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Éditorial

LE RETOUR D'UNE BULLE SUR LES DETTES PUBLIQUES EN EUROPE ?

Christian Chavagneux

Altern. économiques | « L'Économie politique »

2014/1 n° 61 | pages 5 à 6
ISSN 1293-6146
ISBN 9782352400936
Article disponible en ligne à l'adresse :
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https://www.cairn.info/revue-l-economie-politique-2014-1-page-5.htm
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Editorial
par Christian Chavagneux

p. 5 rédacteur en chef
de L’Economie politique

Le retour d’une bulle sur les


dettes publiques en Europe ?
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L
ES INVESTISSEURS SEMBLENT REVENIR VERS LES TITRES DE
dettes publiques des pays européens qui ont traversé
une lourde crise, tels que l’Espagne, le Portugal ou
l’Irlande. Cette dernière a ouvert le bal début janvier
en réussissant à emprunter 3,75 milliards d’euros à un taux
d’intérêt de l’ordre de 3,5 %. Après les plus de 12 % en moyenne
de l’été 2011, elle peut de nouveau emprunter à des conditions
raisonnables. Les pays du Sud de l’Europe voient aussi leur écart
de taux d’emprunt avec l’Allemagne se resserrer.
Il faut bien entendu se réjouir d’une telle évolution : en rédui-
sant le coût de la dette publique, les investisseurs pénalisent
moins les budgets, ce qui a pour effet de diminuer, non pas la
nécessité d’un ajustement des comptes publics, mais l’inten-
sité de celui-ci et le degré d’austérité requis.
Plusieurs évolutions poussent en ce sens actuellement. La
banque centrale américaine commence à réduire ses achats de
titres financiers et donc sa distribution de liquidités. Les inves-
tisseurs y voient le signe qu’il y aura moins d’argent à bas prix
à récupérer auprès des banques centrales, ce qu’ils traduisent
collectivement par le fait qu’ils doivent trouver des placements
rémunérateurs et pas trop risqués pour les liquidités dont ils
disposent encore. Les pays émergents semblant connaître une
pause de croissance et pour certains des difficultés (Thaïlande,
Turquie…), les titres de dettes publiques des pays du Sud de
l’Europe et de l’Irlande apparaissent comme des placements
alternatifs rémunérateurs. ›››

Janvier-février-mars 2014
L’Economie politique

Maîtriser la dette publique :


Trimestriel - janvier 2014

les leçons de l’histoire

p. 6 Et ce d’autant plus que les investisseurs ont compris que


la BCE est prête à toute forme d’intervention afin de limiter
une montée des taux d’intérêt de long terme susceptible de
renchérir le coût du crédit dans la zone et d’y fragiliser la
timide reprise.
Mais cela ne veut pas dire pour autant que tous les pays
européens se valent. Or, la crainte est désormais que les
investisseurs, après avoir surévalué le risque porté par les
pays européens en crise, restent dans l’excès et le sous-éva-
luent. C’est ce qui s’est passé au lendemain de la création
de la monnaie unique : après une période de convergence
entre 1999 et 2001, les pays de la zone étaient tous consi-
dérés comme d’aussi bons emprunteurs que l’Allemagne. Le
réveil a été douloureux à partir de 2008, et encore plus à partir
de 2010 et des problèmes grecs.
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Les pays de l’Union européenne n’ont pas su gérer les consé-
quences sur les taux d’emprunt des dettes publiques de trois
innovations financières majeures : la création de la monnaie
unique, le financement croissant des dettes publiques par
des investisseurs étrangers et le développement de produits
financiers de spéculation à même de faire gagner beaucoup
d’argent à ceux qui jouaient les dettes publiques à la baisse
sans même les détenir (les fameux CDS et CDS à nu).
Le marché des produits de spéculation a considérablement
diminué. La monnaie unique est toujours là et la modernisa-
tion de l’action de la BCE par Mario Draghi, plus intervention-
niste, fait désormais supposer – à tort – aux investisseurs
que tous les pays de la zone représentent de plus en plus
le même risque, ce que traduit le resserrement des spreads,
les écarts de taux, avec l’Allemagne. Or, on lit déjà certaines
notes d’analystes qui signalent que, compte tenu de sa situa-
tion économique et financière, l’Irlande devrait emprunter à
300 points de base au-dessus de l’Allemagne plutôt qu’aux
150 points de base actuels.
Il va falloir surveiller les taux d’intérêt d’emprunt des pays de
la zone et ne pas se réjouir trop rapidement s’ils diminuent
trop vite, trop fort. En 2008, les investisseurs étrangers déte-
naient 37 % des dettes publiques des pays de la zone euro.
Aujourd’hui, c’est 45 %. S’ils devaient sous-estimer les risques,
se réveiller et fuir à toutes jambes, l’impact pourrait être plus
fort que lors de la crise précédente. Attention à ce que la zone
euro ne prépare pas sa prochaine crise… ■

L’Economie politique n° 61