Esnault, dans
le franç. régional de SaintEtienne ; 1789,
Encycl. méthodique, en franç. central). Vx et
fam. Couteau de poche grossier, à manche
de bois et à lame unique : Sa veste de coton-
nade bleue [...], toujours grosse d’un mou-
choir, d’un eustache, d’un fruit (Balzac).
Un de ces couteaux de pâtre qu’on nomme
des eustaches (Theuriet).

eustatique [østatik] adj. (allem. eu-


statische [Bewegungen], « [mouvements]
eustatiques » [début du XXe s.], du gr. eu,
bien, et stasis, place où quelque chose se
tient ; début du XXe s.). En géologie, qui se
rapporte à l’eustatisme. ‖ Mouvement eus-
tatique, changement du niveau des océans.

eustatisme [østatism] n. m. (de eusta-


tique ; XXe s.). En géologie, variation du
niveau général des océans.

eutectique [øtɛktik] adj. (du gr. eutêktos,


qui fond aisément, de eu, bien, et têkein,
se liquéfier, fondre ; 1906, Larousse, aux
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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1747

sens 1-2). 1. En physique, relatif à l’eutexie.


‖ 2. Se dit de mélanges solides dont la
fusion se fait à une température constante.

eutélie [øteli] n. f. (de eu- et du gr. telos,


accomplissement, achèvement ; XXe s.).
En biologie, développement équilibré des
divers organes.

eutexie [øtɛksi] n. f. (gr. eutêxia, pro-


priété de se fondre aisément, de eutêktos [v.
EUTECTIQUE] ; 1922, Larousse). Phénomène
présenté par des mélanges solides dont la
fusion se fait à température constante,
comme celle des corps purs.

euthanasie [øtanazi] n. f. (gr. eutha-


nasia, mort douce et facile, de eu, bien, et
thanatos, mort ; 1771, Trévoux, au sens 1 ;
sens 2, milieu du XXe s.). 1. Vx. Mort douce,
sans souffrance. ‖ 2. Méthode qui pro-
cure une mort sans souffrance à un malade
agonisant ou frappé d’une douloureuse
maladie incurable.

euthanasique [øtanazik] adj. (de eutha-


nasie ; milieu du XXe s.). Qui a rapport à
l’euthanasie ; qui permet de donner une
mort douce : Une piqûre euthanasique.

eutocie [øtɔsi] n. f. (gr. eutokia, enfante-


ment heureux, dér. de eutokos, qui enfante
heureusement ou facilement, de eu, bien,
et tiktein, enfanter ; 1878, Larousse).
Accouchement normal.

• CONTR. : dystocie.

eutocique [øtɔsik] adj. (de eutocie ; XXe s.,


aux sens 1-2). 1. Se dit de l’accouchement
normal. ‖ 2. Qui favorise l’accouchement
normal.

eutrophie [øtrɔfi] n. f. (gr. eutrophia,


action de bien nourrir, état d’un être bien
nourri, bonne constitution, de eutrophos,
nourrissant, bien nourri, de eu, bien, et
trephein, nourrir ; 1865, Littré). En phy-
siologie, bon état de nutrition.

• CONTR. : malnutrition.

eutrophique [øtrɔfik] adj. (de eutrophie ;


XXe s., aux sens 1-2). 1. Se dit des organes
ou organismes en état d’eutrophie. ‖ 2. Se
dit de substances qui permettent d’obtenir
cet état : Les vitamines sont eutrophiques.

eux [ø] pr. pers. m. pl. (lat. illos, accus.


masc. plur. de ille, celui-là ; v. 980, Fragment
de Valenciennes, écrit eus, els [eux, XIVe s.],
aux sens 1-2 ; sens 3, XVIe s.). 1. Pronom
sujet accentué de la 3e personne, qui se
réfère aux personnes dont on parle, et
qui s’emploie comme sujet unique : Nous
l’avons appris, mais eux n’en savent rien.
Toi et moi, nous y allons, eux resteront ici.
Vous travaillez, eux se reposent. ‖ Peut
s’employer comme forme accentuée du
sujet reprenant un sujet déjà exprimé : Ils
le savent bien, eux. ‖ 2. La forme eux est
employée aussi comme complément pré-
positionnel : Nous ne sommes pas contents
d’eux. Sans eux, tout l’appartement aurait

été incendié. ‖ 3. Peut être renforcé par


mêmes, seuls, tous, aussi, etc. : Eux seuls
pourront vous raconter ce qui est arrivé.
Eux tous tant qu’ils étaient ne se rendaient
pas compte de la situation. ‖ Eux-mêmes,
ces personnes-là et non pas d’autres : C’est
eux-mêmes qui l’affirment ; de leur propre
mouvement : Les coupables se trahissent
souvent eux-mêmes ; en personne : Ils vien-
dront eux-mêmes vous le dire.

• REM. 1. La loc. eux autres, « ces gens-là


dont on parle », autrefois usitée, est au-
jourd’hui populaire : Eux autres, qu’est-ce
qu’ils ont fait ?

2. Eux peut être renforcé par un nombre


cardinal après la préposition à ou pour :
À eux deux ils viendront à bout de cette
tâche. On leur avait offert ce cadeau pour
eux deux.

3. Ce sont eux. C’est eux. Quand l’attribut


est le pronom personnel de la 3e personne
du pluriel eux, le verbe être, après ce, se
met normalement au pluriel, surtout
quand eux n’est pas suivi d’une relative :
Ce sont eux, j’en suis sûr. Ce sont eux
qui seront plus tard écoutés (Gide). Mais
de grands auteurs emploient aussi c’est :
C’est eux qui l’ont construit (Giraudoux).
C’est eux qui ne valent rien (Bernanos).
À la forme négative et interrogative on
emploie le plus souvent c’est : Ce n’est pas
eux. Est-ce bien eux ?

E. V. (XXe s.), abrév. de EN VILLE sur les


adresses de lettres non affranchies remises
directement chez le destinataire sans passer
par l’administration des postes.

évacuateur, trice [evakɥatoer,


-tris] adj. (dér. savant de évacuer ; 1826,
Brillat-Savarin). Qui permet d’évacuer ;
qui favorise l’évacuation : Appareils com-
pensateurs, évacuateurs d’énergie (Valéry).
& évacuateur n. m. (1er juill. 1876, Journ.
officiel). Système de vannes permettant
l’évacuation des eaux d’un récipient quel-
conque. ‖ Évacuateur de crues, dispositif
assurant l’évacuation des eaux en excédent
d’un barrage.

évacuatif, ive [evakɥatif, -iv] adj. (lat.


scientif. médiév. evacuativus, de evacua-
tum, supin de evacuare [v. ÉVACUER] ;
v. 1560, Paré, comme n. m. [médecine
évacuative, XIVe s., Gordon]). Vx. Se disait
d’un médicament propre à faire évacuer
des matières accumulées dans une partie
du corps.

• REM. On a dit aussi ÉVACUANT, ANTE


(1752, Trévoux).

évacuation [evakɥasjɔ̃] n. f. (bas lat.


médic. evacuatio, action de vider, éva-
cuation, de evacuatum, supin de evacuare
[v. ÉVACUER] ; 1314, Mondeville, au sens
1 ; sens 2, 1870, Larousse ; sens 3, 1690,
Furetière ; sens 4, 1762, d’Alembert).
1. Rejet par les voies naturelles ou arti-
ficielles de matières nuisibles ou trop

abondantes, accumulées dans une partie


du corps : Évacuation par haut et par bas.
L’évacuation du pus d’un furoncle. ‖ 2. Par
extens. Action de vider, d’écouler les eaux
retenues dans un lieu : L’évacuation des
eaux usées par les égouts. ‖ 3. Retrait
de troupes, le plus souvent ordonné et
volontaire, d’une ville, d’une région ou
d’un pays où elles s’étaient in stallées :
L’évacuation de l’Égypte serait un désastre
militaire (France). ‖ Spécialem. En temps
de guerre, repli vers l’arrière des blessés et
des malades ou du matériel. ‖ 4. Action de
faire sortir rapidement d’un lieu un assez
grand nombre de personnes, à la suite
d’une décision de l’autorité ou en raison
des circonstances : Des issues de secours
sont prévues dans les salles publiques pour
permettre une évacuation rapide en cas de
sinistre.

• SYN. : 1 dégorgement, écoulement, excré-


tion, expulsion ; 2 déversement, écoule-
ment ; 3 abandon, repli.

& évacuations n. f. pl. (1690, Furetière).


Matières évacuées, en particulier les
matières fécales.

• SYN. : déjections.

évacué, e [evakɥe] n. (part. passé sub-


stantivé de évacuer ; début du XXe s., aux
sens 1-3). 1. En temps de guerre, habitant
d’une zone de combat contraint à quitter
son domicile. ‖ 2. Habitant d’une zone
dangereuse que l’on fait partir pour une
région à l’abri du danger : Les évacués d’une
contrée menacée par une éruption volca-
nique. ‖ 3. Spécialem. En temps de guerre,
personne blessée ou malade dirigée vers un
établissement ou une formation sanitaire :
Un soldat affairé remplissait les fiches, que
les évacués attachaient eux-mêmes à leur
capote (Dorgelès).

évacuer [evakɥe] v. tr. (lat. evacuare,


vider, de ex- [préf. à valeur intensive] et de
vacuare, même sens, dér. de vacuus, vide,
inoccupé ; XIIIe s., au sens 1 ; sens 2, 1870,
Larousse ; sens 3, 1690, Furetière ; sens 4,
fin du XVIIIe s., Brunot ; sens 5, 1890, Dict.
général). 1. Rejeter des matières accumu-
lées dans une partie du corps : Évacuer le
pus d’un abcès. Le fameux grain de sable
qui s’était mis dans l’urètre de Cromwell
en serait aujourd’hui promptement éva-
cué (Valéry). ‖ 2. Faire écouler, faire sortir
une substance liquide de son contenant :
Évacuer l’eau d’une citerne. ‖ 3. Cesser
d’occuper militairement une position,
un lieu ou un pays : L’extrémité de la rue
avait été évacuée par les troupes (Hugo).
‖ 4. Quitter en masse rapidement, par
mesure autoritaire, un lieu ou une région :
Cette fois le président eut beau menacer de
faire évacuer la salle, rien ne put contenir les
hurlements, les rugissements qui éclatèrent,
gagnèrent la rue, le cours, l’esplanade, rem-
plirent toute la ville (Daudet). ‖ 5. Faire
sortir des personnes d’un endroit où il
est interdit ou dangereux de rester : On
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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1748

évacuait les blessés susceptibles d’attendre


encore quelques heures les soins nécessaires
(Duhamel).

• SYN. : 1 éliminer, excréter, expulser ; 2


vidanger, vider ; 3 abandonner, se replier,
se retirer.

évadé, e [evade] adj. et n. (part. passé de


[s’]évader ; fin du XVIIe s.). Qui s’est échappé
de l’endroit où il était détenu : Rechercher
un criminel évadé. On a rattrapé les évadés.
& évadé n. m. (début du XXe s.). Prisonnier
de guerre qui a réussi à s’échapper d’un
camp ou d’un pays belligérant où il était
interné. ‖ Médaille des évadés, décoration
française pour récompenser les actes ou
tentatives d’évasion accomplis par les pri-
sonniers de guerre lors de la Première et
de la Seconde Guerre mondiale.

évader [evade] v. intr. (lat. evadere, sortir


de, s’échapper de, de ex-, préf. marquant le
mouvement de l’intérieur vers l’extérieur, et
de vadere, marcher, aller, s’avancer ; v. 1398,
le Ménagier de Paris [évader à, « échapper
à », v. 1354, Modus]). Class. Partir, s’échap-
per furtivement : Nous nous amusons trop,
il est temps d’évader (Corneille).

& s’évader v. pr. (sens 1-2, 1690, Furetière ;


sens 3, 1873, Rimbaud ; sens 4-5, 1668,
Molière). 1. En parlant d’un être animé,
se sauver, s’échapper furtivement d’un
lieu où il était retenu captif : Un cygne
qui s’était évadé de sa cage (Baudelaire).
L’endroit eût été propice pour attendre la
nuit et s’évader (Hugo). ‖ 2. Se retirer fur-
tivement, sans attirer l’attention : S’évader
d’une réception. Il s’évada d’eux d’un geste
agile (Verlaine). ‖ 3. Fig. Échapper volon-
tairement à la contrainte, à l’emprise d’une
chose : S’évader des soucis quotidiens.
L’imagination s’évade du réel. ‖ 4. Class.
Se tirer d’embarras par un subterfuge, une
échappatoire : Fourbe, tu crois par là peut-
être t’évader (Molière). ‖ 5. Class. et fig.
En parlant d’une chose, se dissiper : Mais
enfin, dans l’obscurité, | Je vois notre maison
et ma frayeur s’évade (Molière).

• SYN. : 1 s’échapper, s’enfuir, fuir, se sau-


ver ; 2 se carapater (pop.), se défiler (fam.),
s’éclipser, s’esquiver.

évagation [evagasjɔ̃] n. f. (lat. evagatio,


évagation [evagasjɔ̃] n. f. (lat. evagatio,
action d’errer, de evagatum, supin de eva-
gare [v. S’ÉVAGUER] ; XVe s., Godefroy). En
théologie, distraction de l’esprit qui erre
loin de l’objet auquel il devrait s’attacher :
Cette évagation qui détachait son esprit de
l’idée (Huysmans).

évagination [evaʒinasjɔ̃] n. f. (de é- [lat.


ex-, préf. marquant le mouvement de l’inté-
rieur vers l’extérieur] et de [in]vagination
[v. ce mot] ; 1877, Littré). En pathologie,
sortie d’un organe hors de sa gaine.

évaguer (s’) [sevage] v. pr. (lat. evagare


ou evagari, courir çà et là, se répandre au
loin, s’étendre, se propager, de ex-, préf.
à valeur intensive, et de vagare ou vagari,

aller çà et là, se répandre, s’étendre au loin,


dér. de vagus, vagabond, errant ; 1549,
R. Estienne, comme v. intr., au sens de
« aller à l’aventure » ; comme v. pr., au sens
actuel, fin du XIXe s., Huysmans). En parlant
de quelqu’un ou de l’esprit de quelqu’un,
se distraire, se perdre en errant loin de
l’objet auquel il devrait s’attacher (rare) :
Elle ne pouvait réciter le credo sans s’éva-
guer (Huysmans).

évaltonné, e [evaltɔne] adj. et n. (part.


passé de s’évaltonner ; 1865, Littré). Vx et
littér. Se dit d’une personne trop libre dans
ses manières, désinvolte : On a vite la répu-
tation d’une évaltonnée et d’une fille mal
élevée (Theuriet).

évaltonner (s’) [sevaltɔne] v. pr. (de é-


[lat. ex-, préf. à valeur intensive] et de
l’anc. franç. valetun, garçon, jeune homme
[v. 1138, Gaimar], petit domestique
[XIIIe s., Godefroy], dimin. de valet ; 1562,
J. Grévin, au sens de « s’échapper, agir libre-
ment » ; sens moderne, 1740, Acad.). Vx.
S’émanciper : M. de Breteuil a commencé
à s’évaltonner (d’Argenson).

évaluable [evalɥabl] adj. (de évaluer ;


1845, Bescherelle). Que l’on peut évaluer :
Des dégâts facilement évaluables.

• SYN. : calculable, chiffrable, mesurable,


nombrable.

évaluateur [evalɥatoer] n. m. (de éva-


luer ; av. 1865, Proudhon). Ce qui sert à
déterminer la valeur des choses : Le métal
est toujours pris pour évaluateur commun
des produits (Proudhon).

évaluation [evalɥasjɔ̃] n. f. (de évaluer ;


évaluation [evalɥasjɔ̃] n. f. (de évaluer ;
v. 1361, Oresme, au sens 1 ; sens 2, 1691,
Ozanam). 1. Action de déterminer la valeur
ou l’importance d’une chose : Procéder
à l’évaluation des biens d’une personne.
‖ 2. Quantité, valeur ainsi évaluée : Le
plus modéré des chiffres que donnent les
évaluations de la science (Hugo).

• SYN. : 1 dénombrement, estimation, exper-


tise, inventaire, mesure.

évaluer [evalɥe] v. tr. (de é- [lat. ex-,


préf. à valeur intensive] et de l’anc. franç.
value, valeur, prix [v. 1180, Godefroy], part.
passé fém. substantivé de valoir [évaluer a
concurrencé puis éliminé avaluer, « fixer la
valeur de » — XIIIe-XVIIe s. —, composé avec
le préf. a-, lat. ad-] ; milieu du XIVe s., au sens
1 ; sens 2, 1870, Larousse ; sens 3, av. 1865,
Proudhon ; sens 4, av. 1794, Chamfort).
1. Déterminer la valeur, le prix d’un être,
d’une chose, d’un service qui peut être
monnayé : Évaluer un cheval de course, un
tableau, une collaboration à un ouvrage.
‖ 2. Déterminer approximativement une
quantité : Évaluer une foule de manifes-
tants, la population d’une ville. ‖ 3. Évaluer
à tant une chose, en fixer approximative-
ment le prix, le temps, le nombre, etc. : On
reste au-dessous de la vérité en évaluant à
25 millions la part de perte de Paris dans le

demi-milliard que la France refuse annuel-


lement (Hugo). Évaluer à deux années le
temps nécessaire à la construction d’un
monument. ‖ 4. Fig. Apprécier : Évaluer les
risques d’une initiative. Évaluer le niveau
de connaissances d’un candidat. Évaluer
l’importance d’un événement.

• SYN. : 1 coter, estimer, jauger, mesurer,


supputer ; 2 calculer, chiffrer, nombrer ; 4
juger, peser.

évanescence [evanɛsɑ̃s] n. f. (de évanes-


cent ; 1877, Littré). Qualité, état de ce qui est
évanescent : L’évanescence des souvenirs.

évanescent, e [evanɛsɑ̃, -ɑ̃t] adj. (lat.


evanescens, -entis, part. prés. de evanes-
cere, s’évanouir, disparaître, se dissiper,
se perdre, s’évaporer, de ex-, préf. à valeur
intensive, et de vanescere, se dissiper, s’éva-
nouir, dér. de vanus, vide, vain, sans consis-
tance ; début du XIXe s., au sens 1 ; sens 2,
XXe s. ; sens 3, 1877, Littré). 1. En botanique,
se dit du nectaire, qui finit par disparaître
quand le fruit se développe. ‖ 2. En pho-
nétique, se dit d’un phonème qui s’amuït.
‖ 3. Littér. Qui disparaît par degrés, qui
s’efface peu à peu ; qui ne dure pas : Elle
regardait vers le choeur, dont les murailles
sont ornées de peintures évanescentes, naï-
vement azurées (Duhamel).

évangéliaire [evɑ̃ʒeljɛr] n. m. (lat. ecclés.


du Moyen Âge evangeliarium, de evange-
lium [v. ÉVANGILE] ; 1721, Trévoux). Livre
qui contient les Évangiles de toutes les
messes de l’année.

évangélique [evɑ̃ʒelik] adj. (lat. ecclés.


evangelicus, évangélique, gr. ecclés. euag-
gelikos, qui concerne les évangiles, dér. de
euaggelion [v. ÉVANGILE] ; fin du XIVe s.,
Ph. de Maizières, aux sens 1-2 ; sens 3,
XVe s., La Curne). 1. Qui se rapporte à
l’Évangile ; qui est contenu dans l’Évan-
gile : Ils couvrent de leur bave honneur,
droit, république, | La charte populaire et
l’oeuvre évangélique (Hugo). Ce nouvel art
d’aimer consomme énormément de paroles
évangéliques à l’oeuvre du diable (Balzac).
Parabole évangélique. ‖ 2. Conforme à
la doctrine, aux préceptes de l’Évangile :
Rome est remontée à cette pauvreté évan-
gélique qui faisait tout son trésor dans les
anciens jours (Chateaubriand). ‖ 3. Qui
appartient à la religion réformée : Une
église de Saint-Florin, convertie en magasin
de fourrage par les Français, aujourd’hui
église évangélique (Hugo).

évangéliquement [evɑ̃ʒelikmɑ̃] adv.


(de évangélique ; XVIe s., Godefroy). D’une
manière conforme à la doctrine ou à l’esprit
de l’Évangile : Vivre évangéliquement.

évangélisateur, trice [evɑ̃ʒelizatoer,


-tris] adj. (bas lat. ecclés. evangelizator, pré-
dicateur de l’Évangile [de evangelizatum,
supin de evangelizare, v. ÉVANGÉLISER],
ou dér. franç. de évangéliser ; XXe s.). Qui
évangélise : Une mission évangélisatrice.
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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1749

& n. (1877, Littré). Personne qui prêche


l’Évangile, notamment à ceux qui ne
connaissent pas la doctrine du Christ.

évangélisation [evɑ̃ʒelizasjɔ̃] n. f.
(de évangéliser ; 1870, Larousse). Action
d’évangéliser ; résultat de cette action :
L’évangélisation de l’Afrique noire.

évangéliser [evɑ̃ʒelize] v. tr. (bas lat.


évangéliser [evɑ̃ʒelize] v. tr. (bas lat.
ecclés. evangelizare, prêcher l’Évangile,
évangéliser, gr. euaggelizein, annoncer une
bonne nouvelle, et, dans la langue ecclés.,
« prêcher la bonne nouvelle, l’Évangile »,
dér. de euaggelion [v. ÉVANGILE] ; XIIIe s.,
Littré). Prêcher l’Évangile à ; convertir au
christianisme par la prédication : Solide
grand garçon qui se destinait aux missions
étrangères et, en attendant d’aller évan-
géliser les Bassoutos, s’entraînait violem-
ment, grimpait aux pics, montait à cheval,
sablait le champagne suisse et yaudlait à
toute gorge comme un pâtre de l’Oberland
(Daudet).

• SYN. : christianiser.

évangélisme [evɑ̃ʒelism] n. m. (de évan-


géliste ; 1865, Littré, au sens 3 ; sens 1, XXe s. ;
sens 2, 1870, Larousse). 1. Doctrine consis-
tant à tout ramener à l’Évangile ou à tout
expliquer par lui. ‖ 2. Doctrine de l’Église
évangélique. ‖ 3. Caractère évangélique ;
conformité à l’Évangile : Tu feras un acte
de haut évangélisme (Flaubert).

évangéliste [evɑ̃ʒelist] n. m. (bas lat.


ecclés. evangelista, évangéliste, gr. euagge-
listês, qui annonce de bonnes nouvelles, et,
dans la langue ecclés., « qui prêche la bonne
nouvelle, l’Évangile », dér. de euaggelizein
[v. ÉVANGÉLISER] ; v. 1190, Sermons de saint
Bernard, écrit euvangeliste [evangelistre
— d’après apostre, forme anc. de apôtre
—, XIIIe s., Rutebeuf ; évangéliste, XVIe s.],
au sens 1 ; sens 2, 1865, Littré). 1. Auteur
d’un des quatre Évangiles canoniques : Les
quatre évangélistes sont Matthieu, Marc,
Luc et Jean. ‖ 2. Dans certaines églises
protestantes, prédicateur laïc qui peut
être chargé parfois de toutes les fonctions
pastorales.

& n. (1883, A. Daudet). Adepte de


l’évangélisme.

& adj. (1883, A. Daudet). Qui se rattache à


l’Église réformée : [Elle] tâchait, à la sortie
des classes évangélistes, de reprendre ses
élèves (Daudet).

évangile [evɑ̃ʒil] n. m. (lat. ecclés. evan-


gelium, l’Évangile, gr. euaggelion, récom-
pense, action de grâces, sacrifice offert pour
une bonne nouvelle, bonne nouvelle, et,
dans la langue ecclés., « parole de Jésus-
Christ, Évangile », dér. de euaggelos, qui
apporte une bonne nouvelle, de eu, bien,
et aggelos, messager, message, nouvelle ;
v. 1174, E. de Fougères, aux sens 2-3 ; sens
1, 1672, Sacy ; sens 4, 1610, Béroalde de
Verville ; sens 5, 1690, Furetière ; sens
6, 1689, Mme de Sévigné ; sens 7, fin du

XVIIe s., Bossuet). 1. Doctrine enseignée


par le Christ et propagée par les Apôtres :
L’Évangile prêche le pardon des offenses et
non la révolte. ‖ 2. Ensemble des livres qui
contiennent la doctrine du Christ : Il n’y a
point de vérité morale ou politique qui ne
soit en germe dans un verset de l’Évangile
(Lamartine). L’Évangile est un petit livre
tout simple, qu’il faut lire tout simplement
(Gide). ‖ Par extens. et fam. Croire une
chose comme l’Évangile, y croire ferme-
ment, la tenir pour vérité absolue. ‖ Parole
d’évangile, se dit de toute affirmation, de
tout propos d’une vérité certaine, absolue
et indiscutable. ‖ 3. Chacun des quatre
livres qui composent cet ensemble : Nous
nous étions procuré les Évangiles dans le
texte de la Vulgate et en savions par coeur de
longs passages (Gide). L’Évangile selon saint
Jean. Les quatre Évangiles. ‖ 4. Passage des
Évangiles que le prêtre ou le diacre lit pen-
dant la messe. ‖ Par extens. Le moment de
la messe où se fait la lecture d’un passage de
l’Évangile : Arriver après l’évangile. ‖ Côté
de l’Évangile, le côté gauche de l’autel par
rapport au prêtre qui officiait le dos tourné
aux fidèles. ‖ 5. Vx. Lire l’évangile, don-
ner l’évangile à quelqu’un, se dit du prêtre
qui lit un évangile en plaçant un bout de
son étole sur la tête de celui qu’il bénit.
‖ 6. L’évangile du jour, la grande nouvelle :
Voilà, ma chère bonne, l’évangile du jour
(Sévigné). ‖ 7. Fig. Document, texte qui
sert de fondement à une doctrine ou qui
prend une valeur de dogme, de règle sacrée
et immuable : Cette lettre était devenue
l’évangile de la famille.On la lisait à tout
propos, on la montrait à tout le monde
(Maupassant). « Mein Kampf » était l’évan-
gile du nazisme.

• SYN. : 6 bible, catéchisme, code, credo.

• REM. 1. Le mot pouvait être indifférem-


ment masculin ou féminin au XVIIe s.

2. Le mot s’écrit avec une majuscule dans


les emplois où il s’agit du texte sacré.

évanoui, e [evanwi] adj. (part. passé de


s’évanouir). 1. Se dit d’un être qui a perdu
connaissance : Personne ne vit Jean Valjean
soutenant dans ses bras Marius évanoui
(Hugo). ‖ 2. Se dit d’une chose qui a dis-
paru dans le temps : Les symboles vains
d’un âge évanoui (France).

• SYN. : 1 pâmé ; 2 envolé, perdu.

évanouir (s’) [sevanwir] v. pr. (altér.,


d’après la forme lat. evanuit [parfait de
evanescere], de la phrase Et ipse evanuit
ex oculis, « Et lui-même [= Jésus-Christ
qui était apparu à deux de ses disciples à
Emmaüs] disparut à leurs yeux » [Luc, XXI,
31], de l’anc. franç. esvanir, s’évanouir [v.
1160, Benoît de Sainte-Maure], lat. pop.
*exvanire, disparaître, lat. class. evanescere
[v. ÉVANESCENT], v. 1130, Eneas, au part.
passé, écrit esvanoïz, au sens de « disparu » ;
fin du XIIe s., Dialogues de saint Grégoire,
au sens 1, comme v. intr., écrit esvanoïr

[évanouir, XVIe s. ; comme v. pr., v. 1265,


J. de Meung] ; sens 2 [comme v. pr.], XIIIe s.,
Macchabées ; sens 3, v. 1361, Oresme).
[Conj. : v. finir.] 1. Perdre connaissance,
tomber en syncope : Elle s’est évanouie
en vous entendant dire que vous m’aimiez
(Musset). La puanteur était si forte, que
sur l’herbe | Vous crûtes vous évanouir
(Baudelaire). ‖ 2. Littér. Disparaître peu à
peu sans laisser aucune trace : [Le papillon
Amour] Va s’éblouir, hélas ! de visions ver-
meilles | Qui s’évanouiront dans le désert
des cieux (Leconte de Lisle). ‖ Cesser d’être
perceptible : Le pas sourd des sabots [...]
s’évanouissant progressivement dans la
nuit (Martin du Gard). ‖ 3. Littér. Cesser
d’être, perdre sa réalité, être effacé : Les
systèmes s’évanouissent devant les faits
(Chateaubriand). ‖ Faire place à, dispa-
raître au profit de : En Victor Hugo, le dra-
maturge s’évanouit devant le poète.

• SYN. : 1 défaillir, se pâmer ; 2 disparaître,


s’éclipser, s’effacer, s’estomper.

• REM. Au XVIIe s., ce verbe pouvait s’em-


ployer intransitivement : Il avait pensé
évanouir (La Rochefoucauld).

évanouissement [evanwismɑ̃] n. m.
(de [s’]évanouir [v. ce mot] ; v. 1175, Chr.
de Troyes, écrit esvanuiscement [évanouis-
sement, XVe s.], au sens 1 ; sens 2, XVe s.,
Littré). 1. Perte de connaissance, état de
celui qui est tombé en syncope : Il avait,
tout petit, des évanouissements, des convul-
sions, des vomissements quand il éprouvait
une contrariété (Rolland). Il paraissait,
aux sursauts de son corps, que ce n’était
point là un évanouissement ordinaire
(Gide). ‖ 2. Littér. Le fait de s’évanouir,
de disparaître : L’évanouissement de toute
cette friperie sentimentale et tarabiscotée
[...] l’épanouissait presque autant que
la clémence de sa femme (Daudet). Que
faut-il donc penser de l’évanouissement
de « vertu », puisque telle est la tendance
irréfutable de la langue vivante, et que telle
est la misérable condition où je trouve réduit
un mot qui fut des plus puissants et des plus
beaux d’entre les mots... ? (Valéry).

• SYN. : 1 défaillance, malaise, pâmoison,


syncope.

évaporable [evapɔrabl] adj. (de évapo-


rer ; 1624, Béguin). Qui peut s’évaporer, qui
peut être évaporé facilement : Une solution
évaporable.

évaporateur [evapɔratoer] n. m. (dér.


savant de évaporer ; XXe s., aux sens 1-3).
1. Dans l’industrie alimentaire, appareil
permettant d’évaporer l’eau contenue
dans divers produits naturels. ‖ 2. Dans la
marine, appareil chauffé à la vapeur et ser-
vant à distiller l’eau de mer. ‖ 3. Appareil
d’une installation frigorifique dans lequel
le fluide frigorigène s’évapore en produi-
sant du froid

évaporation [evapɔrasjɔ̃] n. f. (lat. eva-


poratio, évaporation, de evaporatum, supin
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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1750

de evaporare [v. ÉVAPORER] ; v. 1398, Somme


Me Gautier, écrit evaporacion ; évaporation,
v. 1560, Paré). Transformation d’un liquide
en vapeur : L’évaporation des eaux d’un lac
en été. ‖ Spécialem. Passage d’un liquide à
l’état de vapeur par ébullition.

évaporatoire [evapɔratwar] adj. (dér.


savant de évaporer ; v. 1398, Somme
Me Gautier, à propos d’un remède purgatif ;
sens actuel, 1865, Littré). En physique ou
dans l’industrie, qui est de nature à pro-
voquer l’évaporation.

évaporé, e [evapɔre] adj. et n. (part. passé


de évaporer ; début du XVIIe s., Brunot). Se
dit de quelqu’un qui a un caractère très
léger, qui se dissipe en actions frivoles :
La Périchole est au fond une bonne fille,
mais fort évaporée (Mérimée). C’est une
insolente ! une évaporée ! pire peut-être
(Flaubert). Cette Rachel m’a parlé de vous,
je la vois comme ça le matin aux Champs-
Élysées, c’est une espèce d’évaporée comme
vous dites, ce que vous appelez une dégrafée,
une sorte de « Dame aux camélias », au
figuré bien entendu (Proust).

• SYN. : écervelé, étourneau.

& adj. (av. 1704, Bourdaloue). Vx. Qui


manque de sérieux, de rigueur ; qui com-
porte du caprice et de la fantaisie : C’est
un tombeau en marbre noir et blanc, dans
le même goût évaporé et folâtre (Gautier).
Cette dame parisienne, ravissant échan-
tillon des grâces évaporées d’un salon
français, il la dotera malgré elle d’une cer-
taine lourdeur, d’une bonhomie romaine
(Baudelaire).

• SYN. : fantaisiste, fantasque, farfelu (fam.),


frivole, léger.

évaporer [evapɔre] v. tr. (lat. evaporare,


évaporer, disperser en vapeur, de ex-, préf. à
valeur intensive, et de vaporare, exhaler de
la vapeur, se vaporiser, remplir de vapeur,
dér. de vapor, vapeur d’eau, exhalaison ;
1655, Molière, au sens 2 ; sens 1, 1690,
Furetière ; sens 3, XXe s.). 1. Transformer,
résoudre en vapeur un liquide : Évaporer
du parfum. ‖ 2. Fig. et vx. Répandre au-
dehors, exhaler : Elle évaporait ce qui lui
restait d’ennui dans une espèce de cri fauve
(Daudet). ‖ 3. Pop. Dérober rapidement
et adroitement : Évaporer un portefeuille.
& s’évaporer v. pr. (sens 1 et 4, 1835, Acad. ;
sens 2, 1314, Mondeville ; sens 3, XXe s.).
1. Se transformer en vapeur : Il faut bou-
cher le flacon pour que l’essence ne s’évapore
pas. ‖ Par extens. S’exhaler en parfums :
Voici venir les temps où, vibrant sur sa
tige, | Chaque fleur s’évapore ainsi qu’un
encensoir (Baudelaire). ‖ 2. Se dissiper, dis-
paraître : Le brouillard s’évapore avec les
premiers rayons du soleil ; et au fig. : Leur
enthousiasme s’évaporait en phrases, et ils
n’en avaient plus pour risquer leur peau
(Taine). Que de fois mes désirs se sont éva-
porés comme des brumes (Gide). ‖ 3. Fam.
En parlant de quelqu’un, disparaître brus-

quement à l’insu des autres : « Où est-il ?

— Il s’est évaporé ». ‖ 4. Fig. et vx. Avoir


une conduite légère, perdre le sens de ses
responsabilités en se laissant aller à une vie
frivole : Ce jeune homme s’évapore.

• SYN. : 2 s’évanouir, se perdre ; 3 s’éclipser,


se volatiliser (fam.).
évasement [evɑzmɑ̃] n. m. (de évaser
[quoique le v. ne soit attesté que bien après
le n. m., v. l’art. suiv.] ; v. 1130, Eneas, écrit
esvasement, au sens de « état de ce qui
est évasé » ; écrit évasement, aux sens de
« action d’évaser » et « état de ce qui est
évasé », 1636, Monet). Action d’évaser (peu
usité) ; état de ce qui est évasé : L’évasement
d’un tuyau. ‖ Partie évasée d’une chose :
Les collines se bombent à leur faîte, épatent
leur base, se creusent à l’horizon dans un
évasement élargi (Flaubert).

• SYN. : élargissement. — CONTR. : étrangle-


ment, étrécissement, rétrécissement.

évaser [evɑze] v. tr. (de é-, es- [lat. ex-,


préf. marquant un mouvement de l’inté-
rieur vers l’extérieur], et du lat. vas, vasis,
vase, vaisseau, pot ; v. 1377, Modus, écrit
esvaser ; évaser, XVIIe s. [mot probablem.
bien antérieur au XIVe s., v. l’art. précéd.]).
Élargir à l’ouverture, à l’orifice : Évaser
un tube.

& s’évaser v. pr. (XVe s., Ordonnance royale).


S’ouvrir largement : La vallée s’évase encore
(Hugo). Le cône [de la coquille] s’allonge
ou s’aplatit, se resserre ou s’évase (Valéry).

évasif, ive [evazif, -iv] adj. (du radical


de évasion ; 1547, Budé, au sens 1 ; sens 2,
XXe s.). 1. Se dit de paroles, de manières
qui permettent d’échapper à une diffi-
culté, à une responsabilité en éludant la
question posée, en évitant de fournir la
précision attendue : Une réponse évasive.
Ses nouvelles manières froides et évasives
(Proust). Elle le remercia d’un sourire évasif
et d’une brève inclinaison de tête (Martin
du Gard). ‖ 2. Se dit de quelqu’un qui use
de ces paroles, de ces manières : Je lui ai
posé la question, mais il est resté très évasif.
• SYN. : ambigu, détourné, équivoque, réti-
cent, vague.

évasion [evazjɔ̃] n. f. (bas lat. evasio,


délivrance, de evasum, supin de evadere
[v. ÉVADER] ; XIIIe s., Godefroy, en astro-
nomie, à propos du mouvement d’une pla-
nète ; sens 1, av. 1679, Retz ; sens 2, début du
XXe s. ; sens 3, fin du XIVe s., E. Deschamps ;
sens 4, XXe s.). 1. Action de s’évader, fuite
furtive d’un lieu où l’on est retenu de force :
Un système de ligatures qui lui rendaient
toute évasion impossible (Hugo). ‖ 2. Fig.
Action d’échapper à une contrainte, à la
monotonie ou aux fatigues de la vie quo-
tidienne : Un roman qui offre quelques
heures d’évasion. J’éprouvai notamment
ce désir d’évasion un jour qu’ayant laissé
Albertine chez sa tante, j’étais allé à cheval
voir les Verdurin et que j’avais pris dans les
bois une route sauvage dont ils m’avaient

vanté la beauté (Proust). ‖ 3. Fig. et vx.


Moyen par lequel on élude une difficulté ;
échappatoire : Point d’évasion, Monsieur
(Beaumarchais). ‖ 4. Évasion fiscale, dis-
simulation d’une fraction de la masse des
revenus imposables. ‖ Évasion des capi-
taux, exportation ou maintien à l’étranger
de capitaux dont le propriétaire a moins
en vue leur investissement dans un autre
pays que leur protection contre la fiscalité,
la politique monétaire ou économique de
son propre pays.

• SYN. : 2 délassement, détente, distraction,


rêve, rêverie.

évasivement [evazivmɑ̃] adv. (de évasif ;


1787, Féraud). De façon évasive : Répondre
évasivement.

évasure [evɑzyr] n. f. (de évaser ; 1611,


Cotgrave). Ouverture plus ou moins large
d’un orifice (terme technique) : Mesurer
une évasure.

évêché [eveʃe] n. m. (de évêque, d’après


le bas lat. ecclés. episcopatus, épiscopat
[v. ÉPISCOPAT] ; XIIe s., Lois de Guillaume,
écrit evesqué [eveschié, v. 1265, J. de Meung ;
évêché, XVIIe s.], au sens 1 ; sens 2, av. 1613,
M. Régnier ; sens 3, 1870, Larousse ; sens
4, 1690, Furetière [« cathédrale », v. 1175,
Chr. de Troyes]). 1. Territoire soumis
à l’autorité d’un évêque (vieilli) : Cette
paroisse est située dans l’évêché d’Or-
léans. ‖ 2. Dignité épiscopale, fonction
d’évêque : Monsieur l’abbé, on dit par-
tout que vous serez appelé à l’évêché de
Tourcoing (France). ‖ 3. Ville où réside
l’évêque. ‖ 4. Palais épiscopal ; ensemble
des bureaux et services de l’administration
d’un diocèse : Être convoqué à l’évêché.

évection [evɛksjɔ̃] n. f. (lat. evectio, action


de s’élever en l’air, et, à basse époque, « per-
mission d’utiliser le transport par la poste
impériale », de evectum, supin la evehere,
emporter, élever, de ex-, préf. marquant un
mouvement d’éloignement, et de vehere,
porter, transporter ; v. 1361, Oresme, au
sens II ; sens I, 1870, Larousse).

I. Dans l’Antiquité romaine, droit ac-


cordé à quelqu’un par l’empereur ou
par quelque dignitaire d’exiger partout,
gratuitement, des chevaux de relais et le
logement.

II. Inégalité périodique dans le mouve-


ment de la Lune.

éveil [evɛj] n. m. (déverbal de éveiller ; v.


1175, Chr. de Troyes, au sens 3 [en esvoil ;
en esveil, v. 1240, G. de Lorris ; en éveil,
XVIIe s. ; donner l’éveil à quelqu’un, 1839,
Boiste] ; sens 1, 1890, Dict. général [« action
d’éveiller », XVe s., Perceforest] ; sens 2, av.
1791, G. de Mira-beau ; sens 4, milieu du
XXe s.). 1. Action de s’éveiller, de sortir de
l’état de sommeil. (Auj., en ce sens, on
dit plutôt RÉVEIL.) ‖ Par anal. Le fait de
sortir de l’état de repos, d’engourdisse-
ment : L’éveil de la nature. ‖ 2. Premières
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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1751

manifestations, apparition : L’éveil de la


sensibilité. Je repensais soudain à mon
éveil religieux et à mes premières ferveurs
(Gide). ‖ 3. Donner l’éveil à quelqu’un, le
mettre en garde, attirer son attention : Ce
détail a donné l’éveil aux enquêteurs. ‖ En
éveil, attentif, sur ses gardes : La lecture des
notes et les réflexions du supérieur étaient
l’unique sanction qui tenait tout en haleine
et en éveil (Renan). ‖ 4. Disciplines d’éveil,
en pédagogie, disciplines destinées à éveil-
ler chez les enfants la curiosité intellec-
tuelle, le goût de l’observation : Les sciences
naturelles sont une discipline d’éveil.

éveillé, e [eveje] adj. (part. passé de


éveiller ; XIIe s., au sens 1 ; sens 2, XVe s.,
Littré [« vif, vigilant », v. 1160, Roman
de Tristan]). 1. Qui ne dort pas, qui ne
s’est pas endormi : Il rêvait à demi éveillé
(Gautier). ‖ 2. Fig. Dont l’esprit est en éveil,
dont l’intelligence est vive, gaie, alerte : Les
femmes, petites, jaunes comme des mulâ-
tresses, mais éveillées, étaient naïvement
coquettes (Chateaubriand). Un élève éveillé.
‖ Une mine éveillée, un visage qui annonce
de la vivacité et de l’espièglerie.

• SYN. : 1 réveillé ; 2 dégourdi, déluré, malin.

éveiller [eveje] v. tr. (lat. pop. *exvigi-


lare, s’éveiller, se réveiller, veiller, s’appli-
quer, de ex-, préf. à valeur intensive, et de
vigilare, veiller, être éveillé, dér. de l’adj.
vigil, éveillé, vigilant, attentif ; v. 1175,
Chr. de Troyes, écrit esveillier [esveiller,
XIIIe s. ; éveiller, XVIIe s.], au sens 2 ; sens 1,
v. 1190, Garnier de Pont-Sainte-Maxence ;
sens 3, 1762, J.-J. Rousseau [éveiller un écho,
av. 1857, Musset, et, au fig., début du XXe s.,
Gide] ; sens 4, 1870, Larousse). 1. Tirer du
sommeil : Le caporal les éveilla une heure
avant le jour (Stendhal). ‖ 2. Tirer d’un
état de repos, d’indifférence ou de torpeur
(vieilli) : La profondeur, la mélancolie de
l’expression glaçaient ses sens, que suffi-
sait au contraire à éveiller une chair saine,
plantureuse et rose (Proust). ‖ 3. Fig. Faire
naître ; susciter l’apparition ou le déve-
loppement de : L’art d’enseigner n’est que
l’art d’éveiller la curiosité (France). Mais
le titre de marquise éveillait en lui des
images prestigieuses et galantes (Proust).
‖ Éveiller un écho,déclencher le phéno-
mène de l’écho : Sous ses ogives féodales |
Il erre éveillant les échos (Gautier) ; ‖ au
fig. Sous la forme négative, ne déclencher
aucune réaction : Sa proposition n’a éveillé
aucun écho. ‖ Spécialem. Éveiller l’atten-
tion, rendre vigilant : La berge de la rive
droite [...] éveillait l’attention de la police
(Hugo). ‖ 4. Éveiller le poil, redresser le
poil des peaux et le rétablir dans sa posi-
tion naturelle.

• SYN. : 1 réveiller ; 3 aviver, fouetter, piquer,


provoquer. — CONTR. : 1 assoupir, endor-
mir ; 3 apaiser, calmer, éteindre, étouffer,
tuer.

& s’éveiller v. pr. (sens 1, 1080, Chanson


de Roland ; sens 2, av. 1679, Retz ; sens 3,

av. 1813, Delille). 1. Sortir du sommeil, ces-


ser de dormir : Oh ! l’ivresse au matin de
s’éveiller dans sa petite chambre d’enfant... !
(Daudet). ‖ 2. Sortir d’un état d’engourdis-
sement, commencer à vivre activement :
La nature s’éveille et de rayons s’enivre
(Rimbaud). ‖ Fig. Devenir actif, se mani-
fester : Des qualités que ma première édu-
cation avait laissées dormir s’éveillèrent au
collège (Chateaubriand). ‖ 3. Fig. Prendre
naissance, en parlant d’une disposition
intellectuelle ou d’un sentiment : Quand
l’amour s’éveille au coeur de l’adolescent.
• SYN. : 1 se réveiller ; 2 s’animer, se déve-
lopper, éclater ; 3 naître, percer, poindre.

— CONTR. : 1 s’assoupir, s’endormir ; 2 s’an-


kyloser, s’engourdir ; 3 disparaître, s’effacer,
s’estomper, mourir.

• REM. Dans la langue courante, réveiller,


se réveiller tendent à remplacer éveiller,
s’éveiller au sens 1.

éveilleur, euse [evɛjoer, -øz] n. (de éveil-


ler ; av. 1559, J. Du Bellay, au sens propre
de « celui qui éveille » ; sens actuel, 1857,
Goncourt). Qui provoque la naissance,
l’apparition de : Ces éveilleuses de mau-
vais désirs, ces initiatrices de joies réprou-
vées, peuvent glisser, inaperçues (Villiers
de L’Isle-Adam). ‖ Absol. Celui qui sti-
mule l’intelligence d’autrui, qui favorise le
développement de la personnalité d’autrui :
C’était un éveilleur incomparable (Renan).

événement [evɛnmɑ̃] n. m. (du lat. eve-


nire, venir hors de, sortir, avoir une issue,
un résultat, se réaliser, se produire [de ex-,
préf. marquant le mouvement de l’intérieur
vers l’extérieur, et de venire, venir, arriver,
se présenter], sur le modèle de avènement
[v. ce mot], qui, jusqu’au XVIe s., a signifié
« arrivée en général, événement » ; début du
XVIe s., aux sens 1-3). 1. Class. Fait auquel
aboutit une action ou une situation ;
résultat : Jamais, certes, jamais plus beau
commencement | N’eut en si peu de temps
plus triste événement (Molière). ‖ Class.
Dénouement d’une pièce dramatique :
Chaque vers, chaque mot court à l’évé-
nement (Boileau). ‖ Auj. Ce qui résulte
d’une série de faits ou d’actions, ce qui se
produit par la suite (dans certaines expres-
sions) : Où était l’aberration véritable, c’est
ce que l’événement a montré (Bainville).
L’événement a trompé notre attente. ‖ 2. Ce
qui se produit, ce qui se remarque ou peut
être remarqué : Nous sommes faits, pour
une grande part, de tous les événements
qui ont eu prise sur nous ; mais nous n’en
distinguons pas les effets qui s’accumulent
et se combinent en nous (Valéry). L’enfant
conserve le souvenir d’un événement grave
à cause d’un détail saugrenu (Cocteau).
‖ Vx. À tout événement, quoi qu’il puisse
advenir, à tout hasard : Il semblait bon, à
tout événement, de me rendre capable de
suivre une autre carrière (Chateaubriand).
‖ 3. Spécialem. Fait d’une grande impor-
tance dans la vie d’un individu ou dans

l’histoire des peuples : Les événements ne


comptent que pour ceux qui en pâtissent ou
qui en profitent ; ils ne sont rien pour ceux
qui les ignorent, ou qu’ils n’atteignent pas
(Chateaubriand). Les événements de sa vie
que M. de Mortsauf m’a racontés (Balzac).
Notre Révolution a fourni en quinze ans les
événements de plusieurs siècles accumulés
(Lacretelle). ‖ Fait qui excite la curiosité ou
l’attention générale : Faire événement. Par
son style prodigieux, par sa beauté correcte
et recherchée, pure et fleurie, ce livre était
un véritable événement (Baudelaire). ‖ Par
exagér. et fam. Fait auquel on donne une
importance démesurée : Il a enfin pris une
décision. Quel événement !

• SYN. : 2 chose, fait, incident, péripétie ;


3 date.

& événements n. m. pl. (fin du XIXe s.).


Ensemble des faits importants de l’actua-
lité : Dans l’espoir que sir Sydney Smith
arrêterait cet officier au passage et lui ferait
connaître les événements récents (France).
En raison des événements, l’état d’urgence
a été décrété.

• SYN. : circonstances, conjoncture,


situation.

événementiel, elle [evɛnmɑ̃sjɛl] adj.


(de événement ; début du XXe s., au sens 1 ;
sens 2, milieu du XXe s.). 1. Se dit surtout de
l’histoire qui se borne à raconter les évé-
nements sans en distinguer l’importance
relative et sans en rechercher les causes ou
en montrer la portée : L’histoire événemen-
tielle est peu propre à éveiller l’intelligence
des élèves. ‖ Par extens. Qui se rapporte
à l’histoire événementielle : Le fait le plus
contingent en apparence, le plus « événe-
mentiel » comme on dit parfois (Lévy-
Bruhl). ‖ 2. Névrose événementielle, en
psychologie, névrose liée à un événement
déterminant (par opposition à névrose
institutionnelle).

1. évent [evɑ̃] n. m. (déverbal de éventer


[écrit esvent au XVIe s., et évent depuis le
XVIIe s.] ; 1521, Godefroy, au sens de « égout
pour détourner l’eau d’une fontaine » ;
sens I, 1, 1690, Furetière ; sens I, 2, 1600,
O. de Serres ; sens I, 3, 1640, Oudin ; sens II, 1,
1564, J. Thierry [ « ouïe des poissons » ;
pour des cétacés, 1690, Furetière] ; sens II, 2,
1676, Félibien ; sens II, 3, 1907, Larousse).

I. 1. Vx. Exposition au vent, au grand air :


Mettre des fromages à l’évent. ‖ Donner
de l’évent à une pièce de vin, y pratiquer
une petite ouverture pour le passage de
l’air. ‖ 2. Vx. Altération subie par un ali-
ment qu’on a laissé exposé trop longtemps
à l’air : Vin qui sent l’évent. ‖ 3. Fig. et vx.
Avoir la tête à l’évent, avoir l’esprit léger,
être très étourdi : Le vieux fat Villeroi, tête
frivole et tout à l’évent (Michelet).
II. 1. Ouverture du nez, simple ou
double, chez les cétacés, et par laquelle ils
rejettent l’eau : Une baleine venait d’être
signalée, fait assez rare dans cette contrée.
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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1752

Elle n’avait pas d’évents, ne lançait pas


de jets d’eau... (Daudet). ‖ 2. Dans l’in-
dustrie, orifice placé au point haut d’un
réservoir, d’une tour, d’un tuyau, pour
permettre le passage, l’évacuation des
gaz. ‖ 3. En armurerie, petite ouverture
destinée à laisser passer la flamme d’une
amorce qui doit enflammer une charge
de poudre.

2. évent [evɑ̃] n. m. (lat. eventus, événe-


ment, résultat, dénouement, de eventum,
supin de evenire [v. ÉVÉNEMENT] ; XVe s.,
au sens 1 ; sens 2 [de l’angl. event, événe-
ment, lui-même empr. de l’anc. franç. évent,
v. ci-dessus], 1866, Behrens, dans la locution
great event, « grand événement [sportif] »,
pour désigner le Derby d’Epsom [grand
event, 1901, Behrens ; gros event, 1912, Bon-
nafé]). 1. Vx ou littér. Événement : Pour
parer à ces évents, l’Église décida que tout
postulant à la réclusion subirait d’abord
un noviciat (Huysmans). ‖ 2. Great event
[gritivant] (vieilli), grand événement : Sa
physionomie spirituelle comme sa notoriété
marquante ne laissaient pas d’exciter la
curiosité du public dans tout great event
de la musique et de la peinture... (Proust).

éventail [evɑ̃taj] n. m. (de éventer ; 1416,


Gay, écrit esventail [éventail, 1581, Gay], au
sens 1 ; sens 2, 1801, Chateaubriand ; sens 3,
1955, Robert). 1. Sorte de petit écran por-
tatif, composé d’un demi-cercle d’étoffe,
de papier ou de plumes, monté sur des
lamelles mobiles qu’on déploie, et qui sert
à agiter l’air autour du visage : Sa longue
robe à queue est bleue, et l’éventail | Qu’elle
froisse en ses doigts fluets aux larges bagues
| S’égaie en des sujets érotiques (Verlaine).
Les éventails, l’aile dépliée, nuancée, pail-
letée, voltigeaient, papillonnaient sur tout
cela, mêlaient des parfums d’opoponax ou
de white rose à la faible exhalaison des lilas
blancs et des violettes naturelles (Daudet).
‖ Choses qui se disent derrière l’éventail,
propos légers que les femmes murmurent
derrière leur éventail. (Vieilli.) ‖ 2. Objet
qui présente la forme d’un éventail : Son
large éventail [le feuillage du palmier] ne
reverdit plus (Fromentin). ‖ Éventail de
corset, points de soie disposés en palme
pour arrêter les baleines. ‖ 3. Fig. Ensemble
de choses dont la diversité se déploie, à
l’intérieur d’une même catégorie, comme
un éventail : L’éventail des prix. L’éventail
des salaires est ouvert.

& En éventail loc. adj. (1721, Trévoux).


Déployé, ouvert comme un éventail :
L’oreille en éventail, la trompe entre les
dents, | Ils [les éléphants] cheminent, l’oeil
clos (Leconte de Lisle). ‖ Voûte en éventail,
voûte plate, très nervurée, caractéristique
du style gothique anglais.

éventailleuse [evɑ̃tajøz] n. f. (de éven-


tail ; 1890, Dict. général). Vx. Ouvrière qui
faisait les éventails de corset.

éventailliste [evɑ̃tajist] n. et adj. (de


éventail ; 1690, Furetière, écrit éventa-
liste [éventailliste, 1704, Trévoux], au sens
1 ; sens 2, 1701, Furetière). 1. Personne
qui fabrique ou qui vend des éventails :
Feuilly était un ouvrier éventailliste (Hugo).
‖ 2. Vx. Peintre en éventail.

• REM. On a dit aussi ÉVENTAILLIER, ÈRE


(début du XVIe s., écrit eventailler ; éven-
taillier, 1723, Savary des Bruslons).

éventaire [evɑ̃tɛr] n. m. (origine obs-


cure ; peut-être de évent 1, au sens de
« exposition au grand air » ; 1690, La
Quintinie, au sens 1 ; sens 2, fin du XIXe s.,
A. Daudet). 1. Plateau que certains mar-
chands ambulants portent devant eux,
soutenu par une courroie passant derrière
le cou, et sur lequel ils étalent leur mar-
chandise : Pour faire contraste, une foule de
petits forains, l’éventaire chargé de cravates,
de porte-monnaie, d’épingles ou de bagues,
circulaient bruyamment, en proposant leur
marchandise (Daudet). Il portait devant lui,
suspendu à son cou par une lanière de cuir,
un petit éventaire sur lequel étaient disposés
des bigorneaux, des moules, des coquillages
de diverses espèces... (Duhamel). Un tas
de colis devant lui comme un éventaire de
camelot, le fourrier appelait les lettres en
souffrance (Dorgelès). ‖ 2. Étalage d’objets,
de produits à vendre, à l’extérieur d’une
boutique ou en plein air : Un éventaire de
libraire. Et, comme aux grilles des hospices
et des squares, des éventaires étalés, avec des
rangées de biscuits, d’oranges, de pommes
(Daudet). Il se retrouva, au plein jour,
devant les éventaires fleuris de la place où
était leur hôtel (Martin du Gard).

• SYN. : 2 étal, montre (vx).

éventé, e [evɑ̃te] adj. (part. passé de


éventer ; XIIIe s., écrit esventé [éventé,
XVIe s.], au sens de « aéré » ; sens 1, 1580,
Montaigne ; sens 2, 1596, Hulsius ; sens
3, 1635, Corneille). 1. Qui est exposé au
vent : Une plaine nue, sans fin, constam-
ment éventée (Coppée). Le cap, sorte de parc
ou de forêt de pins éventée par toutes les
brises du large (Maupassant). ‖ 2. Se dit
d’un aliment, d’une boisson altérés par le
contact de l’air : À la façon du vin éventé qui
se tourne en vinaigre (Flaubert). D’autres
[gâteaux] semblaient complètement éventés
(Gide). ‖ 3. Fig. Se dit d’une chose qu’on
aurait voulu tenir secrète ou cachée, et
qui est découverte, connue de tous : Un
stratagème éventé.

• SYN. : 1 venteux ; 3 connu, divulgué.

& adj. et n. (milieu du XVIe s., Amyot [cer-


velle esventée, « étourdi » ; tête éventée,
1662, La Fontaine ; éventé, adj. et n., 1584,
Livet]). Class. et littér. Se dit d’une personne
évaporée, d’esprit ou de caractère léger :
Fuir une tête éventée (La Fontaine). Que l’on
me vît connu d’un pareil éventé (Molière).
Des femmes éventées s’empressent d’acheter

les cheveux des jeunes blondins guillotinés


(Goncourt).

éventement [evɑ̃tmɑ̃] n. m. (de éven-


ter ; 1538, R. Estienne, écrit esventement
[éventement, 1669, Widerhold], au sens 1 ;
sens 2, 1636, Monet). 1. Action d’éventer
ou de s’éventer : L’éléphant qui s’avance
avec des éventements d’oreilles (Goncourt).
‖ 2. Altération due au contact de l’air :
L’éventement du vin.

éventer [evɑ̃te] v. tr. (lat. pop. *exven-


tare, aérer, enlever, de ex-, préf. à valeur
intensive, et de ventus, vent ; fin du XIe s.,
écrit esventer [éventer, 1495, Godefroy], au
sens 1 [pour une voile, 1694, Th. Corneille ;
pour un piège, 1756, Encyclopédie ; pour
le grain, 1690, Furetière] ; sens 2, fin du
XIIe s., Raoul de Cambrai ; sens 3, 1636,
Monet [éventer la mine, au fig., milieu du
XVIe s., Amyot ; éventer la mèche, 1694,
Acad.] ; sens 4, v. 1587, Du Vair [« dépis-
ter », début du XIIe s.] ; sens 5, milieu du
XVIe s., Ronsard). 1. Exposer au vent, à
l’air : Éventer des tentures. Éventer des vête-
ments. ‖ Éventer une voile, la disposer de
manière que le vent la gonfle. ‖ Éventer un
piège, l’aérer pour ôter l’odeur qui mettrait
l’animal en méfiance. ‖ Éventer le grain, le
remuer et l’aérer pour empêcher la fermen-
tation. ‖ 2. Donner du vent à quelqu’un,
lui procurer une sensation de fraîcheur en
agitant l’air autour de lui : Une voiture qui
vous évente avec des rideaux toujours agités
(Fromentin). L’infirmier qui l’éventait tout
le temps avec un éventail de fleurs chinoises
ne faisait que remuer sur lui des buées mal-
saines (Loti). ‖ 3. Vx. Éventer une mine,
découvrir l’endroit où elle est installée et
la rendre inefficace. ‖ Class. et fig. Éventer
la mine, découvrir une ruse, une machina-
tion : Cicéron qui de Catilina éventa pru-
demment la mine (Scarron). ‖ Auj. et fam.
Éventer la mèche,pénétrer un secret, décou-
vrir une manoeuvre obscure et l’annihiler :
Les deux chefs de l’opposition de gauche
prêtèrent l’oreille : la mèche fut éventée ;
M. Laffitte n’osa franchir le pas ; l’heure du
président sonna et le portefeuille tomba de
ses mains (Chateaubriand) ; ‖ faire décou-
vrir ce qui aurait dû rester caché : Il fallait
tenir l’oeil ouvert sur ce croisé naïf qui, par
ses maladresses, pourrait éventer la mèche
(Gide). ‖ 4. Fig. Découvrir ce qui était tenu
caché ou secret et, par suite, en empêcher
les effets : Éventer un secret. Éventer une
conspiration, un complot. ‖ 5. En parlant
d’un animal, flairer, percevoir les odeurs,
les émanations apportées par le vent : Soit
par ruse, soit qu’il eût éventé le second
chasseur, il [l’ours] ne suivit pas sa route
ordinaire (Dumas père). Chien qui évente
la trace du gibier.

• SYN. : 1 aérer ; 4 détecter, percer.

& v. intr. (1752, Trévoux). En parlant d’un


cheval, avoir toujours le nez au vent.

& s’éventer v. pr. (sens 1, 1613, Malherbe ;


sens 2, v. 1180, Godefroy ; sens 3, milieu du
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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1753

XVIe s.). 1. Class. Prendre l’air par hygiène,


s’aérer pour se purifier : On avait peur que
[...] il n’apportât le mal au Louvre. Aussi
il s’en est allé, ou s’éventer, ou digérer sa
douleur (Malherbe). ‖ 2. Se donner de la
fraîcheur en agitant l’air autour de soi :
Un cheval [...] | Qui souffle en s’éventant
avec sa queue éparse (Leconte de Lisle).
Ta grand-mère s’éventait avec un éventail
(Mauriac). ‖ 3. S’altérer, perdre de ses
qualités au contact de l’air : Le tabac qui
s’évente perd son arôme.

éventiller [evɑ̃tije] v. intr. (de éventer ;


1690, Furetière). En parlant d’un faucon,
secouer les ailes en se soutenant dans l’air
à la même place.

éventoir [evɑ̃twar] n. m. (de éventer ;


fin du XIVe s., écrit esventoir, au sens de
« ouverture d’un tonneau » ; sens 1, av. 1589,
J.-A. de Baïf [écrit éventoir] ; sens 2, 1797,
Gattel). 1. Vx. Sorte d’écran grossier en
osier ou en plumes, qu’on utilisait pour
activer le feu dans les fourneaux de cui-
sine et qui a été remplacé par le soufflet.
‖ 2. Vx. Ouverture pratiquée dans une
houillère pour permettre la ventilation.

éventration [evɑ̃trasjɔ̃] n. f. (de éven-


trer ; 1743, Mémoires de l’Académie royale
de chirurgie). Rupture congénitale ou acci-
dentelle de la paroi musculaire de l’abdo-
men, qui laisse les viscères en contact direct
avec la peau.

éventrement [evɑ̃trəmɑ̃] n. m. (de éven-


trer ; 1669, Widerhold). Action d’éventrer :
L’éventrement des chevaux par les cornes
du taureau.

éventrer [evɑ̃tre] v. tr. (de é-, es- [lat.


ex-, préf. à valeur négative], et de ventre ;
fin du XIIe s., Reclus de Moiliens, au part.
passé, écrit esventré, au sens de « défait,
vaincu » [moralement] ; à l’infin., au sens 1,
1538, R. Estienne, écrit esventrer [éventrer,
1549, R. Estienne] ; sens 2, 1835, Acad.).
1. Ouvrir le ventre par des moyens vio-
lents : C’est un spectacle terrible que cette
agonie de la tigresse se tordant de douleur
et de rage sous la défense de l’éléphant qui
l’éventre (Gautier). ‖ Spécialem. Faire périr
en ouvrant le ventre : Mon père a été pendu
par les Bourguignons, et ma mère éventrée
par les Picards (Hugo). ‖ 2. Ouvrir de force
en défonçant, en déchirant : Éventrer un
coffre-fort, un sac de ciment. ‖ Pratiquer
une ouverture béante dans : Que de ruines
déjà, dans notre quartier, où, ce matin, je
me promène ! Maisons éventrées, effondre-
ments informes, écroulements... (Gide). Une
torpille d’avion l’avait éventré [le cinéma]
en démolissant de haut en bas le mur dans
la rue la plus étroite (Malraux).

• SYN. : 1 étriper ; 2 crever, démolir, percer.

éventreur [evɑ̃troer] n. m. (de éventrer


éventreur [evɑ̃troer] n. m. (de éventrer
[mot répandu à la suite des forfaits d’un
célèbre assassin londonien des années 1888-
1889, surnommé Jack the Ripper, proprem.

« Jack le Déchireur »] ; fin du XIXe s.). Celui


qui éventre.

éventualité [evɑ̃tɥalite] n. f. (de éven-


tuel ; av. 1797, Beaumarchais, au sens 1 ;
sens 2, 1865, Littré). 1. Caractère de ce qui
apparaît comme éventuel, de ce qui peut
se produire ou non : Dans une civilisation
comme celle de l’Europe occidentale, l’éven-
tualité d’un conflit général est à peu près
impossible à imaginer ! (Martin du Gard).
‖ 2. Fait qui peut se produire, événement
susceptible d’arriver : Il était convenu que
je serais marraine — éventualité hier encore
éloignée, et à laquelle je ne pensais guère
(Renard). Et la vieillesse nous apparaissait
comme une éventualité bien lointaine et
même improbable (Duhamel). ‖ Parer à
toute éventualité, prendre ses dispositions
pour ne pas être surpris par l’événement.
• SYN. : 1 possibilité.

éventuel, elle [evɑ̃tɥɛl] adj. (dér. savant


du lat. eventus, événement [v. ÉVENT 2] ;
1718, Acad., aux sens 1-2 ; sens 3, début du
XXe s.). 1. En termes de droit, se dit de ce
qui peut se produire si certaines conditions
sont réalisées, notamment des clauses dont
l’exécution dépend d’un événement incer-
tain. ‖ 2. Qui dépend de la suite des événe-
ments ; qui est possible, mais non certain :
Le bénéfice éventuel sera pour vous. ‖ 3. Se
dit d’une personne désignée pour remplir
des fonctions ou assumer une tâche si les
circonstances l’exigent : Je vous présente
mon remplaçant éventuel.

• SYN. : 2 aléatoire, contingent, possible

— CONTR. : 2 assuré, certain, inévitable,


prévu, sûr.

éventuellement [evɑ̃tɥɛlmɑ̃] adv. (de


éventuel ; 1737, Mercure de France). Selon
les circonstances, le cas échéant : Je ferai
éventuellement appel à votre concours.

• SYN. : peut-être. — CONTR. : assurément,


certainement, sûrement.

évêque [evɛk] n. m. (lat. ecclés. episcopus,


évêque, gr. episkopos, gardien, protecteur,
surveillant, et, dans la langue ecclés., « chef
ecclésiastique », dér. de episkepesthai, aller
examiner ou visiter, observer, de epi, sur,
vers, et skepesthai, regarder attentivement,
considérer ; fin du Xe s., Vie de saint Léger,
écrit ebisque, evesque [évêque, XVIIe s.],
au sens 1 ; sens 2, 1669, Bossuet ; sens 3,
1857, Flaubert [bonnet d’évêque ; pierre
d’évêque, 1865, Littré]). 1. Dignitaire de
l’Église catholique qui possède la pléni-
tude du sacerdoce, et qui a régulièrement
la direction spirituelle d’un diocèse :
Nommer, sacrer un évêque. ‖ Évêque
auxiliaire, prélat qui a reçu la consécra-
tion épiscopale, nommé par le Saint-Siège
pour aider un évêque diocésain. ‖ Évêque
« in partibus infidelium » ou, par abrév.,
« in partibus », évêque qui était promu à
un évêché situé dans un pays infidèle, et
qui ne pouvait occuper son siège. (On dit
auj. ÉVÊQUE TITULAIRE.) ‖ Évêque métro-

politain, évêque qui a son siège dans une


métropole. ‖ Évêque suffragant, évêque
placé sous l’autorité d’un métropoli-
tain. ‖ L’évêque des évêques, l’évêque de
Rome, le pape. ‖ Vx. Disputer de la chape
à l’évêque, discuter d’une chose à laquelle
on n’a aucune raison de s’intéresser. ‖ Un
chien regarde bien un évêque, v. CHIEN 1.
‖ Fam. et vx. Évêque des champs, pendu
(il donne la bénédiction avec ses pieds...).
‖ 2. Nom donné au chef d’un diocèse dans
plusieurs des Églises de la Réforme : Un
évêque anglican. ‖ 3. Par anal. Bonnet
d’évêque, façon de plier et de dresser les
serviettes de table en forme de mitre ;fam.,
partie d’une volaille découpée qui com-
prend les cuisses et le croupion. ‖ Pierre
d’évêque, quartz améthyste, de couleur
violette.

éverdumer [evɛrdyme] v. tr. (de é- [lat.


ex-, préf. marquant le mouvement de
l’intérieur vers l’extérieur] et de *verdum,
dér., avec le suff. -um [lat. -ūmen], de verd,
forme anc. de vert [cf. l’ital. verdume] ;
1549, R. Estienne, au sens 1 ; sens 2, 1721,
Trévoux). 1. Tirer une liqueur verte de
certains légumes (épinards, oseille, etc.).
[Peu usité.] ‖ 2. Éverdumer des fruits, leur
donner artificiellement une couleur verte
pour la confiserie.

& s’éverdumer v. pr. (1898, Huysmans).


Littér. Prendre une couleur verte, deve-
nir vert : Celui [le porche] du midi, le plus
mangé de tous par les mousses, s’éverdume
(Huysmans).

éversé, e [evɛrse] adj. (de évers[ion] ;


XXe s.). Se dit des organes incurvés vers
le dehors, en particulier des canines du
sanglier. ‖ Lèvres éversées, lèvres qui pré-
sentent de l’éversion.

éversion [evɛrsjɔ̃] n. f. (lat. eversio,


renversement, destruction, de eversum,
supin de evertere, mettre sens dessus des-
sous, retourner, bouleverser, de ex-, préf.
à valeur intensive, et de vertere, tourner,
faire tourner ; XVe s., Godefroy, au sens 1 ;
sens 2, XXe s.). 1. Vx. Renversement, ruine
de quelque chose : L’éversion d’un empire.
‖ 2. Renversement, retroussis du pour-
tour de l’orifice d’un organe. ‖ Spécialem.
Caractère des lèvres de certains peuples
noirs qui sont à la fois très épaisses et
retroussées.

évertuer (s’) [sevɛrtɥe] v. pr. (de é-, es-


[lat. ex-, préf. à valeur intensive], et de vertu,
au sens anc. de « courage, force virile » ;
1080, Chanson de Roland, écrit esvertuer
[évertuer, XVIIe s.], au sens 1 ; sens 2, av.
1613, M. Régnier [s’évertuer de ; ... à, 1674,
Boileau] ; sens 3, 1640, Corneille). 1. Absol.
et vx. Donner des signes d’activité ; se don-
ner du mouvement : Allons, qu’on s’évertue
(Racine). Si tu es las d’être debout, je suis
las d’être assis ; il faut que je m’évertue
en plein air (Musset). ‖ 2. S’évertuer à
(et l’infinitif),faire des efforts, se donner
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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1754

beaucoup de peine pour : Il composait


aussi, il s’évertuait à composer (Rolland).
Mensonge que l’art de Dickens s’évertue
à faire passer pour pieux (Gide). ‖ Class.
Pouvait se construire avec la prép. de : Et
leur vie en vain s’évertue | D’échapper des
mains de la Mort (Saint-Amant). ‖ 3. Class.
S’évertuer contre (et un nom), s’exercer,
s’aguerrir contre quelque chose : Il n’est pas
digne d’un chrétien de ne s’évertuer contre
la mort qu’au moment qu’elle se présente
pour l’enlever (Bossuet).

• SYN. : 2 s’acharner à, s’attacher à, s’efforcer


de, s’escrimer à, s’ingénier à, tâcher de.

évhémérisme [evemerism] n. m. (de


Év[h]émère, n. d’un philosophe grec du
IIIe s. av. J.-C., auteur d’une méthode cri-
tique ayant pour but d’interpréter les rites et
symboles du paganisme du point de vue de
la raison pure, lat. Evhemerus, Euhemerus,
gr. Euêmeros ; 1842, Acad.). Doctrine qui
considère les personnages mythologiques
comme des êtres humains divinisés par
les peuples.

éviction [eviksjɔ̃] n. f. (bas lat. jurid.


evictio, recouvrement d’une chose par
jugement, de evictum, supin de evincere
[v. ÉVINCER] ; 1283, Dict. général, écrit
evicion [éviction, XVIe s., Loisel], au sens
1 ; sens 2, av. 1865, Proudhon ; sens 3,
milieu du XXe s.). 1. En droit, déposses-
sion légale que subit celui qui s’est rendu
acquéreur, en toute bonne foi, d’un
bien qu’on n’aurait pas dû lui vendre :
L’éviction entraîne un recours contre le
vendeur. ‖ 2. Dépossession, expulsion
par force ou par intrigue : La société nous
évince ; eh bien, je prends acte de l’évic-
tion (Proudhon). ‖ 3. Éviction scolaire,
interdiction faite à un enfant atteint d’une
maladie contagieuse de fréquenter l’école
pendant un temps déterminé ; durée légale
de cette interdiction.

évidage [evidaʒ] n. m. (de évider ; 1838,


Acad.). Action d’évider. (On dit plutôt
ÉVIDEMENT.)

évidé, e [evide] adj. (part. passé de évi-


der ; 1752, Trévoux). Escalier évidé, escalier
tournant dont les marches ne sont pas sou-
tenues à l’intérieur et décrivent une spirale.

évidement [evidmɑ̃] n. m. (de évider ;


1865, Littré, au sens 1 ; sens 2, 1877, Littré).
1. Action d’évider ; état de ce qui est évidé.
‖ Spécialem. Opération qui consiste à enle-
ver les parties intérieures d’un os malade
sans toucher au périoste. ‖ Opération par
laquelle on enlève de la matière dans une
pièce de bois pour y former des moulures.
‖ Refouillement pratiqué dans une pierre
de taille. ‖ 2. Partie évidée d’une pièce.
• REM. On dit aussi ÉVIDAGE, au sens
actif.

évidemment [evidamɑ̃] adv. (de évident ;


XIIIe s., Littré, écrit évidanment [évidem-
ment, début du XVe s., Juvénal des Ursins],

au sens 1 ; sens 2, début du XIXe s., Arago ;


sens 3, 1865, Littré). 1. Avec évidence, sans
aucun doute : Une visite de M. le Sous-
Préfet présageait évidemment quelque chose
d’extraordinaire (Daudet). ‖ 2. Selon toute
évidence, à ce qu’il semble : Numa était
évidemment destiné à devenir ministre un
jour ou l’autre (Daudet). ‖ 3. Placé en tête
de phrase, renforce une affirmation (« cer-
tainement, bien sûr ») : Évidemment, je ne
considère ni la République romaine, ni la
batave, ni l’helvétique, mais seulement la
française (France).

• SYN. : 1 indubitablement, visiblement ; 2


assurément, certainement, immanquable-
ment, sûrement ; 3 certes, naturellement.

évidence [evidɑ̃s] n.f. (lat. evidentia,


évidence, de evidens [v. ÉVIDENT] ; XIIIe s.,
au sens 1 ; sens 2, 1870, Larousse ; sens 3,
1580, Montaigne [mettre en évidence]).
1. Caractère de ce qui est immédiatement
perçu comme vrai ou réel par l’esprit :
L’évidence d’une proposition. Quand j’ai
une idée claire d’une chose, il ne dépend
plus de moi d’aller contre l’évidence de
cette idée (Fénelon). La comtesse avait fait
cultiver par M. de Mortsauf une cinquième
ferme [...] pour démontrer par l’évidence des
faits [...] l’excellence des nouvelles méthodes
(Balzac). ‖ Se rendre à l’évidence, recon-
naître la vérité d’une chose après en avoir
douté. ‖ Se refuser à l’évidence, aller contre
l’évidence, s’obstiner à contester ce que
tous les autres perçoivent comme évident.
‖ De la dernière évidence, d’une évidence
absolue. ‖ De toute évidence, sans aucun
doute. ‖ 2. Chose évidente : Démontrer
une évidence. ‖ 3. Caractère de ce qui est
aisément visible (dans des expressions).
‖ Être en évidence, être placé de manière
à être remarqué. ‖ Mettre, laisser quelque
chose en évidence, le placer à un endroit où
il peut être vu facilement : Hortense y avait
distingué tout aussitôt le fameux groupe
mis en évidence sur une table (Balzac).
‖ Se mettre en évidence, en parlant d’une
personne, se placer, agir, se comporter de
façon à attirer sur soi le regard des autres.
(Vieilli.) ‖ Fig. Mettre en évidence, mettre
en lumière, souligner : Dans son exposé,
le ministre a mis en évidence le caractère
humanitaire du projet de loi.

• SYN. : 2 lapalissade (fam.), truisme ; 3


certitude, réalité, vérité.

évident, e [evidɑ̃, -ɑ̃t] adj. (lat. evidens,


-entis, visible, apparent, manifeste, de ex-,
préf. à valeur intensive, et de videre, voir ;
v. 1265, J. de Meung). Qui est immédiate-
ment perceptible par l’esprit ; dont la vérité
s’impose à tout homme qui comprend : Je
n’y trouve d’abord que quelques devoirs très
faciles à remplir, Ils sont évidents, ils sont
agréables (Valéry). ‖ Il est évident que, il
apparaît avec certitude que : Il était évident
que franchir cette barricade, c’était aller
chercher un feu de peloton (Hugo).
• SYN. : clair, flagrant, incontestable, indis-
cutable, indubitable, manifeste, visible. —
CONTR. : contestable, douteux, illusoire,
imaginaire, incertain, problématique,
vague.

évider [evide] v. tr. (de é-, es- [lat. ex-, préf.


à valeur intensive], et de vider [v. ce mot] ;
v. 1120, Psautier de Cambridge, écrit esvui-
der, au sens de « vider entièrement, net-
toyer » ; sens 1, 1690, Furetière, écrit évuider
[évider, XVIIIe s. ; en architecture, 1694,
Th. Corneille ; pour un os, 1890, Dict. géné-
ral ; pour un arbre, 1757, Encyclopédie] ;
sens 2, 1659, Duez [écrit esvuider ; évider,
1680, Richelet]). 1. Enlever de la matière à
un objet, soit pour en creuser l’intérieur,
soit pour y pratiquer des cannelures : Évider
un bloc de pierre pour en faire une auge.
Évider le dossier d’une chaise. ‖ Spécialem.
En architecture, sculpter à jour les pierres
qui ornent une façade. ‖ Évider un os, en
pratiquer l’évidement chirurgical. ‖ Évider
un arbre, élaguer les branches du milieu qui
ne reçoivent pas la lumière. ‖ 2. Pratiquer
une échancrure dans le contour de : Évider
une emmanchure, le collet d’une robe.

évidoir [evidwar] n. m. (de évider ; 1756,


Encyclopédie). Outil servant à évider.

évidure [evidyr] n. f. (de évider ; 1660,


Oudin, au sens de « échancrure » [terme
de couture] ; sens actuel, 1870, Larousse).
Creux d’un objet évidé.

évier [evje] n. m. (lat. pop. *aquarium,


égout, neutre substantivé de l’adj. du lat.
class. aquarius, « qui concerne l’eau » [dér.
de aqua, v. EAU], qui était souvent employé
pour qualifier des vases et, à basse époque,
des canaux ou des conduits ; XIIIe s., Tailliar,
écrit euwier [évier, 1690, Furetière], au sens
2 ; sens 1, 1865, Littré). 1. Cuvette fixe ou
petit bassin en faïence émaillée, en grès
ou en métal, à rebord plus ou moins haut,
munis d’une alimentation d’eau et d’une
vidange, sur lesquels on lave la vaisselle
dans les cuisines : Le chantonnement du
gaz sous la marmite, la fuite susurrante
du robinet sur l’évier (Duhamel). ‖ 2. Petit
canal par lequel s’écoulent les eaux d’une
cuisine. ‖ Canal en pierres sèches servant
d’égout dans une cour, une allée.

évier-vidoir [evjevidwar] n. m. (de évier


et de vidoir ; milieu du XXe s.). Évier dont
le tuyau d’écoulement est remplacé par un
dispositif analogue à un vide-ordures, et
qui permet l’évacuation de tous les déchets.
• Pl. des ÉVIERS-VIDOIRS.

évincement [evɛ̃smɑ̃] n. m. (de évincer ;


26 déc. 1875, le National). Action d’évincer,
d’écarter quelqu’un par intrigue ; le fait
d’être évincé.

évincer [evɛ̃se] v. tr. (lat. evincere, vaincre


complètement, et, dans la langue jurid. de
basse époque, « déposséder juridiquement
quelqu’un de quelque chose », de ex-, préf.
à valeur intensive, et de vincere, vaincre ;
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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1755

début du XVe s., au sens 1 ; sens 2, 1546,


Rabelais, puis 1835, Acad.). [Conj. 1 a.]
1. En droit, déposséder légalement un pos-
sesseur de bonne foi. ‖ 2. Éloigner, écarter
quelqu’un par intrigue, l’empêcher d’accé-
der à une fonction, à une dignité : Évincer
un concurrent.

• SYN. : 2 éliminer, supplanter.

éviration [evirasjɔ̃] n. f. (lat. eviratio,


castration, de eviratum, supin de evirare
[v. l’art. suiv.] ; 1870, Larousse). Castration,
état d’eunuque.

éviré, e [evire] adj. (lat. eviratus, part.


passé de evirare, ôter la virilité, rendre
eunuque, de ex-, préf. à valeur privative,
et de vir, homme [mâle] ; 1552, Rabelais,
au sens de « efféminé, mou » ; sens actuel,
1690, Furetière). En héraldique, se dit d’un
animal privé de la marque de son sexe.

éviscération [eviserasjɔ̃] n. f. (de éviscé-


rer ; v. 1585, Cholières, au sens de « éventra-
tion » ; 1842, Mozin, au sens de « issue des
viscères abdominaux... »). Extirpation des
viscères. ‖ Issue des viscères abdominaux
due à la désunion d’une plaie opératoire.

éviscérer [evisere] v. tr. (lat. eviscerare,


éventrer, retirer les entrailles, de ex-, préf.
à valeur privative, et de viscus, visceris,
entrailles [le plus souvent employé au plur.
viscera] ; 1611, Cotgrave, puis 1829, Boiste).
Enlever les viscères, les entrailles de : Ce
cadavre éviscéré qu’un professeur démontre
à la pointe de son scalpel (Claudel).

évitable [evitabl] adj. (de éviter, d’après


le lat. evitabilis, qu’on peut éviter, dér. de
evitare [v. ÉVITER] ; fin du XIIe s., Marie
de France). Qui peut être évité : Une peine
évitable.

évitage [evitaʒ] n. m. (de éviter ; 1773,


Bourdé de Villehuet, aux sens 1 et 4 ; sens
2-3, XXe s.). 1. Changement de cap d’un
navire autour de son ancre, sous l’effet du
vent ou de la marée. ‖ 2. Changement cap
pour cap d’un navire, au moyen d’amarres
ou avec la machine. ‖ 3. Espace néces-
saire pour exécuter cette manoeuvre.
‖ 4. Endroit d’un chenal où l’espace est
suffisant pour que les navires puissent
tourner.

évitement [evitmɑ̃] n. m. (de éviter ; 1539,


R. Estienne [manoeuvre, voie d’évitement,
XXe s. ; gare d’évitement, 1849, Bescherelle ;
réaction d’évitement, milieu du XXe s.]). Vx.
Action d’éviter. ‖ Spécialem. Manoeuvre
d’évitement, manoeuvre qu’exécute un
avion pour échapper à un tir d’artillerie
antiaérienne. ‖ Voie d’évitement, voie
secondaire qui permet à un train de se
garer pour laisser libre la voie principale.
‖ Gare d’évitement, gare qui comporte une
ou plusieurs voies d’évitement pour le croi-
sement des trains. ‖ Réaction d’évitement,
en psychologie expérimentale, réaction par
laquelle un être vivant évite un stimulus
donné.

éviter [evite] v. tr. (lat. evitare, éviter,


fuir, de ex-, préf. à valeur intensive, et de
vitare, se garder de, se dérober à ; milieu
du XIVe s., comme v. tr. ind. [éviter à], au
sens de « échapper à » ; comme v. tr., aux
sens I, 1-4 et 6, milieu du XVIe s., Amyot ;
sens I, 5, v. 1587, Du Vair ; sens II, XXe s.).

I. 1. Éviter quelqu’un, faire en sorte de ne


pas se trouver en sa présence : On cherche
les rieurs, et moi je les évite (La Fontaine).
Éviter les importuns. ‖ Par extens. Évi-
ter le regard de quelqu’un, s’efforcer de
ne pas regarder quelqu’un en face : Et
par moments elle évitait, craintive, |
Mon oeil rêveur qui la rendait pensive
(Hugo). ‖ 2. Éviter quelque chose ou
quelqu’un,s’efforcer de ne pas le heurter,
de passer à côté : Éviter un obstacle, un
véhicule à l’arrêt. Éviter de peu un pié-
ton. Pour éviter une branche qui barrait
la route, elle se pencha sur lui (Maupas-
sant) ‖ tâcher de ne pas être atteint par
quelque chose : Éviter un coup, un projec-
tile. ‖ 3. Éviter quelque chose, s’efforcer
de se soustraire à ce que l’on considère
comme un mal ou un inconvénient :
Éviter un accident, un danger, Éviter des
dépenses inutiles. Prendre des mesures
pour éviter le sous-emploi. L’homme est
plus libre d’éviter les tentations que de
les vaincre (Rousseau). ‖ 4. Éviter que
(introduisant une proposition complétive
avec le subjonctif, avec ou sans la parti-
cule négative ne), faire qu’une chose ne se
produise pas : Pour éviter que mon père
me trouvât encore là (Proust). Pour éviter
que les conversations ne devinssent diffi-
ciles (Maurois). ‖ 5. Éviter quelque chose
à quelqu’un,lui permettre d’échapper
à quelque chose de nuisible ou de désa-
gréable : Éviter un déplacement, un ennui
à quelqu’un. Le lapin évite par là à ses pe-
tits les inconvénients du bas âge (Buffon).
Nous lui éviterons comme cela beaucoup
de fatigue et d’agitation (Proust) ‖ et avec
un sujet désignant une chose : Ce mot
m’aurait évité l’angoisse de l’incertitude
(Balzac). [V. Rem.] ‖ 6. Éviter quelque
chose, éviter de (et l’infinitif), s’abste-
nir volontairement de quelque chose, de
faire ou d’utiliser quelque chose : Comme
expérimentateur, j’évite les systèmes phi-
losophiques (Cl. Bernard). Tu as trouvé
la force d’éviter toute parole un peu pro-
fonde (Mauriac). Ils évitèrent de se parler
en face (Zola).

II. Placer un train ou un wagon sur une


voie d’évitement.

• SYN. : I, 1 s’éloigner de, fuir ; 2 contourner,


se garer de ; 3 échapper à, obvier à, parer,
prévenir, se protéger de ; 4 empêcher ; 5
épargner ; 6 éluder, s’interdire.

• REM. La construction éviter quelque


chose à quelqu’un, condamnée par cer-
tains grammairiens, est utilisée aussi
bien dans la langue écrite que dans la
langue parlée.

& v. intr. (1865, Littré). En parlant d’un


navire, exécuter un mouvement de rota-
tion : Les sloops évitent vent arrière et fuient
vers l’île (Elder).

évocable [evɔkabl] adj. (de évoquer ;


1690, Furetière, au sens I ; sens II, 1865,
Littré).

I. En droit, qui peut être évoqué par un


tribunal : Affaire évocable.

II. Qui peut être évoqué : Les élans de


l’humanité vont surtout au Fils [Jésus],
qui est seul évocable (Huysmans).

évocateur, trice [evɔkatoer, -tris] adj.


(de évoquer, d’après le lat. evocator, celui
qui fait appel à, et, à basse époque, « celui
qui évoque », de evocatum, supin de evo-
care [v. ÉVOQUER] ; 1870, Larousse, au
sens 1 [comme adj. et n.] ; sens 2, av. 1872,
Th. Gautier). 1. Qui évoque, qui a le pou-
voir d’évoquer les esprits : On a cru à la
magie [...], à l’efficacité de certaines for-
mules, à la vertu évocatrice de certaines
plantes (Lamennais) ; et substantiv. : Sa
bouche avait le pli ironique, rarissime chez
les mystiques et les évocateurs (L. Daudet).
‖ 2. Qui a la propriété de rappeler ce qui
est oublié, ou de faire naître des représenta-
tions, des images dans l’esprit : Une phrase
évocatrice. Un style évocateur.

• SYN. : 1 évocatoire, incantatoire ; 2 signi-


ficatif, suggestif, symbolique.

& évocateur n. m. (milieu du XXe s.). En


psychologie expérimentale, objet dont la
configuration perceptive déclenche chez
une espèce animale un comportement
instinctuel.

évocation [evɔkasjɔ̃] n. f. (lat. evocatio,


appel, évocation [des Enfers], levée faite à
la hâte, appel en masse, de evocatum, supin
de evocare [v. ÉVOQUER] ; 1348, Varin, au
sens II ; sens I, 1, 1690, Furetière ; sens I,
2, 1835, Vigny ; sens I, 3, début du XXe s).

I. 1. Action d’évoquer les esprits, les


démons, de les appeler et de les faire
apparaître par des moyens magiques,
des sortilèges : L’évocation du diable. Les
noms possèdent les vertus talismaniques
des paroles constellées en usage dans les
évocations (Balzac). ‖ Par extens. L’esprit
ainsi évoqué. ‖ 2. Action de rappeler à
l’esprit une chose oubliée et, par extens.,
de rendre présent à l’imagination ce
à quoi l’on ne pensait pas : Le pouvoir
d’évocation d’un poème, d’un film. ‖ Spé-
cialem. En psychologie, fonction de la
mémoire par laquelle les souvenirs sont
ramenés à la conscience. ‖ 3. Action de
mentionner un point dans un exposé, d’y
faire allusion : L’évocation d’un problème,
d’une question. Sans doute, l’évocation de
la chirurgie n’est plus aussi terrifiante que
jadis (Valéry).

II. En droit, faculté laissée à une juridic-


tion supérieure, qui infirme une décision
avant dire droit d’un tribunal inférieur,
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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1756

de se prononcer sur le fond du procès,


dès lors que l’affaire est en état d’être
jugée. ‖ Action d’évoquer une cause.

• SYN. : I, 1 incantation ; 2 suggestion ;


3 allusion, mention, rappel.

évocatoire [evɔkatwar] adj. (bas lat.


evocatorius, qui appelle, qui mande
[quelqu’un], de evocatum, supin de evocare
[v. ÉVOQUER] ; XIVe s., au sens II ; sens I,
milieu du XIXe s., Baudelaire).

I. Qui permet une évocation magique :


Manier savamment une langue, c’est pra-
tiquer une espèce de sorcellerie évocatoire
(Baudelaire).

II. En droit, qui sert de fondement à une


évocation.

• SYN. : I évocateur, incantatoire.

évoé ! ou évohé ! [evɔe] interj. (lat. evoe,


euhoe, gr. euoî, cri des bacchantes ; milieu
du XVIIIe s.). Cri joyeux des bacchantes en
l’honneur de Dionysos.

évolué, e [evɔlɥe] adj. (part. passé de évo-


luer ; 1865, Littré, au sens de « qui a subi son
développement naturel » ; sens 1-2, début
du XXe s.). 1. Se dit d’une personne qui a
atteint un certain degré de culture : Des
paysans évolués. Un esprit évolué. ‖ 2. Se
dit d’un peuple, d’une civilisation qui a
atteint un développement avancé, en rap-
port avec l’évolution générale de la science
et des techniques : Dans les pays évolués, la
division du travail est poussée à l’extrême.
• SYN. : 1 cultivé, délicat, raffiné ; 2 déve-
loppé, industrialisé, mécanisé, moderne.

— CONTR. : 1 arriéré, fruste, grossier, pri-


mitif, sauvage ; 2 sous-développé.

évoluer [evɔlɥe] v. intr. (de évolu- [tion] ;


1783, Encycl. méthodique, au sens I, 1 ;
sens I, 2, 1849, Bescherelle ; sens I, 3, 1870,
Larousse ; sens II, av. 1865, Proudhon).

I. 1. Se mouvoir en tournant sur soi-


même. ‖ Spécialem. En parlant d’un
navire, accomplir un mouvement, au
moyen de la barre et du moteur, pour
changer de cap. ‖ 2. Exécuter des évolu-
tions, des mouvements d’ensemble coor-
donnés (en parlant d’une unité militaire,
d’une escadre, etc.) : Faire évoluer des
troupes. ‖ 3. Par extens. Accomplir des
tours, des mouvements en divers sens :
Des avions qui évoluent dans le ciel. ‖ Se
déplacer, aller et venir en se comportant
de telle ou telle façon : Le Nabab évoluait
tranquillement à travers cette serre mon-
daine (Daudet).

II. Passer progressivement à un autre


état, par une série de transformations :
L’humanité évolue sans cesse d’une forme
à une autre forme (Pelletan). La situation
économique a évolué favorablement de-
puis le début de l’année. Vous aurez peine
à le reconnaître : ses idées ont beaucoup
évolué en quelques années.

• SYN. : I, 2 manoeuvrer ; 3 virevolter ;


déambuler. ‖ II changer, se modifier, se
transformer, varier.

évolutif, ive [evɔlytif, -iv] adj. (de


évolut[ion] ; 1870, Larousse). Qui est sus-
ceptible d’une transformation progressive ;
qui procure ou favorise cette transforma-
tion. ‖ Spécialem. Se dit d’une maladie
dont les symptômes ou les manifestations
se suivent sans interruption, évoluant géné-
ralement vers l’aggravation : Tuberculose
évolutive.

évolution [evɔlysjɔ̃] n. f. (lat evolutio,


action de dérouler, de parcourir, de lire,
de evolutum, supin de evolvere, emporter
en roulant, faire rouler loin de, de ex-, préf.
marquant un mouvement d’éloignement,
et de volvere, rouler, faire rouler ; début
du XVIe s., au sens I, 2 ; sens I, 1, milieu
du XIXe s., Baudelaire ; sens I, 3, 1762,
J.-J. Rousseau ; sens II, 1, 1811, Wailly ; sens
II, 2, 1849, Bescherelle).

I. 1. Action de faire un tour sur soi-


même. ‖ Spécialem. Changement de cap
d’un navire. ‖ 2. Manoeuvre, mouve-
ment d’ensemble exécuté par une troupe,
une flotte, des véhicules, des avions, etc.,
dans une formation précise choisie a
priori et dans un espace limité : Assister
aux évolutions d’une escadre. ‖ 3. (Au
plur.) Mouvements divers et coordonnés :
Les évolutions impressionnantes d’un tra-
péziste. Suivre les évolutions d’un groupe
de danseurs. ‖ Mouvements variés et sui-
vis, accomplis en se déplaçant : La chasse,
dans ses capricieuses évolutions, dans ses
retours soudains et rapides, se rapprochait
de nouveau de la clairière (Sue).

II. 1. Transformation graduelle et conti-


nue, qui s’étend sur une assez longue
période et dont les étapes successives ne
sont généralement pas perçues séparé-
ment : Tout se meut, tout change et tout
est évolution dans la société (Proudhon).
‖ Série de transformations orientées
dans une direction et qui marquent un
développement quelconque : L’évolu-
tion des idées, des sciences, des moeurs.
L’évolution de la situation politique. Nous
avons déjà vu à Paris l’évolution roman-
tique favorisée par la monarchie (Baude-
laire). Abréger l’évolution d’un jeune être,
c’est raccourcir le ressort qui lance sa vie
(Montherlant). ‖ 2. Théorie de l’évolu-
tion, en biologie, théorie admettant la
continuité du monde vivant, les formes
animales et végétales dérivant les unes
des autres par filiation.

• SYN. : II, 1 Changement, développement,


modification, mouvement.

évolutionnisme [evɔlysjɔnism] n. m.
(de évolutionniste ; 1878, Larousse, au sens
1 ; sens 2, 1888, Larousse). 1. Théorie scien-
tifique d’après laquelle les espèces vivantes
dérivent les unes des autres par transfor-
mation naturelle (en ce sens, on dit plus

justement TRANSFORMISME) : Mais, s’il est


pour la science un péril à se reposer dans la
doctrine de l’évolutionnisme, ce n’est point
par paresse que Darwin l’aura formulée
(Gide). ‖ 2. Doctrine philosophique qui
explique par le principe de l’évolution le
développement du monde et de toutes les
formes du réel (matière, vie, esprit, insti-
tutions, etc.).

• SYN. : 1 darwinisme, lamarckisme, muta-


tionnisme, transformisme. — CONTR. :
1 fixisme.

évolutionniste [evɔlysjɔnist] n. et adj.


(de évolution ; 15 févr. 1876, Revue des
Deux Mondes). Partisan de l’évolution-
nisme : Quel évolutionniste irait supposer
quelque rapport que ce soit entre chenille
et papillon ? (Gide).

& adj. Relatif à l’évolutionnisme : Une


doctrine évolutionniste. Ce sont les mêmes
qui pensent que l’explication évolutionniste
réussit à supplanter Dieu (Gide).
• SYN. : transformiste. — CONTR. : fixiste.

évoquer [evɔke] v. tr. (lat. evocare, appe-


ler à soi, faire venir, appeler, mander, de ex-,
préf. à valeur intensive, et de vocare, appe-
ler, dér. de vox, vocis, voix, son de la voix,
parole ; fin du XIVe s., E. Deschamps, au
sens I, 1 ; sens I, 2, 1807, Mme de Staël ; sens
I, 3, fin du XIXe s. ; sens I, 4, 1832, Balzac ;
sens II, fin du XVe s.

I. 1. Appeler à soi, faire apparaître


par des opérations magiques, par des
prières : « Qui voulez-vous que je vous
évoque ? — Évoquez-moi Samuel, répon-
dit Saül » (Bossuet). L’oeil du Diable évo-
qué dans la nuit n’a pas lui (Leconte de
Lisle). ‖ Spécialem. Apostropher, inter-
peller d’une manière oratoire l’esprit de
personnes mortes ou les choses inani-
mées en les personnalisant : Évoquer les
mânes de ses aïeux. ‖ 2. Rendre présent
à la mémoire : Je sais l’art d’évoquer les
minutes heureuses (Baudelaire). Évoquer
des souvenirs de jeunesse. ‖ 3. Faire men-
tion de, faire allusion à : Évoquer un pro-
blème. ‖ 4. Faire songer à, éveiller l’idée
ou l’image de : Bon gré, mal gré, les cou-
chettes évoquèrent la chambre (Cocteau).
Un rocher qui évoque une tête humaine.

II. Évoquer une affaire, en parlant d’une


juridiction, se réserver une affaire qui
devait être soumise à une juridiction
inférieure.

• SYN. : I, 2 rappeler, remémorer, réveiller,


revivre ; 3 citer, mentionner ; 4 représenter,
suggérer, symboliser.

évulsion [evylsjɔ̃] n. f. (lat. evulsio, action


d’arracher, de evulsum, supin de evellere,
arracher, enlever, déraciner, de ex-, préf.
à valeur intensive, et de vellere, arracher,
détacher en tirant ; 1611, Cotgrave). En
chirurgie, action d’arracher, d’extraire :
L’évulsion d’une esquille.

• SYN. : avulsion, extraction.


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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1757

evzone [ɛvzon] n. m. (mot du gr. moderne,


du gr. anc. euzônos, à la belle ceinture,
et [pour les hommes] à la tunique bien
retroussée à la ceinture, d’où « agile, alerte »
[pour la marche, le travail, le combat], de eu,
bien, et de zônê, ceinture ; début du XXe s.).
Fantassin grec de l’infanterie légère.

ex- [ɛks] préf. (lat. ex-, hors de, et, à basse


époque, « anciennement, ci-devant », en
parlant d’une charge qu’on a fini d’exercer
[cf. exconsul, ancien consul ; exconsularis,
ancien consulaire, etc.] ; XVIIe s.). Particule
placée devant un nom et liée à lui par un
trait d’union, exprimant ce qu’a été et a
cessé d’être une personne ou un groupe
de personnes : Un ex-député. L’ex-consul
de France à Rome.

ex abrupto [ɛksabrypto] loc. adv. (loc.


du lat. moderne, formée avec le lat. class.
ex, de, hors de, et abrupto, ablatif de l’adj.
abruptus [v. ABRUPT] ; 1695, Regnard).
D’une manière brusque, sans aucune
transition ; sans préparation : Une pierre
était là. L’évêque s’y assit. L’exorde fut « ex
abrupto » (Hugo). Ouvrir « ex abrupto »
une discussion dès le début d’une réunion.
• SYN. : à brûle-pourpoint, abruptement,
brusquement.

exacerbation [ɛgzasɛrbasjɔ̃] n. f. (bas


lat. exacerbatio, action d’irriter, de exa-
cerbatum, supin de exacerbare [v. EXA-
CERBER] ; 1503, G. de Chauliac [mot rare
av. le XVIIIe s.]). Redoublement d’un mal ;
caractère plus aigu que prend une maladie,
un sentiment : L’exacerbation d’un désir
longtemps refoulé.

• SYN. : exaspération, paroxysme, recrudes-


cence. — CONTR. : accalmie, apaisement,
décroissance, retombée.

exacerber [ɛgzasɛrbe] v. tr. (lat. exa-


cerbare, aigrir [quelqu’un], irriter, affecter
douloureusement, aggraver, de ex-, préf. à
valeur intensive, et de acerbus, âpre, dur,
pénible, cruel, dér. de acer, pointu, perçant,
pénétrant, vif, violent, rigoureux ; 1611,
Cotgrave, comme v. pr., au sens de « se
mettre en colère, être exaspéré » ; comme
v. tr., aux sens 1-2, 1868, Th. Gautier).
1. Rendre plus aigu : Une sensibilité exa-
cerbée par les fatigues de cette guerre
(Bordeaux). ‖ 2. Pousser à un haut degré
de sensibilité, d’irritation : Cette scène de la
veille, qui devait exacerber ses sens, produi-
sit l’effet absolument contraire (Huysmans).
• SYN. : 1 aggraver, attiser, aviver, intensi-
fier ; 2 enflammer, exalter, exaspérer, exci-
ter, irriter. — CONTR. : 1 adoucir, atténuer,
émousser ; 2 apaiser, calmer.
& s’exacerber v. pr. (sens 1, début du XXe s. ;
sens 2, 1884, Huysmans). 1. Devenir plus
vif, plus aigu : Une passion qui s’exacerbe.
‖ 2. Devenir extrêmement sensible, irri-
table : Mais alors sa santé faiblit et son
système nerveux s’exacerba (Huysmans).

exact, e [ɛgzakt ou ɛgza, -akt] adj. (lat.


exactus, précis, exact, accompli, part. passé
adjectivé de exigere, achever [v. EXIGER] ;
XVIe s., au sens 1 ; sens 2, 1657, Pascal ;
sens 3, 1690, Furetière ; sens 4, 1652,
La Rochefoucauld ; sens 5, av. 1696, La
Bruyère ; sens 6, 1870, Larousse). 1. Class.
Se dit d’une chose, d’une action parfaite,
accomplie minutieusement : Dans une
exacte et sainte austérité (Racine). ‖ 2. Se
dit d’une chose strictement conforme à
la vérité : Un compte-rendu exact. Il note
chaque jour le degré exact de son ivresse
(Maupassant). ‖ Qui reproduit le modèle
avec la plus grande fidélité possible : C’est
une copie exacte de la « Vénus de Milo ».
‖ Qui ne comporte aucune erreur : Une
démonstration exacte. ‖ Les sciences
exactes, les mathématiques, conçues
comme déductions rigoureuses de vérités
établies a priori. ‖ 3. Se dit de ce qui est
rigoureusement conforme aux règles pres-
crites, aux normes établies : Une mesure
exacte. Je guette le soleil, car je sais l’heure
exacte | Où l’aurore rougit les neiges du
Socrate (Heredia). ‖ 4. Class. Se dit de
quelqu’un qui est consciencieux dans tout
ce qu’il fait : Un auteur exact et scrupuleux
(La Bruyère). ‖ Exact à (suivi de l’infinitif),
qui accomplit fidèlement ce qu’il a promis :
Ces nouveaux amis ne sont pas [...] si exacts
à tenir leur parole (La Rochefoucauld).
‖ Spécialem. et class. Qui fait preuve
d’une grande sévérité : Le Ciel, qui vous a
souffert jusques ici, ne pourra souffrir du
tout cette dernière horreur. — Va, va, le ciel
n’est pas si exact que tu penses » (Molière).
‖ 5. Se dit de quelqu’un qui respecte par-
faitement la vérité : Ses deux enfants [...]
faisaient aussi leurs bouquets ou, pour
être exact, leurs bottes de fleurs (Balzac).
‖ 6. Se dit de quelqu’un qui arrive à l’heure
fixée, qui n’a aucun retard : Être exact à un
rendez-vous. Ma mère s’émerveillait qu’il
[M. de Norpois] fût si exact, quoique si
occupé, si aimable quoique si répandu
(Proust).

• SYN. : 2 strict, vrai ; fidèle ; rigoureux ;


3 correct, juste, précis ; 5 minutieux, scru-
puleux, véridique ; 6 ponctuel. — CONTR. :
2 erroné, falsifié, faux, inexact ; fantaisiste,
infidèle ; fautif, incorrect ; 3 approchant,
approximatif, imprécis, vague.

exactement [ɛgzaktəmɑ̃] adv. (de


exact ; 1541, J. Canappe, au sens 1 ;
sens 2, 1870, Larousse ; sens 3, av. 1778,
J.-J. Rousseau). 1. Class. Avec beaucoup de
soin, d’attention : Observe exactement la
loi que je t’impose (Corneille). ‖ 2. Avec
une grande précision : Je résolus de parler
à cet homme et de connaître exactement sa
date de naissance (Maupassant). ‖ 3. Tout à
fait : Il avait exactement votre visage (Gide).
• SYN. : 2 précisément ; 3 absolument, réel-
lement, vraiment.

exacteur [ɛgzaktoer] n. m. (lat. exactor,


celui qui chasse, expulse, collecteur d’im-

pôts, surveillant, contrôleur, de exactum,


supin de exigere, réclamer, faire payer
[v. EXIGER] ; 1304, Godefroy, écrit exau-
tor [exacteur, milieu du XIVe s.], au sens 1 ;
sens 2, v. 1361, Oresme). 1. Class. Celui qui
exige ce qui est dû ; en particulier, celui qui
fait payer les impôts, les tributs : Des ber-
gers [...] qui paient à un exacteur la moitié
des gages chétifs qu’ils reçoivent de leurs
maîtres (Voltaire). ‖ Par extens. et class.
Celui qui fait valoir ses droits avec rigu-
eur : Un maître, sévère exacteur de ses droits
(Bourdaloue). ‖ 2. Vx. Celui qui commet
une exaction, qui extorque de l’argent par
abus de pouvoir.

exaction [ɛgzaksjɔ̃] n. f. (lat. exactio,


expulsion, bannissement, recouvrement
[d’argent, d’impôts], de exactum, supin de
exigere [v. l’art. précéd.] ; XIIIe s., Tailliar,
au sens 1 ; sens 2, v. 1361, Oresme ; sens 3,
XXe s.). 1. Class. Action d’exiger le paie-
ment de ce qui est dû : Ma femme fut plus
de trois ans à l’exaction desdits arrérages
(Malherbe). ‖ Spécialem. Action de faire
payer les impôts, les tributs : Les dépenses
et les exactions étaient infinies (Bossuet).
‖ 2. Action d’exiger plus qu’il n’est dû ou
ce qui n’est pas dû ; en particulier, acte d’un
fonctionnaire qui abuse de son pouvoir
pour extorquer de l’argent aux administrés.
‖ 3. (Au plur.) Sévices, actes de violence,
de pillage commis contre des populations.
• SYN. : 2 concussion, détournement, extor-
sion, malversation, prévarication ; 3 brigan-
dage, déprédation, pillage.

exactitude [ɛgzaktityd] n. f. (de exact ;


1644, Livet, au sens 1 ; sens 2, 1664,
Corneille ; sens 3, 1680, Mme de Sévigné ;
sens 4, 1663, Molière ; sens 5, v. 1740,
Voltaire ; sens 6, 1756, Voltaire). 1. Class.
Soin minutieux apporté à faire ce qui est
convenu, promis, prescrit : L’exactitude
qu’on y avait [en Égypte] à garder les
petites choses maintenait les grandes
(Bossuet). ‖ 2. Class. Qualité d’une per-
sonne qui remplit ses engagements avec
une conscience scrupuleuse et n’omet rien
de ce qui est convenu : Votre exactitude |
Se charge en ma faveur de trop d’inquié-
tude (Corneille). ‖ 3. Spécialem. Qualité
d’une personne qui arrive à l’heure fixée,
qui est ponctuelle : L’exactitude est la poli-
tesse des rois. ‖ 4. Class. Caractère de ce qui
est exécuté de façon parfaite ; en particu-
lier, correction et précision du style : Il n’a
manqué à Térence que d’être moins froid :
quelle pureté, quelle exactitude, quelle poli-
tesse ! (La Bruyère). ‖ 5. Caractère de ce
qui est conforme à la vérité : L’exactitude
d’un fait ‖ de ce qui reproduit fidèlement
la réalité : La littérature a été prise, un peu
après 1850, d’un grand souci d’exactitude et
de vérité (Lemaitre) ‖ de ce qui est rigou-
reux, conforme à la logique : L’exactitude
d’une démonstration, d’un raisonnement.
‖ 6. Conformité de la mesure obtenue avec
la grandeur mesurée : L’exactitude d’un
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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1758

calcul, d’un compte. ‖ Par extens. Qualité


d’un instrument de mesure qui donne
des indications conformes à la grandeur
mesurée : L’exactitude d’une montre, d’un
thermomètre.

• SYN. : 3 ponctualité ; 5 véracité, vérité ;


fidélité ; justesse, rectitude, rigueur ; 6 cor-
rection, précision.

exaèdre n. m. Forme peu usitée de


HEXAÈDRE.

ex aequo [ɛgzeko] loc. adv. et adj. (loc. lat.


signif. « à égalité », de ex, prép. marquant le
point de départ, et aequo, ablatif neutre de
l’adj. aequus, égal, juste ; 1861, Sainte-Beuve
[mais probablem. bien antérieur]). À éga-
lité, sur le même rang dans le classement
d’un examen, d’une compétition sportive,
etc. : Ils se sont classés « ex aequo ». Élèves
« ex aequo » à une composition. Troisième
« ex aequo ».

& n. invar. (XXe s.). Candidats qui se sont


classés au même rang : Deux, trois « ex
aequo ».

exagérateur, trice [ɛgzaʒeratoer, -tris]


n. et adj. (bas lat. exaggerator, exagérateur,
de exaggeratum, supin de exaggerare
[v. EXAGÉRER] ; av. 1654, Guez de Balzac).
Vx. Qui exagère en parlant : Le grand rhé-
toricien Villars, grand menteur [...] ou du
moins exagérateur, boursoufleur souvent
ridicule (Michelet).

• SYN. : hâbleur. — CONTR. : modeste.

exagératif, ive [ɛgzaʒeratif, -iv] adj.


(dér. savant de exagérer ; 1690, Furetière).
Vx. Qui est empreint d’exagération : Ce
qui paraît [...] leur avoir inspiré ce langage
exagératif... (Bossuet).

exagération [ɛgzaʒerasjɔ̃] n. f. (lat.


exaggeratio, accumulation de terre, éléva-
tion d’âme, amplification [en rhétorique],
de exaggeratum, supin de exaggerare [v.
EXAGÉRER] ; 1549, R. Estienne, au sens
1 ; sens 2, début du XVIIIe s., Fontenelle ;
sens 3, 1870, Larousse). 1. Action d’exagé-
rer, de grossir les proportions des choses
dans ses paroles, ses actions : Tomber dans
l’exagération. On y pousse loin la haine de
l’exagération (Vigny). ‖ 2. Action, propos
empreints d’excès, de démesure : Les exa-
gérations d’un journaliste. Il y avait eu,
à l’origine, des exagérations dans le sens
autrichien (Bainville). ‖ 3. Développement
excessif de quelque chose : L’exagération
des dépenses d’un budget.

• SYN. : abus, démesure, emphase, hyper-


bole ; 2 bluff (fam.), excès, outrance.

— CONTR. : 1 affaiblissement, atténuation,


mesure, modération.

exagéré, e [ɛgzaʒere] adj. (part. passé de


exagérer ; XVIIIe s., aux sens 1-2). 1. Vx. Se
dit d’une personne qui donne dans l’exagé-
ration, qui manque de mesure : En femme
exagérée [Mme de Bargeton], elle s’exagérait
la valeur de sa personne (Balzac). ‖ 2. Se
dit de ce qui est marqué par l’exagération,

de ce qui est excessif : On finit par se faire


arrêter à Crespy pour cause de vagabondage
et de troubadourisme exagéré (Nerval).
‖ Spécialem. Qui déforme, amplifie la
réalité : Un récit, un compte-rendu exagéré.
• SYN. : 2 abusif, débridé, démesuré,
échevelé, effréné, excessif, fou, immo-
déré, insensé, outré ; forcé, hyperbolique.
— CONTR. : 2 mesuré, modéré, modeste,
raisonnable.

& exagéré n. m. (1767, Diderot). Vx. Ce qui


est exagéré ; caractère exagéré : Mlle Rachel
a su charmer le public, parce que, dans ce
siècle de l’exagéré, elle a su marquer la pas-
sion sans l’exagérer (Stendhal).

exagérément [ɛgzaʒeremɑ̃] adv. (de


exagéré ; début du XIXe s.). D’une manière
exagérée, avec excès : J’expiais le mal-
heur d’avoir été [...] exagérément couvé
(Mauriac).

exagérer [ɛgzaʒere] v. tr. (lat. exaggerare,


rapporter des terres sur, augmenter en accu-
mulant, amplifier, grossir, de ex-, préf. à
valeur intensive, et de aggerare, amonceler,
accumuler, gro ssir [au pr. et au fig.], dér.
de agger, am oncellement de matériaux de
toute espèce ; v. 1535, G. de Selve, écrit exag-
gérer [exagérer, XVIIe s.], au sens 2 ; sens 1,
1580, Montaigne ; sens 3, fin du XVIIe s.,
Bossuet). [Conj. 5 a.] 1. Class. et littér.
Porter au plus haut point quelque chose,
le faire valoir : Ne pouvant assez vous exa-
gérer les avantages... (Colbert). Souvent, une
grande idée n’a pas assez d’un seul grand
homme pour l’exprimer, pour l’exagérer tout
entière (Gide). ‖ 2. Déformer les choses en
leur donnant, dans les paroles ou dans la
pensée, une importance, des proportions
qu’elles n’ont pas réellement : Exagérer les
qualités, les mérites de quelqu’un. Exagérer
la difficulté d’une entreprise. ‖ Absol.
Déformer la vérité, la réalité, en ampli-
fiant : On n’exagère point quand on dit que
Constantinople offre le plus beau point de
vue de l’univers (Chateaubriand). Il ment
sans cesse, ou plutôt il exagère. ‖ 3. Dans
son action, donner à quelque chose un
caractère excessif : Il trottait à l’anglaise,
en exagérant les ressauts (Maupassant). Il
n’y a plus qu’à attendre, dit Demachy, qui
exagérait son air indifférent (Dorgelès).
Un peintre qui exagère les formes. ‖ Absol.
Dépasser la mesure : En toutes choses, il
[La Fontaine] exagérait, et sincèrement.
Il se prenait tout d’un coup et se donnait
sans réserve (Taine). Au fait, vous avez
raison, ma petite. J’exagère peut-être un
peu (Daudet).

• SYN. : 2 grossir, surestimer, surfaire ;


broder (fam.), bluffer (fam.) ; 3 accentuer,
accuser, amplifier, outrer ; abuser, charrier
(pop.), forcer, pousser (pop.).
& s’exagérer v. pr. (sens 1, 1656, Brébeuf ;
sens 2, déc. 1841, Revue des Deux Mondes).
1. S’exagérer quelque chose, l’apprécier
d’une façon exagérée, lui donner une
importance démesurée : Il s’exagère les

difficultés de l’entreprise. Ce Germain


sentimental portait en lui une détresse :
il se savait laid, et il s’exagérait maladive-
ment cette laideur ; au point, certains jours,
de désespérer de tout (Martin du Gard).
‖ 2. Devenir excessif, prendre un caractère
exagéré : Quand nous entrons dans les salles
de la sculpture du XVIIe siècle et du XVIIIe
siècle au Louvre [...], nous constatons que
l’expression est forcée et s’exagère au point
d’inquiéter (Matisse).

exaltable [ɛgzaltabl] adj. (de exalter ;


1865, Littré). Qui est de nature à s’exalter :
Un esprit exaltable.

exaltant, e [ɛgzaltɑ̃, -ɑ̃t] adj. (part.


prés. de exalter ; 1865, Littré, au sens 1 ;
sens 2, début du XXe s.). 1. Qui provoque
de l’exaltation, qui stimule le coeur et
l’esprit : L’amour comporte des moments
vraiment exaltants, qui sont les ruptures
(Giraudoux). Il apprit à mesurer un combat
plus exaltant et plus sauvage (Genevoix).
‖ 2. Qui éveille la curiosité intellectuelle,
suscite l’intérêt : Les détails exaltants sur
les philosophes ioniens (Barrès) ; et fam. :
Cela ne semble guère exaltant (Romains).
• SYN. : 1 excitant, stimulant ; 2 enthousias-
mant, intéressant, passionnant.

exaltation [ɛgzaltasjɔ̃] n. f. (bas lat.


ecclés. exaltatio, action d’élever, de haus-
ser, orgueil, de exaltatum, supin de exaltare
[v. EXALTER] ; XIIIe s., Règle du Temple, au
sens 1 ; sens 2, v. 1460, G. Chastellain ; sens 3,
1651, Pascal ; sens 4, 1807, Mme de Staël ; sens
5, 1772, Voltaire ; sens 6, 1865, Littré ; sens 7,
1690, Furetière). 1. Class. Action d’élever,
d’exhausser ; résultat de cette action : Je n’y
pouvais plus [en Europe] remarquer sépa-
rément les États, à cause de mon exaltation
[en un appareil de sa fabrication] qui devint
trop haute (Cyrano). ‖ Auj. Ce sens sub-
siste dans l’expression : fête de l’Exaltation
de la sainte Croix, fête de l’Église catho-
lique, célébrée le 14 septembre, en mémoire
de l’arrivée à Jérusalem de la vraie Croix,
reconquise sur les Perses (628). ‖ 2. Class.
et fig. Action de promouvoir, de mettre à un
rang plus élevé : Mon petit colonel m’a écrit,
et à son oncle, pour nous donner part de son
exaltation [au grade de colonel] (Sévigné).
‖ Spécialem. Promotion à la dignité ponti-
ficale : Le dernier a même quelque espoir,
parce qu’étant évêque et prince d’Ostie,
son exaltation amènerait un mouvement
qui laisserait cinq grandes places libres
(Chateaubriand). ‖ 3. Fig. Action de van-
ter hautement quelqu’un ou quelque chose,
de porter très haut ses mérites, sa gloire :
Chez certains, l’exaltation du travail ; chez
les autres, l’exaltation de la race ; chez les
uns et les autres, une volonté extraordinaire,
parfois violemment imposée, s’applique au
renversement des évaluations morales que
l’on croyait inébranlables (Valéry). Nous
regardons cette statue [de l’Ancien Empire
égyptien] avec une admiration que nous
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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1759

ne sommes pas allés chercher dans l’exal-


tation des valeurs bourgeoises (Malraux).
‖ 4. Fig. Élévation d’un sentiment à un
haut degré d’intensité : L’exaltation du
sentiment religieux. Ce qui est le propre
de l’Espagne, la tendance à l’exaltation
des sentiments (Barrès). ‖ 5. Absol. État
de surexcitation, d’activité intense de l’es-
prit ; grand enthousiasme : Ce délire dura
deux années entières, pendant lesquelles
les facultés de mon âme arrivèrent au plus
haut point d’exaltation (Chateaubriand).
Je travaillais peu, parce que j’attendais
le moment du génie, c’est-à-dire cet état
d’exaltation qui, alors, me prenait peut-
être deux fois par mois (Stendhal). Je partis
après quelques moments passés dans une de
ces heureuses stupeurs des âmes arrivées là
où finit l’exaltation et où commence la folle
extase (Balzac). ‖ 6. Littér. Accroissement
de l’intensité de quelque chose : Dans le
désert sans eau, où la soif est inapaisable, je
préférais encore la ferveur de ma fièvre sous
l’exaltation du soleil (Gide). ‖ Spécialem.
et vx. Accroissement anormal de l’activité
d’un organe. ‖ Exaltation de la virulence,
augmentation du pouvoir pathogène d’un
germe. ‖ 7. Vx. Vaporisation d’une subs-
tance chimique : L’exaltation du soufre.

• SYN. : 3 apothéose, glorification, sublima-


tion ; 5 délire, emballement, enivrement,
excitation, extase, exultation, fièvre, gri-
serie, ivresse, transport, vertige.

exalté, e [ɛgzalte] adj. (part. passé de


exalter ; 1656, Corneille, au sens 2 ; sens 1,
1835, Vigny). 1. Qui est empreint d’exalta-
tion : Il parlait sur un ton un peu exalté qui
m’inquiéta (Gide). ‖ 2. Littér. Qui atteint
un haut degré d’intensité : Le soleil se cou-
chait dans une splendeur exaltée (Gide).
• SYN. : 1 ardent, emballé (fam.), enthou-
siaste, frénétique, passionné.

& adj. et n. (av. 1778, Diderot). Péjor. Qui


est dominé par une passion exclusive
et aveugle, et agit sans discernement ni
mesure : Les exaltés sont toujours en petit
nombre, mais ils s’imposent en coupant les
voies à la conciliation (Renan).

• SYN. : enragé, excité (fam.), fanatique,


surexcité, survolté.

exalter [ɛgzalte] v. tr. (lat. exaltare,


exhausser, élever [au pr. et au fig.], de
ex-, préf. à valeur intensive, et de altus,
haut, élevé ; fin du Xe s., Vie de saint
Léger, au sens de « élever [quelqu’un] très
haut » [au fig.] ; sens 1, v. 1530, C. Marot ;
sens 2, 1683, Bossuet ; sens 3 et 6, 1770,
Raynal ; sens 4, 1835, Acad. ; sens 5, 1721,
Montesquieu [« purifier un métal, etc. »,
1690, Furetière]). 1. Célébrer, glorifier
hautement quelqu’un ou quelque chose,
faire un grand éloge de ses mérites, de ses
qualités : Ses camarades le chérissaient et
l’exaltaient à l’envi (Sainte-Beuve). [Elle]
prépara fort habilement le mariage en
exaltant l’héroïsme du jeune missionnaire
(Daudet). ‖ 2. Class. Élever, porter trop

haut, par un sentiment d’orgueil : Si je n’ai


pas eu d’humbles sentiments et que j’aie
exalté mon âme... (Bossuet). ‖ 3. Porter
un sentiment à un haut degré d’intensité :
Je les enviais et je les méprisais ; et leur
dédain [...] exaltait encore ma rancoeur
(Mauriac). ‖ 4. Inspirer, communiquer à
quelqu’un un vif enthousiasme, échauf-
fer son esprit, son imagination : Exalter
son auditoire par des paroles éloquentes.
Le récit des grandes entreprises exalte la
pensée (Nerval). Elle dit que ça lui éparpille
les idées, l’empêche de penser. Moi, le vent
m’exalte (Daudet). ‖ Spécialem. Surexciter
dangereusement l’esprit : Une sorte de
fureur l’exaltait ; malgré mon inquiétude,
je fus étonné, presque gêné par sa beauté
(Gide). ‖ 5. Rendre une substance plus
active, plus agissante : Exalter la virulence
d’un microbe. ‖ 6. Littér. Faire ressortir
dans toute son intensité : Ces tons, aussi
roses ou aussi cuivrés, que le soleil couché
exalte si somptueusement dans la brume
des fins d’après-midi de novembre (Proust).
• SYN. : 1 chanter, élever, magnifier, vanter ;
3 attiser, aviver, enflammer, raviver ; 4 exci-
ter, électriser, enthousiasmer, galvaniser,
passionner, ravir, survolter ; 5 augmenter,
intensifier. — CONTR. : 1 abaisser, blâmer,
critiquer, dénigrer, déprécier, mépriser,
rabaisser ; 3 affaiblir, apaiser, calmer, dimi-
nuer ; 4 abrutir (fam.), endormir, ennuyer.
& s’exalter v. pr. (sens 1, 1656, Corneille ;
sens 2, 1870, Larousse). 1. Devenir plus vif,
plus intense : La peur de l’enfer s’exaltait en
moi jusqu’à la folie (Bourget). ‖ 2. Céder à
l’enthousiasme, à un sentiment passionné :
Donc, chassons ce nuage et reprenons le
cours | De la charmante ivresse où s’exalta
notre âme (Verlaine).

examen [ɛgzamɛ̃] n. m. (lat. examen, lan-


guette d’une balance, action de peser, exa-
men, contrôle, mot de la même famille que
exigere, peser [v. EXIGER et aussi ESSAIM] ;
v. 1340, Tombel de Chartrose, au sens I, 1 ;
sens I, 2, av. 1778, Voltaire ; sens I, 3, 1690,
Furetière ; sens I, 4, début du XXe s. ; sens II,
1485, Ordonnance royale).

I. 1. Observation attentive, étude minu-


tieuse : L’examen des lieux doit se faire
avant la signature du contrat de loca-
tion. Perdu dans l’examen de ses nou-
velles richesses, sa tête exsangue, sans
âge, penchée sur le verre grossissant d’une
loupe, il soulevait une à une [...] les pages
lourdes entre lesquelles apparaissent
les plantes (Daudet). ‖ Résister, ne pas
résister à l’examen, ou ne pas supporter
l’examen,présenter un caractère apparent
qui correspond ou ne correspond pas à la
réalité : Fausseté, égoïsme, méchanceté :
autant d’accusations qui ne résistaient
pas cinq minutes à l’examen, à cette in-
tuition clairvoyante que la présence, le
contact direct éveillent chez un observa-
teur quelque peu doué de flair (Martin du
Gard) ‖ se dit surtout des oeuvres écrites,

qui ont ou n’ont pas des qualités réelles :


Il était saisi de la somme de médiocrité
et de mensonge qui constitue le trésor
artistique d’un grand peuple. Combien de
pages résistaient à l’examen ? (Rolland).
Hélas ! ce petit livre, assez bien parti, plein
des plus généreuses utopies, ne supporte
pas longtemps l’examen (Gide). ‖ Liberté
d’examen, libre examen, droit d’examen,
principe selon lequel tout homme peut,
en conscience, ne croire que ce que sa rai-
son individuelle juge vrai, sans être tenu
d’accepter, surtout en matière de foi, les
décisions d’aucune autorité. ‖ Examen
de conscience, action de passer en revue
les fautes qu’on a pu commettre, en vue
de se préparer à la confession, et, plus
généralement, examen critique et sans
complaisance de sa propre conduite : La
Saint-François m’est tous les ans un jour
d’examen de conscience (Chateaubriand).
‖ 2. Vx. Jugement, esprit critique :
L’abbé Niollant communiqua sa hardiesse
d’examen et sa facilité de jugement à son
élève (Balzac). ‖ 3. Class. La censure :
[Le livre] passe à l’examen, il est imprimé
(La Bruyère). ‖ 4. Investigation médi-
cale : Avant de me laisser mettre le pied
sur le sol américain, on m’a soumis à di-
vers examens médicaux (Duhamel). Subir
un examen radiologique.

II. Épreuve unique, ou ensemble


d’épreuves écrites ou orales, que l’on fait
subir à un candidat pour constater son
degré d’instruction ou ses aptitudes : Il
prétend se passer des derniers cours et pré-
parer son examen tout seul (Gide).

• SYN. : I, 1 enquête, étude, inspection,


investigation, vérification ; 4 contrôle, visite.

examinable [ɛgzaminabl] adj. (de exa-


miner ; 1601, Charron). Qui peut être exa-
miné : Cette proposition est examinable.

examinateur, trice [ɛgzaminatoer,


-tris] n. (bas lat. examinator, -trix, celui
[celle] qui pèse, celui [celle] qui examine,
de examinatum, supin de examinare
[v. EXAMINER] ; 1307, Godefroy, au sens de
« personne qui interroge les témoins » ; sens
1, milieu du XVIe s., Amyot ; sens 2, 1690,
Furetière). 1. Class. Personne qui observe
avec minutie : Ces curieux [attentifs] exa-
minateurs des coutumes reçues (Pascal).
‖ 2. Personne chargée de faire subir un
examen à des candidats, en particulier
un examen oral : J’écrivais à leur sujet [les
oeuvres humaines] ce qu’il faut écrire pour
plaire aux examinateurs (Mauriac).

• SYN. : 2 correcteur, interrogateur.

examiner [ɛgzamine] v. tr. (lat. exa-


minare, peser, mettre en équilibre, exa-
miner, de examen, -minis [v. EXAMEN] ;
v. 1200, Règle de saint Benoît, au sens de
« questionner » ; sens 1, milieu du XVIe s.,
Amyot ; sens 2, début du XXe s. ; sens 3, 1690,
Furetière). 1. Observer, étudier sous tous
les aspects, en prêtant attention à chaque
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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1760

détail : J’arrivai à Venise le 23, j’examinai


pendant cinq jours les restes de sa gran-
deur passée (Chateaubriand). La petite fille
examinait les tas en estimant leur valeur
(Balzac). ‖ Spécialem. Regarder longue-
ment et attentivement (vieilli) : Vous n’êtes
plus le même, ajouta-t-elle en examinant
Wenceslas (Balzac). ‖ 2. Soumettre à un
examen médical : Il a longuement examiné
les yeux de Gertrude à l’ophtalmoscope
(Gide). ‖ 3. Faire subir à un candidat un
examen, et en particulier une épreuve orale
(vieilli) : J’étais résolu à ne pas me faire
examiner à Paris (Stendhal).

• SYN. : 1 analyser, considérer, éplucher


(fam.), explorer, inspecter, inventorier,
sonder ; 2 ausculter.

& v. intr. (1755, Voltaire). Vx. Approfondir :


Nous ne sommes plus dans le temps où il
était bon de dire : Croyez et n’examinez plus
(Chateaubriand).

& s’examiner v. pr. (sens 1, 1643, Rotrou ;


sens 2, av. 1850, Balzac). 1. Vx. Faire un
retour sur soi-même, procéder à un exa-
men de conscience : Je rentrai en moi pour
me sonder et m’examiner (Sainte-Beuve).
‖ 2. Se considérer réciproquement, le plus
souvent sans indulgence : Vous savez avec
quelle rapidité deux femmes s’examinent
(Balzac).

exanthémateux, euse [ɛgzɑ̃tematø,


-øz] adj. (dér. savant de exanthème ; 1756,
Encyclopédie). Relatif à l’exanthème ; qui
est de la nature de l’exanthème : Éruption
exanthémateuse.

exanthématique [ɛgzɑ̃tematik] adj.


(dér. savant de exanthème ; 1808, Boiste).
Fièvres exanthématiques, fièvres accom-
pagnées d’éruptions cutanées. ‖ Typhus
exanthématique, maladie infectieuse qui
tient à la fois de la fièvre typhoïde et des
fièvres éruptives.

exanthème [ɛgzɑ̃tɛm] n. m. (bas lat.


médic. exanthema, pustule, exanthème, gr.
exanthêma, -atos, efflorescence, éruption
de la peau, exanthème, dér. de exantheîn, se
couvrir de fleurs, de ex-, préf. marquant un
mouvement de sortie, et de antheîn, pous-
ser, croître, fleurir, dér. de anthos, pousse,
fleur ; 1545, Guéroult, écrit exanthémate ;
exanthème, fin du XVIe s.). Éruption cuta-
née se présentant sous forme de rougeurs,
et qui accompagne certaines maladies
infectieuses (rougeole, érysipèle, typhus).

exarchat [ɛgzarka] n. m. (de exarque ;


milieu du XVIe s., Bonivard, au sens 1 ;
sens 2, 1690, Furetière ; sens 3, XXe s.).
1. Gouvernement militaire byzantin
commandé par un exarque. ‖ 2. Dignité
d’exarque. ‖ 3. En Orient, circonscription
ecclésiastique administrée par un exarque.
(En ce sens, on dit aussi EXARCHIE, n. f.)

exarque [ɛgzark] n. m. (lat. impér. exar-


chus, chef, exarque, gr. exarkhos, [celui]
qui est à la tête de, dér. de exarkhein, être

le chef de, conduire, de ex-, préf. à valeur


intensive, et de arkhein, aller en tête, guider,
commander ; 1516, Faicts des Saincts Pères,
écrit exarche [exarque, XVIIe s.], au sens
1 ; sens 2, 1690, Furetière ; sens 3, XXe s.).
1. Dignitaire qui gouvernait en Italie ou
en Afrique pour le compte des empereurs
d’Orient. ‖ 2. Prélat de l’Église orientale
qui a juridiction épiscopale. ‖ 3. Titre
donné au chef de l’Église nationale bulgare.

exaspérant, e [ɛgzasperɑ̃, -ɑ̃t] adj.


(part. prés. de exaspérer ; XIIIe s., Godefroy,
puis milieu du XIXe s.). Qui exaspère : Il
est exaspérant d’être battu pour une faute
dont on n’est point coupable (Zola). Ah !
sa voix exaspérante, cette voix que j’avais
entendue dans la nuit (Mauriac).

• SYN. : agaçant, crispant, énervant, excé-


dant, horripilant (fam.), insupportable,
irritant, rageant (fam.).

exaspération [ɛgzasperasjɔ̃] n. f. (bas


lat. exasperatio, action de rendre rabo-
teux, irritation [au fig.], de exasperatum,
supin de exasperare [v. EXASPÉRER] ;
1588, Montaigne, au sens 1 ; sens 2, 1849,
Bescherelle ; sens 3, 1870, Larousse). 1. État
d’impatience et de colère : Le sentiment de
son malheur accroissait son exaspération
(Balzac). ‖ 2. Aggravation dangereuse
d’une maladie, d’un mal. ‖ 3. Littér. État de
ce qui atteint un degré d’intensité extrême :
Comme si le génie ne s’accompagnait pas
d’une exaspération de la sensibilité, laquelle
nous fait faire tant de sottises (Lemaitre).
• SYN. : 1 agacement, colère, énervement,
irritation, rage ; 2 exacerbation, redouble-
ment. — CONTR. : 1 calme, flegme, indiffé-
rence, sérénité ; 2 apaisement, atténuation,
diminution.
exaspérément [ɛgzasperemɑ̃] adv. (de
exaspéré, part. passé de exaspérer ; milieu
du XXe s.). Vx et littér. D’une façon exas-
pérante : L’air était devenu exaspérément
suave, entêtant (Sainte-Soline).

exaspérer [ɛgzaspere] v. tr. (lat. exaspe-


rare, rendre rude, raboteux, inégal, enflam-
mer, irriter, aigrir, exaspérer, de ex- [préf.
à valeur intensive] et de aspe-rare, mêmes
sens, dér. de asper, rigoureux, âpre, dur,
pénible, farouche ; 1495, J. de Vignay, au
sens de « rendre [un chemin] plus diffi-
cile » ; sens 1, 1580, Montaigne [rare aux
XVIIe et XVIIIe s.] ; sens 2, milieu du XIXe s.,
Baudelaire). [Conj. 5 b.] 1. Rendre plus
pénible, aggraver un mal : M’expliquerez-
vous, alors, pourquoi je souffre de plus en
plus ? À croire que vos sérums exaspèrent
la douleur (Martin du Gard). ‖ Littér.
Rendre plus intense un sentiment, un
état de conscience ; exciter : Exaspérer un
désir. Nous reconnaissons que cet état ne
produit pas l’indifférence, mais que plutôt
il pervertit et exaspère les instincts profonds
(France). Et, par un jeu naturel, les blessures
de sa sensibilité [de J.-J. Rousseau] exas-
pèrent son orgueil (Lemaitre). ‖ 2. Mettre

quelqu’un dans un état d’irritation et d’im-


patience extrêmes : Il semblait exaspéré et
me répétait dans la figure : « J’en ai assez »
(Maupassant). Ça m’exaspère qu’on dise
que je boude (Renard) ; et absol. : Devant
les autres, je l’ai dit, Wilde montrait un
masque de parade, fait pour étonner ou
pour exaspérer parfois (Gide).

• SYN. : 1 accentuer, accroître, aggraver, avi-


ver, exacerber, intensifier ; aiguiser, allumer,
enflammer ; 2 agacer, crisper, énerver, irri-
ter, surexciter. — CONTR. : 1 adoucir, apai-
ser, atténuer ; affaiblir, étouffer, tempérer ;
2 calmer.

& s’exaspérer v. pr. (sens 1, 1859, V. Hugo ;


sens 2, 1865, Littré). 1. Devenir plus vif ou
plus pénible, s’intensifier : J’aurais dû me
borner à vous dire que je vois dans la chirur-
gie moderne un des aspects les plus nobles et
les plus passionnants de cette extraordinaire
aventure de la race humaine qui s’accélère et
semble s’exaspérer depuis quelques dizaines
d’années (Valéry). ‖ 2. Devenir très irrité :
Et je m’exaspérais, faisant la faute énorme,
| Ayant raison au fond, d’avoir tort dans la
forme (Hugo).

exaucement [ɛgzosmɑ̃] n. m. (de exau-


exaucement [ɛgzosmɑ̃] n. m. (de exau-
cer ; XVIe s., écrit exaulcement ; exaucement,
1690, Furetière). Action d’exaucer ; résultat
de cette action : L’exaucement d’une prière.

exaucer [ɛgzose] v. tr. (var. graphique de


exhausser [v. ce mot], qui avait souvent, en
anc. franç., le sens de « élever en dignité »
[d’après le lat. exaltare, v. EXALTER] et celui
de « écouter favorablement et accomplir une
prière ou un voeu » [d’après le lat. exaudire,
entendre distinctement, écouter favora-
blement, exaucer — de ex-, préf. à valeur
intensive, et audire, entendre, écouter —,
verbe qui était souvent traduit par exaucer
dans les versions franç. de la Bible] ; v. 1540,
C. Marot, au sens 1 ; sens 2, 1677, Racine).
[Conj. 1 a.] 1. En parlant de la Divinité,
écouter favorablement quelqu’un et lui
accorder ce qu’il demande : Ô Seigneur,
exaucez et dictez ma prière (Verlaine).
Souhaite cela si fort qu’un dieu, quelque
part, s’en émeuve et t’exauce (Colette).
‖ 2. Accueillir favorablement, satisfaire
une demande, un voeu : Exaucer les désirs
de quelqu’un. L’implacable concierge [...]
prit l’habitude, quand je lui demandais si
je pouvais monter, de m’indiquer, en soule-
vant sa casquette d’une main propice, qu’il
exauçait ma prière (Proust).

• SYN. : 2 agréer à, combler, contenter,


satisfaire.

excardination [ɛkskardinasjɔ̃] n. f. (dér.


savant du lat. ex-, préf. marquant l’éloi-
gnement, la séparation, et cardo, cardinis,
gond, pivot, point capital ; milieu du XXe s.).
Acte par lequel un prêtre se sépare de son
diocèse pour se rattacher, en général, à un
institut religieux.

ex cathedra [ɛkskatedra] loc. adv. (loc.


du lat. ecclés. moderne signif. « du haut
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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1761

de la chaire », du lat. class. ex, prép. mar-


quant le point de départ, et cathedra, chaise
à dossier, chaire de professeur [et, à basse
époque, « chaire d’une église », v. CHAIRE] ;
1677, Mme de Sévigné, au sens 1 ; sens 2,
1863, Littré [art. cathedra]). 1. En théolo-
gie, d’une manière officielle, en vertu de
l’autorité didactique que l’on tient de son
titre. (Se dit surtout du pape, lorsqu’il s’ex-
prime comme chef de l’Église.) ‖ 2. Fam.
D’une façon doctorale, didactique, voire
autoritaire (en parlant surtout du maître
qui s’exprime devant des élèves) : Si j’ai
parlé de cette longue intimité de quelque
oeuvre et d’un « moi », ce n’était que pour
donner une idée de la sensation très étrange
que j’éprouvai, un matin, en Sorbonne, en
écoutant M. Gustave Cohen développer « ex
cathedra » une explication du « Cimetière
marin » (Valéry).

excavateur, trice [ɛkskavatoer, -tris]


n. (de excaver, d’après l’angl. excavator,
machine à creuser et à faciliter les déblais
et les travaux de construction des chemins
de fer, dér. savant du lat. excavatum, supin
de excavare [v. EXCAVER] ; 1843, Bonnafé
[excavateur ; excavatrice, XXe s.]). Appareil
de terrassement, muni d’une chaîne à
godets circulant sur une élinde, utilisé
pour creuser une fouille.

& excavatrice n. f. (XXe s.). Excavateur léger.

excavation [ɛkskavasjɔ̃] n. f. (lat. exca-


vatio, trou, cavité, excavation, de exca-
vatum, supin de excavare [v. EXCAVER] ;
1566, Du Pinet, au sens 2 ; sens 1, 1690,
Furetière). 1. Action d’excaver, de creuser
la terre : L’excavation d’un puits. ‖ 2. Trou,
cavité dans le sol : La courbe que forme
l’excavation du théâtre dans cette colline
(Chateaubriand). La rivière dessine de
profonds méandres, entre des « falaises »
grises creusées d’innombrables excavations
(Gaxotte).

• SYN. : 2 anfractuosité, creux, grotte, vide.

excavatrice n. f. V. EXCAVATEUR.

excaver [ɛkskave] v. tr. (lat. excavare,


creuser, rendre creux, de ex- [préf. à valeur
intensive] et de cavare, mêmes sens, dér. de
l’adj. cavus, creux, creusé, profond ; fin du
XIIIe s., Végèce [rare av. le XVIIIe s.]). Creuser
le sol ; en particulier, y pratiquer une cavité
plus ou moins profonde, à l’occasion de
travaux publics : Excaver un puits, un tun-
nel. Quelquefois, en excavant le fossé, on
ménageait une langue de terre (Mérimée).
Le roc est excavé profondément, par places ;
il garde les traces des roues des chars grecs
(Gide) ; et par extens. : Pour agrandir
ces quatre fenêtres, il avait fallu excaver
des murs de huit à dix pieds d’épaisseur
(Chateaubriand).

• SYN. : forer.

excédant, e [ɛksedɑ̃, -ɑ̃t] adj. (part. prés.


excédant, e [ɛksedɑ̃, -ɑ̃t] adj. (part. prés.
de excéder ; XIVe s., Chronique de Flandre,
au sens 2 [rare av. le XVIIIe s.] ; sens 1, 1690,

Furetière ; sens 3, 1870, Larousse). 1. Vx.


Qui dépasse une limite fixée : Que faire des
sommes excédantes ? ‖ 2. Fig. Qui passe ce
qu’on peut normalement supporter ; qui
fatigue extrêmement : Deux ou trois heures
d’une méditation excédante (Baudelaire).
‖ 3. Se dit d’une personne qui importune
à l’excès : Un gamin excédant.

• SYN. : 2 épuisant, éreintant, harassant ;


3 agaçant, crispant, énervant, exaspérant,
horripilant.

excédent [ɛksedɑ̃] n. m. (lat. excedens,


-entis, part. prés. de excedere [v. EXCÉDER] ;
fin du XIVe s., E. Deschamps). Ce qui, en
nombre, en quantité, en valeur, excède,
dépasse la mesure normale ou une limite
fixée : La confiance dans le travail natio-
nal a produit des excédents d’impôts qui se
chiffrent par plus de cent millions de francs
(Gambetta). Le gouvernement compte sur
les exportations pour écouler l’excédent
de la récolte de céréales. ‖ D’excédent, en
supplément : Payer cent francs d’excédent.
‖ En excédent, en surnombre.

excédentaire [ɛksedɑ̃tɛr] adj. (de excé-


dent ; 1948, Larousse). Qui est en excédent ;
qui est trop abondant : Certaines années, la
production de vin est excédentaire.

excéder [ɛksede] v. tr. (lat. excedere, s’en


aller de, s’avancer hors de, dépasser, excé-
der, de ex-, préf. marquant le mouvement
de l’intérieur vers l’extérieur, et de cedere,
aller, marcher, s’avancer ; début du XIVe s.,
aux sens I, 1-2 ; sens II, 1, milieu du XVIIIe s.,
Buffon ; sens II, 2, 1668, Racine). [Conj. 5 b.]

I. AVEC UN COMPLÉMENT DÉSIGNANT


UNE CHOSE. 1. Dépasser une limite fixée,
en nombre, en quantité, en valeur, en
durée : Dans un budget sain, les dépenses
ne doivent pas excéder les recettes. Vos ba-
gages excèdent le poids réglementaire. Une
concession dont la durée n’excédera pas
trente ans. Certainement les divers frais
d’installation excéderaient nos revenus
cette année... (Gide). ‖ Absol. Être, venir
en excédent : Si chaque jour s’opère l’addi-
tion de ce qui manque et la soustraction de
ce qui excède, la santé se maintiendra en
parfait équilibre (Flaubert). ‖ 2. Fig. Aller
au-delà de la limite normale : Excéder ses
forces. Je ne vous en veux plus que d’une
chose : c’est d’avoir excédé ma patience, de
m’avoir fait quand même céder... oui, de
m’obliger enfin à m’avouer vaincue (Du-
hamel) ; ‖ ou de la limite permise, auto-
risée : Je pourrais vous répondre, articula
M. Larminat, que vous avez excédé vos
pouvoirs (Duhamel).

II. AVEC UN COMPLÉMENT DÉSIGNANT


UNE PERSONNE. 1. Vx. Fatiguer à l’excès :
Elle m’excède de courses et me lasse pour
que je la laisse seule (Balzac). ‖ Auj.
Accabler extrêmement (surtout au pas-
sif) : Être excédé de travail. Notre héros,
excédé de fatigue, s’endormit profondé-
ment (Stendhal). ‖ 2. Importuner extrê-

mement, causer une gêne insupportable


à : Cet enfant m’excède avec ses cris inces-
sants. Octave, excédé de l’ennui que lui
avait donné l’obligation de parler, était
sorti de bonne heure pour aller au Gym-
nase (Stendhal). Mon père haussa les
épaules d’un air excédé (Duhamel).

• SYN. : I, 1 l’emporter sur, outrepasser, pas-


ser ; 2 dépasser, surpasser. ‖ II, 1 épuiser,
éreinter, esquinter (fam.), exténuer, haras-
ser, tuer, vanner (pop.).

excellemment [ɛksɛlamɑ̃] adv. (de


excellent ; 1339, J. de La Mote, écrit excellen-
tement [excellemment, 1539, R. Estienne],
au sens 1 ; sens 2, 1606, Malherbe). 1. D’une
manière excellente, parfaite : Comme dit
excellemment saint Jean Chrysostome...
(Bossuet). Il réussit excellemment en toutes
choses. ‖ 2. Class. et littér. Au plus haut
point, à un degré éminent : Excellemment
mauvais (Malherbe). Si excellemment
impudente (Saint-Simon). La pudeur, en
colorant vos joues, vous rend excellemment
belle (Chateaubriand).

• SYN. : 1 admirablement, divinement, par-


faitement, remarquablement.

excellence [ɛksɛlɑ̃s] n. f. (lat. excel-


lentia, supériorité, excellence, de excel-
lens, -entis [v. EXCELLENT] ; v. 1160,
Benoît de Sainte-Maure, au sens 1 ; sens
2, XIIIe s., Rutebeuf). 1. Degré éminent de
qualité, de valeur qu’une chose ou une
personne atteint dans un genre donné :
Le vicomte était beaucoup trop homme de
bonne compagnie pour parler de l’excel-
lence du dîner (Balzac). ‖ Prix d’excel-
lence, dans les établissements scolaires,
récompense décernée à l’élève qui, au
cours d’une année, s’est le plus distingué
dans l’ensemble des matières enseignées.
‖ 2. Titre honorifique donné aux ambas-
sadeurs, aux ministres, aux archevêques,
aux évêques (dans ce cas, s’écrit avec une
majuscule) : Nous prions Votre Excellence
de bien vouloir, etc. ‖ Fam. Nos Excellences,
les ministres.

• SYN. : 1 perfection, qualité, supériorité.

• REM. En abrégé, on écrit S. E. ou V. E.


pour un ministre, un ambassadeur, et S.
Exc., V. Exc. pour un évêque.

& Par excellence loc. adv. (sens 1, av.


1549, Marguerite de Navarre ; sens 2, 1835,
Acad.). 1. Au plus haut point, d’une façon
particulièrement caractéristique : Le cha-
lutier est le bateau de pêche par excellence
(Maupassant). ‖ Spécialem. Dans toute la
vérité de l’expression ou du terme : La vertu
est si difficile que nous l’avons appelée « la
Vertu », c’est-à-dire la force par excellence
(Lacordaire). ‖ 2. D’une manière spéciale,
proprement : « Chapeau » se dit par excel-
lence du chapeau de cardinal.

excellent, e [ɛksɛlɑ̃, -ɑ̃t] adj. (lat. excel-


lens, -entis, supérieur, distingué, éminent,
part. prés. adjectivé de excellere [v. EXCEL-
LER] ; v. 1160, Benoît de Sainte-Maure, au
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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1762

sens 3 ; sens 1, milieu du XVIe s., Amyot ;


sens 2, av. 1848, Chateaubriand ; sens 4,
1669, Bossuet). 1. Se dit d’un être ou d’une
chose qui atteint, dans un genre donné,
un haut degré de mérite, de valeur ; très
bon, d’une qualité parfaite : Il y a peu
d’excellents orateurs (La Bruyère). Une
censure, fût-elle excellente, manque son
but si elle est trop rude (Chateaubriand).
Un acteur qui est excellent dans le rôle
d’Harpagon. Un repas excellent. Le cli-
mat ici est excellent. ‖ 2. Fam. Qui est
très généreux, qui fait preuve de bonté et
de dévouement : Un excellent homme. Je
m’attachai à la femme qui prit soin de moi,
excellente créature appelée la Villeneuve
(Chateaubriand). ‖ 3. Class. Indiquait
une supériorité relative et s’employait au
comparatif et au superlatif : Comme grand
capitaine, Épaminondas n’était pas plus
excellent que Virgile comme grand poète (La
Rochefoucauld). ‖ Littér. S’emploie encore
parfois avec un adverbe d’intensité : Je ne
puis rien refuser à un monsieur si hon-
nête qui me donne de si excellents cigares
(Mérimée). Je dirai même que plus excellent
est l’acteur, et beaucoup plus mal il lira, ou
que je me méfierais beaucoup d’un acteur
qui lirait trop bien (Gide). ‖ 4. Spécialem.
et vx. Dans certaines formules de politesse,
qualification appliquée à de hauts person-
nages : Très grand et très excellent seigneur.
• SYN. : 1 accompli, achevé, admirable,
consommé, délicieux, exquis, extra,
fameux, incomparable, magistral, mer-
veilleux, parfait, remarquable, succulent,
supérieur ; 2 bon, brave, dévoué.

& excellent n. m. (av. 1696, La Bruyère).


Ce qui est excellent : Dans l’art, il n’y a
que l’excellent qui compte (Sainte-Beuve).

excellentissime [ɛksɛlɑ̃tisim] adj.


(ital. eccellentissimo, excellentissime [titre
honorifique], lat. excellentissimus, super-
latif de excellens, -entis [v. EXCELLENT] ;
fin du XIIIe s., Aimé du Mont-Cassin, puis
milieu du XVIe s., au sens 1 ; sens 2, début du
XVIIe s., Malherbe). 1. Qualification donnée
autrefois aux sénateurs de la République
de Venise : Excellentissimes seigneurs.
‖ 2. Tout à fait excellent (en style plaisant) :
Un repas excellentissime.

exceller [ɛksɛle] v. intr. (lat. excellere,


se dresser au-dessus, être supérieur, sur-
passer, exceller ; 1544, M. Scève). Exceller
en ou dans quelque chose, être supérieur
dans un genre, l’emporter sur les autres :
Serait-ce que les Français, excellant dans
la romance, se sont rencontrés avec le génie
des Grecs ? (Chateaubriand). Il se fût plu au
tir de l’arc, où il excellait, s’il n’avait jugé
médiocre d’être admiré par les commères
brugeoises (Barrès). ‖ Exceller à (et l’infi-
nitif), être particulièrement habile à faire
quelque chose : Aucun musicien n’excelle,
comme Wagner, à peindre l’espace et la
profondeur (Baudelaire).

• SYN. : briller, se distinguer, émerger, s’illus-


trer, triompher.

excentration [ɛksɑ̃trasjɔ̃] n. f. (de excen-


trer ; 22 juin 1875, le Temps). Déplacement
du centre d’une pièce, d’un organe méca-
nique ; état de ce qui est excentré.

excentré, e [ɛksɑ̃tre] adj. (part. passé de


excentrer ; 1870, Larousse). En mathéma-
tiques, se dit d’une courbe dont l’excentri-
cité n’est pas nulle : Le cercle est une ellipse
qui n’est pas excentrée.

excentrer [ɛksɑ̃tre] v. tr. (de ex- [lat. ex-,


préf. marquant le mouvement de l’intérieur
vers l’extérieur] et de centrer ; 1865, Littré).
Déplacer le centre ou l’axe d’une pièce, d’un
organe mécanique.

excentricité [ɛksɑ̃trisite] n. f. (lat.


scientif. du Moyen Âge excentricitas, de
excentricus [v. EXCENTRIQUE] ; début du
XVIIe s., au sens 1 ; sens 2, 1865, Littré ;
sens 3, début du XVIIIe s. ; sens 4, av. 1854,
Nerval). 1. Position relative des cercles qui
n’ont pas un centre commun, de choses cir-
culaires dont les centres ne coïncident pas :
L’excentricité des couches ligneuses dans
la tige d’un arbre. ‖ Spécialem. En armu-
rerie, déviation de l’axe de l’âme d’une
bouche à feu. ‖ Excentricité d’une ellipse,
en mathématiques, rapport constant de
la distance des foyers à la longueur du
grand axe. ‖ Excentricité de l’orbite d’une
planète, d’un satellite, excentricité de
l’ellipse décrite autour de l’astre attirant.
‖ 2. État de ce qui est éloigné d’un centre :
L’excentricité d’un quartier d’une ville.
‖ 3. Fig. Disposition d’esprit, comporte-
ment d’une personne qui s’écarte des habi-
tudes reçues, de la bienséance commune :
Savez-vous donc, Monsieur Fortunio,
que vous êtes d’une excentricité parfaite ?
(Gautier). Ces Anglais ! Poussent-ils loin
l’excentricité ! (Barbey d’Aurevilly). L’espèce
d’excentricité profonde qui était dans le
caractère des Coëtquidan s’était fait jour
en lui vers vingt-cinq ans... (Montherlant).
‖ 4. Acte qui revêt ce caractère, témoigne
de cette disposition : Tu es pleine de bou-
tades et d’excentricités (Flaubert). Qui dira
jamais toutes les fantaisies ridicules, toutes
les excentricités niaises dont un bourgeois
inoccupé peut arriver à combler le vide de
sa vie ? (Daudet).

• SYN. : 2 éloignement ; 3 bizarrerie, origi-


nalité, singularité ; 4 extravagance.

excentrique [ɛksɑ̃trik] adj. (lat. scien-


tif. du Moyen Âge excentricus, du bas
lat. eccentros, excentrique, gr. ekkentros,
même sens [terme de math.], de ek-, préf.
marquant l’éloignement, et de kentron,
centre ; v. 1361, Oresme, au sens 1 [pour
des couches ligneuses, milieu du XVIIIe s.,
Buffon] ; sens 2, 1845, Bescherelle ; sens 3,
1834, Th. Gautier). 1. En mathématiques,
se dit des cercles qui n’ont pas le même
centre. ‖ Couches ligneuses excentriques,
couches ligneuses qui n’ont pas pour centre
commun la moelle de l’arbre. ‖ 2. Situé
loin du centre : Les arrondissements excen-
triques de Paris. ‖ 3. Qui est en opposition
avec les usages reçus ; bizarre, extravagant :
Notre littérature est plus pauvre que toute
autre en ouvrages excentriques (Gautier).
Toilette, mode excentrique. Un spectacle
excentrique.

• SYN. : 2 périphérique ; 3 baroque, étrange,


insolite, saugrenu, singulier. — CONTR. :
1 concentrique ; 2 central ; 3 banal, clas-
sique, commun, normal.

& adj. et n. (sens 1, 1611, Cotgrave [rare av.


le XIXe s.] ; sens 2, début du XXe s.). 1. Se
dit d’une personne qui, dans son compor-
tement, dans sa manière de s’habiller ou
d’agir, s’écarte des habitudes reçues, de la
bienséance commune : Une jeune femme
qui, pour elle, avait des semblants d’amitié
[...] devint donc en peu de temps plus chère
à l’excentrique cousine Bette que tous ses
parents (Balzac). ‖ 2. Comique de music-
hall vêtu comme un clown, travaillant
généralement seul et interprétant quelques
gags très étudiés : De mauvais tours de sal-
timbanque, des pitreries de l’« excentrique »
(Romains). ‖ Spécialem. Se dit d’un artiste
de musichall ou de cirque ajoutant une
note comique à son numéro : Un domp-
teur excentrique.

• SYN. : 1 bizarre, extravagant, farfelu


(fam.), original. — CONTR. : 1 discret, dis-
tingué, ordinaire, quelconque, réservé.

& n. m. (sens 1-2, 1845, Bescherelle).


1. Mécanisme destiné à transformer un
mouvement circulaire uniforme en un
mouvement rectiligne alternatif. ‖ 2. En
mécanique, disque excentré utilisé pour
la commande de certains mouvements.

excentriquement [ɛksɑ̃trikmɑ̃] adv.


(de excentrique ; 1511, Bovelles, écrit eccen-
triquement [excentriquement, 1622, Sorel],
au sens 1 ; sens 2, 1870, Larousse). 1. Hors
de son centre : Un cercle tournant excen-
triquement autour d’un point de sa sur-
face. ‖ 2. Fig. D’une façon qui s’écarte des
usages communs, des habitudes reçues :
S’habiller excentriquement.

1. excepté, e [ɛksɛpte] adj. (part. passé


de excepter ; XIIIe s.). Non compris, ne fai-
sant pas partie de l’ensemble considéré :
Tous les habitants, les femmes exceptées,
s’étaient rendus sur la place centrale.
• CONTR. : compris, inclus.

• REM. Excepté, adjectif variable en genre


et en nombre, ne doit pas être confondu
avec excepté, préposition invariable
(v. art. suiv.). Celle-ci est toujours placée
avant le nom : Excepté les femmes ; l’ad-
jectif est toujours placé après le nom : Les
femmes exceptées.

2. excepté [ɛksɛpte] prép. (part. passé


de excepter ; v. 1360, Froissart). À l’excep-
tion de, à la réserve de, si l’on ne tient pas
compte de : Il est bon que les avenues de
l’art soient obstruées de ces ronces devant
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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1763

lesquelles tout recule, excepté les volontés


fortes (Hugo). Grand homme pour tout le
monde, excepté pour sa femme (Daudet).
[V. Rem.]

• SYN. : à l’exclusion de, hormis, hors, sauf.


& Excepté que loc. conj. (sens 1, 1677,
Mme de Sévigné ; sens 2, 1695, Fénelon).
1. Class. À moins que (suivi du subjonc-
tif) : Je compte, ma belle, que vous viendrez
dans l’appartement de ma maison que je
vous ai destiné, excepté que vous ayez pour
vous seule une autre maison toute trouvée
(Sévigné). ‖ 2. Si ce n’est que, si l’on ne tient
pas compte de ce que (suivi de l’indicatif
ou du conditionnel) : Neptune envoya aus-
sitôt une divinité trompeuse, semblable aux
songes, excepté que les songes ne trompent
que pendant le sommeil (Fénelon). Ils se
ressemblent parfaitement, excepté que l’un
est un peu plus grand que l’autre (Acad.).
• REM. 1. Excepté, préposition, est inva-
riable : Toutes les filles sont mariées,
excepté la plus jeune (Acad.) ; toutefois,
jusqu’au XVIe s., il est régulièrement ac-
cordé avec le substantif qui le suit.

2. Quand le nom ou le pronom com-


plément est déjà précédé dans la phrase
d’une autre préposition, on répète cette
préposition après excepté : Il était ai-
mable avec tout le monde, excepté avec sa
femme.

excepter [ɛksɛpte] v. tr. (lat. exceptare,


retirer à tout instant, tirer à soi, recueillir
habituellement [fréquentatif de excipere,
v. EXCIPER], empr. pour servir de v. à excep-
tion ; fin du XIIe s., Marie de France, écrit
execter, au sens de « recevoir » ; écrit excep-
ter, au sens actuel, v. 1265, J. de Meung).
Ne pas comprendre quelqu’un ou quelque
chose dans le groupe ou l’ensemble que l’on
considère ; mettre à part : Félix, ne jouez
jamais dans quelque salon que ce puisse
être ; je n’excepte personne (Balzac). ‖ Ne
pas tenir compte de : Si l’on excepte une
seule rue [...], nulle boutique dans Tolède
(Barrès).

• SYN. : écarter, éliminer, exclure, retirer,


retrancher.

exceptif, ive [ɛksɛptif, -iv] adj. (de


except[ion] ; XXe s.). Proposition exceptive,
en logique, proposition qui, d’une affir-
mation générale, excepte un ou plusieurs
individus.

exception [ɛksɛpsjɔ̃] n. f. (lat. exceptio,


limitation, restriction, réserve, exception,
clause restrictive, de exceptum, supin de
excipere [v. EXCIPER] ; v. 1265, Livre de
jostice, écrit escepcion [exception, v. 1283,
Beaumanoir], au sens 3 ; sens 1, 1314,
Mondeville ; sens 2, 1322, Varin). 1. Action
par laquelle on excepte, on exclut quelqu’un
ou quelque chose de l’application d’une
règle ou d’une formule générale (surtout
dans des expressions). ‖ Faire exception,
sortir de la règle, de la loi générale, se dis-
tinguer des autres : Quelques mots font

exception pour attester l’ancienne commu-


nauté de langage (Mérimée). ‖ Faire une
exception pour quelqu’un, pour quelque
chose, accepter, tolérer qu’une personne
échappe aux obligations valables pour les
autres, qu’une chose ne soit pas soumise à
la règle générale. ‖ Par exception, contrai-
rement à l’habitude, d’une façon excep-
tionnelle : Un échiquier de fenêtres noires
où de jolies figures n’apparaissent que par
exception (Nerval). ‖ D’exception, qui est
en dehors du droit commun : Mesure, loi
d’exception. Tribunal, juridiction d’excep-
tion. ‖ Un être d’exception, une personne
qui se distingue des autres par des qualités
éminentes : Un chef de bureau lui semblait
un être d’exception, vivant dans une sphère
supérieure (Maupassant). ‖ 2. Ce qui est
hors du cas général, échappe à la règle com-
mune : Être un saint, c’est l’exception ; être
un juste, c’est la règle (Hugo). Les nouvelles
institutions militaires n’admettant ni excep-
tions ni équivalences... (Renan). ‖ Personne
qui, sous quelque rapport, ne ressemble à
aucune autre, qui apparaît comme unique
en son genre : Une femme aussi réservée,
dans ce milieu, c’est une exception. ‖ 3. En
droit, moyen invoqué par le défendeur
pour faire écarter une demande en jus-
tice sans discuter le principe de droit sur
lequel elle repose : Exception de prescrip-
tion, d’incompétence.

• SYN. : 2 anomalie, singularité. — CONTR. :


2 règle ; banalité.

& À l’exception de loc. prép. (1870,


Larousse). Sauf, si l’on ne tient pas compte
de : À l’exception des conifères, tous les
arbres du parc ont perdu leurs feuilles.

• SYN. : en dehors de, à l’exclusion de, hors,


hormis, à la réserve de.

exceptionnel, elle [ɛksɛpsjɔnɛl] adj.


(de exception ; 1739, d’Argenson, au sens
1 ; sens 2, 1860, Baudelaire). 1. Qui consti-
tue une exception : Congé exceptionnel.
Indemnité exceptionnelle. ‖ 2. Qui fait
exception par son caractère extraordi-
naire : Le gouvernement doit faire face à
une situation exceptionnelle. ‖ Spécialem.
Se dit d’une personne ou d’une chose qui
se distingue par des mérites, des qualités
rares : Un romancier exceptionnel, d’un
talent exceptionnel. L’accident a été évité
grâce à l’exceptionnel sang-froid du pilote.
• SYN. : 1 extraordinaire, occasionnel ; 2
éminent, prodigieux, rare, remarquable.

— CONTR. : 1 habituel, normal, régulier ;


2 banal, commun, courant, ordinaire,
quelconque.

exceptionnellement [ɛksɛpsjɔnɛlmɑ̃]
adv. (de exceptionnel ; 1842, Acad., au sens
1 ; sens 2, début du XXe s.). 1. Par exception :
Je vous recevrai exceptionnellement samedi
matin. ‖ 2. De façon exceptionnelle, à un
degré rare : Un enfant exceptionnellement
intelligent.

• SYN. : 2 excessivement, extraordinaire-


ment, extrêmement.

excerpta [ɛksɛrpta] n. m. pl. (mot lat.,


plur. de excerptum, extrait, morceau choisi,
neutre substantivé du part. passé de excer-
pere, tirer de, extraire, faire un choix de, de
ex-, préf. à valeur intensive, et de carpere,
détacher, arracher ; av. 1896, Goncourt).
Titre donné à des morceaux choisis
d’oeuvres littéraires (surtout dans l’Anti-
quité et au Moyen Âge) : On les donnera
peut-être plus tard comme des morceaux de
style dans les excerpta (Goncourt).

excès [ɛksɛ] n. m. (bas lat. excessus, excès,


empr. pour servir de substantif à excéder
[en lat. class., excessus — dér. de excessum,
supin de excedere, v. EXCÉDER — signifie
seulement « sortie, digression, abandon »] ;
fin du XIIIe s., au sens 1 ; sens 2, 1580,
Montaigne ; sens 3, v. 1398, le Ménagier de
Paris ; sens 4, fin du XIVe s., E. Deschamps).
1. Différence en plus d’une quantité sur
une autre ; ce qui se trouve en excédent :
L’excès d’un nombre sur un autre. Somme
arrondie par excès. Une prodigieuse petite
source, sorte de bénitier, qui, depuis des
siècles, déverse, inépuisable, un excès d’eau
(Colette). ‖ 2. Class. Grandeur, impor-
tance qui dépasse la mesure moyenne, la
limite ordinaire ; haut degré : Un excès de
valeur brisa ce qu’elle [La Rochelle] fut, |
Un excès de clémence en sauva ce qui reste
(Corneille). ‖ Dans l’excès, au plus haut
point : J’ai vu Mme de Mornay ; elle n’est
point du tout affligée. Mme de Nesle l’est
dans l’excès (Sévigné). ‖ 3. Chose, acte qui
dépasse la mesure normale, passe la limite
permise ou raisonnable : Excès de vitesse.
Faire des excès de table. Un fonctionnaire
qui ne fait pas d’excès de zèle. Les excès de la
liberté mènent au despotisme ; mais les excès
de la tyrannie ne mènent qu’à la tyrannie...
(Chateaubriand). ‖ Excès de langage, pro-
pos discourtois ou injurieux. ‖ Excès de
pouvoir, acte d’un fonctionnaire ou d’un
magistrat qui dépasse ses attributions
ou sa compétence : Introduire un recours
en Conseil d’État pour excès de pouvoir.
‖ Fam. Faire un excès, un petit excès, man-
ger ou boire un peu trop. ‖ 4. Caractère de
ce qui dépasse la mesure : Cela n’excuse
en rien l’excès de ses manières (Verlaine).
Je lui reprochais [à sa mère] l’excès de son
amour (Mauriac).

• SYN. : 1 excédent, surcroît, surplus, trop-


plein ; 3 abus, dépassement, exagération ;
4 démesure, outrance. — CONTR. : 1 défaut,
manque ; 3 absence, carence, pénurie ; 4
défaillance, insuffisance, modération,
réserve, retenue.

& À l’excès, jusqu’à l’excès loc. adv. D’une


manière extrême, exagérée ; outre mesure :
J’ai fort à faire sur la commune, dont les
maisons sont dispersées à l’excès (Gide).
Des parents sévères à l’excès. Être tolérant
jusqu’à l’excès.
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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1764

& excès n. m. pl. (sens 1, 1315, Godefroy ;


sens 2, XVe s., Littré). 1. Absol. Dérèglements
de conduite, actes de débauche : Vous avez
beau vouloir sanctifier vos passions ; elles
vous punissent toujours des excès qu’elles
vous font commettre (Rousseau). La cou-
leur dégoûtante de ses cheveux provenait
de ses excès et des drogues qu’il avait prises
(Balzac). ‖ 2. Absol. Actes de violence, de
cruauté commis par ceux qui détiennent le
pouvoir : Les troupes d’occupation se sont
livrées à des excès.

• SYN. : 1 débordement, déportement,


dévergondage, inconduite, libertinage, noce
(pop.) ; 2 exaction, sévices, violences. —
CONTR. : 1 abstinence, ascétisme, frugalité,
jeûne, tempérance.

excessif, ive [ɛksɛsif, -iv] adj. (de excès ;


v. 1265, J. de Meung, au sens 1 ; sens 2, 1587,
F. de La Noue ; sens 3, 1839, Balzac). 1. Qui
passe la mesure ordinaire ou raisonnable :
Des prix excessifs. Un froid excessif. Un
verdict d’une sévérité excessive. Le propre
de la vérité, c’est de n’être jamais excessive
(Hugo). Je me plaisais à d’excessives prodi-
galités (Gide). ‖ 2. Se dit d’une personne
qui ignore les nuances, le juste milieu,
dont les actions, les jugements se portent
aux extrêmes : Les Parisiens ont tous les
défauts des Athéniens, et sont encore plus
excessifs (Voltaire). Un caractère excessif.
‖ Class. Excessif à (suivi d’un infinitif),
qui fait preuve d’excès en : Corrigeant par-
tout la nature, | Excessive à payer ses soins
avec usure (La Fontaine). ‖ 3. Placé avant
le nom, peut servir de superlatif à grand :
« très grand, extrême » (emploi critiqué) :
Un vieillard d’une excessive bonté.

• SYN. : 1 abusif, démesuré, effréné, exagéré,


exorbitant, extraordinaire, insensé, outré ; 2
outrancier ; 3 exceptionnel, extraordinaire,
infini (rare).

excessivement [ɛksɛsivmɑ̃] adv. (de


excessif ; 1359, Varin, au sens 1 ; sens 2,
1700, Mme de Maintenon). 1. Avec excès,
en passant la mesure raisonnable : Elle est
devenue excessivement difficile pour sa
chaussure, elle veut faire valoir son pied
(Balzac). Je sens trop que je n’en pourrais
parler à fond sans parler excessivement
de moi-même (Valéry). ‖ 2. À un degré
extrême, beaucoup, très (sans idée d’excès ;
emploi discuté) : Sa dédaigneuse raillerie
ne contribuait pas médiocrement à la faire
craindre et passer pour une personne exces-
sivement spirituelle (Balzac). Ce qui fit qu’au
bout de peu de temps tout le monde trouva
la forme du nez de Cyrano excessivement
convenable... (Gautier). Le petit monsieur
qui s’était assis en face parut excessivement
surpris (Daudet). Bien souvent, un homme
excessivement riche a toujours un même
veston râpé... (Proust).

• SYN. : 1 démesurément, exagérément,


extraordinairement, follement, monstrueu-
sement, trop ; 2 énormément, extrêmement,
fabuleusement, fort, prodigieusement, très.

exciper [ɛksipe] v. tr. ind. [de] (lat.


excipere, prendre de, retirer de, excepter,
recevoir, recueillir, disposer par une clause
spéciale, et, dans la langue jurid. de basse
époque, « faire une réserve, une opposition,
exciper de », de ex-, préf. marquant le mou-
vement de l’intérieur vers l’extérieur, et de
capere, prendre ; 1279, Godefroy, écrit exce-
per [exciper, XIVe s.], au sens 1 [rare jusqu’au
XVIIIe s.] ; sens 2, av. 1797, Beaumarchais).
1. En droit, tirer de quelque chose une
exception, un moyen préjudiciel d’écar-
ter provisoirement ou définitivement une
demande en justice : Exciper de l’autorité
de la chose jugée. ‖ 2. Faire état de quelque
chose, en tirer argument pour sa défense :
Exciper de sa bonne foi. Et comme j’excipais
de mon droit à user de la vie selon ma fan-
taisie : « Possible ! reprit le commissaire... »
(Courteline). Le principe était de pouvoir,
au bon moment, exciper de services rendus
à la Résistance (Duhamel).

• SYN. : 2 s’autoriser de, prétexter.

excipient [ɛksipjɑ̃] n. m. (lat. excipiens,


-entis, part. prés. de excipere, recevoir
[v. l’art. précéd.] ; 1747, James). En phar-
macie, substance thérapeutique inactive,
à laquelle on incorpore certains médica-
ments en quantités données : Le sirop de
sucre, le miel sont des excipients.

excise [ɛksiz] n. f. (mot angl. désignant


l’impôt de consommation et empr. du néerl.
excijs, même sens, autre forme de accijs [v.
ACCISE] ; 1638, Bonnafé, au sens 1 ; sens
2, 1771, Trévoux). 1. En Grande-Bretagne
et aux États-Unis, nom donné aux droits
payés sur certaines fabrications, certains
produits de consommation ou certains ser-
vices. ‖ 2. Bureau où l’on perçoit ces droits.
excisée [ɛksize] adj. f. (part. passé fém. de
exciser ; début du XXe s.). Dont le clitoris a
été excisé : Toutes les femmes de la région
sont excisées ! C’est, dit-on, pour calmer
leur lubricité et s’assurer de leur fidélité
conjugale (Gide).

exciser [ɛksize] v. tr. (de excis[ion] ;


XVIe s., Godefroy [« enlever le clitoris »,
1870, Larousse — v. l’art. précéd.]). En
chirurgie, enlever avec un instrument
tranchant : Exciser une verrue.

excision [ɛksizjɔ̃] n. f. (lat. excisio, ruine,


destruction, et, à basse époque, « entaille,
coupure », de excīsum, supin de excīdere,
enlever en frappant, en taillant, en cou-
pant, détruire, de ex-, préf. marquant un
mouvement de l’intérieur vers l’extérieur,
et de caedere, frapper, battre, fendre ; 1340,
Godefroy, écrit eccision ; excision, v. 1560,
Paré). En chirurgie, ablation opérée avec
un instrument tranchant : L’excision d’une
tumeur. ‖ Absol. Ablation du clitoris.

excitabilité [ɛksitabilite] n. f. (dér. savant


de excitable ; 1808, Boiste, au sens 1 ; sens 2,
av. 1935, P. Bourget). 1. Propriété de ce qui
est excitable. ‖ Faculté qu’ont les corps

vivants de réagir et de se modifier sous l’in-


fluence d’une cause stimulante. ‖ 2. Fig. et
littér. Caractère, état d’une personne irri-
table : C’est le caractère spécial à ces états
d’incontrôlable excitabilité où nous jette
une secousse morale (Bourget).

excitable [ɛksitabl] adj. (de exciter,


d’après le bas lat. excitabilis, propre à réveil-
ler, dér. de excitare [v. EXCITER] ; v. 1265,
J. de Meung, au sens 1 [rare av. le XIXe s.] ;
sens 2, 1865, Taine). 1. Qui peut être excité :
Un organe excitable. ‖ 2. Fig. Qui s’irrite
facilement : [Degas] grand disputeur lui-
même et raisonneur terrible, particuliè-
rement excitable par la politique et par le
dessin (Valéry).

excitant, e [ɛksitɑ̃, -ɑ̃t] adj. (part. prés.


de exciter ; 1613, Gruau, au sens 1 ; sens 2,
milieu du XIXe s., Baudelaire). 1. Qui excite
le système nerveux, stimule l’organisme :
Le tabac est excitant. ‖ 2. Fig. Qui éveille,
suscite des sensations vives et agréables,
des sentiments intenses : Vois quel charme
excitant la gentillesse donne ! (Baudelaire).
S’il y eût une poésie des merveilles et des
émotions de l’intellect [...], il n’y aurait point
pour elle de sujet plus délicieusement exci-
tant à choisir que la peinture d’un esprit
(Valéry). ‖ Spécialem. et fam. Qui pro-
voque le désir : Une femme excitante.

• SYN. : 1 stimulant, tonique ; 2 enivrant,


exaltant, grisant, passionnant ; agaçant,
aguichant (fam.), capiteux, émoustillant,
provocant. — CONTR. : 1 calmant, sédatif ;
2 abrutissant (fam.), assommant, barbant
(fam.), embêtant (fam.), fastidieux, froid,
languissant ; fade, rebutant, terne.

& excitant n. m. (sens 1, 1870, Larousse ;


sens 2-3, milieu du XIXe s., Baudelaire).
1. Agent physique capable de déterminer
une réaction chez un être vivant, et en par-
ticulier une impression dans un organe
sensoriel. ‖ 2. Substance qui accroît l’acti-
vité de l’organisme, stimule les fonctions
psychiques : Le café, l’alcool sont des exci-
tants. ‖ 3. Fig. Ce qui est propre à stimuler
l’activité dans un domaine donné : Ce sont
des excitants sociaux, avec les avantages et
les périls des excitants en général (Valéry).
• SYN. : 2 stimulant, tonique. — CONTR. :
2 anesthésique, calmant, sédatif,
soporifique.

excitateur, trice [ɛksitatoer, -tris] n.


et adj. (bas lat. excitator, celui qui réveille,
qui excite, de excitatum, supin de excitare
[v. EXCITER] ; v. 1335, Digulleville, au sens
1 ; sens 2, 1890, Dict. général ; sens 3, 1826,
Brillat-Savarin). 1. Personne qui excite, qui
provoque les autres : Il était pour chacun
d’eux l’excitateur toujours présent (Renan).
Et c’était aussi, derrière Jacques, cette horde
d’excitateurs révolutionnaires, dont il lui
avait semblé, hier soir, entendre déjà les
vociférations d’émeute (Martin du Gard).
‖ 2. Dans une communauté religieuse, se
dit de celui ou de celle qui est chargé d’as-
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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1765

surer le réveil : C’est lui le frère excitateur,


celui qui est debout le premier, pour sonner
la cloche et réveiller les autres (Huysmans).
‖ 3. Ce qui est la cause d’une excitation :
Le goût, qui a pour excitateurs l’appétit,
la faim et la soif... (Brillat-Savarin). ‖ Par
extens. Ce qui incite à faire quelque chose :
Une mémoire sans défaillance n’est pas un
très puissant excitateur à étudier les phé-
nomènes de mémoire (Proust).
• SYN. : 1 agitateur, meneur, provocateur.
& excitateur n. m. (1775, Sigaud de La
Fond). En électricité, instrument à poi-
gnées isolantes, utilisé pour décharger
un condensateur.

& excitatrice n. f. (1888, Larousse).


Génératrice qui fournit le courant d’exci-
tation traversant le circuit inducteur d’un
alternateur industriel.

excitatif, ive [ɛksitatif, -iv] adj. et n. m.


(dér. savant de exciter ; XIVe s., Dict. géné-
ral). Qui est de nature à exciter (rare) : Des
méthodes excitatives.

excitation [ɛksitasjɔ̃] n. f. (bas lat.


excitatio, action de réveiller, excitation,
encouragement, de excitatum, supin de
excitare [v. EXCITER] ; v. 1282, Gauchi,
écrit excitacion [excitation, XVIe s.], aux
sens 1-2 ; sens 3, 1826, Brillat-Savarin ;
sens 4, 1862, Fromentin ; sens 5, 1888,
Larousse). 1. Action d’exciter l’organisme ;
état qui en résulte : L’excitation des sens.
Une excitation due à la fièvre. ‖ Spécialem.
Stimulation d’une extrémité nerveuse
sensitive par un excitant (ou stimulus).
‖ Excitation fonctionnelle, en physiologie,
mise en activité d’un organe, d’un tissu
ou d’une cellule par un excitant interne
(influx nerveux, hormone) ou externe
(action physique, chimique, psychique,
etc.) ; état qui en résulte. ‖ 2. Action d’exci-
ter, de pousser quelqu’un à faire quelque
chose, ou de lui inspirer des sentiments
qui le détermineront à agir d’une certaine
façon : Excitation à la révolte. Suivre les
excitations des meneurs. ‖ Spécialem. En
droit, délit consistant à pousser quelqu’un
à accomplir un acte nuisible à lui-même ou
à la société : Excitation d’un mineur à la
débauche. ‖ 3. Fig. Action de stimuler l’ac-
tivité intellectuelle ou psychique, d’éveiller
des sentiments intenses : Cet esprit positif
[...] avait aimé la littérature pour ses exci-
tations passionnelles (Flaubert). ‖ 4. État
d’agitation ou d’irritation : Dans le train,
il leur fallut [à Paul et à Élisabeth] une
force peu commune pour mater l’excita-
tion (Cocteau). ‖ 5. Production d’un fiux
d’induction magnétique dans l’inducteur
d’un électro-aimant, d’une génératrice,
d’un moteur, etc. ‖ Force magnétomotrice
produisant le flux dans un électro-aimant.
• SYN. : 1 stimulation ; 2 appel, encoura-
gement, exhortation, incitation, instiga-
tion, provocation ; 3 exaltation, griserie,
sollicitation ; 4 effervescence, énervement,
exaspération, fébrilité, nervosité, surexci-
tation. — CONTR. : 4 abattement, apathie,
calme, dépression, flegme, quiétude, séré-
nité, torpeur.

excitatrice n. f. V. EXCITATEUR.

excité, e [ɛksite] adj. et n. (part. passé


de exciter ; 1845, Bescherelle). Que l’on a
mis dans un état d’excitation physique ou
mentale ; qui est, par sa nature, dans cet
état : Un auditoire excité. De jeunes excités.
• SYN. : agité, énervé, enragé (fam.), exalté,
forcené, frénétique, nerveux ; énergumène.

— CONTR. : apathique, calme, flegmatique,


impassible, imperturbable, indifférent.

exciter [ɛksite] v. tr. (lat. excitare, faire


sortir, faire lever, faire se dresser, exciter,
animer, fréquentatif de excire, faire venir,
faire sortir, de ex-, préf. marquant le mou-
vement de l’intérieur vers l’extérieur, et de
c—ire, ciere, mettre en mouvement ; v. 1170,
G. de Saint-Pair, écrit esciter [exciter,
XIVe s.], au sens 1 ; sens 2, 1690, Furetière ;
sens 3, fin du XIVe s., E. Deschamps ; sens 4,
1826, Brillat-Savarin ; sens 5, XIIIe s., Littré ;
sens 6-7, milieu du XVIe s., Amyot ; sens 8-10,
début du XXe s.). 1. Class. Éveiller, réveiller :
Je ne sais si ce que j’appelle veiller n’est peut-
être pas une partie un peu plus excitée d’un
sommeil profond (Bossuet). ‖ 2. Provoquer,
faire naître une réaction physique ou
physiologique : Exciter les larmes, le rire.
Comme un taureau je beugle, | Des chiens
excitant les abois (Gautier). ‖ Spécialem.
Déclencher l’activité d’un organe, d’un
tissu ou d’une cellule : Exciter un muscle,
un nerf. ‖ 3. Provoquer une réaction psy-
chologique : Sa fortune n’étant connue
qu’au moment où il n’y avait plus de danger
à être riche, il n’excita l’envie de personne
(Balzac). Il est rare qu’une oeuvre d’art sou-
lève quelque animosité sans exciter d’autre
part quelque sympathie (Sand). Plusieurs
choses me divertissent et excitent ma curio-
sité (Musset). ‖ 4. Activer, stimuler les
fonctions organiques ou intellectuelles :
Exciter l’appétit. Le café excite le système
nerveux. ‖ 5. Accroître, rendre plus vif
(un sentiment) : Exciter le courage des sol-
dats. ‖ Littér. Rendre plus ardent, ranimer
quelque chose : Elle a donc oublié, le soir,
seule et penchée, | D’exciter une flamme à la
cendre arrachée... (Rimbaud). ‖ 6. Exciter
à, pousser, encourager vivement quelqu’un
à une action, à faire quelque chose : Exciter
quelqu’un au crime, à combattre. ‖ Class.
Exciter de, porter, pousser quelqu’un à :
Quand je considère toutes ces choses, je suis
excité de prendre la lyre pour les chanter
(La Fontaine). ‖ 7. Stimuler vivement les
réactions d’une personne ou d’un groupe
de personnes ; produire un état d’excita-
tion, d’agitation : L’Assemblée, approuvée
et excitée par l’enthousiasme des tribunes...
(Bainville). ‖ Spécialem. Mettre dans un
état d’irritation, de colère : Ils s’amusaient à
exciter un brave chien débonnaire, qui som-
meillait, le museau allongé entre ses pattes
(Rolland). Exciter une personne contre une

autre. ‖ Provoquer le désir sensuel de.


‖ 8. Stimuler l’ardeur ou le courage de :
Chaque fois qu’il ouvrait la bouche pour
exciter ses bêtes, des bouffées odorantes lui
sortaient des lèvres (Fromentin). Exciter
les combattants. ‖ 9. Éveiller les pas-
sions instinctives, pousser à l’agitation :
Exciter la foule par un discours violent.
‖ 10. Envoyer un courant d’excitation dans
le circuit magnétique d’une génératrice,
d’un moteur, etc.

• SYN. : 2 causer, déchaîner, déclencher,


occasionner ; 3 attirer, déterminer, engen-
drer, entraîner, éveiller, piquer, réveiller,
soulever ; 4 aiguiser, fouetter, surexciter ; 5
aiguillonner, aviver, enflammer, éperonner ;
6 engager, entraîner, exhorter, inciter, invi-
ter, porter, presser ; 7 échauffer, électriser,
emballer (fam.), embraser, enfiévrer, exalter,
griser, transporter ; agacer, taquiner, tour-
menter ; braquer, dresser, irriter, monter ;
aguicher (fam.), allumer, émoustiller, provo-
quer, troubler ; 8 animer, encourager, galva-
niser, survolter (fam.) ; 9 ameuter, soulever.

— CONTR. : 2 apaiser, calmer ; 3 étouffer,


éteindre, freiner, refréner ; 4 anesthésier,
endormir, engourdir ; 5 amortir, arrêter,
brider, entraver, gêner, modérer, tempérer ;
6 détourner, empêcher, interdire, retenir ;
7 assagir, calmer, détendre ; 8 décourager,
rabrouer ; 9 pacifier, rasséréner, rassurer,
tranquilliser.

& s’exciter v. pr. (sens 1, XIIe s. ; sens 2,


XXe s. ; sens 3, 1892, G. Esnault). 1. Class.
S’élever, naître : Quelle effroyable tempête
s’est excitée en nos jours, touchant la grâce
et le libre arbitre ! (Bossuet) ; et impers. :
Il s’excite un tourbillon afin qu’Élie soit
emporté dans le ciel (Retz). ‖ 2. S’énerver,
perdre le contrôle de soi : S’exciter en discu-
tant. ‖ 3. Fam. S’exciter sur quelque chose,
y prendre un très vif intérêt : Une heure
de gammes, il n’y a pas de quoi s’exciter
là-dessus (Romains).
exciteur, euse [ɛksitoer, -øz] adj. et n.
(de exciter ; 1648, Scarron). Qui excite : Ces
gens volaient des enfants pour en faire des
mendigots exciteurs de pitié (Guillaumin).

excito-moteur, trice [ɛksitɔmɔtoer,


-tris] adj. (de excito-, élément tiré de excita-
tion, exciter, et de moteur ; 1865, Littré). Qui
produit l’excitation motrice des muscles ;
qui se rapporte à cette excitation : Les nerfs
excito-moteurs.

exclamatif, ive [ɛksklamatif, -iv] adj.


(dér. savant de [s’]exclamer ; 1747, abbé
G. Girard). Qui marque ou exprime l’ex-
clamation : Phrase exclamative. Adjectif
exclamatif.

exclamation [ɛksklamasjɔ̃] n. f. (lat.


exclamatio, éclats de voix, cris, exclamation
[en rhétorique], de exclamatum, supin de
exclamare [v. EXCLAMER] ; 1311, A. Thierry,
au sens 1 ; sens 2, 1580, Montaigne [point
d’exclamation, 1865, Littré]). 1. Cri expri-
mant un sentiment vif, une émotion vio-
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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1766

lente, et qu’on laisse échapper au moment


même où ce sentiment, cette émotion sont
ressentis : La vieille laissa échapper une
exclamation de surprise (Mérimée). Le
sous-chef eut un sursaut et étouffa mal une
exclamation (Courteline). ‖ 2. Spécialem.
En grammaire, mot interjectif, ou phrase
réduite, dans lesquels l’intonation exprime
une émotion vive ou une réaction à la fois
intellectuelle et affective. (Ex. :Quel gas-
pillage !) ‖ Point d’exclamation, signe de
ponctuation ( !) que l’on place après un
mot interjectif ou une phrase de tour
exclamatif.

exclamativement [ɛksklamativmɑ̃]
adv. (de exclamatif ; 1865, Littré). De façon
exclamative.

exclamer (s’) [sɛksklame] v. pr. (lat.


exclamare, s’écrier, retentir, déclamer, de
ex-, préf. à valeur intensive, et de clamare,
pousser des cris ; début du XVIe s.). Pousser
une exclamation : Oui-da et pardi ! s’ex-
clama-t-elle, on va vous obéir comme une
enfant de trois ans ! (Sand). ‖ Spécialem.
S’exclamer sur, manifester par des exclama-
tions son admiration pour : On s’exclame
sur des richesses, et des beautés, et des puis-
sances du dehors (Barrès).

• SYN. : s’écrier, se récrier.

& exclamer v. tr. (1495, J. de Vignay). Class.


Mêmes sens : Les savants anglais [...] excla-
ment de n’y avoir trouvé que des chicanes
(Chapelain).

exclu, e [ɛkskly] adj. et n. (part. passé de


exclure ; XIVe s.). Qui a été rejeté, chassé
du groupe, de l’organisation dont il faisait
partie, de l’établissement où il était admis :
Un élève exclu. Les exclus de l’armée.

• SYN. : expulsé, renvoyé. — CONTR. : admis,


pris, reçu.

& adj. (1690, Furetière, au sens 1 ; sens 2-3,


XXe s.). 1. Qui est en dehors des limites
fixées ; qui n’est pas compris dans quelque
chose : Apprendre jusqu’au vers 25 exclu.
‖ 2. Il est exclu que,il est hors de ques-
tion que : Il est exclu que le président de la
République assiste à cette inauguration.
‖ S’emploie surtout à la forme négative :
Il n’est pas exclu que, il est possible que.
‖ Fam. et absol. Ce n’est pas exclu, la chose
peut arriver. ‖ 3. Incompatible avec une
autre proposition. ‖ Principe du tiers
exclu, l’un des principes fondamentaux
de la logique classique, s’énonçant ainsi :
« De deux propositions contradictoires,
l’une est vraie et l’autre est fausse, il n’y a
pas de milieu. »

• CONTR. : inclus.

• REM. V. EXCLURE.

exclure [ɛksklyr] v. tr. (lat. excludere, ne


pas admettre, repousser, rejeter, empêcher,
de ex-, préf. marquant l’expulsion, et de
claudere, fermer, clore [v. aussi ÉCLORE] ;
v. 1355, Bersuire, au sens 3 ; sens 1, milieu
du XVIe s., Amyot ; sens 2, XXe s. ; sens 4-5,

av. 1662, Pascal). [Conj. 62.] 1. Mettre


quelqu’un dehors, le chasser du lieu où il
a été admis : Exclure un perturbateur d’une
réunion publique. ‖ Par extens. Rejeter
d’une organisation, d’un groupe : Exclure
un membre d’un parti politique, d’un syn-
dicat. ‖ 2. Rejeter une chose de l’ensemble
auquel elle appartient : J’ai exclu de ma
bibliothèque tous les périodiques encom-
brants. ‖ 3. Ne pas permettre à quelqu’un
d’accéder à quelque chose auquel il pensait
avoir droit ; écarter quelqu’un de quelque
chose : Exclure quelqu’un d’une succession,
d’une fête, de ses relations. On a raison d’ex-
clure les femmes des affaires politiques et
civiles (Staël). ‖ Class. Exclure de (et l’infi-
nitif), empêcher de : Je ne prétends pas vous
exclure d’écrire pour vos affaires (Bossuet).
‖ 4. Fig. Ne pas admettre la présence de :
Sturel était de ces gens qui, de propos déli-
béré, excluent absolument de leur imagina-
tion les réalités mesquines (Barrès). ‖ 5. Fig.
Être incompatible avec : L’amitié exclut la
dissimulation. La faveur des princes n’exclut
pas le mérite (La Bruyère).

• SYN. : 1 écarter, éconduire, expulser, limo-


ger (fam.), radier, vider (pop.) ; 2 éliminer,
ôter, retrancher ; 3 évincer, éloigner, forclore
(littér.) ; 4 bannir, proscrire, refouler, rejeter,
repousser ; 5 empêcher, interdire, s’oppo-
ser à. — CONTR. : 1 accueillir, admettre,
recevoir ; inclure, inscrire, intégrer ; réha-
biliter ; 2 incorporer, insérer ; 3 accepter,
autoriser, introduire, inviter ; 5 comporter,
comprendre, souffrir, supporter.

• REM. Jusqu’au XVIIe s., les formes du


participe passé étaient exclus, excluse :
Pourquoi de ce conseil moi seule suis-je
excluse ? (Racine).

& s’exclure v. pr. (sens 1, av. 1799,


Marmontel ; sens 2, av. 1794, Condorcet).
1. En parlant de quelqu’un, se retirer volon-
tairement de ; se mettre hors de : Il s’exclut
de notre compagnie. Par ses manquements
à la discipline, il s’est exclu lui-même de son
parti. ‖ 2. Fig. En parlant de deux choses,
être incompatibles : La critique et l’esthé-
tique ne s’excluent pas (Renan).

exclusif, ive [ɛksklyzif, -iv] adj. (lat.


scolast. médiév. exclusivus, de exclu-
sum, supin de excludere [v. EXCLURE] ;
milieu du XVe s., au sens 1 ; sens 2, 1748,
Montesquieu ; sens 3, 1762, J.-J. Rousseau ;
sens 4, 1865, Littré). 1. Qui exclut une
autre chose comme incompatible : Sous
cette forme concrète exclusive de toute imi-
tation (Baudelaire). ‖ 2. Qui appartient
uniquement à quelqu’un par privilège
spécial : Droit exclusif de reproduction.
La gourmandise est l’apanage exclusif de
l’homme (Brillat-Savarin). ‖ Spécialem.
Article exclusif, spécialité d’une maison
commerciale qu’on ne trouve nulle part
ailleurs. ‖ Par extens. Agent exclusif, per-
sonne seule habilitée, dans une région, à
prospecter la clientèle, à lancer une marque.
‖ 3. Qui domine seul et n’admet aucun
partage : Le christianisme a fait de l’amour
de la patrie un amour principal et non un
amour exclusif (Chateaubriand). Mais, en
quelques semaines, avec la rapidité du feu,
leur camaraderie était devenue une passion
exclusive, où l’un et l’autre trouvaient enfin
le remède à une solitude morale dont cha-
cun avait souffert sans le savoir (Martin
du Gard). ‖ 4. Se dit d’une personne qui
s’attache à un seul objet et n’admet pas des
opinions ou des goûts différents des siens :
Une femme exclusive. Caractère exclusif.
• SYN. : 2 particulier, propre, spécial, spé-
cifique ; 3 absolu, égoïste, unique ; 4 buté,
entier, intolérant, intransigeant, sectaire.

— CONTR. : 3 éclectique, large ; 4 libéral,


ouvert, tolérant.

exclusion [ɛksklyzjɔ̃] n. f. (lat. exclusio,


exclusion, action d’éloigner, de exclusum,
supin de excludere [v. EXCLURE] ; v. 1220,
G. de Coincy, écrit esclure [exclure, XVIIe s.],
au sens 1 [rare du XIVe au XVIe s.] ; sens
2, 1662, La Rochefoucauld ; sens 3, milieu
du XXe s.). 1. Action de chasser, d’exclure
quelqu’un d’un lieu ou d’une organisa-
tion : Faire des vers français [au sémi-
naire] passait pour un exercice des plus
dangereux et aurait entraîné l’exclusion
(Renan). ‖ 2. Class. et littér. Action de
tenir quelqu’un à l’écart, de le repousser :
[Mazarin] étant créature du cardinal de
Richelieu, cette raison-là seule lui devait
donner l’exclusion (La Rochefoucauld).
Ce fut une faveur du ciel pour nous d’avoir
échappé à l’esprit d’exclusion qui se parta-
gea le XVIe siècle (Quinet). ‖ 3. Spécialem.
Type d’opération visant à soustraire du
circuit gastro-intestinal un segment plus
ou moins étendu du tube digestif.

• SYN. : 1 élimination, excommunication,


expulsion, radiation, renvoi, révocation.
& À l’exclusion de loc. prép. (1649,
Descartes). A l’exception de, en excluant :
Tout le monde vint le voir à l’hôpital, à
l’exclusion de son frère.

• SYN. : en dehors de, hormis, hors, sauf.

exclusive [ɛksklyziv] n. f. (fém. substan-


tivé de exclusif ; XVIe s., au sens 1 ; sens
2, av. 1922, Proust). 1. Mesure d’exclusion
prononcée en conclave contre un candidat
au pontificat : Mais, d’autre part, il y aura
des luttes personnelles entre les prétendants
qui réunissent un certain nombre de voix
et, comme il ne faut qu’un tiers des voix du
conclave, plus une, pour donner l’exclu-
sive, qu’il ne faut pas confondre avec le droit
d’exclusion, le ballottage entre les candi-
dats se pourra prolonger (Chateaubriand).
‖ 2. Disposition prise à l’égard d’une
personne, d’un groupe de personnes,
d’un parti, etc., pour les tenir systémati-
quement à l’écart : Jeter l’exclusive contre
quelqu’un. Dans ce milieu Guermantes [...],
on prononçait l’exclusive pour des hommes
éminents qu’on trouvait ennuyeux ou vul-
gaires (Proust).
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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1767

exclusivement [ɛksklyzivmɑ̃] adv. (de


exclusif ; 1410, N. de Baye, au sens 1 ; sens
2, av. 1799, Marmontel). 1. En excluant, en
exceptant la partie que l’on donne pour
limite (par opposition à inclusivement) :
Vous étudierez les fables du premier recueil,
du livre Ier au livre VII exclusivement.
‖ 2. D’une manière exclusive, uniquement :
Dans le fait, j’ai été exclusivement élevé par
mon excellent grand-père, M. Henri Gagnon
(Stendhal). Dégoûtés du monde, ils réso-
lurent de ne plus voir personne, de vivre
exclusivement chez eux (Flaubert).

• SYN. : 1 seulement ; 2 exclu, non compris.

exclusivisme [ɛksklyzivism] n. m. (de


exclusif ; 1835, Ch. Fourier). Esprit de parti
pris des gens exclusifs : L’exclusivisme de
ces deux êtres tue notre dîner (Goncourt).
Or, parmi les traits particuliers au salon de
la princesse de Guermantes, le plus habi-
tuellement cité était un exclusivisme dû en
partie à la naissance royale de la princesse
(Proust).

exclusivité [ɛksklyzivite] n. f. (de


exclusif ; av. 1778, Voltaire, écrit exclu-
siveté [exclusivité, début du XIXe s.], au
sens 1 ; sens 2, 1877, Littré [pour un film,
1911, Giraud]). 1. Caractère de ce qui est
exclusif : [La charité] a de la passion tout
ce qui est feu, impétuosité, austérité, exclu-
sivité, tyrannie (Montherlant). ‖ 2. Droit
exclusif de publier un article, de vendre
un livre, de projeter un film : Se réserver
l’exclusivité de la publication d’un ouvrage.
‖ Monopole de fabrication, de distribu-
tion ou de présentation d’un produit. ‖ En
exclusivité, se dit d’une publication, d’une
vente, d’une projection dont l’autorisation
a été réservée exclusivement à un nombre
restreint de personnes, qui l’effectuent en
des lieux déterminés : Film projeté en exclu-
sivité. Vente d’un produit en exclusivité.
‖ Convention d’exclusivité, convention par
laquelle des commerçants s’engagent à se
fournir à un industriel déterminé, ou qui
réserve à un client les productions d’un
fabricant.

excommunication [ɛkskɔmynikasjɔ̃] n.
f. (bas lat. ecclés. excommunicatio, de excom-
municatum, supin de excommunicare [v.
EXCOMMUNIER] ; XIVe s., Dict. général, écrit
excommunicacion [excommunication, 1541,
Calvin], au sens 1 ; sens 2, XXe s.). 1. Censure
prononcée par les autorités ecclésiastiques et
qui exclut une personne de la communion
de l’Église ; état de la personne qui se trouve
ainsi censurée : Lancer, fulminer une excom-
munication. L’excommunication de Henri
VIII. ‖ Mesure par laquelle quelqu’un est
retranché de la communion d’une Église
protestante : Cette excommunication ne pou-
vait non plus se faire que par le consistoire
(Rousseau). ‖ 2. Exclusion d’une personne
d’un groupement dont elle faisait partie.
• SYN. : 1 anathème ; 2 expulsion, radiation.

excommunicatoire [ɛkskɔmynika-
twar] adj. (dér. savant de excommuni-
cation ; milieu du XVe s.). Littér. Propre
à l’excommunication : Le cérémonial
excommunicatoire.

excommunié, e [ɛkskɔmynje] adj. et n.


(part. passé de excommunier [v. ce mot] ;
XIIIe s.). Qui a été frappé d’excommunica-
tion : Vous fûtes l’allié de Manfred, l’ami
du sultan de Luceria, de l’astrologue, du
renégat, de l’excommunié (France).

excommunier [ɛkskɔmynje] v. tr. (bas


lat. ecclés. excommunicare, excommunier,
proprem. « mettre hors de la commu-
nauté », de ex-, préf. marquant l’exclusion,
et de communis, commun [v. COMMUN] ;
v. 1120, Psautier d’Oxford, écrit escumu-
nier [escomenier, fin du XIIe s. ; excommu-
nier, XVIe s.], au sens 1 ; sens 2, v. 1240,
G. de Lorris). 1. Rejeter hors de la com-
munion de l’Église : Le nonce du pape
[...] menace de les excommunier (Balzac).
‖ 2. Rejeter hors d’une organisation, d’une
communauté : L’homme de parti excom-
munierait volontiers les trois quarts d’une
nation pour l’épurer (Ségur).

• SYN. : 2 bannir, chasser, exclure, expulser,


radier.
ex consensu [ɛkskɔ̃sɛ̃sy] loc. adv. (loc.
lat. signif. « avec l’accord de » [plus sou-
vent ex communi consensu, d’un com-
mun accord, à l’unanimité], de ex, selon,
et consensu, ablatif de consensus, accord
[v. CONSENSUS] ; XXe s.). Avec l’accord,
l’assentiment de la personne à qui l’on
s’adresse ou de qui l’on parle.

excoriation [ɛkskɔrjasjɔ̃] n. f. (de exco-


rier ; v. 1398, Somme Me Gautier, écrit
excoriacion ; excoriation, v. 1560, Paré).
Légère écorchure ou plaie qui n’affecte que
l’épiderme.

• SYN. : égratignure, éraflure, griffure.

excorier [ɛkskɔrje] v. tr. (bas lat. exco-


riare, ôter la peau, écorcher, de ex-, préf.
à valeur privative, et de corium, peau des
animaux ou de l’homme [v. CUIR] ; 1541,
J. Canappe [mais probablem. plus anc.,
v. l’art. précéd.]). Écorcher superficielle-
ment : La pointe du clou lui a excorié la
peau.

• SYN. : égratigner, érafler, griffer.

excrément [ɛkskremɑ̃] n. m. (lat. excre-


mentum, criblure, excrétion, déjection,
excrément, de excretum, supin de excer-
nere, passer au tamis, cribler, rendre par
évacuation, de ex-, préf. à valeur intensive,
et de cernere, cribler, tamiser, distinguer ;
1534, Rabelais, au sens 1 ; sens 2, 1668,
La Fontaine). 1. Matière excrétée du corps
de l’homme ou des animaux par les voies
naturelles : L’urine, la sueur sont des excré-
ments. ‖ Spécialem. Résidus de la digestion
évacués par le rectum : Heureux les pays
où l’on trouve des grottes naturelles pleines
d’excréments d’oiseaux (Flaubert). ‖ 2. Fig.

et littér. Personne vile, individu mépri-


sable : Va-t’en, chétif insecte, excrément
de la terre (La Fontaine). Le duc d’Estrées
et Mazarin étaient des excréments de la
nature humaine (Saint-Simon).

• SYN. : 1 caca (fam.), chiure, crotte, crot-


tin, déjection, étron (pop.), excrétion, fèces,
fiente, merde (triv.), selles.

excrémentation [ɛkskremɑ̃tasjɔ̃] n. f.
(de excrément ; 1870, Larousse). En termes
de physiologie, action d’évacuer les
excréments.

excrémenteux, euse [ɛkskremɑ̃tø,


excrémenteux, euse [ɛkskremɑ̃tø,
-øz] adj. (de excrément ; 1560, Paré). Qui
contient un excrément (rare) : La partie
excrémenteuse des aliments.

excrémentiel, elle [ɛkskremɑ̃sjɛl]


adj. (de excrément ; v. 1560, Paré). De
la nature de l’excrément : Des matières
excrémentielles.

excreta [ɛkskreta] n. m. pl. (mot lat.


signif. proprem. « criblures », plur. de
excretum, part. passé neutre substan-
tivé de excernere [v. EXCRÉMENT] ; 1865,
Littré). Substances rejetées hors de l’orga-
nisme, soit directement, comme l’urine,
les matières fécales, soit indirectement,
comme les sécrétions du foie, du pan-
créas, etc.

excréter [ɛkskrete] v. tr. (de excrét[ion] ;


1836, Raymond). [Conj. 5 b.] Éliminer de
l’organisme par excrétion.

excréteur, trice [ɛkskretoer, -tris] adj.


(de excrét[ion] ; v. 1560, Paré). Qui sert à
l’excrétion : Organes excréteurs. Un conduit
excréteur.

excrétion [ɛkskresjɔ̃] n. f. (dér. savant du


lat. excretum, supin de excernere, cribler,
rendre par évacuation [v. EXCRÉMENT],
sur le modèle du lat. ecclés. excretio, cri-
blures, lui-même dér. de excretum ; 1534,
Rabelais, au sens 1 ; sens 2, 1865, Littré).
1. Opération par laquelle sont éliminés
les déchets de l’organisme. ‖ Spécialem.
Action par laquelle les produits élaborés
par une glande (sécrétion) sont rejetés
hors de cette glande et hors de l’organisme.
‖ 2. Le déchet ainsi éliminé : Sanctorius
[...] employa un demi-siècle à peser quoti-
diennement sa nourriture avec toutes ses
excrétions (Flaubert).

• SYN. : 1 élimination, évacuation,


expulsion.

excrétoire [ɛkskretwar] adj. (de


excrét[ion] ; 1536, G. Chrestien). Qui
est relatif à l’excrétion : Des troubles
excrétoires.

excroissance [ɛkskrwasɑ̃s] n. f. (franci-


sation, d’après croissance [v. ce mot], du lat.
excrescentia, excroissance, dér. de excres-
cere, se développer, s’accroître, former une
excroissance, de ex-, préf. à valeur inten-
sive, et de crescere, naître, croître ; 1314,
Mondeville, écrit excressance [excroissance,
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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1768

v. 1560, Paré], au sens 1 ; sens 2, 1770,


Ch. Bonnet ; sens 3, 1771, Voltaire).
1. Tumeur qui se forme sur une partie
quelconque du corps de l’homme ou de
l’animal : Les verrues et les polypes sont
des excroissances. ‖ En botanique, déve-
loppement parasite dans une partie quel-
conque d’une plante. ‖ 2. Protubérance
qui apparaît à la surface de quelque chose :
Par endroits, dans les bruyères désertes, une
excroissance de roches s’achève en chau-
mière (Hugo). ‖ 3. Fig. Développement
parasitaire de quelque chose : C’était assez
pour réveiller en lui l’ancienne angoisse,
lamentable et contradictoire excroissance
de son amour (Proust).

• SYN. : 1 protubérance.

excru, e [ɛkskry] adj. (de ex- [lat. ex-, préf.


marquant le mouvement de l’intérieur vers
l’extérieur] et de crû, part. passé de croître ;
1870, Larousse). En sylviculture, se dit d’un
arbre qui croît hors des forêts, mais sur un
sol qui en dépend.

excurrent, e [ɛkskyrɑ̃, -ɑ̃t] adj. (lat.


excurrens, -entis, part. prés. de excurrere,
courir hors de, s’étendre hors de, être long
ou saillant, se prolonger, s’avancer [v. l’art.
suiv.] ; XXe s.). Se dit des troncs continus
jusqu’au sommet, comme chez les pins, et
des nervures médianes dépassant le limbe,
comme chez certaines mousses.

excursion [ɛkskyrsjɔ̃] n. f. (lat. excur-


sio, excursion, voyage, incursion, irruption,
digression, de excursum, supin de excur-
rere, courir hors de, sortir en courant,
s’éloigner en hâte, de ex-, préf. marquant
le mouvement de l’intérieur vers l’extérieur,
et de currere, courir ; 1530, Dict. général,
écrit excurcion [excursion, 1718, Acad.],
au sens de « course à main armée sur le
territoire ennemi » ; sens I, 1, 1772, J.-J.
Rousseau ; sens I, 2, 1811, Wailly ; sens II,
milieu du XXe s.).

I. 1. Voyage d’agrément ou d’étude fait


dans une région : Une excursion en mon-
tagne, en forêt. Une excursion de la jour-
née au Mont-Saint-Michel. Mais ce dont
je me souviens avec précision, c’est de
l’excursion que nous fîmes du pont Saint-
Nicolas à tel village non loin du Gardon
(Gide). ‖ 2. Fig. et littér. Développement
qui éloigne du domaine traité : Un confé-
rencier qui se laisse aller à quelques excur-
sions hors du sujet.

II. Excursion de fréquence, en radiotech-


nique, écart maximal par rapport à la fré-
quence moyenne.

• SYN. : 1 promenade, randonnée, tour,


tournée (fam.), virée (fam.), voyage.

excursionner [ɛkskyrsjɔne] v. intr. (de


excursion ; fin du XIXe s.). Faire une excur-
sion, une longue promenade : Excursionner
en Italie.

excursionniste [ɛkskyrsjɔnist] n. (de


excursion ; 1852, Th. Gautier). Personne
qui fait une excursion (vieilli) : Un de ces
refuges [...] où les excursionnistes trouvent
un feu et un lit de planches dures (Daudet).
• SYN. : promeneur, touriste, voyageur.

excursus [ɛkskyrsys] n. m. (mot lat.


signif. « excursion, incursion, digression »,
de excursum, supin de excurrere [v. EXCUR-
SION] ; 1865, Littré). Dissertation en forme
de digression, à l’occasion d’un passage
d’un auteur ancien.

excusabilité [ɛkskyzabilite] n. f. (dér.


savant de excusable ; 1873, d’après Littré,
1877). En droit, qualité du failli dont on a
reconnu l’honnêteté, la bonne foi.

excusable [ɛkskyzabl] adj. (de excuser,


d’après le lat. excusabilis, excusable, par-
donnable, dér. de excusare [v. EXCUSER] ;
fin du XIIIe s., Godefroy). Que l’on peut
excuser, qui mérite l’indulgence : On n’est
jamais excusable d’être méchant, mais il y a
quelque mérite à savoir qu’on l’est ; et le plus
irréparable des vices est de faire le mal par
bêtise (Baudelaire). Un si jeune homme était
excusable de ne pas comprendre la valeur
de l’argent (Barrès). Une erreur excusable.
‖ Spécialem. Crime ou délit excusable, en
termes de droit, crime ou délit dont l’auteur
bénéficie d’une excuse légale.

• SYN. : pardonnable.

excuse [ɛkskyz] n. f. (déverbal de excu-


ser ; XIVe s., au sens 1 ; sens 2, av. 1549,
Marguerite de Navarre ; sens 3, 1810, Code
pénal). 1. Raison que l’on donne pour se
disculper ou pour disculper autrui : Il dit
cela en manière d’excuse et pour colorer
son départ (Gide). ‖ Circonstance propre
à disculper : Il n’a pas pu venir ; le mau-
vais temps est son excuse. ‖ Class. Faire
excuse à quelqu’un de quelque chose, lui en
demander pardon : Oui, je l’aime, Sévère,
et n’en fais point d’excuse (Corneille). Je lui
fis excuse d’avoir mal pris son sentiment
(Pascal). ‖ Pop. Faites excuse, je vous
demande pardon. (S’emploie parfois avec
une nuance plaisante pour présenter une
objection, une réfutation.) ‖ 2. Motif que
l’on invoque pour se soustraire à une obli-
gation : Se trouver une bonne excuse pour ne
rien faire. ‖ Spécialem. Justification pro-
duite : Apporter un mot d’excuse. ‖ Class.
Prendre excuse, prendre prétexte : L’excuse
qu’elle prit, c’est qu’elle craignait d’être volée
par les troupes qui sont par les chemins
(Sévigné). ‖ 3. Excuse légale, fait précis,
prévu par la loi, dont la constatation par
le juge entraîne une réduction ou même
parfois l’exemption de la peine.

• SYN. : 1 décharge, défense, justification ;


2 prétexte, raison.

& excuses n. f. pl. (1690, Furetière).


Expression du regret d’avoir offensé
quelqu’un : Exiger des excuses. J’ignorais
que ce fût à moi de vous présenter des
excuses de ce que vous avez failli me ren-

verser (Barrès). ‖ Par extens. Terme de


politesse pour disposer son interlocuteur
ou son correspondant à l’indulgence quand
on a manqué à quelque devoir : Je vous fais
mes excuses d’avoir tant tardé à vous écrire.
• SYN. : pardon.

excuser [ɛkskyze] v. tr. (lat. excusare,


excuser, justifier, disculper, alléguer comme
excuse, proprem. « mettre hors de cause »,
de ex-, préf. à valeur privative ou négative,
et de causa, cause, raison, motif ; v. 1190,
Sermons de saint Bernard, écrit escuser
[excuser, v. 1398, le Ménagier de Paris], au
sens 1 ; sens 2, 1668, Racine ; sens 3, XXe s. ;
sens 4, av. 1549, Marguerite de Navarre ;
sens 5, 1670, Molière ; sens 6, v. 1283,
Beaumanoir). 1. Disculper quelqu’un d’une
faute, d’un manquement involontaire ou
non, en acceptant des excuses, en admet-
tant des circonstances atténuantes : Il faut
l’excuser s’il n’a pas dit toute la vérité : il ne
la connaissait pas. ‖ 2. Accepter les motifs
que quelqu’un invoque pour se dispenser
de faire quelque chose ou pour prendre la
liberté de faire autre chose : Votre Altesse
m’excusera si je rentre au palais (Musset).
‖ Excusez-moi, vous m’excuserez, formules
de politesse employées pour atténuer l’effet
d’une contradiction ou d’une parole, d’un
geste plus ou moins involontaire et qui peut
être désagréable. ‖ Vous êtes tout excusé,
formule par laquelle on exprime sa bien-
veillance à une personne qui présente des
excuses. ‖ Fam. Excusez du peu !, se dit
pour exprimer plaisamment son étonne-
ment de l’outrance d’une attitude, d’un
comportement, ou de l’excès de quelque
chose. ‖ 3. Demander à quelqu’un d’être
indulgent envers une personne pour une
action condamnable qu’elle a commise :
Écrire au proviseur pour excuser son fils.
‖ 4. Excuser une faute, la pardonner, ne pas
en tenir rigueur à son auteur : Excuser une
parole malheureuse, un oubli. ‖ 5. Class.
Excuser quelque chose à quelqu’un, lui pré-
senter cette chose comme excusable : Je
lui excusai même la conduite de Monsieur
(Retz). ‖ 6. En parlant d’une chose, servir
d’excuse à quelqu’un ou à quelque chose :
La peur excuse cette inhospitalité redou-
table (Hugo).

• SYN. : 1 absoudre, innocenter, pardonner ;


4 admettre, passer, remettre, tolérer ; 6 jus-
tifier, légitimer.

& s’excuser v. pr. (sens 1, 1273, Adenet ; sens


2, 1580, Montaigne ; sens 3, 1859, Michelet).
1. Se disculper en présentant ses excuses : Il
reconnaît les faits, s’en excuse, et ne cherche
pas même à les expliquer (Gide). ‖ Class.
S’excuser sur, rejeter sur quelque chose
ou sur quelqu’un la responsabilité d’une
faute, d’une erreur : Elle s’excusa sur ce
qu’elle n’avait jamais vu le Roi (Vaugelas).
‖ 2. Class. et littér. Refuser poliment de :
Lorsque Mendose le voulut mener chez elle,
il trouvait toujours quelque prétexte pour
s’en excuser (Lesage). ‖ 3. S’excuser de, faire
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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1769

quelque chose en présentant ses excuses :


Je m’excuse de vous contredire.

exeat [ɛgzeat] n. m. invar. (mot lat. signif.


proprem. « qu’il sorte » [3e pers. du sing. du
subj. prés. de exire, sortir de, de ex-, préf.
marquant le mouvement de l’intérieur vers
l’extérieur, et de ire, aller], employé comme
dans le droit ecclés. et dans la langue des
collèges ; 1622, Sorel, au sens 1 ; sens 2, 1690,
Furetière ; sens 3, 1865, Littré). 1. Permis de
sortie délivré à un élève, dans certains col-
lèges. ‖ 2. Autorisation officielle accordée
à un prêtre par son évêque de passer dans
un autre diocèse. ‖ 3. Vx et fig. Donner son
exeat à quelqu’un, le renvoyer, le congédier.

exécrable [ɛgzekrabl] adj. (lat. ex[s]


ecrabilis, exécrable, abominable, de ex[s]
ecrare [v. EXÉCRER] ; v. 1355, Bersuire, au
sens 2 [rare av. 1688, La Bruyère] ; sens 1,
1530, Lefèvre d’Étaples). 1. Se dit d’une
personne ou d’une chose qui inspire le
dégoût, l’horreur : La cause la plus sainte
se change en une cause impie, exécrable,
quand on emploie le crime pour la soute-
nir (Lamennais). Si le crime de Bocca est à
ce point exécrable, ne vous repentez-vous
point de l’avoir causé ? (France). ‖ 2. Très
mauvais, que l’on ne peut supporter : Des
gravures exécrables qui ôtent l’appétit
(Balzac). Cottard pestait du retard, peut-
être par remords, et partit avec une humeur
exécrable qu’il fallut tous les plaisirs du
mercredi pour arriver à dissiper (Proust). Ce
ne sont peut-être pas là de bons vers ; mais
sûrement c’est de la prose exécrable (Gide).
• SYN. : 1 abominable, détestable, haïssable,
hideux, monstrueux, odieux, répugnant ; 2
affreux, déplorable, épouvantable, infect.

exécrablement [ɛgzekrabləmɑ̃] adv. (de


exécrable ; XVe s., Godefroy). D’une manière
exécrable : Il parle exécrablement.

exécration [ɛgzekrasjɔ̃] n. f. (lat. ex[s]


ecratio, serment [accompagné d’impréca-
tions contre soi en cas de parjure], impréca-
tion, malédiction, de ex[s]ecratum, supin de
ex[s]ecrare [v. EXÉCRER] ; XIIIe s., Godefroy,
au sens I, 3 ; sens I, 1, 1580, Montaigne ; sens
I, 2, 1657, Pascal ; sens II, 1771, Trévoux).

I. 1. Class. Imprécation violente faite en


vouant ce que l’on déteste aux plus ter-
ribles maux : La royauté fut abolie avec
des exécrations horribles contre ceux qui...
(Bossuet). ‖ 2. Sentiment de répulsion,
d’horreur extrême : Un crime qui suscite
l’exécration. Mais ce qu’il faut vouer à
l’exécration, ce qui n’a pas d’exemple dans
l’histoire, c’est la torture impudique infli-
gée à une faible femme (Chateaubriand).
‖ Être en exécration à quelqu’un, être
l’objet de sa haine, de sa répulsion.
‖ 3. Vx. Personne ou chose qui inspire
cette horreur, cette répulsion : Néron de-
vint l’exécration de l’humanité.

II. En théologie, retour d’un objet consa-


cré à l’état profane : L’exécration d’une
église. (Contr. CONSÉCRATION.)
• SYN. : I, 2 abomination, aversion, détes-
tation, haine.

exécrer [ɛgzekre] v. tr. (lat. ex[s]ecrare,


ex[s]ecrari, maudire, lancer des impréca-
tions, vouer à l’exécration, de ex-, préf.
à valeur négative et intensive, et de l’adj.
sacer, sacra, sacrum, sacré, vénéré, dévoué
à un dieu [dans les imprécations] ; 1495,
J. de Vignay, au sens 1 ; sens 2, av. 1842,
Stendhal ; sens 3, 1870, Larousse). [Conj.
5 b.] 1. Repousser une personne ou une
chose à cause du sentiment d’horreur
qu’elle inspire : Un fait remarquable, c’est
que le catholicisme déteste Voltaire et que le
protestantisme l’exècre (Hugo). Cet ancien
président du Conseil, si bien reçu dans le
faubourg Saint-Germain, avait jadis été
l’objet de poursuites criminelles, exécré du
monde et du peuple (Proust). Il y a certains
défauts de mon esprit, que je connais et que
j’exècre, dont je ne puis triompher (Gide).
‖ 2. Avoir de l’antipathie pour quelqu’un,
ne pas l’aimer : C’était cette parfaite inha-
bileté de sa part qui la faisait exécrer du vul-
gaire des courtisans (Stendhal). ‖ 3. Avoir
de l’aversion pour quelque chose : Comme
elle était intelligente ! Il était allé la chercher,
au temps jadis, dans cette Sorbonne qu’il
exécrait d’instinct (Duhamel). Je prenais
avec les femmes [...] ce ton supérieur et doc-
toral qu’elles exècrent (Mauriac).

• SYN. : 1 abhorrer, abominer, haïr ; 2


détester.

exécutable [ɛgzekytabl] adj. (de exé-


cuter ; XIVe s.). Que l’on peut exécuter :
Un décret exécutable. Un travail aisément
exécutable dans les délais prévus.

exécutant, e [ɛgzekytɑ̃, -ɑ̃t] n. (part.


prés. substantivé de exécuter ; fin du XIVe s.,
E. Deschamps, au sens 1 ; sens 2, 1767,
J.-J. Rousseau). 1. Personne qui exécute
un ordre, qui accomplit une tâche qu’on
lui propose : L’exécutant n’est pas juge de
ce qu’il peut tenter (Alain). ‖ 2. Musicien
qui exécute sa partie dans un concert : Les
pages succédaient aux pages, les morceaux
aux morceaux, sans que rien pût lasser la
patience des exécutants (Rolland).

exécuter [ɛgzekyte] v. tr. (de exécut[ion],


exécut[eur] ; v. 1282, Gauchi, au sens I, 1 ;
sens I, 2, 1690, Furetière ; sens I, 3, v. 1355,
Bersuire ; sens I, 4, av. 1872, Th. Gautier ;
sens II, 1, XVe s., Mantellier ; sens II, 2,
milieu du XVIe s., Amyot ; sens II, 3, 1920,
Gide).

I. EXÉCUTER QUELQUE CHOSE. 1. Réali-


ser un projet, un plan, un ordre : Leurs
projets à peine conçus sont déjà exécutés
(Chateaubriand). L’armée florentine se mit
en marche et exécuta le plan que j’avais
tracé pour sa perte (France). L’obéissance
militaire, passive et active en même temps,

recevant l’ordre et l’exécutant (Vigny) ; et


absol. : Les uns projettent, commandent,
les autres exécutent. ‖ Class. Exécuter
sa parole, tenir sa promesse : Je vous dis
que je veux qu’elle exécute la parole que
j’ai donnée (Molière). ‖ 2. Réaliser un
ouvrage, une oeuvre artistique selon un
modèle, une règle : Gertrude à son tour
apprend à lire et à exécuter divers menus
travaux (Gide). On me donna trois mois
pour exécuter un groupe de marbre ou de
granit (Duhamel). ‖ Spécialem. Interpré-
ter une oeuvre musicale à l’aide d’un ins-
trument : Exécuter une étude de Chopin.
‖ 3. Rendre effectives les dispositions
d’une loi ou d’un jugement : Il est plus
facile de faire des lois que de les exécu-
ter (Napoléon Ier). ‖ Class. Procéder à la
saisie judiciaire des biens de quelqu’un :
On ira, l’épée à la main, exécuter ton
meuble pour la solde de l’armée (Retz).
‖ 4. Accomplir un acte quelconque : Elle
lui chatouillait la croupe [...], ce qui faisait
exécuter à l’animal des sauts et des cour-
bettes (Gautier).

II. EXÉCUTER QUELQU’UN. 1. Exécuter un


débiteur, procéder à la saisie judiciaire de
ses biens et les faire vendre par décision
de justice. ‖ 2. Mettre à mort par auto-
rité de justice : Mais jamais ils n’oseront
faire exécuter le roi, disait-elle (Stend-
hal). ‖ Par extens. Mettre à mort de son
propre chef, sans jugement : L’utopie in-
surrection combat le vieux code militaire
au poing ; elle fusille les espions, elle exé-
cute les traîtres (Hugo). ‖ 3. Fig. et fam.
Exécuter un auteur, faire de son oeuvre
une critique qui ruine son crédit, qui le
dénigre radicalement.

• SYN. : I, 1 accomplir, remplir ; 2 confec-


tionner, effectuer, opérer, pratiquer ; jouer ;
4 faire. ‖ II, 2 abattre, assassiner, descendre
(fam.), tuer ; 3 démolir (fam.), éreinter
(fam.), esquinter (fam.).

& s’exécuter v. pr. (1683, Fénelon). Se


résoudre à accomplir une action : Il se
calma, replongea en son siège, et dit :
« Veuillez me remettre cet objet. » Je m’exé-
cutai (Courteline).

exécuteur, trice [ɛgzekytoer, -tris] n.


(lat. ex[s]ecutor, celui qui accomplit, exécute,
poursuit, venge, de ex[s]ecutum, supin de
ex[s]equi, suivre jusqu’au bout, poursuivre,
faire jusqu’au bout, de ex-, préf. à valeur
intensive, et de sequi, suivre, poursuivre ;
fin du XIIe s., Dialogues de saint Grégoire,
écrit executor [exécuteur, v. 1361, Oresme],
au sens 1 ; sens 2, v. 1283, Beaumanoir ; sens
3, milieu du XVIe s., Amyot). 1. Personne
qui exécute quelque chose : L’exécuteur
d’un arrêt. ‖ 2. Exécuteur, exécutrice tes-
tamentaire, personne à laquelle revient le
soin d’exécuter un testament : Vous serez
mon exécutrice testamentaire ; vous ven-
drez ma pauvre retraite ; le prix vous servira
à voyager vers le soleil (Chateaubriand).
‖ 3. Exécuteur des hautes oeuvres, des arrêts
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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1770

criminels, ou simplem. exécuteur, fonction-


naire qui a pour mission de procéder aux
exécutions capitales : Une plus grande bête
au milieu s’agitait | Comme un exécuteur
entouré de ses aides (Baudelaire) ; et au fig. :
Tout sujet napolitain qu’il est, le cardinal
De Gregorio est rejeté par Naples, et encore
plus par le cardinal Albani, l’exécuteur des
hautes oeuvres de l’Autriche au conclave
(Chateaubriand).

exécutif, ive [ɛgzekytif, -iv] adj. (de


exécut[er], exécut[ion], exécut[eur] ; 1764,
J.-J. Rousseau [un premier exemple, au sens
de « qui concerne l’exécution, en général »,
v. 1361, Oresme]). Qui a la charge d’appli-
quer, de faire exécuter les lois : Le pouvoir
exécutif.

& exécutif n. m. (1865, Littré). Pouvoir


exécutif. ‖ Par extens. Organisme exer-
çant le pouvoir exécutif : Un exécutif de
cinq membres.

exécution [ɛgzekysjɔ̃] n. f. (lat. ex[s]


ecutio, achèvement, accomplissement, de
ex[s]ecutum, supin de ex[s]equi [v. EXÉCU-
TEUR] ; v. 1265, J. de Meung, écrit execucion,
avec un sens peu clair ; sens I, 1, v. 1283,
Beaumanoir, écrit execussion [exécution,
XIVe s.] ; sens I, 2, milieu du XVIe s., Amyot ;
sens I, 3, 1680, Richelet ; sens II, 1, v. 1355,
Bersuire ; sens II, 2, 1580, Montaigne [exé-
cution ; exécution capitale, 1870, Larousse]).

I. ACTION D’EXÉCUTER QUELQUE CHOSE.


1. Action d’exécuter, d’accomplir : Il exi-
geait l’exécution immédiate de ses ordres.
L’exécution d’un projet, d’un contrat.
L’exécution d’un arrêt. ‖ Absol. Aboutis-
sement réel, action effective (par opposi-
tion à projet, plan). ‖ Mettre à exécution,
exécuter : Le lendemain, sans avertir ma
mère [...], je mis ce beau projet à exécution
(Daudet). ‖ Être en voie, en cours d’exé-
cution, se dit de ce qu’on est en train de
réaliser, d’exécuter : Travaux en cours
d’exécution. ‖ 2. Class. Homme d’exécu-
tion, homme qui n’hésite pas à mettre ses
projets à exécution : Stuart, homme d’exé-
cution et très zélé protestant (Bossuet).
‖ 3. Action d’effectuer selon un plan
prévu ou une certaine méthode ; manière
d’exécuter : Une sculpture antique d’une
mauvaise exécution (Chateaubriand).
‖ Spécialem. Action d’interpréter avec
un instrument une oeuvre musicale :
L’exécution d’une sonate.

II. 1. ACTION D'EXÉCUTER QUELQU'UN.


‖ 2. Saisie et vente des biens d’un débi-
teur. ‖ 3. Exécution capitale, ou simplem.
exécution, mise à mort d’un condamné :
Il les fit condamner à mort et l’exécution
de l’un d’eux, le comte L***, fut atroce
(Stendhal).

• SYN. : I, 1 accomplissement, achève-


ment, application, pratique, réalisation ;
3 construction, facture ; interprétation.

exécutoire [ɛgzekytwar] adj. (bas lat.


ex[s]ecutorius, exécutif, de ex[s]ecutum,
supin de ex[s]equi [v. EXÉCUTEUR] ; XVIe s.,
Loisel). Qui doit légalement être exécuté :
Les lois sont exécutoires [...] en vertu de la
promulgation qui en est faite (Code civil).
Un jugement exécutoire. ‖ Force exécutoire,
qualité d’un acte qui justifie l’emploi de la
force publique pour assurer l’exécution de
ses prescriptions. ‖ Formule exécutoire,
formule conférant à certains actes la force
exécutoire. ‖ Titre exécutoire, titre revêtu
de cette formule.

& n. m. (1337, Godefroy, écrit exequtoire ;


exécutoire, XVIe s.). Exécutoire des dépens,
ou simplem. exécutoire, ordonnance d’un
juge fixant le montant des frais de procé-
dure et donnant pouvoir au créancier d’en
exiger le paiement : Le petit avoué [menaça
le vigneron] de prendre un exécutoire pour
les frais qui lui étaient dus s’il n’était pas
payé dans la semaine (Balzac).

exécutoirement [ɛgzekytwarmɑ̃] adv.


(de exécutoire ; 1865, Littré). En termes de
droit, d’une manière exécutoire.

exèdre [ɛgzɛdr] n. f. (lat. exedra, salle de


réunion [avec sièges], et, à basse époque,
dans la langue ecclés., « choeur de l’église »,
gr. exedra, emplacement couvert [avec
sièges] devant la maison, salle de réunion,
de ex, hors de, et hedra, siège, banc, rési-
dence ; milieu du XVIIIe s., au sens 1 ; sens
2, XXe s. ; sens 3, 1er sept. 1873, Revue des
Deux Mondes). 1. Dans l’Antiquité, empla-
cement couvert, avec sièges, devant une
maison ; salle de conversation pourvue de
sièges, dans les maisons particulières ou les
édifices publics. ‖ 2. Dans les basiliques
chrétiennes, banc de pierre semi-circu-
laire, adossé au fond de l’abside, de chaque
côté du siège épiscopal. ‖ 3. Banc de pierre
semi-circulaire et orné : Des jardins ornés
de statues, d’exèdres (France).

exégèse [ɛgzeʒɛz] n. f. (gr. exêgêsis, récit,


explication, commentaire, de exêgeisthai,
conduire, guider, exposer en détail, de ex-,
préf. à valeur intensive, et de hêgeisthai,
conduire ; 1705, Cl. Chastelain, au sens 1 ;
sens 2, XXe s.). 1. Explication philologique,
interprétation historique, juridique, doc-
trinale d’un texte : Je n’arrivai au point
d’émancipation que tant de gens atteignent
sans aucun effort de réflexion, qu’après
avoir traversé toute l’exégèse allemande
(Renan). ‖ Exégèse biblique, interpréta-
tion des livres saints. ‖ 2. Interprétation
et commentaire détaillé : Ce journaliste
s’est livré à une véritable exégèse du discours
présidentiel.

exégète [ɛgzeʒɛt] n. m. (gr. exêgêtês,


[celui] qui dirige, explique, interprète, de
exêgeisthai [v. l’art. précéd.] ; 1732, Trévoux,
au sens 4 ; sens 1, 1870, Larousse ; sens
2-3, XXe s.). 1. Dans l’Antiquité grecque,
interprète officiel des rites, des cou-
tumes sacrées, des oracles. ‖ Par extens.

Interprète libre des oracles et des prodiges.


‖ 2. Commentateur des textes des grands
écrivains, surtout à l’époque alexandrine.
‖ 3. Commentateur, philologue, historien
qui fait l’exégèse d’une oeuvre : Je voudrais
étudier Chardin en exégète et non pas en
critique (Gide). ‖ 4. Commentateur des
textes bibliques.
exégétique [ɛgzeʒetik] adj. (gr.
exêgêtikos, propre à raconter ou à expli-
quer, de exêgeisthai [v. EXÉGÈSE] ; 1694,
Th. Corneille). Qui appartient à l’exégèse :
Science exégétique. ‖ Méthode exégétique,
méthode de critique historique fondée sur
l’interprétation des textes.

1. exemplaire [ɛgzɑ̃plɛr] adj. (lat.


exemplaris, qui sert de modèle, de exem-
plum [v. EXEMPLE] ; 1150, Barbier, au sens
1 ; sens 2, v. 1570, Carloix). 1. Qui peut
servir d’exemple, qui peut être proposé
en modèle : Je ne prétends pas faire de
Fabrice un prêtre exemplaire (Stendhal).
Il s’appliquait à sa tâche avec une conscience
exemplaire (Rolland). ‖ 2. Qui peut servir
de leçon, d’avertissement : Une punition
exemplaire.

• SYN. : 1 édifiant, irréprochable, parfait ;


2 sévère.

2. exemplaire [ɛgzɑ̃plɛr] n. m. (bas lat.


exemplarium, lat. class. exemplar, copie,
exemplaire, de exemplum [v. EXEMPLE] ;
v. 1119, Ph. de Thaon, écrit essemplarie,
essemplaire [exemplaire, XIIIe s.], au sens
1 ; sens 2, 1580, Montaigne ; sens 3, 1858,
Legoarant ; sens 4, 1870, Larousse). 1. Class.
Modèle à imiter, exemple à suivre : Cette
charité que pratique sur la croix le fils de
Dieu, notre sauveur et notre divin exem-
plaire (Bourdaloue). ‖ 2. Chacun des objets
formés à partir d’un type unique que l’on
a reproduit : Ouvrir le premier exemplaire
de son oeuvre, la voir fixée, comme en relief,
et non plus dans cette grande ébullition du
cerveau où elle est toujours un peu confuse,
quelle sensation délicieuse ! (Daudet).
Un livre vendu à cent mille exemplaires.
‖ 3. Chacun des échantillons d’une même
espèce, d’une même catégorie : Un exem-
plaire d’un coquillage rare. ‖ 4. Être, chose
semblable à d’autres : Un homme dont on
rencontre des centaines d’exemplaires dans
la vie quotidienne.

exemplairement [ɛgzɑ̃plɛrmɑ̃] adv. (de


exemplaire 1 ; v. 1280, Clef d’Amors, au sens
1 ; sens 2, v. 1570, Carloix). 1. De manière
à servir de modèle : Le pouvoir [...] dispose
toujours d’une majorité exemplairement
docile (Lamennais). ‖ 2. De manière à
servir de leçon : Châtier exemplairement
les coupables.

exemplarité [ɛgzɑ̃plarite] n. f. (dér.


savant de exemplaire 1 ; v. 1361, Oresme).
Caractère de ce qui est exemplaire : Un
verdict dicté par le souci d’exemplarité.
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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1771

exemple [ɛgzɑ̃pl] n. m. (lat. exemplum,


échantillon, reproduction, type, modèle,
exemple ; 1080, Chanson de Roland, écrit
essample, au fém. [exemple, au masc.,
v. 1165, Gautier d’Arras], au sens 1 ; sens
2, milieu du XVIe s., Ronsard ; sens 3, 1643,
Corneille ; sens 4, v. 1360, Froissart ; sens
5, 1640, Corneille ; sens 6, XIVe s., Girart de
Roussillon ; sens 7, 1653, Pellisson ; sens 8,
1690, Furetière). 1. Conduite, action que
l’on peut imiter, prendre pour modèle : La
leçon des exemples vaut mieux que celle
des préceptes (La Rochefoucauld). Un bon,
un mauvais exemple. Sa vie entière est un
exemple de ténacité. ‖ Donner l’exemple,
agir pour servir de modèle, pour inciter à
faire de même : Il donna l’exemple en levant
son grand hanap de vermeil (France). Chef
qui donne l’exemple du courage. ‖ Prêcher
d’exemple, faire le premier ce qu’on recom-
mande aux autres. ‖ 2. Personne digne
d’être imitée, de servir de modèle : C’est un
exemple pour nous. Il était Romain, fils de la
Ville déesse, exemple à l’univers, et il portait
par les armes la paix romaine aux extrémi-
tés du monde (France). ‖ 3. Personne qui,
en proie à un sort malheureux, peut ser-
vir aux autres de mise en garde, de leçon :
Que ce malheureux ivrogne vous soit un
exemple. ‖ 4. Ce qui peut servir de leçon,
d’avertissement ou de mise en garde ; châ-
timent exemplaire : Cette condamnation est
un exemple. ‖ Faire un exemple, prendre
une sanction sévère, propre à frapper les
esprits : Il m’appela rebelle et promit de
faire un exemple (Chateaubriand). ‖ Servir
d’exemple, être un avertissement pour
les autres : Que ce châtiment vous serve
d’exemple. ‖ 5. Fait antérieur analogue au
fait en question et considéré par rapport
à lui : Elle me fournit le premier exemple
des nécessités cruelles de l’Armée (Vigny).
Cette tranquillité sans exemple où ce peuple
se complaît (Fromentin). On ne connaît pas
d’exemple d’une telle sottise. ‖ 6. Fait ou
preuve que l’on donne pour appuyer ou
illustrer une assertion : Je vais fournir un
exemple de ce que j’avance ; ellipt. et fam. :
Oui, tout en ce monde n’est que mensonge,
vol et fourberie ! Exemple : hier je sors [...]
à trois pas de chez moi, on me fait mon
mouchoir (Labiche). ‖ 7. Texte d’un auteur,
phrase que l’on cite pour expliquer ou illus-
trer une règle, une remarque, une défini-
tion : Illustrer une règle de grammaire par
un exemple. Les exemples d’un dictionnaire.
‖ 8. Vx. Modèle scolaire d’écriture d’après
lequel un jeune élève apprenait à former
des lettres : Un cahier d’exemples.

• SYN. : 1 idéal, modèle ; 2 parangon ; 3


enseignement, leçon ; 5 antécédent, précé-
dent ; 6 aperçu, échantillon, preuve, spéci-
men ; 7 citation.

• REM. Était parfois féminin du XIe au


début du XVIIe s.

& Par exemple loc. adv. (1690, Furetière).


Pour confirmer, illustrer par un exemple :
Il avait l’âme trop haute pour chercher

à imiter les autres jeunes gens, et, par


exemple, pour vouloir jouer avec un sérieux
le rôle d’amoureux (Stendhal). Le terrible,
par exemple, c’était le retour, la rentrée
(Daudet).

& Par exemple ! loc. interj. (1627, Mairet).


1. Fam. Exprime une protestation, ou
s’emploie pour manifester sa surprise et
son désaveu : « Vous avez l’air furieux.

— Moi, par exemple ! Pas le moins du


monde » (Musset). ‖ 2. Fam. Toutefois,
en revanche (en fin de proposition) : C’est
à côté d’ici. Cinquante kilomètres. Deux
sales côtes, par exemple ! (Colette).

& À l’exemple de loc. prép. (1650,


Corneille). En imitant l’exemple de, ainsi
que : Il veut faire carrière dans l’armée, à
l’exemple de son frère aîné.

exemplification [ɛgzɑ̃plifikasjɔ̃] n. f. (de


exemplifier ; XXe s.). Action d’exemplifier.

exemplifier [ɛgzɑ̃plifje] v. tr. (de


exemple et de -fier [lat. facere, faire], d’après
des v. comme notifier, etc. ; XXe s.). Illustrer,
confirmer par un exemple (rare) : Je ne
saurais mieux l’exemplifier qu’en prenant
dans les écrits de Léonard lui-même une
phrase dont on dirait que chaque terme
s’est compliqué et purifié jusqu’à ce qu’elle
soit devenue une notion fondamentale de la
connaissance moderne du monde (Valéry).

1. exempt, e [ɛgzɑ̃, -ɑ̃t] adj. (lat. exemp-


tus, part. passé de eximere, tirer de, retirer,
ôter, affranchir [v. EXEMPLE] ; v. 1265, Livre
de jostice, écrit exant [exent, XVe s. ; exempt,
XVIe s.], au sens 1 ; sens 2, 1580, Montaigne ;
sens 3, v. 1530, C. Marot). 1. Qui n’est pas
assujetti à une charge, qui est affranchi de :
Être exempt d’impôts. ‖ Se dit de ce qui
n’est pas soumis à une charge, une taxe,
qui est dispensé de : Une lettre exempte
d’affranchissement. ‖ 2. Qui est préservé
de désagréments, de maux : Les dieux
exempts du mal et du remords (Banville).
‖ Se dit de ce qui n’est pas entaché de : Un
calcul exempt d’erreur. ‖ 3. Fig. Qui n’est
pas sujet à, qui n’éprouve pas : Marc Aurèle,
si philosophe, n’est nullement exempt de
superstition (Renan).

• SYN. : 1 déchargé, dégagé, dispensé,


exonéré, franc de ; 2 immunisé ; 3 dénué,
dépourvu.

2. exempt [ɛgzɑ̃] n. m. (emploi substan-


tivé de exempt 1 ; fin du XVIe s., A. d’Aubi-
gné, au sens 2 ; sens 1, 1655, Molière ; sens 3,
1690, Furetière). 1. Class. Officier de police
qui commandait une escouade de gardes de
la maréchaussée ; par extens., sous-officier
de police : Par les soins vigilants de l’exempt
Balafré, | Ton affaire allait bien, le drôle
était coffré (Molière). ‖ 2. Vx. Sous-officier
qui, dans certains corps, commandait en
l’absence du capitaine et des lieutenants,
et qui était exempt du service ordinaire.
‖ 3. Personne qui n’est pas assujettie
comme les autres à une charge, à un ser-
vice. ‖ Spécialem. Ecclésiastique qui n’est

point soumis à la juridiction de l’évêque


diocésain.

exempté, e [ɛgzɑ̃te] adj. et n. (part. passé


de exempter). Qui est dispensé de : Un élève
exempté d’éducation physique. Une note
concernant les exemptés de service.

• SYN. : déchargé, dégagé, dispensé, excusé.

exempter [ɛgzɑ̃te] v. tr. (de exempt


1 [v. ce mot] ; 1339, J. de La Mote, écrit
essenter [exempter, fin du XIVe s.], au
sens 1 ; sens 2, 1848, G. Sand). 1. Rendre
exempt : Exempter quelqu’un d’une taxe.
‖ 2. Spécialem. et vx. Dispenser du ser-
vice militaire : Nous n’étions pas mariés
et un sénateur l’avait fait d’abord exempter
(Renard).

• SYN. : 1 affranchir, décharger, dégrever,


exonérer.

exemption [ɛgzɑ̃psjɔ̃] n. f. (lat. exemptio,


action d’ôter, et, dans la langue juridique
de basse époque, « action d’empêcher ou de
dispenser quelqu’un de comparaître », de
exemptum, supin de eximere [v. EXEMPT] ;
1411, Coutumes d’Anjou, au sens 1 ; sens
2, 1690, Furetière). 1. Action d’exempter ;
privilège qui affranchit de quelque chose :
Les lettres de noblesse avaient pour but
principal l’exemption des impôts (Staël).
‖ Spécialem. et vx. Dispense du service
militaire. ‖ Autref. Billet de satisfaction
donné dans les écoles, et qui servait à
l’élève pour se racheter d’une punition.
‖ 2. Acte par lequel le pape affranchit une
communauté ou une personne de la juri-
diction de l’évêque diocésain.

• SYN. : 1 décharge, dégrèvement, dispense,


exonération.

exencéphale [ɛgzɑ̃sefal] adj. et n. (de


exencéphalie ; 1870, Larousse). Qui présente
une exencéphalie.

exencéphalie [ɛgzɑ̃sefali] n. f. (de ex-


[lat. ex-, préf. marquant le mouvement de
l’intérieur vers l’extérieur] et de encéphale ;
1870, Larousse). Tumeur saillante du crâne
ou de la région supérieure de la face, de
taille très variable.

exequatur [ɛgzekwatyr] n. m. invar.


(mot lat. [3e pers. du sing. du subj. prés.
de exsequi, exequi, v. EXÉCUTEUR] signif.
proprem. « qu’il/qu’on exécute », et d’abord
employé dans la langue juridique ; 1752,
Trévoux, au sens 2 ; sens 1, 1865, Littré ; sens
3, 1835, Acad. ; sens 4, XXe s.). 1. En droit,
ordre ou permission d’exécuter : Signer un
exequatur. ‖ 2. Formule qui rend exécu-
toire un jugement prononcé à l’étranger
ou une sentence rendue par un arbitre.
‖ 3. Ordonnance par laquelle un souverain
ou un État autorise un consul étranger à
exercer sur son territoire les fonctions qu’il
assume. ‖ 4. Consentement donné par un
État à la promulgation des actes du pape.

exercé, e [ɛgzɛrse] adj. (part. passé de


exercer ; 1679, Bossuet). Qui a acquis, à
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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1772

force d’exercice ou de pratique, une cer-


taine habileté : Il faut savoir lire l’imprimé
comme le musicien exercé lit la musique
(Alain). Une oreille exercée.
• SYN. : averti, compétent, entraîné, expé-
rimenté, expert, formé, habile, qualifié.

— CONTR. : apprenti, inexpérimenté,


inhabile, maladroit, malhabile, néophyte,
novice.

exercer [ɛgzɛrse] v. tr. (lat. exercere, ne


pas laisser en repos, tenir en haleine, former
par des exercices, pratiquer, de ex-, préf.
à valeur négative, et de arcere, écarter ;
v. 1119, Ph. de Thaon, écrit essercer [exercer,
XIVe s.], au sens 1 ; sens 2, 1580, Montaigne ;
sens 3, v. 1587, Du Vair ; sens 4, XIVe s.,
Du Cange ; sens 5, milieu du XVIe s., Amyot).
[Conj. 1 a.] 1. Former, dresser en entraî-
nant par des mouvements adaptés, d’une
manière méthodique et suivie : Sportif qui
exerce ses muscles. Chanteur qui exerce sa
voix. ‖ Fig. Maintenir en état, développer
une faculté, un talent en lui fournissant une
matière : Il se plaignit de manquer en pro-
vince de ce plaisir propre à exercer l’intellect
(Gautier). Un artiste ayant le sentiment par-
fait de la forme, mais accoutumé à exercer
surtout sa mémoire et son imagination, se
trouve alors comme assailli par une émeute
de détails (Baudelaire). ‖ Par extens. et vx.
Faire fonctionner, faire travailler une chose
pour la maintenir en état : Monsieur du
Châtelet voulait s’opposer à ce qu’on exerçât
les pistolets. Mais l’officier [...] dit qu’ [...]
on devait se servir d’armes en état (Balzac).
‖ 2. Soumettre à un entraînement spécial
pour créer ou développer une aptitude :
Exercer un soldat au maniement des armes.
Exercer le corps à supporter les privations.
Ici vous m’avez vu, sous-lieutenant au
régiment de Navarre, exercer des recrues
sur les galets ; vous m’y avez revu exilé
sous Bonaparte ; vous m’y rencontrerez de
nouveau lorsque les journées de Juillet m’y
surprendront (Chateaubriand). ‖ 3. Mettre
à l’épreuve en soumettant à une action
difficile à supporter : Mlle Chanceny me
félicita sur la patience que j’avais d’entendre
Martial qui jouait du piano ; je compris que
j’exerçais la sienne en restant (Stendhal).
‖ Class. Soumettre à une épreuve pénible,
tourmenter : Job [...], livré entre les mains
de Satan pour être exercé par toute sorte de
peines (Bossuet). ‖ 4. Donner cours à, lais-
ser se manifester une faculté, une action :
L’autorité absolue qu’exerce un homme le
contraint à une perpétuelle réserve (Vigny).
Rastignac avait compris l’influence qu’exer-
cent les tailleurs sur la vie des jeunes gens
(Balzac). Une carrière qui exerce un attrait
particulier sur les adolescents. ‖ Exercer un
droit, le faire valoir. ‖ 5. Mettre en pratique
une activité professionnelle, s’y consacrer :
Exercer la médecine, la fonction d’insti-
tuteur. ‖ Absol. Travailler à ce titre : Cet
instituteur n’exerce plus. ‖ 6. Littér. Mettre
en usage, en pratique, utiliser : A cause

de la société que recevait ma mère, et où


j’étais choyé, il ne passait point de jour que
je n’eusse l’occasion d’exercer ainsi quatre
ou cinq langues (Gide).

• SYN. : 1 entraîner ; cultiver, façonner, for-


mer, perfectionner ; 2 dresser, habituer, ini-
tier, plier, rompre ; 3 éprouver ; 4 déployer,
employer, faire montre de, offrir ; 5 prati-
quer, professer, remplir.

& s’exercer v. pr. (sens 1, 1580, Montaigne ;


sens 2, 1638, Rotrou). 1. Se former par la
pratique : S’exercer à l’équitation. On
s’exerce à durcir son coeur (Vigny). ‖ 2. Se
mettre en action, trouver à s’employer :
Cette brutalité particulière que commu-
nique la domination de choses à demi faciles
dans lesquelles la force s’exerce (Flaubert).
Il comprenait bien que les vertus, les hautes
aptitudes apostoliques de Mlle de Châtelus
ne pourraient s’exercer glorieusement dans
la modeste cure (Daudet). ‖ S’exercer
contre, se mettre en jeu contre : Les calom-
nies s’exercent contre lui. ‖ Class. S’exercer
sur, dans, prendre pour objet de son action,
de ses efforts, de son attaque : Le prédi-
cateur ne s’exerce point sur les questions
douteuses (La Bruyère).

• SYN. : 1 s’appliquer, s’endurcir, s’entraî-


ner, s’entretenir, s’évertuer ; étudier ; 2 se
déployer.

exercice [ɛgzɛrsis] n. m. (lat. exercitium,


exercice, pratique, de exercere [v. EXER-
CER] ; fin du XIIIe s., Végèce, au sens I, 1 ;
sens I, 2, 1649, Descartes ; sens II, 1, 1580,
Montaigne ; sens II, 2 et 3, 1865, Littré ; sens
II, 4, 1669, Molière ; sens III, 1, 1587, F. de La
Noue ; sens III, 2, 1690, Furetière ; sens III,
3, 1685, La Fontaine ; sens IV, 1 et 2, XVe s.,
Littré ; sens V, 1, 1707, Vauban ; sens V, 2,
1865, Littré ; sens V, 3, XXe s.).

I. 1. Action d’exercer, d’entraîner le


corps, de s’exercer par des mouvements
appropriés et d’une façon méthodique :
Un garçon en pleine croissance ne vit pas
[...] dans le mépris de tous les exercices du
corps (Mauriac). ‖ Mouvement ou en-
semble de mouvements répétés et réglés
en vue de faire valoir des qualités phy-
siques ou plastiques : Faire des exercices
aux barres parallèles. En gymnastique,
les exercices au sol sont très gracieux. Des
danseuses qui font des exercices à la barre.
Il y eut un moment de silence, la brusque
accalmie, grosse d’angoisse, préludant à
l’exercice périlleux d’un gymnaste (Cour-
teline). ‖ Spécialem. Entraînement des
soldats au maniement des armes et à la
manoeuvre. ‖ Entraînement auquel on
soumet un animal pour lui faire acqué-
rir certaines habitudes : Dressant à des
exercices de souplesse de jolis chevaux
(Fromentin). Exercices d’équitation.
‖ 2. Action de se donner du mouvement :
Vous prenez de l’exercice, vous faites de
l’hygiène sans le savoir (Renard). ‖ Faire
de l’exercice, donner du mouvement à ses
membres ; marcher.

II. 1. Action d’exercer, d’entraîner ses


facultés intellectuelles par un travail
approprié : Faire des exercices de style.
‖ Production de l’esprit obtenue par un
entraînement intellectuel astreignant :
« Kaïn » n’est-il donc qu’un magnifique
exercice de poésie parnassienne ! (Le-
maitre). ‖ 2. Devoir écrit ou oral donné
aux élèves en application des leçons
qui ont été faites : Un exercice de gram-
maire, de mathématiques. ‖ Par extens.
Livre où sont réunis ces exercices (au
plur.) : Acheter des exercices français,
latins. ‖ 3. Morceau de musique com-
posé en vue d’entraîner à vaincre telle
ou telle difficulté de la technique vocale
ou instrumentale. ‖ 4. Exercice spirituel,
chacune des pratiques régulières aux-
quelles s’adonnent certaines personnes
pour développer leur vie spirituelle : La
méditation, l’examen particulier sont des
exercices spirituels ; et absol. : L’ancien
règlement renfermait un exercice appelé
la lecture spirituelle (Renan).

III. 1. Action de pratiquer un métier,


d’assumer une fonction : Vous irez dans
les tribunaux pour exercice illégal de la
médecine (Flaubert). Un accident surve-
nu dans l’exercice de ses fonctions. ‖ En
exercice, se dit d’une personne qui exerce
effectivement ses fonctions : Ministre en
exercice. ‖ De plein exercice, se dit d’un
établissement qui dispense un enseigne-
ment complet : Faculté de médecine de
plein exercice. ‖ 2. Class. Occupation
(sans idée d’entraînement en vue d’un
perfectionnement), métier : Le principal
exercice de cet auteur est l’étude (Fure-
tière). ‖ 3. Class. Peine, souci, fatigue :
S’il m’attaque, je lui donnerai bien de
l’exercice (Acad., 1694).

IV. 1. Action de mettre en usage, en pra-


tique : L’exercice de l’autorité demande
beaucoup de psychologie. ‖ 2. Action de
faire valoir, d’utiliser : Ne pas profiter de
l’exercice d’un droit accordé par la loi.

V. 1. Contrôle exercé par l’administra-


tion des Contributions indirectes chez
certains industriels ou commerçants
pour garantir l’exécution des obliga-
tions imposées par les lois et règlements.
‖ 2. En comptabilité, période au terme de
laquelle l’inventaire, le compte de pertes
et profits et le bilan sont établis dans les
formes légales : L’exercice a, le plus sou-
vent, une durée de douze mois. ‖ 3. Sys-
tème de l’exercice, dans la législation fi-
nancière, système dans lequel on rattache
à l’année toutes les dépenses et toutes
les recettes qui tirent leur origine d’un
acte accompli pendant cette année, quel
que soit le moment du paiement effectif.
(S’oppose au système de la GESTION.)

• SYN. : I, 1 entraînement, mouvement ;


in struction. ‖ III, 1 pratique. ‖ IV,
1 emploi, utilisation ; 2 application.
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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1773

exerciseur [ɛgzɛrsizoer] n. m. (angl. exer-


ciser, celui/ce qui exerce, forme ou dresse,
exerciseur, de to exercise, s’exercer à, dér. du
n. exercise, exercice, empr. du franç. exer-
cice ; juill. 1901, le Monde illustré [parfois
écrit avec l’orthogr. angl. exerciser, 1905,
Bonnafé]). Appareil comportant des dis-
positifs élastiques permettant de faire tra-
vailler et d’assouplir les muscles : C’est un
placard dans le fond duquel on trouve, par
exemple, une paire d’haltères, un exerciseur
élastique tout perclus (Duhamel).

exercitant, e [ɛgzɛrsitɑ̃, -ɑ̃t] n. (emploi


spécialisé du part. prés. de l’anc. v. exer-
citer, exercer, exécuter [1290, Drouart la
Vache], lat. exercitare, exercer souvent, fré-
quentatif de exercere [v. EXERCER] ; 1865,
Littré). Personne qui suit les exercices d’une
retraite spirituelle.

exérèse [ɛgzerɛz] n. f. (gr. exairesis,


extraction, de exaireîn, extraire, retrancher,
enlever, de ex-, préf. marquant le mouve-
ment de l’intérieur vers l’extérieur, et de
haireîn, prendre, saisir ; 1617, Habicot).
Opération par laquelle on retire du corps
humain ce qui lui est étranger ou nuisible.

exergue [ɛgzɛrg] n. m. (lat. scientif.


moderne exergum, signif. proprem. « espace
hors d’oeuvre », formé avec les mots gr. ex,
hors de, et ergon, action, oeuvre, ouvrage ;
1636, J. de Bie, au sens 1 ; sens 2, av. 1910,
J. Renard). 1. Petit espace laissé en bas
d’une médaille, d’une pièce, où l’on grave
éventuellement la date, le nom de l’atelier
ou du graveur, etc. ‖ Ce qu’on grave dans
cet espace, et, par extens., inscription simi-
laire : Sur une plaque de cuivre, décorant
la porte du pavillon, on lisait un exergue
(M. Prévost). ‖ 2. Inscription placée en tête
d’un ouvrage ou d’un chapitre : Lui don-
ner comme exergue [à « Poil de Carotte »] :
« Le père et la mère doivent tout à l’enfant.
L’enfant ne leur doit rien. J. R. » (Renard).
‖ Fig. Mettre en exergue, mettre en évi-
dence, afin de faciliter la démonstration,
l’explication qui suit.

• REM. Certains estiment fautif le sens


2 et préconisent, en ce cas, l’emploi
d’ÉPIGRAPHE.

exfoliation [ɛksfɔljasjɔ̃] n. f. (de exfolier ;


1503, G. de Chauliac). Action d’exfolier,
ou le fait de s’exfolier. ‖ Spécialem. En
botanique, chute de l’écorce d’un arbre
par minces couches. ‖ En pathologie,
séparation des parties mortes de la peau,
d’un os, d’un tendon, qui se détachent par
petites plaques. (En ce sens, on dit aussi
DESQUAMATION.)

exfolier [ɛksfɔlje] v. tr. (lat. impér. exfo-


liare, effeuiller, de ex-, préf. à valeur pri-
vative, et de folium, feuille ; v. 1560, Paré
[pour un os]). Enlever par lames minces
la couche superficielle de quelque chose :
Exfolier une ardoise.

& s’exfolier v. pr. (1690, Furetière [pour un


os]). Se détacher par lames minces : Une
façade [...] qui s’exfolie pour ménager cent
petits gîtes aux lézards plats (Colette).

exhalaison [ɛgzalɛzɔ̃] n. f. (de exhaler ;


XIVe s., Littré). Gaz, odeur qui s’exhale
d’un corps, d’un lieu : Les fortes exhalai-
sons de ce taudis (Fromentin). [Une cha-
rogne] Ouvrait d’une façon nonchalante
et cynique | Son ventre plein d’exhalaisons
(Baudelaire).
• SYN. : effluve, émanation, haleine, odeur,
souffle, vapeur.

exhalation [ɛgzalasjɔ̃] n. f. (lat. exha-


latio, exhalaison, de exhalatum, supin de
exhalare [v. EXHALER] ; v. 1361, Oresme,
au sens 1 ; sens 2-3, v. 1560, Paré). 1. Class.
Exhalaison : N’étant pas chose étrange qu’il
sorte de la terre des exhalations en grand
nombre et de toutes qualités (Malherbe).
‖ 2. Action d’exhaler : L’exhalation de l’air
aspiré par les poumons. ‖ Spécialem. En
chimie ancienne, se disait pour ÉVAPO-
RATION. ‖ 3. En physiologie, élimination,
à l’état de vapeur, par les poumons ou par
les pores de la peau, des produits volatils
contenus dans l’organisme (gaz carbo-
nique, alcool, essence d’ail, etc.).

exhaler [ɛgzale] v. tr. (lat. exhalare,


exhaler, rendre [par le souffle], s’évapo-
rer, s’exhaler, expirer, de ex-, préf. à valeur
intensive, et de halare, exhaler [une odeur] ;
XIVe s., Nature à l’alchimie, au sens 1 ; sens
2, av. 1848, Chateaubriand ; sens 3, av.
1613, M. Régnier ; sens 4, 1643, Corneille).
1. Laisser s’échapper hors de soi des élé-
ments volatils qui se répandent (vapeurs,
gaz, odeurs, etc.) : Cette première pièce
exhale une odeur sans nom (Balzac). La ville
haletante exhale ses fumées (Samain). Je me
dirigeais par le sentier sinueux d’un couloir
tout embaumé à distance des essences pré-
cieuses qui exhalaient sans cesse du cabi-
net de toilette leurs effluves odoriférants
(Proust). ‖ 2. Fig. et littér. Dégager une
impression subtile de : Ce sous-bois exhale
la mélancolie. Un âge disparu exhalant une
odeur de dévotion (Zola). ‖ 3. En parlant
d’une personne, émettre par la bouche un
souffle, un bruit : Le vieillard exhalait des
sanglots étouffants (Banville). ‖ Exhaler le
dernier soupir, mourir. ‖ 4. Fig. Exprimer
par des paroles ou d’une autre façon : Nos
deux coeurs exhalant leur tendresse pai-
sible (Verlaine). ‖ Spécialem. Donner libre
cours à un sentiment vif ou péniblement
ressenti : Il exhala sa rage pendant dix
minutes (Balzac). Exhaler sa douleur, son
amertume.

• SYN. : 1 dégager, fleurer, répandre, sentir ;


3 pousser, produire ; rendre.

& s’exhaler v. pr. (sens 1, 1677, Racine ; sens


2, 1665, Molière). 1. Se dégager, s’échapper
de quelque chose, et se répandre (au pr. et
au fig.) : Une faible odeur, ce soir, s’exhale
des genêts (Barrès). Rembrandt, triste hôpi-
tal tout rempli de murmures | Où la prière
en pleurs s’exhale des ordures (Baudelaire).
‖ 2. Fig. et littér. S’exhaler en, manifester
ses sentiments d’une manière vive par :
S’exhaler en menaces.

exhaure [ɛgzor] n. f. (mot savant,


déverbal du lat. exhaurire, vider en pui-
sant, épuiser, ruiner, de ex-, préf. à valeur
intensive, et de haurire, puiser un liquide,
vider, tirer, retirer, enlever, épuiser, consu-
mer ; 16 sept. 1872, Journ. officiel, aux sens
1-2). 1. Épuisement des eaux d’infiltra-
tion dans les mines et dans les carrières.
‖ 2. Ensemble des installations permettant
cet épuisement.

exhaussement [ɛgzosmɑ̃] n. m. (de


exhausser [v. ce mot] ; fin du XIIe s., Geste
des Loherains, écrit essaucement, au sens
de « exaucement » ; sens actuel, XIVe s., écrit
essausement [exhaussement, milieu du
XVe s., Évangiles des Quenouilles]). Action
d’exhausser, de rendre plus élevé ; résultat
de cette action : L’exhaussement d’un trot-
toir, d’une chaussée.

exhausser [ɛgzose] v. tr. (de ex- [lat. ex-,


préf. à valeur intensive] et de hausser [v.
aussi EXAUCER et EXALTER] ; v. 1119,
Ph. de Thaon, écrit eshalcier [essaucier,
v. 1175, Chr. de Troyes ; exaulcer — d’après
le lat. exaltare, v. EXALTER —, XIVe s. ;
exhausser, XVIIe s.], au sens 2 ; sens 1, 1690,
Furetière). 1. Augmenter en hauteur, rendre
plus élevé : La barricade avait été augmen-
tée. On l’avait exhaussée de deux pieds
(Hugo). Exhausser une maison d’un étage.
‖ 2. Class. et littér. Donner plus de valeur,
plus de dignité à ; relever : Les titres dont les
hommes tâchent d’exhausser leur bassesse
[= leur naissance humble] (Massillon). Sans
la douleur, l’humanité serait trop ignoble,
car elle seule peut, en les épurant, exhausser
les âmes (Huysmans).

• SYN. : 1 élever, hausser, monter, surélever,


surhausser. — CONTR. : 1 abaisser, diminuer.

exhausteur [ɛgzostoer] n. m. (du lat.


exhaustum, supin de exhaurire, épuiser
[v. EXHAURE] ; 1877, Littré). Appareil ame-
nant dans une nourrice le liquide d’un
réservoir placé plus bas.

exhaustif, ive [ɛgzostif, -iv] adj. (angl.


exhaustive, qui épuise, dér. de to exhaust,
épuiser, verbe formé sur le lat. exhaustum,
supin de exhaurire, épuiser [v. EXHAURE] ;
1818, Et. Dumont, au sens 2 ; sens 1, 14
mars 1873, Journ. officiel). 1. Qui épuise
les forces de quelqu’un, les réserves de
quelque chose (rare) : Il y a, dans le jeu des
muscles, une vertu libératrice pour l’âme,
à la condition, dois-je le dire ? que ce jeu
demeure en deçà de la fatigue exhaustive
(Duhamel). Cultures exhaustives (Littré).
‖ 2. Fig. Qui traite à fond un sujet, qui en
épuise la matière : Un relevé exhaustif. Une
étude exhaustive.
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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1774

exhaustion [ɛgzostjɔ̃] n. f. (bas lat.


exhaustio, action d’épuiser, achèvement,
action de se débarrasser de, de exhaustum,
supin de exhaurire, épuiser [v. EXHAURE] ;
1740, Ritter, les Quatre Dictionnaires, au
sens 3 ; sens 1, 1858, Legoarant ; sens 2,
av. 1778, Diderot). 1. Action de vider
un récipient du gaz ou du liquide qu’il
contient. ‖ 2. En logique, énumération
de tous les cas possibles que comprend
une question : Le caractère de l’homme
est la conscience ; et celui de la conscience,
une perpétuelle exhaustion, un détache-
ment sans repos et sans exception de tout
ce qu’y paraît, quoi qu’y paraisse (Valéry).
‖ 3. Méthode d’exhaustion, en mathéma-
tiques, méthode de calcul ou de vérification
d’une grandeur par une suite d’approxima-
tions de plus en plus précises.

exhaustivement [ɛgzostivmɑ̃] adv. (de


exhaustif ; XXe s.). De façon exhaustive :
Traiter un sujet exhaustivement.

exhérédation [ɛgzeredasjɔ̃] n. f. (lat.


exheredatio, action de déshériter, de exhe-
redatum, supin de exheredare [v. EXHÉRÉ-
DER] ; début du XVe s.). Action de déshériter,
d’exclure de sa succession un ou plusieurs
des héritiers présomptifs : Menacer une
famille d’exhérédation (Balzac).

exhérédé, e [ɛgzerede] adj. et n. (part.


passé de exhéréder ; 1690, Furetière). Qui
a été exclu d’une succession.

exhéréder [ɛgzerede] v. tr. (lat. exhere-


dare, déshériter [au pr. et au fig.], de ex-,
préf. à valeur privative, et de heres, heredis,
héritier ; v. 1460, G. Chastellain). [Conj. 5
b.] Exclure d’une succession : Exhérédez
les femmes ! Au moins accomplirez-vous
ainsi une loi de la nature en choisissant vos
compagnes, en les épousant au gré des voeux
du coeur (Balzac).

exhiber [ɛgzibe] v. tr. (lat. exhibere, pro-


duire au jour, présenter, faire paraître, faire
la preuve de, causer, susciter, de ex-, préf.
marquant le mouvement de l’intérieur vers
l’extérieur, et de habere, avoir, tenir ; XIIIe s.,
au sens 1 ; sens 2, 1541, Calvin ; sens 3,
av. 1848, Chateaubriand). 1. Produire un
document en justice : Exhiber une quit-
tance. ‖ Par extens. Montrer, présenter à
la requête de quelqu’un : Il n’exhiba point
de mandat d’amener (Hugo). Il me fallut
aller, à quelques lieues de là, exhiber mon
passeport (Mérimée). ‖ 2. Exposer aux
regards du public : Des vêtements passés
de mode, exhibés seulement en ce jour du
dimanche (Daudet). Je n’ai pas besoin de
rappeler les oeuvres qu’il exhiba, en 1878,
au Champ de Mars (Huysmans). ‖ 3. Péjor.
Montrer avec ostentation, pour attirer le
regard d’autrui : Un yacht étranger, en
bonne place, à ras de quai, exhibait sans
pudeur ses cuivres, son électricité (Colette).
‖ Fig. et péjor. Faire étalage de : Exhiber son
savoir, ses connaissances.

• SYN. : 2 montrer, présenter, produire,


sortir ; 3 afficher, arborer, déployer, étaler,
exposer.

& s’exhiber v. pr. (av. 1660, Scarron, au


sens de « se montrer » [en parlant d’une
persoime — sans nuance péjor.] ; sens
actuel, début du XXe s.). Péjor. Se faire voir
en public en attirant l’attention par une
tenue provocante.

• SYN. : s’afficher.

exhibition [ɛgzibisjɔ̃] n. f. (lat. exhibitio,


exhibition, représentation, production, de
exhibitum, supin de exhibere [v. EXHIBER] ;
fin du XIIe s., Dialogues de saint Grégoire,
écrit exibition [exhibition, XVIe s.], au sens
1 ; sens 2, 1870, Larousse ; sens 3, 1925,
G. Esnault ; sens 4, 1835, Th. Gautier).
1. Action de produire un document en
justice. ‖ Par extens. Action de faire voir,
de présenter : Procéder à l’exhibition de
tous ses papiers. ‖ 2. Action de présenter
au public un ensemble de personnes, d’ani-
maux ou de choses réunis à cet effet : Une
exhibition d’animaux savants. ‖ Absol. et
vx. Exposition : C’est absolument comme
aux exhibitions des années précédentes,
ce n’est ni meilleur ni pire (Huysmans).
‖ 3. En sports, manifestation à caractère
spectaculaire, ne constituant pas une véri-
table épreuve et ne comptant pas pour un
classement : Les deux équipes de rugby se
produiront dimanche dans une exhibition.
‖ 4. Fig. et péjor. Action de montrer avec
ostentation ou impudeur ce qui devrait être
dissimulé discrètement : Avec la « sensibi-
lité » prétendue des nerveux grandit leur
égoïsme ; ils ne peuvent supporter de la part
des antres l’exhibition des malaises aux-
quels ils prêtent chez eux-mêmes de plus
en plus d’attention (Proust).

• SYN. : 2 numéro, présentation ; 4 déploie-


ment, étalage, montre, parade.

exhibitionnisme [ɛgzibisjɔnism] n. m.
(de exhibition ; milieu du XIXe s., au sens 1 ;
sens 2, début du XXe s.). 1. Impulsion mor-
bide à se dévêtir et à montrer ses organes
génitaux. ‖ 2. Tendance à dévoiler au
public des sentiments, des pensées, des
actes qu’on devrait tenir secrets : Au lieu
d’escamoter le péril, il avait presque l’air de
me mettre le nez dessus. Alors quoi ? C’est
de l’exhibitionnisme (Romains).

exhibitionniste [ɛgzibisjɔnist] n. (de


exhibitionnisme ; fin du XIXe s., au sens 1 ;
sens 2, début du XXe s.). 1. Malade men-
tal qui aime à se montrer nu et à exhiber
ses organes génitaux. ‖ 2. Personne qui
dévoile avec ostentation ou impudeur ses
sentiments intimes, ses actes : J’applique
toujours, dit Alban, à ces « exhibition-
nistes de la bonté », comme les appelle un
de nos écrivains, le fragment de Pindare
(Montherlant).

& adj. (XXe s.). Se dit du comportement de


ce malade ou de cette personne : Avoir des
penchants exhibitionnistes.

exhilarant, e [ɛgzilarɑ̃, -ɑ̃t] adj. (part.


prés. de l’anc. v. exhilarer, égayer, rendre
joyeux [1611, Cotgrave], lat. exhilarare,
réjouir, récréer, de ex- [préf. à valeur inten-
sive] et de hilarare, mêmes sens, dér. de
hilaris, gai, joyeux, de bonne humeur, gr.
hilaros, mêmes sens ; 1669, Molière, au sens
1 ; sens 2, 1870, Larousse). 1. Class. et littér.
Qui porte à l’hilarité ; qui réjouit vivement :
Par la douceur exhilarante de l’harmonie,
adoucissant [...] l’aigreur de ses esprits
(Molière). Aucune tête de femme n’eût pu
résister à la puissance exhilarante de cet
encensement continu (Balzac). ‖ 2. Gaz
exhilarant, ancien nom de l’oxyde azoteux,
ou gaz hilarant.

exhortation [ɛgzɔrtasjɔ̃] n. f. (lat.


exhortation [ɛgzɔrtasjɔ̃] n. f. (lat.
exhortatio, exhortation, encourage-
ment, de exhortatum, supin de exhortari
[v. EXHORTER] ; v. 1170, Livre des Rois, au
sens 1 ; sens 2, v. 1361, Oresme ; sens 3,
av. 1710, Fléchier). 1. Discours, paroles par
lesquels on encourage quelqu’un à faire
quelque chose : Depuis l’exhortation du
bénédictin, j’ai toujours rêvé le pèlerinage
de Jérusalem (Chateaubriand). ‖ 2. Petit
sermon, paroles de piété destinés à forti-
fier la foi, à redonner espoir en Dieu : Les
exhortations d’un homme qui s’est voué à
Dieu peuvent adoucir les dernières heures
d’un mourant (Mérimée). ‖ 3. Fig. Action
qui encourage à faire quelque chose ; motif
déterminant : Sa mort est pour nous une
exhortation à bien vivre (Fléchier).

• SYN. : 1 appel, conseil, encouragement,


incitation, invitation, recommandation ;
3 avis, exemple, invite, leçon.

exhorter [ɛgzɔrte] v. tr. (lat. exhortari,


exhorter, exciter, encourager, de ex- [préf. à
valeur intensive] et de hortari, mêmes sens,
fréquentatif du v. archaïque horiri, stimuler,
exciter ; 1150, Barbier, au sens 1 [rare av. le
XVIe s.] ; sens 2, 1870, Larousse). 1. S’efforcer
d’amener quelqu’un à faire ou à penser
quelque chose, par des encouragements,
des paroles pressantes : Elles avaient cha-
cune leur jour pour aller instruire et exhor-
ter les malades (Chateaubriand). Elle lui
envoya un prêtre qui l’exhorta au repentir
(Mérimée). Exhorter un enfant à améliorer
sa conduite. ‖ 2. Fig. Servir de motif déter-
minant à une action : Son dernier accident
devrait l’exhorter à la prudence.

• SYN. : 1 appeler, convier, encourager, enga-


ger, inciter, inviter, persuader, pousser, pres-
ser ; 2 déterminer.

• REM. Au XVIIeet au XVIIIe s., exhorter,


suivi d’un infinitif, pouvait se construire
avec la prép. de : M. le maréchal d’Es-
trées [...] venait pour m’exhorter de ne
point rompre [avec la Cour] (Retz). Elle
m’exhorta de consulter d’habiles gens
(Rousseau). Il pouvait aussi s’employer
avec que, suivi du subjonctif : Nous vous
exhortons que vous ne receviez pas en vain
la grâce de Dieu (Bossuet).
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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1775
exhumation [ɛgzymasjɔ̃] n. f. (de exhu-
mer ; 1690, Furetière, au sens 1 ; sens 2,
1870, Larousse). 1. Action de retirer un
cadavre du tombeau, d’extraire de la terre
ce qui y est enfoui : Chiquita ne parut
éprouver aucune frayeur à cette exhuma-
tion étrange (Gautier). L’exhumation d’un
trésor. ‖ 2. Fig. Action de tirer de l’oubli :
L’exhumation d’un manuscrit ancien.
L’exhumation de cette oeuvre manquée
n’est pas de nature à servir la mémoire de
son auteur.

exhumé, e [ɛgzyme] adj. (part. passé de


exhumer ; XXe s.). En géographie, se dit d’un
relief fossilisé sous des formations qui ont
été déblayées par l’érosion.

exhumer [ɛgzyme] v. tr. (lat. médiév.


exhumare, formé, avec le préf. ex- [mar-
quant le mouvement de l’intérieur vers
l’extérieur], sur le modèle du lat. class.
inhumare, mettre en terre [v. INHUMER],
pour servir de contraire à ce verbe ; 1643,
d’après Trévoux, 1771, au sens 1 ; sens 2,
v. 1800, d’après Bescherelle, 1858 ; sens 3,
1870, Larousse). 1. Retirer un corps de la
sépulture où il est inhumé ; et, par extens.,
extraire de la terre ce qui y est enfoui :
Celui qui avait exhumé un cadavre pour
le dépouiller était banni de la société des
hommes (Montesquieu). Les fouilles entre-
prises ont permis d’exhumer d’intéressants
vestiges archéologiques. ‖ 2. Fig. Tirer de
l’oubli : Exhumer un parchemin ancien ;
et pronominalem. : Ces morts qui peu à
peu s’exhument des ténèbres (Barbusse).
‖ 3. Fig. Faire revivre, ranimer quelque
chose : Exhumer de vieux ressentiments.
• SYN. : 1 déterrer ; 2 découvrir ; 3 reprendre,
ressortir, ressusciter, réveiller.

exigeant, e [ɛgziʒɑ̃, -ɑ̃t] adj. (part. prés.


de exiger ; 1762, Acad., aux sens 1-2 ; sens 3,
début du XXe s.). 1. Qui manifeste beaucoup
d’exigence, qui se montre sévère et diffi-
cile à contenter : Un professeur exigeant.
Des parents exigeants. Une conscience exi-
geante. S’il était exigeant pour les autres,
il n’était pas moins sévère pour lui-même
(Baudelaire). ‖ Spécialem. Qui réclame
sans cesse des attentions, des services,
des soins : Un blessé exigeant. Une plante
exigeante. ‖ 2. Se dit d’un sentiment,
d’une aspiration difficile à satisfaire, d’une
activité qui impose un gros effort à celui
qui la pratique : Une ambition exigeante.
Morale exigeante. Une profession exigeante.
‖ 3. Qui s’impose, qu’on ne peut éviter : Je
rentre à la nuit tombée, harassé parfois, le
coeur plein d’un exigeant besoin de repos
(Gide).

• SYN. : 1 difficile, dur, pointilleux, sévère,


strict, tyrannique ; 2 absorbant, astreignant,
dévorant, prenant. — CONTR. : 1 accom-
modant, bienveillant, conciliant, coulant
(fam.), facile, indulgent ; 2 reposant.

exigence [ɛgziʒɑ̃s] n. f. (bas lat. exigentia,


exigence, de exigens, -entis, part. prés. de

exigere [v. EXIGER] ; v. 1361, Oresme, aux


sens 1-2 ; sens 3, av. 1791, G. de Mirabeau ;
sens 4-5, 1870, Larousse). 1. Ce qui est
requis, exigé par les circonstances : Selon
l’exigence de la situation. ‖ 2. Ce qui est
réclamé impérativement par l’homme
comme lui étant nécessaire à quelque
titre : Les exigences du corps et de l’esprit.
Un mode de vie trop raffiné, qui crée des
exigences. ‖ 3. Ce qu’une personne exige
d’une autre, un ensemble de personnes,
une collectivité exige d’autrui : Chacun
des deux êtres qui s’aiment se façonne selon
l’exigence de l’autre (Gide). Un gouverne-
ment ne peut satisfaire en même temps aux
exigences de toutes les catégories sociales.
‖ Spécialem. Dans le domaine économique
ou financier, conditions exigées (généra-
lement au plur.) : Satisfaire aux exigences
de la clientèle. Les exigences du propriétaire
deviennent abusives. ‖ 4. Caractère d’une
personne qui exige beaucoup des autres :
Faire preuve d’une exigence intraitable.
‖ 5. Ce qui est imposé par une règle, une
discipline, une morale ; obligation qui
résulte de l’idée que l’on se fait de son rôle :
Le point d’honneur, chez lui [Corneille]
comme chez les Espagnols, a souvent des
exigences qu’il est presque permis d’appeler
criminelles (Brunetière). Je me donnais de
hautes raisons, je mettais en avant l’exi-
gence du devoir (Mauriac). Les exigences
d’une profession, d’un art.

• SYN. : 1 impératif, nécessité ; 2 aspiration,


besoin ; 3 désir, gré, volonté ; condition,
prétention, réclamation, revendication ; 4
autoritarisme, despotisme ; 5 contrainte,
force, pression.

exiger [ɛgziʒe] v. tr. (lat. exigere, pous-


ser dehors, chasser, expulser, achever,
accomplir, faire payer, réclamer, mesu-
rer, régler, peser, de ex-, préf. marquant le
mouvement de l’intérieur vers l’extérieur,
et de agere, mettre en mouvement, faire ;
milieu du XIVe s., au sens 1 ; sens 2, 1580,
Montaigne ; sens 3, 1651, Corneille). [Conj.
1 b.] 1. Demander impérativement ce qui
est dû ou ce qui est considéré comme une
chose due : Exiger le règlement d’une dette.
Exiger des excuses, des explications. Elle
exigea la vérité avec un emportement de
désespoir (Zola). ‖ Spécialem. Imposer,
commander, ordonner en vertu de l’auto-
rité qu’on exerce ou de la force dont on
dispose : Si mon souverain l’exige, je suis
prêt à mourir pour lui (Musset). Il exige
que ses collaborateurs soient ponctuels et
discrets. ‖ 2. Demander, réclamer au-delà
du bon droit ou de la justice : Une entreprise
qui exige un rendement excessif de ses ate-
liers. L’intérêt exigé par le prêteur est inac-
ceptable. ‖ 3. En parlant des choses, avoir
absolument besoin de ; rendre nécessaire,
obligatoire ou inévitable : Sa santé exige
des soins constants. Travail qui exige une
grande tension d’esprit. Le règlement exige
que vous fassiez une demande écrite. En

France surtout, on prend avec une extrême


promptitude les qualités exigées par l’état
militaire (Vigny).

• SYN. : 1 enjoindre, ordonner, réclamer,


revendiquer, sommer ; 2 contraindre,
imposer ; 3 demander, nécessiter, requérir,
vouloir. — CONTR. : 1 dispenser, exempter ;
abandonner, renoncer.

• REM. Exiger que se construit toujours


avec le subjonctif : J’exige que vous veniez
demain soir.

exigibilité [ɛgziʒibilite] n. f. (dér. savant


de exigible ; 1783, Brunot). Caractère de ce
qui est exigible : L’exigibilité d’un paiement.

exigible [ɛgziʒibl] adj. (de exiger ; début


du XVIIe s.). Qui peut être exigé, qu’on a le
droit d’exiger : Une dette exigible.

exigu, uë [ɛgzigy] adj. (lat. exiguus,


petit, de petite taille, peu étendu, court,
étroit, peu intense, dér. de exigere, au
sens de « peser — d’une manière stricte »
[v. EXIGER] ; 1495, J. de Vignay, au sens 1
[rare et plaisant jusqu’au XVIIIe s.] ; sens 2,
1845, Bescherelle). 1. Vx. Qui est insuffisant
en quantité, en valeur : Le dîner fut si mau-
vais et si exigu que j’en sortis mourant de
faim (Chateaubriand). Des revenus exigus.
‖ 2. Qui est de dimensions insuffisantes,
qui manque d’ampleur : Un autel de pro-
portions exiguës s’appuyait contre une porte
d’airain (Flaubert). Un appartement exigu.
• SYN. : 2 étriqué, étroit, réduit, restreint.
— CONTR. : 2 ample, étendu, grand, large,
spacieux, vaste ; raisonnable, suffisant.

exiguïté [ɛgzigɥite] n. f. (lat. exiguitas,


petitesse, petit nombre, petite quantité,
pauvreté, brièveté, de exiguus [v. EXIGU] ;
1495, J. de Vignay, au sens 1 [rare jusqu’en
1798, Acad.] ; sens 2, 1870, Larousse). 1. Vx.
Caractère de ce qui est exigu, insuffisant
en quantité, en valeur : Elle introduisit
dans la vie intérieure autant de confort que
l’exiguïté des revenus le permit (Balzac).
‖ 2. Caractère de ce qui est étroit, insuf-
fisant en dimension : L’exiguïté d’une
chambre. Un peignoir qui dissimulait l’exi-
guïté de ses formes (Fromentin).

exil [ɛgzil] n. m. (réfection, d’après le


lat., de l’anc. franç. essil, eissil, issil, exil,
lieu d’exil, ravage, tourment [XIe s.], lat.
ex[s]ilium, exil, bannissement, lieu d’exil,
de ex[s]ul, exilé, banni, proscrit ; 1080,
Chanson de Roland, écrit exill, au sens de
« malheur, misère » ; sens 1, v. 1160, Benoît
de Sainte-Maure, écrit eixil [exil, XIIIe s.] ;
sens 2, 1679, Bossuet ; sens 3, av. 1662,
Pascal). 1. Mesure qui consiste à expulser
quelqu’un hors de son pays avec interdic-
tion d’y revenir ; état qui en résulte : Oh !
n’exilons personne !... Oh ! l’exil est impie !
(Hugo). Mon compagnon songeait au séjour
qu’il avait quitté, à l’exil qu’il avait encouru
par une faute (Mérimée). ‖ 2. Lieu où
réside celui qui est exilé : Dans mon exil,
j’ai découvert que je ne sais rien (Stendhal).
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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1776

‖ 3. Obligation faite à quelqu’un de vivre


hors d’un lieu, d’un milieu où il souhaite-
rait demeurer, loin d’une personne dont
la présence lui est chère ; état de celui qui
subit cette contrainte : En sortant du sein
de ma mère, je subis mon premier exil ; on
me relégua à Plancouët (Chateaubriand).
Sans toi, tout s’effeuille et tombe, | L’ombre
emplit mon noir sourcil, | Une fête est une
tombe, | La patrie est un exil (Hugo). C’était
un premier pas, la rentrée dans cette admi-
nistration dont l’exil le tuait (Daudet).
‖ Spécialem. Dans le langage mystique, la
vie sur terre, par opposition à la vie céleste,
qui attend les élus.

• SYN. : 1 bannissement, déportation, expa-


triation, ostracisme, Proscription, reléga-
tion ; 3 éloignement, isolement, séparation.

exilé, e [ɛgzile] adj. et n. (part. passé de


exiler ; XIIe s.). Qui a été condamné à l’exil,
ou qui vit en exil : Le puits où les citoyens
exilés venaient inutilement réclamer leur
patrie (Chateaubriand). L’exilé, partout,
est seul (Lamennais).

• SYN. : banni, expatrié, proscrit, relégué.


& adj. (1652, La Rochefoucauld). Class.
Qui se passe en exil : Je conclus [...] qu’il
[le Cardinal] s’ennuiera de cette vie exilée
(La Rochefoucauld).

exiler [ɛgzile] v. tr. (réfection de l’anc.


franç. essillier, eissillier, exiler, dévaster,
ruiner [XIe s.], dér. de exil [v. ce mot] ou
issu du bas lat. ex[s]iliare, exiler [rarement
attesté], du lat. class. ex[s]ilium, exil ; XIIe s.,
écrit exilier [exiler, XIIIe s.], au sens 1 ; sens 2,
1669, Molière ; sens 3, 1660, Corneille ; sens
4, av. 1816, Millevoye). 1. Frapper quelqu’un
d’exil, le chasser de son pays et l’obliger à
vivre à l’étranger : On enferme, | On exile,
on proscrit le penseur libre et ferme (Hugo).
‖ 2. Obliger quelqu’un à vivre loin d’un
lieu où il aurait aimé rester : Les circons-
tances l’ont exilé de son foyer. ‖ Spécialem.
Sous l’Ancien Régime, éloigner quelqu’un
de la Cour et le contraindre à demeu-
rer dans un lieu déterminé : Louis XIV
exila Fénelon (Staël). Les rois d’Espagne
exilaient un duc et pair dans ses terres
(Hugo). ‖ 3. Class. et fig. Chasser loin de
sa présence : Exile de mes yeux cet insolent
vainqueur (Corneille). ‖ 4. Poét. Obliger
à quitter un lieu pour une durée plus ou
moins longue : Les oiseaux que l’hiver exile,
| Reviendront avec le printemps (Béranger).
• SYN. : 1 bannir, déporter, expatrier, expul-
ser, proscrire ; 2 chasser, écarter, éloigner,
renvoyer.

& s’exiler v. pr. (sens 1, 1835, Musset ; sens


2, 1690, Furetière). 1. Quitter volontaire-
ment son pays. ‖ 2. Se retirer pour vivre
à l’écart : S’exiler en province.

• SYN. : 1 émigrer, s’expatrier ; 2 s’enterrer


(fam.).

exilien, enne [ɛgziljɛ̃, -ɛn] adj. Qui se


rapporte à l’exil du peuple juif à Babylone.

exinscrit, e [ɛgzɛ̃skri, -it] adj. (de ex- [lat.


ex-, préf. marquant le mouvement de l’in-
térieur vers l’extérieur] et de inscrit, part.
passé adjectivé de inscrire ; 1877, Littré).
Se dit d’un cercle tangent à un côté d’un
triangle et aux prolongements des deux
autres côtés : Tout triangle a trois cercles
exinscrits.

existant, e [ɛgzistɑ̃, -ɑ̃t] adj. (part. prés.


de exister ; 1690, Furetière, aux sens 1-2).
1. Qui possède l’existence : J’aime les choses
existantes ; je les aime comme elles sont
(Senancour). ‖ 2. Se dit de ce qui est valide,
qui a cours dans une situation donnée : Les
traités existants. Un arrêté qui s’applique
dans le cadre des lois existantes.

• SYN. : 1 réel, tangible ; 2 actuel, présent.

existence [ɛgzistɑ̃s] n. f. (bas lat. ex[s]


istentia, existence, de ex[s]istere [v. EXIS-
TER] ; XIVe s., Dict. général, aux sens 1-2 ;
sens 3, av. 1869, Lamartine ; sens 4, 1734,
Voltaire ; sens 5, 1862, V. Hugo). 1. Le fait
d’exister ; état de ce qui existe : Je continue
la lecture des « Élévations » de Bossuet. Il
prouve l’existence de Dieu par le sentiment
de perfection que porte chaque homme en
son coeur (Gide). Prouver l’existence d’un
complot. ‖ Spécialem. Dans la langue de
la philosophie, la réalité immédiate et
concrète, par opposition à l’essence, qui
est abstraite. ‖ 2. Caractère, état de ce
qui est présent : Constater l’existence de
traces de sang sur une pièce à conviction.
‖ 3. Durée pendant laquelle une chose
existe : La monarchie constitutionnelle n’a
pas eu, en France, une longue existence.
‖ 4. Durée de la vie d’un être humain : Ils
se trouvaient accordés, unis en une minute
pour l’existence entière (Daudet). ‖ Par
extens. La vie de quelqu’un considérée dans
sa manière d’être, ses conditions : C’est
ainsi que le futur leader entra en campagne,
avec tous les dehors d’une existence facile
(Daudet). Traîner une existence misérable.
‖ Moyens d’existence, moyens, ressources
dont on dispose pour vivre normalement.
‖ 5. Littér. Être vivant : Tout ce qui a vécu
est l’élément nécessaire de nouvelles exis-
tences (France).

• SYN. : 4 destin, destinée, jours, vie.

existentialisme [ɛgzistɑ̃sjalism] n. m.
(de existentiel ; v. 1940). Doctrine philoso-
phique selon laquelle l’homme existe d’une
façon abstraite avant d’être, de se créer et
se choisir lui-même en agissant.

existentialiste [ɛgzistɑ̃sjalist] adj. (de


existentialisme ; v. 1940). Qui est relatif à la
doctrine de l’existentialisme : Philosophie
existentialiste. Littérature existentialiste.
& n. (1945). Nom donné, surtout au len-
demain de la Seconde Guerre mondiale,
à des jeunes gens qui affectaient une mise
négligée et un dégoût de la vie active et
qui fréquentaient certains cafés parisiens
du quartier de Saint-Germain-des-Prés.

existentiel, elle [ɛgzistɑ̃sjɛl] adj. (de


existence ou du bas lat. ex[s]istentialis, rela-
tif à l’existence, dér. de ex[s]istentia [v. EXIS-
TENCE] ; 1908, Larousse, au sens 1 ; sens 2-3,
milieu du XXe s.). 1. Qui est relatif à l’exis-
tence : Philosophie existentielle. ‖ 2. En
mathématiques, se dit d’un quantificateur
qui a pour symbole ∃ et qu’on énonce par
« il existe ». ‖ 3. Analyse existentielle, en
psychopathologie, analyse du malade par
le psychothérapeute en prenant l’individu
comme un être existant dans le monde en
dehors de toute référence au passé.

existentiellement [ɛgzistɑ̃sjɛlmɑ̃]
adj. (de existentiel ; milieu du XXe s.).
Conformément à la réalité ; selon un état
de fait : Les deux Allemagnes se définissent
existentiellement.

exister [ɛgziste] v. intr. (lat. ex[s]istere,


sortir de, s’élever de, naître, se dresser,
se manifester, se montrer, de ex-, préf.
marquant le mouvement de l’intérieur
vers l’extérieur, et de sistere, mettre, éta-
blir, se tenir, dér. de stare, se tenir debout,
ferme, immobile ; XIVe s., au sens 1 [rare
av. le XVIIe s.] ; sens 2-3, 1760, Voltaire [ça
n’existe pas, « c’est stupide », 1920, Bauche]).
1. Posséder l’être, être hors du néant : Rien
n’est mort que ce qui n’existe pas encore
(Apollinaire). ‖ Spécialem. Être dans la
réalité, dans le temps et dans l’espace :
Coutume qui n’existe plus depuis longtemps.
Des saintes qui n’ont jamais existé (France).
‖ Impers. Il existe, il y a : Il existe dans cette
ville une tradition curieuse et fort ancienne.
‖ 2. Être en vie : Il ne venait pas à l’idée de
ces orphelins pauvres [...] qu’ils existaient
en contrebande (Cocteau). Aussi longtemps
qu’il a existé, il a prêché la paix. ‖ Littér.
Vivre d’une manière passive, organique :
Car le plus grand fardeau c’est d’exister
sans vivre (Hugo). ‖ Vivre pleinement :
Existe !... Sois enfin toi-même ! dit l’Aurore
(Valéry). ‖ 3. Avoir de l’importance ou de
la valeur, compter : Dès lors, il me remar-
qua. J’existais pour lui (Renan). Le profit
seul existe à ses yeux. ‖ Fam. Ça n’existe
pas, c’est stupide, sans intérêt : C’est ça son
projet ? mais ça n’existe pas !
• SYN. : 1 être ; avoir cours, régner, se ren-
contrer, se trouver ; 2 subsister, vivre.

exit [ɛgzit] mot invar. (mot lat. signif. « il/


elle sort », 3e pers. du sing. de l’indic. prés.
de exire, sortir, de ex-, préf. marquant le
mouvement de l’intérieur vers l’extérieur,
et de ire, aller ; XXe s.). Au théâtre, indica-
tion scénique pour marquer la sortie d’un
acteur.

ex-libris [ɛkslibris] n. m. invar. (loc. for-


mée avec les mots lat. ex [prép. marquant
la provenance] et libris [ablatif plur. de
liber, libri, livre], et signif. proprem. « [qui
provient, qui fait partie] des livres [de] » ;
1870, Larousse). Formule qui, apposée sur
un livre par son propriétaire, indique que
le volume lui appartient : Ex-libris Dupont
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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1777

(= ce livre fait partie des livres de Dupont).


‖ Par extens. Vignette artistique que des
bibliophiles collent au revers des reliures
de leurs livres et qui porte leur nom, leurs
armes, leur devise : Il avait [pendant la
Révolution] fait couvrir de papier fort ses
ex-libris aux armes (La Varende). Des livres
de sa bibliothèque, sur lesquels était collé
son exlibris (Duhamel).

exo- [ɛgzo], élément tiré du gr. exô, au-


dehors, dehors, hors, et entrant, comme
préfixe, dans la composition de quelques
mots savants.

exocardiaque [ɛgzokardjak] adj. (de


exo- et de cardiaque ; 1878, Larousse). Se
dit de tout bruit du coeur qui se produit
hors de sa cavité.

exocet [ɛgzɔsɛ] n. m. (lat. exocoetus,


gr. exôkoitos, poisson de mer qui vient
dormir à terre [sic], de exô, au-dehors, et
koitê, couche, action de se coucher ; 1558,
Rondelet). Poisson des mers chaudes,
allongé, aux nageoires pectorales déve-
loppées en forme d’ailes, dit aussi poisson
volant.

exocrânien, enne [ɛgzɔkrɑnjɛ̃, -ɛn] adj.

(de exo- et de crânien ; XXe s.). Qui est situé


en dehors de la cavité crânienne.
• CONTR. : endocrânien.

exocrine [ɛgzɔkrin] adj. (de exo- et de


-crine, du gr. krinein, sécréter ; XXe s.).
Qui a rapport à la sécrétion au niveau des
téguments ou des muqueuses : Sécrétion
exocrine du pancréas.

1. exode [ɛgzɔd] n. m. (bas lat. ecclés.


exodus, exode [terme biblique], gr. exodos,
sortie, départ, et, dans la langue ecclés.,
« exode », de ex-, préf. marquant le mou-
vement de l’intérieur vers l’extérieur, et de
hodos, voie, route, voyage ; XIIIe s., Dict.
général, au sens 1 [rare av. le XVIIIe s.] ;
sens 2, 1865, d’après Littré, 1877). 1. Sortie
des Hébreux d’Égypte sous la conduite de
Moïse en direction de la Terre promise.
‖ Second livre du Pentateuque, racontant
la sortie d’Égypte. (En ces sens, s’écrit
avec une majuscule.) ‖ 2. Départ mas-
sif d’hommes ou d’animaux : Les gares
de Paris sont embouteillées par l’exode
des Parisiens à l’époque des vacances.
‖ Spécialem. Fuite massive de la population
civile devant l’avance du front de bataille,
et particulièrement de la population fran-
çaise devant l’invasion allemande en mai et
juin 1940 : Les paysans en exode y passaient
encore, et Manuel arriva chez le colonel à
travers des files d’ânes et de charrettes, et
un encombrement de troupeaux de toutes
sortes (Malraux). Ces cortèges dont la dis-
parate et l’air misérable préfiguraient les
exodes prochains de la défaite (Suarez).
‖ Exode rural, migration des ruraux vers
les villes. ‖ Par anal. Exode de capitaux,
mouvement des capitaux qui sortent de

leurs pays d’origine pour être investis à


l’étranger.

• SYN. : 2 évasion, fuite, migration.

2. exode [ɛgzɔd] n. m. (lat. exodium, fin,


terme, farce qui terminait le spectacle, gr.
exodion, dénouement [d’une pièce, etc.],
neutre substantivé de l’adj. exodios, qui
concerne la sortie, le départ, la fin, dér. de
exodos [v. l’art. précéd.] ; av. 1596, Vigenère,
au sens 1 ; sens 2, av. 1672, G. Patin). 1. Dans
la littérature grecque, dernière partie de
la tragédie, contenant le dénouement et
qui suivait la sortie du choeur. ‖ 2. Chez
les Romains, pièce comique qu’on jouait
après les tragédies.

• REM. Au sens 1, on emploie aussi le


terme grec EXODOS n. f. (XXe s.).

exodontie [ɛgzɔdɔ̃ti] n. f. (de exo- et du


exodontie [ɛgzɔdɔ̃ti] n. f. (de exo- et du
gr. odous, odontos, dent ; v. 1965). En méde-
cine dentaire, soins externes des dents.

exogame [ɛgzɔgam] adj. (de exogamie ;


1er oct. 1874, Revue des Deux Mondes). Qui
se marie en dehors de la famille ou de la
tribu (par opposition à endogame).

exogamie [ɛgzɔgami] n. f. (de exo- et


de -gamie, du gr. gamos, union, mariage ;
1er oct. 1874, Revue des Deux Mondes).
Mariage entre époux n’appartenant pas à
la même famille ou à la même tribu (par
opposition à endogamie).

exogamique [ɛgzɔgamik] adj. (de exoga-


mie ; 1893, Grande Encyclopédie). En eth-
nologie, qui a le caractère de l’exogamie :
Des liens exogamiques.

• CONTR. : endogamique.

exogène [ɛgzɔʒɛn] adj. (de exo- et de


gène, du gr. gennân, engendrer, produire ;
1813, Candolle, en botanique ; au sens géné-
ral, XXe s.). Qui provient du dehors (par
opposition à endogène). ‖ Spécialem. En
botanique, se dit d’un organe qui prend
naissance à l’extérieur de l’organe qui
l’engendre.

exognathe [ɛgzɔgnat] adj. (de exo- et


-gnathe, gr. gnathos, mâchoire ; 1865,
Littré). Syn. de PROGNATHE.

exognathie [ɛgzɔgnati] n. f. ou exogna-


thisme [ɛgzɔgnatism] n. m. (de exognathe ;
1933, Larousse). Syn. de PROGNATHISME.

exogyne [ɛgzɔʒin] adj. (de exo- et de


-gyne, gr. gunê, femme, femelle ; 1865,
Littré). En botanique, se dit d’une fleur
dont le pistil est saillant en dehors.

exomorphe [ɛgzɔmɔrf] adj. (de exo-


et de -morphe, gr. morphê, forme ; 1933,
‘Larousse). En géologie, se dit des roches
qui présentent le caractère de l’exomor-
phisme : Des roches exomorphes.

• CONTR. : endomorphe.

exomorphisme [ɛgzɔmɔrfism] n. m. (de


exomorphe ; 1933, Larousse). En géologie,
transformation de roches qui entourent un

minerai ou d’autres roches par le contact


avec des roches non sédimentaires.
• CONTR. : endomorphisme.

exomphale [ɛgzɔ̃fal] n. f. (du gr. exom-


phalon pathos, hernie ombilicale, de
pathos, maladie, et exomphalon, neutre
de l’adj. exomphalos, au nombril saillant,
de ex-, préf. marquant le mouvement de
l’intérieur vers l’extérieur, et de omphalos,
nombril ; 1707, Dionis). Hernie ombilicale
du nouveau-né.

exonération [ɛgzɔnerasjɔ̃] n. f. (bas lat.


jurid. exoneratio, rabais, de exoneratum,
supin de exonerare [v. EXONÉRER] ; 1865,
Littré [un premier exemple, au sens de
« action de décharger son ventre », 1552,
Guéroult]). Action d’exonérer : Demander
une exonération d’impôts.

• SYN. : abattement, allègement, décharge,


dégrèvement, diminution, dispense, exemp-
tion, remise.

exonérer [ɛgzɔnere] v. tr. (lat. exonerare,


décharger, dégager d’un fardeau, soulager,
et, dans la langue jurid. de basse époque,
« [se] libérer d’une dette », de ex-, préf. à
valeur négative, et de onerare, charger, dér.
de onus, oneris, charge, fardeau, impôts,
frais ; 1829, Boiste [un premier exemple à la
fin du XVIIe s., au sens propre de « déchar-
ger »]). [Conj. 5 b.] Décharger, dispenser
totalement ou partiellement d’une charge,
d’une obligation financière : Exonérer des
contribuables. Exonérer un étudiant des
droits d’inscription. ‖ Exonérer des mar-
chandises, affranchir celles-ci de certaines
taxes.

• SYN. : dégrever, exempter, libérer.

exophorie [ɛgzɔfɔri] n. f. (du gr. exô-


phoros, porté au-dehors, de exô, au-dehors,
et de pherein, porter ; milieu du XXe s.).
Trouble de la vision binoculaire. (On dit
aussi HÉTÉROPHORIE.)

exophtalmie [ɛgzɔftalmi] n. f. (lat. scien-


tif. moderne exophtalmia, du gr. exophthal-
mos, qui a les yeux saillants, de ex-, préf.
marquant le mouvement de l’intérieur vers
l’extérieur, et de ophthalmos, oeil ; 1752,
Trévoux). Saillie anormale de l’oeil hors
de son orbite.

exophtalmique [ɛgzɔftalmik] adj. (de


exophtalmie ; 1836, Acad.). Qui se rapporte
à l’exophtalmie ou qui la provoque : Goitre
exophtalmique.
exoplasme [ɛgzɔplasm] n. m. (de [ecto]
plasme [v. ce mot], avec le préf. exo- ; XXe s.).
Syn. rare de ECTOPLASME.

exorable [ɛgzɔrabl] adj. (lat. exorabi-


lis, qu’on peut fléchir par des prières, de
exorare [v. EXORER] ; 1541, Calvin). Class.
et littér. Qui se laisse fléchir, attendrir
par des prières : À notre amour enfin
serez-vous exorable (Rotrou). Attila était
sage au conseil, exorable aux suppliants,
propice à ceux dont il avait reçu la foi
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GRAND LAROUSSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

1778

(Chateaubriand). ‖ Par extens. Qui est


capable de clémence, d’indulgence.

exoration [ɛgzɔrasjɔ̃] n. f. (lat. ecclés.


exoratio, action de fléchir, de exoratum,
supin de exorare [v. EXORER] ; milieu du
XVe s., J. Joret). Supplication adressée à Dieu
pour implorer sa clémence (rare) : Il pria
et ses exorations s’élevèrent (Huysmans).

exorbitamment [ɛgzɔrbitamɑ̃] adv.


(de exorbitant ; 1534, Godefroy, au sens
de « d’une façon contraire à la morale, à
la règle » ; sens actuel, v. 1585, Cholières).
D’une façon exorbitante, excessive
(rare) : Le poisson est exorbitamment cher
(Flaubert).

exorbitance [ɛgzɔrbitɑ̃s] n. f. (de exor-


bitant ; 1595, Godefroy, au sens de « chose
qui blesse les convenances, la règle » ; sens
actuel, fin du XVIIIe s.). Caractère de ce qui
est exorbitant, excessif, de ce qui dépasse
la mesure ordinaire : Grâce à l’exorbitance
de mes années, mon monument est achevé
(Chateaubriand). L’exorbitance d’une
revendication.

• SYN. : démesure, énormité, exagération,


excès, outrance.

exorbitant, e [ɛgzɔrbitɑ̃, -ɑ̃t] adj. (bas


lat. ecclés. exorbitans, -antis, part. prés. de
exorbitare, dévier de la voie tracée, s’écarter,
s’éloigner, faire dévier, de ex-, préf. mar-
quant le mouvement de l’intérieur vers
l’extérieur, et du lat. class. orbita, trace
d’une roue, ornière, dér. de orbis, toute
espèce de cercle ; 1490, Godefroy, au sens
de « qui blesse les convenances, la morale,
la règle » ; sens 1, 1662, Livet ; sens 2, 1560,
Pasquier). 1. Qui dépasse la mesure nor-
male : Il y avait là de quoi me beaucoup
vieillir en quelques heures. Cette enjambée
exorbitante, je la fis cependant (Fromentin).
‖ Spécialem. Qui choque, scandalise par
son caractère exagéré, excessif : Un prix
exorbitant. Une injustice exorbitante
(Flaubert). ‖ 2. Exorbitant de (et un nom),
en droit, qui sort des limites de, qui ne
relève pas de : Privilège exorbitant du droit
commun.

• SYN. : 1 démesuré, déraisonnable,


énorme, exagéré, excessif, extraordinaire,
gigantesque.

exorbité, e [ɛgzɔrbite] adj. (part. passé


de [s’]exorbiter ; XXe s.). Se dit des yeux qui
semblent sortir de leur orbite : Une tête
jaune, marquée de noir, garnie de dents,
d’yeux exorbités, d’une langue violacée où
écumait la salive (Colette).

exorbiter (s’) [sɛgzɔrbite] v. pr. (de ex-


[lat. ex-, préf. marquant le mouvement de
l’intérieur vers l’extérieur] et de orbite ;
1887, Huysmans [comme v. intr., au sens
de « sortir des bornes de quelque chose »,
1787, Féraud]). Par exagér. Sortir de l’orbite,
en parlant des yeux : Un frisson silla le poil
de la vache, dont les yeux s’exorbitèrent
(Huysmans).

exorcisation [ɛgzɔrsizasjɔ̃] n. f. (de


exorciser ; XVIe s., Huguet). Vx. Action
d’exorciser.

exorcisé, e [ɛgzɔrsize] adj. et n. (part.


passé de exorciser ; XIVe s., comme adj. ;
comme n., fin du XIXe s., A. Daudet). Se dit
de celui, de celle qu’on soumet ou qu’on a
soumis à des exorcismes : Deux moines
vigoureux sont obligés de l’entraîner par la
petite porte du choeur, se débattant comme
un exorcisé (Daudet).

exorciser [ɛgzɔrsize] v. tr. (bas lat. ecclés.


exorcizare, exorciser, chasser les démons,
gr. exorkizein, faire prêter serment, et, dans
la langue ecclés., « faire jurer à quelqu’un
le nom de Dieu », de ex-, préf. à valeur
intensive, et de horkizein, faire jurer, dér.
de horkos, serment ; XIVe s., Godefroy, au
sens 3 ; sens 1, milieu du XVIe s., Ronsard ;
sens 2, av. 1648, Voiture ; sens 4, 1870,
Larousse [au part. passé ; à l’infin., fin du
XIXe s.]). 1. Conjurer, chasser les démons
par les prières spéciales du rituel : Exorciser
un démon. ‖ 2. Délivrer par des exor-
cismes, des pratiques religieuses spéciales,
celui ou celle qui est possédé du démon : :
« Et si Claudine Deniseau était possédée,
comme vous dites ? — Alors il faudrait
l’exorciser » (France). Il se redressa, regarda
douloureusement son pénitent, puis, d’un
grand geste du bras, comme s’il exorcisait
un énergumène, il le bénit une seconde
fois (Martin du Gard) ; et par extens. : Et
pour exorciser cet endroit démoniaque,
les chrétiens avaient transporté dans une
chapelle, près de la source, le corps de saint
Babylas, martyrisé sous Décius (Tharaud).
‖ 3. Prononcer les prières de l’Église sur
un objet qu’on veut consacrer à un usage
religieux : Exorciser le sel, l’eau, l’huile.
‖ 4. Fig. Délivrer quelqu’un de l’emprise
d’une influence, d’un sentiment ; faire dis-
paraître, détruire ce sentiment : Le sorti-
lège de la gloire dépasse toutes les magies
de l’amour, car la vieillesse ni la mort ne le
peuvent exorciser (Barrès).

& s’exorciser v. pr. (av. 1945, P. Valéry).


Littér. S’exorciser de, se délivrer d’une
influence maléfique, d’une tentation :
Flaubert fut toujours hanté par le démon
de la connaissance encyclopédique, dont il a
essayé de s’exorciser en écrivant « Bouvard
et Pécuchet » (Valéry).

exorcisme [ɛgzɔrsism] n. m. (bas lat.


ecclés. exorcismus, exorcisme, gr. exor-
kismos, action de faire prêter serment,
et, dans la langue ecclés., « exorcisme »,
de exorkizein [v. EXORCISER] ; 1495,
J. de Vignay, au sens 1 ; sens 2, début du
XXe s.). 1. Cérémonie religieuse, prière pour
exorciser : Il [...] gagna la porte à reculons,
en marmonnant des exorcismes (France).
‖ Spécialem. Prière pour soustraire à l’in-
fluence du démon des objets que l’on veut
consacrer au culte : Faire des exorcismes
sur le sel. ‖ 2. Fig. Ce qui est propre à déli-

vrer quelqu’un de ses obsessions, de ses


angoisses : Vous avouez que vous êtes sans
volonté, et de l’inspiration voilà que vous
faites un exorcisme ! (Fromentin).

exorcistat [ɛgzɔrsista] n. m. (de exor-


ciste ; milieu du XXe s.). Troisième ordre
mineur conféré aux clercs.

exorciste [ɛgzɔrsist] n. m. (bas lat. ecclés.


exorcista, exorciste, gr. ecclés. exorkistês,
même sens, de exorkizein [v. EXORCISER] ;
1488, Mer des histoires). Dans l’Église, clerc
qui a reçu le troisième ordre mineur, ou
exorcistat, et dont les fonctions étaient de
chasser les démons.
& n. (1672, Sacy). Personne qui exorcise,
qui conjure le démon.

exorde [ɛgzɔrd] n. m. (lat. exordium,


ourdissage, commencement, principe,
origine, commencement d’un discours,
dér. de exordiri, ourdir, commencer [un
discours, etc.], de ex- [préf. à valeur inten-
sive] et de ordiri, mêmes sens ; 1488, Mer des
histoires, au sens 1 [exorde « ex abrupto »,
1870, Larousse] ; sens 2, 1713, Hamilton).
1. En rhétorique, première partie d’un
discours, dans laquelle l’orateur cherche
à se concilier l’auditoire et à susciter son
intérêt : Les exordes de Bossuet contiennent
le plan du sermon. ‖ Exorde « ex abrupto »,
brusque entrée en matière. ‖ 2. Fig. Début,
commencement d’une action : Le manque
de viande et d’oeufs est maintenant une
source de tentations, un exorde de fautes
(Huysmans).

• SYN. : 1 introduction, préambule ; 2 pré-


face, préliminaire, prélude.

exoréique [ɛgzɔr